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LIETUVIŲ AREALINĖS LINGVISTIKOS KLAUSIMAI

LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA

V. AMBRAZAS

LA DIFFUSION DU MODE INDIRECT (MODUS RELATIVUS) ET LE PROBLÈME DE SON ORIGINE

1. CONSTRUCTIONS AVEC DES PARTICIPES ACTIFS

1.1. On appelle généralement mode indirect (modus relativus, ci-après NN) les formes nominatives des participes actifs du lituanien qui occupent dans la phrase la position du verbum finitum et s’opposent au mode direct par le sens d’une action rapportée ou connue indirectement d’une autre manière, cf.: jis gyvenęs kaime (mode indirect) et jis gyvena kaime (mode direct). Le terme « mode indirect », introduit en 1937 dans la revue « Gimtoji kalba »1, s’est imposé ces dernières décennies dans la linguistique lituanienne2. Bien qu’il soit parfois discuté3, il demeure toutefois plus commode et plus précis que le terme « langage participial », employé auparavant pour désigner de nombreux cas d’emploi des participes. Comme les autres modes du lituanien, le NN possède une sémantique modale spécifique et un paradigme de formes bien défini.

1.1.1. Dans le lituanien littéraire contemporain, le paradigme du mode indirect comprend les formes suivantes:

1. Simples: prés. sg. metęs, -anti, pl. metę, -ančios; passé fréquentatif sg. metęs, -usi, pl. metę, -usios; passé itératif sg. mesdavęs, -usi, pl. mesdavę, -usios; futur sg. mesiąs, -ianti, pl. mesią, -iančios.

2. Composées, de voix active, inchoatives: passé fréquentatif sg. buvęs bemetęs, buvusi bemetanti, pl. buvę bemetę, buvusios bemetančios; futur sg. būsias bemetęs, būsian­ti bemetanti, pl. būsią bemetę, būsiančios bemetančios; voix active, accomplies: présent sg. esąs metęs, esanti metusi, pl. esą metę, esančios metusios, passé fréquentatif sg. buvęs metęs, buvusi metusi, pl. buvę metę, buvusios metusios;

1 Žr. J. Lazausko str. „Penkt oji nuosaka“ GK 1937, Nr. 2, p. 24–6 su pritariamu redakcijos prierašu.

2 Cf. J. Balkevičius, Sint. 94 et suiv.; P. Gailiūnas, LKG II 58–9; N. Sl žienė, LKG II 167 et suiv.; A. Paulauskienė, Veiksm. 158 et autres; pour le terme modus relativus en lituanien, cf. E. Fraenkel, IF XLVI 44; P. Trost, LKK III 220; W. K. Matthews, SEER XXXIII 370, E. Hofmann, Indogermanica 29; I. Marvan, SIPr IV 254, B. Сиртаутас, Глагольное сказуемое в совр. литовском лит. языке, Авт. канд. дисс., Вильнюс, 1968, p. 5; Ia. J. Endzelins, DI.I 144; LaGr. 902; M. Rudzīte, Dial. 138, 241, 374; A. Bergmane, MLVG I 624 et autres. Les paradigmes de formes de sens correspondant dans d’autres langues sont eux aussi généralement considérés comme des modes distincts et désignés par les termes modus obliquus (A. Sauvageot, BSL L. 2 208; W. K. Matthews, SEER XXXIII 370), commentativus (W. Fiedler, WZL XV 3 565), imperceptivus (V. Koseska, SFPS XIII 166), narrativus (B. Panzer, OSS III 70 et dans les grammaires du bulgare), auditivus (J. Endzelins, LaGr. 902; В. З. Панфилов, Взаимоотношения языка и мышления, Москва, 1971); selon le tableau universel de la modalité et des modes proposé par B. Panzer, OSS III 70 — modus narrativus (auditivus). Ainsi, le terme modus relativus appliqué au lituanien et au letton est traditionnel. Sur les fondements théoriques et les motifs de la distinction du NN en lituanien et en letton, voir I. Marvan, SIPr IV 253–4.

3 A. Girdenis, V. Žulys, Baltistica IX (2) 210.

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passé fréquentatif, singulier būdavęs metęs, būdavusi metusi, pluriel būdavę metę, būd avusios metusios; futur, singulier bū sias metęs, būsianti metusi, pluriel būsią metę, bū siančios metusios;

voix passive avec des participes passifs du présent: présent, singulier esąs metamas, esanti metama, pluriel esą metami, esančios metamos; passé simple, singulier buvęs metamas, buvusi metama, pluriel buvę metami, buvusios metamos; passé fréquentatif, singulier bū davęs metamas, būdavusi metama, pluriel būdavę metami, būdavusios metamos; futur, singulier būs iąs metamas, būsianti metama, pluriel būsią metami, bū siančios metamos;

voix passive avec des participes passifs du passé: présent, singulier esąs mestas, esanti mesta, pluriel esą mesti, esančios mestos; passé simple, singulier buvęs mestas, buvusi mesta, pluriel buvę mesti, buvusios mestos; passé fréquentatif, singulier bū davęs mestas, būdavusi mesta, pluriel būdavę mesti, būdavusios mestos; futur, singulier būs iąs mestas, būsianti mesta, pluriel būsią mesti, bū siančios mestos.

Le paradigme des formes de NN est symétrique à celui du mode indicatif. Les formes des temps simples comme composés de NN s’opposent aux formes correspondantes de l’indicatif, cf.: yra, buvo, būdavo, bus metęs: esąs, buvęs, būdavęs, būsiąs metęs. De même, les formes passives de NN entretiennent les mêmes rapports avec l’indicatif: yra, buvo, būdavo, bus metamas: esąs, buvęs, būdavęs, būsiąs metamas; yra, buvo, būdavo, bus mestas: esąs, buvęs, būdavęs, būsiąs mestas.

1.1.2. NN se distingue des autres modes du verbe lituanien par le fait que ses formes ne se conjuguent pas en personne. À cet égard, elle ne peut être considérée que sous réserve comme faisant partie du système des formes personnelles du verbe. Sa place parmi les autres modes est également particulière. La langue littéraire emploie des formes de NN qui, en vertu de leur valeur de procès rapporté indirectement, entrent aussi en corrélation avec ce qu’on appelle le mode optatif (ou la troisième personne de l’impératif), par exemple: tenėša: tenėšas, -anti; tenėšą, -ančios; tegu(l) neša: tegu(l) nešąs, -anti, tegu(l) nešą, -ančios. Dans ce cas, le chevauchement des modes indirect et optatif (impératif) s’explique par le fait que les formes du mode dit optatif tenėša, tegu(l) neša, tout comme tenėš, tegu(l) neš, ont en réalité les désinences de l’indicatif et peuvent être considérées comme des formes de l’indicatif accompagnées des particules te-, tegul (cf.: benėša, benėš4). Dans les dialectes des Hauts-Lituaniens orientaux (aux environs de Subačius et de Karšakiškis), NN possède aussi des formes optatives, en corrélation avec le conditionnel, cf.: eitų: eitąs, -anti; būčiau ėjęs: būčias ėj ęs5. Cela s’explique par le fait que NN exprime la modalité du procès sous un angle quelque peu différent du conditionnel, à savoir selon la nature des informations dont dispose le locuteur et son attitude à l’égard de la réalité du procès. Toutefois, ces formes dialectales sont de diffusion restreinte et ne constituent pas un obstacle formel

4 Cela vaut également pour les formes correspondantes du letton, par exemple lai ved; lai vedot, cf. I, Marvan, SlPr IV 255; pour d’autres motifs formels et sémantiques, voir P. Пазухин, Так называемое „повелительное наклонение“, „Studia Rossica Posnaniensia“, VI, Poznań, 1975, p. 94.

5 Par exemple: kad norėtu.s, tai jimtu.s ir padari.tu.s Sb; jėgu būt.čiu.s žinoj.si.s, nebūt.čiu.s nė iš vieta.s ju.dimi.si.s Krs, voir A. Kučinskaitė, K. Morkūnas, MAD 1 (16) 215 sqq.; A. Vidugiris, LKK VII 190–1.

6 R. Jakobson considère la description d’un procès sur la foi d’un témoignage, c’est-à-dire d’un compte rendu de ce procès, comme une catégorie distincte de l’évidentialité, voir Р. О. Якобсон, Шифтеры, глагольные категории и русский глагол, — Принципы типологического анализа языков различного строя, Москва, 1972, p. 101. Sur cette base, des paradigmes de formes dont le sens est proche de celui de NN en lituanien et en letton sont distingués dans de nombreuses langues appartenant à diverses familles, par exemple le bulgare, le macédonien, l’albanais (voir 3.6.1–2), l’estonien, le livonien (voir 3.5), le turc, le turkmène (voir 3.6.3), l’arabe (Б. М. Гранде, Введение в сравнительное изучение семитских языков, Москва, 1972, p. 397), le géorgien, le svane (J. Lohmann, KZ LXIII 45 sqq.; У. Д. Салтиховшвили, Sintagmatika 146 sqq.), les langues amérindiennes (Р. О. Якобсон, ib. avec bibliographie) et le nganasan, entre autres (Н. М. Терещенко, ЯН СССР III 431).

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considérer les nominatif des participes qui marquent une action rapportée comme l’un des modes du verbe lituanien.

1.1.3. Les principaux traits structurels des formes de NN qui les distinguent des autres nominatif des participes sont la position du verbe personnel dans la phrase et l’absence de forme personnelle du verbe auxiliaire.

Par leur position verbale, les participes qui forment la NN se distinguent des participes attributifs et semi-prédicatifs correspondants (cf. la main douloureuse a guéri et sa main étant douloureuse). En outre, au présent, le nominatif singulier et pluriel masculin des participes actifs, lorsqu’ils forment la NN, présente généralement la forme brève (historiquement, celle du thème consonantique), par exemple: gyvenas, gyveną, tandis que les formes longues, plus récentes, sont plus caractéristiques des participes attributifs (gyvenantis, gyvenantys).7

Par l’absence de forme à l’indicatif du verbe auxiliaire, la NN se distingue des participes prédicatifs qui entrent dans le système des temps composés (périphrastiques), cf. hier, il aurait écrit une lettre et il a (avait, aura) écrit une lettre. Les participes actifs du passé fréquentatif et du futur ne s’emploient pas avec un verbe auxiliaire; ils constituent donc, à cet égard, les représentants les plus nets de la NN. Dans la langue littéraire actuelle, les participes actifs du présent ne s’emploient presque pas non plus avec la forme du présent de l’auxiliaire būti; ils ne se combinent avec ses formes du passé simple, du passé fréquentatif et du futur que lorsqu’ils portent l’affixe be- et forment les temps dits inchoatifs. Ainsi, lorsqu’ils occupent la position de verbum finitum sans copule, les participes actifs du présent sont toujours compris comme des formes de NN. Les participes actifs du passé simple font partie du sous-système des temps accomplis composés et, employés sans forme personnelle de būti, peuvent être considérés comme un parfait présent à copule zéro, par exemple: il est fatigué. Ces nominatif de participes actifs du passé simple (en particulier les formes préfixées à valeur perfective) sont homonymes: leur valeur d’accompli présent de l’indicatif ou de passé simple de la NN dépend du contexte. Cela vaut également pour les formes passives composées du passé simple buvęs metamas et buvęs mestas, où une copule zéro est également possible. Ce n’est que dans les trois cas mentionnés que l’opposition entre l’indicatif et la modalité indirecte n’est pas formellement exprimée (neutralisée).

Dans les cas de neutralisation, la valeur de NN peut être mise en relief en ajoutant au participe du passé simple un autre participe de l’auxiliaire būti, c’est-à-dire en employant la forme composée il serait (aurait été) fatigué au lieu de la forme simple il est fatigué. Employées à la place des formes simples, les formes composées accomplies de NN soulignent la nuance modale de l’action8. La forme neutre du participe esą, issue de la NN et devenue un mot incident, remplit une fonction similaire (plus rarement būsia LKŽ I 1209, voire būsin ib.), marquant l’incertitude du locuteur ou son doute quant à la réalité de l’action9.

7 Ce n’est que dans certains dialectes (principalement dans la région du Niémen) que les formes longues du nominatif singulier des participes actifs du présent s’emploient concurremment avec les formes brèves, par exemple: sakė, jis žinantis / žinąs visą miestą Ig, Grl, Kdn, ou même prédominent (Zp, Plūt, Jsv, Krkn, Ss). Cet usage n’est pas caractéristique de la langue littéraire. À l’exception des écrits tardifs de J. Balčikonis, où l’on s’efforce d’éviter de façon générale les formes brèves, dans la langue littéraire la NN est presque toujours formée par les formes brèves du nominatif des participes actifs du présent. La tendance à différencier formellement les participes attributifs et prédicatifs s’observe également dans d’autres langues, notamment slaves (à leur sujet, voir 2.2.5.2). Les participes latins dont le sens est proche de celui des verbes conservent eux aussi généralement le thème consonantique, tandis que ceux qui se sont adjectivisés tendent à passer au thème en i, cf. J. Safarewicz, The development of participles in Latin, – Linguistic studies, Hague – Paris, 1974, p. 245.

8 Cf. la fonction correspondante (mais exprimée de façon encore plus marquée) des formes composées (ou emphatiques) de la modalité indirecte dans les langues lettone (voir 1.3.1) et bulgare (voir 3.6.1).

9 Cf. les particules modales employées dans la même fonction, ou les mots qui deviennent de telles particules, dans d’autres langues: russe мол (de молвити B. Fraenkel, Baltosl. 40), sanskrit iti (W. D. Whitney, SkrGr. 89, 405), etc.

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1.2.1. La sémantique des formes de NN comprend des valeurs modales spécifiques. Les formes de ce mode expriment:

1) une action rapportée ou connue indirectement d’une autre manière, ou les paroles et les pensées d’une autre personne, p. ex.: j’ai entendu dire qu’il avait bien bu10; d’autres disent qu’il en aurait lui aussi reçu sa part Tt; ici, dit-on, il y avait des forêts Krš; Quand notre vieille dame racontait les corvées, elle disait comment on y allait, comment on travaillait Mšk; il demande seulement si j’aurai cinquante litas pour les médicaments Šll; il ferait ceci, il ferait cela, comme il faut, rien ne… Plvn; il s’était trompé en croyant qu’il n’y aurait pas d’orage BalčHP 25; le berger savait que ce vieux avait de l’argent Ms;

2) une action dont on doute, que l’on ne connaît pas avec certitude ou que l’on tient pour irréelle, p. ex.: nous pensions que les abeilles arrivaient en bourdonnant JV 912; il se serait peut-être séparé de sa femme SmIn; l’argent enterré brûle Vrn; on dit qu’ils seraient allés aux courses Mžš; les parents avaient craint que Petras, en se montrant parmi les gens, n’attirât quelque malheur sur lui Myk-PutS 514; on dirait que les gens sont sortis des tombes VrnV;

3) une action vécue soudainement, de façon inattendue, et qui suscite l’étonnement11, p. ex.: je sors dehors, et voilà que la boue est tiède et humide Krp (LKŽ VII 589); dès qu’il y avait une soirée dansante, regarde — le voilà déjà qui arrivait Jnš (LKT 214); je vais voir ce qu’a ce chien, je regarde — il avait trouvé un hérisson Sk (LKT 153); je me réveille, j’éclaire — le chat s’était glissé dans le grenier et s’y était retrouvé coincé Rt (LKT 89);

4) une action déduite de ses résultats, p. ex.: Ah, regardez, vous comprenez déjà le lituanien… SimonR IV 74; ces chats n’ont donc pas léché leur propre écuelle Vvr; le père a inspecté les chevaux et a vu que les chevaux étaient couverts de fumée Grg; apparemment, ces enfants espiègles étaient dans les fèves: ils avaient laissé les traces les plus profondes Tt (LKT 108); le taureau avait dû s’échapper, écraser les pousses de pommes de terre et tout ravager Krtn (LKT 76).

Ainsi, la sémantique de NN n’est pas homogène: elle comprend des valeurs qui, dans d’autres langues, peuvent être exprimées par des modes distincts, par exemple le récit indirect par le narratif, la non-conformité à la réalité par l’irréel, le doute par le dubitatif, la soudaineté et l’étonnement par l’admiratif, etc.12 En lituanien, toutes ces valeurs sont réunies par un même paradigme de NN. Elles sont toutefois inégalement répandues et ne caractérisent pas de la même manière toutes les formes participiales. La valeur la plus répandue est celle de l’action rapportée, vécue indirectement, à laquelle se rattache étroitement aussi une nuance de doute (les faits rapportés peuvent déjà, en eux-mêmes, sembler douteux au locuteur). Ces valeurs se rencontrent avec les participes de tous les temps. La valeur d’une action vécue soudainement caractérise davantage les participes actifs du présent (en particulier avec le préfixe be-) et, plus rarement, les participes actifs du passé itératif. Ces formes peuvent aussi exprimer une action déduite de ses résultats, valeur la plus rare. Ces deux dernières valeurs sont également proches l’une de l’autre. La sémantique de NN comprend donc deux groupes de valeurs liés entre eux, dotés d’une même expression morphologique et désignés ci-après par le terme général de valeur d’action vécue indirectement.

Il convient de noter que l’action vécue indirectement peut également être exprimée par les formes de l’indicatif, surtout lorsque le récit indirect ou le doute sont marqués dans la phrase par des moyens lexicaux. Les constructions il a dit qu’il viendrait et il a dit qu’il viendrait, paraît-il sont concurrentes dans la langue littéraire contemporaine. Cela tient au fait que NN et l’indicatif forment une opposition privative. Le terme marqué de cette opposition est NN, et le trait sémantique distinctif est la valeur d’action vécue indirectement.

10 Les exemples de prédicats sont transposés phonétiquement en langue littéraire dans l’article, tout en conservant leurs particularités morphologiques et syntaxiques, et sont accompagnés des abréviations du LKŽ. Les exemples tirés de textes dialectaux publiés aux XIXe et XXe siècles sont également présentés selon l’orthographe actuelle.

11 Cf. « Nous recourons souvent aux participes pour des observations et des expériences inattendues, parfois comme tardives, et pour des remarques en général », J. Jablonskis, RR I 527.

12 Cf. B. Panzer, OSS III 63 sqq., 70.

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1.2.2. Les formes de NN s’emploient: 1) dans les propositions subordonnées explicatives introduites par un subordonnant, lorsque les propositions principales contiennent des verbes commentatifs (c’est-à-dire régissant des syntagmes)13, qui expriment le plus souvent des sensations, la perception, la pensée ou la transmission d’informations, par exemple: kalbėjo, kad rugių nesą viškai Slm; girdėjau, ka ans beesąs namie Skd; 2) dans la seconde proposition des phrases sans conjonction, généralement après des verbes de même sens, par exemple: Ona sapnavus, visur einas, visur šnekas Jrb; sakė, grausmas sudegines trobą Ktk; 3) dans des phrases autonomes, par exemple: aitvarai pas vieną nešdavę, katras juos turėdavęs BsMt I 129; puodžius verkdamas arklio kad pilsias su pagaliu per puodus, net visi šukelėmis pabirę BM 52.

Dans la première proposition (préposée) des phrases sans conjonction, les participes de NN sont relativement rares, par exemple: tai jis vilką mušovęs, kalba KzR; visokių dainių dainiavusi, sako Vvr. Dans les phrases subordonnées et dans les phrases sans conjonction qui leur sont synonymes, le verbe de l’autre proposition met en évidence la valeur modale du participe14; dans les phrases autonomes, celle-ci ressort du contexte et de la situation.

1.3.1. En letton littéraire, le mode indirect (atstāstamā izteiksme) est généralement formé de participes actifs figés du présent et du futur, avec le suffixe -ot < *ant (celot, celšot, etc.). Les formes participiales invariables en cas et en genre esot, tiekot (tapot); būsot, tikšot (tapšot) remplissent la fonction d’auxiliaires des temps composés. Les participes actifs figés du futur n’ont plus que la valeur de NN et ne sont donc plus du tout considérés comme des participes du point de vue de la langue actuelle15. Les participes actifs du passé ne sont aujourd’hui considérés comme des formes paradigmatiques de NN que lorsqu’ils sont employés avec une copule participiale, par exemple esot runājis; autrement dit, pour exprimer une action passée, on n’emploie que les formes dites du présent composé. La fonction modale de la copule participiale est donc encore plus marquée en letton qu’en lituanien. Ainsi, dans les paradigmes de la langue littéraire, on évite l’homonymie entre NN et le présent composé de l’indicatif. Cependant, dans les dialectes lettons et, en partie, dans la langue de la littérature, les participes actifs du passé s’emploient encore avec la valeur de NN sans la copule esot, par exemple kādam tēvam bijuši trīs dēli16, c’est-à-dire exactement comme en lituanien. Dans les dialectes haut-lettons (aukšzemnieku) et dans certains autres dialectes, le participe actif de NN peut encore s’accorder en genre et en nombre avec le nominatif du nom ou du pronom, par exemple: viņi uskri­tuoši, viņa navaruete ozimgt17. Des formes de NN accordées sont également attestées dans les anciens textes lettons; cf. dans la grammaire d’Adolf, nom. sing. masc. sarguots, fém. sarguoti; nom. pl. masc. sarguoši, fém. sarguošas, etc.18 NN se formait aussi avec la forme de genre neutre du participe présent esu ~ lituanien esą, encore connue dans les dialectes, par exemple es esu bijis (R. Grisle ib. 252). Le mode indirect letton est donc constitué historiquement des mêmes formes participiales qu’en lituanien, bien qu’elles aient davantage évolué à l’heure actuelle. En outre, sur le modèle du paradigme de l’indicatif19, le letton a formé des formes indirectes

13 Pour les termes, voir l’auteur, LKK XV 210 et la bibliographie qui y est citée.

14 Il s’insère parfois dans une phrase ou dans une proposition contenant un participe de NN et devient un mot incident, par exemple: ligoninė, sako, buvusi Sd.

15 J. Endzelīns, LaGr. 1009; A. Bergmane, MLLVG I 624, 661 tt.; J. Kabelka, La, 155, 166.

16 J. Endzelīns, ib. 977; voir aussi A. Bergmane, ib. 625.

17 M. Endzelīns, ib. 977; M. Rudzīte, Dial. 374.

18 P. Šmits, RKr XIV 29, 38; J. Endzelīns, ib. 977–8; R. Grisle, LVLIR VII 251–2.

19 J. Endzelīns, DII 144. Étant donné que le debitive letton s’entrecroise également avec le conditionnel (cf. būtu jāmet, būtu bijis jāmet), I. Marvan SIPr IV 255 propose de le distinguer des autres modes et de le considérer comme une catégorie verbale à part.

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les formes de nécessité de la modalité (débitif), par ex.: il faudrait jeter, il faudra jeter; il aurait fallu jeter, il aurait fallu jeter. À la suite de ces évolutions ultérieures, la NN lettone est devenue morphologiquement plus nettement définie20.

Par sa sémantique, la NN lettone correspond au groupe principal, c’est-à-dire aux sens 1–2, de la NN lituanienne. Elle sert généralement à désigner une action rapportée, dont on n’est pas certain ou que l’on met en doute.

1.3.2. Dans les monuments de l’ancien prussien, on ne trouve pas de participes ayant clairement le sens de la modalité indirecte. Toutefois, les participes de l’ancien prussien peuvent occuper la position de verbum finitum et, par leur fonction syntaxique, correspondre aux formes de la NN. On peut considérer comme préalables syntaxiques à la NN les participes actifs nécessaires employés après le pronom relatif kawids dans les propositions subordonnées, par ex.: tans… prei isspreštun dāst | en kawidsei debīkun nautīn bhe wargan stai gurijnai malnijkiku embaddusisi 71₂₋₅ — Er… zuerstehen gibt | in was grosser Not vnd Gefahr die armen Kindlein stecken; kai ious… sen seilin pomīrit quoietē en kawidsu debīkan powargsennien | bhe nautien | schis malnijkiks… embaddusisi 71₂₉₋₃₂ — das ihr… mit fleiß bedenken wolt | in was grossem Jammer vnd Noth diß Kindlein… stecket21. Le caractère autochtone de tels emplois est confirmé par le fait que le participe traduit une forme verbale personnelle dans l’original (cf. les constructions participiales correspondantes en lituanien avec des mots introducteurs, 1.9.3).

