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ŽODŽIŲ FORMOS IR JŲ VARTOSENA LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA
Z. ZINKEVIČIUS
La langue du recueil de chants de S. M. Slavočinskis (1646)
L’auteur dédie cet article à la mémoire du prof. dr Jurgis Lebedys, premier chercheur du recueil de chants
La langue du recueil de chants de S. M. Slavočinskis est considérée par les chercheurs comme un mélange de différents dialectes. L’Histoire académique de la littérature lituanienne indique que, bien que « le fond du dialecte samogitien soit perceptible dans le recueil, on y voit clairement des efforts pour combiner des éléments de différents dialectes et rendre le recueil accessible aux couches les plus larges possible des lecteurs lituaniens »1.
Le prof. dr Jurgis Lebedys, préparateur de l’édition fac-similé du recueil et son premier chercheur, écrit que « le fond dialectal du recueil n’est pas très marqué, il ne saute pas immédiatement aux yeux, mais reste néanmoins facile à discerner. De nombreuses particularités phonétiques, morphologiques et, en partie, lexicales et syntaxiques rattachent le recueil au dialecte samogitien »2. Après avoir indiqué les traits caractéristiques samogitiens, le chercheur conclut que « le traducteur était un Samogitien dūnininkas, mais il hésitait, ou bien son travail était corrigé par d’autres »3. Ayant mis en évidence dans le recueil certains éléments du dialecte des Hauts-Lituaniens orientaux, J. Lebedys suppose qu’« il est possible que le traducteur du recueil, en utilisant le dictionnaire de K. Sirvydas, ne parvenait parfois pas à distinguer la phonétique dialectale ou se laissait inconsciemment influencer et reprenait le mot du dictionnaire sous la forme qu’il y avait »4. Après avoir constaté que « nombre de particularités phonétiques et, en partie, morphologiques du recueil sont caractéristiques des dialectes de transition »5, l’auteur tire la conclusion suivante: « Lors de la préparation du recueil, on s’est efforcé de s’adapter au plus grand nombre possible d’habitants. Le traducteur lui-même, sans même parler de ses éventuels réviseurs, connaissait probablement plus que son propre dialecte. Il faut penser qu’une connaissance, au moins superficielle, d’autres dialectes, le désir d’être lu plus largement et, en outre, l’exemple des écrivains antérieurs ont contribué à atténuer les différences dialectales. Les incohérences et les hésitations peuvent aussi s’expliquer par l’absence d’un critère ferme et d’une norme établie pour la langue littéraire »6.
J. Palionis, souscrivant pour l’essentiel aux conclusions de J. Lebedys, constate que « la langue du recueil présente un mélange considérable de dialectes: des éléments des dialectes samogitiens dūnininkai, des Hauts-Lituaniens occidentaux, notamment de Veliuona, des dialectes du Centre et des dialectes orientaux »7.
1 Lietuvių literatūros istorija. I. Feodalizmo epocha. Redagavo prof. K. Korsakas. Vilnius, 1957, p. 151.
2 J. Lebedys, 1646 metų giesmynas. – S. M. Slavočinskis, Giesmės tikėjimui katalickam priderančios 1646. Fotografuotinis leidimas. Vilnius, 1958, p. 20.
3 J. Lebedys, ten pat, p. 21.
4 Ten pat, p. 24.
5 Ten pat.
6 Ten pat, p. 24–25.
7 J. Palionis, Lietuvių literatūrinė kalba XVI–XVII a., Vilnius, 1967, p. 90.
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Le mélange de dialectes dans le recueil de cantiques de S. M. Slavočinskis, mis particulièrement en évidence par les chercheurs, a également éveillé l’intérêt de l’auteur de cet article et l’a incité à entreprendre une étude spécifique de la langue du recueil sous cet angle8, afin d’identifier les éléments dialectaux présents, de les localiser, d’éclairer le processus même de traduction des cantiques et de préparation du recueil pour l’impression, et enfin de mettre en évidence l’importance de ce recueil pour l’histoire de la langue lituanienne et la dialectologie historique. L’auteur espérait que la comparaison des éléments dialectaux localisés dans ce recueil du milieu du XVIIe siècle avec les données correspondantes des dialectes actuels permettrait de mieux comprendre l’apparition et l’évolution de certains phénomènes de la langue lituanienne.
Éléments du dialecte samogitien
Il faut souscrire à la conclusion des chercheurs antérieurs selon laquelle le traducteur du recueil était samogitien. Le recueil présente les particularités suivantes du dialecte samogitien:
1. Les consonnes t, d sont employées à la place des affriquées č, dž devant l’ancien *a bref, par exemple: n. pl. medey II 109₁₁ « arbres », ʒodey II 29₁₇ « mots », i. pl. Erβkieteys II 84₂ « avec des épines », peteys I 97₁₈ « avec les épaules », žodeys I 18₉ « par des mots », a. sg. f. ne turinte II 10₁₀ « ne possédant pas », Priderante I 3₁₅ « convenant », 3. praes. gieyd I 131₂₈ « désire », Jaut II 29₈ « ressent », kient I 92₄ « souffre », refl. glaudes II 6₂₁ « se rapproche », 2. pl. praes. kientete II 20₂₃ « vous souffrez », adv. didey II 12₂₅ « grandement », kartey I 88₉ « amèrement », /skaystey II 5₂₃ « brillamment ». Comparer aussi a. sg. m. kiantanti I 87₇ « souffrant », g. pl. refl. meldénčiuße I 140₄ « de ceux qui prient », c’est-à-dire « de ceux qui prient », d. pl. m. meldéntiems II 82₂₃ « à ceux qui prient », a. pl. m. iautančius II 102₂₆ « ceux qui ressentent », kientančius II 4₁₆ « ceux qui souffrent », a. pl. f. Gieydénčias II 110₁₅ « celles qui désirent ». Au total, le recueil comporte 51 exemples où se maintient la « loi phonétique samogitienne ». Le recueil ne contient pas d’exemples de t, d devant l’ancien *ā et les voyelles postérieures, phénomène attesté dans la partie occidentale du dialecte samogitien actuel.
2. À la place des diphtongues uo, ie, le recueil emploie souvent les monophtongues ū, ī caractéristiques des « dūnininkai », par exemple: a) g. sg. gluśnio II 60₂₃ « du saule », a. sg. kuodeli I 66₁₇ « la quenouille », a. pl. obulus I 65₁ « les pommes », 3. praet. pule I 53₁₇ « il/elle tomba », i. pl. /słutomis I 78₁₇ « avec des balais », 2. sg. praet. ßlußtey II 76₁₀ « tu essuyas »; b) g. sg. Diwa II 126₁ « de Dieu », inf. gidot I 42₂₁ « chanter », ißkoti I 131₁₇ « chercher », g. sg. Iwos I 15₁₃ « d’Ève », l. sg. lipßnoy I 129₁₅ « dans la flamme », a. pl. f. ißlitas II 27₂ « versées », g. pl. pitu I 148₁₃ « des contrées du sud », prip II 26₁₂ « avant », l. sg. filwarte II 9₂₅ « dans le chagrin », a. sg. ßniga II 23₉ « la neige », adv. ßiedina I 71₉ « aujourd’hui », praep. tis I 25₈ « vers », adv. Tifey II 90₁₃ « directement », l. sg. winibiey I 129₁₉ « dans l’unité »; c) i. sg. m. tu I 103₁₆ « par cela », n. pl. m. Ti II 44₁₈ « ceux-là », g. sg. ßalis II 104₁₃ « du pays », 3. fut. Ißlußus I 30₁₀ « je délivrerai, sauverai », 1. sg. refl. iaučius II 55₂₀ « je me sens », 1. sg. fut. Raßiut I 65₁₃ « je t’écrirai » (~ rašiuo t[i]). Au total, on compte dans le recueil environ trois cent cinquante exemples de ū, ī à la place de uo, ie⁹. Les mots gluśnis, Ieva, kuodelis, pietūs, sielvartas, šluota, šluostyti, ties ainsi que les formes du présent du verbe likti ne sont écrits que sous leur forme samogitienne. Le recueil ne comporte pas de variantes aukštaitiennes de ces mots et formes. Les formes samogitiennes des mots ieškoti, liepsna et du verbe
8L’objet de l’étude était l’édition fac-similé publiée par J. Lebedys en 1958. Les pages manquantes ont été complétées à l’aide d’une photocopie tirée du microfilm d’un exemplaire complet conservé à la bibliothèque Ossoliński de Wrocław (Pologne), microfilm détenu par la bibliothèque de l’Académie des sciences de la RSS de Lituanie.
9Il est impossible d’indiquer un chiffre exact, car certaines formes peuvent s’interpréter de deux façons; ainsi, à la fin de l’inf. refl. en -tis (par exemple, girdėtis I 139₂₁ « être entendu »), on peut reconnaître non seulement la terminaison samogitienne -tis (= aukštaitien -ties), mais aussi la variante aukštaitienne -tis.
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attaquer correspondances des formes du présent, des pronoms de la 1re pers. sg. m., des verbes pronominaux à la 1re pers. sg., des participes pronominaux n. pl. m. et de certaines autres désinences.
3. Les voyelles o, ė sont fréquemment diphtonguées, par exemple: a) g. sg. m. Tuo I 72₂₀ « de celui-là », g. sg. f. tuos I 77₈ « de celle-là », n. pl. f. tuos I 44₁₂ « celles-là », 1. pl. tupuoße I 105₁₁ « dans les lèvres », 3. praes. šildot I 59₂₁ « il/elle te réchauffe » (~ šildot [i]); b) 3. praes. Biega I 19₂₀ « il/elle court », inf. dieti II 31₃ « poser », 3. praet. ieme II 14₁₅ « il/elle prit », 1. sg. fut. girdiesiu II 48₂₀ « j’entendrai », 3 praet. kwiepawa I 62₁₇ « il/elle respirait », 1. sg. mieble II 58₁ « il/elle fumait », 3. praes. nier II 82₁₅ « il n’y a pas », g. sg. pawießio II 64₁₉ « de l’ombre », g. sg. Tiewa I 74a₁₈ « du père », a. pl. vąmušieius II 26₆ « les meurtriers », n. sg. m. wietringas II 40₂ « pluvieux », n. pl. žwieris II 66₁₂ « les bêtes »; c) n. sg. Duktie I 104₁₉ « fille », g. sg. garbies II 53₁₃ « de l’honneur », 1. sg. žiamiey II 10₂₂ « sur terre », d. pl. žmoniems I 98₄ « aux gens », 1. pl. žiamieſa I 99₂ « sur les terres », 3. refl. Iauties I 87₁₉ « il/elle se sentait », 2. pl. refl. wadinaties II 9₂₀ « vous vous appelez ». La voyelle ė est diphtonguée bien plus fréquemment. On a relevé 159 exemples uniquement dans des positions qui ne suivent pas k, g, š, ž (après ces consonnes, la lettre i peut être un signe de palatalisation). La diphtongaison de la voyelle o est beaucoup plus rare: on n’a relevé au total que 12 exemples, tous avec o > uo en flexion ou dans des formes pronominales monosyllabiques.
4. En règle générale, ą, ę, y, į sont traités selon l’usage samogitien: dans les racines des mots et les désinences oxytoniques, l’élément nasal est conservé; dans les désinences barytoniques, il est généralement absent.
Les anciennes voyelles nasales ą, ę dans les racines et les désinences oxytoniques sont indiquées par les lettres ą, ę, ou par ą, ę munies d’une « barre oblique » (pour des raisons techniques, nous remplaçons ą, ę dans les exemples de cet article), ainsi que, plus rarement, par les groupes de lettres an, en¹⁰; par exemple: a) adv. drąſey II 58₂₆ « hardiment », a. sg. įgałti II 24₁₉ « effroi », inf. gražinti II 99₂₀ « rendre », 1. sg. fut. ne ikanſiu I 64₁₅ « je ne creuserai pas », i. pl. kaſnays II 19₂ « avec des nœuds », a. pl. ſpaſtus II 93₂₅ « des pièges », 3. praet. taſi I 91₅ « il/elle tira »; b) 3. praes. ne dręſ I 76b₆ « il/elle n’ose pas » (~ nedreſa), Grež II 6₂₁ « il/elle tord », inf. Kieſt I 155₂₂ « souffrir »; c) a. sg. amą I 45₁₃ « celle-là, lui », kure I 93₁₂ « laquelle », g. sg. manęs I 67₄, tawes I 17₅ « de toi », ſawes I 17₆ « de soi », n. sg. m. neſąs I 121₂₂ « portant », n. pl. m. ſergą II 114₁₁ « malades ». Par endroits, surtout dans les textes imprimés en caractères gothiques, la « barre oblique » est peu nette, fortement, voire presque entièrement effacée. Les formes de l’aliatif singulier manęsp, tawęsp, sawęsp constituent une exception manifeste: elles sont systématiquement écrites sans marque de nasalité, c’est-à-dire manęſp, tawęſp, ſawęſp (pourquoi?), alors que les génitifs correspondants manęs, tavęs, savęs portent généralement une marque de nasalité (au moins 104 exemples sur 110)¹¹.
Dans les désinences barytoniques, les anciennes ą, ę sont généralement remplacées par les lettres a, e, sans aucune marque de nasalité. Parmi les quelque 1 200 exemples présents dans le recueil de la désinence -ą de l’accusatif singulier des noms, seuls une douzaine pourraient être soupçonnés de porter une « barre oblique »; ces exemples ne sont toutefois pas entièrement clairs, car soit cette barre est indistincte (elle est peut-être la plus nette dans le mot wargą I 135₁₇), soit il pourrait aussi s’agir de génitifs pluriels (par exemple, Teyſingą I 93₅, Piktą I 99₁₅ « justes? », « méchants? ») avec la désinence oxytonique -ų, souvent notée -ą dans le recueil (plus exactement, a avec une « barre oblique »). La désinence -ę de l’accusatif singulier des thèmes en ė, notée par une lettre nasale, est un peu plus fréquente: 53 occurrences (qui ne sont pas toutes également claires) sur près de 300 exemples. Cependant, là aussi, comme nous le voyons, -e « -ę » prédomine nettement (environ 82% de tous les exemples). Il en va de même pour ę au prété-
¹⁰ Sur la confusion entre les graphèmes ą, ę et an, en, comparer les graphies šiediena I 71₄ ou šiedina I 71₉, « aujourd’hui » (22 exemples), Neſąg II 49₅ « il/elle portera » (~ nesang), tęn I 117₁₃ « là » (une quinzaine d’exemples chacun), 3. praet. Kienėta II 75₂₈ « il/elle a souffert ».
¹¹ Seuls trois exemples de génitif présentent clairement la lettre ę (sans aucune trace de marque de nasalité) (I 127₁₀, II 43₁₃, 119₁₀); le trait au-dessus de trois autres a pu s’effacer. Néanmoins, ces trois exemples avec e, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une faute d’impression, pourraient indiquer que le parler du traducteur possédait alors une variante barytonique à accent mobile manęs, tavęs, savęs, désormais généralisée dans le dialecte samogitien actuel.
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dans les terminaisons des participes: parmi les 145 exemples relevés de la terminaison n. sg. -ęs, 134 sont écrits avec un -es ou -ias clairement attesté (sans signe de nasalité ni trace de celui-ci); les 25 exemples relevés de la terminaison n. pl. -ę sont tous écrits avec -e ou -ia (aucun effritement de la « petite branche transversale » n’a été observé)¹². Aucune forme baritonique de participe présent à terminaison -ąs, pl. -ą n’a été relevée.
Ainsi, dans le parler natal du traducteur, comme dans le samogitien d’aujourd’hui, les terminaisons baritoniques comportaient déjà une voyelle brève dénasalisée a, e¹³.
Dans le recueil de cantiques, les voyelles nasales u, i sont notées par les lettres u, i (l’imprimerie ne possédait pas les lettres ų, į ni leurs variantes ų, į avec une « branche transversale »), parfois par une combinaison de lettres avec n; à la place de ų, on écrit aussi ą (plus précisément, un a avec une « branche transversale »).
Dans les racines des mots, seules 8 formes du verbe « envoyer » ont été relevées; parmi celles-ci, 7 ont à la place de ų la combinaison de lettres un, par exemple 2. sg. imp. Siun/k II 10₂₁ « envoie », n. sg. m. siun/damas I 122₁₂ « envoyant ». Une forme est écrite avec ū (n. sg. m. Siū/ftas I 3₇ « envoyé »), mais cela équivaut à un, car dans le recueil de cantiques, un signe ressemblant à un circonflexe est souvent placé sur la voyelle qui précède n et m (il est souvent mal imprimé et ressemble à un trait), par exemple sur dāgaus I 132₂₈ « dans le ciel », potā I 146₄ « après cela, c’est-à-dire ensuite », n. sg. f. fūwēta I 130₂₈ « saint », 3. praes. trē I 144₁₃ « broie » (~ trem), i. sg. sunū I 132₈ « avec le fils » (~ sūnum), inf. palikfmit I 137₂ « réjouir ».
Dans les terminaisons oxytoniques, on écrit u ou ą (c’est-à-dire a avec une « branche transversale »). Cette dernière graphie a été observée dans 89 cas, par exemple g. pl. ią I 126₂ « d’eux », kalbą I 96₁₂ « de langues », fūtįną I 92₅ « de faibles », pikčiau II 5₁₁ « des plus méchants », Tą weykalą II 57₇ « de ces œuvres », werkfmingą funą I 29₁₆ « de fils en pleurs », tarp žmonią neteyfingą II 10₂₇ « parmi les hommes injustes », 3. cond. ne pražūtą II 9₁₆ « afin qu’ils ne périssent pas », Kad trintą piktybes I 8₁ « afin qu’ils effacent les méfaits ». Il semble que, l’imprimerie ne disposant pas de la lettre ų, on ait commencé à employer à sa place le a qui lui ressemble, muni d’une « branche transversale ». Dans les terminaisons baritoniques, on écrit u. Seuls 6 exemples avec ą (plus précisément, a avec une « branche transversale ») ont été observés; ils doivent être considérés comme des erreurs du traducteur ou des fautes d’impression. La différence entre les baritons et les oxytons apparaît particulièrement bien dans des graphies telles que Del tą žodžių II 25₁₀ « à cause de ces paroles ». Dans les terminaisons baritoniques, la voyelle u était brève¹⁴.
L’ancienne voyelle nasale į, qu’elle soit accentuée ou non, est notée par la lettre i (la lettre į ou son substitut n’existe pas), par exemple: a) 3. praet. drifja I 76a₁₄ « osa », Pažįft I 43₂₆ « connaît » (on compte 17 exemples avec į radical ‘į’)¹⁵, b) n. sg. m. galis I 146₁₆ « ayant pu », ftowis I 156₁ « étant debout » (au total, 10 exemples de la terminaison participiale -is ‘-ęs’; exemples de n. pl. m.
12 Ces données étayent l’hypothèse de l’auteur du présent article selon laquelle la terminaison nom. pl. -e du samogitien actuel (prononcée -en dans le Sud-Est) est secondaire et a été introduite à partir des verbes réfléchis; voir Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, Vilnius, 1966, p. 77—78.
13 Leur brièveté est attestée par la versification: aux fins des vers des cantiques, les terminaisons -ą ‘-ą’, -e ‘-ę’, -es ‘-es’ riment avec des terminaisons d’autres cas ou personnes comportant les voyelles brèves a, e, par exemple a. sg. f. pamatitá I 23₁ « vue » rime avec n. sg. f. pripildyta « remplie », a. sg. f. wifa II 103₁₅ « toute » — avec 1. sg. akyfa « dans l’œil », a. sg. motiná II 58₂₁ « mère » — avec 3. praes. gina, a. sg. apsakima « récit » — avec 1. pl. fut. žinoſima « nous saurons », per bukliſtę I 115₆ « par la ruse » — avec voc. sg. Chriſte « Christ », n. sg. m. atmines I 56₈ « s’étant souvenu » — avec a. pl. gimines, n. sg. m. apturėias II 35₁₈ « ayant obtenu, c’est-à-dire reçu » — avec n. sg. abgineias « défenseur ».
14 Cf. la rime de a. sg. Sunu II 103₂ « fils » avec i. sg. kunu, et de g. pl. numiruſiu II 64₂₄ « des morts » avec 1. sg. fut. buſiu « je serai ».
15 Dans le parler du traducteur, į était également présent (peut-être de manière facultative) dans les formes du futur, par exemple 3. as. fugražis II 52₁₆ « il ramènera », 2. sg. pažįfi II 43₁₇ « tu connaîtras », 2. pl. pažįfit II 16₁₂ « vous connaîtrez ». Cf. la rime de 1. pl. įppažįfime II 37₁₃ « nous confesserons » avec sakįfime « nous dirons ». Le recueil de cantiques présente aussi n. pl. m. refl. Rupidamis II 26₂₃ « en se souciant » (~ samogitien rūpīdamis), 3. cond. garbitu II 96₇ « ils honoreraient » (~garbitų). Cependant, ce dernier exemple a été corrigé en garbitų, c’est-à-dire garbintų, dans les errata.
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non relevé), c) a. sg. dali I 104₂₂ « partie », gimuƒi I 22₁₇ « née » (a. sg. -i « -i »: nombreux exemples).
