Page 1IŠ LIETUVIŲ LEKSIKOLOGIJOS IR LEKSIKOGRAFIJOS
LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA
HISTOIRE DE LA TERMINOLOGIE DE L’ÉLEVAGE DANS LES LANGUES BALTES*
A. SABALIAUSKAS
NOMS DU TROUPEAU
Les langues indo-européennes ne possèdent pas de dénomination commune, ni même particulièrement répandue, pour un troupeau d’animaux domestiques menés au pâturage. Le plus souvent, les différents groupes linguistiques ont des dénominations qui leur sont propres, apparues par des voies sémantiques variées; parfois, même des langues étroitement apparentées diffèrent dans leurs dénominations.
Les langues baltes, elles non plus, ne possèdent pas de dénomination commune pour un troupeau.
Liet. bandà
En lituanien, la dénomination la plus courante d’un troupeau est bandà. C’est un terme très intéressant du vocabulaire de l’élevage. On peut dire que ses significations reflètent, d’une manière particulière, les différentes étapes de l’histoire de l’élevage et constituent de bonnes parallèles sémantiques pour expliquer l’origine de mots employés dans d’autres langues indo-européennes avec un sens similaire.
Le dictionnaire académique de la langue lituanienne indique sept sens pour ce mot: 1) troupeau, cheptel; 2) les céréales (ou le lin) semées par un domestique, le fils d’un paysan ou un frère cadet; culture; 3) terre où l’on sème cette culture; 4) supplément de salaire en nature accordé à un domestique; 5) anciennement, salaire versé en nature à un domestique; 6) bénéfice, richesse, propriété, part; argent; 7) petit pain, miche (LKŽd., I, 519—20; dans la deuxième édition du tome I du dictionnaire, les sens sont classés un peu différemment).
À la lecture de cette série de sens, on peut penser que le sens premier du lituanien bandà devait être « animal, bête à cornes », car c’est seulement ainsi que l’évolution vers les sens mentionnés est possible. On peut encore discerner ce sens du lituanien bandà dans les anciens écrits lituaniens, cf.: giwen kaip banda bei neischmintingoses kiaules (1579 m. W₂₁), tauczîamus ir assîamus ir kitai bândai (1599 m. DP 340₃₃), Daug jaunimo kaip banda labai piggei tapo pardûta (Br P, II, 346), etc.1 C’est de ce sens que sont issus les sens de « troupeau » et de « bénéfice, argent, richesse », puis, à partir de ce dernier, ceux de « céréales semées » et de « terre où ces céréales sont semées ». Parmi tous ces sens, celui de « petit pain » se distingue singulièrement. Il faut sans doute rattacher ce sens à celui de « supplément de salaire en nature accordé à un domestique ». Il est probable que
*Cf. les travaux antérieurs de l’auteur publiés dans ce domaine: Названия безрогового скота, „Проблемы индоевропейского языкознания“, Москва, 1964, p. 59—65; Baltų kalbų naminių gyvulių pavadinimai, „Lietuvių kalbotyros klausimai“, X, Vilnius, 1968, p. 101—190.
1 K. Būga, Rinktiniai raštai, III, Vilnius, 1961, p. 664.
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Page 2bandà était à l’origine non pas simplement un petit pain, mais une miche de pain ou de pain de seigle donnée parmi d’autres biens.
Le lituanien bandà possède déjà une ancienne tradition écrite: ce mot est attesté avant même l’apparition des premiers monuments écrits de la langue lituanienne.
Ainsi, le mot banda au sens de « biens » se trouve déjà dans le Statut de Casimir de 1468: « А коли чи паробъкы украдуть што у кого, а (пакъ) у семь листу верху писано, какъ за которую татбу казнити: коли первое украдеть, ино его не вешати, а заплатити бондою его; а не будетъ бонды, ино господарь его за него заплатить, є паробъка сказнити и пробити... »². Il est employé dans ce sens également dans le Premier Statut lituanien (1529): « Jestli hge parobki kradut’ w okolicy a z licom ich pojmajut’, kotoroje lico budet stojati poltiny hroszej: tohdy majet’ karan byti jako zlodej; a jestliż poltiny lico stojati ne budet’: tohdy majet’ z bondy jeho szkoda placzona byti (=tunc debet solvi damnum ex rebus eius) abo lice wernuti, a z naviazku puhami biti... »³. Le lituanien bandà, aux sens de « biens » et de « rémunération en nature », se rencontre fréquemment aussi dans d’autres documents lituaniens postérieurs rédigés en langues étrangères⁴.
Du lituanien bandà sont issus de nombreux autres mots dont le sens est étroitement lié à celui de ce mot: bandýkštis « animal du troupeau, bétail » (mot attesté aussi bien dans les anciens écrits — M. Mažvydas, J. Bretkūnas, M. Daukša — que dans les dialectes — Akmenė, Barstyčiai, Betygala —; LKŽd., I(2), 640), bandystis (dans le « Žiwatas », publié en 1787: LKŽd., I(2), 641), bandinga « gestante » (LKŽd., I(2), 640), bandaūti « servir (garder le bétail) » (LKŽd., I(2), 639), bandinė « enclos pour le troupeau; pâturage éloigné de la ferme; fête des bergers à la Pentecôte; rassemblements » (LKŽd., I(2), 640), bandininkas « étable du troupeau, du bétail » (LKŽd., I(2), 640), bandininkas « gardien du troupeau, berger; serviteur d’un fermier » (LKŽd., I(2), 640), bandišius « berger » (LKŽd., I(2), 641), bandiskas « propre au troupeau, bestial » (LKŽd., I(2), 641), bandótis « semer un champ en métayage; tirer profit de quelque chose » (LKŽd., I(2), 642), bandúotis « tirer profit d’une récolte, tirer profit du troupeau » (LKŽd., I(2), 643), bandìnis « propre » (LKŽd., I(2), 641), liúosbandė « jeunes bovins laissés libres dans l’étable, bovins destinés au travail » (LKŽd., VII, 620).
Parmi les mots mentionnés ici, bandìnis « propre » semble s’être quelque peu éloigné des autres par son sens (il est employé à Dusetos). Le sens « propre » est probablement apparu à partir de « bandinis, c’est-à-dire semé dans le champ en métayage »; cf. Gaspadarnus linus pabai̇gėm braukt, liko tik bandiniai (Dusetos). À côté du lin bandinių et du seigle bandiniai, sont apparues aussi les expressions bandinis puodas, bandinis botagas, etc.
Le lituanien bandà, dans certains de ses sens, s’est également introduit dans les langues des peuples voisins — tant écrites que parlées.
Le letton bānda « parcelle de champ ou semailles qui s’y trouvent, attribuées par le maître au valet à titre de rémunération; activité accessoire, revenu supplémentaire; gain, affaire, profit », bānds (EM, I, 261–2; EH, I, 204), est employé dans les chansons folkloriques lettones et se rencontre parfois aussi
² K. Jablonskis, Lietuviški žodžiai senosios Lietuvos raštinių kalboje, I, Kaunas, 1941, p. 15.
³ K. Jablonskis, Mots lituaniens dans la langue des chancelleries de l’ancienne Lituanie, I, p. 15–17; J. Jurginis, L’essor du servage en Lituanie, Vilnius, 1962, p. 135–136.
⁴ K. Jablonskis, Mots lituaniens dans la langue des chancelleries de l’ancienne Lituanie, I, p. 307–308, 330, 337–341.
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Page 3dans lesquels et dans d’autres monuments linguistiques ainsi que dans les dialectes⁵. Le mot bañda a parfois pu pénétrer en letton également par l’intermédiaire des Curoniens. Toutefois, comme on ne trouve pas de traces marquantes de ce mot parmi les vestiges de la langue curonienne (à moins que l’on ne rattache à celui-ci le toponyme Bandowe6), il serait plus approprié de considérer le letton bañda comme un lituanisme. Enfin, il est même possible que certains Lettons aient connu ce mot par l’intermédiaire des Lituaniens, et d’autres par celui des Curoniens.
En letton, il existe aussi d’autres mots indissociables du letton bañda, cf. le letton bañdnieks « un valet à qui le propriétaire a cédé une parcelle de terre en guise de salaire », bañdenieks, au féminin bandniece, bañduoties « travailler pour son propre compte, acquérir par un revenu d’appoint » (EM, I, 262), bándāties « s’occuper d’ensemencer les champs attribués en paiement (bandas) », bandžuot « chercher à se procurer de la nourriture, un revenu d’appoint », bandžēris « celui qui a l’habitude de boire le produit de ses bandas » (EH, I, 204).
Le letton bañda a également laissé des traces assez nettes dans la toponymie lettone, cf. Bañdas-kalns, Bañdas-plava, Bañdu-purvs, Bandu lauks, Bandu-sils, Bandulauks, Bañdaiņis, Bañdene, Bañdenes, Bañdenīcas, Bañdenieki, Bañdnieki, Bañdenieku-vējsudmalas, Bañdēņi7.
Il existe en Lettonie des toponymes qui indiqueraient peut-être que les Lettons ont jadis possédé aussi une forme qui correspondait phonétiquement avec précision au lituanien bandà: *buoda ou *buode. Ces toponymes sont le letton Buōdes, Buōdel-purvs, Buōdīte, Buōdnieki. On tend généralement à rattacher ces mots au letton buōde « la baraque » (< moyen bas allemand bōde), buōdnieks « le marchand, le boutiquier », mais il se peut que ces formes aient parfois conservé l’ancien letton *buoda ou *buode, correspondant au lituanien bandą8.
Le lituanien bandà s’emploie aussi avec diverses acceptions en biélorusse, cf. le biélorusse бонда « galette, croissant, petit pain; miche, petit pain; présent offert après l’abattage d’un animal (ce que l’on apporte aux parents ou aux connaissances après avoir abattu une bête) »⁹.
Dans certains dialectes biélorusses (dans la région de Brest, dans le triangle entre Kobryn, Ivacevičy et Luninec), le mot бонда s’emploie au sens de « vaches données à la mariée en dot ». Le mot s’emploie dans cette acception également dans les dialectes ukrainiens voisins¹⁰.
Dans les textes de la langue prussienne, on ne trouve pas de mot correspondant au lituanien bandą. Il existe toutefois plusieurs toponymes et anthroponymes prussiens qui témoigneraient de la présence possible de ce mot dans cette langue; cf. les toponymes Bandadis, Bandeynen, Bandeln, Banduken11, et les anthroponymes Bandeyke, Bandiko, Banduke, Bandupe, Bandush12.
Les monuments de la langue prussienne attestent un autre mot qu’il conviendrait probablement de rattacher au nom balte d’un animal ou d’un troupeau formé sur cette racine: le prussien nienbon-den « inutilement (=unnützlich) » (mot du deuxième catéchisme), ni enbāndan « en vain (=vergeblich) » (mot du troisième catéchisme)¹³. Le contexte prussien indiquerait que le sens littéral du prussien…
⁵ K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 665; E. Fraenkel, Et. Wb., 34; V. Urbutis, LKK, VI, p. 297.
⁶ K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 168.
⁷ J. Endzelīns, Latvijas PSR vietvārdi, I, 1, Rīgā, 1956, p. 84.
⁸ J. Endzelīns, ten pat, p. 152–153.
⁹ K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 665; V. Urbutis, Baltistica, V(1), p. 50–51.
¹⁰ Д. С. ТеленТЮК, Диалектологічний бюлетень, вип. IV, Київ, 1953, p. 58–59; А. П. Непокупний, Мовознавство, 1968, 6, p. 35.
¹¹ G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, Berlin und Leipzig, 1922, p. 16.
¹² R. Trautmann, Die altpreussischen Personennamen, Göttingen, 1925, p. 16, 17.
¹³ R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, Göttingen, 1910, p. 11, 23; Prūsų kalbos paminklai, parengė V. Mažiulis, Vilnius, 1966, p. 101, 139.
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Page 4La signification de *ni enbāndan pourrait être « sans profit », cf. Tou ni tur sten emmen twayse deywas nienbandan westwey (= Du solt den namen Gottes nicht unnützlich führen); Tou turri stan Emnan twaisei Deiwas ni enbāndan westwei (= Du solt den Namen des Herren deines Gottes nicht vergeblich führen).
De nombreux chercheurs adhèrent à cette étymologie du mot prussien;14 pour la sémantique, cf. le lituanien nauda, le letton naūda « argent »: vieux islandais naut « pièce de bétail », vieil anglais neat « tête de gros bétail, animal »15.
Par ailleurs, le lituanien bandà est rapproché des mots issus de la racine indo-européenne *bhendh- « lier »; cf. sanskrit bad-hnāti « il lie », avestique bandayai-ti, sanskrit bāndhuḥ « parent », gotique bindan « lier », grec πεῖσμα « corde », lituanien bendras, etc16.
Le lituanien bandà semble différer par son sens de ces mots indo-européens. Le sens originel du lituanien bandà devait être « animaux liés ou gardés dans un enclos (“attachés”) ». Sur le plan phonétique, le rapprochement du lituanien bandà avec les mots de ce groupe ne fait aucun doute, mais la sémantique incite à quelque réserve, faute de données historiques sur une telle méthode de garde du bétail. Les mots issus de la racine indo-européenne *bhendh- (cf. grec φάτνη « mangeoire », celtique berne « panier de voiture ») sont très étroitement liés à la notion d’enclos pour le bétail. Le sens originel du lituanien bandà pourrait donc être « enclos pour le bétail (dans un champ ou un pâturage) », sens d’où aurait pu ensuite se développer celui de « troupeau ». Nous observons un changement de sens analogue dans le lituanien gardas « enclos dans un champ ou un pâturage », qui, comme nous le verrons, est employé dans nos anciens écrits au sens de « troupeau ». Une autre explication du sens originel du lituanien bandà est également possible: ce mot aurait pu signifier « animaux communs, possédés en commun ». Les sens des mots issus de la racine indo-européenne *bhendh- ne s’opposeraient pas non plus à cette hypothèse. En outre, l’origine du mot lituanien kaimenė viendrait en partie à l’appui de cette interprétation du sens originel du lituanien bandà.
J. Endzelīns a tenté d’expliquer autrement l’origine du lituanien bandà. Il rapprochait le baltique *bandā du lituanien bandyti « essayer, tenter » et du prussien perbanda « essayé », en indiquant comme parallèle sémantique le gotique kiusan « examiner, éprouver », le grec γεύσθαι « goûter, essayer, manger », le latin gustāre « goûter, jouir »17.
B. Jēger, partageant cette idée de J. Endzelīns, rattache à son tour le lituanien bandà à la racine indo-européenne *bhen- « frapper, blesser ». Selon B. Jēger, les sens du lituanien bandà se seraient développés de la manière suivante: « frapper » (letton beride « le bourreau », beñdēt « tourmenter, traiter cruellement ») > « essayer » (prussien perbanda « essayé », lituanien bandyti) > « goûter » (lituanien bandyti, letton bandas dzīt). Selon B. Jēger, le sens « pièce de terre » aurait pu découler directement du sens « frapper » (lituanien bandà, letton bānda) (*« parcelle de terre défrichée »); du sens « pièce de terre (remise comme salaire) » aurait pu naître le sens « profit » (prussien ni enbāndan, lituanien bandà, letton bānda), puis, à partir du sens « profit », par l’intermédiaire de *« bétail utile », le sens « troupeau » (lituanien bandà)18.
14 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 384; K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 665; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, Rīga, 1943, p. 215; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 34.
15 J. Pokorny, Et. Wb., p. 768.
16 J. Pokorny, Et. Wb., p. 127; M. Mayrhofer, Et. Wb., II, p. 406; il semble que Grynbergeris (Grienberger) ait été le premier à expliquer ainsi l’origine du lituanien bandà, Sbb. Wien Nr. 142, VIII (1900), p. 43, cf. B. Jēgers, KZ, 80, p. 125.
17 EM, I, p. 262; Izglītības Ministrijas Mēnešraksts, 1921, Nr. 2, p. 194–195 (signé Pēteris Liepiņš, cf. la bibliographie des travaux de J. Endzelīns, Rakstu krājums…, Rīgā, 1959, p. 672).
18 B. Jēgers, KZ, 80, p. 128–129.
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Page 5L’explication de B. Jėgeris nous paraît difficilement plausible. Tout d’abord, le rapport du letton bēnde avec l’indo-européen *bhen- ‘frapper’ est très peu clair: le letton bēnde est probablement un emprunt. L’évolution sémantique de direction opposée est néanmoins bien plus convaincante: ‘bétail’ > ‘profit’ > ‘terre’.
Lituanien troupeau
Lituanien troupeau ‘groupe d’animaux; troupeau’ (LKŽd., V, 55) est un mot assez largement employé, tant dans la langue littéraire que dans les dialectes. Il est surtout utilisé dans les dialectes des Aukštaitians de l’Ouest. Ce mot était aussi très répandu dans les dialectes lituaniens de l’ancienne Prusse-Orientale. On trouve le mot troupeau également dans les anciens monuments de la langue lituanienne, principalement ceux dont les auteurs sont liés aux dialectes mentionnés plus haut: dans la traduction de la Bible de J. Bretkūnas, la Postille de M. Daukša, les Évangiles publiés à Kėdainiai en 1653 et la traduction de la Bible de S. Bitneris.
À côté de la forme troupeau, les dialectes emploient également la forme troupeau (Kapsukas, Bartininkai).
Dans les dialectes lituaniens, l’aire d’emploi des mots troupeau, troupeau villageois semble presque coïncider avec les aires d’emploi des mots village (Kalvarija, Kapsukas, Kazlų Rūda, Šakiai, Vilkaviškis), village (Eržvilkas, Jurbarkas, Raseiniai, Vilkija), village (Dotnuva, Gudžiūnai, Kėdainiai, Krekenava)¹⁹.
Liet. troupeau villageois ne fait aucun doute quant à son origine: il faut le rattacher au liet. village20. Le sens premier du liet. troupeau était probablement « bétail du village, bétail du village qui paît en commun ».
La répartition géographique de liet. troupeau dans la langue lituanienne elle-même, ainsi que l’absence de traces de ce mot dans les autres langues baltes, indiqueraient qu’il s’agit d’un mot relativement récent.
Il faudrait également rattacher à liet. troupeau villageois le mot amas, groupe « amas, groupe » consigné par A. Juška (J’ai grandi parmi les enfants du groupe, LKŽd., V, 55).
Liet. guotas
En lituanien, le mot guotas est également employé au sens de « troupeau d’animaux »: « troupeau, groupe, bande; petit groupe d’arbres, de champignons, d’arbustes ou de céréales; touffe » (LKŽd., III, 740). À côté de la forme guotas, le dictionnaire académique de la langue lituanienne enregistre aussi les formes guotas bei guostas, au sens de « touffe, groupe » (LKŽd., III, 739).
Le mot guotas est employé principalement dans le sud de la Lituanie (Alytus, Aukštadvaris, Birštonas, Daukšiai, Leipalingis, Liškiava, Rumiškės). Il est également bien attesté dans les anciens monuments de la langue lituanienne: on le trouve dans le Postil de J. Bretkūnas, le Postil de M. Daukša, l’Enchiridion de B. Vilentas, la traduction de la Bible par S. Bitneris, le Knyga Nobažnystės de 1653, etc.
K. Būga rattache le lituanien guotas à l’ancienne désignation indo-européenne du bovin (cf. letton guovs « vache », sanskrit gāuh « bovin », vieux haut allemand chuo « vache », etc.), et explique que le sens premier du mot aurait été « troupeau de vaches, vacherie »²¹.
19 On a utilisé la carte manuscrite préparée par E. Grinaveckienė (Institut de langue et de littérature lituaniennes de l’Académie des sciences de la RSS de Lituanie).
20 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 251; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba. Vilnius, 1941, p. 236.
21 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, Vilnius, 1959, p. 353.
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Page 6E. Frenkelis ne rattache pas le lituanien guõtas directement à l’ancienne désignation indo-européenne du bovin, mais aux mots grecs de cette racine: βόσκειν « faire paître », βοτήρ « berger », βοτόν « bovin »22. Cependant, en procédant ainsi, nous ne gagnons guère, semble-t-il; il nous paraît que le rapprochement de K. Būga est plus plausible, d’autant que les langues baltes ont conservé l’ancienne désignation indo-européenne du bovin (cf. letton guovs).
Il serait sans doute plus réaliste, en accord avec le rapprochement de K. Būga, de reconstruire pour le lituanien guõtas l’indo-européen *gūō(u)-to-m « troupeau de bovins », en rattachant directement cette forme préhistorique à l’indo-européen *gōu- « bovin »23.
La relation entre le lituanien guõtas et le lituanien gaujà « tas, groupe, harde; foule, bande; grand nombre » (LKŽd., III, 168), gõveda « bande, troupe, foule, groupe », gõveda, goveda, govena, govežda, gõvija, govija (cf. également le hameau Góvija), gova, gõvada (LKŽd., III, 487) est une question très complexe. Le lituanien gova provient, bien entendu, du lituanien gõvada. Nous trouvons un phénomène tout à fait semblable dans un dialecte biélorusse, où, à partir du biélorusse гаўяда « troupeau d’animaux », est apparue la forme гаўя (Staryja Darogi, entre Sluck et Babrouïsk)24.
Certains chercheurs considèrent le lituanien gõveda, et donc aussi, bien entendu, les autres variantes de ce mot, comme des slavismes; selon eux, le lituanien gõveda « bande, troupe, foule, groupe » dérive du polonais gawiedź25. K. Būga26, suivi en cela par P. Skardžius27, E. Frenkelis28 et F. Slavskis29 considèrent le lituanien gõveda comme un mot d’origine lituanienne, en le rapprochant du lituanien gaujà. Il est difficile de déterminer si le lituanien gõveda est un emprunt ou un mot indigène. Par exemple, la forme govezda (attestée dans le dictionnaire de F. Kuršaitis, mais inconnue de Kuršaitis lui-même) semblerait indiquer qu’il s’agit d’un emprunt au polonais; il serait toutefois alors très difficile d’expliquer l’apparition des formes gõvija, govena, gova. Il faudrait donc peut-être considérer aussi bien le mot gõveda que govija et ses autres formes comme des mots indigènes, et la forme govezda comme un emprunt au polonais ou comme une forme de lituanien gõveda remaniée sous l’influence du polonais gawiedź.
Un rapprochement de ces mots avec le lituanien guõtas30 est très hypothétique, mais néanmoins possible. Si ce rapprochement était juste, le sens premier du lituanien gaujà comme de gõveda aurait été « troupeau de bovins ».
Liet. kėltuva
Liet. kėltuva signifie principalement « bovin, animal », mais ce mot (sa forme au singulier) est aussi assez largement employé au sens de « troupeau de bovins, troupeau ». Dans ce sens, le liet. kėltuva est employé dans la langue vivante à l’extrême est de la Lituanie (Adutiškis, Dysna, Tverečius), ainsi que dans les îlots de langue lituanienne situés sur le territoire de la Biélorussie. Le mot mentionné se rencontre également au sens de « troupeau de bovins » dans nos anciens écrits (M. Mažvydas, J. Bretkūnas). Cf.:
„...Jobui kialtuwa atymta“, Mž, 433.
22 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 177.
23 J. Pokorny, Et. Wb., p. 483.
24 Дыялекталагічны атлас беларускай мовы, Мінск, 1963, zemėlapis Nr. 293.
25 LKŽd., III, p. 487; J. Otrębski, LP, 4, p. 39; J. Otręmbskis affirme que le liet. gaujà pourrait provenir du liet. govijà.
26 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, sudarė Z. Zinkevičius, Vilnius, 1958, p. 328.
27 P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 82, 231.
28 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 140.
29 F. Slawski, Sl. et., I, p. 262.
30 K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 867; J. Pokorny, Et. Wb., p. 483.
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Page 7« … et près de moi tu seras, toi et tes enfants, … tes petits et grands troupeaux (écrità: keltuwa », BrB 1 Moz 45, 10 (LKŽd., V, 551).
Le lituanien kėltuva est à rattacher au lituanien kėlti31.
Lituanien pėkus, pr. pecku
Le lituanien pėkus est aussi employé au sens de « troupeau »; son sens premier, comme celui du mot kėltuva, serait « bovin, animal ». Le mot pėkus est très fréquemment employé au sens de « troupeau » dans nos anciens écrits (M. Mažvydas, J. Bretkūnas, M. Daukša, S. Chilinskis). Il y est parfois simplement employé comme synonyme de banda, kėltuva « troupeau ». Cf.:
« … il était très riche en bétail (troupeau », BrB 1 Moz 13, 2.
« … ayant conduit son troupeau », BrB 1 Moz 18, 7.
« … il avait … beaucoup de bétail », BrP, II, 194.
« … les bergers qui font paître le bétail », Mž, 193.
« … son troupeau comptait sept mille moutons », Ch Job I 3.
Le lituanien pėkus est employé de façon similaire dans l’édition de 1642 du dictionnaire de K. Širvydas:
« Bydle, bydło, skot. Pecus, udis, et pecus, oris. Pekus, kieltuwą ».
« Bydlecy. Pecuarius, Pecorinus. Pekaus, kieltuwu » (Dic., 26).
« Nápáść bydło, Pascerebene. Prigánit, pripenet peku » (Dic., 192).
« Pasę bydło, Pasco, bubulcitor, feruo pecudes. Ganau peku » (Dic., 286).
Dans le lituanien contemporain, pėkus au sens de « troupeau » n’est attesté que dans le dialecte de Zietela.
Les exemples du troisième catéchisme prussien indiqueraient que le mot pecku (génitif singulier) était également employé en prussien au sens de « troupeau »:
„…Preįstan rūkans bhe kurpins īst bhe pūton buttan bhe burwalkan Gannan bhe Malnijikans Laukan Pecku bhe wissans labbans…“
…En outre, des vêtements et des chaussures, de la nourriture et des boissons, une maison et une ferme, une femme et des enfants, des champs et du bétail, ainsi que tous les biens…
Wissan ka prei kermenes maitāsitan prewe rīsnan perlánkei kaigi stwi ast Ist Pout Rūkai Kurpi Buttan Burwalkan Laukan Pecku Penningans…
Tout ce qui relève de la subsistance et des besoins du corps, comme la nourriture, les boissons, les vêtements, les chaussures, la maison, la ferme, les champs, le bétail et l’argent…
…kas wis̄mu mensen landen dāst kas stesmu Pecku swajan pērdin dāst…
…Lui qui donne de la nourriture à toute chair, lui qui donne son fourrage au bétail…“32
En letton, il n’existe aucun équivalent de liet. pėkus, pr. pecku.
Quant à l’origine de liet. pėkus, deux opinions existent: certains considèrent ce mot comme un ancien emprunt aux langues germaniques, d’autres comme un ancien mot balte. Cette dernière opinion semble plus acceptable33.
Liet. bétail, gyvīs et autres
En lituanien, la forme plurielle gyvulys gyvuliai est également employée au sens de « troupeau de bétail »; cf. aussi les formes gyvolis, gyvulis, gyvuolis (LKŽd., III, 383, 384, 385, 387)34.
31 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 238; A. Sabaliauskas, LKK, X, p. 136–137.
32 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 28, 29, 36, 37, 52, 53; Prūsų kalbos paminklai, p. 152, 153, 164, 165, 196, 197.
33 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 564–565; A. Sabaliauskas, LKK, X, p. 136.
34 K. Būga, Écrits choisis, I, p. 122–123.
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Page 8Dans les dialectes du sud-est du lituanien même, un autre mot de cette racine, gyvīs, est encore employé au sens de « troupeau de bétail »; cf. Pro kur varo gyvį, varykla vadinas (Lazūnai): Visi dudena, kad jo vaikas jau gyvį gano (Dieveniškės); LKŽd., III, 383. Le mot gyvīs, au sens d’« être vivant, créature vivante » et avec d’autres sens apparentés, est largement employé dans divers dialectes du lituanien et dans les anciens monuments écrits; toutefois, il n’est attesté au sens de « troupeau de bétail » que dans les dialectes mentionnés.
On trouve également dans les langues slaves des appellations de « troupeau de bétail » issues de cette racine (i.-e. *gṷi-, lituanien gy-, slave ži-): biélorusse жывёла, жывина, polonais żywina, żywizna, żywioła, vieux russe животина, serbe живо, slovène živina³⁵. Il est clair qu’en lituanien comme dans différents idiomes slaves, cette acception des mots de la racine a pu apparaître de manière tout à fait indépendante (cf. serbo-croate живина « volaille », ukrainien живина); néanmoins, dans certains cas, il peut aussi s’agir d’emprunts. Ainsi, le biélorusse жывина, qui, d’après les données de l’atlas dialectologique biélorusse, n’est largement employé que dans les environs de Grodno, est sans aucun doute un emprunt au polonais. Un phénomène particulièrement intéressant est constitué par les appellations avec le formant -l-, qui forment une aire parfaitement compacte englobant le lituanien, presque tous les dialectes biélorusses et une partie des dialectes polonais, en contact direct avec l’aire lituanienne³⁶. L’emploi plus intensif du lituanien gyvulys, gyvuliai indiquerait que le biélorusse жывёла et le polonais żywioła ont pu apparaître sous l’influence du lituanien.
À Dieveniškės et à Lazūnai, le mot gyvīs, employé au sens de « troupeau de bétail », n’est apparemment pas une création récente propre à ces dialectes, mais un vestige de l’ancien usage lituanien de gyvis, puisque ce mot est assez largement employé dans les anciens textes au sens de « bétail »; cf. Avis yra romus, … nekaltas gyvis DP 209: Ta ranka penį visus gyvius, kiekvienam tikrą penukšlą duodama SP I 242; Anoji kančia, ir nebylius gyvius galėtų pajudint galėjimop DP 176; Gyvis, išėjęs išg girų, staugimu, kaukimu, baubimu teip baisus bus DP 7 (LKŽd., III, 383).
Pour l’emploi de la forme singulière gyvis au sens de « troupeau de bétail », cf. l’usage du lituanien kėltuva, pėkus.
Ni en prussien ni en letton, on ne trouve de mots de la racine i.-e. *gṷi- au sens de « troupeau de bétail ». Certes, en letton, on trouve les mots dzīvnieks « ein lebendes Wesen, ein Tier », dzīvuonis, dzīvīte « ein Haustier » (EM, I, 560), mais ils semblent être apparus assez récemment et aucune tendance à les employer au sens de « troupeau de bétail » n’est perceptible.
Dans les dialectes lettons, on rencontre le nom d’un animal domestique issu de la racine i.-e. *gṷi: živats « ein Tier; ein Haustier », „sīkluops“ (ein Schaf, Schwein)’. Il s’agit toutefois d’un emprunt au russe (EM, IV, 814).
Lat. luopi
Le lituanien gyvulys correspond approximativement, par son sens et son emploi, au letton luōps. La forme plurielle luōpi de ce mot est également employée en letton au sens de « troupeau d’animaux », cf. Laid luopus ārā!; Jādzen luopi ganųos; Luopus ganīt (EM, II, 528).
Le letton luōps est un mot totalement isolé dans les langues baltes et slaves, qu’il faudrait vraisemblablement rapprocher de l’albanais lopē « vache »³⁷.
35 O. N. Trubačov, Origine des noms des animaux domestiques dans les langues slaves, Moscou, 1960, p. 100; Dialektalglatāni atlas беларускай мовы, carte n° 293.
36 O. N. Trubačov, Origine des noms des animaux domestiques dans les langues slaves, p. 100–101.
37 J. Pokorny, Et. Wb., p. 654; A. Sabaliauskas, LKK, X, p. 137.
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Page 9Lat. bars
Le mot bars est très largement employé en letton au sens de « troupeau d’animaux »; la forme diminutive de ce mot, bariņš, est également utilisée, ainsi que les expressions luõpu bars, luõpu bariņš.
Le mot bars s’emploie en letton dans des sens variés. Ainsi, le dictionnaire de K. Miülenbach en recense pas moins de six (on pourrait en fait en distinguer davantage): 1) die Schwade; 2) ein bestimmter Strich Feldes bei der Flachsraufe; 3) die Mast; 4) der Haufe, die Menge, die Schar, Herde, 5) die Sandmassen in der Flussmündungen, die das Fahrwasser seichter machen; 6) atberi (klātpieduotuo barības tiesu sauc par beriem, baru, biežāk atberiem; cf. atberes « Wiedergabe des aus dem Gemeindemagazin geliehenen Getreides; das Getreide, das bei der Wiedergabe gleichsam als Prozent mehr abgegeben wird ») (EM, I, 150, 264–5).
En lituanien, le mot bãras, correspondant au letton bars, s’emploie également dans des sens similaires: « bande de champ occupée en une seule fois pendant le travail (moisson, arrachage du lin, fenaison); groupe de personnes (dans ce sens, on ne le trouve que dans les écrits de S. Gimžauskas (Linkmenys) et dans le dictionnaire d’A. Juška) » (LKŽd., I(2) 651–2). En lituanien contemporain, le mot bãras est depuis quelque temps très largement employé au sens de « domaine, champ d’une activité ».
Comme on le voit, les sens du lituanien bãras, et surtout ceux du letton bars, sont assez variés. Cela a conduit J. Endzelynas à soupçonner que le letton bars aurait plusieurs origines. Pour les sens 1–3, il tendait à rapprocher le letton bars du moyen irlandais berraim « ciseaux », de l’avestique tiži-bāra « à tranchant acéré », du latin ferīre « frapper », forus « passage autour d’un carré de culture », du vieux-haut-allemand bara « terrain clôturé », du russe забор « clôture », du grec φόρος « morceau de terre, sillon ». Pour les sens 4–5, J. Endzelynas tend à rattacher le letton bars à l’indo-européen *bher- « porter »; ce n’est que pour le sixième sens qu’il rattache le letton bars au letton bērt et au lituanien berti, tout en admettant que le quatrième sens du letton bars peut peut-être aussi être lié à ces verbes38.
Cependant, J. Endzelynas avait sans doute tort de considérer le letton bars comme un mot ayant jusqu’à trois origines différentes. Il nous semble que tous les sens du lituanien bãras comme du letton bars peuvent s’expliquer en rattachant ces mots aux verbes lituanien berti et letton bērt. L’origine du lituanien bãras et du letton bars avait déjà été expliquée ainsi par A. Leskynas39. De nombreux chercheurs ultérieurs ont adhéré à l’explication d’A. Leskynas. K. Būga affirmait que « bãras est une telle portion de terre qu’on peut en couvrir les semences en un seul passage40 »; P. Skardžius41, E. Frenkelis42 et J. Otręmbskis43 partageaient le même avis. Ce qui a sans doute surtout conduit J. Endzelynas à douter de cette étymologie, c’est le fait que les langues baltes emploient un autre mot ancien au sens de « portion de terre à ensemencer »: le lituanien biržė, le letton birze, rapproché du vieux-slave brazda « sillon », du russe борозда et du polonais brózda44 (à vrai dire, cette étymologie paraît assez douteuse).
Toutefois, les sens originels de ces mots (lituanien biržė, lituanien bãras) ont pu être différents: leur rapprochement sémantique résulte d’une évolution ultérieure.
38 EM, I, p. 265.
39 A. Leskien, Der Ablaut der Wurzelsilben im Litauischen, Leipzig, 1884, p. 321; Bildung der Nomina im Litauischen, Leipzig, 1891, p. 167 (pastarajame veikale teigia kiek abejodamas).
40 K. Būga, Œuvres choisies, II, p. 294.
41 P. Skardžius, Formation des mots de la langue lituanienne, p. 26.
42 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 34–35.
43 J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, II, Warszawa, 1965, p. 33.
44 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 44–45; EM, I, p. 299.