1.4. La modalité indirecte, aussi bien en lituanien qu’en letton, est, en tant que catégorie verbale, relativement récente et s’est constituée à partir de formes d’origine nominale. Bien que les participes qui la composent (autrefois des adjectifs verbaux), avec les suffixes nt et us, soient hérités de l’époque de la communauté indo-européenne, un tel emploi n’est attesté dans la plupart des langues apparentées. Il ne se reflète pas non plus dans les plus anciens monuments des langues indo-européennes (par ex. dans les textes hittites, les Védas et l’épopée homérique). Cela permet de supposer que la NN s’est constituée durant la période de développement indépendant des langues baltes et d’en rechercher le fondement dans l’emploi des participes de ces langues.

Diverses opinions ont été exprimées au sujet de l’origine de la NN dans les langues baltes.

1.4.1. B. Delbrück, VS II 491, considérait la construction de l’accusatif avec participe (accusativus cum participio) comme le fondement de la modalité indirecte et estimait qu’à partir d’énoncés tels que il disait son père devant venir (venir), à côté desquels étaient employés des énoncés synonymes au mode direct il disait que son père viendrait, aurait pu émerger la construction il disait son père devant venir, puis aussi il disait que son père viendrait. J. Endzelīns a souscrit à cette opinion, LaGr. 976–977, 979, ajoutant que la contamination entre la construction de l’accusatif avec participe et les énoncés synonymes comportant des verbes au mode direct aurait également pu faciliter la construction du nominatif avec participe (nominativus cum participio, ci-après — VD), par ex. il se dit en savoir beaucoup. Selon E. Hofmann, la NN balte serait issue du discours indirect exprimé par des constructions de type accusativus cum gerundio22. G. Bense, LKK VI 192, fait également dériver la NN lettone de la construction accusative, considérée comme source première (« letzten Endes »).

1.4.2. A. Potebnia associait le mode indirect au VD (nominativus cum participio) et aux constructions qui lui sont apparentées (Зап. I–II 230–1). Il soutenait que le mode indirect

20 Plg. I. Marvan ib. 253.

21 Voir J. Zubaty, IF VI 302; E. Fraenkel, Baltosl. 46, contrairement à J. Endzelin AprGr

22 E. Hofmann, Sur l’emploi des participes dans les Skireins, Indogermanica, Festschrift für W. Krause, Heidelberg, 1960, p. 29.

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La nuance de parole rapportée ou de doute a pu apparaître à l’origine en raison du sens lexical du verbe employé dans ces constructions (par ex.: dûmoti, dėtis), sens qui aurait ensuite été renforcé par des conjonctions telles que buk, nei, etc., par ex.: bijojos, dûmodami, buk dwase kokę regį; dėtis turėjo, ney esą teisus (la construction elle-même aurait été à l’origine indifférente du point de vue de la modalité). De telles constructions correspondent tout à fait aux constructions slaves: mъnjaacho (aky) ducho videste. Toutefois, les langues baltes sont allées plus loin: elles ont commencé à employer des participes même lorsque le sujet de leur action ne coïncidait pas avec celui de l’action du verbe (par ex.: je ne sais pas s’il sera venu 225, vyns lika atsacit, ka tēvs majās ne esot 227). Considérant comme plus récentes les constructions répandues uniquement en lituanien et en letton, où le sujet de l’action du participe est différent23, A. Potebnia a également avancé des considérations qui contredisent cette opinion: les constructions à sujets différents se rapprochent davantage des constructions nominales et sont moins unifiées, alors que l’évolution de la langue va précisément dans le sens d’une unification de la phrase.

1.4.3. E. Tanglis, Acc. 50–51, fait dériver le mode indirect directement des constructions de VD (nom. c. participio) avec des verbes non pronominaux, qui, selon lui, se seraient formées plus tard et n’auraient pas encore eu le temps de se répandre aux XVIe–XVIIe siècles. E. Tanglis considérait le mode indirect comme un phénomène nouveau, qui ne se serait imposé, semble-t-il, qu’à l’époque de la tradition écrite. I. Marvan a expliqué de façon similaire les causes internes de l’apparition de NN24, ajoutant que les VD avec des verbes non pronominaux étaient des variantes de propositions subordonnées et qu’elles auraient pu acquérir, sur ce modèle, des conjonctions ainsi qu’un sujet d’action distinct. Étant donné que ces auteurs font dériver la VD d’une construction accusative, ils postulent à peu près la chaîne évolutive suivante pour NN: sako save atėjusi→sakosi atėjęs → sako (kad) atėjęs → sako (kad) tėvas atėjęs → tėvas atėjęs.

1.4.4. J. Kazlauskas a expliqué la formation de NN de manière tout à fait différente (LKK IV 86–87, Ist. gr. 402–403). Il estimait qu’il pourrait s’agir d’un vestige de l’optatif périphrastique (*bi negelbas, *bi nekelės), dont l’existence en lituanien a été démontrée par Ch. S. Stang, NTS XVIII 348–356, VGr. 429, à partir de constructions conditionnelles avec des participes, par ex.: jeib negelbas, jeib nekelės, etc. Dans d’autres langues indo-européennes, le discours indirect est souvent exprimé par l’optatif; il aurait donc pu en être de même en lituanien. La charge de la valeur optative ayant été transférée de l’auxiliaire bi, devenu une particule, au participe, cette particule aurait pu disparaître.

Ainsi, l’origine de NN est expliquée de manière assez contradictoire. Pour y voir un peu plus clair, il est utile d’examiner l’emploi de NN au début de la tradition écrite, sa diffusion et son rapport avec d’autres constructions de sens proche.

1.5. Que savons-nous de l’emploi de NN aux débuts de la tradition écrite lituanienne? E. Tanglis, Acc. 50–51, n’a trouvé aucun exemple de NN dans les textes anciens. Dans la langue de J. Bretkūnas, M. Daukša et des autres textes qu’il a étudiés, les constructions autonomes de NN, formellement distinctes de VD, sont effectivement atypiques. Certains cas isolés où les participes se rapprochent du mode indirect (par ex.: DP 51236, BrB I Moz 48, 18; Joz 10,1) peuvent aussi être interprétés comme des formes de temps composés à copule zéro25. Cependant, l’examen d’autres sources des XVIe–XVIIe siècles ne laisse aucun doute: au début de la tradition écrite, NN était pleinement constitué. À cet égard, les écrits de S. Vaišnoras sont particulièrement importants. Dans ses traductions « Žemčiūgos » et « Apie popiežiškąją mišį », on trouve 35 exemples tout à fait autonomes (avec un sujet distinct

23 Plus récemment, V. Sirtautas a formulé une idée similaire, Kalbotyra XXV (I) 95.

24 H. Марban, Kalbotyra IV 36–37; Baltistica V(1) 18.

25Par ex.: Ka wel paskui to daug kitų szwentių / miniku / ir mergu padariusias DP 51236 (Co tež potym wiele inszych świętych… vczynilo W 876).

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des exemples de NN dont le sujet de l’action)26. Comme ils n’ont jusqu’à présent été examinés nulle part, nous les décrirons plus en détail.

1.5.1. À l’exception d’un cas de valeur optative (voir 3.3.2), toutes les formes de NN dans les traductions de S. Vaišnoras s’emploient avec la particule modale būk, qui souligne une nuance d’incertitude et de doute27. Avec cette particule, NN est encore largement employée en Samogitie (par exemple autour de Telšiai, Šalantai, Lenkimai, Papilė, Tytuvėnai, Užventis, Kalnėnai, Šiauliai, Raseiniai, Laukuva), ainsi que dans le nord-est de la Lituanie (autour de Joniškis, Pasvalys, Linkuva, Daugailiai, Dusetos, Miežiškiai), et parfois même dans les parlers méridionaux, où les participes de NN sont extrêmement rares. S. Vaišnoras emploie généralement ces participes dans les propositions subordonnées des phrases complexes, avec les conjonctions jog, kaip et les pronoms relatifs kuris, kursai. Lorsque NN se trouve dans une proposition d’une phrase complexe dépourvue de conjonction, cette même particule būk en assume le rôle. Les propositions subordonnées des phrases complexes comportant des formes de NN sont souvent très éloignées des propositions principales, séparées d’elles par des ensembles entiers d’autres propositions et, de ce fait, assez autonomes.

Pour rapporter des paroles, la proposition principale ou le contexte antérieur contient les verbes sakyti, perkalbėti, taryti; paspirinti « affirmer », rašyti, par exemple: Teipajeg saka ghie… jog spawiednie būk priwalingas essąs ischskaitimas wissų griekų 14822; skaisczęi nor perkalbeti | kaip būk macis tokia io walgimo | ir kitiems tos regetoiems ant gera atenti PM 3223; netikumus staczei uschstoie taridami… jog ipaczia wiera ing Christu | būk nesanti dalis Pakutos 14815; raschiti | ir neprotingai pastiprinti dressa… Buk Chrikschtas… ne essas apmasgoimu 132a21.

Pour rapporter des pensées et des convictions que l’auteur considère comme irréelles et erronées, les participes de NN suivent les verbes dūmoti, laikytis, mokinti, pramanyti, pramanymūs ginti: (les stoïciens) dumoie | būk Diewas ir ischkadingu paiudin ojimu (177) žmones biauribump werčęs 177–177a. Popiežischkei… klajojme laikosi | jog būk dūna ingi kuna Christaus butischkai persimainanti PM 30a14; mokin teipajeg. Iog atgimimas ir ischganimas mussu būk ne nūg Chriks ch ta kabąs 133a12. Nessa žmogischkasis protas pramana | Diewa santi sudcze swietischku | kursai sawo dingscze būk danguie ischkadingus pastatimus raschęs 16421; pramanimus ginna: Pirmiausei iog Diewas… nekur ius žmones … ant amžinoses prapulties būk paskires 178a23.

1.5.2. Dans les écrits de S. Vaišnoras, le discours indirect est le plus souvent constitué de participes actifs du présent (25 exemples), plus rarement de participes actifs du passé (5 ex.). Le participe du verbe būti (12 ex.), employé comme copule, se rattache à des substantifs (ne essas apmasgoimu 132a24, uschmokejmu… essas 264a6, kitu nosrais essa 3223), à des adjectifs (priwalingas essąs 14823, nei naudingas nei ischkadingas… essas 132a7) et à leurs

26 Dans deux exemples parmi ceux-ci, l’orthographe ne permet pas de déterminer clairement s’il s’agit de participes ou de formes personnelles de l’indicatif: ischrinktieghi būk palaika (-ą ou -o?) malone 17913, Apaschtolai būk… laike (-ę ou -ė?) PM 376. Les autres cas ne soulèvent aucun doute. Six constructions sont employées dans l’ouvrage « Apie popiežiškąją mišią » (PM), 29 dans « Žemčiūga » elle-même.

27 Cette particule est également employée plusieurs fois avec l’indicatif dans le même sens (11a16, 13320, 1785–8, 178–178a, PM 2321, 27a11–13), et, en un endroit, avec le génitif du participe: ghie ir regima affiera… (25) be iokia ischstowincza grunta | kaip buk priwalomo sancze | be reikos stata PM 25–25a; pour les cas correspondants dans la langue actuelle, voir LKŽ I 1136; comparer aussi E. Fraenkel, KZ XIV (Erg. H.), 36, 98 sq. Dll. būk (anc.) s’emploie également dans les écrits comme élément de la conjonction būk… alba, būk… « soit… soit », par exemple: būk tatai Namai alba Miestas būtų BrB III Moz 25, 34 (voir aussi 17, 10; 22, 18; 22, 28; IV Moz 15, 2; V Moz 12, 3; 13, 6, etc.).

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avec des formes de genre neutre (priwalu essa PM 33a₁₈) et une construction prépositionnelle (nūg czesa Apaschtolu santi PM 39₆). Avec les participes passifs du présent, le dérivé du verbe būti forme des formes composées passives de NN:

Adoma butibe… muodemaĩ buk santi attolinama 69a₁₇; tie | kad isch schos giwatas ischeiti… nūg biaurjubu grieku buk essa nuczistijemi 263a–264; pramana ipaczus pagawimus | kureis buk žmones ir be to vreda Baszniczes esq priwerczemi 113a₁₂; neatmestiemus | kurie… buk niekudais ne essa atgimdomi 133a₁₇.

Dans les traductions de S. Vaišnoras, NN emploie des syntagmes du converbe esant avec la forme neutre de l’adjectif priwalu et l’adverbe prédicatif gana, ainsi que les converbes impersonnels reikent, tereikiant, qui ont le sens des formes neutres correspondantes des participes (cf. reikią, tereikią): norėtu tu perkальbeti | ghiems nebereikent walgjti | bet buk essant ganna PM 32a₆; Paskiausei mokin | iog buk apie nuleмima ir isch-rinkima Diewa reikent suditi | tiektaĩ isch tiuau nūdarbiu 179₁₉; Enthusiastai… saka… buk reikent laukti pagawimu gwoltinguiu 69a₂₃ (antonymes) nūg Euangelias pradesti | ir tq be žokana tiektaĩ per Euangelia buk teireikent sakiti ir mokinti 75a₂₃.

De telles expressions, après des verbes explicatifs exprimés ou sous-entendus (75a₂₃), sont très proches de l’accusatif avec converbe, cf. mokiną reikjant sūdyti, sako reikjant laukti. C’est précisément dans les constructions impersonnelles à l’accusatif avec participe que le converbe a commencé à s’introduire, en supplantant la forme neutre du participe; voir Baltistica IV (2) 197 sq. Il semble que la forme du converbe ait eu tendance à se généraliser également dans d’autres emplois impersonnels; en témoignent aussi des expressions données par F. Kurschat, telles que aš misliju, (kad) šiandien lysiant KGr. 424, 426, à côté de lysia K I 284.

1.5.3. Comme dans la langue actuelle, dans les écrits de S. Vaišnoras, NN peut alterner avec l’indicatif sans aucune différence de sens, par exemple: anis toktai… raschti | ir neprotingai pastiprinti dressa: 1. Pirmiausei | Buk Chrikschtas wlosnai kalbant | ne essas apmasgoimu atgimima … bet Figurischkai (132ᵃ)… buk tiektaĩ issimano widutini atgimima bei atnaughinima Dwasses schwentoses | kursai ir be Chrikschta | ischrinktkusamp buk galis nusidūti ant amžina ischganima 132a–133.

1.5.4. Les exemples examinés montrent que les constructions de NN relevées dans les écrits de S. Vaišnoras correspondent pour l’essentiel à celles de la langue actuelle, tant par leur structure que par leur sens. NN fonctionne ici comme un moyen grammatical constitué, exprimant une action rapportée, incertaine ou irréelle. Le fait que, dans les sources des XVIe–XVIIe siècles, NN soit attestée de manière particulièrement nette dans les écrits de S. Vaišnoras s’explique avant tout par l’origine de l’auteur, en pays samogitien, où le discours indirect est encore aujourd’hui le plus répandu, ainsi que par la visée polémique de ses ouvrages. Exposant des opinions qui lui étaient étrangères, le traducteur s’efforçait, par tous les moyens linguistiques, d’en souligner le caractère irréel et de s’en démarquer (comme l’atteste aussi l’emploi déjà mentionné de la particule būk avec les formes du discours indirect et, dans certains cas, de l’indicatif). D’autre part, le fait que NN ait été évitée dans la plupart des autres écrits de l’époque peut également s’expliquer en partie par leur nature et leur contenu: les vérités religieuses qui y étaient exposées et les événements qui y étaient décrits étaient considérés par les auteurs comme indubitablement vrais et certains.

Puisque NN est également employée en letton depuis les textes du XVIIe siècle, il ne fait aucun doute qu’elle s’est formée dans les dialectes baltes orientaux à l’époque de leur évolution préhistorique.

1.6.1. Le fichier de l’Atlas de la langue lituanienne permet de déterminer la répartition de NN dans l’aire du lituanien contemporain et son rapport avec d’autres constructions de sens proche, en particulier grâce aux réponses aux questions 120, 145ᵇ, 151, 175 et 176 du programme de collecte des matériaux de cet atlas

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questions28. En combinant ces réponses avec les données de divers textes dialectaux29, on peut délimiter au moins approximativement l’aire de diffusion du NN et de certaines constructions participiales apparentées. L’aire d’emploi du NN est indiquée à la fig. 1.

Les limites de diffusion des phénomènes syntaxiques sont bien plus fluctuantes que celles des phénomènes phonétiques ou morphologiques; il est donc beaucoup plus difficile de les établir. Les constructions syntaxiques particulières, dont le caractère est plus ou moins motivé, franchissent souvent largement les limites de leur aire d’emploi principale par le biais de textes folkloriques, de phraséologismes et d’autres moyens. Par conséquent, les isoglosses des différentes constructions participiales indiquées dans les schémas ne sont pas absolues, mais relatives: elles indiquent les régions où la probabilité de choisir une construction donnée est la plus élevée, où les tendances à son emploi se manifestent le plus nettement, même si les énoncés correspondants peuvent aussi se rencontrer ailleurs.

La nature des matériaux dialectologiques utilisés ne permet pas non plus de délimiter strictement les aires d’emploi des constructions participiales. Dans le questionnaire de collecte des matériaux de l’atlas, les questions mentionnées ne sont pas toutes formulées avec suffisamment de précision (par exemple, la question 176 propose une alternative: l’accusatif avec un converbe est-il employé, ou bien le discours indirect, alors qu’en réalité les deux cas sont possibles dans de nombreux endroits). En outre, certaines réponses rédigées par des informateurs moins expérimentés ne font que reprendre les phrases du questionnaire, de sorte que leur valeur est douteuse. On a accordé le moins d’attention à ces réponses et l’on s’est fondé avant tout sur des phrases authentiques relevées dans le point étudié. Dans la mesure du possible, on a cherché à comparer les réponses à plusieurs questions du questionnaire qui se recoupent (par ex.: 151 et 176; 120 et 145b) et à tracer les limites à partir des conclusions de cette comparaison (en écartant les réponses contradictoires, divergentes et suspectes). La concordance avec des textes de la même variété publiés ou manuscrits par un autre collecteur était considérée comme un argument confirmant la fiabilité de la réponse.

1.6.2. Le NN est surtout répandu dans le dialecte samogitien. À l’est, l’isoglosse de son emploi intensif coïncide à peu près avec la limite actuelle du dialecte samogitien; au sud, elle englobe aussi une partie du dialecte aukštaitien occidental (dont tous les Aukštaitiens de la région de Klaipėda, auxquels, comme l’indiquent les textes relevés autrefois, il faudrait également rattacher, à cet égard, au moins une partie des Aukštaitiens de l’ancienne Prusse-Orientale). Dans cette aire, les formes des participes actifs du présent, du prétérit simple et du futur sont employées intensivement; elles peuvent apparaître soit de façon tout à fait autonome (par ex. dans le récit d’un texte plus long), soit après les verbes sakyti, girdėti, manyti, rodytis, etc., avec ou sans conjonction. Dans la région d’Užnemunė, le NN est déjà plus rare; en de nombreux endroits, on n’y relève que des constructions avec des participes actifs au prétérit simple, qui peuvent aussi être considérés comme des formes de parfait présent avec copule zéro.

Un autre foyer important d’emploi du NN se trouve dans l’angle nord-est de l’aire linguistique lituanienne. À l’ouest, sa bordure septentrionale correspond elle aussi approximativement à la limite des dialectes panevėžiškiai et kupiškėnai de l’aukštaitien oriental, mais elle n’atteint pas Anykščiai et ne comprend pas la partie méridionale du dialecte aukštaitien oriental. Les participes actifs du présent et du futur sont employés intensivement au sens du NN dans la partie nord de cette aire (autour de Rokiškis, Kupiškis, Dusetos et Zarasai), tandis qu’au sud d’Utena, on ne rencontre plus souvent que les formes du prétérit simple.

Les deux foyers septentrionaux d’emploi intensif du NN mentionnés plus haut sont reliés par une bande très étroite longeant la frontière lettone. Au sud de celle-ci, sur une vaste zone intermédiaire (presque de Šiauliai à Anykščiai), le NN n’est pas employé du tout ou ne se rencontre que sporadiquement. Il est également tout à fait atypique chez les Aukštaitiens du Sud, dans le dialecte desquels, après les verbes de parole, on emploie-

28 Voir Lietuvių kalbos atlaso medžiagos rinkimo programa, LTSR MA Lietuvių kalbos ir literatūros institutas, Vilnius, ²1956.

29 Parmi ceux-ci, on a principalement utilisé les textes publiés dans l’anthologie Lietuvių kalbos tarmės, sous la direction de E. Grinaveckienė et K. Morkūnas, Vilnius, 1970, dans les séries « Lietuvių kalbotyros klausimų » et « Kalbotyros », ainsi que ceux consignés dans les mémoires de diplôme d’étudiants en lituanistique de l’Université de Vilnius, sous forme de descriptions de différents dialectes.

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1. NN avec des participes présents 2. VD avec des verbes pronominaux (il a commandé de se représenter)

2. N° de commande 1026

Les formes de participe passé simple employées sont identiques à celles des temps composés accomplis.

1.7.1. La comparaison des aires de diffusion de NN et du nominatif accompagné d’un participe (VD) après des verbes de parole (voir fig. 1) montre qu’elles coïncident en grande partie. Cette coïncidence est particulièrement nette dans l’aire du dialecte samogitien. D’après les données disponibles, il semble que NN soit employé un peu plus intensément que VD dans le cours inférieur de la Dubysa et le long du Niémen30. Dans le nord-est de la Lituanie, où VD se construit avec des verbes de parole non pronominaux, il est impossible de distinguer les deux constructions: l’énoncé sako šiandien dirbęs « il dit avoir travaillé aujourd’hui » peut être considéré aussi bien comme VD que comme NN, le sujet de l’action du participe et celui du verbe étant identiques. Le fait qu’aucune pause ne soit faite ici entre le verbe et le participe n’est pas un trait spécifique, car il n’y a très souvent pas de pause après le verbe non plus lorsque le participe a son propre agent, par exemple: (les gens) sako devintą dešimtį einanti Vvr; jau vakar vakare sakė mirusi Grg; girdėjau ãnas didelius mokslus aĩns Ut, etc.31

La proximité de sens et la coïncidence des aires d’usage révèlent des liens étroits entre NN et VD. Cette dernière construction, contrairement à NN, est caractéristique de nombreuses langues apparentées. Elle repose sur des groupes verbaux comprenant un élément nominal (dit attribut prédicatif, ou adjunct), probablement hérités de l’époque de la communauté indo-européenne. Tout cela semble plaider en faveur de l’hypothèse déjà mentionnée d’E. Tangl et I. Marvan, selon laquelle NN serait issue de VD. D’autres circonstances empêchent toutefois de l’adopter.

1.7.2. Dans des phrases intonativement indivisibles comme sako jis dabar negeriąs Rs32, nous distinguons clairement deux unités syntaxiques: sako « il dit » et jis dabar negeriąs. À cet égard, les énoncés avec des participes correspondent tout à fait à ceux qui comportent des formes verbales personnelles, lesquelles suivent souvent sans pause les verbes sakyti, girdėti, manyti, žinoti « dire, entendre, penser, savoir », etc., par exemple: sako nebus vasaros Krk; girdėjau seniai nebegeri Vk; voir aussi V. Sirtautas, ibid., p. 95. Les verbes sakyti, girdėti « dire, entendre », etc., tendent ici à perdre leur autonomie sémantique et syntaxique et se rapprochent des mots modaux (cf. les mots modaux issus de verbes matyt, mat, girdi). Il ne fait cependant aucun doute que ces phrases se sont formées à partir de deux énoncés distincts, encore souvent séparés par l’intonation, cf.: sako, dabar jau namus statos Prn. De la même manière, les énoncés correspondants avec des participes sont également séparés par l’intonation, par exemple: sako, vyresnysai jau daktaru esąs Kp; žmonės kalba, tu pačią primušęs Svn. L’analogie avec les énoncés verbaux conduit à penser que ces phrases ont conservé une division sémantique et intonative plus ancienne que les phrases mentionnées plus haut, prononcées sans pause.

