Page 1BALTŲ IR SLAVŲ KALBŲ RYŠIAI
LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA
ALGIRDAS SABALIAUSKAS
NOMS DES ANIMAUX DOMESTIQUES DANS LES LANGUES BALTES
(leur origine et leurs rapports avec les noms correspondants des langues slaves)
Pour éclairer les relations linguistiques entre les langues baltes et slaves, l’étude détaillée de leur lexique revêt, aux côtés de l’étude des phénomènes phonétiques, morphologiques et syntaxiques, une importance considérable. Il ne sera possible de rédiger une étude générale plus ample sur le lexique des langues baltes et slaves et sur leurs relations mutuelles que lorsque le lexique de groupes sémantiques particuliers aura été étudié plus en profondeur. Que l’étude de tels groupes puisse également donner des résultats intéressants, parfois même tout à fait inattendus, ressort clairement du livre d’O. Trubačiov, « La terminologie des métiers dans les langues slaves »1: l’analyse de la terminologie des métiers du textile, du travail du bois, de la céramique et de la forge a montré que le lexique slave de ces domaines présente bien davantage de points communs avec les langues germaniques et le latin qu’avec les langues baltes. Bien entendu, l’analyse d’un seul groupe lexical de ce type ne permet pas de tirer des conclusions générales, mais les données qu’elle fournit constituent néanmoins une contribution précieuse à l’ensemble des recherches sur les relations linguistiques entre les langues baltes et slaves.
Dans le présent travail, nous avons également tenté d’analyser un tel groupe lexical: les noms des animaux domestiques. L’attention principale porte ici sur les données des langues baltes, tandis que les faits slaves ne sont abordés que dans la mesure où ils sont directement liés aux faits correspondants des langues baltes. Cette orientation du travail s’explique en partie par le fait que la terminologie de l’élevage dans les langues slaves a déjà fait l’objet d’une étude plus détaillée: O. Trubačiov a consacré à cette question son étude « L’origine des noms des animaux domestiques dans les langues slaves »2.
En abordant les noms des différents animaux domestiques, le travail traite aussi brièvement de leur histoire — leur domestication, leur apparition sur le territoire actuel des peuples baltes et d’autres questions, qui peuvent parfois être liées d’une certaine manière à l’apparition de noms particuliers. En outre, en l’absence d’études plus développées de ce genre en lituanien, ces informations peuvent constituer des fragments d’une histoire particulière de l’élevage dans les pays baltes.
LE CHIEN
À l’heure actuelle, il ne semble faire aucun doute que le chien est le premier animal domestiqué par l’être humain. Un laps de temps immensément long nous sépare des débuts de l’amitié entre l’être humain et le chien; aussi est-il aujourd’hui difficile de décrire plus précisément cette amitié
1 О. Н. Трубачев, Ремесленная терминология в славянских языках, Москва, 1966.
2 О. Н. Трубачев, Происхождение названий домашних животных в славянских языках, Москва, 1960.
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Page 2l’histoire, et mettre au jour les raisons qui ont amené l’être humain à se rapprocher du chien avant tout autre animal.
Dans les fouilles archéologiques du Néolithique, on trouve des os de chien domestique presque partout en Europe, et parfois même dans des lieux où l’on ne relève aucune trace d’un autre animal domestique.1.
Diverses représentations attestent que les Sumériens, qui connaissaient le chien depuis la plus haute antiquité2. Les chiens sont représentés comme les compagnons des dieux babyloniens. Dans leur pays, toutes sortes de figurines de chiens étaient dotées de pouvoirs magiques3. Des représentations de chiens figurent sur les plus anciens vases égyptiens. L’importance du chien dans la vie des anciens Égyptiens est également attestée par le fait que ses squelettes sont retrouvés dans les tombes anciennes, aux côtés de ceux de leurs maîtres. Les pharaons d’Égypte des Ire et IIe dynasties aimaient tant leurs chiens qu’après les avoir enterrés dans leurs propres tombeaux, ils leur firent aussi ériger des stèles funéraires, sur lesquelles ils gravèrent, à côté de leurs propres noms, ceux des chiens, qui, ayant bravé peut-être cinq mille ans, sont parvenus jusqu’à nous4. Les anciens Assyriens, Grecs et Romains élevaient différentes races de chiens5. À propos des anciens Iraniens, Hérodote écrivait que leurs « prêtres tuent de leurs propres mains tout, à l’exception des chiens et des hommes »6.
La grande diversité des races de chiens, parfois très différentes les unes des autres, permettait déjà aux zoologistes, au début du XIXe siècle, de conclure que le chien domestique n’était pas partout issu du même ancêtre7.
La question de l’origine de la domestication du chien est beaucoup plus complexe. En général, ce sont des objectifs utilitaires qui conduisent l’être humain à apprivoiser les animaux. On a autrefois tenté d’expliquer aussi l’apprivoisement du chien par ces objectifs, en considérant celui-ci comme l’auxiliaire de l’homme, chasseur et berger. Comme nous le verrons plus loin, cette conception se reflétait également dans les explications de l’origine du nom indo-européen du chien. Cependant, un grand nombre de facteurs importants obligent à y renoncer. Tout d’abord, elle se heurte au fait que, comme on l’a observé, le chien a été domestiqué avant que l’être humain ne commence à pratiquer l’élevage. Les aborigènes d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale ne pratiquaient pas l’élevage, mais avaient apprivoisé le chien, leur seul animal domestique, pourrait-on dire. En général, le rôle du chien dans la vie des aborigènes d’Amérique contribue à éclairer le problème de sa domestication également sur le continent européen. Pour les aborigènes d’Amérique, le chien était étroitement lié à la religion et à la mythologie. En Amérique, on mangeait de la viande de chien lors de divers rites religieux8. On en mangeait aussi dans l’ancienne Europe, où cette consommation avait, au départ, probablement elle aussi un caractère rituel9. Les traces du culte voué au chien, considéré comme un animal doté d’un pouvoir divin, subsistèrent jusqu’à l’apparition des monuments écrits indo-européens, et certaines
1 M. Hilzheimer, Haustier, – M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, Berlin, 1926, p. 219; O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, Berlin—Leipzig, 1917—1923, p. 516.
2 M. Hilzheimer, ten pat, p. 219.
3 Ebeling, Hund, – M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 410.
4 M. Hilzheimer, ten pat, p. 220; Ranke, Hund, – M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 409; C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, Zürich, 1902, p. 41—42.
5 C. Keller, ten pat, p. 42—45.
6 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, p. 516.
7 C. Keller, ten pat, p. 46—80; E. Hahn, Hund, – M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 403.
8 F. Termer, Zeitschrift für Ethnologie, 82, Braunschweig, 1957, p. 1.
9 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, p. 516.
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Page 3Les traces du rôle religieux du chien, à vrai dire, se sont maintenues jusqu’à nos jours10. Par conséquent, si les écrivains de la Rome antique avaient raison de classer les chiens selon leur fonction utilitaire en chiens de chasse, chiens de berger et chiens de garde11, ce schéma ne saurait en aucun cas être transposé aux époques antérieures, aux débuts de la domestication du chien, car les fonctions de chasse comme de conduite des troupeaux — apparues avec le développement de l’élevage — et, plus particulièrement, de protection de la maison sont apparues bien après la domestication du chien.
Il faut probablement se rallier aux chercheurs qui, écartant l’idée d’un rapprochement utilitaire entre l’homme et le chien, affirment que le chien s’est d’abord rapproché de l’homme en parasite. Divers restes de nourriture et le feu allumé dans les campements humains attiraient les chiens. Ainsi, le chien s’habitua à rester près des établissements humains, se rapprochant peu à peu toujours davantage de l’homme. Il se peut que les jeunes chiots se soient particulièrement facilement habitués à l’homme. Dès les débuts de la domestication, l’homme a parfois pu employer le chien à certaines fins. On pense, par exemple, que les femmes laissaient les chiots téter leur surplus de lait. Des représentations des déesses de la mort de Babylone et de Carthage ont été conservées: chacune porte contre ses seins un animal en train de téter, probablement un chiot et un porcelet. Cette coutume se rencontre encore de nos jours chez certains peuples12.
Il ne fait donc aucun doute que les Indo-Européens connaissaient bien le chien dès leurs tout premiers contacts étroits. Les ancêtres des Baltes et des Slaves ne firent pas exception à cet égard. Dans les territoires actuellement habités par les Baltes, le chien fut le premier animal domestiqué13. Le chien a également laissé des traces marquantes dans le folklore et la vision du monde des peuples lituanien et letton14.
Les langues indo-européennes ont très bien conservé l’ancien nom du chien, cf. skr. śvá, gén. sg. śunah, av. spā, gén. sg. sūno, gr. κύων, gén. sg. κυνός, lat. canis « chien, chienne », arm. šun, irl. cú, gén. sg. con, hitt. šuwana, tokh. ku, lituanien šuo, gén. sg. šuñs. Parmi les exemples cités, le nom latin du chien se distingue par le vocalisme de sa racine. Toutefois, il semble possible d’expliquer, à partir des données du latin, le changement de la racine du mot latin. Le hitt. šuwana soulève également des doutes, tant quant à sa signification qu’à son origine15.
Le sens originel du nom indo-européen du chien n’est pas tout à fait clair, bien que de nombreuses explications, plus ou moins convaincantes, aient été proposées. H. Osthoff a tenté de rapprocher le nom indo-européen du chien de celui du bovin indo-européen (qui aurait d’abord désigné le mouton) *peku (cf. skr. paśáh, lat.
10 O. N. Трубачев, Происхождение названий домашних животных в славянских языках, Москва, 1960, р. 5 (ci-après: Происхождение…).
11 C. Keller, L’origine des plus anciens animaux domestiques, p. 44.
12 E. Hahn, Hund, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 403; O. H. Трубачев, ibid., p. 5.
13 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, Vilnius, 1961, p. 79; Latvijas PSR vēsture, I, K. Strazdiņa, J. Zuša, J. Krastiņa, A. Drizula red., Rīgā, 1953, p. 9; K. Паавер, Формирование территории и изменчивость млекопитающих Прибалтики в голоцене, Тарту, 1965, р. 361—362, 364—365, 367—372.
14 P. Šmits, Latviešu tautas ticējumi, IV, Rīgā, 1941, p. 1745—1776.
15 A. Walde, Vergleichendes Wörterbuch der indogermanischen Sprachen, I, Berlin und Leipzig, 1930, p. 465—466 (ci-après: VrgI. Wb.); A. Walde, Lateinisches etymologisches Wörterbuch, I, Heidelberg, 1930, p. 152—153 (ci-après: Et. Wb.); E. Fraenkel, Litauisches etymologisches Wörterbuch, II, Heidelberg—Göttingen, 1966, p. 1033—1035 (ci-après: Et. Wb.); F. Kluge, Etymologisches Wörterbuch der deutschen Sprache, Berlin, 1957, p. 320 (ci-après: Et. Wb.); J. Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, Bern, 1949, p. 632—633 (ci-après: Et. Wb.); H. Kronasser, Vergleichende Laut- und Formenlehre des Hethitischen, Heidelberg, 1956, p. 229; В. В. Иванов, Хеттский язык, Москва, 1963, p. 90—92.
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Page 4pecus), en reconstruisant la forme préhistorique * (p)kyōn, dont le sens premier aurait été « chien de berger ou, plus généralement, chien de pasteur ». Cependant, sans même parler de l’absence de fondement phonétique de cette explication, l’histoire de l’animal lui-même la contredit. Rien ne permet non plus d’affirmer que ce nom du chien serait secondaire et aurait remplacé un nom indo-européen du chien employé auparavant.
V. Georgiev explique que le nom indo-européen du chien dérive de la forme préhistorique indo-européenne *keu- « crier, hurler, aboyer ». Le chien aurait donc reçu son nom en raison de ses aboiements et de ses hurlements caractéristiques, et le sens premier de son nom aurait été « animal qui aboie, qui hurle ». Selon V. Georgiev, la forme primitive du nominatif singulier était *keu̯ōn, que la forme *ku̯ōn (gr. κύων) ou *ku̯ōn (skr. śvá, av. spā) aurait très tôt supplantée, sous l’influence de *ku-n-ós. Le paradigme primitif de ce nom du chien aurait été à peu près le suivant: nom. sg. *keu̯ōn > *ku̯ō(n) et *ku̯ō(n), acc. sg. *ku̯én-m, gén. sg. *kun-ós, loc. sg. *ku̯én-(i), instr. pl. *kun-bhis, etc. Outre les noms du chien déjà mentionnés, V. Georgiev fait également dériver de cette forme préhistorique skr. śvakaḥ « loup », le mède (chez Hérodote) σπάχα « chien », lat. kuna « chienne », slav. kó-ka-h « loup », bulg. куче « chien », russe сука « chienne » et pol. suka¹⁶.
Du point de vue sémantique, l’explication de V. Georgiev serait tout à fait acceptable. Son traitement phonétique schématique suscite toutefois de nombreux doutes et, à notre avis, il est tout à fait impossible de rattacher à l’ancien nom indo-européen du chien certains des exemples qu’il cite.
La tentative de F. Specht d’expliquer ce nom du chien en le rattachant à la racine indo-européenne *keu-, désignant une couleur, mérite attention; cf. skr. śonah « rouge » < indo-européen *keu-no¹⁷. Une telle explication serait également possible du point de vue sémantique, car les langues indo-européennes possèdent de nombreux noms de cet animal, d’âges divers, formés à partir du nom de la couleur correspondante. Même liet. kiáunė, lat. caūna, pr. caune, en tant que variantes à consonne vélaire de cette racine, pourraient être rapprochés d’un tel nom indo-européen du chien¹⁸. Cependant, les autres mots issus de la racine indo-européenne *keu-no (cf. av. savahī « nom d’une région située à l’est », av. sūram « tôt le matin », arm. šukh « éclat, brillance », arm. šol « rayon ») ne plaident guère en faveur de l’étymologie de F. Specht, car le sens fondamental de cette racine est malgré tout « briller, luire ». Liet. švankūs « décent, honorable; gai, agile », que F. Specht, en le segmentant en *šū-an-k-us, rapproche des mots de ce groupe, ne peut être associé à ceux-ci ni pour des raisons de sens, ni en raison de sa forme plus ancienne šankūs.
On a tenté de rattacher le nom du chien à la même racine indo-européenne *keu-, mais en lui attribuant le sens de « gonfler, enfler, augmenter, croître », plutôt que celui d’une couleur, et en avançant que le sens premier du nom du chien aurait été plus ou moins proche des notions de « puissant » (cf. skr. śaviraḥ « puissant ») ou de « fécondé, petit d’un animal » (cf. skr. śi-šu « enfant », vieil isl. húnn, gr. χύος). Ces explications suscitent toutefois des doutes à tous égards¹⁹.
Outre ce nom indo-européen du chien que nous avons déjà examiné, un autre nom est largement employé dans une grande partie de l’Europe et de l’Asie; on le trouve non seulement dans les langues indo-européennes, mais aussi dans les langues finno-ougriennes et turco-tatares. Dans toutes ces langues, il présente une grande similitude et désigne le plus souvent un jeune chien, plus rarement une chienne ou un chien en général. On en trouve particulièrement de nombreuses variantes dans les langues slaves: russe кутёнок « chiot », кутя, куток,
¹⁶ B. И. Георгиев, Исследования по сравнительно-историческому языкознанию, Москва, 1958, p. 46—47, 117, 139, 151.
¹⁷ F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, Göttingen, 1947, p. 32, 121—122.
¹⁸ A. Walde, Vrgl. Wb., I, p. 368; J. Pokorny, Et. Wb., p. 594.
¹⁹ A. Walde, Vrgl. Wb., I, p. 446; J. Pokorny, Et. Wb., p. 592—594.
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Page 5kyтиха « chienne », кучко « chien », ukrainien котюга, slovaque kot’uha, bulgare куче « chienne », serbe куче, slovène kūčak, polonais Kucziuk « nom de chien ». Voici des exemples d’autres langues: albanais kutsh « chien », letton kuce « chienne », kuçens « petit chien », ossète куз/куј « chien » < iranien oriental *kuti, cf. kurde kūčik, hongrois kutya, komi kitši, kytsi « petit chien »²⁰. Malgré la concordance du sens et la ressemblance extérieure, ce nom ne se prête pas à une analyse phonétique précise. Il est également difficile d’expliquer sa diffusion par l’emprunt. Aussi de nombreux chercheurs considèrent-ils, semble-t-il avec raison, que ce nom de chien provient d’un appel imitant les sons adressés au chien, cf. russe куть-куть, polonais kuciu-kuciu. Il est possible qu’il faille rattacher à ces appels le russe ццу, le lituanien ciù-ciù, ciū-ciū, ainsi que les noms de chien qui en dérivent et sont employés surtout dans le langage enfantin.
Il est assez étonnant que les langues slaves n’aient conservé aucune trace plus fiable de l’ancien nom indo-européen commun du chien (lituanien šuo, etc.). Elles connaissent cependant d’autres noms de chien, inconnus des autres langues indo-européennes. Certains de ces noms sont assez anciens et remontent déjà au slave commun. L’un des plus anciens et des plus répandus est: vieux-slave pbsǫ « chien », vieux russe пъсь, russe tus. пѐс, ukrainien пес, biélorusse пес, bulgare пъс, пес, serbo-croate nàc, slovène pěs, slovaque pes, polonais pies, cachoube pjes, haut-sorabe pos, bas-sorabe pes, pjas, polabe pasai (< *pbsǫ) « chien »²¹.
Parmi les étymologistes, ce nom slave du chien est extrêmement populaire, et presque toutes les variantes sémantiques possibles de l’origine du nom du chien ont été invoquées pour l’expliquer.
L’étymologie de V. Schulze a recueilli le plus grand nombre de partisans: le slave pisǫ est rapproché du sanskrit piśāṅgah « roux, brun » (également nom de chien), piśāh « daim », du grec ποικίλος « bigarré », du russe пестрый, du lituanien paišas, etc.²².
L’origine d’un autre nom de chien, répandu surtout dans les langues slaves orientales, n’a pas non plus été élucidée à ce jour, cf. vieux russe собака, russe собака, biélorusse сабака, ukrainien собака, polonais dialectal sobaka, cachoube sobaka « chienne, chien, personne débauchée », slovène sobaka, slovaque dialectal sobaka « femme querelleuse ». Il a pu pénétrer dans les langues slaves occidentales, notamment là où le mot s’emploie dans son sens figuré, depuis le russe, le biélorusse ou l’ukrainien. Certains considèrent ce nom de chien comme un emprunt à l’iranien, d’autres au turc, et d’autres encore tentent de le tenir pour un mot d’origine slave²³.
Une partie des langues slaves possède un nom commun pour la chienne: vieux russe сука, russe сука, biélorusse сука, ukrainien сука, polonais suka, cachoube sëka, polabe saukó « dévergondée, débauchée ». Depuis l’époque de H. Osthoff, on a eu tendance, dans l’explication de l’origine de ce mot, à chercher d’une manière ou d’une autre les traces dans les langues slaves de l’ancien nom indo-européen du chien (lituanien šuo, etc.). Même
²⁰ O. H. Трубачёв, Происхождение…, p. 25—26; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 705—706; В. И. Абаев, Историко-этимологический словарь осетинского языка, I, Москва—Ленинград, 1958, p. 605.
²¹ O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 19; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 346—347.
²² M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 346—7; O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 19; M. Mayrhofer, Kurzgefasstes etymologisches Wörterbuch des Altindischen, II, Heidelberg, 1963, p. 288—289 (ci-après: Et. Wb.).
²³ O. H. Трубачев, К этимологии слова собака, — «Краткие сообщения Института славяноведения АН СССР», 15, Москва, 1955, p. 48—55; J. Holub, F. Kopečný, Etymologický slovník jazyka českého, Praha, 1952, p. 344 (ci-après: Et. sl.); V. Machek, Etymologický slovník jazyka českého a slovenského, Praha, 1957, p. 462 (ci-après: Et. sl.); O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 32.
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Page 6et, ces dernières années, de nombreux chercheurs suivent cette voie24. Cependant, le caractère commun à l’ensemble des langues slaves de cette appellation de la chienne, et plus encore son lien avec l’ancien nom indo-européen du chien, ne sont pas suffisamment démontrés25.
L’ancienne appellation indo-européenne du chien s’est conservée dans les trois langues baltes.
Le lituanien šuo < *švuō (< indo-européen *kuō-n). La chute facultative de v devant ō, phénomène analogue, est attestée dans les langues baltes dans quelques autres cas également, cf. le lituanien dū < *dvuo, le lituanien guōlis, le letton guõla < *guōl, le samogitien torà < *tvōr, le lituanien kólyti à côté de kvõlyti < biélorusse хваліць, polonais chwalić, etc.26. À côté de la forme šuo, que l’on trouve déjà dans les premiers monuments de la langue lituanienne, d’autres formes de cette appellation apparaissent dans les dialectes et divers écrits; leur formation s’explique par des changements phonétiques ou morphologiques. Cf. šuvà (forme la plus répandue dans les dialectes: Dusetos, Joniškėlis, Joniškis, Kapsukas, Pandėlys, Obeliai, Rokiškis, Ukmergė, Utena, Varėna, Vilkaviškis, Zarasai, etc.)27, šunė (Gataučiai, Karsakiškis, Kuldūnai, Pabiržė, Nemunėlio Radviliškis, Saločiai, Smilgiai, Šleideriškės, Užušiliai, etc.), šuŏj (Leipalingis, Liškiava), šuon (Varėnai, Vaiguva)28, šunis (Kučiūnai, ancienne circonscription de Seinai)29. La forme šū30 est également très souvent mentionnée dans la littérature linguistique. Toutefois, cette forme est probablement apparue à la suite d’une transcription inexacte des sons du dialecte des Samogitiens dünininkai31. La forme de la langue littéraire šuo s’emploie principalement en Samogitie et dans une partie des dialectes du haut lituanien occidental (Bitenai, Kriūkai, Jurbarkas, Smalininkai, Šakiai, Veliuona); elle se rencontre parfois, sporadiquement, dans d’autres dialectes.
Par la diversité de ses formes, cette appellation du chien ne se distingue pas des autres noms lituaniens anciens à thème consonantique, cf. sesuo à côté de sesuvà, šešva, šešė, sesuõj, etc.
La forme lettone suns, correspondant au lituanien šunis, présente dans certains anciens monuments écrits des traces de déclinaison consonantique; toutefois, aucune forme correspondant au lituanien šuŏ n’est attestée en letton32.
L’appellation du chien est attestée à deux reprises dans les monuments de la langue prussienne. Dans le glossaire d’Elbing, on trouve: Sunis Hunt (mot 703). Cette forme correspondrait au letton suns et au lituanien šunis. Toutefois, nous ne pouvons l’affirmer catégoriquement, car dans le glossaire d’Elbing la terminaison -is
24 H. M. Шанский, В. В. Иванов, Т. В. Шанская, Краткий этимологический словарь русского языка, Москва, 1961, p. 324; В. И. Георгиев, Исследования по сравнительно-историческому языкознанию, p. 47; M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 42.
25 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 21—22.
26 J. Endzelīnas, Baltu kalbų garsai ir formos, Vilnius, 1957, p. 46, 141; J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 484; J. Otrebski, Gramatyka języka litewskiego, I, Warszawa, 1958, p. 385—386; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 81, 176, 1033.
27 Les données dialectologiques sont généralement tirées du fichier de l’Atlas de la langue lituanienne de l’Institut de la langue et de la littérature lituaniennes.
28 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, Vilnius, 1958, p. 588; II, Vilnius, 1959, p. 354; V. Vitkauskas, Baltistica, II(2), p. 203—207.
29 Pr. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, Vilnius, 1941, p. 50.
30 J. Endzelynas, Baltų kalbų garsai ir formos, p. 127; J. Otrebski, Gramatyka języka litewskiego, III, Warszawa, 1956, p. 58, 62; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1033.
31 V. Vitkauskas, Baltistica, II(2), p. 203—207.
32 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 440—441; K. Mülenbacha Latviešu valodas vārdnīca, III, Rīgā, 1927—1929, p. 1122—1123 (toliau: EM). EH: J. Endzelīns un E. Hauzenberga, Papildinājumi un labojumi K. Mülenbacha Latviešu valodas vārdnīcai, I—II, Rīga, 1934—1946.
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Page 7on ajoute aussi la terminaison -as > à la place de -s. On trouve ici également deywis « dieu »³, et dagis « été » (cf. lituanien dāgas), et stogis « toit », et snaygis « neige », et taukus « graisse », etc.
Un autre nom du chien, attesté dans les monuments de la langue prussienne, suscite quelques incertitudes: le mot 42 du glossaire de Simon Grunau, songos hundt. R. Trautmann considère ce mot comme une transcription déformée de la forme sunis (songos...aus sunis verd e rbt)³⁴. J. Endzelīnas tend lui aussi à lire songos comme *sunus³⁵. E. Benveniste restitue, à partir de la graphie songos, la forme *sunko³⁶. E. Benveniste justifie cette forme par le fait que le glossaire de S. Grunau contient aussi d’autres mots dont le formant -k- les distingue des formes des mêmes mots attestées dans d’autres monuments de la langue prussienne. Par exemple, à côté de Geytye du glossaire d’Elbing (qu’il faudrait probablement lire Geytys)³⁷ « pain », les catéchismes ont geits, tandis que le glossaire de S. Grunau donne la forme geytko. À côté de Pepelis « oiseau » du glossaire d’Elbing, et du pluriel génitif des catéchismes pippalins, le glossaire de S. Grunau donne la forme pip elko. Quoi qu’il en soit, la forme songos est très probablement une variante du même nom du chien, correspondant au prussien sunis et au lituanien šuo, et non un nom nouveau du chien, propre à la seule langue prussienne.
Le nom du chien en prussien qui vient d’être examiné a laissé des traces assez nettes dans la toponymie prussienne. Certains hydronymes et toponymes relevés dans divers documents historiques pourraient lui être associés: Sonne, Sonnaw, Sonnekaym, Suna, Sunegowe, Sunecolowach, Sunike, Zunloszkeim³⁸.
Selon F. Lorentz, même le nom du village de Schönau, situé près de Gdańsk, est à rapprocher du prussien sunis (Schönau < Sunowo « village des chiens »)³⁹.
Les langues baltes ne possèdent pas de nom commun pour la femelle du chien. En lituanien, cette notion est exprimée par le mot kalė (la forme kālė est également employée parallèlement). Ce nom de la femelle du chien se retrouve dans tous les dialectes lituaniens et est attesté dès les anciens écrits (Daukša, Širvydas).
Malgré les efforts entrepris, l’origine du mot lituanien kalė n’a pas encore été suffisamment éclaircie. On a tenté de rapprocher le lituanien kalė du vieux norrois hvelpr « jeune chien », de l’albanais keliuš « jeune animal, surtout jeune chien », du grec σκύλαξ « chien, jeune chien, jeune animal », du grec κύλλαξ, du moyen irlandais culén « jeune chien », du gallois colwyn, du cornique coloin et du breton kolen⁴⁰. Tous ces mots seraient issus de la racine indo-européenne *kel- « appeler, crier, résonner ». Il nous semble que le lituanien kalė est probablement un mot d’apparition récente, propre à la seule langue lituanienne, et qu’il n’a pas de lien direct avec les noms susmentionnés du chien, désignant le plus souvent un jeune animal. Il n’en reste pas moins que le lituanien kalė pourrait effectivement provenir de mots génétiquement liés à la racine indo-européenne *kel-; cf. le letton kalkuot « bavarder », kalit.
Toutefois, une autre explication de l’origine du mot kalė est également possible, à partir des données du lituanien même. Nous avons précédemment remarqué que, sur le plan sémantique, certains
33 Dans les catéchismes prussiens, on trouve les graphies deiws, deiwas. Lorsqu’on cite des exemples tirés des glossaires prussiens, on donne généralement d’abord, dans cet ouvrage, la forme prussienne.
34 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, Göttingen, 1910, p. 433.
35 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, Rīgā, 1943, p. 259.
36 E. Benveniste, StB, 2, p. 78.
37 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 87.
38 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, Berlin—Leipzig, 1922, p. 168, 176.
39 F. Lorentz, ZfSI, XI, 2, p. 245.
40 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 208; M. Vasmer, Et. Wb., II, 642; J. Pokorny, Et. Wb., p. 550.
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Page 8Les appellations indo-européennes du chien sont expliquées en les reliant aux noms de couleurs correspondants. Il nous semble que l’on pourrait expliquer de la même manière l’origine du lithuanien kalė. Il faudrait rattacher ce mot aux adjectifs lithuaniens kalýbas « blanc (à propos du cou d’un chien) », kalýbkaklis « au cou blanc », kalývas « blanc », kalýnas. Cet adjectif se rencontre dans certains dialectes samogitiens (Mosėdis, Plateliai, Salantai, Alsėdžiai), ainsi que dans les dictionnaires de J. Brodovski, G. H. F. Nesselmann et J. Juška⁴¹. Les adjectifs kalývas, kalýbas sont des formations secondaires munies des suffixes -ybas, -yvas. Ainsi, de même qu’à côté de senyvas, senýbas ou de ankstyvas, ankstybas les adjectifs primitifs sont sėnas, ankstùs, de même, à côté de kalývas, kalýbas, il a dû exister une forme *kalas. De cette forme auraient pu dériver les noms de chiens *kalis, kalė et kūlė, cf. márgas→mãrgis, mãrgė. À l’origine, l’adjectif *kalas n’a pas nécessairement signifié « blanc »; cf. gr. κελαυνός « noir », χαλκός « gris », irl. caile « tache ». Cette dernière étymologie du lithuanien kalė nous semble également étayée par le fait que les noms d’animaux issus de la racine indo-européenne *kel-, *kāl sont assez nombreux dans diverses langues indo-européennes; cf. skr. karkáḥ « cheval blanc », gr. κίλλος « âne », suéd. dial. hjälm « bœuf ou cheval gris », all. suisse helme « vache grise », etc.⁴² Le sens premier de l’adjectif *kalas a pu être « aux taches blanches, bigarré ». Notre étymologie proposée est particulièrement étayée par la circonstance que les adjectifs kalývas, kalýbas ne s’emploient qu’à propos du chien. On peut discerner une certaine analogie dans l’histoire du lithuanien kėvė « animal chétif et maigre; haridelle »: un nom d’animal dérivé d’une caractéristique particulière devient le nom générique de la femelle de l’espèce, et, passé en letton, le mot a pris le sens de « jument ».
F. Specht⁴³ avait déjà évoqué brièvement la possibilité de rattacher le lithuanien kalė au lithuanien kalývas.
Comme nous l’avons indiqué, kalė est une appellation spécifiquement lithuanienne de la femelle du chien. Il est vrai que K. Būga a tenté d’en déceler des traces dans certains noms de personnes et de lieux prussiens: il rapprochait du lithuanien kalė le nom de village Kalis et le nom de personne Kalioth⁴⁴. Cependant, le prussien Kalis, Calyen, Kalcz (nom de lac), nous semble plutôt à rattacher au prussien kalis « silure (poisson) »⁴⁵.
En letton, deux désignations de la chienne sont couramment employées: kuce et kuņa. Nous avons déjà évoqué l’origine de la première ainsi que celle de désignations du chien apparues de façon similaire dans d’autres langues, en parlant des appellations slaves de ce type (russe кученок « petit chien », etc.). L’origine onomatopéique du letton kuce, kuca « chienne » serait confirmée par un grand nombre d’autres appellations du chien employées en letton, apparentées à l’appel onomatopéique kuč utilisé pour appeler le chien, cf. kuča « chienne », kuča « petit chien (dans le langage enfantin) », kučāte « jeune chienne », kučka « chienne », kučēns « petit chien », kučēns, kucans, kucenis, kucentiņš, kuceļēns, kucļēns, kucis « chien », kuciņš, kučiņš, kucans « petit chien », kuceļēns, kucins « désignation péjorative du chien », kuculēns « petit chien » (EM, II, 298; EH, I, 666).
41 Dictionnaire de la langue lithuanienne, V, p. 135–137, 141 (ci-après: LKŽd.).
42 Ē. Fraenkel, Et. Wb., p. 209; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 506; J. Pokorny, Et. Wb., p. 547–548; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 171.
43 F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, p. 122; A. Sabaliauskas, Baltistica, III(1), p. 109–110.
44 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 524–525.
45 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 54; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 351.
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Page 9L’origine du letton kuņa fait l’objet de diverses hypothèses. De nombreux chercheurs ne distinguent pas ce mot des autres mots apparentés désignant l’ancien nom indo-européen du chien46. Voici ce qu’écrivait K. Būga au sujet de l’origine du letton kuņa: « Moi aussi, suivant K. Jaunius, j’ai d’abord pensé que le letton kuņa, “chienne” (III 33), était étymologiquement de la même famille que šunim, mais j’ai publiquement renoncé à cette opinion en novembre 1909, dans ma critique ronéotypée des “Études baltiques” (p. 10). Kuņa, avec le letton kuce, “chienne”… et kucens, “petit chien”… appartient aux mots d’origine inconnue. Cf. le cachoube kuna, “chienne”, le bulgare kűče, “chien”, l’albanais kutš et l’ottoman küčük, “chien”47. J. Endzelynas48 expliquait l’origine du letton kuņa de deux façons: il y voyait soit un mot issu par contamination de *suna et de kuca, soit un emprunt, comme le cachoube kūnā, que E. Bernekeris49 rapprochait du russe кѵна, « martre ». Il nous semble que la première hypothèse est plus plausible. Le mot sonore kuč (kuč *suna > kuč kuņa). a pu également jouer un certain rôle.
Dans toutes les langues baltes, on trouve aussi de nombreux autres noms du chien, d’usage plus restreint. Ils désignent généralement des races particulières de chiens ou s’emploient à côté du nom générique (spécifique) du chien, avec une nuance affective ou autrement distinctive.
Le lituanien kūrtas, « chien de chasse très rapide », est un mot d’origine slave. Comme l’a démontré K. Būga, ce mot a dû entrer en lituanien au plus tard au XIIe siècle. Le lituanien kūrtas vient de la forme non palatalisée du vieux russe *хъртъ, dont aurait également dérivé la forme russe actuelle хорт50.
Slavų kalbose šis šuns pavadinimas labai plačiai vartojamas. Be minėto rus. хорт, plg. ukr. хорт, bulg. хрът, хрътка, serb.-chorv. хрът, slov. hrt, ček. chrt, slovk. chrt, lenk. chart, aukšt. luž. khort, žem. luž. chart. Kaip matyti iš pateiktų pavyzdžių, esama pakankamo pagrindo šį šuns pavadinimą laikyti bendraslavišku žodžiu. Tačiau kaip jis atsirado slavų kalbose, ligi šiol nėra išaiškinta, o aiškintojų ir aiškinimų skaičius yra tiesiog rekordinis. Kai kurie tyrinėtojai (H. Hirtas, E. Bernekeris) šį šuns vardą laikė skoliniu iš germanų, plg. vok. Rüde „šuo, medžioklinis šuo“, sen. vok. aukšt. rudio „didelis šuo“. Kiti jį siejo su rus. скорый „greitas“, treti su skr. kharah „grubus, šiurkštus, aštrus“, gr. χάραρος „aštrus, smailus“. V. Machekas, iš pradžių mėginęs sieti jį su liet. kūrti „greitai bėgti“, vėliau šį šuns pavadinimą kartu su vok. Rüde laikė „praindoeuropietišku“, t. y. indoeuropiečių paveldėtu iš kažkokios nežinomos kalbos. J. Mikola mėgino čia gretinti ir vok. hurtig „greitas, skubus, vikrus“. K. Mošynskis slaviškąjį šuns pavadinimą kildino iš χɍtъ < ide. *sɍ-to- < *ser-, „greitai bėgti“. O. Trubačiovas neseniai paskelbė naują slav. χɍtъ kilmės aiškinimą, siedamas jį su liet. sartas51.
Il est difficile de se prononcer sur la fiabilité des étymologies énumérées: presque toutes ont leur part de raison, mais aussi leurs points faibles. Du point de vue sémantique, l’explication d’O. Trubačiovas nous paraît assez convaincante. Il est vrai qu’ici nous sommes confrontés à
В. И. Георгиев, Исследования по сравнительно-историческому языкознанию, p. 47; В. В. Иванов, Хеттский язык, p. 92; J. Pokorny, Et. Wb., p. 633.46
K. Būga, Œuvres choisies, II, p. 220.47
48 EM, II, p. 316.
E. Berneker, Dictionnaire étymologique des langues slaves, Heidelberg, 1908—1913, p. 644.49
50 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 430; III, p. 497, 763, 769; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 318; M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 265.
51 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 265; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 23; Вопросы славянского языкознания, вып. 2, Москва, 1957, p. 38—41; V. Machek, Et. sl., p. 163; J. Holub, F. Kopečný, Et. sl., p. 143; F. Slawski, Słownik etymologiczny języka polskiego, I, Kraków, 1952—1956, p. 60—61 (ci-après: Sl. et.).
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Page 10avec certaines difficultés d’ordre phonétique, mais elles ne sont pas plus importantes que les difficultés phonétiques des autres étymologies de ce mot.
Outre en lituanien, ce nom du chien s’est aussi répandu en letton et en prussien. Le letton kurts « lévrier, chien de chasse, chien maigre », comme le lituanien kurtas, provient de la même source — le vieux russe *хърть52.
Une forme slave semblable devait également exister en prussien, curtis (mot 700 du glossaire d’Elbing): Curtis Wynt (Windhund), comme en témoigne la source53. Les Prussiens ont pu recevoir ce mot par l’intermédiaire des Polonais.
K. Būga a tenté de rattacher le lituanien skalikas « sorte de chien de chasse » au letton skaļš « sonore »54. Il serait toutefois plus juste de le rattacher au verbe skālyti « aboyer en poursuivant un lièvre, une bête sauvage ». Le verbe skālyti serait, à son tour, d’origine slave55, cf. polonais skolić « couiner (en parlant d’un chien) », russe сколить « aboyer, couiner (à propos d’un chien, d’un loup) », tchèque skoliti « aboyer ».
L’apparition du prussien scalenix s’explique de façon semblable (mot 702 du glossaire d’Elbing: Scalenix Vorlouf (Vorstehhund)). A. Brückner le faisait déjà dériver du verbe *skalīt, dont la source aurait été le polonais skolić56.
Dans certains dialectes russes, on trouve également des noms de chiens dérivés du verbe сколить, cf. russe сколуха, сколушка « chien courant »57.
En letton, on ne trouve pas de nom de chien de cette origine.
Dans certains dialectes lituaniens et dans divers monuments écrits, notamment dans les écrits de J. Bretkūnas, on rencontre le nom d’un chien de chasse d’origine slave: gončas, gončius, gončiakas, gončakas (LKŽd., III, 482). Ces mots sont entrés en lituanien depuis le polonais ou le biélorusse, cf. polonais gończy, goniec, gończak, biélorusse гонец. Les noms slaves du chien dérivent d’un verbe de même racine que le lituanien ganýti, ginti (le bétail), cf. polonais gonić, russe гнать « pousser, poursuivre, chasser », vieux russe гонати58.
Le lituanien possède aussi de nombreux noms de chiens d’origine onomatopéique: ãmas, ciūčė, ciūcis, ciuciūkas, ciūčius, ciuckà, ciūckis, ciūlis, ciūlius, čiūčė, čiūčia, čiūčiukas, čiūčius, čiūčką, čiūčkis, čiūčkus (LKŽd., I, 96, II, 29—30, 92—3), cf. les interjections onomatopéiques am; ciu, ciū, čiū, čiū, čiū, ciuciū, čiūčiū et autres mots pour appeler le chien. Le lituanien čiūra « chienne » (LKŽd., II, 116) est probablement lui aussi d’origine onomatopéique, cf. čiūr, čiurà « celui qui urine au lit », čiurà « pleurnicheur ».
Les noms apparus en raison de la couleur du chien ou d’autres particularités de son pelage sont les plus fréquents en lituanien: márgis, mār gis, rūdis, kūdlius, kūdlis.
Le lituanien sābalas « chien noir au pelage brillant », sābalis, cf. sābalas « petit animal de la famille des mustélidés » < biélorusse соболь59.
52 EM, II, p. 326; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 318; K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 45, 766.
53 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 366; J. Endzelīns, Senprūšų valoda, p. 199.
54 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 564.
55 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 794.
56 A. Brückner, AfslPh, 20, p. 505; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 248—249; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 428.
57 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 34.
58 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 279; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 152.
59 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 754.
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Page 11 On trouve également en letton de nombreux noms de chiens d’origine similaire:
Lat. klaučis « un chien, un aboyeur » (EH, I, 611), cf. lat. klaudzēt « frapper, cliqueter, faire du vacarme; injurier ».
Lat. klīva « un chien égaré » (EH, I 620), cf. lat. klīvāt « errer ».
Lat. krancis « nom courant donné aux chiens qui ont une bande blanche autour du cou », cf. lat. krancis « couronne ou bande » < all. Kranz (EM, II, 259).
Lat. kuželis « un chien hirsute » (EM, II, 331), cf. lat. kuželains « hirsute ».
Lat. lamāka « un gros chien » (EM, II, 417), cf. lat. lamāns « une personne ou un chien grand, pataud et glouton » (EM, II, 530).
Lat. leīmuris « un tout jeune chiot qui ne tient pas encore bien sur ses pattes » (EM, II, 449), cf. lat. leīmma « une personne molle et sans énergie ».
Lat. pakans « un nom de chien » < all. Packan (EM, III, 40).
Lat. piksis « un petit chien » (EH, II, 231), cf. lat. piks « une motte, un bloc ».
Lat. rakstiņš « un chien bariolé » (EM, III, 473), cf. lat. rakstaīns « orné de motifs, brodé ».
Lat. rūdiņš « nom de chien donné d’après sa couleur » (EM, III, 554), cf. lat. ruds « rougeâtre, brun-rouge, gris ».
Lat. rūsis « nom d’un chien de couleur rouille » (EM, III, 573), rūzis « un chien de couleur rouille, brun » (EM, III, 574), cf. lat. rūsains « rougeâtre, brunâtre, couleur de rouille ».
Lat. sabulis « un nom de chien »; sabulītis, sabalītis « surnom du chien », sabalis « le chien (dans le langage enfantin) » < rus. соболь « zibeline » (EM, III, 599; EH, II, 395).
Lat. sebris « un grand chien épais, mais méchant; une sorte de belette » (EM, III, 810), cf. lat. sebris « un être chétif et déchu »⁶⁰.
Compte tenu de la faible étendue du lexique prussien conservé, il faut dire que ce lexique est très riche en noms désignant le chien. En effet, le glossaire d’Elbing, établi selon un classement thématique, comporte pour ainsi dire une section distincte consacrée aux termes de la chasse, constituée de noms de chiens. Outre ceux que nous avons déjà examinés, Sunis, Curtis, Scalenix, on y trouve encore deux noms de chiens.
Pr. Slidenikis (mot 701 du glossaire d’Elbing) Leethunt (Leithund)⁶¹. A. Brückner, suivi en cela par R. Trautmann, faisait dériver le pr. slidenikis du polonais slednik « chien de piste »⁶². J. Endzelīns était enclin à rapprocher le pr. slidenikis du lat. sliede « traîneau », du slav. slědъ « trace ». C’est la circonstance qu’un emprunt au polonais aurait dû présenter sled- plutôt que slid- qui lui donna matière à douter de l’explication d’A. Brückner et de R. Trautmann⁶³. Toutefois, A. Brückner fait dériver le pr. slidenikis de la forme prépolonaise *sliednik. Le fait qu’une part considérable du lexique de ce domaine en prussien est précisément d’origine slave, et notamment polonaise, plaide aussi en partie en faveur de l’explication d’A. Brückner.
Pr. Wyysis (mot 704 du glossaire d’Elbing) Wacker (chien de garde). Les linguistes considèrent apparemment unanimement que le pr. wuysis (la forme authentique est probablement wyyzis) est un emprunt au polon-
60 E. Blese, KZ, 75, p. 96.
61 all. Leithund « Canis venaticus, chien conduit par le chasseur à l’aide d’une longue longe et employé notamment pour suivre les traces du gibier à bois et du sanglier ».
62 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 431; A. Brückner, AfslPh, 20, p. 505.
63 J. Endzelins, La langue vieux-prussienne, p. 251.
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Page 12kų64, cf. pol. wyżel « chien de chasse », rus. выжлец, tch. vyžel, etc. L’origine du nom slave du chien est incertaine: certains tendent à y voir un emprunt à l’allemand, d’autres au hongrois, d’autres encore en expliquent l’apparition à partir de matériaux slaves65.
Après avoir passé en revue les noms du chien dans les langues baltes et, en partie, dans les langues slaves, nous pouvons tirer quelques conclusions de portée plus générale. Les trois langues baltes ont conservé l’ancien nom indo-européen du chien. Ce nom n’existe pas dans les langues slaves, et les tentatives pour en retrouver des traces n’ont jusqu’ici pas abouti. Les langues baltes comme les langues slaves emploient aussi des noms du chien d’origine plus récente, propres à certaines langues ou à certains groupes de langues. Quelques noms slaves du chien sont également entrés dans les langues baltes.
BREBIS
La brebis est l’un des premiers, et peut-être même le tout premier, des animaux domestiques utiles que l’être humain ait apprivoisés. Les découvertes archéologiques et les nombreuses données historiques en témoignent; les faits linguistiques ne contredisent pas non plus cette thèse.