La rime montre que les désinences oxytoniques des participes avaient une voyelle longue, tandis que les désinences paroxytoniques en avaient une brève, par ex., n. sg. m. galis II 103₂₆ « capable » rime avec g. sg. dalis « de la partie » (~žem. dalis), mais turis II 70₁₃ « ayant » avec n. sg. m. kuris ou, en II 58₁₀, avec a. pl. duris¹⁶. L’orthographe ne permet pas de savoir si la voyelle longue était prononcée avec une résonance nasale. Toutefois, le parler actuel des Samogitiens du Sud, dont le traducteur est originaire, incite à supposer une telle prononciation.
La préposition et le préfixe į doivent être examinés séparément. À la place de la préposition į actuelle, le recueil de cantiques emploie ing (59 exemples). Il n’existe pas d’autres variantes. Le préfixe į- s’écrit į- devant les consonnes non occlusives, par ex., inf. įleyƒti I 106₁₈ « faire entrer », 1. sg. cond. imaničiau II 24₂₁ « je pourrais concevoir », 3. praet. inika I 75₈ « il se prit à », a. sg. f. irūƒtintas II 5₄ « courroucée », 3. praet iƒaki I 76a₁₈ « il ordonna », 1. sg. praet. Iweykiau II 5₁₀ « j’ai vaincu », 2. sg. imp. Ižwelk II 5₅ « regarde bien » (51 exemples au total). De même, į- s’écrit devant k, g, par ex., 3. praet. ne įkalbina I 78₃ « il ne persuada pas », n. sg. m. įkankintas I 100₁₇ « torturé », ikáršintas II 78₁₅ « échauffé », 1. sg. fut. ne įkanƒiu I 64₁₅ « je ne mordrai pas », 3. praet. įgawa I 141₁₈ « il obtint », inf. įgiti I 60₁₈ « acquérir », n. sg. m. Igundes I 25₂₂ « s’étant habitué » (50 exemples en tout). Devant t, d, on écrit in-, par ex., 2. sg. imp. inteyk I 124₁₇ « remets », 3. praet ne intikieia I 118₁₄ « il ne crut pas », intiká II 70₁₅ « il lui convint », indeia I 85₁₁ « il plaça », n. sg. f. indeta II 119₁ « placée ». Il n’y a que trois exceptions (sur 42 exemples), à savoir, n. sg. f. itikuƒi II 104₂₄ « convaincue », a. sg. m. itikuƒi I 105₅ « convaincu », a. pl. m. itikinčius I 3₁₃ « convainquant » (les deux autres exemples du verbe įtikti ont in-). Devant les consonnes labiales, un seul exemple est attesté: n. sg. f. impinta I 110₁ « tissée ».
Étant donné que les Samogitiens n’ont plus aujourd’hui le préfixe verbal in-, mais ont généralisé devant toutes les consonnes la variante sans n, la situation attestée dans le recueil de cantiques pourrait être considérée comme plus ancienne et témoigner d’une certaine phase d’introduction de la variante į- en position devant les consonnes occlusives. Peut-être les deux variantes étaient-elles encore employées facultativement dans le parler du traducteur devant les occlusives, en particulier t, d. On pourrait également discerner l’influence d’autres dialectes et de textes, cf. la préposition ing « à » (employée par M. Mažvydas, J. Bretkūnas, M. Daukša, M. Petkevičius, K. Sirvydas), à côté du préfixe į- devant les consonnes k, g.
5. Dans le recueil de cantiques, les désinences sont souvent abrégées selon l’usage samogitien, par ex., n. sg. m. wakars I 50₂₁ « soir », 3. praes. kient I 92₄ « il souffre », wadin I 129₁₀ « il appelle » (dans le texte non versifié), Gul I 46₉ « il est couché », atio I 103₂₁ « il arrive à cheval », wießpatau I 130₂₆ « il règne », et bien d’autres.
6. On trouve les formes samogitiennes du locatif singulier des noms à thèmes i et (i)ia, par ex., a) daley II 129₃ « dans la partie », ßalley II 110₂₁ « dans le pays », śirdiey II 28₂ « dans le cœur », vgniey I 133₁₃ « dans le feu », b) daržialey II 78₁₅ « dans le jardin », kieley II 34₄ « sur le chemin », mediey I 64₁₂ « dans l’arbre », łowney I 38₅ « dans le lit », truputiey I 152₃₁ « un peu », žodiey I 145₆ « dans le mot » (environ 40 exemples au total). Il convient de noter que le recueil de cantiques conserve systématiquement le jotac de la désinence, qui a déjà disparu du parler samogitien actuel.
7. On rencontre des locatifs pluriels samogitiens: a) žodžiuƒe II 16₂₄ « dans les mots » (c’est-à-dire žodžiuose ou žodžiuose; exemple unique), b) Sirdeleƒa I 144₈ « dans les cœurs », vgnieƒa II 115₂₁ « dans les feux » (4 exemples avec -ieƒa). Outre le locatif, les désinences du thème ē se rencontrent encore parfois dans le paradigme du thème i au singulier instrumental et au pluriel instrumental:
16 Une voyelle brève se trouvait, bien entendu, également dans la désinence de l’a. sg., cf. la rime de a. sg. m. dideli I 91₁₇ « grand » avec voc. sg. ƒuneli « mon petit fils! », de a. sg. ißminti II 102₁₁ « sagesse » avec inf. atminti, de a. sg. ƒunwertoi I 99₉ « créateur » (~sutvertojį) avec 2. sg. praes. nesioi « tu portes ».
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a) širden I 81₇, 12₄₁₈, II 79₂₂ « dans le cœur, au cœur », b) širdiemis I 35₂₁, širdėmis I 5₂₀ « avec les cœurs » (tous les exemples relevés sont présentés).
8. Le nominatif singulier des adjectifs au degré superlatif présente la désinence -is, par ex. didžiaufis I 89₁₄ « le plus grand », galingaufis I 73₁₇ « le plus puissant », βwenčiaufis II 80₂₀ « le plus saint » (nombreux exemples).
9. Les formes du thème pronominal ana- (f. anā-) ont le sens du pronom de troisième personne, par ex. ju ānu waykśćioti II 46₇ « marcher avec lui », anam dekawokiam I 36₁₂ « rendons-lui grâce », Aukfas ano karalifte I 35₆ « l’or (est) son royaume ».
10. La désinence dialectale samogitienne -ims « -iems » est employée au dat. pl. masculin des pronoms et adjectifs de genre commun ainsi que des participes actifs, par ex.: a) Anims II 29₂₀ « à ceux-là, à eux » (~ anims), ims I 79₈ ou iims I 143₁, ijims I 126₅ « à eux », Kurims II 44₃ « auxquels », tims I 113₂ « à ceux-là », wijims I 8₁₅ « à tous », b) Aklims II 90₁ « aux aveugles », Giwenantims I 15₁ « à ceux qui vivent » (13 ex. au total).
11. Formes dialectales samogitiennes de l’acc. pl. masculin des pronoms de genre commun (type anūs « ceux-là, eux »), par ex.: anus I 38₂, ius I 68₂₁ « eux », kurius I 148₉ « lesquels », tus I 14₁₇ « ceux-là » (36 ex. au total). Les formes correspondantes du dialecte aukštaitien (anuos, juos …) sont totalement absentes.
12. Forme dialectale samogitienne abiu I 143₁₈ « des deux » du gén. pl. du numéral abu. La forme correspondante du dialecte aukštaitien abiejų est absente.
13. Forme dialectale samogitienne eykiau II 117₁₄ « allez tous deux » de l’impératif à la 2e pers. du duel. Aucune autre forme verbale du duel n’a été relevée.
14. Des formes remaniées dialectales samogitiennes de verbes athématiques sont employées par endroits: 3e pers. du praes. refl. atliktafe I 153₁ « reste, se maintient » (~ atliektafe), a. pl. m. Ateytančius II 97₂₆ « ceux qui viennent ».
15. Les formes à thème en i du présent des verbes sont souvent remplacées par des formes à thème en (i)a, par ex.: 1re pers. sg. Nenoru II 14₂₄ « je ne veux pas », turu II 46₁₃ « j’ai », 1re pers. pl. minem I 98₉ « nous mentionnons » (~ minjam), regiem I 120₁₁ « nous voyons », turem I 152₁₁ « nous avons », 3e pers. praes. refl. Gaylefe II 107₁₅ « il/elle s’afflige », regiefe I 34₉ « il/elle semble, se voit », tikiafe I 143₆ « il/elle espère », g. pl. refl. meldenčiųfe I 140₄ « de ceux qui prient, c.-à-d. de ceux qui prient », d. pl. m. regien-temus II 6₁₉ « à ceux qui voient ».
16. Désinence dialectale samogitienne -is(e) « -iesi » de la 2e pers. sg. refl., par ex. 2e pers. sg. praes. randife I 93₂ « tu te trouves » (~ randyse), wadinis I 124₉ « tu te nommes », wilije I 93₃ « tu espères », 2e pers. sg. fut. Nebijo fis II 46₂₂ « il/elle ne craint pas » (~ nebįjosys), ftofis I 14₆ « tu te tiens, tu deviendras » (7 ex. au total; aucune variante aukštaitienne de cette désinence n’a été relevée).
17. Des formes dialectales samogitiennes de la 1re pers. pl. des verbes avec -ma, refl. -mos, sont souvent employées, par ex. 1re pers. pl. praes. gierbiemot I 58₁₃ « nous te respectons » (~ gerbiamo t[i]), Wadīnamot¹⁷ II 86₅ « nous te nommons », 1re pers. pl. fut. žinośima I 54₁₃ « nous saurons », 1re pers. pl. imper. garbiṅkima I 57₁₅ « glorifions », 1re pers. pl. permis. refl. terandamos I 33₁₀ « que nous nous trouvions », Te ftoiamas II 108₁₉ « que nous soyons, devenions ».
18. Les formes de l’impératif comportent souvent le formant -kia- (-ke-), par ex.: 2e pers. sg. Eykieg I 29₁₅ « va donc », refl. artinkias I 6₁₅ « approche-toi », džiaukiafe I 27₃ « réjouis-toi », 1re pers. pl. garbinkiem I 38₈ « glorifions », refl. džiaukiamo fe I 45₆ « réjouissons-nous », 2e pers. pl. atminkiet I 122₁₅ « souvenez-vous », Neβkiet II 11₂₇ « portez » (environ 200 exemples au total).
19. Le préfixe atti- ne comporte souvent pas de i devant une racine commençant par d-, par ex. 3e pers. praet. adāwe I 68₃ « il/elle a remis », 3e pers. praes. adara I 112₂ « il/elle ouvre », n. pl. f. adaritas I 155₆ « ouvertes ».
¹⁷ J. Lebedys a considéré à tort cette forme comme une faute d’impression et l’a corrigée en Wadinamet (S. M. Slavončinskis, Giesmės … Vilnius, 1958, p. 418). Il en dit de même au sujet de gierbiemot I 58₁₃ « nous te respectons » (voir ibid., 362).
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20. On trouve des mots caractéristiques du dialecte samogitien, par ex. bėngti ‘finir’ (3. praes. beng I 152₂₂, refl. bengiaje II 57₁₉, i. pl. f. ne pabengtomis I 35₁₁ ‘inachevées’, etc.), pabanga ‘fin’ (all. sg. pábúngosp II 37₁₇), pabengimas ‘achèvement’ (g. sg. pabengima II 70₁₉), klėbýs ‘étreinte’ (a. sg. klebelį I 62₈ ‘petite étreinte’), nùmas ‘maison’ (n. pl. numay II 98₁₀, a. pl. numus II 74₁₃, etc.), pìlė ‘château, forteresse, palais’ (a. pl. piles II 21₂₀, etc.)¹⁸.
21. Les prépositions employées en samogitien sont prie (dans certains cas au sens de « chez »), pas (avec le génitif), ant (dans un certain emploi avec l’instrumental), par exemple: a) Gaway madonę pri Jutwertoja I 14₅ « … chez le Créateur », Vįtark mus … Pri Jezáus II 109₂₁₋₂₂ « intercède pour nous … auprès de Jésus » (emploi fréquent); b) Pas Bernela I 63₁₆ « chez le garçon », pas Sunaus II 80₁ « auprès du fils », pas táwęs II 46₂₃ « chez toi » (apparemment, tous les exemples sont au génitif); c) Ant križiumi I 145₇ « sur la croix » (exemple unique).
Toutes ces particularités samogitiennes montrent de façon convaincante que le traducteur du recueil de cantiques était samogitien. Les équivalents « douninkai » des diphtongues uo, ie incitent à rechercher son parler maternel dans l’aire des Samogitiens du Sud. Sur le schéma, la ligne 1 indique les limites actuelles de cette aire. En trois cents ans, les isophones ū « uo » et ī « ie » ont évidemment pu quelque peu se déplacer, bien que nous ne disposions pas de données manifestes à ce sujet¹⁹.
De nombreuses autres caractéristiques linguistiques du recueil, qui seront examinées ci-dessous, nous orientent également vers l’aire des Samogitiens du Sud. Pour l’instant, parmi les traits phonétiques, il faut signaler la « nasalisation secondaire » sporadique caractéristique des Samogitiens du Sud²⁰, par exemple, n. pl. jãs I 26₁₈, II 96₃ « leurs » (~ jǫs), Ią/gį II 2₁₄ « eux aussi », i. sg. m. tą II 12₁₅, 16₂₂, 27₈, 86₁₉, 104₁₂, 109₂₀ « cela » (~ tų du samogitien méridional tū « cela »), iǫ II 84₆ « avec lui », ieg I 116₁₅ « avec lui aussi », adv. nǫ I 32₁₀ « maintenant » ou någ I 7₁₉, Nagi I 143₈ « maintenant donc » (orthographié ainsi 25 fois), conj. Nęs I 119₁₇ « car » (47 ex.) ou nęfag I 63₁₁, Nęsg I 132₂₂ « id. » (9 ex.). Parmi les traits morphologiques, il faut relever les formes caractéristiques du samogitien méridional de l’impératif 2e pl. en -kiat (-ket), par exemple atmin kier I 122₁₅ « souvenez-vous », dont on trouve 55 ex. dans le recueil, ainsi que les formes du conditionnel 1re sg. en -čiau, par exemple tikėčiau I 145₁₃ « je croirais » (il n’y a pas d’autres exemples). Les Samogitiens du Nord n’emploient pas ces formes: leur impératif 2e pl. se termine en -kit (à côté de la 1re pl. -kiam), et leur conditionnel 1re sg. en -čio ou -čiu (cette dernière variante est aussi employée dans la partie nord de l’aire des Samogitiens du Sud).
Le dialecte actuel des Samogitiens du Sud se divise le plus commodément en deux sous-dialectes selon le traitement de an, am, en, em. Dans le sous-dialecte du nord-ouest, qu’A. Girdenis a appelé varniškiai, comme dans l’aire des Samogitiens du Nord, le premier élément des groupes de type an est fermé (prononcé on, ou un), tandis que le sous-dialecte du sud-est, nommé raseiniškiai, le conserve intact. Sur le schéma, la ligne 2 indique la limite actuelle entre les deux sous-dialectes. Slavočins-
¹⁸ Du point de vue actuel, bon nombre des particularismes samogitiens du recueil étaient probablement aussi des mots employés à l’époque dans le dialecte aukštaitien, par exemple atpén(t) « de nouveau » (atpen I 78₇), que l’on trouve dans le catéchisme de M. Petkevičius, le Knyga Nobanžystės et la Bible de J. Bretkūnas; dingoti « penser, sembler, paraître, croire » (1re pers. sg. du passé dingojau II 39₇) se rencontre dans les textes des Aukštaitiens lituaniens de Prusse-Orientale de diverses périodes, et ainsi de suite.
¹⁹ L’hypothèse de J. Kazlauskas selon laquelle « une partie du dialecte des Dūnininkai, limitrophe des Dounininkai, aurait pu posséder autrefois elle aussi ei, ou, qui, sous l’influence des dialectes voisins dépourvus de ę, ǫ, auraient pu devenir ī, ū, >i, ū parallèlement à la transformation de ę, ǫ en i, u » (Baltistica, V(I) 33), même si elle s’avérait exacte (cf. l’article d’A. Girdenis, ibid., VI (2), 143—145), ne modifierait pas fondamentalement la situation, car, d’une part, nous ignorons à quelle époque le ou, ei supposé se serait modifié en uu, ii>ū, ī; de plus, J. Kazlauskas applique cette hypothèse à la partie nord de l’aire, alors que, comme nous le verrons, il faut situer le parler maternel du traducteur du recueil dans le sud de cette aire.
²⁰ À son sujet, voir V. Vitkauskas. Kelios pastabos dėl formų šių, sesių, — « Baltistica », II (2), Vilnius, 1966, p. 203—206; Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 196—197.
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Schéma de localisation du parler du traducteur du recueil de chants de S. M. Slavočinskis (1646)
1 — Samogitiens du Sud (« isophone des dūnininkai »),
2 — limite entre les parlers de Varniai et de Raseiniai (isophone du resserrement de an, am, en, em),
3 — isoglosse des finales du dat. sg. -ū (~-uo) || -ui,
4 — courbure actuelle de la zone où la « loi phonétique samogitienne » n’est pas respectée,
5 — e- en début de mot est systématiquement transformé en a-,
6 — zd > z,
7 — zone approximative où il convient de situer le parler du traducteur du recueil de chants de S. M. Slavočinskis (elle pourrait être quelque peu étendue vers le sud-est et le nord-est)
Dans le recueil de chants dean, les groupes de type sont intacts21. Cela nous oriente donc vers la zone de Raseiniai. Le fait qu’au milieu du XVIIe siècle, ailleurs, les Samogitiens avaient déjà procédé au resserrement pourrait être indiqué par des graphies de noms de lieux samogitiens relevées dans les actes du tribunal de Raseiniai, telles que Анмалецъ лунку22(A. Salys lit Aпt Alėjos [: Alėja — rivière du district de Viduklė]), унто̄ гурио певасъ23 (= aпt girių pievos). Enfin, d’autres particularités linguistiques du recueil conduisent sans aucun doute au sous-dialecte de Raseiniai. Ainsi, dans le recueil,
21 Parmi bien plus d’un millier d’exemples, quatre présentant un premier élément resserré doivent être considérés comme des traits orientaux de la langue du recueil. Ils sont étudiés dans le chapitre consacré aux éléments aukštaitiens de la langue du recueil.
22 VOIR И. Я. Спрогис, Географический словарь древней Жемойтской земли XVI столетия, Вильна, 1888, p. 5.
23 Ibid., p. 12.
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comme dans la région des Raseiniai, les voyelles brèves u, i24 sont conservées intactes; de nombreux locuteurs de Varniai les transforment, et une partie d’entre eux (Kuršėnai, Šaukėnai), comme l’estimait à juste titre J. Kazlauskas25, les avaient auparavant transformées en o, ė.
La voyelle longue ė en finale ouverte non accentuée est souvent remplacée par į dans le recueil de cantiques, par exemple, n. sg. baguette II 98₄ « baguette », soleil I 84₁₆ « soleil », terre II 61₃ « terre », 3. praet. vit I 77₁₃ « vit », tassa I 91₅ « tassa », tua I 51₁₇ « tua » (112 exemples au total). Il faut probablement aussi compter ici plus de vingt formes de n. sg. f. superl. avec -iausi (< iausė?), par exemple, la plus belle II 87₈ « la plus belle », la plus sainte I 32₁₄ « la plus sainte ». Aujourd’hui, tous les habitants de Raseiniai et leurs voisins plus proches, autour de Šaukėnai, Kuršėnai, Šakiai et Veliuona, ont la voyelle brève į au lieu de ė en finale non accentuée2627. Les autres Samogitiens prononcent -ė28.
Parmi tous les Samogitiens, la particule réflexive -se « -si », largement employée dans le recueil de cantiques de Slavčinskis, n’est attestée aujourd’hui que dans la région des Raseiniai (autour de Pagramantis, Skaudvilė, Eržvilkas et Raseiniai), par exemple: 1. sg. bįiau/e II 19₂₂ « je me suis effrayé », artin/iu/e II 25₁₇ « je m’approcherai », f točiause II 102₅ « je me tiendrais debout », 2. sg. randi/e I 93₂ « tu te trouves », dawej/e I 135₁₀ « tu t’es donné », 1. pl. džiaukiamuo/e I 45₆ « réjouissons-nous », 3. as. atranda/e I 131₁₈ « apparaît », bengia/e II 57₁₉ « se termine », prikiel/j/e I 133₆ « se relèvera », wargintu/e I 74a₁₆ « ils se tourmenteraient », inf. abgintje II 21₄ « se défendre », n. sg. m. Nuwile/e II 26₁₉ « déçu », n. pl. m. Džiaugdamie II 49₂₃ « se réjouissant », g. pl. gaylenčiu/e I 140₃ « de celui qui gagne, c’est-à-dire de ceux qui gagnent » (environ 230 exemples en tout). La particule réflexive -si n’est jamais employée en fin de mot29; comme dans les dialectes actuels, elle apparaît uniquement après un préfixe, par exemple Su/imiles II 56₁₆ « s’étant apaisé », at/iranda/e II 48₂₈ « apparaît ». Les exemples ci-dessus montrent que, avec les verbes préfixés, la particule réflexive est employée « à la samogitienne », c’est-à-dire non seulement après le préfixe, mais aussi en fin de mot, ou aux deux endroits.
