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Jonas KLIMAVIČIUS

SUPPORTER, PASSIONNÉ, AMATEUR, FAN

Depuis déjà longtemps, certains doutent de la qualité du mot sirgal ius — de son caractère lituanien, de l’adéquation de son sens. Il y a là beaucoup d’incertitudes; on réfléchit superficiellement, on avance à tâtons, on accumule divers substituts — il en résulte un mélange confus et irrationnel. Il est donc grand temps d’examiner la question en profondeur et de discuter aussi de la pertinence des synonymes ou concurrents de sir galiaus. Le fait que sirgal ius soit un calque du russe болельщик ne prouve pas qu’il soit inapproprié. Il ne figure pas encore dans le DŽ1 de 1954. Le procès-verbal no 34 de la Commission de terminologie de l’Institut de langue lituanienne, daté du 25 juillet 1958, consigne: болельщик – sirgalius, sirgčius (étaient présents V. Kazakevičius, A. Kučinskaitė, V. Labutis, Ch. Lemchenas, J. Macaitis, A. Pranskėtis). Pourtant, dans le STŽ1 de 1959, болельщик est rendu par aistruolis (enthousiaste du sport). Néanmoins, à l’époque, aistruolis ne s’est pas répandu. Le DŽ2 de 1972 donne aussi sirgalius: 1. « personne qui est constamment malade, qui souffrete »; 2. « spectateur passionné de compétitions sportives, amateur de sport, passionné »; et aistruolis: « personne qui éprouve une passion pour quelque chose; enthousiaste, supporter »; et même, pour le mot entuziastas (« personne débordant d’enthousiasme, animée par une idée; exalté »), l’unique exemple est: sporto entuziastas (« enthousiaste du sport »; cette expression est un synonyme de la deuxième définition de sirga liaus, tandis que entuziastas – aistruolio est un synonyme de la définition d’« aistruolis »). Le LKŽ XII, sans citer aucune source ni aucun exemple d’usage, s’appuie sur le DŽ2 de 1972: sirgal ius: 1. « personne souvent malade, maladive »; 2. « spectateur passionné de compétitions sportives, passionné ». Parmi les dictionnaires bilingues, seul le RLKŽ1 de 1967 ignore sirgalius: болельщик – aistruolis, sporto rungtynių mėgėjas. Les autres incluent soigneusement les deux — sirgalių, ir aistruolį — sans se prononcer sur la norme. Certains font preuve d’une grande prudence: sirgal ius – болельщик (supporter sportif), tandis que aistruolis – страстный человек dans le LRKŽ1; autrement dit, une acception plus large est reconnue à aistruoliui. Même le prétendu aistruolio auteur¹ (en réalité, peut-être seulement celui qui l’a remis au goût du jour) préfère sirgaliui: болельщик familier – (sporto) sirgalius, aistruolis dans le RLKŽ2, I.

1 Voir S a b a l i a u s k a s A. D’où viennent-ils? V., 1994. P. 11.

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Le seul terme principalement employé était sirgalius. Bien sûr, il y eut aussi des murmures de protestation, y compris de la part de responsables sportifs, mais ils n’étaient guère sérieux et peu étayés, comme dans cet exemple: « Ne serait-il pas temps de donner à notre spectateur un nom bien plus honorable [que sirgalius — J. K.]: amateur, admirateur, connaisseur, spécialiste. En attendant que les linguistes proposent un nom plus ingénieux, nous nous contenterons de l’ancien. » Šv 1981 3 27. Il est toutefois caractéristique que aistruolis ne soit pas proposé à la place de sirgaliaus.

Supporter — un calque. Mais revenons au lituanien et partons du mot sirgti (« être malade »). Dans le LKŽ XII, la deuxième acception figurée de sirgti, « se soucier, se préoccuper », est abondamment illustrée par des exemples de t o u s l e s p a r l e r s: Qui donc ici se souciera de tes soucis Taurāgnai. Ne te soucie pas des affaires des autres Kvėdarna. Pourquoi vous préoccupez-vous de moi?, occupez-vous de vous-mêmes Alantà. Tes propres soucis ne te préoccupent pas, tu ne te soucies que de ceux des autres Skudūtiškis. Nous n’avons qu’une préoccupation en ce moment: comment mieux instruire les enfants Marijampolė. Maman s’est mise à se tracasser pour ces pommes de terre Skaisgirys. Quand il n’y a rien, il s’en fait toujours du souci Mielagėnai. On trouve aussi une phrase de J o n a s J a b l o n s k i s: Tu te soucies de nous sans raison. N’est pas cité Kazimieras Būga: Car mes autres amis, le professeur et prêtre A. Dambrauskas, le professeur et prêtre P. Bučys, et le prêtre J. Tumas (Vaižgantas), avaient remarqué que les questions de langue me tenaient à cœur, que j’en étais même malade K. Būg RR III 10. Les chercheurs de K. Būga ont eux aussi répété cela à plusieurs reprises, par exemple: ayant constaté que Būga était passionnément préoccupé par les questions de langue Z. Zinkevičius et J. Kabelka, – K. Būg RR I 25.

Dans les dialectes, apsirgti, persirgti. Tirtu Normantas n’avait jamais été aussi malade que lorsqu’il fut amoureux deux fois Vaižgantas. Les soucis sont comme les maladies: à peine en as-tu surmonté un qu’un autre t’assaille Utenà. Nous avons traversé l’épreuve du procès, maintenant ce sera plus facile Dusetos. Il existe aussi des emplois particulièrement singuliers: Notre Ona est amoureuse de Petras (elle aime Petras) Álovė. Les rares noms sirgutė, sirgulėlė signifient « chagrin ». Il existe des sens encore plus éloignés: apsirgti, « régler les affaires d’autrui, aller voir comment elles se présentent »: Tu t’occupes de tout le monde Taurāgnai; atsirgti, « expier, endurer les conséquences »: J’ai fait trop vite et sans réfléchir; ensuite, il a fallu en subir les conséquences Vabalninkas; « rendre la pareille au prix d’efforts »: Pour ce grain, je l’ai bien dédommagé: j’ai travaillé avec lui et j’ai bêché les pommes de terre Taurāgnai.

