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Institut de langue lituanienne
Axes de recherche: histoire de la langue écrite lituanienne, syntaxe et sémantique du lituanien ancien et contemporain.
JANO OTRĘBSKIO GRAMATYKA JĘZYKA LITEWSKIEGO (III – 1956, I – 1958, II – 1965): ISTORIJA IR DABARTIS
Jan Otrębski’s Gramatyka języka litewskiego (III – 1956, I – 1958, II – 1965): History and Today
RÉSUMÉ
L’article examine le processus de rédaction et de publication de Gramatyka języka litewskiego (I, II, III), ouvrage préparé par Jan Otrębski, ainsi que le contenu de la description grammaticale et son mode de présentation. Classique, la grammaire du lituanien de J. Otrębski, qui privilégie le classement des données plutôt que les questions théoriques, séduit par l’abondance de son matériel illustratif et par la maîtrise avec laquelle celui-ci est organisé. Parmi les tâches prévues par J. Otrębski pour cette grammaire, mais qu’il n’a pas eu le temps d’accomplir, figurait la préparation d’un index des formes des mots. Grâce aux possibilités techniques actuelles, cette tâche pourrait être réalisée avec un double bénéfice: un registre électronique des formes de mots utilisées dans la grammaire, accompagné de leurs équivalents polonais, permettrait de disposer à la fois d’un index des formes de mots de l’OGI et d’un excellent dictionnaire lituanien-polonais.
MOTS-CLÉS: Janas Otrębs kis, grammaire, langue lituanienne, morphologie, formation des mots.
ANNOTATION
L’article examine le processus de rédaction et de publication de Gramatyka języka litewskiego (I, II, III) de Jan Otrębski, ainsi que le contenu de la description grammaticale et son mode
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Dans sa présentation, la grammaire classique de la langue lituanienne d’Otrębski, qui privilégie le regroupement des données aux questions théoriques, fascine par l’abondance de ses exemples et par la manière dont ils sont exploités. L’un des projets qu’Otrębski avait envisagés sans toutefois le réaliser était la compilation d’un index des formes de mots. Grâce aux moyens techniques modernes, on pourrait le faire avec un rendement double: un registre électronique des formes de mots utilisées dans la grammaire, accompagné de leurs équivalents polonais, nous fournirait à la fois un index des formes de mots de la grammaire d’Otrębski et un excellent dictionnaire lituanien-polonais.
MOTS-CLÉS: Jan Otrębski, grammaire, langue lituanienne, morphologie, morphologie dérivationnelle.
0. REMARQUES LIMINAIRES
Žymaus lenkų kalbininko Jano Otrębskio (1889–1971) nuopelnus lituanistikai vainikavo trỳs XX a. 6–7 dešimtmetyje pasirodę lietuvių kalbos gramatikos Gramatyka języka litewskiego (toliau – OGJL) tomai. Praėjus 50 metų nuo paskutinio šios gramatikos tomo išleidimo pravartu pažvelgti į J. Otrębskio parengtą lietuvių kalbos gramatiką. Ar ji sietina vien su pagarba mokslo ir kultūros paveldui, ar vis dar yra ir gali būti aktuali? Šie klausimai lemia ir straipsnio struktūrą: OGJL ypatybės aptariamos vertinant J. Otrębskui rūpėjusius gramatinio aprašo klausimus, išnašose pateikiant nuorodų apie OGJL autoriaus gramatinių nuostatų vertinimus ir apie ryškesnius skirtumus bei sąsajas su kitais gramatiniais lietuvių kalbos aprašais1. Straipsnyje daugiausia dėmesio skiriama trečiajam OGJL tomui Nauka o formach – ne tik dėl neabejotino jo originalumo, bet ir siekiant aktualizuoti turimą šio tomo vertimo į lietuvių kalbą2 publikavimo klausimą.
1 Une attention un peu plus soutenue est accordée à la comparaison d’OGJL avec Dabartinės lietuvių kalbos gramatika (ci-après DLKG).
2 La traduction d’OGJL3 préparée par Juozas Balčikonis n’a jamais été publiée: le manuscrit de la traduction, intitulé « Prof. Jonas Otręmbskis // Lietuvių kalbos gramatika // Tomas III // Morfologija // traduction autorisée », est conservé au département des manuscrits de la bibliothèque de l’université de Vilnius (cote F178).