La région même des Raseiniai est aujourd’hui traversée par plusieurs isoglosses marquées. Parmi elles, il faut tout d’abord signaler la terminaison différente du datif singulier des substantifs en a: dans la partie nord-ouest de la région, on trouve -ū (=haut. -uo), dans la partie sud-est -ui. Sur le schéma, la limite est indiquée par la ligne 3. Elle est assez nette, sans large zone de formes doubles, ce qui témoigne de la persistance et de la stabilité de l’isoglosse.
Dans le recueil de cantiques de Slavčinskis, la terminaison -ui (écrite -uy) est employée systématiquement. On la trouve aussi dans les formes plus longues, attestées çà et là, des adjectifs et des participes, par exemple amžingmy I 40₂₃ « éternel », gimu/iamuy I 40₁₈ « né ». On ne trouve pas un seul exemple de substantif ou d’un autre mot fléchi en -ū! Il s’ensuit que le parler maternel du traducteur doit être recherché
24 L’inf. gerdeti II 55₇ « entendre » et le 1. sg. mireme II 106₁₁ « nous mourons », comme le montre la forme g. sg. gimenes II 43₂₈ « famille », corrigée en gimines dans la liste des errata du traducteur lui-même (II 128₂₂), sont sans aucun doute des fautes d’impression.
25 Voir J. Kazlauskas, Dėl baltų *ei ir *ō raidos lietuvių žemaičių tarmėse, — « Baltistica », V, Vilnius, 1969, p. 32—33.
26 Le fait que le parler du traducteur du recueil de cantiques avait ici une voyelle brève est attesté par les fins de vers, par exemple: n. sg. roželi I 42₁₁ « petite rose » rime avec voc. sg. berneli; 3. praet. ap/jiauti I 78₆ « s’enveloppa » rime avec l’inf. gauni; 3. praet. i/jaki I 76a₁₈ « exprima » rime avec n. -a. du. abi aki, etc.
27 La classification traditionnelle des dialectes, considérant cette particularité comme un trait distinctif du sous-dialecte de Veliuona, dans le groupe occidental des hautes terres, a induit J. Palionis en erreur: celui-ci affirmait que le recueil de cantiques de Slavčinskis contenait des éléments du dialecte de Veliuona.
28 Pour des raisons techniques, une erreur grossière s’est glissée dans la carte no 42 de « Lietuvių dialektologija » (Vilnius, 1966) de l’auteur du présent article, lors de l’indication de la limite entre les régions de -i et de -ė. En réalité, les environs de Plungė, Rietavas, Kvėdarna, Laukuva, Varniai et Luokė appartiennent, bien entendu, à la région de -ė. Les exemples de ces localités sont correctement transcrits dans l’ouvrage.
29 L’unique exemple de 3. praet. fotino/ii II 223 « se rassasia » a été corrigé en foti-no/e dans la liste des errata (II 128₁₆).
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la zone au sud-est de la ligne 3. Cette conclusion pourrait également être confirmée par le maintien, dans le recueil de cantiques, des diphtongues ai, ei dans tous les cas, sous leur forme pleine (à condition, bien entendu, que leur monophtongaison ne soit pas postérieure au XVIIe siècle), car au nord-ouest de la partie médiane de la ligne 3 (la plus importante pour nous), ces diphtongues se monophtonguent en finale.
Dans la zone au sud-est de la ligne 3, le traitement des affriquées č, dž est aujourd’hui variable: plus près des Hauts-Lituaniens, à partir de la ligne 4, on ne tient pas compte de la « loi phonétique samogitienne ». Cette isophone pouvait toutefois autrefois s’étendre un peu plus au sud et à l’est. Cette hypothèse est étayée non seulement par son inclinaison vers le nord-ouest, mais aussi par le processus intensif d’assimilation aux Hauts-Lituaniens, nettement perceptible dans ces régions.
Le territoire des Raseiniai est coupé verticalement en deux par l’isophone de la transformation, à l’initiale du mot, de e-, ei- en a-, ai-. Elle est toutefois très floue: dans une large bande au milieu de la zone, les formes varient; certains mots se prononcent avec a-, d’autres avec e-, d’autres encore des deux façons (avec de grandes variations selon les lieux), tandis que la transformation de ei- en ai- se rencontre presque partout dans le territoire des Raseiniai. Néanmoins, ce n’est systématiquement qu’à l’est de la ligne 5 que chaque e- initial de mot devient a-. Dans le recueil de cantiques de Slavočinskis, e- n’est devenu a- que dans les formes du participe actif présent, fréquemment employées, du verbe būti (« être »), par exemple, n. sg. m. Aſas I 156₄ « étant », g. sg. ąſančia II 22₅, d. sg. asańčiamuy II 36₂₃, a. sg. aſanti I 102₁₀₉, g. pl. aſančiu I 153₁₁₁₁, d. pl. aſantiemus I 50₄, a. pl. aſančius I 125₁₉. Ailleurs, e-, ou ei-, est conservé; par exemple, n. sg. elnis II 17₂₀ « élan », i. pl. erſpkieteeys II 14₂₁ « avec des épines », g. pl. eſibiu I 129₂₂ « des êtres », inf. eyt II 26₂₆ « aller », 1. sg. fut. eyſiu I 81₁₈, n. sg. Eydamas II 47₉ « en allant », eyla II 6₁₈ « rangée ». Puisqu’il y a néanmoins dans le recueil un cas de transformation, on ne peut situer le parler natal de son traducteur dans la zone où l’on prononce aujourd’hui esu (avec e-); il faut donc le chercher à l’est de la ligne 5.
Dans le parler natal du traducteur, le mot barzda (« barbe ») se prononçait barza (sans la consonne d), cf. Plaukus barzos, gahwos trauki I 75₁₃ « il tirait les cheveux de la barbe, de la tête », ant barzos Arona II 59₂₂ « sur la barbe d’Aaron ». Aujourd’hui, dans la partie occidentale et centrale du territoire des Raseiniai, jusqu’à peu près la ligne 6, zd devient de façon la plus régulière z (on dit baržà « barbe », blaužà « tibia », lazà « bâton »). Toutefois, au XVIIe siècle, cette transformation pouvait également se produire au-delà de cette ligne, puisqu’on la trouve aujourd’hui plus au nord (Užventis, Šaukėnai, Kuršėnai) et à l’est (Tytuvėnai — entre Kelmė et Šaukotas).
Tout ce qui précède montre que le parler du traducteur doit être recherché principalement dans le territoire des Raseiniai, délimité au nord-ouest et au sud-ouest par les lignes 3 et 5. Au sud-est et au nord-est, cette zone pourrait se prolonger un peu au-delà des lignes 4 et 6. Sur le schéma, la zone la plus probable est indiquée par des hachures30.
Cette conclusion concorde parfaitement avec les données d’archives publiées par K. Jablonskis31, qui indiquent que le lieu d’origine de Slavočinskis était Lįpkiškė, à environ 6 km au sud-est
30 On n’a pas tenu compte ici de l’isophone du recul de l’accent conditionné, qui traverse cette zone (elle est très floue), car la métrique des chants ne permet pas aisément de déduire l’accentuation de l’époque. Néanmoins, certaines fins de vers rimées, par exemple a. pl. dienas I 63₈ « les jours » avec n. sg. m. vienas « un », un cas fréquent, 3. praes. niera I 117₂₀ « il n’y a pas » avec sg. m. gera « il buvait », 1. sg. Diewu I 28₂₂ « par Dieu » avec Tewut « père », semblent suggérer que les formes portant un accent déplacé depuis la finale n’étaient pas tout à fait étrangères au traducteur, ce qui confirme, pour l’essentiel, la localisation de son parler à la limite de la zone de recul de l’accent.
31 Voir K. Jablonskis, Saliamono Slavočinskio biografijos žinios. — S. M. Slavočinskis, Giesmės... Vilnius, 1958, p. 53 ss.
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de Nemakščiai. Cela pourrait également réfuter le doute soulevé par les historiens de la littérature quant à l’attribution de l’œuvre à Slavočinskis. Ce doute subsiste néanmoins dans une certaine mesure, car, comme nous le verrons plus loin, il est étayé par la présence dans le recueil de chants d’éléments d’autres dialectes, et surtout par l’analyse de la technique de traduction des chants.
Éléments du dialecte aukštaitien
Parmi les traits linguistiques du recueil de chants de Slavočinskis qui caractérisent, à des degrés divers, l’ensemble des Aukštaitijai, on peut citer les suivants:
1. Emploi des affriquées č, dž à la place des consonnes t, d attendues selon la « loi phonétique samogitienne »; par exemple, n. sg. Jaučias I 59₂₁ « taureau », n. pl. žodžiai I 3₂₀ « mots », d. pl. Žodžiams I 14₁ « aux mots », i. pl. Erškietėys II 72₁₇ « avec des épines », d. sg. m. kalbančiam I 41₁₂ « à celui qui parle », a. sg. f. Turinčią I 20₂₀ « celle qui possède », l. pl. gieydžiame I 28₁ « nous désirons », 3e pers. apšviečia I 25₉ « il/elle éclaire », adv. nuoširdžiei I 48₂ « sincèrement ». Le recueil contient davantage de formes aukštaitiennes de ce type que de formes samogitiennes. Elles représentent jusqu’à 68% de tous les exemples et sont réparties à peu près uniformément dans l’ensemble du recueil. Le traducteur semble avoir été déjà bien familiarisé avec les formes affriquées aukštaitiennes et avoir délibérément cherché à donner au langage du recueil une coloration aukštaitienne à cet égard. En témoignent les hypercorrections que l’on rencontre, par exemple a. sg. žvaizdžia I 33₁, 46₂₂ « étoile », 3. praes. weyzdžia II 16₂₇ « voit ».
2. Diphtongues aukštaitiennes uo, ie au lieu des ū, į « dūnininkai », par exemple: a) inf. duoti II 19₁₅, n. sg. Duona I 145₁₆, a. pl. nuodemes I 128₂₁ « péchés »; b) n. sg. Giesme I 8₄, liežuvį I 140₇, świeśa I 38₁₂ « lumière », žiedas I 34₁₂ « anneau »; c) n. sg. Akmuo I 117₁₃, g. sg. širdies I 21₁₉ « du cœur », i. sg. m. Tuo I 45₂₀, n. pl. m. Tie I 51₁₁. Les formes avec les diphtongues aukštaitiennes uo, ie prédominent également: elles représentent même environ 84% de tous les exemples du recueil (les mots miestas, niekas, etc., où uo et ie sont aussi présents chez les Samogitiens, ne sont pas comptabilisés ici). Certains mots, par exemple diena, duona, duoti, giesmė, juokas, kiekvienas, liežuvis, mėnuo, nuoširdžiai, priešingas, šviesa, vienas, viešpats, žiedas, ne sont employés qu’avec uo, ie. Pour un nombre assez important d’autres mots, la variante aukštaitienne prédomine. Ainsi, dievas est écrit 515 fois sous la forme aukštaitienne (avec ie), et une seule fois sous la forme samogitienne (g. sg. Diwa II 126₁). Le verbe giedoti présente lui aussi, à côté de 52 formes aukštaitiennes, une seule forme samogitienne (inf. gidot I 42₂₁). À côté du nom diena et du numéral vienas, systématiquement écrits à l’aukštaitienne, l’adverbe šiandien et les dérivés vienybė, vienoks se rencontrent sous les deux variantes (le rapport entre les formes aukštaitiennes et samogitiennes est respectivement de 14: 6, 3: 3 et 3: 1). Le mélange des sons aukštaitiens et samogitiens, ainsi que le désir de donner au langage du recueil une coloration aukštaitienne, expliquent probablement des formes considérées comme des hypercorrections: g. sg. nuoplakimą II 85₂ « de la flagellation », 3. permis. Te prieduod I 15₂₁ « qu’il/elle donne, qu’il/elle accorde ».
3. À la place du uo, ie samogitien (= o, ė aukštaitiens), le recueil emploie le plus souvent les lettres o, ė; par exemple, n. pl. žmones I 16₅ « gens », g. sg. f. ios I 6₁₀ « d’elle », inf. Turet I 36₁₀ « avoir », d. sg. Tewuy I 63₂₃ « au père ». Comme indiqué précédemment, on n’a relevé que 12 exemples de uo samogitien dans l’ensemble du recueil, tandis que les exemples de ie sont plus nombreux: 159 ont été trouvés, uniquement dans la position après k, g, š, ž. Ces graphies ne représentent néanmoins qu’une faible part de tous les exemples; l’écriture aukštaitienne prévaut dans l’ensemble.
4. Emploi fréquent des terminaisons pleines à la place des terminaisons samogitiennes abrégées, par exemple n. sg. m. amžinas I 29₂₁, Niekas I 23₅, 3. praes. randą II 10₃, tarnauja I 22₇, ne gali I 152₆. Cependant, tous ces exemples ne peuvent nullement être considérés comme des traits du dialecte aukštaitien.
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élément. Il est tout à fait possible qu’à cette époque, dans la zone de transition vers l’aukštaitien, des formes concurrentes à terminaisons pleines et abrégées soient encore employées32. Le traducteur a choisi telle ou telle terminaison en s’efforçant de respecter le nombre de syllabes requis dans le vers du chant. C’est pourquoi les formes à terminaisons brèves et pleines sont largement mêlées; que l’on compare, par exemple, ce distique:
Karalaw garbės, skalsus wakaras, Duok kad nu wakars butu mūs giaras (5020-21).
5. Emploi de formes aukštaitiennes du locatif: i thèmes au loc. sg. avec la terminaison -ų(je), par exemple ugnì II 4₁₉ « dans le feu » (rare; la terminaison samogitienne -ėj(e) > -iej prédomine); formes du loc. pl. des noms en thème a avec la terminaison -uose, par exemple namuose I 60₂₀ « dans les maisons » (59 exemples, contre un seul avec la terminaison samogitienne -ise ou -ųse); formes du loc. pl. des thèmes i avec -isa (-ysa?), par exemple akyse I 37₁ « dans les yeux » (plus fréquentes que les formes samogitiennes en -ėsa > -iesa, mais il pourrait aussi s’agir de formes samogitiennes, non aukštaitiennes, anciennes et non encore affectées par le paradigme en ē).
6. Terminaison aukštaitienne du dat. pl. m. pronominal -iem(u)s, par exemple Tiems II 17₁₅, šventiemus I 13₃, ganantiemus I 44₁₆. Elle est plus fréquente (77 ex.) que la terminaison samogitienne -ims (13 ex.).
7. Formes aukštaitiennes de la 1re pl. des verbes en -me, par exemple 1re pl. praes. regime I 25₈, refl. stojames II 88₁₀ « nous nous tenons, c’est-à-dire nous devenons », fut. veykfime I 81₃ « nous agirons », imper. bekime I 57₂ « courons ». Elles sont plus fréquentes que les formes samogitiennes en -ma.
8. Formes de l’impératif avec -ki-, par exemple 2e sg. Bukig I 22₁₉ « sois donc », 1re pl. giedokime I 31₅, refl. džiaukimes I 32₃ « réjouissons-nous », 2e pl. eykite I 41₃. Elles sont un peu plus nombreuses (58%) que les formes samogitiennes en -kia- (42%). Toutefois, on peut difficilement considérer comme des traits incontestables du dialecte aukštaitien les formes en -ki-, tout comme les formes du thème i au présent, assez fréquemment employées (par exemple 1re pl. regime I 25₈, 2e pl. regite I 102₁₀, ne gali I 152₆ « ne peut pas »), car elles pouvaient à l’époque être employées comme variantes également dans le parler samogitien de la zone de transition vers l’aukštaitien, dialecte natal du traducteur.
L’attribution à l’aukštaitien est encore plus douteuse pour l’emploi des formes du pronom de troisième personne jis, ji, d’autant que ces formes coexistent encore aujourd’hui, par endroits, avec les formes du thème ana- (f. anā-) dans la partie sud-est du dialecte samogitien. Seule la fréquence de cet emploi dans le recueil pourrait s’expliquer par l’influence du dialecte aukštaitien. Le choix de l’une ou l’autre forme pronominale était néanmoins probablement dicté par la nécessité de respecter le nombre de syllabes requis dans les vers des chants.
Parmi les éléments aukštaitiens du recueil de chants de Slavočinskis qui ne sont pas communs à tous les Aukštaitijai, mais seulement à certains sous-dialectes, il faut d’abord mentionner la vélarisation de la consonne l (notée par la lettre ł33) devant une vocalisation de type e (e, ei, ę, ē), par exemple: a) a. sg. Šiotelė II 53₁₁, a. pl. Gieſmeles I 32₆₂, 1re sg. żerkole II 98₁₁ « dans le miroir »; b) 1re sg. fut. leyſiu I 81₁₇ « je laisserai », a. sg. atleydima I 123₁₁ « pardon »; c) a. sg. taurele I 71₁₆,
32 Le fait que de telles formes existaient autrefois également dans d’autres régions samogitiennes est attesté par le maintien de am intact dans la forme n. sg. actuelle nešams « porté ». Seule l’existence d’une forme double nešamas || nešams a pu permettre à am de se maintenir intact dans la variante plus courte. Sinon, il faudrait supposer que les voyelles brèves finales ont disparu seulement après la réduction des groupes de type am, et plus encore après la réduction et la dénasalisation de la terminaison acc. sg. -ą; ce serait toutefois absurde, car dans ce cas -a’ -ą’ aurait dû disparaître en même temps que les autres voyelles brèves finales.
33 Le ł dur devant les voyelles postérieures est également noté ainsi, par ex. malone I 21₅ « grâce », 3e pers. du prétérit lauži I 52₁₁ « il/elle brisa ». Les graphèmes ł et l sont strictement distingués. Cf. acc. sg. linkſmibe I 27₂₀ « joie », corrigé dans l’erratum en linkſmibe (II 128₈).
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n. sg. m. nuwilęs II 21₈ « déçu », n. pl. m. priwilę II 21₆ « rassasiés, repus »; d) inf. ple/št I 97₁₀ « déchirer », 1re pers. sg. du prétérit mileiau II 43₄ « j’ai aimé », 2e pers. sg. du prétérit pralejai I 137₄ « tu as versé » (~pralejai34), 3e pers. du futur gales II 3₁₈ « il/elle pourra », n. sg. žole II 55₁₄ « herbe », n. pl. kirmeles II 66₁₂. Cette vélarisation n’est pas systématique, mais sporadique. Environ 80 exemples ont été relevés. Le fait que certaines lettres l soient barrées n’est pas très clair. Après la vélarisation, les voyelles de l restent inchangées, à l’exception des formes suivantes: 3e pers. du présent (?) sląpa35 II 26₄ « il/elle cache? », 3e pers. du prétérit layde36 II 40₂ « il/elle a permis » (~leide), prikala37 I 80₁ « il/elle a cloué ». La vélarisation du l est encore plus fréquente dans le groupe de sons lbe, dans les formes des mots gelbeti (33 ex.) et kalbeti (21 ex.), signifiant « sauver » et « parler ».
Les Aukštaitijas, qui ont un l dur devant les voyelles de type e, ne traitent pas de la même manière les voyelles nasales ą et ę et le premier élément des combinaisons de type an: à l’ouest, la qualité ancienne de ces sons s’est conservée dans une certaine zone, tandis que dans tout le reste du territoire ils se sont refermés, tous dans certaines régions (dans la zone des Aukštaitijas orientaux), et seulement ą et ę ailleurs (dans la zone des Aukštaitijas méridionaux). Dans le recueil de cantiques de Slavočinskis, les combinaisons de type ą, ę comme celles de type an sont généralement conservées intactes. On trouve cependant aussi des exemples avec des formes refermées. Ils doivent être considérés comme des éléments des dialectes de l’est de la Lituanie.
Les exemples sporadiques suivants ont été relevés avec un ą modifié selon le parler oriental:
1. Formes du verbe mąstyti et des noms mąstymas, mąstis « pensée, esprit » (13 ex. au total): a) inf. muſtit II 48₁₀ « penser », 1re pers. sg. du futur muſtiſiu II 39₁₇ « je penserai »; b) n. sg. muſtimas II 6₂₁ « réflexion, pensée », g. sg. muſtima I 132₂₄, II 31₂₇, muſtim II 5₁₈ (corrigé dans les errata³⁸: muſtima II 128₁₅), acc. sg. muſtima II 1₁₁, 9₉, acc. pl. muſtimns (imprimé par erreur au lieu de muſtimus) II 23₁₅, all. pl. muſtimump II 6₂; c) 1re pers. sg. muſtiey II 75₁₅ « dans la pensée, dans l’esprit », acc. pl. muſtis II 26₁, 107₁₉. Cf. acc. sg. mąſtima II 39₃ « pensée ».
2. Une forme du nom sąnarys: acc. pl. funarius I 91₄.
3. Trois formes du nom sąžinia « conscience »: g. sg. Sužinios II 25₂₆, acc. sg. fužiniá II 2₂₃, 1re pers. sg. Sužinioy II 14₁₆.