Les emplois de ce type de sirgti kuo? ir dėl ko? dans les textes sont nombreux et sérieux, qu’ils soient anciens ou récents; outre J. Jablonskis, K. Būga et Vaižgantas, on peut citer Antanas

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Jasmantas (pseudonyme poétique du philosophe Antanas Maceina) écrivait vers 1942:

Tu entendais un cheval dans le creux de tes mains, Sous le vieux chêne, au milieu du champ, Et tu ne sentais pas le vent souffler, Les petites vipères des boucles de velours. Tu entendais un cheval dans le creux de tes mains... Et maintenant, je suis malade de toi: Le vent m’apporte ton rire Et le grondement des sabots d’argent

A. Jasm P 36

En 1948, Juozas Lukša (Skrajūnas, Daumantas) écrivait: Leur arrivée en Lituanie résolut le problème des liaisons avec l’étranger, problème dont la résistance présente dans le pays souffrait depuis les tout premiers jours du mouvement KB 1995 4 68. Meilė Lukšienė écrit: ils se hâtaient de vivre, se bousculant les uns les autres, dévorés par les préoccupations de la société J. Bit VKB 81. Je suis malade de l’inquiétude de la mer J. Kant KR 9, – versifie le poète. Les exemples tirés des périodiques ne manquent pas non plus: Il était incurablement malade du ciel T 1981 17 4. Les Allemands sont tout bonnement malades de travail LA 1997 22 27. Tous les mauvais objectifs de transition peuvent être contrecarrés par une seule et unique personne, passionnément dévouée à son entreprise LA 1997 37 9. Le directeur ne se soucie pas des affaires de l’entreprise, d’autres choses le préoccupent davantage LA 1996 219 9. Le maire et la vice-maire sont « passionnés » par les affaires culturelles LA 1996 65 17.

DŽ1, sans distinguer le sens, donne: Ne sois pas malade de moi (ne t’inquiète pas). DŽ2 distingue – être malade 2. fig. « se soucier », DŽ3 – 2. fig. « se soucier, s’inquiéter »: <...>, 3. fig. « soutenir passionnément quelqu’un ou quelque chose ». Être passionné par le « Žalgiris ».

Dans la suite systématique vient la maladie – d’abord dans les parlers. LKŽ VII maladie 2. fig. « souci, ennui ». Oh, toi, mon souci (dit un père de son enfant, qui lui donne beaucoup de soucis)! Krosna. // « difficulté, chose désagréable » Raseiniai, Er iškiai. △ être malade de ses propres soucis « s’affliger de ses propres soucis ». Chacun est malade de ses propres soucis Taurāgnai; être malade des soucis d’autrui « s’affliger des soucis de quelqu’un d’autre »: Pourquoi te tourmentes-tu des soucis d’autrui? Anykščiai; être malade du même souci « vivre avec le même souci qu’un autre » A 1883 72.

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Dans les écrits sérieux: moi-même éveillé par « Aušra », j’ai exhorté aussi quelques autres à regarder les affaires de la Lituanie à travers les yeux d’« Aušra », à proclamer à la jeunesse lituanienne l’évangile qu’elle annonce; j’ai moi aussi été quelque peu « malade » de cette revue J. Jabl R I 249. Certains lycées étaient tout simplement « malades » au bon sens du terme, dis-je, malades de littérature Kazys Bradūnas, – Snt 1991 R 108. <...> on tombe d’abord malade de poésie, puis de prose et, seulement en dernier lieu, de dramaturgie, comme d’une maladie de vieillesse Viktoras Miliūnas, – Nkn 1968 2 5. On dit qu’il rêve de la Lituanie la nuit et y pense le jour. Il est malade de sa terre KV 1992 33 3. Il ne faut pas oublier non plus la fièvre 3. fig. « ardeur de l’activité, précipitation, période de forte activité » DŽ₃.

Le système est complété par contaminer (se). LKŽ VI contaminer 8. fig. « communiquer à quelqu’un son humeur, les traits de son caractère...; se transmettre à quelqu’un d’autre, gagner quelqu’un d’autre (en parlant d’une humeur, d’une inclination) »: <...> // De même que la pauvreté et les maladies sont contagieuses, le rire et la bonne humeur le sont aussi infiniment Jonas Jablonskis. Sa gaieté a gagné tout le monde Juozas Balčikonis. // réfl.: En voyant ma robe, elles ont toutes attrapé le virus: je regarde, elles s’en sont toutes fait coudre une pareille Upytė. Nous aussi, nous devons veiller à ne pas nous laisser gagner par le mensonge Jonas Balvočius-Gerutis. Dans les écrits contemporains: R. Ramunienė a su nous communiquer un tel amour de la langue française que nous étions impatients d’assister à ses cours LA 1997 108 14. Contaminé par la passion des recherches archéologiques, <...> il recueillait avec dévouement des outils de pierre Z. Kos LŽ 54. <...> elle a été incurablement gagnée par l’amour des enfants. Une « maladie » de ce genre est une bonne chose TMkt 1968 18 1. C’est alors qu’il s’est pris de passion pour le théâtre LA 1997 100 27.

