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RAMUNĖ VASKELAITĖ
Banque de Lituanie
L’EMPLOI DU PLURIEL DES NOMS ABSTRAITS DANS LA LANGUE DE L’ÉCONOMIE ET LA NORME
MOTS-CLÉS: noms employés au singulier, noms abstraits, flexion en nombre, concrétisation du sens, dérivés, norme, usage.
INTRODUCTION
La conformité à la norme de l’emploi du nombre des noms ne serait guère problématique s’il n’y avait pas des noms dont la norme prescrit de n’admettre qu’un seul nombre — le singulier ou le pluriel — ou de n’employer un certain nombre que dans des circonstances particulières.
Ces circonstances sont précisées dans le livret Conseils linguistiques, intitulé Les formes grammaticales et leur emploi, qui expose la norme d’emploi du nombre: le singulier est considéré comme inacceptable en lituanien standard lorsqu’il désigne sans généralisation une espèce végétale, animale ou similaire, plus d’une personne, ou lorsqu’il sert à nommer des événements, des lieux et d’autres choses (KP1 2002: 19–20). Dans l’usage, c’est précisément le singulier que l’on tend à choisir dans de tels cas (KPIB 1995–2005). Des études perspicaces sur le rapport entre les phénomènes linguistiques non normatifs et la norme codifiée, menées en linguistique lituanienne avec une activité particulièrement soutenue par Rita Miliūnaitė (2002; 2003a, b, c; 2004; 2006a, b; 2007), montrent qu’il ne faut pas s’empresser de qualifier la résistance persistante de l’usage à telle ou telle norme consacrée par écrit de violation de celle-ci ou de méconnaissance de la langue standard. Parfois, une telle résistance ne fait que révéler des facteurs syntaxiques, sémantiques ou autres, profondément ancrés dans la structure de la langue, que les normalisateurs n’ont pas décelés ou qu’ils n’ont pas suffisamment
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Page 2ont été évaluées. Il faudrait donc prêter attention à certains cas répandus dans l’usage mais considérés comme non conformes à la norme, les examiner de plus près et, s’il s’avère qu’il existe des raisons solides, peut-être même modifier la norme codifiée.
L’article examine une tendance fréquemment observée dans l’usage: employer au pluriel des noms considérés comme singuliers. Il porte sur un sous-groupe de ces noms, à savoir les noms abstraits. L’intérêt de cette question est illustré par un domaine de l’usage de la langue standard observé depuis longtemps: la langue de l’économie. On y trouve en abondance des transferts, des paiements, des règlements, des calculs, des fluctuations, des engagements, des capacités, des risques, des menaces, des crises, des déficits, des budgets, des bilans, des économies, des activités économiques, des niveaux, des volumes, des valeurs et d’autres noms apparemment abstraits, bien que dans les Conseils linguistiques, qui énoncent la norme de la langue standard, le pluriel des noms abstraits singuliers soit évalué au plus négatif des quatre degrés employés dans cet ouvrage pour indiquer le rapport d’un phénomène linguistique à la norme: la mention ntk. (« à proscrire »), qui signifie que le phénomène n’est pas admis dans la langue standard (KP1 2002: 20). Il ne faudrait toutefois pas se hâter de considérer cette divergence comme une opposition entre l’usage et la norme: les Conseils linguistiques prévoient deux exceptions. Certes, l’une d’elles — l’emploi du pluriel des noms abstraits comme procédé stylistique pour souligner l’abondance — ne peut s’appliquer à l’usage étudié. Les textes examinés relevaient du style officiel et spécialisé, parfois même proche du style scientifique; les procédés expressifs et affectifs ne sont donc pas caractéristiques de leur langue. Les frontières entre les styles et les genres s’estompent, et de tels procédés peuvent certes apparaître, mais nous n’avons pas relevé de pluriels employés pour souligner abondamment une idée. Ces textes décrivent et analysent de manière factuelle les processus économiques survenus pendant une période donnée (année, semestre, trimestre); la précision y importe donc bien davantage que l’expressivité. Bien que ces textes soient officiellement désignés tantôt comme des analyses, tantôt comme des rapports, le présent article les appellera tous, par commodité, des analyses économiques.
Une fois écartée l’exception visant à souligner l’abondance, le seul facteur qui justifie le pluriel des noms abstraits dans les Conseils linguistiques est la concrétisation du sens du nom. La norme semblerait simple: si un nom de sens abstrait s’est concrétisé, son pluriel est admis; dans le cas contraire, l’emploi du pluriel constitue une infraction à la norme. Mais la frontière entre la norme et la faute est-elle réellement aussi claire? Tous les facteurs qui incitent à employer précisément la forme plurielle sont-ils suffisamment pris en compte lorsqu’on la trace? L’étude des tendances de l’usage devrait aider à le déterminer; avant de l’aborder, il convient toutefois d’examiner plus en détail la norme d’emploi du nombre des noms abstraits formulée tant dans les Conseils linguistiques que dans d’autres ouvrages normatifs.
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Page 31. NORME CODIFIÉE ET EXCEPTIONS PRÉVUES
Au sujet du nombre des noms abstraits, les Conseils linguistiques énoncent la règle suivante: « le pluriel est ntk. = singulier lorsqu’un nom est abstrait, désigne des choses indivisibles (non dénombrables) et est singulier » (KP1 2002: 20). Ni les notions de nom abstrait, de nom singulier ou de nom désignant des choses indivisibles (non dénombrables), ni la norme d’emploi du nombre ne sont définies dans le livret Les formes grammaticales et leur emploi, ni dans les autres livrets de cette série. Bien sûr, définir ces notions n’est pas non plus l’objectif d’une publication de ce type; toutefois, sans expliquer le sens qui leur est attribué, on risque d’interpréter la règle de deux façons: 1) le pluriel est à proscrire lorsque le nom remplit les trois conditions (il est abstrait, singulier et désigne des choses indivisibles ou non dénombrables); 2) le pluriel est à proscrire lorsque le nom remplit l’une de ces conditions.
On ne trouverait pas, dans les descriptions du nombre des noms en lituanien, de réponse à la question de savoir comment interpréter cette règle; ces descriptions montreraient qu’aucune des deux interprétations n’est possible. Elles présentent généralement une classification où les noms abstraits sont considérés comme l’un des sous-groupes des noms singuliers1, lesquels constituent l’un des groupes de noms invariables en nombre, assimilés à ceux qui désignent des choses impossibles à compter (Jakaitienė ir kt. 1976: 36–41; Paulauskienė 1983: 166–167; 1994: 149–150; 2004a: 148–149; 2006: 73–77; Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 67–77; DLKG 1997: 65–68). Il serait illogique de proscrire d’abord un sous-groupe, puis l’ensemble du groupe. Ainsi, la règle des Conseils linguistiques ne repose pas sur une classification des noms selon le nombre, mais sur leur division générale en noms concrets et abstraits; parmi ces derniers, elle déconseille d’employer au pluriel ceux qui sont singuliers. Seule la troisième condition d’interdiction reste obscure: le nom doit également désigner des choses indivisibles (non dénombrables). Selon la classification mentionnée, tous les noms singuliers désignent des choses
1 Les autres sous-groupes sont indiqués de manière variable: certaines sources distinguent aussi les noms collectifs (augalija, aukštuomenė, inteligentija), les noms propres (Lietuva, Kaunas, Klaipėda) et les noms désignant des matières (actas, auksas, betonas) (Jakaitienė ir kt. 1976: 38; DLKG 1997: 66); d’autres ajoutent le sous-groupe des noms de maladies (gripas, kokliušas, sloga) (Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 74), tandis que les noms de pays du monde et de vents sont mentionnés séparément (pietys, rytys, šiaurys) (LKŽin 1998: 100; Paulauskienė 1994: 150; 2004b: 300–301; 2006: 74). Adelė Valeckienė, remarquant que les noms singularia tantum comme les noms pluralia tantum ont souvent les mêmes sens, propose une classification générale qui englobe les deux catégories (Valeckienė 1998: 218–219).
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Page 4des choses indivisibles (non dénombrables), tandis que ceux qui désignent des choses divisibles (dénombrables) ne sont plus singuliers. Ainsi, la précision apportée dans les Conseils linguistiques semblerait inutile. À moins que cette précision n’ait un sens particulier que l’on n’ait tout simplement pas cherché à élucider ici, la norme formulée dans cet ouvrage peut se résumer ainsi: le pluriel des noms abstraits singuliers n’est pas admis dans la langue générale, sauf pour souligner l’abondance ou lorsque le sens du nom s’est concrétisé.