K. Keller, qui a étudié de manière approfondie la question de l’origine des animaux domestiques, distingue trois foyers de domestication du mouton. L’un se trouvait en Europe, quelque part sur les rives orientales de la Méditerranée; un autre, en Asie, peut-être en Mésopotamie; et le troisième, en Afrique. Ces foyers ont donné naissance à différentes races de moutons. Les mouflons (Ovis musimon), ancêtres des moutons domestiques les plus répandus en Europe, se rencontrent encore aujourd’hui en Corse et en Sardaigne.
Les traces du mouton domestique sont très fréquemment découvertes dans les vestiges archéologiques du Néolithique en divers endroits d’Europe, ainsi que dans certaines régions d’Asie et d’Afrique2.
L’élevage ovin était très répandu dans l’Égypte ancienne. Les anciens Égyptiens élevaient déjà plusieurs races de moutons domestiques. On trouve des représentations de moutons sur les anciennes pièces de céramique égyptiennes. Les Égyptiens ornaient leurs temples de statues de moutons taillées dans la pierre. En Égypte, le bélier était considéré comme un animal sacré3.
La Palestine ancienne était elle aussi réputée pour ses immenses troupeaux de moutons. On sait que le roi de Moab devait verser chaque année à Israël un tribut de 100 000 agneaux et de 100 000 moutons. Si les anciens Égyptiens élevaient les moutons principalement pour leur viande, ceux-ci fournissaient aux Juifs de la viande, du lait, de la laine, du cuir et même des cornes. Avec les cornes de béliers, ils fabriquaient des récipients pour conserver l’huile et des instruments de musique4. Même le mot employé aujourd’hui dans de nombreuses langues du monde pour désigner la notion de jubilé (cf. le lituanien jubilejus) est lié à l’ancien mot hébreu désignant le bélier, jobel. Les Juifs désignaient ainsi aussi bien le bélier que sa corne, dans laquelle ils soufflaient lors de certaines fêtes — les années jubilaires (célébrées tous les cinquante ans). Plus tard, la fête elle-même fut également nommée d’après le bélier. Pour les anciens Juifs, le bélier était aussi un animal offert en sacrifice lors des rites du culte.
64 A. Brückner, AfslPh, 20, p. 505; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 466; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 277.
65 O. Трубачев, Происхождение…, p. 24; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 239; V. Machek, Et. sl., p. 579; A. Brückner, Słownik etymologiczny języka polskiego, Warszawa, 1957, p. 640 (toliau: Sl. et.).
1 C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 176—183.
2 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, II, p. 285; M. Hilzheimer, Schaf, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, XI, Berlin, 1927/1928, p. 220—221.
3 Ranke, Schaf, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, XI, p. 221—222; C. Keller, ten pat, p. 172—173.
4 P. Thomsen, Schaf, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, XI, p. 221.
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Page 13Le sacrifice de brebis dans les rites cultuels de divers peuples a pu être sanglant ou non sanglant. Dans ce dernier cas, on sacrifiait de la laine de brebis. Les hommes apprirent très tôt, en Asie et en Europe, à utiliser la laine pour leurs besoins. On estime que les Babyloniens furent les premiers à tondre les moutons. La tonte des moutons se répandit en Babylonie, semble-t-il, entre 1300 et 600 av. n. è., en lien avec l’importation du fer. Depuis l’Asie antérieure, la tonte des moutons arriva également en Europe. Un témoignage nous est parvenu selon lequel les premiers tondeurs de moutons vinrent de Sicile en Italie vers 300 av. n. è.5. Toutefois, il serait erroné de penser que l’homme ne commença à utiliser la laine de brebis qu’après avoir appris à la tondre. Auparavant, on arrachait la laine des moutons. Comme nous le verrons plus loin, cette circonstance a aussi servi à expliquer certains noms indo-européens de la brebis.
La brebis, l’un des premiers animaux domestiqués par l’homme, était également présente dans les territoires actuels des Baltes et des Slaves. Les habitants des zones forestières de Lituanie, de Lettonie et des régions voisines commencèrent à pratiquer l’élevage vers le début du IIe millénaire av. n. è. Ils découvrirent l’élevage par l’intermédiaire de leurs voisins du sud, qui pratiquaient l’agriculture et l’élevage bien plus tôt. Dans les territoires actuels de peuplement lituanien et letton, on trouve des os d’animaux domestiques, y compris de brebis, dans les vestiges archéologiques des cultures de la céramique cordée et des haches de combat en forme de bateau6. On trouve également de nombreux os de moutons dans les vestiges des fortifications de colline lituaniennes datées des Ier-IVe siècles de notre ère7.
Dans toutes les localités étudiées, tant chez les Slaves du sud que chez ceux du nord, les déchets de cuisine contiennent toujours beaucoup plus d’os d’animaux domestiques, notamment de brebis, que d’animaux sauvages8. J. Paiskeris commit une grave erreur en affirmant que les Slaves ne pratiquaient pas l’élevage avant le Xe siècle de notre ère, en s’appuyant sur certains termes de l’élevage slave qu’il disait d’origine germanique et turco-tatare9.
L’importance de l’élevage ovin pour les peuples anciens d’Asie, d’Europe, mais aussi d’Afrique, est encore attestée par le fait que les familles linguistiques indo-européenne, turco-tatare et sémitique possèdent chacune des noms de la brebis qui leur sont communs.
L’ancien nom indo-européen de la brebis est bien conservé dans de nombreuses langues indo-européennes, mortes comme vivantes: skr. áviḥ, gr. ὄϊς, lat. ovis, vieux haut all. ou, vieux isl. áer, got. awistr « brebis », awēpi « troupeau de moutons », arm. hoviv (< *ou̯i-pa-) « berger de moutons », irl. óí « brebis », cymr. ewig, russe овца, lituanien avis, etc.
Comme pour beaucoup d’autres mots indo-européens anciens, le sens premier de *ou̯is est très difficile à établir. L’hypothèse qui rattache l’indo-européen *ou̯is à la racine indo-européenne *eu̯ « préparer, vêtir, chausser » (cf. lituanien aūti, russe обуть « chausser », latin exuo, -ere « je dévêts, j’enlève ») paraît peut-être un peu mieux fondée. Le sens premier de *ou̯is aurait ainsi été « animal pourvu d’un vêtement (pelage) » ou « animal fournissant un vêtement (pelage) ». Bien entendu, cette explication est elle aussi très incertaine. Sur le plan sémantique, cette étymologie serait partiellement étayée par le fait, déjà bien connu,
5 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, II, p. 285.
6 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 79; Latvijas PSR vēsture, I, p. 11; K. Паавер, Формирование териофауны и изменчивость млекопитающих Прибалтики в голоцене, p. 367.
7 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, ten pat, p. 252—253; K. Paaveri P. Kulikauskas, Acta Baltico-Slavica, 2, p. 268—270; K. Паавер, ten pat, p. 368—369, 371.
8 П. Н. Третьяков, Восточнославянские племена, Москва, 1953, p. 271.
9 Л. Нидерле, Славянские древности, Москва, 1956, p. 319—320; О. Н. Трубачёв, Происхождение…, p. 17—18.
8. Baltų ir slavų kalbų ryšiai
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Page 14Un nom indo-européen plus récent du mouton, attesté dans le groupe des langues indo-iraniennes: skr. mēśáh « bélier; toison », av. maēša- « brebis », maēši, moyen-perse mēš, pers. mēš. Ces noms du mouton sont rapprochés du russe мех « fourrure », du lituanien maišas, du prussien moasis « soufflet », du russe мешок « sac », etc.10 Le sens premier de ce mot était « fourrure »: dans les langues indo-iraniennes, ce sens a donné naissance au nouveau sens « mouton », tandis que dans les autres langues il a pris celui de « sac ».
Dans les langues slaves, on emploie une forme déjà quelque peu modifiée de l’ancien nom indo-européen du mouton, qui serait apparue par l’ajout du suffixe diminutif *-ikā à l’ancien thème indo-européen en -ī. En dehors des langues slaves, la forme avikā « brebis » est également attestée en sanskrit. Là, comme dans les langues slaves, elle est employée sans valeur diminutive, à côté de la forme usuelle áviḥ. Le proto-slave *ovbca (< *ovbka) est bien conservé dans toutes les langues slaves: vieux-slave ovbca, vieux russe овьца, russe овца, ukrainien вівця, biélorusse авечка, bulgare овца, serbo-croate овца, slovène ovca, tchèque ovce, slovaque ovca, polonais owca, cachoube woeca, haut-sorabe wowca, bas-sorabe wejca11.
Les cas où des noms d’animaux formés à l’aide de suffixes diminutifs ont perdu leur valeur diminutive et sont employés simplement comme termes désignant une espèce se rencontrent assez fréquemment dans diverses langues. Ainsi, dans les dialectes lituaniens, la forme diminutive avėlė est largement employée au sens de « brebis » (LKŽd., I, 422). Le mot lituanien kumėlė est lui aussi employé sans aucune nuance diminutive.
O. Trubačiovas tente également de repérer des traces de l’ancienne forme indo-européenne *oui- dans les langues slaves, en faisant dériver le vieux russe овядь « taon » et le russe овод de *ov-adъ, où ov- serait la racine-base pure de l’ancien nom indo-européen du mouton, tandis que *ād- (*ōd-) serait une variante apophonique de la racine indo-européenne *ed- « manger, se nourrir »12.
Dans les langues baltes, l’ancien nom indo-européen du mouton est bien conservé.
Le lituanien avis est attesté dès les premiers textes en langue lituanienne. Cette forme est également employée dans la plupart des dialectes lituaniens actuels. La forme plus rare à thème en -ė, avė, existe aussi (LKŽd., I, 421). À côté des formes avìs, avė, on rencontre également la forme ávas, qui désigne le mouton mâle (LKŽd., I, 421). Le mot expressif avià, utilisé pour rappeler les brebis auprès du troupeau, est lui aussi issu de l’ancien nom du mouton (LKŽd., I, 423).
En letton, le lituanien avis a pour correspondant exact la forme avs, à côté de laquelle on rencontre aussi la forme à thème en -ė ave (EM, I, 232; EH, I, 189). Toutefois, le letton avs, attesté principalement dans les textes lettons anciens et les chansons populaires (EM, I, 232; EH, I, 190), est presque entièrement supplanté par la forme plus récente, propre au letton, aita. Cette dernière est issue de l’ancien nom du mouton avs, par l’intermédiaire de formes diminutives. À partir de la forme avs se sont développées les formes diminutives avitiņa, avētiņa, avatīņa, avēteņa, aventiņa (EM, I, 232; EH, I, 190). De même que la forme zuitiņa est apparue à partir de zuvitiņa « petit poisson », la forme aitiņa est issue de avitiņa13. C’est à partir de cette dernière forme diminutive qu’a été « reconstruite » la forme sans valeur diminutive aita.
10 O. Н. Трубачев, Происхождение..., р. 70—71; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 127; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 397; F. Specht, Der Ursprung der Indogermanischen Deklination, p. 52—53; M. Mayrhofer, Et. Wb., II, p. 689.
11 О. Н. Трубачев, Происхождение..., р. 69; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 251; R. Trautmann, Baltisch-slavisches Wörterbuch, Göttingen, 1923, p. 20—21 (toliau: B-sl. Wb.).
12 О. Н. Трубачев, Происхождение..., р. 71.
13 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 155, 214; EM, I, p. 14.
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Page 15À côté de àita, dans les dialectes lettons, on rencontre parfois aussi les formes àiča, aite, ainsi que les diminutifs àitele, aitene, aitēns (EM, I, 14; EH, I, 4, 5).
Dans les monuments de la langue prussienne, on ne trouve pas de nom du mouton correspondant au lituanien avis et au letton avs.
Dans les langues baltes et, en partie, dans les langues slaves, à côté de l’ancien nom indo-européen générique du mouton, on emploie un nom commun du bélier, formé à partir du nom du mouton *ovi-s et du suffixe -na-; cf. vieux russe овьнь, russe овен, bulgare овен, serbo-croate овan, slovène oven, tchèque oven, vieux polonais owien, lituanien ãvinas, letton auns, prussien awins14.
Le lituanien ãvinas est attesté dès les plus anciens monuments de la langue lituanienne.
En letton, à côté de la forme mentionnée auns, employée dans la langue littéraire et dans la plupart des dialectes, on trouve aussi les formes suivantes: avins, avēns, avans, avēns (EM, I, 225, 232; EH, I, 190). La forme auns provient de la forme plus ancienne avins, cf. letton auza « avoine » < *aviza, letton càula à côté du lituanien kėvalas, letton vecs « vieux » à côté du lituanien vėtušas, etc.15
La forme awins se trouve également dans les monuments de la langue prussienne (mot 679 du glossaire d’Elbing – Awins Ster16). Le nom prussien du bélier semble aussi se cacher dans le nom de lieu Awynemedien < d’un document de 1326, composé du prussien awins « bélier » + du prussien median « forêt »17.
Le nom balte du bélier, avec certains autres termes de l’élevage et de l’agriculture, a été emprunté par les langues finno-baltiques, cf. finnois oinas, estonien oinas, õinas, carélien oinas, livonien oin, vepse oinas18.
Dans les langues slaves, l’ancien nom du bélier correspondant au lituanien ãvinas a souvent été supplanté par un nom plus récent de cet animal: russe баран, ukrainien баран, tchèque beran, slovaque baran, polonais baran, cachoube barõn, haut-sorabe boran, bas-sorabe baran. L’origine de ce nom n’a pas encore été élucidée. On a tenté de le rapprocher du grec βάρχος, de l’albanais berr « mouton », de l’italien dialectal bero « bélier », bèra « mouton », du français dialectal berri, et même du russe боров « verrat ». Certains chercheurs considèrent ce nom du mouton et du bélier comme un ancien terme d’Europe centrale, d’autres comme un mot d’origine pré-indo-européenne, et d’autres encore le rattachent à la racine onomatopéique ber-19, cf. russe барь, ukrainien бирь, russe барбар, бырыр. La formation de ce nom du bélier, inhabituelle dans les langues slaves, conduit néanmoins de nombreux étymologistes à le tenir pour un emprunt. Il est toutefois assez difficile d’en déterminer la langue source. En son temps, F. Miklošič avait avancé l’idée que le russe баран pourrait provenir du tatar de Kazan bärän « agneau »20. Il semble toutefois plus plausible que le tatar bärän lui-même provienne du russe баран. Récemment
14 M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 248; A. Brückner, Sl. et., p. 387; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 69; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 21; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 171.
15 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 71 – 72; K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 463; II, p. 89.
16 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 309; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 149.
17 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 14.
18 V. Thomsen, Relations entre les langues finnoises et baltes (lituanien-letton), Köbenhavn, 1890, p. 160; J. Kalima, Les emprunts baltes dans les langues fenniques, Helsinki 1936, p. 142–143; Y. H. Toivonen, E. Itkonen, A. J. Joki, Dictionnaire étymologique de la langue finnoise, II, Helsinki, 1958, p. 422; Л. Акулинин, Развитие и структура финского языка, II, Москва, 1955, p. 41; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 171.
19 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 53–54; V. Machek, Et. sl., p. 29; F. Slawski, Sl. et., I, 27; A. Brückner, Sl. et., p. 15; H. M. Шанский, Этимологический словарь русского языка, 1, 2, Москва, 1965, p. 39–40 (ci-après: Эт. сл.).
20 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 54.
9*
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Page 16O. Trubačëv est enclin à faire dériver des langues orientales le nom slave du bélier. Il reconstitue la forme turcique *baran « qui va »21. Bien qu’une telle explication soit sémantiquement possible, si l’on s’appuie sur certains noms d’animaux liés à des verbes exprimant le mouvement, elle est encore loin de résoudre les problèmes d’origine du russe баран et des formes apparentées. O. Trubačëv considère comme secondaires les onomatopées slaves servant à appeler les moutons, qui rappellent le russe баран et d’autres noms de bélier issus de cette racine. Il nous semble toutefois que cette circonstance peut difficilement s’opposer à une origine onomatopéique du russe баран et des formes apparentées. D’abord, il est difficile de considérer comme secondaires des onomatopées telles que бирь, барь. Leur ancienneté peut être confirmée par des faits provenant d’autres langues. Le lituanien compte un très grand nombre d’onomatopées semblables pour appeler les moutons: barė, būre, burė, buriā, buriū, būri, buri. On trouve également des onomatopées semblables pour faire avancer les moutons: bar (škius, bar, namon, baltosios avelės!), buriūkš, būrum (būrum būrum būkšt; c’est ainsi que le berger incite les béliers à se battre). De telles onomatopées sont dérivés les verbes barinuoti « appeler les moutons », burénti « bêler (en parlant d’un mouton) ». Les onomatopées ont aussi donné naissance à de nombreux noms de moutons employés dans les différents dialectes lituaniens: bariūkas « nom affectueux du bélier, du petit bélier », bariūtė « nom affectueux de la petite brebis », biriūtė « petite brebis (mot d’une devinette) », būrė « mouton (langage enfantin) », burėlė « petite brebis », burėlis « petit bélier, burinėlis », burikė « buriutė, petite brebis », būrinas « bélier ou mouton (surtout dans le langage enfantin) », buriniūkas « petit bélier », burýtė « petite brebis, buriutė », burýtis « agneau », buriūkas « agneau, petit mouton », buriūtė « petite brebis », buriūtis « agneau », burūlis « bélier (surtout dans le langage enfantin) », burūtė « buriutė, petite brebis » (LKŽd., I, 535, 536, 691, 966, 968, 969, 970, 971, 984).
Les noms de mouton, d’agneau ou de bélier que l’on rencontre parfois dans les chansons populaires lettones sont probablement de même origine: birite, berulīte, beritis, biritina, birēnis (EH, I, 220), qu’A. Gāters22, à notre avis23, rattache sans fondement au prénom Birgita (sainte Brigitte a pu être considérée comme protectrice du bétail). La différence de vocalisme entre les onomatopées particulières et les noms de mouton qui en dérivent ne peut s’expliquer que par l’alternance vocalique radicale propre aux onomatopées; cf. les variantes slaves de cette onomatopée: бер, бир, бар, бор, бр24.
Il est vrai que certains dialectes lituaniens emploient aussi le nom du bélier barōnas, emprunté aux langues slaves. Dans les écrits de J. Bretkūnas, on trouve également la forme barankas (LKŽd., I, 530), issue d’une forme diminutive slave. Toutefois, rien ne justifie de rattacher à ce mot les onomatopées lituaniennes servant à appeler ou à faire avancer les moutons. Tout au plus le mot barōnas a-t-il pu influer sur le vocalisme radical de certaines onomatopées. D’autre part, il faut aussi tenir compte du fait qu’une onomatopée semblable pour appeler les moutons se rencontre même dans des langues non indo-européennes; cf. l’onomatopée arabe servant à appeler les moutons et les chèvres: bir bir25. Ainsi, nous semble-t-il, le nom slave du bélier (russe баран et autres formes apparentées) s’explique au mieux comme un mot d’origine onomatopéique. Il s’agirait d’un phénomène tout à fait analogue à l’origine du russe кутёнок « petit chien » et du letton kucēns.
Du russe баран dérivent également les noms de mouton que l’on rencontre parfois dans les chansons populaires lettones: baraniņa, barenīte, barankīte (EH, I, 205).
21 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 75–76.
22 A. Gāters, Ceļi, 12, Lundā, 1965, p. 32–36.
23 A. Sabaliauskas, Baltistica, II(1), p. 89.
24 A. И. Германович, Междометия и звукоподражательные слова русского языка. Автореферат докторской диссертации, Симферополь, 1961, p. 89.
25 M. Niedermann, Tauta ir žodis, 2, p. 443.
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Page 17Un nombre considérable de langues indo-européennes, parmi lesquelles les langues slaves, possèdent une appellation commune pour le petit de la brebis, l’agneau. Dans les langues slaves, cette appellation est très bien conservée, cf. le vieux slave agne, agnbcb, le russe ягнёнок, le tchèque jehně, etc.26
Dans les langues baltes, on ne trouve aucune trace de cette appellation de l’agneau. Pour exprimer cette notion, une autre appellation est ici la plus répandue, dont les rapports avec les appellations correspondantes de même type dans les langues slaves suscitent de sérieux doutes.
En lituanien, cette appellation balte existe sous diverses variantes phonétiques et morphologiques: ėras, ėrelis, ėraitis, ėris, ėryš, ėriščias, ėrištis, ėrytìs, ėriukas, erikas geraitis, geralis, gėras, gėrėlis, gėriokas, gėriukas, jėras, jėraitis, jėrelis, jėris, jėrytìs, jėriūkas (LKŽd., II, 824, 826, 828, 832; III, 241, 246, 251, 257, 258; IV, 340, 341), vėras, vėraitis27. La forme la plus ancienne semble être jėras. L’ajout comme la chute de j sont des phénomènes courants dans les langues baltes, cf. le lituanien jėknos: ėknos, jėmiau: ėmiau, jėibė: ėibė, jėrubė: ėrubė, etc. L’alternance des j- et g- initiaux se rencontre aussi parfois dans les dialectes lituaniens, cf. jėrubė: gerubė, jāura: gidūrė, judrė: gudrė, jėdras: gėdras, etc. La consonne v s’ajoute généralement devant les voyelles postérieures, mais il existe aussi des exceptions28. Il nous semble que la tentative d’E. Fraenkel de rattacher le lituanien vėras, en le séparant de ėras, au sanskrit ūranaḥ « bélier, agneau », à l’arménien garn « agneau », etc., n’est pas fondée29. Il est difficile de considérer le lituanien vėras comme un fait linguistique aussi ancien. L’influence du mot vilna sur l’apparition de v- dans le mot vėras est elle aussi très douteuse.
Au lituanien jėras correspond exactement le letton jērs. On emploie aussi des formes diminutives de ce mot: jērulis, jē rēns, jērelis, jēriņš, jēruks. Les formes jērulis, jērelis sont employées avec une nuance péjorative (EM, II, 114; EH, I, 565).
En letton, les appellations de l’agneau mentionnées ci-dessus ont donné naissance à de nouveaux mots employés non pas au sens d’« agneau », mais au sens de certains types de brebis: jēre « brebis âgée d’un an, brebis âgée de six mois; brebis mère; vieille brebis », jērēne, jērniece « brebis ayant un agneau », jērene « quand une brebis a ses premiers agneaux, elle est alors appelée j. » (EM, II, 114; EH, I, 564–5).
Dans le glossaire d’Elbing, nous trouvons aussi le nom prussien de l’agneau: Eristian Lam (mot 681)30. L’appellation prussienne de l’agneau comporte le suffixe diminutif -ist- et la terminaison du nominatif singulier neutre -an31, tandis que le radical er- correspondrait au lituanien jēr-as et au letton jēr-s. J. Gerullis tend à reconnaître le nom prussien de l’agneau également dans certains toponymes prussiens: Eren, Iragarbis (Iregarbis, Iregaps, Ergarbin) < prussien er-istian + prussien garbis « montagne » (dans certains dialectes prussiens, ē > ī)32.
Lorsqu’on recherche des cognats de cette appellation balte de l’agneau dans d’autres langues indo-européennes, la question du j joue un rôle très important. Si les langues baltes avaient effectivement conservé depuis l’ancien temps un j- dans ce mot, il conviendrait de le rapprocher du vieux russe ярѣ « agneau », ярька « jeune brebis », du russe ярка « brebis d’un an n’ayant pas encore eu d’agneaux », et de l’ukrainien ярота « brebis âgées de moins d’un an »,
26 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 481; O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 71–72; F. Slawski, Sł. et., I, p. 488.
27 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 172.
28 J. Endzelynas, Baltų kalbų garsai ir formos, p. 46, 50; J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 211–212, 236–237; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 172; J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, I, p. 379.
29 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 121; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 108.
30 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92.
31 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 53, 60.
32 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 33, 50.
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Page 18ру́чка «agneau», ру́чка «brebis d’un an», polonais dialectal jarczuk, jarlak «brebis d’un an», tchèque dialectal jarka «brebis qui a agnelé au printemps», slovaque dialectal jarča «jeune brebis». Tous ces noms de l’agneau et de la brebis seraient ensuite à rattacher au russe яра «printemps», au tchèque jaro, au vieux polonais jarz, à l’avestique yār- «année», au grec ὥρα «saison, temps», au gotique jēr «année» et à l’allemand Jahr³³. Toutefois, d’un autre côté, surtout si l’on considère le lituanien ėras comme la forme principale, les noms baltes de l’agneau peuvent être rapprochés du grec ἔριφος «chevreau», de l’ombrien erietu «bélier», du latin aries, de l’arménien erini «veau» et de l’irlandais earb «biche, chèvre». E. Fraenkel, distinguant les formes lituaniennes jėras et ėras, rattache cette dernière (avec le vieux prussien eristian) aux mots qui viennent d’être énumérés, tandis qu’il rapproche jėras (avec le letton jērs) des noms slaves de cet animal (russe ярка) et de leurs apparentés³⁴. E. Fraenkel tient ainsi le lituanien ėras, jėras et vėras pour trois mots d’origines différentes. Il est toutefois très difficile de croire à une telle séparation de ces formes; malgré l’aspect très « anormal » de j- > v-, toutes ces formes, comme le gėras mentionné plus haut, devraient être considérées comme des variantes phonétiques d’un même mot, apparues en lituanien.
Le nom balte de l’agneau est également passé dans les langues fenniques de la Baltique; cf. le finnois jääru « bélier », l’estonien jää̈r, etc.
O. Trubačov³⁵ semble également avoir raison lorsqu’il reproche aux étymologistes qui, en partie comme E. Fraenkel, séparent le russe ярка « jeune brebis », en rattachant ce mot au russe яра « printemps », etc., du russe ярина « laine de brebis », où ils voient alors une sorte de vestige ancien du nom de la brebis, apparenté, selon eux, au lituanien ėras, au grec ἔριφος et au latin aries³⁶. Cette fois, ils ont sans doute pu être induits en erreur par le fait que le vieux russe язьно « peau » est lui aussi le vestige d’un nom de bouc qui ne se retrouve pas dans les autres langues slaves (lituanien ožys, sanskrit ajáḥ, etc.).
Du point de vue sémantique, le rapprochement du russe ярка, et probablement aussi des noms baltes de l’agneau, avec le russe яра, etc., est tout à fait fondé. On trouve des parallèles analogues dans diverses langues indo-européennes; cf. le vieux polonais latos, latosek « veau, agneau de l’année »: polonais lato « été », allemand Jährling « animal âgé d’un an, notamment un agneau »: Jahr « année », danois dialectal gimmerlam « agneau d’un an », vieux norrois gymbr « agneau », norvégien gimber: lituanien žiemā, latin hiems, etc.³⁷
Les langues slaves comme les langues baltes possèdent un assez grand nombre de noms de la brebis d’usage plus restreint. Beaucoup de ces noms sont d’origine plus récente et s’emploient le plus souvent à côté du nom générique de la brebis pour désigner une race, un âge ou une autre caractéristique. Sans nous arrêter aux nombreux noms de ce type dans les langues slaves³⁸, nous passerons en revue les noms de cet animal d’emploi plus restreint dans les langues baltes.
Nous ne trouvons pas dans les monuments de la langue prussienne l’ancien nom indo-européen de la brebis correspondant au lituanien avis et au letton avs. À côté du mot de même racine awins « bélier », on y trouve un nom de la brebis inconnu dans les autres langues baltes: camstian (Camstian Schoff 678, mot du vocabulaire d’Elbing). L’origine du prussien camstian n’a pas encore été élucidée. A. Bezzenberger rapprochait ce mot
33 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 170; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 77—78.
34 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 121.
35 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 77—78.
36 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 493.
37 F. Slawski, Sl. et., I, 502; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1306; M. Vasmer, Et. Wb., p. 455—456; C. D. Buck, A Dictionary of Selected Synonyms in the Principal Indo-European Languages; Chicago, 1949, p. 155, 163 (toliau: Dict.).
38 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 78—83.
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Page 19avec le gr. ζεμάς « chevreuil », R. Trautmann avec le russe комолый « sans cornes », le tchèque komolý « émoussé »⁹. Si l’étymologie de R. Trautmann était exacte, le pr. camstian pourrait constituer un exemple de la manière dont un nom apparu récemment pour désigner une caractéristique particulière évince l’ancien nom générique de l’animal, car tant les autres langues baltes que le nom prussien du bélier, awins, permettent de supposer que les Prussiens connaissaient aussi le nom indo-européen du mouton, correspondant au liet. avis et au lat. avs. Le toponyme prussien Komstegallen est également rattaché au pr. camstian (< pr. camsian + pr. galwo « tête »)⁴⁰.
Outre les noms du mouton d’origine onomatopéique mentionnés à propos de l’origine du russe баран, etc., le lituanien présente encore plusieurs noms du mouton d’origine onomatopéique ou autre:
Liet. bākanis « bélier (terme affectueux) » (LKŽd., I, 470), qu’il faudrait vraisemblablement rattacher au liet. bākinti « donner des coups de poing, frapper, piquer, bourrer », cf. bākjasis (se battent) les béliers; les béliers bakčioja en accourant, c’est-à-dire qu’ils frappent (Juška; LKŽd., I, 471).
Liet. bāsis « agneau », basiukas, basiulis, bāsė « brebis » (LKŽd., I, 551, 552), cf. les appels onomatopéiques adressés au mouton en lituanien: bās, bās, basia, bās, bāši.
Liet. bazūkas « agneau (dans le langage enfantin) », bazūlis, baziūtė « mouton, buriutė » (LKŽd., I, 568), cf. les appels onomatopéiques adressés au mouton: bazė, bazı.
Liet. bicė « brebis », bıcītė (Ylakiai), cf. l’appel onomatopéique bice adressé au mouton (Ylakiai), lat. bice « mouton ». Ce nom du mouton et cet appel onomatopéique sont vraisemblablement passés du letton au lituanien.
Liet. būkė « mouton » (LKŽd., I, 931) devrait vraisemblablement être rattaché au liet. būkinti « frapper, battre », cf. les enfants ont appris au bélier à būkinti (se battre), alors il būkina à son tour (LKŽd., I, 931–2). Il est également possible que būkė < buriūkė.
Liet. busiūkas « agneau », busiūtė « agnelle », būsinas « bélier (terme affectueux) » (LKŽd., I, 988), cf. les appels onomatopéiques busia, būsė.
Liet. kūcė « mouton (dans le langage enfantin) », kūciūkas « agneau », kūciūnūkas (LKŽd., VI, 755, 757, 758), cf. les appels onomatopéiques kūcā, kūciū.
Liet. kuriūtė « mouton, buriutė (dans le langage enfantin) » (LKŽd., VI, 952), cf. l’appel onomatopéique kuriù-kuriù adressé au mouton (Adutiškis, Tverečius, Vidiškės). Ce dernier appel onomatopéique a pu apparaître comme une sorte de rime à côté de buriù-buriù, cf. būre – kūre – šiūre « appels onomatopéiques employés par les bergers pour appeler ou faire avancer les moutons » (Šakyna).
Le nom du mouton vuška est très répandu dans les dialectes lettons (EM, IV, 677; EH, II, 799). J. Endzelynas inclinait à dériver cette forme de *avuź-ka (pour la formation, cf. liet. avužė, lat. Amuža et russe овечка). À côté de vuška, on rencontre aussi la forme uška (EM, IV, 310; EH, II, 716), ainsi que les noms du bélier vuçens, vucins, vucans, vucuns (vuçens s’emploie également au sens d’« agneau ») (EM, IV, 675; EH, II, 798), et uçens, ucenis, ucins, ucītis « agneau » (EM, IV, 293; EH, II, 711). Le lien entre ces noms et le mot avs nous paraît très douteux: la forme *avuźka est néanmoins très étrangère au letton. Peut-être vaut-il mieux expliquer ces noms comme issus directement d’appels onomatopéiques, sans les rattacher aucunement à l’ancien nom du mouton. Il existe en letton des appels onomatopéiques auxquels on pourrait rattacher les noms du mouton mentionnés, cf. vuc, que J. Endzelynas, ainsi
³⁹ R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 352. ⁴⁰ G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 69, 233; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 189.
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Page 20lui-même, semble-t-il, avait eu tort de vouloir faire dériver de *a-vuc(e)41, une onomatopée servant à mener les porcs, uš; cf. aussi l’onomatopée lituanienne pour mener les moutons, uš-uš (Grobštai, Kojeliai). Le suffixe -k(a) sert en letton à former des noms d’animaux; cf. les noms de vaches račka à côté de raibala, piecka à côté de piektala, seska à côté de šeštala, etc.42
En letton, on trouve aussi plusieurs noms de moutons dont l’origine onomatopéique, semble-t-il, ne fait aucun doute:
Lat. bice « terme affectueux pour un mouton », biča, bidze, badze, bicainīte, bicis « un petit agneau; un bélier (dans le langage enfantin) » (EM, I, 293; EH, I, 217, 218), cf. le lituanien bice « bour; ciba » (Ylakiai, LKŽd., I, 657).
Lat. bika (diminutif bikiņš « petit bélier »), bikus « le bélier » (EH, I, 218, 219), cf. letton bika « interpellation usuelle adressée au bélier et au bouc ».
Lat. buce « le mouton » (EH, I, 248). J. Endzelīns tend à le rapprocher du lituanien būkas « émoussé », du letton bukt « devenir émoussé » et du lituanien būkė « brebis ». Il nous semble toutefois plus pertinent de le rapprocher d’une onomatopée; cf. le letton buc « interj. butz, pour désigner le son produit lorsque les boucs et les béliers se heurtent avec leurs cornes », budž « interjection adressée aux moutons », buč « interj. pour chasser » (buč, aitiņ, EM, I, 344).
Ont également une origine onomatopéique:
Lat. bēja « le mouton (dans le langage enfantin) » (EH, I, 216), cf. bē.
Lat. mēja « le mouton (dans le langage enfantin) » (EH, I, 805), cf. mē, mējināt « faire bêler (un mouton) ».
En letton, il existe de nombreux noms de moutons, le plus souvent formés d’après telle ou telle particularité de cet animal:
Lat. amuls « un mouton à laine douce » (EH, I, 69), cf. le letton amuols « le gui (viscum album); le trèfle ».
Lat. atpīlis « le tardif, le dernier-né, petit né tardivement, en particulier les agneaux issus de brebis qui mettent bas en automne alors qu’elles ont déjà agnelé la même année », atpīlis, atpīlis, atpīlēns, atpīlītis « le plus petit agneau », atpīles « brebis (ou chèvres) qui mettent bas tard en automne » (EM, I, 181—2; EH, I, 158), cf. le lituanien pilti, le letton pilt « goutter »; pour la sémantique, cf. le russe ото́рошыш « mort-né avant terme » (В. Даль, III, 711), выкидыш « avorton, prématuré, enfant et, en général, petit né si prématurément qu’il ne peut vivre » (В. Даль, I, 292—3), l’allemand Wurf « jet; mise bas (des petits) »43.
Lat. atzīdīte « un agneau, un veau sevré » (EM, I, 213), atzīdītis (EH, I, 182), cf. le letton atzīdīt « sevrer (des animaux) ».
Lat. bakris « un grand bélier » (EM, I, 252): J. Endzelīns tend à considérer l’allemand Bock (> le live bokā) comme sa source; le suffixe aurait changé sous l’influence du letton vepris « sanglier ». Toutefois, P. Aristē a récemment, semble-t-il, publié une étymologie convaincante du letton bakris. Il considère le letton bakris comme un emprunt au romani bakró44 « bélier ».
Lat. belis « un mouton aux oreilles courtes » (EH, I, 212), cf. le letton belis « nom de chien ».
41 EM, IV, p. 675.
42 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 356.
43 EM, I, p. 182.
44 P. Aristė, Acta Baltico-Slavica, 3, p. 23.
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Page 21Lat. bene « un mouton aux petites oreilles et aux pattes courtes » (EM, I, 279), benausis « un agneau aux petites oreilles courtes », cf. lat. bene « un bonnet de garçon, un béret, une capuche », cf. moyen bas allemand benit « chapeau orné ».
Lat. billene « un mouton étourdi » (EH, I, 219), cf. lat. billene « dulna sievete ».
Lat. buks « un bélier aux grandes cornes » (EH, I, 250), cf. lat. buks « le bouc » < moyen bas allemand buck.
Lat. cigurs « un petit agneau » (EH, I, 269), cf. lat. cigiņš « le poulain », cigus, ciga, cigulis (EM, I, 379), cigina « le cochon (dans le langage enfantin) » (EH, I, 269), ciga « appel pour les poulains, pour les chevaux ».
Lat. cirka « un mouton à laine bouclée » (EH, I, 273), cf. lat. cīrkas « boucles », cīrstas.
Lat. cone « bélier », cf. lat. sonis < livonien sonn (EM, I, 397).
Lat. daplis « un agneau de l’année précédente » (EH, I, 307), dapelis « un mouton né en automne » (EM, I, 438) devrait plutôt être rattaché à la forme *dapilis, cf. lat. atpīlis, uzpīlis.
Lat. geida « un mouton indomptable » (EH, I, 426), cf. lat. geida « une jeune fille exubérante et espiègle » (EM, I, 695).
Lat. kupe « un mouton au museau court et aux petites oreilles courtes; un mouton sans cornes » (EM, II, 392; EH, I, 708), cf. lat. kup̄s nazis « un couteau à la pointe cassée », kup̄s « émoussé » (EM, II, 319).
Lat. lāmma « un grand mouton pouvant être trait », lamenica « un mouton à longue queue et à longue laine », cf. est. lammas « mouton » (EH, I, 718).
Lat. mikulis « le bélier » (EM, II, 626), cf. lat. mikāt « frapper à coups de poing; rosser (sans grande gravité), grūstit », lat. Mikus « étalon ».
Lat. piuka « terme plaisant pour désigner un bélier » (EM, III, 229), cf. lat. piūka « un petit poisson bigarré, un petit poisson en général ».
Lat. pūpalina « terme affectueux pour les moutons » (EH, II, 342), cf. lat. pūpuōls « le chaton de saule; également au féminin, employé comme terme affectueux ».
Lat. ragana « un mouton à cornes » (EM, III, 464), cf. lat. rags « la corne ».
Lat. rāmulīte « une désignation pour les moutons » (EM, III, 496), cf. lat. rāms « apprivoisé, calme ».
Lat. ruogulīte « surnom du mouton » (EM, III, 578), cf. lat. rags « la corne ».
Lat. skrube « un mouton aux oreilles courtes et coupées » (EM, III, 898), cf. lat. skrubis « le couteau courbe pour creuser », skrubulis « un couteau courbe pour fabriquer des cuillères en bois ».
Lat. skrule « un sobriquet injurieux pour les moutons » (EH, II, 513), cf. lat. skrule « un sobriquet injurieux pour les personnes; un nom de chien; une femme qui traîne çà et là », lat. skrulēt « courir çà et là ».
Letton soņķis < soņnis (EM, III, 980).
Lat. soņnis « un bélier » (EM, III, 980) < lyv. sonn.
Lat. šķēlis « le bélier » (EM, IV, 32; EH, II, 633) < moyen bas allemand žem. schele « reproducteur »⁴⁵.
Lat. špidilka « un mouton rétif qui vagabonde » (EH, II, 655), cf. lat. špidilka « une femme légère », spidelīgs « joyeux, gai, enjoué ».
45 J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, Leipzig, 1936, p. 131.
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Page 22Lat. špullinš « un agneau » (EH, II, 655), cf. lat. spulligs (?) « gai, vif, agile », spulung'is « un garçon vif et indomptable, également un jeune bœuf ».
Lat. uzpilis « un agneau de l’année précédente » (EM, IV, 365), cf. lat. atpilis, daplis.
Lat. vemelis (?) « un bélier castré » (EM, IV, 536) doit peut-être être rapproché du lat. vembele « une femme grosse, pas grande; une injure en général (par exemple adressée à des vaches) », cf. est. vemmel (gén. vemble) « gourdin » (EM, IV, 536).
Lat. viēnmitis « l’unique agneau d’une brebis » (EM, IV, 661), cf. lat. mist « se nourrir, vivre, séjourner ».
Lat. viēnžālis « un agneau qui a tété seul auprès de sa mère » (EM, IV, 668), cf. lat. zīst « téter ».
Lat. vizbulina « épithète de la brebis » (EM, IV, 630), cf. lat. vizbulis « l’anémone », lat. vizbulis « la boucle (?) » (augat, mani gari mati, vizbuḷuos, EM, IV, 630).
Après avoir passé en revue les noms du mouton dans les langues baltes et slaves, nous pouvons tirer les conclusions suivantes. Dans ces langues, l’ancien nom indo-européen du mouton s’est bien conservé; de ce nom dérive également le nom du bélier, propre aux seules langues baltes et slaves. Dans les langues slaves, on trouve des noms anciens de l’agneau d’origines diverses, dont l’un coïncide probablement avec le nom balte de l’agneau. Dans les langues baltes comme dans les langues slaves, il existe un très grand nombre de noms plus récents désignant le mouton, le bélier et l’agneau. Le nom prussien du mouton, qui est lui aussi d’origine plus récente, n’a de cognats dans aucune autre langue.
LA CHÈVRE
Compagne de l’homme depuis des temps très anciens, même si elle n’est peut-être pas aussi répandue que les autres animaux domestiques, la chèvre. La chèvre domestique (Capra hircus) descend d’espèces de chèvres sauvages qui vivent encore aujourd’hui dans certaines régions montagneuses d’Asie, d’Europe et d’Afrique1.
Comme animal domestique, la chèvre était déjà connue de nombreux peuples anciens d’Asie, d’Europe et d’Afrique. Des représentations de chèvres figurent dans les dessins sumériens2. Divers peuples utilisaient les chèvres à des fins cultuelles. Ainsi, l’expression bouc émissaire, employée encore aujourd’hui dans de nombreuses langues du monde, provient du rituel des anciens Hébreux mentionné dans l’Ancien Testament (Lév. 16): le grand prêtre « déposait » sur le bouc les péchés de son peuple et l’envoyait dans le désert, auprès du démon Azazel.
Dans l’« Odyssée », il est mentionné qu’Ulysse possédait, entre autres animaux, douze troupeaux de chèvres. Pline l’Ancien (23/24 – 79 apr. J.-C.) indique dans son « Histoire naturelle » que les Gaulois fabriquaient un excellent savon à partir de graisse de chèvre: « Le savon est également utile; cette invention des Gaulois sert à teindre les cheveux en roux. Il est fabriqué à partir de graisse et de cendres, les meilleures étant celles de hêtre et de chèvre. Il en existe deux sortes: solide et liquide. Les deux sont davantage utilisés par les hommes que par les femmes dans les régions germaniques »3.
1 C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 203–209; O. Keller, Thiere des classischen Altertums in Culturg eschichtlicher Beziehung, Innsbruck, 1887, p. 37–52.
2 M. Hilzheimer, Haustier, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 220; V. I. Avdijevas, Senovės rytų istorija, Vilnius, 1954, p. 39, 40, 43.
3 « Le savon est utile, également; invention des Gaulois pour rougir les cheveux. Il se fabrique avec de la graisse et des cendres, les meilleures étant celles de hêtre et de chèvre; il existe sous deux formes, solide et liquide. Les deux sont davantage utilisés chez les Germains par les hommes que par les femmes », Hist. nat., XXVIII, 191, cf. O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, II, p. 693.
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Page 23Des traces de chèvres ont été retrouvées dans les vestiges néolithiques de nombreux pays d’Europe. Dans les vestiges des habitats lacustres suisses, on a même découvert davantage de traces de chèvres que de moutons4.
La chèvre est également un animal connu depuis longtemps dans les pays baltes et slaves. Les données historiques comme linguistiques en témoignent5. Cependant, les sources historiques ne fournissent guère d’informations sur une quelconque importance économique majeure de cet animal. Un fait linguistique tend toutefois à montrer que, dans les pays slaves, la chèvre était appréciée à un certain égard, précisément pour son pelage. En effet, dans de nombreuses langues slaves, le nom de la peau (cf. vieux slave koža, russe кожа, ukrainien кожа, biélorusse кожа, bulgare кожа, serbo-croate кожа, slovène koža, tchèque kůže, slovaque koža, sorabe inférieur koža, haut-sorabe koža, bas-sorabe koža), dont le sens premier aurait été « peau de chèvre »; koža « peau » <.*koziję: koza « chèvre »6, comme grec φώ « peau de mouton »: ὄϊς « brebis », sanskrit ajñam « peau »: ajáḥ « bouc ».
Sur les territoires actuels de la Lituanie et de la Lettonie, des os de chèvre ont déjà été découverts dans les vestiges d’habitats néolithiques7. Les os de chèvre constituent une proportion assez importante des os d’animaux domestiques découverts dans les sites fortifiés de Nemenčinė, Migonys et Bačkininkėliai. Ces vestiges sont datés du Ier au IVe siècle de notre ère. Les tribus baltes utilisaient aussi les boucs à des fins cultuelles8.
Dans une lettre du 24 janvier 1409 adressée au maître de l’Ordre, le grand-duc de Lituanie Vytautas se plaint que le vaitas de Samogitie ait interdit aux Haut-Lituaniens « d’acheter du miel, des chevaux, des chèvres et du bétail » dans le pays samogitien9. Cependant, dans l’ensemble, la chèvre est rarement mentionnée dans les anciens documents historiques lituaniens, en comparaison avec les autres animaux domestiques10.
Dans les traditions populaires lituaniennes comme lettones, la chèvre est généralement considérée de manière négative11.