4. Une terminaison orientale à l’acc. sg.: karalunu I 118₉ « le roi ».
Ces exemples ne constituent qu’une petite part (environ 1,2%) de l’ensemble des positions du ą nasal.
Le e modifié selon le parler oriental apparaît dans les formes suivantes, employées sporadiquement:
1. Acc. sg. en -ę dans l’expression per puſi I 87₈ « à moitié ».
2. Nom. sg. m. en -ęs: piautis I 49₁₁, 62₁₆ « ayant ressenti », pálikis II 21₁₆ « ayant laissé » (peut-être aussi le mot qui rime avec lui, netikis II 21₁₅ « inapproprié », si ce n’est pas netikis).
Elles ne constituent qu’environ 0,6% de l’ensemble des positions de ę.
34 Le verbe lieti présente dans le recueil de cantiques deux variantes du radical du prétérit: lėj- (par ex., 3e pers. leia I 86₁₄ « il/elle versait », acc. sg. lejma I 121₁ « le fait de verser ») et liej- (par ex. lieia I 117₃ « il/elle versait », acc. sg. lieiima II 12₄ « le fait de verser »). Le premier est employé 11 fois, le second 4 fois. Le recueil ne contient aucune forme du présent de ce verbe. Sur les 11 exemples du radical correspondant, 8 sont écrits avec ei, une forme samogitienne avec i (acc. pl. f. iſblitas II 27₂ « versées ») et deux sont écrits avec la lettre e: 2e pers. sg. du futur leſi I 66₁₄ « tu verseras » (probablement à cause de la rime avec mineſi « tu te souviendras »), acc. sg. iſzleta I 145₂₁ « versée ».
35 L’exemple est douteux, car le contexte n’est pas tout à fait clair non plus. Voir le commentaire de J. Lebedys, S. M. Slavocińskis, Giesmės… p. 397.
36 Le verbe leisti et ses dérivés avec l dur apparaissent 31 fois; un seul de ces cas présente lei>lai.
37 Cf. 3e pers. du prétérit iſpuole II 40₃ « il/elle tomba », forme réfléchie Skieles I 94₃ « se fendit, c’est-à-dire se rompit, se fissura », avec -le(s).
38 J. Lebedys, ne disposant pas d’un exemplaire complet du recueil de cantiques, a considéré à tort mąstis > mūstis comme une forme casuelle du nom (M. Slavocińskis, Giesmės … 474).
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Il faudrait également inclure ici la forme à l’accusatif singulier du pronom personnel Tawi I 95₆ « toi », à moins qu’il ne s’agisse d’une faute d’impression. En général, les formes accusatives des pronoms personnels se terminent toujours par -e.
On n’a relevé que les quatre exemples suivants présentant une évolution des groupes de type an (environ 0,4%): infinitif aptunkiti II 82₁₇ « s’approcher », génitif singulier aptunkima II 85₇ « de l’approche », 2e personne du pluriel du futur nekim-tiefite II 16₁₆ « vous ne haïrez pas », accusatif singulier Nindre II 75₂₅ « le roseau » (cf. accusatif singulier nendre II 78₂₄, instrumental singulier Nendre II 72₁₈).
Les rares exemples présentant les groupes de type ą, ę et an modifiés à la manière orientale (tous représentant moins de 1%) montrent que le dialecte naturellement samogitien du traducteur a été davantage mêlé, dans le recueil de cantiques, d’éléments haut-lituaniens de la zone « durcissante » occidentale (qui a conservé ą, ę intacts, respectivement les groupes de type an) que de ceux de la zone orientale (qui les a réduits). Cette conclusion correspond bien à la situation linguistique de l’écrit lituanien de l’époque. Au milieu du XVIIe siècle, le dialecte de la partie occidentale de la région en question — que l’on pourrait appeler conventionnellement dialecte de la région de Kėdainiai, d’après le centre le plus important de l’époque, la ville de Kėdainiai — était déjà solidement établi dans l’écrit lituanien du Grand-Duché de Lituanie. C’est dans ce dialecte que fut publié le premier livre imprimé connu de cette tradition écrite, le catéchisme de M. Daukša de 1595. Les calvinistes rivalisaient avec les catholiques: ils publièrent également dans ce dialecte leurs premières publications (le catéchisme de M. Petkevičius de 1598), puis les suivantes³⁹. C’est dans ce dialecte que furent préparés pour l’impression et publiés les premiers grands recueils de sermons, tant catholiques que calvinistes: les postilles de M. Daukša (1599) et celle dite de J. Morkūnas (1600). Il existait donc déjà alors une certaine tradition de langue écrite fondée sur le dialecte de la région de Kėdainiai, avec des normes linguistiques plus ou moins clairement établies. Il est par conséquent tout à fait naturel que, lors de la publication du premier recueil de cantiques du Grand-Duché de Lituanie, on ait cherché à ne pas trop s’écarter de cette tradition et que l’on se soit orienté vers ces normes.
Bien que le dialecte de la région de Kėdainiai fût dominant dans l’écrit lituanien de l’époque, il n’était pas le seul. Les hommes de lettres originaires de la zone haut-lituanienne orientale — K. Sirvydas (Širvydas), J. Jaknavičius et l’anonyme traducteur du catéchisme de 1605, tout d’abord, puis d’autres — écrivaient dans leur dialecte natal. Une autre langue écrite se formait donc alors, fondée sur le dialecte haut-lituanien oriental (avec Vilnius pour centre), que ses représentants avaient tendance à considérer comme le « vrai lituanien », en l’opposant à la langue écrite fondée sur le dialecte de la région de Kėdainiai, prétendument « samogitien » (c’est-à-dire situé sur le territoire de la principauté de Samogitie)⁴⁰. Le dictionnaire de K. Sirvydas, dont trois éditions avaient déjà paru avant la publication du recueil de cantiques de Slavocinskis, contribua notablement à la diffusion des traits orientaux dans les écrits d’auteurs d’autres dialectes.
Dans la suite, l’examen des traits haut-lituaniens du recueil de cantiques de Slavocinskis portera d’abord sur ceux qui nous orientent plus ou moins vers le dialecte de la région de Kėdainiai de l’époque, puis sur ceux dont il faudrait rechercher la source dans la zone du dialecte haut-lituanien oriental.
À la place de la voyelle o en finale ouverte non accentuée, le recueil de cantiques de Slavocinskis emploie généralement la lettre a, par exemple: génitif singulier nora I 7₂ « du désir », 3e personne du prétérit pažina I 34₂₀ « il/elle reconnut ». Un tel
39 Voir Z. Zinkevičius, M. Petkevičiaus katekizmo (1598 m.) tarmė, — « Baltistica », VI (2), Vilnius, 1970, p. 243.
40 Cf. les paroles de la préface du traducteur du catéchisme de 1605: « Atáiō auſiumė mano ne wieno ʒodʒey, kurie neyʒmánu ʃákos Cathechiſmo pérguldito, nuog io mili fiſtos kúngo Mikaloiaus Dáukʃbos [...] iog éſus ánas pérguldis ii ʒemáytiſbkay, ir gieyde aniš nuog mani, idant Lietúwiʃbkay butũ pérgulditas » (souligné par moi. — Z. Z.).
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L’orthographe, dans de nombreux cas, semble refléter la prononciation samogitienne de cette désinence41. Toutefois, on trouve parfois aussi o dans le recueil de cantiques, par exemple ant oro I 46₂₂, 3. praet. Ne buvo I 73₄. C’est là un trait nettement aukštaitien. Les graphies en -o ne représentent que 4,5% de l’ensemble des exemples. Mais les écrits des représentants de la région de Kėdainiai à la même époque présentent eux aussi une alternance entre -o et -a: dans les écrits de M. Daukša, -o prédomine, tandis que, dans le catéchisme de M. Petkevičius, c’est au contraire -a qui atteint jusqu’à 75,7%42. Il s’ensuit qu’à l’époque, dans cette partie de l’aire dialectale aukštaitienne, on prononçait -a ou -ą (la quantité est incertaine). Cela explique la proportion relativement faible des graphies en -o dans le recueil de cantiques de Slavočinskis.
Dans la désinence finale non accentuée -os, les graphies avec o sont beaucoup plus fréquentes (par exemple, g. sg. Motinos I 95₃, n. pl. f. wijos I 131₉₃). Elles représentent jusqu’à 66%. Dans les écrits de la région de Kėdainiai de cette époque, on ne trouve également que la désinence -os; même dans le catéchisme de Petkevičius, aucun exemple en -as n’a été relevé.
Les exemples avec la lettre e à la place du ė du lituanien standard actuel dans une désinence finale atone ouverte sont à considérer comme aukštaitiens (par exemple, n. sg. žiame I 63₁₂ « terre », 3. praet. dawe I 84₁₅ « donna »); ils figurent dans le recueil de cantiques à côté de la désinence samogitienne -i « -ė »43. Ils constituent jusqu’à 76% de tous les exemples. Il est intéressant de noter qu’en fin de vers, la voyelle de la désinence est traitée comme une voyelle brève et, semble-t-il, ouverte44.
La qualité et la quantité de la voyelle de la désinence non accentuée -es « -ės » sont moins certaines. Les rimes en fin de vers indiquent l’existence de deux variantes de prononciation de cette désinence: 1) avec une voyelle brève (c’est-à-dire, très probablement, une prononciation samogitienne), cf. la rime de g. sg. matones I 11₂₀ « grâce » avec a. pl. žmones « personnes »45; et 2) avec une voyelle longue, cf. la rime de n. pl. gimines II 10₈ « parenté » avec 3. fut. puldines « attaquera ». La seconde variante doit être considérée comme aukštaitienne.
Il faut également considérer comme un élément du dialecte de la région de Kėdainiai l’emploi sporadique d’une lettre avec tilde dans les désinences de l’accusatif singulier des noms -ą (on n’en a relevé qu’une dizaine d’exemples, dont certains ne sont pas tout à fait clairs; voir p. 139) et -ę (beaucoup plus fréquente, environ 18% des exemples), ainsi que dans la désinence du nominatif singulier masculin des participes actifs du passé -ęs (environ 7%), car, au centre de la Lituanie, ces désinences n’étaient pas encore dénasalisées à cette époque, contrairement à l’aire samogitienne et à la Lituanie orientale. Les écrits de M. Daukša, de M. Petkevičius et d’autres auteurs le montrent clairement.
Les traits aukštaitiens qui nous orientent vers la Lituanie orientale sont beaucoup plus rares et sporadiques. Outre ceux indiqués précédemment, les plus marquants sont les suivants:
1. Trois exemples avec re>ra: i. pl. skaralėmis I 45₁₅ « avec des petits foulards, c’est-à-dire des chiffons », adv. grata II 77₃ ou Gratu II 73₈ « à côté ».
2. Un exemple avec v- devant le uo initial du mot (écrit o): n. pl. wolas I 101₁₄ « rochers ».
3. Une forme du nom obuolys « pomme » où uo > a (ā?): g. pl. Obalu I 64₁₈ « pommes ». Cf. la forme samogitienne a. pl. obulus I 65₁ « pommes ».
41 La brièveté de la voyelle est indiquée par les fins de vers des cantiques; cf. la rime de 3. praet. wargina I 95₈ « tourmenta » avec n. sg. Motina « mère », et de g. sg. m. gera I 117₁₉ « bon » avec 3. praes. mera « n’est pas ».
42 Z. Zinkevičius, le dialecte du catéchisme de M. Petkevičius (1598), p. 240.
43 Cette dernière ne peut être considérée comme aukštaitienne, car elle n’existe pas dans l’aire où l’on trouve un l dur devant les voyelles de type e.
44 Cf. la rime de 3. praet. pawijte I 63₉₃ « emmaillota » avec voc. sg. Christe « Christ », de n. sg. žiame I 63₁₂ « terre » avec 1. sg. m. tame, de 3. praet. dawe I 120₃ « donna » avec a. sg. Jawe « soi », de 3. praet. gime I 31₆ « naquit » avec l. pl. imper. giedokime, et de 3. praet. klause II 18₈ « demanda » avec 3. praes. refl. sotinause « se rassasie ».
45 Pour la qualité de la voyelle de cette variante (son degré d’ouverture), cf. également la rime de n. pl. gimines II 56₂₇ « parenté » avec n. sg. m. pažines « ayant reconnu » (= p. samog. -ęs).
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4. Sept exemples avec le préfixe ażu- (la forme usuelle étant už-): 1re pers. sg. prétérit ażu mirßau II 55₁₃ « j’ai oublié », 3e pers. présent dźutur II 18₁₈ « retient », 2e pers. pl. impératif ne ażu kietinnkite II 50₁₅ « ne durcissez pas », nom. sg. m. ażu wilkies II 49₄ « revêtu », ne ażu meruotas II 57₁₀ « non mesuré », gén. sg. ażu mirsimo II 39₁₃ « de l’oubli », ażu fiejė-dima II 6₁₅ « de la descente ».
La forme pleine de la 3e personne du pronom, nom. sg. m. anas « il » (I 8₁₇, 17₁₈, 29₁₁, etc.) et la 3e pers. présent rodźiafje II 48₁₁, ₂₇ « semble » (en raison du radical, et non d’une particule réfléchie) pourraient être considérées comme des traits aussi bien de la région de Kėdainiai que des Hauts-Lituaniens de l’Est, car ces formes étaient alors employées dans les écrits des deux groupes dialectaux⁴⁶. La préposition ing « vers, à » était encore plus largement utilisée (59 exemples) et se rencontre aussi bien dans les écrits lituaniens du Grand-Duché de Lituanie que dans ceux de Prusse-Orientale (par exemple, chez M. Mažvydas et J. Bretkūnas).
On ne sait pas comment il convient d’interpréter la forme de 1re pers. sg. prétérit fregu budawau II 25₁₄ « il arrivait », que l’on trouve à cette époque, semble-t-il, uniquement dans les écrits de Prusse-Orientale (surtout dans la « Postille de Wolfenbüttel », ainsi que dans les ouvrages de J. Bretkūnas, B. Vilentas et L. Zengštokas), alors qu’aujourd’hui elle n’est attestée qu’aux confins sud-est de l’aire linguistique lituanienne (Zietela, Lazūnai, Dievėniškės, Druskininkai, Kápčiamiestis, Veisiejai, Leipalingis, Liškiava).
Comment les cantiques furent traduits
J. Lebedys a démontré que le recueil de cantiques de Slavočinskis n’est pas une compilation de cantiques traduits auparavant en lituanien (on en sait peu à leur sujet), mais un ouvrage préparé d’un seul tenant⁴⁷. Les cantiques furent traduits à partir des recueils de cantiques latins et polonais de l’époque (les psaumes ne furent pas traduits de la Bible, mais des adaptations du célèbre poète polonais du XVIe siècle J. Kochanowski); de plus, la traduction était très libre et non littérale, contrairement à l’usage de l’époque⁴⁸. C’est pourquoi, dans bien des cas, pour les caractériser, le terme de recréation des cantiques conviendrait mieux (du point de vue de l’époque) que celui de traduction. Les historiens de la littérature portent un jugement très favorable sur le travail du traducteur, qu’ils considèrent comme un grand novateur de la versification lituanienne⁴⁹.
Sans examiner l’aspect artistique de la traduction, il faut ici attirer l’attention uniquement sur les caractéristiques de la versification qui aident à comprendre les phénomènes de la langue de traduction.
Il convient tout d’abord de constater que le traducteur accordait une grande importance au nombre requis de syllabes par vers. C’est pourquoi certains mots sont parfois raccourcis de manière inhabituelle, par exemple nom. sg. duš II 116₁₈, 118₈ « âme », waland I 66₄ « heure », 3e pers. prétérit Giwen II 22₁₂ « vécut », liep I 76b₂₀, 78₈ « ordonna », tar I 17₃ « dit ». Par endroits, même les voyelles à l’intérieur du mot sont omises, par exemple ill. sg. kalnen I 76b₃ « en prison » (cf. acc. pl. kalines II 34₁₀), voc. sg. Stansłoway I 118₇ « Stanislovas » (cf. gén. sg. Stanisłowo I 118₆). On observe aussi le phénomène inverse: des mots dits « de remplissage », superflus par ailleurs (absents de l’original), qui obscurcissent le sens de la phrase, mais qui sont apparus, tout comme les mots abrégés, uniquement parce que le traducteur s’efforçait de respecter le nombre requis de syllabes par vers⁵⁰. L’ampleur de ces efforts
⁴⁶ Le žemaitien ańs « il » a perdu sa voyelle finale avant le resserrement des groupes de type an; cf. le žemaitien septentrional ąns.
⁴⁷ Voir J. Lebedys, 1646 metų giesmynas. — S. M. Slavočinskis, Giesmės … p. 15—18.
⁴⁸ Même ouvrage, p. 31—39.
⁴⁹ Žr. Lietuvių literatūros istorija, I. Redagavo prof. K. Korsakas. Vilnius, 1957, p. 150—151; J. Lebedys, 1646 metų giesmynas, p. 39—45; J. Girdzijauskas, Lietuvių eiledara. Vilnius, 1966, p. 118—124.
⁵⁰ Les exemples sont indiqués par J. Lebedys, voir S. M. Slavočinskis, Giesmės … p. 377 (note concernant le vers 131₁₃).
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Entre autres, les errata ajoutés à la fin du recueil de cantiques montrent qu’il arrive même qu’une forme voisine soit remplacée par une autre (par ex., l’inf. judit est remplacé par juditi II 128₁₁ « juger »), dès lors que le nombre de syllabes du vers l’exige.
Le traducteur accordait également beaucoup d’attention aux rimes. Celles-ci se caractérisent par une assonance complète de deux syllabes (plus rarement d’une syllabe et demie). On trouve des rimes même là où l’original est presque entièrement dépourvu de rimes, ou fait appel à la rime médiévale⁵¹. Pour les besoins de la rime, le traducteur emploie parfois même des formes casuelles ou personnelles inhabituelles et artificielles, par ex. le dat. pl. piemenėmus I 68₈ « aux bergers » (rimant avec ganantiemus « qui font paître »), l’instr. pl. fém. būyjemis II 30₇ « terribles » (rimant avec pādutiklemis « avec les arquebuses »), l’instr. pl. pelenomis (!) II 55₂₅ « avec des cendres » (avec ábaromis « avec des larmes »), l’instr. pl. fém. žibantiemis II 5₂₃ « brillantes » (avec žwayzdemis « avec les étoiles »), le prés. 1re pl. dusaujime I 63₃ « nous soupirons » (avec le prétérit 3e pers. užgime « il/elle naquit »). Une strophe offre à cet égard un exemple intéressant:
Apporté dans un panier, on le déposa dans la crèche (I 62₁₃–₁₄)⁵²,
où la forme verbale nuėjo est contractée de façon inhabituelle afin de respecter la rime et le nombre de syllabes du vers.
Pour les besoins de la versification, le traducteur a habilement recouru à des formes anciennes, en particulier aux datifs pluriels en -mus (par ex., žmonemus I 11₁₀, šwentiemus I 13₃, mumиs I 10₂) et aux datifs singuliers en -mui (par ex., gieramuy I 81₁₅, gimušiamuy I 40₁₈), employés à côté des formes courtes usuelles correspondantes pour les rimes et, surtout, pour obtenir le nombre de syllabes voulu dans le vers. À cette fin, il utilise également les formes plus courtes et plus longues des locatifs singuliers (cf. la rime entre le prétérit 3e pers. kaboia « il/elle était suspendu(e) » et le loc. sing. 1re pers. girioia « dans la forêt » I 85₂₁–₂₂), les formes à thème en i et en u de l’instrumental singulier (par ex., akmenimi II 47₈, Sunumi I 77₇ et Wieppātim II 15₂₄, junum I 81₂₀), les deux formes du futur (par ex., 2e pers. pl. regiefite I 117₁₈ « vous verrez » et Stofite I 126₄ « vous vous arrêterez »), et choisit judicieusement, selon les besoins, les locatifs postpositionnels ou les constructions prépositionnelles qui les remplacent (par ex., ill. sing. žiámen II 40₄, all. sing. Diewop II 45₂₂ et ing žiame II 26₁₄, pri Diewą II 88₁₈), les variantes plus longues ou plus courtes de certains mots (par ex., welinas II 93₂₂ et welmas II 70₇ « diable »), etc.
L’analyse du texte du recueil de cantiques montre que les éléments samogitiens proviennent d’une seule source — le parler natal du traducteur lui-même. Les éléments aukštaitiens, en revanche, sont hétérogènes. Ils se composent de traits propres à différentes sous-variétés du dialecte aukštaitien, dont certains auront été introduits par le traducteur lui-même, d’autres, semble-t-il, par les personnes chargées de préparer le recueil pour l’impression, et peut-être aussi par les imprimeurs.
Le traducteur du recueil de cantiques devait lui-même être bien familiarisé avec le dialecte aukštaitien. Originaire de la zone samogitienne de transition avec l’aukštaitien, il a pu entendre dès son enfance, à côté des formes samogitiennes, certaines formes lexicales aukštaitiennes. Et cela ne venait pas seulement des lèvres de ses voisins aukštaitiens. Dans son parler natal même, à l’époque, comme c’est encore le cas aujourd’hui dans la région de Nemakščiai, il existait probablement un certain nombre de variantes aukštaitiennes. Par la suite, le traducteur a dû se familiariser encore davantage avec les formes aukštaitiennes en vivant longtemps dans la zone du dialecte aukštaitien et en fréquentant des locuteurs aukštaitiens.