Certains manuels de culture linguistique ne mentionnent pas l’exception liée à la concrétisation du sens et indiquent que, dans les styles officiels, il ne faut employer au pluriel aucun nom singulier, y compris les noms abstraits. Ainsi, dans son ouvrage La culture linguistique pour tous, Jonas Šukys écrit: « Dans les styles officiels, le pluriel des noms singuliers ne doit pas être employé, surtout si les noms sont abstraits et désignent des choses indivisibles » (Šukys 2003: 105); quant à l’ouvrage d’Aldona Paulauskienė, La culture de la langue lituanienne, il précise que le pluriel des noms singuliers ne convient pas dans un style neutre (Paulauskienė 2004a: 152).
Dans la principale description des formes morphologiques du lituanien contemporain, la Grammaire du lituanien contemporain (DLKG), l’exception liée à la concrétisation du sens est prévue: « Parfois, les noms abstraits se concrétisent et en viennent à désigner non seulement des actions, des états et des qualités considérés de manière générale, mais aussi les manifestations concrètes de ces actions, états et qualités. Le nom abstrait singulier peut alors également s’employer au pluriel, cf.: džiaugsmas – džiaugsmai, rūpestis – rūpesčiai, skausmas – skausmai » (DLKG 1997: 62). Toutefois, les formulations de la DLKG montrent que le degré de concrétisation peut varier: le nom peut non seulement acquérir un nouveau sens, mais aussi prendre une nuance particulière (DLKG 1997: 66). Seul est explicitement admis le pluriel des noms « concrétisés », mais l’explication de la « concrétisation » laisse penser que cette expression pourrait également couvrir des changements de sens moins marqués. La DLKG ne précise pas clairement si le pluriel n’est admis que pour les mots qui ne s’écartent que faiblement de l’abstrait par leur degré de concrétude. Mais même si une telle précision était donnée, la norme resterait imprécise, car ni la DLKG ni les autres ouvrages normatifs ne fournissent de listes de noms abstraits et concrets, encore moins de noms ayant acquis tel ou tel degré de concrétude. Les dictionnaires ne signalent ni le caractère abstrait du sens ni les différents degrés de sa concrétisation. Dans ces conditions, c’est à l’usage qu’il revient entièrement de décider dans quelle mesure concrétiser un nom abstrait. Mais, même si
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Page 5Quelle que soit la quantité accordée, lorsque seules sont indiquées les limites extrêmes de la norme et de l’erreur, l’emploi au pluriel de noms qui ont acquis la moindre nuance de concrétude ne peut être considéré comme une infraction à la norme.
Il va sans dire qu’il n’est pas simple de définir le degré de concrétisation du sens. R. Miliūnaitė, qui a attiré l’attention sur cette question, considère l’opposition entre concrétude et abstraction comme l’une de celles qui empêchent de tracer une frontière plus nette entre les phénomènes linguistiques normatifs et non normatifs, et comme l’une des raisons de distinguer non seulement les cas à privilégier et à éviter dans la langue standard, mais aussi des cas intermédiaires (Miliūnaitė 2003a, b). Kalbos patarimuose, un système de cas intermédiaires est effectivement appliqué: outre les cas à privilégier et à éviter, on distingue aussi les cas déconseillés et les variantes secondaires de la norme. Cependant, dans l’évaluation du nombre des noms abstraits, seules les limites extrêmes sont tracées: le pluriel d’un nom abstrait purement singulier est considéré comme une faute, tandis que celui d’un nom dont le sens s’est concrétisé est conforme à la norme. Il semblerait donc que la possibilité de choisir des cas intermédiaires ne soit ni écartée ni reconnue.
Dans l’ouvrage normatif publié il y a près de trois décennies, Gramatikos normos ir dabartinė vartosena, un autre critère avait été avancé, en plus de celui de la concrétisation du sens: la mesure dans laquelle l’emploi au pluriel d’un nom est propre à la langue lituanienne (Paulauskienė, Tarvydaitė 1986). Ainsi, le caractère acceptable du terme pédagogique mokėjimai et de medžiagų2, qui se répandait alors dans le domaine du journalisme, a été mis en doute, car on y a vu des calques directs du russe; en revanche, on a commencé à approuver l’emploi de pajėgumams dans un sens concrétisé (Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 76–77). Dans les ouvrages ultérieurs de la coautrice de cette publication, pajėgumai, apimtys sont eux aussi qualifiés de calques (Paulauskienė 2004a: 152; 2004b: 304). Deux décennies après la parution de l’ouvrage, l’article de Ramunė Kasperavičienė constate déjà l’influence non seulement du russe, mais aussi de l’anglais (Kasperavičienė 2006: 217). C’est précisément sur cette influence que s’appuie la correction de l’abstrait pardavimai dans la Banque de consultations constituée par la Commission d’État de la langue lituanienne: cette forme serait apparue sous l’influence de l’anglais, plus précisément de l’anglais sales (voir http://www.vlkk.lt/lit/2331).
Les publications normatives lituaniennes ne prévoient pas d’autres raisons justifiant le pluriel de noms abstraits employés au singulier que la concrétisation du sens et des considérations stylistiques. Les descriptions morphologiques mentionnent incidemment un ou deux facteurs en traitant de noms singuliers appartenant à d’autres sous-groupes. Leur pluriel est décrit comme exprimant un état,
2 L’usage actuel laisserait penser que le terme medžiagos, qui, il y a deux décennies et demie, désignait de manière générique les articles, les brèves et les reportages, a au moins disparu de la langue publique.
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Page 6būdingą ne vienam kartui, rodanti būsenos tęstinumą (Paulauskienė 1989: 166; 2004b: 305). A. Paulauskienės Lietuvių kalbos kultūroje atskirai minimi du atvejai, kai daugiskaitos forma pavartota dėl šalia einančių žodžių, nurodančių daugiau nei vieną objektą: Jis išgelbėjo ne vieno žmogaus gyvybes; Iki rugpjūčio pradžios reikia baigti mokyklų remontus (Paulauskienė 2004a: 152). Tokia daugiskaita laikoma neteiktina, bet šie atvejai išsamiau nenagrinėjami. Tvirtai laikantis nuostatos, kad vienaskaitiniai abstraktieji daiktavardžiai skaičiais nekaitomi, kad jų daugiskaita yra ne kait ymo, o leksinės reikšmės skirtumo požymis, pabrėžiama visuose autorės vienos ar su bendraautorėmis rašytuose darbuose (Paulauskienė 1983, 1989, 1994, 2004a, 2004b, 2006; Jakaitienė ir kt. 1976; Paulauskienė, Tarvydaitė 1986), šie atvejai įvardijami kaip paprasčiausias neapdairumas rašant, praleidimas redaguojant tekstą; vis dėlto tenka pridurti, kad kartais ir gyvybes, ir remontus žmonės suskaičiuoja (Paulauskienė 2004a: 152).
Deux articles publiés ces dernières années sur les tendances d’emploi du nombre mentionnent d’autres facteurs susceptibles de favoriser le pluriel des noms abstraits. R. Kasperavičienė associe le pluriel de certains noms (džiaugsmai, verksmai) au besoin d’exprimer l’intensité, tandis qu’elle considère que celui d’autres noms (gripai, skausmai, lietūs, darganos, sniegai) marque la répétition (Kasperavičienė 2006: 218–219). Il est vrai que le besoin de souligner la répétition, en tant que facteur favorisant le pluriel, n’est pas examiné plus en détail; par ailleurs, le fait que seuls des exemples tirés de la littérature de fiction soient présentés laisse penser qu’un tel pluriel est considéré comme un procédé d’expression artistique. Dans l’article de Rasuolė Vladarskienė (2008), le besoin de souligner la répétition est directement associé aux noms abstraits, plus précisément aux noms en -imas (-ymas). Le caractère acceptable d’un tel pluriel est quelque peu mis en doute, mais l’emploi au pluriel de noms désignant une notion abstraite susceptible d’être divisée, de se présenter sous différentes formes ou d’être dénombrée n’est pas jugé impossible. Contrairement aux descriptions morphologiques mentionnées plus haut, cet article donne des exemples tirés non pas du style littéraire, mais du style administratif et professionnel. Dans l’ensemble, l’auteure montre que, dans le lituanien contemporain, le pluriel de noms auparavant considérés comme abstraits n’est plus un phénomène isolé: son emploi est qualifié de tendance (Vladarskienė 2008: 125).
C’est cette tendance actuelle que l’on tentera d’examiner ici, en s’appuyant sur l’usage dans le domaine économique. L’analyse se concentre sur les facteurs qui encouragent ou favorisent l’emploi au pluriel de noms considérés comme abstraits.