Nous observons exactement la même analogie avec les énoncés verbaux dans les phrases où le sujet des actions exprimées par le participe et le verbe est identique:

a) phrases non divisées par l’intonation, par exemple: sakė neturinčios laiko Krtv; pirmą sykį girdžiu turįs ponus ant savo žemėsŽemR₁ II 24; Janė sakė Petrą sutikus Kp; žmonės kalbėjo matę Kraujelį Vžns; sako porą tik stikliukų buvęs gėręs; sakė nešančios vežimų kraut Vl (cf.: tėvas sakė eis valgyt Krk);

30 D’autre part, les constructions VD avec des participes passifs (du type duodasi mušamas) ont également été relevées par K. Sirtautas (KK 9.31) dans des régions où NN n’est pas caractéristique, par exemple autour de Šeduva et Radviliškis, ainsi qu’à Alksnėnai.

31 V. Sirtautas, Kalbotyra XXV (1), p. 94–95, fournit un ensemble de tels exemples et signale leur rareté. Dans la langue écrite littéraire, où le texte est ponctué de virgules selon sa structure syntaxique et son sens, les phrases sans pause entre le verbum dicendi et le participe ou un autre verbe sont effectivement assez rares. Dans la langue populaire, en revanche, elles sont encore plus fréquentes et plus répandues que les phrases correspondantes avec pauses. C’est ce que montrent les textes transcrits directement d’après les paroles des locuteurs dialectaux, ainsi que l’observation de la langue populaire.

32 De même à SInt, Vvr, Rt, Grg, Šl, Šlu, Krš; Kp, Ut, Mlt, etc.; également avec des participes actifs au futur antérieur: Kv, Dr, Šv, Vn, Klp, Skd; Čk, Jrb, Trg, Pnv; Trgn, Jž, Kp, Skp, etc.

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b) phrases à segmentation intonative: il dit qu’il transporte du foin en premier Plng; la voisine racontait qu’il était allé chercher la rose à Vilnius Mlt; maman disait qu’elle avait presque pleuré quand on l’avait emmenée comme une vache Rk; il disait qu’il avait bien réparé Šl; l’enfant disait qu’il avait rencontré un loup Km; il disait qu’elle viendrait une autre fois Šlu (cf. Ona disait qu’elle avait trouvé des cèpes Sv).

Après les verbes pronominaux sakytis, pasisakyti, pasakotis, girtis et autres, on emploie également des énoncés à segmentation intonative, ainsi que des énoncés sans segmentation, par exemple: il disait ne pas avoir d’argent Grz; il prétend qu’il n’a mangé que parce qu’il avait faim Mžk; cf. il disait qu’il partirait Ker, Užg, Kš, Vlkn, etc.

Si l’on supposait que NN est directement issue de VD, il faudrait considérer comme les plus anciennes les constructions monosubjectives sans segmentation intonative, par exemple il disait (s’)être revenu, et en dériver les phrases à deux constituants il disait (qu’il était) revenu et il disait que le père était revenu. Une telle hypothèse serait toutefois contredite par l’orientation générale de l’évolution du système syntaxique, qui apparaît clairement dans les phrases correspondantes comportant des verbes. Le fait que l’évolution de la phrase dans les langues baltes, comme dans les autres langues indo-européennes, se soit faite par synthèse d’énoncés distincts et non par segmentation analytique est attesté non seulement par toute l’histoire de la phrase complexe, mais aussi par des processus internes à la phrase, tels que la transformation de phrases nominales autonomes en constituants de phrase et leur adverbialisation (cf. les adverbes issus du nominatif gana, gėda, gaila, etc., voir K. Ulvydas, LKK XI 7 sq.), ainsi que la transformation d’énoncés à sens autonome matyti, girdėti, žinia, aišku, žinoma, suprantama et autres en mots incises, etc. Il est très difficile de croire que l’évolution des constructions participiales ait suivi la direction inverse et que des énoncés initialement monolithiques du type il disait (s’)être revenu se soient ensuite scindés en unités relativement autonomes distinctes, dotées même de sujets de l’action différents. La formation de NN peut aussi s’expliquer d’une manière plus naturelle, davantage conforme à l’évolution de la structure syntaxique, en reconnaissant le caractère archaïque des phrases composées asyndétiques du type il disait, revenu et il disait que le père était revenu, largement attestées dans les dialectes. Il faut pour cela prêter attention aux constructions dans lesquelles les participes au nominatif ont la même forme et la même fonction que lorsqu’ils constituent la forme de discours indirect.

1.8.1. Par ses principaux traits structurels — la position de verbum finitum et l’absence d’auxiliaire — le modus relativus correspond avant tout aux participes actifs du prétérit, employés sans copule et constituant, du point de vue de la langue actuelle, des formes composées perfectives du présent, cf. le père est revenu (: était revenu: revenait régulièrement: sera revenu). Le prétérit du NN ne se distingue de ces formes que par sa valeur modale. Cependant, cette valeur modale ne se manifeste souvent qu’à partir du contexte et de la situation, et peut parfois rester tout à fait indéterminée. Même après des verbes de perception et d’information indiquant un discours rapporté, le participe actif du prétérit peut être interprété de deux façons, surtout à la périphérie de l’aire du NN, où les participes actifs du présent correspondants ne sont pas ou presque pas employés, par ex.: on dit qu’il est déjà mort maintenant Škn; celui-là, ai-je entendu dire, s’est pendu Mlt; on dit que ceux dont les cierges sont tout à fait éteints ont complètement oublié l’autre monde Vl; on dirait que le monde est venu des tombes Vrnv, etc. D’autre part, dans le dialecte samogitien, les participes actifs du prétérit avec une copule au présent sont parfois employés pour désigner également une action indirectement perçue, et correspondent donc entièrement, par leur sens, aux formes du NN, par ex.: on dit qu’auprès de ce ruisseau des gens se sont pendus Rsn; on dit qu’il est parti Kin; on dit que la charrette renversée est tombée Šlu; la femme viendra dire que l’enfant a arraché la carotte Kin; regarde, la grange était là Akm; combien elle en a écrit! Skd; de même dans les écrits de S. Vaišnoras, cf. il dit… que le Fils de Dieu, sans œuvres ni constructions secrètes de Dieu / et non pas tout le monde (178)… a souffert et est mort MT 178–178ᵃ. C’est pourquoi l’aire du NN

2*

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désormais, on ne peut la définir plus précisément qu’à partir des limites d’emploi des participes actifs du présent et du futur.

1.8.2.1. Les participes actifs du présent ne font plus partie du système des temps composés de la langue littéraire; employés sans verbe auxiliaire à la position de verbum finitum, ils sont donc compris comme des formes de NN. Cette situation n’est toutefois pas ancienne. Tout d’abord, dans le dialecte samogitien, les participes actifs du présent préfixés de be- peuvent servir à désigner une action en cours sans avoir de valeur modale manifeste, par exemple: la vache est douce (à traire), le lait est en train de couler Pln; je suis rentré et elle, elle était en train de marcher Vkš; dans ce jardin, l’herbe est foulée comme ça — foulée comme ça, et là, un tel petit berger fait paître les moutons SlančP 13, voir aussi N. Slizienė, LKK IV 70. Le caractère ancien de cet emploi est également attesté par des exemples de chants populaires, dont la structure rythmique permet de mieux préserver les archaïsmes syntaxiques, cf.: La petite Aurore se levant, le petit soleil se levant, la tête faisant mal Sk (LKK III 84), que peut bien penser ce jeune garçon, que médite le jeune homme, forgeant un anneau d’or, forgeant un anneau, et martelant mon petit nom KlvD 163. On emploie également des participes actifs du présent dépourvus de l’affixe be-, par exemple: il faut un ouvrier à la maison, maman est malade Pj (LKT 114); elle a deux frères, et les deux sœurs sont là Plng. Ainsi, l’affixe be- n’a pas été lié de longue date à une valeur admirative des participes. Les participes actifs du présent ont souvent cette valeur sans cet affixe, par exemple: Il avait oublié de faire le signe de croix et, se tournant de l’autre côté, regarde: le diable se tient là Slm; je regarde, je regarde, je scrute, et il est déjà parti Tln; en revanche, les participes préfixés de be- désignent souvent aussi une action rapportée, connue par ouï-dire, par exemple: j’ai entendu dire qu’il se préparait à faucher Krtn; on disait qu’il étudiait pour devenir conducteur de tracteur Vg.

D’autre part, dans les dialectes samogitien et haut-lituanien occidental, dans leur partie occidentale, les participes actifs du présent s’emploient avec l’auxiliaire būti et constituent un paradigme assez complet de temps composés: présent esu, esi, yra… einąs, -anti; prétérit simple buvau, buvai, buvo… einąs, -anti; futur būsiu, būsi, bus… einąs, -anti; conditionnel būčiau, būtum, bus… einąs, -anti (les formes du prétérit itératif et de l’impératif n’ont pas été relevées, mais sont tout à fait possibles), par exemple: regarde comme je suis en train de parler (=comme je parle) Mž; il est malade Žd, Prk, Klp, Eig; celle-là, elle sait tant de choses Skd, Kl; quelqu’un est déjà un peu vieux Šl; il était un peu malade Sl, Klm; bientôt, il n’y aura plus de cette pluie Klp; quand il y aura du brouillard, les corneilles croasseront; il vivra avec un ver jusqu’à ce qu’on l’envoie au front Šts; et s’ils avaient eux-mêmes été ainsi, il n’aurait manqué que le lait de cygne Brs (LKŽ VII 77). On emploie également les formes participiales correspondantes avec l’affixe be-, mais seulement avec une nuance de durée plus marquée, par exemple: ma vache est très bonne à traire: elle s’est remplie, et le lait va continuer à couler Pln (LKT 79); heureusement que tu n’es pas parti: tu aurais été malade Eig (LKT 73); je n’aurais pas vécu, mais maintenant tout est arrangé Žr. Des formes composées encore plus complexes se constituent parfois avec le participe actif du présent, par exemple: si j’avais été capable, je serais parti Skd; cf. (heretikay) klaydawo / kayp butu anas wienu noru ne sutwertu turis essus (bladžili / iakoby on mial mieć iednę wolą nie stworzoną) SP I 193₁₂. Les formes du passé servent parfois aussi à désigner une action commencée mais interrompue, c’est-à-dire qu’elles correspondent par le sens au passé inchoatif, formé avec l’affixe be-, par exemple: j’ai entendu dire qu’il était sorti de chez lui, mais il est revenu Trgn.

1.8.2.2. Le caractère ancien de cet emploi est confirmé par les monuments linguistiques des XVIe et XVIIe siècles. C’est précisément dans les écrits de J. Bretkūnas, représentant les dialectes mentionnés, et surtout de S. Vaišnoras, que les participes actifs du présent employés avec l’auxiliaire prennent le sens de temps composés, par exemple:

Kaip (Ponas) ira milins Szmones, Wiss i io Schwenteiei ira tawa Rankoie BrB V Moz 33,3 (Wie hat er die Leute so lieb; dilexit populos); netarent ios miegi | bet

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pakaiuie ir linxmibaie jira giwenanczes MT 260a₂₁; O Kursai Sunui netikjs jra, ne reges giwatas MT 262a₁₇–₁₈;

Wina schaknis (souligné, au-dessus: medis), « il avait trois branches et était florissant (de -enti), il croît et verdoie » BrB I Moz 40,10 (und er grúnete, wuchs und blúete); « Dievas įstatė tą sąvoką… kad dabar (les hommes)… la loi naturelle n’existait plus que »; MT 221₁₃–₁₄;

« Il sera sain (les corps) ne se détériorent pas » MT 245₄;

« Cela est très souvent dit ainsi: | comme si l’on priait Dieu, | afin qu’ils… s’égarent » MT (PM) 29a₁₁–₁₂ (voir aussi N. Sližienė, LKK IX 80).

On trouve de telles constructions moins souvent dans d’autres monuments linguistiques, cf. « Et alors le Fils de l’homme sera assis à la droite de la puissance de Dieu » DP 163₁₁ (bedzie siedzial W 13; erit sedens); « Mais que dira-t-il alors? » SG 71₇.

Dans les écrits de S. Vaišnoras et de certains autres auteurs (M. Daukša, K. Sirvydas), le participe esąs, -anti est particulièrement souvent employé avec l’auxiliaire, par exemple: « ce qui est vraiment » MT 7₈; « Le monde est menteur depuis le commencement » MT 42₂₀; « j’aurais appris… qu’il est aussi » MT (BĮ) XVIII₁₁–₁₃; « description… de l’état des choses | ce qui serait là » MT 150₁₅; « quelle serait la vraie religion? » MT (LĮ) XXIV₁₂; « Afin qu’il ne soit pas un malfaiteur, nous ne l’aurions pas livré à toi » DP 163₃₃ (By to nie byl zloczyńcá W 279₁₉; si non esset hic malefactor); « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs combattraient pour moi » DP 164₉ (Być z tego świata bylo krolestwo moje W 280₅; si ex hoc mundo esset regnum meum)³³. À son tour, ce groupe du participe et de l’auxiliaire peut être associé à d’autres participes ou adjectifs pour former une copule composée, par exemple: « que l’Église du Christ soit instituée par Dieu | ou fondée par quelque autre apôtre… » (37ª), il faudrait donc aussi bien en parler MT (PM) 37ª–38; « toutes ces parties seront sanctifiées en un lieu | non pas parce qu’elles seraient saintes par elles-mêmes, mais parce qu’elles sont corrompues et inutiles » MT (PM) 36₁₄, 34.

Les participes actifs du présent munis de l’affixe be-, associés à l’auxiliaire būti, forment souvent, dans les écrits de J. Bretkūnas, les mêmes formes composées du passé que les autres participes actifs du présent. L’affixe be- souligne ici et met en relief la durée de l’action, par exemple:

« Et quand il reviendra là-haut, voyez, il était encore en train d’offrir son sacrifice consumé » IV Moz 23, 17 (sihe | da stund er bey seinem Brandopffer LB); « Un homme… ramena… la Midianite… pour la montrer… à toute l’assemblée des enfants d’Israël, qui pleuraient devant la porte » IV Moz 25,6 (die da weineten für der thür LB; « Or Saül restait à Guilgal (il était encore là) » I Sam 13, 7 (Saul aber war noch zu Gilgal LB); « Booz venait justement de Bethléem » Rut 2,4 (Boas kam eben von Bethlehem LB); « Et ils venaient tout juste d’enterrer » Pirgmimius IV Moz 33, 3 (und begruben eben LB).

Des formes composées semblables se construisent parfois aussi avec l’auxiliaire tapti, cf. « Je suis allé, je me suis lavé et je suis devenu voyant » ChB Jon 9, 11.

Il semble que la mise en relief de la durée par l’affixe be- ait préparé le terrain à la valeur de passé inchoatif, qui apparaît lorsque l’action durative désignée par le participe est interrompue par une autre

33 Voir aussi MT (BĮ) XVIII₂₀, (LĮ) XXIII—XXIV, 150₁₅, 150ª, 161ª, 181₂₀, 183–183ª, 269ª₂, (PM)14ª₁₄, 14ª₂₀, 15ª. Cf. N. Sližienė, LKK IX 80; J. Palionis, LLK 198.

34 De même, MT 77₁₉, 151₁₅, 268ª₁₂, (PM)25ª₁₂–₁₃, 34ª₁₉–₂₁. Au total, dans les écrits de S. Vaišnoras, nous trouvons 22 constructions avec esas, -anti et la forme fléchie de būti, dont 3 avec des formes du présent et 19 avec des formes du conditionnel.

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action, cf. Tawa tarnas buwa beganans Awis sawa Tiewo, ir ateija Łewas BrB I Sam 17, 34 (hütet die schafe LB).

Dans les textes anciens, les participes actifs du présent munis de l’affixe be- sont parfois associés à une forme du présent du verbe auxiliaire, c’est-à-dire qu’ils constituent en quelque sorte un présent initial (mais sans valeur d’action interrompue), qui manque désormais au paradigme des temps initiaux de la langue actuelle, par exemple: Tu awinélio newirk, kolei ira beszindans (prieg Pieno Augives) BrB II Moz 34,26 (wenns noch an seiner muetter milch ist LB; in lacte matris suae V); Sakie iems su dziauksmu didziu / Iog est begulis edziosu BrGD XLVII (p. 83), de même Mž 193.

1.8.2.3. Ainsi, les participes actifs du présent prédicatifs, qui dans la langue littéraire actuelle ne s’emploient que comme formes de NN, ont pu autrefois ne pas avoir de valeur modale définie. En position de verbum finitum, ils apparaissaient seuls ou avec l’auxiliaire būti, avec lequel ils formaient les mêmes constructions que les participes actifs du prétérit simple. Les formes des participes actifs du présent avec l’affixe be- et sans lui avaient les mêmes propriétés syntaxiques et ne se distinguaient que par une valeur durative plus ou moins marquée. Les constructions avec les participes actifs du présent étaient donc également proches de NN, tout comme les formes dites des temps accomplis avec les participes actifs du prétérit simple le sont encore aujourd’hui.

Le système de la langue actuelle fournit aussi des indices permettant de reconstituer un tel état. Il s’agit avant tout de l’incomplétude du paradigme des temps dits initiaux (absence de formes du présent), de l’absence d’une valeur générale (les participes du présent n’expriment généralement une relation de durée entre les actions qu’avec les formes du prétérit simple de l’auxiliaire, et cela uniquement dans certains contextes, cf.: N. Slizienė, LKK IV 67; LKG II 146), de l’emploi des participes actifs du présent munis de l’affixe be- avec une valeur admirative et de leur corrélation avec les participes actifs du prétérit simple dépourvus de cet affixe, cf.: Po trijų dienų tėvai žiūri — visas žąlių pulkas bešliaužias į jų kiemą LTt III 296 ir Žiūrėk, koks didelis lazdynas išaugęs! Kp.

1.8.3. La relation entre les temps composés et NN se manifeste également dans la similitude de leurs aires d’emploi. Les temps composés, tout comme NN, sont employés le plus largement dans la région des Samogitiens et de la partie occidentale des Aukštaitians occidentaux (qui comprend aussi les dialectes lituaniens de l’ancienne Prusse-Orientale). Dans le nord-est de la Lituanie, où NN est également vivante, on ne trouve plus fréquemment que des formes accomplies du prétérit simple et du futur. Dans l’ensemble, l’aire de diffusion de NN coïncide approximativement avec la zone où l’emploi des participes est le plus intense.

Les faits évoqués ici permettent de penser que les nominatifs des participes actifs, lorsqu’ils occupaient la position de verbum finitum, ne se distinguaient autrefois pas des formes de NN par leurs propriétés morphologiques et syntaxiques. Ce que l’on appelle aujourd’hui la voix indirecte n’était qu’un cas particulier de l’emploi prédicatif du nominatif du participe, qui se démarquait des autres par une certaine nuance de valeur modale.

1.9. L’emploi prédicatif des participes est un vestige d’un passé lointain. Formes de nature nominale, les participes ont pu, dès les étapes les plus anciennes de l’évolution des langues indo-européennes, former des phrases nominales35, du type de père fatigué, à côté de père bon ou de père maître de maison. À l’origine, ces phrases se distinguaient sans doute, par leur emploi, des phrases correspondantes comportant les verbes issus des racines *es et *bhū,

35 Cf.: K. Brugmann, Synt. 69—70; J. Zubatý, Studie a články, II, Praha, 1954, 126 tt.; A. Meillet, MSL XIV. 1 tt.; Introduction à l’étude comparative des langues indo-européennes, Paris, 1934, p. 356—7; J. Bloch, MSL XIV. 1 56 tt.; E. Benveniste, BSL XLVI 27 tt.; Ch. Guiraud, La phrase nominale en grec, Paris, 1962, p. 152 tt.; W. P. Lehmann, PIE 115—6.

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qui pouvaient avoir un sens lexical concret36. Au fil du temps, les anciennes phrases nominales ont été intégrées au système des phrases verbales en tant que membres de celui-ci, avec des copules zéro37. Les phrases nominales avec participe ne pouvaient être isolées de ce processus, et les énoncés du type frère allant | étant revenu ont eux aussi dû se rattacher au paradigme frère est | était | avait l’habitude d’être | sera revenu. Cependant, le système des temps composés qui a commencé à se former sur cette base ne s’est pas pleinement constitué en lituanien, et de nombreux participes prédicatifs ayant une valeur de procès (en particulier les formes du présent) sont restés en marge de ce système, conservant jusqu’à nos jours des traits de leur ancien emploi prédicatif.

1.9.1. Même les participes considérés, du point de vue de la langue actuelle, comme des équivalents du parfait présent diffèrent souvent par leur sens des formes composées avec copule. N. Šližienė LKK XI 20 a remarqué que les participes actifs du prétérit simple, à la forme du présent, employés sans l’auxiliaire būti, servent « à créer une image artistique du présent », par exemple: Jonas est étendu à plat ventre près du poêle sur le sol d’argile; la place est trop étroite pour lui, aussi a-t-il posé les jambes jusqu’aux genoux en l’air contre le mur; sa tête, à l’autre bout, dépasse le banc ŽemR I 86. Cependant, la création d’une image artistique ne caractérise que partiellement la spécificité de l’emploi de ces participes. Il serait plus exact de dire que les participes sans auxiliaire s’emploient généralement pour décrire une situation statique et l’état qualitatif d’objets particuliers. Les participes actifs du présent s’emploient également ainsi (généralement avec be-), par exemple: Et lui, depuis le matin, est couché là et ronfle Rs. En revanche, les participes avec auxiliaire sont davantage caractéristiques du récit. Cette différence d’emploi entre les participes avec et sans auxiliaire est importante en ce qu’elle reflète en partie la distinction entre les anciennes phrases verbales et nominales. Dans les langues indiennes anciennes, grecques et celtiques, les phrases à prédicat nominal sans copule expriment précisément des états permanents, « intemporels », tandis que les formes avec copule indiquent généralement des procès changeants, liés au temps38.

1.9.2. On trouve des vestiges de l’emploi prédicatif des participes dans des constructions figées où la forme de l’auxiliaire est absolument impossible. Beaucoup d’entre elles ont une forte nuance modale et expressive.

Au lieu de verbum finitum, les formes négatives des participes (en particulier au genre neutre) sont employées pour exprimer la négation de manière emphatique, avec une certaine insistance, par ex.: Il n’était plus question que je m’associe davantage avec lui Jnšk; Il n’était plus question que j’aille le voir Ds (LKŽ I₄ 1215); Je ne vivrai plus= (ne vivrai plus) ici — pourvu seulement que cette fois cela se termine bien! Sdk. Il pleut. — Et comment qu’il pleut! Ds (LKŽ VII 589). Eh bien, mon frère, sans avoir été bercé, sans avoir été déshabillé… VaižgRR I 421. Le chien achèterait de la viande, s’il avait seulement de l’argent Baran (APh I 98). Alors, tu ne savais pas; tu aurais dû lui répondre quelque chose Alk (LKŽ VII 833).

La forme au neutre nematę s’emploie dans des souhaits devenus des expressions figées, par exemple: Que son bâton ne le voie pas! Ds (LKŽ VII 914); qu’il ne voie pas neuf d’entre eux — ils ont déjà tous disparu (sont morts) Lkm (LKŽ I 459); Que la flaque ne le voie pas, je ne mangerai plus de ce sucre Slm (LKŽ VII 914); que la flaque ne le voie pas Kp; Que la source ne la voie pas, cette sale petite chose Kp. L’archaïsme de ces constructions est également attesté par le fait que la forme du participe au neutre s’accorde avec le genre entier-

36 Plg. būti konkrečios reikšmės likučius tarmėse: mes taip esam (gyvename) atklūdziai Žibiniškai (LKT 76); mes dabar būnam (= gyvenam) prie ežero Mrc; pradėjo kur (= visur) būt (= gyventi), dirbt Všn (LKT 300); žiniai pradės aukštyn būt (= augti) Ventė (LKT 144), žr. dar LKKŽ I 1215.

37 Вяч. Вс. Иванов, Общ. 268.

38 Voir E. Benveniste, BSL XLVI. 1. 31 ss.; J. Humbert, Syntaxe grecque, Paris, 1960, p. 66; Ernout–Thomas, Syntaxe latine, Paris, ²1953, p. 146–8; P. Chantraine, TCLC IX 25; Ch. Guiraud, ib. 64 ss.