Les rimes en fin de vers montrent clairement que le traducteur connaissait bien et employait couramment les traits suivants du dialecte aukštaitien:
⁵¹ Des exemples sont cités par J. Lebedys, ibid., p. 41.
⁵² « Apportés par les bergers, nuėjo, il le coucha dans la crèche. »
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1. Les diphtongues aukštaitiennes uo, ie au lieu des ū, ī de son parler maternel. Cela ressort des cas où le traducteur fait rimer des mots aukštaitiens avec ceux qui conservent uo, ie également dans le dialecte samogitien, par exemple, l’acc. sg. wieta I 6₃ « le lieu » avec l’acc. sg. /wieta « le monde » (plus d’une dizaine de fois!). Par endroits, il emploie des mots aukštaitiens pour les faire rimer avec ceux qui s’écrivent avec la lettre e dans la racine accentuée, par exemple, l’acc. sg. viena I 65₂ « un » rime avec le gén. sg. pena « du pain », le gén. sg. m. kiekwiena I 109₃ « de chacun » avec iž/iena « depuis longtemps », le dat. sg. wietay II 70₃ « au lieu » avec le nom. pl. metay « années ». Avec les équivalents samogitiens, de telles rimes auraient été impossibles.
2. Les voyelles brèves dans les terminaisons, dans les cas où les Samogitiens ne les conservent pas. Ainsi, le nom. sg. m. amžinas I 29₂₁ rime avec la 3e pers. du prés. réfl. artinas « s’approche », la 3e pers. du prés. duoda II 65₂ avec la 3e pers. du passé roda « montre » (plusieurs fois), et la 3e pers. du prés. ne gali I 152₆ avec l’acc. sg. dali « part ».
3. La terminaison non accentuée aukštaitienne -ė (-e). Par exemple, la 3e pers. du passé pawijte I 63₂₂ « emmaillota » rime avec le voc. sg. Christe « ô Christ » (plusieurs fois), dawe I 84₁₅ « donna » avec l’acc. sg. fawe « soi », klause II 18₂ « écouta » avec le loc. sg. du passé réfl. sotinause « je me rassasiai », et le nom. sg. žiame I 63₁₂ « terre » avec le loc. sg. m. tame.
4. La terminaison non accentuée aukštaitienne -os. Par exemple, le gén. sg. motinos I 74a₉, II 59₉ rime avec la 3e pers. du passé réfl. warginos « se tourmenta » et numažinos « diminua ».
Une autre personne n’aurait pas pu introduire ces éléments aukštaitiens: déterminés par la métrique elle-même, ils appartiennent au matériau linguistique originel, utilisé par le traducteur lorsqu’il versifiait, et non à un matériau secondaire, ajouté ultérieurement lors de la mise en vers du texte.
Il faut probablement aussi compter parmi les traits aukštaitiens familiers au traducteur les formes plus longues du loc. sg. des noms (cf. la rime de girioia I 85₂₂ « dans la forêt » avec la 3e pers. du passé kaboia « était suspendu »), celles des 1re et 2e pers. du pluriel des verbes (cf. la rime de la 2e pers. du pluriel du prés. žinote I 77₂ « vous savez » avec le voc. sg. Pitote « ô Pilate »), ainsi que la variante de l’impératif avec -ki- (cf. la fréquente rime de la 2e pers. du pluriel de l’impératif klikaukimę I 63₁₅ « crions » avec la 1re pers. du sg. fueime « réunion »), à condition, bien sûr, que ces formes n’aient pas existé à l’époque dans le parler samogitien natal du traducteur.
Il semble que le traducteur choisissait, selon les besoins de la versification, des formes samogitiennes ou aukštaitiennes. Ainsi, pour le gén. sg. wina [vyna] « de vin », la forme adverbiale samogitienne šiendina [šendīna] « aujourd’hui » (I 71—73) lui convenait mieux comme rime que l’aukštaitien *šėdīena [šandīeną]⁵³. De même, la forme samogitienne du génitif dális [dalis] « de la part » (II 103₂₆) s’accordait mieux avec le nom. sg. m. galis [galis ar galīs] « puissant » que son équivalent aukštaitien *dalies [daliės]. Cf. aussi la rime du nom. sg. m. wižágális « tout-puissant » avec le gén. sg. pális II 44₁₂ « du pays », et celle du nom. sg. świeſa « lumière » avec la forme samogitienne de la 1re pers. du sg. vgnieſa II 115₂₁ « dans le feu ». En revanche, avec le loc. sg. m. tame, la forme nom. sg. aukštaitienne žiame [žeme] « terre » (I 63₁₉) convenait bien mieux que *žiami [žemī], forme du parler samogitien méridional natal du traducteur; de même, avec le voc. sg. Christe « ô Christ », la forme aukštaitienne de la 3e pers. du passé pawijte [pavīste ar pavīštė] « emmaillota » (I 63₂₂) s’accordait mieux que le samogitien *pawijti [pavīsti].
Ainsi, pour obtenir une meilleure harmonie des rimes, le traducteur plaçait souvent côte à côte des mots et leurs formes à phonétique samogitienne et d’autres typiquement aukštaitiens; par exemple, le gén. sg. giedas II 91₂₆ « de honte » (samogitien ie < ē et -as « -os ») rime avec
53 Cf. la strophe: Hey wina tokio wina, Ne buwa dar šiędina (I 71₈–₉) « Hé, vin, un vin pareil, il n’y en avait pas encore aujourd’hui ». Dans ce chant, la rime wina: šiędina est employée pas moins de 6 fois.
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n. sg. žiedas II 92₈, « anneau » (ie et terminaison -as des Aukštaitija). De tels exemples sont assez nombreux et variés. Comparer aussi la rime entre la forme žemaitienne de 1. pl. tupuoƒe « sur les lèvres » et la forme aukštaitienne danguoƒe I 105₁₂ « dans les cieux ».
Dans le Giesmynas, les mots à phonétique žemaitienne reçoivent souvent des terminaisons aukštaitiennes, par exemple, 3. praet. ieme II 14₁₅ « il/elle prit », n. sg. m. iƒzkodamas I 140₁₆ « en cherchant », d. pl. m. iƒzkantiemus I 140₅ « à ceux qui cherchent », 1. pl. lipƒnoƒe I 133₁₁, 156₁₁, II 117₅ « dans les flammes ». Parfois, une forme essentiellement žemaitienne présente des sons aukštaitiens, par exemple, 1. pl. imper. refl. džiaukaimoƒe I 45₆ « réjouissons-nous » (avec o au lieu de uo). On rencontre aussi le cas inverse, où une forme aukštaitienne reçoit une enveloppe phonétique žemaitienne, par exemple, 1. pl. praes. refl. wilamieƒe II 31₁₇ « nous nous versons » (la terminaison aukštaitienne -ėse est prononcée à la žemaitienne).
Le traducteur était sans doute incité à introduire des éléments aukštaitiens dans le recueil de chants par le désir de plaire à un plus grand nombre de Lituaniens et par la volonté de préparer un recueil de chants aussi populaire que possible⁵⁴. L’exemple antérieur de la littérature aukštaitienne au sein du Grand-Duché de Lituanie a, bien sûr, également joué un rôle important. Toutefois, en l’absence de normes claires dans tous les cas et d’une grammaire normative les régissant, il était difficile d’assurer une grande cohérence dans l’auštaitisation de la langue žemaitienne des chants.
La plus grande confusion pour le traducteur et, peut-être, pour ceux qui aukštaitisaient la langue du recueil de chants était due à l’emploi des graphèmes o, e et uo, ie. Ces deux paires sont souvent confondues dans le recueil, surtout dans la flexion et les suffixes. Cela résultait de la difficulté à discerner les cas où les voyelles aukštaitiennes o, ė subissaient une diphtongaison žemaitienne et ceux où il s’agissait des diphtongues aukštaitiennes uo, ie, que le traducteur s’efforçait d’employer pour se conformer à l’usage aukštaitien. Une confusion similaire s’observe dans la pratique linguistique actuelle, lorsqu’un Žemaitien peu instruit, surtout issu d’une famille aux dialectes mixtes, tente d’écrire en langue standard.
Dans le recueil de chants, les graphèmes o et uo sont le plus souvent confondus dans les terminaisons du locatif pluriel (comparer le masculin -uose et le féminin -ose > žem. -uose) et dans les suffixes -uotas et -otas (> žem. – uots). Cela concerne aussi bien les exemples situés au milieu du vers que ceux en position de rime, par exemple, 1. pl. kalboƒe « dans les langues » rime avec weykałoƒe « dans les ouvrages » (II 97₂), mal̇dnoƒe « dans les prières » avec lipƒnoƒe « dans les flammes » (I 156₁₀–₁₁), namuoƒe « dans les maisons » avec mieƒtoƒe « dans les villes » (I 60₂₀–₂₁), wargoƒe « dans les difficultés » avec kawlinioƒe « dans les manteaux de fourrure » (I 66₂₀–₂₁). Dans le recueil de chants, la terminaison du loc. pl. m. s’écrit avec le graphème o encore plus fréquemment (35 ex.)⁵⁵ qu’avec uo (26 ex.). De même, les suffixes -uotas, -uotinis, -uoti sont plus souvent écrits avec le graphème o (13 ex.) qu’avec uo (8 ex.).
Les graphèmes ie et e (à la place de ė) sont surtout confondus dans la terminaison pronominale du datif pluriel; comparer la rime entre d. pl. m. teyƒingiemus « aux justes » et kaltemus « aux coupables » (II 37₁₉–₂₀), i̇bgriebt emus « aux sauvés » avec giminemus « aux parents » (II 42₂₃–₂₄), taukiantemus « à ceux qui attendent » avec βauk iantemus « à ceux qui appellent » (II 41₁₆–₁₇). La terminaison -iem(u)s est écrite avec ie 62 fois, et avec e 15 fois.
Dans les racines des mots, la confusion entre les graphèmes uo, ie et o, e est plus rare, mais elle se rencontre, par exemple dans 3. praes. doda II 114₉ « donne » (rimant avec roda « montre »), n. sg. m. lepdās I 154₂ < lepdams « en courant ». Il n’était pas non plus difficile de se tromper ici, compte tenu des mots employés dans le recueil de chants, dans lesquels tant les Žemaitiens que les Aukštaitiens prononcent uo, ie, par exemple afiera,
⁵⁴ L’intention de rendre le recueil populaire est également attestée, entre autres, par la correction d’erreurs: la forme 3. cond. fectu « il/elle suivrait », qui figure en I 116₆, a été corrigée en fektu (II 128₅).
⁵⁵ Le loc. pl. wiƒrikłoƒe I 44₁₉, 59₉, « dans les langes » n’a pas été comptabilisé ici, car le nom vystykłai était dans le parler du traducteur non pas masculin, mais féminin; comparer l’i. pl. wiƒtikłomis I 53₂₃, II 8₁₅ « avec des langes ».
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huile, André, fidélité, Élisabeth, Gabriel, Joseph (8 ex. à côté du g. sg. Juzapa I 3₉), Casimir, petit verre, Maïmonide ‘Moïse’, mesure ‘modération, modestie’, mieruoti ‘mesurer’, ville, personne, jamais, nulle part, mépriser, (non-)ami, soufre, beurre, Adalbert. Sur les 282 exemples observés de ce type, 248 sont notés avec uo, ie, et 34 avec o, e. Il est caractéristique que la majorité de ces derniers soit constituée du mot niekas et de ses dérivés. Le verbe (pa)niekinti et le nom (pa)niekinimas sont systématiquement écrits uniquement avec la lettre e. Le suffixe -ienė s’écrit également avec e, ce qui pourrait indiquer que le traducteur s’efforçait de donner une phonétique aukštaitienne aux mots de son dialecte maternel samogitien, en les transposant vers une prononciation plus sonore56.
Dans le recueil de cantiques, les graphèmes o, e sont employés assez systématiquement à la place des diphtongues samogitiennes uo, ie (= aukšt. o, ė) dans les mots qui riment avec des mots comportant les diphtongues aukštaitiennes ou communes aux deux dialectes uo, ie, par exemple dans les formes des verbes stoti (samogitien stuoti) et duoti (II 2₁₆–₁₇, ₂₄–₂₅, 19₁₅–₁₆, 36₉–₁₀, ₁₃–₁₄, 56₁₉–₂₀, etc.), à l’acc. sg. m. žadeta ‘promis’ et pradeta ‘commencé’, ainsi qu’au gén. sg. swieta ‘du monde’ (I 39b₆–₈, ₁₃–₁₅, ₂₀–₂₂). Toutefois, ce peut être le travail non seulement du traducteur, mais aussi d’une autre personne qui aurait rendu la langue du recueil plus aukštaitienne.
La présence de traits orientaux dans le recueil constitue un problème à part. L’analyse de la versification montre qu’au moins une partie d’entre eux a été introduite par le traducteur lui-même; cf. nom. sg. m. paiautis ‘ayant ressenti’ rimant avec nom. sg. iautis ‘taureau’ (I 49₁₀–₁₁, 62₁₅–₁₆), acc. sg. puſi ‘la moitié’ — rimant avec l’acc. sg. m. iſdžiuwuſi ‘desséché’ (I 87₈–₉), acc. sg. karalunu ‘prince’ — rimant avec acc. sg. ſunu ‘fils’ (I 118₉–₁₀).
J. Lebedys explique les traits orientaux du recueil par l’influence du dictionnaire de K. Sirvydas57. Cependant, le recueil contient aussi des traits orientaux absents de ce dictionnaire58, par exemple (ne)kintėti ‘(ne pas) souffrir’, aplunkyti ‘rendre visite’, aplunkymas ‘visite’ (métrique indiquée p. 150), skaralė ‘chiffon’, grata ‘à côté’, obalys ‘pomme’ (p. 151). En outre, la flexion casuelle orientale ne pouvait pas être empruntée au dictionnaire; ainsi, acc. sg. karalunu I 118₉ ‘prince’, puſi I 87₈ ‘la moitié’. Les participes paiautis I 49₁₁, 62₁₆ ‘ayant ressenti’ et palikis II 21₁₆ ‘ayant laissé’ ne figurent pas non plus dans le dictionnaire mentionné. Il existait donc, en plus de celui-ci, une autre source par laquelle des formes orientales ont pénétré dans le recueil. Cette source serait le dialecte vivant des Aukštaitiens de l’Est de l’époque, dans la région duquel le traducteur a probablement vécu pendant une période assez longue. Il s’agissait sans doute des habitants de la ville de Vilnius, qui parlaient alors le dialecte oriental et avec lesquels le traducteur a dû communiquer, par exemple durant ses études à l’Académie de Vilnius. Il convient de noter que le recueil contient même des formes orientales samogitisées, par exemple le futur à la 2e pers. pl. nekintiesite II 16₁₆ ‘vous ne souffrirez pas’ (avec diphtongaison samogitienne de la voyelle ė).
Le traducteur s’est effectivement beaucoup servi des dictionnaires de K. Sirvydas59. Pour lui, selon les mots de J. Lebedys, c’était le principal ouvrage de référence pour traduire les cantiques en lituanien. Les équivalents orientaux des mots mąstyti, mąstymas, mąstis ‘pensée, esprit’, sąnarys, sąžinia, nenėrė (indiqués p. 149–150), le nom uola avec un v- ajouté (le traducteur n’a pas compris l’orthographe de K. Sirvydas, selon laquelle les lettres vo au début du mot notent la diphtongue uo), la plupart des mots comportant le préfixe oriental ažu- (p. 152), ainsi que bien d’autres éléments sans traits dialectaux tout à fait nets (néologismes, emprunts, etc.), ont probablement été tirés de ce dictionnaire. Parmi eux, citons notamment: didėžuvìs ‘baleine’ (II 66₄), miestakelis
56 La préposition apie s’écrit elle aussi systématiquement avec e (40 exemples au total). Elle peut toutefois avoir la voyelle ė ou e, et non ie; cf. les formes dialectales actuelles apė, ape.
57 Voir J. Lebedys, Le recueil de cantiques de 1646. — S. M. Slavočinskis, Cantiques..., p. 24.
58 L’auteur remercie K. Pakalka, spécialiste de ce dictionnaire, de lui avoir fourni les données présentées ci-dessous.
59 À ce sujet, voir J. Lebedys, op. cit., p. 26–30.
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« rue » (II 25₆), pelikonas « pélican (un tel oiseau) » (I 145₁₉, II 55₁₉), adv. piktadaringai « de façon malfaisante, honteusement » (II 25₈), persūna « persona, personne » (I 129₂₃, 131₂₃, II 115₁₄ et ailleurs), rožių vainikas « couronne de roses, chapelet » (II 68₄, 69₁₃), sudara « concorde, entente » (II 46₉, 60₄), sumania « projet, intention » (II 24₂₄), skalinis « élève » (II 82₉), tikybė « foi » (I 143₁₀), visotimė « peuple, foule » (I 103₂₀). Non seulement la forme, mais aussi l’orthographe de ces mots et de quelques autres coïncident entièrement dans le dictionnaire de Sirvydas et le recueil de cantiques de Slavčinskis. En outre, ils apparaissent principalement dans les psaumes et, plus généralement, dans les textes de cantiques les plus difficiles à traduire.
Pour résumer tout ce qui a été dit au sujet du matériau linguistique originel dont le traducteur s’est servi pour versifier, nous devons conclure que sa base samogitienne a été fortement influencée par le dialecte aukštaitien, avant tout celui de la région de Kėdainiai à l’époque, et, dans une moindre mesure, par les sous-dialectes aukštaitiens orientaux. Le traducteur a dû fréquenter longtemps des locuteurs de ces sous-dialectes et vivre longtemps dans leur milieu. Il est donc peu probable qu’il ait été jeune. Cela semble conforter les doutes exprimés par les historiens de la littérature quant à la possibilité que Saliamonas Mozerka Slavčinskis, qui en 1646 étudiait encore à Vilnius, ait réellement pu être le traducteur de ce recueil de cantiques si parfait⁶⁰. Toutefois, la localisation de la langue maternelle du traducteur dans les mêmes lieux que ceux dont S. M. Slavčinskis est originaire constitue un argument contre ce doute. Ainsi, la question de l’auteur du recueil de cantiques reste encore à étudier⁶¹.
La langue du recueil de cantiques préparé par un traducteur samogitien, bien qu’elle comporte de nombreux éléments aukštaitiens, différait néanmoins considérablement de la langue habituelle des écrits lituaniens publiés alors dans le Grand-Duché de Lituanie, fondée sur le dialecte aukštaitien de la région de Kėdainiai (dans le diocèse de Samogitie) ou sur celui des Aukštaitiens orientaux (dans le diocèse de Vilnius). Cela, semble-t-il, ne satisfaisait pas les éditeurs jésuites du recueil, qui exigeaient que la langue soit davantage « aukštaitisée », afin de rendre les cantiques accessibles à un nombre encore plus grand de Lituaniens.
Qui a effectué ce travail — le traducteur lui-même ou une autre personne (ou d’autres personnes?) —, il est difficile de le déterminer aujourd’hui. Il est néanmoins très probable que d’autres personnes aient participé, avec le traducteur, à la révision du texte des cantiques, peut-être un rédacteur (ou des rédacteurs?) spécialement désigné à cet effet. Les rimes altérées par endroits lors de l’aukštaitisation, alors que le traducteur, comme nous l’avons vu, veillait beaucoup à leur belle sonorité, incitent du moins à le penser. Ainsi, dans le cantique « apie Swodbą Kanoy Galileos » (I 70—73), à côté de la rime sonore g. sg. wina [vīna] « de vin »: adv. šiedina [šendina] « aujourd’hui », répétée six fois et formée à partir des formes samogitiennes du nom vynas et de l’adverbe šiandieną, on trouve quatre cas où cette rime est altérée: la forme samogitienne de l’adverbe šiandieną a été remplacée par son équivalent aukštaitien, šiediena (I 71₄, ₁₉, 72₂, ₂₉). Un autre exemple de rime altérée lors de l’aukštaitisation est le n. sg. žiedas « anneau », rimant avec le g. sg. giedos « de honte » (au lieu de la forme samogitienne giedas; II 112₁₉)⁶². On s’attendrait plutôt à ce que le traducteur remanie ces passages en les versifiant autrement, plutôt qu’à ce qu’il altère la rime.
60 Voir Lietuvių literatūros istorijos chrestomatija. Redagavo K. Korsakas ir J. Lebedys. Vilnius, 1957, p. 76; Lietuvių literatūros istorija, I. Redagavo K. Korsakas, Vilnius, 1957, p. 150; J. Lebedys, 1646 metų giesmynas. — S. M. Slavčinskis, Giesmės..., p. 45—49.
61 Le fait que S. M. Slavčinskis ait été le traducteur est attesté par le titre et la préface du recueil de cantiques. À ce sujet, voir l’article de D. Gargasaitė dans Pergalė, 1968, no 9, p. 179—180, et la bibliographie de la RSS de Lituanie, I. Vilnius, 1969, p. 369. Toutefois, les données biographiques de S. M. Slavčinskis publiées par J. Jablonskis vont à l’encontre de cette hypothèse, jusqu’à mettre en doute que S. M. Slavčinskis ait eu quoi que ce soit à voir avec la littérature; voir K. Jablonskis, Saliamono Slavčinskio biografijos žinios. — S. M. Slavčinskis, Giesmės..., p. 53—58.