Cette attitude envers la chèvre semble également avoir prévalu chez les anciens Indo-Européens. A. Meillet affirme, semble-t-il à juste titre, que c’est pourquoi les noms de la chèvre et du bouc ne présentent pas, dans le lexique des langues indo-européennes, cette unité qui caractérise, à des degrés divers, les noms des autres animaux domestiques12. En outre, la diversité des noms de la chèvre pourrait aussi s’expliquer par les fonctions cultuelles de cet animal: ces fonctions s’accompagnaient de diverses interdictions de prononcer son nom13.
Dans les langues indo-européennes, on peut distinguer plusieurs aires caractérisées par des appellations de la chèvre. Il faut également préciser que, dans certaines langues, un même nom d’origine commune désigne les animaux des deux sexes, tandis que dans d’autres, le plus souvent en raison de changements intervenus relativement récemment
4 O. Schrader, ten pat, p. 692.
5 Л. Нидерле, Славянские древности, p. 320; W. Hensel, Die Slawen im frühen Mittelalter, Berlin, 1965, p. 77—79.
6 W. Hensel, ten pat, p. 380; A. Brückner, St. et., p. 263; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 589.
7 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 79; Latvijas PSR vēsture, I, p. 11.
8 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, ten pat, p. 252—253; A. Kamiński, Jaćwież, Łódź, 1953, p. 126—127; К. Паавер, Формирование териофауны и изменчивость млекопитающих Прибалтики в голоцене, p. 368.
9 Lietuvos TSR istorijos šaltiniai, I, Vilnius, 1955, p. 64.
10 Ten pat, p. 575.
11 EM, II, p. 182—183; K. Straubergs, *Latviešu buramie vārdi*, II, Riga, 1941, p. 799 (index); *Patarlės ir priežodžiai*, Vilnius, 1958, p. 468 (index); *Lietuvių tautosakos apybraiža*, dir. K. Korsakas, Vilnius, 1963, p. 373; *Latviešu sakāmvārdi un parunas*, comp. E. Kokare, Riga, p. 324, 330 (index).
12 A. Meillet, Wstęp do językoznawstwa indoeuropejskiego, Warszawa, 1958, p. 327.
13 H. Kronasser, Handbuch der Semasiologie, Heidelberg, 1952, p. 172.
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Page 24À la suite de changements, les noms de la femelle et du mâle sont distingués; on emploie pour eux des mots d’origine complètement différente.
Dans les langues slaves, le nom de la chèvre est largement répandu, mais son origine et ses rapports avec les noms de la chèvre dans les autres langues indo-européennes demeurent jusqu’à présent très obscurs. À vrai dire, plusieurs explications semblent assez bien motivées, mais elles se contredisent le plus souvent. Une chose est claire: ce nom remonte déjà au proto-slave. Les noms du chevreau et du bouc qui en sont dérivés sont eux aussi proto-slaves; cf. vieux slave koza « chèvre », russe коза « chèvre », козёл « bouc », козлёнок « chevreau », etc.14
Ce nom slave de la chèvre est également passé en letton, cf. letton kaza, où il a remplacé l’ancien nom balte de la chèvre, correspondant au lituanien ožką et au vieux prussien wosee. Sa diffusion en letton a pu être favorisée par le fait que, pour les autres animaux domestiques, les noms du mâle et de la femelle sont le plus souvent des mots de racines différentes. Ainsi, à côté du nom balte du bouc āzis, le nom d’origine slave de la chèvre kaza est apparu en letton, supplantant complètement le balte *āz(k)a ou *āze.
À côté de la forme kaza, on trouve aussi en letton kazlēns « chevreau; petite chèvre », kazlēniņš, kazelēns, kazulis « chevreau », kazulēns, kazuls, kaza « chèvre », kazla (EM, II, 183—4; EH, I, 597). Des formes telles que kazuls, kazla proviennent vraisemblablement du russe козёл « bouc », tandis que les autres sont apparues en letton même, à partir de la forme kaza.
En lituanien, la forme kaza est presque absente. Il est vrai qu’on la trouve dans le dictionnaire de M. Miežinis. Mais M. Miežinis l’a probablement empruntée au letton (LKŽd., V, 458). Parfois, cette appellation de la chèvre est employée à demi pour plaisanter dans certains dialectes lituaniens voisins de la Lettonie.
Comme on l’a indiqué, le slave kaza a fait l’objet de diverses explications. H. Peterson, s’appuyant sur un parallèle sémantique indo-européen très peu convaincant, *ghaid- « chèvre »: sanskrit jihīte « s’élance, bondit », a rattaché le slave koza, en tant qu’« animal qui saute », au lituanien kėžoti « marcher en écartant les jambes; trottiner », et au lituanien kėža « jambe, pied, patte »¹⁵. Le rapprochement de H. Peterson est toutefois totalement infondé, car les mots lituaniens cités sont sans doute d’origine plus récente et leur sens premier n’a aucun rapport avec la marche ou le saut.
On a tenté de rapprocher le slave koza d’autres noms indo-européens de la chèvre. Certains linguistes (K. Uhlenbeck, E. Zupitza) ont rapproché le nom slave de la chèvre du sanskrit chūgah « bouc ». Cependant, le sanskrit chāgah, cf. aussi le sanskrit chāgā « chèvre », chagalāḥ « bouc », et l’ossète sāy « chèvre » sont des mots d’origine incertaine; de plus, leur rapprochement avec le nom slave de la chèvre soulève également des difficultés phonétiques¹⁶.
Le rapprochement du slave koza avec l’albanais kedh « chevreau », le vieil anglais hæcen et le vieil islandais hōhen¹⁷, en reconstruisant une forme proto-indo-européenne *kog(a), est très douteux, bien qu’il compte de nombreux partisans.
V. Georgiev¹⁸ va encore plus loin. Il reconstruit les formes proto-indo-européennes *(s)kag-, *(s)kōg’, *(s)kēg-, en reliant entre elles non seulement le slave koza et l’albanais kedh, mais aussi le sanskrit chāgah déjà mentionné, ainsi que des noms propres thraces Κοζας, Κοζείλας, etc. Cette dernière tentative est elle aussi très hypothétique.
14 О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 86; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 589—590.
15 H. Petersson, IF, 35, p. 272.
16 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 406; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 589; O. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 86.
17 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 589; H. Pedersen, KZ, 36, p. 335; O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, III, p. 692.
18 В. Георгиев, Исследования по сравнительно-историческому языкознанию, p. 121.
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Page 25Il nous semble que les tentatives visant à rattacher le slave koza à un autre nom indo-européen de la chèvre, à savoir le sanskrit ajāḥ « bouc », ajā « chèvre », le lituanien ožys, ožka, etc., sont plus convaincantes. E. Brückner19 tend à voir dans le nom slave de la chèvre une métathèse (koza < *ozka). Toutefois, l’hypothèse d’E. Brückner se heurte au fait que le nom de la chèvre avec le formant -k- ne se rencontre qu’en lituanien: les autres langues baltes et, plus généralement, les langues indo-européennes qui possèdent des noms de la chèvre de cette origine n’ont pas de formant -k- dans ces mots. Le formant -k- du mot lituanien est donc vraisemblablement une innovation relativement récente.
A. Meillet20, s’appuyant sur le slave kostb « os »: le sanskrit ásthi « os, jambe », le grec ὀστέον, estimait que le k du nom slave de la chèvre était un ajout. V. Machek21 partageait cette opinion. L’explication d’A. Meillet serait très convaincante par ailleurs, mais il manque d’autres cas comparables d’ajout de consonnes pour l’étayer (le rapport entre le sanskrit áśru, le lituanien ašara et le grec δάκρυ, l’irlandais dér est très incertain22), hormis, bien sûr, i et u, souvent ajoutés aussi bien dans les langues slaves que baltes. Quoi qu’il en soit, les langues slaves ont tendance à commencer les mots par une consonne. En outre, un tabou a peut-être également joué un rôle ici. L’existence antérieure, dans les langues slaves, d’un nom de la chèvre correspondant directement au sanskrit aja serait attestée par le vieux russe язъно « peau », язънарь « tanneur, maroquinier », язъненъ « en cuir »23 (pour le sens, cf. avestique izaēna « en cuir »: grec αἴξ « chèvre », sanskrit ajīnam « peau »: sanskrit ajāḥ « bouc », slave koža « peau »: slave koza « chèvre »), et peut-être aussi par le russe язь « un poisson, Idus melanotus, Cyprinus rutilus », que l’on cherche, comme nous le verrons plus loin, à rattacher au sanskrit ajā, etc.
L’affluent de rive gauche du Dniepr Ажовка est également à rattacher à ce nom de la chèvre issu de cette racine. La présence d’une autre rivière, Козелинка, non loin de ce cours d’eau étaye particulièrement ce rapprochement. Le russe Ажовка est toutefois vraisemblablement un baltisme, et non un vestige de l’ancien nom slave de la chèvre24.
Certains estiment que le slave koza est un emprunt aux langues orientales. O. Trubačëv25 tente récemment d’étayer cette opinion par de nouveaux arguments. Reprenant l’idée avancée autrefois par F. Korsch, selon laquelle le slave koza pourrait provenir du turc kaza (cf. le turc keči, le tatar de Kazan kājā, le bachkir kāžā), il suppose que le lituanien ožkà, le sanskrit ajā et leurs apparentés pourraient également être d’origine turque. En effet, dans les langues turques, à côté des noms de la chèvre avec k- qui viennent d’être mentionnés, il en existe aussi sans k- initial, qui ressemblent étonnamment aux noms indo-européens de la chèvre, surtout au lituanien, cf. le ouïghour äčкü, öčkä, l’ouzbek äčкi, le kazakh äśкі, le kirghiz äčкі, le karaïm äčкі. Il nous semble que le point faible de l’hypothèse d’O. Trubačëv est qu’il considère le -k- du nom lituanien de la chèvre comme très ancien. O. Trubačëv rapproche le lituanien ožkà du sanskrit ajikā et du moyen-perse azak. Toutefois, les formants -k- de ces mots sont certainement apparus indépendamment.
19 A. Brückner, Sl. et., p. 262.
20 A. Meillet, Études sur l’étymologie et le vocabulaire du vieux slave, Paris, 1902–1905, p. 246; A. Meje, Общеславянский язык, Москва, 1951, p. 396.
21 V. Machek, Et. sl., p. 229–230.
22 J. Zubatý, BB, 18, p. 159–160; J. Pokorny, Et. Wb., p. 23, 179; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 61.
23 И. И. Срезневский, Материалы для словаря древнерусского языка, III, Петербург, 1912, p. 1650; M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 485; J. Zubatý, AfslPh, 16, p. 396.
24 В. Н. Топоров и О. Н. Трубачев, Analyse linguistique des hydronymes du Haut-Dniepr, Moscou, 1962, p. 175.
25 О. Н. Трубачев, Происхождение..., 87–89.
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Page 26En sanskrit, ajikā, ajakā sont des diminutifs du mot ajá « chèvre »; en lituanien, comme le montrent les faits du vieux-prussien, le -k- de ožkà a dû apparaître déjà sur le sol de la langue lituanienne. E. Fraenkel tend à penser que -k- est ici un suffixe exprimant le mouvement.26. Que le lituanien ožkà soit issu de la forme ožikā, comme le supposent certains chercheurs,27 est difficile à croire.28. Ainsi, il serait néanmoins plus sûr de considérer le skr. ajā, le lituanien ožkà et leurs autres apparentés comme d’anciens noms indo-européens de la chèvre, caractéristiques des langues indo-européennes orientales.
Ces dénominations sont assez largement attestées dans les langues indo-européennes; cf. le skr. ajáḥ « bouc », ajā « chèvre », le moyen-perse azak « chèvre », le persan moderne azg, l’albanais dhi « chèvre » (on suppose qu’il vient de *adhi, comme sy « œil » < asii29), le lituanien ožys, ožkà, le vieux-prussien wosee « chèvre », wosux « bouc », et le letton āzis « bouc ». Nous avons déjà mentionné les traces de ce nom de la chèvre dans les langues slaves. O. Haas est enclin à retrouver des traces de ce nom indo-européen de la chèvre également sur le territoire grec, en traduisant l’inscription Zeus Aseis portée par une monnaie phrygienne par « dieu bouc »30, et en expliquant aussi le sens premier du gr. ἀσκός « récipient » par « récipient en peau de chèvre »31. On retrouve probablement ce nom de la chèvre également en tokharien; cf. le tokh. A ās « chèvre », et le tokh. B asiye « chèvres, caprin ». Il serait toutefois, semble-t-il, parvenu en tokharien depuis un dialecte iranien32. On tente également de rattacher à ce nom indo-européen de la chèvre un nom slave de poisson: russe язь « ce poisson, Idus melanotus, Cyprinus rutilus », polonais jaź « Leuciscus idus », tchèque jazek, haut-sorabe jazyca, bas-sorabe jaz, jazk. A. Janzén33, le premier à avoir proposé cette étymologie, s’appuie sur le fait qu’en allemand cette espèce de poisson est appelée Ziege « chèvre »: cela s’expliquerait par les barbillons particuliers du poisson; cf. l’allemand Bartkarpfen. D’autres linguistes sont également enclins à approuver l’étymologie d’A. Janzén34. Dans les parlers lituaniens de Prusse-Orientale et de la région de Klaipėda, ožkà s’emploie aussi au sens du poisson mentionné, mais il s’agit probablement d’un calque de l’allemand.
Le lituanien ožys et les autres noms indo-européens de la chèvre issus de cette racine sont parfois rapprochés du skr. ájati « pousse », du gr. ἄγω « je pousse », etc.35 Un tel rapprochement est toutefois difficile à démontrer.
Comme nous le voyons, le lituanien a bien conservé l’ancien nom aussi bien du mâle que de la femelle de cet animal. Les mots ožys, ožkà servent également à former diverses désignations des petits de cet animal: ožiukas, ožkiukas, etc. Ainsi, en lituanien, la chèvre est le seul animal domestique d’élevage dont la dénomination ne présente pas de supplétisme caractéristique; cf. brebis — bélier — agneau, cheval — jument — étalon — poulain, vache — taureau — veau — veau, etc. Le supplétisme n’est pas non plus caractéristique du nom slave de la chèvre. O. Trubačev36 invoque cette circonstance comme argument en faveur de l’hypothèse selon laquelle le slave koza serait un terme emprunté. Certes, cette circonstance semble distinguer le nom de la chèvre de ceux des autres animaux domestiques, mais elle ne constitue pas un argument permettant d’établir son ancienneté ou sa nouveauté.
26 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 519; Glotta, 34, p. 307.
27 R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 22.
28 Pr. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 122.
29 J. Pokorny, Et. Wb., p. 7; H. Pedersen, KZ, 36, p. 320, 335.
30 O. Haas, Lingua Posnaniensis, 3, p. 87.
31 O. Haas, Lingua Posnaniensis, 7, p. 74.
32 A. J. Van Windekens, Orbis, XII, 2, p. 590—591.
33 A. Janzén, ZfslPh, 18, p. 29—32.
34 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 486; V. Machek, Et. sl., p. 172; F. Sławski, Sl. et., I, p. 532—533; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 519.
35 C. D. Buck, Dict., p. 165.
36 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 89.
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Page 27À partir des mots ožys, ožka, le lituanien a formé un très grand nombre de noms de lieux et d’hydronymes37.
Le letton āzis se rencontre également dans de nombreux toponymes et hydronymes lettons38. Il est caractéristique qu’en toponymie lettone, le nom balte ancien désignant la chèvre femelle fasse totalement défaut (: lituanien ožka, vieux-prussien wosee), tandis que l’on trouve de nombreux toponymes issus de l’emprunt slave kaza39. Cette circonstance laisserait penser que le nom slave de la chèvre est entré en letton à une époque très ancienne.
Ce nom indo-européen de la chèvre est bien conservé en vieux-prussien. Outre le vieux-prussien wosee déjà mentionné (glossaire d’Elbing, mot 676), et wosux (glossaire d’Elbing, mot 675 — Wosux Bok)40, les monuments de la langue vieux-prussienne fournissent d’autres attestations confirmant l’authenticité des formes de ce nom de la chèvre. Il s’agit tout d’abord du mot 677 du glossaire d’Elbing, Wolis-tian Zickel, qu’il faut sans doute corriger en Wosistian (« chevreau »)41. Le glossaire d’Elbing contient également le mot Wosigrabis Spilbōm (mot 611)42. Que le premier élément de ce mot soit indissociable du nom vieux-prussien de la chèvre est attesté par le lituanien ožėkšnis, employé au sens de l’allemand Spindelbaum. Le second élément du mot vieux-prussien, -grabis, est à rapprocher du russe гра́б « charme »43.
Des traces manifestes de ce nom de la chèvre se rencontrent aussi dans la toponymie vieux-prussienne: Wō-sebirgo, Wosispile (< vieux-prussien wosee + cf. lituanien pilis), Wozekaym (< vieux-prussien wosee + vieux-prussien caymis « village »), Wozie44.
Le lien entre ces noms de lieux et le nom de la chèvre ne fait aucun doute. Le toponyme Wosepille possède même un équivalent allemand, Ciginburg.
On pourrait également rattacher au nom vieux-prussien de la chèvre le toponyme des documents de 1374 Woselowken, que J. Gerullis explique autrement45.
Les seconds éléments des toponymes vieux-prussiens mentionnés sont par ailleurs clairs: vieux-prussien *pilis (: lituanien pilis, letton pils), vieux-prussien caymis « village », vieux-prussien laucks « champ, terre ». Seul l’élément -birgo, -birge pose problème. Les interprétations proposées — rapprochement avec le lituanien brìgis « plancher d’une écurie », le tchèque brh « grotte, caverne »46 — sont très peu convaincantes. Ne s’agirait-il pas d’une graphie erronée de l’allemand -burg? Ainsi, Wosebirge ne serait qu’une variante « germanisée » du vieux-prussien Wosepille.
Le nom vieux-prussien de la chèvre comporte partout un v- prothétique, qui apparaît parfois aussi dans le même mot lituanien dans certains dialectes. Cependant, dans les exemples vieux-prussiens, on ne trouve nulle part le -k- caractéristique du nom lituanien de la chèvre (ožkà).
Les langues finnoises de la Baltique ont elles aussi emprunté aux langues baltes le nom du bouc; cf. finnois vuohi, estonien voho, etc.
37 Lietuvos TSR administracinis-teritorinis suskirstymas, Vilnius, 1959, p. 839—840; Lietuvos TSR upių ir ežerų vardynas, Vilnius, 1963, p. 112—113.
38 J. Endzelīns, Latvijas PSR vietvārdi, I, 1, Rīgā, 1956, p. 72—73.
39 J. Endzelīns, même ouvrage, I, 2, Riga, 1961, p. 72—76.
40 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92; Les monuments de la langue prussienne, p. 73.
41 R. Trautmann, même ouvrage, p. 92.
42 R. Trautmann, même ouvrage, p. 91; Les monuments de la langue prussienne, p. 71.
43 R. Trautmann, même ouvrage, p. 466; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 94; J. Endzelīns, langue vieux-prussienne, 277; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 301.
44 G. Gerullis, Les noms de lieux vieux-prussiens, p. 208, 209, 234.
45 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 211; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 277.
46 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 208.
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Page 28En lituanien, le nom de la chèvre cibà, d’origine onomatopéique et généralement doté d’une nuance affectueuse ou moqueuse, est très largement employé; cf. aussi cibė, cibkė, cibaragė, cibūkas « chevreau », cibūtis, ciubė « chèvre » (LKŽd., II, 9, 10, 11). Ces mots ne se distinguent pas des onomatopées employées pour appeler ou chasser les chèvres, par exemple: cibà - cibà, cibė - cibė, cibū - cibū, cib - cib, ciubà - ciubà, pour les chasser, par exemple: cibiks, cibikš, cibekšt. De telles onomatopées sont employées dans presque tout le territoire lituanien.
Le mot imitatif cibà, ainsi que les noms de chèvre qui en dérivent, est considéré par certains comme un germanisme47, car les Allemands de Basse-Saxe emploient le mot zibbe au sens de « brebis », « chèvre », « chienne », « lapine »48; cf. le mot allemand de Prusse-Orientale Zibbe « brebis »49. En réalité, des mots d’origine semblable sont très souvent empruntés aux voisins. Toutefois, le nom de la chèvre, et avec lui le mot imitatif mentionné, ont pu apparaître spontanément en lituanien même. De tels mots imitatifs, utilisés pour appeler divers animaux et oiseaux, ainsi que les noms de ces animaux et oiseaux qui en sont issus, se rencontrent dans de nombreuses langues; cf. le letton cib - cib, cibu - cibu, cibū - cibū « cri pour appeler les poussins », le letton ciba « poule (dans le langage enfantin) », cibe, cibina, cibuks « poussin » (EM, I, 378, 379; EH, I, 269), le tchèque cip - cip « cri pour appeler les poules, les oies et les chèvres », cibi - cibi, cib - cib, ci - ci, cic - cic, le tchèque cibuška « nom affectueux de l’oie », cibunka, cibenka, ciba « poule », le slovaque cipa « poule », cipka, ciperka, cipūška, cipulienka50, le bavarois allemand zib - zib « cri pour appeler les volailles »51, le lituanien čip - čip, čipà « cri pour appeler les poussins » (LKŽd., II, 23).
Un nom de bouc d’origine onomatopéique, de structure phonétique similaire, est très largement employé dans l’aire alpine-carpatique, cf. ukrainien цап, tchèque cap, slovaque cap, polonais cap, roumain țap, albanais cjap, italien tsappo, gotique de Crimée stap52.
Le letton kizikis « une chèvre (péjoratif et plaisant) » (EH, I, 607) est également d’origine onomatopéique, cf. kiz, kiza, kize (EM, II, 387).
Dans les dialectes lettons, un nom de bouc d’origine allemande est assez largement employé, cf. letton buks « le bouc, le mâle de certains quadrupèdes », bucis, bucēns « un jeune bouc », bucēns, bucins, buciņš, bucītis, bukelis (EM, I, 344, 346–7; EH, I, 248, 250), bucīte « la chèvre » (EH, I, 248). La source de ces noms est le bas allemand buck « bouc »53. Le nom du bouc issu de cette racine est assez répandu dans les langues indo-européennes, mais son origine n’est pas claire54.
Le mot būkas « bouc sauvage (chevreuil mâle) » (LKŽd., I, 930) se trouve également en lituanien. La répartition géographique du mot lituanien indiquerait qu’il est entré en lituanien par l’intermédiaire du letton.
Comme nous le voyons, les trois langues baltes ont conservé l’ancien nom indo-européen du bouc. Le letton n’a pas conservé le nom de la chèvre issu de cette racine: un emprunt slave s’est imposé à sa place. La relation entre le nom slave de la chèvre et les noms indo-européens conservés dans les langues baltes est une question très complexe. Il se peut qu’il s’agisse de mots de même origine, le nom slave ayant simplement subi une évolution phonétique.
47 LKŽd., II, p. 9.
48 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 69.
49 H. Frischbier, Preussisches Wörterbuch, II, Berlin, 1883, p. 492.
50 V. Machek, Et. sl., p. 57–58.
51 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 69.
52 V. Machek, Et. sl., p. 54; M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 281; C. D. Buck, Dict., p. 165; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 89.
53 J. Sehwers, Sprachlich - kulturhistorische Untersuchungen, p. 20.
54 J. Pokorny, Et. Wb., p. 174; F. Kluge, Et. Wb., p. 87.
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Page 29LES GRANDS BOVIDÉS
L’histoire de la domestication des grands bovidés, comme celle de nombreux autres animaux domestiques, est très complexe. On estime que les races de grands bovidés domestiques les plus répandues en Europe descendent des aurochs (Bos primigenius), qui, comme l’indiquent les vestiges archéologiques et diverses sources écrites, étaient encore assez nombreux dans cette région à une époque relativement récente. Les aurochs étaient particulièrement abondants en Pologne, ainsi que sur les territoires de la Lituanie et de la Lettonie. En Pologne, ils ne disparurent définitivement qu’au début du XVIIe siècle (la dernière femelle d’aurochs mourut en 1627). La région située entre les côtes de la Méditerranée et l’Inde est considérée comme le foyer de domestication des grands bovidés européens. Leur domestication s’est assurément déroulée sur une très longue période; elle a peut-être commencé dès le VIe millénaire avant notre ère et s’est poursuivie jusqu’au IIe millénaire avant notre ère.1
De nombreux peuples de l’Antiquité élevaient des grands bovidés pour diverses raisons. Les dessins montrent que les Sumériens en élevaient depuis des temps immémoriaux. Dans leur écriture, le mot « taureau » était généralement représenté par un dessin linéaire figurant une tête de taureau2. La représentation schématique d’une tête de taureau, modifiée par la suite par différents peuples, devint le premier signe de nombreux alphabets; le nom hébreu du taureau, aleph, devint le nom de ce signe — en grec alfa.
Bien avant l’époque des pharaons, on élevait des grands bovidés en Égypte. Le taureau jouait également un rôle très important dans la religion des anciens Égyptiens3.
Les grands bovidés étaient également élevés très tôt dans la Chine ancienne. Les taureaux et les vaches y étaient largement utilisés dans les pratiques cultuelles. On sait que, lors de cérémonies religieuses solennelles, on sacrifiait parfois quarante taureaux aux dieux, et qu’une inscription rapporte que trois cents vaches furent sacrifiées en une seule fois. Le roi lui-même inspectait parfois les taureaux destinés au sacrifice4.
La vache jouait également un rôle très important dans la religion de l’Inde ancienne. Dans la plus ancienne poésie religieuse, les dieux et les déesses indiens sont le plus souvent comparés à des taureaux et à des vaches. La popularité et l’importance des grands bovidés ressortent aussi clairement du fait que, par exemple, le mot de l’ancienne langue indienne gāviṣṭiḥ « combat, désir » (< gāuḥ « vache, bovin » + eṣati « cherche ») avait pour sens premier « désir d’acquérir des vaches »5.
On trouve également des ossements de grands bovidés dans les vestiges archéologiques du Néolithique de nombreux sites européens. Pour les peuples indo-européens, les grands bovidés, et particulièrement les vaches, constituaient la principale mesure de valeur et d’échange. Le prix d’achat des personnes était calculé en têtes de bétail. L’« Avesta » indique que le tribut était acquitté en bétail hono-
C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 116–168; E. A. Богданов, Origine des animaux domestiques, Moscou, 1937, p. 110–167; O. Keller, Tiere des classischen Altertums, p. 57–62; K. Пававер, Formation de la faune et variabilité des mammifères des pays baltes à l’Holocène, p. 307–340; K. Paaver et P. Kulikauskas, Acta Baltico-Slavica, 2, p. 264–265.1
2 M. Hilzheimer, Haustier, – M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 219; V. I. Avdijevas, Senovės rytų istorija, p. 95; Д. Дирингер, Алфавит, Москва, 1963, p. 64.
3 C. Keller, ten pat, p. 119–121; M. Hilzheimer, ten pat, p. 219; V. I. Avdijevas, ten pat, p. 171.
4 V. I. Avdijevas, ten pat, p. 576, 582.
5 C. Keller, ten pat, p. 123; V. I. Avdijevas, ten pat, p. 543–544; M. Mayrhofer, Et. Wb., p. I, 331.
9. Baltų ir slavų kalbų ryšiai
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Page 30… pour les médecins et les ecclésiastiques. Les anciens Irlandais auraient payé des amendes avec des vaches, des mythes, etc.6
Les découvertes archéologiques comme les divers documents écrits montrent que les grands bovins étaient également très répandus comme animaux domestiques dans les pays slaves. Les bœufs constituaient la principale force de traction dans l’exploitation agricole7.
Dans les établissements du territoire lituanien datés du début du IIe millénaire av. n. è., on trouve davantage d’ossements de grands bovins que de ceux des autres animaux domestiques. Dans les vestiges de périodes ultérieures, par exemple du Ier au IVe siècle de n. è., provenant des sites fortifiés de Nemenčinė, Migoniai, Dovainonys et Bačkininkėliai, les ossements de grands bovins constituent la plus grande proportion des ossements d’animaux domestiques retrouvés8.
Des traces de grands bovins apparaissent également dans les vestiges du IIe millénaire av. n. è. sur le territoire de l’actuelle Lettonie9.
Les grands bovins, et surtout les bœufs, sont souvent mentionnés dans diverses sources historiques lituaniennes10.
L’ancien nom indo-européen du grand bovin, reconstitué sous la forme proto *guou-, est bien conservé dans de nombreuses langues indo-européennes, cf.: skr. gauḥ « bovin », av. gauš, gr. att. βοῦς « bovin, vache », lat. bōs, -vis « bœuf, taureau, vache », haut-all. anc. chuo « vache », arm. kov, irl. anc. bō, tokh. A ko, tokh. B kau, russe anc. говядо « bœuf », let. gūovs « vache »11.
Le sens originel de l’indo-européen *guou- est assez obscur. Certains chercheurs considèrent ce nom indo-européen du grand bovin comme un emprunt à des langues non indo-européennes; d’autres tentent d’en expliquer l’origine en s’appuyant sur les données indo-européennes. Les premiers rapprochent l’indo-européen *guou- du sumérien gu (forme plus ancienne gud) « bovin, taureau », du chinois ngú, du tibétain go-lang « taureau » et du ket (ostiak du Ienisseï) kuos « bovin ». Ainsi, G. Ipsen estime que les Indo-Européens ont emprunté aux Sumériens, vers trois mille ans av. n. è., le nom du bovin en tant qu’animal de culte.12 Les seconds rapprochent l’indo-européen *guou- du gr. βόσκω « je fais paître, je nourris », βοσκή « fourrage, pâturage », βοτόν « berger », du lituanien gaujà, gùiti, guotas « troupeau, bande »13. O. Trubačiovas, tout en adhérant en partie à cette explication de l’origine de l’indo-européen *guou-, estime que tant le nom du bovin que les mots qui viennent d’être mentionnés résultent de l’évolution de l’indo-européen *gue-/*guo- « aller » (cf. got. giman, gr. βαίνω, lat. venio, hitt. wem-). Ainsi, le sens originel de l’indo-européen *guou- aurait été « (troupeau) qui se déplace », cf. les mots apparus sémantiquement de la même manière et employés dans un sens similaire: gr. πρόβατα, isl. anc. gandandi fē14. M. Budimir a tenté de rapprocher l’indo-européen *guou- de l’indo-européen *gueā « courber », en se fondant principalement sur le fait que certaines races de grands bovins sauvages se caractérisent par…
6 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, p. 161—162, 255, 371—372; C. Keller, même ouvrage, p. 123.
7 Л. Нидерле, Славянские древности, p. 320; W. Hensel, Die Slawen im frühen Mittelalter, p. 85—91.
8 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 79, 252—253; K. Паавер, même ouvrage, p. 368, 371; K. Paaver i P. Kulikauskas, même ouvrage, p. 268.
9 Latvijas PSR vēsture, I, p. 11; K. Паавер, même ouvrage, p. 367—370.
10 Sources de l’histoire de la RSS de Lituanie, I, p. 575.
11 J. Pokorny, Et. Wb., p. 482—483.
12 G. Ipsen, IF, 41, p. 175—177; H. Wagner, KZ, 75, p. 58—75; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 38; J. Pokorny, Et. Wb., p. 483.
13 J. Pokorny, Et. Wb., p. 483.
14 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 39.
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Page 31des bosses saillantes¹⁵. A. Brückner rapprochait ce nom indo-européen du bovin du skr. gu « déféquer », gūhah « fumier, excréments », pol. gówno¹⁶. Tout en admettant une origine indo-européenne *gʷou-, il semble que le rapprochement le plus plausible soit avec l’indo-eur. *gʷe-/*gʷo- « aller ». Toutefois, du point de vue sémantique, il nous semble préférable d’expliquer ce nom d’animal non pas par « celui qui va », mais par « celui qui est né ». Une telle interprétation serait étayée par le liet. kėltuva « bovin »: liet. kė́lti, kilti, kiltis; gr. πόρτις « veau, jeune vache », arm. ort « veau », ossète firton « bovin »: liet. perėti, lat. pario, -ere « enfanter »¹⁷.
L’indo-eur. *gʷou-, assorti du suffixe -ed- propre aux langues slaves, n’est conservé que dans ces dernières. Il est vrai que dans certaines langues, les mots issus de cette racine ne sont plus employés au sens de « grand bovin », mais ne subsistent que dans le nom de la viande de cet animal, cf.: vieux-slave goveždb « bovin », vieux-russe говядо « taureau », russe говядина « bœuf », ukrainien гов’ядина, biélorusse гаўяда « bovin », bulgare говедо, serbo-croate говедо « taureau », slovène govẹdo « bovin », tchèque hovado, slovaque hovado, polonais owiezina « bœuf », haut-sorabe howjado « bovin », bas-sorabe gowedo¹⁸.
L’ancien nom indo-européen du bovin est probablement conservé aussi dans un autre mot composé slave: vieux-slave gumъno « aire de grange », russe гумно, tchèque humno, etc. < *gu- « bovin » + *meti « fouler », russe мять. La signification première de gumъno était donc « lieu où les bovins foulent (les gerbes) »¹⁹.
Certains chercheurs tendent à voir également des traces de l’ancien nom du bovin dans les langues slaves: russe говно « fumier, excréments », tchèque hovno, etc. Le sens premier du russe говно aurait ainsi été « fumier de bovin »²⁰. Toutefois, le mot slave en question possède aussi une autre étymologie assez solidement établie: il est rapproché du skr. gūthah « excréments »²¹. Il est vrai qu’A. Brückner, comme nous l’avons mentionné, rapprochait également de skr. gūthah, gu- « déféquer » le nom indo-européen du bovin dont nous traitons²². Cette étymologie est cependant difficile à étayer.
L’explication de V. Machek n’est pas davantage convaincante: il tente de rapprocher la forme slave gov- du nom liet. galvijas et de l’allemand Kalb « veau »²³.
Ainsi, l’indo-eur. *gʷou- est assez bien conservé dans les langues slaves.
Parmi les langues baltes, ce nom du bovin est particulièrement bien conservé en letton: le letton gùovs correspond exactement aux noms du bovin issus de cette racine dans les autres langues indo-européennes. En letton, toutefois, gùovs ne s’emploie qu’au sens de « vache ». À côté de gùovs, on emploie couramment des formes diminutives et d’autres formes suffixées: guōtiņa, guōsniņa, guostina, guovīte, guoliņa, guoča, guosnele, guošnele, guotele, guovīņa, guōtele, guōtelēns, guotulēns (EM, I, 692–3; EH, I, 424).
Il est assez incertain que l’indo-eur. *gʷou- soit attesté en lituanien. K. Būga rapprochait de cette racine indo-européenne le liet. guotas « troupeau, bande, groupe », en expliquant que le sens premier de liet. guotas avait été « troupeau de vaches; groupe de vaches »²⁴. E. Fraenkel ne rattache pas directement le liet. guotas
¹⁵ M. Булдимир, Южнославенски филолог, 6, Београд, 1926–1927, p. 171; nurodoma iš O. Trubačiovo, ten pat, p. 39.
¹⁶ A. Brückner, Sl. et., p. 154.
¹⁷ J. Pokorny, Et. Wb., p. 818.
¹⁸ О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 35–36.
¹⁹ M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 321; V. Machek, Et. sl., p. 150; О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 37; F. Slawski, Sl. et., I, p. 377–378.
²⁰ H. Hirt, IF, 37, p. 236; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 282.
²¹ F. Slawski, Sl. et., I, p. 331; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 282.
²² A. Brückner, Sl. et., p. 154.
²³ V. Machek, Et. sl., p. 141.
²⁴ K. Būga, Œuvres choisies, II, p. 353.
8*
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Page 32avec l’idé. *gʷou-, mais avec le gr. βόσκω « je fais paître, je nourris » et ses autres apparentés²⁵, qui, comme nous l’avons vu, sont eux aussi rattachés à leur tour à l’ancien nom idé. du bovin. Il existe cependant en lituanien des mots employés au sens de « vache » dont la phonétique indique qu’ils ne peuvent être dissociés du nom idé. du bovin examiné ici: le lituanien guõtė « vache », guõtena « jeune vache » (LKŽd., III, 740–1), gūtė « nom affectueux donné à une vache » (LKŽd., III, 764). Ces mots lituaniens sont toutefois d’un usage très restreint et, de plus, on ne sait pas s’il ne s’agit pas d’emprunts. Tout d’abord, le lituanien guõtena, comme le laisserait penser sa répartition géographique (Šatės), pourrait provenir du letton guotina ou d’une forme apparentée. Le lituanien guõtė est attesté dans une chanson également recueillie près de la frontière lettone (« Šiu namo, guote, šiu namo, raguote! »). Le letton guota est vraisemblablement une formation récente à partir du diminutif guotene (EM, I, 692). Cependant, en lituanien, outre les mots mentionnés ici, employés près de la frontière lettone, la forme guõtė « femme de mauvaise conduite; négligente », dont le sens premier a pu être « vache », se rencontre dans les environs de Liškiava et de Veisiejai, où elle n’a pas pu parvenir directement du letton.
Le rapport entre le lituanien guõtė « champignon comestible de la famille des Hygrophoracées (Hygrophorus) » et les mots mentionnés précédemment est lui aussi assez incertain. K. Būga rattachait ce nom de champignon directement au lituanien guõtas « troupeau, groupe », car, selon lui, le champignon avait reçu ce nom parce qu’il pousse en touffes, c’est-à-dire en guõtas (« Les bolets qui poussent en guõtas, “en touffes, en bandes, en groupes”, sont appelés guõtės », Slnt; guõtės poussent en bandes, « en touffes » Jnš, Kp, Šiauliai)²⁶. Toutefois, l’origine du lituanien guõtė peut aussi s’expliquer par le sens de « champignon de vache »; comparer également le letton guotenes ou guovju pekas « Kuhpilz (agaricus cinnamomus) » (EM, I, 692).
Dans ses « Aistiškuose studijuose », K. Būga a signalé le toponyme lituanien Guovainiai, qu’il rattachait au letton guovs²⁷. E. Frenkel a repris cette idée de K. Būga²⁸. Cependant, on ne trouve pas la forme Guovainiai dans les autres sources de toponymes lituaniens. K. Būga pensait probablement au village de Gūvainiai, dans le district de Šilalė, à partir duquel la forme Guovainiai a peut-être été reconstruite.
Le nom d’un ruisseau, Gūragjis < guovs + rāgas (Kuršėnai), est probablement à rattacher à l’ancien nom de la vache; le nom du village Gūragiai en est issu²⁹. Sur le territoire letton, les toponymes pouvant être rattachés au mot guovs sont très nombreux³⁰.
On peut donc trouver également en lituanien certaines traces de l’ancien idé. *gʷou-. Les monuments de la langue prussienne ne conservent aucune trace de ce nom idé. du bovin.
Dans l’ensemble, de toutes les langues baltes et slaves, c’est le letton qui a le mieux conservé ce nom. Plus tard, apparemment, lorsque la femelle du bovin commença à jouer le rôle le plus important dans l’économie, le nom générique du bovin fut transféré en letton à sa femelle, la vache. En revanche, les langues slaves et le lituanien ont adopté un nouveau nom pour la vache: russe корова, ukrainien корова, biélorusse kapoba, bulgare крава, serbo-croate krava, slovène kráva, tchèque kráva, slovaque krava, polonais krowa, cachoube karva, krova, haut-sorabe kruwa, bas-sorabe krowa³¹, lituanien karvė, vieux-prussien kurwis « taureau ». Ce nom semble avoir
²⁵ E. Fraenkel, Et. Wb., p. 177.
²⁶ K. Būga, Œuvres choisies, II, p. 353.
²⁷ K. Būga, Aistiški studijai, Peterburgas, 1908, p. 25.
²⁸ E. Fraenkel, Et. Wb., p. 177.
²⁹ Nomenclature des noms des rivières et des lacs de la RSS de Lituanie, p. 55.
³⁰ J. Endzelīns, Noms de lieux de la RSS de Lettonie, I, 1, p. 343–344.
³¹ M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 629–630; О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 40.
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Page 33une étymologie fiable: de nombreux chercheurs le rapprochent du latin cornu « corne », du grec κεραός « cornu ». Le latin cervus « cerf », le cymrique carw, le breton karo, le vieux-prussien sirwis « chevreuil », etc., sont également de même origine. Il se peut que, dans les langues baltes et slaves, le nom du cerf ou d’un autre animal sauvage portant des cornes ait été transféré à la vache, d’abord peut-être à une race de vaches à larges cornes. Il est intéressant de noter qu’un processus semblable s’est produit dans d’autres langues aussi; cf. également les rapprochements du latin cornu et du grec κεραός avec l’allemand Rind « bovin », l’albanais ka (< *k’ru) « taureau »32.
V. Machek n’adhérait pas à cette explication de l’origine du lituanien karvė, du russe корова, etc. Il rapprochait ce nom de la vache du sanskrit cárvati « broie, mâche », estimant que son sens premier était « ruminant »33. Cette étymologie n’a toutefois pas obtenu d’adhésion plus large. Elle est peu convaincante, notamment parce que le sanskrit cárvati lui-même est un mot d’origine très obscure34.
En letton, on ne relève pas de traces plus nettes de parents du mot lituanien karvė: le letton karva « une vieille vache maigre; désignation moqueuse d’une femme; sobriquet injurieux pour les vaches » (EM, II, 165; EH, I, 590) est probablement emprunté au lituanien.
En vieux-prussien, comme nous l’avons déjà mentionné, un mot de cette racine est employé au sens de « taureau ». Outre le vocabulaire d’Elbing (mot 672 – Curwis Ochze), le catéchisme III présente la forme au singulier accusatif kurwan. Certains chercheurs35 considèrent le vieux-prussien curwis comme un emprunt au polonais (dans les plus anciens textes polonais, karw désigne le plus souvent « un vieux taureau paresseux »). Il est néanmoins plus probable que le vieux-prussien curwis soit un mot indigène36. Cette racine est également assez abondamment attestée dans la toponymie vieux-prussienne: Corwedompne < vieux-prussien curwis + dompne: letton dubens « le fond, le sol, la profondeur », Korwelaucken < vieux-prussien curwis + vieux-prussien laucks « champ », Kurwingen < vieux-prussien curwis + -ing-, Curwin37.
Les langues baltes et slaves possèdent une appellation du jeune bovin qui leur est propre, à savoir: le vieux slave telice, le russe теленок, l’ukrainien теля, le biélorusse цяля, le bulgare теле, le serbo-croate теле, le slovène tele, le tchèque tele, le slovaque tel’a, le polonais cielę, le cachoube celą, le haut-sorabe čelo, le bas-sorabe šele, le lituanien tėlias, teliūkas, le letton telš, teļēns38. Dans les langues baltes comme dans les langues slaves, on trouve de nombreux dérivés de cette racine; cf. le lituanien telinga, teliuotis, le letton telidze « vache gestante », teļuoties « vêler », le russe стельная « gestante », le russe телиться « mettre bas, en parlant d’une vache », etc.
Il serait sans doute difficile de trouver une autre appellation d’animal propre aux langues baltes et slaves qui ait fait l’objet d’autant d’explications étymologiques que celle-ci. Malheureusement, aucune de ces explications ne paraît pour l’instant plus convaincante que les autres.
32 J. Pokorny, Et. Wb., p. 574–577; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 225; F. Kluge, Et. Wb., p. 600; H. Hirt, Indogermanische Grammatik, II, Heidelberg, 1921, p. 117, 130; A. Bezzenberger, BB, 17, p. 216; B. Порциг, Членение индоевропейской языковой области, Москва, 1964, p. 259–260; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 119; A. Brückner, Sl. et., p. 271.
33 V. Machek, Et. sl., p. 233; V. Machek, KZ, 64, p. 262–263.
34 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 379.
35 A. Brückner, Sl. et., p. 271; J. Pokorny, Et. Wb., p. 577.
36 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 366; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 129; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 225.
37 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 30, 70–71, 77; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 199.
38 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 90; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1077–1078; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 44.
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Page 34H. Petersonas rapprochait ce nom de l’arm. t’alun « épais », du skr. tilvilah « riche, fertile »⁹. Toutefois, cette dernière étymologie n’a guère recueilli l’approbation des autres chercheurs.
J. Mikola rapprochait le lituanien tėlias et les formes apparentées du lituanien talokas « fille adulte; jeune fille », du lituanien lokyš et du prussien clokies⁴⁰.
G. Ilinskis le rapprochait du latin stolidus « stupide, absurde; sans force », stultus, du vieux haut allemand stilli « silencieux, calme » et du lituanien tylus⁴¹.
Smiešek rapprochait le slave telę du latin tollo, -ere « soulever », et du vieux haut allemand dolēn « souffrir, supporter »⁴². D’autres chercheurs sont en partie enclins à approuver cette explication. Le sens originel du nom de cet animal pourrait être « mis au monde », cf. got. barn « enfant »: *bher- « porter »⁴³.
A. Becenberger a tenté de rapprocher le lituanien tėlias du grec πέλεας « verrat »⁴⁴.
V. Machek a proposé une explication très originale de l’origine du mot telę. Selon lui, les formes slave telę, lituanienne tėlias, etc., sont issues d’une forme plus longue (comme le tchèque Řina < Kateřina), correspondant au latin vitulus « veau, jeune taureau » et au grec ἔπαλον, lesquels se rattachent à l’indo-européen *uet- (grec ἔτος) « année ». Ainsi, le sens originel de telę aurait été « annuel »⁴⁵.
K. Būga a lui aussi tenté d’expliquer l’origine du lituanien tėlias et du slave telę: il inclinait à rapprocher ces mots du slave tělo « corps »⁴⁶.