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Page 72. PARTICULARITÉS ET FACTEURS D’EMPLOI
2.1. Le pluriel des noms abstraits typiques
On considère généralement comme les noms abstraits les plus typiques les dérivés verbaux formés à l’aide du suffixe -imas. La DLKG reconnaît que ce suffixe, parmi les affixes servant à former des noms abstraits, est le plus productif et que ses dérivés s’emploient dans le sens très clair et pur de dénomination d’une action (DLKG 1997: 94)3. La productivité des suffixes -ymas, considérés comme une variante du même format de formation des noms abstraits, est reconnue comme plus limitée (DLKG 1997: 95). L’abondance des noms formés avec ces suffixes, du moins dans le langage administratif, avait été constatée il y a près de vingt ans (Oginskienė 1994). Elle était liée à l’influence des langues étrangères, mais la productivité du type de formation doit également être considérée comme une cause tout aussi importante de la diffusion de ces noms.
Toutefois, le fait qu’un mot comporte l’un des suffixes les plus typiques des noms abstraits ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’un nom abstrait. Certains dérivés en -imas (-ymas) se sont entièrement concrétisés, c’est-à-dire qu’ils ont subi des changements sémantiques4. Certains sont employés au sens d’événement, plus précisément de réunion ou de rassemblement. Dans les analyses économiques, les noms les plus fréquemment utilisés dans ce sens sont commémoration, consultation, réunion, rencontre, congrès, délibération, par exemple: Le Conseil des gouverneurs se réunit généralement deux fois par an, lors des réunions de printemps et des réunions annuelles du groupe du FMI et de la Banque mondiale rencontres (LBMA 2012 05: 68); Lors de ces rencontres, elle a également déterminé les questions à inscrire à l’ordre du jour des réunionsdu groupe de travail sur le dialogue social du SEBC (MA 2011: 206); En outre, des consultationsont été organisées entre les experts de la BCE et les membres du Parlement européen au sujet de diverses questions relevant de la compétence de la BCE (MA 2008: 184).
Les dérivés en -imas (-ymas) entièrement concrétisés, désignant un texte écrit, ne sont pas non plus étrangers à l’usage étudié. Il s’agit principalement de noms de documents: įsakymas, įstatymas, nurodymas, nutarimas, pažymėjimas, pranešimas, sprendimas, etc. Pour indiquer qu’il y a plus d’un document, on emploie la forme du pluriel, par exemple: Des lois sont nécessaires įstatymai afin que le système danois de garantie des dépôts respecte l’interdiction du financement monétaire (MA 2011: 118); Le Conseil des gouverneurs a notamment attiré l’attention sur
3Compte tenu de la productivité de ce type de formation et de la proximité des noms d’action (nomina actionis) avec la forme verbale, il est même proposé de réserver à ces dérivés une place particulière dans la description grammaticale (Pakerys 2006).
4Zofija Babickienė (2012) examine en détail les changements sémantiques réguliers des noms abstraits verbaux et leurs modèles.
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Page 8certaines déclarations de gouvernements pareiškimus concernant les mesures et les réformes dans les domaines des politiques budgétaire et structurelle (MA 2012: 15). Ces noms se déclinent en nombre comme les autres noms de sens concret. Ainsi, leur pluriel résulte de la flexion en nombre et constitue en même temps une incitation importante à la diffusion du pluriel d’autres dérivés en -imas (-ymas).
Dans le langage économique, on emploie également au pluriel les noms en -imas (-ymas) que l’on peut décrire globalement comme ayant le sens de résultat ou d’objet de l’action. Dans la phrase Le système bancaire de chaque pays pouvait compenser la valeur des paiements envoyés, liée aux importations nettes de biens et de services ou aux entrées de fonds provenant de l’acquisition d’actifs dans un autre pays de la zone euro (MA 2012: 35), le nom mokėjimai s’emploie au sens d’objet de l’action, tandis que le nom pervedimai, utilisé dans la phrase Les transferts de l’UE au premier trimestre 2012 étaient plus élevés qu’au trimestre précédent (LEA 2012 08: 12), devrait plutôt être associé au résultat de l’action5. Quel que soit le sens dans lequel ces noms sont employés, ils sont beaucoup plus concrets que les noms abstraits purs, qui désignent une action. Ainsi, mokėjimai correspondraient, selon leur degré de concrétude, aux dérivés préfixés ou suffixés mokesčiai, įmokos, o pervedimai, au dérivé perlaidos, ou à des formes analogues. La description de la formation des noms présentée dans la DLKG montre qu’en lituanien, il est effectivement plus courant de désigner le résultat ou l’objet d’une action non par des dérivés en -imas (-ymas), mais par des mots formés avec d’autres suffixes ou par dérivation de terminaison (DLKG 1997: 125–128).
Il est proposé de spécialiser les significations des types de formation des mots, c’est-à-dire de n’employer les dérivés en -imas (-ymas) qu’au sens de dénomination d’une action, et de désigner le résultat d’une action (ainsi que le système de certaines actions ou un domaine d’activité) non par des noms verbaux exprimant une action au sens propre, mais par des dérivés formés avec d’autres suffixes (ou par préfixation ou par dérivation de terminaison) (Oginskienė 1994: 56). Malheureusement, dans l’usage étudié, il n’est pas toujours possible de suivre cette recommandation, car les dérivés formés avec d’autres suffixes ou préfixes sont généralement « déjà pris », c’est-à-dire employés dans le même domaine comme termes ayant d’autres sens, tandis qu’il importe de préserver le lien avec le verbe de base désignant l’action. Dans le langage économique, les dérivés įmoka, mokestis, apparentés par leur racine au nom mokėjimas, ont acquis d’autres sens; c’est probablement pourquoi mokėjimai s’est répandu au sens de sommes versées.
5En distinguant les modèles sémantiques des noms abstraits verbaux, Z. Babickienė souligne qu’en linguistique lituanienne, il est courant de classer parmi les noms désignant le résultat de l’action les noms abstraits verbaux que l’on pourrait appeler des dénominations de l’objet de l’action; elle distingue en outre un modèle sémantique distinct, nomina objectum (Babickienė 2012: 20).
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Page 9Les mots ayant une racine commune avec les noms règlements, engagements, virements ne sont pas employés dans la langue de l’économie; il serait donc possible de former des dérivés, mais le verbe de base est lui-même un dérivé, si bien qu’il n’est pas facile, voire pas du tout possible, d’en former d’autres dérivés. Cela constitue sans doute également un facteur qui favorise la diffusion de noms dotés d’un suffixe caractéristique des noms abstraits, au sens d’objet ou de résultat d’une action. Bien entendu, on ne pourrait qualifier ces noms d’abstraits que par convention, puisqu’ils se sont concrétisés. Leur sens diffère de celui des abstraits purs, et c’est précisément l’emploi du nom au pluriel qui marque cette différence de sens. Dans ces cas, le pluriel ne relève pas de la flexion en nombre des noms, mais résulte d’une différenciation sémantique.
Dans l’usage, nombre de noms de ce groupe ont acquis le statut de termes. De tels termes, le plus souvent comme éléments constitutifs d’autres termes, ont également été intégrés dans des dictionnaires de terminologie économique. Ainsi, dans l’un des ouvrages les plus récents de ce type, le Dictionnaire explicatif d’économie anglais-lituanien (AETŽ)6 de D. W. Pearce, on trouve balance des paiements (AETŽ 2006: 205–207), système international de paiements (AETŽ 2006: 154), problème des virements (AETŽ 2006: 628), marché des règlements immédiats (AETŽ 2006: 588), contrat à terme, marché des contrats à terme (AETŽ 2006: 251), engagements (AETŽ 2006: 362), engagements courants (AETŽ 2006: 148), embauches (AETŽ 2006: 195), restrictions à l’importation (AETŽ 2006: 290), retards rationnels (AETŽ 2006: 532), etc. Ce dictionnaire emploie encore davantage de termes au pluriel dans l’explication des notions. On en trouve aussi dans la Banque de terminologie de la République de Lituanie, gérée par la Commission nationale de la langue lituanienne: risque de règlement; compte de règlement; intermédiaire de règlement; virements courants; fluctuations économiques; engagements envers l’investisseur; balance des paiements; utilisation du système de budget, de comptabilité et de paiements de l’État; engagements à court terme; système de budget, de comptabilité et de paiements de l’État; engagements d’un secteur d’activité, etc. (LRTB 2012).