Bien sûr, il arrive aussi que l’emploi soit peu élégant et de mauvais goût: Quand et comment êtes-vous devenu un trouble-fête et vous êtes-vous entiché des Oginski et d’autres bizarreries? LA 1995 107 12. Certains exemples relèvent du niveau des créations occasionnelles: transmet ses remerciements au « malade de handball » LA 1996 237 19.

Cependant, dans l’ensemble, le sens figuré du mot être malade est très vaste et légitime. Dans le domaine du sport aussi, il est double: ici également, on distingue être passionné par quoi? et soutenir qui? Cf.: Après ces matchs, les garçons se sont tout bonnement pris de passion pour le tennis de table Šv 1968 3 20. Les Pays-Bas sont massivement « passionnés » de patinage de vitesse Sp 1968 33 4. Et: À cette époque, Spassky jouait justement contre Fischer; moi, je soutenais Spassky LA 1996 24 19. Parfois, on joue même sur l’opposition entre sens propre et sens figuré: Âgé de 61 ans, le spectateur, qui avait eu un infarctus du myocarde en 1973, est « supporter » du Žalgiris de Kaunas depuis 30 ans M ir T 1975 8 57.

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Et sirgalius (« supporter ») s’emploie aussi en dehors du sport: « supporter de la politique », LA 1996 219 5; « supporter de LTV », LA 1996 20 14; Jurgis Kunčinas, « supporter [de] poésie », Kr 1995 1-3 97; Vytautas Rubavičius, « supporters [de la pipe] », LA 1997 103 20. Cette dualité est sans doute également quelque peu perceptible pour les principaux utilisateurs de sirgalius, bien que l’expression sporto sirgalius (« supporter de sport ») ne soit pas employée.

Au sens littéral, dans les dialectes, les dictionnaires et les écrits, de nombreuses appellations d’agent sont ou ont été employées, mais elles sont généralement rares: sargalius Žvr, Skr, NdŽ, sargalis BŽ 598, Rtr, NdŽ, sargulys J, sarguolys Blv; sergalis Sd; sirgalius DŽ₂, širgelis « celui qui a été malade » (Būk tu širgelis, būk nesirgelis – vis tiek mirsi Sb [Que tu aies été malade ou non, tu mourras quand même]), sirguolis tsp, sirgalynė Grž, sirgčius Vlk, sirglys Lk, Ser. Tous ces mots ont une connotation plus ou moins péjorative, et pas seulement sirgalius, sargalius: ce n’est pas le suffixe -alius qui leur confère cette connotation, c’est la chose elle-même — le fait d’être souvent malade, de tomber facilement malade, la mauvaise santé. Ce n’est pas le dormeur qui est déprécié, mais le fait même de dormir longtemps. Mais les animaux ont-ils une connotation péjorative — les dormeurs hivernaux žiemos miegalai M et G 1983 4 17 — si telle est leur physiologie, leur nature? Et les éveillés, alors? Même dans les formations en -ėlis, une partie des dérivés ont une connotation péjorative — apkiautėlis, ištvirkėlis, nebrendėlis —, mais certains « n’ont pas toujours, ou du moins assez souvent, de connotation péjorative: numirėlis, pabėgėlis, padėgėlis, paskendėlis, pavargėlis, pražuvėlis, suaudėlis, pasiryžėlis, pasišventėlis, persikėlėlis »². S’il n’existait pas de mot à sens neutre (ou plus neutre), sirgalius 1. pourrait peut-être lui aussi ne pas avoir de connotation péjorative. Lorsqu’il existe un terme neutre, ligonis (« malade »), les autres appellations de la même racine sont péjoratives: ligąšas Krš, ligąšius Škn, Šl, Kair, × ligaška Klov, Sdb, ligašnikas Ps, Pai, ligiza « paliegėlis » Lzd, ligóčas J, ligóšius Ds, liguiša Grš (LKŽ VII).

Puisque sirgalius, bien que systématique, est nécessaire et constitue un calque, il est intéressant d’examiner sa source. Dans le « Dictionnaire explicatif de la langue russe » de D. Ouchakov, paru en 1935, le sens de болеть « éprouver de la compassion, s’affliger, se soucier » est signalé comme vieilli; seule l’expression болеть душой n’est pas considérée comme vieillie. Dans le grand « Dictionnaire de la langue littéraire russe contemporaine », publié en 1948, le sens de болеть « éprouver des souffrances morales—

2 Lietuvių kalbos gramatika. V., 1965. T. 1. P. 318.

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les; s’inquiéter, se soucier de quelqu’un ou de quelque chose » — sans aucune indication; dans le « Dictionnaire de la langue russe » en quatre volumes, paru en 1957, болеть est défini par « éprouver de l’inquiétude, s’inquiéter; souffrir », avec la mention d’un emploi figuré, tandis que sa nuance « vivre intensément <...> les compétitions » est présentée comme relevant de la langue familière. Болельщик est qualifié de néologisme populaire de mauvais goût (нов. в просторечии) dans le « Dictionnaire de la langue littéraire russe contemporaine » et défini comme « sobriquet plaisant désignant un observateur passionné des compétitions sportives, qui “s’en soucie de tout son cœur” pour les participants ». Avec le temps, toutefois, la composante « plaisant » du sens a disparu: dans le « Dictionnaire de la langue russe » et le « Dictionnaire de la langue russe » de S. Ožegov (éd. 1989), болельщик est déjà défini sans « plaisant » et considéré comme un mot familier.