Les explications sont donc nombreuses, mais toutes suscitent de sérieux doutes⁴⁷. Il nous semble que l’étymologie de V. Machek mérite le plus d’attention. Elle est étayée par un groupe important de noms d’animaux indo-européens, précisément rattachés à la racine indo-européenne *uet- « année »; cf. skr. vatsáh « animal d’un an; veau; bovin », vatsakāh « petit veau », alb. vjetë « veau », got. wiprus « agneau d’un an », etc.⁴⁸. Le point faible de l’étymologie de V. Machek est la phonétique. Cependant, même ici, il nous semble impossible d’exclure catégoriquement qu’une forme *tel- ait pu se développer à partir de *uet-elo-.
Le lituanien telyčia « jeune vache n’ayant pas encore vêlé », comme le montre le suffixe du mot, est issu du russe телица ou de la forme biélorusse de ce mot⁴⁹. Le letton telica est également de la même origine⁵⁰.
Dans les langues baltes, un autre nom de bovin est également largement employé; en lituanien, son sens est assez proche de celui qui vient d’être examiné. Il s’agit du lituanien veršis, du letton vērsis et du prussien werstian. On ne trouve pas trace de ce nom dans les langues slaves. En lituanien, veršis s’emploie aujourd’hui dans la langue littéraire et dans une grande partie des dialectes au sens de « jeune bovin »; cf. aussi veršinga, veršiuotis, dont l’usage ne diffère pas de celui des formes mentionnées précédemment—
39 H. Petersson, Arische und armenische Studien, Lund, 1920, p. 29; M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 505.
40 J. Mikkola, BB, 22, p. 245.
41 Г. Ильинский, РФВ, 60, p. 421–424.
42 Smieszek, Materiały i Prace Komisji Językowej Akademii Umiejętności, IV, p. 397–401, plg. M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 90.
43 J. Pokorny, Et. Wb., p. 1061; C. D. Buck, Dict., p. 155.
44 A. Bezzenberger, BB, 27, p. 176.
45 V. Machek, Et. Sl., p. 524.
46 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 318, 625.
47 M. Vasmer, Et. Wb., III, p. 90; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1077; F. Slawski, Sl. et., I, p. 99; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 44–45.
48 J. Pokorny, Et. Wb., p. 1175.
49 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1078.
50 EM, IV, p. 160.
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Page 35Les formes tų telinga, teliuotis sont également attestées. Toutefois, dans certaines variétés dialectales (principalement en dzūkien), le mot veršis est employé au sens de « taureau, bœuf ». Ce sens apparaît dans le dictionnaire de K. Širvydas (« Stadnik/taurus. Wierśis », 1re éd., 174; « Byk. Taurus/Werbis », 5e éd., 22). Le letton veršis n’est utilisé qu’au sens de « bœuf, taureau ». Le vieux-prussien werstian (mot 674 du vocabulaire d’Elbing), qui dérive vraisemblablement de la forme *werstian, où -ist- est un suffixe diminutif⁵¹, est attesté au sens de « veau (Kalb) ». Ainsi, le sens originel du lituanien veršis est « taureau, bœuf ». S. D. Bakas se trompait en voyant un parallèle entre le changement de sens de l’anglais bullock, de « petit taureau » à « bœuf », et le letton veršis « bœuf » < « veau »⁵².
Le lituanien veršis, le letton vērsis et le vieux-prussien werstian sont rapprochés du latin verres « verrat, porc mâle », du sanskrit vṛṣah « taureau, bœuf », vṛṣṇih « mâle; bélier » et vṛṣaṇah « testicules ». Ces mots sont ensuite rapprochés de l’indo-européen *auer- « mouiller, arroser, couler », cf. le sanskrit vār « eau », le tokharien A wăr, etc. Ainsi, le sens originel du lituanien veršis et des formes apparentées aurait été « qui émet sa semence, qui urine ». Cette étymologie trouve de nombreux parallèles sémantiques, cf. le russe вепрь « verrat »: sanskrit vāpati « éjecte (sa semence) »; gotique auhsa « taureau », sanskrit ukṣā « taureau »: sanskrit ukṣáti « asperge »; latin ūrus « aurochs », suédois dialectal ure « taureau »: vieux norrois úr « pluie fine ». Certes, certains de ces parallèles sont discutables, mais la majorité des chercheurs souscrivent à l’explication qui vient d’être donnée de l’origine du lituanien veršis⁵³.
Le lituanien possède également le nom jautis pour désigner le mâle de la vache, mot propre à cette seule langue. Dans une partie des variétés dialectales, ce mot ne désigne pas le mâle de la vache en général, mais un bovin castré employé aux travaux agricoles. Il s’agissait vraisemblablement aussi de son sens originel. De même qu’à côté du cheval de selle žirgas est apparu arklys, l’animal utilisé pour labourer, de même jautis est apparu à côté de veršis, au sens de « veau attelé au joug ». Au départ, jautis a même pu n’être employé que dans le syntagme veršis jautis. L’étymologie du lituanien jautis ne fait aucun doute: ce mot est rapproché du sanskrit yāuti « lie, attelle », du lituanien jungas, jaug tas « courroie à laquelle on attache le joug aux cornes du bœuf de trait », etc. On peut également comparer des mots rattachés à la même racine indo-européenne, tels que le vieux norrois eykr « bête de trait, cheval » et le sanskrit yōgyaḥ « bête de trait »⁵⁴.
L’hydronyme prussien Jautin indiquerait que les anciens Prussiens possédaient eux aussi un mot correspondant exactement au lituanien jautis⁵⁵.
Comme en lituanien, les langues slaves ont également des noms distincts pour le taureau reproducteur et le bœuf de trait, cf. le russe бык « taureau » et вол « bœuf (de trait) ». Ces appellations n’ont toutefois aucun rapport avec les noms baltes correspondants pour le taureau ou le bœuf. De plus, elles sont vraisemblablement d’origine assez récente et propres aux langues slaves⁵⁶. Certes, le russe бык, que de nombreux chercheurs rapprochent d’un verbe signifiant « mugir, bêler » (cf. le tchèque býkati), a un correspondant exact en lituanien, cf. le lituanien būkas « Bota u rus stellaris »⁵⁷: lituanien būkti « mugir, bêler », baūkti. L’origine du lituanien būkas est confirmée de façon particulièrement convaincante par ses synonymes: baūblys, de lituanien baūbti, et rėklys, de lituanien rėkti.
51 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 53. 52 S. D. Buck, Dict., p. 153. 53 J. Pokorny, Et. Wb., p. 80–81; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1228–9; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 652; EM, IV, p. 565; F. Kluge, Et. Wb., p. 518; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 353; F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, p. 234. 54 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 191; J. Pokorny, Et. Wb., p. 508–510; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 110. 55 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 51, 233. 56 M. Vasmer, Et. Wb., I, 158, 216; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 41–44; F. Sławski, Sl. et., I, p. 52. 57 И. Эндзелин, Lingua Posnaniensis, 1, p. 3.
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Page 36En lituanien littéraire, ainsi que dans certains dialectes, on emploie le nom du taureau reproducteur būlius. Ce mot, comme le letton būlis, est emprunté à l’allemand; cf. l’allemand de Prusse-Orientale boll, bull, le moyen bas allemand bulle58. Le nom allemand du taureau reproducteur est associé à l’indo-européen *bhel- « enfler, souffler, gonfler », cf. l’anglais ballock « testicule »; le grec φαλλός « pénis », le vieil irlandais ball, etc. 59 Le taureau reproducteur aurait donc reçu ce nom d’après ses organes génitaux.
Comme nous l’avons indiqué, les langues baltes n’ont pas conservé le sens indo-européen de *guou, « bovin ». On y trouve toutefois plusieurs noms de bovins d’une autre origine.
En lituanien et en vieux prussien, l’indo-européen *peku- est bien conservé; selon l’opinion de nombreux chercheurs, son sens premier était « animal à laine, que l’on tond, mouton », avant d’évoluer vers le sens général de « bovin ». L’indo-européen *peku- est rapproché du grec πέκω « je tonds, je peigne », du latin pecto, -ere « peigner », du lituanien pėšti, du grec πέκος « laine », etc. De nombreuses langues indo-européennes possèdent un nom de bovin issu de cette racine; cf. le sanskrit páśuh « bovin, animal », l’avestique pasu- « bovin, petit bovin », le latin pecū « bovin », le vieux haut allemand fihu « bovin » (gotique faihu « richesse »)60.
Le lituanien pėkus apparaît souvent dans les anciens écrits. Comme le montre le fichier du dictionnaire académique de la langue lituanienne, ce mot était encore en usage relativement récemment dans les environs de Švenčionys. De nos jours, le lituanien pėkus n’est vivant que dans les îlots linguistiques lituaniens situés en RSS de Biélorussie (Zietela). Dans les environs de Švenčionys, on a également relevé la forme pėkas, employée non seulement au sens de « bovin », mais aussi, au figuré, au sens d’« idiot ».
Ce nom de bovin est également bien conservé dans les monuments de la langue prussienne: dans les catéchismes, la forme au singulier accusatif pecku est attestée cinq fois, et la forme du même cas peckan, deux fois61.
Autrefois, certains linguistes, dont K. Būga, considéraient ces noms baltes de bovins comme des germanismes. Selon K. Būga, les Prussiens avaient emprunté leur mot aux Goths, et celui-ci serait ensuite passé en lituanien par l’intermédiaire du prussien62. La principale raison de cette opinion était que, dans les formes baltes de ce mot, on trouve k au lieu de la sifflante (š)s attendue. Cependant, dans les langues baltes, une vélaire apparaît aussi à la place d’une sifflante attendue dans d’autres mots que personne ne cherche à considérer comme des emprunts63. Pour démontrer que le lituanien pėkus n’est pas un emprunt, E. Hermann s’est notamment appuyé sur la spécificité de son sens (« bovin, petit bovin, mouton »)64.
En letton, le sens indo-européen *peku- « bovin » n’a pas été conservé; on ne trouve pas non plus de traces de ce mot dans les langues slaves.
En lituanien, on emploie assez largement un nom de bovin propre à cette langue et apparenté au verbe kėlti65: kėlta, kėltai (forme plurielle), kėltava, kėltuva, keltuvà, kėltos « troupeau de vaches », kėltuvė « vache », keltuvė, kėltuvės « bovins, troupeau ». Parfois, le mot kėltuva s’emploie aussi pour désigner un animal en général, voire un animal domestique.
58 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 64; EM, I, p. 348; K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, Kaunas, 1934, p. 37; J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, p. 20.
59 F. Kluge, Et. Wb., p. 110; J. Pokorny, Et. Wb., p. 120–121; C. D. Buck, Dict., p. 154.
60 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 564; J. Pokorny, Et. Wb., p. 797; F. Kluge, Et. Wb., p. 822.
61 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 392.
62 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 85, 86; III, p. 496, 897.
63 E. Fraenkel, Die baltischen Sprachen, Heidelberg, 1950, p. 13–18.
64 E. Hermann, AfslPh, 40, p. 161; Chr. S. Stang, Vergleichende Grammatik der baltischen Sprachen, Oslo–Bergen–Tromsö, 1966, p. 93; J. Otrębski, Die Sprache, 12, p. 50–51.
65 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 238.
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Page 37avec le sens de « volaille » (cf. Kėltuvos « vaches, chevaux, brebis, porcs, oies » K. Būga (Ad.), Ožka negadna kėltuva, etc.) (LKŽd., V, 530–1, 551–2). La forme kėltuva s’emploie aussi au sens de « troupeau de bétail ». Les noms de bovins mentionnés sont employés dans les dialectes orientaux du lituanien, ainsi que dans certains textes anciens; par exemple, K. Širvydas emploie assez souvent la forme kėltuva, qui apparaît également dans les écrits de M. Mažvydas et de J. Bretkūnas.
Le mot galvijas « animal (généralement domestique, bovin); bête sauvage » est lui aussi propre au lituanien. V. Machek a tenté, comme nous l’avons vu, de rapprocher le lituanien galvijas du slave gov- (russe говядо, etc.) et de l’allemand Kalb « veau ». Toutefois, ce rapprochement est difficile à étayer: le sens de « personne ou animal pris individuellement » du lituanien galvà (cf. « Il faudra nourrir pendant l’hiver huit têtes de vaches et de génisses », LKŽd., III, 79) montre que galvijas ne peut être dissocié de galvà; cf. pekui galvui dans le Postille de Wolfenbüttel, ainsi que l’allemand so und soviel Haupt Rindvieh66.
Le letton luõps « bovin, animal », qui est tout à fait isolé tant dans les langues baltes que dans les langues slaves, a un correspondant en albanais: alb. lopë « vache ». Il s’agit de l’une des rares isoglosses lexicales entre les langues baltes et l’albanais. On a également tenté de rapprocher de ces mots les formes du suisse allemand loobe, lioba « vache »67. Ces dernières pourraient toutefois être des appellations de la vache apparues plus récemment et d’usage régional restreint.
J. Mikkola a tenté de faire dériver le letton luõps de *lampas, et de rapprocher ce dernier du gotique lamb « agneau »68. Il nous semble toutefois plus plausible de le rapprocher de l’albanais lopë « vache ».
Le lituanien lūopas « personne maladroite, lourdaud, benêt » provient probablement lui aussi du letton luõps (LKŽd., VII, 692).
Le sens « bovin » du lituanien lopas se rencontre dans les écrits de S. Daukantas (LKŽd., VII, 648), où il a sans aucun doute été emprunté au letton.
Très obscur et isolé dans le lexique de l’élevage des langues baltes est le nom prussien de la vache klente (673e mot du glossaire d’Elbing), clynth (4e mot du glossaire de Grunau). Dans les deux monuments de la langue prussienne, il est attesté au sens de « vache »69. En outre, ce nom de la vache semble avoir laissé des traces dans la toponymie prussienne également; cf. le nom de lieu Clynteyne < pr. clynth + suff. -ein70. Ainsi, l’authenticité du nom prussien de la vache mentionné ne fait aucun doute.
L’origine du prussien klente a fait l’objet de tentatives d’explication assez diverses.
A. Bezzenberger rapprochait le prussien klente (qu’il faisait dériver de *tlentē) du grec πτέλας « verrat » et du lituanien tėl̃ias71.
L. Geitler rapprochait le nom prussien de la vache du russe кляча (< *кле́тя) « haridelle, mauvaise jument »72. J. Mikkola s’est également rangé à l’avis du linguiste tchèque73.
A. Brückner faisait dériver le prussien klente du polonais klępa « vieille vache »74, cf. également le slovène klęka « vache maigre, haridelle ».
L’étymologie d’A. Bezzenberger semble la moins plausible.
66 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 132.
67 EM, II, p. 528; J. Pokorny, Et. Wb., p. 654.
68 J. Mikkola, BB, 21, p. 219–220.
69 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 360.
70 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 66, 233.
71 A. Bezzenberger, BB, 27, p. 176.
72 L. Geitler, Litauische Studien, Prag, 1875, p. 65.
73 A. Mikkola, AfslPh, 39, p. 12.
74 A. Brückner, AfslPh, 20, p. 504.
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Page 38D’autres chercheurs, en expliquant l’origine du pr. klente, sont peut-être sur la bonne voie.
Il nous semble qu’un tel nom de la vache en prussien a pu apparaître au sein même de la langue prussienne à partir d’un verbe correspondant, mais non attesté dans les monuments de cette langue; cf. le lituanien klẽnkti « marcher péniblement, avec difficulté », le letton klencēt. Dans les langues slaves, des noms d’animaux correspondants sont également apparus indépendamment à partir d’un verbe de la même racine; cf. le russe клякать « trébucher », le vieux-slave klẽčati, le slovène klẽkati « trébucher, chanceler, manquer de stabilité », etc.75 C’est précisément chez la vache, parmi tous les animaux domestiques, que la démarche lente et lourde est la plus caractéristique.
Ainsi, les trois langues baltes ont des noms différents pour la vache. Le letton a conservé le nom le plus ancien. En lituanien et en prussien, ce nom ancien, correspondant au letton giòvs, a été supplanté par un nom plus récent (lituanien kárvė, prussien curwis). En prussien, le nom de la vache correspondant au lituanien kárvė ne s’est probablement pas imposé parce que le mot de cette racine était employé au sens de « taureau ».
Dans les langues baltes, il existe de nombreux noms différents pour le bovin, le plus souvent pour la vache, associés à l’une ou l’autre caractéristique de cet animal; on en trouve particulièrement beaucoup dans les dialectes lettons. Le groupe le plus important est lié à la couleur correspondante de l’animal.
Letton aûbe « une vache à tête blanche » (EH, I, 183), cf. letton aûbe « bonnet » < allemand Haube76.
Letton bale « nom d’une vache blanche » (EH, I, 200), cf. letton bāls « pâle, blême ».
Letton bāltaste « nom d’une vache à la queue blanche » (EH, I, 201) < bālts+aste « queue ».
Letton bāltkāja « nom d’une vache aux pattes blanches », baltkājena (EH, I, 202) < bālts+kāja « jambe ».
Letton bāltāna « nom de vache », baltanīte (EH, I, 202) < bālts+sānis « flanc ».
Letton bęnga « nom d’une vache tachetée » (EH, I, 212), cf. letton bęngulis « (comme terme affectueux) un enfant »?
Letton brūklene « nom d’une vache brun-rouge » (EH, I, 246), cf. letton brūkle, brūk-lene « l’airelle rouge (vaccinium vitis idea); en raison de sa couleur rouge, elle est souvent comparée aux jeunes filles aux joues rouges ».
Letton brūnala « une vache brune », brūnala, brūnale, brūnuļa, brūnava, brūne, brūnce (EM, I, 341; EH, I, 245, 246), brūnķe « appellation péjorative pour une vache brune » (EH, I, 245), cf. letton brūns « brun » < ainsi que le dialectal haut-allemand brün77.
Lat. ciēlava « nom de vache; une vache à tête blanche » (EH, I, 277), cf. lat. ciēlava « la bergeronnette ».
Lat. ciruole « une vache à tête blanche » (EM, I, 392), cf. lat. cīrulis « l’alouette », cirulgalvas « gros flocons de neige » (EM, I, 392).
Lat. drīzala « un nom de vache (la rayée?) » (EH, I, 335), cf. lat. drīzena « un rayon », drīksnains « rayonnant, strié ». Si le sens de ce nom de vache n’était pas « la rayée », on pourrait aussi le rattacher à lat. drīzs « rapide », cf. lat. drīzuļi « fruits précoces ».
75 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 576.
76 J. Sehwers, Sprachlich-kulturische Untersuchungen, p. 4.
77 J. Sehwers, ibid., p. 19.
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Page 39Lat. dūkala « nom d’une vache noir-brun », dūkale, dūkala, dūkana, dùkaṇa, dùce « une vache brun foncé à tête noire; nom d’une vache grise » (EM, I, 523; EH, I, 345, 346), cf. lat. dūkans « gris-brun ».
Lat. dūmala « une vache foncé-brun, noir-brun, une vache rousse à tête brune », dumala « une vache brun foncé », dùmula (EM, I, 514, 527, 528; EH, I, 347, 348), cf. lat. dūmals « couleur de fumée, gris foncé ».
Lat. gulbene « nom d’une vache blanche » (EH, I, 416), gūlbis (EM, I, 676), cf. lat. gūlbis « cygne ».
Lat. īrbe « nom d’une vache finement tachetée » (EH, I, 431), cf. lat. īrbe « perdrix ».
Lat. juosle « une vache blanche dont l’avant et l’arrière sont foncés » (EH, I, 571), cf. lat. juōslains « rayé », juōslene « un cochon ayant une bande en forme de ceinture autour du milieu » (EM, II, 127).
Lat. kruonala « nom d’une vache rouge (foncé); nom d’une vache », kruōnula, krùonale, krùonala (EM, II, 295; EH, I, 664), cf. lat. kruōnis « la couronne; la guirlande » < voir le voc. samogitien krōne78.
Lat. krustala « nom d’une vache », krustala (EM, II, 288; EH, I, 660), cf. lat. krusts « la croix ».
Lat. kūtala « une vache avec une bande blanche sur le dos », kūtala (EM, II, 393; EH, I, 709), cf. lat. kūtāins « rayé (en parlant du bétail) » < est. küüt « rayé; bétail avec une bande blanche sur le dos » (EM, II, 393).
Lat. làuce « une vache avec une liste », làučā, lauka, làukala, làukala, làukàża, laùcika (EM, II, 425, 426; EH, I, 722), cf. lat. làuks « qui a une liste ».
Lat. màntale « nom d’une vache noire » (EH, I, 782), cf. lat. mañdala « nom d’une vache qui a vêlé un lundi » (?).
Lat. māralina « nom d’une vache » (…kas bij raiba – raibalina, kas sarkana – māralina…), mārala (EM, II, 583; EH, I, 792), comparer le letton mārani « plante rouge, avec laquelle on teint en rouge » (EH, I, 792).
Lat. melle « une vache noire », melne, mellika, meļļuža, mellene (EM, II, 596; EH, I, 798), comparer le letton meļns « noir ».
Lat. mice « nom d’une vache à tête blanche », mička (EH, I, 811), comparer le letton mice « bonnet de femme; bonnet, coiffe en général », mička < vok. žem. müttse.
Lat. mugrina « nom d’une vache au dos d’une autre couleur » (EM, II, 661), comparer mugura « le dos ».
Lat. mustala « une vache aux lèvres noires; guovs ar tumšāku (dūkānu) galvu », mustala « guovs ar tumšu purnu », mustika « une vache noire » (EM, II, 672; EH, I, 835), comparer le letton mustis « un chien noir », <est. must « noir », lyv. mustā. La forme mustika provient de l’estonien mustik (EH, I, 835).
Lat. nakča « nom d’une vache noire », naktala (EH, II, 3), comparer le letton nakts « la nuit ».
Lat. pālne « nom de vaches gris cendré » (EH, II, 152), comparer le letton pēlni « la cendre », palss « pâle » (?).
Lat. pālse « nom d’une vache de couleur isabelle » (EH, II, 152), comparer le letton palss « pâle ».
Lat. plaṇke « une vache blanche avec les parties antérieures et postérieures noires ou rouges; une vache pie noire ou une vache noire avec la région de l’aine blanche; une
78 J. Sehwers, même ouvrage, p. 59.
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Page 40« une vache bigarrée ou une vache à tête blanche » (EH, II, 283), cf. letton plaṅks « bigarré » (EM, III, 319), plaṅkene « un tissu bigarré » (EH, II, 283).
Letton punika « nom d’une vache brune » <estonien punik « vache rouge » (EM, III, 413).
Letton raibe « une vache bigarrée », raibala, raibala, raibala, raibala, raìbala, raibula, ràibula, raibule, raibulīte, raibelīte, raibalīte, raibele, raibene, ràibale, raibuolina-reibulīte (EM, III, 467, 468, 505; EH, II, 350), cf. letton rāibs « bigarré, tacheté, pie ».»
Letton raicka « une vache bigarrée », raiča (EM, III, 469; EH, II, 351) devraient également, selon toute vraisemblance, être rattachés aux noms qui viennent d’être énumérés.
Letton rāine « un nom de vache » (EH, II, 351), cf. letton raìns « bigarré, rayé ».
Letton salnika « une vache de couleur gris givré » (EM, III, 675), cf. letton salns « de couleur gris givré ».
Letton sāntala « nom d’une vache noire », santene « nom d’une vache » (EH, II, 433–4), cf. letton sants « le velours ».
Letton sārke « nom d’une vache (rouge, brune) », sārke, sārkene « nom d’une vache rouge », sarkane, sarkala, sarče « une vache brune » (EM, III, 722; EH, II, 441, 443), cf. letton sarks « légèrement rougeâtre ».
Letton sārtala « un nom de vache », sārtala, sārtite « nom d’une vache rouge » (EM, III, 807; EH, II, 473), cf. letton sārts « rouge ».
Letton sārmule « une vache grise » (EH, II, 444), cf. letton sārma « le givre ».
Letton sēmale « une vache gris clair » (EH, II, 481), cf. letton *šēms « gris clair à taches noires ».
Letton sīrmala « une vache grise », sirmala, sirmula, sirmule (EM, III, 846, 847; EH, II, 488, 489), cf. letton sīrms « gris ».
Letton sīrsniņa « nom d’une vache portant une tache en forme de cœur sur le front » (EH, II, 489), cf. letton sirds « le cœur ».
Letton skudre « vache noire », skudrite, cf. letton skudre « la fourmi »⁷⁹.
Letton slauna « nom d’une vache noire; vache pie; vache sale; vache aux flancs rouge et blanc ou noir et blanc », slāune « vache au ventre blanc; vache noire au ventre blanc; vache aux flancs blancs »; slāunala « vache pie », slāunene « un nom de vache », slaunike, slaunuža, slaunīs « une vache au ventre bigarré et aux flancs bigarrés », slaure « une vache tachetée », šļaune « une vache aux hanches ou aux cuisses bigarrées », šļāune (EM, III, 919, 220; IV, 67; EH, II, 521, 522), cf. letton slauns « bigarré, pie aux hanches ou aux cuisses », šļāuns.
Letton sniedze « nom d’une vache blanche » (EM, III, 977), cf. letton sniegs « la neige ».
Lat. spīdala « nom d’une vache au pelage brillant », spīdala « un nom de vache » (EM, III, 1000; EH, II, 552), cf. lat. spīdēt « briller ».
Lat. stripala « nom d’une vache rayée » (EM, III, 1092), cf. lat. stripā « la rayure ».
79 La fourmi est également associée à la vache dans diverses croyances lettones, cf.:
« Une seule petite vache j’ai, alors je lui ai donné le nom de petite fourmi, afin que les génisses se multiplient comme une foule de petites fourmis » (LD, 28960).
« On fait faire aux vaches trois fois le tour d’une fourmilière avant de les conduire au marché pour les vendre, dans l’espoir qu’il y aura alors beaucoup d’acheteurs, comme des fourmis » (J. Alūnāns, Mājas Viesis, 1857, 270), etc., cf. P. Šmits, Latviešu tautas ticējumi, p. 551.
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Page 41Lat. škūtala « nom donné à une vache dont le dos diffère par sa couleur du reste du corps » (EH, II, 641), cf. lat. skūt « raser » (?).
Lat. trese « nom d’une vache qui a une tache blanche (trese) » (EM, IV, 231), cf. lat. trese « la tache blanche ».
Lat. tūmšsārke « la rouge sombre (à propos d’une vache) » (EM, IV, 263), cf. lat. tūmšsārkans « rouge sombre ».
Lat. ūbele « une vache grise » (EM, IV, 403), cf. lat. ūbels « gris foncé ».
Lat. uōgra « nom d’une vache noire » (EH, II, 743), cf. lat. uōgle « le charbon » (?).
Lat. vabule « nom d’une vache noire; nom d’une vache brune », vabuole, vabala « nom d’une vache noire » (EM, IV, 428; EH, II, 746), cf. lat. vabule « le coléoptère »⁸⁰.
Lat. valgīs « un bœuf blanc » < est. valgu (EM, IV, 455).
Lat. zale « une vache brun-roux » (EM, IV, 684; EH, II, 800), cf. lat. zals « jaunâtre rougeâtre ».
Lat. zeltere «? » (guosniņas – viena zale, uotra zeltere) (EM, IV, 705), cf. lat. zēlts « l’or », zeltenes « un arbuste à fleurs jaunes ».
Lat. ziēdala « nom d’une vache bigarrée », ziēdala, ziēdala, ziēdele, ziēča, ziēdaine, ziēduone (EM, IV, 737, 738; EH, II, 810, 811), cf. lat. ziēds « la floraison, la fleur ».
Lat. zile « nom de vache », zilene « une vache bleue », ziluža « une vache grise (?) » (EM, IV, 719, 721; EH, II, 806), cf. lat. zils « bleu ».
Let. zīmala « une vache portant une marque (sur le front) », zimala, zīmala, zīmala, zīmala, zīmala, zīmala, zīmala, zīmēle, zīmule, zīmala, zīmālite, zīmāle, ziemala (EM, IV, 734, 735, 736, 742; EH, II, 810), cf. let. zīme « le signe ». La forme ziemala peut également être d’une autre origine, cf. let. ziema « l’hiver ».
Let. zvaigala « une vache portant sur le front une marque blanche en forme d’étoile », zvaigale, zvaigala (EM, IV, 761; EH, II, 813, 814), cf. let. zvaigzne « l’étoile ».
En letton, les noms de vaches dérivés du nom du jour de naissance de la vache ou, plus généralement, de la période de sa naissance sont largement répandus⁸¹. Les noms de ce type sont étrangers au lituanien. On en trouve dans les langues slaves, cf. russe полднёха, вечареха, вторёха, понеделка, bas-sorabe pónžela⁸², mais ils sont employés bien moins fréquemment que les noms de vaches lettons correspondants.
Let. cẹtala « nom d’une vache née un jeudi », cẹtalina, cẹtala, cẹtula, cẹture, cẹturtale, cẹtuža, cẹkula « désignation d’une vache née un jeudi ou portant une marque sur le front », cẹkula, cẹkule, cẹkata, cẹka « une vache née un jeudi » (EM, I, 368, 376, 409; EH, I, 262, 267), cf. let. cẹtūrtais « le quatrième », cẹtūrtdiena « le jeudi ».
Let. dienala « une vache née le jour même » (EM, I, 483), cf. let. diena « le jour ».
Let. laūnadżite « une vache née au moment du launags » (EH, I, 723), cf. let. laūnags « l’heure de midi », laūnadżite « la jeune fille née au moment du launags ».
Let. maņdala « nom d’une vache née un lundi », maņdala, maņčka, mandža, maņčka, maņdža (EM, II, 560; EH, I, 782, 783), cf. allemand der Montag.
⁸⁰ P. Šmits, Croyances populaires lettones, p. 550.
⁸¹ P. Šmits, ibid.
⁸² О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 46.
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Page 42Letton mārika « nom d’une vache née un jour consacré à Marie » (EH, I, 792), cf. letton Māra « la Vierge Marie; patronne protectrice des vaches »83.
Letton pirmala « vache née un lundi », pirmala, pirmaliņa, pirmula, pirmuža (EM, III, 225, 227; EH, II, 237), cf. letton pirmais « le premier », pirmdiena « le lundi ».
Letton piektala « nom d’une vache ayant vêlé un vendredi », piektala, piektuļa, piektuža, piekūža, piekala, piekča (EM, III, 260, 261; EH, I, 253, 254, 256), cf. letton piektis « le cinquième », piektdiena « le vendredi ».
Letton pustala « nom d’une vache née un samedi (pussvēta) », pustuža (EM, III, 435; EH, II, 334), cf. letton pussvēta « le samedi ».
Letton rītala « nom d’une vache ayant vêlé le matin », rītala, rītula (EM, III, 540, 541; EH, II, 377), cf. letton rīts « le matin ».
Letton sestala « nom d’une vache née un samedi », sestala, sestuļa, seška, šeške, sestika (EM, III, 820, 821; EH, II, 478, 479), cf. letton sestais « le sixième », sestdiena « le samedi ».
Letton svētala « nom d’une vache ayant vêlé un dimanche », svētala, svētula, svētula, svētuža (EM, III, 1154, 1157; EH, II, 616), cf. letton svēts « saint », svētdiena « jour férié; dimanche ».
Letton trešala « nom d’une vache née un mercredi », trešala, trešele, treška, treške, trešula, trešula, treštala, trese (EM, IV, 231, 232; EH, II, 693), cf. letton trešais « le troisième », trešdiena « le mercredi ».
Letton uotraļa « nom d’une vache ayant vêlé un mardi », uotruļa, uortuļa, uotala, uōtala, uōtala, uōtala, ūtala (EM, IV, 423, 424, 426; EH, II, 741, 743, 744, 745), cf. letton uōtrs « l’autre, le second », uōtrdiena « le mardi ».
Letton vakare « nom d’une vache ayant vêlé le soir » (EM, IV, 447; EH, II, 751), cf. letton vakars « le soir ».
En letton, il existe également de nombreux noms de vaches, d’usage plus ou moins répandu, liés à une caractéristique physique de l’animal, à son comportement, à la traite, etc.
Letton briedale « nom d’une vache aux cornes dressées et pointues », briedaļa, briēdele (EH, I, 243), briēdala « une vache à la robe grise, couleur de poil d’élan », briedule (EM, I, 336, 337), cf. letton briēdaļa « la vache-élan », briēdis « l’élan »84.
Letton pipaste « vache à la queue courte » (EH, II, 235), cf. letton pipis « le coin, la pointe d’un sac à céréales; le membre viril » (+aste « la queue »).
Letton puškala « nom d’une vache qui a une touffe de poils entre les cornes » (EH, II, 336), cf. letton puškains « garni de franges ».
Letton radze « une vache à cornes », raguolite « la vache », stāvradze « nom de vache » (EM, III, 463; EH, II, 350, 574), cf. letton rags « la corne ».
Letton sīkala « nom de vache », sikala « vache portant de petites taches; nom de vache » (EM, III, 851), cf. letton sīks « petit, insignifiant », sikaļa « fille de petite taille ».
Let. staltēne « nom d’une vache imposante, bien nourrie » (EM, III, 1042), cf. let. stalts « imposant, remarquable ».
83 K. Straubergs, Latviešu buramie vārdi, I, Rīgā, 1939, p. 397–402.
84 P. Šmits, Croyances populaires lettones, p. 550.
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Page 43Let. żemala « nom d’une vache aux pattes courtes; žema guovs », žemala, žemula, žemlūze « une vache aux pattes basses (courtes) », zemlūza « une vache aux oreilles en forme de pelle » (EM, IV, 707, 712; EH, II, 805), cf. let. žems « bas ».
Let. barvede « une vache qui se trouve habituellement en tête du troupeau » (EH, I, 206), cf. let. barvedis « le premier faucheur, le meneur ».
Let. blānde « une vache qui a coutume de s’écarter du troupeau » (EH, I, 226), cf. let. blāndīties « errer çà et là ».
Let. dīkuļa « une vache qui mugit doucement » (EH, I, 326), cf. let. dīkuļōt « pleurer bruyamment à plusieurs reprises ».
Let. dūķna « une vache qui mugit souvent (doucement) » (EM, I, 525), cf. let. dūkt « résonner creux, bourdonner ».
Let. duša « appel apaisant adressé aux vaches pendant la traite, interprété comme le nom d’une vache », duše, dušina (EH, I, 345), cf. let. duš « appel adressé aux vaches ».
Let. ellīka « nom d’une vache indomptable » (EH, I, 368), cf. let. elle « l’enfer » < voir aussi la vok. žem. helle (EM, I, 568).
Let. graule « la vache qui graulē », grāule (EM, I, 639), cf. let. graulēt « manger lentement la bouche pleine ».
Let. idāla « une vache qui mugit » (EH, I, 499), cf. let. īdēt « mugir doucement ».
Let. kruva « une vache agitée » (EM, II, 291), cf. let. krūtīes « s’imposer ».
Let. kuodala « une vache qui mord » (EM, II, 340), cf. let. kuōdīt « mordre à plusieurs reprises ».
Let. mīstāvniča « une personne ou une vache agitée » (EH, I, 822), cf. let. mistīt « briser le lin (litt. piétiner à plusieurs reprises) ».
Let. rāmala « un nom de vache » (EM, III, 496), cf. let. rāms « apprivoisé, calme ».
Let. ramūle « une vache » (EM, III, 476), cf. lit. rambūs « lent, apathique » (?).
Lat. spārdala « une vache qui donne des coups de pied » (EM, III, 980), comparer le letton spārdīt « donner à plusieurs reprises de violents coups de pied, ruer (en parlant des chevaux) ».
Lat. zibsna « une vache qui fouette vivement l’air de sa queue » (EM, IV, 717), comparer le letton zibsīt « faire briller, étinceler ».
Lat. žauga « une vache qui quitte à plusieurs reprises le troupeau pour aller dans les céréales, saute par-dessus les fossés, etc. », žaukle « une vache qui s’ébat », žāuste « une vache qui s’ébat », žāusteve « une vache qui joue parfois le rôle d’un bœuf » (EM, IV, 790, 791, 792; EH, II, 817), comparer le letton žauties « grimper, tomber, se précipiter », žautava « une jeune fille qui a coutume d’aller de maison en maison dans le voisinage et de s’amuser avec les jeunes gens ».
Lat. žņerga « une vache qui ne veut pas vraiment manger » (EM, IV, 825), comparer le letton žņerģāt « être difficile en matière de nourriture, manger sans grand appétit ».
Lat. agraine « vache qu’on trait tôt » (EH, I, 4), comparer le letton agrs « tôt ».
Lat. atdiene « une vache qui vêle dès sa deuxième année; une jeune vache qui ne donne pas de lait », atdienīte, a(t)daine (EM, I, 154; EH, I, 139), comparer le letton dēt « téter », le lituanien pirmdēle « une vache qui a vêlé pour la première fois », le sanskrit dhāyati « elle tète » (EM, I, 154, 465). Nom de vache d’origine très ancienne.
Lat. ciētala « une vache qui ne donne pas de lait pendant une période assez longue » (EH, I, 278), comparer le letton ciēts « dur », comparer guovs cieta slaukt « difficile à traire ».
Lat. garpiēna guovs « une vache qui ne donne pas de lait pendant une période (plus longue que d’habitude) » (EH, I, 386), comparer le letton gars « long » + piēns « le lait ».
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Page 44Lat. pārslaucene « une vache qui, après une seule saillie, donne du lait deux années de suite », pāršlaucine (EM, III, 176; EH, II, 211), comparer lat. pāršlàukt « traire une nouvelle fois ».
Lat. pil(n)piēne « une vache qui vient de vêler et donne du lait » (EM, III, 216), comparer lat. pilns « plein » + piēns « le lait ».
Lat. pirm pien e « une vache qui vient de donner du lait pour la première fois », pirmpiena (EM, III, 227; EH, II, 238), comparer lat. pirmais « le premier » + piēns « le lait ».
Lat. riētala « nom d’une vache (riche en lait) », riētaliņa, riētala, riēča « nom d’appel pour les vaches » (EM, III, 544, 549; EH, II, 379), comparer lat. riētēt « devenir plus plein; affluer », guovs neriet « la vache ne donne pas de lait ».
Lat. semilše (??) « une vache qui n’a pas vêlé de nouveau » (EM, III, 816).
Lat. vadala « une vache qui a vêlé » (EM, IV, 429), comparer lat. vadāt « être portante, être gravide ».
Lat. ciemala « nom d’une vache », ciemala « nom d’une vache achetée ou amenée d’une autre ferme », ciemuļa (EM, I, 393; EH, I, 277), comparer lat. ciems « la maisonnée, le village ».
Lat. pirceniša « une vache achetée » (EH, II, 236), comparer lat. pirkt « acheter ».
Lat. blūzga « une vache ou un cheval qui boite » (EM, I, 319), comparer lat. blūzēt « boiter ».
Lat. kabele « terme affectueux pour les vaches et les juments » (EH, I, 572), comparer lat. kabele « une vieille jument maigre » <rus. кобыла (EM, II, 129).
Lat. kaika « une vache maigre et laide aux longues jambes, ou un cheval ou un mouton de même apparence » (EM, II, 132), comparer lat. kaikt « geindre, travailler maladroitement », kaikaris « un vaurien; une rosse ».
Lat. kandava « une grande vache maigre » (EM, II, 154), comparer lat. kañdavāt « fouetter, rosser; frapper bruyamment en travaillant (quelque chose), sans toutefois travailler sérieusement » (?).
Lat. kocala « sobriquet injurieux pour une vache » (EH, I, 637), comparer lat. kocis « un petit sac » (?).
Lat. kranka « une vache de mauvaise qualité, maigre » (EM, II, 259), comparer krānkāins « maigre (en parlant d’animaux); au poil hirsute ». Pour kranka, J. Endzelīnas privilégie un rapprochement avec l’allemand krank « faible ».
Lat. kvęp̄pa « un gros animal corpulent (par ex. une vache) » (EH, I, 690), comparer lat. kvempis « un porcelet gras et rond, ou un enfant de même apparence ».
Lat. mitala « nom d’une mauvaise vache ou jument » (EM, II, 648) devrait probablement être rapproché du lat. mīt ene « cuir tanné » ou du lat. mīt « échanger ». Pour ce dernier rapprochement, comparer lat. mītenis « un cheval reçu en échange; une rosse » (EM, II, 649).
Lat. pūpala « nom de vache », pūpalina « diminutif affectueux pour les vaches » (EM, III, 448), comparer le letton pūpūols « le chaton de saule; également employé au féminin comme terme affectueux ».
Lat. skrepstīte « une vache maigre » (EM, III, 891), comparer le letton skreblis « un vieil homme décrépit », skreble « une vieille fille ou femme », skrebulis « une vieille fourrure ».
Lat. mūja « la vache (dans le langage enfantin) », mūmiņa (EM, II, 678) — des appellations d’origine à voyelle postérieure.
Lat. nūža « une vache » (EM, II, 755; EH, II, 29), comparer le letton nūž « interjection servant à calmer les vaches ».
144
Page 45Lat. tprucina « petit nom affectueux pour une vache », tpruka, tprušina, tprutala, tprutaliņa (EM, IV, 216, 217; EH, II, 689), comparer le letton trū « interjection employée pour appeler les vaches ».
Lat. àrkalė « nom de vache » (EH, I, 129), comparer le letton arkulītis (?), comparer mazākais brālis, kuru sauca par arkulīti (?).
Lat. dolkata « nom d’une vache » (EM, I, 488), comparer le letton dalkata « un bavard », dolkata. Mots d’origine incertaine.
Lat. jurika « nom d’une vache, žemkājīte » (EM, II, 120), comparer le letton Juris « Georges », Jura diena « la Saint-Georges », jurītis « une personne chétive et simple d’esprit; du mauvais tabac; le loup » (?).
Lat. maile « nom de vache » (EH, I, 777), comparer le letton maile « le corégone » (?).
Lat. pugala « nom de vache » (EH, II, 321), comparer le letton puga « un bouton », pugulains « arrondi et proéminent, en forme de bouton », pugažiņa « une petite femme » (?).
Lat. purala « nom de vache », puralina (EM, III, 416; EH, II, 327), comparer le letton purene « souci », purainīte (?).
Lat. rege « nom de vache » (EH, II, 363), mot d’origine incertaine.
Lat. rīgala « nom d’une vache » (EM, III, 536), mot d’origine incertaine, peut-être à rapprocher du letton Rīga « Riga ».
Dans les dialectes lituaniens, les noms de vaches les plus répandus sont liés à la couleur de l’animal:
Liet. balnė, bálnė, balnugàrė, balgalvė, comparer le lituanien bálnas « blanc, qui a le dos blanc (en parlant d’un taureau ou d’une vache) ».
Liet. baltóji, baltė, baltūika, baltmairgė, baltasnikė, baltakaktė, baltazūbė, balkójė, comparer le lituanien báltas.
Liet. blizgė, cf. liet. blizgėti.
Liet. būròji, būrùtė, cf. liet. būras « rouan, gris » < pol. bury, biélor. буры.
Liet. ciėkė, ciekkākė (LKŽd., II, 13), cf. liet. ciėkis « marque, tache » < all. zechen « Zeichen, Merkmal für die Pferde »⁸⁵.
Liet. cinkė, cinkakaktė (LKŽd., II, 22), cf. liet. cinkas « tacheté de petits points, avec de petits points ».
Liet. čėkė (LKŽd., II, 41), cf. liet. čėkas « tacheté », cf. all. zächen « Zeichen ».
Liet. čirvė, cf. liet. čirvas « couleur de carte, cœur, rouge ».
Liet. degùtė « vache noire », cf. liet. degùtas.
Liet. dūmė, dūmė « vache de couleur sombre » (LKŽd., II, 590), cf. liet. dūmas « couleur de fumée ».
Liet. dvylė, dvylóji, dvylūtė, dvylka, dvylmargė, dvylaušė, cf. liet. dvylas « brun rougeâtre foncé, bai ».
Liet. juodóji, júodė, juõdė, júočkė, júodenka, juodùtė, juodõlė, juodoika, juodìlė, juodùlė, juodzénkė, juodbalte, júodmargė, juodmárgė, juodmàrgė, juodžalė, juodaušė, juodšõnė, juodarágė, juodnugàrė, cf. liet. júodas.
Liet. kéršė, keršóji, kéršmargė, kéršlaunė, cf. liet. kéršas « mêlé de noir et de blanc, tacheté, rayé ».
Liet. laũkė, laukóji, laukkaktė, laukakaktė, cf. liet. laũkas « animal au museau ou au front blanc ».
85 K. Alminauskis, Die Germanismen des Litauischen, p. 40.
10. Baltų ir slavų kalbų ryšiai
145
Page 46Lituanien margóji, márge, márge, margùtė, margùlė, cf. lituanien márgas.
Lituanien pálšė, palšóji, cf. lituanien pálšas « gris clair ».
Lituanien pelėkė, cf. lituanien pelėkas « de la couleur du poil de souris ».
Lituanien pilkė, pilknugùrė, pilksmiltė; cf. lituanien pilkas.
Lituanien raūdė, cf. lituanien raūdas.
Lituanien šėmoji, šėmė, šėmutė, šėmargė, šėmargė, cf. lituanien šėmas « gris clair, bleuâtre (généralement à propos du bétail) ».
Lituanien vābuolė « vache noire » (Šakyna), cf. lituanien vābalas, dialectal vābuolas. Les Lituaniens ont aussi pu emprunter ce nom de vache aux Lettons, qui aiment particulièrement désigner ainsi une vache noire86.