L’usage réel confirme que les noms en -imas (–ymas) au pluriel ne figurent pas uniquement dans les dictionnaires de terminologie. Virements,
6 L’économie est un domaine dont la terminologie a connu l’un des bouleversements les plus importants. Pendant 50 ans, la Lituanie n’a pas connu l’économie de marché libre ni sa terminologie. Après le rétablissement de l’indépendance, les termes anglais ont commencé à affluer. Pour faire face à cet afflux, on a tenté de traduire des dictionnaires terminologiques anglais, mais, faute de tradition d’usage des termes, les équivalents lituaniens les plus précis du point de vue du domaine et les plus corrects sur le plan linguistique n’ont pas toujours été retenus. Ce dictionnaire traduit se distingue par le fait que la plupart des termes qui y figurent ont été vérifiés dans l’usage et évalués par des spécialistes de la langue; le département de terminologie de l’Institut de la langue lituanienne a contribué à sa préparation.
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Page 10virements courants, transferts de capitaux, transferts des migrants figurent sans doute parmi les principales notions de la balance des paiements de la République de Lituanie — rapport statistique qui récapitule toutes les opérations extérieures auxquelles l’État participe au cours d’une période donnée —, et le titre de ce rapport montre que paiements a également le statut de terme. Puisque les opérations de l’État sont indissociables d’autres processus économiques, ces termes constituent aussi des notions essentielles de toute analyse économique. Ils sont employés avec des degrés de concrétisation variables, par exemple: Les virements courants se composent essentiellement de flux non liés aux investissements provenant des paiements des fonds de l’UE et des transferts des émigrés; ils améliorent donc sensiblement le solde du compte courant (LEA 2011 11: 10); La hausse des dépenses a été due principalement à la croissance d’un tiers en un an des virements courants et transferts de capitaux, des paiements d’intérêts en hausse de 10%, ainsi que de l’augmentation de près de 2% des indemnités versées aux salariés (Pranešimas 2012 05: 20).
Presque aucune analyse économique ne peut non plus se passer des règlements, engagements, ventes, fluctuations, par exemple: En appliquant le mécanisme PvP, le système CLS élimine pratiquement le principal risque lié aux règlements des opérations de change (MA 2011: 149); Le retrait de la licence de la banque AB SNORAS peut également ralentir la croissance du crédit en Lituanie, car les engagements de prêt de cette banque représentaient 3 à 4% de l’ensemble des engagements de prêt du système bancaire entre 2007 et 2011 (Pranešimas 2011 12: 16); Avec la hausse des commandes et des ventes sur les marchés intérieurs comme étrangers, le taux d’utilisation des capacités de production disponibles demeure élevé (LEA 2012 08: 21). L’établissement de certains termes issus de formes formelles et leur consécration dans les dictionnaires encouragent naturellement la création d’autres termes de ce type.
Dans ces conditions, il est facile de comprendre pourquoi la correction du nom ventes est si inefficace (voir Paulauskienė, Tarvydaitė 1986: 75; KP1 2002: 20; Šukys 2003: 105; Kasperavičienė 2006: 218). En appliquant le principe d’analogie, l’usage ne fait qu’aligner ce nom sur le système général, d’autant que la loi de la République de Lituanie sur les marchés publics consacre comme terme le nom de sens antonymique achats7 et qu’il existe également un Office des marchés publics. Le terme marchés publics figure dans le Dictionnaire des termes économiques de Rūta Vainienė (Vainienė 2005: 287). Quant à l’AETŽ précité, il inclut également ventes comme élément constitutif des termes taxe sur les ventes, hypothèse de maximisation des ventes (AETŽ 2006: 557). À partir des éléments présentés dans ce dictionnaire
7 En 1999, on a tenté de modifier le titre de cette loi en « Loi de la République de Lituanie sur les marchés publics », mais les versions ultérieures sont revenues au pluriel achats.
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Page 11L’explication de la notion de ratio entre publicité et ventes (« rapport entre les dépenses publicitaires de l’entreprise et le chiffre d’affaires brut des ventes ») montre que le nom ventes est utilisé au sens de « recettes de vente » (AETŽ 2006: 24). Dans l’usage, la plupart des autres noms au suffixe -imas (-ymas) qui se sont implantés au pluriel sont également associés à une certaine somme d’argent (transférée, versée ou autre), par exemple: En 2010, la BCE a reçu au nom de l’UE quatre paiements et a transféré ces sommes aux pays emprunteurs (MA 2011: 122); Des impôts plus élevés et des transferts plus faibles du secteur public réduisentle revenu disponible des ménages et des entreprises (MA 2011: 74). Ainsi, tant par son sens que par sa fonction, le nom ventes s’intègre à un groupe terminologique cohérent.
Tiesa, taisant jį pateikiami pavyzdžiai (Firma siūlo darbą programinės įrangos pardavimų (=pardavimo) vadybininkui (KP1 2002: 20); Viena didžiausių plastikinių langų gamintojų siūlo darbą Vilniuje pardavimų (=pardavimo) vadybininkui (Kasperavičienė 2006: 218) rodytų, kad linkstama taisyti gryno veiksmo pavadinimo reikšme vartojamą daiktavardį. Vis dėlto pateiktuose pavyzdžiuose daugiskaita greičiau sietina ne tiek su veiksmo pavadinimu, kiek su jo kartotinumu. Toks daiktavardžio daugiskaitos dvireikšmiškumas taip pat atitinka kitų priesagos -imas (-ymas) daiktavardžių vartojimo ekonomikos kalboje polinkius. Juk pervedimai, atsiskaitymai, mo-kėjimai irgi ne visada siejami tik su lėšų suma. Neretai jie nurodo kartojamą veiksmą, tiksliau – operaciją, arba kelis vienodus veiksmus, pvz.: T2S leis vykdyti tiek vietinius, tiek tarptautinius atsiskaitymus eurais (LBMA 2008: 74); Eurosistema taiko aiškiai apibrėžtas priežiūros politikos nuostatas visoms didelės vertės mokėjimo sistemoms, kurios vykdo atsiskaitymus eurais (MA 2010: 142); Joje ir toliau buvo įvykdoma daug mokėjimų eurais (MA 2011: 102); Antra, De Nederlandsche Bank atliko išankstinius mokėjimus, susijusius su Danijos indėlių draudimo sistema (MA 2011: 118).
Dans l’usage, on observe des tentatives de différencier des sens lexicaux distincts en employant différentes combinaisons de mots: La plupartdes paiements (189,5 mille) ont été effectués, et le montant le plus élevé des paiements (1,5 milliard de litas) a été transféré le 30 décembre (LBMA 2011: 69); en 2009, 217,2 millions d’opérations de paiement sans espèces ont été effectuées, dont 210,9 millions d’opérations nationales (97%) et 6,3 millions de paiements internationaux (3%). La valeur de ces opérations de paiement s’élevait à 1 456 milliards de litas, dont la valeur des paiements nationaux était de 1 320 milliards de litas (91%), les paiements internationaux représentant 136 milliards de litas (9%). Sur un an, par rapport à 2008, le nombre total d’opérations de paiement sans espèces a augmenté de 3,5%, dont 3,5% pour les paiements nationaux et 5,8% pour les paiements internationaux. Le nombre total d’opérations de paiement sans espèces
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Page 12valeur a diminué de 22,2%, dont celle des paiements nationaux, de 20,3%, et celle des paiements internationaux, de 36,4% (LBMA 2012: 69). Toutefois, les constructions plus longues ne sont pas commodes dans une langue qui privilégie l’économie, et l’analyse détaillée d’un phénomène économique exigerait de les répéter souvent; le texte manquerait alors aussi d’élégance. Cela explique sans doute également pourquoi on tend de plus en plus à employer un seul nom pour l’un et l’autre sens. D’autre part, il n’est souvent pas nécessaire de marquer la différence de sens, puisque le contexte la signale.
Les autres noms abstraits les plus typiques, ceux suffixés en -umas, apparaissent moins souvent dans les aperçus économiques, mais leur emploi révèle lui aussi des régularités similaires. À propos de la norme codifiée, il a été indiqué que le nom capacités, employé au pluriel, avait reçu des évaluations divergentes au regard de la norme linguistique, mais qu’il figure dans le Dictionnaire de la langue lituanienne (LKŽ). Comme élément de termes tels que modèle de capacités, utilisation des capacités (AETŽ 2006: 83), capacités excédentaires, théorie des capacités excédentaires (AETŽ 2006: 211), ce terme a également été intégré à l’AETŽ, ce qui ouvre déjà la voie à l’emploi d’autres termes comportant ce suffixe. Le terme capacités de production est assez répandu dans les aperçus économiques, par exemple: Cette branche industrielle prévoit de poursuivre son développement et dispose de capacités de production inutilisées, qui lui permettront d’accroître rapidement sa production (LEA 2011 11: 8); Depuis quelque temps, l’augmentation du taux d’utilisation des capacités de production témoigne des besoins d’investissement dans le secteur privé. Du deuxième trimestre 2009 au premier trimestre 2011, l’utilisation des capacités de production des entreprises industrielles est passée de 60 à 69% (FSA 2011: 7).
