Skip to document
Back
Go to original Localized version was produced by AI. It may contain inaccuracies.
Preparing document pages…

LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI, V

LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA

EXPLICATION SYNONYMique DES SENS DES MOTS

DANS LE « DICTIONNAIRE DE LA LANGUE LITUANIENNE »

A. LYBERIS

Le dictionnaire académique de la langue lituanienne est le premier grand dictionnaire monolingue explicatif du lituanien. Il comprend non seulement le lexique contemporain, mais aussi des mots tirés des plus anciens monuments écrits de la langue lituanienne, des dictionnaires les plus importants, des recueils de folklore et d’autres sources. Le « Dictionnaire de la langue lituanienne » contient tout particulièrement une grande quantité de lexique populaire, de mots dialectaux et régionaux variés, ainsi que d’emprunts largement connus.

La tâche d’un dictionnaire explicatif consiste à définir les sens des mots, à mettre en évidence leurs diverses nuances sémantiques et stylistiques, ainsi que leur emploi dans la langue.

Les premiers tomes du « Dictionnaire de la langue lituanienne », dont la préparation avait commencé dès les années du pouvoir bourgeois, n’avaient pas pour objectif de décrire en détail les sens des mots ni d’en examiner toutes les nuances. On s’efforçait de faire ressortir uniquement les sens principaux et de les expliquer aussi brièvement et succinctement que possible, en recourant largement à des synonymes et à des exemples illustratifs. De nombreux mots, par exemple aklas, atviras, atbulas, badyti, baimė, baisus, dauba, dumdėti, etc., étaient expliqués uniquement par des synonymes. En revanche, on s’efforçait de fournir autant que possible des exemples illustratifs tirés de la littérature et de la langue parlée populaire, laissant au lecteur le soin d’en discerner les diverses nuances de sens.

À cet égard, les premiers tomes du « Dictionnaire de la langue lituanienne » nous rappellent à bien des égards le dictionnaire du célèbre lexicographe russe V. Dal1. Toutefois, aussi bien dans le dictionnaire de la langue russe de V. Dal que dans les premiers tomes du « Dictionnaire de la langue lituanienne », on recourt non seulement à l’explication synonymique, mais aussi à l’explication descriptive des sens des mots. D’une part, tous les mots n’ont pas de synonymes; d’autre part, il n’est pas toujours possible d’expliquer précisément les mots par des synonymes. C’est pourquoi, dans les dictionnaires mentionnés, les sens des mots sont souvent expliqués de manière descriptive.

Les tomes suivants du « Dictionnaire de la langue lituanienne » (III—VI), préparés sous le régime soviétique, diffèrent sensiblement des premiers tomes dans leur façon d’expliquer les sens des mots.

1 Cf. le point de vue de V. Dal lui-même sur l’explication des sens des mots: « Lorsqu’on explique et interprète un mot, on évite généralement les définitions sèches et stériles, fruits de la scolastique, divertissement d’un savoir prétentieux, qui n’apportent aucun sens à la chose... Expliquer un mot par un autre, et à plus forte raison par une dizaine d’autres, est certes plus intelligible que toute définition, et les exemples éclairent encore davantage la chose. Dictionnaire explicatif de la langue russe vivante, de Vladimir Dal, tome premier, Saint-Pétersbourg, Moscou, 1880, p. XXII. »

199

On s’efforce d’y élargir les limites de l’explication des mots, d’examiner plus minutieusement et plus en détail leurs significations et leurs nuances, et de mettre en évidence les expressions phraséologiques, en recourant à cette fin aux méthodes d’explication des mots de la lexicographie soviétique. L’explication descriptive des mots est mise au premier plan, car elle permet de révéler plus largement et avec plus de précision leur sémantique. Toutefois, une partie des mots continue d’être expliquée au moyen de synonymes correspondants, largement connus et employés dans la langue littéraire.

La question se pose donc de savoir quand employer, dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », le procédé synonymique d’explication du sens des mots.

Il faut d’abord préciser que, pour le moment, nous nous intéresserons aux synonymes lexicaux et n’aborderons pas la synonymie grammaticale, c’est-à-dire les différentes variantes dialectales et autres variantes de mots, par exemple: kuoka et kuokas, gedulas et gedulys, brolybė et brolystė, gyvulys et gyvolis, etc., car celle-ci n’apporte presque rien de nouveau pour préciser la pensée et, dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », elle est le plus souvent expliquée par renvoi, par exemple: gyvolis, marqué dial. (dialectal), renvoie par la mention žr. (voir) au mot gyvulys. Si les deux variantes sont employées aussi largement l’une que l’autre et qu’aucune ne prévaut sur l’autre dans la langue littéraire, l’une (la première par ordre alphabétique) est définie, tandis que la seconde est simplement expliquée par la première, par exemple, gaiveliosis, -iojasi, -iojosi gaivelėtis.