Passionné jusqu’à une époque récente, était un mot livresque – seuls, de temps à autre, quelques amateurs de mots rares l’employaient: Les passionnés étaient dirigés par leurs propres chefs d’orchestre N 1971 8 57, Kęstutis Andziulis. Je ne l’ai jamais entendu de vive voix. Les raisons sont claires: 1) supporter est tout de même un mot courant, 2) passionné n’a aucun ancrage dans la langue parlée, contrairement à supporter (quant aux associations indésirables dans la langue parlée qu’évoque le passionné – nous y reviendrons). Certes, dans l’usage de la langue standard des dernières décennies, le mot passionné avait généralement une connotation positive, par exemple: un combattant passionné, un amateur de football passionné Šv 1980 22 30. Mais nul n’avait oublié non plus l’éveil des passions basses LA 1993 56 7; rares étaient ceux qui avaient entendu parler des passions nobles. Jadis, les seigneurs méprisaient les sciences. Au lieu des sept arts libéraux, ils s’intéressaient aux sept nobles passions: l’équitation, la natation, le tir à l’arc, l’escrime, la chasse, les échecs et l’écriture de vers, <...> S. Mark NN 133. Plus rare encore, plus individuelle, une sorte de passion gracieuse: Ce ne sont pas les fruits de l’expérience, mais l’expérience elle-même qui est le but... Brûler toujours d’une flamme ardente et noble, préserver cette extase – voilà la réussite dans la vie... Tout fond sous les pieds; mieux vaut donc poursuivre une passion gracieuse... qui, dans les hauteurs célestes, libère l’esprit pour un instant et éveille les sentiments KB 1993 1 55 (traduction). En général, on observe toute une gamme de passions, de la passion pour les automobiles Šv 1975 23 18 à la passion de la chasse aux livres KB 1993 1 39. De temps à autre, on tente de rapprocher la passion du hobby, mais sans doute à tort: les guerres d’Italie

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était un collectionneur passionné — un numismate: il collectionnait les pièces de tous les pays. Connaissant le hobby (la passion) du roi, Klimas lui aurait offert un ensemble de pièces ayant cours en Lituanie T ir N 1994 6 7. La passion culturelle conserve sa place: Le multimillionnaire[So-ros] mène une vie simple et est connu comme un philosophe passionné LA 1993 148 7; un collectionneur passionné de choses étranges, inutiles, mais belles LA 1993 117 9.

Le passage des mots de la langue standard aistra, aistringas à la sémantique et à la pragmatique de aistruolio est considérable et abrupt. Il n’y a pas lieu de spéculer ni de s’inquiéter de la manière dont un tel emploi de aistr os est reçu: Le football est la passion nationale des Brésiliens T 1980 138 4. Le football, passion de millions de personnes (titre d’un livre de Rimas Mackevičius, « Vyturys », 1990). Toutefois, le aistruolis sportif n’est nullement celui qui ne siffle pas et ne fait pas de sottises, cf.: des bagarres ont déjà éclaté dans les tribunes entre les supporters passionnés des deux équipes T 1990 105 4; un supporter a été tué KmT 1988 93 4. Des supporters de football en furie l’ont roué de coups et frappé à coups de poing LA 1996 164 19. Des supporters impulsifs du « Žalgiris » se sont battus LA 1997 39 18. Ici, ces aistruoliai sont clairement associés aux passions basses (et non à la noble passion du sport): Après avoir tant bien que mal calmé les passions, la police a dû évacuer les supporters jusqu’aux ferries à destination de l’Angleterre LA 1995 33 19. Mais les passions se sont aussi déchaînées sur le terrain et dans les tribunes. <...> il n’y avait déjà plus aucun agent près du secteur réservé aux supporters de l’équipe visiteuse. Les passions ont longtemps été déchaînées. Près des vestiaires mobiles, les supporters locaux réclamaient « la tête de Resepovas » LA 1995 160 26.

Bien sûr, il ne faut pas croire que cela ne puisse pas caractériser les sirgaliams. Par exemple: Quand la lutte est acharnée sur le terrain, les passions débordent dans les tribunes; les supporters en viennent même à régler la question à coups de poing pour savoir quelle équipe est la plus forte LA 1995 24 18. De manière générale, il est possible de transformer en argot de façon assez inventive tout un groupe de termes sportifs, par exemple: Le stade du Dixième anniversaire de la Pologne populaire, à Varsovie, est considéré comme le plus grand marché et le plus dangereux d’Europe. Ici, pour parler en termes sportifs, quelque 50 000 « s p o r t i f s » — des vendeurs — et « p a s s i o n n é s » — des acheteurs — se réunissent chaque jour. Selon les statistiques locales, la plupart d’entre eux viennent de l’Est — <...>. Les nouveaux arrivants sont d’abord accueillis par les « a r b i t r e s » nationaux —

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marketeurs. Chacun d’eux ne s’occupe que de sa propre « équipe ». <...> On vous guette: les « pickpockets de paniers ». <...> Ils peuvent suivre leurs « victimes », le plus souvent des femmes, pendant des heures, en attendant qu’un sac soit posé sans précaution. Quand une femme est absorbée par un achat, son sac se retrouve dans un autre, plus grand LA 1994 157 10.