Le terme est également en passe de s’imposer pour déséquilibres, par exemple: La crise de la dette de la zone euro est une conséquence des déséquilibres économiques et financiers qui se sont accumulés pendant longtemps dans la zone euro et l’économie mondiale (FSA 2012: 18); L’économie estonienne a donc été considérablement ajustée, ce qui a contribué à résorber certains déséquilibres extérieurs et intérieurs, qui s’étaient formés durant les années de forte croissance (MA 2011: 126). Dans ces exemples, l’emploi du pluriel pourrait peut-être être considéré comme influencé par le contexte. Dans d’autres cas, cependant, le contexte n’exerce pas une telle influence, et le nom déséquilibres est néanmoins employé, par exemple: Les documents de la BCE qui analysent l’économie des pays hors de la zone euro ne contiennent pas de recommandations concrètes à l’intention des États membres concernant les déséquilibres macroéconomiques en matière de prévention et de surveillance (LBMA 2012: 67).
En anglais, le nom imbalances varie en nombre, mais on peut se demander si c’est là le principal facteur qui détermine la forme de son équivalent lituanien. L’anglais n’est sans doute qu’un encouragement à créer un équivalent lituanien, tandis que la forme de ce dernier
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Page 13s’explique par des tendances internes à la langue: l’application du principe d’analogie, la tendance des abstraits à se concrétiser lorsqu’ils prennent la forme du pluriel, la possibilité de marquer une différence de sens lexical au moyen de cette forme, etc. Le fait que l’anglais n’ait probablement pas d’incidence sur la forme du nombre de l’équivalent lituanien semble également ressortir de l’emploi du nom apparenté disbalansas: en anglais, disbalance varie en nombre (cf. disbalances), tandis que son équivalent lituanien ne s’emploie pas au pluriel, du moins dans les analyses économiques.
Dans d’autres cas, le nom en -umas est établi comme terme (et figure dans les dictionnaires) à la forme du singulier, mais il s’emploie également au pluriel, par exemple: -umas En 2011, l’écart entre les taux d’intérêt à long terme en litas et en euros, exprimé par l’écart entre les rendements des titres d’État lituaniens et allemands pajamingumų, s’est accentué au second semestre avec l’aggravation de la crise de la dette de certains pays de la zone euro. L’écart entre les rendements des titres d’État lituaniens et allemands arrivant à échéance en 2016, pajamingumų, avait augmenté de 211 points de base au cours de 2011, pour atteindre 4,67% (MA 2011: 34). Dans ce cas, le pluriel pourrait être considéré comme une forme induite par le contexte, mais des facteurs plus réguliers le sous-tendent également. Les tendances à l’emploi du nombre dans d’autres groupes de noms les mettent davantage en évidence.
2.2. Le pluriel, résultat de la concrétisation du sens
L’un des noms à sens abstrait dont le pluriel est corrigé le plus souvent est apimtis (Šukys 2003: 105; Paulauskienė 2004a: 152; 2004b: 304; Kasperavičienė 2006: 218). Toutefois, seules les définitions indiquées dans les dictionnaires lituaniens permettraient de le considérer comme un nom à sens abstrait: 1) dimension, étendue; 2) ampleur, envergure (LKŽ 2012; DLKŽ 2012). Dans un domaine d’usage spécialisé, ce nom est fortement concrétisé. D’autre part, les dictionnaires prévoient aussi cette possibilité de concrétisation: parmi les sens du mot apimtis, ils indiquent « dimension », tandis que l’un des sens du nom ydis est « ce qui peut être mesuré ou compté » (LKŽ 2012; DLKŽ 2012)8. Dans la langue économique, le sens du mot apimtis est souvent plus concret. Par exemple, dans la phrase Cela a compensé les volumes positifs, mais en baisse, des émissions de titres de dette et d’actionsskolos vertybinių popierių ir akcijų išleidimo apimtys (MA 2012: 47), il n’est pas question de
8 En ce qui concerne les noms désignant certaines mesures, il convient de noter que les nombres qui leur sont associés, bien qu’ils concrétisent leur sens, ne les rendent pas nécessairement dénombrables (c’est-à-dire variables en nombre); cf. on ne dit pas: leurs poids diffèrent d’un demi-kilogramme. Le pluriel de tels noms ne pourrait se justifier qu’en démontrant qu’il se lexicalise, c’est-à-dire qu’il acquiert un sens lexical particulier, ou que le nom est devenu dénombrable (cf. une dimension, deux dimensions). – Note de la rédaction.
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Page 14en général au sujet du volume, mais de deux grandeurs différentes – le volume d’émission des titres et le volume d’émission des actions; le singulier désignerait l’émission totale de titres et d’actions ou le volume total de cette émission et serait donc imprécis. Or, la précision est une caractéristique propre aux textes de style officiel et spécialisé. Toutefois, dans l’usage examiné, le sens du nom volume est précisé plus encore par le fait que ce mot est généralement associé à un nombre, par exemple: Au premier semestre, le volume de liquidités fourni au titre des opérations principales de refinancement à long terme (ITRO), des ITRO supplémentaires et des opérations de refinancement à échéance spéciale dont l’échéance n’était pas arrivée à terme a diminué régulièrement – de 617 milliards d’euros à 309 milliards d’euros (MA 2010: 98); L’activité économique mondiale et le volume de la production ont fortement diminuévolume a chuté de 1,2% (au quatrième trimestre 2008) et de 1,4% (au premier trimestre 2009) (MA 2010: 98). Ce lien indirect apparaît également dans l’exemple cité: l’adjectif positif employé dans le discours économique indique généralement un nombre supérieur à zéro, portant le signe plus. Dans la phrase Les banques ont accordé 1,4 milliard de litas de nouveaux prêts et réduit les provisions de 0,2 milliard de litas, mais le volume des prêts remboursés volume était plus important, de sorte que la croissance globale du portefeuille de prêts est restée négative (Rapport 2011 05: 50), l’adjectif plus important indique un tel lien indirect avec l’indicateur.
Dans le discours économique, de nombreux noms semblables désignant des indicateurs pour certaines années sont également associés à des chiffres précis, par exemple grandeur, quantité, niveau, taux de change, taux, valeur, rythme: le taux de change effectif réel de l’eurotaux de change, calculé à l’aide de l’IPC, était en moyenne légèrement inférieur en 2011 à celui de l’année précédente (MA 2012: 25); Le taux de chômage niveau était de 14,8 pour cent (au deuxième trimestre: 15,6%), et il a été inférieur à celui de l’année précédente pour le troisième trimestre consécutif (Rapport 2011 12: 11); au premier semestre 2009, le rythme annuel de hausse des prix des biens immobiliers résidentielsrythme dans l’ensemble de la zone euro est tombé à environ 2,4% (au premier semestre 2008, il était de 2,8%, puis, au second semestre, de 0,8%) (MA 2012: 61). Dans le discours économique, ces noms se concrétisent à tel point qu’ils prennent une forme plurielle, comme d’autres noms au sens concret, par exemple: Compte tenu de ces infractions et des dysfonctionnements constatés, le conseil d’administration de la Banque de Lituanie a appliqué diverses mesures coercitives à la banque AB SNO-RAS et lui imposait des niveaux de ratios prudentiels limitant les activités de la banque et exigeait une réduction des risques liés à ses activités (LBMA 2012: 40); Les taux de change effectifs réels de l’eurotaux de change, calculés à partir de divers indicateurs de coûts et de prix, ont augmenté au premier semestre 2011, puis sont retombés aux niveaux qui prévalaient à la fin de 2010; les taux d’intérêt des banques centrales nationales de ces deux paystaux d’intérêt étaient, en février 2010, les plus élevés de l’UE, à savoir 5,75 et 7% (MA 2010: 93); Les données trimestrielles sur les importations de biens et de services
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Page 15pondérer en fonction des valeurs des exportations lituaniennes présentées dans la base de données « ComExt » d’Eurostatvaleurs (LEA 2012 05: 15); les différences entre les taux de croissance des diverses composantes de P3taux s’expliquent par les faibles taux d’intérêt et par les écarts de plus en plus réduits entre les intérêts versés sur les différents actifs monétaires (MA 2010: 32).