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… de noms. Par son sens, le participe se rapproche ici de l’optatif, qui exprime souvent un souhait (cf.: Grausmas jo nematai! Ds), tandis que les constructions correspondantes à l’indicatif (galas tave nematė Dkš, velniai jo nemato Grž LKŽ VII 914) sont manifestement plus récentes. Les formes participiales d’autres types expriment aussi parfois le sens optatif, par exemple Kad tu skradžemėn nuėjęs, kad tu velij prapuołus Gry (LKK XIII 122). À cet égard, la forme neutre figée du participe est particulièrement caractéristique dans la formule répétée des contes populaires: Atadārą (tarm.: atadɔ.ru.) vaikėliai durytėlės BsP II 327, plg. atadɔ.ru. durelās Verksnionys LKT 299 et Atidarai darai (duris), jūs mani vaikeliai Lt III 86⁳⁹; ici, le participe a déjà clairement la valeur de l’impératif.

On trouve également des participes ayant conservé une fonction prédicative dans des énoncés sous forme de question rhétorique avec kur ou avec divers cas de kas, par exemple: kur tu matęs, kad aš jai užsileisčiau! Vb (LKŽ VII 915), nu kur tu matęs: oru pavažiuot žmogų, nukris Joniškėčiai LKT 245; Na, kur nesimeldęs, anoks maldininkas KatkR 259; Ką tu belaukęs senatvės? ib. 190; Kur jis geriau ras, ko jis neėjęs? ib. 219; Žinau, kur nežinojęs ib 186; kame buvusi grėbėja! Snarglį pirmiau nusivalyk! Rdn (LKT 75). Certaines de ces expressions sont entièrement délexicalisées et devenues des idiomes, par exemple: kur buvę, apsirgo pono dukte Daunoriai (LKK III 201); kur buvus nebuvus, ateis lapė Lt III 147; Kas tai bėsaš (« cela ne signifie rien ») mums vainiką nupinti Šts (LKŽ I₁ 1217); Kas nebuvęs, plauksiu į jūrą Plng (LKŽ I₁ 1216). De même, les participes (le plus souvent avec la particule ar) sont employés dans des constructions exprimant l’alternative, par exemple: O tai neklaũžada vaikas, ar jam sakęs, ar ne Slm; Ar sakęs, ar šuniu lojęs – neklauso, ir tiek Lnkv (LKŽ VII 661); tiek anam sakęs, tiek nesakęs: pro vieną ausį įein(a), pro kitą išein(a) Jnš; Kirtęs nekirtęs – kumelės stovi sau, galvas nuleidusios Žem (LKŽ V 855); cf. aussi les cas de sens correspondant où le participe apparaît à côté du verbe: sakyк jam nesakęs – nuleidžia pro ausis Jnš; teipos ponas buvęs, ponas bus Ppl; bus kas esąs (nebuvęs) Als « ce n’est pas grand-chose » (LKŽ I 1216), ainsi que les constructions emphatiques avec un participe et un verbe de même radical: augęs paaugęs žals pušynėlis pas tėtušio dvarelį Šl (LKŽ I 383).

1.9.3. Les formes nominatives des participes peuvent également occuper la position du verbum finitum et désigner dans la phrase non pas l’action principale, mais une action secondaire, subordonnée.

Les participes postposés (par rapport au verbum finitum), dans les constructions avec les mots de liaison kiek, kur, kada, iki, ligi et les formes casuelles du pronom kas, correspondent par leur sens aux verbes employés dans les propositions subordonnées des phrases complexes, par exemple: vaikas… turėjo duonos kiek noris ValPŽK 4; žvejas… nuėjo per mišką, pats nesumanydamas, kur ir ko einas TMPs 27; jau neatmenu, kada beragavęs žuvies Lt III 377; liepė karalius pilną žąką primeluot, ik sakysias užriškit Jrk 46; jiems turėję vergauti lig atduodantys ar lig atdirbantys DB 169; nėr kas jam darbą Dgls; ji… ėmė pasakoti, ko ieškanti Lt III 290; gera būtų mergiotė, tik džiauna ką tik nutvėrusi Sml; voir aussi l’auteur, LKK IX 43–62.

Lorsqu’elles suivent des verbes de commentaire (en particulier des verba percipiendi et dicendi), ces constructions sont proches du NN, par exemple pagrįžę namo, (broliai), nieku neprasitarė Eglei, ką padarę Lt III 299; lorsqu’elles ont un sujet différent de celui du verbe, elles coïncident entièrement avec lui, par exemple ir karčūninks (= karčemininkas) klausė, kur jis einąs Glbr (Mit VI 46). En revanche, après des verbes d’un autre type sémantique, les participes désignent une action secondaire sans aucune nuance de NN, cf. eina, kur budelis įsakęs Dr. Iš

39L’archaïsme de la formule est également confirmé par la vieille reduplication, cf. sut rinko trinko tėvelio grindos NS 341, išleido leido plonus tinklelius LTt 68; išveža veža mano bernužėlį LTt₁ II 58.

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Dans les constructions avec des mots de liaison, le rapport entre le sens des participes désignant clairement une action rapportée et, plus généralement, une action subordonnée apparaît nettement. Le sens d’action rapportée, caractéristique du NN, est ici secondaire et dépend de l’expression lexicale des verbes; les formes porteuses de ce sens ne constituent qu’un sous-ensemble particulier des participes prédicatifs.

1.9.4. Les participes préposés, reliés par la conjonction ir à une forme personnelle du verbe, désignent eux aussi une action secondaire et fonctionnent dans la phrase comme des équivalents du verbum finitum, par exemple vilkas iš baimės galą pabėgėjęs ir pastipo BsP IV 23540. Ces constructions, caractéristiques de la tradition orale et des anciens textes, ont souvent aussi une valeur modale: comme le NN, elles soulignent fréquemment le caractère inattendu de l’action ou l’étonnement qu’elle suscite.

1.9.5. L’emploi des participes du participe actif de la forme en -us, placés en seconde position verbale, est également associé à des valeurs modales (ordre, interdiction, négation, etc.) et à des nuances expressives: a) pour renforcer l’action du verbe principal de même radical, par exemple: gerk gėręs, brolty, dūmok ir namo JD 72; guliu pasigulęs, kad ir neužmingu Plng41, de même avec des verbes négatifs, par exemple: kad šoks nešokęs zuikis ir kudl LTt 343, parfois aussi avec une conjonction, par exemple eik kad ėjės, kad nė kuo apsiaut Gs (LKŽ II 771); b) pour exprimer l’alternative (également avec un verbe de même radical), par exemple: sakyk jam nesakęs — nuleidžia pro ausis; c) pour exprimer une action négative ou indésirable (avec un verbe d’un autre radical), par exemple: tylėk neburbėjęs Vkš (LKŽ I 959)42.

Les cas d’emploi prédicatif des participes mentionnés ici présentent tous les traits des archaïsmes syntaxiques. Dans le système des moyens syntaxiques du lituanien, ils occupent une position périphérique et isolée et ne s’intègrent à aucun type usuel d’emploi des participes. On les trouve généralement dans des expressions figées ou en voie de figement phraséologique. Dans la langue actuelle, ils sont improductifs et disparaissent; on ne les rencontre qu’occasionnellement dans la langue parlée ou dans la littérature, où ils sont marqués stylistiquement. Le NN est lié à ces formes non seulement par leur identité formelle, mais aussi par leurs nuances modales et expressives, qui témoignent d’une tendance à conférer un sens modal à des formes en voie de disparition, devenues incompatibles avec le système transformé. Tout cela permet de supposer que l’usage prédicatif ancien des participes a constitué le fondement de la forme indirecte. Cette hypothèse est confirmée par les constructions avec des participes passifs.

2. CONSTRUCTIONS AVEC DES PARTICIPES PASSIFS

2.1.1. En lituanien, les formes neutres des participes passifs ont souvent une valeur modale, avec ou sans complément d’agent au génitif: au présent (brolio) gyvenama, sėjama, au passé (brolio) gyventa, sėta. On emploie aussi occasionnellement des formes composées du passé: (brolio) būta gyventa. J. Jablonskis a décrit avec justesse leur emploi: il a remarqué que, par de telles expressions, le locuteur « semble vouloir dire qu’il vient tout juste de voir, qu’il vient tout juste de remarquer cette subtilité. (…) Comme s’il voulait annoncer que cette information, qu’il nous communique à l’instant, ne lui a été fournie que par un détail accessoire qu’il vient lui-même de remarquer, ou par une autre personne » (RR I 465). J. Jablonskis a également indiqué que de telles expressions sont proches du « discours narratif »

40 Pour plus de détails, voir l’auteur, Baltistica I (1) 53—66.

41 Cf. les constructions grecques correspondantes avec des participes issus du même radical: φυγῇ φεύγειν, ἀκούσας… ἤκουσα, etc., voir R. Kühner, GrGr. 656.

42 Voir aussi J. Balčikonis, Baltistica III (2) 204; l’auteur, LKK VII 72—3, LKG II 353—4.

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et ne sont pas employées dans tous les dialectes: « Aux expressions des Aukštaitija “Čia trobos būta” [Ici, il y a eu une maison], “girių čia snausta...” [ici, on a dormi dans les forêts...], les Samogitiens substituent leurs propres expressions, telles que “čia troba buvusi, stovėjusi” [ici, il y aurait eu une maison, elle aurait été là], “girios čia snaudusios” [les forêts auraient dormi ici]... » (RR I 466, cf. aussi ib. 530). Dans les grammaires ultérieures, soit on n’a guère approfondi la valeur modale des formes neutres des participes passifs, soit on s’est contenté de résumer les idées de J. Jablonskis.

On a accordé davantage d’attention à la valeur de voix de ces formes. Il a été constaté à plusieurs reprises que les formes neutres des participes passifs sont souvent dérivées de verbes intransitifs et qu’elles n’ont pas la valeur caractéristique des autres formes passives1 ou qu’elles correspondent aux formes actives2. V. Sirtautas, Kalbotyra XXI 71 ss., et E. Geniušienė, ib. XXIV (1) 27 ss., ont récemment examiné le rapport entre les formes neutres des participes passifs et les autres formes de la voix passive; ils sont parvenus à la conclusion que, du point de vue des propriétés syntaxiques, les constructions de formes neutres avec un génitif correspondent entièrement au passif. La nature passive des formes neutres des participes passifs est solidement étayée par les auteurs cités; il est tout à fait clair qu’elles doivent être étudiées comme un groupe particulier de formes passives. Cependant, leur spécificité sémantique et leur synonymie avec les formes actives, en particulier avec les participes actifs à valeur modale, sont tout aussi manifestes. C’est précisément en raison de cette valeur modale que les constructions comportant des formes neutres de participes passifs sont parfois récemment rattachées à NN3, bien que de façon incohérente et avec certaines hésitations4. Ce qui empêche en réalité d’inclure ces formes dans NN, c’est le caractère incomplet et indéterminé de leur paradigme, leur lien étroit avec le passif et leur proximité avec les temps composés de la voix passive.

2.1.2. En vertu de leur valeur modale, les formes neutres des participes passifs au présent et au passé peuvent s’opposer aux formes de l’indicatif présent et prétérit, par exemple: brolio gyvenama: brolis gyvena (cf. brolis gyvenąs); brolio gyventa: brolis gyveno (cf. brolis gyvenęs). Toutefois, du point de vue formel, elles correspondent entièrement aux formes composées du présent de la voix passive avec copule zéro5. Elles peuvent être comprises aussi bien comme des équivalents de brolio yra gyvenama / gyventa que comme des énoncés dotés d’une certaine valeur modale, dépendant du contexte et de la situation (cf. žiūrėk, kaip čia tavo brolio gyvenama!). Les formes neutres correspondantes des verbes transitifs sont tout aussi ambiguës (par ex. čia jo miežiai sėjama / sėta). Seule la construction brolio būta gyventa — opposée à la forme de plus-que-parfait de l’indicatif brolis buvo gyvenęs (cf. brolis buvęs gyvenęs) — n’a pas d’équivalent dans le système des temps composés de l’indicatif. Elle est toutefois assez isolée, car on n’a pas observé dans les dialectes de constructions avec des participes présents (par ex.: *brolio esama gyvenama / gyventa, *brolio būta gyvenama), qui pourraient s’opposer aux autres temps composés de l’indicatif; elles ne peuvent tout au plus être employées que fortuitement et sporadiquement6. De plus, dans de nombreuses localités, la valeur de la construction būta gyventa est exprimée par la forme composée usuelle du passé de la voix passive buvo gyventa, corrélée à (yra) / buvo / būdavo / bus gyventa, cf.:

1 P. Trost, LKK III 220 ss.; N. Sližienė, LKK IX 74, LKG II 152.

2 W. K. Matthews, SEER XXXIII 81, 352 ss.; A. Paulauskienė, Veiksm. 157.

3 J. Balkevičius, Sint. 95—6; N. Sližienė, LKG II 168; LKK XV 78; P. Gailiūnas, LKG II 59; E. Geniušienė, Kalbotyra XXIV (1) 31.

4Par exemple, P. Gailiūnas, Kalbotyra IV 76, ne classe pas les participes passifs parmi NN, tandis que dans LKG II 59 ils ne sont mentionnés que brièvement, en une phrase, à la fin du chapitre. N. Sližienė ne les inclut pas non plus dans le paradigme de conjugaison des formes verbales composées dans LKG II 173—8.

5 À leur sujet, voir N. Sližienė, LKK IX 74, LKG II 53 ss.

6 J. Balkevičius a inclus les constructions esama mokoma, esama mokyta, būta mokoma dans son tableau des expressions du prédicat, Sint. 95, mais n’en a donné aucun exemple.

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nous avions déjà été couchés, quand il arriva Kp; moi, j’avais déjà été endormi, vois-tu Mlt; inutile, je n’en ai pas acheté, on l’avait déjà apporté Slm; on avait déjà cueilli des baies Brž; on était déjà parti Alz, Aln, Mlt, VIkv ir kt.; on était venu, Aneliutės Vžns; je n’ai pas retrouvé, on était déjà parti Aln; alors j’ai compris ce qui avait été laissé ici Kp; on avait semé du seigle Auk; l’écrit avait été interdit Stlm (LKT 310); on avait servi pendant vingt ans; ici, on était allé (avec les vaches) Klp; chez moi, tout avait été fait, balayé, cuit, lavé Rgv; auparavant, à cette époque, on avait déjà fauché Trg; tu iras, et ce sera fait Mžš; nous serons déjà partis Ds; N’y allez pas, on sera déjà parti Kp; peut-être cela aura-t-il déjà été apporté Mlt; ce cheval aura été volé et vendu par lui Kp.

Même avec la copule au présent, la forme neutre du participe passif est souvent employée dans le même sens que dans les constructions sans copule, par exemple: ici, apparemment, des gens ont vécu autrefois Sk; chez moi, on est tombé Sr; la poitrine est congestionnée, on a pris des médicaments Nmš; regarde, les lièvres se sont tous enfuis près des pommiers Vkš.

D’autre part, les constructions sans copule peuvent aussi ne pas présenter de nuances modales clairement perceptibles. Par exemple, des énoncés répandus dans les Hautes Terres, tels que le voisin a battu le blé, ils sont partis, dit, fait… ont le même sens que le voisin a battu le blé, ils sont partis, ont dit, ont fait, et les participes peuvent être considérés comme une forme de présent composé au passif, avec copule zéro, cf. le grain est battu / battu. La forme accordée du participe passif est parfois également employée à côté de la copule būta, par exemple: à Pabašnykas, l’argent avait été avalé avec du lait aigre Neršionys (LKT 310). Dans les dialectes samogitiens, où les formes féminines sont plus largement employées à la place du neutre, on en trouve parfois aussi dans les constructions dont il est question ici, par exemple: les institutions en sont pleines (des enseignants) en ont été bourrées; combien de ces racines a-t-on épluchées Pj⁷.

2.1.3. Ainsi, les formes neutres des participes passifs (contrairement aux nominatif des participes actifs examinés précédemment) ne constituent pas un paradigme distinct susceptible d’être mis en corrélation avec le paradigme de l’indicatif. Par leur structure et leur valeur temporelle grammaticale, elles se rattachent aux temps composés du passif⁸. Il n’existe pas de fondement grammatical suffisant pour les considérer comme des formes du modus relativus, car seules des séries de formes spécifiques, opposées à d’autres selon certaines valeurs généralisées, peuvent constituer des catégories morphologiques distinctes. Les formes neutres des participes passifs ne présentent pas non plus de corrélation manifeste avec NN (elles ne peuvent être considérées comme des formes passives de NN en raison de leur sens) et ne s’y intègrent pas. Les valeurs modales que ces formes ont le plus souvent (mais pas toujours) dans la phrase ne suffisent pas à les distinguer des temps composés pour en faire un mode à part, car ces valeurs sont dans bien des cas déterminées par le contexte; en outre, d’autres formes de temps composé, employées avec ou sans verbe auxiliaire, peuvent également les exprimer. Par exemple, le sens d’une action découverte de façon inattendue et suscitant l’étonnement (c’est-à-dire admiratif) peut aussi être exprimé par le nominatif masculin ou féminin des participes passifs: il arrive, regarde — son frère est cloué près de la bûche Grš; la fillette vient apporter de l’avoine aux oies; elle voit que toutes les oies ont été abattues Norvaišiai LKT 244 (cf.: regarde, les poules sont déjà rentrées dans la maison Škt LKT 159, voir 1.2.1). Les formes composées du futur avec des participes actifs et passifs expriment très souvent une action incertaine ou conjecturée, mais cela ne les fait pas pour autant considérer comme un mode distinct (cf. une atrocité

7 Cf. aussi les formes composées manifestes du passif: depuis longtemps, une parcelle avait été laissée sur les terres du domaine Žr; tout a déjà été coupé, transporté, battu Als; il faut vivre autant que Dieu l’a destiné Trš.

8 E. Geniušienė examine également ces formes comme des cas distincts du système des formes passives, Диате́зы и залоги в современном литовском языке, – Типология пассивных конструкций, Диате́зы и залоги, Ленинград, 1974, p. 209 tt.

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il aura volé Tlž; les gens de la cour auront trouvé et inventé ce nom SmIn; il sera certainement déjà parti à cheval Brž; peut-être cela aura-t-il déjà été apporté Kp)⁹. Tout cela montre qu’en lituanien nous n’avons pas des formes neutres particulières de participe passif relevant du modus relativus, mais un emploi modal de participes passifs rattachés aux temps composés.

2.2.1. Les constructions les plus proches des temps composés sont celles qui comportent des formes neutres de participes passifs, telles que le seigle est semé | a été semé, par exemple: le soir, on tresse des cordes KzR; on déterre déjà les pommes de terre Ds; les petites cavités sont pleines de miel récolté Ad; les vimbes sont clouées aux poutres Šk; la porte est ouverte et laissée ainsi KzR, ainsi qu’à Rk, Švnč, Gdr, Jnš, Tršk, Trk, Vv, Grl, Zp, Plv, etc.¹⁰, et de même dans les anciens textes, par exemple: Tulszis… su Vksūsu inpilt buwa SG 21₅; latru kaulai lauzsit buwa BrG 101, voir A. Bezzenberger BGLLS 159–160. Ce qui distingue ces constructions des exemples du type le seigle est semé | semé, c’est que le participe ne s’accorde pas ici avec le nominatif du nom (ou du pronom). Ce nominatif peut également ne pas être exprimé; la construction prend alors clairement un caractère impersonnel, par exemple (maintenant) on sème | on a semé11. (L’impersonnalité ressort aussi dans les constructions comportant un nominatif, lorsque la forme neutre est placée en tête, cf. on sème | a semé le seigle.) Par leur fonction et leurs relations syntaxiques, les formes neutres des participes passifs correspondent ici aux adjectifs neutres, cf. la bière est bonne et c’est bon, employés alternativement avec les formes masculines et féminines accordées la bière est bonne. Certes, ce parallélisme n’est que partiel dans la langue actuelle: toutes les formes neutres exprimant un état ne peuvent être remplacées par des formes adjectivales accordées, et inversement¹²; leurs différences de sens et d’emploi ont dû devenir particulièrement nettes lorsque les formes neutres se sont transformées en mots prédicatifs exprimant principalement un état. Dans la langue littéraire, les constructions binaires non accordées avec des formes neutres sont en voie de disparition, mais elles sont encore bien conservées dans la partie orientale de l’aire des dialectes des Hautes Terres; leur caractère balte est confirmé par des correspondants manifestes en vieux prussien, par exemple: erains bou sei poklusman (=Jēderman sey vnterthan) 57₉, stai perōni… ast poklusman (die Gemeine… ist vnterthan) 65₁₆¹³; de même avec des participes passifs au passé, par exemple: stai grikai ast… etwierpton (die sünde seien… vergeben) 43₂₁; stai gannai bousei pomeston (Die Weiber sein vnterthan) 65₁₂¹⁴. Dans les constructions impersonnelles lettones, on trouve déjà des formes masculines de participes passifs, employées de façon comparable aux formes féminines des dialectes samogitiens lituaniens, cf. letton nav gulēts « on n’a pas dormi », bij ilgi domāts un smagi iets15 et samogitien lituanien comme il a été ordonné, ainsi fais-le Als; tout a déjà été coupé, transporté, battu Als; depuis longtemps, une parcelle avait été laissée Žr; il faut vivre autant que Dieu l’a destiné Trš. Le type de construction est ici conservé, seule une forme ayant été remplacée par une autre, car le genre neutre s’est davantage effacé. La répartition régulière de constructions binaires et unaires non accordées dans l’aire des langues baltes montre qu’elles ne-

9 Voir aussi N. Sližienė, LKK XI 34; LKG II 158. De telles formes du futur sont répandues même dans les dialectes où les autres formes de temps composé sont presque inexistantes. Les formes simples du futur à la 1re personne s’emploient aussi avec des valeurs potentielles, optatives et impératives; voir A. Jakulis, Lietuvių kalbos būsimojo laiko istorija, thèse de candidat, manuscrit, Vilnius, 1967, p. 121 ss.

10 Cf. également K. Brugmann, LB 319; J. Schmidt, Pluralb. 162 ss.; J. Endzelīns, ИОРЯС XXII. 2 190 ss.; J. Jablonskis, RR I 464 ss.; Ch. S. Stang, VGr. 265; Z. Zinkevičius, Dial. 268.

11 Du point de vue du lituanien contemporain, de telles constructions sont considérées comme des formes composées passives impersonnelles; voir N. Sližienė, LKK IX 74; V. Sirtautas, Kalbotyra XXI 72; E. Geniušienė, Kalbotyra XXIV (1) 27 ss. avec bibliographie.

12 J. Jablonskis, RR I 465; A. Valeckienė, DB 555.

13 Voir aussi R. Trautmann, AprS. 244; J. Endzelīns, AprGr. 100.

14 Pour d’autres exemples, voir R. Trautmann, ib. 259; J. Endzelin, ib. 199.

15 A. Blinkena, MLLVG II 533, W. K. Matthews, SEER XXXIII 360.

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a pu apparaître en raison de la dégradation de la flexion des adjectifs et des participes ou sous l’influence d’autres langues16, et leur explication par l’emploi substantivé des adjectifs neutres17 est empêchée par la productivité beaucoup plus faible d’un tel emploi. Il n’y a donc aucune raison de considérer les constructions non accordées des langues baltes comme plus récentes et issues des constructions accordées. 2.2.2. Équivalents des constructions baltes non accordées18 On en trouve dans de nombreuses langues indo-européennes, cf. vieux-slave skorpija sėklivo; ugodno… krotostb;, vieux russe епвхъ сладко а человѣкъ падко, gothique þannu gatauran ist marzeins galgins Gal 5, 11 « ergo evacuantum est scandalum crucis », grec οὐχ ἀγαθὸν πολυχρονίζειν, latin mors omnium rerum extremum, et polonais19. Les formes neutres des participes non fléchis dans les constructions non accordées des langues slaves sont employées exactement comme en lituanien depuis les plus anciens monuments écrits, c’est-à-dire avant la disparition de la flexion des participes non pronominaux, par exemple: vieux-slave glasъ tryby uslyšano budeť,, vieux russe головы поимано (1314), vieux tchèque města bylo dobyto20. L’absence d’accord ne peut pas non plus s’expliquer ici par des processus syntaxiques ultérieurs21. Ces constructions sont un héritage d’époques antérieures de l’évolution de la phrase. Les recherches historiques et typologiques sur la structure de la phrase indo-européenne permettent de supposer qu’à l’époque de la communauté indo-européenne, les formes prédicatives des noms exprimant un état étaient invariables, non accordées et correspondaient vraisemblablement à des thèmes purs22. C’est précisément de telles formes de thème pur que présentent, dans les constructions dont il est ici question, les adjectifs et participes neutres balto-slaves en *-o23. Ainsi, les formes neutres des participes non pronominaux lituaniens occupant la position du verbe étaient probablement associées à des noms de genres divers depuis l’époque où la flexion adjectivale actuelle ne s’était pas encore constituée, et « les thèmes nominaux purs employés dans la fonction prédicative ne s’accordaient pas avec le sujet » (J. Kazlauskas, Ist. gr. 304)24. Compte tenu des formes prédicatives des adjectifs-

16 L’influence de l’allemand, que Ch. S. Stang croit discerner dans des constructions même telles que le vieux-prussien sta ioumas ni ast labban 57,7 (=lituanien tai jums nėra gera), a, selon nous, pu seulement stimuler l’emploi des formes neutres avec des noms et des pronoms masculins et féminins en vieux-prussien.