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1. HISTORIQUE DE LA PUBLICATION D’OGJL ET PARTICULARITÉS DE RÉDACTION
Entre 1956 et 1965, la maison d’édition scientifique d’État de Varsovie a publié trois volumes d’OGJL: Nauka o formach (1956), Wiadomości wstępne. Nauka o głoskach (1958) et Nauka o budowie wyrazów (1965). L’auteur avait également prévu d’écrire un quatrième volume consacré à la syntaxe de la langue lituanienne3, puis de présenter, dans un cinquième, les index thématiques et des formes de mots des quatre volumes de la grammaire. La structure envisagée pour OGJL ne correspondant pas à l’ordre de rédaction et de publication (III, I, II), la parution en premier d’OGJL3, sans aucune introduction, surprit quelque peu les lecteurs4; les explications sur les objectifs et la structure de l’ouvrage ne furent données qu’à la parution du premier volume de la grammaire (voir OGJL1 XII).
Ayant choisi pour destinataire un lecteur doté d’une culture philologique élémentaire, J. Otrębskis pouvait se passer de descriptions des classes ou catégories grammaticales (la seule exception concerne les sous-classes grammaticales propres à la langue lituanienne5) et se concentrer sur la manifestation de l’objet étudié: la classification des données et des traits des catégories, classes et sous-classes linguistiques, ainsi que sur un panorama aussi varié que possible d’exemples. OGJL présente les données de la langue lituanienne à au moins trois niveaux: les questions théoriques sont illustrées non seulement par des exemples de la langue littéraire lituanienne de l’époque (à l’écrit comme à l’oral), mais aussi par des exemples dialectaux et anciens. J. Otrębskis explique le choix d’un vaste éventail de matériaux illustratifs par la difficulté de comprendre les énigmes de la langue littéraire lituanienne et les variations phonétiques, lexicales et syntaxiques sans avoir examiné les matériaux fournis par l’ancien lituanien et les dialectes (ibid., VIII). Dans OGJL, les données de la langue lituanienne sont souvent comparées à celles d’autres langues indo-européennes6. Les textes lituaniens servant d’exemples sont accentués et traduits en polonais.
3 Cf. les renvois annonçant un exposé plus développé de certaines questions dans le futur volume consacré à la syntaxe (OGJL3 274), ou l’introduction présentant les objectifs de l’ouvrage (OGJL1 IX, XI, XII).
4 Dans son compte rendu d’OGJL3, Pranas Skardžius a associé cette présentation sans références à l’objectif de « rédiger un manuel complet de grammaire de la langue lituanienne » (Skardžius 1998a: 702).
5 J. Otrębskis accorde davantage d’attention aux phénomènes de la langue lituanienne qui n’ont pas d’équivalents analogues dans les autres langues indo-européennes. Cf. les descriptions du prétérit fréquentatif (OGJL3 221–224) et des adjectifs pronominaux (ibid., 121).
6 Būta nuomonių, kad tie lyginimai nepakankami, plg. Skardžius 1998a: 702.
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2. CONTENU THÉMATIQUE DE L’OGJL
2.1. 1956: le troisième tome La science des formes (Nauka o formach)7
Le processus de rédaction et de publication de l’OGJL a commencé par le tome consacré à la science des formes8, qui présente une description flexionnelle et/ou dérivationnelle des classes grammaticales (ou parties du discours). L’OGJL3 décrit les parties du discours suivantes: le nom, l’adjectif, le pronom, le numéral, le verbe, l’adverbe, les prépositions et les postpositions, les conjonctions et les particules, ainsi que les interjections. Les sections et sous-sections portent des titres en polonais ou en latin9.
Le chapitre consacré au NOM commence par de brèves remarques introductives sur l’expression de cette partie du discours au moyen des catégories grammaticales du cas, du nombre et du genre. L’introduction présente brièvement les sept cas10 ainsi que les différences de déclinaison entre le lituanien et le polonais (OGJL3 1). Selon J. Otrębskis, le modèle à cinq déclinaisons nominales, établi dans les grammaires pratiques du lituanien de l’époque et repris presque sans modification de la Grammatica Lithuanica de Danielius Kleinas (1653), serait superficiel et insuffisant (ibid., 6); il rattache donc les paradigmes flexionnels aux thèmes historiques de flexion du nom11: -o- (vyras, svečias); -ā- / -iā- (jūra, giria); -(i)ē- (upė); -i- (ausis); -u- (sūnus) et consonantique (duktė, -ers; akmuo, -ens)12. Dans le paradigme de chaque déclinaison
7 Sur OGJL3, voir Skardžius 1998a: 701–708, 741–745.
8 Dans sa traduction en lituanien, J. Balčikonis a choisi le terme morfologijos pour le titre du tome.
9 Seul le būdiniui fait exception; voir OGJL3 244.
10 En évoquant l’état historique du lituanien, J. Otrębskis n’oublie pas non plus l’illatif, l’allatif et l’adessif, en voie de disparition ou déjà disparus (OGJL3 76–81).