Dans le langage économique, la tendance marquée à associer de tels noms à des chiffres précis constitue l’un des principaux facteurs de la concrétisation de leur sens et, par conséquent, de leur emploi au pluriel. Cette tendance est également favorisée par la concrétisation du sens qui découle, dans les domaines spécialisés de la langue, du classement des phénomènes, processus et objets, ainsi que de la désignation des catégories distinguées au moyen de termes distincts. D’où des phrases telles que Le chômage recule, les taux de chômage de longue durée et des jeunes, qui avaient fortement augmenté pendant la récession, diminuenttaux de chômage de longue durée et des jeunes (LEA 2011 11: 3); Les banques ont commencé à accorder davantage de crédits; la chute rapide, observée les années précédentes, des actifs bancaires et des volumes de prêts a ralenti (LBMA 2011: 8). Dans ces exemples, il importe de distinguer deux catégories de taux de chômage — le taux de chômage de longue durée et celui des jeunes — et deux volumes — le volume des actifs bancaires et celui des prêts. L’emploi de ces termes distincts n’est ni économique ni élégant, tandis que le singulier serait ambigu; on choisit donc le pluriel de taux, volumes. En outre, ces régularités influent sur le nombre d’autres noms caractéristiques du langage économique (et pas seulement de celui-ci), par exemple: Les problèmes de cette région ne sont pas homogènes: il ne s’agit pas seulement du niveau élevé d’endettement des secteurs public et privé,secteursmais aussi des crises du secteur bancaire, de la croissance économique et de la politiquecrises (LEA 2012 08: 5); les investissements n’ont augmenté que grâce aux dépenses des secteurs public et privésecteursdans la construction non résidentielle (Pranešimas 2011 12: 10); Lors des sommets des dirigeants de la zone euro, des propositions sont examinées concernant des unions bancaire, budgétaire et politiqueunions (LEA 2012: 08). L’analyse d’un autre groupe de noms devrait mettre davantage en évidence les particularités de l’emploi du nombre liées à la classification et au classement.
2.3. Classement et dénombrement
Les mots d’origine étrangère employés en lituanien incitent à rechercher des facteurs susceptibles d’expliquer l’emploi du pluriel, inhabituel pour les noms abstraits, tels que l’influence des langues étrangères. Ces mots étant également utilisés dans d’autres langues, ils ont pu y acquérir des tendances à la variation en nombre propres à ces langues; toutefois, il est douteux que ce soit là le seul facteur, ou le facteur principal, qui favorise leur emploi au pluriel en lituanien.
Dans l’usage étudié, le nom international risque est très répandu. En anglais, langue dominante des sciences économiques et où la théorie économique est principalement élaborée, ce mot —
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Page 16Alors que la théorie économique est principalement développée, ce mot varie en nombre (cf. risk, risks), mais l’emploi du pluriel du nom rizikos inciterait à supposer que l’impulsion première vient non pas des tendances de l’anglais, mais de la classification des processus, des caractéristiques et d’autres notions abstraites. Cette classification est particulièrement caractéristique des textes d’analyse économique, d’où elle passe aussi dans les panoramas économiques. Par exemple, le risque lié aux activités bancaires est généralement réparti entre le risque de liquidité, le risque opérationnel, le risque de crédit et d’autres types de risque. Pour résumer en un seul mot toutes ses catégories ou plusieurs d’entre elles, on emploie aussi la forme plurielle, par exemple: En investissant les réserves de change, la Banque de Lituanie est confrontée à plusieurs types de risques: le risque de crédit, le risque de change et le risque de taux d’intérêt. Pour appliquer le principe de sécurité imposé aux réserves de change, elle fixe des normes et des limites afin de gérer tous ces risques (LBMA 2012: 35); Le Conseil des gouverneurs a décidé de constituer des provisions pour les risques de change, de taux d’intérêt et de prix de l’or (MA 2011: 210).
En lituanien, seul le pluriel généralisant des noms de matières est considéré comme normatif. Certes, dans les Recommandations linguistiques, où s’applique un système de degrés d’évaluation des phénomènes linguistiques, il est considéré non pas comme la variante normative principale, mais comme une variante secondaire — les variantes principales étant vin varié, vins de différentes sortes, thé de toutes sortes, yaourt (KP1 2002: 21). Pour un autre sous-groupe de noms singuliers — les noms abstraits —, le pluriel généralisant n’est pas directement admis, mais il est prévu à titre d’exception lorsque le sens se précise comme indiqué précédemment. Les exemples donnés pour illustrer ce cas sont: Une personne peut être accablée de toutes sortes de peurs. Les menaces qui pèsent sur une région peuvent être réparties en plusieurs groupes (KP1 2002: 20). Cet emploi du pluriel est très répandu, par exemple: Cela montre que les principales menaces pesant sur les marchés financiers ont été identifiées pour la Lituanie en raison de l’impact potentiel de facteurs extérieurs (LBMA 2012: 33); Les perspectives limitées de croissance économique et les principales menaces pour la stabilité du secteur financier du pays et de l’ensemble de l’économie sont liées aux menacesassociées aux problèmes de finances publiques dans les pays périphériques de la zone euro et aux éventuelles conséquences négatives pour les principaux partenaires commerciaux de la Lituanie (MA 2010: 26). D’un autre côté, on emploie parfois aussi des variantes au singulier, considérées comme la variante normative principale dans les Recommandations linguistiques, par exemple: Conformément au principe de sécurité, la Banque de Lituanie limite et gère activement les risques financiers de toutes sortesauxquels elle est confrontée en investissant les réserves de change (MA 2010: 40); Il importe que les banques continuent d’accroître leurs réserves de capital et évaluent de manière prudente les risques de différentes sorteset constituent les provisions nécessaires (FSA 2012: 3). Cependant, il n’est pas toujours possible de traduire ces variantes vers-
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Page 17tis. Par exemple, dans la phrase Lors de l’inspection, une attention particulière a été portée à la manière dont était géré le risque de certains types, une très grande attention a été accordée à la gestion des risques de crédit et de liquidité ainsi qu’à la qualité de la gouvernance interne (LBMA 2011: 41). Lors de la première occurrence du nom risque, la variante normative au singulier peut être employée, tandis que lors de la seconde, seul le pluriel est possible. À l’emploi du singulier, le risque de crédit et le risque de liquidité ne seraient pas distingués comme deux types de risques. Le facteur de précision est également renforcé par les exigences de style et d’économie linguistique: répéter le mot risque serait à la fois peu économique et peu élégant, et, en décrivant en détail les types de risques, il faudrait le répéter de nombreuses fois.
Le mot lituanien activité, plus précisément — activité économique — présente lui aussi des tendances d’emploi très similaires. Après la publication de la Classification des activités économiques — un ensemble systématisé des types d’activités sociales et économiques existant dans l’économie nationale, dont l’unité de classification est le type d’activité (par exemple, l’agriculture, la sylviculture et la pêche, les industries extractives, l’industrie manufacturière, la construction, le transport et l’entreposage, les activités d’hébergement et de restauration, etc.) —, l’analyse de l’économie nationale par secteurs, caractéristique des textes de la période précédente, a commencé à disparaître des revues économiques, et le champ d’emploi du mot secteur s’est également restreint. Toutefois, l’expression activité économique, qui l’a remplacé, semble avoir également repris le sens du nom plus concret secteur, désignant un domaine ou un lieu, par exemple: La hausse des salaires dans le secteur privé a été principalement portée par la progression des salaires dans le secteur des services — surtout dans le commerce, l’information et la communication, ainsi que le transport et l’entreposage. Il a également augmenté tout au long de l’année dans d’autres activités économiques du secteur privé — l’industrie, la construction et l’agriculture (LBMA 2011: 20).
Certains cas montrent que les mots activité (économique) et secteur sont effectivement employés comme synonymes, par exemple: Le nombre de personnes en emploi augmente dans le secteur privé, notamment dans l’industrie manufacturière et le commerce de gros et de détail, mais il existe des activités où le nombre de personnes en emploi diminue, par exemple dans les activités financières et d’assurance, l’éducation et la santé (LEA 2012 05: 3); La hausse des salaires dans le secteur privé a été particulièrement influencée par l’augmentation des rémunérations dans le secteur des services ,notamment dans le commerce, le transport et l’entreposage, ainsi que l’information et la communication. Les salaires ont également augmenté dans d’autres activités du secteur privé — l’industrie, la construction et l’agriculture. Plus de la moitié de la croissance des salaires dans le secteur privé a été due à l’augmentation des rémunérations irrégulières (LEA 2012 05: 10).