La synonymie lexicale est tout autre chose. Il ne s’agit pas de formes lexicales en double qui se distinguent par certains éléments dérivationnels, mais de mots de forme phonique différente et de sens identique ou proche, employés pour désigner certaines nuances de sens ou pour des raisons stylistiques.

Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », les synonymes lexicaux servent à expliquer les mots dans deux cas: 1) comme auxiliaires à une définition descriptive et 2) comme moyen explicatif autonome.

Le plus souvent, les synonymes servent d’auxiliaires à une définition descriptive. Dans ce cas, le sens du mot est d’abord défini de manière descriptive, puis (après un point-virgule) on donne un nombre plus ou moins grand de synonymes. Ainsi, le mot gabalas est d’abord défini de façon descriptive comme « partie distincte d’un objet », puis des synonymes sont ajoutés — luitas, lustas, grumulas. Le mot kampas est défini de façon similaire — « endroit où se croisent deux lignes, plans, murs ou objets » — auquel on ajoute ensuite le synonyme kertė. Ici, les synonymes complètent la définition descriptive du sens, parfois assez brève et concise, et montrent que d’autres mots sont également employés pour désigner la même chose; le lecteur pourra en trouver l’explication à leur entrée respective. Il se peut que le lecteur connaisse mieux le sens des synonymes proposés que celui du mot servant à l’explication, ce qui l’aidera à mieux comprendre ce dernier. Il va de soi que l’explication d’un mot par un autre ne peut pas toujours être exacte et correcte, car les mots dont les sens coïncident absolument sont rares dans une langue. Mais ici, l’explication synonymique n’est qu’un moyen auxiliaire, puisque la définition descriptive du sens du mot constitue le fondement de l’explication.

Lorsqu’on utilise les synonymes comme moyen explicatif autonome, le sens du mot n’est plus défini de manière descriptive; le mot à expliquer est simplement mis en parallèle avec d’autres mots dont le sens est proche ou identique.

Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », les synonymes lexicaux servent de moyen explicatif autonome dans les cas suivants:

1) pour expliquer les termes et les mots régionaux, par exemple, le terme kėltuva est expliqué par les mots littéraires largement connus galvijas, gyvulys; gorūs — kartus, aitrus, gaižus; dagà — derlius, branda; kaikinti — erzinti, pykinti, tyčiotis, etc.;

200

2) pour expliquer des mots désuets ou devenus archaïques, p. ex., atakia est expliqué par le synonyme kerštas; ašmas — aštuntas; godonė — pagarba;

3) pour expliquer des emprunts, des mots d’argot et d’autres mots qui ne sont pas employés dans la langue littéraire, p. ex., glūšas (pol. głuszy) — 1. sourd... 2. idiot, crétin, bête, peu malin; kačėrga (biélor. кацапра) — tisonnier, mélangeur. Les exceptions sont constituées par les mots qui ne sont pas employés dans la langue littéraire et qui n’ont pas d’équivalent lituanien. Dans ce cas, leur sens est décrit, p. ex., karabelė (pol. karabela) — épée courte, large et légèrement courbe;

4) pour expliquer des néologismes ou calques qui ne se sont pas implantés ou qui sont mal formés, p. ex., apystova (rus. обстановка) — circonstance; ainis (dérivé de façon incorrecte du mot atainis) — descendant, héritier, fils; gintuvė (formation de K. Širvydas) — forteresse; gerbūvis (pol. dobrobyt, all. Wohlsein) — prospérité; išguldyti (pol. wykładać) — expliquer, exposer; dangūtyra (formation qui ne s’est pas implantée) — astronomie, etc.;

5) pour expliquer certains sens figurés des mots, p. ex., le mot karštas a également des sens figurés dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne »: 2. sincère, zélé, intense (désir ardent, approbation enthousiaste, amour passionné, cœur ardent); 3. impétueux, fougueux, rapide (homme impétueux, tempérament fougueux, cheval rapide); 4. urgent, qui ne saurait attendre (travail urgent). Il serait difficile de définir plus précisément ces sens des mots: dans la langue, ils ne sont pas suffisamment distincts, autonomes et nettement délimités, et ne se dégagent que de la phrase dans laquelle ils sont employés. Ainsi, les synonymes suffisent à les expliquer.