62 Il se peut que même le seul exemple de la particule réfléchie -si en fin de mot (dans le parler du traducteur, on ne trouvait que -se), à savoir la forme 3. praet. fotinošī II 22₃ « se rassasia », soit le résultat d’une telle « correction »; le traducteur l’a ensuite corrigée à nouveau dans les errata (II 128₁₆), car cette forme rime avec 1. pl. peklofe « en enfer ».
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Le ou les aukštaitiseurs du texte des cantiques devaient être originaires de la région de Kėdainiai. Un Aukštaitien oriental aurait sans aucun doute remplacé les groupes de type an. Un Aukštaitien occidental qui n’avait pas l’intention de l n’aurait pas semé la lettre i devant les voyelles de type e. En outre, à l’époque, ce dernier dialecte n’était pas employé dans les écrits du Grand-Duché de Lituanie. Il ne s’était imposé partout que dans les écrits publiés en Prusse-Orientale.
Le réviseur linguistique a surtout touché aux passages non versifiés et aux titres des cantiques. Il ne reste ici que deux samogitismes (sans doute passés inaperçus): a. sg. iwá I 64₅ « Ève » et 3. praes. wadin I 129₁₀ « appelle ». Tout le reste a été aukštaitisé, plus exactement, « kėdainisé ».
Dans le texte versifié, les efforts du réviseur étaient contraints par la métrique des cantiques. Il disposait d’une plus grande liberté au milieu du vers (hors position de rime), et c’est là qu’il a également effectué le plus de corrections. Ainsi, dans le cantique intitulé en polonais « W dzień Bożego narodzenia » (I 51—53), sur les trois formes de 3. praet. du verbe (už)mušti « frapper », deux se trouvent au milieu du vers et ont toutes deux une terminaison aukštaitienne (notée -e), tandis qu’une est en fin de vers et a conservé la terminaison -i du parler natal du traducteur, car elle rime avec la terminaison -i de l’a. sg. m. « -į ». Dans ce cantique, on compte au total neuf formes à radical en ė au 3. praet. Parmi elles, quatre se trouvent au milieu du vers (trois ont la terminaison -e et une la terminaison -i), et cinq en fin de vers (en position de rime); toutes ont conservé la terminaison -i du parler du traducteur.
Au milieu des vers, le réviseur était surtout limité par la nécessité de ne pas modifier le nombre de syllabes existant. Il ne pouvait donc pas, par exemple, remplacer les formes samogitiennes sans voyelle brève finale par leurs équivalents aukštaitiens dotés d’une terminaison pleine. Il a fallu conserver la forme employée par le traducteur lui-même. Ainsi, semble-t-il, la langue a été corrigée principalement en introduisant les affriquées č, dž à la place de t, d, qui apparaissaient selon la « loi phonétique samogitienne », les diphtongues aukštaitiennes uo, ie à la place des monophtongues ū, ī du sud samogitien, les voyelles o, ė à la place des diphtongues samogitiennes uo, ie, en plaçant la lettre t devant les voyelles de type e, etc., c’est-à-dire en effectuant des corrections qui ne modifiaient pas le nombre de syllabes du vers. Le réviseur a manqué de prudence, car il a produit nombre de formes hybrides, à moitié samogitiennes et à moitié aukštaitiennes, par ex. 2. pl. imper. Duokit II 11₂₆, duokiet I 40₁₇ « donnez », giedokiat I 37₂₃, giedokiet I 40₁₇ « chantez », Heyskiet I 111₁₁ « laissez entrer », 2. sg. Giebiek II 63₁₉ « sauve », n. sg. žoteli I 22₂₅ « petite herbe » (avec les aukštaitismes uo, ie, o, t, mais les samogitismes -kia-, ie < ė, -i « -ė »).
Le réviseur n’a pas touché, ou n’a que rarement touché, aux formes samogitiennes qui n’étaient pas tout à fait étrangères aux Aukštaitiens de l’époque. Ainsi, la terminaison samogitienne -iey « -yje » du loc. sg. des thèmes en i a le plus souvent été laissée intacte; comparer -eie dans les écrits aukštaitiens de J. Bretkūnas, B. Vilentas et d’autres⁶³, adv. nesavėjė Jurbarkas « comme un étranger ». Le préposition samogitienne pri [pri] « près de » était acceptable au réviseur, car une variante avec le i bref i [pri] était alors employée dans les parlers aukštaitiens (peut-être même dans celui du réviseur lui-même), et elle est encore utilisée par endroits aujourd’hui⁶⁴. C’est pourquoi, sur les 113 occurrences de cette préposition dans le recueil de cantiques, on trouve seulement 6 fois prie(g) et 1 fois preg, tandis que partout ailleurs (soit 106 occurrences), on a conservé pri⁶⁵. Il en va autrement de la préposition nuo: sa variante aukštaitienne nuog apparaît 134 fois (une fois sous la forme nog), tandis que la variante samogitienne nu [nū] n’apparaît que 26 fois.
Au milieu des vers, les seuls éléments de la langue du traducteur qui sont restés majoritairement non aukštaitisés sont ceux que le réviseur, semble-t-il, n’a tout simplement pas remarqués. Ainsi, sur 516 occurrences du mot dievas sans-
⁶³ Žr. J. Kazlauskas, Lietuvių kalbos istorinė gramatika, Vilnius, 1968, p. 152—154. ⁶⁴ Žr. Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 424. ⁶⁵ Daiktavardžių priešdėlis pri- [žem. pri-], pvz. 1. sg. priwáyždoy II 11₂₀ ‘prievaizdoje, globoje’, giesmyne pavartotas 7 kartus, o prie-, pvz., n. sg. priewayžda II 32₆, 6 kartus.
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Il ne resta avec les parlers du sud samogitien qu’un seul g. sg. Diwa II 126₁, lequel ne figure pas dans le texte des chants, mais dans la table des matières du livre (la ligne de titre qui suit, dans le texte même du chant, a été corrigée).
Aux fins de vers, les corrections étaient contraintes par les rimes. Sans altérer la rime, on ne pouvait modifier que les deux membres d’une même paire. Dans le recueil, ils sont souvent en haut-lituanien, par exemple: n. sg. diena: naujiena « nouveauté » (I 61₁₃–₁₄), g. sg. f. pašlovintos « louées »: paženklinktos « marquées » (I 24₂₁–₂₂), d. pl. m. pamestietiems « abandonnés »: pučiantiems « soufflant » (II 1₂₂–₂₃), 3. praet. tare « dit »: įžvare « chassa » (I 65₁₂–₁₃), 1. pl. imper. dumokime « pensons, rêvons »: minekime « souvenons-nous » (I 74a₇–₈). Cependant, des paires non haut-lituanisées subsistèrent aussi, par exemple: 2. sg. praes. refl. randije « tu te trouves, tu es »: wilije « tu espères » (I 93₂–₃), inf. turieti « avoir »: kientieti « souffrir » (I 85₁₅–₁₆), 3. praet. trauki « tira »: rauki « fronça » (I 75₁₃–₁₄), 2. sg. imper. refl. artinkias « approche-toi »: šveikinkias « salue-toi » (I 6₁₅–₁₆), 2. pl. dž iaukiaties « réjouissez-vous »: linkšminkiaties « égayez-vous » (I 26₁₃–₁₄).
Il est impossible de modifier un seul membre de la paire sans altérer la rime; par conséquent, lorsque la paire était constituée de deux formes grammaticales différentes, le correcteur dut les laisser intactes, même si l’une d’elles était samogitienne, par exemple: adv. didey « grandement »: 2. sg. praet. įbgidey « tu as guéri » (II 12₂₅–₂₆), inf. gauti « obtenir »: 3. praet. apšiauti « chaussa » (I 78₅–₆), 2. sg. imper. refl. džiaukiafse « réjouis-toi »: 3. praes. refl. artinafe « s’approche » (I 27₃–₄), 1. pl. imper. refl. džiaukiamoſe « réjouissons-nous »: 3. praet. refl. ſtojoſe « se leva » (I 45₆–₇). Ce n’est que dans de très rares cas que de telles rimes furent néanmoins altérées, apparemment par inadvertance ou par un correcteur particulièrement strict (et incompétent).
Les monophtongues samogitiennes ū, ī (= haut-lituanien uo, ie) ne furent pas haut-lituanisées en position de rime uniquement lorsque le mot constituant le second membre de la paire contenait les voyelles anciennes ū, ī, par exemple: a. pl. f. paskaytitas « lu »: iššiltas « versé » (II 27₁–₂). Ces cas étaient toutefois rares. En règle générale, la langue fut partout excessivement haut-lituanisée. C’est pourquoi le recueil comporte si peu d’exemples de ū, ī samogitiens (environ 17%), généralement restés « par inadvertance » au milieu du vers.⁶⁶
Très souvent, les rimes d’une même paire diffèrent en ce que l’une comporte uo et l’autre o, par exemple: inf. duoti: inf. atſtoti (II 19₁₅–₁₆). Il se peut que le traducteur ait fait rimer ici une forme haut-lituanienne (uo) avec une forme samogitienne (uo < o), que le correcteur haut-lituanisa en remplaçant le uo samogitien par le o haut-lituanien. Il faut expliquer de la même manière la rime fréquente ie: ė (écrit e), par exemple: g. pl. wietu « des lieux »: i. sg. m. negirdetu « inouï » (I 125₂₁–₂₂). C’est pour cette raison, ainsi qu’en raison du remplacement fréquent, au milieu des vers, du uo, ie samogitien par les monophtongues haut-lituaniennes o, ė (écrit e), qu’il ne reste que si peu de diphtongues samogitiennes uo, ie (= haut-lituanien o, ė) dans le recueil.
La belle consonance de la rime dépend davantage du vocalisme que du consonantisme. Le traducteur tenait donc moins compte de ce dernier; cf. la rime entre g. sg. m. ano « de lui » et l. sg. Kanoy « à Cana, au pays de Cana » (I 70₉–₁₀). Cela a pu contribuer au remplacement plus intensif des formes samogitiennes sans affrication par des formes haut-lituaniennes avec affrication. Le remplacement pouvait être effectué par le traducteur lui-même
⁶⁶ Il convient de noter que ces cas représentent une proportion plus importante dans certaines terminaisons. Parmi les variantes samogitiennes, les terminaisons -uo des pronoms i. sg. m. atteignent 70%, celles en -ie du n.pl.m. 25%, tandis que les terminaisons -ies du g. sg. des noms de la déclinaison en i ne représentent qu’environ 6%. Dans certains cas, le correcteur évitait sans doute de toucher aux formes samogitiennes qui ne lui étaient pas tout à fait claires. Le traitement des formes verbales de 1. sg. praes. accompagnées du pronom enclitique ajouté -t(i) « à toi, toi » semble le montrer. Sur les trois exemples de formes du recueil (I 65₁₃, 144₁₁, II 121₁₅), tous ont conservé la phonétique samogitienne, c’est-à-dire la terminaison -ūt < -uo-t (i) (écrite -ut). De même, la terminaison -uos(e) du 1. sg. refl. est samogitienne dans 10 cas et n’a été haut-lituanisée que 4 fois. La terminaison de l’adessif -iep a été laissée sous la forme -ip (= peut-être samogitien -ip?), sans doute parce qu’écrite ainsi, elle n’était pas étrangère aux locuteurs haut-lituaniens, qui avaient -ip notamment dans le paradigme des noms à thème en i et en (i)ja.
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aussi bien par le traducteur que par les correcteurs linguistiques (après tout, la « loi phonétique samogitienne » n’est conservée que dans 32% des exemples attestés).
L’analyse présentée montre que les correcteurs linguistiques ont non seulement largement haut-lituanisé le recueil, mais ont aussi accru le nombre de variantes et, plus généralement, les disparités linguistiques.
La signification du recueil de cantiques de Slavočinskis pour l’histoire de la langue lituanienne et la dialectologie historique
Le recueil de cantiques de Slavočinskis contient de nombreuses données linguistiques importantes, qui permettent d’éclairer divers problèmes de l’histoire de notre langue et de l’évolution des dialectes.
Le recueil nous apprend que, dans la première moitié du XVIIe siècle, les Samogitiens du Sud possédaient déjà les monophtongues ū, ī à la place des diphtongues uo, ie des Haut-Lituaniens. Dans cette région samogitienne, les longs monophtongues fermés o, ė avaient alors eux aussi déjà subi une diphtongaison. Il existait déjà à peu près la même distribution entre ą, ę, ų, į (= an, en, un, in) et a, e, u, i que celle que l’on observe aujourd’hui dans le dialecte. La préposition et le préfixe į avaient alors encore conservé, dans certains cas, au moins des variantes facultatives avec n (ing, in-). Il existait une « nasalisation secondaire » propre aux Samogitiens du Sud. Dans le recueil, elle apparaît dans des mots qui ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux où on la trouve aujourd’hui; cela indique à son tour qu’il existait autrefois une variation importante entre les formes à voyelles nasalisées et dénasalisées, surtout les voyelles fermées67. À cette époque, dans la région de Raseiniai, on trouvait déjà par endroits les prémices de la transformation de e- initial en a-.
Cependant, dans le parler de Vertėjas, les diphtongues mixtes à accent initial, composées de u, i + r, l, m, n, avaient encore conservé leur premier élément intact. Aujourd’hui, dans ces environs (Žalpiai, Nemakščiai, Očikiai, Sugintai, Viduklė, Sujainiai et Lipkiškė même), celui-ci est diphtongué: on prononce, par exemple, dùorti « percer », kūolti « battre », skùonsti « accuser » (< skūnsti), dùomples « poumons », pièrms « premier », jièlks « long », piènti « tresser », riemc « calme ». Le fait que cette diphtongaison soit récente est notamment indiqué par la transformation en diphtongues de formes d’origine secondaire, par exemple 3. praes dùor « il perce », guòl « il est couché », d. sg. mùon < mùn « à moi », sunkùoms « lourdeur », pìpiers « poivron ».
Dans le domaine du consonantisme, il convient tout d’abord de relever que l’assouplissement des consonnes devant les voyelles de type e était alors quelque peu différent de celui d’aujourd’hui. De nos jours, les Samogitiens du Sud de Raseiniai assouplissent toutes les consonnes dans ce contexte. Dans la première moitié du XVIIe siècle, seuls k, g, et peut-être aussi, au moins en partie, š, ž68 étaient nettement assouplis devant les voyelles de type e. Les autres étaient encore durs ou n’étaient assouplis que très légèrement. L’analyse de l’orthographe du recueil de cantiques de Slavočinskis le montre clairement.
Au total, le recueil contient 687 exemples de groupes k, g + voyelle de type e. Tous sont écrits avec le graphème d’assouplissement i après k, g, à l’exception d’un seul exemple, n. sg. Ewangeliſta I 128₁₄ « évangéliste », qui, étant un mot étranger, conserve l’orthographe de l’original. Les groupes accentués [kė], [gė] et ceux qui contiennent [e] dans un groupe diphtongué à accent aigu ([kéi], [géi], [kér], [gér]...) sont notés par les graphèmes kia, gia, par exemple n. sg. kìalas I 86₁₂ « chemin », gìaras I 50₂₁ « bon », kialdamas II 73₁₆ « en portant », inf. giarti II 17₂₁ « boire », etc. Les groupes non accentués, c’est-à-dire supposés circonflexes, ainsi que les groupes brefs accentués, sont systématiquement écrits avec les graphèmes kie, gie, par exemple 3. praes. kient I 92₄ « il souffre », 1. sg.
67 Un cas de nasalisation très inhabituel est la forme tą II 104₁₂ du pronom de deuxième personne « tu » (voyelle brève nasalisée?). Il est difficile de croire qu’il s’agisse ici de l’équivalent russe ты de *tū =. S’agit-il d’une erreur de correction?
68 On ne trouve pas d’exemples nets d’affriquées. Le recueil ne contient que le mot étranger večeria « souper », dont l’orthographe est incohérente (deux fois après č, la lettre d’assouplissement i est écrite, et deux fois elle est absente).
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Laukie I 54₃ ‘elle attendait’, adv. gierav I 21₉ ‘bien’, 1re pers. pl. prés. gievdžiame I 19₂ ‘nous désirons’, adv. Draugie I 22₂₁ ‘amie, ensemble’, etc.⁶⁹. La distinction entre les graphèmes ia et ie est bien conservée, cf. les paires acc. sg. kiala I 155₁₀ ‘le chemin’ et instr. sg. kielu I 117₁₁ ‘par le chemin’, acc. sg. giara I 142₂₂ ‘bon’ et gén. sg. f. gieros I 100₇ ‘bonne’⁷⁰.
On a trouvé dans le recueil 233 exemples de groupes consonantiques š, ž + voyelle de type e. Le graphème palatalisant i est écrit 154 fois, et omis 79 fois. La lettre i est systématiquement omise dans les deux cas suivants: a) après le préfixe iš- (7 exemples), où, semble-t-il, la prononciation avant une pause a été conservée, et b) dans les formes du verbe šelpti (26 exemples), que le traducteur ou les éditeurs n’ont peut-être connus que par les textes écrits (?). Les autres cas d’omission du i palatalisant sont irréguliers et ne se rencontrent que dans les formes des verbes žengti (18 exemples sans i et 2 avec i), žeisti (6 sans i, 1 avec i), žeminti (4 sans i, 7 avec i), du numéral šeštas (1 sans i, 5 avec i) et du nom ženklas (14 sans i, 6 avec i), ainsi que dans leurs dérivés, le diminutif roželė (1 exemple, mais rožė et le diminutif darželis s’écrivent avec i — 6 exemples), et dans la forme de 3e pers. du prétérit du verbe (už)mušti (2 sans i, 1 avec i). Ces faits révèlent une palatalisation irrégulière des consonnes š, ž. Deux explications sont possibles: soit, à cette époque, ces consonnes n’étaient pas encore nettement palatalisées dans le parler maternel du traducteur (les lettrés qui ont donné au texte du recueil une coloration aukštaitienne ont pu introduire çà et là la lettre i), soit elles y étaient déjà palatalisées, et les exemples sans i seraient dus aux éditeurs, originaires de dialectes où elles ne se palatalisaient pas. La première hypothèse paraît plus fiable, car elle est corroborée par les données des écrits du Samogitien Mažvydas (selon Chr. Stang, dans son catéchisme, seuls k et g sont palatalisés⁷¹) et de M. Petkevičius, originaire de la région de Kėdainiai (qui palatalisait non seulement k et g, mais aussi š et ž⁷²). Après š, ž, la distribution des graphèmes ie et ia est la même qu’après k, g, mais les irrégularités sont un peu plus nombreuses (11%).
Les autres consonnes ne sont pas palatalisées par la lettre i devant les voyelles de type e⁷³; après elles, le e accentué ne s’écrit pas non plus avec le graphème ia⁷⁴.
69 Dans le recueil, le diminutif vaikelis est écrit comme si l’accent tombait sur vaikelis, cf. waykielis II 59₉, voc. sg. waykieli I 27₇, nom. pl. waykielay I 37₂₂. De même, le verbe (pra)keikti est traité par le traducteur comme (pra)keikti (de même dans le catéchisme de M. Petkevičius!). Le verbe gelbėti présente deux accentuations: gelbėti et gelbėti (les rimes le montrent également). Le futur 3e pers. Giers II 38₁₄ ‘il guérira’ et le réfléchi prikielſiſe I 156₂₄ ‘il se relèvera’ indiquent le circonflexe aukštaitien des formes de 3e personne du futur (avec métatonie). Dans la forme réfléchie de 2e pers. sg. du prétérit Džiaugieys II 72₅ ‘tu t’es réjoui’, se dissimule aussi, semble-t-il, la désinence aukštaitienne de 2e pers. sg. -ei(s), et non la désinence samogitienne -ėi(s).
70 Les écarts sont relativement peu nombreux. Si l’on exclut les cas indiqués à la note 69, on n’en compte que 40, soit 9% de tous les exemples de [ke], [ge] présents dans le recueil. La confusion des lettres a et e dans le recueil a favorisé l’apparition de ces écarts (par ex. adv. skaney I 71₂₁ ‘agréablement’, nom. sg. f. buſenti I 74b₄ ‘qui sera’, mažiaufe II 8₆ ‘la plus petite’ à côté de l’instr. sg. f. baymia I 80₁₄ ‘crainte’, nom. sg. m. ateias I 56₆ ‘venu’, 2e pers. sg. du prétérit réfléchi kielayſe II 25₁₁ ‘tu t’es déplacé’), phénomène dû à la fusion, dans le dialecte samogitien, de [a] après une consonne palatalisée et de [e]. Il convient de noter que le formant samogitien de l’impératif dans le recueil doit être interprété comme kia et non comme ke: bien qu’il ne soit jamais accentué, les graphies avec ia représentent 38%, et même 50% dans les formes de 2e pers. sg. et de 1re pers. pl.