17 K. Brugmann, Synt. 174–5.

18 Plg. E. Fraenkel, Baltosl. 38.

19 F. Miklosich, VGr IV 29; Ф. И. Буслаев, Ист. Гр. 446; А. А. Потебня, Зап. I–II 114 tt.; Ш 358 tt.; B. Deibrück, VS. Ш 247–248; И. Эндзелин, ИОРЯС XXII 192 tt.; O. Lagerkrantz, Präd. 19–20.

20 F. Miklosich, ib. 365; А. А. Потебня, Зап. Ш 359 tt.; В. И. Борковский — П. С. Кузнецов, Ист. гр. 423 tt.; Ф. П. Филин, Происх. 495 tt.; J. Bauer, OSS II 334.

21 L’opinion selon laquelle les constructions non accordées du vieux russe seraient liées à la disparition de la flexion participiale (П. С. Кузнецов, МИРД, III 71 tt.; С. М. Обнорский, Очерки 159; З. М. Петрова, УЗ ЛПИ ССП,36 tt.) ou seraient issues plus tardivement de tours verbaux (А. А. Шахматов, Синт. I 119, Т. П. Ломтев, Очерки 209 tt.) se heurte à la présence de constructions non accordées dans les monuments les plus anciens (cf. Ф. П. Филин, ib. 499), à leur diffusion dans différentes langues slaves et aux parallèles manifestes dans d’autres langues indo-européennes. Sur le caractère ancien de ces constructions, cf. également О. С. Мельничук, Вступ. 383; Розв. 142–3.

22 Plg. W. Lehmann, PIE, 69 tt., 199 tt., 208 su lit.

23 Sur l’ancienneté de la forme neutre nominatif-accusatif en *-o, voir S. Agrell, Neutr. 18; T. Milewski, Indohitt. 22–23; V. Mažiulis, Balt. 84 tt. su lit.; J. Kazlauskas, Ist. gr. 124. L’opinion traditionnelle selon laquelle la finale -a des formes neutres baltes (gera, eita, etc.) serait issue de < *-od (R. Trautmann, AprS. 244, J. Endzelīns, ИОРЯС XXII 192, AprGr. 99 tt. et autres) est moins convaincante, déjà parce qu’elle isole les noms en thème en o des autres, dont la forme neutre est depuis longtemps considérée comme un pur thème (cf. K. Brugmann, Grdr. II₂ 144). Les données balto-slaves, pas plus que les noms neutres empruntés autrefois aux langues baltes par les langues finnoises, n’attestent une flexion en -d/t; voir J. Kazlauskas, Ist. gr. 123; V. Mažiulis, ib. 85.

24 O. Lagerkrantz, Präd. 12, 19 tt., a souligné l’ancienneté de l’emploi prédicatif des formes neutres non accordées (par exemple: lituanien šalta, salta, gražu, vieux-slave sladko, gotique filu), avançant l’idée qu’à l’origine, en indo-européen, tout adjectif prédicatif possédait une forme neutre singulière, les distinctions de genre et de nombre étant apparues ultérieurement.

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Compte tenu de l’archaïsme des formes des pronoms et des participes passifs, ainsi que des parallèles d’usage indubitables dans les langues apparentées, le modèle (alus) gardu, tout comme sa variante (rugiai) sėjama / sėta, peut être considéré comme indo-européen²⁵.

2.2.3.

Il est facile de constater que ce modèle ne représente rien d’autre qu’une phrase nominale dont le constituant principal est invariable (A. Valeckienė, DB 557). Ainsi, en examinant l’emploi des formes neutres des participes passifs, nous revenons une fois encore à la phrase nominale sur laquelle sont fondées les constructions avec des participes actifs. Comme on l’a déjà indiqué, le participe actif s’y accorde le plus souvent avec le nominatif de l’agent. Toutefois, les constructions à accord ne sont pas les seules et ne sont apparemment pas les plus anciennes. Le fait que les participes actifs, invariables et dépourvus de flexion spécifique, aient pu autrefois constituer le noyau de la phrase nominale ressort de l’emploi de leurs formes neutres avec des noms et des pronoms masculins comme féminins, par exemple: broliai | seserys sėja, sėję, sėdavę, sėsią. Cet emploi, conservé dans une grande partie de l’aire linguistique lituanienne²⁶, ne peut être récent, puisque l’opposition de genre est bien maintenue dans les paradigmes de déclinaison aussi bien des adjectifs que des participes; on ne peut l’expliquer qu’en le considérant comme un archaïsme syntaxique et en supposant qu’« à l’origine, la forme du singulier neutre pouvait être associée à un sujet de n’importe quel nombre et de n’importe quel genre » (J. Endzelīns, ИОРЯС XXII 198)²⁷.

À côté des énoncés bivalents du type seserys ėjo, nous avons aussi des énoncés univalents avec des formes neutres, par exemple (aujourd’hui) sninga, (autrefois) snigė, snigdavę, (demain) snigsią (comparer: sako par jum visą vasarą lyją Rk; kur tau neliję Ds; jau buvo praušę, kai sukilo Grž LKŽ I, 515; sniegutėlio pasnigę Lz LKT 395). Ces formes s’emploient avec un sens impersonnel également dans diverses constructions avec des mots de liaison, par exemple: nėra kas daro, kur eina, etc.; voir aussi 1.9.3. On les trouve également dans des phrases exprimant l’existence de certaines choses, par exemple: čia vabalų esą Mž; vilkų esą Rk; dabar da teip tebesa Rk; rugių nesą Slm, Vkš; labai mėlynių buvę Kp, ainsi qu’avec des adjectifs au neutre, par exemple: aje gi kaip gražu būdavę Ut, comparer Jų darbai bei buriškos budavonės tikt bjauru esą bei gėda žiūrėti DonR 55. De telles phrases, d’où semble être issu esą en tant que mot modal (comparer esą, jūs turit išeit Šk), équivalent par leur sens aux phrases contenant les formes neutres des participes passifs, comparer: kumelei nieko nešama Ds; kitiems pasaulyje esama dar blogiau LKŽ III 740; kiek čia esama nelaimių VaižgRR II 115; šiąnakt vilkų būta Plš; seniau ten būta grybų Mlt. La position syntaxique des formes neutres des participes actifs et passifs est ici parfaitement identique, et les unes peuvent librement alterner avec les autres. Ainsi, les constructions les plus simples et, semble-t-il, les plus anciennes avec les formes neutres des participes actifs et passifs coïncident essentiellement par leur structure. Toutes deux reposent sur des phrases nominales héritées de l’époque de la communauté indo-européenne; toutefois, dans les constructions…

25 L’ancienneté du modèle (alus) gardu est également confirmée par l’emploi, en hittite, d’adjectifs neutres tels que aššu « bon, bien » et mekki « beaucoup »; voir E. Benveniste, Hitt. 64.

26 Voir Z. Zinkevičius, Dial. 378–9, 381–2 et la fiche de l’Atlas de la langue lituanienne. Les formes neutres des participes actifs du prétérit simple sont particulièrement répandues; si elles ne sont pas devenues normatives dans la langue littéraire, c’est vraisemblablement en raison de l’analogie paradigmatique et de l’influence de la langue écrite des Lituaniens de Prusse-Orientale, notamment de la grammaire de F. Kuršaitis; voir V. Rimsas, Kalbotyra XXIV (1) 80.

27 De même, la forme neutre des participes actifs du futur est aujourd’hui employée dans les dialectes de Lazūnai, Gudeliai, Kabeliai et dans certains autres dialectes situés aux marges de l’aire linguistique lituanienne, par exemple: tį boba būvo až pečių pruklaupį, vilkas išgąsti, rasizōji guli Lz (E. Grinaveckienė, LKK III 200); viškia pabuvai: ir pavalgi*, ir alkanā Gdlš (LKT 369). Toutefois, la généralisation de la forme neutre peut ici aussi être plus récente et résulter de la fossilisation des participes (comparer la fossilisation analogue des formes de gérondif à Gudžiūnai, LKT 368, à Zietela, LKG II 378, etc.).

30

Dans les constructions avec des participes passifs, leur modèle structurel plus ancien (c’est-à-dire avec des formes neutres invariables) est mieux conservé et davantage généralisé.

2.2.4 L’évolution ultérieure des constructions comportant des formes neutres est liée à l’intégration des participes passifs dans le système du verbum finitum et à la formation du passif.

Dans les langues baltes orientales, le passif n’est pas partout entièrement constitué. Dans certains dialectes lituaniens (par exemple ceux des Aukštaitians méridionaux et d’une partie des Aukštaitians orientaux), il se limite à des constructions impersonnelles avec des participes neutres. En revanche, dans les dialectes samogitiens, occidentaux aukštaitiens et dans une partie des dialectes orientaux aukštaitiens, les formes passives avec des participes masculins et féminins sont largement répandues. Elles sont en usage, dès les débuts de la tradition écrite, dans de nombreux textes des XVIe et XVIIe siècles.

Avec la formation du passif, le génitif adnominal, employé depuis longtemps dans la construction possessive, a acquis la valeur de génitif de l’agent (genetivus auctoris)28. L’emploi du génitif avec les participes en *to ayant ou acquérant un sens passif (en particulier ceux qui se rapprochent des noms) s’observe également en ancien indo-iranien29, en grec30 et peut-être en ancien perse31, mais n’a été développé nulle part autant qu’en lituanien. Le gen. auctoris s’est généralisé ici avec les participes passifs de verbes transitifs comme intransitifs, et, à côté de namas tėvo statoma, se sont répandues des constructions du type tėvo sėdima. Dans les langues où l’agent de l’action exprimée par le participe passif a commencé à être marqué par d’autres cas ou par des constructions prépositionnelles (elles aussi, pour la plupart, d’origine possessive), celles-ci ont parfois également été associées aux formes neutres des participes passifs; comparer le latin dictum est a te et le vieux haut allemand iz ist gescriban fona dir (P. Trost, LKK III 221). Cet emploi s’est particulièrement répandu dans les dialectes russes, où l’expression de l’agent varie beaucoup: à côté de la construction dominante Y + génitif, par exemple мпу овцы у волка зарезано (В. А. Матвеенко, МИРД II 125), on trouve ici aussi l’instrumental de l’agent (деньги тестям подарено ib. 128), от+génitif (от Петьки писано ib. 130), etc. Dans ces cas, les formes neutres des participes sont également formées à partir de verbes intransitifs, par exemple у меня в хозяйство вхожено32. Bien que l’expression de l’agent diffère, le parallélisme typologique entre ces constructions et les constructions lituaniennes est manifeste. Les comparant, W. K. Matthews, SEER XXXIII 365, a conclu que, dans les deux groupes de langues, elles reposaient sur des phrases impersonnelles comportant des formes neutres de participes passifs.

28 Sur le lien entre le gen. auctoris et le génitif possessif, voir K. Brugmann, Grdr. II₂ 601; B. Delbrück, VS. I 348; E. Fraenkel, Kas. 95 avec bibliographie; Baltosl. 37 avec bibliographie; H. Pedersen, KZ XL 152. Sur le gen. auctoris en letton, voir J. Endzelīns, LaGr. 561. Le caractère possessif du gen. auctoris lituanien est également montré par les formes possessives des pronoms qui le réalisent: mano, tavo atnešta (ne manęs, tavęs); comparer E. Fraenkel, Kas. 96; V. Žulys, Baltistica V (2) 170.

29 K. Brugmann, ib.; B. Delbrück, AiS. 153; VS I 348; E. Fraenkel, Baltosl. 37.

30 K. Brugmann, ib. 601; LB 321.

31 Voir H. Hübschmann, Cas. 270, B. Delbrück, VS. I 348; E. Benveniste, BSL XLVIII 52 et suiv., avec bibliographie. En vieux perse, les constructions du type manā kṛtam correspondent entièrement, par leur structure, au lituanien māno kūrta (génitif-datif + forme neutre d’un adjectif verbal en *to); toutefois, le caractère passif des formes en *to qui y figurent fait l’objet de débats récents: E. Benveniste, ib. 52–62, les considère comme un nom verbal et voit dans la construction elle-même une construction possessive; G. Cardona, Lg XLVI 1–12, défend la thèse inverse. Cette divergence d’opinions tient apparemment à la différenciation insuffisante de cette construction par rapport aux constructions possessives, c’est-à-dire à un stade très précoce de l’évolution du passif; D. I. Edelman les considère comme passives-possessives, ВЯ 1974. 1 23–24, contrairement à M. M. Guchman, Эпр. 71–72, qui distingue strictement la construction possessive de la construction passive. Sur les origines du gen. auctoris dans d’autres langues indo-européennes, voir G. Cardona, ib. 2–3.

32 Н. Б. Кузьмина – Е. В. Немченко, Синт. 109; aux pages 17–116 du même ouvrage, exposé détaillé des constructions passives des dialectes russes avec des formes neutres, avec bibliographie.

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(p. ex., mak būtum ne bŭtmo, cf. lituanien taip nebūta, čia visai nelyta lmb), qui furent ensuite étendues à différents cas. Il faudrait compléter cette conclusion: tant en lituanien qu’en russe, il faut considérer comme premières non seulement les constructions impersonnelles, mais aussi les constructions personnelles bivalentes à forme de participe invariable, du type de rugiai pjauta ou bambka ubūto33.

Par leur type de structure, les constructions examinées ici rappellent les constructions ergatives, dans lesquelles l’agent d’une action active est exprimé par un cas oblique, tandis que l’objet l’est par le cas direct (nominatif)34. Comme de nombreux chercheurs reconstruisent une structure de phrase ergative ou apparentée à l’ergatif pour l’époque proto-indo-européenne35, on se demande parfois si les constructions comportant des formes de participe invariable au neutre ne seraient pas des vestiges de cette ancienne structure de phrase prénominative36. Toutefois, le génitif lituanien, tout comme l’instrumental russe, est conditionné dans ces constructions par la forme passive du participe invariable et ne peut être dissocié des autres cas d’emploi du génitif (resp. de l’instrumental) auctoris; quant aux groupes prépositionnels avec des cas obliques dans les dialectes russes (p. ex., у него ушло), ils sont probablement d’origine encore plus récente37. Seules les constructions nominales, qui jadis ont servi de fondement à la construction passive, pourraient être considérées comme un héritage des temps les plus reculés, exprimé par un cas oblique38. En revanche, le rapprochement des constructions passives lituaniennes et russes avec les constructions ergatives est apparemment un résultat du même type d’évolution ultérieure que la transformation en constructions ergatives, en vieux-perse39 et en arménien40, de constructions de nature nominative, munies de noms verbaux en suffixes to et to. Nous ne disposons pas non plus de données permettant de penser que le nominatif aurait autrefois pu s’employer avec une forme de participe invariable au neutre comme nominatif de l’agent avec un verbe, c’est-à-dire que des constructions du type rankos kelta auraient pu signifier « les mains soulèvent »41. La transformation d’un tel nominatif en génitif de l’agent serait tout à fait incompréhensible et inexplicable.

2.2.5. Les différences dans l’expression de l’agent de l’action et la variation des cas obliques montrent que, dans les langues baltes orientales et slaves, les constructions avec des formes de participe invariable au neutre se sont développées indépendamment. Toutefois, l’évolution parallèle de ces constructions dans les deux groupes linguistiques a suivi une direction très semblable, bien que sous l’influence de processus morphologiques différents.

33 Elles sont parfois étendues à l’instrumental de l’agent dès les monuments de l’ancien russe, p. ex.: медъ дано бысть богомъ (dans un texte de 1076, voir Ф. П. Филин, Происх. 495).

34 En raison de cette similitude typologique, W. K. Matthews qualifie simplement d’« ergatif » lituanien les constructions telles que jų laikoma arklys et autres (ibid. 352, 364); à propos du russe, voir de même В. С. Храковский, ВЯ 1972, 5 35 ss.

35 Plg. C. C. Uhlenbeck, IF XII 170–1; KZ XXXIX 600 tt.; H. Pedersen, Hitt. 83 tt., A. Vaillant, BSL XXXVII 93 tt., E. Laroche, BSL LVII 23 tt.; B. B. Иванов, Общ. 51 tt., A. Н. Савченко, Эрг. 74–90; Ср. гр. 364 tt.; V. Mažiulis, Balt. 79–80.

36 Plg. G. Janke, Pass.; M. M. Гухман, Эрг. 68 tt.

37 П. Я. Черных, Ист. гр. 281–2. Comme les groupes y + génitif se sont étendus en Carélie et dans les dialectes russes du Nord, W. Veenker, Substr. 137 ss., suppose qu’ils ont été stimulés par les constructions finnoises avec l’adessif.

38 Cf. M. M. Гухман, Эрг. 72; pour le lituanien, A. Valeckienė, DB 556–7. L’emploi du génitif avec les noms verbaux (nomina actionis) pour exprimer l’agent est également considéré comme archaïque, voir Э. Бенвенист, ОЛ 163–4; В. В. Шеворошкин, ВЯ 1957, 6 89; en revanche, C. Watkins, Remarks on the genetiv, – To honor R. Jacobson, II, The Hague, 1967.

39 Д. И. Эдельман, ВЯ 1974. 1 23–24; А. А. Пирейко, Эрг. 135–141; М. М. Гухман, ib. 71–2; žr. dar 31 išn.

40 A. Meillet, MSI, XI 375 tt., 385; Altarm. 74, 114; H. Pedersen, KZ XL 152 tt.

41 J. Kazlauskas, Ist. gr. 332–3, cf. la critique de ce point de vue par A. Girdenis, V. Žulys, Baltistica VIII (2) 201.

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2.2.5.1. En lituanien, la disparition du genre neutre des noms a dû jouer ici un rôle important42. Après la disparition du neutre des noms et de la plupart des pronoms, l’emploi des adjectifs et des participes neutres fut limité essentiellement à la fonction prédicative (l’emploi nominal des formes neutres est relativement rare et peu productif). P. Trost a montré de façon convaincante que, dans ces circonstances, les formes neutres des adjectifs et des participes passifs, privées d’un lien morphologiquement exprimé avec les noms (pronoms), ont dû devenir des substituts impersonnels du verbum finitum — des prédicatifs43. Dans la phrase, elles occupaient la position centrale, tandis que les nominatif des noms (pronoms) auxquels elles étaient associés se trouvait relégué à la périphérie. Ainsi, les constructions bivalentes non accordées se sont rapprochées des constructions impersonnelles monovalentes.

Dans le lituanien contemporain, ce processus de réorganisation des relations syntaxiques n’est pas encore achevé ni morphologiquement fixé. Le nom ou le pronom associé au participe passif neutre et désignant l’objet de l’action d’un verbe transitif présente la même forme nominative que dans les autres constructions passives, par exemple: jau ir rugiai sėjama Pnd; gyvuliai šeriama iš ryto Ds; bulbės seniai nukasta Šl; žiūri, gi vogta pinigai Šmn; ar atarta burokai Grž, etc. (cf. rugiai sėjami, gyvuliai šeriami, bulbės nukastos, etc.); l’agent de l’action peut alors être exprimé par le génitif de l’agent, par exemple: jų laikoma arklys LKŽ VII 36; namie liekančiųjų buvo kepama bulbės VaižgRR I 151; mūs čia trys ailės apvažiūta Vlk; jos mokėta rublis Ktk; jų čia buvo pasėta javai Prn; jo dar nusipirkta arkliukas Vs (LKT 381); aš eisiu — tę kilpos mano pastatyta Rš. La nature bivalente de la construction apparaît clairement lorsque le sujet-objet est un pronom neutre au nominatif, par exemple: tai jo suvalgyta Švnč, mano visa pamiršta, nieko nemenų Ssk, ou une forme masculine qui lui est synonyme, par exemple viskas mano pridūvota Glv, cf. tai (visa viskas) gera.

Néanmoins, les constructions actuellement les plus courantes sont celles qui comportent les formes neutres des participes passifs de verbes intransitifs et le génitif de l’agent, par exemple: žemės džiūstama ir išdžiūstama Ds (LKŽ II 744); kieno čia gyvenama? Pl; ir jo važiuojama turgūn Ktk; karvės ineita kluonan Vrn; jo jau seniai atsikėlta Kt; mano visur gyventa Alk; jo užmigta / (iš)miegota Jnš, Rk, Kš, Kn; čia šunio bėgta Prn, Vlkn, Šlčn, Rk; nueita jo į kūtę ir pasikarta Šd, tę namo dėgta Ob; turėta paukščio medy Vb; lietaus palyta Dj.

Le génitif de l’agent (en l’occurrence, du sujet d’état) s’emploie également avec les formes neutres des participes passifs du verbe būti, par exemple: kiek ten varnų esama! Plš; o tę kieno būta? Dbg; lietaus būta Eiš; jo būta ir išeita Slm, Kp, ainsi que dans des constructions emphatiques figées telles que būta vyro — piemuo ir tiek! Lp (LKŽ I 995), parfois conjointement avec un second génitif correspondant au prédicat de la construction active, par exemple: vėjaus naktį būta didelio Ob; pilnos būta mašinos Rdm. Ces constructions expriment certains états et sont proches des constructions impersonnelles. Le génitif du pronom personnel y prend parfois non pas tant une valeur personnelle qu’une valeur locative; ainsi, des énoncés comme mūsų jau išsikulta, pasėta, nukasta, etc., dans une vaste aire des dialectes de l’est aukštaitien, signifient à peu près la même chose que pas mus (arba par mūm) jau išsikulta, pasėta, nukasta.

⁴² Cf. B. Delbrück, VS I 407 ss.

⁴³ À cet égard, la conception de P. Trost diffère de celle de W. P. Matthews, qui fait dériver des constructions impersonnelles toutes les constructions comportant des formes neutres de participes passifs. En exposant de manière convaincante l’évolution des constructions bivalentes avec des participes passifs vers l’impersonnel, P. Trost ne traite nullement des constructions impersonnelles monovalentes par nature, dont le caractère archaïque est, à notre avis, indubitable.

3. Užs. Nr. 1026

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Puisque les constructions avec des participes de verbes intransitifs sont les plus productives, les relations syntaxiques des constructions comportant les formes neutres des participes passifs de verbes transitifs se réorganisent sur leur modèle. Le nominatif, qui était auparavant l’un des éléments essentiels de la construction passive bivalente, devient désormais dépendant de la forme impersonnelle du participe passif constituant le noyau de la phrase; l’énoncé jo rašoma laiškas, autrefois équivalent à laiškas (yra) jo rašoma, prend le même sens que (jo) rašoma laišką, cf. jo laukiama svečių (ne svečiai!). Autrement dit, l’ancien sujet de la phrase devient un complément d’objet, et la construction personnelle bivalente, une construction impersonnelle monovalente⁴⁴. C’est pourquoi, dans ces constructions, le nominatif est parfois déjà remplacé par l’accusatif de l’objet, par exemple su grūdų iš drevių medų kopama Lp⁴⁵, tandis que la forme génitive de l’objet est déjà tout à fait régulière, par exemple: mamos jos laukta Kp, lydekų priversta Vrn, jo buvo rasta pinigų Rd. Les relations syntaxiques se sont réorganisées de façon comparable dans les constructions à infinitif, par exemple šulinio vanduo sveika gerti⁴⁶, où le nominatif, initialement relié à la forme neutre par une relation prédicative, est devenu dépendant de l’infinitif⁴⁷ et synonyme de l’accusatif, cf. šulinio vandenį sveika gerti⁴⁸. L’emploi du nominatif objet avec les infinitifs et les participes adverbiaux dans les dialectes de l’est et du sud aukštaitiens (par exemple: kur čia arklys gavus, namai statant daug priedėlio reik JaBIrR I 560) a contribué au maintien du nominatif doté du sens correspondant, également avec les formes neutres des participes passifs.