11 La description des noms selon les thèmes en –(i)o–, –iā–; –(i)ē–; –i–; –u– et les thèmes consonantiques proposée par Jānis Endzelīns est similaire (cf. Endzelīnas [traduit de l’édition de 1948] 1957: 104–130).
12 Le DLKG décrit également la déclinaison des mots nominaux selon les thèmes flexionnels, avec cinq déclinaisons (i)a, (i)u, (i)o, ē, i (et une subdivision plus détaillée en 12 paradigmes); voir DLKG 68–69. Dans l’Encyclopédie de la langue lituanienneLietuvių kalbos enciklopedijoje, Vytautas Ambrazas propose une description encore plus simplifiée des caractéristiques de la déclinaison selon les thèmes flexionnels; cf. LKE 328–329. Le modèle de déclinaison proposé tant par le DLKG que par le LKE rattache les noms à ancien thème consonantique au thème i; voir DLKG 69, LKE 329.
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la forme du vocatif13 est également présentée14 (ce qui est utile au lecteur recherchant des paradigmes complets de déclinaison15); les particularités de l’accentuation et la tendance à recourir aux formes abrégées ou diminutives pour exprimer le vocatif sont examinées (ibid., 1–2). OGJL3 contient de nombreux conseils pratiques, cf., par exemple, l’indication concernant les difficultés possibles pour déterminer le genre des noms à thème en –i–, ainsi que la désinence du datif singulier (–iai ou –iui), qui permet de trancher dans ce cas, ou encore les subtilités de la notation des formes abrégées16. Selon J. Otrębski, certains mots à thème en –i sont les vestiges d’un ancien genre neutre — en s’appuyant sur la comparaison avec d’autres langues indo-européennes, il rattache à cet héritage les noms akìs et širdìs (ibid., 37). En présentant la catégorie du genre des noms en lituanien, J. Otrębski distingue le genre grammatical et le genre naturel (RODZAI NATURALNY), par exemple vyras, žmona17; à propos de ce dernier, il indique qu’en lituanien, comme dans d’autres langues, il existe des noms pouvant désigner des référents des deux genres naturels — ces noms ont une forme féminine et peuvent désigner des référents des deux genres de nature / « naturels »18, p. ex.: bliūva « pleurnicheur, pleurnicheuse », tvýla « personne silencieuse, repliée sur elle-même », nenúopena « insatiable », radvilà « enfant trouvé », vėpla « étourdi, étourdie », etc. (ibid., 3–4, 5, 24, 37). Soulignant l’importance particulière de l’accentuation, J. Otrębski expose les principes de l’accentuation des noms19 (ibid.
13 Sur la possibilité de considérer les fonctions pragmatiques exprimées par les formes du vocatif comme une catégorie grammaticale distincte plutôt que comme un cas, voir Judžentis 2012: 72–73.
14 Après avoir relevé l’attention que J. Otrębski porte à la diversité des formes du vocatif, il convient également de noter qu’il manque parfois une variante dans le paradigme (cf. les formes vėji (OGJL3 17) et vėjau (DLKG 71)).
15 Le vocatif qui coïncide avec le nominatif pluriel n’est pas inclus dans les paradigmes de déclinaison des noms de DLKG (voir DLKG 71, 73).
16 Cf. la remarque sur les noms féminins à thème en –i–, marqués de la lettre f. (femininum) (OGJL3 4, 37), et l’explication selon laquelle il s’agit du seul groupe de noms dont le trait principal (la finale du thème) ne suffit pas à indiquer le genre grammatical — celui-ci est déterminé d’après la désinence du datif singulier (ibid., 36–37).