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Page 10Il est difficile de rattacher directement le sens de « troupeau » au verbe bérti, mais on peut associer à ce verbe les sens plus généraux de « multitude », de « groupe » (cf. Les branches de tilleul sont couvertes de bourgeons; Le ciel était dégagé, constellé d’étoiles brillantes, LKŽd., I(2), 773; letton biru birām « en foule », birum birumiem, EM, I, 298). Le sens de « troupeau, bande » découle tout naturellement de ceux de « multitude » et de « groupe »; cf. lituanien guõtas « troupeau – groupe », lituanien kaĩmenė « troupeau – groupe », lituanien gyvìs « troupeau – multitude », etc.
Comme nous l’avons mentionné, J. Endzelīns était enclin à rattacher les sens 4–5 du letton bars à l’indo-européen *bher- « porter ». Or, le lituanien bérti et le letton bērt sont eux aussi rattachés à cette racine indo-européenne. Il est vrai que J. Endzelīns semblait quelque peu douter de ce rapprochement, faisant remarquer que K. Būga, J. Mikola, A. Brückner et R. Trautmann rattachaient le lituanien bérti et le letton bērt à l’indo-européen *bher « porter » « sans se prononcer sur l’évolution du sens »45. Il nous semble que certains sens du lituanien bérti, tels que « mettre bas (à propos d’un animal) », « mettre au monde », pourraient le rapprocher de l’indo-européen *bher-; cf. Une truie a mis bas; Si tu surveilles la truie jusqu’à ce qu’elle mette bas, tu auras un porcelet LKŽd., I(2), 773, 847. Ces sens peuvent toutefois être aussi des innovations du lituanien; cf. les sens comparables des verbes griūti, irti.
Letton ganeklis, etc.
En letton, on trouve plusieurs noms désignant un « troupeau », dérivés du verbe ganīt (lituanien ganýti): ganeklis (vīrs ganekli aizdzen mājā), ganekles (ce mot apparaît dans la traduction de la Bible par Glück, datée de 1689), ganība (uz mūsu ganībām vesela ganība luopu), ganīkla (šur un tur luopu ganīklas ganās), ganāmais (būs viens gans, viens ganāmais), ganāmie (EM, I, 599, 600; EH, I, 382).
Dans les écrits de J. Žemaitė, le mot gãniava apparaît avec le sens de « troupeau » (De tels troupeaux d’animaux ne peuvent être menés au pâturage dans ces prairies, LKŽd., III, 102). Cependant, gãniava n’est probablement pas ici un fait de langue vivante, mais un mot apparu simplement à la suite d’une méprise, à partir de gõniava, en usage dans le lieu de naissance de Žemaitė (probablement une intervention des éditeurs de ses écrits).
Lituanien gõniava, gonà, etc.
Dans les dialectes lituaniens, on trouve des noms désignant un « troupeau » qu’il conviendrait de rattacher au verbe ginti « mener, conduire le troupeau au pâturage »: gõniava « troupeau, groupe, multitude », gonà « groupe, multitude » (Le berger mène un troupeau de vaches. Je n’avais encore jamais vu un troupeau d’animaux aussi grand Als.), gõna, gõnas, gõnė (Un tel troupeau de porcs pourrait manger quelque chose Kair.), gonìa (Ouvre l’étable, j’ai ramené le troupeau Vlk.), gonyčia (LKŽd., III, 482)46.
Liet. gárdas
Ce mot n’est employé au sens de « troupeau » que dans les anciens écrits lituaniens — c’est ainsi que l’utilisent J. Bretkūnas, M. Daukša, S. Chilinskis, etc. Cf.:
« …et il y aura un seul berger et un seul enclos », BrP, II, 209.
« …un bon berger qui ne cesse ainsi de chercher sur ses épaules sa brebis perdue, afin de la ramener dans son enclos », DP, 174.
« …et ils rassemblaient là tous les enclos », Ch 1 Moz 29,3.
45 EM, I, p. 292.
46 P. Skardžius, La formation des mots en langue lituanienne, p. 47.
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Page 11« …il rassemblait tous les enclos », Ch 1 Moz 29, 8.
« …et ses frères partirent faire paître le troupeau de leur père », Ch 1 Moz 37, 12.
« …qui fait paître le troupeau sans boire le lait du troupeau? » Bt 1 Pv K 9,7 (cf. aussi LKŽd., III, 120).
En lituanien, le mot gardas, comme on le sait, s’emploie au sens d’un certain type d’enclos (« partie séparée de l’étable », « enclos dans un champ ou un pâturage », « caisse faite de planches pour transporter des porcs », LKŽd., III, 120). Ce dernier sens — celui d’« enclos » — est sans aucun doute le plus ancien. Le sens de « troupeau » est probablement apparu à partir de celui d’« enclos dans un champ ou un pâturage ».
Le lituanien gardas est apparenté à l’ancien slave gradъ « château, ville, jardin », au russe город « ville », au sanskrit grháḥ « maison », au gotique gards, got. garda « enclos », à l’albanais garth « haie », etc.47
On trouve également un correspondant du lituanien gardas en letton; cf. le letton gards « un abri dans ou près de l’étable » (attesté dans les écrits de J. Janševskis). J. Endzelīns tend à considérer ce mot letton comme un lituanisme (Anscheinend aus li. gãrdas dass., wenn wirklich mit kurzem a; vgl. gārds 1, EH, I, 384). Il nous semble qu’il faudrait également considérer comme un lituanisme le letton gārds « abri pour le bétail à l’engrais, notamment pour les porcs » (EM, I, 618; EH, I, 390). En effet, à en juger par le dictionnaire de K. Mühlenbach et les matériaux de ses suppléments, ce mot s’emploie presque exclusivement dans la zone frontalière de la Lituanie (Dunika, Gruobinia, Lazduona, Nyca, Nygranda, Rucava). L’allongement du a radical dans le mot letton doit s’expliquer par la prononciation des Lituaniens de la région de Palatvys: ceux-ci (Akmenė, Klykoliai, Mažeikiai), qui ont dû introduire ce mot en letton, prononçaient le lituanien gardas gãrc. Même si le letton gārds n’était pas un emprunt au lituanien, le lituanien aurait au moins contribué à son maintien dans ces dialectes lettons.
Le lituanien gardas, au sens d’« enclos », a également pénétré dans les langues finnoises de la Baltique; cf. le finnois karsina, le carélien karžina, etc.48
Liet. stōdas
Liet. stōdas est également employé au sens de « troupeau de bétail » uniquement dans les anciens écrits — c’est avec ce sens que l’emploient J. Bretkūnas, M. Daukša, K. Širvydas, etc. Cf.:
„...nuneche awi ich Stodo (paraštėje: Gardo)...“, BrB 1 Sam 17, 34.
„...stōdai ir kaimenės, tawos...“, DP, 290.
„...piewos, łakos, kãimenes, stōdai...“, DP, 306.
„Paweýksłu tieġ tapi stōdo... (Wžormi, movi, bėdac stāda...)“, SP, II, 136.
„...piemenimus, Stodą ganantiemus...“, KN, 130.
À côté de la forme stodas, les anciens écrits emploient également la forme stoda49.
Quant à l’origine du liet. stōdas, diverses opinions ont été avancées. A. Brückner a supposé que les Lituaniens avaient emprunté ce mot au polonais50. K. Būga, qui a longtemps hésité à déterminer s’il s’agissait d’un mot indigène ou d’un emprunt51, le considère comme un emprunt au russe52, tandis que P. Skardžius le tient pour un emprunt
47 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 135–136; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 297; J. Pokorny, Et. Wb., p. 444.
48 Y. H. Toivonen, Suomen kielen etymologinen sanakirja, I, Helsinki, 1955, p. 165; A. Sabaliauskas, LKK, VI, p. 118.
49 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 592.
50 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, Weimar, 1877, p. 137.
51 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, 92, II, p. 591–592.
52 K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 46.
2. Iš lietuvių leksikologijos ir leksikografijos
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BIBLIOTHÈQUE DE L’IKL
Page 12du biélorusse53. Catégoriquement, il est probablement impossible de rejeter l’une ou l’autre opinion. Cependant, P. Skardžius rappelle notamment l’emploi très similaire du lituanien stōdas et du biélorusse cmado dans les textes biélorusses des documents lituaniens (cf. кони, стада и животина князя Лит. Мет. (1520). РИБ. XX 1434). Enfin, il est possible que ce nom désignant un troupeau soit entré en lituanien depuis les langues slaves par différentes voies.
Lituanien armuõ
Le lituanien armuõ au sens de « troupeau » n’est attesté qu’une seule fois, à savoir dans la traduction de la Bible par A. Baranauskas: Iš armen(i)ės patiną nesutemptą apieravos, 3Moz 1,3 (LKŽd, I (2), 310). Il nous semble que, dans ce contexte, l’emploi par A. Baranauskas du lituanien armuõ a été suscité par le latin armentum (...si holocaustum fuerit ejus oblatio, ac de armento...3 Moz 1, 3), qui signifie en latin « gros animaux de travail (chevaux, bœufs); troupeau d’animaux de travail ».
Par ailleurs, le lituanien armuõ, au sens de « couche arable du sol; terre cultivée; labour, sol » (: lituanien árti), n’est nulle part employé au sens de « troupeau ».
Lituanien gaibjė
Le lituanien gaibjė au sens de « troupeau » est attesté dans les ouvrages suivants de la langue lituanienne: « Clavis Germanico-Lithvana », le dictionnaire de J. Brodovski, celui de F. Nesselmann et celui de F. Kurschat (en précisant que F. Kurschat lui-même ne connaissait pas ce mot dans l’usage vivant). La structure de ce mot indiquerait qu’il ne s’agit pas d’un fait vivant de la langue lituanienne, car il n’existe pas de mots formés de cette manière en lituanien. On peut se demander comment il a pu apparaître dans ces anciens ouvrages de notre langue. F. Kurschat a repris ce mot du dictionnaire de F. Nesselmann. F. Nesselmann l’a copié du manuscrit du dictionnaire de J. Brodovski. F. Nesselmann l’a correctement recopié, car le passage en question du manuscrit du dictionnaire de J. Brodovski est très clairement lisible:
« Gótas Awju. Gardas, Stodas. Gauje, Gaibje » (B, 613).
Le mot gaibjė est probablement passé dans le manuscrit du dictionnaire de J. Brodovski depuis le dictionnaire du XVIIe siècle « Clavis Germanico-Lithvana », où il est lui aussi inscrit très clairement:
« Heerde Vieh. Kaimene, ės. F. Gúta, ôs F. Gaibje, ės. F. Gáuje, ęs. F. » (C, I, 873).
On peut même supposer que J. Brodovski, en recopiant ce mot de la source citée, l’a interverti avec le mot gauje, puisqu’il connaissait celui-ci, et qu’il a relégué le mot gaibje à la fin, parce qu’il ne l’avait jamais entendu. J. Lebedys54 a clairement démontré que J. Brodovski utilisait effectivement la « Clavis Germanico-Lithvana ». Cependant, il est pour l’instant impossible de dire comment le mot gaibjė est apparu dans ce dernier manuscrit.
53 P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Altlitauischen, Kaunas, 1931, p. 206.
54 J. Lebedys, Smulkioji lietuvių tautosaka XVII—XVIII a., Vilnius, 1956, p. 23.
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Page 13Lituanien pūlkas, letton pulks
En lituanien comme en letton, le mot pūlkas (let. pulks) est employé au sens de « troupeau d’animaux ».
Le mot pūlkas au sens de « troupeau d’animaux » figure déjà dans l’édition de 1629 du dictionnaire de K. Širvydas:
« Troupeau, grex, armentum. pulkas »
« Petit troupeau, grex pusillus, pulkelis » (Dic., 174).
Nous trouvons également, dans l’édition de 1642 du dictionnaire de K. Širvydas:
« Stādo bydla, Armentum, grex pulkas » (Dic., 421).
Le mot pūlkas est également fréquent dans les parlers lituaniens au sens de « troupeau d’animaux ». Toutefois, il y est le plus souvent employé non comme synonyme de bandos ou de kaimenės, mais au sens général de « groupe, multitude (surtout à propos d’êtres vivants) », et se construit habituellement avec un déterminant, cf. avių pulkas, pulkas kiaulių, pulkas karvių, etc. Dans certains parlers lituaniens, pūlkas s’emploie néanmoins presque comme synonyme de bandos ou de kaimenės, cf. Prie pulko ganydavo (Pumpėnai); Per du pulku ganydavo gyvulius (Linkuva).
Un emploi très similaire s’observe également pour le mot letton pūlks: « le tas (d’êtres vivants), la troupe, une quantité en général », ganāms pulks « le troupeau », ganāmpulks, ļopu pulks, ļopu pulciņš, pulks, pulciņš (Kur tu dzīsi savu pulciņu?) (EM, I, 600, III, 407; EH, I, 382)55.
Le lituanien pūlkas et le letton pūlks sont des emprunts à l’ancien russe, cf. l’ancien russe pъlkъ « régiment, armée, force militaire, expédition militaire, camp »56. Le mot est apparemment entré dans les langues baltes avec le sens d’un terme militaire; les autres sens sont apparus plus tard dans les langues baltes elles-mêmes. Une évolution sémantique similaire s’observe dans certaines langues slaves, cf. le russe dialectal полок « groupe (de filles) », le serbo-croate nyk « peuple, gens, foule », le tchèque pluk « tas ».
Les Slaves ont emprunté ce mot aux anciens Germains (*fulkaz), cf. le vieux haut allemand folk, le vieil anglais folc « armée, troupe »57.
Liet. tabūnas
Dans les dialectes lituaniens, le mot tabūnas se rencontre parfois au sens de « troupeau d’animaux ». En général, ce mot est employé en lituanien avec plusieurs sens: « troupeau d’animaux (le plus souvent de chevaux) » (Kurtuvėnai, Liškiava, Ukmergė, Salamiestis), « groupe, multitude » (Alytus, Anykščiai, Druskininkai, Dusetos, Jurbarkas, Južintai, Laukuva, Lazdijai, Rudamina, Ukmergė, Utena), « pâturage clôturé de tous côtés » (Kurtuvėnai, Radviliškis, Šiauliai).
Le mot tabūnas est entré en lituanien depuis les langues slaves. Au sens de « troupeau de chevaux », un mot de ce type est employé dans les langues slaves orientales, cf. russe табун, biélorusse табун, ukrainien табун. De là, il est également passé en polonais, cf. polonais tabun58. Les Slaves orientaux ont emprunté ce mot aux
55 Les exemples absents du dictionnaire de K. Mühlenbach et J. Endzelīns ont été communiqués à l’auteur par la candidate ès lettres D. Zemzare.
56 P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Alt litauischen, p. 183; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 665–666; EM, III, 407.
57 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 393–394; F. Kluge, Et. Wb., p. 825; E. Klein, Et. Dic., I, p. 607.
58 A. Brückner, Sł. et., p. 563.
2*
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Page 14langues turco-tatares, cf. le tatar de Kazan tabun « troupeau de chevaux », le tchaghataï tabun, le tatar de Crimée tabum « troupeau, groupe »59.
Il est difficile de dire de quelle langue slave provient le lituanien tabūnas; il est peut-être plus probable que les Lituaniens aient reçu ce mot du russe. Les sens de « groupe en général, multitude » et de « pâturage clôturé » sont apparus dans la langue lituanienne même.
Lat. pūlis
Ce mot est employé en letton dans plusieurs sens: ‘der Haufe; die Menge’ ‘die Herde; die Kette (von Jungwild)’, ‘das Nest’, ‘der Strichregen’ (EM, III, 446–7). Le sens de « troupeau » s’est sans doute développé à partir de celui de « tas, multitude ».
J. Endzelīns tend à rattacher le letton pūlis au letton pauna « le crâne; la gueule », letton paũna « un petit bonnet; un sac à dos; un paquet » (EM, III, 128). Il faudrait ensuite rapprocher ces mots des mots de la racine indo-européenne *pū-, *peu-, *pou- « gonfler; gonflé, enflé », cf. skr. phuphusah « poumons », arm. (h)ogi « odeur, respiration, âme », etc.60.
* * *
Les langues baltes possèdent de très nombreux termes pour désigner un « troupeau », en particulier le lituanien. Ces termes sont le plus souvent des mots d’origine balte, issus de différentes racines. On observe fréquemment l’évolution sémantique « multitude, groupe » → « troupeau », « animal, animaux » → « troupeau ». Quelques termes désignant un « troupeau » sont également entrés dans les langues baltes depuis les langues slaves.
NOMS DE BERGERS
Les langues indo-européennes ne possèdent pas de terme commun désignant le berger qui soit répandu dans l’ensemble de ces langues. Cependant, les différents groupes de langues indo-européennes ont le plus souvent des termes communs, apparus par une évolution sémantique similaire, parfois même issus d’une même racine indo-européenne, cf. lat. pāstor « berger »: lat. pāscō, -ere « faire paître, pratiquer l’élevage », russe пастух « berger »: russe пасти « faire paître », arm. hoviv (< *ou̯i-pā-) « berger »; all. Hirt « berger »: all. Herde « troupeau », angl. (shep)herd « berger »; angl. herd « troupeau », lituanien ker džius « berger en chef, berger plus âgé », etc.
Les termes désignant le berger sont apparus de manière similaire dans les langues baltes.
Lituanien piemuo
Ce terme est très ancien et il y a lieu de penser qu’il remonte à l’indo-européen commun. Certes, parmi les langues baltes, on ne trouve actuellement ce terme désignant le berger qu’en lituanien, mais suffisamment d’indices montrent qu’il a existé dans l’ensemble du domaine balte.
Le lituanien piemuõ n’a de correspondants directs qu’en grec, cf. gr. ποιμήν « berger », ποιμνή « troupeau ». Il existe certes un débat sur la correspondance exacte du vocalisme radical du lituanien piemuõ et des mots grecs. Mais faut-il rattacher le balte ie directement à
59 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 66.
60 J. Pokorny, Et. Wb., p. 847.
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Page 15ide. *oi, ou si nous expliquons le vocalisme de la racine du mot balte par une modification due à l’influence d’autres mots, le lien entre le lituanien piemuo et le grec ποιμήν ne fait aucun doute.
Les désignations du berger en lituanien et en grec sont rattachées à la racine proto-indo-européenne *pō(i), dont le sens principal aurait été « faire paître le bétail ». De ce sens serait ensuite apparu le sens nouveau, plus général, de « garder quelque chose ».
Outre le lituanien et le grec, on trouve des mots de cette racine dans d’autres langues indo-européennes, cf. skr. pāti « il garde, fait paître », av. pāiti, skr. gōpāḥ « berger (à l’origine, berger de bovins, de vaches; cf. skr. gauḥ « bétail, taureau, vache ») », pāyuḥ « gardien », pālāḥ « sentinelle, berger », nṛpaḥ « roi (gardien des hommes) », vieux perse xšāθrapāvan « gouverneur d’une province, satrape »1.
On a également tenté de rattacher à la racine indo-européenne *pō(i) un groupe de mots germaniques, cf. got. fōdr « étui », vieil anglais fōdor, allemand Futter « doublure »2. Sur le plan sémantique, le lien des mots germaniques avec l’indo-européen *pō(i) s’explique par le fait que le got. fōdr et les autres mots peuvent être associés au sens de « protéger en couvrant ».
On a tenté de rattacher l’indo-européen *pō(i) à l’indo-européen *pā- « nourrir, alimenter, faire paître »3, dont dérivent les désignations indo-européennes du berger déjà mentionnées (latin pāstor, russe пастух, arménien hoviv). Ces tentatives n’ont toutefois pas abouti.
Le rapprochement du hittite paddar « panier, corbeille »4 avec l’indo-européen *pō(i)5 est lui aussi très douteux.
Les langues slaves n’ont pas hérité de mots de la racine indo-européenne *pō(i). Certes, cette racine apparaît dans le mot russe et ukrainien désignant le berger de moutons, чабан. Toutefois, ce mot est entré en russe depuis les langues turco-tatares (cf. le tatar de Crimée čōban « berger »6), lesquelles ont elles-mêmes emprunté cette désignation du berger au persan, cf. persan šūban « berger », afghan špūn < *fšu-pāna- « berger de bovins », cf. skr. pāṇāḥ « qui protège »7.
En letton et en vieux-prussien, on ne trouve pas de désignation du berger correspondant au lituanien piemuo. On peut toutefois discerner certaines traces de ce mot dans quelques noms de lieux et noms de personnes.
En vieux-prussien, on trouve le nom de lieu Paymekopo (attesté dans des documents de 1311). Il semble que l’on puisse rattacher ce nom de lieu au lituanien piemuo en le faisant dériver de Paymenkopo. Pour la formation du vieux-prussien Paymekopo, cf. le vieux-prussien Auctacops, Auctukape: lituanien aukštas + lituanien kāpas8.
On a également tenté de rapprocher du lituanien piemuo le nom de personne letton Paim ainsi que le nom de lieu Paimis9.
Comme on le voit, le vocalisme de la racine de ces exemples ne correspond pas à celui de la racine du lituanien piemuo, mais il correspond au vocalisme du grec ποιμήν. Il est possible qu’il ait existé en balte deux variantes de cette désignation du berger — *peim- ir *poim-. La seconde variante pourrait même être plus ancienne. Cela serait étayé par une désignation du berger d’origine balte dans les langues finno-baltiques, cf. le finnois paimen « berger », paimen.
1 J. Pokorny, Et. Wb., p. 839; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, 348, II, 251, 262.
2 J. Pokorny, Et. Wb., p. 839; F. Kluge, Et. Wb., p. 226—227.
3 M. Mayrhofer, Et. Wb., II, p. 251; J. Pokorny, Et. Wb., p. 787.
4 F. Kluge, Et. Wb., p. 227.
5 J. Friedrich, Hethitisches Wörterbuch, Heidelberg, 1952, p. 166.
6 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 297.
7 M. Mayrhofer, Et. Wb., II, p. 251.
8 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 12, 112.
9 E. Blese, Latviešu personu vārdu un uzvārdu studijas, I, Rīgā, 1929, p. 333; E. Blese tokį (šaknyje su -ai-) latvių kalbos piemens pavadinimą linkęs laikyti sekundariniu skoliniu iš Pabaltijo suomių kalbų.
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Page 16iaa « faire paître », est. paimendama « faire paître, garder », carél. paimen « berger », liv. paimēn « berger », paimentta « faire paître, garder », vepse paimen « berger », paimenta « faire paître, garder », etc.10
[Le nom balte du berger a pénétré dans les langues finnoises baltiques, avec d’autres mots relatifs à l’élevage et à l’agriculture, vraisemblablement au cours des derniers siècles avant notre ère. Dans le domaine des langues finnoises, il a également donné naissance à un verbe signifiant « faire paître, garder », ainsi qu’à d’autres mots apparentés; cf. finnois paimentaminen « pâturage, action de faire paître », paimenkoira « chien de berger », paimenpilli « flûte de berger », paimenpoika « petit berger », paimentolainen « nomade », etc.11
Question assez intéressante: pourquoi le letton n’a-t-il pas conservé ce nom du berger? Il nous semble que la préposition pie a pu jouer ici un certain rôle. En effet, en letton, après la transformation en pie, les mots lettons commençant par la séquence pie- ont pu être compris comme des mots composés avec la préposition. Les mots dont le lien lexical avec la préposition pie n’était pas ressenti s’accordaient mal, d’une certaine manière, avec le système des mots composés mentionné et ont commencé à disparaître peu à peu, ou leur phonétique a été modifiée sous l’influence d’autres mots. C’est pour cette raison, par exemple, que le letton plāva a pu évincer l’ancien letton pieva (EH, II, 278); c’est peut-être aussi pour cette raison que nous ne trouvons pas en letton de correspondant phonétique du lituanien pieštūs. Notre hypothèse ne saurait, bien entendu, concerner les mots lettons où ie < en, ni les mots devenus monosyllabiques après la chute de leur terminaison.
Letton gans, lituanien gānas, etc.
En letton, c’est un nom du berger issu d’une autre racine qui s’est imposé; cf. letton gans « berger », formes diminutives ganiņš, ganelis, ganēns, gane, gaņa, ganiene, ganikis « un berger (un petit berger insignifiant) », gantājs « le gardien » (EM, I, 599, 600; EH, I, 382). Ces mots sont apparentés au letton ganīt et au lituanien ganyti.
Les noms du berger dérivés de ce dernier verbe sont également employés en lituanien; cf. lituanien gānas « gardien de troupeaux, berger », ganýtojas, ganikas, ganūkas, ganė « bergère, gardienne de troupeaux » (LKŽd., III, 96, 100, 107, 108).
On emploie également un assez grand nombre de noms composés du berger, dont le second élément est un mot de cette racine. Cf.:
Lituanien ančiāgonis « gardien de canards » (LKŽd., I(2), 131) < lituanien ántis + ganýti.
Lituanien arklāganis « celui qui garde les chevaux », arklāganis, arkliaganỹs, arkliāgonis, arkliiganis, arkliūganis (LKŽd., I(2), 301, 303, 305, 307) < lituanien arklys + ganýti.
Lituanien aviganis « berger de moutons, gardien de moutons », avigonis, aviāgonis, avēliaganis (LKŽd., I(2), 521, 523, 525) < lituanien avis + ganýti.
Lituanien galvijagonis « berger, gardien de troupeau », galvijagonis (LKŽd., III, 83) < lituanien galvijas + ganýti.
Lituanien jautaganỹs « gardien de bœufs; berger », jaučiāgonis (LKŽd., IV, 295, 322) < lituanien jautis + ganýti.
Lituanien karvāganis « gardien de vaches » (LKŽd., V, 352) < lituanien kárvė + ganýti.
10 Y. H. Toivonen, E. Itkonen, A. J. Joki, Suomen kielen etymologinen sanakirja, II, Helsinki, 1958, p. 459; J. Kalima, Itämerensuomalaisten kielten balttilaiset lainasanat, Helsinki, 1936, p. 145; V. Thomsen, Beröringer mellem de finske og de baltiske (litauisk-lettiske) Sprog, Köbenhavn, 1890, p. 208.
11 A. Sabaliauskas, LKK, VI, p. 130.
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Page 17Liet. kiaulāganis « gardien de porcs », kiaulāgonis, kiaūlganis, kiauliāganis, kiauliāgonis (LKŽd., V, 687, 691, 693) < liet. kiaũlė + ganýti.
Liet. ožkaganỹs « gardien de chèvres », ožkāganis¹² < liet. ožkà + ganýti.
Liet. žąsigonis « gardien d’oies » < liet. žąsìs + ganýti.
Liet. bandāganis « gardien de bovins, gardien de troupeaux », bandganis (LKŽd., I(2), 639) < liet. bandà + ganýti.
Liet. diēnaganis « celui qui ne garde le bétail que le jour, gardien médiocre » (LKŽd., II, 346) < liet. diēnā + ganýti.
Liet. naktigonis « celui qui garde le bétail la nuit (généralement les chevaux) » < liet. naktis + ganýti.
Liet. rytāgonis « celui qui garde le bétail le matin » < liet. rytās + ganýti.
Des désignations composées de bergers d’origine similaire sont également largement employées en letton. Cf.:
Lat. āitgans « le berger de moutons » (EH, I, 5) < lat. āita « brebis » + gans « berger ».
Lat. cūkgans « le porcher », cūkganis (EM, I, 398; EH, I, 280) < lat. cūka « cochon » + gans.
Lat. giòvgans « le vacher » (EM, I, 692; EH, I, 424) < lat. giòvs « vache » + gans.
Lat. luōpgans « le gardien de bétail » (EM, II, 527) < lat. luōps « bétail, animal domestique » + gans.
Lat. zīrgans « le gardien de chevaux » (EM, IV, 726; EH, II, 808) < lat. zīrgs « cheval » + gans.
Lat. zùosgans « le gardien d’oies » (EM, IV, 759) < lat. zùoss « oie » + gans.
Lat. dižgans « le grand (plus âgé) berger, le berger en chef » (EH, I, 324) < lat. dižs « grand, imposant, noble » + gans.
Le lituanien ganýti et le letton ganīt sont en outre rapprochés du lituanien gìnti « chasser, conduire; mener le troupeau, le bétail au pâturage », du letton dzīt, du russe гнать « conduire, pousser, poursuivre, chasser », du polonais gonić, de l’irlandais ancien gonim « je blesse, je tue », du sanskrit hanti « il tue, il assassine », de l’arménien gan « coup, frappe », du grec φόνος « meurtre », etc.13
Pour ces mots, on reconstruit la forme proto-indo-européenne *gu̯hen -(ə)-, dont le sens originel était probablement « frapper ». Les langues baltes possèdent également des mots issus de cette racine dont le sens ne s’est pas encore autant éloigné du sens originel; cf. le lituanien genėti « tailler les branches; couper les buissons », le letton dzenēt, le lituanien genys, le letton dzenis, le vieux-prussien genix. Dans les langues slaves, on trouve des mots issus de cette racine dont le sens se rapproche tout à fait de ceux du lituanien ganýti, du letton ganīt, du lituanien gìnti et du letton dzīt; cf. le russe вгон « pâturage, pacage, chemin de troupeau; action de mener au pâturage », le polonais wygon.
En lituanien, il existe des appellations du berger directement dérivées du verbe gìnti; cf. le lituanien genùlis « petit berger » (LKŽd., III, 239), gìnikas « celui qui mène (le bétail) » (LKŽd., III, 319), gintėjas (LKŽd., III, 327).
Lituanien: palefrenier, berger, etc.
On trouve également des appellations de bergers directement dérivées des noms des animaux correspondants. Cf.:
Lituanien arklininkas « gardien de chevaux la nuit, gardien de chevaux; amateur de chevaux, connaisseur », arklinȳkas (LKŽd., I (2), 305), arklinis « gardien de chevaux la nuit, gardien de chevaux, nourrisseur » (LKŽd.,
12 Les exemples lituaniens pour lesquels aucune source n’est indiquée sont généralement tirés du fichier de l’« Lietuvių kalbos žodynas » académique.
13 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 152—153; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 293; J. Pokorny, Et. Wb., p. 491—493.
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Page 18I(2), 306), arklìčius « berger vaurien » (LKŽd., I (2), 305; pour la sémantique, cf. le lituanien arklìnis « garnement »), cf. le lituanien arklỹs.
Lituanien avininkas « berger de moutons; gardien, éleveur, détenteur de moutons », avinýkas (LKŽd., I(2), 528), avinorius « berger de moutons » (avec un suffixe slave, LKŽd., I(2), 529), cf. le lituanien avis.
Lituanien galvìjininkas « berger de bovins » (LKŽd., III, 83), galvininkas (LKŽd., III, 84), cf. le lituanien galvijas.
Lituanien jautìnininkas « berger de bœufs; personne qui travaille avec des bœufs », jautìnis « laboureur travaillant avec des bœufs, berger, marchand de bœufs; gardien de bœufs » (LKŽd., IV, 324), jaučius « berger de bœufs; bouvier », jautìčius (LKŽd., IV, 295), jautìšius « gardien de bœufs » (LKŽd., IV, 325), cf. le lituanien jautis.
Lituanien karvininkas « berger, gardien, éleveur de vaches » (LKŽd., V, 357), karvišius « berger de vaches, terme péjoratif », karviškus (LKŽd., V, 358), cf. le lituanien karvė.
Lituanien kiaulininkas « berger de porcs, porcher, nourrisseur et gardien de porcs », kiaulininkas (LKŽd., V, 696), kiaulinis « berger de porcs; personne qui fait commerce de porcs », kiaulinis (LKŽd., V, 697), kiaulišius « porcher, berger de porcs », kiauliušis (LKŽd., V, 699), cf. le lituanien kiaulė.
Lituanien ožkininkas « personne qui s'occupe de chèvres, chevrier », ožkininkas, cf. le lituanien ožka.
Lituanien avinvedis « berger de moutons » (LKŽd., I(2), 529), avinvedỹs < lituanien ávi̇̀nas + vesti.
Lituanien kiauliapiemenis « berger de porcs » (LKŽd., V, 694), kiauli̇̀piemenis (LKŽd., V, 700) < lituanien kiaulė + piemuo.
Lituanien: garçon chargé de la herse, garçon, gelčius, etc.
On trouve en lituanien quelques autres appellations de berger d’origines diverses, généralement employées dans un sens spécifique ou porteuses d’une certaine nuance affective. Cf.:
Lituanien: akėčpiemenis « berger apte à travailler avec la herse, jeune valet » (LKŽd., I(2), 51), akėtpiemenis (LKŽd., I(2), 55) < lituanien akėčios + piemuo.
Lituanien: berniukas « petit berger, valet plus jeune (domestique) » (LKŽd., I(2), 770), comparer le lituanien berniukas.
Liet. gelčius « enfant, jeune berger » (LKŽd., III, 213), cf. liet. geltónas, geltas; pour la sémantique, cf. liet. geltonsnāpis « immature, blanc-bec, gamin ».
Liet. naktininkas « gardien de troupeau de nuit », naktinis, cf. liet. naktis.
Liet. naktigulis « gardien de troupeau de nuit », < liet. naktis + gulėti
Liet. avčiorius
Liet. berger « propriétaire de moutons, berger de moutons » (LKŽd., I(2), 520) < pol. owczarz.
Cependant, dans le mot lituanien, on perçoit déjà le lien lexical de ce mot avec le lituanien mouton. Que ce mot ait été emprunté au polonais serait peut-être indiqué par sa source — le dictionnaire de J. Brodovski.
Letton: šēperis, šēruks
Lat. šēperis « un berger, le berger d’un domaine; le berger d’un domaine » (EH, II, 626) — est un mot d’origine allemande, cf. l’all. Schäfer; cf. aussi lat. šēperis « chien de berger », šēperītis (EM, IV, 17)14.
14 J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, Leipzig, 1936, p. 130.
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Page 19Lat. šeruks « un gardien de bétail et berger (notamment dans les domaines) marié » (EM, IV, 17) se rencontre dans les dialectes lettons situés à la frontière de la Lituanie; selon J. Endzelīns, il pourrait avoir été emprunté au lituanien, cf. lit. šėrti, let. šērt < < lit. šerti.
Lit. kerdžius
En lituanien, on emploie plusieurs appellations spécialisées pour désigner le berger principal.
L’appellation la plus répandue est kerdžius, qui s’emploie également dans la langue littéraire. À côté de la forme kerdžius, on trouve dans les dialectes et dans divers monuments linguistiques d’autres formes de cette appellation de la même racine, cf. kerdeninkas (kerdenykas), kerdis, kerdžys (LKŽd., V, 600). Cette appellation a également donné naissance à de nombreux autres mots liés au travail du berger principal ou, plus généralement, à la garde des troupeaux, cf. kerdystė « travail de berger principal », kerdžystą, kerdžuvis « celui qui a été berger principal », kerdūkas « petit berger », kerdžianka « femme qui garde les animaux », kerdžiauti « exercer les fonctions de berger principal, être berger principal », kerdžinė « festin des bergers », kerdžinyčia « cabane du berger principal », kerdžiuvienė « épouse du berger principal » (LKŽd., V, 600), kiaulkerdis « gardien de porcs », kiaulkerdžius (LKŽd., V, 699).
Dans les dialectes lituaniens, ainsi que dans la langue littéraire, la forme skerdžius et les mots qui en dérivent sont également très largement employés (skerdžiauti, skerdystė, skerdžiuvienė). La forme skerdžius est plus récente: elle est apparue par l’ajout de la consonne s- à la forme kerdžius. L’ajout de consonnes de ce type est un phénomène assez fréquent en lituanien (il n’est pas non plus étranger au letton), cf. lit. keterà: sketerà, kregždė: skregždė, kremzlė: skremzlė, etc.15
L’apparition du s- ajouté dans le mot kerdžius s’explique de diverses manières. E. Fraenkel, tout en avertissant qu’il ne faut pas rattacher le lit. skerdžius au lit. skersti « égorger un porc », explique l’apparition du s- par l’influence des mots sérgėti, sárgas16. J. Otrębski, en revanche, explique précisément l’apparition du lit. skerdžius par l’influence du mot skersti, puisque le berger principal aurait également été boucher du bétail17. Des deux explications, celle de J. Otrębski paraît plus convaincante. Toutefois, il nous semble que le s- a pu apparaître dans l’appellation du berger principal sans l’influence d’un mot particulier. Après tout, il est impossible d’expliquer, dans les langues lituanienne comme lettone, tous les s- ajoutés par la seule influence étymologique d’un mot donné.