Ainsi, dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », les synonymes ne sont employés comme moyen d’explication autonome que pour expliquer des mots à connotation stylistique ou qui ne sont pas employés dans la langue littéraire. Tous les autres mots sont expliqués par une définition descriptive, une indication ou d’une autre manière. Lorsqu’on ne respecte pas cette règle, on commet une erreur appelée en logique « cercle dans la définition » (p. ex., expliquer le mot gražus par le synonyme puikus, puis ce dernier, à son tour, par le mot gražus). Une telle explication ne permet nullement de comprendre ce que signifie chacun des deux mots, ni s’il existe entre eux une quelconque différence de sens. On ne peut expliquer un mot par un autre que si ce dernier fait l’objet d’une définition descriptive dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne ».

Il faut également mentionner les autres cas où les explications synonymiques ne sont pas utilisées dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne »:

1) les mots de la langue littéraire ne sont pas expliqués par des mots dialectaux, désuets, empruntés ou non employés dans la langue littéraire. Ainsi, le mot gaisas est d’abord défini de manière descriptive dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne »: « rougeoiement du ciel causé par le soleil levant ou couchant, bande lumineuse due à un incendie lointain », puis (après un point-virgule), le synonyme pašvaistė est ajouté comme moyen d’explication complémentaire, mais pas les mots dialectaux žiora, pažiora, kaisra ni l’emprunt pazaras; le mot kovą n’est pas expliqué par le néologisme mal formé de S. Daukantas karmuša, ni kaliošai par purvabridžiais, etc.;

2) les mots au sens propre ne sont pas expliqués par des mots au sens figuré — des synonymes. Ainsi, le mot bijoti n’est pas expliqué par le synonyme métaphorique drebėti; le mot daugybė n’est pas expliqué par les mots au sens figuré baisybė, galybė, kalnai, marios ni par les expressions idiomatiques gyva bala, gyvas kelmas (galas, velnias);

3) les mots neutres du point de vue stylistique ne sont pas expliqués par des mots à connotation expressive, émotionnelle ou autrement stylistique. Ainsi, le mot gerti n’est pas expliqué par des synonymes tels que maukti, kli aukti, riaukti, sriaubti, vempti, bizyti et autres, qui ont

201

une nuance péjorative marquée; le mot arklys n’est pas expliqué par le mot žirgas, car ce dernier désigne un bon cheval, généralement monté, souvent mentionné dans les chansons populaires.

Les mots qui possèdent une nuance expressive et émotionnelle peuvent être expliqués par des mots stylistiquement neutres, c’est-à-dire des synonymes. Mais cela ne suffit pas toujours: il faut parfois aussi indiquer la nuance expressive et émotionnelle du mot expliqué et développer l’explication synonymique en une explication descriptive. Par exemple, le mot milžiniškas est expliqué par les mots labai didelis (« très grand »): on ajoute la marque labai (« très ») au synonyme didelis (« grand »). De même, les mots geisti (« désirer ») et kimšti (« se gaver ») sont expliqués respectivement par labai norėti (« désirer très vivement ») et godžiai ir daug valgyti (« manger avec voracité et en grande quantité »), etc. On pourrait appeler cette méthode d’explication « synonymique-descriptive », car un mot y est expliqué par un autre, généralement de sens plus large, auquel on ajoute un mot indiquant la nuance sémantique ou stylistique du terme expliqué.

Les nuances de sens des synonymes ne sont pas toujours faciles à définir, bien qu’on les perçoive dans le contexte. Elles peuvent se manifester de diverses manières: 1) par le degré d’une qualité, par exemple: baisus, išgąstingas, siaubingas (« effrayant, terrifiant, épouvantable »); 2) par l’étendue du sens, par exemple: le mot artimas a un sens plus large que son synonyme gretimas; 3) par le degré de concrétude ou d’abstraction, par exemple: daiktas yra konkretesnės reikšmės žodis kaip dalykas (« daiktas est un mot de sens plus concret que dalykas »); 4) par certaines particularités sémantiques, par exemple: daina désigne toute œuvre d’art vocal et musical de petite forme, interprétée par un chœur ou une personne, tandis que son synonyme giesmė désigne une œuvre solennelle du même genre.

Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », ces synonymes et d’autres similaires sont expliqués selon la méthode synonymique-descriptive.

La notion de proximité et de ressemblance entre les sens des mots est assez relative: ce qui paraît proche ou similaire à l’un peut sembler différent à un autre. La proximité de sens entre synonymes est parfois entendue dans une acception très large. Ainsi, une drąsa déplacée, liée à un danger mortel, peut être qualifiée par quelqu’un de beprotybe (« folie »), ou l’lepinimas des enfants par leurs parents peut être appelé leur gadinimu (« gâterie excessive »). Il est évident qu’il n’y a aucun rapport de synonymie entre ces mots. Il s’agit seulement d’une ressemblance potentielle entre les sens des mots, dépendante de la situation. Les synonymes ne recouvrent pas des cas individuels ou fortuits de ressemblance sémantique, mais des relations durables entre les sens des mots, établies dans la langue au cours d’une longue période de son évolution.

Un critère permet d’établir la synonymie des mots: leur substituabilité, c’est-à-dire la possibilité d’employer un mot à la place d’un autre dans le même contexte sans modifier outre mesure le contenu de la pensée. Là où une telle substitution est impossible, il n’y a généralement pas de synonymes, mais seulement des mots de sens différents. Bien que ce critère ne soit pas absolument fiable et soit contesté par beaucoup, il est indispensable en lexicographie. Le lexicographe doit impérativement vérifier si les synonymes proposés dans les définitions peuvent, dans le contexte, remplacer le mot défini. Dans le cas contraire, il faut les écarter, car ils n’aideront pas seulement à mieux comprendre le mot défini: dans certains cas, ils induiront même le lecteur en erreur. Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », le choix des synonymes repose précisément sur ce critère. Par exemple, le mot kaimenė est défini ainsi: « un groupe d’animaux; banda » (le synonyme ajouté, banda, peut remplacer entièrement le mot kaimenė).

Les synonymes de sens équivalent, c’est-à-dire ceux dont le sens coïncide entièrement, sont peu nombreux dans la langue. Il s’agit surtout de doublets terminologiques et de mots apparentés, par exemple lėktuvas – aeroplanas, trūkumas – defektas, kepenys – jaknos, etc. La langue n’apprécie pas les mots superflus, qui n’apportent rien à la précision de la pensée. La coexistence prolongée dans la langue de mots parallèles univoques est gênante. Avec le temps, l’un de ces doublets peut disparaître ou acquérir une autre nuance de sens ou de style—

202

—par exemple, aeroplanas a désormais une nuance de mot vieilli et n’est pas employé dans tous les styles.

Comme la langue littéraire lituanienne est encore relativement jeune par rapport à d’autres langues, elle compte nettement plus de mots parallèles que celles-ci. Ainsi, les mots drebule – epušė, kadagys – eglis, gandras – gužutis, vieversys – vyturys, kiškis – zuikis, antinas – gaigalas, banga – vilnis, klojimas – kluonas, baslys – kuolas – mietas sont employés en parallèle, entre autres. Ces synonymes peuvent dans tous les cas se substituer les uns aux autres. Ils sont largement utilisés dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne » pour expliquer d’autres mots. Par exemple, le mot kiškis est défini ainsi: « petit animal sauvage de la famille des rongeurs; zuikis » (le synonyme équivalent zuikis est ajouté à la fin).

Mais la plupart des synonymes ne sont pas équivalents: ils diffèrent par des nuances, même légères, de sens ou de style. C’est pourquoi il faut les employer avec prudence pour expliquer les mots, car le risque de se tromper est toujours présent: on peut attribuer à un mot un sens ou une nuance qu’il n’a pas. Or, les synonymes sont très nombreux en lituanien. Pilypas Ruigys avait déjà souligné la richesse et la diversité de la synonymie dans notre langue. Il écrivait: « Notre langue ne manque ni de synonymes, ni de diminutifs, ni de participes, ni de préfixes variables pour désigner des réalités différentes… Si les Allemands emploient le même mot grau pour parler d’un homme, d’un cheval, d’un habit ou de pois, les Lituaniens utilisent des mots différents pour exprimer la grisaille: un homme est žilas, un cheval širmas, les pois sont raini ou būri. Wie viel? se dit par les mots keli? kiek? kaip daug? keletas? (ce dernier s’emploie à propos d’êtres vivants). Grob, à propos du foin, se traduit par stambus, à propos du bois de chauffage, par storos, et à propos de la toile, par kieta. Waschen se traduit par mazgoti pour les mains, prausti pour le visage et skalbti pour les vêtements »2.