Passionné, avant même de se répandre dans le domaine sportif, s’en est très vite détaché: passionné d’antiquités L ir M 1971 10 10, passionné d’aviation T 1981 239 4, passionnés de cultures anciennes N 1981 10 58, passionnés de variétés KB 1983 3 9, passionné de musique KmT 1987 22 3, passionnés de « heavy metal » L ir M 1988 16 4, passionnés de cinéma ŠA 1991 31 4, passionnés de jeux vidéo T ir N 1994 6 4. Même le sens principal se construit parfois avec un complément d’objet – passionnés de sport T 1984 193 4, bien que ce sens l’emporte tellement sur tous les autres que ce déterminant n’est pas nécessaire, sauf pour préciser le sport concerné – passionnés de football, passionnés de basket-ball. Le passionné n’est parfois même pas associé à l’objet de sa passion: Les professionnels, les soi-disant professionnels et tous les autres passionnés continuent de tourner le projet dans tous les sens et de le peser de toutes les façons, il est vrai, en nourrissant de telles aspirations KV 1990 47 2. On pourrait parler encore et encore des goûts et des talents de N pour la pêche. Passionné, professionnel LA 1997 200 27. La télévision retransmettait la messe, et les passionnés, assoiffés de partager la joie de la fête, malgré le vent violent et le grésil, se rassemblaient sur la colline de Juozapinė pour faire rouler des œufs décorés Gkr 1989 13 3. Les phrases où l’objet n’est même pas implicite sont très rares: On aurait dit qu’un instant de plus et la gitane passionnée lancerait une rose envoûtante à quelque séduisant jeune Lituanien L 1995 36 4. Parfois, le mot passionné reçoit même une connotation très positive: Les favoris de son [histoire] sont des passionnés, débordants, qui se lancent dans l’aventure en pensée comme en actes Š. Cveig ERTT 17. Mais les jugements négatifs ne manquent pas: Il regarde avec un mépris non dissimulé les passionnés de football et de musique de variétés KmT 1987 22 3. Eh bien, c’est justement ce genre de « baume » qu’il fallait encore verser sur la foule des passionnés... LR 1990 157 3. À présent, les « passionnés de politique » sont à bout de souffle et nous pouvons accomplir un travail culturel et national LA 1996 158 11. <...> des gauchistes occidentaux distraits, charmants et d’humeur poétique embrassent sur les lèvres le terrorisme « progressiste ». D’où viennent tous ces passionnés?

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D’où vient tant de sympathie pour des meurtriers qui, par un seul événement démagogique, réfutent toutes les accusations? Dnvd 1997 19 5. En réalité, sur la photo, nous voyons <...>une victime des passionnés furieux de « Jedinstva » T 1990 95 4. <...> le passionné du parti Albertynas LA 1995 55 5. Même un puriste de la langue reprend parfois les passionnés de pureté linguistique GK 1992 8–9 13.

Il importe surtout de ne pas oublier que les dialectes sont toujours vivants et ce que signifie, dans ces dialectes, passion. LKŽ I₂ passion 1. « forte attirance pour quelque chose, désir, excitation »: Une passion lui envahit le cœur, c’est-à-dire noglas (soudain; violent) désir J. On peut maîtriser ses passions Trg. <...>. 2. « frénésie, emportement »: Le chien est pris de passion Ms, Šts. Quand la passion le prend, il mord et déchire même les gens de la maison Brs. / La passion animale (période des chaleurs) est arrivée J. Jabl. Dans le LKŽ I₁, l’ordre des sens est inverse et l’explication diffère quelque peu: 2. « désir, excitation, ardeur, humeur ». Il convient aussi de relever le verbe aistruotis 1. « courir çà et là »: La jument s’agite Šts. Le DŽ₃ donne lui aussi passion 1. « forte attirance, désir »: La passion s’est refroidie. Passion ardente, dévastatrice, nuisible, irrépressible. Maîtriser ses passions. Céder à ses passions. 2. régional. « frénésie, attirance » [DŽ₁ et DŽ₂: « attirance »]: Le chien est pris de passion. Cela n’a rien de spirituel... Même le « Dictionnaire de psychologie » (V., 1993) ne change pas grand-chose: passion (russe страсть, anglais passion) – « sentiment intense et durable qui englobe toute la personnalité d’un individu et oriente tous ses désirs et toutes ses forces vers un seul objet. <...>. La passion peut être provoquée par des pulsions corporelles, des opinions ou des idées; elle peut aussi être d’origine pathologique (par exemple, à la suite d’un développement paranoïaque de la personnalité). <...> ». Ainsi, le mot passionné est aussi employé de la façon suivante: « Parmi les jeunes, 2,8% sont des passionnés ardents qui font l’amour tous les jours. » R 1990 272–275 31.

Tel est le sens véritable et originel du mot passionné, attesté, semble-t-il, pour la première fois dans la lexicographie lituanienne en 1929, dans le grand « Deutsch-litauisches Taschenwörterbuch » d’A. Šolcas et J. Talmantas, publié à Klaipėda: il y est donné comme équivalent de l’allemand Wollüstling. Rainer Eckert avait déjà signalé ce fait en 1974; n’ayant pas trouvé le mot aistruolis dans le LKŽ I₁, il l’avait repéré dans le dictionnaire d’Aleksandras Kuršaitis, où il était cité d’après le dictionnaire d’A. Šolcas et J. Talmantas³. En examinant

3 E c k e r t R a i n e r. Sur l’évolution de la langue littéraire lituanienne à l’époque soviétique. – Contributions à la sociolinguistique. Halle-Saale, 1974. p. 131.

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Les lacunes des sources du LKŽ: Wollüstling – gašluolis, aistruolis se retrouve aussi dans des dictionnaires allemand-lituanien plus récents – ceux de Vk. Gailius et M. Šlaža, Vokiškai-Lietuviškas žodynas, Klaipėda, 1932 [le LKŽ utilise l’abréviation GŠ], et de Vokiškai lietuviškas žodynas / préparé par K. Alminas, K., 1943. Ainsi, en 1955, le mot aistruolis avait été employé au moins pour la quatrième fois.