L’ajout du s- dans le mot kerdžius est un phénomène ancien. Z. Zinkevičius rattache également au mot skerdžius les hydronymes Skerdžius, Skérdžia18. Toutefois, ces hydronymes peuvent également être associés aux mots du groupe lit. skardis, skardžius, cf. lit. Skerdupis à côté de Skardupis, ainsi qu’à d’autres hydronymes très répandus19. Cette dernière possibilité nous paraît plus plausible, d’autant plus qu’il n’existe pas d’hydronymes que l’on pourrait associer au lit. kerdžius.
15 J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, I, Warszawa, 1958, p. 376–378; J. Endzelins, Latviešu valodas gramatyka, Rīga, 1951, p. 238–239; Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, Vilnius, 1966, p. 190–191.
16 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 242.
17 J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, I, p. 378.
18 Lietuvos TSR upių ir ežerų vardynas, Vilnius, 1963, p. 148; Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 190.
19 Lietuvos TSR upių ir ežerų vardynas, p. 147–148.
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Page 20Le lituanien kerdžius possède une étymologie assez sûre: il est rattaché à des mots issus de la forme indo-européenne *kerdho-, dont le sens premier aurait été « rang; troupeau ». L’évolution sémantique des mots issus de cette forme est très bien attestée dans les langues slaves et, en partie, dans les langues baltes, cf. le russe череда « rang, temps, période; troupeau », l’ukrainien череда « troupeau, groupe, foule; rang », le biélorusse чарада « file, rang; foule, groupe; troupeau », le polonais trzoda « troupeau, bétail », le tchèque třída « ordre, rang, classe, succession; rue, boulevard », le slovaque črieda « troupeau, harde », le haut-sorabe črjoda « tas », etc.20
Le lituanien kerdžius, le vieux-prussien kėrdan et le russe череда étant rapprochés de l’indo-européen *kerdho, le consonantisme initial du mot dans les langues baltes et slaves suscite quelques doutes: il est vélaire au lieu d’être palatal, comme on s’y attendrait, cf. le sanskrit śárdha- « troupeau, groupe », l’avestique sarəða. Cependant, un tel vélaire « irrégulier » se rencontre assez souvent dans les langues baltes, et il ne faudrait probablement pas considérer cette appellation balto-slave comme un emprunt à quelque dialecte indo-européen occidental.
B. Jäger tente de rattacher ces mots balto-slaves à l’indo-européen *(s)ger- « schnei- »21.
Parmi les langues baltes, le lituanien et le vieux-prussien ont conservé des mots issus de cette racine indo-européenne. En lituanien, comme nous l’avons vu, le mot de cette racine désigne le berger principal, tandis que le mot vieux-prussien kėrdan, à l’accusatif singulier (forme attestée trois fois dans le troisième catéchisme), et kerdan (forme attestée une fois dans le même catéchisme) a conservé le sens temporel, cf. prei swaiam kerdan (= zu seiner zeit), en kėrdan (= bey zeit), Enstan kėrdan (= Zu der zeit)22. Ainsi, les langues baltes semblent avoir conservé deux pôles sémantiques de l’indo-européen *kerdho-. Il paraît donc fondé de supposer qu’en balte, avant que n’apparaisse le sens de « berger principal », ou plus généralement de « berger », un mot de la même racine était employé au sens de « troupeau ». On pourrait même supposer que le nom de berger principal kerdenykas, attesté dans le manuscrit de la Postille de Wolfenbüttel de 1573, reflète à sa manière le sens ancien du lituanien *kerda « troupeau », cf. bandà: bandininkas « berger », bandùlis « berger principal; kerdžius ».
Dans le sens de « berger », le mot issu de la racine indo-européenne *kerdho- est employé dans les langues germaniques, cf. le gotique hairdeis, le vieux haut allemand hirti, l’allemand Hirt, l’anglais (shep)herd, lequel dérive lui aussi du nom germanique du troupeau, cf. le gotique hairda, le vieux haut allemand hërta, l’allemand Herde, l’anglais herd, etc.23
Le fait que le mot issu de la racine indo-européenne *kerdho- ait été employé auparavant au sens de « rang, temps » non seulement en vieux-prussien, mais aussi dans d’autres langues baltes, serait indiqué par son passage dans les langues finno-baltiques, cf. le finnois kerta « couche, rang; fois » (cf. des locutions ou des mots composés tels que ainoa kerta « une seule fois », vaatekerta « changement de linge, de vêtements », elämänkerta « biographie », vuosikerta « publication annuelle », des dérivés tels que kerros « couche », kertoa « raconter; multiplier (en mathématiques) », etc.), l’estonien kord, le carélien kerda, le live kērda, etc.24. Certes, ces derniers temps, certains chercheurs (J. Ka-
20 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 320; R. Trautmann, B.-sl. Wb., p. 127–128; О. Н. Трубачёв, Происхождение названий домашних животных в славянских языках, р. 105.
21 B. Jēgers, KZ, 80, p. 46–48.
22 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 53, 61, 63, 69, 356; Prūsų kalbos paminklai, p. 195, 209, 211, 223.
23 F. Kluge, Et. Wb., p. 304, 310; J. Pokorny, Et. Wb., p. 579; E. Klein, Et. Dic., I, p. 722.
24 Y. H. Toivonen, Suomen kielen etymologinen sanakirja, I, p. 184–185; V. Thomsen, Beröringer mellem de finske og de baltiske (litauiske-lettiske) Sprog, p. 185–186; J. Kalima, Itämerensuomalaisten kielten balttilaiset lainasanat, p. 115–117.
26
Page 21… (L. Hakulinen) doutait quelque peu de l’origine baltique de ces mots. Pourtant, leurs doutes sont sans doute infondés. Tant leur sens que leur phonétique indiquent qu’ils sont effectivement empruntés aux langues baltes.
En letton, on ne trouve aucune trace de l’indo-européen *kerdho-. Il est vrai que, dans les dialectes lettons (Rucava), la forme kėrdzis, « garçon d’écurie dans un domaine seigneurial », est attestée (EM, II, 375). Mais, comme l’a indiqué J. Endzelīnas, elle dérive vraisemblablement du lituanien kerdžius.
Les mots lituaniens kerdžius, skerdžius se sont également introduits dans des documents concernant la Lituanie rédigés en biélorusse, en russe et en polonais; cf. le biélorusse кердъ, скердъ, le russe кердъ, le polonais skierdź25.
H. Hirt a tenté, sans aucun fondement, de considérer le lituanien kerdžius comme un mot d’origine germanique (gotique)26.
Lituanien dieninis
Le lituanien dieninis, « kerdžius » (LKŽd., II, 347), cf. le lituanien dienà.
Comme on le voit, la sémantique de cette appellation lituanienne du berger en chef rappelle beaucoup l’évolution des sens de l’indo-européen *kerdho-. Le lituanien dieninis est employé dans une aire dialectale relativement restreinte (Bagaslaviškis, Gelvonai, Pabaiskas, Paberžė). Dans l’est de la Lituanie, on trouve aussi le nom de famille Dieninis, qui désignait à l’origine la profession de la personne ainsi nommée.
Lituanien viršininkas
Le lituanien viršininkas, « kerdžius, berger en chef », cf. le lituanien viršus.
Le lituanien viršininkas au sens de « berger en chef » se rencontre le plus souvent dans la partie nord du centre de la Lituanie (Akmenė, Eriškiai, Gruzdžiai, Grūžiai, Klykoliai, Linkuva, Papilė, Pušalotas, Rozalimas, Skaistgirys, Šeduva, Upytė, Žagarė). Le lituanien viršininkas, avec le sens de « berger en chef », figure également dans des documents rédigés en polonais au milieu du XVIIIe siècle dans les environs de Šiauliai et de Žagarė. À côté du mot viršynik, ces documents présentent même le terme viršynikostvo, dérivé de ce mot et signifiant « métier, fonctions de kerdžius »27.
Le destin ultérieur de ce mot est intéressant. Dès la fin du XIXe siècle, J. Jablonskis l’introduit dans la langue littéraire, non pas au sens de « berger en chef », mais au sens de « personne qui exerce une certaine autorité sur d’autres personnes (Vorsteher, Vorgesetzter, начальник) »28. C’est surtout grâce aux efforts de J. Jablonskis que ce mot, dans son sens nouveau, s’est fermement établi dans la langue littéraire lituanienne.
Du lituanien viršininkas, « berger en chef », dérivent également plusieurs autres mots liés à l’élevage; cf. le lituanien viršininkė, « épouse du viršininkas, kerdžuvienė », et viršininkai, « jour où le berger en chef, c’est-à-dire le viršininkas, vient manger à la ferme du berger, qui n’a alors pas besoin de faire paître le troupeau » (Lauksodis, Linkuva).
25 K. Jablonskis, Lietuviški žodžiai senosios Lietuvos raštinių kalboje, p. 212, 323, 358; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 242.
26 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 92.
27 K. Jablonskis, Lietuviški žodžiai senosios Lietuvos raštinių kalboje, p. VIII–IX, 356–358.
28 Jablonskio raštai, IV, Kaunas, 1935, p. 17; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 601.
27
Page 22Liet. bandùlis et autres
Liet. bandùlis « berger » (LKŽd., I(2), 643), bandžius (LKŽd., I(2), 644), bandūnis (LKŽd., I(2), 641), cf. également bandinininkas « gardien du troupeau, berger » (LKŽd., I(2), 640), bandišius « berger, gardien du bétail » (LKŽd., I(2), 641), cf. lith. bandà « troupeau ».
Lith. tvarklas
Dans la littérature linguistique, depuis l’époque d’A. Becenberger, le mot tvarklas²⁹, employé dans la traduction de la Bible de J. Bretkūnas, est mentionné au sens de « berger ». Dans les traductions ultérieures de la Bible en lituanien de Prusse-Orientale, le mot tvarklas employé par J. Bretkūnas correspond à kerdžius (« … et comme un troupeau sans berger », Is. 13, 14)³⁰. On pourrait donc supposer que, dans la Bible de J. Bretkūnas également, le mot tvarklas est employé au sens de « gardien de troupeau ». Malheureusement, le mot en question est entré dans la littérature linguistique au sens de « berger » à la suite d’une erreur. Nous avons indiqué que, dans les traductions plus récentes de la Bible en lituanien de Prusse-Orientale, le mot tvarklas de J. Bretkūnas est rendu, dans la phrase citée, par kerdžius. Dans les traductions allemandes plus récentes, cette phrase est traduite ainsi: …und wie eine Herde ohne Hirten (Is., 13, 14)³¹. Toutefois, dans la traduction de la Bible de Martin Luther de 1549, cette phrase se présente ainsi: …und wie ein Herd on hürten³². Que, dans cette phrase, l’allemand hürten signifie non pas « gardien de troupeau » ou « berger », mais « enclos », est clairement démontré par une autre phrase du même chapitre de la Bible: …die Hirten keine hurten da auffschlahen (Is., 13, 20), que J. Bretkūnas traduit aussi par: …Piemens… Twarklu ne tajis. Ainsi, dans la première phrase (que J. Bretkūnas traduit par: … ir kaip Gūtas be Twarklių) comme dans la seconde, tvarklas chez J. Bretkūnas signifie « enclos (= en allemand Hürde, en moyen haut allemand hurt, au pluriel hürte), et non “berger”.
Lith. pastyrius, pulkaunýkas, ustovas
Lith. pastyrius « berger en chef, gardien de troupeau » (Daugėliškis, Dūkštas, Ignalina, Mielagėnai, Rimšė, Tverečius), cf. russe пастырь « pasteur, prêtre, berger », biélorusse пастыр, ukrainien пастир. Le mot est probablement passé en lituanien depuis le russe. Mot commun à toutes les langues slaves, il est vraisemblablement apparenté au russe пасти « faire paître », etc. Toutefois, en raison de son suffixe inhabituel dans les langues slaves, on a même tenté de le considérer comme un emprunt³³.
Lith. pulkaunýkas « berger en chef, gardien de troupeau » (Karsakiškis, Ukmergė), pulkaunykas < russe полковник « пастух » (В. Н. Добровольский, См., 652).
Lituanien ustōvas (užstōvas) « berger en chef, gardien de troupeau; surveillant » (Anykščiai, Balninkai, Daugailiai, Kupiškis, Kupreliškis, Pandėlys, Pasvalys, Rokiškis, Salakas, Sudeikiai, Svėdasai, Tauragnai, Ukmergė, Utena, Užpaliai, Vyžuonos, Zarasai): son étymologie suscite certains doutes.
E. Frenkelis, en rétablissant probablement à juste titre la forme užstōvas, rattache cette appellation du berger en chef au lituanien užstōti « défendre, prendre le parti de quelqu’un; faire obstacle,
29 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1150; A. Bezzenberger, Beiträge zur Geschichte der litauischen Sprache, Göttingen, 1877, p. 333.
30 Biblia, Tai esti: Wissas Szwentas Raßtas… Karalauczuje, 1816; Biblija, tai esti Visas Šventas Raštas, Berlynas, 1931.
31 Die Bibel oder die ganze Heilige Schrift, Berlin, 1907.
32 Biblia: Das ist: die gantze heilige Schrifft: Deutsch. Auff's new zugericht. D. Mart. Luth., Wittemberg, 1549.
33 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 322.
28
Page 23retenir quelque chose; commencer, užstojis « protection, abri », užstolis « sauveur » (mot attesté dans les écrits de M. Daukša), etc.34
Cependant, il nous semble que cette mise en relation est considérablement compliquée par la différence de sens. Dès lors, ne serait-il pas plus juste de considérer le lituanien ustòvas (užštòvas) comme une sorte de dérivé du lituanien pristòvas « surveillant, intendant » (< russe пристава, biélorusse прыстаў ou polonais przystaw)?
Lituanien paganìkas, pūganas, etc.
En lituanien, on trouve aussi des appellations spécifiques désignant les aides du berger en chef. Cf.:
Lituanien paganìkas « aide du berger en chef ou du berger » (Girdiškė, Karklėnai, Laukuva, Nemakščiai, Šilalė, Švėkšna, Upyna, Žarėnai).
La forme paganìkis apparaît assez fréquemment aussi dans les dictionnaires de lituanien de Prusse-Orientale:
« Hirten=Knabe Paganikkis, -io », C, I, 952.
« Paganikkis, -io, m. un jeune garçon auxiliaire du gardien de bétail (Niederung, Prökuls) », G. H. F. Nesselmann, Wb., 256.
La forme diminutive paganikėlis se trouve dans les chansons populaires lituaniennes recueillies par F. Nesselmann:
« Birbiń wamzdelį Paganikelis »35.
L’étymologie du lituanien paganìkis a été examinée par A. Leskien, selon lequel « paganikis ou pagunikis, “jeune garçon auxiliaire du gardien de bétail”, est sans doute le russe pogonok “conducteur de bétail”, lituanisé d’après paganyti; toutefois, pour la forme en u, on pourrait invoquer le vieux-prussien guntwei, infinitif, gunnimai, 1re personne du pluriel: “pousser, conduire” »36.
Il est sans doute impossible de réfuter catégoriquement cette explication d’A. Leskien. Il existe cependant des raisons suffisantes d’en douter. Premièrement, le sens du russe погонок « Sudrusse: 1. celui qui mène les bœufs de labour; conducteur de bétail » (И. Я. Павловский Р-н. сл. 1082) diffère considérablement de celui du lituanien paganìkas. Deuxièmement, dans les dialectes lituaniens, on trouve un synonyme du lituanien paganìkas dont la formation est tout à fait différente de celle du russe погонщик, mais qui est apparenté au lituanien ganýti. Cf.:
Lituanien pāganas « aide du berger en chef » (Kretinga, Palanga, Salantai, Šateikiai), pāganaitis « petit berger » (Palanga), cf. lituanien paganyti37.
P. Skardžius38 et J. Otrębski39 considèrent le lituanien paganìkas comme un mot d’origine autochtone, le rattachant au lituanien paganyti.
Lituanien: pavàrniṅkas, pìrmininkas, šalininkas
Liet. pavàrniṅkas « berger qui, avec le kerdžius, conduit le troupeau et se trouve à l’arrière de celui-ci » (Akmenė), pavarinis (Žemaitkiemis), pavarinys (Lyduokiai), cf. lit. varyti.
34 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1175.
35 Littauische Volkslieder, gesammelt kritisch bearbeitet und metrisch übersetzt von G. H. F. Nesselmann, Berlin, 1853, p. 20; plg. t. p. V. Kalvaitis, Prūsijos Lietuvių dainos, Tilžė, 1905, p. 341.
36 A. Leskien, Die Bildung der Nomina im Litauischen, p. 510.
37 P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 444.
38 P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 128.
39 J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, II, p. 277.
29
Page 24En lituanien, pirmininkas (le plus souvent employé au pluriel) désigne, lors de la conduite du troupeau par le kerdžius, le berger qui marche en tête du troupeau (« devant les yeux ») (Akmenė); cf. le lituanien pirmas. Dans le fichier du dictionnaire académique de la langue lituanienne, le lituanien pirmininkas est aussi attesté une fois avec le sens général de « berger » (Lazūnai, relevé par J. Senkus)40, avec la précision que le mot avait été entendu une seule fois, de la bouche d’un vieil homme.
En lituanien, šalininkas (le plus souvent employé au pluriel) désigne, lors de la conduite du troupeau par le kerdžius, le berger qui marche sur le côté du troupeau (Akmenė); cf. le lituanien šalis.
Dans les dialectes lituaniens, le berger ancien est parfois désigné également par d’autres mots, généralement employés pour marquer l’ancienneté ou l’autorité: piemenų karalius, galvà, tėvas, vyresnybė41. Ces appellations comportent toutefois le plus souvent une certaine nuance affective.
* * *
Après avoir passé en revue les désignations du berger dans les langues baltes, nous pouvons constater que seul le lituanien a conservé l’ancienne désignation indo-européenne du berger (lituanien piemuo). Il existe cependant des raisons de penser qu’une telle désignation existait aussi dans les autres langues baltes. Des langues baltes, cette désignation est passée dans les langues finnoises baltiques. Le lituanien possède également une très ancienne désignation du berger ancien (lituanien kerždžius). Les langues baltes comptent un nombre assez important de désignations du berger ou du berger ancien, d’origines diverses et en usage surtout dans les régions du nord; ces désignations sont particulièrement nombreuses en lituanien.
DÉSIGNATIONS DES BÂTIMENTS DESTINÉS À ABRITER LE BÉTAIL
Les langues indo-européennes ne possèdent pas de désignation commune pour le bâtiment destiné à abriter le bétail. Une désignation commune fait également défaut dans de nombreuses branches des langues indo-européennes. Les termes désignant cette notion sont généralement apparus indépendamment dans chacune des langues; les emprunts sont assez nombreux.
Les langues baltes ne possèdent pas non plus de désignation commune pour ce bâtiment. Cependant, comme nous le verrons, le lituanien et le letton ont en commun un ou deux termes désignant cette notion.
Les informations historiques sur les bâtiments destinés à abriter le bétail chez les anciens Baltes sont très lacunaires. Les brèves mentions disponibles dans les documents historiques ne permettent pas de reconstituer en détail l’évolution de l’aspect de ce bâtiment. Tant en Lituanie qu’en Lettonie, il existait différents types de bâtiments destinés à abriter le bétail1.
Les documents du XVIe siècle fournissent quelques informations plus détaillées sur les étables des paysans lituaniens. Ainsi, dans l’inventaire du district de Karšuva, une inscription datée du 31 octobre 1562, rédigée par Jakub Łaskowski, réviseur des districts de Samogitie, indique: « Pour le fumier, il faut absolument que le bétail soit gardé non pas dans les maisons, mais que l’on construise des cours ouvertes et que l’on les entoure d’une bonne clôture, comme en Podlachie. Et l’intendant doit, à titre d’exemple, en faire construire une près de chez lui, dans l’une des circonscriptions de bailliage; et si quelqu’un n’en a jamais vu, alors il faut procéder ainsi
40 Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 29.
41 Lietuvių etnografijos bruožai, red. A. Vyšniauskaitė, Vilnius, 1964, p. 93.
1 Lietuvių etnografijos bruožai, red. A. Vyšniauskaitė, Vilnius, 1964, p. 262–269; Iz. Butkevičius, Lietuvių valstiečių ūkiniai pastatai, — Iš lietuvių kultūros istorijos, II, Vilnius, 1959, p. 237–256; K. Čerbulėnas, Namas („numas“ pirmasis lietuvių gyvenamojo pastato tipas, — Iš lietuvių kultūros istorijos, I, Vilnius, 1958, p. 104–145; Latviešu konversācijas vārdnīca, 10, Rīga, 1933–1934, sklt. 19235–43; A. Bielenstein, Die Holzbauten und Holzgeräte der Letten, I–II, St. Petersburg, 1907–1918; Latviešu etnogrāfija, red. kolēģija: A. Bīrons, S. Cimermanis, A. Krastiņa, I. Leinasare, H. Strods (atb. red.), Rīga, 1969, p. 134; S. Cimermanis, Latviešu tautas dzīves pieminekļi, Celtnes un to iekārta, Rīga, 1969, p. 81–88.
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Page 25choisir un emplacement tel que l’eau ne puisse s’en écouler, puis construire, du côté sud, une entrée avec une clôture pas très haute, du côté est, une étable ou une remise couverte sans trop de hauteur et à l’abri du vent, et bien protéger au moins deux parois en les érigeant, puis en remplissant de terre l’espace entre elles et en construisant de cette façon; à l’extrémité de la cour ouverte, du côté nord, en construire une deuxième, de même du côté ouest — une troisième, et laisser au milieu un espace libre, afin que les bêtes puissent sortir librement d’elles-mêmes des étables et y rentrer; en outre, étendre au milieu de la paille et d’autres choses, que le bétail piétinera; ainsi, on aura suffisamment de fumier pour fertiliser la terre…»2
L’une des premières descriptions détaillées d’étables en Lituanie a été donnée par S. Daukantas3.
Liet. tvártas
En lituanien, le nom de bâtiment destiné à abriter les animaux le plus répandu est tvártas. Aujourd’hui, ce mot est employé dans la langue littéraire et dans une vaste aire dialectale du lituanien (parties sud, centrale et orientale de la Lituanie: Ariogala, Daugai, Dūkštas, Ignalina, Jurbarkas, Kapsukas, Kėdainiai, Lazdijai, Raseiniai, Simnas, Švenčionys, Varėna, Veisiejai, Vilkaviškis, Vilkija; îlots linguistiques lituaniens situés sur le territoire de la RSS de Biélorussie: Lazūnai, Zietela)4.
Ce mot se rencontre déjà dans nos anciens écrits. Ainsi, dans la traduction de la Bible de S. B. Chilinskis, on trouve:
« Pabudawosim čia awiu twartus pekuy musu... », 4 Moz 32, 16.
«... ir padarė twartus pekuy sawo... », 1 Moz, 33, 17.
J. Bretkūnas traduit ainsi ces passages de la Bible:
« Mes tiktai Awiu Twartas schicze darisim delei mūsų Bandos... », 4 Moz 32, 16.
«... ir pabūdawoia saw Namus ir padarė pėkui sawam Būdas... », 1 Moz 33, 17.
Cependant, S. B. Chilinskis emploie ici la forme tvartas, tout comme J. Bretkūnas la forme tvarta (?), semble-t-il non pas au sens actuel de « bâtiment destiné à abriter les animaux », mais au sens de « enclos ». On peut l’affirmer avec une assurance particulière à propos de J. Bretkūnas. Le texte allemand de la Bible viendrait également étayer cette hypothèse; cf. l’édition de 1549 de la Bible de M. Luther:
« Wir wollen nur Schafhürten hie bawen für unser Vieh... », 4 Moz 32, 16.
«...und bawet jm ein Haus, und machet seinem Vieh hütten... », 1 Moz. 33, 175.
Le mot tvártas n’est employé qu’au sens d’« enclos » dans les dictionnaires lituaniens de Prusse-Orientale:
« Twártas, to, m. ein abgezäunetes Ställchen », P. Ruhig, Lex., I, 166.
« Stall, Staldas, do, m. nur bezäunt Twártas, to, m. », R. Ruhig, Lex. II, 336.
« Twartas, to, m. une étable, une étable clôturée. Pennukßlū Twartas, une étable d’engraissement clôturée », Chr. Mielcke, Wb., I, 303.
2 Sources de l’histoire de la RSS de Lituanie, I, comité de rédaction: K. Jablonskis (rédacteur responsable), J. Jurginis, J. Žiugžda (rédacteur en chef), Vilnius, 1955, p. 178—179.
3 Budą Senowęs — Letuwiu Kalnienų ir Žamajtių išsraše... Jokub’s Łaukys, Petropilie, 1845, p. 22—23.
4 Pour indiquer la répartition des différentes dénominations de l’étable dans les parlers lituaniens, l’auteur s’appuie principalement sur une carte manuscrite de l’Atlas de la langue lituanienne préparé par B. Vanagienė. Il remercie la candidate ès lettres E. Šmite pour les exemples tirés des parlers lettons.
5 Biblia: Das ist: die gantze heilige Schrifft: Deudsch. Auff's new zugericht. D. Mart. Luth., Wittemberg, 1549.
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Page 26« Stall, Staldas, do, m. simplement clôturé, Twārtas, to m. », Chr. Mielcke, Wb., II, 450.
« twārtas, -o, subst. m. la clôture, l’enclos, un parc », F. Kurschat, Wb., 472.
« kiaũltwartis, -čio, subst. m. un enclos pour les porcs ».
« kiaũlstaldīs, -džio, subst. m. la porcherie », F. Kurschat, Wb., 181.
La distinction claire que F. Kursaitis établit entre tvārtą, « enclos », et la notion de « bâtiment destiné à abriter les animaux » ressort particulièrement des exemples suivants:
« …clôturer un espace dans l’étable pour les veaux, twārtą weŕbiams staldē nukalti (ou padaryti; aussi: aptwērti) », F. Kurschat, Wb., I, 25.
« …clôturer un emplacement dans l’étable pour un veau, staldē weŕbiui twārtą padaryti… », F. Kurschat, Wb., I, 36.
Le mot twārtas est employé dans les écrits des Lituaniens de Prusse-Orientale même à propos d’une partie spécifique de l’église, cf.:
« Un Twartas particulier fut affecté aux femmes pour l’accomplissement de leur service divin », K. Jurkšaitis, Jeruz. Išp., 1901, 97.
Ainsi, tvārtas, qui désignait à l’origine un enclos en général, puis un espace spécialement délimité dans l’étable, a ensuite été employé au sens de « bâtiment destiné à abriter les animaux ».
L’étymologie de ce mot ne fait aucun doute: il est à rattacher au lituanien tvērti, tvrtas, tvorà, tvārštis et aux autres mots de cette racine6.
Dans certaines régions de Žemaitija (Kvėdarna, Plungė, Rietavas, Salantai, Viekšniai), le mot tvārtas est employé au sens de « bandage, petit foulard servant à entourer une plaie ». Dans ces localités, le sens « bâtiment destiné à abriter le bétail » est récent et vient de la langue littéraire.
Il semble qu’en prussien aussi ait existé un mot de cette racine, employé au sens du lituanien tvārtas, « bâtiment destiné à abriter le bétail »; cf. « Coaris Banse » (mot 232 du glossaire d’Elbing)7. L’allemand Banse peut signifier « vaste espace de la grange situé sur le côté de l’aire de battage, espace de part et d’autre de celle-ci où l’on entasse les récoltes »8.
A. Fick a rapproché ce mot prussien du lituanien kárti. Toutefois, l’explication d’A. Bezzenberger semble beaucoup plus convaincante: il corrige le prussien coaris en toaris, qu’il rapproche du lituanien tvārtas, tvorà, tvērti9. La comparaison de ces mots soulève également certaines difficultés quant au vocalisme de la racine du prussien toaris. Il pourrait s’agir d’un cas analogue à celui du mot prussien aloade (mot 541 du glossaire d’Elbing), « Haspe », dont on tente de faire dériver les formes *al(v)ōde ou *alvadē.
R. Trautmann10 et J. Endzelīns11 ont approuvé l’étymologie du prussien toaris proposée par A. Bezzenberger.
En letton, il n’existe pas de désignation de même racine pour le bâtiment destiné à abriter le bétail. On trouve toutefois des mots de cette racine employés dans des sens proches; cf. le letton tvarts, « le soutien, la protection, le refuge; la barrière à poissons » (EM, IV, 289), tvertiņš, « le refuge », tvertne, « abri pour les personnes; le récipient, le bassin » (EM, IV, 291). Le letton tvāra « un
6 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1151.
7 Monuments de la langue prussienne, p. 63; lorsqu’on cite des exemples tirés des glossaires prussiens, le mot prussien est généralement indiqué en premier.
8 D. Sanders, Wörterbuch der deutschen Sprache, I, Leipzig, 1860, p. 81; F. L. K. Weigand, Deutsches Wörterbuch, I, Giessen, 1909, p. 153.
9 A. Bezzenberger, BB, 23, p. 232.
10 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 361.
11 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 140, 266.
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Page 27« clôture faite de barres disposées horizontalement », tvāre « une clôture; la barrière à bascule » (EM, IV, 289) ne seraient-ils pas des emprunts au lituanien, puisqu’ils se rencontrent, comme le montrent les données du dictionnaire de K. Miülenbach, principalement à la frontière même de la Lituanie (Gridzgalė, Mėmelė)?
Lituanien gūrbas, letton gūrba
Lituanien gūrbas est employé au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » dans le nord-est de la Lituanie (Anykščiai, Debeikiai, Dusetos, Kamajėliai, Kavarskas, Obeliai, Rokiškis, Troškūnai, Utena, Vyžuonos).
Outre le sens qui vient d’être mentionné, le mot gūrbas est également employé dans les dialectes lituaniens avec d’autres sens: « panier, corbeille », « partie supérieure d’une charrette, tressée avec des baguettes; petite charrette dont les extrémités sont réunies (pour les charrettes à roues que l’on utilise pour les déplacements et les jours de fête) », « mangeoire », « abri pour les volailles domestiques (pigeons, oies, poules…) fait de baguettes tressées ou de planches clouées; lieu où les œufs sont pondus; nid », « niche pour chien », « partie séparée de l’étable pour les petits animaux (moutons, porcelets, veaux); enclos; partie cloisonnée de la cave destinée à entreposer d’autres légumes », « cour à ciel ouvert », « cage (pour les animaux sauvages) », « sorte de ruche couverte de paille », « sorte de cage pour transporter des animaux destinés à la vente, généralement des porcs », « dévidoir pour enrouler et retordre le fil » (LKŽd., III, 741–2).
Le mot gūrbas, au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail », figure déjà dans le dictionnaire de K. Širvydas:
« Chlew, bara, Stabulum. gurbas », C. Szyrwid, Dic. (édition de 1629), 11.
« Chlew. Stabulum, caulae. Pune, gurbas », C. Szyrwid, Dic. (édition de 1642), 29.
« Obora, Stabulum, pecuaria loca. Gurbas », C. Szyrwid, Dic. (édition de 1642), 233.
« Swinnik, Suilehara. Kiaulu gurbas », C. Szyrwid, Dic. (édition de 1642), 430.
Les exemples du dictionnaire de K. Širvydas montrent que les Lituaniens de l’Est connaissent depuis longtemps le mot gūrbas au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail »: K. Širvydas était originaire précisément de cette région de Lituanie, où le mot mentionné est encore employé aujourd’hui avec ce sens.
Il existe diverses opinions sur l’origine du mot gūrbas.
K. Alminauskis considérait l’allemand korb « panier, corbeille », korv comme la source du lituanien gūrbas ainsi que de la forme kūrbas, soutenant que le sens de ce mot s’était élargi en lituanien12. L’alternance des consonnes g-: k- est en effet très courante en lituanien, cf. gėmbė: kėmbė, glėbys: klėbys, griaūnos: kriaūnos, glusnūs: klusnūs, etc.13 L’allemand korb est, quant à lui, issu du latin, cf. le latin corbis « panier, corbeille »14.
E. Frenkel, tout en reconnaissant que le lituanien gūrbas « panier, corbeille » est un emprunt à l’allemand, considérait le lituanien kūrbas comme un mot indigène, qu’il rattachait à l’indo-européen *ger- « tresser », cf. le grec ῥέρεον « clôture tressée de l’abri sur la place du marché d’Athènes, panier de voiture tressé, bouclier léger oblong recouvert d’une peau de bœuf non apprêtée », γυργαθός « panier tressé en osier, nasse à poissons », etc.15
12 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, Kaunas, 1934, p. 55, 76.
13 J. Endzelynas, Baltų kalbų garsai ir formos, Vilnius, 1957, p. 54; J. Otrębski. Gramatyka języka litewskiego, I, p. 324.
14 F. Kluge, Et. Wb., p. 393; J. Pokorny, Et. Wb., p. 387.
15 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 178.
3. Iš lietuvių leksikologijos ir leksikografijos
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Page 28K. Būga a également considéré le lituanien gūrbas comme un mot indigène, en tentant de le rapprocher tantôt du germanique kurba, de l’allemand Korb16, tantôt du slave grъb « butte, bosse, pli », du serbe грба17.
Étant donné que l’allemand Korb est un emprunt au latin, le premier rapprochement proposé par K. Būga est à écarter. Le second rapprochement ne nous semble pas non plus très convaincant, car il faudrait comparer les mots slaves au vieux-prussien garbis « montagne »18. K. Būga rapprochait le lituanien gūrbas des mots slaves mentionnés, en recherchant des parallèles sémantiques entre « tas (куча) » et « étable ».
Les explications de K. Alminauskis comme celles d’E. Frenkel sont probablement en partie justes. Il nous semble que, pour expliquer l’origine du lituanien gūrbas, il faut distinguer les sens de ces mots. Le mot des Lituaniens de l’Est gūrbas au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » (qui, comme nous l’avons vu, figure déjà dans les premières éditions du dictionnaire de K. Sirvydas), ainsi que les sens qui lui sont étroitement apparentés, doit être considéré comme un mot baltique indigène. Comme nous le verrons, ce mot se trouve également en letton. Gūrbas au sens de « panier, corbeille », ainsi que les sens qui lui sont plus étroitement liés, doit être considéré comme un emprunt à l’allemand. Puisque, du point de vue sémantique, les sens d’« étable » et de « panier » sont assez proches (le lien étant « tresser »), il est difficile aujourd’hui, en lituanien, de les séparer nettement: le mot indigène et le mot emprunté ont pu se confondre.
Les arguments à l’appui des hypothèses que nous venons d’exposer sont les suivants. En lituanien, le mot gūrbas possède deux foyers d’implantation totalement distincts: l’un à l’extrémité nord-est de la Lituanie, où gūrbas s’emploie au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail », l’autre dans le sud-ouest de la Lituanie, où ce mot s’emploie surtout au sens de « panier, corbeille ». C’est dans ce dernier sens que le mot gūrbas est employé dans une partie des dialectes samogitiens et dans une partie des dialectes hauts-lituaniens occidentaux, précisément ceux qui ont été le plus en contact avec l’allemand (Alksnėnai, Alvitas, Barzdai, Batakiai, Gražiškiai, Jurbarkas, Kybartai, Kudirkos Naumiestis, Lauksargis, Liudvinavas, Pilviškiai, Slavikai, Sudargas, Tauragė, Vilkaviškis)19.