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Page 18Ainsi, dans de telles circonstances, le sens du mot activité employé s’est considérablement spécifié, et son pluriel résulterait de la flexion en nombre d’un nom dont le sens s’est ainsi précisé. Toutefois, un autre facteur l’encourage également. Lorsqu’on analyse l’économie selon les types d’activité économique, comme lorsqu’on examine le secteur financier selon les types de risques auxquels il est exposé, une formulation récapitulative devient nécessaire, et l’on recourt le plus souvent au pluriel du mot activité, par exemple: Le recul des exportations lituaniennes a d’abord touché directement les activités économiques davantage tournées vers le commerce extérieur, à savoir l’industrie, l’exploitation minière, le commerce, les transports et l’agriculture (FSA 2012: 26); la plus grande part du portefeuille de prêts des banques aux entreprises non financières était constituée de prêts accordés aux activités de production, de commerce, de transport, de construction et d’immobilier (LBMA 2012: 24); parmi les principales activités de l’industrie manufacturière, seule l’industrie alimentaire, l’une des activités les plus dépendantes de la demande intérieure, a généré une valeur ajoutée inférieure à celle de 2009 (LBMA 2011: 14). Dans les conseils linguistiques, la variante conforme à la norme est considérée comme préférable: les formulations avec les adjectifs divers, quelconque ne conviennent pas aux textes officiels et spécialisés, faute de précision suffisante, tandis que le syntagme activité économique de diverses catégories ne respecterait pas le principe d’économie. Les économistes y sont particulièrement attentifs.
L’emploi du mot international économie au pluriel ne peut lui aussi être associé à l’anglais qu’à première vue, langue dans laquelle le nom economy varie en nombre (cf. economies)9. Dans les textes lituaniens, le pluriel est le plus souvent employé pour désigner une économie d’un certain type. Il est vrai que la nécessité de la désigner est souvent suscitée par un terme venu de l’anglais. Pour traduire developed economy, la formule économie développée s’est répandue; le syntagme small open economy, qui tend à être employé comme terme, a été traduit par petite économie ouverte (ou petite et ouverte économie; petite économie ouverte). L’équivalent lituanien du terme emerging economy n’est pas encore établi; on trouve dans l’usage différentes variantes: économie émergente, économie de marché émergente, économie en formation, économie de marché en formation, etc. Ces expressions peuvent décrire l’économie d’un pays donné, mais elles désignent plus souvent des notions englobant l’économie de plusieurs pays, par exemple: Afin d’améliorer l’efficacité de la surveillance, le FMI a élaboré pour la première fois en 2011 une analyse de l’impact systémique des cinq plus grandes économies du monde (la zone euro, les États-Unis, le Royaume-Uni, la Chine et le Japon) sur les autres pays, ainsi qu’un rapport consolidé de surveillance multilatérale
9 Le sens de « science économique » est exprimé en anglais par le nom pluriel economics.
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Page 19skaitas (LBMA 2012: 68); Vis dėlto šias mažas ir atviras ekonomikas stipriai veikia tarptautinė aplinka (LEA 2012 08); Sistemiškai svarbių ir didelių pasaulio ekonomikų, tokių kaip ES, Kinijos ar JAV, vidaus paklausos pokyčiai tiesioginiais ir netiesioginiais kanalais lemia Lietuvos eksporto paklausos kaitą (FSA 2012: 26); Išsivysčiusių ekonomikų augimas ir toliau buvo gana nedidelis. Kartu pasauliniam atsigavimui darė įtaką besiformuojančios ekonomi-kos, ypač Azijos, jos net kėlė susirūpinimą dėl perkaitimą galinčio lemti spaudimo kai kuriose šalyse (MA 2011: 23); Pagal pasaulinio augimo tendencijas toliau skyrėsi ne tik išsivysčiusios ir besiformuojančios ekonomikos, bet ir viena išsivysčiusi ekonomika nuo kitos (MA 2011: 20).
Le nom de sens plus concret ūkis (ūkiai), qui pourrait traduire l’anglais economy (economies), n’est pas employé dans ces syntagmes ayant valeur de terme, et ce à juste titre. L’emploi de ces syntagmes dans les textes anglais montre qu’ils désignent non pas les économies de pays particuliers, mais l’économie en tant que système caractérisé par certaines particularités structurelles. Ce sens du mot économie est également donné dans les dictionnaires de mots internationaux (TŽŽ 2003: 192; Vaitkevičiūtė 2007: 278). Il peut y avoir plusieurs systèmes et, pour désigner un groupe de ceux-ci, on emploierait le pluriel systèmes. Par conséquent, un groupe d’économies peut lui aussi être désigné par économies, et les systèmes classés selon tel ou tel critère peuvent être nommés par des termes désignant des types particuliers (économies en développement, économies émergentes, etc.).
Į tai, kad iš panašių paskatų kylanti daugiskaita nebėra pavieniai vartosenos atvejai, dėmesį yra atkreipusi ir R. Vladarskienė (2008: 126). Ji konstatavo tokį pokytį: anksčiau būdavo pažymima, jog kalbama apie tam tikras rūšis ar sritis, o dabar abstraktaus daiktavardžio daugiskaita jau net pavartojama šalia žodžio rūšys, pvz.: Konkurencingo verslo pasaulyje yra daugybė rizikų. Rizikų (=Rizikos) rūšys ir jų klasifikavimas daug priklauso nuo verslo pobūdžio. Šitaip pavartota daugiskaita laikoma nepateisinama, tačiau apskritai į rūšis skaidomų dalykų daugiskaitai linkstama pritarti: Įmonės pardavimų bendrasis ir grynasis pelningumai; Tokia taršos vertinimo tvarka neatitinka ES reglamento reikalavimų, nes šiame reglamente nurodyta registruoti ir gamybas, kurių metu išsiskiria net nedidelis kiekis 25 rūšių teršalų; Kaimo turizmas – viena populiariausių alternatyvių veiklų. Ji susiejama su abstrakčių dalykų skaičiavimo atvejais (Žmogaus psichika, atrodo, nepajėgi vienu metu pajusti dvi grėsmes, du pavojus. Čia reikėtų skirti kelias įtakas ir tendencijas), o pastarųjų normiškumas laikomas mažiausiai abejotinu. Vis dėlto šių atvejų priežastingumo seka greičiausiai yra atvirkštinė: reiškiniai
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Page 20(processus, caractéristiques, etc.) sont d’abord classés, et ce n’est qu’ensuite que l’on commence à dénombrer les unités de classification (catégories, groupes, etc.). L’ordre dans lequel les cas sont évalués devrait, semble-t-il, lui aussi être inversé: puisque la classification des phénomènes, des processus et des caractéristiques va de soi et que la norme codifiée admet sa conséquence — les noms à signification plus concrète —, il est peu probable qu’elle puisse également admettre le pluriel qui désigne de manière générale les unités de classification ainsi distinguées. Il est plus pertinent de se demander dans quelle mesure l’étape suivante pourrait être admise: le dénombrement des catégories distinguées. Dans l’usage, on trouve des cas de dénombrement direct d’éléments classés, par exemple: Compte tenu de l’évolution macroéconomique de la Lituanie et d’autres États ainsi que des défis qui se profilent, troisprincipaux risques: a) la consolidation budgétaire des principaux partenaires commerciaux de la Lituanie, b) l’augmentation des primes de risque et c) la baisse de la liquidité des banques mères scandinaves (Pranešimas 2011 05: 54). Toutefois, il est beaucoup plus fréquent de dénombrer des objets non classés, désignés par les noms balance, faillite, budget, réforme, dette, par exemple: La forte hausse du nombre de faillites, les problèmes de solvabilité des entreprises qui en ont résulté ont accru la part des prêts non performants dans le portefeuille de prêts des IFM et réduit la capacité d’emprunt (LBMA 2010: 31); L’union budgétaire serait probablement mise en place parallèlement à une union politique et permettrait aux institutions européennes d’influencer la détermination des budgetsdes États membres de la zone euro ainsi que dans la mise en œuvre des réformes, et réunirait également les dettesdu secteur public des pays et mutualiserait ces engagements (LEA 2012 08: 5); La crise de la dette du secteur public dans la zone euro, qui s’étend et s’aggrave, constitue une menace particulièrement importante pour l’économie européenne et l’économie mondiale (Pranešimas 2011 12: 7).