Lituanien žalóji, žalė, žalė, žaliukė, žaliukė, žaliamargė, žalausė, cf. lituanien žalas « roux (à propos du bétail) ».
Lituanien žirnė « vache grise à petits points noirs », cf. lituanien žirnis.
Lituanien žvaigždė « nom de vache », cf. lituanien žvaigždė.
Les noms lituaniens de vaches dérivés de noms de diverses plantes, et surtout de fleurs, sont assez fréquents:
agràstė (cf. lituanien agràstas), aguona, aguonė, avietė, bijūnė (cf. lituanien bijūnas), dobilė, eglė, grūšė, grūšnė (cf. lituanien grūšnė « poire »), jazminė (cf. lituanien jazminas), jurginė (cf. lituanien jurginas), kanapė, kvietka, kvietkė (cf. lituanien kvietka « fleur »), lelija, lelijė, liepa, margarita (cf. lituanien margarita « une telle fleur »), nastūrta, nastūrtka (cf. lituanien nastūrta), pienė, ramùinė, ramùlė, razetė, rožė, rūtà, rūtė, serbenėte (cf. lituanien serbenitas), slyvė (cf. lituanien slyva), spañguolė, vaivōrė (cf. lituanien vaivōrė « myrtille »), vijuolė (cf. lituanien vijuolė « violette des bois »), vyšnia, vyš nė, žalrūtė, žemčiūgė (cf. lituanien žemčiūgas), žėmuogė, žibutė, žibė, žibkė.
On trouve des noms dérivés d’autres êtres vivants, le plus souvent de noms d’oiseaux: cýrule (LKŽd., II, 28; cf. lituanien cýru lis « alouette »), gegùtė, genẽlis (cf. lituanien genỹs), krėgždė, musýtė (cf. lituanien mùšė), pémpė, stirna, šárka, šárkė, širšė, vijūnas.
Voici d’autres noms de vaches, d’origines diverses:
Lituanien gražūlė « belle vache » (LKŽd., III, 543), gražuolė, gražūlė, cf. lituanien gražis.
Lituanien kryžótė « vache dont le pelage a poussé en croix » (LKŽd., VI, 678), cf. lituanien kryžius.
Lituanien dūrklė « vache qui donne des coups de corne » (LKŽd., II, 641), comparer le lituanien dūrti.
Lituanien stūmà « vache peu vive », comparer le lituanien stūmti.
Lituanien rìeklė « vache maigre », comparer le lituanien rìeklės « barres pour étendre des vêtements ou faire sécher du bois de chauffage ».
Lituanien berǧzdinė « vache qui reste constamment stérile », comparer le lituanien bergždžias.
Lituanien žlibė, comparer le lituanien žlibas.
Lituanien bùčké « vache, tprukė » (LKŽd., I, 914), comparer le lituanien bùčki « interj. tpruk (pour appeler la vache) ».
Lituanien bùkšė « vache, tprukė », comparer le lituanien bùkšė « interj. tpruk (pour appeler la vache) ».
Lituanien bùbė « vache (langage enfantin) » (LKŽd., I, 908), comparer le lituanien baūbti.
Lituanien bùžė « vache (langage enfantin) », bùžė, bužiùkas « petit veau », bužiùlis (LKŽd., I, 1005, 1006), comparer le lituanien buzà « vache ».
Lituanien švàika « vache maigre », comparer l’allemand de Prusse-Orientale schweike, le vieux haut allemand sweiga « troupeau de bovins »87.
86 P. Šmits, Latviešu tautas ticējumi, p. 550.
87 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1037; E. Schwentner, IF, 70, p. 113.
146
Page 47Dans l’ensemble, les dialectes lituaniens comme lettons possèdent un très grand nombre de noms de vaches. Certains ne sont employés que dans une aire très restreinte, et il existe même des noms tout à fait individuels. La liste de noms de vaches que nous présentons ici est loin d’être exhaustive, mais elle reflète néanmoins les tendances générales de formation et d’usage des noms de cet animal.
Les appellations des animaux sans cornes forment un groupe distinct parmi les noms de vaches dans les langues baltes, comme parmi ceux des bovins en général88.
Pour conclure l’examen des noms des grands bovins, il faut constater que, dans l’ensemble, les langues baltes ont remarquablement bien conservé les anciens noms indo-européens de ces animaux. Toutefois, les différentes langues baltes ne les ont pas conservés dans la même mesure. Une partie des langues baltes (le lituanien et le prussien) ainsi que les langues slaves possèdent un nom commun de la vache, d’origine quelque peu plus récente. Les langues baltes et slaves ont en commun une appellation du jeune bovin qui leur est propre. Dans les langues baltes comme dans les langues slaves, on trouve de nombreux noms nouveaux des grands bovins, propres à ces groupes linguistiques ou à certaines langues en particulier.
CHEVAL
Le cheval domestique (Equus caballus) est issu de races de chevaux sauvages. Il y aurait probablement eu plusieurs foyers de domestication du cheval sauvage: en Asie centrale, en Sibérie méridionale et en Europe orientale. Les chevaux de type plus léger pourraient descendre du cheval sauvage Equus Przewalski1. De tels chevaux sauvages furent découverts en 1879 en Asie centrale par le voyageur russe N. Prjevalski. Il y avait encore des chevaux sauvages en Europe orientale jusqu’à une époque récente. Ainsi, le dernier cheval sauvage, le « tarpan » (rus. тарпан < kirghiz tarpan « cheval sauvage »), fut abattu en Ukraine en 1878. On trouvait également en Lituanie2 des chevaux sauvages de cette espèce. Ils pourraient toutefois aussi être issus de chevaux domestiques retournés à l’état sauvage, comme cela s’est produit en Amérique du Sud3. Des traces de chevaux sauvages dont le caractère indompté ne fait aucun doute ont été découvertes sur les territoires des RSS d’Estonie et de Lettonie actuelles. Ces traces remontent aux VIIe–IIe millénaires avant notre ère4. Les chevaux sauvages ont pu être domestiqués au Ve–IVe millénaire avant notre ère, voire plus tard, donc après les autres animaux domestiques examinés ici.
À en juger par les dessins sumériens, on pourrait affirmer que les chevaux étaient connus dans leur pays dès le milieu du IIIe millénaire avant notre ère5. D’autres chercheurs tendent à situer l’apparition du cheval dans cette région à une époque encore plus tardive — au IIe millénaire avant notre ère6.
Dans l’ancienne Babylone, les chevaux n’étaient pas élevés, mais étaient parfois importés des régions montagneuses voisines. Le cheval est mentionné pour la première fois dans un texte religieux datant de 2300 avant notre ère. Les chevaux étaient si rares qu’ils ne sont pas mentionnés dans le code de Hammurabi. À partir de 1750 avant notre ère, ils se répandent largement dans cette région7. Dans les éditions ultérieures de fragments d’œuvres littéraires babyloniennes, à côté de
88 A. Sabaliauskas, De l’histoire de la terminologie de l’élevage dans les langues baltes, — « Problèmes de linguistique indo-européenne », Moscou, 1964, p. 59–65.
1 C. Keller, De l’origine des plus anciens animaux domestiques, p. 93.
2 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Aperçu de l’archéologie de la Lituanie, p. 110.
3 S. Mastaukis, Taikomoji zoologija, Kaunas, 1947, p. 697; K. Паавер, Формирование тернофауны и изменчивость млекопитающих Прибалтики в голоцене, p. 183.
4 K. Paaver, ibid., p. 180–194.
5 M. Hilzheimer, Haustier, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 220.
6 V. I. Avdijev, Histoire de l’Orient ancien, p. 43.
7 B. Meissner, Haustier, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 221.
10*
147
Page 48Le bœuf est rejoint par un autre animal de trait: le cheval. La fable « La dispute entre le cheval et le bœuf », où ils se querellent au sujet de la supériorité de leur race8, date également de cette période.
Les anciens Égyptiens firent vraisemblablement connaissance pour la première fois avec les chevaux lorsque des tribus asiatiques, les « Hyksôs », envahirent leur pays. En effet, les Hyksôs utilisaient déjà des chars de guerre. Ils pénétrèrent en Égypte à la fin du Moyen Empire et au début du Nouvel Empire, entre le XVIIIe et le XVIe siècle avant notre ère9. Dans les annales des campagnes de Pharaon Thoutmosis III (1525–1491 av. n. è.) en Syrie, parmi les autres prises de guerre, les chevaux sont particulièrement mis en évidence et mentionnés aux côtés des « prisonniers vivants », des chars de guerre, de l’or et de l’argent10.
L’élevage des chevaux revêtait une importance particulièrement grande chez les Hittites. Les chevaux sont mentionnés dans l’une des plus anciennes inscriptions hittites, celle du roi Anitta. Les lois hittites du XIVe siècle av. n. è. stipulent que le vol d’un bovin, d’un cheval ou d’un bélier est passible d’une amende égale à quinze fois la valeur de l’animal volé11.
Dans l’art assyrien antique, aucun animal domestique n’est représenté aussi souvent que le cheval12.
Le cheval jouait également un rôle important dans l’Inde ancienne. Il y était surtout utilisé à des fins militaires, attelé aux chars de guerre. Des courses de chevaux étaient organisées lors des fêtes populaires13.
Dans les poèmes d’Homère, certains héros — des rois — s’adonnent avec un plaisir particulier à l’élevage des chevaux. Homère leur attribue souvent les épithètes « riches en chevaux » et « dompteurs de chevaux ». L’élevage équin se reflète aussi nettement dans les arts visuels grecs14.
Plus tard, lorsque le cheval devint une monture de combat, la coutume apparut dans différents pays d’enterrer le cavalier avec son cheval. On se mit aussi à sacrifier des chevaux aux dieux lors de diverses fêtes. Cette coutume était répandue chez les anciens Indiens, les Iraniens, les Grecs, les Slaves, les Germains et les Romains15. Dans un passé relativement récent, comme nous le verrons plus loin, des chevaux étaient également sacrifiés dans les pays baltes.
Les sources archéologiques aussi bien que diverses sources écrites fournissent des renseignements intéressants sur l’élevage des chevaux dans les pays slaves. Parmi les vestiges datés du VIe siècle de notre ère, on trouve des éperons sur le territoire de la Pologne. Le voyageur arabe Ibrahim ibn Yaqub rapporte qu’au Xe siècle, à Prague, on fabriquait de magnifiques équipements pour chevaux de selle. Les informations précises sur l’élevage des chevaux en Russie avant le Xe siècle font défaut. Certaines sources arabes et byzantines indiquent, par exemple, que les chevaux étaient rares en Russie et que seuls les princes en possédaient. Toutefois, on dispose également de données fiables datant de la seconde moitié du Xe siècle. À cette époque, les chevaux étaient déjà utilisés dans les pays slaves jusque dans les travaux agricoles16.
8 V. I. Avdijevas, même ouvrage, p. 102.
9 H. Ranke, Haustier, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 220; M. Hilzheimer, Haustier, — ten pat, V, p. 220; C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 89.
10 V. I. Avdijevas, Histoire de l’Orient ancien, p. 225.
11 V. I. Avdijevas, même ouvrage, p. 310—311.
12 C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 90.
13 V. I. Avdijevas, Histoire de l’Orient ancien, p. 544.
14 C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 89; V. S. Sergejevas, Histoire de la Grèce antique, Vilnius, 1955, p. 104—105.
15 O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, p. 172, 175; V. I. Avdijevas, Histoire de l’Orient ancien, p. 544.
16 W. Hensel, Die Slawen im frühen Mittelalter, p. 81—85; Л. Нидерле, Славянские древности, p. 319.
148
Page 49– Sur le territoire de la Lituanie, parmi les ossements d’autres animaux domestiques, des ossements de chevaux ont été découverts dans un habitat de l’âge du bronze près de Palanga17. Dans le dépôt de Baudžiai (district de Prienai), les petites plaques rondes en bronze trouvées sont, selon les archéologues, des ornements de brides. Ce fait indiquerait qu’à cette époque, les chevaux étaient élevés en Lituanie non seulement pour leur viande, mais aussi pour être montés18.
Dans les vestiges datés des Ier–IVe siècles de notre ère, les ossements de chevaux sont assez fréquemment découverts aux côtés de ceux d’autres animaux domestiques. Il faut toutefois noter que, comparés aux ossements des autres animaux domestiques, ils représentent un pourcentage assez faible: 2,5% sur le site fortifié de Nemenčinė, 3% sur celui de Migonys (district de Kaišiadorys) et 18,8% sur celui de Dovainonys19.
Chez les anciens Baltes, la coutume d’enterrer le cheval avec son maître défunt était très répandue. Sur le territoire lituanien, on trouve de nombreuses sépultures où, à côté du cavalier, se trouvent aussi le squelette d’un cheval, brûlé ou non, ainsi que les restes de son harnachement20.
P. Dusburg, décrivant les croyances des Prussiens, indique que les Lituaniens et les autres infidèles de leur peuple brûlaient le sacrifice mentionné selon leurs rites en un lieu sacré, mais qu’avant de les brûler, ils épuisaient tellement les chevaux en les faisant galoper qu’ils pouvaient à peine tenir debout.
Le traité de Christburg de 1249 stipule que les Prussiens s’engagent à ne pas brûler les morts ni à les enterrer avec des chevaux. Herman de Wartberg écrit que le grand-duc de Lituanie Algirdas fut brûlé solennellement avec 18 chevaux de guerre. Wigand de Marbourg évoque les funérailles de Kęstutis, brûlé avec ses chevaux, ses vêtements, ses armes, ses chiens de chasse, etc.21
Le voyageur Wulfstan décrit des courses de cavaliers associées aux funérailles, dans les régions baltes, vers 887–90122.
Les Latgaliens et les Couroniens asservis par l’Ordre Teutonique devaient payer des impôts réguliers « pour chaque cheval » ou « pour chaque cheval qui tire la herse »23.
Les Indo-Européens avaient un nom commun pour le cheval. Dans certaines langues, ce nom a été conservé; dans d’autres, seules des traces en subsistent, tandis que dans d’autres encore, il n’en reste aucune. De manière générale, les différentes langues indo-européennes possèdent un très grand nombre de nouveaux noms pour cet animal, souvent propres à une seule langue. Cela vaut même pour les langues qui ont conservé l’ancien nom indo-européen. Cette évolution des noms du cheval est le plus souvent liée au changement des fonctions du cheval en tant qu’auxiliaire de l’homme.
Voici les anciens noms indo-européens du cheval, que l’on peut reconstruire sous la forme proto *eku̯o-s: skr. áśvaḥ, av. aspa-, vieux pers. asa-, ossète yæfs (avec le v ajouté), gr. ἵππος, lat. equus; vieux isl. iór, vieil angl. eoh, vieil irl. ech, gaulois epo- (Eporēdia, Epona « déesse des muletiers »),
17 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 109–110; P. Kulikauskas, Lietuvos TSR MA Darbai, S. A, 2(7), p. 33–41.
18 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 110.
19 Ten pat, p. 252–253; K. Paaver i P. Kulikauskas, Acta Baltico-Slavica, 2, p. 271–272.
20 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, ten pat, p. 394–400; J. Jaskanis, Acta Baltico-Slavica, 4, p. 29–65.
21 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 400.
22 Lietuvos TSR istorijos šaltiniai, I, p. 22–23.
23 Histoire de la RSS de Lettonie, I, p. 42.
149
Page 50toch. A yuk, gén. sg. ykes, toch. B yakwe (comme en ossète, avec un y- ajouté), lituanien ašvà « jument »²⁴.
H. Pedersen a tenté d’associer également à ces noms du cheval l’arménien ēš, gén. sg. išoy « âne »²⁵.
Le hittite aswa « cheval » est probablement un emprunt à l’indo-iranien²⁶.
Ce nom indo-européen du cheval s’employait aussi bien au sens de « cheval » qu’à celui de « jument ». Le skr. aśvá « jument », le lat. e qua et le lituanien ašvà, à côté du nom générique du cheval, sont apparus indépendamment dans chacune de ces langues, comme A. Meillet l’indique, semble-t-il, à juste titre²⁷.
Comme le montrent les exemples présentés, ce nom indo-européen du cheval n’existe pas dans les langues slaves.
On pourrait discerner des traces de l’indo-européen *ēḱuos dans l’hydronymie slave, cf. rus. Осва, Освей, Освея, Освица, Освина, Осевка, Осова, Осовка. Toutefois, ces toponymes sont probablement des baltismes²⁸.
La disparition de ce nom indo-européen du cheval dans les langues slaves peut s’expliquer de deux façons. Premièrement, le fait que les Slaves aient connu les chevaux domestiques un peu plus tard que leurs voisins a pu jouer un rôle. La terminologie des voisins, qui pratiquaient l’élevage des chevaux de façon plus intensive, aurait pu évincer la terminologie slave. Deuxièmement, la disparition de l’ancien nom indo-européen du cheval dans les langues slaves peut aussi s’expliquer par des faits de nature linguistique. L’indo-européen *ēḱuos, qui désignait le cheval en général, ne convenait pas aux autres termes slaves de l’élevage, liés à la différenciation sexuelle²⁹.
Dans aucune langue balte, l’indo-européen *ēḱuos n’est attesté avec son sens originel de cheval en général.
Au sens de « jument », la forme ašva figure dans le dictionnaire de K. Širvydas, mais, dans toutes ses éditions, ce mot est donné après kumelė:
Klãžá equa, kumelė||Ąbwa (1re éd., 54; 3e éd., 104, 109; 5e éd., 91, 95)³⁰.
Le mot ašva se trouve aussi dans les dictionnaires de P. Ruigys et de Chr. G. Mielcke. Ces dictionnaires distinguent les sens des mots ašva et kumelė:
Aßwa, wós, f. une jument d’une grande race (P. Ruhig, Lex., I, 8; Chr. G. Mielcke, Wb., I, 12)³¹.
Kummélé, és, f. une jument (P. Ruhig, Lex., I, 70; Chr. G. Mielcke, Wb., I, 134).
Gestütt, Aßwos weislininė, Weislei (P. Ruhig, II, Lex., 174; Chr. G. Mielcke, Wb., II, 231).
Jument, commune, Kummélé, f.
24 J. Pokorny, Et. Wb., p. 301; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 20.
25 H. Pedersen, KZ, 50, p. 311.
26 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 62; H. Kronasser, Vergleichende Laut- und Formenlehre des Hethitischen, p. 229.
27 A. Meillet, Wstęp do językoznawstwa indoeuropejskiego, p. 239–240; BSL, 29, LXIV.
28 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 500; III, p. 536; B. H. Топоров, О. Н. Трубачев, Questions de linguistique lituanienne, 4, p. 197; cf. également J. Rozwadowski, Studia nad nazwami wód słowiańskich, Kraków, 1948, p. 176–177; M. Rudnicki, Lingua Posnaniensis, 1, p. 268–269; J. Endzelin, ZfslPh, 11, p. 119.
29 О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 51.
30 Dictionarium trium linguarum... Constantino Szyrwid... Quinta editio... Vilnae, 1713 (I leid. 1629 m., III leid. 1642 m.).
31 Ph. Ruhig, Littauisch-Deutsches und Deutsch-Littauisches Lexicon, Königsberg, 1747; Chr. G. Mielcke, Littauisch-deutsches und Deutsch-littauisches Wörter-Buch, Königsberg, 1800.
150
Page 51Stutte, grande, Abwa, f. (P. Ruhig, Lex., II, 346; Chr. G. Mielcke, Wb., II, 463).
Le mot ašva de F. Kuršaitis n’est déjà plus connu dans la langue vivante. Il écrit: « Stute, die, kumelė, grosse S., nach Mielcke, abwà (sonst unbekannt) » (F. Kurschat, Wb., II, 217).32
[ašžwa, subst. f. désignant une jument de plus grande taille, chez M. (= Mielcke A. S.) et Bd. (= Brodowski A. S.), n’est maintenant plus employé du tout. En dérivent abutai, abutinis, voir ces mots.] (F. Kurschat, Wb., 24).33
Ainsi, les monuments de la langue lituanienne révèlent le processus de disparition de ce mot: au début, ašva s’emploie à côté du mot kumėlė sans aucune différence de sens; ensuite, ašva acquiert un sens particulier et finit par disparaître complètement. Il est vrai que le mot ašva au sens de « jument » apparaît parfois aussi dans des monuments écrits plus tardifs, par exemple dans la poésie d’A. Jakštas34, mais il y est emprunté aux textes anciens, et non à la langue vivante. De telles attestations de l’emploi du mot ašva ont donné à certains linguistes l’impression erronée que la forme ašva est employée dans le lituanien actuel à la place de la forme des anciens textes ešva35. La forme ešva ne se rencontre que dans les écrits de J. Bretkūnas: « Comme un étalon hennit parmi toutes les juments » (LKŽd., II, 844). À en juger par la phrase, elle est employée au sens de « jument », sans distinction d’espèce.
Les désignations du cheval issues de cette racine dans d’autres langues indo-européennes montrent que la forme la plus ancienne est ešva. Toutefois, on ne peut affirmer catégoriquement que l’ešva de J. Bretkūnas soit un héritage direct de l’i.-e. *eku̯a, car cette forme peut aussi être d’origine secondaire, apparue à côté de la forme ašva, à l’instar de ešis: ašis, ežeras: ažeras, ešerys: ašerys, eš(u)onis: aš(u)onis36, etc.
Dans les dialectes samogitiens (Alsėdžiai, Kvėdarna, Luokė, Rietavas), le mot ašvienis est employé au sens de « cheval de trait » (on rencontre aussi la forme ašvienỹs, LKŽd., I, 283). Il s’agissait probablement à l’origine d’un adjectif, formé à l’aide du suffixe -einja- à partir des formes ašva ou *ašvas; cf. bulbėnis « tige de pomme de terre », ropienis « feuille de navet », miežienis « orge » et autres formes semblables.37
La forme ašviena, que l’on trouve également dans la traduction de la Bible par S. B. Chilinskis, est probablement d’origine semblable: gén. sing. aszwi(eną) « klaczę » 41813 38.
Dans la presse lituanienne, on a tenté d’employer le mot ašvienis au sens d’« âne »; cf. « … il fit le tour du merveilleux ašvienis (âne) » (Ūkininkas, 1902, no 10, p. 30).
L’ancienne désignation indo-européenne du cheval a également laissé certaines traces dans la toponymie lituanienne; cf. les hydronymes Ašvà, Ašvijà, Ašvinė39, et les noms de lieux Ašvėnai, Ašva-raistė40
Certains autres mots lituaniens sont également associés au lituanien ašva. F. Kuršaitis, comme nous l’avons vu, rapprochait de ašva le lituanien ašutai, « poils de la queue ou de la crinière du cheval ». De telles dé-
32 F. Kurschat, Deutsch-littauisches Wörterbuch, I–II, Halle, 1870–1874.
33 F. Kurschat, Littauisch-deutsches Wörterbuch, Halle, 1883.
34 LKŽd., I, p. 283.
35 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 62.
36 Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, Vilnius, 1966, p. 121–124; W. R. Schmalstieg, Instituto Orientale di Napoli, Annali, sezione Linguistica, VII, p. 53–59.
37 Pr. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba, p. 13, 289; J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego, II, p. 213.
38 Cz. Kudzinowski, Biblia Litewska Chylińskiego, III, Poznań, 1964, p. 10.
39 Lietuvos TSR upių ir ežerų vardynas, p. 9.
40 Lietuvos TSR administracinis-teritorinis suskirstymas, p. 623.
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Page 52Les auteurs s’en tiennent à l’étymologie du lituanien ašutai, tout comme F. Špechtas41. Toutefois, le lituanien ašutai est récemment rapproché par de nombreux linguistes du vieux slave осъто « chardon », du russe осот, etc., issus de l’indo-européen *ak- « aigu »42. Pour l’instant, il est difficile de réfuter comme de confirmer l’une ou l’autre étymologie.
Il est possible que le lituanien « Ribės rubrum; groseille rouge », ašóklis, ašóklė, ašvóklė, ašvokšlė, vašóklė, vašóklšlė, soit lui aussi à rattacher à l’ancien nom indo-européen du cheval. K. Būga, qui expliquait ainsi l’origine du lituanien ašvóklis, s’appuyait sur des parallèles sémantiques: avis: avietė, l’allemand Bocksbeere « groseille (noire) »: Bock « bouc »43. On peut encore ajouter à ces parallèles l’allemand Roßbeere, perdsbier, ainsi que le gotique aihvatundi « épines » (on estime que le premier élément du gotique aihvatundi est l’indo-européen *eḱu- « cheval »)44.
En letton, cet ancien nom indo-européen du cheval n’a pas été conservé. On en trouve toutefois quelques traces, cf. les toponymes Asva, Asvenieks, Aswing, le nom du lac Asva45. Avec une faible probabilité, on peut supposer que le letton aški « crins », aste « queue », est lui aussi lié à ce nom du cheval.
On trouve des traces assez nettes de l’ancien nom indo-européen du cheval en prussien. Le vocabulaire d’Elbing consigne le mot Aswinan Kobilmilch (mot 694)46. Le prussien aswinan est vraisemblablement formé du prussien *asva « jument » au moyen du suffixe -in-. Le prussien aswinan devait sans doute être employé comme adjectif à côté du mot dadan « lait ». Ainsi, aswinan dadan signifie « lait de jument », cf. le prussien Ructandadan Suwermilch (= Sauermilch « lait aigre ») (mot 690 du vocabulaire d’Elbing). Divers documents historiques témoignent de l’importance du lait de jument chez les Prussiens.
Il faudrait également rattacher certains toponymes prussiens à ce nom du cheval, cf. Asswaylen, Asswene, Assuenus, Asswin, Eswiten47.
Le vocabulaire d’Elbing contient un autre mot que l’on tente également de rattacher au nom du cheval dont il est question: Arwaykis Volle (mot 434) (Volle, « c’est-à-dire un jeune cheval de sexe masculin »). Certains chercheurs rapprochent ce mot du russe опь « cheval, coursier » (arwaykis < ar- « cheval » + waykis « enfant »). On a aussi tenté de tirer de arwaykis la forme *aswawaykis. Toutefois, la correction d’A. Bezzenberger semble peut-être la plus acceptable: il corrige arwaykis en aswaytis. R. Trautmann est lui aussi enclin à approuver cette correction. Ainsi, le prussien arwaykis serait issu de *asva+aitis, cf. le lituanien Póvilas: Povílaitis, brólis: brólaitis « petit frère », kiaulė: kiaulaitė, etc. Bien entendu, l’explication d’A. Bezzenberger suscite elle aussi des réserves, notamment à cause de l’apparition de r à la place de s48.
Comme nous le voyons, le processus de disparition de l’ancien nom indo-européen du cheval, amorcé depuis très longtemps dans les langues baltes, se poursuit encore aujourd’hui, pourrait-on dire, en lituanien. Un processus semblable de disparition de ce nom s’est produit dans de nombreuses langues indo-européennes: les anciens noms du cheval—
41 F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, p. 36.
42 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 18–19; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 285; J. Pokorny, Et. Wb., p. 19.
43 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 20; Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 189.
44 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 19; J. Pokorny, Et. Wb., p. 301.
45 J. Endzelins, Latvijas PSR vietvārdi, I, 1, p. 45; J. Endzelin, ZfslPh, II, p. 119.
46 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 305; Prūsų kalbos paminklai, p. 73.
47 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 12, 34; K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 536; J. Endzelins, Senprūšu valoda, p. 145–146.
48 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 88, 302; J. Endzelins, Senprūšu valoda, p. 144.
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Page 53… les noms étaient évincés par divers néologismes ou emprunts. Dans les langues slaves, comme nous l’avons mentionné, ce nom n’a pas laissé la moindre trace. Dans la branche des langues germaniques, seules le vieil anglais, le vieil islandais et, en partie, le gotique ont conservé un tel nom. On trouve ici: le vieux haut allemand (h)ros, l’allemand Roβ, l’anglais horse, le vieil islandais hross, etc., rattachés à l’indo-européen *(s)ker- « sauter »⁴⁹; l’allemand Pferd < et le latin médiéval paraverēdus « cheval de poste assurant le service sur les lignes secondaires »⁵⁰; l’allemand Gaul, qui désignait d’abord le plus souvent un mauvais cheval⁵¹. En grec apparaissent φάρας, φαρίον < et l’arabe fāris « cavalier »⁵²; en latin, le mot equus est supplanté par caballus, qui désignait à l’origine un cheval de trait ou, plus généralement, un mauvais cheval⁵³. Dans les langues indiennes apparaissent des formes d’origine incertaine: sanskrit ghoṭaḥ, ghoṭakah, pali ghoṭaka — « mauvais cheval », hindi ghoṛā « cheval »⁵⁴. Les nouveaux noms du cheval sont, semble-t-il, apparus le plus souvent avec l’évolution des fonctions de cet animal: son emploi pour la monte, les travaux agricoles, etc.
Dans les langues baltes, à côté de l’ancien indo-européen *ek̑ua, est apparu un nouveau nom du cheval propre aux langues baltes: lituanien žirgas, letton zirgs, vieux-prussien sirgis. Le sens de ces mots diffère quelque peu d’une langue à l’autre: en lituanien, žirgas désigne un beau et bon cheval, en letton, zirgs désigne le cheval en général, et en vieux-prussien, sirgis un étalon. Le sens de ce mot est le plus récent en letton. Il arrive assez fréquemment qu’un mot employé dans une langue ait une connotation poétique, tandis que dans une autre il constitue un terme générique ordinaire; comparer l’arménien ji « cheval » < et le sanskrit hāya, qui n’est attesté que dans les Védas et possède une connotation poétique⁵⁵. Il n’est pas tout à fait clair si c’est le mot prussien, qui a conservé le sens le plus ancien, ou le lituanien; en tout état de cause, leurs sens sont assez proches. Ainsi, même en lituanien, žirgas est employé dans certaines régions (Dieveniškės, Trakai) au sens d’« étalon »⁵⁶. Ce dernier nom du cheval s’est probablement imposé dans les langues baltes à l’époque où les anciennes tribus baltes commencèrent à utiliser largement les chevaux à des fins militaires. L’étymologie de ce nom du cheval dans les langues baltes pourrait peut-être aussi confirmer cette hypothèse. A. Leskien⁵⁷, R. Trautmann⁵⁸, H. Hirt⁵⁹, V. Thomsen⁶⁰ et K. Būga⁶¹ rapprochent le lituanien žirgas du lituanien žirgti, žėrgti; comparer également žirgis « poulain en croix sur le toit », žirgės, žirgiai « arbre fourchu auquel on suspend et fait sécher un manteau de fourrure; perches pour faire sécher le trèfle et le foin ». Le point faible de cette étymologie est la sémantique. Le sens premier du lituanien žirgas, etc., aurait dû être « qui court vite »; comparer le lituanien žirgt, interjection imitant un grand pas. Les parallèles sémantiques de ce nom balte du cheval seraient le vieux russe клюся « poulain », le vieux polonais klusie « cheval », le tchèque klisna « jument »; le gotique hlaupan « courir », l’allemand laufen, le vieux russe скокъ « cheval de course », le russe скакун, le polabe skocáika « étalon »; le russe скакать « sauter »⁶²; et ainsi
⁴⁹ F. Kluge, Et. Wb., p. 608; J. Pokorny, Et. Wb., p. 934.
⁵⁰ F. Kluge, Et. Wb., p. 542–543.
⁵¹ F. Kluge, Et. Wb., p. 236.
⁵² C. D. Buck, Dict., p. 168.
⁵³ A. Walde, Et. Wb., I, p. 125.
⁵⁴ M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 361–362.
⁵⁵ B. Порциг, Членение индоевропейской языковой области, p. 239.
⁵⁶ A. Lyberis, Kalbos kultūra, 7, p. 60.
⁵⁷ A. Leskien, Der Ablaut der Wurzelsilben im Litauischen, Leipzig, 1884, p. 358.
⁵⁸ R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 427.
⁵⁹ H. Hirt, BB, 24, p. 259.
⁶⁰ V. Thomsen, Beröringer mellem de finske og de baltiske (litauisk - lettiske) Sprog, p. 249.
⁶¹ K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 260.
⁶² О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 55–57; V. Machek, Et. sl., p. 205.
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Page 54déjà mentionné, le nom germanique du cheval — all. Roß, angl. horse, etc.: i.-e. *(s)ker- « sauter ».
J. Mikola rapprochait le lituanien žirgas du latin grex « troupeau, groupe, bande »⁶³. On a également tenté de rattacher ce nom du cheval en langues baltes au lituanien žėrti et à l’arménien jar « crinière de cheval »⁶⁴. Toutefois, ces trois dernières hypothèses paraissent toutes très peu convaincantes. La toute première étymologie est plus plausible (žirgas: žergti).
Il nous semble que le lituanien žirgas, le vieux-prussien sirgis et le letton zirgs pourraient, compte tenu du fait que leur sens premier a pu être également « étalon », comme le suggérerait le vieux-prussien sirgis, être rapprochés du vieux norrois graar « non castré », graðungr « taureau reproducteur, taureau », grieðung⁶⁵. Le suffixe -ga- du nom balte du cheval (ou, plus précisément, de l’étalon) a pu apparaître par analogie avec des adjectifs tels que *dveigas (: dveigys « animal de deux ans »), *treigas (: treigys « animal de trois ans »). Dans ce cas, le vieux-prussien sirgis ne serait qu’une innovation du vocabulaire d’Elbing, remplaçant l’ancien *zirgas; cf. dans le vocabulaire d’Elbing deywis, dumis, caymis, ragis, snaygis, wilkis, etc., à la place des substantifs en -as que l’on attendrait⁶⁶.
Outre le vocabulaire d’Elbing (Sirgis Hengest, mot 430), ce mot apparaît assez souvent aussi dans la toponymie prussienne, cf. Sirgelawck (< sirgis + laucks « champ, terre »), Sirgite, Sirgun, Czirgelawken⁶⁷.
Ce nom du cheval se rencontre fréquemment aussi dans la toponymie lituanienne et lettone⁶⁸. Il est possible que le nom finnois-baltes du taureau dérive lui aussi de ce mot balte; cf. le finnois härkä, l’estonien härg, etc.
Comme nous l’avons vu, le nom indo-européen commun du cheval a été supplanté par un nouveau nom, propre aux seules langues baltes. Nous avons tenté de relier ce processus à l’évolution des fonctions auxquelles le cheval était employé. En lituanien, ce processus s’est poursuivi plus avant: un nom propre à cette seule langue y est apparu, arklys. Ce mot est apparu lorsque, aux côtés des bœufs, on s’est mis à labourer la terre avec des chevaux. Au départ, arklys désignait sans doute un cheval de moindre qualité, attelé à la charrue et utilisé pour labourer, et pouvait s’employer dans le syntagme arklys žirgas, cf. dūonriekis peilis.
Du mot arti dérive également un autre nom du cheval, occasionnellement attesté en lituanien: artùvas, « cheval de travail » (LKŽd., I, 261).
En letton, on ne rencontre guère de nom du cheval formé sur cette racine: les mots ārkls, ārklis et le diminutif ārkliņš ne s’emploient qu’au sens de « charrue ». Cependant, dans des textes lettons relevés par A. B ecenberger, on trouve la forme ārkls, employée également au sens de « cheval ». On ne peut ici envisager un emprunt au lituanien, car l’exemple en question a été relevé dans les environs de Dunten (au nord-ouest de la Lettonie, à l’est de Limbaži) (EM, I, 141). Il s’agit très probablement d’une erreur d’A. B ecenberger.
Les langues indo-européennes ne possèdent pas de nom commun pour le cheval mâle non castré. Dans les différentes langues, ce nom se forme de façons très diverses; cf. l’espagnol caballo padre (littéralement « cheval père »), le grec moderne ἄλαγο βαρβάτο (littéralement « cheval barbu »; cette épithète (barzdotas) s’employait d’abord à propos d’un homme qui n’est pas eunuque, c’est-à-dire qui n’est pas
63 J. Mikkola, AfslPh, 39, p. 14
64 EM, IV, p. 727.
65 J. Pokorny, Et. Wb., p. 441.
66 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 32.
67 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 157–158, 189, 233.
68 Répertoire des noms des rivières et des lacs de la RSS de Lituanie, p. 206; Division administrative et territoriale de la RSS de Lituanie, p. 1021; J. Endzelin, ZfSlPh, II, p. 119.
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Page 55castré, auquel pousse une barbe69, pol. stadnik « étalon »: stado « troupeau », serbe пастух « étalon », bulg. пастух: пастух « berger »70, irl. (ech-) cullach « étalon », bret. marc'h kallo'h (littéralement « avec des testicules, non castré »)71.
Comme les noms de l’étalon dans les langues celtiques mentionnés à l’instant, le nom baltique — lituanien et letton — de l’étalon semble également être apparu selon le même procédé sémantique; cf. lituanien eržilas, erzalas, erzēlas, eržilis, eržiokas (LKŽd., II, 835), ergis « jeune étalon » (LKŽd., II, 827), aržilas « étalon » (LKŽd., I, 262), letton ērzelis, diminutifs ērzelēns, ēržuks, ērzehuks (EM, I, 577; EH, I, 374), ēržuks (la brièveté de la voyelle e et la répartition géographique du mot indiqueraient que cette forme est empruntée au lituanien)72.
Le nom baltique de l’étalon est apparenté à avestique arəzi « scrotum », duel ərəzi « testicules », arménien orji-k « testicule », orji « non castré », miorji « μονόρχις », gr. ὄρχις « testicule », albanais herdhe « testicule », cf. irl. anc. uirgge « testicule, membre viril », irl. mod. uirghe73.
Cette interprétation de l’origine du lituanien eržilas est également étayée sur le plan sémantique par l’allemand Bulle « taureau, taureau reproducteur », vieux norrois boli, anglais bull: gr. φαλλός « pénis », vieil irlandais ball74.
K. Būga75, s’appuyant sur un parallèle sémantique, rapprochait l’allemand moyen-haut geil « libidinosus »: geile « testicule », le lituanien eržilas et le gr. ὄρχις « testicule » du lituanien arškūs « fougueux, ardent, agressif; difficile à vivre, méchant » (cf. arškūs drigantas, arškūs kumelys) (LKŽd., I, 254), aržūs « fougueux, ardent; tenace; lubrique » (cf. aržūs eržilas), aržlūs « désobéissant, récalcitrant; agressif » (LKŽd., I, 263).
Dans certains dialectes lituaniens et lettons, on trouve aussi un autre nom de l’étalon commun aux deux langues: lituanien drigantas, drigōtas, dragantas (LKŽd., II, 427, 488, 489), letton drigants (EM, I, 498). Certains chercheurs (J. Zubatas, H. Peterson) ont considéré ce mot comme un mot autochtone des langues baltes76. En réalité, toutefois, sa source est le polonais drygant « étalon » (mot d’origine obscure attesté dès le XVIe siècle dans les textes polonais)77. La répartition géographique du mot letton indiquerait que les Lettons ont pu recevoir ce mot par l’intermédiaire des Lituaniens. Des formes telles que le lituanien dragañtas, le letton drigals « enfant turbulent, querelleur » sont apparues dans ces langues sous l’influence d’autres mots78.
En letton et en lituanien, on trouve également un autre nom d’origine étrangère pour le cheval, qui s’emploie aussi en letton au sens d’« étalon » — letton rumaks, rumāks « un cheval reproducteur (étalon) », rumaks « un cheval », rumāks « un cheval de bât lourd et lent », rumāks « un cheval jaune foncé ou brunâtre » (EM, III, 557; EH, II, 383), cf. également rumaks « un gaillard aux épaules larges ». Le lituanien rumōkas « cheval de main (Handpferd) » apparaît dans les dictionnaires de lituanien de Prusse-Orientale et présente davantage de contacts avec le polonais
69 C. D. Buck, Dict., p. 81, 169.
70 О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 60.
71 C. D. Buck, Dict., p. 162.
72 EH, I, p. 370.
73 J. Pokorny, Et. Wb., p. 782; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 123; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 71; K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 153; J. Zubatý, BB, 18, p. 259; J. Scheftelowitz, BB, 28, p. 299—313.
74 F. Kluge, Et. Wb., p. 110.
75 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 355; III, p. 780.
76 J. Zubatý, BB, 17, p. 324; H. Petersson, Arische und armenische Studien, Lund, 1920, p. 79.
77 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 151; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 105; A. Brückner, Sl. et., p. 99.
78 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 105; EM, I, p. 498.
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Page 56dans les dialectes qui possèdent cette langue. La source de ce mot est le polonais rumak « cheval, cheval de guerre, argamak »79. Le polonais rumak est, à son tour, un mot d’origine turco-tatare80. Ce nom du cheval a également pu entrer en letton par l’intermédiaire du lituanien.
Est également d’origine slave le letton og’eris « l’étalon » (EH, II, 117), cf. le polonais ogier. Dans les langues baltes, du moins en lituanien et en letton, on trouve un nom commun du cheval qui, avec différents suffixes, sert à désigner aussi bien la femelle que le mâle, cf. le lituanien kumėlė « jument », kumelys « cheval adulte; étalon », kumeliūkas « petit du cheval » (LKŽd., VI, 866, 867, 868, 870), le letton kumelš « étalon; beau cheval », kumelis, kumelīce « jument pleine », kumeliņš « poulain » (EM, II, 311; EH, I, 673–4). En lituanien comme en letton, ces mots s’emploient avec une grande variété de suffixes, qui leur donnent diverses nuances de sens.
L’origine de ces mots reste pour l’instant assez obscure. Parmi les linguistes, l’étymologie de J. Charpentier est la plus répandue: le lituanien kumelys et le letton kumelš y sont rapprochés du sanskrit kumarāḥ « jeune homme »81. Cette étymologie présente toutefois des défauts. Tout d’abord, la dérivation du sanskrit kumarāḥ à partir de *kum-elō- suscite déjà des doutes. Ensuite, le sens du mot sanskrit ne fournit pas non plus de fondement suffisant à une telle comparaison. Le sanskrit kumarāḥ peut signifier « enfant », « garçon », « fils », « prince », cf. le sanskrit kumārī « fille, enfant de sexe féminin ». Le sens fondamental du mot sanskrit aurait probablement été, comme l’indique M. Mayrhofer, « fragile, tendre, faible », cf. le védique kumārā-deṣṇa « accordant des dons éphémères »82.
J. Pokorny83, sans doute le premier à avoir réfuté l’étymologie susmentionnée de J. Charpentier, a tenté d’expliquer autrement l’origine du lituanien kumėlė et de ses apparentés. Selon lui, le sens premier du lituanien kumėlė aurait pu être « cheval castré »; ce mot serait donc un dérivé secondaire de kumelys, auquel une telle sémantique convient parfaitement. J. Pokorny restitue ensuite pour ce nom balte du cheval la forme préhistorique *kom- et le rapproche du slave ko-molъ « sans cornes ». Dans les deux cas, le sens premier des mots aurait été « circoncis ». J. Pokorny est également enclin à rapprocher de ces mots le vieux-prussien camnet « cheval » et le lituanien kamienas. Il nous semble que l’explication de J. Pokorny serait assez convaincante si la forme balte ancienne avait été *kumas. À vrai dire, J. Pokorny considère aussi le lituanien kūmė « jument » comme la forme fondamentale. Or le lituanien kūmė est une formation régressive, issue de la forme ku-mėlė, tout comme de barsūkas (cf. le biélorusse борсук < et le turc barsuk) est apparu barsas, et de gegūtė — gėgė, etc.84
On tente de rapprocher de diverses manières le lituanien kumėlė, kumelys du slave komonь (cf. le russe КОМОНЬ « cheval », le tchèque komoň « cheval »), konь (cf. le russe конь, le polonais koń). En fait, ces mots se ressemblent beaucoup par leur forme et leur sens coïncide tout à fait. Il est cependant impossible, pour le moment, de prouver leur parenté85.
Un autre mot très obscur est le vieux-prussien camnet « cheval ». Ce mot figure dans le glossaire de S. Grunau (41 mots), où les mots prussiens sont, comme on le sait, particulièrement déformés. El-
79 A. Brückner, Die slavischen Fremdwörter im Litauischen, Weimar, 1877, p. 128; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 748.
80 A. Brückner, Sl. et., p. 468.
81 J. Charpentier, KZ, 40, p. 435; IF, 25, p. 246.
82 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 232–233.
83 J. Pokorny, KZ, 56, p. 130–133.
84 P. Skardžius, Formation des mots de la langue lituanienne, p. 21–22; A. Augstkalns, StB., 4, p. 63–65.
85 A. Brückner, Sl. et., p. 253–254; V. Machek, Et. Sl., p. 216; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 309; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 609, 618; E. Berneker, Et. Wb., p. 555; O. H. Трубачёв, Происхождение…, 50–52; EM, II, p. 311.
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Page 57Dans le glossaire d’Elbing, où sont énumérés successivement pas moins de sept noms de chevaux de différentes espèces, ce nom est absent. Que la transcription camnet soit fautive ressort aussi de sa terminaison, étrangère aux langues baltes. Ainsi, dans ce cas, le pr. camnet peut être corrigé de diverses manières et rapproché aussi bien du slav. komonъ que du lit. kumelys, bien que le pr. camnet rappelle néanmoins surtout le slav. komonъ86.