71 Žr. Chr. S. Stang, Die Sprache des litauischen Katechismus von Mažvydas. Oslo, 1929, p. 98.
72 Voir Z. Zinkevičius, le dialecte du catéchisme de M. Petkevičius (1598), « Baltistica », VII (1), Vilnius, 1971, p. 74–77.
73 On n’a relevé que 6 exemples avec i au total (gén. sg. ſmirties II 24₁₉ ‘de la mort’, inf. tieyſti II 26₂₃ ‘régler’, 2e pers. sg. du prés. réfléchi Tieykies II 65₅, 110₁₂ ‘tu t’engages’, 3e pers. du prétérit Pražwiełgie I 18₁₆ ‘il regarda au loin’, adv. wievkley II 64₂₁ ‘rapidement’), mais il s’agit d’erreurs de correction manifestes, puisque dans tous les autres cas ces formes s’écrivent sans i. L’erreur dans la forme corrigée à l’instr. sg. miedey ‘dans l’arbre’ (≈ samogitien mediey) est rectifiée en mediey (II 128₉), mais cette erreur est également corrigée dans le texte lui-même (I 64₁₄). L’adjectif au nom. sg. f. Anielibſka I 155₃ ‘angélique’ comporte la diphtongue ie (cf. anielas ‘ange’ LKKŽ I² 141), tandis que, dans la forme au gén. sg. f. nieſakſtos II 103₅ ‘non souillée’, à la place de ne- pourrait se trouver nė- >, samogitien nie- (?).
74 Les exemples résultant de la fusion de [a] après une consonne palatalisée et de [e] (voir note 70) présentent a aussi bien en position accentuée qu’en position inaccentuée.
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Il ressort du recueil de cantiques de Slavočinskis que, dans la première moitié du XVIIe siècle, les Samogitiens du Sud de Raseiniai ne prononçaient déjà plus la consonne d entre z et une voyelle, par exemple au génitif singulier barzos I 75₁₃, II 59₂₂ « de la barbe ».
À cette époque, le substantif žvaigždė se prononçait encore sans -g- (aujourd’hui, dans le parler du traducteur, comme dans l’aire des Aukštaitija, il se prononce avec -g-), par exemple au nominatif singulier žwayzde II 86₁, et à l’instrumental pluriel žwayzdemis II 5₂₄.
Les traits orientaux du recueil de cantiques permettent de supposer qu’à cette époque, au moins une partie de l’aire des Aukštaitija orientales avait déjà été touchée, dans certains cas au moins, par la monophtongaison de la diphtongue uo dans les syllabes inaccentuées, par exemple au génitif pluriel Obalu I 64₁₈ « des pommes ». Il semble toutefois que le phénomène n’en était encore qu’à ses débuts.
À cette époque, dans certaines parties de la Lituanie orientale, la syllabe re se prononçait déjà ra, par exemple grata II 77₃ « grėta ».
Parmi les particularités morphologiques, il faut avant tout signaler l’usage encore vivant, dans le recueil de cantiques, de formes grammaticales qui ont aujourd’hui disparu de l’aire des Samogitiens de Raseiniai ou sont en voie de disparition complète. Ainsi, on y trouve le nominatif duel des noms (par exemple Kur šiuo metu mudu, Ir bandikščiu tudu, Gaujim atiljės I 61₉–₁₁ « où, en ce moment, nous deux et ces deux bêtes trouverons le repos »), ainsi que les formes verbales du duel (par exemple eykiau fu manimi II 117₁₄ « allons tous deux avec moi »).
On trouve des formes d’illatif. L’illatif singulier est assez fréquent dans le recueil de cantiques: on en relève pas moins de 44 exemples (des noms de différents thèmes). L’illatif pluriel n’est attesté que par un seul exemple: plenifn I 154₁₇ « dans les cendres (des braises incandescentes) ». À la place des formes d’illatif pluriel, on emploie la construction préposition ing « vers, dans » + acc. pl.. L’illatif singulier est lui aussi souvent remplacé par la construction ing « vers, dans » + acc. sg., par exemple graban I 98₆ || ing grabą II 111₄, Bažničion II 78₁ || Ing Bažničia II 74₂₀, žiámen II 40₄ || ing žiame II 26₁₄, šírden I 81₇ || ing šir dí II 53₁₈, dangún II 85₁₁ || ing dangu II 73₆. Les deux moyens d’expression sont tout à fait équivalents dans le recueil de cantiques; le traducteur choisit l’un ou l’autre en fonction du nombre de syllabes requis par le vers.
Il est impossible de considérer les formes d’illatif comme un trait oriental, ne serait-ce qu’en raison de leur abondance. L’orientalisateur de la langue du recueil n’aurait pas pu les introduire sans compromettre la métrique des chants. Elles appartenaient donc au propre répertoire linguistique du traducteur, probablement hérité de son dialecte natal, celui des Samogitiens du Sud de Raseiniai⁷⁵. La phonétique samogitienne de ces formes (par exemple numan I 54₃ « à la maison, dans les maisons ») et leur morphologie (par exemple šírden I 81₇ « dans le cœur ») en témoignent également, entre autres.
Les formes d’illatif pluriel avaient probablement déjà cessé d’être utilisées à cette époque dans le parler natal du traducteur, ou y étaient très rares. La forme pleniƒn I 154₁₇ pourrait certes aussi être considérée comme un élément du dialecte de la région de Kėdainiai, car, dans ce dialecte, l’illatif pluriel était encore tout à fait vivant à cette époque (contrairement à aujourd’hui), comme l’attestent les écrits de M. Daukša, M. Petkevičius et d’autres auteurs de Kėdainiai; de plus, ses formes y étaient souvent employées sous une forme abrégée, c’est-à-dire avec la terminaison -sn (sans -a!).
Les formes des cas locatifs de proximité sont également employées de manière vivante dans le recueil de cantiques. On en compte au total 272 exemples: 84 adessifs et 188 allatifs. Les formes singulières des deux cas sont plus fréquentes (81 et 153 exemples respectivement), mais on trouve aussi des formes plurielles (3 et 35 exemples). Elles appartiennent à des catégories de mots très diverses, par exemple adessif singulier Diewip76 I 14₄ (: Dieu),
75 Cela contredit l’affirmation a priori de J. Kazlauskas selon laquelle l’illatif, en tant que cas, n’a probablement jamais été employé dans le dialecte samogitien; voir sa grammaire historique de la langue lituanienne, V., 1968, p. 165.
76 Toutes les formes des cas locatifs de proximité se terminent par -p. Aucun exemple ne présente la postposition complète -pi. La terminaison -ip pourrait receler le -ip des Samogitiens du Sud (= aukšt. -iep). La forme -ip apparaît 18 fois, tandis que -iep n’apparaît qu’une fois.
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Motinip77 I 14₁₅ (: motina), Mäloningämimp II 20₁₂ (: maloningas), manimp I 60₁₀ (: aš), Kurimp I 54₅ (: kuris), Tämimp78 II 28₁₁ (: tas), Wardop II 41₁₇ au singulier allatif (: vardas), šveykatoƒp I 144₁₂ (: sveikata), žiameƒp I 108₁₇ (: žemė), Sirdieƒp I 100₂₀ (: širdis), funauƒp I 95₁₃ (: sūnus), Wießpatieƒp II 16₇ (: viešpats), skaysčiaufioƒp I 5₁ (: skaiščiausia), kuriop I 63₃ (: kuris), Toƒp I 27₁₁ (: ta), Manieƒp I 91₂₀ (: aš), Koiump I 110₁₄ au pluriel allatif (: kojos), äuƒump II 29₅ (: ausys), Rupeƒtingump II 17₆ (: rūpestingį), fäwump II 22₁₃ (: savi), Tump II 6₂ (: tie), muƒump79 I 29₁₅ (: mes). Les formes d’adessif au pluriel sont rares (seulement 3 exemples) et inhabituelles: animp 80 I 84₄, II 48₂₇ (: anie), imp II 48₂₈ (: jie).
Les formes de l’adessif comme celles de l’allatif sont employées de façon vivante (sans se figer) et peuvent être accompagnées d’adjectifs accordés⁸¹; les deux cas ne sont pas confondus⁸². Elles sont parfois remplacées par la construction avec la préposition pri « auprès de », suivie du génitif (l’adessif est également remplacé par l’inessif). Cette construction remplace rarement l’allatif (on n’a relevé que 15 cas assez nets), par ex. Iezauƒp pri ƒiartina I 75₃ || evtymem Pri IEzauß II 90₁₄, Diewop pri toia II 45₂₂ || pri Dievä ƒto ƒimeƒe II 88₁₈. L’adessif, lui, est remplacé beaucoup plus souvent (le pluriel est presque entièrement sorti de l’usage; on a relevé plus de 40 cas de remplacement au singulier). Dans la pratique, les deux moyens d’expression sont employés comme variantes, par ex. fawimp Diews rada wieta I 20₇ || Diews [yra] pri tawęs I 17₅, Tu Diewip laymingas I 118₈ || Anna pri Diewá gärbinga II 109₃, Ne iaute ƒawimp ƒtipribes I 94₃ || iaučiau pri ƒawęs toki maƒima II 39₈.
Cela montre qu’en Lituanie occidentale l’adessif disparaissait plus rapidement que l’allatif, contrairement à la Lituanie orientale où, à en juger par la situation actuelle dans les villages lituaniens de la RSS de Biélorussie⁸³, l’allatif avait disparu plus tôt. Cela suffit déjà à exclure que les formes des cas locatifs périphériques du recueil de cantiques de Slavočinskis soient considérées comme des traits orientaux. Comme les formes de l’illatif, elles n’ont pas non plus pu être introduites par l’adaptateur de la langue du recueil, qui l’aurait fait au prix de la métrique des chants. Elles doivent donc être considérées comme un trait de la langue maternelle du traducteur, le dialecte de Rašeiniai du samogitien méridional de l’époque. Les caractéristiques samogitiennes des formes elles-mêmes le montrent également, entre autres, par ex. all. sg. Iwoƒp I 64₁₁ (: lewa), päbängoƒp II 37₁₇ (: samogitien pabanga « fin »), all. pl. pitump I 148₁₀ (: pietūs), numump II 47₄ (: namai)84.
Dans le recueil de cantiques, les désinences longues du datif pluriel (en -mus) et celles du datif singulier d’origine pronominale (en -mui) sont assez fréquentes. Comme cela a déjà été indiqué, le traducteur les met habilement à profit dans la versification, pour former un vers du nombre de syllabes requis ou trouver un rythme approprié. Elles témoignent de la concurrence qui avait alors cours (peut-être aussi dans l’aire samogitienne méridionale?) entre les formes longues et courtes de ce cas.
77 Le seul exemple de l’adessif singulier d’un thème en ā. La désinence -ip (au lieu de la forme attendue -aip) provient du paradigme des thèmes en ja.
78 Il n’y a que deux formes d’adessif singulier des pronoms possessifs présentées ici.
79 Une fois, on trouve écrit muƒump I 32₈ (q = ų).
80 Peut-être la lettre i note-t-elle le p. samogitien i (= le ie du haut-lituanien)?
81 Par ex. Dek tawā wilti Diewip, Mäloningämimp Tewip II 20₁₁–₁₂ « espère en Dieu, en un Père miséricordieux », Siunte Diews Aniola… skaysčiaufioƒp Pannoƒp ir eiƒeianioƒp Marioƒp (žwenčiaufioƒp I 4₂₃–₅ « Dieu envoya un ange… auprès de la Vierge la plus pure et de Marie la plus sainte ».
82 Peut-être seul l’all. pl. muƒump I 108₁₅, 127₁₃, II 90₁₀ pourrait-il être interprété comme un emploi adessif (?).
83 Voir Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 202–203.
84 Tous ces faits vont à l’encontre de l’hypothèse de J. Kazlauskas selon laquelle les cas locatifs périphériques, tout comme l’illatif, n’ont jamais joué de rôle notable dans le dialecte samogitien (n’auraient pas été des cas); voir И. Казлаускас, Историческая грамматика литовского языка. Автореферат. Вильнюс, 1967, p. 18.
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formes. Il en va de même pour les formes longues et courtes de l’instrumental singulier des thèmes en i et des thèmes consonantiques et en (i)u, par exemple akmenimi II 47₈ || wiešpatim I 131₅ « par le Seigneur », Sunumi I 77₇ || šunumi I 81₂₀ « par le chien », wayšiumi I 23₂₂ || wayšium I 29₃ « par le fruit ». Elles varient énormément et dépendent, semble-t-il, également du nombre de syllabes dans le vers.
Le locatif et l’instrumental pluriel sont traités quelque peu différemment: dans le recueil de cantiques prédominent les formes courtes du loc. sg. (par ex., walándoy I 28₁₈ « dans l’heure », mediey I 64₁₂ « dans l’arbre », danguy I 21₁₀ « au ciel »), et les formes longues du loc. pl. (par ex., warguofe I 66₁₁ « dans les peines », žiamieſa I 99₂ « sur les terres », akyſa I 50₂₃ « dans les yeux ») ainsi que de l’instr. pl. (par ex., dowanomís I 30₁₃ « avec des dons », Krutimís I 45₁₈ « avec les seins »). Il semble que la désinence complète du loc. sg. (cf. girioia I 85₂₂ « dans la forêt », Rouie I 64₈ « au paradis »), la désinence du loc. pl. sans -e ou -a, ainsi que celle de l’instr. pl. sans -i-, étaient inhabituelles pour le traducteur, voire pour les correcteurs linguistiques⁸⁵. Aujourd’hui, dans l’aire des žemaitiens du Sud de Raseiniai, les variantes courtes ont prévalu dans tous les cas. De plus, le locatif singulier a perdu son jota: on prononce píwuo « dans le pré », žėmie « sur la terre ».
Dans le recueil de cantiques, les formes du locatif pluriel se terminent par -se ou -sa, par ex. knigoſe I 102₁₈ « dans les livres », akiſa I 37₁ « dans les yeux ». Il convient de noter que -se apparaît avec les noms des deux genres, tandis que -sa n’apparaît qu’avec les noms féminins⁸⁶. Les rimes montrent que le traducteur du recueil de cantiques employait lui-même les deux variantes; par exemple, le loc. pl. galibeſa I 146₂₀ « dans les forces » rime avec le n. sg. šwieſa « lumière », et le loc. pl. rankoſe II 25₁ « dans les mains » avec le 3. praes. refl. ſtoioſe « se tenait debout ».
Aujourd’hui, dans l’aire des žemaitiens du Sud de Raseiniai, les formes en -sa ont entièrement disparu. La variante courte, sans aucune voyelle après s, s’est imposée. Il convient de noter qu’aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles, la variante -sa était beaucoup plus répandue qu’aujourd’hui: on la trouve non seulement chez le haut-lituanien oriental K. Sirvydas et le Kedainien M. Daukša (rare chez tous deux, où -se prédomine), mais aussi dans les écrits des haut-lituaniens occidentaux J. Bretkūnas, B. Vilentas et J. Rėza, ainsi que du žemaitien M. Mažvydas. Ainsi, dans les formes dialectales abrégées d’aujourd’hui, la voyelle après s n’a pas partout disparu: dans bien des endroits, c’était a (et, localement, u). C’est peut-être pour cette raison que s est aujourd’hui le plus souvent prononcé dur.
Dans le recueil de cantiques, la désinence du datif singulier des noms à thème en i et des noms à thème consonantique est notée au moyen des graphèmes -ij (parfois -ii), par ex., širdii I 137₁₂ « au cœur », wiebpátii II 1₁₆. Wießpátii II 20₈ « au Seigneur ». Aujourd’hui, les žemaitiens du Sud de Raseiniai emploient de nouvelles formes, avec les désinences de thème ia (masc.) et ė (fém.). Ce n’est que très rarement et localement qu’on peut entendre l’ancienne désinence de thème en i -i (= haut-lituanien -ie). Les données du recueil de cantiques de Slavocinskio portent à croire que, dans la première moitié du XVIIᵉ siècle, cette désinence était encore d’un usage général et qu’elle comportait en outre un jota ou un į non syllabique, c’est-à-dire qu’elle se prononçait -ij ou -īj⁸⁷. Cette dernière circonstance explique, dans le dialecte, la non-
⁸⁵ La situation décrite rappelle beaucoup l’emploi des désinences courtes et longues dans les écrits des auteurs de la région de Kėdainiai, par exemple dans le catéchisme de M. Petkevičius; voir Z. Zinkevičius, M. Petkevičiaus katekizmo (1598 m.) tarmė, « Baltistica », VII (1), p. 82–84.
⁸⁶ On n’a relevé aucun nom masculin ni aucun autre nom fléchi présentant la terminaison -sa au loc. pl. Cela rappelle la recommandation de la grammaire de D. Kleinas, parue sept ans plus tard, de n’ajouter -sa qu’aux mots féminins; voir Pirmoji lietuvių kalbos gramatika, Vilnius, 1957, p. 434. On procède de même, entre autres, dans les édits des autorités de Prusse-Orientale de 1712–1788, publiés en 1955 par P. Pakarklis (Lietuvos TSR MA Darbai, Serija A, I); voir G. Bense, Sprachliche Untersuchungen zu neugefundenen litauischen Dokumenten aus dem XVIII. Jahrhundert. — Wissenschaftliche Zeitschrift der Martin-Luther-Universität, Halle-Wittenberg, 1958, p. 659–660.
⁸⁷ La présence certaine d’un jota ou d’un į dans la désinence est également attestée par la correction d’erreur où la forme d. sg. wieſpaty est corrigée en wieſpatii (II 128₉–₁₀). Dans le texte même, cette forme est corrigée en wieſpatii (I 69₉).
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la réduction des voyelles longues dans les terminaisons non accentuées. Les adaptateurs au dialecte aukštaitien de la langue du recueil de cantiques n’ont pas corrigé cette terminaison, car sa représentation graphique ne se distinguait pas de la terminaison [-ij] ou [-ii] alors largement utilisée dans le dialecte aukštaitien88.
Le recueil de cantiques de Slavočinskis montre que, dans la première moitié du XVIIe siècle, la déclinaison des substantifs à thème en i du dialecte žemaitien comportait déjà certaines désinences du thème en ē (les exemples sont donnés p. 141—142). À l’instrumental singulier, les substantifs féminins présentent systématiquement dans le recueil la désinence -ia, par exemple akia I 23₂₅ « avec l’œil », širdžia I 23₉ « avec le cœur ».
La déclinaison plurielle des substantifs à thème en u était encore assez bien conservée à l’époque, cf. n.pl. dāngus aukščiauſi II 109₁₂ « les cieux les plus hauts », karalus II 56₂₇ « les rois », ſunus iſbremti I 21₁₆ « les fils chassés », tris ſunus I 131₁₇ « trois fils », d. pl. pelums II 1₂₂ « aux pêles ». Les nouvelles formes à désinences du thème en a étaient apparemment encore rares à cette époque, mais on en trouve même dans la déclinaison singulière, par exemple i. sg. Sunu I 106₁ « avec le fils ».
La flexion du nominatif pluriel des thèmes consonantiques est triple dans le recueil, par exemple moters I 37₂₁ « femmes », ſeſers I 46₁₇ « sœurs » || krikśćiones II 84₂₇ « chrétiens » || Moteris I 41₃ « femmes », ſzunis I 75₁₁ « chiens ». Il peut évidemment s’agir d’une création des correcteurs de la langue du recueil. La variante à désinence du thème en i est employée dans le parler du traducteur. Les génitifs varient également dans le recueil, par exemple g. sg. dukters II 110₁₀, wandens II 43₈ || wandenio I 71₂ « d’eau », g. pl. wieſpatu I 131₇ « des seigneurs » || βakniu II 12₁₂ « des racines ». La forme a. sg. meniſi I 24₁₃ « le mois » est intéressante. Si elle n’a pas été forgée par le traducteur pour rimer avec wiſi « tous », elle pourrait indiquer que les formes des thèmes consonantiques avec i à la place de e non accentué étaient autrefois répandues dans le dialecte žemaitien sur une aire plus vaste qu’aujourd’hui89.
Le recueil de Slavočinskis ne présente encore aucun exemple de la désinence -ums, aujourd’hui très répandue dans cette région à tous les datifs et instrumentaux pluriels des substantifs féminins, par exemple d. pl. śakūms « aux branches », mergūms « aux filles », aviūms « aux brebis », i. pl. śakūms « avec les branches », mergūms « avec les filles », aviūms « avec les brebis »90. Apparemment, elle n’existait pas encore dans la première moitié du XVIIe siècle. Cependant, la désinence masculine du datif pluriel -iems, d’origine pronominale, était déjà remplacée par -ims (exemples donnés p. 142).
Les adjectifs du recueil présentent quelques traits archaïques. Ainsi, aiśkus, aśtrus, brangus, pigus, stiprus ont une flexion plus ancienne du thème en a, cf. adv. ayβkay I 2₄, II 6₁₉, Ayſzkay I 99₁ « clairement », a. sg. f. aśtra I 84₇ « aiguë » (forme encore attestée aujourd’hui), i.sg.m. brangu I 119₁₈ « cher », n.sg.f. piga I 94₁₁ « bon marché », adv. pigai I 94₆ « à bon marché » (mais n.sg.m. ne pigus II 69₉ « pas chers », adv. pigiey I 60₂₃ « à bon marché »), n.sg.f. Stipra II 86₂₅ « forte », adv. ſtipray II 53₁₉ « fortement » (forme encore attestée aujourd’hui). La déclinaison même du thème en u conserve des formes plus anciennes, par exemple g.pl.m. bayſu II 79₂ « terribles », teyſu żmoniu I 141₆, II 17₈ « de gens justes », a. pl.m. neteyſius II 62₁₃ « injustes ».