17 Cf. les exemples donnés par J. Otrębski du décalage entre le genre grammatical (aujourd’hui appelé morphologique) et le genre naturel, tels que Daukšà, dailìdė, tėtė, dėdė, ou encore gražùs pamer-gỹs, employé uniquement dans les dialectes, ainsi que les noms des anciens textes pelùs, žmonės dans les syntagmes tomis pelùmis, žmones savàs (OGJL3 4–5). Pour une autre conception du « genre naturel », voir Skardžius 1998a: 702.
18 Apie hibridinius (substantiva communia) daiktavardžius daugiau žr. Judžentis 2012: 34–36.
19 J. Otrębski considérait qu’une description exhaustive de l’état et de l’évolution du système d’accentuation des noms en lituanien constituait une tâche très complexe, dépassant les objectifs de la grammaire qu’il rédigeait (OGJL3 65). Dans son compte rendu d’OGJL3, Skardžius mentionne avoir des réserves sur l’accentuation chez J. Otrębski, mais ne les expose pas « en raison de leur caractère spécialisé »; voir Skardžius 1998a: 708. Certaines divergences d’accentuation relevées dans OGJL3 peuvent être liées aux différentes variantes d’accentuation dialectale; cf., par exemple, gėiba (OGJL3 23) et la forme donnée par LKŽ geibà; ou encore des dérivés ayant une autre terminaison (cf. veidmainỹs (OGJL3 70) et la forme aujourd’hui plus courante chez nous, veidmainis), etc.
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ibid., 7–10). Au lieu du classement des types accentuels, établi dans les grammaires et les dictionnaires lituaniens de l’époque selon la place de l’accent fixe et la qualité intonative de la syllabe (ibid., 8), l’auteur d’OGJL déclare avoir choisi le modèle des types accentuels proposé par Kazimieras Jaunius, fondé sur des critères phonétiques (ibid., 9), et, pour faciliter la lecture, avoir indiqué deux ou trois formes nécessaires20, p. ex.: jūra, (jūr)-os, ranką, (rañk)-os, rañką (ibid., 10).
Il importe de souligner que, dans OGJL3, l’emploi des noms lituaniens est examiné non seulement dans le cadre de la langue littéraire écrite de l’époque (l’usage dans la langue parlée étant également pris en compte21), mais aussi dans une perspective historique22.
Les paradigmes de l’adjectif sont présentés avec les formes des deux genres23. Dans ce chapitre, J. Otrębski accorde une attention particulière à l’adjectif dīdis, dīdi: il en examine la flexion, l’origine et l’usage dans les dialectes et les anciens textes (ibid., 85; 88; 92; 93–94; 117–118, 119; 120; 142), ainsi que les variantes dérivationnelles — le paradigme de déclinaison de dideli s, -ė (ibid., 108). Il donne des exemples intéressants de l’emploi de l’adjectif déterminatif à deux formes avec un numéral postposé, p. ex.: kietuojudu, geruojudu; kietiejidvi, geriejidvi (ibid., 122). Dans sa description des adjectifs neutres — désignés par les termes rodzaj nijaki ir neutrum (ibid., 124, 127) — il inclut le mot pawoiu, employé dans une phrase de la Postilla de Mikalojus Daukša (ci-après DP): Regí kaip pawoiu yr būt geriufę DP 27211 (comme tout exemple tiré de DP, cette phrase est citée dans la grammaire de J. Otrębski avec son équivalent polonais de la postille de Jakub Wujek, cf.: Widźiß iako niebiepieczno ieft być w rofkoby.) (ibid., 125). En examinant les adjectifs à thème en -io-, f. -ė-, J. Otrębski signale que les adjectifs composés peuvent être employés comme des noms et donne l’exemple de minkštaširdis24, qui peut remplir des fonctions différentes — adjectivale ou nominale (mais seule l’emploi nominal de tels mots composés
20 Il est intéressant de noter que, pour déterminer le type accentuel, J. Otrębski ne choisit pas les formes plus importantes du datif et de l’accusatif pluriels, bien qu’il indique l’importance de ces cas pour déterminer la place de l’accent, soulignant qu’en cas de doute les Lituaniens vérifient eux-mêmes ainsi les possibilités d’accentuation d’un nom (OGJL3 9, 64–65). Sur ces cas en tant que critère de détermination du type accentuel, voir Laigonaitė 1978: 35–36; sur la règle de la place de l’accent au datif et/ou au génitif pluriels, utile pour apprendre l’accentuation, voir également Stundžia 1995: 14.