La question d’un autre nom du cheval, peut-être lui aussi employé dans les trois langues baltes, est très complexe: il s’agit du lit. kėve « animal médiocre et maigre; hongre », kie-vė « jument médiocre », kėvinas « cheval médiocre, hongre », kėvis, keivis (LKŽd., V, 496, 672, 677, 766)87, du let. kėve « jument », kėve, kėva, et de leurs diminutifs: kėvele, kėve-lite, kėvene, kėvene, kėvens, kėvens, kėvėna, kėvenice, kėvine, kėvka, kėvelėns (EM, II, 377; EH, I, 700–1), et du pr. kaywe « jument » (mot 433 du glossaire d’Elbing)88. Tout d’abord, il est clair qu’il ne s’agit pas d’un mot commun aux trois langues baltes, puisque le consonantisme du mot letton montre que les Lettons l’ont emprunté. Ensuite, il est très incertain que le nom prussien de la jument soit réellement un mot de même racine que le lit. kėvė et le let. kėve.
En examinant les variantes lituaniennes de ce nom, on remarque immédiatement l’étrange vocalisme de la racine: -ė-, -ie-, -ei-. Déjà A. Bezzenberger, en expliquant l’origine du pr. kaywe, rapprochait le mot prussien d’une forme lituanienne supposée, *kievė89. R. Trautmann reprend également l’idée d’A. Bezzenberger90. Dans une lettre à J. Endzelīns datée du 13 mai 1910, K. Būga, évoquant l’ouvrage de R. Trautmann, écrit notamment: « le lit. dialectal *kėve XII, 142 est un produit de l’imagination »91. Comme on le voit, la forme imaginée autrefois par A. Bezzenberger figure désormais dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne ». Il nous semble toutefois que K. Būga avait raison de dire que cette forme était un produit de l’imagination. Les formes en -ie- ont été relevées dans les régions de Lituanie où ė > devient ie (Ignalina, Vidiškės), ou dans leurs environs (Daugėliškis), où le mot kievė à côté de dėdė ou tėvas peut être un phénomène sporadique venu d’un dialecte voisin. La forme keivis est elle aussi probablement douteuse, car elle n’a été relevée qu’une fois dans les environs de Klaipėda, peut-être à la place de kėvis, mal entendu sur place. Il pourrait certes s’agir ici aussi d’un passage sporadique de ė à ei, tel qu’on en rencontre parfois dans le parler des pêcheurs de la lagune de Courlande et dans les dialectes lettons livoniens92. Ainsi, la forme lituanienne de ce nom la plus digne de foi est kėvė (avec ė comme voyelle de la racine).
Ces derniers temps, de nombreux linguistes — le plus souvent, à vrai dire, des chercheurs des relations entre les langues finnoises et baltes — estiment que les Lettons ont emprunté ce mot aux Livoniens, cf. liv. kėv « jument », et que les Lituaniens l’ont à leur tour emprunté aux Lettons en en modifiant le sens93. J. Endze-
86 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 189; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 352.
87 A. Lyberis, Kalbos kultūra, 7, p. 60–61.
88 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 88.
89 A. Bezzenberger, BB, 23, p. 318; 27, p. 168.
90 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. XII, 142, 351.
91 K. Būga, Rinktiniai raštai, III, p. 820.
92 J. Gerullis ir Chr. Stang’as, Lietuvių žvejų tarmė prūsuose, Kaunas, 1933, p. 5–6; Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 75; J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 138–139; M. Rudzīte, Latviešu dialektoloģija, Rīga, 1964, p. 150–166.
93 V. Thomsen, Samlede Afhandlinger, IV, Köbenhavn, 1931, p. XI; I. H. Toivonen, Finnisch-ugrische Forschungen, 20, p. 144; J. Mikkola, Izglītības Ministrijas Mēnešraksts, 1930, 2, p. 443.
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Page 58…lynas94, avait auparavant considéré le letton kēve comme un lituanisme (...wohl aus li. kēve „кляча“95. D. Zemzarė96 considère également le letton kēve comme un lituanisme. Pour déterminer l’origine du lituanien kēve et du letton kēve, il nous semble que l’origine de la forme prussienne kaywe joue un rôle très important. Si les Lettons ont emprunté leur mot aux Lives et les Lituaniens aux Lettons, nous ne saurions parler d’un quelconque lien entre le prussien kaywe et les mots lituanien et letton mentionnés, car il est très difficile d’imaginer un tel processus du point de vue chronologique; de plus, d’une manière générale, il n’est pas dans les habitudes des Baltes d’emprunter aux Finnois baltiques des termes d’agriculture ou d’élevage — le processus inverse est beaucoup plus fréquent.
Le fait que ce nom du cheval ne soit pas un emprunt aux Lives semble également ressortir de l’étymologie, à notre avis très convaincante, du lituanien kēvē. E. Frenkel rapproche ce mot du prussien keuto « peau », du lituanien kēvalas, etc.97 On peut trouver dans de nombreuses langues diverses parallèles sémantiques à l’étymologie d’E. Frenkel; cf. le lituanien skūrā « mauvaise jument, mauvais cheval », skūrinis « mauvais cheval »: lituanien skūrā « peau » (< balte-or. скупа), lituanien lūpena « mauvais cheval »: lituanien lūpti, letton ādnieks « mauvais cheval »: letton āda « peau », russe одёр « mauvais cheval paresseux »: russe драть « écorcher, dépouiller », allemand Schindmähre « mauvais cheval »: allemand schinden « écorcher, dépouiller »98.
Comme nous l’avons mentionné, A. Bezzenberger et R. Trautmann rapprochaient le prussien kaywe du lituanien *kiēvē. Cependant, le prussien kaywe pourrait même provenir du lituanien kēvē. Il faudrait peut-être considérer le vocalisme de la racine du mot prussien comme une simple erreur de copie ou de transcription, à la place de *kiewye ou *keywe; cf. Plēynis (38e mot) du glossaire d’Elbing: lituanien plėnys, pleynis (75e mot): lituanien plėnis, plėvė. Dans l’orthographe du glossaire d’Elbing, -y- semble parfois avoir pu noter la longueur de la voyelle qui le précède99. Enfin, ce -y- pourrait être apparu lors de la copie sous l’influence des formes voisines Sweykis, Arwaykis.
J. Endzelīns semble, à juste titre, mettre en doute le rapprochement établi par A. Bezzenberger entre le prussien kaywe et le lituanien kaimenē « troupeau », car kaimenē signifie non pas « groupe de chevaux », mais, plus généralement, « animaux du village ». En revanche, la tentative de J. Endzelīnas de corriger le prussien kaywe en *kanwe et de le rapprocher du slave konb « cheval », en supposant que -vė soit une terminaison identique à celle du mot lituanien kārvė, est très peu convaincante. À vrai dire, J. Endzelīnas ne l’affirme pas catégoriquement non plus (Varbūt...)100.
Ainsi, l’hypothèse la plus vraisemblable serait peut-être que kēvē est apparu d’abord en lituanien au sens de « mauvaise jument », puis que le sens général de « jument » est passé du lituanien au prussien et au letton.
En letton, on trouve des formes assez singulières du nom de cheval mentionné: kāvē « cheval » (à Vecaucē), kāvele « nom de cheval ou de jument à nuance péjorative » (Lubāna, Meirāni, Cesvaine, EH, I, 575). La diphtongue -ai- de ces mots devrait plutôt s’expliquer par substitution, car en letton les voyelles antérieures ne suivent généralement pas -k-.
Les langues baltes possèdent de très nombreux noms de cheval, généralement propres à certaines langues seulement de ce groupe. Ces noms désignent ordinairement une caractéristique du cheval et comportent une nuance péjorative ou affectueuse.
94 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 187.
95 EM, II, p. 377.
96 D. Zemzare, Latviešu vārdnīcas, Rīgā, 1961, p. 45.
97 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 248.
98 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 58; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 254.
99 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 26; FBR, XII, p. 148; XV, p. 101.
100 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 187.
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Page 59Le lituanien kūinas « cheval chétif, maigre, faible; rossin » se trouve déjà dans le dictionnaire de K. Širvydas (dans sa IIIe édition, de 1642):
Szk apá Caballus tardus Kuynas Szkapi Caballinus Kuyniβkas Szkapinė (Caballinus caro. Viande de cheval) kuy nėna. (Dict., 436).
Dans certains dialectes lituaniens, le mot kūinas s’emploie comme adjectif au sens de « sans cornes » (cf. kūinas veršis, kuinà kárvė, Daugelìškis, Tverečius). Le mot kūinas « mauvais cheval » n’y est pas employé; on utilise à sa place kėvė. K. Būga observe une évolution comparable du substantif à l’adjectif dans le lituanien taūras, taurùs « honnête, bon, convenable »: taūras « bovidé sauvage (Bos primigenius) »¹⁰¹. En lituanien, cette désignation d’un mauvais cheval est très répandue: elle s’emploie dans la langue littéraire et se rencontre dans une grande partie des dialectes. Les autres langues baltes, toutefois, ne la connaissent pas. À côté de kuinas, on trouve aussi la variante kūlnas (LKŽd., VI, 844), ainsi que škūina (Kapsukas, Tirkšliai). Il faudrait vraisemblablement rapprocher kūinas d’autres désignations baltes du cheval qui lui ressemblent beaucoup.
Il s’agit du lituanien kūika « jument maigre et chétive, rossin, kuinas », kuikas, kūikė, kūikė (LKŽd., VI, 779), et du letton kūika « mauvais cheval » (EM, II, 300). Il faudrait sans doute rapprocher de ces désignations le vieux-prussien paustocaican < pausto « sauvage » + caican « cheval » (mot 654 du vocabulaire d’Elbing)¹⁰², le letton kaikaris « kuinas, mauvais cheval » (EM, II, 132), et le lituanien kaikaras « personne de très grande taille; paresseux »; cf. également le lituanien kaikaruoti « crever, périr » (LKŽd., V, 48). E. Fraenkel rapproche ensuite ces mots du sanskrit kekarah « louche », du latin caecus « aveugle », de l’irlandais caech « borgne », du gotique haihs « borgne »¹⁰³. Il explique l’apparition de la voyelle radicale -ui- dans les mots lituaniens kūinas, kūika par leur connotation péjorative. Cette étymologie, dans son ensemble, suscite de sérieux doutes. Il nous semble que les mots baltes peuvent être apparus d’une tout autre manière: il faudrait peut-être les rapprocher du lituanien keipti « décliner, faiblir, maigrir », kaipti « dépérir, faiblir; s’évanouir ». M. Mayrhofer doute fortement que le sanskrit kekarah, à côté de kedara-, teraka- employés avec le même sens, soit lui aussi apparenté au latin caecus, etc.¹⁰⁴
Le lituanien škūika « mauvais cheval » est également à rapprocher de kūika. Le š-, comme dans le mot škūina, a pu apparaître par contamination avec škapà ou un autre mot, ou simplement avoir été ajouté comme renforcement expressif particulier (cf. kabálda: škabálda « personne qui marche en boitant », kūnka: škūnka « personne ou animal décharné »)¹⁰⁵. Il faut également rattacher à ce même groupe les mots lituaniens kūika, škūika.
De nombreux termes lituaniens désignant un mauvais cheval sont apparus par le même processus sémantique: ils proviennent de mots signifiant « finir, crever, périr », ou simplement désignant le « corps d’un animal mort ». Ces termes s’emploient généralement non seulement à propos des chevaux, mais aussi d’autres animaux âgés et de piètre qualité. Relèvent de cette origine:
Le lituanien baigėna, baigliena, baigšėna, cf. le lituanien baigtis « arriver à sa fin, mourir ».
101 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 297; II, p. 318, 635; A. Сабаляускас, Проблемы индоевропейского языкознания, Москва, 1964, p. 63.
102 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 91, 391; Prūsų kalbos paminklai, p. 72.
103 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 202.
104 M. Mayrhofer, Et. Wb., I, p. 264.
105 Z. Zinkevičius, Dialectologie lituanienne, p. 191–192.
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Page 60Liet. diẽngalis, dienagalỹs, dienãgalis (LKŽd., II. 346, 347) < du liet. dienà + gãlas, cf. lat. diengalis « être qui se distingue par une vie tenace et ancienne » (EM, I, 483).
Liet. dvasnà, dveskà, dvėšlyna, dvėšena, núodvasa (LKŽd., II, 672, 679, 680), cf. liet. dvėsti « crever », dvasnà « carcasse d’un animal crevé », dvėšena.
Liet. gaišena, gaištaras, gaištara, núogaiša (LKŽd., III, 37–8, 41), cf. liet. gaišti « mourir », gaišena « carcasse d’un animal crevé ».
Liet. maità, cf. liet. maità « carcasse d’un animal crevé ».
Liet. padlà, cf. liet. padlà « charogne », < pol. padło.
Liet. pùolena, cf. liet. pùlti « mourir », pùolena « carcasse d’un animal crevé ».
Liet. spróg ena, núosproga, cf. liet. sprógti « crever, mourir ».
Liet. stipena, cf. liet. stipti, stipena « carcasse d’un animal crevé ».
De la même manière s’est formé un autre groupe de désignations lituaniennes pour un mauvais cheval:
Liet. kuìbena, kùiba (LKŽd., VI, 778), cf. liet. kuibina « chaussure faite de peaux de pattes; sandale de cuir », < let. kuìba, kuìbena « peau enlevée des pattes d’un animal; chaussure fabriquée avec cette peau », cf. est. koib « jambe »¹⁰⁶.
Liet. lùpena, lupsnà, lupynà, lùpeta, lupýnė, lùpkė, cf. liet. lùpti « écorcher, enlever la peau », lùpena « écorce qu’on enlève, pelure ».
Liet. skùrdà, skùrinis, cf. liet. skùrà « peau », < balte скупа.
À ce même groupe sémantique appartiennent:
Lat. âdiniẽks, âdnieks, âdenis, âdeniẽks, âdenica, âdminis (EM, I, 236; EH, I, 192), cf. lat. âda, liet. óda.
Liet. kalabãnas (LKŽd., V, 100), cf. liet. kalabãnas « mauvais cheval ».
Liet. kaplỹs (LKŽd., V, 238), cf. liet. kaplỹs.
Lituanien kybelka « animal aux jambes qui flageolent, aux pattes peu sûres (généralement un cheval) » (LKŽd., V, 720), cf. lituanien kìbelkos « plaisant. les jambes ».
Lituanien kluknà (LKŽd., VI, 165), cf. klukšėti « caqueter », kluknoti « boire à grandes gorgées ».
Lituanien klùmpis (LKŽd., VI, 171), cf. lituanien klùmpis « personne molle ou négligée ».
Lituanien kramùkas « cheval tout petit et lent » (LKŽd., VI, 418), cf. lituanien kramas « personne rabougrie, chétive », kramùila « être petit, qui n’a pas grandi ».
Lituanien kriklà « cheval maigre » (LKŽd., VI, 580), cf. krikti « devenir faible, perdre sa vigueur ».
Lituanien kriòkas « personne ou cheval grand, maladroit et gauche », kriókis (LKŽd., VI, 602, 603), cf. lituanien kriòkti.
Lituanien kùlčius « cheval paresseux », kùltena « cheval épuisé par le travail, haridelle » (LKŽd., VI, 821, 850), cf. lituanien kùlti « battre, frapper ».
Lituanien lapatkis (LKŽd., VII, 142), cf. lituanien lapatúoti « marcher péniblement, gauchement », lapatókas « personne négligée », lapònas, lapnòtis « celui qui marche en traînant les pieds (à propos d’un cheval) ».
Lituanien lòbeda, lòbena (LKŽd., VII, 637), il faudrait peut-être le rattacher au lituanien lėbeda « personne molle, gauche et lourdaude ».
Lituanien susnà, cf. lituanien sùsti « sécher ».
Lituanien klėperis (LKŽd., VI, 50), cf. allemand < vok. Klepper.
Lituanien krãgas (LKŽd., VI, 395), krãkas, strėkas, škrãkas ont pu être empruntés à l’allemand ou au letton, cf. allemand dialectal Kracke, Kragge107, letton krãģis, skrãģis.
106 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 296; EM, II, p. 300.
107 F. Frischbier, Preussisches Wörterbuch, I, p. 416.
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Page 61Les exemples lituaniens mentionnés se rencontrent dans la région de Klaipėda. Les Lettons ont eux aussi emprunté aux Allemands des appellations de mauvais chevaux.
Liet. lušokas <pol. łoszak (LKŽd., VII, 712).
Liet. škapà <pol. szkapa. Le lituanien škabàrda est probablement de la même origine.
Dans les dialectes lettons, on trouve un nombre exceptionnellement élevé d’appellations de « mauvais chevaux » d’origines diverses:
Lat. ābideris « un cheval maigre », cf. lat. ābideris, ārd̄bilis « un outil en forme de fourche, avec lequel on écarte les barres de séchage » (ārds + bīdīt) (EH, I, 191; EM, I, 241).
Lat. begis « un vieux cheval » (EH, I, 211). L’origine est incertaine.
Lat. bèmbelis « un cheval raide et paresseux » (EM, I, 278, 279; EH, I, 212), cf. lat. bèmbelis « une injure », bemberis « un arbre noueux », lituanien bembys, bamblys.
Lat. bestis « un vieux cheval », beškis « un cheval » (EM, I, 281). J. Endzelīns tend à faire dériver ces formes du slave bestija.
Lat. blànkāns « un cheval lent » (EH, I, 226), qu’il faudrait peut-être rattacher au lat. blenkt « regarder bouche bée ».
Lat. cōbikis « une vieille rosse » (EH, I, 279), cf. lat. cōbliņš « une personne lente ».
Lat. cā pāns « un vieux cheval décrépit », cāpis « un cheval lent » (EM, I, 408; EH, I, 285), cf. lat. cāpāt « aller lentement », cā pūlis « quelqu’un qui marche lentement ».
Lat. cāpris « un vieux cheval de mauvaise qualité », cf. lat. cāprs « mauvais, misérable » (EM, I, 404).
Lat. cēmbris « un vieux cheval de mauvaise qualité » (EM, I, 409). J. Endzelīns tend à le rattacher au couronien *cembris, cf. lituanien kēmbras « maigre, mal en point ».
Lat. drēberis « un grand cheval maigre; un cheval rapide et fougueux » (EM, I, 497; EH, I, 333). J. Endzelīns tend à le faire dériver de l’allemand Traber « trotteur; cheval ayant un bon trot ».
Lat. kačāps « un cheval maigre » (EH, I, 572) dérive probablement d’un nom ethnique à connotation péjorative.
Lat. kāibala « mauvaise vieille jument » (EH, I, 573) est probablement une forme remaniée du russe кобыла.
Let. kaīkaris « une sorte de cheval; une rosse » (EM, II, 132), cf. let. kaīkaris « un loqueteux, un va-nu-pieds », lituanien kaīkaras « personne très grande; paresseux, vagabond ».
Let. kaņa « un cheval » (EH, I, 585); J. Endzelīns tend à le faire dériver du russe конь. Let. kanēris « une rosse » (EH, I, 584), cf. let. kaneris « un lièvre », pourrait parfois également être une altération du russe конь.
Let. kankans « un mauvais cheval », kankāns « un grand cheval maigre » (EM, II, 155, 156), cf. let. kankāt « marcher à grands pas las, trotter », let. kankāns « quelque chose de grand, lourd et mou ».
Let. kārkis « un vieux cheval », kākis (EM, II, 197), devrait peut-être être rapproché du let. kārkis « le crochet », kākis.
Let. kāsis « une rosse » (EH, I, 606); J. Endzelīns tend à le rapprocher du let. kāsis « le crochet ». Notre explication de l’origine du let. kārkis plaiderait également en faveur d’un tel rapprochement.
Let. keņcītis « un mauvais cheval » (EM, II, 365), cf. let. keņcis « le traînard, le marchand de vieilleries ».
11. Baltų ir slavų kalbų ryšiai
161
Page 62Let. klām̄pa « une rosse, un vieux cheval raide, un cheval boiteux », klam-pis « un vieux cheval » (EM, II, 212; EH, I, 609) devrait vraisemblablement être rapproché du let. klām-pât « marcher péniblement ».
Let. klams « un vieux cheval maigre et faible » (EM, II, 212); J. Endzelīns tend à le rapprocher du lituanien klėmnas « faible ». Il nous semble toutefois plus convaincant de faire dériver let. klams du russe хлам « rebut, vieux débris ».
Let. klām̄za « un vieux cheval amaigri, une rosse » (EM, II, 212; EH, I, 610), cf. let. klamz̄a, klamza « quelqu’un qui marche à pas lourds », let. klām-zāt « marcher péniblement ».
Let. klanḡis « un grand cheval amaigri », kleņḡis « une rosse » (EM, II, 214, 223); J. Endzelīns le rapproche du let. kleņḡis « le flâneur, le bon à rien ».
Let. klaūga « une rosse » (EH, I, 611), cf. let. klaūḡis « un morceau de bois; un grande gueule ».
Let. knadz̄is « un vieux cheval », knadze « une vieille jument », cf. let. knaḡis « un crochet ou un piquet » < allemand Knagge (EM, II, 241; EH, I, 626).
L’origine du let. kōksis « une rosse » (EH, I, 640) n’est pas claire. Faudrait-il le rapprocher du let. kuksis « un cheval roux, jaune » ou de kuksīt « marcher lentement »?
Let. krabiņš « un vieux cheval amaigri » (EM, II, 255) devrait peut-être être rapproché du let. krabiķis « un pieu ramifié planté dans la terre, sur lequel on fait sécher les céréales dans les champs », krabināt « ramper, se déplacer ».
Let. kraḡis « la rosse », krāḡis, skrāḡis « un vieux cheval », krak̄is « un cheval mauvais et faible » sont issus de l’allemand Kracke, Kragge (EM, II, 255, 256, 265).
Let. krampis « un vieux cheval maigre » (EM, II, 258; EH, I, 641) devrait vraisemblablement être rapproché du let. krāmpis « le crochet de fermeture ».
Lat. krapants « un cheval faible et maigre »: J. Endzelīns tend à le rattacher au lituanien krapinėti « marcher péniblement » (EM, II, 260).
Lat. krapš̄kis « un vieux cheval maigre », krapšis (EM, II, 260; EH, I, 642), cf. le letton krapis « un sobriquet injurieux ».
Lat. krepsis « une haridelle » (EH, I, 649), cf. le letton krepecēt « tousser doucement », krepecī « expectoration de mucus ».
Lat. krimpa « un cheval maigre » (EM, II, 279), cf. le letton krimpāns « un jeune enfant qui pleure », krimpa « injure désignant une personne maigre ».
Lat. kroksis « une haridelle » (EH, I, 658); il faudrait peut-être le rapprocher du letton kruķis « la béquille, la fourche de fourneau », krukite « sobriquet injurieux pour une petite fille ».
Lat. lamāks « un cheval gros et lourd » (EM, II, 530), cf. le letton lamaka « une personne qui ne tient pas son corps droit, un lourdaud », lamāns « une personne ou un chien grand, pataud et glouton ».
Lat. limaks « un cheval paresseux » (EH, I, 742); il faudrait peut-être le rattacher au nom précédent.
Lat. mitenis « un cheval obtenu par échange; la haridelle », mietenis « la haridelle »: J. Endzelīns le rattache au letton mīt « échanger »; cf. mitala « nom d’une mauvaise vache ou jument » (EM, II, 649, 656).
Lat. naina, naine « un cheval maigre, épuisé » (EM, II, 690) devrait peut-être être rapproché du letton naine « la veuve » < est. naene « femme »?, cf. tā tāda naine vien ir (à propos de…
162
Page 63ner weiblichen Person, EH, II, 3). D’une appellation dépréciative désignant une femme a pu également dériver une appellation d’animal.
Lat. nátmene « la vieille jument éreintée », nátanais zirgs « la vieille jument éreintée », nátenis « un cheval faible et blanc », nátną ķēve « une jument chétive », nàtns zirgs « un cheval blanc et faible » (EM, II, 702), cf. lat. nàtns « la toile », dont le sens premier était « fait d’orties »: nàtre « ortie ». Sur le sens de nàtns « mauvais », cf. kàrklu vācietis « appellation moqueuse d’un germanophile qui n’arrive pourtant pas à le devenir ».
Lat. stīvnica « un cheval raide », stīvuicis (EM, III, 1077), cf. lat. stīvs « raide, rigide » < moyen haut-allemand stīf.
Lat. storaks « une personne ou un cheval apathique », storags (EM, III, 1080; EH, II, 584), cf. lat. storcka « injure désignant un être vivant femelle », storgaks « un gros lourdaud, maladroit ».
Lat. svanaris (?) « un cheval amaigri », zvanārs « un vieux cheval faible et maigre » (EM, III, 1143; IV, 765; EH, II, 814), cf. lat. zvanārs « une vieille horloge mauvaise et laide » < russe звонарь « sonneur de cloches; bavard ».
Lat. testis « un cheval paresseux », cf. lat. test « haleter » (EM, IV, 168).
Lat. tūcis « un cheval paresseux » (EM, IV, 278) devrait peut-être être rapproché de lat. tūkat « pousser, pétrir, bourrer ».
Dans les dialectes lettons, on trouve de nombreux autres noms du cheval, le plus souvent liés à l’une ou l’autre des caractéristiques de cet animal:
Lat. aīcis « le cheval (désignation plaisante) » (EM, I, 12) devrait peut-être être rapproché de lat. āita, aīča « mouton ».
Lat. auzainis « cheval », àusainis (EM, I, 231; EH, I, 188, 189), cf. lat. auzas « avoine ».
Lat. brīēdis « un cheval à la robe couleur d’élan » (EM, I, 337; EH, I, 243), cf. lat. brīēdis « l’élan ».
Lat. ēbelis « un cheval fier », ēberis « injure désignant un vieux cheval », ēberis « un bon cheval; un cheval vif de petite taille » (EM, I, 572; EH, I, 371) devrait peut-être parfois être rapproché de l’allemand Eber « verrat ».
Lat. gàisuonis « un cheval sauvage et indomptable » (EH, I, 378), cf. lat. gàisuonis « un hâbleur; une personne agitée », lat. gàiss « l’air ».
Lat. rēceknis « un étalon qui hennit violemment », cf. rēkt « rugir, hurler » (EM, III, 517).
Lat. spārdauniece « une jument qui aime ruer », spārdainice (EM, III, 986), cf. lat. spārdities « ruer ».
Lat. sperška « une jument qui rue » (EH, II, 548), cf. lat. spèrt « ruer ».
Lat. stakņa « un cheval qui, en tirant une charrette, s’arrête de temps à autre » (EM, III, 1041), cf. lat. staknīt « s’arrêter ».
Lat. svipastis « un cheval qui fouette l’air de sa queue », cf. lat. svàipīt « fouetter » + aste « la queue » (EM, III, 1160).
Lat. tīza « une jument qui boite, n’avance pas » (EM, IV, 199), cf. lat. tizāt « boiter, clopiner ».
Lat. tramdis « un cheval craintif », tramīkis (EM, IV, 221), cf. lat. tramīgs « craintif, sauvage ».
11*
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Page 64Lat. žiblis « un cheval borgne »; J. Endzelynas tend à le rapprocher du lat. žibt « scintiller, être ébloui » (EM, IV, 808).
Lat. žlanga « un cheval qui boit beaucoup d’eau » (EM, IV, 815), cf. lat. žlāngāt « boire longtemps, lentement et en grande quantité (se dit des hommes et des chevaux) ».
Lat. žuklis « un cheval rapide », cf. lat. žukls « rapide, agile » (EM, IV, 829).
Certains noms lituaniens du cheval sont également liés à des caractéristiques particulières de l’animal:
Liet. bėgūnas « cheval à l’allure légère », bėguonėlis (LKŽd., I, 597), cf. liet. bėgti.
Liet. bišius « petit cheval », biškinas « cheval de taille moyenne, pas très grand », bišė « mauvaise jument » (LKŽd., I, 700), cf. liet. biškenti « courir à petits pas »; peut être d’origine onomatopéique, cf. bišku « mot imitant le cri d’appel au taureau ».
Liet. gyvėntuvas « cheval de travail » (LKŽd., III, 379), cf. liet. gyvėnti.
Liet. karčiūkas « cheval à belle crinière » (LKŽd., V, 270), cf. liet. karčiai.
Liet. ristūnas « cheval à l’allure légère », ristininkas, ristokas (A. Lyberis, 60)108, cf. liet. risčia.
Liet. šarūnas « cheval bien nourri, excellent » (A. Lyberis, 61) devrait probablement être rapproché du liet. šorai « œillères fixées au mors qui empêchent les chevaux de regarder sur les côtés ».
Liet. vežmininkas « cheval robuste, propre à tirer une charrette » (A. Lyberis, 61), cf. liet. vežimas.
Liet. žvignis « cheval bien nourri, destiné aux promenades chez des invités » (A. Lyberis, 61), cf. liet. žvygauti « hennir sans cesse » (?)
Liet. kunteris « petit cheval robuste » (LKŽd., VI, 903) est un emprunt à l’allemand, cf. all. Kunter.
Liet. rišokas « cheval au trot léger », slavisme, cf. russe рысак (A. Lyberis, 60).
Liet. staininis « cheval bien nourri, destiné aux déplacements pour rendre visite », slavisme, cf. polon. stajenny (A. Lyberis, 61).
En lituanien comme en letton, on peut distinguer un groupe de noms de chevaux caractéristiques surtout du langage enfantin. Ces noms sont le plus souvent d’origine onomatopéique.
Liet. ygagas « cheval (dans le langage enfantin) », vyčiukas « poulain » (LKŽd., IV, 7, 20), cf. lituanien ygaga « interj. servant à imiter le hennissement du cheval ».
Liet. kažis « poulain », kožė « jument (dans le langage enfantin) », kožis « cheval, poulain (dans le langage enfantin) », kožius, kužė « cheval (dans le langage enfantin) », kužia, kužis kužius, kužis, kužius (LKŽd., V, 464; VI, 392, 1017, 1018, 1021, 1022), cf. les interjections lituaniennes (pour appeler un cheval) kuš, kuzi, kuzia, kuziu, kūž, kužiu, etc.
Liet. kirkilas « étalon » (LKŽd., V, 836), cf. lituanien kirkėti.
Letton cigiņš, ciga, cigus « poulain, cheval », cigulis « poulain », ciga (EM, I, 379; EH, I, 269, 290), cf. letton ciga, cig « cri pour appeler les poulains, les chevaux ».
Letton kose « nom affectueux pour une jument », košiņš « cheval, petit cheval (généralement dans le langage enfantin) », koša, košiņa košis, košelis, kuziņa « jeune cheval, cheval en général dans le langage enfantin », kuze « poulain », kuzlis, kuža « cheval, petit poulain », kužiņa « terme affectueux pour un cheval » (EM, II, 255, 331; EH, I, 639, 681), cf. letton kuz, kuze, kužu « cri pour appeler les chevaux ».
108 A. Lyberis, Kalbos kultūra, 7, p. 59–63.
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Page 65Lat. sugulis « un petit poulain », sūgulis, suka « le poulain (dans le langage enfantin) », sukulis « un petit poulain », sukulinš, sukuls, suksis « un cheval qui ne peut plus bien marcher », sukulis « un cheval peu vigoureux », sūka « un jeune et joli cheval ou poulain » (EM, III, 1117, 1118; IV, 105; EH, II, 600, 601, 607, 657), cf. letton suk, suku, šuk, šuku « interjection, appel pour attirer un poulain ».
Lat. tprūta « le cheval (dans le langage enfantin) », tprūtina, tprūte (EM, IV, 217), cf. letton tprū « interjection employée pour faire arrêter les chevaux ».
Les langues lituanienne et lettone comptent assez nombreux noms de chevaux liés à la couleur de cet animal (dans les deux langues, on trouve de nombreux noms de couleurs employés uniquement à propos des chevaux):
Lituanien báltis, baltōkas, baltàsis, baltēlis, balckis, baltĕus, balt(a)marģis, balt(a)-keršis, baltplėšnis, balt(a)galvis, balt(a)kāklis, balt(a)kāktis, balt(a)karītis, balt(a)kōjis, baltas mārgis, balt(a)prūšnis, balt(a)smūkis, balt(a)uodēgis, baltas lėpsnis (LKŽd., I, 498–504; A. Lyberis, 62), cf. lituanien báltas.
Lituanien beliōkas « cheval gris pommelé » (LKŽd., I, 604), emprunt slave, cf. russe беляк.
Lituanien bēris, bēris, bērasis, bērōkas, bēriōkas, bēriōte, bēriņas, bēriūkas, bēriūkas, bērelis, bēriūnelis, bēruōlis, bērvalelė, bērširvis (LKŽd., I, 625, 632; A. Lyberis, 62), cf. lituanien bēras, bēras.
Lituanien blēzis, blēšis, blisis « cheval ayant une bande blanche sur le front; cheval à robe claire » <allemand Blässe (LKŽd., I, 737, 752; A. Lyberis, 62).
Lituanien briedplaukis « de la couleur du pelage d’un élan, brun-gris » <lituanien briedis + plaukas (LKŽd., I, 853; A. Lyberis, 63).
Lituanien brišis, cf. lituanien brišas « bai; rouge foncé, de la couleur d’un élan » (LKŽd., I, 867; A. Lyberis, 62—3).
Lituanien brūnis, brūnas(is) (LKŽd., I, 894), cf. lituanien brūnas « bai-brun, brunâtre », brūnas <bas allemand brūn109.
Lituanien bulānas « cheval au pelage jaune clair; alezan » <russe буланый « cheval isabelle, bai-brun » (LKŽd., I, 939; A. Lyberis, 63).
Lituanien cinākis « cheval aux yeux blancs et vairons » (LKŽd., II, 20) < cinas « étain » (<allemand Zinn) + akis.
Lituanien čėkis (LKŽd., II, 41; A. Lyberis, 62), cf. lituanien čėkas « tacheté » <allemand Scheck110.
Liet. darāšis, darāšius, derēšis, derēšius, cf. liet. darāšas, derēšas « bai (roux) avec des poils blancs (à propos d’un cheval), gris » <pol. deresz <hongr. deres (LKŽd., II, 183, 277; A. Lyberis, 62; K. Bartkus, 382111).
Lituanien gelsvis, gelsvōkas, gelsvāis, geltis, geltēlis, geltāisis (LKŽd., III, 220, 221, 223; A. Lyberis, 63), cf. lituanien gelsvas, geltas.
Lituanien gnēdis « cheval bai » (LKŽd., III, 458), cf. lituanien gniedas « bai » <russe гнедой.
Liet. jūōdis, jūōckis, juodōkas, juodāsis, juodūkas, juōdberis, juodbrūnis, juodmārgis, juōdširmis, juōdširvis, juōdžerkštis, juōdplėšnis, juod(a)galvis, juod(a)kāklis, juod(a)karītis, juod(a)kōjis, juod(a)prūšnis, juod(a)smūkis, juod(a)uodēgis (LKŽd., IV, 398, 400–10; A. Lyberis, 62), cf. liet. juōdas.
109 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 60.
110 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 72.
111 K. Bartkus, Literatūra ir kalba, VI, p. 371–393.
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Page 66Liet. kaštānas, kaštānis, kaštōnas, kaštōnis (LKŽd., V, 401, 403; A. Lyberis, 62), cf. liet. kaštānas « brun », kaštōnas, kaštānas « un arbre de cette espèce et son fruit », kaštānas < pol. kasztan.
Liet. kéršis (LKŽd., V, 624), cf. liet. kéršas « noir et blanc par plaques ».
Liet. làukis, laukōkas, laukàgsis, lauk(a)kàktis (LKŽd., VII, 176, 178, 183, 184; A. Lyberis, 62), cf. liet. làukas « au museau ou au front blanc ».
Liet. moliūgis, cf. liet. moliūgas « de couleur argileuse ».
Liet. obuolãinis, obuolmušỹs (A. Lyberis, 63), cf. liet. ōbuolmušas « tacheté de petites rondelles sombres ou claires », obuolỹs. Selon M. Nyderman, liet. ōbuolmušas est un calque erroné du pol. jabłkowity¹¹².
Liet. paļšis, paļšōkas, paļšāsis, paļšiūkas, paļšbēris, paļšmàrgis (A. Lyberis, 62, 63; K. Bartkus, 382), cf. liet. pálšas « gris clair ».
Liet. palvis, palvỹs (A. Lyberis, 63), cf. liet. palvas « jaune pâle, jaunâtre ».
Liet. pelēkis (A. Lyberis, 63), cf. liet. pelēkas « de couleur souris ».
Liet. pelēnius (A. Lyberis, 63), cf. liet. pelenai.
Liet. plēsnis (A. Lyberis, 62), cf. liet. plēsnas « rouan tirant sur le roux », mot d’origine slave, cf. russe пле́нъ.
Liet. pilkis, pilkėlis (A. Lyberis, 63), cf. liet. pilkas.
Liet. raudāsis, raudīkas, raūdžerkštis, raūdžilis, rūdširvis, raudširmis, raudširvis, raudonširmis, raudonbēris (A. Lyberis, 62), cf. liet. raudās « rougeâtre, alezan », rūdas, raudōnas.
Liet. sārtis, sartōkas, sartàsis, sartùkas, sartēlis (A. Lyberis, 62), cf. liet. sārtas « bai clair, jaunâtre ».
Liet. šalnis (A. Lyberis, 62), cf. liet. šalnas « comme couvert de gelée blanche ».
Liet. šēkis « cheval pie » (Žagarė, Šakyna), cf. lat. sekis « un cheval bigarré » (EM, III, 815).
Liet. šerkšnis (A. Lyberis, 62), cf. liet. šerkšnas.
Liet. širmis, širmōkas, širmāsis, širmukas, širmēlis, širmbēris (A. Lyberis, 62), cf. liet. širmas « blanc mêlé de poils sombres ».
Liet. širvis, širvāsis, širvōkas, širvānis, širvūkas, širvabēris (A. Lyberis, 62), cf. liet. šīrvas « blanc mêlé de poils sombres, gris pommelé ».
Liet. šyvis, šyvāsis, šyvōkas, šyvūkas, cf. liet. šyvas « gris clair ».
Liet. žerkštys (A. Lyberis, 62), cf. liet. žerkštas « de couleur de gelée blanche ».
Lat. ābuolainis « pommelé (surnom du cheval) », cf. lat. ābuōls « la pomme », ābuōlains « pommelé », ābuōltains, ābuōluōts (EM, I, 234–5; EH, I, 192).
Lat. bāltenis « cheval blanc, un cheval gris pommelé », bāltiņš, baltenica « une jument blanche », balteniša, cf. lat. balts « blanc » (EM, I, 257; EH, I, 202).
Lat. bēris « un cheval bai », bēritis, bēruks, bēriņš, cf. lat. bērs « bai » (EM, I, 290, 291, 292; EH, 216).
Lat. blesis « un cheval avec une liste blanche » < moyen bas allemand blesse (EM, I, 314; EH, I, 228).
Lat. briēdis « un cheval à la robe de wapiti » (EM, I, 337; EH, I, 243), cf. lat. briēdis « l’élan ».
Lat. brūnis « un cheval brun », brūnicis, cf. lat. brūns « brun » < moyen bas allemand brūn (EM, I, 340, 341; EH, I, 246).
112 M. Niedermann, ZfslPh, 4, p. 42–44; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 515.
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Page 67Letton dārcis « un cheval pie », dārkis, cf. letton dārks « pie, bigarré » (EM, I, 447, 448).
Letton dūkanis « un cheval brun », dūkanis, dūcis, dūcis, dūcis, dūkainis « cheval jaune à crinière noire », dūkanbēris « un cheval brun foncé », cf. letton dūkans « gris-brun » (EM, I, 523, 525; EH, I, 346).
Letton dulis « un cheval brun clair », dulinbēris « un cheval brun foncé », cf. letton duls « de couleur foncée » (EH, I, 340).
Letton dzeltis « un cheval jaune », dzeltinis, dzeltenis, dzeltiņis, dzelṭānis, dzelṭainis, cf. letton dzeltāns « jaune » (EM, I, 542; EH, I, 353).
Letton gaīkis, dans l’expression gaika zirgs « un cheval bigarré (tacheté de brun et de gris) » (EH, I, 376), cf. letton gaīkis « le fugitif, l’indomptable » (zirgs iet kā gaīkis), letton gaīkis « une personne bizarre, frivole, exagérée » (EM, I, 584).
Letton kuksis « un cheval alezan, jaune, le renard » est probablement issu par assimilation de *puksis <vok. Fuchs (EM, II, 301; EH, I, 668).
Letton lāucis « un cheval ayant une liste », lāukis, laukene « une jument ayant une liste » (?); cf. letton lāuks « ayant une liste » (EM, II, 426, 428; EH, I, 722, 723).
Letton luošītis « un cheval qui est luoss », luošelis « un cheval jaune-brun », cf. letton luõss « isabelle, gris-jaune » (EM, II, 528).
Letton muõris « un cheval brun-bleu, gris » (EM, II, 683; EH, I, 841), cf. letton muõris « le Maure » (?).
Letton mūsainis « un cheval tacheté, un cheval gris pommelé », cf. letton mūsāns « tacheté, bigarré » (EM, II, 679).
Letton palseris « un cheval gris clair », cf. letton palsāins « de couleur gris pommelé », palsāns (EM, III, 62–3; EH, II, 152).
Letton pelēce « une jument grise », pelēķis « un cheval gris », cf. letton pelēks « gris » (EM, III, 196; EH, II, 221).
Letton raūdis « un cheval rouge », cf. letton raūds « rouge, rougeâtre, brun » (EM, III, 483).
Letton ripainis « un cheval gris pommelé, un cheval aux taches rondes; un cheval rond et bien nourri », rīpainis « un cheval pie », cf. letton ripa « une tache ronde » (EM, III, 530, 539; EH, II, 373).
Letton sālnis « un cheval gris truité », sahlkis, cf. letton salns « de couleur gris pommelé » (EM, III, 675).
Letton sarkanis « un cheval brun clair », cf. letton sarkans « rouge » (EM, III, 720; EH, II, 443).
Le letton sekis « un cheval pie » provient probablement du livonien šek « Schecke » (EM, III, 815; EH, II, 476).
Le letton sirkis « un cheval rouan rouge », cf. le letton sīrks « aux poils gris, grisâtre » (EM, III, 846).
Le letton sīrmis « le cheval rouan gris », sirmiņš, sīrmsarītis, cf. le letton sīrms « gris » (EM, III, 846, 847; EH, II, 489).
Le letton sveķainītis « un cheval jaune », cf. le letton sveķains « résineux » (EH, II, 613).
Le letton ūbelis « un cheval pie; un vieux cheval laid », cf. le letton ūbele « la tourterelle » (EM, IV, 403; EH, II, 740).
Dans les monuments de la langue prussienne, on trouve plusieurs noms du cheval propres à cette seule langue.
167
Page 68Le glossaire d’Elbing atteste le mot — Rapeno Jungkekobel (mot 435) « jeune jument ». À ce jour, ce mot ne possède pas d’étymologie plus sûre. Ne pourrait-on pas considérer le prussien rapeno comme un emprunt à l’allemand, cf. l’allemand Rappe, qui aurait d’abord signifié « corbeau », puis aussi « cheval noir »?113
L’origine des deux autres noms du cheval que l’on trouve dans le glossaire d’Elbing est également assez obscure: Sweriapis Keynhengest (mot 431) et Sweykis Pflugpfert (mot 432). Le premier aurait plutôt désigné un « cheval de tournoi » et l’on tente de le faire dériver du polonais *świerzop « étalon », cf. le polonais świerzepa « jument »; quant au second (les documents attestent aussi les variantes sweyke, sweike, sweke), on tente de le rapprocher du vieux haut allemand sweiga « troupeau de bovins »114
En passant en revue les noms du cheval dans les langues baltes, nous constatons qu’ils comprennent de nombreux termes d’origines diverses. Tout d’abord, les langues baltes ont conservé l’ancien nom indo-européen du cheval, dérivé de la forme proto-indo-européenne *eḱuo-s. On ne trouve pas de traces plus nettes de ce nom dans les langues slaves. Le nom du cheval propre aux seules langues baltes est le lituanien žirgas, le letton zirgs et le prussien sirgis. Plus tard, le lituanien a vu apparaître un nom du cheval propre à cette seule langue, arklys. Ces changements dans les noms du cheval sont probablement liés à l’évolution des fonctions du cheval en tant qu’animal domestique. Les langues baltes possèdent un nom d’étalon d’origine indo-européenne qui leur est propre. On a tenté de diverses façons de rapprocher du nom slave du cheval le lituanien kumelys et le letton kumelš. Ces rapprochements n’ont toutefois pas abouti jusqu’ici. Dans l’ensemble, les noms du cheval en balte et en slave diffèrent considérablement. Hormis certains cas d’emprunt, on ne relève aucun trait caractéristique propre à ces deux groupes linguistiques.
LE PORC
En Europe, le porc a probablement été domestiqué par l’homme un peu plus tard que le chien, le mouton et les grands bovins. Il semble également qu’il n’ait pas joué un rôle aussi important dans la vie de l’homme primitif que les autres animaux qui viennent d’être mentionnés. Il y a eu des centres distincts de domestication du porc en Europe comme en Asie. Les porcs domestiques les plus répandus en Europe descendent du sanglier (Sus scrofa ferus). L’abondance des centres de domestication du porc pourrait aussi être liée au fait qu’en raison de ses caractéristiques physiques, le porc est plus difficile à transporter que, par exemple, les grands et petits bovins ainsi que les chevaux.
On trouve des traces du porc dans les vestiges archéologiques du Néolithique dans le bassin du Dniepr, en Bessarabie, ainsi que dans presque tous les sites néolithiques d’Europe du Nord et du Centre. On en trouve dans les établissements sur pilotis de la plaine du Pô et dans les tombes mycéniennes1.