Voilà comment, de façon inattendue, le mot aistruolis a vieilli de 26 ans, s’est révélé ambigu et, après presque 70 ans d’existence, ne fait peut-être encore que chercher sa place. En effet, la critique irréfléchie d’un calque bien implanté et systématique, sirgal ius, et la promotion inattendue d’un terme inconnu, qui s’est ensuite révélé ambigu, aistruolis, survenue précisément à une période de bouleversement des habitudes linguistiques, ont créé de l’incertitude et, par conséquent, un vide dans l’usage, dans lequel ont afflué d’autres synonymes et concurrents, pas toujours souhaitables. Il s’agit d’abord d’emprunts et d’exotismes comme fanai, torsidos et autres, importés dans la réalité lituanienne: les fans de « Banga » LA 1992 89 15; « Banga » est ainsi soutenue par sa « torsida » infatigable LA 1992 180 11. Les exotismes sont à juste titre employés uniquement pour évoquer la couleur locale, par exemple: une torsida de plusieurs millions LR 1990 116 3, les passionnés de torsida pleins de tempérament LA 1990 24 4, les toreros brésiliens (supporters) Šv 1982 12 28. Il faut simplement faire preuve de mesure et veiller à employer des formes lituanisées correctes ainsi que les formes authentiques: tifozas (italien tifoso: tifo, « typhus »; la motivation relève plutôt du symptôme du typhus – tifomanija – délire provoqué par le typhus); torsidoras (portugais torsidoro, sens originel: « amateur de corrida ») et ses formes abrégées: le singulier collectif torsida et torsidos, afisionadas (espagnol aficionado, pluriel aficionados, sens originel: « amateur de corrida »).

Les fans étaient jusqu’alors considérés par les dictionnaires et dans l’usage plus soutenu comme un anglicisme (anglais fan – fanatic, abréviation): fan – enthousiaste, amateur, supporter ALKŽ, supporter sport. – supporter de football – football fan, passionné (amateur de sport) – fan LAKŽ. Dans l’usage, le caractère exotique des fans n’était pas marqué, tandis que leur connotation péjorative ne faisait aucun doute: Les fans de football. C’est un mélange d’arrogance punk et de férocité skinhead. Ces jeunes transforment les terrains de football en arènes de gladiateurs LA 1992 61 10. Des fans anglais ont provoqué des émeutes à Malmö LA 1992 116 2. Cependant, on emploie-

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l’ancien traîne, les appréciations sont instables. Je reviendrai encore sur l’usage et les appréciations.

Le prétendant le plus inattendu, peut-être même imposé, est le bildukas. La manière dont il a commencé à être diffusé (et non à se répandre de lui-même!) mérite certainement une société qui a perdu ses chaînes, mais n’a pas encore repris ses esprits. Voici un extrait de la lettre « Et si c’étaient des “bildukai”? »: « J’ai lu dans “Kalba Vilniuje” l’article du commentateur sportif de la télévision V. Mundrys, “Ce pain quotidien si dur”, où il déplore que nous n’ayons pas de bon nom pour désigner l’amateur de sport, comme, par exemple, les “tifosi” italiens. La proposition m’est venue à l’esprit dès le lendemain, en allant au stade du “Žalgiris” <...>. En chemin, je suis tombé sur un groupe de supporters de la tribune sud-est qui, d’humeur festive, armés de tambours et de trompettes, parés d’accessoires blanc et vert et de drapeaux tricolores nationaux, allaient soutenir leurs favoris. En entendant le grondement de leur tambour, j’ai aperçu un groupe de bildukai — ces garnements agiles et vifs de notre folklore, qui ne s’arrêtent pas avant d’avoir obtenu ce qu’ils veulent. <...>. Alors, qu’en pensez-vous, chers amis: et si c’étaient des “bildukai”? <...> » Sp 1988 111 2, K. Dainiūnas (langue non corrigée). Et voilà que ça commence: Les sportifs lituaniens ont ces derniers temps piqué douloureusement les bildukai yougoslaves à tant de reprises R 1990 58 6. Dans le livre « Passion de la force. Parmi les hooligans », publié à Londres, son auteur, Bill Buford, parle des supporters de football, que l’on appelle le plus souvent « fans » à l’étranger et que l’on surnomme bildukai en Lituanie LA 1993 9 9.

On l’a peut-être dit avec précision: on les surnomme ainsi, ils ne se désignent pas eux-mêmes de cette façon. Quel intérêt y a-t-il à donner un nom aux spectateurs de la célèbre tribune sud?! Pourtant, le mythique petit fantôme frappeur R 281, K. K. Donel, Blv, Skr « spectre, lutin, petit diable » LKŽ I₁ remplace assez justement le poltergeist: POLTER-GEIST, traduit de l’allemand, signifierait « esprit qui fait du bruit, qui provoque un vacarme sonore », ou, en lituanien, bildukas VŠ 1990 2 8. On ne sait plus aujourd’hui que la Terre est entourée d’ondes diverses, qui s’élèvent de la lithosphère vers l’ionosphère et en reviennent; il est tout à fait possible que se forment ainsi des canaux énergétiques particuliers, des guides d’ondes, par lesquels voyagent les âmes des morts. <...>. Les Lituaniens appelaient ces âmes, et nous les appelons encore aujourd’hui, des bildukas. Elles semblent vouloir signaler leur présence T 1990 139-140 6. Il n’y a rien d’effrayant à appeler bildukas< un oiseau de nuit particulièrement assidu: Je ne sais pas combien de personnes écoutent l’émission de nuit aujourd’hui. >...

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qui vient tout juste de parler au téléphone avec les bildukai du studio <...> avec des citoyens <...> qui ne dorment pas KV 1990 16 4. Mais je pense que les spectateurs des matchs de football n’accepteront jamais d’être des bildukai: le sens carcéral de bildukas les en empêchera: Il faudrait mentionner comme il se doit les « urkas » (voleurs), les « bildukai » (délateurs). Nos journées de l’époque ne seraient pas bien comprises sans ces travailleurs de Staline... LA 1990 114 3. <...> a lui-même avoué que, pendant les trois années où il travaillait comme informateur du KGB, il buvait les kopecks du « bildukas » R 1990 266 1.