L’examen du lexique lituanien montre que les différentes catégories de mots ne sont pas également riches en synonymes. C’est pourquoi les explications synonymiques ne peuvent pas être utilisées avec la même fréquence pour toutes les significations des mots.

Les synonymes sont particulièrement fréquents dans l’explication des verbes, car cette partie du discours en est exceptionnellement riche. Par exemple, le verbe lyti (« pleuvoir ») compte environ 20 synonymes en lituanien, le verbe valgyti (« manger ») environ 25, tandis que le verbe eiti (« aller »), avec toutes ses nuances de sens, en compte plus d’une cinquantaine.

Les adjectifs possèdent eux aussi beaucoup de synonymes. Par exemple, la notion de « laid » s’exprime en lituanien par des synonymes tels que darkus, dar gus, grasus, koktus, atšižžus, šlykštus. Le dernier mot désigne le degré suprême de la laideur. Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », les adjectifs sont particulièrement souvent expliqués au moyen de synonymes. Toutefois, certaines de ces définitions sont imprécises. Ainsi, le mot geras (« bon ») est expliqué par les mots meilus, malonus; gailestingas; nepiktas. Comme on le voit, ces mots ont des sens très différents et ne sont pas synonymes: une personne bonne n’est pas nécessairement compatissante ou non méchante. Ces mots conviendraient peut-être pour expliquer certaines nuances de ce sens, mais non son sens général.

Les noms, par comparaison avec les verbes et les adjectifs, ont beaucoup moins de synonymes. Les noms concrets désignant des objets, tels que žemė, vanduo, oras, saulė, medis, žolė, etc., n’ont aucun synonyme. Certains noms abstraits ont davantage de synonymes, par exemple baimė, džiaugsmas, noras, ginčas, daugybė, etc.

Les numéraux et les pronoms n’ont pratiquement pas de synonymes. Si un mot de cette catégorie a parfois un synonyme, celui-ci est uniquement stylistique; par exemple, à la place de septintas (« septième »).

2 Ph. Ruhig, Betrachtungen der Littauischen Sprache, Königsberg, 1745, p. 70.

203

Un synonyme archaïque sekmas est parfois employé; à la place du pronom jis, on emploie parfois, pour créer une couleur locale, le synonyme dialectal ãnas.

En général, les synonymes doivent être employés avec une certaine retenue pour expliquer le sens des mots. Deux ou trois synonymes suffisent amplement à expliquer un sens. Leur emploi excessif non seulement n’aide pas à mieux comprendre le sens du mot, mais parfois l’obscurcit même. En effet, comme indiqué, les synonymes présentent, outre un sens commun, certaines différences de sens, même minimes, certaines nuances susceptibles d’entraver la compréhension précise du sens du mot. Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », on choisit les synonymes les plus précis et les plus proches par le sens pour expliquer celui des mots. Savoir distinguer les nuances de sens des synonymes et les utiliser avec discernement pour expliquer les mots est une condition importante d’un travail lexicographique réussi.

Interprétation synonymique du sens des mots dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne »

А. ЛИБЕРИС

Résumé

1. Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne » en plusieurs volumes, qui, par son ampleur et sa nature, se rapproche des dictionnaires de type thesaurus et comprend des dialectalismes, des archaïsmes, des emprunts et d’autres mots absents de la langue littéraire contemporaine, l’explication synonymique du sens des mots est plus souvent utilisée que dans les autres dictionnaires contemporains.

2. Dans les deux premiers tomes du « Dictionnaire de la langue lituanienne », préparés à l’époque bourgeoise, on recourait souvent à l’explication synonymique même lorsque la définition descriptive du sens des mots aurait été plus appropriée. On partait de l’idée que les définitions descriptives étaient souvent difficiles à formuler, confuses et ni tout à fait exactes ni exhaustives.

Comme l’explication d’un mot par un autre est rarement précise, on citait, pour l’explication, un assez grand nombre de synonymes, qui faisaient mieux ressortir telles ou telles nuances de sens. À bien des égards, les deux premiers tomes du « Dictionnaire de la langue lituanienne » rappellent ainsi le dictionnaire de la langue russe de V. I. Dal, où l’explication synonymique du sens des mots est très largement utilisée.