2.2.5.2. Dans les langues slaves, l’évolution des constructions comportant les formes neutres des adjectifs et des participes

a été influencée par un autre processus morphologique, à savoir la formation de la flexion définie des adjectifs et des participes. En prenant des terminaisons définies, les adjectifs et les participes attributifs se sont formellement distingués des formes prédicatives. Bien que le neutre des noms ait subsisté dans les langues slaves, les formes nom.-acc. sing. neutres des adjectifs prédicatifs en -o, -e (par exemple: vieux slave gorbko, drevlje, vieux russe зъло, добро, бѣрзо⁴⁹), qui avaient conservé l’ancienne finale du thème nominal, furent différenciées des adjectifs définis fléchis et accordés avec les noms neutres. Puisque les formes nom.-acc. neutres pouvaient depuis longtemps s’employer impersonnellement et avaient un sens proche de celui des adverbes (K. Brugmann, Grdr II₂ 688 ss.), elles se sont facilement transformées, après s’être détachées des autres adjectifs, en certains adverbes d’état — des prédicatifs. Dans ces circonstances, les anciennes constructions bivalentes non accordées, par exemple le vieux russe поручено же быть ему стража (П. Я. Черных, Ист. гр. 281) ou le vieux tchèque města bylo dobyto (J. Bauer, OSS II 334), furent peu à peu comprises comme des constructions impersonnelles monovalentes, et le nominatif (стража, města) comme dépendant du prédicatif invariable (поручено, dobyto). Les conséquences furent semblables à celles observées dans les langues lituanien-

44 B. Larin considère le nominatif comme complément d’objet direct dans de telles constructions, LKK VI 100 ss.; J. Balkevičius, Sint. 189—190.

45 Cf. E. Fraenkel, Baltosl. 39; N. Sližienė, LKG II 53.

46 Sur la structure et l’emploi de ces constructions, voir J. Jablonskis, RR I 161—162, 325, 328, 454, 458, 461—462, 560—564; E. Fraenkel, Kas. 14—16; Б. А. Ларин, LKK V 100 ss.; J. Balkevičius, Sint. 85—86, 115; A. Senn, Hdb. I 467—8; A. Laigonaitė, LKG I 183; A. Piročkinas, Kalbotyra XXII (1) 61—69; J. Otkupščikovas, « Dar kartą apie konstrukciją reikia vaikai guldyti », — Leksikos ir sintaksės klausimai, Šiauliai, 1974, 151 ss., bibliographie comprise.

47 J. Endzelīns, LjaGr. 553—554; V. Kiparsky, Baltistica V (2) 147; différemment, Б. А. Ларин, LKK VI 103 ss.

48 Sur le rapport entre les constructions au nominatif et à l’accusatif, voir J. Otkupščikovas, ib.

49 À leur sujet, voir K. Brugmann, Grdr. II₂ 691; A. Meje, Общесл. 378; П. С. Кузнецов, Ист. морф. 140, В. И. Борковский — П. С. Кузнецов, Ист. гр. 321.

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en jeu: l’extension des constructions impersonnelles avec les formes neutres des participes passifs de verbes intransitifs (p. ex. dial. russe бежано со сковородкой50, vieux tchèque by na lov… jėno, prošeno mne51), leur emploi avec des cas obliques et des prépositions pour l’agent (dial. russe у волков тут хожено, у них уехано52), le remplacement du nominatif par l’accusatif. Par exemple, dans les dialectes du nord-ouest russe, les constructions du type изба поставлено, très répandues, peuvent désormais être considérées comme impersonnelles avec un nominatif d’objet53, tandis qu’à côté d’elles, les constructions correspondantes à l’accusatif sont employées bien plus largement qu’en lituanien: его убито, подошву оторвано54; en ukrainien, les constructions du type мене підбито, attestées depuis le XIVe siècle, sont aujourd’hui tout à fait régulières55; il en va de même en polonais, p. ex. wzięto go, podano herbatę, etc.56 Ici, la morphologisation de l’objet dépendant de la forme impersonnelle du participe passif est encore plus avancée qu’en lituanien.

Les relations syntaxiques sont réorganisées de façon analogue dans les constructions du type надо трава косить57, où le nominatif est également devenu dépendant de l’infinitif et fonctionne comme synonyme de l’accusatif58. L’accusatif de l’objet s’emploie avec les formes verbales impersonnelles aussi dans d’autres langues indo-européennes (osco-ombrien, latin, grec, celtique)59.

Ainsi, les constructions lituaniennes avec les formes neutres des participes passifs correspondent dans l’ensemble, par leur structure et leurs tendances évolutives, aux constructions slaves et ont des parallèles dans d’autres langues indo-européennes. Elles ne s’en distinguent nettement que par leurs valeurs modales.

2.3. Les formes neutres des participes passifs ont des valeurs modales semblables à celles de la NN avec les participes actifs. Elles indiquent également:

1) une action rapportée, vécue indirectement, ou les paroles et les pensées d’autrui, p. ex.: on dit qu’on n’y habite plus depuis longtemps Kp; Vilius Karalius sait qu’il y a encore une chambre ici SimonVK II 373; quand on y pense, que de choses vécues Virškūpėnai LKT 290; on dit qu’on en a mangé cinq (loups) Al; on dit qu’ils ont volé Dgl; on dit que je me suis trompé Kš;

2) une action incertaine, connue approximativement, p. ex.: de l’autre côté de cette rivière, il y aurait de bons pâturages Jnšk; ici, sans doute, on ramasse aussi des champignons Kp; il aurait fallu aller loin, dans les villes, pour en rapporter

50 Н. Б. Кузьмина — Е. В. Немченко, Синт. 18.

51 J. Bauer, TLP II 234; OSS II 334.

52 А. А. Потебня, Зап. III 344; П. Я. Черных, Ист. гр. 281—2; В. И. Борковский — П. С. Кузнецов, Ист. гр. 427; И. Б. Кузьмина — Е. В. Немченко, Синт. 17 tt.

53 И. Б. Кузьмина — Е. В. Немченко, Синт. 47 tt., 51, 56 tt.

54 В. А. Матвеенко, МИРД II 103 tt.; Slavia XXIX 352 tt.; И. Б. Кузьмина — Е. В. Немченко, Синт. 37 tt. su lit.

55 А. А. Потебня, Зап. III 342; В. А. Матвеенко, Slavia XXIX 352; Ф. П. Филин, Происх. 497.

56 A. M. Lewicki, Geneza struktur typu „Podano herbatę“ PJ 1966 5, 207; В. И. Собинникова, OSS II 359—363; pour le biélorusse, le polonais et les autres langues, voir aussi E. Fraenkel, Baltosl. 39.

57 Sur l’origine de ces constructions à partir de phrases possessives, voir А. А. Потебня, Зап. I—II 405 tt.; П. Я. Черных, Ист. гр. 288; В. И. Борковский, Гр. I 338—51; В. И. Борковский — П. С. Кузнецов, Ист. гр. 455—9; V. Kiparsky, ZfSPh XXVIII 333—42; XXXIII 263—266; Baltistica V (2) 141—8 avec références bibliographiques. B. Larin considère la valeur d’objet du nominatif comme ancienne et l’explique par l’influence d’un substrat préhistorique, LKK VI 104—6 (pour une critique de cette interprétation, voir G. Jacobsson, Zur Frage von Nominativ als Kasus des direkten Objekts in Slavischen, Lingua viget, Helsinki, 1964, 71—82; Ф. П. Филин, Происх. 488, V. Kiparsky, Baltistica V (2) 145). F. Filin, ib. 490 tt., estime que cette construction pourrait être récente et d’origine locale dans les dialectes du nord russe, et sans lien avec les constructions baltes correspondantes.

58 Voir И. Б. Кузьмина — Е. В. Немченко, Синт. 46 avec références bibliographiques.

59 H. Hirt, IdgGr. VI 15—6 avec références bibliographiques.

3*

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apporter du sel Btg; apparemment, il y avait de gros pins Sd; peut-être que moi aussi, j’ai piétiné Rdn; il (le lac) était grand, mais il grandira Zr; peut-être qu’un chien a mordu près de l’œil Ob;

3) une action constatée de manière inattendue au moment où l’on parle, suscitant souvent l’étonnement, par ex.: les entremetteurs sont entrés, regardent autour d’eux: il y a ici deux jeunes filles Ds; tiens — on laboure déjà ici aussi Kp; eh bien, regarde — il est encore en train d’être tiré vivant BM 18; j’arrive, et elle était déjà partie dans la forêt Nmn; le nain… appelle la jeune fille; elle ne répond pas; il regarde: les ossements sont disposés Vėžionys (LKT 378); regarde combien de ruches ont été installées — tout le jardin en est plein Vnd (LKT 222); la vieille… est sortie, elle s’affaire — de l’eau a été versée dans la maison Rš (LKT 337); mais le cheval a renâclé, alors j’ai repris mes esprits — j’avais dormi StIm (LKT 316); il trouve une petite boîte, l’ouvre, voit qu’on y a mis beaucoup de viande Spitrėnai (LKT 324);

4) une action déduite ou supposée à partir de ses résultats, par ex.: Les vaches ont pâturé ici, à en juger par les traces Skp; sur le chemin, il n’y a que les traces d’une charrette — j’ai dû passer par là Btg; un mendiant s’est assis au pied de la souche, a fait du feu, puis est parti plus loin Pšl; ici, un lièvre s’est couché, ici, un renard a mordu — je vois tout — ici, c’est chez moi — les arbres Vlk; eh bien, il y avait là un diable Onš; combien y en avait-il encore ici chez nous — toute la route est couverte de boue? Kč (LKT 380).

Coïncidant avec les principales valeurs modales de la NN, les formes neutres des participes passifs se distinguent par leur productivité. Le plus souvent, ces formes sont employées pour exprimer une action déduite de ses résultats ou constatée de manière inattendue au moment où l’on parle (3, 4), tandis que les valeurs d’action rapportée et mise en doute (1, 2) sont moins fréquentes, moins saillantes et semblent secondaires. Ainsi, le rapport de productivité entre les deux groupes de valeurs étroitement liés est ici inverse de celui des participes actifs. Les limites entre les différentes valeurs sont floues: une même construction exprime souvent à la fois une action déduite des résultats présents et une action mise en doute (par ex., apparemment, il s’est couché et a beaucoup bu Šrv), ou bien une action rapportée que l’on infère de certaines traces (par ex., après avoir examiné leurs traces, il dit qu’un homme est passé par ici Ktk), etc. La valeur d’action passée déduite de ses résultats est particulièrement courante avec les formes neutres des participes passifs au prétérit et est directement liée à la valeur résultative généralement propre à ces participes: dans la formation des temps composés du passif, ils expriment également « une action passée dont les conséquences sont pertinentes à présent » (N. Slėžienė LKK XV 81). En outre, les formes neutres des participes passifs, lorsqu’elles sont employées sans copule, sont beaucoup plus souvent que les nominatifs des participes actifs dépourvues d’une valeur modale tangible. Toutefois, la coïncidence des principales valeurs modales permet de les employer dans les mêmes contextes que les formes de la NN et de les considérer comme leurs synonymes syntaxiques.

2.4.1. Du point de vue de leur répartition dans les dialectes lituaniens actuels, les formes neutres des participes passifs employées avec les valeurs modales mentionnées se distinguent nettement des participes actifs (voir fig. 2). Dans le dialecte samogitien, qui constitue le principal foyer de la NN, elles sont soit totalement absentes (dans la partie centrale), soit rares et sporadiques (dans les marges nord et sud). Les participes passifs sont employés le plus souvent au sens de la NN dans les dialectes du haut lituanien oriental, méridional et occidental — précisément dans les régions où la NN n’est pas caractéristique. La productivité des formes neutres des participes passifs est particulièrement remarquable dans l’extrême sud de la Lituanie (au sud de Lazdijai, Alytus et Varėna), où les participes actifs du présent et du futur ne sont jamais employés au sens de la NN. Ce n’est que dans la partie septentrionale de l’aire linguistique lituanienne, et surtout dans son angle nord-est, que les formes des participes actifs et passifs sont employées parallèlement au sens de la NN. Dans cette aire, on observe aussi une certaine différenciation de leurs valeurs: les constructions avec les formes neutres des participes passifs désignent plus souvent une action inférée à partir de certaines traces ou de résultats, ou constatée de manière inattendue, tandis que les participes actifs employés comme formes de discours indirect expriment une action rapportée ou mise en doute.

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Fig. 2. 1. ici, on habite, on a habité. 2. ici, on a habité

2.4.2. La coïncidence des principales valeurs modales des participes actifs et passifs, alors que leurs aires d’emploi diffèrent, constitue un argument important en faveur du lien entre la NN et d’autres cas d’emploi prédicatif des participes. Si l’on considérait la forme de discours indirect comme issue directement du nominatif avec participe (VD) ou de l’accusatif avec participe (GD), il serait tout à fait incompréhensible que les formes neutres des participes passifs, qui ne sont jamais employées dans la construction VD et ne se rencontrent que rarement et sporadiquement dans la construction GD (par ex.: à mon retour, j’ai trouvé qu’Antanas était venu en voiture Jrk; j’ai trouvé du pain rapporté Vžns), aient acquis les mêmes valeurs dans différentes aires. Des valeurs identiques n’ont pu apparaître par hasard, et les données d’autres langues indo-européennes, surtout les plus anciennement attestées, interdisent de les considérer comme archaïques60. Il semble qu’elles soient apparues à une certaine période, au cours de l’évolution du type d’emploi prédicatif des participes actifs comme passifs. Les conditions préalables à ce processus ont été réunies par des changements plus généraux dans les rapports et la structure des phrases nominales et verbales. Après l’intégration des anciennes phrases nominales aux phrases verbales, de nombreux participes prédicatifs sont restés à l’écart de celles-ci. Certains se sont figés dans des expressions idiomatiques ou semi-idiomatiques; d’autres ont acquis des valeurs modales et ont ainsi été réinterprétés dans le système syntaxique transformé. La formation des valeurs modales des participes a été déterminée par tout un ensemble de conditions internes et externes.

3. FORMATION DES VALEURS MODALES

3.1. Dans l’histoire des langues indo-européennes, la tendance à employer avec des valeurs modales des formes nominales du verbe qui ont perdu leur fonction première apparaît assez souvent. Parmi les nombreux cas de ce type, il faut mentionner tout d’abord l’intégration des participes, puis du supin, dans la paradigme de l’optatif des langues baltes. L’optatif périphrastique des langues slaves (par ex., en russe дал бы) est lui aussi formé à partir d’adjectifs verbaux devenus des participes, suffixés en -l, et d’un verbe auxiliaire1. En bulgare, ces mêmes participes en -l, ayant perdu leur flexion, sont devenus une forme de discours rapporté et un admiratif (voir 3.6.1 et suiv.). En grec et en latin, le discours indirect s’exprimait au moyen d’infinitifs (appelés infinitivus narrationis), c’est-à-dire, là encore, au moyen de formes de nature nominale2. De manière générale, lorsqu’une forme verbale commence à disparaître et que sa productivité diminue, son emploi dans diverses valeurs modales tend habituellement à s’intensifier3. Selon J. Kuryłowicz (Infl. cat. 136 et suiv.), même l’ancien optatif serait issu d’un emploi secondaire, modal, de l’indicatif, après que d’autres formes eurent repris la fonction première de l’indicatif.

3.2. La tendance à employer les formes nominales du verbe avec des valeurs modales est à mettre en relation avec le fait que, dans de nombreuses langues, l’action rapportée comme ayant été perçue indirectement s’exprime

60 La morphologisation des valeurs modales dans les langues indo-européennes n’est pas très ancienne: en hittite, on ne trouve que l’indicatif et l’impératif; dans les autres langues qui ont bien conservé l’état ancien, on trouve au moins une autre ancienne modalité, si bien que, pour la période de l’unité indo-européenne, on ne reconstruit généralement pas un système de plus de trois modes. Voir A. Hahn, Subjunctive and Optative, New York, 1953, p. 56; J. Gonda, The character of Indo-European moods, Wiesbaden, p. 1956; J. Kuryłowicz, Infl. cat. 136; A. Erhart, SPFF A XX (1972) 23; P. Lehmann, PIES 105–6; pour une analyse différente (quatre modes), voir A. Сабченко, Ср. гр. 288 et suiv. Dans ces conditions, rien ne justifie de considérer comme première la valeur modale des participes en lituanien (С. И. Груздева, ВЛУ XX 129–30).

1Voir K. Brugmann, Grdr. II 3² 873–4; B. Delbrück, VS. II 409; В. И. Борковский – П. С. Кузнецов, Ист. гр. 288; J. Kuryłowicz, Infl. cat. 137.

2A. Meillet – J. Vendryes, Traité 672 et suiv.

3Un exemple frappant est fourni ici par l’emploi modal de l’aoriste en serbo-croate et, dans une certaine mesure, en bulgare, attesté depuis le XVe siècle. Voir М. Деянова, ССб 63 et suiv.

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au parfait. Le parfait du lituanien est formé des participes actif et passif avec le verbe būti, et son lien avec la NN est manifeste (voir 1.8.2 sqq.). Dans certaines langues slaves (bulgare, macédonien⁴) et romanes (français, italien, espagnol)⁵, les formes nouvelles du parfait, construites avec des participes et d’autres noms verbaux, expriment elles aussi une action rapportée, apprise par ouï-dire. L’ancienneté de cet emploi du parfait ressort du sanskrit, où le parfait (contrairement à l’aoriste et à l’imparfait) désignait déjà, à l’époque védique, des actions dont le locuteur n’avait pas été témoin et dont il avait eu connaissance indirectement, par un intermédiaire⁶. Comme on le sait, le parfait indo-européen (ainsi que ses variantes périphrastiques ultérieures dans certains groupes de langues) exprimait un état présent résultant d’une action antérieure. Sur cette base, certains chercheurs ont rattaché son emploi modal à l’action antérieure⁷, d’autres à la valeur stative⁸. L’étude de l’histoire du parfait en grec et en ancien indien⁹, où ses formes se sont le mieux conservées, ainsi que des verbes dits prétérito-présents des langues germaniques¹⁰, a montré que la valeur stative est première et que l’apparition du sens d’action passée et l’intégration du parfait dans le système des temps verbaux sont des phénomènes ultérieurs¹¹. En raison de cette valeur, du vocalisme o de la racine et d’autres facteurs, l’idée a été avancée à plusieurs reprises que le parfait dérive de noms verbaux¹². Ces derniers temps, J. Kurylowicz (Apoph. 41 sqq., Infl. cat. 61 sqq.) et C. Watkins (IdgGr. III 1 105 sqq.) ont étayé l’hypothèse d’une origine nominale du parfait par la méthode de la reconstruction morphophonologique. De nouveaux arguments sont ainsi apparus en faveur de l’idée que la tendance à employer le parfait au sens de NN est, au moins indirectement, conditionnée par sa nature nominale. Dans d’autres familles de langues aussi, les faits rapportés tendent à être marqués au moyen de formes d’origine nominale. Ainsi, les formes en -gan, -myš du « passé non constaté » des langues turques, qui avaient d’abord une valeur de parfait, sont dérivées de participes¹³. En arabe médiéval, pour exprimer le discours indirect, le verbum finitum était remplacé par des noms exprimant des actions¹⁴; des noms verbaux, ou des formes qui en sont issues, sont employés de façon analogue dans certaines langues du Caucase¹⁵. Le fait que le lituanien

⁴ Voir 3.6.1.

⁵ Meyer–Lübke, Grammatik der romanischen Sprachen, III, Leipzig, 1899, § 107; O. Grünenthal, KZ LXIII 135 su lit.

⁶ Žr. J. S. Speyer, VedS. 175; J. Lohmann, KZ LXIV 42; J. Bloch, MSL XIV 48; L. Renou, La valeur du parfait dans les hymnes védiques, Paris, 1925, p. 87.

⁷ L. Renou, ib. 88. J. Kurylowicz, BPTJ XXIX 29–30. J. Kurylowicz considère la formation de l’emploi modal comme une tendance commune à l’évolution du parfait dans les langues indo-européennes, résultant de la transformation de sa fonction secondaire (« action antérieure au moment de parole ») en fonction principale.

⁸ O. Grünenthal, KZ LXIII 135 sqq. W. Fiedler, ACB VI 369, expliquait l’emploi modal du parfait par le fait qu’il relie deux plans temporels.

⁹ J. Wackernagel, Studien zum griechischen Perfektum, Göttingen, 1904; P. Chantraine, Histoire du parfait grec, Paris, 1927; L. Renou, ib.

¹⁰ Э. Бенвенист, ОЛ. 144 tt.

¹¹ Cf. J. Wackernagel, Vorles. I 166 sqq.; Э. Бенвенист, ОЛ. 217, J. Kurylowicz, BPTJ XXIX 28; А. Н. Савченко Ср. гр. 326.

¹² Cf. O. Grünenthal, KZ LXIII 133 sqq.; H. Hirt, IdgGr. IV 273 sqq. Contrairement à J. Lohmann, KZ LXIV 42 sqq., 48, qui rattache l’emploi modal du parfait à sa seule sémantique, sans tenir compte de la genèse de ses formes.

¹³ Н. З. Гаджиева, Очн. 179–180 su lit.

¹⁴ Б. М. Гранде, Введение в сравнительное изучение семитских языков, Москва, 1972, p. 397.

¹⁵ H. Vogt, IF LII 245 sqq., J. Lohmann, ib. 43 sqq.; sur le rapport entre les formes verbales dites résultatives I du géorgien, exprimant des actions apprises par ouï-dire ou inférées à partir de leurs résultats, et la voix indirecte du letton, voir У. Д. Салхучиашвили, Sintagmatika 146–149.

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le fait que les participes ont acquis en lituanien la valeur du mode indirect (modus relativus), alors que la plupart d’entre eux désignent également un état résultatif, n’est vraisemblablement pas accidentel, mais s’explique par des régularités plus générales de l’évolution sémantique.

3.3.1. En lituanien, le NN exprime typiquement une action rapportée, connue indirectement; dans les autres langues indo-européennes, cette valeur est le plus souvent exprimée par l’optatif. Des traces de cet emploi ont déjà été relevées dans les anciens textes indiens, où l’optatif, selon J. Gonda, permet de présenter l’action avec plus de réserve, en soulignant le caractère subjectif du contenu du message16. En grec, l’optatif avait lui aussi une nuance de prudence et de réserve et pouvait exprimer une action dont le locuteur ne garantissait pas la réalité. Dans les épopées d’Homère, l’optatif ne commence encore que timidement à rendre le discours indirect17, mais plus tard, à partir d’environ l’époque d’Hérodote, son emploi devient tout à fait courant18. L’expression d’une action connue indirectement ou irréelle au moyen du conjonctif, qui avait intégré l’ancien optatif, s’est encore davantage répandue en latin, puis a été transmise en partie aux langues romanes19. Les langues germaniques ont également généralisé l’optatif dans cette valeur20. J. Kazlauskas a rapproché le mode indirect lituanien de l’optatif (Ist. gr. 402–3). Il estimait que les formes périphrastiques de l’optatif reconstruites par Ch. S. Stang (NTS XVIII 348–56) avaient autrefois exprimé une action rapportée; elles étaient composées d’un verbe auxiliaire et d’un participe, par exemple: *bi negelbas, *bi nekėlęs (= s. sl. ašte bi bylъ); après le transfert de la valeur optative au participe, bi ou be auraient disparu, et l’optatif périphrastique serait ainsi devenu le NN. La reconstruction de l’optatif périphrastique est certes importante pour la genèse du NN: elle permet de conclure que les formes verbales composées avec des participes étaient employées dans la préhistoire des langues baltes et avaient une valeur modale. Toutefois, la particule bi, issue du verbe auxiliaire, est restée présente dans de nombreuses formes d’optatif lituaniennes attestées historiquement, qui comprennent un supin; elle n’avait donc pas encore disparu avant que le supin ne s’impose dans l’optatif. Le participe lui-même a été évincé des formes périphrastiques de l’optatif par le supin; il ne pouvait donc pas non plus subsister seul comme marqueur de la valeur optative. Les formes périphrastiques de l’optatif des langues slaves, qui correspondent par leur structure aux formes lituaniennes, n’ont pas la valeur de NN. Dans ces conditions, il ne semble pas possible de dériver directement le NN de l’optatif périphrastique. À notre avis, l’optatif périphrastique n’a pu contribuer qu’indirectement à la formation de l’emploi modal d’autres participes, employés avec ou sans verbes auxiliaires.