21 Cf. les formes abrégées du locatif singulier (valdžioje: valdžioj, gerklėje: gerklėj) et de l’instrumental pluriel (valdžiomis: valdžiōms, katėmis: katėms), ainsi que d’autres formes (OGJL3 32, 35).
22 Cf. l’attention particulière que J. Otrębski accorde au duel des noms (p. ex. dvi dukteri, du sūnu), qui pouvait déjà être inhabituel en lituanien à l’époque (OGJL3 2, 81–85).
23 Plg. J. Endzelīno pateiktą tik vyriškos giminės būdvardžių paradigmą (Endzelynas 1957: 130–136).
24 Cf. les paradigmes adjectival et nominal présentés sur des pages voisines, avec des choix différents pour le datif et le locatif singuliers (OGJL3 107, 108).
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attribue le vocatif25). L’auteur de l’OGJL considère comme proches de l’emploi absolu du degré comparatif (OGJL3 129) les adjectifs dits indiquant une quantité insuffisante ou excessive d’une propriété, formés avec les préfixes apý-, pó- et les suffixes -ókas, f. -óka26, cf.: apý-dykis, f. apý-dykė « presque vide, incomplet », pó-žalis, pó-žalė « un peu trop cru; pas assez cuit », gerókas, geróka « assez bon; assez convenable »27; il examine également la possibilité de former des degrés à partir d’adjectifs potentiellement disparus, dans des dérivés gradables d’origine non adjectivale tels que vyrèsnis, vyríausias, šunèsnis, pirmèsnis, pirmíausias, etc. (ibid., 133)28.
Dans le chapitre consacré aux pronoms, J. Otrębskis explique l’origine des pronoms étudiés, accorde une grande attention au duel et mentionne des formes dialectales intéressantes de celui-ci, telles que vẽ-du, vẽ-dvi ou nuo-du (ibid., 139). On ne trouve pas dans ce chapitre le mot támsta29, que J. Otrębskis considère comme un nom pouvant désigner les deux genres naturels (ibid., 5). L’emploi de niekas est illustré par des exemples intéressants, par exemple sous la portée d’une seconde négation – niekuo nedėtas « innocent; sans défaut, irréprochable » – ou dans la locution niekai mergaitė « fille insignifiante » (ibid., 147). On trouve dans cette description des combinaisons de pronoms indéfinis avec la particule empruntée by: by kas; by kuris; by kóks30 (ibid., 158).
25 Dans le tome I de la LKG, le vocatif des adjectifs à thème -ia, -ė est indiqué dans les paradigmes des deux genres, masculin et féminin, par exemple: auksini, -e; mažuti, -e; apýgeri, -e; baltažiedi, -e (LKG I 486, 487); la DLKG présente les paradigmes des adjectifs à thème (i)o de deux façons: avec le vocatif (mais seulement pour certains adjectifs masculins, par exemple: medinis, apýmažis, baltakāklis) et sans vocatif (par exemple: gerèsnis, gerèsnė, medìnė, apýmažė, baltakāklė) (DLKG 180, 184)).
26 L’emploi des formes de degré sans constructions comparatives, lorsqu’une propriété particulière est simplement désignée de manière expressive, est appelé emploi absolu des formes de degré; voir Judžentis 2012: 88–89. « Les dérivés en suffixe -okas et en préfixes apý-, po- sont synonymes des degrés de l’adjectif employés absolument » (ibid., 89). Voir également à leur sujet DLKG 195, 196, 224–226.
27 Les significations de ces adjectifs sont également examinées dans la DLKG, dans la section consacrée à la catégorie grammaticale du degré; cf.: « Les adjectifs qualificatifs qui, par leur signification dérivationnelle même, expriment une certaine quantité d’une propriété ne possèdent pas de formes de degré » (DLKG 173); il est également indiqué ici que les formes de degré comparatif parfois attestées pour les dérivés en préfixes po-, apy- montrent que « les significations des dérivés de ce groupe sont proches de celles des formes grammaticales de degré » (DLKG 225).
28 Diskusiją šiuo klausimu žr. Skardžius 1997: 433–439; 1998a: 706.
29 La DLKG qualifie le mot tamsta de pronom personnel de base / de politesse (DLKG 257, 259), tandis qu’Albertas Rosinas le considère comme un pronom participatif d’évaluation subjective (Rosinas 1996: 38–44). Sur les raisons pour lesquelles le calque tamsta peut être perçu comme un nom, voir ibid., p. 44.