Les sources historiques des pays de l’Orient ancien nous fournissent de nombreux faits intéressants sur l’élevage du porc. Celui-ci semble y avoir été domestiqué bien avant qu’en Europe. Ainsi, dans la Chine ancienne, on trouve des traces du porc aux côtés de celles du chien dans les établissements du Néolithique ancien, tandis que les traces des autres animaux n’apparaissent qu’à la toute fin du Néolithique. Les inscriptions divinatoires de Chenan indiquent que, dans la Chine ancienne, lors de cérémonies religieuses solennelles, on sacrifiait parfois jusqu’à 100 porcs2.
113 F. Kluge, Et. Wb., p. 582.
114 J. Endzelīns, La langue vieux-prussienne, p. 260; R. Trautmann, Les monuments linguistiques vieux-prussiens, p. 443.
1 O. Schrader, Lexique réel de l’Antiquité indo-européenne, II, p. 360; C. Keller, L’origine des plus anciens animaux domestiques, p. 100–115; M. Hilzheimer, Porc, — M. Ebert, Lexique réel de la préhistoire, XI, p. 380–383.
2 V. I. Avdijev, Histoire de l’Orient ancien, p. 576, 582.
168
Page 69Le fait que les porcs étaient élevés dans l’ancienne Babylone est notamment attesté par la mention de cet animal dans le célèbre code d’Hammurabi.
Les Israélites considéraient le porc comme un animal impur et ne mangeaient pas de viande porcine. En Asie, dans l’ensemble, le porc, bien qu’élevé, n’était pas apprécié. Presque à l’état sauvage, il errait dans les villes et, avec les chiens et les vautours, contribuait à la propreté des rues3.
Les sources historiques de l’Égypte ancienne ne mentionnent pas la consommation de viande porcine, bien que les porcs y soient connus comme animaux domestiques depuis la préhistoire. Ainsi, le dessin d’une tombe préhistorique représente un troupeau de porcs. Dans les couches archéologiques les plus anciennes du temple de Hiérakonpolis, on a trouvé une statuette en faïence représentant un verrat. Un verrat en course, utilisé comme signe hiéroglyphique, figure déjà sur un monument écrit datant de la première dynastie. Toutefois, les représentations de porcs sont dans l’ensemble beaucoup plus rares que celles d’autres animaux domestiques. Ces faits laisseraient penser que le porc n’était pas non plus très apprécié des anciens Égyptiens. Cela serait en partie confirmé par le fait qu’à une époque ultérieure, le porc était considéré comme l’animal du dieu maléfique Seth, meurtrier de son frère Osiris. On ignore aussi largement à quelles fins les porcs étaient élevés dans l’Égypte ancienne. Hérodote raconte qu’au cours de ses voyages, il avait vu dans le delta du Nil des porcs utilisés pour enfoncer dans le sol les grains semés4.
Dans la Grèce et la Rome antiques, cet animal était davantage estimé que dans les pays d’Orient. Homère raconte qu’Ulysse possédait douze troupeaux de taureaux à cornes droites, ainsi que le même nombre de troupeaux de moutons, de chèvres et de porcs. Les Romains appréciaient la viande de porc et n’hésitaient pas à représenter des porcs dans leurs monuments artistiques5.
Le porc était un animal très populaire dans les territoires slaves. Dans l’ensemble, parmi tous les animaux domestiques, les Slaves semblent avoir élevé surtout des porcs et des moutons. Les voyageurs arabes du Xe siècle évoquent également leur élevage dans ces régions. Les conditions étaient particulièrement favorables à l’élevage des porcs entre la Vistule et la Desna, où les vastes forêts de chênes permettaient de ramasser d’immenses quantités de glands et de leur fournir ainsi sans trop de peine de la nourriture pour l’hiver6.
Sur les territoires des républiques baltes actuelles, des traces de porcs, ainsi que de chiens et de grands et petits ruminants, sont déjà découvertes dans des vestiges datant du Néolithique7.
Dans les vestiges des sites fortifiés de Lituanie (Nemenčinė, Migonys, Dovainonys, Bačkininkėliai) fouillés sur le territoire de la RSS de Lituanie et datés des Ier–IVe siècles, on a trouvé, parmi les ossements d’autres animaux domestiques, une proportion importante d’ossements de porc8.
L’ancien nom indo-européen du porc, *sūs/*suų, est assez bien conservé dans de nombreuses langues indo-européennes: skr. śūkarāḥ, av. hū-, gr. ὗς, σύς, lat. sūs, got. swein, vieux slave.
3 P. Thomsen, Schwein, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, XI, p. 383—384; B. Meissner, Haustier, — ten pat, V, p. 221; O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, II, p. 361.
4 Ranke, Schwein, — M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, XI, p. 383; C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 102.
5 C. Keller, ten pat, p. 103; V. S. Sergejevas, Senovės Graikijos istorija, Vilnius, 1955, p. 109.
6 Л. Нидерле, Славянские древности, p. 319—320.
7 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, Lietuvos archeologijos bruožai, p. 79; Latvijas PSR vēsture, I, p. 11; История Эстонской ССР, под. ред. Г. И. Наана, Таллин, 1958, p. 10.
8 P. Kulikauskas, R. Kulikauskienė, A. Tautavičius, ten pat, p. 252—253; K. Paaveri P. Kulikauskas, Acta Baltico-Slavica, 2, p. 270—272.
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Page 70Schwein, vieux haut allemand sū, allemand Sau, alb. thi, toch. B suwo, russe свинья, letton sivēns « porc », etc.
Comme pour de nombreux autres anciens noms indo-européens d’animaux, le sens originel de *sūs/*suu est très obscur. Plusieurs interprétations ont été proposées, certaines plus, d’autres moins convaincantes, mais aucune ne saurait être tenue pour certainement juste et exempte de tout doute. On a tenté de rapprocher l’indo-européen *sūs du nom indo-européen du fils (lituanien sūnùs, russe сын, etc.), en faisant dériver ces appellations d’un même verbe signifiant « produire, engendrer, enfanter », cf. sanskrit sūtē, sāuti, sūvátē « produit, enfante ». Un tel rapprochement est possible sur le plan phonétique, mais très difficile à justifier sémantiquement, surtout si l’on considère que le porc, même domestiqué, l’a été plus tard que les autres animaux domestiques. F. Specht⁹ rapprochait l’indo-européen *sūs du gotique bi-saulan « enduire, salir », du gotique swarts « noir », et du latin sordes « saletés ». Plusieurs tentatives ont consisté à rechercher la source de l’indo-européen *sūs non pas dans les langues des Indo-Européens eux-mêmes, mais dans celles de leurs voisins. A. Nehring¹⁰ voyait cette source dans la protoforme finno-ougrienne *buvo (cf. finnois sika, mordve tuwo). E. Polivanov, reconstruisant pour les noms indo-européens du porc la protoforme *(t)sūs, la faisait dériver du chinois ancien čú « porc, verrat »¹¹. Toutefois, l’étymologie qui a probablement recueilli le plus de partisans est celle qui explique l’indo-européen *sūs comme un mot d’origine onomatopéique. Sur le plan sémantique, elle serait étayée par les noms onomatopéiques d’animaux dans diverses langues, parmi lesquels ceux du porc lui-même. De plus, l’interprétation du sanskrit sū-karāḥ lui est favorable: « sū – celui qui produit », c’est-à-dire « l’animal qui “produit” un son ». Dans ce cas, l’indo-européen *sū- et le chinois ancien ču pourraient également être des mots formés de la même manière¹².
Dans les langues slaves, ce nom indo-européen du porc s’est bien conservé, il est vrai sous une forme légèrement modifiée: vieux slave svinija, russe свинья, ukrainien свиня, biélorusse свіння, bulgare свиня, serbo-croate свиња, slovène svinja, tchèque svině, slovaque sviňa, polonais świnia, cachoube svina, haut-sorabe swinja, bas-sorabe swińa. Ce nom slave est vraisemblablement formé à partir de la forme féminine *svini de l’adjectif svinъ; les formes latines suīnus « de porc, porcin » et gotique swein « porc » lui sont apparentées¹³.
Parmi les langues baltes, seul le letton a conservé ce nom indo-européen du porc: su-vēns « le porcelet », suvēns, suvēnelis, sivēns, sivēnis, sivēntiņš, sivēnica « une truie (qui a des porcelets, etc.) », sivēnice, sivēne « un porc âgé de 6 à 7 mois », sivēnēns « un petit porcelet », sivēnīza = sivēnica, sivēniete « une jeune truie (âgée d’un an au plus); une truie pleine », sivēnuks « le porcelet », sivēnuks (EM, III, 850, 1129; EH, II, 491, 606). Les formes avec le -i- radical sont apparues secondairement en letton: dans cette langue, assez fréquemment, u devant v ainsi que b devient i; cf. divi « deux »: duvejāds « à deux paires », zivs « poisson »: zuvs, tīvi « labourer »: tuvu, driva « terre, sol »: druva, dibens « fond »: dubēns, etc.¹⁴ Les dialectes lettons présentent également d’autres variantes de ce nom: sukis « un porcelet, un porc à demi développé », sukēns, zuikis « un petit porcelet », sukis « un porc à demi développé, un porcelet », sukelis (péjoratif), sukēns, sukentiņš, sukelēns,
9 F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, p. 123.
10 A. Nehring, Studien zur indogermanischen Kultur und Urheimat, Salzburg—Leipzig, 1936, p. 112.
11 E. A. Polivanov, Archiv Orientalní, 9, p. 405—406.
12 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 62; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 593; F. Kluge, Et. Wb., p. 626.
13 V. Machek, Et. sl., p. 489; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 593.
14 J. Endzelynas, Baltų kalbų garsai ir formos, p. 15; J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 50—52; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 615.
170
Page 71sukāns, sukans, suŋķis « un porc de taille moyenne », siūka « le porcelet, le jeune porc », siūkis, svīkis « un porc très maigre », svīķelis « un petit porcelet maigre », svīkaltis « le porcelet, le jeune porc », sukantīns « un petit porcelet », sukniši « petits porcelets » (EM, III, 850, 1115, 1117, 1119, 1124, 1163; IV, 749; EH, II, 601, 602, 619–620). Ces noms, comme nous le voyons, s’éloignent considérablement des appellations du porc de même racine que nous avons mentionnées précédemment. La formation de certaines d’entre elles est également très difficile à expliquer. Les formes en iu- devraient peut-être être expliquées comme issues de *suvikis, cf. zuintina < zuvitina15. L’apparition de certaines formes a parfois pu être influencée par les mots sonores suku « appel pour attirer un poulain; une interjection », suk « interjection servant à appeler un chien auquel on jette quelque chose à manger; appel pour attirer un poulain » (EM, III, 1116, 1118), cf. sukulis « un petit poulain ».
En prussien, on trouve également un nom du porc de cette racine: le mot 682 du glossaire d’Elbing, Swintian Swin. Cette forme prussienne peut s’expliquer de différentes manières. On peut tout d’abord y voir une forme issue, par dissimilation — ou peut-être simplement à la suite d’une erreur de transcription — de *swinstian < *swinistian (cf. parstian « porcelet », werstian « veau », qui seraient eux-mêmes issus de *parsīstian, *wersīstian; cf. gertistian « poussin », à côté de gertis « coq »). À l’instar du pr. camstian « brebis » et du slave овца « brebis », le pr. swintian aurait pu être une forme diminutive devenue un nom générique d’animal. Toutefois, le suffixe -tian a pu être ajouté directement au radical swīn-, sans aucune valeur diminutive, sur le modèle d’autres noms d’animaux formés avec ce suffixe16. Il n’est pas non plus tout à fait clair si les Prussiens ont remanié ce mot après l’avoir emprunté au slave (J. Mikkola considérait comme source une forme quelconque svin-ča, opinion à laquelle R. Trautmann semble également adhérer17), ou s’il s’agit d’un ancien mot propre au prussien. Étant donné que le lexique prussien diffère assez souvent de celui des autres langues baltes et coïncide avec celui des langues slaves, il faudrait peut-être considérer le pr. swintian comme un mot indigène. Cette hypothèse serait également étayée par le fait que les termes liés à l’élevage sont le plus souvent des mots indigènes en prussien.
Le nom du porc issu de cette racine s’est aussi conservé dans le mot composé prussien sewēwnis (mot 229 du glossaire d’Elbing: Sewenis Sewstal18). Il est difficile de dire dans quelle mesure cette graphie reflète la forme réelle du mot prussien. K. Būga expliquait seweynis comme issu par dissimilation de *sweina-s19. J. Endzelīns estime que ew à la place de uw a pu apparaître simplement lors de la transcription, sous l’influence du mot allemand sewstal20 qui le suit. Ainsi, le nom du porc reconstitué à partir du nom d’étable mentionné correspondrait au letton suēns. D’un autre côté, puisque le pr. e exprime le i large, on peut aussi rapprocher le pr. seweynis du letton svēns, comme le faisait V. Burda21. Mais, dans ce cas, il est plus difficile d’expliquer, sur le terrain prussien, le uw > iv, qui est par ailleurs propre au letton, bien que les formes živė, živis, liežuvīs22 attestées dans les environs de Zietela semblent indiquer que le uw > iv n’était pas non plus étranger au prussien, du moins dans une partie de ses dialectes.
15 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, p. 155, 214
16 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 53, 260—261.
17 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 443; J. Mikkola, Baltisches und Slavisches, Helsingfors, 1902—3, p. 8.
18 Prūsų kalbos paminklai, p. 63.
19 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 615; III, p. 852.
20 J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 246.
21 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 85, 425—426.
22 Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 68; Э. А. Вольтер, Известия отделения русского языка и славесности Имп. Ак. Наук, т. 16, кн. 4, p. 151—160.
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Page 72Cependant, il nous semble qu’il vaudrait mieux reconstruire une forme pr. seweynis que l’on pourrait directement rattacher au pr. swintian.
Il semble que l’on puisse rattacher au nom prussien du porc swintian l’hydronyme prussien Swene ainsi que le nom de village Swene23.
Une grande partie des langues indo-européennes a conservé l’ancien nom du petit du porc: lat. porcus, irl. orc, vieux haut-allemand farah, khotanais pāsa (< *parsa-) « porc », kurde purs. Ce nom du porcelet est particulièrement bien conservé dans les langues slaves et baltes: vieux slave prase, vieux russe порося, russe поросенок, ukrainien порося, biélorusse парася, bulgare прасе, serbo-croate прасе, slovène prase, tchèque prase, slovaque prasa, polonais prosię, cachoube parsa, haut-sorabe proso, bas-sorabe prose, polabe porsą, lituanien paršas, prussien parstian24.
On tente d’expliquer de diverses manières le sens originel de ce mot. E. Lidén25 et F. Specht26 rattachaient le lituanien paršas et les formes apparentées au latin porca « sillon », persėti, praparšas « fossé », en avançant que le sens originel de ce nom indo-européen du porcelet était « fouisseur ». Il existe des parallèles sémantiques pour une telle interprétation, mais toute la difficulté tient au fait que le mot ne désigne pas le porc en général, mais seulement son petit — le porcelet. On a tenté de rattacher l’indo-européen *porkos, compris comme « feu, c’est-à-dire animal sacrificiel », au grec πῦρ « feu », à l’arménien hur, au vieux haut-allemand fuir et à d’autres mots apparentés27. Nous avons déjà vu une tentative similaire, lorsque l’indo-européen *agnos « agneau » était rapproché d’un autre nom indo-européen du feu (lituanien ugnis, latin ignis). Mais, à propos de ces tentatives, on peut dire, pour reprendre les mots d’O. Trubatchev: « ingénieux, mais peu probable ». Même si de telles étymologies étaient justifiables sur le plan sémantique, elles sont extrêmement « forcées » sur le plan phonétique. L’étymologie d’E. Benveniste28 a trouvé de fervents partisans: elle rattache l’indo-européen *porko à un nom de couleur, cf. sanskrit pṛ́śni- « tacheté », grec πέρκος. Sur le plan sémantique, l’étymologie d’E. Benveniste repose sur le fait que, jusqu’à l’âge de six mois, la peau des marcassins est striée de bandes longitudinales noires et jaunâtres.
Dans les dialectes lituaniens, paršas s’emploie parfois aussi au sens de porc en général, voire de gros porc mâle. Ces sens sont toutefois plus récents. Leur apparition a été particulièrement favorisée par le fait que, dans les dialectes lituaniens, on emploie le plus souvent des formes diminutives de paršas pour parler du petit du porc: paršiūkas, paršūkas, paršėlis, paršiščias. Le sens ancien de « porcelet » s’est également conservé dans les mots paršiuotis « mettre bas des porcelets », paršuotis, paršinga « qui va mettre bas (en parlant d’une truie) ».
Le lituanien parš(i)ūkas a également pénétré dans les langues slaves voisines: biélorusse парсюк, парсюок, парсюляк, паршук, polonais parsiuk, russe парсук, паршук, парсюк, парсюк. Les mots slaves s’emploient avec différents sens: « porcelet », « porc mâle », « porc maigre, mal nourri ». O. Trubatchev tend à expliquer certaines formes russes comme issues, non par emprunt, mais par réduction à partir d’autres formes slaves. Ce qui l’y a peut-être incité, c’est le fait que les formes russes парсук, парсюк29 se rencontrent loin du territoire lituanien et de manière isolée (dans la région de Riazan). On peut toutefois les interpréter comme des vestiges du substrat balte.
23 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 178.
24 О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 61; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 409.
25 E. Lidén, KZ, 56, p. 218.
26 F. Specht, Der Ursprung der indogermanischen Deklination, p. 34–35.
27 J. P. Rona, El culto indoeuropeo del fuego, Montevideo, 1957, p. 14; plg. О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 63.
28 E. Benveniste, Bulletin de la Société de linguistique de Paris, 45, p. 77, 85.
29 В. Даль, Толковый словарь живого великорусского языка, III, p. 19.
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Page 73On trouve assez souvent des mots d’origine balte jusque dans des territoires slaves éloignés de la Lituanie et de la Lettonie actuelles30.
Le nom indo-européen du porc se retrouve également dans les monuments de la langue prussienne. Le glossaire d’Elbing porte: Prastian Ferkel (mot 686)31. La plupart des chercheurs (A. Bezzenberger, R. Trautmann, J. Endzelīnas, K. Būga) corrigent le pr. prastian en parstian < *parsistian32. Le mot prussien comporte le même suffixe diminutif que celui rencontré à propos du pr. eristian, camstian, swintian. Le nom prussien du porc se trouve aussi dans les toponymes prussiens, qui, du reste, confirment également la justesse de la reconstruction parstian, cf. Parstlawke < parstian + pr. laucks « champ », Porsekaymen < *parsas + pr. caymis « village »33.
Ce nom indo-européen du porc se retrouve également dans les langues finno-ougriennes: finnois porsas, estonien põrzas, vepse porzas, vote põrzas, live puõras, mordve purhts, puršez. La plupart des chercheurs ne doutent pas de l’origine indo-européenne de ces mots, mais les avis des linguistes divergent sur la manière dont les Finno-Ougriens ont emprunté un tel nom du porc et sur la langue indo-européenne dont il provient. V. Thomsen inclinait à penser que les mots cités étaient entrés dans les langues finno-ougriennes à partir des langues baltes34. K. Būga défendait vivement cette opinion. Il écrivait: « finnois porsas, mordve pur’hts, pyr’hts(ez) (mokcha), pur’ts, pur’sez, purtsos (erzya) “porcelet, Ferkel”, mari porš, porýš, oudmourte parš, pariš, vogoul pūrys, pôres, poreš, ostiak pörös, pūrös “porc, Schwein” doivent également être des mots d’origine baltique… Par la voie commerciale, le paršas a pu facilement voyager depuis le pays des Baltes jusqu’aux Finnois de Perm et de l’Oural, en passant par les Mordves. Comme le montre la répartition géographique du mot paršas, le centre d’élevage des porcs se trouvait non pas à l’est, mais à l’ouest. Les Finno-Ougriens ne pouvaient donc pas recevoir le porc de l’est, où, selon le témoignage explicite d’Hérodote, on n’élevait absolument pas de porcs. Le long voyage du paršas et de *solo (finnois suola…) “sel” n’a rien d’étonnant, car ces deux produits sont très importants dans la vie humaine. D’autres mots d’origine baltique ont atteint à l’est les Mordves et les Tchérémisses. Une fois que le porc (paršas) et le sel (la. sāls) du pays des Baltes étaient parvenus sur le territoire des Mordves et des Tchérémisses, il était facile pour les commerçants de les apporter de là jusqu’à leurs voisins plus éloignés »35. D’autres chercheurs, s’appuyant principalement sur des considérations géographiques, rattachent le nom finno-ougrien du porc en question à la couche des emprunts indo-européens du proto-finno-ougrien36. Avec le finnois porsas et les formes apparentées, cette couche comprend aussi des mots que d’autres chercheurs tiennent pour des baltaismes: finnois jyvä « grain » (cf. lituanien javai), finnois sisar « sœur » (cf. lituanien sesuo). Ces derniers temps, cette opinion compte un nombre toujours croissant de partisans. Néanmoins, il est encore trop tôt pour considérer la question comme définitivement tranchée. Estonien pahr « cochon-
30 О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 63—64; M. Vasmer, Et. Wb., II, p. 317—318; T. Zdancewicz, Lingua Posnaniensis, 8, p. 346; Cz. Kudzinowski, Acta Baltico-Slavica, 1, p. 224.
31 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92; Monuments de la langue prussienne, p. 73.
32 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 408; J. Endzelīns, La langue vieux-prussienne, p. 219; K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 305.
33 K. Būga, Rinktiniai raštai, I, p. 424; II, p. 384; III, p. 677; G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 115, 131.
34 V. Thomsen, Beröringer mellem de finske og de baltiske (litauisk-lettiske) Sprog, p. 206.
35 K. Būga, Écrits choisis, III, p. 592.
36 Л. Хакулинен, Développement et structure de la langue finnoise, II, p. 38; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 542; J. Kalima, Festschrift für Hermann Hirt, Heidelberg, 1936, p. 199—214; E. Itkonen, A. J. Joki, Suomen kielen etymologinen sanakirja, III, Helsinki, 1962 p. 606.
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Page 74« lys » J. Kalima, le distinguant des autres noms du porc dans les langues finno-ougriennes que nous venons d’énumérer, le considère comme un emprunt aux langues baltes37.
Les langues baltes et slaves possèdent encore un autre nom du porc, qui semble propre à ces deux groupes de langues indo-européennes et dont l’origine suscite encore de nombreux doutes. Dans les langues slaves, ce mot s’emploie le plus souvent au sens de « sanglier »: vieux russe вепрь, russe вепрь, russe dialectal венерь « jeune porc », вепрь, веприк « sanglier, verrat, jeune porc », ukrainien вепер « sanglier, verrat castré », biélorusse вепер « sanglier, jeune porc », bulgare вепър « sanglier », serbo-croate вѐпар « jeune porc », slovène veper « sanglier », tchèque vepř « porc, jeune porc », slovaque vepor, polonais wieprz « porc, jeune porc, sanglier », haut-sorabe wjapr « jeune porc, sanglier », bas-sorabe wjapš, polabe víper38.
Parmi les langues baltes, ce mot n’est bien conservé qu’en letton: vepris « un verrat castré, un porc châtré », vepruks « un petit verrat (castré) », veprēks « un vepris pas tout à fait petit », veprēks, terme dépréciatif veprelis, veprēns, veprēlis « un vepris pas grand », veprukāns; comparer aussi vepruoties « manger à table de façon désordonnée, malpropre », veprelis « un enfant malpropre » (EM, IV, 538; EH, II, 771).
L’existence de ce nom du porc en lituanien peut être déduite de la toponymie: Vėpriai (bourg situé au sud-ouest d’Ukmergė), Veprinis (lac du district de Vievis), Veprys (lac d’Antalieptė), Vepriškiai (deux lacs du district de Vievis), Vėprynas (lac de Veisiejai)39.
Les noms de lieux prussiens Weppen, Wepers permettent de supposer que ce mot n’était pas non plus étranger aux Prussiens40.
Dans ses remarques et compléments au dictionnaire étymologique russe d’A. Preobraženskij, K. Būga avait avancé l’idée que le letton vepris pouvait aussi être emprunté au russe (« …заимствование из русского не исключено »)41. Toutefois, les traces de ce mot en lituanien et en prussien ne confortent pas cette hypothèse, et les autres chercheurs ne doutent pas du caractère balte du letton vepris.
Cependant, l’origine de ce mot et son sens premier soulèvent d’immenses doutes. Certains chercheurs, avançant l’explication sémantique selon laquelle le sanglier aurait reçu son nom en tant que « fécondateur », le rapprochent du sanskrit vapati « il éjecte (la semence) », d’autres du sanskrit yabhati « futuere ». Selon une autre opinion, le nom du sanglier serait dû à ses soies, et l’on a tenté de le rapprocher du latin veprēs « épines ». D’autres encore, considérant que le v des mots balto-slaves est ajouté, le rapprochent du vieux haut allemand ebur « sanglier, verrat », de l’allemand Eber et du latin aper42.
Les langues slaves comme les langues baltes possèdent de nombreux noms différents du porc, propres à l’un de ces groupes linguistiques, voire à une langue particulière. Sans nous arrêter aux noms slaves de ce type, nous passerons en revue plus en détail les noms de cet animal propres aux langues baltes.
En lituanien standard et dans une grande partie des dialectes, le verrat castré est appelé meitėliu (nominatif meitėlis, meitėlys). Les dialectes présentent également les formes maitelis, meičiukas « petit porcelet », meičokas, meičkus (LKŽd., VII, 760, 1009). Ce nom est à rapprocher des mots misti, maitinti, maistas, maitas « nourriture, ali-
37 J. Kalima, Itämerensuomalaisten kielten balttilaiset lainasanat, p. 145.
38 О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 66; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 183.
39 Nomenclature des rivières et des lacs de la RSS de Lituanie, p. 190.
40 G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 199.
41 K. Būga, Écrits choisis, II, p. 648–649.
42 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 183; V. Machek, Et. sl., p. 561; F. Kluge, Et. Wb., p. 150; EM, IV, p. 538; О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 66; R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 351; Сравнительная грамматика германских языков, I, Москва, 1962, p. 57.
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Page 75« šaras » et autres43. Un parallèle sémantique exact de lit. meitėlis se trouve dans les langues slaves, cf. serbo-croate кѝмад « porcs », кѝмак « jeune porc », кѝмач « truie reproductrice », kѝme « porcelet sevré », russe dial. коромак « jeune porc », bulgare кърмак: serbo-croate кърмити « nourrir », russe кормить « nourrir, donner à manger, alimenter, allaiter », корм « fourrage, nourriture, aliment, nourriture »44.
Le lit. meitėlis a un apparenté en vieux-prussien, nomaytis (Nomaytis Burg, entrée 684 du glossaire d’Elbing)45. Sa parenté avec le lit. meitėlis ne fait aucun doute. Cependant, R. Trautmann rapprochait ces deux mots baltes non pas du lit. maitinti, du pr. maitātunsin « se nourrir », du pr. maitā « nourrit », mais du pr. ismaitint « perdre, laisser échapper ». Ainsi, selon R. Trautmann, le pr. nomaytis aurait reçu cette appellation en raison de la castration. Il est toutefois plus convaincant de rattacher le pr. nomaytis et le lit. meitėlis aux mots du groupe du lit. maitinti, mesti, comme le font J. Endzelynas et E. Frenkelis46.
En letton, on ne trouve pas de nom de porc issu de cette racine, mais on y relève un autre bon parallèle sémantique, qui confirme la justesse du rapprochement lit. meitėlis, pr. nomaytis: lit. maitinti; cf. letton baruoklis « bétail à l’engrais, notamment porc à l’engrais », baruoklis, baruoksnis, barūoksnis, baruotnis, baruoknis, baruklis, baruokle « porc à l’engrais (femelle) », barukle (EM, I, 265; EH, I, 206): letton baruot « nourrir, engraisser », barība « nourriture, fourrage ».
On trouve encore un autre parallèle sémantique de ces noms de porc en lituanien, cf. penimis « porc engraissé, porcelet », peniūkšlas, peniūkšlis, pešlas < *penslas: penėti47.
Le mot lit. kiaũlė, dont l’origine est tout à fait obscure, est employé dans tous les dialectes lituaniens et dans la langue littéraire comme nom générique de cet animal. Le lituanien emploie également divers dérivés suffixaux de kiaulė, dont le sens s’écarte parfois quelque peu du sens principal: kiaulaitė « petit jeune porc », kiaulaitė, kiaulėlė « petit porc, jeune porc, jeune truie », kiaulėlis « porcelet », kiaulėnas « petit cochon », kiaulienas « jeune porc castré », kiaulykštė « porc chétif », kiaulykštis « petit porc », kiauliokas « porcelet de taille moyenne », kiauliotė « petite truie, jeune truie », kiaūlis « jeune porc castré, porcelet », kiaulys, kiauliščia « porc chétif », kiauliūkas « porcelet », kiauliūkšė « petit porc », kiauliūkštė, kiauliūkštis « petit porcelet », kiaūlius « jeune porc castré, porcelet », kiauliva « porc (péj.) », kiaulūtė « petit porc, jeune truie » (LKŽd., V, 687, 689–90, 691, 696, 698, 699, 701).
Dans aucune autre langue balte ou slave ne trouve-t-on un nom de porc de ce type. Le mot kiaũlė est propre au seul lituanien. Certes, on a tenté de le rapprocher du grec σωλούς ὗς48, mais ce rapprochement est extrêmement douteux.
Le lit. kiaũlė rappelle beaucoup, par sa phonétique, le nom du porc mâle, le verrat, attesté dans les trois langues baltes; cf. lit. kuilỹs, kuilius (LKŽd., VI, 780–1), letton kui-
43 E. Fraenkel, Et. Wb, p. 459–460; K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 411.
44 И. И. Толстой, Сербо-хорватско-русский словарь, Москва, 1957, p. 357; О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 66; C. D. Buck, Dict., p. 162.
45 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 386; Prūsų kalbos paminklai, p. 73.
46 J. Endzelins, Senprūšu valoda, p. 216; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 459–460.
47 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 569.
48 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 249; O. Haas, Lingua Posnaniensis, 3, p. 77.
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Page 76lis, pr. cuylis. De nombreux chercheurs considèrent cette appellation du verrat comme un emprunt slave⁴⁹. Une telle hypothèse ne susciterait absolument aucun doute s’il était possible de trouver une source précise dont le lituanien kuilỹs, le letton kuìlis et le prussien cuylis auraient pu être issus. Malheureusement, une telle source n’existe pas. Les chercheurs reconstruisent la forme kylb. Ils la reconstruisent en s’appuyant sur le russe dialectal КИЛЯК « verrat, jeune porc mâle », qu’ils rapprochent à son tour du russe КИЛА « hernie, rupture; galle (maladie des plantes) ». Selon O. Trubačiovas⁵⁰, la forme kylb aurait eu le sens de « dent canine ». Le nom du verrat dérive effectivement parfois du nom de la canine, cf. russe КЛЫКАЧ « verrat »: КЛЫК « canine », bulgare ГЛИГАН « verrat, sanglier », ГЛИГ: bulgare ГЛИГ « canine du verrat, du sanglier », allemand Hauer « verrat, sanglier »: Hauer « canine ». Sur le plan sémantique, l’explication d’O. Trubačiovas pour le russe КИЛУН, КИЛЯК serait assez convaincante, mais le rapport phonétique entre le russe КЛЫК « canine » et *kylb demeure obscur.
Dans les dialectes lettons, à côté des formes de l’appellation du verrat kuilis, kuilēns, kuilins, diminutifs kuijuks, kuilenītis (EM, II, 300; EH, I, 667, 668), on trouve également les formes ķilis, ķilins, diminutifs ķilēks, ķiluks (EM, II, 388; EH, I, 706). J. Endzelīnas explique que les formes dont la racine contient -i- proviennent de la même source que celles en -ui-, mais qu’elles ont été empruntées à une époque plus tardive. Un phénomène analogue s’est produit en lituanien avec les mots kūila « hernie, rupture » et kỳla, dont le premier provient de la forme slave *kyla, tandis que kỳla est entré en lituanien après que le slave ky > est devenu ki. À vrai dire, on peut remarquer qu’il existe également en lituanien un équivalent direct des mots slaves, kūlas « bosse; hernie » (LKŽd., VI, 819). Le nouvel emprunt du letton kīlis incite une fois de plus à douter de la réalité de la source slave. Se peut-il que le mot dont est dérivé, à différentes époques, le nom balte de cet animal n’ait subsisté dans aucune des langues slaves voisines?
Le nom du verrat n’est attesté qu’une fois dans les monuments de la langue prussienne: dans le glossaire d’Elbing (mot 683), Tuylis Beer (moyen haut allemand ber « verrat reproducteur »)⁵¹. Cette forme semble pouvoir être corrigée à juste titre en kauils, sur la base des autres formes baltes du nom du verrat. La forme pourrait être partiellement confirmée par l’allemand dialectal de Prusse-Orientale Kuijel « verrat », Kujel, kuijeln « courir en tous sens »⁵², qui peuvent être encore directement liés au nom prussien du verrat.
K. Būga a tenté d’expliquer le nom balte du verrat comme un mot indigène, en le rapprochant du lituanien kiaũlė, kūkis « jeune porc mâle », kūkė « truie », et du letton cūka⁵³. Par la suite, toutefois, K. Būga a lui aussi souscrit à l’explication selon laquelle les Baltes auraient reçu ce mot des Slaves.
Il nous semble néanmoins qu’il existe certains motifs de rapprocher le nom balte du verrat du lituanien kiaũlė. Le vocalisme de la racine a pu parfois changer sous l’influence de l’emprunt slave kūila « hernie, rupture »; par ailleurs, ui a pu apparaître comme une sorte de résultat expressif à valeur péjorative, cf. le lituanien kūinas, kūikė, kūinas « sans cornes », muitā « charogne », būilis « taureau », etc.
On tente de rapprocher du lituanien kiaũlė encore un autre nom balte du porc, à savoir le prussien skewre, skawra. Ce nom prussien du porc est l’un des noms d’animaux les plus authentiques de la langue prussienne, car il est attesté dans les deux glossaires prussiens. On trouve dans le glossaire d’Elbing: Skewre Suwe (mot 685), et chez S. Grunau:
49 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 92; R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 451; E M, II, p. 300; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 305; J. Endzelin, IF, 33, p. 117.
50 О. Н. Трубачев, Происхождение..., p. 67.
51 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92; Prūsų kalbos paminklai, p. 73.
52 H. Frischbier, Preussisches Wörterbuch, I, p. 442.
53 K. Būga, Écrits choisis, I, p. 296–297.
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Page 77sau skawra (19 žodis)54. R. Trautmann, en reconstruisant la forme proto-*skiau-rē, rapprochait avec beaucoup de prudence (avec un?) ce mot prussien du lituanien kiaulė55. K. Būga56 et J. Endzelīns57 ont procédé de la même manière. Le mot prussien aurait donc un suffixe différent et un s- ajouté. Il est toutefois très difficile de prouver l’identité génétique du prussien skewre et du lituanien kiaulė: la phonétique de ces mots diffère trop.
Le nom prussien du porc est également conservé dans la toponymie, cf. Skeurekaym < pr. skewre + pr. caymis « village »58.
L’explication de l’origine du nom lituanien du sanglier šernas, šėrnas, šerna soulève elle aussi bien des doutes. En letton, aucun mot de cette racine n’est employé au sens de « sanglier ». L’existence d’un apparenté du lituanien šėrnas en prussien serait attestée par l’hydronyme prussien Serenappe < seren + ape « rivière », et peut-être aussi par le toponyme Sernaw59.
E. Fraenkel, après avoir réfuté l’explication d’E. Berneker, qui rapprochait le lituanien šėrnas, sur la base de parallèles sémantiques avec le slave veprь « sanglier »: skr. vāpati « éjecte (la semence) », got. auhsa « taureau »: skr. ukṣāti « asperge », etc., le rapproche plutôt du skr. kṣárati « coule, s’écoule, fond »60, et tend à rattacher le lituanien šėrnas au lituanien šerkšnas, šārmas et à d’autres mots issus de la racine i.-e. *ker-61. Un tel rapprochement est tout à fait possible du point de vue phonétique, mais les mots issus de la racine i.-e. *ker- désignent généralement, tant dans les langues baltes que dans les langues slaves, des couleurs claires ou des choses de couleur claire; cf. le lituanien širmas « blanc mêlé de poils foncés », širvas, let. širins, le vieux russe серень « blanc », etc., alors que le sanglier est un animal de couleur sombre.
Il convient d’attirer l’attention sur l’étymologie du lituanien šėrnas, absente du dictionnaire d’E. Fraenkel mais publiée par A. Fick il y a déjà un siècle. Sans développer davantage sa justification, A. Fick rapprochait le lituanien šėrnas du lituanien šer̃š, šėrtis, en reconstruisant la racine *šar- « rauh sein »62. Peut-être les chercheurs ultérieurs, faute de parallèles sémantiques plus appropriés, ont-ils accueilli cette étymologie avec scepticisme; comme nous l’avons vu, elle n’a même pas été retenue dans le dictionnaire étymologique du lituanien. Pourtant, l’étymologie d’A. Fick est tout à fait convaincante: elle peut être étayée par des parallèles sémantiques dans d’autres langues, cf. le hongrois serte « soies », le slovaque ošipiná « porc »: slovaque šip « épine »63. Comme on le sait, les soies du sanglier sont encore plus grosses que celles du porc domestique. Rien ne s’oppose non plus, du point de vue phonétique, à rattacher le lituanien šėrnas au lituanien šer̃š; pour la formation, cf. le lituanien kernà « fourré », le prussien kirno « buisson »: le lituanien kėras « buisson; souche », etc.64.
Dans les langues baltes, à l’exception du prussien, en raison du faible nombre de ses monuments écrits, on trouve beaucoup d’autres noms du porc, d’emploi plus restreint. Les noms d’origine onomatopéique sont particulièrement nombreux.
54 R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 92, 94; Prūsų kalbos paminklai, p. 73, 78.
55 R. Trautmann, ibid., p. 429.
56 K. Būga, Écrits choisis, I, p. 296–297.
57 J. Endzelīns, La langue vieux-prussienne, p. 249.
58 G. Gerullis, Les noms de lieux vieux-prussiens, p. 161, 233.
59 G. Gerullis, ibid., p. 155, 156.
60 E. Berneker, IF, 8, p. 284.
61 E. Fraenkel, Et. Wb., p. 974.
62 A. Fick, Vergleichendes Wörterbuch der indogermanischen Sprachen, II, Göttingen, 1876 p. 695.
63 О. Н. Трубачев, Происхождение…, p. 67.
64 A. Sabaliauskas, Baltistica, I(2), p. 162–163.
12. Baltų ir slavų kalbų ryšiai
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Page 78Liet. ciucė « porc (terme affectueux ou sobriquet) », čiukė « čiukė, porc », čiukukas « porcelet, čiūkutis », ciukūtis (LKŽd., II, 29), cf. les mots imitant les sons employés pour appeler et faire avancer les porcs: ciūga, ciūgā, ciuk, čiūkš.
Liet. čiūga « porc », čiūgā, čiūgalis « porcelet (dans le langage enfantin) », čiūgālis « cochon, porc (nom affectueux) », čiūgana « porc, čiukė », čiūgalis « čiukūtis, porcelet » (LKŽd., II, 94), cf. le lit. čiūg « čiuk, čiuku (appel lancé aux porcs) », čiūgā, čiūgā, čiūglė, čiūgnōti « appeler les porcs ».
Liet. čiūkā « porc », čiūkas « porc, cochon », čiukė « porc (dans le langage enfantin) », čiūkė, čiūkis « verrat », čiūkis, čiūklė « porc (dans le langage enfantin) », čiūklis « porcelet », čiukūtis « cochon (terme affectueux) », čiūkūtis, čiūlė « vieille truie », čiūnis « cochon (terme affectueux) » (LKŽd., II, 95, 96, 99, 101), cf. les mots imitant les sons employés pour appeler les porcs: čiūk, čiūk, čiūk, čiūka, čiūkā, čiūka, čiūki, čiūku, čiūkut, čiūkuōti « appeler le porc en disant “čiuk čiuk” », čiūkōti.
Liet. čiūotė « porc, čiukė », čiūotis « verrat (nom affectueux) » (LKŽd., II, 108, 109), cf. les mots imitant les sons čiūo, čiūō, čiūot.
Liet. jūkšė « porc », jūkšius « porc, cochon » (LKŽd., IV, 375, 376), cf. le mot imitant le son utilisé pour faire avancer les porcs jūkš.
Liet. kiūkšė « porc » (LKŽd., V, 913), cf. kiukšėti « grogner (à propos d’un porc) ».
Liet. kriukā « porc », kriūkė, kriuksė, kriūkšė (LKŽd., VI, 641, 644, 645, 647, 648), cf. kriū « interj. pour rendre le grognement du porc », kriūkt.
Liet. krūksis « porcelet » (LKŽd., VI, 695, 696), cf. krūk « interj. pour rendre le grognement du porc ».
Liet. kuciūtė « porc », kuciūkas « cochon, porc (généralement appelé ainsi lorsqu’on l’appelle) » (LKŽd., VI, 755, 756, 757), cf. le mot imitant le son utilisé pour appeler les porcs kuc.
Liet. kūkas « porc, cochon », kūkā « porc (dans le langage enfantin) », kūkā, kuksa, kūksis « cochon, porcelet », kūkšis, kūktė « porc », kūkūlė, kūkūtas « porcelet », kūkūtė « petite truie », kūkūtis, kūkūtis « porcelet, petite truie », kūkūtis, kūkūtīs (LKŽd., VI, 791, 792, 795, 801, 802, 803, 807, 810, 817, 818), cf. les mots imitant les sons employés pour appeler les porcs: kūkal, kūkat, kūks, kūkt, kūkut.
Liet. kvykulys « cochon », kvykūtis « porcelet » (LKŽd., VI, 1094), cf. le lit. kvýkti.
On trouve également en letton des noms de porc d’origine analogue. Tout d’abord, il semble qu’il faille expliquer ainsi le nom du porc dans la langue littéraire lettone cūka. J. Endzel̄ynas⁶⁵ avait tendance à expliquer le let. cūka comme étant issu de *sūka (cf. pers. xūk, angl. anc. sugu, lat. sucula, cymr. hucc, let. sukis) par la forme diminutive cūcina, dont le c- serait apparu par assimilation de s-. Cependant, les nombreux exemples de noms de porc d’origine onomatopéique dans les langues baltes, indo-européennes en général, mais aussi non indo-européennes, incitent à penser que le let. cūka est un mot d’origine onomatopéique, par exemple, outre les noms de porc lituaniens d’origine onomatopéique déjà mentionnés, cf. aussi le russe чуха, чухна, чухня, чушка, чучка, le slov. čuna, čunka, čunja, čunjoga, le russe юс « porcelet », юсочка « petite truie », le russe дюшка « porc », дюк, дзюк, дюхман, le kach. buxla, l’all. Zuckel « jeune porc », Suckel, le fr. suisse couce, coutche, coutsi, couci « noms familiers du cochon et cris pour l’appeler », l’avar. cuka « porc »⁶⁶.
65 EM, I, p. 398.
66 K. Būga, Rinktiniai raštai, II, p. 294; M. Niedermann, Tauta ir žodis, II, p. 443; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 75–76; O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 68; K. Müller, ZfSl, 2, 1966, p. 225.
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Page 79À côté de cūka, on trouve également dans les dialectes lettons les formes cūcene « un jeune porc, la truie », cūcēns « un petit porc », cūcis « un jeune porc », cūcietis « le porc », cūčka « la truie reproductrice », diminutif cūciņa, péjoratif cūkele, cūža « un porc maigre », cugītis « un petit porcelet (gras) », diminutifs cūcele, cūciņa (EM, I, 397, 398; EH, I, 279, 280), cūčka « truie reproductrice », cūcis « un jeune porc, le porcelet », diminutifs cūčaks, cūča, diminutifs cūčele, cūčelite, cūga « un nom affectueux pour le porc », cūgiņa (EM, I, 418, 424; EH, I, 294, 298), cigiņa « le porc (dans le langage enfantin) » (EH, I, 269).
Sont également d’origine onomatopéique:
Let. kvīnka « un porc qui couine », kvīnīta « un porc maigre qui couine sans cesse », kvīka « un porc qui couine », kveksis « une espèce de porc » (EM, II, 355; EH, I, 689), cf. let. kvīnkt « couiner faiblement (des porcelets) », kvīkt « couiner ».
Let. rekšis « le verrat », reksis « un porc, un porc croisé » (EM, III, 508), cf. let. rekstēt « grogner ».
Let. rukšis « surnom du porc », rucis, rukšēns, rukšans, rukainīte, rūkai-nīte, rukaiņa, rukselīte, rūkulis, rukulīte, ruķelīte, rūkašiņa, rukažiņa, rūcītis, rūks-tultīte, rūksis « un porc (jeune) », rukse « un porcelet (comme appellation affectueuse) », rukšu-lītis « un petit porcelet (blanc et propre) », rūcis « le porcelet », ruisis (EM, III, 553, 556, 557, 568, 569, 588; EH, II, 382, 383, 387), cf. let. rūkt « mugir, grogner », rukstēt.