Pour expliquer le sens des mots dans les tomes suivants du Dictionnaire (3, 4, 5, 6), on s’est davantage inspiré des méthodes d’explication du sens employées par la lexicographie soviétique. Tous les mots essentiels de la langue littéraire sont expliqués de manière descriptive. Seuls les mots à connotation stylistique expressive ou qui ne sont pas employés dans la langue littéraire sont expliqués par des synonymes (voir ci-dessous). La méthode référentielle d’explication du sens des mots est également utilisée.

204

3. Les synonymes lexicaux sont actuellement employés dans le Dictionnaire dans deux cas: 1) comme moyen auxiliaire dans une définition descriptive et 2) comme moyen autonome d’explication des mots.

Le plus souvent, les synonymes sont utilisés dans le Dictionnaire comme moyen auxiliaire dans une définition descriptive. Dans ce cas, on commence par définir le sens du mot de manière descriptive, puis (après un point-virgule) on donne un nombre plus ou moins important de synonymes, s’il en existe dans la langue.

4. Lorsque les synonymes sont utilisés comme moyen autonome d’explication du sens des mots, aucune définition descriptive n’est donnée: le mot expliqué est simplement mis en relation avec d’autres mots proches ou identiques par le sens aux synonymes.

Dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne », les synonymes servent à l’explication autonome dans les cas suivants:

a) pour expliquer les dialectalismes et les mots régionaux, par ex., gorus (amer) kartus, aitrūs, gaižus;

b) pour expliquer les mots vieillis ou devenus archaïques, par ex., ataka (vengeance) kerštas;

c) pour expliquer les barbarismes, les mots d’argot et les autres mots qui ne sont pas en usage dans la langue littéraire, par ex., glūšas (polon. gluszy) 1. kurčias (sourd)… 2. paikas, kvaišas, žioplas (stupide);

d) pour expliquer les néologismes mal formés ou qui ne sont pas entrés dans l’usage, par ex., apvstova (russe: situation) aplinkybė; gerbūvis (polon. dobrobyt, allem. Wohlsein) gerovė;

e) pour expliquer certains sens figurés des mots ou des sens qui ne sont pas suffisamment clairs et autonomes, par ex., karštas (chaud) a également les sens figurés suivants: 1. nuoširdus, uolus (zélé); 2. staigus, ūmus (emporté, irascible); 3. skubus, neatidėliotinas (urgent, qui ne peut être différé).

5. Les synonymes ne servent pas à expliquer:

a) les mots synonymes qui diffèrent par des nuances particulières de sens, par ex., le mot daina (chanson) n’est pas expliqué par le mot giesmė, car daina désigne généralement « une courte œuvre musicale et textuelle destinée à être interprétée par une personne seule ou par un chœur », tandis que giesmė désigne « une œuvre vocale solennelle de ce genre »;

b) les mots synonymes qui diffèrent par de fortes nuances stylistiques ou expressives, par ex., pluožmus (cruel, féroce) n’est pas expliqué par le mot žvėriškas (bestial);

c) les mots au sens propre par des mots au sens figuré, par ex., bijoti (avoir peur) n’est pas expliqué par le sens figuré du mot drebėti (trembler);

d) les mots de la langue littéraire par des mots dialectaux, vieillis, argotiques ou empruntés à d’autres langues; par ex., dans le Dictionnaire, le mot kamuoti (tourmenter) est expliqué par le mot de la langue littéraire varginti, mais non par le mot dialectal stekenti ni par l’emprunt tėsyti.

205

6. Les synonymes qui sont des variantes dérivationnelles et sont identiques par le sens sont définis par renvoi, par exemple, la variante dérivationnelle dialectale guvulis renvoie au mot littéraire guvulys.

7. Les définitions synonymiques sont le plus souvent employées pour définir les sens des verbes et des adjectifs; elles s’appliquent plus rarement aux noms et très rarement aux numéraux et aux pronoms.

8. Le Dictionnaire emploie également une méthode intermédiaire de définition du sens des mots, que l’on peut appeler, par convention, synonymico-descriptive. Parfois, un mot est expliqué au moyen d’un autre synonyme accompagné de mots supplémentaires indiquant les nuances sémantiques et stylistiques du mot défini; par exemple, le mot geisti (désirer fortement; avoir soif) est expliqué par les mots labai norėti (désirer beaucoup; au synonyme norėti est ajouté le mot précisant labai).

Document details