Il est temps de tirer des conclusions et de faire le bilan, même si, compte tenu de l’usage, le moment n’est peut-être pas encore tout à fait venu de formuler des conclusions définitives. Pour l’instant, voici seulement ceci:

1. On n’a pas réussi à évincer Sirgalius; sirgal(i)us demeure dans le domaine du sport et dans l’usage général — 2. « spectateur passionné de compétitions sportives, passionné de sport, amateur de sport », DŽ₃. Aistruolis a fait son entrée, mais son emploi dans le sport et ailleurs n’est pas stabilisé; DŽ₃ le définit de manière assez vague: « personne qui éprouve une passion pour quelque chose, passionné ». En 1996, STŽ₂ tente d’élargir la portée et de distinguer davantage: 1) s p o r t o m ė g ė j a s — angl. sports fan, all. Schwärme, Sportfreund, Fan; russe болельщик — « personne qui s’intéresse à un ou plusieurs sports, ainsi qu’au mouvement sportif dans son ensemble. L’amateur de sport assiste aux compétitions et recueille par divers moyens des informations sur son sport favori ou sur le mouvement sportif ». Cf. sirgal(i)us, aistruolis, fanatikas; 2) a i s t r u o l i s ↗ sporto mėgėjas; 3) s i r g a l i u s — angl. fan, all. Fan, Sportfreund; russe болельщик — « amateur de sport qui se soucie (qui “souffre avec”) de son sport favori, de son équipe, des affaires sportives de son pays, qui assiste à des manifestations sportives, soutient les siens ou simplement le beau jeu, les nobles gestes des sportifs et les idéaux du sport »; 4) f a n a t i k a s (lat. fanaticus — inspiré; exalté; fanum — sanctuaire) — angl. fanatic; all. Fanatiker; russe фанатик — 1. « personne qui soutient avec passion et fougue une équipe; elle peut parfois manquer de respect envers ses adversaires et les arbitres ». Cf. aistruolis, sirgalius, sporto mėgėjas (2. « personne aux convictions radicales qui hait profondément les adeptes d’autres religions; bigot »; le terme fanatizmas est également inclus: « dévouement passionné et aveugle à ses convictions; foi inconditionnelle en la justesse d’une cause ou d’une idée. Le fanatisme est lié à l’intolérance envers les opinions et les aspirations d’autrui. Il est inacceptable dans le sport, car il est incompatible-

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ble avec les principes fondamentaux de l’olympisme en tant que phénomène social »). En réalité, les paroles d’Adomas Mickevičius conviendraient ici, bien qu’il les ait prononcées dans un autre contexte: « Il est vraiment bon <...> pour ceux qui sont convaincus qu’en achetant un dictionnaire, ils tiennent dans leur poche un tribunal capable de trancher les différends les plus subtils » (Adomas Mickevičius. Lyrika. Baladės. Poemos. V., 1975. P. 342). Que le dictionnaire soit le gardien de la tradition, le témoin de l’usage et le défenseur d’une solution raisonnable. Deux notions fondamentales et différentes se distinguent assez clairement: l’amateur de sport, qui aime le sport et s’y intéresse, et le supporter, qui souffre avec le sport et pour son équipe. Si le supporter souffre, c’est déjà le signe que le système est solide. Il n’y a là rien de dépréciatif, nul besoin non plus d’en faire l’éloge, et le sens de l’humour est une bonne chose. Le mot Sirgalius figure même déjà dans le « Dictionnaire des élèves du primaire » de Jonas Paulauskas et Gražvydas Kirvaitis (K., 1992. P. 20).

2. Et que fait l’aistruolis? La réponse manque encore. Avoir une passion, être passionné — ce n’est encore qu’un demi-pas; d’ailleurs, il a peut-être été plus fructueux de faire ce pas dans d’autres domaines que dans le sport. Dans l’article d’A. Budrys et R. Delkus, « Cinq types de supporters », paru en 1984, on a essayé de cerner la notion sans parvenir à la saisir: « Le cinquième type comprend les passionnés de sport, des gens littéralement absorbés par les événements sportifs. Ils s’intéressent à chaque compétition, à toutes les informations » T 1984 264 4. L’usage a pris une tout autre direction, même s’il n’est toujours pas stabilisé. Et il faut seulement regretter que cet aistruolis< nous ait valu aujourd’hui un tel méli-mélo d’usages: Ce match a été regardé par 6 800 amateurs de football, dont environ un tiers venaient de Lituanie. Les relations entre les locaux et nos supporters étaient chaleureuses et amicales, et aucun incident ne s’est produit. Cependant, dans le secteur 15, où se trouvaient les fans lituaniens les plus passionnés, il y eut de nombreux conflits avec la police lettone. Bien que les jeunes amateurs de football lituaniens ne soient pas des anges, nos supporters >...< ont été attaqués >...<. C’est pourquoi une centaine d’amateurs de football lituaniens ont dû demander de l’aide > LA 1992 158 11. Ainsi, au lieu d’un seul supporter, on a un fatras sémantique de quatre mots, où l’on ne distingue aucun des cinq types… Et c’est souvent ainsi: <...> environ un millier de spectateurs se sont rassemblés, <...>. <...> aucun incident entre supporters ne semblait même à craindre <...> (18 fans lituaniens étaient assis juste à côté des supporters lettons), <...> LA 1995 107 19. Les fans du « VLPFK–Sirijus » ont écrasé ceux de l’« Inkaras–Grifas » par 18 à 1 lors d’un match du championnat des supporters LA 1995 89 19. Où sont donc ces cinq types, ou au moins deux ou trois? Où trouve-t-on encore une telle confusion? Et

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pas le moment de paraphraser: trois Lituaniens – cinq termes?