Parmi les formes du paradigme des adjectifs pronominaux, il faut relever les formes n.sg.f. en -oja, par exemple giwoia I 136₇ « vivante », Panna ſżwentoia I 9₁₃ « la Vierge sainte », Graźiaufioia lilila I 24₃ « le plus beau des lys ». Aujourd’hui, le parler du traducteur emploie -oji. Que jadis ici
88On écrit -ii (Knyga Nobažnystės, M. Petkevičius, Volfenbiutelio postilė), -iy (B. Vilentas, B. Chilinskis, Knyga Nobažnystės) ou -ii (M. Daukša, Knyga Nobažnystės). Les exemples sont donnés par J. Kazlauskas dans «Вопросы славянского языкознания», выпуск 5, Москва, 1961, p. 97—98.
89 Sur la situation actuelle, voir Z. Zinkevičius, Lietuvių dialektologija, p. 58—59.
90 Voir Z. Zinkevičius, ouvrage cité, p. 72—73.
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La présence de la terminaison -ja, en dehors du recueil de cantiques de Slavočinskis, est également attestée par les toponymes recueillis par J. Spruogis dans des documents du XVIe siècle, par ex. Диделя – нива в Видуклев. вол⁹¹.
Dans le domaine des pronoms, il convient de signaler d’abord l’emploi des formes enclitiques mi, ti, par ex. a) Diewe kam apleydaim I 82₁₀ ‘... tu m’as abandonné’, kankint nepalaujam II 18₂₇ ‘la torture ne m’épargne pas’, Draskõ [=Draskom] werksmas I 89₁₄ ‘le chagrin me déchire...’, ſuminem II 26₁₁ ‘il m’a écrasé’, Gierbſim wiſos ßalis I 21₄ ‘tous les pays me rendront hommage’, neſzkiem linkſmibe I 147₁₂ ‘porte-moi...’, Szełpkiėmgi I 155₂₁ ‘secours-moi donc’, b) Garbe duodut Diewe I 144₂₁ ‘je te rends hommage, Dieu...’, (~duoduot), Raſiut čia I 65₁₃ ‘je t’écrirai ici’ (~raſiuot), Wadinamot Pán-ná II 86₅ ‘nous t’appelons...’, Aniolay [...] garbinat I 106₆ ‘les anges [...] te rendent hommage’, Jaučias [...] šilduot I 59₂₁ ‘le bœuf [...] te réchauffe’, Minios Zidu priešj įžėiot, O palmas ant garbes dejot I 106₁₀–₁₁ ‘les foules sont sorties à ta rencontre [...] et ont déposé des palmes pour toi’, dáwet turtus Diews II 28₂₁ ‘Dieu t’a donné des richesses...’, welinay [...] Deginſit ugnim nugara II 118₆ ‘les diables [...] te brûleront le dos avec le feu’ (40 exemples au total).⁹²
Le fait que ces formes appartiennent au fonds linguistique du traducteur est attesté par leur présence en position de rime (par ex., I 88₂₂–₂₃, II 18₂₇–₂₈). Aujourd’hui, elles ne sont plus employées, non seulement dans le parler du traducteur, mais aussi dans les autres dialectes du lituanien; toutefois, c’est précisément dans la région des Samogitiens du Sud que leurs traces sont les plus nombreuses⁹³. Il semble qu’elles y aient disparu tardivement.
À l’époque, les formes de l’acc. pl. m. des pronoms personnels dans le parler du traducteur avaient déjà la terminaison -us, accordée aux noms (tùs ‘ceux-là’, anuos ‘ceux-là’, etc.; les exemples sont donnés p. 142). Une fois, la forme tiems est employée à la place de toms, d.pl.f. (II 10₁₄). S’il ne s’agit pas d’une faute d’impression⁹⁴, cela pourrait être un archaïsme attesté dans d’autres textes anciens⁹⁵ et dans les anciens parlers lituaniens de Prusse-Orientale⁹⁶.
Le recueil de cantiques de Slavočinskis emploie des formes athématiques des verbes būti ‘être’, (pa-, pra-)dėti ‘(com-)mencer’, paduoti ‘tendre’, (at-, pa-, per-, pra-, pri-, iš-, už)eiti ‘venir, aller’, giedoti ‘chanter’, palikti ‘laisser’, pasiekti ‘atteindre’, par ex. 1.sg. eſmi I 95₂₁ ‘je suis’, Pademi II 63₁₆ ‘je donne’, Paduomi II 43₁₁ ‘je tends’, Eymi I 74₁₇ ‘je vais’, 1. pl. Eſme II 50₁₃ ‘nous sommes’, 3. pers. eſt I 29₈ ‘il/elle est’, Padeſt II 107₂₈ ‘il/elle donne’, Paduoſt II 38₉ ‘il/elle tend’, eyt I 26₁₁ ‘il/elle va’, Gieſt I 105₁₉ ‘il/elle chante’, Pàlikt II 6₁₀ ‘il/elle laisse’, ne paſiekt II 57₂₂ ‘il/elle n’atteint pas’, réfl. deſtis II 121₅ ‘se fait, est fait’ (88 exemples au total). Cf. a.sg.m. atenti I 104₂₀, 121₂₁, II 111₁₁ ‘qui vient’⁹⁷.
Certaines formes athématiques présentent des traits phonétiques samogitiens, par ex. 3. praes. Pàlikt II 6₁₀ ‘il/elle laisse’ (= formes haut-lituaniennes paliekti). On trouve également, parallèlement, des formes remaniées samogitiennes des formes athématiques, par ex. 3. praes. réfl. atliktaſe I 153₁ ‘il/elle se maintient’ (~ atliktase), a.pl.m. Ateytančius II 97₂₆ ‘ceux qui viennent’. Ces faits montrent que les Samogitiens du Sud ra-
⁹¹ И. Я. Спругис, ouvrage cité, 94.
⁹² La voyelle des formes enclitiques ne se maintient pas. Font exception les trois exemples suivants, quelque peu obscurs, avec te (et non ti!): 1. Sunau te girdžiu raudanti, Aſž ſaweſp tawe bilanti I 95₁₆–₁₇ (J. Lebedys, ouvrage cité, 368, propose de comprendre ainsi: ‘Mon fils, que je puisse entendre (je voudrais entendre) toi qui pleures, toi qui me parles’), 2. Tu weykdàla iki gala Mánà ßelpki kad kálbomïs Aß teyſingay ir láymingay Gárbinčiau te tulomis II 98₂₅–₂₇ (J. Lebedys, ibid., 421, juge Garbinčiau te douteux et propose de comprendre ‘que je te rende hommage’ ou ‘je te rendrais hommage’), 3. IOzupay pamazù, Meldžiute pamazù, Regi iog asz ne galiu, Eyti grey tay šiu kialu I 60₄–₇ (J. Lebedys, ibid., 363, propose de comprendre Meldžiute comme ‘je te prie’).
⁹³ Voir Z. Zinkevičius, ouvrage cité, p. 300–301.
⁹⁴ J. Lebedys, ouvrage cité, 391, la corrige.
⁹⁵ Des exemples sont fournis par F. Špechtas, K Z LVI 264 sqq.
⁹⁶ Žr. J. Gerullis ir Chr. Stang’as, Lietuvių žvejų tarmė Prūsuose, Kaunas, 1933, p. 44.
⁹⁷ Une forme participiale intéressante apparaît dans la phrase Tie weyda Diewa žibanti Reg, įBkur garbe eiánti Im ſáu II 107₆–₈. Cette phrase devrait probablement être comprise ainsi: ‘Ils voient le visage lumineux de Dieu, et prennent pour eux la gloire qui en émane’.
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Dans la première moitié du XVIIe siècle, les locuteurs de la région de Šeiniai employaient déjà, à côté des verbes athématiques, des formes néologiques créées sur la base de la troisième personne, qui finirent par évincer entièrement les formes athématiques de l’usage.
La particule réflexive -se « -si » (exemples donnés p. 145) était alors beaucoup plus largement employée dans l’aire des Raseiniai de Samogitie méridionale qu’elle ne l’est aujourd’hui. Dans le parler actuel, la variante abrégée -s s’est généralisée partout; elle figure déjà aussi dans le recueil de cantiques de Slavočinskis. Ce n’est que localement (par exemple autour de Pagramantis, Skaudvilė, Eižvilkas et Raseiniai) qu’on emploie parfois encore, à côté d’elle, -se. À Lipkiškė (patrie de S. M. Slavočinskis), -se n’est plus attesté aujourd’hui. Il se peut qu’avant la généralisation de -s, de nombreux Samogitiens (on le trouve même dans le catéchisme de M. Mažvydas) ainsi que des Aukštaitiens occidentaux aient eu -se en finale de mot. Aujourd’hui, cette forme est attestée çà et là dans l’aire de ces derniers, autour de Jurbarkas, Ariogala, Liubavas et Kapsukas; elle était également présente dans le parler des pêcheurs de la lagune de Courlande⁹⁸. L’actualisateur du parler aukštaitien dans la langue du recueil de cantiques n’a pas touché à la particule réflexive -se⁹⁹, ce qui montre qu’elle était alors populaire également dans l’aire aukštaitienne. Et, en effet, on la trouve dans les écrits de J. Bretkūnas et de B. Vilentas, dans la « Margarita Theologica », ainsi que dans quelques exemples isolés des « Punktai sakymų » de K. Sirvydas et des évangiles de J. Jaknavičius.
Parmi les autres particularités verbales, on notera que les formes à thème i du présent étaient déjà alors remplacées facultativement, dans le parler de l’actualisateur, par des formes à thème (i)a (exemples p. 142); que le parler possédait déjà alors le formant de l’impératif -kia- respectivement -ke- (voir p. 142); que les formes de 1.pl. se terminaient déjà en -ma, les formes réfléchies en -mos (voir p. 142), et qu’il existait une terminaison de conditionnel 1. sg. -čiau (voir p. 143). Il semble que, dans la première moitié du XVIIe siècle, comme aujourd’hui dans divers parlers (y compris dans l’aire de la Samogitie méridionale), les formes « athématiques » et les formes à thème i du futur aient déjà été en concurrence, par exemple, à la 2. pl.: dirifite II 2₂₄ « vous ferez », waykščioſite II 2₁₂ « vous marcherez » || negauſite I 102₁₃ « vous ne recevrez pas », perſekineſite II 2₁₁ « vous poursuivrez »¹⁰⁰.
Parmi les mots invariables quelque peu particuliers du recueil, on mentionnera la variante plus longue de l’adverbe daug, daugi I 90₁₀ (une quinzaine d’exemples; aujourd’hui, seuls les Aukštaitiens méridionaux l’emploient), l’adverbe Niau I 61₆, 96₄ ou nau II 119₁₄ « peut-être, sans doute » (tout à fait absent des parlers et des autres écrits), la conjonction Nesag II 65₂₃ ou Neſag II 49₅ (~ nesag, nesang) « car » (aujourd’hui inusitée dans les parlers), et la préposition Anta II 22₅ « sur » (aujourd’hui présente uniquement chez les Aukštaitiens méridionaux)¹⁰¹.
La particule gi > g, très appréciée, s’ajoute à diverses formes fléchies et invariables, par exemple: g.sg.m. tog I 139₁₀ « à celui-là précisément », 1.sg.f. toyg I 138₁₇ « à celle-là précisément », n.pl.m. Wiſig I 63₁₅ « tous précisément », 3. praes. Irogi¹⁰² I 132₆ « c’est bien », (< *irā + gi), 2. sg. imper. Bukig I 109₁ « sois donc », conj. Betayg I 14₁₂ « mais, pourtant, cependant », prt. Tegigul II 56₁₇ « qu’il en soit ainsi, donc ». Aujourd’hui, un emploi quelque peu comparable n’a été observé, semble-t-il, que dans le parler de Zietela.
Parmi les faits de formation des mots, on notera le suffixe -inykas, par exemple: a.sg. daržinika I 114₄ « le jardinier », n.pl. káltinikay II 117₁₅ « les accusateurs ». Aujourd’hui, le parler de l’actualisateur emploie -ininkas, suffixe totalement absent du recueil de cantiques de Slavočinskis. La variante -inykas
98 Voir J. Gerullis et Chr. Stang'as, op. cit., p. 47.
99 Il n’y a qu’un seul exemple corrigé, mais lui aussi a été de nouveau « corrigé » en -se dans l’erratum (voir la note 62).
100 La forme intéressante de 1.pl. fut. peykſim I 114₆ « nous paierons ». Si ce n’est pas une faute d’impression pour peykſim, elle pourrait indiquer que des formes de 1. pl. avec un élément -m- répété existaient déjà à cette époque; voir Z. Zinkevičius, op. cit., p. 367 (§ 670).
101 La préposition ant s’emploie dans le recueil de cantiques également avec l’instrumental (Ant kryžiumi I 145₇, « sur la croix »). Aujourd’hui, cet usage ne semble avoir été observé que dans la partie occidentale du parler samogitien.
102 J. Lebedys (op. cit., 377) considère à tort qu’il s’agit d’une faute d’impression.
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n’a été observé jusqu’à présent que plus à l’est du parler du traducteur, dans la zone même de transition vers les Hautes Terres, autour de Raseiniai (Gerviniai) et de Kelmė. Autrefois, il était manifestement employé dans une aire bien plus vaste, puisque nous le retrouvons aussi dans les écrits d’auteurs de Prusse-Orientale originaires de Samogitie103.
Le recueil de cantiques de Slavočinskis montre que, dans la première moitié du XVIIe siècle, les Samogitiens plaçaient déjà le préfixe at- (et non ati-!) devant les verbes commençant par la consonne d, par exemple l’inf. atiduoti II 3₁₈ « rendre, remettre », 3e pers. du prétérit atadawė I 68₃ « il/elle a rendu », 3e pers. du présent adara I 112₂ « il/elle ouvre », n. pl. f. adaritas I 155₆ « ouvertes ».
Le recueil contient également une quantité considérable de données pour l’histoire de notre lexique. Les chercheurs y trouveront des mots qui ne sont plus employés aujourd’hui en lituanien, par exemple padukšė (I 99₁₃, 140₁₂, II 19₇,₈, 47₂) et paduksis (II 22₆, 28₁₃) « espoir », penukšlas (I 143₂₁, 148₁₄, 150₃) « nourriture, aliment », rudulis (I 65₁₉) « pauvre, indigent », 3e pers. du présent tieg (I 76ₐ₉, 78₉, 83₁₅, 122₁₄, II 19₃, etc.) « dit ». Certains mots ont conservé une forme plus ancienne, par exemple velinas (I 69₁₃, 100₃, 121₁₃, II 76₁₈, 116₁₅, etc.) « diable »104. Nombreux sont ceux qui ne sont aujourd’hui connus que dans certains dialectes. Ainsi, le substantif kėltuva (I 46₉, 68₉, II 21₂₅, 22₁₉, 32₁₈) était alors employé aussi bien dans l’est (K. Sirvydas), le centre (M. Petkevičius) que l’ouest (J. Bretkūnas, M. Mažvydas) de la Lituanie. Aujourd’hui, on ne peut entendre ce mot que dans l’est de la Lituanie, jusqu’à peu près la ligne de Labanõras, Giedraičiai et Daugai.
Le chercheur du lexique du recueil trouvera aussi des mots que nous employons aujourd’hui dans un autre sens, souvent plus récent, par exemple bernelis (I 31₂₀, 34₁₆, 36₂₀, 59₂₇, II 57₁₅) « petit enfant, tout-petit », grynas (I 142₃, II 100₇) « indigent, pauvre », nasrai (II 26₂) « bouche ».
* * *
L’analyse linguistique du recueil de cantiques de Slavočinskis présentée ici constitue une première tentative d’étude de ce monument important de notre langue du point de vue de la dialectologie. Cette analyse devrait montrer que les recherches sur les textes anciens sous cet angle sont prometteuses. À l’avenir, elles pourront fournir de très nombreuses données importantes pour l’histoire de la langue. En effet, sans elles, il sera impossible d’élaborer une dialectologie historique du lituanien, car la comparaison des seuls faits dialectaux contemporains conduit à des hypothèses sans fin. Enfin, les recherches de ce type sont la clé qui permettra d’éclairer l’histoire très complexe de la formation du lituanien standard, avant tout de sa forme écrite (il n’y en avait pas qu’une seule autrefois).
Reçu
1971.V.5.
З. ЗИНКЯВИЧЮС
LA LANGUE DU RECUEIL DE CANTIQUES DE S. M. SLAVOČINSKIS (1646)
Résumé
Il est généralement admis que la langue de ce monument présente un mélange de différents dialectes lituaniens de la première moitié du XVIIe siècle. La présente étude vise à dresser un inventaire précis des éléments des dialectes qui
103 Cf. la remarque de Pr. Skardžius, « Archivum philologicum », II (Kaunas, 1931), p. 197.
104 Dans le Giesmynas, on trouve également une forme plus courte, mais avec une désinence de thème en a (et non ja!), par exemple: n.sg. Welnas II 94₁₀, g.sg. welna I 56₂, d.sg. Welnuy II 103₁, n.pl. welnay II 118₁₁. Le fait que la forme longue ne soit pas l’œuvre des correcteurs linguistiques est montré par les rimes des chants; cf. n. sg. welinas II 116₆ rimant avec a. pl. f. amžinas « éternel », et a. pl. welinus II 76₁₈ avec a. pl. kalinius.
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font partie de la langue du monument étudié, de localiser les dialectes en question, d’éclaircir le processus de traduction des chants en lituanien, ainsi que de déterminer la valeur des données tirées de ce monument pour l’histoire et la dialectologie historique de la langue lituanienne.
L’analyse détaillée des particularités linguistiques du monument a montré qu’il ne contient des éléments que de trois dialectes, à savoir: 1) du samogitien, dans les environs de Nemakščiai–Viduklė; 2) de l’aukštaitien, dans les environs de Kėdainiai; et 3) du lituanien oriental (ville de Vilnius).
Les chants furent d’abord traduits dans le dialecte samogitien (le parler natal du traducteur), auquel furent ajoutés certains éléments aukštaitiens, employés par le traducteur principalement à des fins de versification, avant tout pour trouver les rimes nécessaires. Toutefois, les chants religieux ainsi traduits en lituanien ne plaisaient pas aux organisateurs de la publication du recueil. Le texte fut donc remanié par la suite (apparemment non seulement par le traducteur lui-même, mais aussi par d’autres personnes), afin de remplacer, partout où la versification le permettait, les formes samogitiennes par celles de l’aukštaitien qui étaient propres à la langue écrite alors en usage en Lituanie, surtout dans le diocèse de Samogitie, et qui, selon l’auteur du présent article, s’était constituée sur la base du dialecte des environs de Kėdainiai.
Les rares éléments du lituanien oriental relevés dans les chants s’expliquent par deux raisons: 1) le traducteur a largement utilisé le dictionnaire de lituanien oriental de K. Sirvydas (Širvydas); 2) il a emprunté directement une partie des éléments en question à la koïnè du lituanien oriental de la ville de Vilnius, où il résidait pendant ses études à l’Académie de Vilnius.
Le monument étudié contient de nombreuses données précieuses pour l’histoire et la dialectologie historique de la langue lituanienne. Elles témoignent, par exemple, du fait que, dans la première moitié du XVIIe siècle, le dialecte samogitien méridional possédait déjà les monophtongues longues ī, ī (au lieu de uo, ie du lituanien standard moderne), les diphtongues uo, ie (issues de o, ē), et que le passage de l’initiale e- à a- était déjà amorcé; toutefois, les suites de sons sous accent aigu u, i+r, l, m, n n’avaient pas encore subi de diphtongaison dans les environs de Nemakščiai–Viduklė. Dans le domaine du consonantisme, il faut surtout signaler le passage des consonnes zd à z. La palatalisation des consonnes devant les voyelles de type e était alors différente de celle du dialecte moderne: seules les consonnes k, g, et en partie š, ž (č, dž) subissaient un assouplissement marqué, tandis que les autres consonnes conservaient, à des degrés divers, leur dureté originelle. À cette époque, le dialecte en question conservait de nombreuses formes morphologiques anciennes, entièrement ou presque entièrement disparues aujourd’hui, par exemple le duel, l’illatif, l’adessif, l’allatif, les formes du locatif pluriel en -sa, les formes du datif singulier en -iej des substantifs à thème en -i, les formes pronominales enclitiques mi, ti, les formes verbales athématiques; la particule réfléchie -se était largement employée. Parallèlement, le monument présente déjà certains éléments nouveaux caractéristiques du dialecte samogitien méridional moderne.
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L’ouvrage examine également des données qui éclairent l’histoire des dialectes du parler aukštaitien.
En conclusion, l’attention des linguistes est attirée sur la nécessité d’approfondir l’étude des anciens monuments écrits lituaniens sous l’angle dialectologique.