3.3.2. Les liens entre les valeurs optative, translatif (action rapportée) et dubitative (doute) s’observent également dans l’histoire même du lituanien. Dans la « Žemčiūga » de S. Vaišnoras et dans d’autres écrits, les formes périphrastiques du conditionnel, composées de būti au conditionnel et de participes actifs du présent, sont parfois employées pour rapporter—

16 J. Gonda, The character of the Indo-European moods, Wiesbaden, 1956, p. 61. Autorius duotuose pavyzdžiuose optatyvas maždaug atitinka lie. NN ir gali būti ja verčiamas, pvz., skr. gacchet kadācit, „ji ateisianti kada nors“. Žr. dar E. Fraenkel IF XLVI 44–5 su lit.

17Ordinairement dans les interrogatives indirectes (J. Gonda, ib. 124), où il peut se traduire en lituanien aussi bien par le NN que par le conditionnel, cf. φ 368: ἐφρόντο τίς εἴη « ils demandaient qui il était » ou « qui il serait ».

18 B. Delbrück, VS. III 287; H. Hirt, IdgGr. VII 206; P. Chantraine, Le Grec et la structure des langues modernes, – Language, TCLG IX, 1959, p. 28; J. Gonda, ib. 125–6; Л. Ф. Лосев, О законах сложного предложения в древнегреческом языке [Sur les lois de la phrase complexe en grec ancien], – Статьи и исследования по языкознанию и классической филологии [Articles et études de linguistique et de philologie classique], Москва, 1965, p. 42–43, 47.

19 A. Meillet–J. Vendryes, Traité 674–5; J. H. Schmalz–J. B. Hofmann, Synt. 568 su lit.

20 P. Diels, KZ XLI 194–8; H. Hirt, Urg. III 207.

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racontant des faits invraisemblables ou, selon l’auteur, contestables, c’est-à-dire d’une manière tout à fait semblable au NN, par exemple: mokinį ir kaip būk Sacramentai butu malone duda 120₆₋₇; anis saka jįdant žodzczei Christaus… isch akiu ir dhumu butu addeti 160₆; apreiškimu isch dangaus laukie / per kurius Diewas iusamp / buk silingas butu essas ant ischganima 120₁₄; kaip nessa butu galeie buti / idant Dwassia… ne butu priminusi / kad tokia ijednones affiera butu tureiussi buti PM 9₁₇, 21. Dans les propositions subordonnées des phrases complexes, ces formes expriment également des faits mis en doute, par exemple: regisi jog nūdemais Misschos affiera nepareitusi kunigistosp MT (PM) 7₇. Des formes du conditionnel s’emploient de façon analogue en lituanien contemporain, cf. paklausė, kas jis toks būtų (à côté de essą).

D’autre part, dans les écrits de S. Vaišnoras, le NN sans copule remplace parfois des formes périphrastiques du conditionnel, par exemple: Nessa kad tokios treczoses nübūtas / po schei gjwatai priwalu essa (= būtų buvę) / tikek tam S. Powilas butu te pacze / … neuschnmirches PM 33₁₈, 22; schitatai wiss teip… stipru ira / kaip buk Diewas patsai Baszniczioje pribudams dargs bei ischpildas (= darytų bei išpildytų) 109₁₆. Les converbes peuvent avoir la même valeur; chez S. Vaišnoras, ils remplacent parfois de manière générale les formes neutres des participes (cf. 1.5.2), par exemple: tatai tur nusidūti ne tū budu / kaip buk dinkscze reikalingas slusbas priwalu sant ant to tiketies 202₁₂.

Le NN et les formes du conditionnel apparaissent côte à côte dans les subordonnées dépendant des mêmes verbes et ayant la même valeur fonctionnelle, par exemple: (les papistes) netikumus statczei uschstoie taridami… jog ipaczia wiera ing Christu / buk nesanti dalis Pakutos. Buk pakuta darantiemus gan butu gailessia 148₁₃–₁₅. Tūbudu nessa / uredwi Christaus daugi ira nutraukema / kaip butu jo kenteimas netobulas ganpadarinas usch griekus essas… Ir buk kenteimas bei kraujes jo / nepakan̆kancziu uschmokejmu atpirkima mussu essas. Ir dali nekure mussu ganpadarimui buk palikes 264–264ₐ. Cet emploi synonymique du NN et du conditionnel s’explique peut-être en partie par le fait que les deux servaient à traduire des verbes probablement au même mode (conjonctif). Il existe néanmoins des points de contact manifestes entre ces deux modes, y compris en lituanien contemporain; l’influence des formes périphrastiques de l’optatif sur l’extension de l’emploi modal des participes actifs est donc tout à fait possible.

3.4. Les constructions VD (nominativus cum participio) et d’autres constructions, probablement encore plus anciennes, dans lesquelles des participes prédicatifs suivaient des verbes de parole ou de perception psychique, ont joué un rôle déterminant dans l’« ancrage » de la valeur d’action rapportée ou supposée aux formes nominatives des participes actifs: il disait (s’)être promené, (où) avoir marché (voir 1.7.2). Dans ces constructions, les participes portent généralement l’essentiel de l’information, tandis que les verbes, qui constituent formellement le noyau de la phrase, n’indiquent que la source de l’information ou l’un de ses aspects modaux. En raison de cette valeur, les verbes de parole tendent, dans les phrases au discours indirect, à devenir des incises, des mots modaux, voire certaines particules (cf. le russe мол из молвити). Ainsi, la valeur d’action rapportée a facilement pu être associée aux participes prédicatifs eux-mêmes et s’étendre aux phrases où, depuis longtemps, ils étaient employés en position de verbum finitum sans verbe de parole ou de perception psychique, par exemple: il se promenait

21 Panašiai 160₉, PM 24₂₃.

22 Il semble qu’aucune influence d’une langue originale n’intervienne; cf. Denn wann eines solchen dritten Zustands nach diesem Leben vonnöthen (J. Vietor, voir W. Witte, Der Uebersetzer Simon Waischnoras d. Ae., Braunschweig, 1931, p. 104, 115; le texte latin est tout à fait différent). De même, MT 202₁₁–₁₃.

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és. La construction GD héritée d’un passé lointain a également pu favoriser l’emploi des participes pour exprimer une action rapportée. L’influence de ces constructions explique bien le fait que le sens d’action rapportée soit le plus caractéristique des nominatif des participes actifs, tandis que les formes neutres des participes passifs, qui ne sont pas liées aux constructions VD et GD, l’expriment beaucoup plus rarement (cf. 2.3).

Toutes les circonstances examinées ici étaient propices à l’apparition d’un emploi modal des participes. Elles ne permettent toutefois pas encore de répondre définitivement à la question suivante: pourquoi les participes prédicatifs ont-ils précisément acquis le sens de mode indirect dans les langues baltes orientales?23 Des conditions très semblables existaient dans les langues slaves, où les participes pouvaient également avoir une fonction prédicative et où les constructions GD et VD étaient autrefois employées, mais où le NN ne s’est pas constitué. Certes, l’emploi des participes est généralement plus restreint dans les langues slaves que dans les langues baltes, et il est encore davantage réduit dans les langues germaniques. Cependant, dans les langues grecques et indo-iraniennes, où le système des participes est riche et développé et où leur fonction prédicative s’est également maintenue, les participes n’expriment pas le sens d’action rapportée. Il semble que la formation du NN dans les langues baltes orientales ait été favorisée non seulement par les conditions internes examinées, mais aussi par certaines conditions externes.

3.5. Dès 1935, P. Arumaa a attiré l’attention sur la ressemblance entre le mode indirect, ou rapporté, du letton et le modus obliquus de l’estonien (kaudne kõneviis, également appelé ci-après mode indirect)24. En estonien, les formes invariables des participes actifs en -vat (p. ex.: tulevat « revenant, qui reviendra », töötavat « travaillant, qui travaillera ») désignent une action dont le locuteur a été informé par une autre personne et s’emploient dans le discours direct pour rapporter des propos ou des faits entendus ailleurs, par exemple: meie töötavat halvasti « nous travaillerions mal »25. Comme en lituanien et en letton, le participe du verbe lentu « être », olevat, peut servir ici d’équivalent du verbe auxiliaire et, avec les participes en -nud, former les temps passés périphrastiques du mode indirect, p. ex.: mina olevat kirjutanud « j’aurais écrit » (Э. Пялль, ib. 156), cf. letton es esot rakstījis. E. Matthewss a rapproché de ces constructions estoniennes l’emploi modal des formes neutres des participes passifs en lituanien (p. ex.: mūsų tėvelių visos tos giesmės mokėta) et en a conclu que ce dernier emploi était autochtone, indépendant de l’influence d’autres langues (SEER XXXIII 370). V. Pisani a comparé le mode indirect estonien aux formes des participes actifs de sens correspondant dans les langues baltes orientales. En raison de la similitude de sens et de structure, il proposait de considérer le NN balte oriental comme un emprunt aux langues finno-baltiques ou comme une ancienne isoglosse commune héritée des ancêtres des Finlandais et des Estoniens actuels26. I. Marvan, évaluant de manière critique l’hypothèse de V. Pisani concernant l’emprunt du NN aux langues finnoises, a souligné les différences structurelles entre le NN estonien et balte oriental: le participe qui forme le modus obliquus estonien, en -vat, a une forme partitive et se distingue des participes en -van, employés dans les constructions correspondant aux constructions GD et VD du lituanien27. Selon I. Marvan, l’influence des langues finnoises sur le mode indirect balte oriental,

23 И. Марван, Baltistica V (1) 18.

24 Dans un article publié dans Eesti Keel en 1935, nos 4–6, et mentionné par J. Lohmann, KZ LXIV 46.

25 Э. Пялль, Учебник эстонского языка, Таллин, 1955, p. 155; А. Каск, ЯН СССР III 48.

26 V. Pisani, Zu einer Baltisch–Estfinnischen Partizipialkonstruktion, — Rakstu krājums J. Edzelīnam, Rīgā, 1959, p. 215 tt.

27 И. Марван, Kalbotyra IV 35–37; Baltistica V(1) 18. Sans tenir compte de cette différence, A. Sauvageot, BSL L 208, fait dériver le modus obliquus estonien de constructions telles que näin isän tulevan « je vois le père venir ».

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doit être considéré comme un facteur secondaire, modificatif, tandis que les conditions internes et systémiques sont primaires. Cette conception, étayée également par d’autres parallèles entre les langues baltes et finnoises, est très importante et aide à mieux comprendre la formation du NN balte oriental.

3.5.1. Dans les langues finno-baltiques, l’action rapportée s’exprime au moyen de formes d’origine morphologique variée. Outre les participes en -vat, l’estonien a employé, au sens du NN, des dérivés déverbaux en -ma (A. Sauvageot, BSL L 208). Le NN se forme aussi à l’aide d’infinitifs en -da, qui étaient même plus répandus que les participes en -vat dans les textes jusqu’au début du XXe siècle et qui ne se retirent de la langue littéraire que depuis les dernières décennies28. Ces infinitifs ne sont pas non plus liés aux constructions de type GD et VD; A. Sauvageot, ib. 208–209, explique leur emploi modal par le fait que l’infinitif possède en général un sens d’indétermination et d’incertitude. En live, langue qui se caractérise par de nombreux traits archaïques et par d’anciens contacts avec les langues baltes29, les formes du NN sont encore différentes: elles proviennent d’un nom d’agent (nomen agentis) en -iji et constituent des paradigmes du présent-futur et du passé périphrastique, p. ex.: ta lu’ggiji « il serait en train de lire », ta vol’ lu’ggiji « il aurait lu »30. Presque tous les morphèmes du NN des langues finno-baltiques ressemblent phonétiquement aux suffixes participiaux baltes exprimant une action rapportée, cf. estonien -vat et letton -ot, estonien -ma et lituanien ancien, participe passif neutre en -mas, -ma, live -iji et letton, participe passé en -ujis (rakstījis), bien que ces formes n’aient apparemment rien de commun par leur origine. On a également observé d’autres cas de ressemblance entre des morphèmes d’origine différente des langues finno-baltiques et baltes, cf. les illatifs en -n, formés indépendamment et de manière particulière dans chacune des deux familles linguistiques (A. Sabaliauskas, LKK VI 112 avec réf.).

Dans les autres langues finno-baltiques (comme, plus généralement, dans les langues finno-ougriennes), le NN n’est pas employé, et rien ne permet de penser qu’il y ait autrefois existé avant de disparaître. Au contraire, la variation des formes tendrait plutôt à montrer que ce mode a reçu une expression morphologique à l’époque où les langues finno-baltiques existaient déjà séparément.

3.5.2. Dans les langues baltes comme dans les langues finno-baltiques, des noms verbaux ont été employés pour exprimer l’action rapportée: participes, « formes adverbiales », infinitifs. Les langues finnoises se caractérisent généralement par un système riche de participes et d’infinitifs31 et par leur emploi étendu, qui présente de nombreux points communs avec les langues baltes. Les participes y constituent le principal moyen d’exprimer une action secondaire dans la phrase; en outre, ils peuvent souvent avoir un agent distinct et servir d’équivalents de verbum finitum32. De nombreuses constructions participiales finnoises (p. ex. les énoncés de type GD et VD33) correspondent, selon leur modèle structurel originel, aux constructions baltes. À l’exemple des langues baltes orientales, des temps passés composés se sont même formés en estonien, avec les formes du verbe olema « être » et le participe en -nud34. D’autre part, les contacts avec les Finnois baltiques ont vraisemblablement aidé les Baltes orientaux

28 A. Kask, Die indirekte Redeweise in der Estnischen Schriftsprache, – Congressus Tertius Internationalis Fenno—Ugristarum, Tallinn, 1970, Teesid I, p. 49.

29 П. А. Аристэ, ТИЯ IV 257 тт.; Ливы и ливский язык, „Eesti NSV TA Toimetised, ühiskonnateaduste s.“, 1, 1958, p. 42 тт.

30 П. А. Аристэ, ВЭИ 15; Э. Э. Вяари, ЯН СССР III 148.

31 Par exemple, le finnois littéraire compte 3 participes et 5 infinitifs, le live 4 participes et 2 infinitifs, et le carélien 2 participes actifs, 3 participes passifs et encore 7 formes adverbiales provenant de formes casuelles diverses des participes; voir G. Décsy, Einf. 205; Э. Э. Вяари, ЯН СССР III 148–9; Г. Н. Макаров, ib. 73.

32 Л. Хакулинен, Разв. II 248 тт. su lit.; К. Е. Майтинская, ЯН СССР II 23.

33 Cf. Л. Хакулинен, ib. 248 тт., 253.

34 П. А. Аристэ, ВЭИ 12–13; Э. Пялль, op. cit. 148–9; А. Х. Каск, ЯН СССР II 48; G. Décsy, Einf. 205; A. Sabaliauskas, LKK VI 112.

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jusqu’à nos jours une utilisation variée et archaïque des participes, qui, dans les autres langues indo-européennes, a été fortement réduite et s’est éteinte au fil du temps. Dans l’aire des langues slaves, les dialectes du nord-ouest du russe, formant une couche adstratique dans l’ancien domaine des langues finnoises, ont eux aussi le mieux préservé les constructions prédicatives participiales35. Le caractère très archaïque de l’emploi prédicatif des participes, des infinitifs, etc., dans les langues finnoises ressort de la structure même de leur verbum finitum: la plupart des formes verbales conjuguées y conservent encore des formants communs avec les mots nominaux36.

3.5.3. Ainsi, les significations d’un procès vécu directement et indirectement ne sont différenciées morphologiquement que dans une aire baltique et finno-balte assez restreinte et fermée, qui s’étend au nord depuis le domaine de l’estonien vers le sud le long du littoral baltique, englobant les dialectes actuels du letton et une grande partie des dialectes du lituanien. La catégorie sémantique du procès vécu indirectement y est réalisée par des formes morphologiques d’origines diverses: participes (lituanien), formes participiales invariables (letton, estonien), infinitifs (estonien), noms verbaux (livonien). Toutefois, les caractéristiques sémantiques de cette catégorie et sa relation à la situation d’énonciation sont très similaires dans toute cette aire37. Cette catégorie ne saurait être très archaïque, car ni les voisins les plus proches des Baltes orientaux, ni ceux des Estoniens et des Livoniens ne la connaissent. Elle s’est probablement formée lorsque la communauté des langues finno-baltes s’était déjà désagrégée, alors que les Baltes orientaux constituaient encore une communauté linguistique relativement homogène, dans laquelle les phénomènes nouvellement apparus pouvaient se propager sans entrave. La diffusion de la catégorie sémantique du procès vécu indirectement dans les langues baltes orientales peut être liée à leur avancée dans les territoires peuplés par les prédécesseurs des Livoniens et des Estoniens aux Ve–VIe siècles de notre ère38. Presque toute son aire est caractérisée par des contacts linguistiques prolongés et de vastes zones de substrat et de bilinguisme: il s’agit avant tout du substrat livonien et estonien dans le nord de la Lettonie, des langues couronne et lettone ainsi que du lituanien dans la partie occidentale de leur domaine, et du sélonien dans le sud de la Lettonie et le nord-est de la Lituanie. Il est facile de constater que NN est répandue précisément dans la partie du domaine lituanien où le couronne et le sélonien étaient autrefois parlés. C’est précisément par l’intermédiaire des dialectes latgaliens, couronnes et séloniens, influencés par la langue des prédécesseurs des Estoniens39, que la catégorie du procès vécu indirectement a pu se diffuser dans une grande partie du domaine actuel du lituanien. (Une influence directe des langues finno-baltes sur les dialectes lituaniens ne semble pas avoir été possible.) L’intensité de l’emploi du modus relativus dans le domaine des langues baltes est à peu près proportionnelle au degré d’étroitesse des contacts linguistiques entre les Baltes et les Finno-Baltes: elle est la plus forte sur le territoire letton-

35Dans ce cas, les langues finno-baltes ont pu exercer sur les participes baltes et slaves une influence « conservatrice » semblable à celle qu’elles ont exercée sur les constructions nominativus cum infinitivo selon la « théorie du réfrigérateur » de V. Kiparsky; cf. V. Kiparsky, ZfslPh XXVIII 333—42; XXXIII 263—4; Baltistica V(2) 148.

36 B. Collinder, Comparative grammar of the Uralic languages, Stockholm, 1960, p. 243; G. Décsy, Einf. 160—1. Kadangi veiksmažodžio—vardažodžio kategorijos yra koreliatyvios, pastaruoju metu manoma, jog metodiškai netikslu kalbėti apie veiksmažodžių kilmę iš vardažodžių, tačiau finų-ugrų kalbų verbum finitum artimumas vardažodžių kamienams ir jų genetinis ryšys abejonių nekelia, žr. K. E. Майтинская, Оч.-УЯ 219, 300 tt., 330 tt. su lit.

37À cet égard, la catégorie sémantique du procès vécu indirectement peut être rapprochée de la catégorie de l’action exprimée comme devant être accomplie, réalisée en letton et en livonien ainsi que dans le dialecte estonien de Saaremaa au moyen de différentes formes du debitif; cf. J. Endzelins, LaGr. 885 tt., 971 tt.; П. А. Аристэ, ТЯИ IV 288; Э. Э. Вяари, ЯН СССР II 147—8.

38La migration des Baltes vers le nord à cette époque est attestée tant par les faits archéologiques que linguistiques (vestiges des langues estonienne et livonienne dans le nord de la Lettonie, toponymie finnoise, etc.); voir П. А. Аристэ, ВЭИ 16 tt.; M. Gimbutas, The Balts, London, 1963, p. 141; V. Mažiulis, Baltistica X (2) 124.

39Sur l’influence indirecte des langues finno-baltes sur le lituanien par l’intermédiaire du couronne et du sélonien, cf. V. Mažiulis, Baltistica X (2) 124.

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... dans cette région, moins marqué — dans l’angle nord-est de l’aire linguistique lituanienne, à sa bordure septentrionale ainsi qu’en Samogitie, puis s’atténuant et s’effaçant vers le sud. Dans le sud de la Lituanie, les formes neutres des participes passifs sont employées avec le sens d’une action rapportée nettement moins souvent que les nominatifs des participes actifs du nord-est de l’Aukštaitija et de la Samogitie. Ainsi, la catégorie de l’action connue indirectement s’est probablement répandue dans l’aire des langues baltes du nord vers le sud, en s’affaiblissant progressivement, et n’a peut-être même pas atteint le territoire de la langue prussienne.

3.6. La formation de la catégorie de l’action connue indirectement présente un parallèle frappant, dans des langues appartenant à des familles différentes — les langues baltes orientales et les langues finnoises de la région balte —, à l’autre extrémité de l’aire des langues indo-européennes, à savoir dans l’aire linguistique des Balkans. À cet égard, les données du bulgare sont particulièrement intéressantes.

3.6.1. Les participes bulgares en l, lorsqu’ils occupent la position du verbe, peuvent former les formes dites rapportatives ou le mode rapportatif40. Celui-ci exprime des faits connus indirectement, rapportés ou douteux, dont le locuteur ne garantit pas la véracité. Les formes de première et de deuxième personne prennent l’auxiliaire съм et, étant construites sur le radical du parfait, coïncident avec le parfait périphrastique de l’indicatif (par ex.: писал съм « j’ai écrit », писал си « tu as écrit »), tandis qu’à la troisième personne (qui est aussi la plus fréquemment employée41), le participe apparaît sans auxiliaire, ce qui le distingue des autres temps composés, par ex.: писал « (il) a écrit », писали « (ils) ont écrit ». Cette distinction n’est pas absolue, car les formes rapportatives peuvent parfois avoir un auxiliaire à la troisième personne, tandis que le parfait peut en être dépourvu42. Les formes construites sur le radical de l’imparfait ne s’emploient qu’avec le sens d’une action rapportée ou mise en doute, par ex.: писал съм, писал си, писал « moi, toi, lui, j’ai, tu as, il a écrit »43. Outre les formes simples, le paradigme du mode rapportatif comprend aussi les formes dites emphatiques, formées comme les formes composées du lituanien, c’est-à-dire avec le participe d’un auxiliaire ayant le sens de « être », par ex.: бил писал « (il) aurait écrit »44. Elles désignent des actions rapportées dont le locuteur doute de la véracité; elles ont donc une nuance modale plus marquée et correspondent, à cet égard également, aux formes composées du NN lituanien45.

Parmi les autres langues slaves, le macédonien possède également des formes rapportatives avec des participes en l46, dont la structure grammaticale coïncide pour l’essentiel avec celle du bulgare. Le serbe—

40 La place de ces formes dans le système grammatical du bulgare fait débat. Dans les grammaires, elles sont généralement considérées comme l’un des modes du verbe — le translatif, le commentatif, прези-казного наклонение; voir А. Андрейчин, Н. Костов, К. Мирчев, Е. Николов, Ст. Стойков, Български език, София, 1955, p. 212—234; Ю. С. Маслов, Очерк 288 et suiv. Comme les formes rapportatives sont également corrélées au conditionnel et à l’impératif, certains chercheurs ont proposé de distinguer en bulgare tout un système de modes secondaires (rapportatifs), voir Е. И. Демина, БГБЛЯ 359 et suiv., ou de considérer les formes rapportatives comme certains emplois modaux de l’indicatif (изъявительно наклонение), voir В. Станков, Врем. 155 et suiv., en particulier 162—4 avec références bibliographiques, ainsi que, plus récemment, Е. И. Демина, Ген. 13 et suiv.

41 Selon V. Koseska, SFPS XIII 166, les formes de troisième personne constituent environ 90% de tous les exemples dans la langue actuelle.

42 Cf. М. Г. Рожновская, Синт. 218; Ю. С. Маслов, Очерк 250; V. Koseska, SFPS XIII 166; В. Станков, ib. 78; Е. Дьомина, БЕ XX 407 et suiv.

43 М. Г. Рожновская, Синт. 117.

44 Е. М. Демина, БГБЛЯ 353 et suiv.; В. Станков, Врем. 166.