La norme codifiée de la langue commune, sans faire d’exception même pour les domaines spécialisés de son emploi, tend à ne pas admettre la flexion en nombre des noms de sens abstrait — du moins de noms tels que volume, environnement, influence, capacité, effet, réparation — et, par conséquent, le dénombrement des objets qu’ils désignent (voir Šukys 2003: 105; Paulauskienė 2004a: 152; KP1 2002: 20). De ce point de vue, elle semble parfaitement conforme à la théorie du nombre des noms exposée dans les ouvrages de morphologie, qui distingue les noms désignant des objets dénombrables de ceux qui désignent des objets indénombrables, autrement dit les noms qui varient en nombre et ceux qui ne varient pas. Les noms abstraits sont rangés dans la catégorie des noms qui ne varient pas en nombre. Le pluriel de ces noms est considéré non comme une autre forme du nombre, mais comme le marqueur d’un autre sens lexical (Paulauskienė 1983: 171; 1989: 165; 1994: 147–148; 2004: 149–151). Cette même forme est, dans un cas, considérée comme une forme flexionnelle,
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Page 21l’autre – un affixe dérivationnel: « les noms qui ne varient pas en nombre peuvent avoir des formes au pluriel comme au singulier. Il peut exister une certaine relation corrélative entre ces formes. Mais il y a toujours une différence de sens lexical entre les termes de la corrélation. Dans ce cas, les mots partageant le même radical mais présentant des formes de nombre différentes ne peuvent être considérés comme des formes d’un même mot, car les termes de la corrélation sont liés par une relation de dérivation et non de flexion. La forme grammaticale du nombre sert ici d’indicateur d’un autre sens » (Paulauskienė 1989: 165). Toutefois, dans l’usage examiné, la norme n’est pas enfreinte, car ces noms de sens abstrait se sont considérablement concrétisés. Par exemple, le budget, que le LKŽ définit comme 1) l’estimation des recettes et des dépenses d’un État, d’un établissement ou d’une personne et 2) le calcul prévisionnel des dépenses pour une période donnée (LKŽ 2012), de même que la dette, le bilan, sont généralement associés à une certaine somme d’argent, tandis que la faillite, la réforme sont associées à une procédure spécialisée. Ainsi, le pluriel de ces noms s’explique plutôt comme le résultat d’une recatégorisation: le passage d’anciens noms invariables en nombre à la catégorie des noms fléchis (voir Roduner, Čižik-Prokaševa 2006).
CONCLUSIONS
La langue des analyses économiques examinée montre que l’emploi de formes plurielles de noms considérés comme des abstraits singuliers est déterminé par un nombre important de facteurs.
À partir de l’usage étudié, on peut distinguer certains facteurs prototypiques, c’est-à-dire ceux qui favorisent le pluriel de certains noms. L’emploi du pluriel des noms abstraits dotés des suffixes -imas (-ymas), -umas est favorisé par la nécessité de distinguer les sens lexicaux, à savoir le sens d’objet ou de résultat de l’action de celui des noms désignant une action (dans la langue économique, une opération donnée), un processus ou un phénomène. Ces derniers s’emploient eux aussi au pluriel, mais cet emploi est avant tout motivé par la nécessité de souligner la répétition. La diffusion des noms désignant l’objet ou le résultat d’une action et employés au pluriel est également favorisée par le statut terminologique acquis par certains d’entre eux et par la consécration de ce statut dans les dictionnaires économiques. Cela ouvre la voie à la création d’autres termes analogues. Le principe de l’analogie favorise également l’emploi du pluriel pour exprimer la récurrence.
Dans les analyses économiques, l’emploi du pluriel des noms désignant des mesures est principalement déterminé par l’association fréquente de ces mots à des chiffres précis –
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Page 22des indicateurs économiques. Le sens se trouve ainsi concrétisé et le nom commence à varier en nombre. Une autre incitation à concrétiser le sens tient à la décomposition et à la spécialisation des concepts propres aux textes d’analyse économique, qui découlent de la tendance à classer les phénomènes, les processus et les objets. Cette tendance détermine également le mode de désignation générale des unités de classification. L’usage étudié montre que la forme plurielle est de plus en plus souvent choisie à cette fin. Les variantes proposées dans les ouvrages normatifs pour désigner globalement des catégories ne conviennent pas aux domaines d’usage de la langue, en particulier à ceux qui privilégient le principe d’économie; souvent, elles ne sont même pas utilisables.
La classification des phénomènes, des objets et des propriétés soulève également la question du dénombrement des unités de classification distinguées. On trouve des exemples de ce type de dénombrement dans la langue économique, mais ce phénomène n’est pas évalué au regard de la norme. En général, les ouvrages normatifs considèrent comme inadmissible l’emploi au pluriel des noms singuliers dans les textes de style officiel et spécialisé, sauf dans les cas où le nom se concrétise. À cet égard, la norme est parfaitement conforme à la théorie du nombre des noms exposée dans les travaux de morphologie du lituanien. Dans les travaux théoriques, les noms abstraits sont définis comme un sous-groupe des noms singuliers; les ouvrages normatifs considèrent donc comme inadmissible leur emploi au pluriel.
La norme codifiée actuelle ne reconnaît clairement qu’une seule possibilité d’employer au pluriel des noms abstraits singuliers: la concrétisation du nom. Or, la concrétisation peut être plus ou moins marquée, ce dont les ouvrages normatifs ne tiennent pas compte. Ceux-ci ne fixent que des limites extrêmes: l’emploi au pluriel d’un nom abstrait singulier est considéré comme une faute, tandis que celui d’un nom concrétisé est considéré comme conforme à la norme. Le manque de précision de la norme constitue également un facteur qui favorise l’emploi au pluriel des noms dits singuliers.
L’usage qui fonctionne dans de telles conditions, et plus précisément la langue économique, montre que, dans la plupart des cas, le pluriel d’un nom abstrait singulier est lié à la concrétisation du sens. Néanmoins, la principale raison de son emploi n’est pas la concrétisation du sens, mais d’autres facteurs. Les ouvrages normatifs ne les prennent pas suffisamment en considération. Le présent article tente précisément d’examiner ces facteurs. Pour répondre plus sûrement à la question de savoir si les facteurs et les régularités d’usage examinés caractérisent également d’autres domaines d’emploi de la langue standard, il faudrait étudier les tendances relatives à l’emploi du nombre dans d’autres domaines, notamment spécialisés. On espère donc que les chercheurs, les créateurs et les usagers de la langue d’autres domaines prendront eux aussi part à la réflexion sur cette question.
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Gauta 2012 11 06
THE USAGE OF ABSTRACT NOUNS IN PLURAL IN THE LANGUAGE OF ECONOMICS AND THE NORM
Summary
The article deals with the topical issue of singular abstract nouns used in plural in one particular domain of modern Lithuanian – the language of economics. Factors determining and supporting such usage are discussed. Insufficient determinacy of codified norm can be viewed as one of the factors: publications codifying the language mention only the exception when the meaning becomes more concrete, though concreteness can have a different degree. When only opposing margins of the norm and mistake are indicated (usage of a concrete noun is viewed as correct and of an abstract noun as incorrect) the users are entitled to make a decision about every borderline case.
Analysis of particular groups of nouns uncovers other factors supporting the usage of abstract nouns in plural. It appears that the plural of the most typical representative of abstract nouns – derivates with the suffix –imas (–ymas) is not only a sign of a change in meaning. Quite a few of such derivates are used in the plural in texts of economics as terms and some of them are included in dictionaries of economics; this encourages the creation and usage of new terms in plural based on analogy with existing terms.
Another group of abstracts in plural raises the importance of such a factor as avoidance of ambiguity – a noun in the singular could be ambiguous in a particular context. This factor ought to be related with previously mentioned factors of concreteness of the meaning and necessity to express an opposition “one – many”.
The codified norm allows an exception for one group of nouns in the singular – names of materials – to be used in plural in order to express a variety of
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Page 26kinds. The usage researched shows that this exception is also being applied to abstract nouns.
Probably the main factor supporting the abstracts in plural is the increase in concreteness of meaning which is recognized by the norm, although the usage shows that there are some secondary or separate factors. These factors are strong and complex, therefore norms ought to be evaluated appropriately and the usage of abstracts in plural should not be linked with the influence of other languages alone.
This article is an initial attempt to investigate this particular subject important for usage. It is being researched on the basis of data from one domain of the standard language, though this analysis might encourage the research to be extended to other domains. This would allow more reliable conclusions to be drawn about the spreading of abstract nouns in plural and their inherence in different styles.
KEYWORDS: abstract nouns, singularia tantum, inflectional change in number, increase in concreteness of meaning, derivates, norm, usage.
RAMUNĖ VASKELAITĖ
Lietuvos bankas
Gedimino pr. 6, LT-01103 Vilnius
[email protected]
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