Let. ūce « appellation affectueuse pour un porc » (EM, IV, 296) est un mot d’origine assez obscure; il faudrait peut-être le rapprocher du let. ūicēt « se traîner à quatre pattes (enfants) ».
Let. uršēklis « un porcelet grognant », urgucā « une truie (gestante) » (EM, IV, 305, 308; EH, II, 715), cf. let. urr « interjection servant à appeler les porcs (pour les faire rentrer) ».
Comme nous l’avons mentionné, certaines interprétations soutiennent que le sens premier de l’indo-européen *porkos aurait été « celui qui fouille ». Les langues baltes offrent également des parallèles sémantiques à cette interprétation:
Lituanien knistikis « porc (mot d’énigme) », kniūsas, kniūstas, kniūstė (LKŽd., VI, 258, 269, 270), cf. lituanien knisti.
Let. rakuliņa « celle qui creuse — surnom du porc », rakulīte, rakušiņa, ruocenīte, ruokuliņa, ruokulīte (EM, III, 475–6, 576, 581; EH, II, 353), cf. let. rakt « creuser, fouiller ».
Let. rukša « un porc qui fouille », rušainīte, rušulīte, rušulīna (EM, III, 564, 565; EH, II, 383), cf. let. rušināt « fouiller, gratter, griffer, creuser quelque chose ».
En lituanien comme en letton, on trouve des noms de porcs dérivés de noms de couleurs:
Lituanien bálcikas « petit cochon blanc », bálčkīs, baltrīns, bálčkē « porc blanc » (LKŽd., I, 481, 505), cf. lituanien báltas.
Lituanien blisė (M. Katkus⁶⁷, 67), cf. lituanien blisas « blanc (à propos d’un animal) », blėsis < allemand Blässe.
Lituanien dėglis « porc à robe flambée », dėglė, deglė, dėglis, deglýs, dėglius, deglóji, dāglis, daglē (LKŽd., II, 141, 249), cf. lituanien dėglas « tacheté (à propos d’un porc) », dāglas.
Let. dāgle « une truie de couleur feu », daglis « un verrat tacheté de roux », diminutif daglītis « un porc pie, blanc et noir » (EM, I, 430; EH, I, 302), cf.
⁶⁷ M. Katkus, Raštai, Vilnius, 1965.
12*
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Page 80lat. dagls « pie et noir, couleur bai avec des taches noires, généralement dit seulement des porcs ».
Liet. juõčkė (M. Katkus, 67), cf. liet. juõdas. Lat. juõzis « un porcelet avec une bande transversale sur le dos » (EM, II, 128), cf. lat. juõsta « la ceinture », juõzt « ceindre ».
Liet. kéršė (M. Katkus, 67), cf. liet. kéršas. Liet. žilė (M. Katkus, 67), cf. liet. žilas.
Il existe aussi des noms de porc d’une autre origine, liés à certaines autres caractéristiques de cet animal:
Lat. kõra « un grand porc maigre » (EM, II, 255), cf. lat. kõrāt « marcher lentement, traîner les pieds ».
Lat. žnargle « un porc (maigre) qui ne veut pas vraiment manger », žnėrgle, žnėrba, žnėrga « un porcelet ou un enfant qui ne veut pas vraiment manger » (EM, IV, 823, 825; EH, II, 821), cf. lat. žnėrgāt « être difficile en matière de nourriture, manger sans véritable appétit ».
Outre le nom du verrat mentionné précédemment (liet. kuilỹs), que de nombreux linguistes considèrent comme un emprunt aux langues slaves, on trouve dans les langues baltes quelques autres noms de porc d’origine étrangère, moins fréquemment employés:
Liet. kabõnas « jeune verrat, bacon », diminutif kabonaitis, kaboniõkas (LKŽd., V, 25) est probablement issu du biélorusse, cf. biélor. kabān, russe кабан, polon. kaban. Les mots slaves ont pour source les langues turciques, cf. kirgh. kaban, etc.68
Liet. knūras « jeune verrat », knūrus « verrat, sanglier » (LKŽd., VI, 266, 279) est également probablement un emprunt slave, cf. biélor. кнур « verrat, sanglier », ukrainien кнур « jeune verrat », polon. knur. Ce mot slave est lui-même d’origine très incertaine; sa forme plus complète est le vieux russe кънопоз, dont le premier élément est rapproché du russe корный (cf. корпоухий « aux oreilles coupées »), tandis que le second est tenté d’être rapproché du grec ὄρχις « testicule », auquel, pense-t-on, se rattache aussi le mot lituanien erżilas69.
Liet. antrius « étalon, verrat », antris, intrius (LKŽd., I, 139; IV, 126), est un slavisme, cf. polon. wnęt(e)r « mâle dont les testicules sont retenus à l’intérieur ».
Lat. māška « une truie avec ses porcelets » (EM, II, 546–7; EH, I, 784) vient probablement, comme le pensait J. Endzelynas, de mačka, qui vient lui-même du russe мачка « petite mère ».
Lat. švinka « un porc » (EH, II, 661) vient apparemment du russe свинка « truie »; pour š- cf. lat. švakstēt: svakstēt, švampāties: svampāties, švepstis: svepstis, švips-tēt: svipstēt, etc.
Liet. švinė « porc » (Žagarė, Šakyna, Gruzdžiai) peut également être un mot d’origine slave, cf. polon. świnia70.
Comme on le voit, les noms du porc dans les langues baltes présentent une diversité remarquable. Elles ne possèdent pas de nom générique commun pour cet animal. Les différentes langues baltes ont bien conservé certains anciens noms indo-européens du porc. Elles comptent de nombreux noms de porc d’origine onomatopéique. L’origine d’une partie des noms n’a pas encore été suffisamment éclaircie. Les noms du porc dans les langues baltes et slaves diffèrent considérablement, bien qu’ils présentent aussi certains traits communs.
68 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 495; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 69. 69 M. Vasmer, Et. Wb., I, 580; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 65–66. 70 A. Senn, Journal of Central European Affairs, 1956, Juli, p. 190, plg. E. Fraenkel, Et. Wb., p. 1045.
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Page 81CHAT
S’il existe des raisons suffisantes de considérer le chien comme le premier compagnon à quatre pattes de l’homme, le chat doit, sans aucun doute, être considéré comme le dernier animal domestique qu’il a apprivoisé. Les anciens Égyptiens furent les premiers à apprivoiser le chat. Dans les peintures de l’Égypte ancienne, il commence à apparaître sous le règne de la XIIe dynastie des pharaons, c’est-à-dire au début du IIe millénaire av. J.-C.1. Les anciens Égyptiens élevaient de nombreux chats, qu’ils tenaient pour des animaux sacrés et qu’ils embaumaient même après leur mort. L’historien grec Hérodote parle abondamment de l’importance du chat dans l’Égypte ancienne, tandis que Diodore de Sicile (seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. — début du Ier siècle apr. J.-C.) a décrit un événement dont il fut témoin: un Romain, ayant tué un chat par accident, fut lui-même mis à mort par une foule égyptienne furieuse.
Les chats domestiques apparaissent en Europe bien plus tard. Les sources écrites mentionnent pour la première fois le chat domestique au milieu du Ier millénaire apr. J.-C. Si l’on peut discuter de certains textes latins de cette époque, en se demandant si le mot cattus (catta) y désigne un chat sauvage ou domestique, la biographie du pape Grégoire le Grand, datée d’environ 600 apr. J.-C., affirme qu’il « ne possédait rien au monde, sauf un chat, qu’il caressait souvent et qu’il réchauffait dans son giron comme une compagne de vie ». V. Hehn suppose que les chats domestiques se sont répandus le plus activement dans l’Empire romain aux IVe ou Ve siècles apr. J.-C., en lien avec l’afflux de rats d’Asie ou de lapins d’Espagne. À cette époque, le latin cattus, catta, qui désignait auparavant divers petits animaux sauvages (la belette, la martre), acquiert un nouveau sens: celui de « chat domestique »2. Depuis Rome, le chat domestique, et avec lui le nom de cet animal, se répandit dans d’autres pays d’Europe. Vraisemblablement, dans la seconde moitié du Ier millénaire, le chat commence progressivement à se diffuser également dans les régions slaves et baltes. Ainsi, les fouilles archéologiques menées dans des sites polonais des VIIIe–XIIe siècles ont déjà révélé quelques restes de chats domestiques. Des restes semblables ont été trouvés dans des fouilles d’une période à peu près contemporaine sur les territoires de la RSS de Lituanie et de la RSS de Lettonie3 (en Angleterre aussi, le chat domestique était encore un animal rare au Xe siècle4).
L’origine du latin cattus, catta est très obscure. Certains linguistes étaient enclins à penser que les Romains avaient pu emprunter aux Germains le nom de ce petit animal, encore sauvage à l’époque. En effet, dans les régions germaniques, les chats sauvages étaient des animaux très appréciés. Dans la toponymie germanique, la forme *kat(t), « courbure, incurvation », apparaît très fréquemment; le sens premier de « chat » aurait donc pu être « animal au dos courbé ». Il est vrai que le même nom pour cet animal était répandu dans les régions celtiques, cf. le cymrique cath, le cornique cath, le breton caz, l’irlandais cat. Cela a conduit à considérer ce nom du chat comme un mot commun germanique-celtique ou celtique-germanique5. L’origine germanique du latin cattus, catta serait en partie étayée par
1 V. Hehn, Kulturpflanzen und Hausthiere in ihrem Übergang aus Asien nach Griechenland und Italien sowie in das übrige Europa, Berlin, 1902, p. 456—457; C. Keller, Die Abstammung der ältesten Haustiere, p. 81—83; M. Hilzheimer, Haustier,—M. Ebert, Reallexikon der Vorgeschichte, V, p. 220; H. Ranke, au même endroit, p. 220; Е. А. Богданов, Происхождение домашних животных, p. 294—301.
2 V. Hehn, ten pat, p. 462; O. Schrader, Reallexikon der indogermanischen Altertumskunde, I, p. 565.
3 W. Hensel, Die Slaven im frühen Mittelalter, p. 79, 94; K. Паавер, Формирование териофауны и изменчивость млекопитающих Прибалтики в голоцене, p. 370—371.
4 Е. А. Богданов, ten pat, p. 295.
5 O. Schrader, ten pat, I, p. 566; F. Kluge, Et. Wb., p. 357.
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Page 82Cette circonstance — le fait qu’il existe effectivement en latin un nombre considérable de noms d’animaux sauvages empruntés aux langues germaniques, cf. lat. alcēs « élan » < germ. álxis, lat. ūrus « ours » < germ. *ur, lat. bīsōn « bison » < germ. wisund, etc. — montre que les soldats romains ont également pu découvrir le nom du chat sauvage dans les régions germaniques. Cette hypothèse est toutefois d’abord mise à mal par le fait que les données des langues germaniques ne permettent pas d’expliquer de manière convaincante l’origine du nom de cet animal. De plus, l’histoire même de l’animal contredirait une affirmation de ce genre. L’hypothèse selon laquelle le nubien kadi serait la source du lat. cattus et des noms du chat dans d’autres langues européennes partageant cette racine n’a pas non plus recueilli beaucoup d’adhésion. Cette dernière hypothèse repose principalement sur le fait que l’Égypte fut le foyer de la domestication du chat, mais les données permettant de l’étayer sont encore peu nombreuses. C’est pourquoi de nombreux chercheurs, sceptiques à l’égard des deux hypothèses que nous venons d’évoquer, considèrent le lat. cattus comme un mot voyageur d’origine incertaine6.
Il n’y a pas de consensus sur la voie par laquelle ce nom du chat est entré dans les langues slaves. On a tenté de rechercher la source du slave kotъ en plusieurs endroits. A. Stender-Petersen7 tenait le got. *katts pour sa source, tandis que K. Knutson8 proposait l’all. bas katt. M. Fasmer avait tenté de faire dériver le slave kotъ du gr. médiéval χάττα (il abandonna ensuite lui-même cette explication)9. L’hypothèse qui a néanmoins recueilli le plus d’adhésions est que la source du slave kotъ est le lat. cattus10. L’histoire même de l’animal semble sans doute étayer cette hypothèse plus que toute autre.
Dans les langues slaves, le mot kotъ était sans doute d’abord employé comme nom générique de l’animal, désignant aussi bien le mâle que la femelle; ce n’est que plus tard, au sein même des langues slaves, que sont apparues de nouvelles variantes selon le sexe et l’âge de l’animal. Les diverses variantes de ce nom du chat sont largement répandues dans les langues slaves; cf. vieux russe котъка, russe кот, кошка, котёнок, ukrainien кіт, кішка, biélorusse кот, кошка, bulgare котка, котак, котарак, кот, коте, serbo-croate кот (uniquement dans des textes du XVIe siècle), tchèque kocka, kocour, kote, kot (dans les dialectes), slovaque kot (dans les dialectes), kocúr, koča, kočiatko, polonais kot, kotka, cachoube koet, koetka, haut-sorabe kóćka, kocor, kacor, bas-sorabe kót, koca, kocka, kocor11. Comme on le voit, ce nom du chat est surtout répandu dans le groupe septentrional des langues slaves; il est presque inusité en serbo-croate et en slovène (cf. serbo-croate мас̌ка, мачак, slovène mačka, mačák, máček). Il couvre ainsi, d’une manière particulière, l’aire des langues slaves du Nord et, comme nous le verrons, celle des langues baltes.
Un nom du chat de ce type se trouve dans les trois langues baltes; cf. lituanien katė, letton kaķis, prussien catto. L’entrée de ce nom dans les langues baltes est elle aussi assez obscure. J. Endzelīns avait tendance à considérer le nom du chat dans les langues baltes comme un emprunt aux langues bas-allemandes ou aux langues slaves (...zunächst entweder aus mnd. katte oder aus slav. kotъ)12. R. Trautmann considérait le nom slave et le nom balte de cet animal comme un emprunt commun13.
6 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 643—644; F. Slawski, Sl. et., II, p. 559; O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 96; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 96.
7 A. Stender-Petersen, Slavisch-germanische Lehnwortkunde, Göteborg, 1927, p. 354—356.
8 K. Knutsson, Die germanischen Lehnwörter im Slavischen von Typus buky, Lund, 1929, p. 63—64.
9 M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 643.
10 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 96; F. Slawski, Sl. et., II, p. 559; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 643.
11 O. H. Трубачев, Происхождение..., p. 95; F. Slawski, Sl. et., II, p. 559; M. Vasmer, Et. Wb., I, p. 643.
12 EM, II, p. 171.
13 R. Trautmann, B-sl. Wb., p. 120.
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Page 83Il semble qu’aucune de ces affirmations ne puisse être catégoriquement rejetée ni confirmée. Il serait toutefois, semble-t-il, plus juste d’examiner conjointement la question du nom du chat en baltique et en slave; il ne faudrait bien sûr pas en conclure que ce nom est un emprunt commun à l’époque balto-slave. La chronologie s’oppose à une telle hypothèse: le mot est entré aussi bien dans les langues baltes que dans les langues slaves avec le sens de « chat domestique », et cette notion, comme nous l’avons vu, n’est apparue qu’au milieu du premier millénaire. C’est pourquoi ce nom du chat n’est même pas considéré comme un emprunt commun slave. On peut supposer que les Slaves et les Baltes en ont pris connaissance vers la fin du premier millénaire, quelque part près de la limite entre les Slaves du nord et les Baltes du sud, d’où ce nom a diffusé vers le sud et vers le nord: au sud, sans atteindre les langues des Slaves les plus méridionaux, et au nord, en entrant en letton par l’intermédiaire des Couroniens.
En lituanien, on trouve un assez grand nombre de variantes de ce nom du chat, cf. katė, katìs, kãtinas « chat mâle », kãtas, katiniòkas, kačiùkas « petit du chat », kačiùkė, kačiùkštis, kačiùtė, kačiùtė, kačiùtis, kačiòkas, kačiùtis, katėnas, katėlis, katýnas, katinùkas, katýtis, katùkas, katùtis, katùtis (LKŽd., V, 32–3, 406, 407, 410, 411, 415). En lituanien, comme dans certaines langues slaves, cf. le russe кошка, l’ukrainien кішка, etc., c’est le nom de la femelle qui s’est généralisé pour désigner l’espèce.
Le nom du chat issu de cette racine apparaît aussi assez fréquemment dans l’hydronymie lituanienne, cf. Kãtupis, Kãtino upelis, Katinėlis (lac), Katinravis, Katišius (lac).¹⁴
De nombreuses variantes de ce nom du chat sont également employées en letton, cf. le letton kaķis, kaķe, kaķenīce, kaķene « la femelle du chat », kaķīte, kaķine, kaķiene, katene, katana, katins « un chat mâle », katans, kaķēns, kaķēns « un jeune chat, un chaton », kaķulēns, kaķulītis, kaķēlēns, kaķenītis (EM, II, 139–40, 171; EH, I, 576, 592).
J. Endzelynas explique que le lat. kaķis su k est apparu à partir du kuršien à la place du t attendu; la forme nominative était *katis, tandis que le génitif était déjà kata, qui a évolué en letton en kaka; d’après cette forme et les autres cas en k, cette dernière consonne s’est généralisée à tout le paradigme¹⁵.
On trouve également diverses variantes lettones du nom du chat dans la toponymie lettone, cf. Kaķupe, Kaķupīte, Kaķeņezers, Kaķītes-strauts, Kaķēni, Kaķinkalns, entre autres.¹⁶
Le letton kaķis, c’est-à-dire la forme masculine du nom, sert également de désignation de l’espèce. Un processus analogue s’est produit en polonais, où la forme kot remplit la fonction de désignation de l’espèce.
Dans les monuments de la langue prussienne, le mot catto n’est attesté qu’une fois, et seulement dans le composé Paustocatto « chat sauvage » (Paustocatto Wildekatze, entrée 665 du glossaire d’Elbing)¹⁷; son authenticité ne fait cependant aucun doute, car le nom du chat apparaît très souvent dans la toponymie prussienne, cf. Kath, Katelauke (<Kath+pr. laucks « champ, terre cultivée »), Kathenmedien (<Kath+pr. median « forêt »), Katpanye (<Kath+pr. pannean « marécage, terrain détrempé »), Kattenplick, Cattiten¹⁸. Même le prussien Paustocatto peut être considéré comme un calque
¹⁴ Nomenclature des noms des rivières et des lacs de la RSS de Lituanie, p. 70–71.
¹⁵ EM, II, p. 140.
¹⁶ J. Endzelīns, Latvijas PSR vietvārdi, I, 2, p. 8–11, 58.
¹⁷ R. Trautmann, Die altpreussischen Sprachdenkmäler, p. 91; Prūsų kalbos paminklai, p. 72.
¹⁸ G. Gerullis, Die altpreussischen Ortsnamen, p. 57–58, 233; J. Endzelīns, Senprūšu valoda, p. 190.
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Page 84de l’all. wilde Katze, cf. pr. pausto « sauvage »: vieux slave pustъ; cf. aussi le pr. paustocaičan « cheval sauvage (wildes Pferd) » (mot 654 du glossaire d’Elbing).
En lituanien et en letton, il existe un nombre considérable de noms de chat d’origine onomatopéique, généralement employés dans le langage enfantin ou présentant par ailleurs une certaine nuance affectueuse.
Lituanien kăcas, kăče, kăcius, kaciukas, kăckis (LKŽd., V, 29–30), cf. lituanien kăc « interj. pour appeler le chat », kacėnti « appeler le chat ».
Lituanien kicà, kicaras, kičė, kicius, kickà, kickis, kickė, kicūkas, kičiulis, kičūtė (LKŽd., V, 740–1), cf. lituanien kic « interj. pour appeler le chat », kicénti « appeler le chat ».
Letton kicitis « le chat (dans le langage enfantin) » (EH, I, 607), cf. letton kic, kic, kic « interj. pour chasser les chats, les moutons et les chèvres », kicinât « chasser un chat d’une pièce ».
Il convient de noter que des noms de chat issus d’onomatopées semblables se rencontrent également dans les langues slaves; cf. russe киска, haut-sorabe hica, tchèque čiča, cicka, slovaque cica, cicka. O. Trubačiovas19 semble supposer, à juste titre, que de telles onomatopées peuvent être plus anciennes que le nom même du chat (il s’agit du slave kotъ, etc.), car elles sont largement employées dans de nombreuses langues pour appeler non seulement les chats, mais aussi d’autres animaux20.
En letton, les noms de chat d’origine onomatopéique du type kic, kac ne se sont pas largement répandus, car ces onomatopées n’y ont pas acquis une valeur spécifique d’appel au chat, contrairement à ce qui s’est produit, par exemple, en lituanien.
En letton, les onomatopées les plus couramment employées pour appeler le chat sont: īņi, īņci, mīņc, mīņci, piņc et leurs autres variantes phonétiques21. À côté de ces onomatopées, on trouve également en letton des noms de chat: īņcis, ince (EM, I, 707; EH, I, 430), mīņcis (EM, II, 629), piņcis, piņče (EM, III, 218; EH, II, 234). Dans certains cas, ces noms de chat peuvent être des mots d’origine onomatopéique, formés à partir des onomatopées que nous venons de mentionner, īņci, mīņci, piņc, mais il s’agit alors d’un processus plus tardif. En fait, les onomatopées īņci, mīņci proviennent de noms de chat dont la source était à son tour l’allemand. Le letton īņcis, ince est issu de l’allemand Hinz, Hinze « nom du chat mâle dans les fables animalières »22, et l’allemand Hinz est une forme hypocoristique du prénom Heinrich; cf. Fritz – Friedrich, Götz – Gottfried, etc.23. Le letton mīņcis est issu de l’allemand bas minze, mintse « chat »24.
L’onomatopée lettone piņc et le nom de chat piņcis, piņče ont pu apparaître comme mots rimés à côté des formes lettones īņci, mīņci et des noms de chat qui en sont issus.
Un autre nom de chat très largement employé en letton est probablement lui aussi d’origine onomatopéique: ruņcis, ruņčiņš, ruņčelis, ruņčuks, ruņčukēns, ruņcēns, ruņcins, ruņciene, ruņka, ruņkis, ruņķis (EM, III, 561, 570; EH, II, 384, 385). Il faudrait sans doute rattacher ce nom de chat au verbe rūkt « faire du bruit, filer à toute vitesse, rugir, gronder, roucouler, bourdonner, grogner »; cf. lācīs, lauva, vilks, cūka, dundurs, rubenis, kakis rüc (EM, III, 569; EH, II, 388), cf. aussi le lituanien rūkti « rugir », le russe рычать, le vieux norrois rymja « rugir, gronder », etc.25
19 O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 99.
20 O. H. Трубачев, ten pat; F. Kluge, Et. Wb., p. 371.
21 K. Draviņš, V. Rūķe, Interjektionen und Onomatopöie in der Mundart von Stenden, Lund, 1962, p. 58.
22 J. Sehwers, Sprachlich-kulturhistorische Untersuchungen, p. 41.
23 F. Kluge, Et. Wb., p. 309.
24 J. Sehwers, ten pat, p. 80; EH, I, p. 815.
25 EM, III, p. 561; J. Pokorny, Et. Wb., p. 867–868.
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Page 85C’est du letton que cette dernière appellation du chat est également passée dans certains dialectes lituaniens de la région limitrophe de la Lettonie; cf. rūcis « matou » (Papilė, Viešniai, Kairiai).
En lituanien et en letton, on rencontre aussi quelques autres appellations du chat, d’origine différente, généralement d’usage très restreint et comportant une certaine nuance sémantique:
Lit. čiurūkas « matou (dans une devinette) » (LKŽd., II, 122), cf. lit. čiūr « mot imitatif employé avec diverses significations », čiurūkas « oison », čiūra « chienne », čiurinėti « remuer, se promener », čiurą « personne qui fait pipi au lit ».
Lit. knerpė « chat (mot folklorique) » (LKŽd., VI, 219), cf. lit. kner̃pti, knir̃pti.
Lit. kniaukà « chat (dans une devinette) » (LKŽd., VI, 224), cf. lit. kniaũkti.
Lit. ráinis, -ė, raĩnis, -ė « matou », cf. lit. ráinas, raĩnas.
Let. svīpuris « un grand chat gris à rayures noires » (EM, III, 1163), cf. let. svīpurains « à carreaux », svīpelēta pele « une souris des champs brune avec une raie noire sur le dos ».
Let. tīsele « chatte », tīsītis (EM, IV, 204), mot d’origine obscure, qu’il faudrait peut-être rapprocher de l’onomatopée tisu « interjection employée pour taquiner » (EM, IV, 198).
Pour conclure l’examen des appellations du chat, il faut encore noter que le lituanien a conservé une ancienne appellation du chat sauvage, vilpišys. Ce mot apparaît dans les dictionnaires de la langue lituanienne de Prusse-Orientale; cf.:
chat sauvage, WilpiBys, Bio, m. Medinnė Kattė (Ph. Ruhig, Lex., II, 402).
WilpiBys, Bio, m. un chat sauvage (Chr. G. Mielcke, Wb., I, 330).
chat sauvage, WilpiBys, io, m. Medinnė Kattė (Chr. G. Mielcke, Wb., II, 541).
À partir de ces sources, cette appellation du chat sauvage a également été reprise dans d’autres dictionnaires et divers écrits publiés en Prusse-Orientale et en Lituanie.
La première source de ce mot est donc le dictionnaire de P. Ruhig. Dans son dictionnaire, G. H. F. Nesselmann indique que ce mot n’est pas connu aux environs de Ragnit. F. Kurschat ne l’a pas non plus entendu. Toutefois, son authenticité ne saurait être mise en doute, puisqu’il se rencontre dans la toponymie et l’anthroponymie lituaniennes. F. Kurschat comme G. H. F. Nesselmann mentionnent le toponyme Vilpišiai (… Wilpischen ist der Name eines Dorfes im Kirchspiel Gerwischkehmen in einer ehemals waldigen Gegend bei Gumbinnen… G. H. F. Nesselmann, Wb., 80). Un toponyme de ce type se trouve également près de Tauragėnai (Vilpišiai), et, dans le district de Molėtai, on trouve le nom du village Vilpiškiai. Les noms de famille Vilpišauskas, Vilpiševskis, Wilpiszy (forme polonisée) sont attestés.
Le lit. vilpišys est un ancien mot indo-européen. Les autres langues baltes, ainsi que les langues slaves, ne le connaissent pas. C’est un apparenté des mots de racine indo-européenne *ulp, *lup-, notamment du lit. lãpė, du lat. volpēs, etc., qui désignent divers animaux prédateurs (renard, chacal, loup). Par son sens, le lit. vilpišys est le plus proche du moyen-perse gurpak « chat domestique », du persan gurba, où l’iranien *urpa correspond à l’indo-européen ulpos26.
Parmi les langues slaves, le vieux-slave et le polonais ont conservé le nom du chat sauvage, cf. v. sl. stbblb, stbplb, v. pol. zdeb, step, pol. żbik, żbik. L’étymologie de ce mot est assez obscure. Certains chercheurs (G. Ilinskis, A. Brückner) le rattachent au lituanien stiprūs, d’autres (O. Trubačiovas) au russe стебель, lituanien stiebas; la signification originelle du slave *stbjb serait ainsi « chat puissant » ou « vivant dans les roseaux ». Cette dernière étymologie serait étayée par l’un des noms actuels du chat sauvage en russe, камышовый кот27.
26 J. Pokorny, Et. Wb., p. 1179; E. Fraenkel, Et. Wb., p. 340, 1254.
27 O. H. Трубачев, Происхождение…, p. 92–94; A. Brückner, Sl. et., p. 649–650.
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Page 86Ainsi, comme nous le voyons, les langues baltes et de nombreuses langues slaves emploient un nom commun pour le chat, probablement emprunté au même moment à une seule et même source. Les langues baltes et slaves possèdent également un nombre important de noms d’usage plus restreint et d’origine plus récente, le plus souvent onomatopéiques. En outre, le lituanien et les langues slaves employaient des noms de chat sauvage d’origines différentes.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Après avoir passé en revue les noms des animaux domestiques dans les langues baltes, nous pouvons tirer quelques conclusions générales.
Les langues baltes ont relativement bien conservé les anciens noms indo-européens des animaux domestiques (lituanien šuo, letton suns, prussien sumis; lituanien avis, āvinas, letton avs, auns, prussien awins; lituanien ėras, jėras, vēras, letton jērs, prussien eristian; lituanien ožys, ožka, letton āzis, prussien wosee, wosux; lituanien gīovs; lituanien veršis, letton vērsis, prussien werstian; lituanien pėkus, prussien, formes dialectales pecku; lituanien ašvā, ašva, ašvėnis, prussien aswinan « lait de jument »; letton svēns, suvėns, prussien swintian; lituanien paršas, prussien parstian, etc.).
Parmi les langues baltes, il est impossible d’en distinguer une en particulier pour l’archaïsme de son lexique dans ce domaine. Par exemple, le letton n’a pas conservé l’ancien nom indo-européen du cheval (i.-e. *ēk̑uo-s), tandis que le lituanien a perdu l’ancien nom indo-européen du bovin (i.-e. *gʷou), conservé en letton. En lituanien, on ne trouve pas de traces de l’ancien nom indo-européen du porc (i.-e. *sūs/*su̯u), bien conservé en letton; mais en letton, le slavisme kaza a évincé l’ancien nom indo-européen de la chèvre, conservé en lituanien et en prussien (lituanien ožka, prussien wosee), etc.
Dans ce lexique, le nom letton du bovin luōps, qui n’a d’équivalent exact qu’en albanais — alb. lopë — se distingue de façon singulière.
La comparaison des noms des animaux domestiques dans les langues baltes avec ceux de ces animaux dans les autres branches des langues indo-européennes montre clairement que les plus grandes similitudes se trouvent avec les langues slaves (lituanien kárvė, prussien curwis « taureau »; russe корова, polonais krowa, etc.; lituanien tėlias, teliūkas, letton telš, telēns: polonais ciele, russe теленок, etc.; letton vepris (lituanien Vėpriai, Vepriškiai, Veprinis): russe вепрь, polonais wieprz, etc.). Parmi les langues baltes, il est impossible d’en distinguer une dont le lexique ancien de ce domaine serait plus proche du lexique correspondant des langues slaves.
Dans toutes les langues baltes, on trouve un assez grand nombre de noms slaves d’animaux domestiques, le plus souvent des emprunts d’époque récente. Les slavismes constituent le groupe de loin le plus important du lexique emprunté dans ce domaine. Certains slavismes sont entrés dans les trois langues baltes, d’autres sont propres à deux langues (le plus souvent le lituanien et le letton) ou à une seule (lituanien kūrtas, letton kūrts, prussien curtis; lituanien kuilys, letton kuilis, prussien cuy lis (le caractère slave de ces derniers mots peut être mis en doute); lituanien telyčia, letton telica; lituanien barõnas, letton baranina; lituanien drigantas, letton driganis; lituanien rumõkas, letton rumāks; lituanien sābalas « nom donné à un tel chien », letton sabulis; letton kaza, prussien sūdenikis, prussien wuysis, lituanien gončas, lituanien škapā, lituanien bulānas, lituanien kabõnas, lituanien kniūras, etc.). Les langues sources des emprunts sont généralement les langues voisines que sont le biélorusse, le russe et le polonais. Certains slavismes ont également pu entrer en letton par l’intermédiaire du lituanien. Les slavismes du vieux-prussien sont le plus souvent d’origine polonaise.
Une très petite quantité de lexique balte de ce domaine est entrée dans les langues slaves (polonais parsiuk, biélorusse парсюк, russe паршук).
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Page 87On peut également distinguer une couche commune aux langues baltes de noms d’animaux domestiques (lituanien žirgas, letton žirgs, vieux-prussien sirgis; lituanien ežilas, letton ērzelis; lituanien kumelỹs, kumelė̃, letton kumelš).
Il existe un nombre considérable de noms, parfois d’origine très ancienne, qui sont propres à une seule langue balte (lituanien kalė (: lituanien kalývas, kalýbas), lituanien kėltava, kėltuva (: lituanien kėlti), lituanien galvijas (: lituanien galvà), lituanien arklys (: lituanien árti), lituanien šérnas (: lituanien šerỹs), lituanien vilpšỹs (: lituanien lãpė), lituanien jáutis (: lituanien júngas, l’hydronyme Jautin indique qu’un nom de ce type a pu exister également en vieux-prussien), lituanien meitėlis (: lituanien mįsti, cf. aussi le vieux-prussien nomaytis), lituanien penìmis (: lituanien penėti), lituanien kiaũlė, vieux-prussien skēwre, letton baruõksnis (: letton baruot), vieux-prussien klente, clynth, vieux-prussien camstian, etc.).
L’allemand a exercé une certaine influence sur le lexique des langues baltes dans ce domaine; cette influence est un peu plus marquée en letton (lituanien būlius, letton bullis; letton buks, letton krakīs, kragīs, letton mīncis, īncis, letton pakans, lituanien cieķe, cēķe, etc.). Par l’intermédiaire du letton, quelques germanismes de ce type sont également passés en lituanien.
On trouve également en lituanien quelques mots d’origine finno-ougrienne à usage restreint (letton cone, soņnis, letton mustika, letton punika, letton sēkis, etc.). En revanche, l’influence des langues baltes sur les langues fenniques de la Baltique dans ce domaine est assez importante (finnois oinas, estonien oinas; finnois vuohi, estonien voho; finnois härkä, estonien härg; finnois jäärä, estonien jäär, etc.).
Parmi les nombreux noms et appellations d’animaux domestiques des langues baltes qui sont d’usage plus restreint (et le plus souvent d’origine plus récente), on peut distinguer plusieurs groupes sémantiques.
Le groupe des mots d’origine onomatopéique est très fourni (lituanien čiūče, čiūčė, burūtė, burýtė, bašis, bažiukas, kūčė, kuriūtė, cibė, cibūtė, įygagas, kūžė, kūžius, čiūga, čiūka, čiūotė, jukšė, kriukė, kuciūtė, kūkas, kukūtis, kãcas, kicaras, kicà; letton kuča, kucēns, birīte, biritina, bice, buce, bēja, mēja, mūja, nūža, tručina, cigiņš, cīga, trūta, kosīņš, kuziņa, kuža, kvīņka, kveksis, reksis, ruksis, kicītis, etc.). Il s’agit le plus souvent de mots du langage enfantin ou, plus généralement, de mots à valeur affective.
Un autre groupe important est constitué de noms d’animaux dérivés de noms de couleurs correspondants; certaines de ces couleurs ne sont d’ailleurs employées qu’à propos des animaux (lituanien balnė, dūmė, dvylė, keršė, laukė, pãlsė, pelėkė, šėmõji, žalõji, bėris, brišis, palvis, sartis, šir̃mis, širvis, šyvis; letton brūnala, dūkala, dūmala, lāuce, melle, pālse, sārtala, sirmala, bēris, dārceis, dūkanis, lāucis, sarkanis, sīrmis, etc.).
Les noms de vaches formés à partir du jour de leur naissance ou, plus généralement, de désignations temporelles sont très caractéristiques du letton (letton cētala: cēturdiēna, dienala: diena, launadzīte: launags, pirmala: pirmdiena, piektala: piektdiena, rītala: rīts, sestala: sestdiena, svēṭala: svētdiena, trešala: trešdiena, uotrala: uotrdiena, vakare: vakars, etc.). On rencontre également des noms de vaches de ce type dans les langues slaves.
En lituanien, les vaches sont assez souvent nommées d’après des plantes, des oiseaux, etc.
Les langues baltes comptent un nombre exceptionnellement élevé de termes désignant les mauvais chevaux.
Certains noms d’animaux domestiques des langues baltes sont d’un usage très restreint et ne sont parfois propres qu’à une seule famille. Une grande partie de ces noms, bien entendu, n’a pas été retenue dans le présent ouvrage.
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Page 88NOMS DES ANIMAUX DOMESTIQUES DANS LES LANGUES BALTES
(leur origine et leur rapport avec les noms correspondants dans les langues slaves)
А. САБАЛЯУСКАС
Résumé
L’étude examine les noms du chien, du mouton, de la chèvre, des bovins, du cheval, du porc et du chat.
Après l’examen des noms de chaque animal, des conclusions générales correspondantes sont formulées.
Dans les langues baltes, les anciens noms indo-européens des animaux domestiques se sont relativement bien conservés (lituanien šuo « chien », letton suns, vieux-prussien sunis; lituanien avis « mouton », letton avs, lituanien ávinas « bélier », letton auns, vieux-prussien awins; lituanien ėras « agneau », jėras, ėras, letton jērs, vieux-prussien eristian; lituanien ožys « bouc », letton āzis, vieux-prussien wosux, lituanien ožkà « chèvre », vieux-prussien wosee; letton guovs « vache »; lituanien veršis « veau », vieux-prussien werstian, letton vēršis « bœuf, taureau »; lituanien pėkus « bétail, mouton », vieux-prussien pecku « bétail »; lituanien ašvà « jument », ešva, ašvienis « cheval de trait », vieux-prussien aswinan « lait de jument »; letton sivēns « porc », suvēns, vieux-prussien swintian; lituanien paršas « porcelet », vieux-prussien parstian, etc.).
Le lexique archaïque de ce type est conservé à peu près dans la même mesure dans toutes les langues baltes. Par exemple, le letton n’a pas conservé l’ancien nom indo-européen du cheval (i.-e. *ekuo-s), tandis que le lituanien a perdu l’ancien nom des bovins (i.-e. *guou), conservé en letton; le lituanien ne possède pas l’ancien nom du porc (i.-e. *sūs/*su̯u), bien conservé en letton, tandis qu’en letton le slavisme kaza (cf. russe коза) a remplacé l’ancien nom de la chèvre (lituanien ožkà), etc.
Dans ce lexique, le nom letton des bovins liōps se distingue par son caractère particulier; il n’a de correspondant exact qu’en albanais — lopë « vache ».
La comparaison des noms baltes des animaux domestiques avec les noms correspondants des autres langues indo-européennes permet de constater clairement que les noms baltes coïncident le plus souvent avec les noms slaves (lituanien kargvė « vache », vieux-prussien curwis « bœuf »: russe корова, polonais krowa, etc.; lituanien tėlias « veau », teliūkas, letton telis, tēlens: polonais cielę, russe телёнок, etc.; letton vepris « verrat » (lituanien Vėpriai, Vepriškiai, Veprnis): russe вепрь, polonais wieprz, etc.). Selon le degré de proximité de ce lexique avec le lexique slave, on ne peut isoler aucune langue de l’ensemble de la branche balte.
Dans toutes les langues baltes, on trouve assez nombreux noms d’animaux domestiques d’origine slave. Parmi les emprunts à des langues étrangères dans ce domaine lexical, les slavismes constituent le groupe le plus important. Certains se rencontrent dans les trois langues baltes, d’autres sont caractéristiques de deux d’entre elles (le plus souvent du lituanien et du letton) ou d’une seule langue (lituanien kūrtas « chien lévrier », letton kurts, vieux-prussien curtis; lituanien kūlys « verrat », letton kūlis, vieux-prussien cuylis (l’origine slave de ces mots est assez douteuse); lituanien telyčia « génisse », letton telica; lituanien barōnas « bélier », letton baraniņa « brebis »; lituanien drigantas « étalon », letton drigants; lituanien rumōkas « cheval de timon », letton rumāks « étalon »; lituanien sabalas « nom de chien », letton sabulis; letton kaza « chèvre »; vieux-prussien slideikis « chien de chasse », vieux-prussien wuysis « chien de garde »; lituanien gončas « chien courant », lituanien škapa « vieux cheval », lituanien bulānas « cheval bai », lituanien kabōnas « verrat », lituanien kniūras, etc.). Les langues emprunteuses sont généralement les langues voisines — le biélorusse, le russe et le polonais. Certains slavismes ont également pu pénétrer en letton par l’intermédiaire du lituanien. Les slavismes du vieux-prussien sont principalement d’origine polonaise.
Dans les langues slaves, on ne trouve que très peu de noms d’origine balte (polonais parsiuk, biélorusse парсюк, russe паршук).
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Page 89Il convient également de distinguer une strate lexicale commune à l’ensemble des langues baltes (lituanien žirgas « cheval », letton zirgs « cheval », vieux-prussien sirgis « étalon »; lituanien eržilas « étalon », letton ērzelis; lituanien kumelýs « étalon, poulain », letton kumelš, lituanien kumelė « jument »).
On rencontre assez nombreux noms (souvent même d’origine très ancienne) qui sont caractéristiques d’une seule langue balte (lituanien kalė « chienne » (: lituanien kalývas « blanc — il s’agit du cou du chien », kalýbas), lituanien keltava « bétail, gros bétail », kėltuva (: lituanien kėlti « soulever »), lituanien galvijas « bétail » (: lituanien galva « tête »), lituanien arklys « cheval » (: lituanien artì « labourer »), lituanien šernas « sanglier » (: lituanien šėrÿs « soies »), lituanien vilpšys « chat sauvage » (: lituanien lâpe « renard »), lituanien jautis « bœuf » (: lituanien jüngas « joug »; l’hydronyme Jautin permet de supposer qu’un tel nom du bœuf existait aussi en vieux russe), lituanien metėlis « verrat » (: lituanien misti « se nourrir », cf. également vieux-prussien nomaytis « verrat »), lituanien penìmis « animal engraissé » (: lituanien penėti « nourrir »), lituanien kiaulė « porc », vieux-prussien skēwre, letton barukšnis « animal engraissé » (: letton baruot « nourrir »), vieux-prussien klentē « vache », clynth, vieux-prussien camstian « mouton », etc.).
L’allemand a également joué un certain rôle dans le développement du lexique de l’élevage dans les langues baltes. L’influence plus importante de l’allemand se fait sentir en letton (lituanien būlius « taureau reproducteur », letton bullis; letton buks « bouc; mâle »; letton krāģis « rossinante », krāķis, letton mīcis « chat », īncis, letton pakans « nom de chien », lituanien ciekš « nom de vache », cēkē, etc.). Par l’intermédiaire du letton, certains germanismes ont pénétré en lituanien.
On trouve également en letton quelques noms d’origine finno-balte (letton cone « bélier », sōnis, letton mustika « vache noire », letton punika « vache bai-brun », letton sekis « cheval pie », etc.). L’influence du lexique balte sur celui des langues finno-baltes est nettement plus forte (finnois oinas « bélier châtré », estonien oinas; finnois vuohi « bouc; chèvre », estonien voho; finnois härkä « bœuf, taureau », estonien härg; finnois jäära « bélier », estonien jäär, etc.).
Les noms et appellations des animaux domestiques d’usage plus restreint (le plus souvent d’origine récente) peuvent être répartis en groupes sémantiques.
Un groupe très nombreux est constitué de noms d’origine onomatopéique (lituanien ciucė « chien », ciūčė, lituanien buriùtė « mouton », buriūtė, kuriūtė, kùčė, lituanien bāsis « agneau », bažikas, lituanien cibė « chèvre », cibūtė, lituanien yāgas « cheval », kūže, kūžius, lituanien ciugà « porc », ciūkā, ciūotė, jūškė, krukūga, kuciūtė, kīkas, kukūtis, lituanien kācas « chat », kīcaras, kīcā; letton kuča « chien », kučēns, letton birīte « mouton », biritina, bice, buce, bēļa, mēja, letton mīja « vache », nūža, tpruciņa, letton cigiņš « poulain », čiga, tprūta « cheval », košiņš, kuziņa, kuža, kvinka « porc », kveksis, reksis, letton kicītis « chat », etc.). Il s’agit principalement de mots enfantins ou affectueux.
Un autre groupe important est constitué des noms d’animaux dérivés de désignations de couleurs correspondantes. Certaines de ces désignations de couleur ne servent qu’à indiquer la robe de l’animal (lituanien balnė « vache au dos blanc », dūmė « vache couleur de fumée », dvylė « vache bai-brun », kėršė « vache pie », laikė « vache avec une liste blanche sur le front », pálšė « vache gris clair », pelėkė « vache souris », šėmojī « vache couleur de cendre », žalióji « vache bai-brun », lituanien bēris « cheval bai », brišis « cheval jaune clair, rougeâtre », palvis « cheval jaune clair », sartis « cheval rouan », širmis « cheval gris pommelé », širvis, šyvis « cheval gris clair »; letton brūnala « vachette brune », dūkala « vache bai-brun », dūmala « vache brun foncé », lāuce « vache avec une liste blanche sur le front », melle « vache noire », palse « vache gris clair », sartala « vache brun foncé », širmala « vache grise pommelée »; letton bēris « cheval bai », dārcis « cheval pie », dūkanis « cheval bai-brun », lāucis « cheval avec une liste blanche sur le front », sarkanis « cheval bai clair », širmis « cheval gris pommelé », etc.).
Les noms de vaches dérivés du nom du jour ou, plus généralement, du moment de naissance de l’animal sont très caractéristiques du letton (letton cეტala: четurdiena « jeudi », dienala: diena « jour », laīnadzīte: laīnaģs « goûter de l’après-midi », pirmala: pirmdiena « lundi », piektala: piektdiena « vendredi », rītala: rīts « matin », sestala: sestdiena « samedi », svētala: svētdiena « dimanche », trešala: trešdiena « mercredi », uotrala: uotr diena « mardi », vakare: vakars « soir », etc.).
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Page 90En lituanien, les vaches reçoivent souvent des noms tirés de noms de plantes, d’oiseaux, etc.
Les langues baltes comptent un très grand nombre de noms désignant des rosses.
Certains noms d’animaux domestiques ne sont employés que dans un cercle très restreint et ne sont parfois propres qu’à une seule famille. Il va de soi que la plupart de ces noms n’ont pas été inclus dans le présent ouvrage.