Il a déjà été indiqué que le lituanien gūrbas s’emploie aussi au sens de « sorte de ruche ». Ce mot est attesté dans ce sens à Bartininkai (district de Vilkaviškis). Au sens de « ruche », la forme kuṙbas se rencontre également dans les dictionnaires lituaniens de Prusse-Orientale. Cf.: « Bienenkorb, der, bičių kūrbas », F. Kurschat, Wb., I, 239. « bitkurbis, -io, Subst. m. der Bienenkorb », F. Kurschat, Wb., 49. « Bitinnis kurbėlis, ein Bienenkorb ». « Bitkurbas, o, m. ein Bienenkorb », G. H. F. Neselmann, Wb., 212. Cf. également le sens de l’allemand Korb: « contenants tressés servant de logis aux abeilles »20.
Il est difficile d’imaginer que le sens du lituanien gūrbas « sorte de ruche à abeilles couverte de paille » ait pu apparaître sans l’influence de l’allemand.
La forme gūrbas au sens de « partie supérieure d’une charrette, tressée avec des baguettes; partie des claies avec leurs extrémités » rappelle fortement le sens de l’allemand Korb: « la partie arrière tressée d’un chariot à ridelles ou d’un chariot de transport, et, plus généralement, tout ouvrage de vannerie sur un tel chariot »21. Le lituanien gūrbas est attesté dans ce sens à Garliava, Lekėčiai et Kretinga (LKŽd., III, 741).
16 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 331.
17 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 526.
18 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 294.
19 Les données proviennent du fichier de l’Atlas de la langue lituanienne.
20 D. Sanders, Wörterbuch der deutschen Sprachen, I, p. 995.
21 D. Sanders, même ouvrage, p. 995.
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Page 29Au sens de « niche à chien », dans les dialectes lituaniens, à côté de la forme gurbas, on emploie également la forme gurbà (Alytus, Leipalingis, Liškiava, Merkinė, Seirijai, Simnas, Veisiejai; LKŽd., III, 741).
Les deux mots lituaniens gurbà et gurbas ont des équivalents en letton. En letton, ces mots sont eux aussi employés dans des sens assez variés:
Let. gùrba « une cage pour les étourneaux; une haie; un abri en planches dans l’étable; une caisse en bois pour la ponte des volailles domestiques; une caisse en bois où l’on transporte les poules au marché; un poulailler; “cūku aizgalda”, gurbs, gurbes “aizgalds, kur luopus ievietuo” (EM, I, 683; EH, I, 420).
Comme nous le voyons, les sens des mots lettons coïncident soit entièrement avec ceux des mots lituaniens de cette racine, soit en sont très proches. Cependant, nous ne retrouvons pas ici, pourrait-on dire, les sens principaux caractéristiques du mot lituanien, à savoir « bâtiment destiné à abriter le bétail » et « panier, corbeille ». Tous les sens de lat. gùrba, gurbs semblent constituer des transitions entre « panier, corbeille » et « bâtiment destiné à abriter le bétail ».
La question de la répartition géographique des mots lettons est également assez intéressante. D’après les données du dictionnaire de K. Miülenbach et de ses suppléments, lat. gùrba, gurbs ne sont employés que dans le sud-ouest de la Lettonie, tout près de la frontière lituanienne (Asytė, Barta, Gruobinia, Kaletai, Nyca, Nygranda, Saka, Ventspilis).
La répartition géographique du mot letton indiquerait que lat. gùrba pourrait également être d’origine lituanienne. L’accent tonique du mot letton va dans le sens de cette hypothèse.
Lat. gùrba ne laisse aucune trace non plus dans la toponymie lettone.
Sur le territoire de la Lituanie, il existe plusieurs noms de lieux que l’on peut rattacher au lituanien gùrbas, comparer Gùrbai (Gruzdžiai), Gurbmiškis (nom de forêt, Gruzdžiai), Gurbšilėlis (Pilviškiai), Gùrbšilis, Gurbùkelis (petit chemin, Gruzdžiai), Gurbų miškas (Dūkštas), Pagùrbė (Dūkštas)²². Cependant, le rattachement de ces noms de lieux au lituanien gùrbas « bâtiment destiné à abriter le bétail; panier, corbeille » est très douteux. Par exemple, Gurbšilėlis est expliqué par « éminence »; sur le territoire de la RSS de Biélorussie, dans l’enclave lituanienne (Stanišiai, environs de Varenavas), on trouve le nom de lieu Gùrbos, expliqué par « tombes (comme de petites collines) ». Il faudrait donc probablement rattacher les noms de lieux mentionnés au lituanien gùrbautas « petite élévation de terrain, motte », prussien garbis « montagne » (correction du 28e mot du glossaire d’Elbing grabis; comparer les noms de lieux prussiens Lulegarbis, Mantegarbs, Ladegarbe, Swentegarben, etc.)²³, russe горб « toute protubérance sur une surface plane », polonais garb « déformation pathologique en saillie de la poitrine ou du dos d’une personne; hauteur, protubérance du terrain », serbo-croate грба, etc. Comme nous l’avons vu, K. Būga a également tenté de rattacher à ces mots le lituanien gùrbas « bâtiment destiné à abriter le bétail ».
Lituanien kūtė, letton kūts
Dans le nord de la Lituanie, le terme désignant un bâtiment destiné à abriter les animaux, kūtė, est largement employé (Biržai, Joniškis, Kuršėnai, Linkuva, Mažeikiai, Radviliškis, Salantai, Skuodas, Šeduva, Šiauliai, Žagarė). À l’extrémité occidentale et à l’extrémité orientale de cette aire,
22 Lietuvos TSR administracinis-teritorinis suskirstymas, Vilnius, 1959, p. 716, 851. Duomenys, kurių nėra minėtame darbe, paimti iš Lietuvių kalbos ir literatūros instituto Vietovardžių kartotekos.
23 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 82, 341; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 175; G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 80, 92, 94, 178–179.
3*
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Page 30dans cette partie, on emploie la forme kūtys (Kretinga, Pasvalys, Vabalninkas). La forme au singulier kūtis est également connue (LKŽd., VI, 1006).
La forme kūtė s’emploie aussi au sens de « vieille et misérable cabane, petite maison » (LKŽd., VI, 1000; Skaudvilė, Viduklė), cf. également kūta « maison » (Vilius Bruožis, LKŽd., VI, 999). Cependant, les mots employés dans ce sens ne font pas partie de l’aire d’emploi de kūtė désignant le bâtiment destiné à abriter les animaux.
Le mot kūtė semble absent des anciens monuments écrits lituaniens. Les écrits de M. Valančius et de S. Daukantas sont sans doute les sources les plus anciennes de ce mot.
Le mot kūts (à côté duquel on trouve souvent aussi la forme kūte), au sens de « bâtiment destiné à abriter les animaux », est très largement employé en letton. La forme kūts est également le terme normatif de la langue littéraire pour cette notion.
La forme kūts (ou kūte) est employée dans toute l’aire dialectale de Vidzeme (Ainažiai, Aluoja, Cēsis, Limbaži, Mazsalaca, Rūjiena, Sigulda, Smiltene, Valka, Valmiera) et de Zemgale (Auce, Bauska, Dobele, Eleja, Jelgava). Dans cette aire dialectale, on peut dire que les désignations des étables ayant une autre racine ne sont pas employées. Dans l’ouest de la Lettonie, dans les dialectes de Kurzeme, les formes kūts, kūte sont utilisées à côté d’autres termes pour l’étable (laidars, stallis). Les formes kūts, kūte ne sont presque pas employées uniquement dans l’extrême est de la Lettonie, en Latgale, où l’on utilise une désignation d’étable d’origine slave.
Il est impossible de tracer une frontière plus précise entre les dialectes où l’on emploie la forme kūts et ceux où l’on emploie kūte. Il existe des cas où les deux formes sont employées au même endroit (Alažiai, Aluoja, Inčukalns, Padure, Planica, Sigulda, Taurkalne). Ces deux formes sont également employées dans les dialectes situés à la frontière lituanienne.
Le letton kūts (ou kūte) s’emploie avec les noms correspondants d’animaux et d’oiseaux, cf. le letton aitu, guovju, luopu, putnu, zirgu kūts. On rencontre parfois aussi d’autres variantes de désignation de l’étable issues de cette racine, cf. kūtene « l’étable », kūtenis; čūku, zuosu kūtene, diminutif kūtiņa, péjoratif kūtele (EM, II, 338; EH, I, 684).
Le letton kūts est attesté dès le XVIe siècle dans les textes évangéliques lettons24. L’origine du lituanien kūtė et du letton kūts, comme celle du lituanien gurbas et du letton gurba examinés juste auparavant, est très complexe. Plusieurs explications ont été proposées, mais toutes suscitent diverses réserves.
Jusqu’à présent, l’étymologie d’A. Becenberger est peut-être la plus répandue25. Il soutenait que ce mot était passé du prussien en lituanien et en letton. Le prussien *kutis (où u < a après une gutturale) serait issu du moyen bas allemand kate, kotte « cabane, remise, étable ».
P. Person, considérant le lituanien kūtė et le letton kūts comme des mots baltes autochtones, les rapprochait du lituanien kutỹs « petit sac à argent », du prussien keuto « peau », du vieux haut allemand hūt, du latin cutis, ainsi que du vieux haut allemand hutta « cabane »26.
E. Berneker expliquait lui aussi ainsi l’origine du lituanien kūtė27.
J. Endzelīns était d’abord enclin à approuver l’explication d’A. Becenberger (… wohl eher… nebst oder durch li. kūtis aus einem apr. *kūtis (mit. ū aus ā) aus mnd. kate od. kotte… als zu li. kutỹs ‘Beutel’, apr. keuto, ahd. hūt…)28.
24 J. Endzelīns, Filologu biedrības raksti, XI, Rīgā, 1931, p. 201.
25 A. Bezzenberger, KZ, 44, p. 291.
26 P. Persson, Beiträge zur indogermanischen Wortforschung, Uppsala, 1921, p. 181, 183.
27 E. Berneker, Et. Wb., I, 602.
28 EM, II, p. 338.
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Page 31E. Frenkelis29 approuva sans aucune réserve l’explication d’A. Becenbergeris, en citant également J. Endzelynas parmi les partisans de cette étymologie. Il ne remarqua toutefois pas que J. Endzelynas modifia par la suite son opinion, consacrant un article particulier à l’étymologie du letton kūts30.
J. Endzelynas, dans cet article, relève les lacunes de nature chronologique et phonétique de l’étymologie d’A. Becenberger et tend à approuver celle de P. Person. Une telle étymologie n’est toutefois possible, selon J. Endzelynas, que si le lituanien kūtis est un mot autochtone, non emprunté. Par ailleurs, le chercheur letton avance un argument très sérieux: ce nom lituanien désignant un bâtiment destiné à abriter les animaux pourrait être un emprunt au letton; si tel est le cas, la racine du mot letton ū pourrait provenir de un, ce qui rendrait possible une étymologie entièrement nouvelle de ce mot, en rapprochant le letton kūts du vieux slave kašta « σκηνή », de l’ukrainien куча « porcherie » et du bulgare къшта « cabane », qu’E. Berneker rattache ensuite au bulgare кътам « berge », au russe кутать « envelopper », etc.31
Il nous semble que l’explication de J. Endzelynas est tout à fait acceptable. Tout d’abord, il est très plausible que le lituanien kūtė soit emprunté au letton. La géographie du lituanien kūtė au sens de ‘bâtiment destiné à abriter le bétail’ confirmerait pleinement cette hypothèse. Comme le montre le fichier de l’Atlas de la langue lituanienne, ce mot est employé dans cette acception uniquement le long de la frontière lettone. À la fin de son article, J. Endzelynas semble d’ailleurs douter de la possibilité que le lituanien kūtė soit emprunté au letton, car, après la rédaction de l’article, on l’avait informé que le lituanien kūtės ‘étable’ se rencontre aussi en Suvalkija. Les données du fichier de l’atlas ne confirment toutefois pas la véracité de cette information. Comme indiqué, nous ne trouvons pas non plus le mot kūtė dans les anciens monuments de la langue lituanienne: ce mot n’apparaît que dans des écrits du milieu du XIXe siècle, dont les auteurs sont originaires de la région de Lituanie où kūtė s’emploie encore aujourd’hui au sens de ‘bâtiment destiné à abriter le bétail’.
La répartition géographique du lituanien kūtė constitue également un argument sérieux pour conclure que ce mot ne peut pas provenir du prussien.
Si l’on considère le lituanien kūtė comme un emprunt au letton et que l’on tienne compte de la possibilité signalée par J. Endzelynas selon laquelle le letton kūts pourrait être issu de la forme *kunt-, on pourrait rapprocher ce nom désignant un bâtiment destiné à abriter les animaux non seulement du vieux slave kašta et des formes apparentées, comme le fait J. Endzelynas, mais aussi du russe кут « angle, recoin, cul-de-sac; extrémité ou fond d’une anse, d’une baie, d’un bras mort, d’un cap; angle d’une isba paysanne, coin près de la porte et comptoir, konik » (В. Даль, Сл., II, 227—8), du biélorusse кут, de l’ukrainien кут (employé aussi dans les dialectes au sens de « porcherie », Б. Д. Гринченко, Сл., II, 332), du bulgare кът, du serbo-croate кут, du slovène kat, du tchèque kout, du slovaque kut et du polonais kąt32. Cf. également le russe закут « toute sorte de hutte, de niche ou de cabane semi-enterrée; baraque de paille; abri chaud (à souris) pour le petit bétail en hiver; petite pièce, débarras, garde-manger, en particulier un espace cloisonné », закута, закутка (В. Даль, Сл. I, 594—5)33.
A. Briukner avait déjà signalé la possibilité de rattacher le terme baltique désignant l’étable à ces mots slaves; dans son dictionnaire, il ajoute à l’entrée polonaise kąt la remarque suivante: « le sens originel en lituanien kutis, “trou creusé par les porcs”34. Il va sans dire qu’on ne saurait accepter l’explication que donne A. Briukner de la signification première du mot lituanien.
29 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 322.
30 J. Endzēlins, Filologu biedrības raksti, XI, p. 200—201.
31 E. Berneker, Et. Wb., p. 602—603.
32 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 705; F. Slawski, Sl. et., II, p. 121—122.
33 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 440.
34 A. Brückner, Sl. et., p. 225.
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Page 32Comme nous l’avons mentionné, dans les dialectes lituaniens, le mot kūtė est également employé au sens de « vieille masure délabrée ». Puisque le mot kūtė apparaît avec ce sens dans une autre partie de la Lituanie que celle où est attesté le nom de la dépendance évoqué, il nous semble qu’il faudrait peut-être le distinguer du lituanien kūtė, « bâtiment destiné à abriter les animaux », et considérer qu’il dérive de l’allemand Kote, « die Hütte ».
Lituanien staldas, letton stallis, vieux-prussien staldis
Dans la partie méridionale de la Samogitie et dans certains dialectes de l’aoukštaitien occidental proches de l’ancienne Prusse-Orientale, le nom de la dépendance destinée à abriter les animaux staldas est employé (Kelmė, Pagėgiai, Rietavas, Skaudvilė, Slavikai, Sudargas, Šilalė, Tauragė, Užventis, Vainutas, Varniai); on rencontre aussi la forme staldis (Endriejavas, Judrėnai, Juodkrantė, Nida, Sakučiai, Šilutė, Veiviržėnai).
Ce mot est déjà attesté dans nos anciens écrits. On trouve la forme staldoie jusque dans la « Postille » de M. Daukša (« Kaip iūsu ne pažėidę dargūs giwēnimas staldoie ir grînas guleimas prakarte », DP, 425), dont l’auteur est originaire de ces régions où le mot staldas n’est plus employé aujourd’hui. Du reste, le lituanien staldas est surtout employé dans les écrits des Lituaniens de Prusse-Orientale: dans la « Postille » de J. Bretkūnas (II, 23, 101), le « Recueil de chants » de D. Klein (32), le dictionnaire manuscrit du XVIIe siècle « Lexicon Lithuanicum » (« Stale Staldas, Twartas », 82 a), peut-on dire, dans presque tous les ouvrages lexicographiques ultérieurs des Lituaniens de Prusse-Orientale (les dictionnaires de P. Ruigys, K. Milkus, G. H. F. Nesselmann, F. Kurschat, etc.); il apparaît assez souvent dans le folklore lituanien de cette région35.
À côté des formes staldas, staldis, les dialectes lituaniens présentent aussi les formes stalnė (Padvarėliai, Tirkšliai), stalnis (Zastaučiai, district de Mažeikiai). Toutefois, ces dernières formes semblent employées uniquement à propos de grandes écuries, généralement celles d’un domaine. De ces formes dérive également l’adjectif stalninis (arklys) (Šatės, Viekšniai). Ces noms d’écuries, en particulier leurs formes diminutives, apparaissent assez souvent dans les textes du folklore samogitien:
« Isz — ein ir brolelis Isz naujos stalnelės Bierą žirgą wesdamas Pas seselę ejdamas », S. Daukantas, D. Ž., 1236.
« Neįšzkoki berneli Sawo bierō žirgėlio, Tawa yra žirgėlis Mąno tiewo stalnelie », S. Daukantas, D. Ž., 27.
« Bene buwaj stalnelie? Bene łankėj berneli? Bene tawo wajnikėlis? Stalnie ant gembelę? », S. Daukantas, D. Ž., 89.
35 Smulkioji lietuvių tautosaka XVII—XVIII a., paruošė J. Lebedys, Vilnius, 1956, p. 418, 426, 472.
36 Chansons samogitiennes, transcrites d’après le Žodį Dajnininkų, Petrapilė, 1846.
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Page 33« Une [jeune fille] dans l’écurie, l’autre dans le petit jardin, a a a dza dza dza, l’autre dans le petit jardin », S. Daukantas, D. Ž., 91.
Dans les strophes citées de chansons populaires samogitiennes recueillies par S. Daukantas, les mots stalnelė, stalnė sont employés là où, dans d’autres variantes de ces chansons, on trouve stainėlė, stainė, stainia. Il nous semble donc qu’E. Frenkelis37, qui ne connaissait la forme avec -ln- que par S. Daukantas, rattache à tort ces mots au lituanien staldas: les formes stalnelė, stalnė sont apparues à la place des formes stainėlė, stainė. Le changement a parfois pu être influencé par la forme staldas. Il convient de noter que, dans les chansons populaires samogitiennes publiées par S. Stanevičius en 1829, on ne trouve que la forme stainė38. Les formes stalnė, stalnīs, comme nous le verrons plus loin, apparaissent aussi dans les parlers samogitiens actuels, précisément dans les environs du lieu de naissance de S. Daukantas.
Un cas similaire, où le second élément d’une diphtongue i est remplacé par la consonne l, se rencontre également dans le lituanien kūlnas « mauvais cheval » (Giedraičiai, Videniškiai, LKŽŽd., VI, 844), à côté de la forme kūinas.
Le lituanien staldas a pour étymon le moyen bas allemand stall39; pour le passage de ll > à ld, comparer le letton meldēris< au moyen bas allemand möller, à l’estonien mölder « meunier », kelder « cave », etc.40 Comme en lituanien, ce nom d’étable avec le suffixe -ld est employé en danois; comparer le danois stald « étable ». En général, de nombreuses langues germaniques emploient un tel nom pour l’étable, que certaines autres langues européennes ont également emprunté aux langues germaniques. Le sens premier du mot est « lieu où se tenir » — il est apparenté au vieux-prussien stallīt « se tenir debout », au grec στέλλειν « arranger », au sanskrit sthálati « il se tient debout », etc.41
Des noms d’étables dans diverses langues indo-européennes sont apparus de la même manière sur le plan sémantique; comparer le sanskrit gosthānam « étable à vaches », l’avestique goostānō, le vieux haut allemand ewi-st « bergerie », le latin stabulum (ce dernier mot est à l’origine du français étable, de l’espagnol establo, du roumain staul, du grec moderne στάβλος, de l’anglais stable, de l’irlandais stábla, etc.): l’indo-européen *stā- « se tenir debout, établir »42.
En vieux-prussien, on trouve également un nom d’origine germanique désignant un bâtiment destiné à abriter des animaux, dont la phonétique correspond au lituanien staldīs; comparer le mot 226 du glossaire d’Elbing, « Staldis Stal »43.
Le vieux-prussien staldīs, comme le lituanien staldas, est issu de l’allemand, probablement de la forme moyen-bas-allemande stall44.
En letton, il existe plusieurs formes de ce nom d’étable; comparer le letton stallis « l’étable, de préférence l’écurie », stalis, stale « l’étable » (EM, III, 1042; EH, II, 569), stalle, stēļis.
37 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 894.
38 S. Stanevičius, Dainos žemaičių, paruošė J. Lebedys, Vilnius, 1954, p. 14, 78, 122.
39 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 591; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 894.
40 J. Endzelīns, Latviesu valodas gramatika, p. 247–248.
41 F. Kluge, Et. Wb., p. 737; J. Pokorny, Et. Wb., p. 1019–1020.
42 C. D. Buck, Dic., p. 150–151; J. Pokorny, Et. Wb., p. 1004–1010; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 350.
43 Prūsų kalbos paminklai, 63; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 85.
44 W. Prellwitz, Die deutschen Bestandteile in den lettischen Sprachen, Göttingen, 1891, p. 49; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 435; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 254.
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Page 34Lat. stallis au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » forme deux aires particulières sur le territoire actuel de la RSS de Lettonie. Tout d’abord, parallèlement aux noms désignant l’étable kūts (resp. kūte), laidars est employé dans l’extrême ouest de la Lettonie — dans les parlers de Kurzeme et dans une partie des parlers zemgaliens (Aizpute, Alsunga, Barta, Blydienė, Dunika, Grobiņa, Kuldīga, Nygranda, Piltene, Saldus, Talsi). La seconde aire de ce nom, qui n’a pas de frontière directe avec la première et en est assez éloignée, se trouve dans la partie méridionale des parlers dits séloniens, contiguë au territoire de la RSS de Lituanie (Abliai, Asarė, Biržai, Līvāni, Sauka, Subate, Zalva). Dans cette zone, la forme stallis n’est pas non plus le seul nom de l’étable: elle y est employée parallèlement aux noms kūts (resp. kūte) et klēvs (dans la partie orientale de la zone). La forme stellis apparaît en Kurzeme (Piltene, Ugale, Užava, Varve, Zlēkas, Žuras). La forme stalle n’a été relevée qu’une seule fois (à Virbai, au nord de Sabile). Le mot stallis figure déjà dans le dictionnaire de G. Mancelis (1638), où il est employé à côté du mot kūts. Outre d’autres noms désignant les étables, stallis figure également dans le dictionnaire manuscrit de J. Langij, daté de 1685:
« Stallis (Kuhts, Klähws), une étable. Sirgo=Stal= lis, une écurie. Gohwo=st. une étable à bétail=. Zuhko=stallis, une porcherie », J. Langija Vrd., 286.
Il convient de noter que ce germanisme figure également dans le dictionnaire estonien publié par H. Stahl en 1637, cf. est. tall45. La différence de phonétique du mot letton indiquerait peut-être que les Lettons ont emprunté ce mot à une époque différente de celle des Lituaniens et des Prussiens. Du reste, sa source, comme celle de l’est. tall, est le moyen bas-allemand stall, stal46.
Liet. pūnė, lat. pūne
Le mot lituanien pūnė au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » est employé dans une aire relativement restreinte des parlers de Haute-Lituanie orientale (Gelvonai, Neveronys, Pabaiskas, Siesikai, Šašuoliai, Širvintos, Ukmergė, Vepriai). Ce nom apparaît également dans les îlots linguistiques lituaniens de la RSS de Biélorussie (Geliūnai, Gervėčiai). Dans ce sens, le lituanien pūnė figure déjà dans l’édition de 1642 du dictionnaire de K. Širvydas: « Chlew. Stabulum, caulae, pune, gurbas », C. Szyrwid, Dic., 29. « Koźiarnia, Caprile, caprilis casa, haedile. Obkinė pune », C. Szyrwid, Dic., 126. « Obara, aliter: Claustrum, septum, dimitere pecus è claustris. Pune, namas », C. Szyrwid, Dic., 233. Le lituanien pūnia au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » figure aussi dans d’anciens documents lituaniens rédigés dans d’autres langues. Cf.: « Дворец, где рикуния мешкает: у дворцы гридня с присенкомъ и ку тому клетка, пуня на быдло... » Panevėžiukas, district de Vilkija (document de 1563)47.
45 Anführung zu der Estnischen Sprach… von M. Henrico Stahlen, Revall, M.DC. XXXVII, plg. D. Zemzare, Latviešu vārdnīcas, Rīgā, 1961, p. 49–50.
46 J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, p. 118; EM, III, p. 1042.
47 K. Jablonskis, Lietuviški žodžiai senosios Lietuvos raštinių kalboje, p. 200.
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Page 35« Non loin de cette maison, une étable en bois pour le bétail, couverte de paille, avec une porte faite de planches montée sur des gonds », inventaire du domaine et de la ville de Kėdainiai, 1604⁴⁸.
En lituanien, le mot pūnė (ainsi que ses autres formes) s’emploie aussi avec d’autres sens, cf. pūnė « grenier à balle, partie de la grange où l’on entasse la balle » (Kupiškis, Naujamiestis, Vabalninkas), pūnis, -ies « мякиница » (К. Явнис Поневежские говоры II 27), pūnia « bâtiment pour entreposer les céréales, grange » (Dubingiai, Rimšė), pūnė (Viekšniai, Kossarzewski Lituanica 117 a)⁴⁹.
Dans les écrits de M. Valančius et de S. Daukantas, ce mot est employé au sens de « cabane, tente ». Cf.:
« Dès le printemps, Petras, après avoir d’abord creusé une pūnė, l’entoura d’arbres, laissa une ouverture pour entrer dans la grotte et s’y installa »⁵⁰.
« … il se fabriquait des abris, des pūnės et des cabanes avec des mottes, et, avec des sarments de houblon, des branches et des baguettes, il les tressait et les liait »⁵¹
On trouve ce mot avec un sens similaire dans un manuscrit de cantiques lituaniens daté du début du XVIIIe siècle; cf.:
« Désirant connaître cela, sans nier la parole, nous nous préparions à aller à Bethléem. Dans une telle pūnia (?), Jésus surprit Joseph et Marie »⁵².
Dans les écrits de M. Mažvydas et de J. Bretkūnas, nous trouvons ce mot au sens de « grotte, caverne ». Cf.:
« … comme le lion dans sa tanière, et sa proie épuisée lorsqu’il l’attire dans son filet » (Gesmes Chriksconiskas, II, Psalmas X.)⁵³.
« Comme un lion dans la tanière… » (BrB, Psal. X, 9).
« … ils… se reposent dans la cavité » (en marge, corrigé en: « höle Olaie (puneie) », BrB, Job. 38, 40; dans le manuscrit de J. Bretkūnas, 39 (début).
Cf. le texte allemand de la Bible de M. Luther de 1549:
« …comme un lion dans sa tanière… » (Psal., X).
« …ils… et se cachent dans la caverne… » (Hiob., 39 (début).
Cf. le texte latin de la Bible:
« …quasi leo in spelunca sua » (Psal., X, 9).
« Quando cubant in antris… » (Hiob., 38, 40).
Dans les anciens inventaires de Lituanie et dans d’autres documents rédigés dans des langues autres que le lituanien, le mot punia est le plus souvent employé au sens de « bâtiment destiné à entreposer les céréales, le foin et la paille ». Cf.:
„Zyta w puni dersowatego y miotliastego kop piętnascie…“, 1600 m. Kraukėnai, Upytės p.
„…punia zrobiona na zboze słomą krita, wrota proste z desk, wrzeciądz y klotka w niej; druga punia nowa ieszcze nie stawiona…“, 1598 m. Breslauja.
„… а намъ давали две коле грошей за тую пуню“, 1516 m. Mstislavis?
48 Lietuvos inventoriai XVII a., sudarė K. Jablonskis ir M. Jučas, Vilnius, 1962, p. 19.
49 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 525.
50 M. Valančius, Paaugusių žmonių knygelė, Tilžė, 1902, p. 102; Valančiaus raštai, red. J. Balčikonis, Kaunas, 1931, p. 244.
51 Budą Senowęs – Lietuwiu Kalnienų ir Žamajtių išraszę… Jokūb’s Laukys, Petropilie, 1845, p. 16.
52 V. Biržiška, Tauta ir žodis, VII, p. 259.
53 Mažvydas seniausieji lietuvių kalbos paminklai iki 1570 metams, spaudai parūpino J. Gerullis Kaunas, 1922, p. 524.
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Page 36« Une pun de quatre compartiments, construite pour entreposer le foin, et des granges pour entasser les déchets de battage et la balle, le tout bâti en enfilade… », 1756, Tradevičiai, district de Polotsk.
« Une grande pun à sept côtés pour entreposer la paille, en rondins de pin, sans portes…. », 1775, Letcas, district de Vitebsk.54
« Au bout de cette grange, une grande pun neuve en rondins, destinée à entreposer les céréales, couverte de paille, avec des portes montées sur pivots et un loquet, ainsi qu’un verrou… cette pun compte au total sept parois, chacune de cinq toises. En sortant de cette pun et en allant tout droit vers la seconde, on trouve de nouvelles portes entre les cloisons de l’aire, du côté droit, couvertes de bardeaux et montées sur pivots. Derrière ces portes, une pun en rondins couverte de paille, avec, à l’intérieur, des deux côtés, des compartiments pour entreposer les céréales et une aire de battage, longue de trente toises et large de sept, deux portes aux extrémités montées sur des pivots en bois, une clôture de quatre-vingts claies », 1619, Šiaulėnai, district de Viduklė.
« Plus loin, en avançant, une vieille grange délabrée et une grande mauvaise pun », 1645, Žalava, district d’Ašmena.
« Deux granges, l’une avec une clôture, la troisième étant une pun pour la paille », 1651, Palušė, Drevינinkai, voïvodie de Vilnius.
« À côté de cette grange, une pun en bois pour entreposer le seigle… », 1700, Papalčiai55. En letton, aussi bien dans les dialectes que dans divers monuments écrits, on trouve des équivalents du lituanien pūnė employés dans des sens similaires.
Lat. pūne « une grange; une grange à foin ou à paille (qui peut aussi être construite en annexe); une annexe de la klēts ou de la kūts servant à entreposer le foin, annexe de la grange à battre (pour entreposer la balle et la paille); annexe ou petite grange autonome destinée à entreposer la balle », pūne « une grange », pūnis, pūnis, pūnis, pūnis « une grange à balle; un petit bâtiment de type grange, au bord de la mer ou d’un lac, destiné à entreposer le matériel de pêche; une petite grange à foin, à paille et à balle (en annexe de la rija); une grange à foin dans les bois; une petite grange pour le matériel de pêche; une cabane paysanne », pūna « une grange près de l’étable; cabane à filets chez les pêcheurs », pūnite « une grange », pūnītis, pūnelis « un diminutif (péjoratif) de pūnis’ », pūnite « une petite cabane » (EM, III, 413, 447; EH, II, 342).
Lat. pūnis est déjà attesté dans le dictionnaire de G. Mancelis de 1638; cf.:
« une grange, Schkunis, Wallh. Puhnis », G. Mancelis, Lettus, 34156.
Quant à l’origine du lituanien pūnė et du letton pūne, deux avis existent. Certains chercheurs estiment que ce mot est passé dans les langues lituanienne et lettone depuis les langues slaves.
A. Brückner fut le premier à avancer cette hypothèse, indiquant que pūnė, « étable, abri pour le bétail », se trouve dans le dictionnaire de K. Širvydas, tandis que « bei Ragnit unbek. » (il s’appuie probablement ici sur le dictionnaire de G. H. F. Nesselmann), et considérant le russe ou le biélorusse пунья57 comme source du lituanien punė.
J. Endzelīns a adhéré à l’hypothèse d’A. Brückner (« …d’après Brückner… issu du russe пунья58 »), tout comme P. Skardžius (« Étant donné le sens, probablement issu du biélorusse пунья…59 »); l’auteur du dictionnaire étymologique de la langue lituanienne, E. Frenkelis, partageait également cette opinion60.
54 K. Jablonskis, Mots lituaniens dans la langue des chancelleries de l’ancienne Lituanie, p. 65, 83, 90, 225, 236.
55 Inventaires lituaniens du XVIIe siècle, p. 86, 141, 170, 436.
56 D. Zemzare, dictionnaires lettons, p. 440.
57 A. Brückner. Les mots d’emprunt slaves en lituanien, p. 123.
58 EM, III, p. 447.
59 P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Alt-litauischen, p. 183.
60 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 667.
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Page 37En réalité, dans toutes les langues slaves voisines, nous trouvons ce mot employé avec presque les mêmes sens. Cf.:
rus. пуня « grange à paille, grenier à menue paille, hangar à balle; appentis, fenil; remise; petit réduit séparé, cellule en claies où l’on range toutes sortes de choses et où le maître dort en été; étables à l’ouest », пунька, V. Dal, Sl., III, 538. (Selon V. Dal, ce mot est employé dans les environs de Novgorod, Tver (Kalinine), Riazan, Orel, Tambov, Kalouga et Smolensk.)
rus. пуня « étable; remise à foin », V. Dobrovolski, Sl., 749.
biélor. пуня « étable; remise à foin ou à paille », I. I. Nosovitch, Sl., 538.
pol. punia « petite grange en bois pour le foin; hangar, remise à foin », punka, J. Karłowicz, A. Kryński et W. Niedźwiedzki, Sł., V, 433, 435.
Comme le montrent les données de l’atlas dialectologique du biélorusse, le biélor. пуня, au sens de « bâtiment servant à entreposer le foin (parfois aussi la paille et les céréales) », est employé dans toute la Biélorussie du Nord et de l’Est; dans la partie occidentale de cette zone, on rencontre aussi la forme пунька, et au sud de Mogilev, la forme пуніма61 a également été relevée. Dans la partie occidentale de la Biélorussie, le mot пуня s’emploie aussi au sens de « bergerie »62.
Le pol. punia est très rare et a sans aucun doute été emprunté au russe ou au biélorusse.
En dehors des voisins directs des Lituaniens et des Lettons, les autres langues slaves ne possèdent pas ce mot. Comme nous l’avons indiqué, A. Brückner, J. Endzelīns, P. Skardžius et E. Fraenkel considèrent le lituanien pūnė et le letton pūne comme des slavismes.
Un autre groupe de chercheurs estime que le lituanien pūnė et le letton pūne sont des mots autochtones et que, inversement, ils sont passés dans les langues slaves à partir des langues baltes.
A. Potebnia63, E. Karski64, A. Preobrajenski65 et K. Būga66 tenaient le russe пуня et le biélorusse пуня pour des baltismes. M. Vasmer67, auteur du meilleur dictionnaire étymologique de la langue russe, le considère également comme un baltisme, en s’appuyant principalement sur la distribution géographique du mot slave.
Il est en réalité très difficile de dire quel camp a raison. Pour résoudre ce problème, la question de l’étymologie du mot et de son sens premier revêt une grande importance.
Les linguistes qui considèrent le lituanien pūnė et le letton pūne comme des slavismes ne semblent pas avoir tenté jusqu’à présent d’expliquer l’origine du mot slave. Les partisans de la seconde hypothèse ont proposé deux étymologies pour ce mot.
Tout d’abord, on tente de rapprocher le lituanien pūnė du sanskrit pūnáti « il nettoie, purifie », pá-vanah « vent (dieu) », et du vieux haut allemand fowen « tamiser ». Le sens premier du lituanien pūnė serait donc « lieu où l’on nettoie les céréales »68. Il est évident que cette étymologie est difficile à démontrer. Il est peu probable que les anciens Baltes aient pu posséder un bâtiment spécialement destiné au nettoyage des céréales.
K. Būga a tenté d’expliquer l’origine du lituanien pūnė et du letton pūne en s’appuyant sur les données des langues baltes. Il rapprochait le lituanien pūnė du lituanien pūnė « extrémité vide d’un œuf (пужка, тузка яйца),
61 Atlas dialectologique de la langue biélorusse, carte 236; Atlas dialectologique de la langue biélorusse, articles introductifs et commentaires des cartes, Minsk, 1963, p. 794—797.