3. En y incluant le fanatique et sans oublier d’ajouter que « parfois, il manifeste son irrespect envers ses adversaires et les arbitres », tandis que le fanatisme est « inacceptable dans le sport, car incompatible avec les <...> principes de l’olympisme », le STŽ₂ ne laisse aucune porte ouverte au fan. Le DŽ₂, qui traite le sujet plus largement, relève également l’absence du fanatique au sens figuré: « personne qui se consacre avec une grande ardeur à un travail, à une cause ou à une idée, et ne s’intéresse à rien d’autre ». Ainsi, le fanatique n’est pas employé uniquement dans le sport: un véritable fanatique d’art N 1981 4 44; il ne reste que quelques-uns de ces premiers fanatiques de théâtre L et M 1983 22 12. Ainsi, le fanatique est aussi bien un sportif qu’un supporter — positif ou négatif —, tandis que le fan est un supporter qui ne paraît positif qu’à ses propres yeux.

Le STŽ₂ a délibérément omis l’enthousiaste, bien qu’il contienne l’enthousiasme, défini comme un « état de grand élan spirituel et de détermination. L’enthousiasme aide à atteindre l’objectif fixé ». Comme indiqué dès le début, le STŽ₁ donnait l’amateur passionné (passionné de sport), et la seule illustration de l’enthousiaste dans le DŽ₂ (et le DŽ₃) est un passionné de sport. Toutefois, l’enthousiaste est généralement non pas un spectateur ou un supporter, mais un sportif (ou un autre acteur, et non quelqu’un qui reste assis): un passionné de course à pied Šm 1977 4 46, des passionnés de vol en planeur T 1981 239 4. Bien sûr, on peut aussi, lors de rares moments d’exaltation spirituelle, soutenir avec enthousiasme (par exemple, son équipe nationale), mais il ne faut en aucun cas associer les lumineux et nobles enthousiastes aux fans bornés et aveuglés.

Abréviations

ALKŽ – Dictionnaire anglais-lituanien / Établi par A. Laučka, B. Piesarskas, E. Stasiulevičiūtė. V., 1975.

K. Būg RR – B ū g a K. Œuvres choisies. V., 1958, T. 1. V., 1961, T.3

J. But VKB – B ū t ė n a s J. Les compagnons de lutte de Vincas Kudirka. V., 1993.

Š. Cveig ERIT – C v e i g a s Š. Le Triomphe et la tragédie d’Érasme de Rotterdam / Traduit par R. Jonynaitė. V., 1991.

Dnvd – « Dienovidis ».

DŽ – Dabartinės lietuvių kalbos žodynas: DŽ₁ – I leid., V., 1954. DŽ₂ – II leid., V., 1972. DŽ₃ – III leid., V., 1993.

GK – « Langue maternelle ».

Gkr – « Pays natal ».

J. Jabl R – Écrits de Jablonskis. K., 1932, T. 1.

A. Jasm P – J a s m a n t a s A. Poésie. V., 1992.

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J. Kant KR – Kantautas J. Kranto randai. Klaipėda, 1994.

KB – « Kultūros barai ».

KmT – « Komjaunimo tiesa ».

Z. Kos LŽ – Kosidovskis Z. Lisipo žirgai / Vertė J. Ragauskas. V., 1968.

Kr – « Krantai ».

KV – « Kalba Vilnius ».

L – « Lietuva ».

LA – « Lietuvos aidas ».

LAKŽ – Piesarskas B., Svecevičius B. Lietuvių-anglų kalbų žodynas. V., 1979.

L ir M – « Literatūra ir menas ».

LKŽ – Dictionnaire de la langue lituanienne. V., 1941, T. 1, 1re éd. V., 1968, T. 1, 2e éd. V., 1962, T. 6. V., 1966, T. 7. V., 1984, T. 12.

L’article emploie également les abréviations de ce dictionnaire.

LR – « Lietuvos rytas ».

LRKŽ – Lyberis A. Lietuvių-rusų kalbų žodynas. V., 1971.

S. Mark NN – Markišas S. Niekam nenusileisiu / Vertė M. Žilionienė. V., 1969.

MedŽ – Astrauskas V., Biziulevičius S., Pavilonis S., Vaitilavičius A., Vileišis A. Medicinos terminų žodynas. V., 1980.

M ir G – « Mokslas ir gyvenimas ».

M ir T – « Mokslas ir technika ».

N – « Nemunas ».

NKn – « Naujos knygos ».

R – « Respublika ».

RLKŽ1 – Dictionnaire russe-lituanien / Préparé par V. Baronas, V. Galinis. V., 1967, t. 1.

RLKŽ2 – Dictionnaire russe-lituanien / Établi par Ch. Lemchenas. V., 1982, t. 1.

Snt – « Santara » (R – numéro d’automne).

Sp – « Sportas ».

STŽ1 – Dictionnaire des termes sportifs / Éditeur responsable: V. Steponaitis. V., 1959.

STŽ2 – Dictionnaire des termes du sport / Préparé par S. Stonkus. K., 1996.

ŠA – « Šiaurės Atėnai ».

Šm – « Šeima ».

Šv – « Švyturys ».

T – « Tiesa’.

T ir N – « Taip ir ne ».

TMkt – « Tarybinis mokytojas ».

VŠ – « Vasario 16 ».

Les chiffres indiquent partout les années, les numéros (les chiffres romains, les tomes) et les pages.

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