45 Sur les formes de valeur emphatique similaires en albanais, voir W. Fiedler, ACB VI 369.

46 H. G. Lunt, Grammar of the Macedonian literary language, Skopje, 1952, 91 tt. Tačiau makedoniečių kalboje atpasakojamosios formos vartojamos su pagalbiniu veiksmažodžiu taip pat kaip perfekto, tad formaliai nuo pastarųjų nesiskiria.

45

En croate, le parfait se forme avec ces participes, et la troisième personne sans verbe auxiliaire peut être employée pour exprimer une action rapportée indirectement ainsi que d’autres valeurs modales47. En général, les participes issus des adjectifs verbaux communs aux langues slaves et formés avec le suffixe l n’ont constitué un paradigme du mode indirect (ou, respectivement, du mode rapportatif) que dans une aire très restreinte de certaines langues slaves et, semble-t-il, relativement tard48.

3.6.2. En bulgare, les mêmes formes de participes en l, formées à partir des thèmes de l’imparfait et du parfait et qui désignent une action rapportée, s’emploient aussi pour exprimer une action vécue de façon inattendue ou surprenante. Dans ces cas, on les appelle admiratives. Certains chercheurs considèrent l’admiratif bulgare comme une variante du mode rapportatif (translatif ou commentatif)49, d’autres l’examinent comme un groupe de formes distinct50 ou comme un cas particulier d’emploi modal des temps de l’indicatif51. Toutefois, les uns comme les autres reconnaissent le lien génétique entre le mode rapportatif et l’admiratif52. L’admiratif albanais, formé au moyen des nouvelles formes de noms verbaux (les « participes courts ») et d’un auxiliaire postposé au sens de « avoir »53, désigne lui aussi non seulement une action vécue de manière inattendue ou surprenante, mais également une action rapportée avec une certaine nuance affective54. Ces deux valeurs sont étroitement liées (une action peut surprendre qu’elle ait été vécue directement ou rapportée) et, selon certains spécialistes des langues balkaniques, procèdent de l’emploi emphatique du parfait55; seul le bulgare aurait davantage mis en relief la composante commentative (rapportative), tandis que l’albanais aurait accentué la composante admirative (de surprise)56. Il est facile de constater que, par le lien entre les valeurs d’action rapportée et d’action surprenante, l’admiratif bulgare et albanais correspond tout à fait au NN lituanien57. Les formes rapportatives-admiratives bulgares, lorsqu’elles sont accompagnées de la conjonction da, ont aussi une valeur optative, par exemple, da ne cu otшila tam! (notamment après nei-

47 И. Грицкат, О перфекту без помоћног глагола и сродним синтаксичким појавама у српскохрватском језику, Београд, 1954; J. Kuryłowicz PRTJ XXIX 30–1; М. Деянова, ИИБЕ XIX 847.

48 Selon K. Mirčev, Ист. Гр. 123, l’emploi modal du parfait a commencé à se répandre en bulgare à partir du XIVe siècle. E. Diomina Ген. 15 et БЕ XX 410 indique que les écrits bulgares du XVIIe siècle témoignent encore d’une période précoce de formation des formes rapportatives.

49 Ю. С. Маслов, К вопросу о системе форм пересказывательного наклонения, Сборник в чест на Александър Теодоров-Балан, София, 1956, р. 314 tt.; Озерк 250–1; W. Fiedler, ACB VI 369; WZL XV. 3 565.

50 Е. И. Демина, ВГБЛЯ 327–8 su lit.

51 В. Станков, Врем. 176 su lit.

52 Elle l’a également souligné lors du Congrès international des spécialistes des langues balkaniques en 1968 et du Symposium sur la typologie grammaticale des langues balkaniques en 1973; voir Е. И. Демина, Ген. 14, qui, du point de vue de la langue actuelle, considère l’admiratif et les formes rapportatives comme des catégories distinctes.

53 Dėl albanų kalbos admiratyvo žr. G. Weigand, Albanesische Grammatik, Leipzig, 1913, p. 122 tt.; W. Fiedler, ACB VI 367 tt.; WZL XV. 3 561 tt. su lit.; А. В. Десницкая, Албанский язык и его диалекты, Ленинград, 1968, р. 17tt.

54 W. Fiedler, WZL XV. 3 563–5.

55 Historiquement, l’admiratif albanais ne diffère du parfait que par la position du participe et de l’auxiliaire: dans les formes du parfait, l’auxiliaire précède le participe et n’est pas soudé à celui-ci; voir А. В. Десницкая, ib. 17–18; W. Fiedler, WZL XV. 3 562. E. Çabej, ACB 386–7, signale dans la tradition écrite albanaise une transition graduelle du sens du parfait à celui de l’admiratif.

56 W. Fiedler, WZL XV. 3 565.

57 A. Nepokupnas a signalé la ressemblance de l’admiratif bulgare avec les participes lituaniens exprimant une action surprenante, et a proposé de distinguer une catégorie admirative également dans les langues baltes; voir А. П. Непокупный, Ареальные аспекты балто-славянских отношений, Киев, Москва, 1964, р. 26–7.

46

…ginal, voir V. Koseska, SFPS XIII 168–9), elles coïncident également avec les participes prédicatifs du lituanien (par ex., Nekalbėjęs! et ainsi de suite, voir 1.9.2). En outre, elles expriment aussi une action passée révélée par ses résultats58 (cf. le 4e sens du NN lituanien). Ainsi, le lien entre l’admiratif et les formes de récit, le parfait et, par là même, l’emploi prédicatif des participes est tout à fait indéniable.

3.6.3. De même que le mode indirect des langues baltes orientales est sémantiquement proche du modus obliquus des langues finnoises de la Baltique, les formes de récit du bulgare, du macédonien et de l’albanais sont apparentées au « prétérit non constaté » du turc, issu d’un participe en -myš et désignant des actions connues indirectement, par ouï-dire59. On considère que cette valeur modale du temps est apparue à partir d’une valeur plus ancienne de parfait60. Les formes du prétérit non constaté issues des participes en -myš et en -gan se sont également répandues dans d’autres langues turciques (les formes en -gan sont attestées depuis le XVIe siècle, celles en -myš depuis les débuts de la tradition écrite des langues oghouzes)61. En outre, le turkmène emploie aussi des formes de prétérit non constaté en -an62. Étant donné que la catégorie modale du non-constaté, c’est-à-dire de l’action connue indirectement, est largement répandue dans les langues turciques et depuis longtemps, il est tout à fait compréhensible qu’elle ait pu influencer le bulgare, le macédonien et l’albanais au cours de siècles de contacts linguistiques mutuels. Certains chercheurs estimaient que les formes de récit du bulgare et du macédonien étaient apparues sous l’influence du système verbal turc à l’époque du bilinguisme bulgaro-turc (XIVe–XIXe siècles)63 ou en raison du substrat turcique du protobulgare (après le VIIe siècle)64. Une étude plus approfondie de la structure sémantique de la catégorie de l’action connue indirectement et de l’action surprenante, ainsi que des particularités de sa réalisation morphologique, a mis en évidence des conditions préalables internes à cette catégorie, inhérentes aux langues slaves des Balkans et à l’albanais65. Il ne fait toutefois aucun doute que cette catégorie s’est formée dans les conditions complexes de contacts linguistiques intenses66. Son aire très limitée, à la périphérie méridionale du territoire des langues indo-européennes, et sa formation relativement récente montrent que son principal foyer de diffusion devait se situer dans l’aire des langues turciques67.

58 E. Diomina appelle cette valeur « conclusive »; voir Е. И. Демина, Ген. 14; Е. Дво-мина, БЕ XX 411–2.

59 À son sujet, voir O. Grünenthal, KZ LXIII 134; А. И. Кононов, Грамматика современного турецкого языка, Москва – Ленинград, 1956, p. 231 sq.; Н. З. Гаджиева, Осн. 182 sq. Les formes verbales turques en -myš, comme les formes bulgares en -l, s’emploient également comme participium conjunctum; voir O. Grünenthal, ib. 134; А. Н. Кононов, ib. 251.

60 O. Grünenthal, ib. 134.

61 Н. З. Гаджиева, Осн. 179 sq., 182–3.

62 Ibid. 181–2.

63 Б. Цонев, История на български език, III, София, 1937, p. 106; К. Мирчев. Ист. гр. 48, 123, 187; Л. Андрейчин, ИИБЕ II 39 tt.; Э. Бенвенист, ОЛ. 223–4.

64 K. Popov a avancé cette opinion; voir Е. И. Демина, Ген. 14.

65 S. Mladenov considérait déjà les formes de récit bulgares comme des phénomènes autochtones, Symb. Rozwadowski II 205 sq.; voir aussi V. Koseska, SFPS XIII 168 et la littérature citée dans l’étude d’E. Diomina, ББЛЯ 314.

66 Selon E. Diomina, il faut rechercher l’explication de son origine dans « toute la situation complexe des contacts linguistiques séculaires de la péninsule des Balkans » ((Е. И. Демина, Ген. 17).

67 Même les chercheurs qui soulignent le caractère particulier de ces formes verbales dans les langues slaves des Balkans et en albanais reconnaissent l’influence des langues turciques sur les formes de récit bulgares (par ex., l’omission de la troisième personne du verbe auxiliaire) et sur l’emploi de l’admiratif albanais au sens d’action connue indirectement; cf. W. Fiedler, WZL 565, Е. И. Демина, Ген. 15–16; А. С. Мельничук, Розв. 86–8.

47

3.7. Ainsi, la catégorie sémantique de l’action vécue indirectement se réalise au moyen de procédés très similaires dans deux régions périphériques tout à fait opposées de l’aire des langues indo-européennes: les pays baltes et les Balkans. La NN des langues baltes orientales, les formes du discours rapporté des langues slaves balkaniques et l’admiratif albanais coïncident par de nombreux traits sémantiques et morphologiques. Les principales ressemblances sont les suivantes:

1. La structure sémantique des catégories modales mentionnées comprend les significations d’action vécue indirectement (translative), douteuse (dubitative) ou surprenante (admirative). Il convient de souligner tout particulièrement le lien non trivial entre les significations admirative et translative, pourtant assez différentes, ainsi que leur expression par les mêmes formes.

2. L’action vécue indirectement s’exprime par des participes entrant dans le système des temps composés (périphrastiques). Bien que les formes participiales elles-mêmes soient d’origines différentes, les paradigmes de la voix indirecte qu’elles permettent de former sont très semblables dans leur structure (cf. les temps composés de la NN lituanienne et lettone, ainsi que les formes dites emphatiques du discours rapporté bulgare et de l’admiratif albanais).

3. Dans toutes les langues mentionnées, les formes exprimant une action vécue indirectement sont génétiquement liées au parfait périphrastique; dans les langues baltes orientales et les langues slaves balkaniques, elles en sont même, dans certains cas, homonymes.

4. La catégorie de l’action vécue indirectement a été grammaticalisée relativement tard (apparemment pas avant la seconde moitié du Ier millénaire de notre ère).

Ces ressemblances ne peuvent être fortuites. Elles révèlent clairement la communauté typologique de la sémantique et de l’expression de la NN et de ses équivalents fonctionnels.

Les conditions externes de la formation de la NN sont également très similaires. Aux deux périphéries de l’aire des langues indo-européennes, la distinction entre l’action vécue directement et indirectement s’observe dans une aire clairement délimitée qui, outre les langues indo-européennes, comprend des langues d’autres familles (finno-ougriennes et turques), lesquelles forment avec les langues indo-européennes voisines des zones de contacts réciproques intenses, de bilinguisme, voire d’« union linguistique ». Bien que l’on trouve des prémisses et des germes de la formation de la NN dans d’autres langues indo-européennes également, nulle part ailleurs ils n’ont été formalisés morphologiquement. En revanche, dans les langues d’autres familles, par exemple les langues turques, la voix indirecte ou ses équivalents sont employés plus largement et depuis longtemps. Dans ces circonstances, le rôle des contacts linguistiques dans la formation de la NN est tout à fait manifeste.

La comparaison avec d’autres langues possédant des catégories modales correspondantes aide à mieux comprendre l’origine de la NN lituanienne. Le fondement structurel de cette voix repose sur l’emploi prédicatif des participes hérité de l’époque de la communauté indo-européenne, lui-même fondé sur un type de phrase nominale. Ses prémisses sémantiques sont à mettre en relation avec les tendances, caractéristiques des langues indo-européennes, à l’emploi modal des participes (en particulier sans verbe auxiliaire) et des formes verbales périphrastiques constituées avec ceux-ci (en particulier du parfait et de l’optatif). L’implantation du sens d’action rapportée a été favorisée par les constructions participiales semi-prédicatives: l’accusatif et le nominatif avec participe. Cependant, les contacts avec les langues finnoises baltiques les plus proches (le live et l’estonien) ont joué un rôle important dans la formation définitive de la voix indirecte et la constitution de son paradigme morphologique.

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В. АМБРАЗАС

DIFFUSION ET PROBLÈME DE L’ORIGINE DU MODE INDIRECT (MODUS RELATIVUS)

Résumé

1. Le mode indirect (désormais MI), ou modus relativus, dans les langues baltiques orientales forme des participes actifs en *-nt- et *-us- (formes du nominatif en lituanien, « départicipes » invariables plus récents en letton), par exemple: lit. tēvas einąs, let. tēvs ejot « le père irait, paraît-il ». Le paradigme du MI est symétrique par rapport à celui de l’indicatif et s’y oppose; outre les formes simples, il comprend des formes composées (périphrastiques) avec les participes actifs de l’auxiliaire būti, lesquelles s’opposent aux formes périphrastiques correspondantes de l’indicatif, par exemple: yra, buvo, būdavo, bus metęs: esąs, buvęs, būdavęs, būsiąs metęs. Les principales caractéristiques distinctives du MI sont la position du verbum finitum dans la phrase et l’absence d’une forme conjuguée du verbe auxiliaire en fonction de copule. Dans le lituanien littéraire moderne, la neutralisation de l’opposition formelle entre le MI et l’indicatif s’observe dans trois formes avec des participes actifs du passé (jis metęs, buvęs metamas, buvęs mestas), où la forme conjuguée de l’auxiliaire peut être omise. En letton, cette neutralisation est encore plus limitée.

La sémantique modale du MI comprend les valeurs de la médiativité (translative), du doute (dubitative), de l’inattendu et de la surprise (admirative), ainsi que du jugement fondé sur les résultats (conclusive), les valeurs étroitement liées de médiativité et de doute étant prédominantes.

La diffusion du MI dans les dialectes lituaniens est très inégale: il n’est largement employé que dans le dialecte samogitien, dans la partie du dialecte aukštaitien occidental qui lui est contiguë au sud, ainsi que dans l’angle nord-est du territoire de langue lituanienne (voir carte 1). Cet espace se caractérise également par la productivité d’autres constructions participiales, notamment le nominativus cum participio, le dativus absolutus et les formes périphrastiques des temps verbaux.

Au début de la tradition écrite lituanienne et lettone, le MI constituait une catégorie pleinement établie, dotée d’une sémantique conforme à celle de la langue moderne. En vieux lituanien, le MI est attesté le plus largement dans les œuvres de S. Vaišnoras (35 occurrences).

Les données des dialectes, du folklore et des textes anciens en lituanien indiquent un lien étroit entre le MI et les formes périphrastiques du verbe au passé. Les participes actifs-

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du présent (einąs, bėgas, žiūris) appartiennent encore au paradigme des formes périphrastiques du verbe en vieux lituanien, ainsi que, partiellement, dans le dialecte samogitien moderne; ils peuvent occuper la position de verbum finitum sans valeur médiative ou dubitative et se combiner avec un verbe auxiliaire, tandis que l’affixe be- ne fait que souligner la durée (par ex., ira beszindans BrB II Moz 34, 26). D’autre part, le MI est indissociable d’autres constructions prédicatives de participes actifs dépourvues de copule en position de verbum finitum; dans le système syntaxique lituanien, celles-ci occupent une place isolée, s’idiomatisent et sont déjà identifiées, même dans les études synchroniques, comme des reliques de caractère archaïque. Elles servent principalement à exprimer des états « intemporels », c’est-à-dire dans le sens ordinaire des anciennes propositions nominales, par ex.: O ans jau nuo ryto atsigulęs į bedribss Rs, ainsi qu’à exprimer avec emphase la négation (par ex. Nebebuve, kad aš až jo eič! Ds), le souhait et l’ordre dans des locutions semi-idiomatiques, des incantations, etc., par ex. atadara durytėles BsP II 327. Avec diverses nuances expressives, les participes actifs sans copule apparaissent également en position de second verbe dans des constructions postposées comportant des pronoms relatifs et des adverbes kas, kiek, kada, kur, iki, ligi et autres, par ex.: vaikas turėjo duonos kiek noris; en position préposée, ils peuvent être liés à la conjonction verbale in, par ex. pabėgėjęs ir pastipo BrP IV 235. L’ancienneté de ces constructions est confirmée par des correspondances exactes dans les langues slaves, germaniques et d’autres langues apparentées. Les participes passés postposés s’emploient aussi pour donner une valeur emphatique à l’action du verbe de même racine, par ex. gerk gėręs, ainsi que pour exprimer une alternative (sakyк jam nesakęs) ou une action indésirable (tylėk nebybėjęs).

Le lien génétique entre le MI et les constructions relictuelles mentionnées indique que, d’un point de vue historique, le MI est un cas spécialisé de l’emploi prédicatif ancien des participes, qui ne se distingue des autres que par certaines valeurs modales.

2. Les constructions avec des participes passifs au neutre témoignent également du développement du MI à partir de la fonction prédicative ancienne des participes, par ex.: (brolio) gyvenama, sėjama; gyventa, sėta ou (brolio) būta gyven­ta. Leur aire de diffusion dans les dialectes lituaniens diffère nettement de celle du MI: elles sont les plus productives là où le MI n’est pas employé, et sont presque totalement absentes du dialecte samogitien (voir carte 2). Toutefois, leurs valeurs modales correspondent pour l’essentiel à celles du MI; seules les valeurs admirative et conclusive sont plus productives avec les participes passifs. Le parallélisme des valeurs modales, malgré la différence des aires de diffusion du MI et des tours passifs, témoigne d’un développement commun et contredit les tentatives de dériver directement le MI de la construction nominativus cum participio, à laquelle les formes des participes passifs au neutre sont totalement étrangères.

L’analyse comparative des tours avec des participes passifs au neutre du type brolio gyvenama / gyventa conduit à la conclusion qu’ils sont historiquement des variantes des constructions (rugiai) sėjama / sėta (cf. vieux-prussien grīkai ast... etwīerpton, vieux-slave glasъ... uslyšano budetъ), construites selon le même schéma structurel que les tours avec des adjectifs du type (darbas) miela (cf. vieux-russe зрохо сладко). La forme neutre des adjectifs et des participes est ici une base pure en -o. Les constructions du type (rugiai) sėjama s’expliquent comme des vestiges de propositions nominales dont le prédicat présente une forme invariable, héritées de la communauté linguistique indo-européenne. Les traces de l’ancienne absence d’accord se sont également conservées dans les constructions correspondantes du MI, avec des formes de participes actifs au neutre, qui peuvent se combiner avec des noms masculins aussi bien que féminins (cf. broliai / seserys eina) et reposent elles aussi, par leurs racines, sur l’ancienne proposition nominale. On pose ainsi l’hypothèse d’une structure syntaxique primaire commune au MI et aux tours avec des participes passifs.

La diffusion du genetivus auctoris (qui avait probablement à l’origine une valeur possessive) ou de constructions casuelles synonymes exprimant le sujet auprès de participes passifs, non seulement de verbes transitifs mais aussi de verbes intransitifs (par ex.: brolio sėjama, gyvenama), est considérée comme une transformation ultérieure de la construction primaire (rugiai sėjama), qui possède des parallèles typologiques dans les langues slaves (notamment les dialectes du nord de la Russie) et indo-iraniennes. En rapport avec la transformation des adjectifs et des participes au neutre

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… du genre en prédicats adverbialisés, au sein d’une construction passive, les relations syntaxiques sont réinterprétées, si bien que le nominatif est souvent compris non plus comme le cas du sujet, mais comme celui de l’objet direct de l’action exprimée par le participe, cf. jo rašoma laiškas (une « ergativisation » secondaire de la construction).

3. Le développement des valeurs modales des constructions prédicatives avec des participes actifs et passifs est conditionné par tout un ensemble de facteurs internes et externes. Après que la plupart des propositions nominales eurent été intégrées aux paradigmes syntaxiques des propositions verbales comme tours à copule zéro, une partie des anciens participes prédicatifs se retrouva à la périphérie du système syntaxique et fut ensuite réinterprétée sur la base de leur fonction modale secondaire. La tendance à utiliser les formes nominales du verbe pour exprimer une action perçue indirectement (la catégorie de l’évidentialité selon R. Jakobson) est attestée par l’emploi de formes anciennes comme nouvelles (périphrastiques) du parfait en ancien indien, dans les langues slaves et romanes, ainsi que par des parallèles typologiques dans les langues turques, sémitiques et dans certaines langues kartvéliennes. L’interprétation modale des participes prédicatifs a également pu être favorisée par l’emploi de formes participiales pour former l’optatif périphrastique, c’est-à-dire précisément le mode qui exprime le discours indirect dans de nombreuses langues indo-européennes. Les données des anciens monuments lituaniens témoignent d’un lien entre les valeurs optative et translative; les cas de synonymie entre le КН et l’optatif dans les travaux de S. Vaišnoras vont également dans ce sens. La construction nominativus cum participio après des verbes de perception intellectuelle et de parole a dû exercer une influence encore plus importante sur l’« ancrage » de la valeur de ouï-dire aux participes prédicatifs actifs, par exemple jis sakė(si) ėjęs; cela explique la nette prépondérance des valeurs translative et dubitative du КН par rapport aux tours passifs correspondants.

Parmi les conditions externes ayant favorisé le développement des valeurs modales des participes prédicatifs, il faut avant tout compter les liens historiques entre les langues baltes et les langues finno-baltiques. La comparaison des constructions participiales lituaniennes et lettones avec les tours estoniens de valeur correspondante (kaudne kõneviis) et ceux du live indique l’existence d’une catégorie sémantique commune du ouï-dire, qui se réalise, dans une aire relativement restreinte et fermée couvrant une partie de la côte orientale de la mer Baltique, au moyen de diverses formes dérivées du verbe: participes (lituanien), gérondifs (letton, estonien), infinitifs (estonien) et noms déverbaux (live), seules les formes lituaniennes et lettones étant génétiquement identiques. La diffusion de cette catégorie sémantique pourrait être liée à l’avancée des tribus baltes vers le nord, dans les régions peuplées par les prédécesseurs des Lives et des Estoniens, avancée datée des Ve–VIe siècles apr. J.-C. À cette époque, l’unité linguistique finno-baltique n’existait déjà plus, tandis que les langues baltes orientales formaient encore une communauté au sein de laquelle les innovations pouvaient se diffuser librement. La fréquence d’emploi du КН dans les langues baltes orientales correspond approximativement à l’intensité de leurs liens avec les langues finno-baltiques: elle est la plus élevée en letton, moindre dans le nord et le nord-est de la Lituanie ainsi que dans le dialecte žemaitien, c’est-à-dire dans les zones de contact du lituanien avec les langues des Séloniens et des Couroniens, davantage soumises à l’influence finno-baltique; dans le sud de la Lituanie, le КН est déjà très rare. Cela permet de supposer que la catégorie du ouï-dire s’est diffusée dans les langues baltes du nord vers le sud et qu’elle n’a probablement même pas atteint le territoire de l’ancien prussien.

Un parallèle typologique au КН balto-oriental et finno-baltique s’observe dans les Balkans. Les formes de récit indirect bulgaro-macédoniennes et l’admiratif albanais, dont la formation a été favorisée par l’influence du turc, correspondent au КН lituanien-letton tant par leur structure sémantique que par leurs moyens morphologiques d’expression (noms déverbaux étroitement liés aux formes périphrastiques du parfait). La morphologisation de la catégorie sémantique du ouï-dire uniquement dans les zones périphériques de l’aire indo-européenne, à partir de l’ancienne fonction prédicative des noms verbaux caractéristique de nombreuses langues indo-européennes, souligne le rôle considérable des contacts linguistiques dans ce processus et constitue un exemple frappant de la diffusion de catégories sémantiques identiques dans des régions de contact entre langues généalogiquement non apparentées.

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