62 Même ouvrage, carte 231.
63 A. A. Potebnja, Sur l’histoire des sons de la langue russe, III, Notes étymologiques et autres, Varsovie, 1881, p. 90.
64 Е. Ф. Карский, Белоруссы, I, Варшава, 1903, p. 135.
65 А. Преображенский, Эт. сл., II, p. 153.
66 K. Būga, Rinktiniai raštai. I, p. 582, II, p. 524—526.
67 M. Vasmer. Et. Wb., II, p. 464—465.
68 А. Преображенский, Эт. сл., II, p. 153; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 465.
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Page 38let. paũna « crâne, caboche, museau », let. puns « bosse, protubérance, abcès ». Selon K. Būga, le sens originel du lituanien pūnė était « tas, amas de paille, de balle ou de fumier ». Il relève des parallèles sémantiques analogues: let. gubenis « grange (à paille, à foin); annexe attenante à une aire de battage », gubens, gubene, gubezis: let. guba « tas, meule (de foin) », lituanien gubà, gubė; lituanien kūginỹs « étable »: lituanien kūgis « monticule, meule, tas »; lituanien gūbas « étable »: slovène grb « petite butte, colline, bosse, pli »⁶⁹. Si le troisième parallèle sémantique proposé par K. Būga peut prêter à discussion, les deux premiers sont tout à fait convaincants.
Dans l’ensemble, l’étymologie de K. Būga est plus convaincante que la première étymologie proposée pour le lituanien pūnė (: sanskrit pūnāti). Du point de vue sémantique, le lien entre let. paũna, let. puns, lituanien pūnė « extrémité vide de l’œuf » et le sens de « tas » est tout à fait plausible; cf. russe куча « tas, amas »: lituanien kaukas « excroissance, abcès », kaukaras « petite colline, coteau, tertre », gothique hauhs « haut »⁷⁰; lituanien gumbas « excroissance d’un arbre (d’une plante), épaississement en un point donné; tuméfaction, abcès, bosse », lituanien gumburas « protubérance, motte »: letton gumba « abcès; élévation, tas »; et le sens d’« étable » peut dériver de celui de « tas », comme le montrent les parallèles cités (kūginys: kūgis; gubenis: guba). Toutefois, l’étymologie de K. Būga peut susciter certaines réserves, car nous ne trouvons pas dans les langues baltes de mots susceptibles d’être rapprochés du lituanien pūnė « étable » ni du letton pūne, employé au sens de « tas », et le passage du sens d’« abcès, protubérance » à celui d’« étable » constitue peut-être un saut sémantique trop important. À notre avis, cette seule circonstance empêche de tenir l’étymologie de K. Būga pour tout à fait acceptable.
La question des sens du lituanien pūnė est également assez complexe. Si le sens de « cabanes, tentes » des mots employés par M. Valančius et S. Daukantas a sans aucun doute pu facilement dériver de celui d’« étable, grange », l’apparition des sens de « tanière, grotte » dans les écrits de M. Mažvydas et J. Bretkūnas est moins claire. Il est certes possible que le sens de « tanière, grotte », comme « demeure du lion », dérive lui aussi de celui d’étable comme « abri pour le bétail ».
La diversité des sens des mots baltes pourrait peut-être constituer un argument en faveur de l’origine balte propre du lituanien pūnė, letton pūne.
Quoi qu’il en soit, les faits indiquant que les Slaves ont emprunté ce mot aux Baltes sont plus nombreux que ceux suggérant l’inverse. Il est toutefois impossible, pour l’instant, de l’affirmer catégoriquement.
Lituanien nãmas, letton nams
Dans une certaine région du centre de la Lituanie (Dotnuva, Ėriškiai, Krakės, Kulva, Surviliškis, Šlapaberžė, Vadaktai), le mot nãmas est employé au sens de « bâtiment destiné à héberger le bétail ».
Le lituanien nãmas se rencontre également dans ce sens dans l’édition de 1642 du dictionnaire de K. Širvydas, cf.:
« Obora, autrement dit: Claustrum, septum dimitere pecus è claustris. Pune, namas », C. Szyrwid, Dic. 233.
Le mot namas (et ses différentes formes) se trouve aussi fréquemment dans les anciens documents des chancelleries lituaniennes rédigés dans des langues autres que le lituanien. Cf.:
« Quant au fumier, pour que le bétail soit gardé, il faut absolument le garder non dans des namas, mais construire des étables et les fortifier solidement à la manière podlachienne… », 1562, Karšuva.
69 K. Būga, Écrits choisis, II, p. 525–526.
70 M. Vasmer, Et. Wb., I, 708; F. Kluge, Et. Wb., p. 311; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 229–230.
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Page 39« En allant de la cour à la grange, la tour du domaine pour le bétail est couverte de paille; à l’extrémité de cette tour, une remise en branchages a été aménagée sous le même toit… », 1597, Biliūnai, district de Raseiniai.
« Grange construite en rondins pour entreposer les céréales, couverte de paille… », 1599, Žarėnai.
« Grange du domaine pour le bétail… », 1600, Dubiniai, district de Beržėnai.
« Tour, appelée nams en lituanien, en bois de sapin, avec trois murs… », 1619, Joku-biškiai près de Šiaulėnai, district de Viduklė.
« Grange, c’est-à-dire tour pour le bétail, avec tout ce qu’il faut… », 1639, Sokmedžiai Višutaičiai, district de Tendžiogala.
« Grange pour garder le bétail… », 1650, Kretkampis, district de Vilkija.
« Grange ou plutôt tour žemaitienne destinée à garder le bétail… », 1675, Plungė.
« Petite étable pour le bétail;… dans cette cour, une grange pour le bétail; la grange derrière la grange est couverte de paille, entourée d’une clôture, ancienne… », 1676, Laukuva.
« Nouvelle étable pour le bétail, couverte de paille, avec la grange attenante; une porcherie couverte de paille y est adossée… », 1676, Smilgiai.
« Étable avec des granges pour le bétail, dont la porte est montée sur des pivots… », 1678, Dikta-riškis, district de Viduklė.
« Une étable et, à son extrémité, un cellier, construits tout récemment en bois et couverts de paille. Les bâtiments destinés au bétail, appelés numa, sont faits de murs, avec des haies ajoutées à l’extrémité, et couverts de paille… », 1705, Laukuva71.
« Deux granges. Une étable pour le bétail, et à son extrémité une autre pour les moutons, en face une pour les porcs… », 1667, Biržėnai72.
Les exemples présentés montrent que, dans ces documents, le mot nãmas est le plus souvent employé au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail ». On trouve également le sens de « bâtiment servant à entreposer les céréales ». Selon les ethnographes, le nãmas mentionné dans ces documents, tout comme la viežà, « devait très probablement être l’un des bâtiments les plus anciens, c’est-à-dire de plan quadrangulaire allongé, construit avec plusieurs pièces destinées à abriter les chevaux, les vaches et le petit bétail. À l’une de ses extrémités, des personnes y vivaient parfois aussi — bien entendu, seulement les pauvres, car à cette époque (XVIe siècle, A. S.), les paysans aisés habitaient déjà dans des maisons »73.
Dans les documents cités, le lituanien nãmas apparaît souvent aussi dans des mots composés désignant des parties spécifiques de la « maison ». Cf.:
« …tour construite en rondins pour le bétail, …étable construite en rondins, avec à son extrémité une annexe pour les porcs… », 1602 (1603), Miminiai, district d’Ukmergė.
« Une tour avec une annexe et un namakgalas, qui a coûté huit kopy de groš… », 1584, Padubysys, district de Raseiniai.
« …une tour avec une entrée faite de planches et de bûches, en clayonnage de branchages… », 1603, Karklėnai Bukantai, district de Karklėnai.74
71 K. Jablonskis, Mots lituaniens dans la langue des chancelleries de l’ancienne Lituanie, p. 129, 130, 131, 132; on y trouve également d’autres exemples.
72 Inventaires lituaniens du XVIIe siècle, p. 266.
73 Caractéristiques de l’ethnographie lituanienne, p. 262; cf. également Iz. Butkevičius, De l’histoire de la culture lituanienne, II, p. 243; K. Čerbulėnas, De l’histoire de la culture lituanienne, I, p. 137—145.
74 K. Jablonskis, Mots lituaniens dans la langue des chancelleries de l’ancienne Lituanie, p. 134, 135.
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Page 40Lat. nams n’est pas employé au sens de « bâtiment destiné à abriter les animaux », mais certaines acceptions de ce mot sont, en réalité, très proches de ce sens. Cf.:
Lat. nams « une cuisine d’été conique, assemblée à partir de perches droites (également à partir des deux moitiés d’un bateau scié transversalement et qui n’est plus en état de naviguer); une cuisine d’été; un petit bâtiment où l’on fait toute la cuisine pendant l’été (et, en hiver, seulement lors des jours de fête); un petit bâtiment en bois où l’on cuisine pour le bétail (autrefois aussi pour les personnes), avec un foyer et un chaudron au milieu; la partie centrale de la maison d’habitation, la cuisine; “l’endroit de la maison où se trouvait le poêle”; dans certaines régions, la pièce centrale de la maison est séparée par une cloison en cuisine et en vestibule; une avant-maison; une annexe sans étage devant le bain, avec un grand chaudron pour faire bouillir l’eau; “devant le bain”, “la pièce située à l’entrée du bain où l’on se déshabille”, “une annexe au bain où l’on lave le linge”; une cabane pour fumer les éperlans; une cabane à filets assemblée à partir des deux moitiés d’un bateau scié transversalement et qui n’est plus en état de naviguer; un petit bâtiment; la maison en ville » (EM, II, 692–3; EH, II, 4).
À la lumière de ces acceptions, on peut sans doute conclure que le sens le plus ancien du letton nams était « bâtiment doté d’un dispositif permettant de chauffer une pièce, de cuire des aliments ou autre chose de ce genre ». Le lituanien nãmas a vraisemblablement été employé au départ dans un sens similaire. Bien entendu, on ne peut affirmer que les Lituaniens et les Lettons désignaient par ce mot des bâtiments absolument identiques: leur construction et leur fonction ont pu varier dans une certaine mesure, même selon les différentes régions de la Lituanie et de la Lettonie75.
Dans les anciens écrits lettons, le letton nams est souvent employé au sens du latin domus (« maison, domicile, famille, maisonnée »); cf. l’ouvrage de G. Elger, « Evangelien und Episteln » (1640),76 l’emploi du mot nams, où ce mot traduit le latin domus:
„Vnd te egaja ekszan to nammu, vnd attradda to baernu a Maria sauwa mata…“, G. Elger, 17.
„Et intrantes domum, invenerunt puerum cum Maria matre eius…“, Mat. 2, 11.
„…vnd pepildia wyssu to nammu…“, G. Elger, 86.
„…et replevit totam domum…“, Ap D, 2, 3.
„…ka mans nams tôp pepildits…“, G. Elger, 92.
„…ut impleatur domus mea…“, Luk., 14, 23.
„…vziaem ekszan sauwems nammems“, G. Elger, 98.
« … qu’ils me reçoivent dans leurs maisons », Luc, 16, 4.
« Ma maison est une maison de prière… », G. Elger, 99.
« Car ma maison est une maison de prière… », Luc, 19, 46.
« … dans la haute maison du pharisien… », G. Elger, 106.
« … dans la maison de l’un des pharisiens… », Luc, 14, 1.
« Et celui-ci crut, avec toute sa famille », G. Elger, 111.
« … et lui-même crut, ainsi que toute sa maison », Jean, 4, 53.
Même le lat. paterfamilias est traduit par G. Elger par tas Nammukungs (G. Elger, 92; Luc, 14, 21).
Le liet. nãmas s’emploie également, tant dans les anciens écrits que dans la langue actuelle, au sens du lat. domus.
75 Quant à la fonction du letton nams, cf. Latviešu konversācijas vārdnīca, 14, Rīgā, 1936, col. 28400-6.
76 Évangiles et épîtres traduits en letton par Georg Elger, avec un index de ses chants religieux datant d’environ 1640, éd. K. Drāviņš, Lund, 1961.
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Page 41Concernant l’origine du lituanien nāmas et du letton nams, deux opinions existent. Certains chercheurs le rapprochent du vieux slave domъ « maison », du russe дом, du sanskrit dāmah, du grec δόμος, du latin domus, de l’arménien tun, expliquant le changement du consonantisme des mots baltes par dissimilation77. D’autres tendent à rapprocher le lituanien nāmas et le letton nams du grec νομός « pâturage; lieu d’habitation, demeure », du grec νέμω « habiter, cultiver, gouverner », et du grec νομεύς « berger »78. J. Endzelīns a d’abord lui aussi approuvé cette dernière étymologie79, mais plus tard il a été enclin à approuver le rapprochement du lituanien nāmas et du letton nams avec le vieux slave domъ, etc.80
Pour l’instant, il est difficile d’établir laquelle des opinions est correcte. Il nous semble plus plausible de rapprocher le lituanien nāmas de l’ancienne désignation indo-européenne de la maison. L’alternance des consonnes initiales d- et n- est de toute façon un phénomène assez courant dans les langues indo-européennes; cf. lituanien devyni, letton deviņi, vieux slave devętь: prussien newints, sanskrit nava, latin novem, gotique niun; lituanien debesìs, letton debess « ciel »; vieux slave nebo, formes fléchies nebesą, sanskrit nābhah « brume, brouillard, ciel », grec νέφος « nuage », etc.
Letton laidars, lituanien laidaras
Le letton laidars, au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail », est employé dans la partie occidentale de la Lettonie — en Courlande (Aizpute, Arlava, Blydiene, Dobele, Dunika, Kandava, Matkule, Praviniai, Saka, Tadaikiai, Tume, Užava, Vandzene, Zvarde). Cette appellation n’est pas la seule dans le territoire mentionné: elle y est le plus souvent employée à côté d’autres noms lettons de l’étable (kūts, kūte, stallis, stēllis). Parfois, le mot laidars désigne uniquement une grande étable (Kandava, Laidze, Upesgrīva). Il arrive que les locuteurs des dialectes perçoivent le caractère archaïque de laidars (Kazdanga, Skaistkalne).
Le letton laidars s’emploie aussi dans d’autres sens que celui de « bâtiment destiné à abriter le bétail »; cf. « ein eingefriedigter Platz vor dem Viehstalle, wo das Vieh hineingelassen wird; die Düngerstätte innerhalb des Stallkarrees; der von ringsum gebauten Viehställen gebildete Platz; eine Hürde fürs Vieh auf dem Felde » (EM, II, 402; EH, I, 711). À côté de la forme laidars, les dialectes lettons connaissent aussi les formes laidaris, laiders, lāideris, lāideris, lāideris, leīdars, leideris (EM, III, 402, 403, 446; EH, I, 711, 712). On trouve même les formes laidārzs, leidārzs, apparues par étymologie populaire sous l’influence du letton dārzs « jardin, potager » (EM, II, 402). On emploie également des formes composées: ārlāidars « Hürde für das Vieh auf dem Felde » (EM, I, 243; EH, I, 195), laūklāidars (EM, II, 426; EH, I, 722).
Le letton laidars se trouve déjà dans les écrits de G. Mancelis.
Le lituanien laidaras n’est pas employé au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail ». Toutefois, son emploi est par ailleurs très proche de celui du letton laidars; cf. lituanien laidaras « enclos près des étables où l’on rassemble le bétail, cour ouverte; endroit clôturé dans un pâturage où l’on rassemble les animaux », laidaris, laidarỹs, lāideris (LKŽd., VII, 15, 16). La forme laidaris est également attestée au sens de « fosse à fumier; dépotoir, tas d’ordures » (A. Bezzenberger, Lit. Forsch., 132; LKŽd., VII, 16). La forme lāideris est attestée avec un sens similaire (G. H. F. Nesselmann, Wb., 351; LKŽd., VII, 16).
77 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 483; V. Mažiulis, LKK, II, p. 14; J. Pokorny, Et. Wb., p. 199. L’opinion de J. Pokorny sur l’origine du lituanien nāmas et du letton nams est assez peu claire: à un endroit du dictionnaire, il affirme que « lit. nāmas... ist aus *damas dissimiliert » (p. 199), tandis qu’à un autre endroit il rattache ce mot au grec νέμω (p. 763–764).
78 R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 193; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 31; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 361.
79 EM, II, p. 693.
80 J. Endzelīns, Filologu biedrības raksti, 12, p. 175–176.
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Page 42Comme l’indique le fichier de l’Atlas de la langue lituanienne, le lituanien la ūdaras (la ū daris, la ū darỹs, la ū deris) est en usage en Samogitie et dans une petite partie des dialectes du haut-lituanien occidental (Joniškis, Kriukai, Šakyna, Žagarė)81. F. Kurschat ne connaissait pas ce mot dans l’usage vivant. Parmi les auteurs lituaniens anciens, seul S. Daukantas semble employer le mot la ūdaras.
Le sens du letton la ū daras, « bâtiment destiné à abriter le bétail », est plus récent. Le sens premier du letton la ū-dars et du lituanien la ūdaras est « enclos pour le bétail ». C’est de ce sens qu’est apparu celui de « bâtiment destiné à abriter le bétail ». Comme nous l’avons vu, un processus analogue s’est produit avec les sens du lituanien tvãrtas.
Le lituanien la ūdaras et le letton la ū dars sont rapprochés du lituanien leisti, du letton la īst, du lituanien palãidas et d’autres mots de cette même racine82.
Lituanien daŋgtis
Dans une aire assez restreinte du centre de la Lituanie (Darsūniškis, Kaišiadorys, Kruonis, Palomenė, Užuguostis, Viev is, Žasliai), le mot daŋgtis est employé au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail ». À en juger par le fichier du dictionnaire académique de la langue lituanienne, ce mot a probablement été employé autrefois dans ce sens dans une aire un peu plus vaste (il est attesté dans les environs de Balbieriškis, Daugai, Šilavotas et Valkininkai).
Le lituanien daŋgtis se rencontre déjà avec ce sens en 1600 dans le Postille dit de J. Morkūnas; cf.:
„…tiktay biedname danktiia, kurime pekus sudariti buvo“, Post., 26.
Le lituanien daŋgtis est également employé au sens de « grange, aire de battage » (LKŽd., II, 176).
L’étymologie de ce mot ne fait aucun doute. Le lituanien daŋgtis est employé, outre dans les sens déjà mentionnés, aux sens de « couverture, couvercle, partie supérieure » et de « toit ». C’est de ce dernier sens que sont apparus ceux de « étable » et de « grange », cf. le lituanien stõgas, « couverture d’un bâtiment »: lituanien stõginė, « abri pour entreposer la paille ou le foin; grange ».
Dans les autres langues baltes, on ne trouve pas de désignations de bâtiments destinés à abriter le bétail formées sur cette racine.
Liet. kūginys
Dans une petite zone des parlers des Hauts-Lituaniens orientaux (Alizava, Jutkonys, Kupiškis, Salos, Skapiškis), le mot kūginys est employé au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail ». Autrefois, l’aire de cette appellation d’étable était vraisemblablement plus étendue, mais aujourd’hui, elle est progressivement supplantée par les termes plus largement employés gurbas, kūtė, ou même par tvãrtas, venu de la langue littéraire.
Le mot lituanien kūginys, au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail », apparaît déjà dans le Postilla de M. Daukša. Cf.:
« …et ce qui est plus mauvais, les maisons de Dieu sont vraiment devenues pour vous des kūginys… », DP, 412.
« …dans une kaniūkštė ou dans un kūginys en bois renversé… », DP, 534.
Le fait que le mot kūginys figure dans le Postilla de M. Daukša indiquerait également que ce mot était autrefois d’un usage plus répandu.
L’origine du mot lituanien kūginys ne fait pas non plus de doute: il est à rattacher au lituanien kūgis, « grand tas de foin, de paille ou d’autres matières, meule, javelle; petit tas de foin ou de céréales de printemps râtelés; tas ou pile de bois de chauffage » (LKŽd., VI, 775–6); pour le sens, cf. le letton gubenis.
81 L’auteur a utilisé les matériaux préparés par E. Grinaveckienė.
82 EM, II, p. 402; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 302; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 330.
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Page 43« grange (pour la paille, le foin); annexe à la grange à battre »: letton guba, lituanien gubà et, peut-être, également lituanien pūnė: lituanien pūnė « extrémité vide de l’œuf », letton puns « nodule, protubérance, furoncle »83.
Lituanien abārēs
Dans une certaine zone du centre de la Lituanie, approximativement entre Dotnuva et Kražiai (Kiaunoriai, Kubiliai, Kušleikiai, Tytuvėnai), le terme abārės, désignant un « bâtiment destiné à abriter le bétail », est en usage; on rencontre aussi les formes abārai (Krakės, Pakražantis), abārios, abāros, abariškas (Merkinė), LKŽd., I(2), 2–3. Cette appellation ne forme pas une aire compacte, mais s’emploie le plus souvent à côté d’autres désignations de l’étable. En outre, elle sert généralement à désigner une grande étable. Çà et là, ces mots ont également été relevés dans des localités situées hors de l’aire indiquée (Garliava, Liškiava, LKŽd., I(2), 2).
Outre le sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail », ces mots s’emploient avec les sens de « cour intérieure, cour » (abarà, ābaras) et de « grande grange » (abārės) (LKŽd., I, (2), 2)84.
La source du lituanien abārės et des autres formes de ce mot est le polonais obora « bâtiment pour le bétail bovin; cour; espace devant l’étable ou l’écurie pour le bétail ou les chevaux »85.
Le polonais obora a des équivalents dans d’autres langues slaves également, cf. le russe обора « enclos, parc à bétail », обвора (В. Даль, Сл., II, 585), le bulgare обор « étable », le serbo-croate обор « enclos, parc à bétail, cour près de la maison », le slovène obor « enclos », le tchèque obora.
Ces mots sont ensuite à rapprocher du vieux russe воръ « enclos », du russe вергать « fourrer, mettre quelque chose, cacher, enterrer; creuser, fouiller » (В. Даль Сл., I, 178), du vieux slave върети « fourrer », du polonais wrzeć « fermer », du tchèque otevriti « ouvrir ». Le lituanien vērti86 appartient également à la même racine indo-européenne.
Letton klēvs
Le letton klēvs s’emploie au sens de « bâtiment destiné à abriter le bétail » dans l’est de la Lettonie, en Latgale (Balvi, Daugavpils, Ilūkste, Kārsava, Krāslava, Preiļi, Rēzekne, Viļāni, Zilupe). À côté de la forme klēvs, on rencontre parfois aussi la forme klāvs (Atašiene, Līvāni, Pilda, Pruodė). La désignation de l’étable issue de cette racine est employée de façon très compacte dans la partie de Lettonie en question: seule la partie la plus occidentale de cette aire l’emploie parfois à côté du nom kūts (ou kūte); dans le sud-ouest (autour de Līvāni, Subate, Viesīte), à côté de klēvs, on trouve non seulement kūts (ou kūte), mais aussi stallis.
Le nom de l’étable issu de cette racine se trouve déjà dans les anciens monuments de la langue lettone. Cependant, la forme employée n’y est pas un thème en -o, mais un thème en -ā: klēva. Cf.:
„Stall, Stallis, Kuhts, Wallh. Seelb… Klähwa“, G. Mancelis, Lettus, 173.
„Ochsenstall, Wehrsckuhts, klähwa, Wallh.“, G. Mancelis, Lettus, 134.
„Kuhts (klähwa) ein Stall“, J. Langija Vrd., 125.
Le mot latton klahwa est caractérisé comme un mot des Haut-Lettons dans le dictionnaire de G. F. Stender de 1761.
K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 525–526.83
K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 284–285.84
85 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, p. 66; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1.
86 A. Brückner, Sl. et., p. 371; M. Vasmer, Et. Wb., I, 184; II, 243; V. Machek, Et. sl., p. 332; K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 285.
4. Iš lietuvių leksikologijos ir leksikografijos
49
Page 44Les formes klahws, klehws sont répertoriées dans le dictionnaire publié par K. Ulmanis en 187287. La référence de G. Mancel à Wallh. (=Wallhof, en letton Valle, puis Taurkalnė, à l’est de Jaunjelgava) indiquerait que l’aire de cette dénomination de bâtiment agricole s’étendait autrefois un peu plus à l’ouest que son aire actuelle.
Dans le dialecte de Neretai, le letton klėvs est également attesté au sens de « grenier à battre (kluons) » (EH, I, 616).
Cette dénomination de bâtiment agricole est passée en letton depuis les langues slaves, cf. russe хлеб, biélorusse хлебу, génitif хлява, ukrainien хлів, polonais chlew, etc. Il est difficile de dire de quelle langue slave les Lettons ont emprunté ce mot. J. Endzelīns considère le russe хлеб comme sa source. L’apparition de cette dénomination de bâtiment agricole dans les langues slaves elles-mêmes demeure assez obscure. La plupart des chercheurs estiment néanmoins que les Slaves ont emprunté ce mot aux Goths, cf. gotique hlaiw « tombe, grotte »89. Comme on le voit, les sens des mots gotique et slave diffèrent considérablement. Le sens initial du mot slave aurait pu être « grotte, habitation souterraine ».
Dans les langues baltes, on trouve de nombreuses dénominations spécifiques de bâtiments agricoles, destinées à différentes espèces d’animaux.
Écuries pour chevaux
Lituanien arklidė (Gaižūnai, Gudaičiai, Kriaušiškiai, Kriukai, Žagarė; terme issu de la langue littéraire, également adopté par d’autres dialectes lituaniens), arklūdė (mot qui n’est attesté nulle part dans la langue parlée, cf. LKŽd., I (2), 307, formé sur le modèle de pelūdė), arklinis (Dūkštas, Kazitiškis, Luodžiai, Šešuolėliai), arklinė (Alanta, Antalieptė, Ažytėnai, Daugailiai, Dubingiai, Giedraičiai, Lyduokiai, Skudutiškis, Šašuoliai, Videniškis, Želva), arkliniñkas (Alsėdžiai, Budriai, Girdiškė, Kaltinėnai, Lauko Soda, Pakražantis, Skuodas, Šakiai, Tirkšliai, Varduva), arklinýkas (Alovė, Barzdai, Butrimonys, Daugai, Kuršiai, Marijampolis, Mauručiai, Medeišiai, Nedingė, Nemaniūnai, Rimšė, Tverečius, Varėna, Žagarai), arklinýkė (Kruonis, Liškiava, Mašnyčia, Panošiškis, Pašlavantis, Savilionys, Šklėriai, Valkininkai, Vydeniai), cf. également LKŽd., I (2), 305–7): lituanien arklỹs90.
Lituanien arkliatvartis (Lazdijai, LKŽd., I (2), 305) < arklỹs + tvártas.
Lituanien stainia (mot employé dans presque tous les dialectes lituaniens), stainė (Aukštadvaris, Daugėliškis, Eriškiai, Girkalnis, Gražiškiai, Kurtuvėnai, Pabaiskas, Raguva, Ramygala, Tytuvėnai, Troškūnai, Užventis, Venpriai), stainis (Gaižūnai), staininė (Kražiai, Sereikonai) < polonais stajnia « écurie »91.
Le lituanien stonia (Alunta, Garliava, Jurbarkas, Kalvarija, Kamajai, Kapsukas, Liudvinavas, Pandelys, Rokiškis, Švėdasai, Šalčininkai) est issu d’une forme plus ancienne du mot polonais stania92. Le polonais stania est un mot d’origine polonaise, apparenté au verbe stać « se tenir debout »93.
Dans les textes anciens du lituanien de Prusse-Orientale, on trouve la forme stonė. Cf.:
87 D. Zemzare, Latviešu vārdnīcas, p. 439.
88 EM, II, p. 225.
89 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 245–246; F. Sławski, Sl. et., I, p. 66.
90 Pour indiquer la répartition géographique des mots, nous avons utilisé les matériaux de l’Atlas de la langue lituanienne préparés par B. Vanagienė.
91 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, p. 136; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 892.
92 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 912; S. Reczek, Podręczny słownik dawnej polszczyzny, Wrocław–Warszawa–Kraków, 1968, p. 469.
93 A. Brückner, Sl. et., p. 512, 513.
50
Page 45« Stónė, ės, f. une étable à toit soutenu par des pièces de bois », P. Ruhig, Lex., I, 142.
« Écurie, à toit soutenu par des pièces de bois, Stónė, ės, f. », P. Ruhig, Lex., II, 277.
« Écurie, à toit soutenu par des pièces de bois, Stónė, ės, f. », Chr. Mielcke, Wb., II, 370.
La forme à thème en -ė se trouve probablement aussi dans les chants publiés par L. Rėza:
« Couvrir ta Stonę,
Nous laissons mon Žirgáczui »
(Noté dans les environs d’Isrutis)94.
Dans le dictionnaire de M. Nyderman, A. Senas, F. Brenderis et A. Salys, on trouve la forme staunià (Wb., IV, 93). Cette forme n’est pas consignée dans le fichier du Dictionnaire académique de la langue lituanienne; on y trouve toutefois l’adjectif staũnas « bien nourri, destiné à être monté (en parlant d’un cheval) » (Debeikiai), cf. le lituanien staininis: stainia, stóninis: stonia, ce qui indiquerait que la forme staunià est un fait linguistique fiable.
Le lituanien strãje, au sens d’« écurie », est attesté dans les monuments de la langue lituanienne de Prusse-Orientale. On y trouve diverses formes de ce mot. Cf.:
« Straja, ós, f. la litière, la paille de litière (Ragnit); puis aussi l’étable, en particulier l’écurie (fréquent dans les Dainos). Cf. Sztrajus.
Straje, ės, f. idem (Ragnit).
Strajus, aus, m. idem.
Strajélė, ės, f. diminutif, idem.
Strajùžė, ės. f. Dim. idem.
Strajininkas, o, m. un garçon d’écurie, un palefrenier; un cheval d’écurie », G. H. F. Nesselmann, Wb., 505.
« strāja, -os, subst. f. une écurie à chevaux dont le sol est pavé et recouvert de paille », F. Kurschat, Wb., 407.
Dans les chansons populaires lituaniennes publiées par V. Kalvaitis, on trouve également la forme stragelė (notée dans les environs de Ska...)95. La forme de ce mot avec -g- est également attestée par le mot stragininkas du dictionnaire de Chr. G. Mielcke:
« Stallpferd, Arklys Stóninink's, Straginink's », Chr. G. Mielcke, Wb., II, 450.
On trouve aussi des formes de ce nom d’écurie pour chevaux avec le groupe initial št-. Cf.:
« Lève-toi, mon père, lève-toi, vieux père,
Donne-moi la clé de l’écurie…
Je suis entré dans l’écurie,
Je me suis appuyé contre le petit cheval »
(chanson populaire lituanienne recueillie dans la région de Klaipėda)96.
Comme nous le voyons, dans ces exemples, le vocalisme de la racine a également changé. La forme strėja est également enregistrée dans le dictionnaire de M. Nyderman, A. Sen, F. Brender et A. Salys (Wb., IV, 116).
94 L. Rėza, Lietuvių liaudies dainos, I, Vilnius, 1958, p. 226; V. Kalvaitis, Prūsijos Lietuvių dainos, Tilžė, 1905, p. 296.
95 V. Kalvaitis, Prūsijos Lietuvių dainos, p. 13.
96 Tautosakos darbai, VII, Kaunas, 1940, p. 34.
4*
51
Page 46Quant à l’origine du lituanien strājē, deux opinions existent. J. Šmits97 et P. Personas98 (avec quelques réserves) tenaient déjà le lituanien strāja pour un mot indigène, le rattachant à des mots issus de la racine indo-européenne *ster-, *steru-: *streu- ‘ausbreiten, ausstreuen’, cf. le sanskrit strṇāti ‘streut (hin), bestreut; wirft hin, wirft nieder’, le latin sternō, -ere ‘hinstreuen, hinbreiten; niederstrecken’, le vieux slave prostrěti ‘ausbreiten’, le russe споръ ‘Ordnung’, etc. Cette origine du lituanien strājē est également proposée dans les dictionnaires étymologiques de M. Vasmer99, J. Pokorny100 et A. Walde (il est vrai que, dans la deuxième édition du dictionnaire d’A. Walde, sur la foi d’une lettre de H. Hirt, il est indiqué que le lituanien strāja pourrait aussi être un germanisme)101.
Cette explication de l’origine du lituanien strājē est assurément erronée. K. Būga l’avait déjà réfutée de manière suffisamment convaincante dans les notes et compléments au dictionnaire étymologique de la langue russe d’A. Preobraženskij. Toutefois, le travail de K. Būga ne fut publié qu’en 1959; les chercheurs n’avaient donc pas pu s’y référer auparavant.
Comme l’a justement fait remarquer K. Būga102, quiconque lit attentivement l’explication du lituanien strājē dans le dictionnaire de F. Nesselmann ne le comparera pas au slave strojiti ni aux autres mots apparentés. En réalité, l’explication de ce mot dans les dictionnaires de F. Nesselmann et de F. Kurschat met en évidence son évolution sémantique et son origine.
La source du lituanien strājē est donc l’allemand Streu ‘litière’, cf. les formes de ce mot en allemand de Prusse-Orientale štraie, štrei103. En lituanien, l’évolution sémantique de cet emprunt a suivi le parcours suivant: ‘litière, paille de litière’ → ‘étable garnie de litière’ → ‘écurie’.
Le fait que le lituanien strājē provienne de l’allemand est également attesté par les formes parallèles strāgē, štrajus104 déjà mentionnées. La géographie du mot confirme aussi cette hypothèse: ce mot lituanien ne se rencontre que dans les monuments de langue lituanienne de Prusse-Orientale et dans le folklore lituanien de cette région ainsi que des environs de Klaipėda.
K. Būga indique que la forme strāja est impossible en lituanien: la forme donnée dans le dictionnaire de F. Kurschat n’est qu’une représentation graphique, et non phonétique, de ce mot, car, dans le dialecte de Kurschat, strājē > strājē, tandis qu’il écrit assez souvent -ia au lieu du -e final non accentué.
L’origine du lituanien strāja, štraja, štrajus ‘Streu’ avait déjà été correctement signalée par K. Alminauskis105.
Dans le dictionnaire d’E. Fraenkel, on tend également à considérer le lituanien strāja comme un germanisme. On y avance notamment l’argument que ce mot ne se rencontre pas dans les langues slaves avec le sens de ‘litière’106.
L’allemand Streu ‘litière’ est à rattacher au verbe streuen ‘répandre, disperser, garnir de litière’107, qui est lui-même apparenté au sanskrit strṇāti et aux autres mots de cette famille.
En letton, on trouve les mots streija, pl. streijas ‘die Streu (für Pferde und Vieh)’, streijāt ‘streuen, ausstreuen, Streu ausbreiten’, strejāt (EM, III, 1085; EH,
97 Joh. Schmidt, Zur Geschichte des indogermanischen Vokalismus, II, Weimar, 1875, p. 258.
98 P. Persson, Beiträge zur indogermanischen Wortforschung, Uppsala, 1912, p. 787.
99 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 29.
100 J. Pokorny, Et. Wb., p. 1030.
101 A. Walde, Et. Wb., II, p. 590–591.
102 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 606.
103 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 137, 138.
104 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 606.
105 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 120, 137, 138.
106 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 917.
107 F. Kluge, Et. Wb., p. 758.
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Page 47II, 586), dont la source est le bas allemand strei, streu « toutes sortes de déchets », strei(g)en « répandre »¹⁰⁸. Toutefois, le letton streja n’est pas employé au sens d’« écurie pour chevaux ».
Le lituanien kaniušnia (Miežionys, Vigutėnai, Zarasai), kaniukštė (Aukštadvaris, Jotainiai, Ramygala); ce nom d’écurie pour chevaux se rencontre assez largement aussi dans nos anciens écrits: kaniukšlė (DP, 39), kaniukšne (MP, 202), kaniukštė (MP, 375; DP, 373, 534), cf. LKŽd., V, 210). La forme kaniukšne figure également dans la première édition du dictionnaire de K. Sirvydas:
« Staynia, stabulum, equile, bouile, kaniukšne », Dic., 175.
Dans la troisième édition du dictionnaire de K. Sirvydas, on emploie la forme kaniušne (Dic., 422).
Ce nom d’écurie pour chevaux est passé en lituanien depuis les langues slaves; cf. biélorusse канюшня, russe конюшня, polonais koniusznia. Les Lituaniens l’ont probablement emprunté au biélorusse¹⁰⁹. Les formes présentant une consonne -k- épenthétique sont apparues sur le sol même de la langue lituanienne. Dans les dialectes lituaniens, un k s’insère sporadiquement assez souvent entre une voyelle (ou une diphtongue) et s ou š, surtout si une consonne suit ces sons¹¹⁰. C’est également en lituanien qu’est apparue la forme kaniukšlė; cf. lituanien šermukšlė à côté de šermukšnė, šermukšnis, krūmokšlis à côté de krūmokšnis, etc.¹¹¹
Le lituanien kaniukšlė (Notėnai, Židikai), kaniukštis (Gudeliai) s’emploient également au sens de « porcherie » (LKŽd., V, 210).
Lat. cheval-écurie (EM, IV, 727) < cheval « cheval » + écurie.
Lat. zirgsklēvs (EH, II, 808) < zirgs+klēvs.
En letton, comme nous l’avons indiqué, le mot stallis est souvent employé au sens d’« écurie pour chevaux ».
Porcheries
Lituanien kiaulidė (Aukštadvaris, Dotnuva, Kėdainiai, Nemajūnai, Pabiržė, Pakruojis, Saločiai, Šeduva, Šilalė, Šiluva, Švėkšna, Utena, Žagarė; largement répandu aussi dans d’autres dialectes à partir de la langue littéraire), kiaulininkas (Alsėdžiai, Girkalnis, Kelmė, Kražiai, Kriukai, Kudirkos Naumiestis, Kuršėnai, Kvėdarna, Lieporiai, Papilė, Raudonė, Rietavas, Salantai, Sintautai, Skuodas, Šakiai, Šakyna, Tirkšliai, Užventis, Vegeriai, Veiviržėnai, Viduklė), on rencontre aussi la forme kiaūlininkas; kiaulinýkas (Alytus, Alksnėnai, Alvitas, Barzdai, Garliava, Igliauka, Jieznas, Kalvarija, Kapsukas, Kazlų Rūda, Lekėčiai, Liubavas, Mauručiai, Medeišiai, Pilviškiai, Rudamina, Rumšiškės, Skriaudžiai, Tverečius, Vilkaviškis), on emploie aussi la forme kiaulinýkas; kiaulinis (Balčiai, Dūkštas, Inturkė, Kazitiškis, Puvočiai, Širvintos, Videniškis), on emploie aussi la forme kiaūlinis; kiaulinys (Minkūnai, Molėtai, Vilūčiai); kiaulinė (Balninkai, Dūkštas, Giedraičiai, Markutiškiai, Okainiai, Skudutiškis, Šimonys), kiaulinėčius (Antalieptė, Dubičiai, Kaniava, Paditvys, Pelesa, Plikiai, Rudnia, Vydeniai, Zarasai); kiaulinýčia (Kapsukas, Parovėja), on rencontre aussi la forme kiaulinýčia; kiaulynas (LKŽd., V, 696), kiaulinės « porcheries » (LKŽd., V, 696), cf. LKŽd., V, 695–7): lituanien kiaulė.
Lituanien migis (Aukštadvaris, Ažytenai, Čiobiškis, Daugėliškis, Eriškiai, Kulva, Okainiai, Palomenė, Pašušvys, Surviliškis, Šlapaberžė, Vepriai, Žeimys), mentionné—
¹⁰⁸ J. Sehwers, Sprachlich - kulturhistorische Untersuchungen, p. 123.
¹⁰⁹ P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Altlitauischen, p. 95.
¹¹⁰ Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 194–195; J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, I, p. 383–384.
¹¹¹ P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 293.
53
Page 48dans ces localités, on rencontre parfois aussi la forme migys; migelis (Gelvonai, Pociūnėliai, Pašušvys, Siesikai): lituanien migoti, cf. migis « couche d’un animal ». C’est de ce dernier sens qu’est apparu celui de « porcherie ».
Lituanien namėlis (Aukštadvaris): lituanien namas. Lituanien namas, comme nous l’avons vu, s’emploie également au sens d’« étable ».
Lituanien svinárnykas (Šklėriai, Vievis, Žietela) < biélorusse свінарнік, cf. aussi russe свинарник: свинья « cochon ».
Lituanien kiaulmigys (Alanta, Anykščiai, Dusetos, Gražiškiai, Karsakiškis, Krakės, Krekenava, Musninkai, Pabaiskas, Panevėžys, Pociūnėliai, Raguva, Siesikai, Sodeliai, Šašuoliai, Želva), on emploie aussi les formes kiaūliamigis, kiāulamagis, kiāūmigis (LKŽd., V, 688, 693, 701) < kiaulė+migis.
Lituanien kiaūlatvartis (LKŽd., V, 688), kiaulėtvartis (LKŽd., V, 691), kiauliatvartis (LKŽd., V, 695), kiaūltvartis (LKŽd., V, 701), keltvartis (LKŽd., V, 552) < kiaulė+tvartas.
Lituanien kiaulākūtė (Šatės, LKŽd., V, 688) < kiaulė+kūtė
Lituanien kiaūliagurbis (Dusetos, LKŽd., V, 693) < kiaulė+gurbas.
Lituanien kiaūlstaldis (LKŽd., V, 700) < kiaulė+staldas.
Letton cūkkūts (EM, I, 398; EH, I, 281) < cūka « cochon »+kūts.
Letton cūkklevs (EH, I, 281) < cūka+klēvs.
Letton cūkstallis (EH, I, 281) < cūka+stallis.
Le nom de la porcherie est également attesté dans les monuments de l’ancien prussien: Seweynis Sewstal (mot no 229 du glossaire d’Elbing)112. Le pr. seweynis, dont on ne sait pas dans quelle mesure cette graphie correspond à la forme réelle du mot prussien, doit être rapproché des désignations correspondantes du porc dans les langues baltes; cf. pr. swintian, letton suvens, sivens113.
Bergeries
Lituanien avidė (Derveliai, Gadūnavas, Gaižūnai, Kėdainiai, Kietaviškės, Kupiškis, Raginėnai, Surviliškis, Svobiškis; ce mot, issu de la langue littéraire, s’est répandu dans d’autres parlers également; enfin, même dans les localités citées ici, avidė ne constitue pas toujours un fait linguistique ancien), aviniūkas (Alsėdžiai, Barčiai, Drobūkščiai, Dubičiai, Girdžiai, Lauko Soda, Laužai, Pakražantis, Rėkščiai, Sintautai, Skirpsčiai, Slavikai, Šiauduva, Varduva), avinykas (Dailidės, Mauručiai, Miežionys, Onuškis, Palomenė, Pavinkšniai, Rimšė, Sekonys, Tverečius), avinykė (Birštonas, Butrimonys, Čiobiškis, Darsūniškis, Daukšiai, Igliauka, Kalvarija, Kapčiamiestis, Kruonis, Liškiava, Marijampolis, Nauja Ūta, Paparčiai, Pašlavantis, Simnas, Vievis), avinė (Armališkės, Kaniava, Širvintos), avikinė (Giedraičiai, Minkūnai, Musninkai, Naujamiestis, Pagiriai, Šašuoliai, Vaiskūnai, Žeimelis), avikinis (Radžiūnai, Raguva), avikė (Darsiškiai, Kableliai, Lukštai), avėlinis (Dūkštas, Želva), avinyčia (Alksnėnai, Dotnuva, Juknaičiai, Smalininkai); cf. aussi LKŽd., I (2), 523, 525, 527, 528): lituanien avis.
Lituanien jāuja (Lazūnai, LKŽd., IV, 299): lituanien jāuja « bâtiment destiné au séchage et au teillage du lin ».
112 Monuments de la langue prussienne, p. 63.
113 A. Sabaliauskas, LKK, X, p. 171–172.
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Page 49Lituanien avītvartis (Kaniava, LKŽd., I(2), 530) < avis + tvārtas.
Letton āitstallis (EH, I, 5) < āita « brebis » + stallis.
Letton avikūts (EH, I, 190) < avs « brebis » + kūts.
Étables à vaches
Lituanien karvidė (Gaižūnai, Kapčiūnai, Lieporiai, Lukošaičiai, Nairiai, Noriūnai, Rūdupiai, Salamiestis, Sodeliai, Telšiai; ce mot, emprunté à la langue littéraire, est également passé dans divers autres parlers lituaniens. En outre, dans les localités mentionnées ici aussi, karvidė peut parfois être un mot apparu très récemment), karvini̇ṅkas (Alsėdžiai, Eidżiotai, Salantai, Skripščiai, Vardūva), karvinẏkas (Biržiniškė, Mauručiai, Medeišiai, Rimšė, Sekonys, Tverėčius, Vištytis), karvini̇ṅkė (Ratnyčia, LKŽd., V, 357), karvinis (Kazitiškis, Luodžiai), karvinỹs (Molėtai, LKŽd., V, 358; cf. aussi LKŽd., V, 357–8): lituanien kárvė.
Lituanien bandini̇ṅkas (Drobūkščiai, cf. aussi LKŽd., I(2), 640): lituanien bandà.
Lituanien galvijinė (Joniškis), galvininkas « étable à bétail » (LKŽd., III, 84): lituanien galvijas.
Lituanien gyvulini̇ṅkas (Šakiai): lituanien gyvulỹs.
Le lituanien abārės (Kaunatava, Pakšteliai, Papilė, Raudėnai) était également employé au sens d’« étables du domaine seigneurial ».
Lituanien jautidė « étable à bœufs » (LKŽd., IV, 323), jautini̇ṅkas « étable à bétail; étable à bœufs » (LKŽd., IV, 324), jautinyčia (LKŽd., IV, 324): lituanien jautis.
Lituanien veršidė « étable à veaux » (Laukuva, Utena, mot probablement d’apparition récente), veršini̇ṅkas (Kurtuvėnai, Skripščiai): lituanien veršis.
Lituanien kárviatvartis (Ratnyčia, LKŽd., V, 357) < kárvė + tvārtas.
Letton gùovskūts (EM, I, 693) < gùovs « vache » + kūts.
Letton gùovstallis (EH, I, 424) < gùovs + stallis.
En comparant les noms des étables spécialisées en lituanien avec les appellations correspondantes en letton, on est frappé par la grande diversité des désignations lituaniennes. En letton, on ne trouve pas de noms formés comme les types lituaniens en -idė, -inin-kas. En letton, les noms composés sont les plus répandus: aitu kūts, guovju kūts, teļu kūts, cūkkūts, zirgu kūts (à côté de stallis). En revanche, en lituanien, les noms de cette formation sont beaucoup moins courants. Dans les parlers lituaniens, les noms du type en -idė se sont largement répandus ces derniers temps. Venant de la langue littéraire avec le régime des kolkhozes, ils remplacent les noms d’autres formations employés auparavant.
* * *
Dans l’ensemble, le lituanien et le letton comptent un nombre considérable de noms désignant les bâtiments destinés à abriter le bétail. Certains de ces noms sont employés aussi bien en lituanien qu’en letton. À côté des mots d’origine propre, on trouve également des emprunts aux langues slaves voisines ainsi qu’à l’allemand.
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Page 50NOMS DES INSTRUMENTS POUR CONDUIRE LE BÉTAIL
Dans la terminologie de l’élevage des langues baltes, on peut distinguer comme groupe sémantique autonome les noms des instruments servant à conduire ou à frapper le bétail. Ces instruments sont sans aucun doute très anciens: ils sont apparus avec le développement d’un élevage plus intensif, lorsque l’homme a commencé à faire paître les animaux et à les employer à divers travaux. Toutefois, les noms spécifiques des instruments destinés à conduire le bétail ne sont pas d’origine très ancienne dans les langues baltes; de plus, ils sont le plus souvent empruntés aux peuples voisins, chez lesquels ils sont eux aussi fréquemment arrivés de régions plus lointaines où l’élevage était intensif. Il existe bien sûr également des mots d’origine indigène, employés dans des aires plus ou moins vastes, mais ceux-ci sont eux aussi des formations relativement récentes.
Les langues indo-européennes ne possèdent pas de terminologie plus générale dans ce domaine. On souligne habituellement que les langues slaves se distinguent par une terminologie particulièrement riche dans ce domaine1. Un nombre considérable de noms d’instruments servant à conduire le bétail sont également passés des langues slaves aux langues baltes.
Liet. botāgas, lat. pātaga etc.
On estime que les anciens Indo-Européens conduisaient d’abord le bétail en le piquant avec de petites baguettes spéciales, puis qu’ils découvrirent le fouet par l’intermédiaire des peuples orientaux2. Les Baltes découvrirent cet instrument par l’intermédiaire des Slaves. Les données linguistiques le montrent clairement.
Liet. botāgas instrument servant à conduire le bétail; fouet (une lanière; une lanière avec manche)3 (LKŽd., I(2), 976 – 7) est attesté dès les tout premiers monuments de la langue lituanienne, dans les écrits de M. Mažvydas, M. Daukša, K. Širvydas, etc. Cf.:
„Botagais ghi iſch plake...“, Mž, 443.
„...ir pláka ij kaip’ botāgais, paſmirdųſeis liežuwieis... Nėſſą botāgai io yra nūdemes mūſu...“, DP, 105.
„...terp tu buvo wirwes, lynčiugay, botagay, rikßtes...“, SP, II, 163.
„nahayka, scutica, flagellum, mastix. botagas“, C. Szyrwid, Dic. (1629 m. leidimas), 86.
„Jr padaręs botagą iß dirželu...“, Ch 1, II, 150.
À côté de la forme botagas, on trouve également dans les anciens écrits la forme batagas. Cf.: „korbácz, scutica. flagrum, flagellum, mastix. batagas“, C. Szyrwid, Dic. (édition de 1629), 60.
„...ſmarki batagai“, WP, 21.
Dans les dialectes lituaniens et divers monuments écrits, on trouve aussi d’autres formes de ce nom du fouet: botēgas (LKŽd., I(2), 978), botaga (LKŽd., I(2), 976; attesté dans le « Clavis Germanico-Lithvana », le dictionnaire de D. Sutkevičius), botas (LKŽd., I(2), 978; mot reconstitué par F. Nesselmann à partir de la forme botkotis, en considérant botkotis < comme composé de botas + kotas).
Dans le dialecte samogitien, ce nom est largement employé avec un v- initial; cf. votāgas (Kuršėnai, Pagėgiai, Raudėnai, Viekšniai, Žarėnai, Židikai), votēgas (Girdiškė, Kalnalis, Salantai, Smilgiai, Šilalė; écrits de M. Valančius et S. Daukantas). Les formes en v- sont plus récentes et sont apparues dans le cadre même de la langue lituanienne. On rencontre parfois de telles formes également dans des monuments écrits plus anciens:
1 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, II, Berlin, 1929, p. 154.
2 O. Schrader, même ouvrage, II, p. 154.
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Page 51« Beaucoup et avec un fouet sur les gens pécheurs… », KN, 36³.
Pour l’alternance v: b, cf. le lituanien bėbras: vėbras, byškupas: vyškupas, vėlybas: vėlyvas, etc.⁴.
Il ne faudrait probablement pas associer le lituanien botāgas au lituanien botarainis « long fouet » (LKŽd., I(2), 978; attesté dans les écrits de Žemaitė), cf. botarainis « tordu, noueux, rugueux, torsadé » (Skuodas; LKŽd., I(2), 978). Un exemple tel que Tavo lazda tikra botarainė (« Ton bâton est un vrai botarainė ») pourrait peut-être indiquer que, dans les écrits de Žemaitė également, botarainis est employé au sens de « une sorte de bâton », et non de « fouet » (cf. la phrase de Žemaitė citée dans le dictionnaire: O aš — akloji švaistau botarainiu šunis, net kaukdamį į šalis sklinda). Cf. aussi le bas-lituanien bōteris « grand, massif », bōterinis, bōterainas, bōterainis (LKŽd., I(2), 978), auxquels on pourrait rattacher les mots mentionnés plus haut.
Le lituanien bataška « cravache, verge, baguette; sorte de fouet; bâton » (LKŽd., I(2), 683) doit être dérivé directement du polonais batożek, diminutif de batog « fouet » (J. Karlowicz, A. Kryński, W. Niedźwiedzki, Sł, I, 105); cf. aussi le polonais batożkować « frapper avec des batożki », d’où provient vraisemblablement aussi le lituanien bataškuoti « battre, frapper avec une bataška ».
Le lituanien botāgas a pour source le biélorusse батога⁵. Certaines autres langues slaves possèdent également un nom de fouet de ce type: ukrainien батіг « fouet », батяг, polonais batog « fouet court », tchèque batoh « fouet », russe батог « bâton », dialectal потог, vieux russe batogъ⁶.
La manière dont ce mot est apparu dans les langues slaves demeure assez obscure. Certains chercheurs le considèrent comme un emprunt, qu’ils font venir soit du turc budak « branche », soit du tatar de Kazan botak, soit de l’italien batacchio « bâton »; d’autres le tiennent pour un mot d’origine slave, qu’ils rapprochent du slave bat « bâton, bâton de chêne », batati « battre, frapper » (cf. le russe ботать⁷). La première hypothèse (emprunt aux langues turco-tatares) est moins plausible pour des raisons phonétiques, même si, dans l’ensemble, l’histoire de l’élevage plaiderait en sa faveur. Quoi qu’il en soit, la seconde hypothèse compte davantage de partisans.
Des langues slaves, ce nom de fouet est également passé en letton:
Letton pātaga « le fouet », pātega, pātega (EM, III, 190, 191; EH, II, 217), pātags (EH, II, 217), pārtaga (EM, III, 182; EH, II, 214).
Comme on le voit, les exemples lettons diffèrent des exemples lituaniens par la consonne initiale. J. Endzelīns⁸ inclinait à penser que le slave batogъ avait ainsi été modifié par des Estoniens ou des Lives assimilés aux Lettons. En réalité, l’alternance b: p est très caractéristique du letton. On tente précisément d’en expliquer les causes par l’influence des langues finnoises baltes⁹.
La forme pārtaga est déjà une création lettone. L’insertion de la consonne -r- entre une voyelle longue (ou les diphtongues ie, uo) et une consonne est un phénomène assez fréquent dans les parlers lettons, en particulier dans les emprunts; cf. letton kārkis: kākis « le crochet » (EM, II, 196), letton mērtelis: mētels « le manteau » (EM, II, 620), letton pērlis: pēlis « le coussin » (EM, III, 209), letton stērķis: stēķis « le poisson-aiguille » (EM, III, 1063), etc.¹⁰
³ P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Altlitauischen, p. 240.
⁴ J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, I, p. 326.
⁵ P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Altlitauischen, p. 45; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 53.
⁶ M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 62.
⁷ F. Slawski, Sł. Et., I, p. 28; A. Brückner, Sł. et., p. 18; H. M. Шанский, Эт. сл., I, p. 56.
⁸ EM, III, p. 190.
⁹ V. Kiparsky, Scando-slavica, 14, p. 73–97.
¹⁰ J. Endzelīns, Grammaire de la langue lettone, p. 237–238; M. Rudzīte, Dialectologie lettone, Riga, 1964, p. 100–101, 194, 313–314.
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Page 52Lituanien bižūnas, letton bižūne
Liet. bižūnas « fouet à manche court, tressé de lanières ou de cordelettes; jambe de chevreuil » (LKŽd., I(2), 871), bižūnas est également d’origine slave (les formes bišūnas, bežūnas mentionnées par E. Frenkel (Et. Wb., 45) ne sont pas des données fiables du lituanien). Il faut considérer comme sa source le polonais bizun ou le biélorusse бізун11.
La façon dont un tel mot est apparu dans ces langues slaves n’a pas encore été définitivement élucidée. A. Briukner12 affirmait que le polonais bizun (il indique aussi la forme bizon) venait du hongrois bizony, « mais oui, certainement, vraiment », mot que, dit-on, criait celui qu’on frappait ou qui se battait. Un tel mot serait entré en polonais par l’intermédiaire des Slovaques de Hongrie, au service des seigneurs de Lituanie et de Pologne aux XVIIe–XVIIIe siècles. Comme parallèle sémantique à cette origine du polonais bizun, A. Briukner cite l’origine du polonais harapnik (cf. le lituanien rāpninkas).
D’autres chercheurs inclinent à penser que la source du polonais bizun est le latin médiéval bison, « bison » (gr. βίσων), cf. le latin taurus, « taureau »: latin taureus, « lanière de cuir ». On a également avancé l’idée que la source du mot polonais en question est le turc biston, un fouet avec lequel les moines musulmans mendiants se flagellaient pour susciter la compassion13.
Toutes les étymologies sont sujettes à caution. L’explication d’A. Briukner est néanmoins peut-être la plus convaincante. Elle est également retenue dans le nouveau dictionnaire académique de la langue polonaise14.
Lat. bižūne, « le maillet, le bâton pour frapper », bizuns, « outil pour frapper », bizuons, « gourdin, fouet tzigane », ont également pour source le polonais ou le biélorusse, voire le dialecte de la langue russe voisine (EM, I, 303).
Dans les chansons populaires lettones, on trouve aussi la forme bizuls, « avec lequel on jette, avec lequel on frappe » (EH, I, 222), probablement remaniée à partir de bizuns.
Il faudrait probablement rattacher au letton bizuns, bizuls également le letton bizuns, « quelqu’un qui erre sans travailler, tout en poussant les autres au travail » (nasājas kai bizuns aplīk, nikā nestrādā, EH, I, 222), et peut-être aussi le letton bizulis, « personne qui rôde » (EM, I, 302; EH, 222), en distinguant ce dernier du letton bizulis, « bétail qui s’agite », du letton biz̄uot, « s’agiter (notamment pour le bétail), errer, courir ». Pour la sémantique, cf. les sens du lituanien bižūnas (Il va comme un bižūnas, sans s’atteler au travail, LKŽd., I(2), 871).
Lituanien dāndaras, letton dāndala
La géographie du lith. dāndaras « fouet (à nombreux nœuds) » (LKŽd., II, 171) (Joniškis, Šakyna) indiquerait que ce mot est entré en lituanien depuis le letton. Certes, la phonétique du mot suggérerait qu’il est plutôt lituanien que letton, mais il est totalement isolé en lituanien, tandis qu’en letton il existe plusieurs variantes et d’autres mots de la même racine.
Lat. dāndala « un fouet de Tsigane », danda, dandara « un fouet de Tsigane, le fouet » (EM, I, 437), dāndele « le fouet de Tsigane » (EH, I, 306), cf. également le letton dandalāties « brandir un fouet », dandalhot « frapper avec le fouet de Tsigane » (EM, I, 437), dāndēlet (EH, I, 306).
11 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 45; A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, p. 72.
12 A. Brückner, Sł. et., p. 28.
13 J. Karłowicz, A. Kryński i W. Niedźwiedzki, Sł., I, p. 160; Lietuviškoji enciklopedija, III, Kaunas, 1935, skilt. 1361.
14 W. Doroszewski (red.), Słownik języka polskiego, I, Warszawa, 1958, p. 539.
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Page 53Il faudrait également rattacher à ces mots lettons le lat. dañdala « une longue baguette assez épaisse et lisse; un enfant turbulent et agité (terme rarement employé pour des adultes), ainsi qu’un animal de ce type », dañdalēties « se quereller lors d’un échange de chevaux; faire du bruit lors de l’achat d’un cheval » (EH, I, 306), dañdars « une personne anguleuse et lourde », dañdariski « à la hâte, à bride abattue » (EM, I, 437). Pour la sémantique de ces derniers mots, cf. les sens du lituanien bizūnas, etc.; cf. également le letton: iet kā dañdala kuzu kuzām (EM, I, 437).
Cette appellation lettone du fouet est probablement d’origine onomatopéique.
Lituanien kančiukas, letton kančuka
Liet. kančiukas « fouet de cuir, knout, fouet en nerf de bœuf », kančukas (LKŽd., V, 200), selon P. Skardžius et E. Fraenkel, vient du biélorusse канчук15. Il est toutefois tout aussi probable que la forme polonaise kańczuk ait également pu être à l’origine du liet. kančiukas; dans les dialectes, elle est employée aux côtés de la forme généralement plus répandue kańczug. La forme kańczuk se rencontre aussi dans les écrits des auteurs polonais A. Mickiewicz et I. Chodzko, liés à la Lituanie16.
À côté des formes kančiukas, kančiukas, le lituanien emploie aussi les formes kańčius, kańčas, kańčas (LKŽd., V, 200). Ces formes sont expliquées de deux façons. M. Niedermann affirmait qu’elles étaient apparues au sein même du lituanien, par abstraction à partir de formes supposées diminutives; cf. liet. baršas à côté de baršiukas (<pol. borsuk ou biélor. барсук), liet. kāpšas à côté de kapšiukas (<pol. kapczuk ou biélor. канчук), etc.17 P. Skardžius a avancé l’hypothèse que liet. kańčius pourrait provenir directement du polonais, car on y trouve également, à côté des formes kańczuk, kańczug, la forme kańcz18. F. Sławski conteste toutefois cette possibilité, puisque le pol. kańcz est employé dans des dialectes polonais éloignés de la Lituanie. Selon lui, le liet. kańčius comme le pol. kańcz sont apparus indépendamment dans chacune des deux langues19.
Dans les langues slaves (russe камчук, камчуге, ukrainien канчук, bulgare камшик), cette désignation du fouet est venue de l’Est; cf. turc kamčy, tatar de Crimée kamčy, karaïme kamčū20. Le mot est également assez largement répandu dans d’autres langues européennes (grecque, hongroise). L’allemand Kantschu, Kantschuk. vient lui aussi des langues slaves.
Le lat. kančuka « le gros fouet de cuir des Cosaques », kančuks, kančaka, kaņčūklis (EM, II, 154; EH, I, 583), kančiklite (EH, I, 583) a également une origine slave, probablement russe ou biélorusse. On trouve en letton des formes plus courtes de ces mots: kańce « un fouet » (EH, I, 583) et kańka « le fouet des Tziganes » (EM, II, 154).
A. Zumentas (Summent) considérait que la forme kańce provenait du pol. kańc21. Toutefois, pour les mêmes raisons que dans le cas du liet. kańčius, le lat. kańce a difficilement pu provenir directement du polonais. Les formes kańce et kańka sont probablement apparues dans le cadre du letton.
15 P. Skardžius, Die slavischen Lehnwörter im Altlitauischen, p. 95; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 215.
16 W. Doroszewski (red.), Słownik języka polskiego, III, p. 525.
17 M. Niedermann, StB, III, p. 108–110.
18 P. Skardžius, APh, III, p. 50.
19 F. Sławski, Sl. et., II, p. 48.
20 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 515–516; A. Brückner, Sl. et., p. 217; K. Lokotsch, Et. Wb., p. 84.
21 A. Summent, Unbeachtete slavische Lehnwörter im Lettischen, Göttingen, 1950, p. 143 (mašinraštis), plg. E. Fraenkel, Et. Wb., p. 215.
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Page 54Liet. karbãčius, let. karbãča
Liet. karbãčius « sorte de fouet, knout » (LKŽd., V, 266), karbãčius (LKŽd., V, 267) sont attestés principalement dans le folklore des Lituaniens de Prusse-Orientale, ainsi que dans d’autres monuments de la langue lituanienne de cette région: les écrits de K. Donelaitis, la traduction de la Bible par L. Rėza et les dictionnaires de F. Nesselmann et de F. Kurschat.
A. Brückner22 et E. Fraenkel23 considèrent le polonais karbacz, korbacz comme la source de ces mots (A. Brückner mentionne aussi le biélorusse карбач). Cependant, compte tenu de la répartition géographique du lituanien karbãčius, karbõčius, et surtout du fait que cette appellation du fouet n’est pas attestée dans les autres dialectes lituaniens, on peut supposer que les Lituaniens l’ont empruntée à l’allemand; cf. l’allemand de Prusse-Orientale Karbatsch(e) « fouet, fouet de cuir tressé à partir de lanières », karbatschen « fouetter, rosser avec le Karbatsch »24. Cette appellation du fouet se rencontre déjà dans des monuments de la langue allemande du XVIIe siècle25.
Le polonais korbacz est déjà attesté dans les monuments de la langue polonaise du XVIe siècle. Il y est entré depuis le turc; cf. le turc kyrbaç. À vrai dire, ce mot a aussi pu parvenir en polonais par l’intermédiaire du hongrois; cf. le hongrois korbács. Cette appellation du fouet d’origine turque est employée dans de nombreuses langues européennes26.
Let. karbãča « une sorte de fouet, le karbatsche », diminutif karbacina (EH, I, 588), karpaciņa (EH, I, 589), kārbacā (EH, I, 602), kārpača (EH, I, 603), cf. également le letton karbacuôt « frapper avec un karbacā ».
Cette appellation lettone du fouet se rencontre le plus souvent dans les chansons populaires lettones, les écrits de J. Janševskis et certains dictionnaires. Elle semble apparaître pour la première fois dans le manuscrit du dictionnaire de J. Langijs (1685): « Karbatsch’. ein Carbatſch », J. Langijs Vrd., 41.
Dans les dictionnaires lettons du XVIIIe siècle, on trouve déjà le mot allemand Karbatsche (G. F. Stender, Lex., II (1789), 349), mais pas encore la forme lettone de ce mot. Celle-ci n’apparaît que dans les dictionnaires de la seconde moitié du XIXe siècle (ceux de Kr. Valdemārs et de K. Ulmanis)27.
Il est assez difficile de dire par quelle voie cette appellation du fouet est entrée en letton. J. Endzelīns se contente de remarquer: « Emprunté, comme le lituanien karbãčius, au même [mot]. »28 D. Zemzare le considère comme un slavisme.29 Cependant, les Lettons ont également pu emprunter ce mot à l’allemand.
Lituanien knūtas, letton knute
Le lituanien knūtas, « fouet, cravache », se rencontre dans certains de nos dialectes ainsi que dans des textes du XIXᵉ siècle — dans les écrits de M. Valančius et de V. Kudirka (LKŽd., VI, 279). On trouve également la forme kniūtas (LKŽd., VI, 272).
Cette désignation du fouet est entrée en lituanien depuis le russe ou le polonais. Le plus souvent, elle s’est répandue par l’intermédiaire du russe (russe кнут) dans d’autres langues slaves également: biélorusse кнут,
22 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, p. 90.
23 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 220.
24 F. Frischbier, Preussisches Wörterbuch, I, Berlin, 1882, p. 337.
25 F. Kluge, Et. Wb., p. 351.
26 A. Brückner, Sl. et., p. 256; F. Slawski, Sl. et., II, p. 474–475; K. Lokotsch, Et. Wb., p. 102; V. Machek, Et. sl., p. 192–193.
27 D. Zemzare, Latviešu vārdnīcas, p. 88–89.
28 EH, I, p. 588.
29 D. Zemzare, Latviešu vārdnīcas, p. 88.
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Page 55ukr. кнут (employé dès la première moitié du XVIIIe siècle), pol. knut (attesté dans des textes des XVIe–XVIIe siècles), tch. knuta, knut, slovaque knuta, bulg. кнут, serbo-croate књма, књм, slovaque knuta, knut, haut-sorabe knut, knuta.
En russe, cette désignation du fouet est probablement arrivée de Scandinavie, cf. isl. anc. knútr « renflement, protubérance, nœud », suéd. anc. knuter30. À l’origine, ce mot désignait un fouet spécial muni de nœuds. En général, cette désignation du fouet est employée dans de nombreuses langues européennes, cf. all. Knute (certaines formes slaves déjà mentionnées pourraient également dériver de cette forme), fr. knout, angl. knout.
Let. knute « un fouet » (EH, I, 634), dans ce sens, a été emprunté au russe selon J. Endzelīns. En letton, on trouve également la forme kņ uote « fouet », cf. let. uzkņūotet « donner des coups avec un kņ uote » (EH, II, 725).
À côté du let. knute « un fouet », kņ uote, on trouve aussi les mots knuta « un gourdin », knutka, kņute « un gourdin servant à frapper » (EH, I, 637), knute « une fine perche utilisée pour fixer la paille sur le toit », knutele, knutiņa (EM, II, 250), knuta, kņute, knutele (EM, II, 253; EH, I, 637).
Let. knuta « un gourdin » pourrait, selon l’hypothèse de J. Endzelīns31, être apparu par formation régressive à partir du diminutif supposé knutele, qui aurait lui-même été emprunté à l’allemand.
Il nous semble que, dans les exemples lettons mentionnés (knute, kņute, knutele, knutele, etc.), deux mots se sont confondus: l’un a pour source l’all. Knüttel « bâton », l’autre le russe кнут « fouet » ou l’all. Knute « fouet ». À vrai dire, tant l’all. Knüttel « bâton » que les désignations du fouet citées sont des mots de même racine: l’un avait le sens de « bâton noueux » (= Knotenstock), tandis que l’autre signifiait, comme nous l’avons indiqué, « fouet à nœuds » (cf. all. Knottpeitsche32).
Lituanien matāras, letton mātara
Let. matāras « instrument pour frapper (fouet, corde, baguette, bâton) », mātaras, mātaras, matar inis, mataryš (LKŽd., VII, 907): la question de leur origine est très complexe.
Tout d’abord, le mot matāras s’emploie en lituanien dans plusieurs sens: « dispositif servant à torsader des cordes et à tordre des entraves, dévidoir, instrument à enrouler », « dispositif servant à retordre les fils, bobinoir, dévidoir », « longue extrémité de fil, brasse », « bâton fixé au filet », « bavard, moulin à paroles », « personne qui parle vite », « personne toujours en mouvement; être remuant », cf. aussi matarāklas « dispositif servant à enrouler les fils en écheveaux; dévidoir; personne qui parle vite en plaisantant; personne frivole et bavarde », matarėlis « latte servant à maintenir la paille pendant la couverture du toit », mataraila « personne très vive, agitée; bavard, moulin à paroles », mat ar uoti, māt ar uoti. Le sens premier du lituanien matāras était probablement « dispositif servant à torsader ou à tordre quelque chose », et le mot est à rattacher au lituanien mėšti33. Du mot matāras est issu le verbe mataruoti, puis de ce verbe (cf. aussi les formes sonores matarai, matar, matary) est également apparu matāras « instrument pour frapper ».
30 F. Slawski, Sl. et., II, p. 290–291; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 580–581; A. Brückner, Sl. et., p. 240; F. Kluge, Et. Wb., p. 385; E. Klein, Et. Dic., I, p. 850.
31 EM, II, p. 250.
32 F. Kluge, Et. Wb., p. 385.
33 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 465; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 302, 489; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 414.
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Page 56Un mot semblable est également employé en letton, mais son usage y est beaucoup plus restreint.
Lat. matara « une baguette, une verge (mince); une tige fine » (EM, II, 566; EH, I, 784), matars « un gourdin » (EM, II, 566), matars « un mâle vigoureux » (EH, I, 784).
Comme nous le voyons, en letton, ce mot n’est pas employé au sens d’« instrument servant à faire tourner ou à chasser quelque chose », qui, selon nous, est le plus ancien et qui permet de rattacher ce mot au verbe mėsti.
Le mot matar « bâton épais, gourdin » se rencontre aussi en estonien. C’est pourquoi, sans doute, cette dernière circonstance a surtout incité A. Zument34 à affirmer que les Lettons, tout comme les Estoniens, ont pu emprunter ce mot au russe, cf. rus. мотор « gourdin » (В. Даль, Сл., II, 351). L’avis d’A. Zument nous paraît assez convaincant. Même le sens de lit. matāras « pieu, voyelle » a pu parfois provenir du russe.
Rus. мотор s’emploie aussi avec d’autres sens, qui rappellent parfois ceux de lit. matāras, cf. rus. мотор « personne agile », мотopa « dépensier », моторный « vif, agile ». M. Vasmer tend à rattacher ces mots russes à rus. мотать « enrouler, tordre (des fils), agiter, secouer », метать « jeter », en indiquant comme parallèle sémantique lit. matāras: lit. mėsti35.
Lit. nagáika, let. náika
Lit. nagáika « instrument tressé à manche court servant à frapper; fouet, cravache », náika (Laižuva, Mažeikiai, Palanga, Vieksniai, Veiviržėnai; G. H. F. Nesselmann, Wb., 416, F. Kurschat, Wb., 266), naikas (G. H. F. Nesselmann, Wb., 416), niaika (F. Kurschat, Wb., 266) — sont des mots d’origine slave.
La forme nagáika provient de la forme russe нагайка, tandis que la forme náika, probablement plus ancienne, vient du biélorusse нагайка, cf. lit. paūbelis < biélor. погц-бель, lit. blovieščius < biélor. благовещие37.
Outre le russe et le biélorusse, certaines autres langues slaves possèdent également un nom de cet instrument servant à frapper; cf. ukr. нагай, нагайка, pol. nahajka, nahaj, tch. nahajka. Ce mot est passé dans les langues slaves à partir du tatar, cf. tatar de Crimée ногой « nom d’une tribu tatare », tatar du Kirghizistan ногой, qui, à son tour, provient du nom d’un chef tatar38.
Lat. náika « une lanière, une baguette, une baguette souple » (EH, II, 112), lat. naikas « coups » (EM, II, 689) proviennent probablement du lituanien, comme l’indique la répartition géographique de lat. náika (Dunika, Nyca). J. Endzelīns était enclin à faire dériver lat. naikas (sans indication de sa répartition géographique) du biélorusse нагайка. Toutefois, cette forme aussi a pu être empruntée au lituanien; faute de connaître précisément la répartition géographique du mot, on ne peut certes l’affirmer catégoriquement. Que lit. náika, náikas ait été employé non seulement au sens d’« instrument à frapper à manche court », c’est ce qu’indique l’explication du sens de lit. naikas donnée par F. Nesselmann: « un fouet de Tzigane, un fouet court pour châtier, également une cravache, employé aussi plaisamment à propos d’une solide baguette de saule avec laquelle on menace de frapper quelqu’un » (G. H. F. Nesselmann, Wb., 416).
34 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 414.
35 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 165.
36 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 478.
37 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 348–349; P. Skardžius, Die slavische Lehnwörter im altlitauischen, p. 137; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 478.
38 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 192; A. Brückner, Sl. et., p. 353–354; V. Machek, Et-sl., p. 317.
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Page 57Il faudrait peut-être également rattacher au letton naikas le letton naicēklis « l’organe sexuel masculin » (EH, I, 2); pour la sémantique, cf. le letton stute « une baguette pour frapper »: letton stute « le membre masculin » (EH, I, 596), polonais pyta « un court fouet »: polonais pyta « pénis » (J. Karłowicz, Sł., IV, 460).
Lituanien pastarānka, letton pastrunkis
Liet. pastarānka « gros fouet tressé à partir de plusieurs cordelettes » (Gudелiai) est d’origine slave. En lituanien, ce mot est largement employé dans d’autres sens: « corde reliant le harnais au brancard, trait » (Bagotoji, Krekenava, Kruonis, Pabaiskas, Pušalotas, Skaudvilė, Ukmergė, Upninkai), « petite corde servant à attacher le fouet au manche » (Užventis). On rencontre aussi les formes pastrāngas (G. H. F. Nesselmann, Wb., 506 (Ragnit) ‘eine Peitschenschnur’. F. Kurschat, Wb., 297), pastrānka (Švenčionys). La forme avec -g- a pu être influencée par le lituanien strāngas < allemand Strang « la corde, un cordage »³⁹.
Ce slavisme a pu entrer en lituanien par deux voies: la source des formes pastrāngas, pastrānka est vraisemblablement le polonais postronek, tandis que celle de la forme pastarānka est le russe посторонка « courroie ou corde d’attelage latérale, dans le harnais des chevaux: elle va du palonnier ou de la barre au trait; dans le harnais à brancards, seuls les chevaux de flèche en sont munis, tandis que dans le harnais à timon, tous les chevaux en ont une » (В. Даль, Сл., III, 346). Du reste, ce mot est assez largement répandu dans les langues slaves, cf. russe постромка, постронка, ukrainien посторонок, посторомок, biélorusse постронка, посторонок, tchèque postranek, postraněk, polonais postronek, haut-sorabe postronk, bas-sorabe postronk, cachoube poestronk.
Quant à l’origine du mot slave, plusieurs opinions différentes ont été avancées. L’explication la plus plausible est toutefois que son sens premier aurait été « sur le côté » (=*po stornē)⁴⁰.
Le letton pastrunkis « un fouet avec lequel les paysans sont punis en certains endroits; une fessée au fouet; un garçon adolescent » figure dans les dictionnaires de G. F. Stender (1789) et de K. Ulmanis (1872) (EM, III, 109).
J. Endzelīns n’a pas exprimé son opinion sur l’origine du letton pastrunkis, se contentant de rapporter l’avis d’A. Brückner (Nach Brückner… aus wruss. посторонок « cordage », EM, III, 109). Certes, après la forme biélorusse, A. Brückner mentionne aussi les formes russes et polonaises⁴¹; on peut donc comprendre qu’à son avis, un tel mot a pu entrer en letton aussi bien du biélorusse que du russe et du polonais. Il nous semble cependant que le -un- du mot letton permet de supposer que les Lettons l’ont emprunté aux Lituaniens de l’Est, où il y a an > un.
Lituanien pitkā, letton pitka
Le lituanien pitkā « petit fouet, knout » (Kalvarija, Kapsukas, Karklėnai, Kupiškis, Punskas) est un emprunt au polonais, cf. polonais pytka, pyta « corde, lanière, chiffon tordu en forme de corde et servant d’instrument pour frapper; plus généralement: fouet, lanière, corde ».
39 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 120.
40 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 416—417; A. Brückner, Sł. et., p. 432.
41 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, p. 179.
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Page 58Le polonais pyta, pytka doit être rapproché du polonais pytać « s’adresser à quelqu’un sous une forme appelant une réponse, afin d’obtenir une information, un renseignement ou une autorisation », du russe nůmamь « tourmenter, questionner ».
Le letton pitka « un fouet, un fouet à chiens, un fouet tzigane » (EM, III, 229; EH, II, 239) a lui aussi probablement une origine polonaise; cf. également le letton pitkainis « un fauteur de troubles armé d’une pitka; un homme cruel qui frappe le bétail », pitkat « frapper avec une pitka » (EM, III, 229).
Dans les sources lettones, cette désignation du fouet est également attestée avec un s- ajouté: spitka (župam pa juokam ar spitku (un fouet?) iecirta pa biksēm, EM, III, 1000), cf. également le letton spitka « une petite baguette » (EH, II, 552). Dans les suppléments au dictionnaire de K. Mülenbach (EH, II, 552), une phrase de R. Blaumanis est citée: «...barouns... gaisā spitku šmikstināj(a) »; elle semblerait peut-être indiquer que spitka est employé ici au sens de « fouet », et non de « petite baguette ». Pour le s- ajouté, cf. le letton spikis: lat. piķis, lat. skaste: lat. kaste, etc.42
Lituanien pletnià, letton pletne, plītne, plete
Le lituanien pletnià « fouet, courroie » (Merkinė, Veisiejai), plētnē « baguette » (Eržvilkas), plētnē « instrument pour chasser les mouches » (Kapsukas) doit être dérivé du polonais pletnia « instrument de frappe fait de courroies, de tiges, etc., partiellement tressées; discipline; coups portés avec une discipline ».
Le polonais pletnia est à rattacher au russe плеть « fouet, martinet, cravache », au polonais pleść « tresser », au russe плести, etc.43
Le letton pletne « une plette, un fouet cosaque » (EM, III, 338; EH, II, 292), plētne (EM, III, 342) sont tous deux expliqués par J. Endzelynas comme étant issus par contamination de plete (= pletne) et de plene « la natte ». Il est toutefois plus probable que le letton pletne, tout comme le lituanien pletnià, provienne du polonais pletnia. Le verbe plet nēt « frapper avec une pletne » est lui aussi dérivé du letton pletne (EM, III, 338).
Le letton plekne « le fouet cosaque » (EM, III, 334) provient, selon J. Endzelynas, de la forme pletne (sans doute avec kn issu de tn); cf. également le letton saplek nēt « rosser avec une plekne », saplek nīt (EM, III, 702).
Les appellations lettones du fouet mentionnées ci-dessus ne peuvent être séparées du letton blētne « chose plate (lanière) » (EH, I, 228).
Le letton plītne « le fouet » (EM, III, 350) est probablement lui aussi à rattacher au letton pletne, et le vocalisme de la racine a changé sous l’influence du letton plītēt « frapper; claquer ».
Le letton plete « une plette, un fouet cosaque » (EM, III, 337; EH, II, 292), plete (EM, III, 370) a, selon J. Endzelynas, pour source le russe плеть; cf. également le letton pletēt « rosser, frapper avec une large lanière » (EM, III, 337), pletēt « frapper avec une plete » (EM, III, 370).
Le letton pletka « la plette, le fouet cosaque », pletka (EM, III, 337) provient du russe плётка « petit fouet, martinet ».
42 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 239; M. Rudzīte, Latviešu dialektoloģija, p. 99, 193, 313.
43 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 371.
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Page 59Lith. vytinis, let. vītine
Lith. vytinis « instrument pour frapper, tressé avec de fines baguettes; fouet tressé, manche de fouet » (Biržai, Dusetos, Kuliai, Liškiava, Plungė, Vaškai, Viduklė) est un mot d’origine indigène; cf. lith. vyti « torsader une corde, enrouler, tordre », vytelė « pousse de saule servant à tresser », vytis « baguette, fouet », vytinė « baguette, branche ».
Let. vītine « fouet tressé avec trois brins » (EH, II, 794), vitene « un fouet (torsadé); un manche de fouet tressé en bois fendu » (EM, IV, 646), vītinis « un manche de fouet tressé en bois » (EM, IV, 647) sont de même origine que lith. vytinis; cf. let. vīt « enrouler, tresser », vītene « la torsade, la guirlande; le tressage ». La forme vītinis a également pu parfois passer en letton depuis le lituanien. La répartition géographique du mot letton (Liepāja, Rucava) ne contredirait pas cette hypothèse.
On trouve un nombre considérable de noms d’instruments servant à conduire ou à frapper les animaux, qui ne sont propres qu’à l’une des langues baltes:
Lith. ákštinas « petite baguette pointue pour conduire les animaux dociles », akstinyčia (LKŽd., I (2), 86), ákštinas (LKŽd., I (2), 87): lith. ákštinas « épine, aiguillon », akstis « petit bâton pointu, baguette; piquant », ákštis. Par son évolution sémantique, ce mot lituanien rappelle beaucoup celle du lat. stimulus; cf. lat. stimulus « bâton pointu pour conduire les animaux »: lat. stimulus « excitation; encouragement, incitation », lith. ákštinas « instrument pour conduire les animaux »: lith. ákštinas « encouragement, stimulus ».
Lith. arimnykas « fouet de labour » (LKŽd., I(2), 300): lith. ariminis « utilisé pour labourer »; cf. ariminis botagas « fouet de labour ».
Lith. barbarō « fléau; sorte de bâton; fouet à lanières de cuir; corde (faite de saules) pour attacher les radeaux », barbaras « fouet à lanières de cuir » (Aš turėjau barbarėlį, plonai režtą, tankiai pintą) (LKŽd., I (2), 655) est un emprunt au slave; cf. pol. barbara « fouet, corde de lin » (A. Brückner, Sł. et., 15), barbara « grosse et longue corde utilisée pour le transport sur les rivières » (J. Karłowicz, A. Kryński i W. Niedźwiedzki, Sł., I, 97). Le nom est issu d’un prénom féminin; cf. pol. Barbara, lith. Barbora.
Lith. bim̃bilas « fouet », bimbieras « fouet, martinet » (LKŽd., I(2), 824), bimbiras « fouet à lanières de cuir, martinet »; cf. lith. bimbti, bimbti « produire un certain son », bimbilas « taon », bimbalas, bimbyti « frapper », bimblỹs « braillard », bambalas « taon; enfant gras; personne petite et corpulente ». Lith. bimbilas et bimbiras sont également employés au sens de « membrum virile ».
Lith. bindza « manche de fouet tressé avec 4, 8 ou 12 baguettes, muni d’une boucle où l’on fixe le fouet; tresse en forme de crochet, fouet » (LKŽd., I(2), 829–30), binza (LKŽd., I(2), 834), bėndžė « fouet; gros fouet » (LKŽd., I(2), 752), bindžikas « chiffon torsadé, noué, pour frapper (dans un jeu particulier); instrument à frapper en général », bindžikas, bindžiukas (LKŽd., I(2), 831) sont eux aussi probablement d’origine onomatopéique; cf. lith. bindz « interj. stinkt, bidz (pour marquer une marche lente, à pas espacés) », bindzi, bindzi, bindži. Sont également de même origine lith. bindzinėti « marcher sans rien faire, flâner, traînasser », bindžinėti, bindžikuoti, bindza « fainéant, paresseux, vagabond, déguenillé », bindzakas, bindzolas, etc.
Pour le lien sémantique entre ces mots, cf. les sens de lith. bizūnas (« débauché, vagabond »; Kaip bizūnas liko (nusigyveno), pol. bizun « vaurien, fainéant, bon à rien, paresseux » (Goły jak bizun), lith. vėjo botagas « girouette », let. nabaga pātag a « le misérable, le mendiant — terme injurieux (litt. le fouet du mendiant) » (EM, III, 190).
5. Iš lietuvių leksikologijos ir leksikografijos
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Page 60Lituanien biržūklė « baguette pour frapper » (LKŽd., I(2), 852), biržūklis (LKŽd., I(2), 853): lituanien bėržas, biržlis « branche de bouleau ».
Lituanien blakštas « instrument pour donner un coup » (LKŽd., I(2), 880): lituanien blakštas « baguette pour maintenir la paille lorsqu’on couvre le toit; feuille ou brindille servant à presser le lin dans la mare ou à placer sous les gerbes entassées dans la grange », lituanien blókšti « battre les gerbes de seigle ou de blé contre quelque chose pour en extraire les grains ».
Lituanien bričius « fouet, martinet » (LKŽd., I(2), 1039) – d’origine onomatopéique; cf. lituanien bric « interj. boum, patatras », brýc, brinks, brinkt, brinkšt « interj. clac », bričinti « produire un son particulier en faisant quelque chose », bričyti, bricas « paresseux, vaurien », bričė « plais. queue ».
Lituanien bruikštas « brindille, bâton pour pousser ou faire avancer quelqu’un » (LKŽd., I(2), 1078), bruīžtas (LKŽd., I(2), 1079): lituanien bruikšti « pousser, chasser », brūžti44. Il faudrait probablement rattacher les derniers mots au verbe braūkti45.
Lituanien brūklis « bâton solide, fagot, baguette; instrument quelconque pour frapper », brūklis, brūklis, brūklinis « instrument pour fouetter; fouet » (LKŽd., I(2), 1082), brunkletas « bâton, gourdin » (LKŽd., I(2), 1093): lituanien braūkti, brūkti46.
Lituanien dratinis « sorte de fouet »47: lituanien dratas « fil de fer; gros fil fortement tordu » < moyen bas allemand drāt, cf. dratinis « épais, filé serré (à propos d’une étoffe); fortement retordu » (J’ai un petit fouet, j’ai un petit fouet de fil de fer; quand je fouetterai le cheval gris, même le petit cheval dansera, LKŽd., II, 446).
Lituanien džala « instrument, fouet » (LKŽd., II, 723) – d’origine onomatopéique; cf. lituanien džā « interj. allez, hue », džālyti « frapper », džābyti, džābā « il/elle fouette », džābas et autres, ou bien directement dérivé du letton dzala.
Lituanien džendžiūras « instrument, martinet », džendžiūras (LKŽd., II, 724), džindžiras « petit fouet à manche court et épais » – d’origine onomatopéique; cf. džin « interj. dzin », džēn « interj. pan, boum », džēn, džēmsterėti « donner un coup, frapper », džengsėti « résonner ».
Lituanien džiolas « sorte d’instrument pour frapper, fouet, martinet » – probablement aussi d’origine onomatopéique; cf. džiolė « interj. cri pour faire avancer les cochons », džiolio, džiōbinti « tailler, hacher, frapper », džiōboti « tailler à grands coups », džioryti « rosser, fouetter ». Les mots onomatopéiques de cette racine ont pu être influencés par le polonais dziób « bec », dziobać « picorer ».
Lituanien džiungāras « instrument pour fouetter, baguette », džiungara, džiumbaras (Il n’y a personne pour donner aux enfants une bonne volée de coups de džiumbāras, LKŽd., II, 742) – d’origine onomatopéique; cf. lituanien džiūmt, džiung « interj. poum », džiumbāryti « frapper », džiungāryti « frapper, rosser (avec une lanière) ».
Lituanien gairinė « longue baguette pour faire avancer le bétail » (LKŽd., III, 33), cf. lituanien gairė « baguette, cheville, pointe », cf. également gairėti « souffler », pagairė « endroit exposé au vent ». Ainsi, le sens premier du lituanien gairė était probablement « girouette ».
Lituanien gylýs « sorte de baguette pour faire avancer les bœufs ou les chevaux rétifs » (LKŽd., III, 301), cf. lituanien gylýs « aiguillon », gilti « piquer avec un aiguillon, frapper, creuser ».
44 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 392.
45 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 60.
46 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 54–55.
47 Traits de l’ethnographie lituanienne, p. 96.
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Page 61Liet. gìngiras « fouet » (LKŽd., III, 318) est probablement d’origine onomatopéique; cf. le lituanien gingla « personne grande et aux jambes longues; personne qui marche jambes nues », ginglinėti « marcher comme un ginglas », gingāras « personne ou animal grand et de grande taille », gingaras.
Liet. gyslinis « cravache, fouet » (LKŽd., III, 355), cf. le lituanien gysla.
Liet. įnagis « fouet, cravache, gourdin, corde », įnagė, įnaginis (LKŽd., IV, 103) a pour sens premier « outil, objet avec lequel on fait quelque chose ». C’est dans ce sens que le mot įnagis est aussi le plus largement employé en lituanien. Il est à rapprocher du lituanien nãgas, cf. nagingas « habile de ses mains, ingénieux » (< « qui a des ongles, avec des ongles, pourvu d’ongles »), panagingas, nagnūs48. Pour la formation, cf. également le lituanien įrankis (: rankà), le letton ieruocis (: ruoka).
Le letton inagis « parasite, pou, personne » (Gramzda, EH, I, 501) est également emprunté au lituanien. Ce sens du mot letton provient probablement du sens « fouet, cravache ». Pour la sémantique, cf. les sens des mots lituaniens bizūnas, botāgas, bindza.
Liet. ýpas « fouet tressé, knout » (LKŽd., IV, 129), ýpsas (LKŽd., IV, 133), cf. le lituanien ýpas « coup; cicatrice, marque (sur la peau due à un coup) » < allemand de Prusse-Orientale híp « coup »49.
Liet. jautāgyšlis « fouet (fait de tendons de bœuf) » (LKŽd., IV, 322) < est composé des mots lituaniens jautis + gysla.
Liet. kanapinis « fouet », kanāpinis (LKŽd., V, 197): lituanien kanãpė.
Liet. kiettenius « fouet de cuir auquel est fixé à l’extrémité un morceau de plomb ou de fer » (LKŽd., V, 755) est attesté dans l’édition de 1642 du dictionnaire de K. Širvydas:
« Bafayk. Plumbata. ac. flagellum plumbum annexū in extremo habes. Botagas šikßnynis galy šwinu turis kießtenius » (Dic., 8, 102).
La source de cette appellation est le polonais kiescien, qui, à son tour, provient des langues turco-tatares; cf. le tatar de Kazan kistān « massue, gourdin, bâton pour battre le beurre »50.
Liet. kiškóje « cravache, instrument fixé à une patte de lièvre » (LKŽd., V, 887) < est composé des mots lituaniens kiškis + koja; cf. le lituanien stirnakojis.
Liet. kliūbinis « instrument en saule ou baguette pour battre » (LKŽd., VI, 113), kliūbinis, kliūbinis (LKŽd., VI, 161): lituanien kliūbas « baguette pour tresser; branche tordue ou baguette servant à faire une clôture ou à attacher quelque chose ». La source du lituanien kliūbas est le polonais51, cf. le polonais dialectal kluby « baguettes servant à assembler les arbres en radeaux ». Le mot polonais est lui-même emprunté à l’allemand52.
Liet. kurklyš « cravache, fouet, fouet fait d’une patte de chevreuil » n’est attesté dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne » académique que dans une seule source, à savoir la bible de S. B. Chilinskis (1660): « Mon père vous a battus avec des fouets, mais moi je vous battrai avec des kurklyš » (Ch 2 Chr 10, 14, LKŽd., VI, 955). Ce passage biblique est traduit de façon similaire dans d’autres traductions lituaniennes de la Bible, plus tardives; toutefois, le mot kurklyš y est remplacé par d’autres synonymes lituaniens de botagas: dygeis karbočiais (Königsberg, 1816), dygliuotais rimbais (Kaunas, 1921).
Dans les anciens monuments de la langue lituanienne, le mot kurklys est employé avec d’autres sens: « petit pigeon, tourterelle; scorpion » (LKŽd., VI, 955). Dans la langue moderne
48 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 478; P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 112, 224.
49 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 57; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 186
50 F. Slawski, Sl. et., II, p. 175–176; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 562.
51 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 273.
52 F. Slawski, Sl. et., II, p. 233–234.
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Page 62Le sens de « fouet, cravache » du lituanien kurklys est dû à l’influence du texte biblique latin. Le passage correspondant en latin se lit ainsi: «…pater meus cecidit vos flagellis, ego vero caedam vos scorpionibus». Dans le latin ecclésiastique, le mot scorpio s’emploie dans plusieurs sens: « 1. Scorpion, insecte venimeux (également constellation). 2. Machine de guerre servant à lancer des flèches. 3. Poisson marin épineux (Apoc. 9, 5). 4. Instrument de torture: fouet à crochets (Quat. Coronat. 8. Nov.) »⁵³. Ainsi, au lieu du quatrième sens du latin scorpio, c’est en fait le premier qui est passé dans la traduction lituanienne de la Bible, et le lituanien kurklys a acquis le nouveau sens de « fouet, cravache ».
Lituanien linkstinis « gaule flexible; fouet » (LKŽd., VII, 546): lituanien linkti, lankstus, linkstis « perche flexible pour suspendre le berceau; ressort ».
Le lituanien makãras « fouet, badine, bâton pour frapper », mãkaras, mãkaras (LKŽd., VII, 771), makãiras (LKŽd., VII, 767), makõras (LKŽd., VII, 781) — peut s’expliquer de deux façons. E. Frenkelis le rattache au lituanien mãkaluoti « mélanger, brandir, agiter », à mãkaruoti et à d’autres mots apparentés lituaniens en mõti. Si l’on se fondait uniquement sur les données du lituanien, cette explication ne susciterait aucun doute. Malheureusement, une appellation semblable du fouet se trouve aussi en polonais: makarami kilka wycięli, makarem kolejno weźmiecie (vers 1700), gdy go z kolka makarym wychłostał (F. Bohomolecas, 1720–1784)⁵⁴.
A. Briukner explique que le polonais makar a pris ce sens à partir du nom de personne Makar. Outre le nom polonais du fouet d’origine anthroponymique déjà mentionné, barbara, A. Briukner indique que le nom russe Сергей (przydatku dam sergiejem po plecach, apie 1730 m.) s’emploie lui aussi au sens de « fouet ».
Ainsi, le lituanien makãras a également pu être emprunté au polonais. Plus tard, par étymologie populaire, cette appellation du fouet a pu être associée aux verbes mãkaruoti, mãkaruoti, makaruoti, entre autres. Le lituanien mãkaras « personne frivole, étourdi, écervelé; personne qui bouge sans cesse, s’agite et se mêle de tout », mãkaris peut être rattaché aussi bien à ces verbes qu’à l’appellation du fouet.
Le caractère polonais du lituanien makãras est mis en doute par le fait que le polonais makar au sens de « fouet » est d’un usage très limité: ce mot est totalement absent des grands dictionnaires polonais (ceux de S. B. Linde, J. Karlowicz, J. Karlowicz — A. Krymski — W. Niedzwiedzki et W. Doroszewski). Ainsi, le sens inverse de l’emprunt est également possible (dans ce cas, le polonais makar ne devrait pas être rattaché à un nom de personne). Il est évidemment difficile de l’affirmer sans connaître précisément l’aire géographique du polonais makar « fouet ». F. Bohomolecas, que cite A. Briukner, a étudié et travaillé pendant une longue période à Vilnius; ce mot a donc pu entrer dans ses écrits depuis le lituanien, par l’intermédiaire du polonais local.
Le fait que le lituanien makãras puisse être un mot autochtone serait peut-être également attesté par le lituanien matãras, dont le sens et l’emploi coïncident remarquablement avec ceux du lituanien makãras.
Le lituanien mėtena « fouet, cravache » (Joniškis), mėtenas (Mažeikiai, Šatės), mėtamasis « ceinture, baguette ou, généralement, instrument servant à frapper » (Šakyna, Vegeriai) sont des emprunts au letton; cf. le letton mėtamais « bâton pour frapper », le letton mest « jeter, frapper »⁵⁵.
Le lituanien myžinis « fouet, cravache », myžinis (Kairiai, Pociūnėliai), myžeklės « instrument pour frapper, baguette, fouet, cravache » (Grūžiai), myžeklinis (Skaudvilė), myžõklis (Gargždai): lituanien myžėklis « pénis », myžti « uriner »; pour la sémantique, cf. lituanien biž-
⁵³ A. Sleumer, Kirchenlateinisches Wörterbuch, Limburg a. d. Lahn, 1926, p. 703.
⁵⁴ A. Brückner, Sl. et., p. 15.
⁵⁵ A. Sabaliauskas, LKK, VIII, p. 104.
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Page 63balas, letton metamais « un bâton pour frapper »; letton metamais « le membre viril », polonais pyta « pénis »: polonais pyta « court fouet » et autres.
Lituanien pavarõklis « fouet » (Rumšiškės): lituanien pavarýti.
Lituanien rãpnykas « long fouet à manche court, knout » (Gizai, Kapsukas, Liudvinavas, Pandėlys, Raseiniai, Veiveriai), rãpningas (Višakio Rūda) est un emprunt au polonais, cf. polonais harapnik « fouet à longue lanière ». La forme rãpnikas est apparue dans le domaine lituanien sous l’effet de l’emploi concomitant des suffixes -inyka-, -ininka-.
Depuis le polonais, cette désignation d’un instrument de frappe est également passée dans quelques autres langues slaves, cf. russe арапник, ukrainien гарапник, biélorusse арапнік, tchèque harapnik.
En polonais, à côté de la forme harapnik, on emploie également les formes harap, herap, dont le sens premier aurait été le cri des chasseurs adressé aux chiens pour les faire rapporter le gibier. Selon l’opinion de nombreux chercheurs, le polonais herap (la forme herab est également attestée) serait issu du haut allemand herab « vers le bas »⁵⁶. Cependant, certains sens du mot polonais (« butin, pillage », cf. polonais już po harapie « c’est déjà fini, trop tard ») invitent à douter de cette explication; c’est pourquoi F. Slawski a peut-être raison d’affirmer qu’une partie des sens du mot polonais s’expliquerait aisément si l’on considérait comme source le turc harap « destruction, dévastation, ravage »⁵⁷.
Le lituanien rìm̃bas « fouet, gros fouet, bout de corde, lanière de fouet, verge » (Griškabūdis, Kapsukas, Merkinė, Naumiestis) est un mot d’origine lituanienne, apparenté au lituanien rem̃bti « devenir paresseux », rémbėti « devenir paresseux; durcir, se souder », rùmbas « cicatrice (après la guérison d’une plaie ou un coup) », rambùs « maladroit, gauche »⁵⁸.
Lituanien stirmakojis « fouet dont le manche est fait d’une patte de biche », stirnakojis (Mažeikiai, Raseiniai, Rokiškis, Šiluva), stirninis (Dusetos, Kupiškis), stirninė (Baisogala), stirninas (Skrebotiškis), stirnõkas (G. H. F. Nesselmann, Wb., 502; F. Kuršaitis écrit stirnõkas, tout en précisant qu’il n’a pas entendu ce mot dans la langue parlée, Wb., 406) < lituanien stirna + koja. Les formes non composées sont probablement plus récentes et dérivent de la forme composée stirnakojis.
Lituanien šmikis « fouet » (Klaipėda, Upyna), cf. lituanien šmikis « la cordelette de tête du fouet » (Chr. Mielcke, Wb., I, 279; F. Kurschat, Wb., 391; G. H. F. Nesselmann, Wb., 528); « l’extrémité de la petite corde attachée au fouet, tressée en lin » (Dovilai, Gaurė) — emprunt à l’allemand, cf. allemand Schmicke « extrémité de la lanière du fouet »⁵⁹.
Le sens de « fouet » du lituanien šmikis est apparu dans la langue lituanienne elle-même.
Dans les dialectes lituaniens, le mot šmikis est très largement employé au sens de « vaurien, imbécile, personne sans sérieux ». Le dictionnaire d’E. Frenkel suppose que le mot polonais smyk « gamin, vaurien » a pu contribuer à l’apparition de ce sens. Cependant, si l’on tient compte de l’évolution sémantique des désignations du fouet et des notions qui s’y rapportent, le sens de « vaurien » a pu apparaître en lituanien sans aucune influence extérieure.
De nombreuses désignations d’instruments de conduite et de frappe, d’origines diverses, sont propres à la langue lettone:
Letton ādainica « fouet de cuir », ādenica, ādunica (EM, I, 236; EH, I, 192), cf. letton āda « la peau, le cuir », lituanien óda.
⁵⁶ A. Brückner, Sl. et., p. 168; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 22.
⁵⁷ F. Slawski, Sl. et., I, p. 402–403.
⁵⁸ K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 111; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 696.
⁵⁹ K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 130; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1013.
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Page 64Lat. atvītene « une lanière de fouet tressée à rebours; un fouet de cosaque » (EH, I, 181), cf. lat. atvīt « défaire une tresse, séparer ».
Lat. baīce « un fouet court et épais », baīcene (EM, I, 249), selon J. Endzelīns, est probablement une altération de l’allemand Peitsche (wohl eine Umbildung von d. Peitsche). Pour le rapport entre b- et p- à l’initiale, cf. lat. brusaks « le Prussien », lat. bakškis: lat. pakš(k)is, lat. bęka: lat. pęka, lat. bires: lat. pires, lat. blakts, lith. blākė: lat. plakts, etc.60
L’allemand Peitsche est lui-même un emprunt au slave (il apparaît déjà dans des documents allemands du XIVe siècle)61.
Lat. bembele « un fouet, notamment le fouet des Tsiganes » (EM, I, 278), bèmbele « un gourdin (pour frapper) » (EH, I, 212), cf. lat. bèmbelis « terme injurieux (à propos de personnes — d’enfants petits, laids et ventrus —, d’animaux — de veaux et de chevaux ventrus — et d’arbres rabougris) », bემბere « une jeune fille de petite taille », bemberis « un arbre noueux; un bouleau courbé, mal venu », cf. également le lith. bimbìlas.
Lat. biktala « le fouet des Tsiganes » (EM, I, 295), biktiņš « coups », nùobiktalât « rouer de coups » peuvent être des mots d’origine onomatopéique; cf. lat. bika, biku « interj. exprimant une poussée, un coup », bikât kājas « taper du pied sur le sol » (EH, I, 218).
Lat. cùcine « un fouet pour garder les porcs » (EH, I, 280), cf. lat. cūka « le porc ».
Lat. čūnčurs « un fouet trop court » (EM, I, 421), cf. lat. čūnčurs « quelque chose d’enchevêtré, de hirsute: une pelote, un paquet; quelqu’un qui a l’habitude de s’habiller très chaudement », čūnčuris « quelqu’un qui n’arrive pas à faire son travail », čūnčuriski « courbé ».
Lat. derža « un fouet court, dont le manche est fait d’un pied de chèvre ou de lièvre Setzen; un grand fouet, un fouet de Tsigane » (EM, I, 458); selon J. Endzelīns (avec un?), le mot désignait à l’origine un fouet en cuir; cf. lith. diržas.
Lat. dimbā « verge de bœuf » (EM, I, 467) devrait probablement être rapproché du lat. timbā « faire quelque chose lentement » (nu timbā, timbā! dit-on pour faire avancer un cheval paresseux et faible); « porter avec peine », timbā « une étoffe plus épaisse qu’à l’ordinaire ».
Lat. diņķene « un fouet d’équitation fait d’un nerf de bœuf », diņķavniea, diņķenice « un nerf de bœuf; un fouet d’équitation fait d’un nerf de bœuf » (EH, I, 321), cf. lat. diņķis « l’organe génital mâle (en particulier celui d’un bœuf) » < moyen bas allemand dink « pénis ».
Lat. dratka « un fouet; une réprimande » (EM, I, 491) devrait probablement être rapproché du lat. drāte « le fil métallique » < moyen bas allemand drāt, cf. lat. drātēt « réprimander », drātīt « frapper, rosser », drātējens « la réprimande= » (EH, I, 331), cf. également le lituanien dratinis.
Lat. dūrtēne « un fouet d’équitation épais et tranchant; une bastonnade » (EM, I, 520): lat. dūrt « piquer, pousser », lith. dūrti.
Lat. dzenamais « quelque chose avec quoi l’on fait avancer, un bâton, un fouet, etc. » (EM, I, 544): lat. dzīt « pousser, chasser ».
60 J. Endzelīns, Grammaire de la langue lettone, p. 251–252; V. Kiparsky, Scando-slavica, 14, p. 73–97.
61 F. Kluge, Et. Wb., p. 537.
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Page 65Le letton džala ‘?’ (čigānam brenga džala BW. 33554, 6, EH, I, 365) est probablement < une forme du letton džāndžala.
Le letton džāndžala ‘le fouet des Tsiganes’, džandala (EM, I, 563), džandželīte (EH, I, 365), džendžala (EM, I, 563), džendžele (EH, I, 365), džīndžala (EM, I, 564; EH, I, 365), džindžauska (EM, I, 564), džīndža ‘une baguette de saule ou de bouleau, ou un fouet’ (EH, I, 365), cf. aussi džandžalāt ‘frapper’, džāndžalēt, džendžalāt, džindželēt, džindžuot, džindžalāt, džindžalēt, džindžināt ‘faire claquer le fouet’, džindžalnieks ‘un Tsigane’. Ces mots sont probablement d’origine onomatopéique; cf. le letton džindž ‘interjection désignant un son métallique’, džindžēt ‘sonner’, džindžulis ‘une mauvaise cloche; une montre de poche’, cf. aussi le lituanien džendžioras.
Le letton elvete ‘une baguette de berger, un bâton pour battre’ (EM, I, 569), cf. le lituanien elvytōs ‘perche de balançoire en bouleau’, alvytà ‘brindille torsadée (saule)’, le letton elvede ‘un jeune sapin de l’épaisseur d’un bras, dont l’extrémité mince, transformée en klūga, sert à amarrer les radeaux à la rive’, et peut-être aussi le prussien alodde ‘penture=de porte servant à accrocher la porte aux gonds’ (entrée 541 du glossaire d’Elbing)62.
Le letton ganeklis ‘la houlette du berger’ (EM, I, 599), ganenīca (EM, I, 600): letton gans ‘le berger’, ganīt ‘garder, faire paître’.
Le letton grīndža ‘un fouet de Tsigane’ (EH, I, 406) a parfois pu apparaître par dissimilation à partir du letton džindža.
Le letton kaltine ‘le gros fouet de cosaque en cuir’ (EM, II, 145): letton kalt ‘forger; frapper; ferrer’.
Le letton kaūka ‘un fouet de Tsigane’ (EM, II, 173): letton kāukt ‘hurler’, cf. aussi le letton kaūka ‘le hurlement, le vent de tempête; le braillard, celui qui hurle, une personne pleurnicharde’.
Le letton kazāčene ‘le fouet de cosaque’ (EM, II, 183): letton kazāks ‘le cosaque’.
Le letton līcene ‘le fouet’ (EM, II, 476) – J. Endzel̄ynas le rattache au letton līkt ‘se courber, se tordre, s’affaisser, plier’.
Le letton liētēne ‘un fouet court’ (EM, II, 507) – J. Endzel̄ynas le rattachait avec réserve au letton liēt ‘verser; frapper, battre’. Le rapprochement est très convaincant, cf. le letton liēt kam par galvu; liēt kam ar riksti pa pakauļ (EH, I, 757).
Le letton lūnte ‘le fouet’, lūntaga (EM, II, 514) – emprunt à l’allemand63, cf. l’allemand die Lunte ‘mèche; queue (dans le langage des chasseurs)’. La forme lūntaga est probablement apparue sur le modèle de pātaga.
Le letton luot̄ega ‘un fouet; une baguette, un bâton, une grande baguette’ (EH, I, 768), luōtaga ‘la baguette, un instrument pour frapper (une corde, un fouet)’ (EM, II, 528–9, EH, I, 768), lūtaga (?) ‘une baguette flexible et souple’ (EM, II, 520): letton luotāt ‘frapper’. Il pourrait parfois s’agir ici de formes du letton lūntaga adaptées à la manière lettone.
Le letton miseklis ‘un fouet de Tsigane’ (EH, I, 818) devrait peut-être être rapproché du letton mizeklis ‘l’urètre’, mizeknis ‘l’organe sexuel mâle (des étalons, taureaux, béliers)’, mislis ‘l’organe mâle, en particulier celui des chevaux’, cf. le lituanien myžėklis. D’autre part, il est possible de rattacher le letton miseklis au letton mizuot ‘frapper, battre, rosser’, dont le sens fondamental est ‘écorcer, peler’ (cf. le letton misuot (?) = mizuot). Pour l’évolution du sens du letton mizuot, cf. le lituanien
62 K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 429; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 120–121; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 140.
63 J. Sehwers, Sprachlich - kulturhistorische Untersuchungen, p. 74.
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Page 66lūpti « prendre l’écorce, la pellicule, la coque » → « frapper, donner des coups ». Toutefois, la première explication semble plus plausible.
Letton peizere « le fouet » (EM, III, 193; EH, I, 219), cf. letton pēizēt « gaspiller », peizāt « tourner en dérision, léser matériellement », peiza « bière légère », peizeris « personne frivole et sotte », peizums « quelqu’un qui fait du bruit, du tapage ».
Letton pempe « un court fouet » (EM, III, 199), cf. letton pempe « la courte queue des porcs, la queue écourtée des chevaux », pempele « petite fille corpulente; personne de constitution trapue » (EH, II, 222), pempis « le ventre, personne grosse », pimpis « organe sexuel masculin ». Ces mots sont ensuite à rapprocher du letton pempt, pampt et du lituanien pañpti.
Letton pička « un fouet; une baguette flexible », pička (EM, III, 230) — mot attesté dans les anciens monuments de la langue lettone (les écrits de G. Mancelis, G. Elger et J. Langijs), et assez fréquemment aussi dans les dialectes. Son origine est le bas allemand pietske « fouet »⁶⁴. L’estonien piitsk provient lui aussi du bas allemand pietske.
Lat. fouet ‘un instrument pour frapper; un fouet court (goudronné)’ (EM, III, 214), ce dernier sens indiquerait que le fouet désignait à l’origine un fouet enduit de goudron (« goudronné », lat. poix, lituanien poix, est. long < moyen bas allemand poix), cf. aussi le letton frapper au fouet ‘frapper avec un fouet’.
Letton pipa « le fouet » (EM, III, 221), pipka « le fouet; un tissu torsadé servant à frapper » (EM, III, 222) sont probablement à rapprocher du letton pipis « le coin, la pointe d’un sac à grain; l’organe sexuel masculin », pipiņš « désignation diminutive de l’organe sexuel masculin », pipaste « vache à courte queue », cf. aussi letton pipāt « fouetter », letton pipka « ivrogne, soûlard ».
Letton fouet de cuir plat ‘un fouet plat en cuir’, fouet, fouets (EM, III, 336), instrument pour battre les esclaves ‘outil pour battre à l’époque de l’esclavage’ (EH, II, 291) < russe плетеница ‘tresse’: russe плести (В. Даль, Сл., III, 123).
Letton riņguotne « sorte de fouet à manche court » (EM, III, 528), cf. letton riņgalts « sangle de selle, sangle circulaire », ringuts < allemand Ringgurt⁶⁵.
Letton sipsna « baguette solide, également — courroie pour rosser (= siksna) » (EM, III, 842). K. Būga le rapprochait du lituanien šipulys, šipti⁶⁶; J. Endzelīns était enclin à le rapprocher du sanskrit śiphā « racine mince, baguette » ou śepáḥ « pénis ». Il nous semble que, si l’on retient pour le mot sipsna le sens de « courroie pour rosser », on pourrait l’expliquer comme dérivé de siksna (= lituanien šìkšna).
Letton sislis « un bâton, et plus généralement un instrument servant à frapper » (EM, III, 849): letton sist « frapper ».
Letton sitamais « quelque chose pour frapper, un gourdin » (EM, III, 849, 850): letton sist « frapper ».
Letton instrument servant à frapper ‘ce qui sert à frapper = sitamais’ (EM, III, 863), J. Endzelynas incline à le rapprocher du letton abattre des branches ‘couper les branches, élaguer’, cf. letton balai de bain usé ‘un balai de sauna usé’ (EM, I, 191).
Letton strūpene « baguette de berger », strūpene (EM, III, 1098). J. Endzelīns tend à le rapprocher du letton strupjs « court et tronqué, court de paroles ».
⁶⁴ J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, p. 89.
⁶⁵ Même ouvrage, p. 101.
⁶⁶ K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 600, II, p. 316, 618.
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Page 67Le letton škęste « une baguette (longue); une baguette de berger (aux rameaux élancés); une baguette pour toiture de chaume » (EM, IV, 29) est rapproché du lituanien sketerà « dos d’un animal, bosse; poils de la bosse », du russe щетина « soies »⁶⁷.
Le letton škina « une baguette, une baguette de berger, une perche mince et longue, une canne à pêche, une baguette pour toiture de chaume », škinaga « une baguette de berger, une longue baguette pour tresser des objets en osier ou des paniers, une canne à pêche » (EM, IV, 41; EH, II, 636), est rapproché par J. Endzelynas du letton škīt « ébrancher, dépouiller, cueillir ».
Le letton šmīkšenica « une baguette ou un fouet » (EH, II, 649): letton šmīkstēt « claquer, faire un bruit sec, claquer de la langue, siffler » (cf. braucuot pātaga pa gaisu (gar ausīm) vien šmīks-tēja), šmīkšēt.
Le letton švaka « une baguette, un bâton flexible pour frapper » (EM, IV, 113) est probablement d’origine onomatopéique; cf. le letton ledus saka: brika braka; zuobeniņi švika švaka (BW. 31971 var., EM, IV, 113).
Le letton vebikis « fouet » (EM, IV, 514), cf. le letton vebe « une bande large d’un doigt, tissée de cordelettes ».
Le letton vembele « une baguette; une baguette épaisse; une baguette courte et épaisse pour frapper; une baguette de berger », vembelis (EM, IV, 536), vembele « un gourdin plus court » (EH, II, 770) serait un emprunt aux langues finnoises baltiques; cf. l’estonien vemmal (gén. vemble) « bâton, gourdin », et le finnois vempele⁶⁸.
Le letton zeliga « une massue; un fouet muni d’une massue en fer » (EM, IV, 704) devrait probablement être rapproché du letton zelēt « mâcher, rosser ».
Le letton zipsna (également écrit avec -b-) « une baguette solide; la courroie, une ceinture de cuir=siksna » (EM, IV, 725), cf. également le letton zipât « frapper », zipene « une baguette », zipsnât « frapper ». Peut-être faudrait-il dériver le letton zipsna du letton sipsna, et rapprocher ce dernier du letton siksna.
Le letton žebenica « une longue baguette de berger » (EM, IV, 799), cf. le letton žebeklis « un bois branchu, un bâton branchu », žābeklis « le bâtonnet ou les épines dont on entoure le museau d’un jeune animal pour l’empêcher de téter », qui se rattachent ensuite au lituanien žābas, žābōti⁶⁹.
On trouve également le nom d’un instrument servant à frapper dans les monuments de la langue prussienne: il s’agit du mot 315 du glossaire d’Elbing, Brusgis Geysel. Ce mot figure après les noms de la corde et désigne probablement un « fouet ». L’origine du prussien brusgis est assez obscure; comme le proposent probablement R. Trautmann⁷⁰ et J. Endzelynas⁷¹, il faudrait le rapprocher du lituanien brūzgai « buissons denses et rabougris », brūžgas « branchette, baguette, jeune branche », bruzgōtas « bâton, jeune branche », brūzgulys « bâton; lien muni d’un petit bâton pour serrer le groin du porc; bâton pour lier les gerbes de paille », etc. Ainsi, le sens originel du prussien brusgis serait « bâton »; pour le parallèle sémantique, cf. l’allemand die Geissel « fouet »: vieux norrois geisli « bâton »⁷².
⁶⁷ K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 599, II, 315, 617; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 803–804; M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 450–451.
⁶⁸ V. Thomsen, Beröringer mellem de finske og de baltiske (litauisk-lettiske) Sprog, p. 286.
⁶⁹ E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1282–1283.
⁷⁰ R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 314.
⁷¹ J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 154.
⁷² F. Kluge, Et. Wb., p. 242.
73
Page 68Comme nous le constatons, les langues baltes (lituanien et letton) possèdent un très grand nombre de noms, d’usage plus ou moins étendu, désignant des instruments pour mener ou frapper le bétail. Une grande partie de ces noms est entrée dans les langues baltes à partir des langues slaves (lituanien botagas, letton pātaga, lituanien bižūnas, letton bižūne, lituanien kančiūkas, letton kančūka, lituanien knūtas, letton knute, lituanien nagaika, letton naika, lituanien pastarānka, letton pastrunkis, lituanien pitka, letton pitka, lituanien pletnìa, letton pletne, lituanien barborā, lituanien kiestenius, lituanien rāpn ykas, letton plenica). Il se peut que quelques-uns des slavismes de cette catégorie soient également passés en letton par l’intermédiaire du lituanien. Parmi les noms d’instruments servant à frapper en letton, on trouve aussi des emprunts à l’allemand (letton baice, lunte, pīcka, ringuotne). Ils sont presque absents du lituanien (lituanien šmikis).
Les langues baltes possèdent un nombre assez important de noms d’instruments servant à frapper qui sont d’origine onomatopéique (lituanien bimbilas, lituanien bindza, lituanien bričius, lituanien džendžioras, lituanien džiungāras, letton biktala, letton dañdala, letton džandžala, letton šmikšenica, letton švaka). Il existe un lien sémantique étroit entre les noms désignant un instrument pour frapper et ceux désignant le membrum virile. Certains noms d’instruments servant à frapper s’emploient au sens de « personne incapable ou peu sérieuse, vagabond ».
ABRÉVIATIONS
I
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II
air. – irlandais
av. – avestique
afgan. – afghan
baltr. – biélorusse
alb. – albanais
bulg. – bulgare
angl. – anglais
chorv. – croate
arm. – arménien
ček. – tchèque
aukšt. – aukštaitien
dial. – dialectal
75
Page 70est. — estonien germ. — germanique got. — gothique gr. — grec het. — hittite ide. — indo-européen isl. — islandais isp. — espagnol karel. — carélien kaš. — cachoube lat. — letton lenk. — polonais liet. — lituanien lyv. — live lot. — latin lūž. — lusacien n. — néo-persan pers. — perse pr. — vieux-prussien
pranc. — français rus. — russe sen. — ancien serb. — serbe serb.-chorv. — serbo-croate skand. — scandinave skr. — sanskrit slav. — slave slov. — slovène slovk. — slovaque suom. — finnois tarm. — dialectal tot. — tatar ukr. — ukrainien veps. — vepse vid. — moyen vok. — allemand žem. — samogitien
DE L’HISTOIRE DE LA TERMINOLOGIE DE L’ÉLEVAGE DANS LES LANGUES BALTES
А. САБАЛЯУСКАС
Résumé
Dénominations du troupeau. Dans les langues baltes, surtout en lituanien, il existe un très grand nombre de dénominations du troupeau: en lituanien — bandā, kaimenė, guotas, kėltuva, pėkus, gyvuliai, gyvis, goniava, gonā, gardas, stōdas, armuo, gaibjė, pūlkas, tabūnas, en letton — luopi, bars, ganeklis, pulis, etc. Il s’agit le plus souvent de mots anciens d’origine balte.
Le lituanien bandā présente un intérêt particulier; dans les parlers lituaniens et les textes écrits, il s’emploie avec les sens suivants: « troupeau », « céréales (ainsi que lin) semées pour leur propre compte par un journalier, le fils ou le frère cadet d’un paysan », « terre où a été semé le bandā », « supplément de salaire en nature du journalier », « salaire en nature du journalier », « profit, biens, patrimoine, propriété, argent », « miche de pain ». À l’origine, le lituanien bandā signifiait très probablement « animal », et c’est à partir de ce sens que se sont progressivement développés les autres sens, plus récents. Le lituanien bandā est attesté dans des documents rédigés dans d’autres langues que le lituanien, avant même l’apparition des textes écrits en lituanien. Ce mot est passé en letton, ainsi que dans les langues slaves, avec différents sens. Dans les langues slaves, il apparaît aussi avec des sens inconnus du lituanien; ainsi, dans les parlers biélorusses et ukrainiens, le mot бонда s’emploie au sens de « vache destinée à constituer la dot de la mariée ». Certains toponymes et anthroponymes vieux-prussiens semblent témoigner de l’existence ancienne, en vieux-prussien aussi, d’un mot correspondant au lituanien bandā. De nombreux chercheurs rattachent le lituanien bandā à l’indo-européen *bhendh- « lier ». Mais l’aspect sémantique de cette étymologie suscite certains doutes.
Le lituanien kaimenė « troupeau » doit être rapproché du lituanien káimas « village, hameau ». Il est intéressant de noter que la répartition géographique de ces mots coïncide aussi, dans ses grandes lignes.
Le lituanien guotas « troupeau » est d’origine très obscure. Son rapprochement avec le lituanien gan- jā « bande, clique, meute », avec góvėda « ramassis, foule », comme avec l’indo-européen *guou- « bétail; bête » reste très hypothétique.
Le lituanien kėltuva « bétail » s’emploie également au sens de « troupeau » dans les parlers orientaux du lituanien. Il était employé ainsi aussi dans les anciens textes. Lituanien kėltuva: lituanien kėlti « soulever ».
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Page 71Le lituanien rėkus signifiait lui aussi à l’origine « bétail; troupeau », mais, dans les textes anciens et parfois aussi dans les parlers, ce mot s’emploie au sens de « troupeau ».
Il est particulièrement intéressant de constater que le lituanien gyvuliai « bétail, troupeau » forme une aire assez compacte avec le biélorusse жывіла et le polonais zwierzęta. Il n’est pas exclu que le biélorusse жывіла ait acquis ce sens sous l’influence du lituanien gyvuliai. Dans les textes anciens, ainsi que dans les enclaves lituaniennes situées en territoire biélorusse, le mot gyvis s’emploie au sens de « troupeau ». Ces deux désignations du troupeau sont indissociables de l’indo-européen *gʷi- (lituanien gy-, slave ži-).
Lituanien gōniava « troupeau », gonà: lituanien ginti « chasser, pousser devant soi ».
Le lituanien gardas au sens de « troupeau » ne s’emploie que dans les textes anciens. Le sens premier de ce mot est « enclos, lieu clôturé; étable ». C’est de ce sens qu’est également issu celui de « troupeau ».
Le lituanien stodas, tabūnas, pulkas (letton pulks) sont des emprunts aux langues slaves.
Le lituanien artimo « troupeau » n’est attesté que dans la traduction de la Bible réalisée par A. Baranauskas, où il est apparu sous l’influence du latin armentum « gros bétail; troupeau, harde ».
Le lituanien gaibje est attesté pour la première fois dans un dictionnaire manuscrit du XVIIe siècle. De là, il est passé dans le dictionnaire manuscrit de J. Brodowski, puis dans celui de F. Nesselmann. Toutefois, la structure de ce mot indique qu’il ne s’agit pas d’un fait attesté de manière fiable en lituanien.
Letton lūpri « troupeau »: letton lūprs « bétail, animal » (cf. albanais lopē « vache »).
Letton bars « troupeau, harde, meute »: letton bērt « verser, répandre », lituanien berti, lituanien bāras « parcelle, bande ».
Letton ganeklis « troupeau »: letton ganīt « faire paître », lituanien ganyti.
En letton, pulis a pris le sens de « troupeau » à partir de celui de « tas, multitude, foule ». De manière générale, dans les désignations baltes du troupeau, on observe assez souvent l’évolution sémantique suivante: « multitude, foule »→« troupeau », « animal; bétail »→« troupeau ».
Désignations des bergers. La langue lituanienne a conservé l’ancienne désignation indo-européenne du berger, piėtuō (: grec ancien ποιμήν, etc.). Cette désignation du berger était probablement aussi employée en vieux-prussien et en letton. Le terme balte désignant le berger a pénétré dans les langues finno-baltes; cf. finnois paimen « berger », etc.
En lituanien et en letton, on emploie des désignations du berger dérivées du lituanien ganyti « faire paître » et du letton ganīt. Il faut ensuite rattacher ces mots au lituanien ginti « chasser, pousser devant soi », au letton dzīt, au russe гнать et à d’autres formes.
En lituanien, on trouve toute une série de désignations dérivées des noms correspondants d’animaux domestiques; cf. arklininkas « gardien de chevaux »: lituanien arklys « cheval », avinininkas « berger »: lituanien avis « mouton », jautininkas « gardien de taureaux »: lituanien jautis « taureau, bœuf », karvišius « gardien de vaches », kārvinininkas: lituanien kārvė « vache », etc.
Lituanien avčiorius « berger » < polonais owczarz.
Letton šēperis « berger » < allemand Schäfer.
En lituanien, on trouve plusieurs appellations du berger principal. Les termes les plus courants sont kerėdžius et skerdžius (avec un s ajouté; cf. lituanien kregždė « hirondelle »; skregždė, keterà « crête du cou »: sketerà, etc.). Cette appellation du berger principal possède une étymologie bien établie: elle est rattachée à l’indo-européen *kerdh- « tour, rang; troupeau ». En vieux-prussien s’est conservé un mot de cette racine, kērdan (accusatif singulier) « temps ». Dans l’Antiquité, ce mot semble avoir été employé dans toutes les langues baltes au sens de « tour, couche ». En témoigne le finnois kerta « couche, strate; fois, une fois », emprunté aux langues baltes. Le lituanien kerėdžius, skerdžius apparaît assez fréquemment dans des documents russes, biélorusses et polonais relatifs à la Lituanie.
Par sa sémantique, le lituanien kerėdžius, skerdžius est très proche du lituanien dienìnis « berger principal » (: lituanien dienà « jour »). Cette appellation n’est employée que dans une petite aire des parlers de l’est de la Lituanie.
77
Page 72Lituanien viršininkas « berger principal »: lituanien viršus « haut ». À la fin du XIXe siècle, le linguiste lituanien J. Jablonskis (1860–1930) a introduit ce mot dans la langue littéraire en lui attribuant un nouveau sens: « chef ».
Lituanien bandìlis « berger principal », bandìžius, bandìnis: lituanien banda « troupeau ».
Dans la littérature linguistique, on rencontre, depuis l’époque d’A. Bezzenberger, le lituanien tvarklas au sens de « berger ». Ce mot est également donné avec ce sens dans le dictionnaire étymologique de la langue lituanienne d’E. Fraenkel. A. Bezzenberger a tiré le mot tvarklas du manuscrit de la traduction biblique de Bretkūnas. Cependant, comme nous avons pu l’établir, tvarklas a été introduit par erreur dans la littérature linguistique au sens de « berger ». Comme le montre l’édition allemande de la Bible de 1549, la phrase suivante a été mal interprétée: „und wie ein Herd on hirten“. Dans cette phrase, le mot hirten correspond à l’allemand Hürde. Par conséquent, le tvarklas de Bretkūnas, dans cette phrase, ne s’emploie pas au sens de « berger », mais à celui de « enclos ».
Le lituanien pastýrius « berger principal », pulkavnykas et, très probablement, ustòvas sont des emprunts aux langues slaves.
En lituanien, on trouve aussi toute une série d’appellations pour les assistants spécialisés du berger principal — paganìkas, pàganas: lituanien ganýti « faire paître »; pavarininkas, pavarinis: lituanien varyti « pousser, mener »; pirmininkas: lituanien pìrmas « premier »; šalininkas: lituanien šalis « pays ».
Les noms du pain. Dans les langues baltes, on trouve assez de nombreuses appellations du pain d’origines diverses.
En lituanien, l’appellation la plus répandue est tvártas. Le sens premier de ce mot est « lieu clôturé ». Le mot apparaît dans ce sens dans les anciens écrits lituaniens, ainsi que dans les dictionnaires de la langue lituanienne de l’ancienne Prusse-Orientale. Lituanien tvártas « étable »: lituanien tvérti « clôturer ». Il faut vraisemblablement rattacher au lituanien tvártas également le vieux-prussien coaris (toaris).
Le lituanien gùrbas s’emploie au sens de « pain » dans une partie des parlers de l’est de la Lituanie. Le lituanien gùrbas est attesté dans ce sens dès le dictionnaire de K. Širvydas (édition de 1629). De manière générale, ce mot possède de très nombreux sens dans les parlers lituaniens: « panier, corbeille », « dessus de charrette tressé en baguettes », « mangeoire (pour le bétail) », « cage à oiseaux domestiques », « nid », « niche », « partie séparée de l’étable (pour les moutons, les porcelets) », « cour à bétail; enclos », « cage pour les animaux sauvages », « sorte particulière de ruche couverte de paille », etc. L’origine du lituanien gùrbas n’est pas définitivement élucidée. Il nous semble nécessaire, pour établir l’origine de ce mot, d’en distinguer les différents sens. Le lituanien gùrbas « pain », employé dans l’est de la Lituanie, est un mot balte indigène; en revanche, gùrbas « panier, corbeille », employé le plus souvent dans l’ouest de la Lituanie, ainsi que les autres sens étroitement liés à gùrbas « panier, corbeille », sont entrés en lituanien depuis l’allemand. Le letton gùrba, gùrbs ne s’emploie pas au sens de « pain ». Il n’est pas exclu que ce mot soit passé en letton depuis le lituanien.
Le lituanien kùtė « étable » s’emploie dans le nord de la Lituanie. La forme kùts est largement employée en letton. La question de l’origine de ce mot est très complexe. J. Endzelīns avait probablement raison de supposer que le lituanien kùtė pourrait être un emprunt au letton. La répartition géographique du mot lituanien va également dans ce sens. La forme plus ancienne du letton kùts pourrait avoir été *kunt; on pourrait alors très probablement rattacher cette appellation de l’étable au russe кут « coin, recoin; extrémité ou fond d’une impasse; coin de la maison paysanne, angle près de la porte », à l’ukrainien кут « coin, porcherie », etc.
Le lituanien stalùdas, le letton stallis et le vieux-prussien staldìs sont des emprunts à l’allemand (cf. bas allemand stall). E. Fraenkel rattachait également à ces appellations de l’étable le terme samogitien lituanien stalnė, stalnėlė. Cependant, il nous semble qu’il faut rattacher le lituanien stalnė, stalnėlė non pas au lituanien staldas, mais au lituanien stainė « écurie », stainėlė (pour la phonétique, cf. lituanien kùinas « vieille jument »: lituanien kùlnas « vieille jument »). Notre hypothèse est particulièrement confirmée par les textes des chansons populaires lituaniennes, où l’emploi des formes stalnė et stainė coïncide presque absolument.
Le lituanien pìlė « étable » s’emploie dans une petite partie de l’est de la Lituanie. Ce mot apparaît déjà avec ce sens dans le dictionnaire de K. Širvydas (édition de 1642). Le lituanien pìlė s’emploie aussi au sens de « terrier, grotte; tente, hutte, cabane ». Dans les textes lituaniens
78
Page 73Dans les inventaires rédigés en russe, en polonais et en biélorusse, le lituanien pūnia est le plus souvent employé au sens de « bâtiment destiné à abriter les céréales récoltées, le foin et la paille ». Le letton pūne, pūnis s’emploie également dans des sens similaires. Le letton pūnis figure déjà dans le dictionnaire de G. Manczel (1638). L’origine de ce mot est très obscure. Certains chercheurs estiment que ce mot a été emprunté par les langues baltes aux langues slaves, tandis que d’autres soutiennent au contraire qu’il est passé dans les langues slaves depuis les langues baltes. Il nous semble que cette dernière opinion est plus vraisemblable.
Le lituanien pãtas au sens d’« étable » est employé dans une petite région du centre de la Lituanie. Le mot pãmas apparaît aussi dans ce sens dans le dictionnaire de K. Širvydas (édition de 1642). Il est également employé dans un sens analogue dans les inventaires lituaniens rédigés en polonais, en biélorusse et en latin. Le letton pams n’est pas employé au sens d’« étable », bien que certains sens de ce mot soient très proches de celui d’« étable ». Le sens premier du mot letton pams est « bâtiment qui comportait une installation de chauffage et de cuisson ». Aujourd’hui, le lituanien pãmas comme le letton pams s’emploient surtout au sens de « maison ».
Le letton laidars au sens d’« étable » est employé dans l’ouest de la Lettonie. Le sens premier du letton laidars et du lituanien laidaras était « enclos ». C’est de ce sens qu’est issu celui d’« étable ». Lituanien laidaras, letton laidars: lituanien leisti « laisser entrer, faire entrer », letton laist.
Le lituanien dāngtis au sens d’« étable » n’est employé que dans une petite partie du centre de la Lituanie. On trouve aussi ce mot dans ce sens dans certains monuments de l’ancienne littérature écrite. Le sens principal du lituanien dāngtis est « couvercle, couverture; toit ». C’est de ce dernier sens qu’est issu celui d’« étable ». Lituanien dāngtis: lituanien dengti « couvrir, recouvrir, mettre à couvert ».
Le lituanien kūginys au sens d’« étable » n’est employé que dans un petit groupe de parlers orientaux. On trouve ce mot au sens d’« étable » dès les écrits de M. Daukša. Lituanien kūginys « étable »: lituanien kūgis « meule; tas », pour la sémantique, comparer le letton gubenis « grange à foin, fenil »: letton guba « tas; amas », lituanien gubà « meule ».
Le lituanien abarės au sens d’« étable » est employé dans une très petite région du centre de la Lituanie. Ce mot est emprunté au polonais, cf. polonais obora.
Le letton klēvs « étable » est employé dans l’est de la Lettonie. Il apparaît déjà dans les anciens textes lettons. Ce mot est passé en letton depuis les langues slaves, cf. russe хлев, biélorusse хлеў, polonais chlew.
Dans les langues baltes, on trouve un assez grand nombre de noms désignant des étables destinées à différentes espèces animales.
Lituanien arklidė « écurie », arklinis, arkline, arklininkas, arkliņykas, arkliņykė: lituanien arklys « cheval ».
Lituanien stainia « écurie », stajnė, stainis, staininė < polonais stajnia; lituanien stonià < polonais stania.
Lituanien strājė « écurie » < allemand Streu « litière, paille ».
Le lituanien kaniūšnia, kaniūškė, kaniūškė est emprunté aux langues slaves, cf. biélorusse канюшня, entre autres.
Lituanien kiaulidė « porcherie », kiaulininkas, kiaulinykas, kiaulinis, kiaulinys, kiaulinė, kiaulinčius, kiaulinyčia: lituanien kiaulė « cochon ».
Lituanien migìs « porcherie », migėlis; cf. lituanien migìs « gîte »: lituanien miegoti « dormir ».
Lituanien svinárnykas < biélorusse сві́нарнік.
Prussien ancien seweynis « porcherie »; prussien ancien swintian « cochon », letton sivens.
Lituanien avidė « bergerie », avininkas, avinynkas, avinykė, avinė, avikinė, avikinis, avikė, avinyčia: lituanien avis « brebis ».
Lituanien karvidė « étable à vaches », karvininkas, karvinykas, karvininkė, karvinis, karvinys: lituanien kárvė « vache ».
Noms des instruments servant à faire avancer les animaux. Dans les langues baltes, on trouve de très nombreux noms pour le fouet, la lanière et le nagaïka. Beaucoup de noms de ces instru-
79
Page 74ments sont passés dans les langues baltes depuis les langues slaves voisines. Citons les noms les plus caractéristiques.
Lituanien botāgas « fouet », letton pātaga, pārtaga < biélorusse батог, cf. également le vieux russe batogъ.
Lituanien bizi̇̀nas « lanière, nagaïka », letton bizūne < polonais bizun ou biélorusse бізун.
Letton dāidala « fouet tsigane », dandara est très probablement d’origine onomatopéique. Ce mot est passé du letton au lituanien; cf. le lituanien daīd aras « fouet à nœuds ».
Lituanien kančiukas « lanière, nagaïka », letton kančuka < biélorusse канчук ou polonais kańczuk.
Le lituanien karbāčius et le letton karbāča ont pu être empruntés aussi bien à l’allemand qu’aux langues slaves; cf. l’allemand Karbatsch et le polonais korbacz.
Lituanien knūtas, letton knute < russe кнут ou polonais knut.
Lituanien matāras « fouet, corde, bâton, baguette »; lituanien mėsti « jeter, lancer, faire des allers-retours ». Le letton matars est très probablement emprunté au russe.
Le lituanien nagāika, nāika est emprunté aux langues slaves; cf. le russe нагайка et le biélorusse нагаіка. Le letton paika, paikas a pu être emprunté soit au lituanien, soit aux langues slaves.
Lituanien pastarānka « gros fouet, tressé avec plusieurs cordes », pastrānka < russe посторонка, polonais postronek. Le letton pastrunkis a très probablement été emprunté aux dialectes orientaux du lituanien.
Lituanien pitkā « fouet court, nagaïka », letton pitka < polonais pytka.
Lituanien pletniā « lanière », letton pletne < polonais plełnia.
Lituanien vytinis « fouet tressé », letton vitine: lituanien vyti « tresser, enrouler », letton vit. Il n’est pas exclu que ce mot soit passé en letton depuis le lituanien.
Lituanien ákstinas « bâton pointu servant à faire avancer les animaux »: lituanien ákstinas « épine », akstis. Par son évolution sémantique, ce mot lituanien rappelle beaucoup le latin stimulus, cf. latin stimulus « bâton pointu avec lequel on faisait avancer les animaux »: latin stimulus « stimulus, incitation, encouragement », lituanien ákstinas « bâton pointu »: lituanien ákstinas « incitation, stimulus, impulsion ».
Lituanien barbora « bâton de ce type, fouet à lanières, corde servant à attacher les radeaux » ≤ polonais barbara.
Lituanien bimbilas « fouet », bimbiras: lituanien bimti « bourdonner ».
Lituanien bindza, bendže « fouet » — d’origine onomatopéique.
Lituanien bričius « fouet, martinet » — d’origine onomatopéique.
Lituanien džāla « fouet, nagaïka » — d’origine onomatopéique ou emprunté au letton.
Lituanien džīolas « fouet, martinet » — d’origine onomatopéique.
Lituanien glỹs « bâton pointu servant à faire avancer les animaux »: lituanien gylys « aiguillon », gilt « piquer ».
Lituanien gīngīras « fouet » — très probablement d’origine onomatopéique.
Lituanien įnagis « fouet, martinet »: lituanien įnagis « outil, instrument », nāgas « ongle; griffe », nagingas « habile, adroit ».
Lituanien ūpas « fouet tressé, martinet »: lituanien ūpas « coup » < allemand Hieb.
Lituanien kiestienius « fouet à lanières muni à son extrémité d’un morceau de plomb ou de fer » < polonais kiescień.
Lituanien kurklys « fouet » n’est attesté que dans la traduction de la Bible par S. B. Chyliński (1660). En lituanien ancien écrit, kurklys désigne « scorpion ». Comme le montre le texte latin de la Bible, Chyliński a traduit le latin scorpio par kurklys; or le latin scorpio signifie non seulement « scorpion », mais aussi « fouet spécial »: c’est ainsi que, par erreur de Chyliński, kurklys a acquis un nouveau sens.
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Page 75Lituanien makāras ‘fouet, bâton’ — est soit un mot lituanien hérité (: makaruoti ‘faire des gestes, brandir’), soit un emprunt au polonais.
Lituanien mētena ‘fouet, martinet’ — est emprunté au letton.
Lituanien myžinis ‘fouet’, myžeklis: lituanien myžeklis ‘pénis’, myžti ‘uriner’.
Lituanien rāpnykas ‘fouet, cravache’ < polonais harapnik.
Lituanien rīm̄bas ‘fouet’: lituanien rēmbėti ‘durcir; cicatriser; devenir paresseux’, rambus ‘paresseux’.
Lituanien stīrnakojis ‘cravache, fouet’ < stirna ‘chevreuil’ + kōja ‘jambe’.
Letton dadainīca ‘fouet en cuir’: letton dada ‘peau, cuir’.
Letton baice ‘fouet court’ > allemand Peitsche.
Letton bembele ‘fouet’: letton bēmbelis ‘terme injurieux (pour désigner des personnes ou des animaux ventrus)’.
Letton biktala ‘fouet tsigane’ — d’origine onomatopéique.
Letton diņķene ‘fouet’: letton diņķis ‘pénis (le plus souvent celui d’un taureau)’ < allemand dink ‘pénis’.
Letton dūrtēne ‘cravache, fouet’: letton durt ‘piquer’.
Letton dzārdžala ‘fouet tsigane’ — très probablement d’origine onomatopéique.
Letton kaltine ‘fouet’: letton kalt ‘forger; marteler’.
Letton kazācene ‘fouet cosaque’: letton kazāks ‘Cosaque’.
Letton liētene ‘fouet court’: letton liēt ‘verser; frapper’.
Letton lunte « fouet » < allemand Lunte.
En letton, pempe « fouet court »; en letton, pempe « queue courte ».
Letton piska « fouet » < allemand pietsке « Peitsche ».
Letton piķene « fouet »: letton piķis « goudron, poix » < allemand pik.
Letton plenīca « fouet en cuir » < russe пленица.
Le vieux-prussien brūzgās « fouet » doit très probablement être rapproché du lituanien brūzgas « fagot, baguette ».
Comme nous le voyons, les langues baltes possèdent un assez grand nombre de noms de fouet d’origine onomatopéique. Le lien sémantique entre les noms du fouet (de la lanière) et les noms de membrum virile est assez étroit. Une part importante des noms du fouet (de la lanière) s’emploie aussi au sens de « vaurien, fainéant, vagabond ».
Cette partie de la terminologie de l’élevage témoigne de liens assez étroits entre les langues baltes et les langues slaves.
6. Iš lietuvių leksikologijos ir leksikografijos