30 Ces pronoms composés d’indétermination avec bi / by sont courants dans les dialectes (cf. LKG I 692–693) et, ces derniers temps, reprennent également leur place dans la langue parlée standard.
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Certains lecteurs de l’OGJL3 pourront être surpris par le chapitre consacré aux NUMÉRAUX, où les mots abù, abi; abùdu, abìdvi31 sont classés parmi les numéraux cardinaux32 (ibid., 164), keleri, kėlerios; abeji, abejos parmi les numéraux collectifs (liczebniki zbiorowe), et keli, kelios parmi les numéraux collectifs interrogatifs indéfinis33 (ibid., 172, 173). Le chapitre sur les numéraux examine également l’emploi de mots appelés noms collectifs, tels que penketas, šešetas, etc., ainsi que keletas34 (ibid., 174). Sont également décrits ici les dérivés de numéraux, considérés comme des adjectifs, formés avec les suffixes -opas, -okas, -eriopas, -gubas, -linkas, -lypas, -ergas, etc. (non seulement dve-jópas, trejópas, vieneriópas, vienókas, mais aussi tūleriópas, -a ‘de diverses sortes, varié’, dvigubas, dvilinkas, dvilýpis, ketvérgis, etc. (ibid., 175–176)), ou encore les adverbes d’origine numérale dviese, añtra, dvėja tiek, antraip, dvėj aip, dùkart, dùsyk, etc. (ibid., 177–178).
La description du VERBE séduit par la variété de ses données: comme partout dans la grammaire, on y trouve non seulement des données du lituanien contemporain, mais aussi des faits intéressants du vieux lituanien et des dialectes (cf., par exemple, góti, gója, gójo « marcher vite » (ibid., 214)), avec une attention particulière accordée au dialecte de Tverėčius (par exemple, la tendance de ce dialecte à employer des formes verbales courtes (cf. išėjo: išė) est illustrée par le paradigme complet de conjugaison padabójau: padabáu, padėjau: padéu (ibid., 217)). L’OGJL3 présente, sans indication d’un emploi dialectal, le paradigme de conjugaison du verbe gręsti « menacer, intimider », considéré comme intransitif en lituanien standard: grėsiau, grėsei, grėsė, grėsėme, grėsėte (ibid., 216). J. Otrębskis examine en détail les modèles d’alternance vocalique dans la racine des verbes; cf.: málti: mãla, mãlė et dialectal mãlo, ainsi que lėisti: léidžia: léido et dialectal léi-dė (ibid., 208–209)). L’auteur de l’OGJL interprète de façon originale le lituanien contemporain
31 La DLKG classe abu, abi, abejì, abejos parmi les pronoms généralisants affirmatifs (DLKG 257).
32 « Abu, abi »: A. Rosinas jugeait injustifiée leur attribution aux numéraux: « L’analyse sémantique de ces mots montre qu’ils ont le sens de “tous”, c’est-à-dire une signification pronominale, et qu’ils sont employés lorsque l’ensemble est constitué de deux éléments » (Rosinas 1995: 47). Selon ce chercheur, dans les descriptions grammaticales du lituanien, rares sont les linguistes qui classent « abu » parmi les pronoms; parmi les rares à le faire, il cite K. Būga et P. Skardžius (Rosinas 2001: 101). Et, de fait, on trouve « abu, abi » classés parmi les numéraux non seulement dans des travaux antérieurs (cf., par exemple, Jonikas 1939: 63, Endzelynas 1957: 142, Senkus 2006: 245, 248, Senn (1966: 214)), mais aussi dans des travaux contemporains de linguistique lituanienne, cf. Smoczyński 2007: 2, Stundžia 2009: 84; 254, Dini 2014: 149.
33 La DLKG considère keleri, kėlerios comme des pronoms indéfinis, et keli, kelios comme des pronoms interrogatifs et relatifs (DLKG 257). Rosinas décrit les pronoms keli, keletas, keleri, keliolika comme des pronoms définis dénombrables (Rosinas 1996: 120).
34 La DLKG qualifie le pronom keletas d’indéfini indéterminé (DLKG 257); Rosinas le classe parmi les pronoms définis, qui « indiquent le nombre d’éléments distingués de manière très imprécise » (Rosinas 1996: 119).
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le paradigme du futur de l’indicatif35 (ibid., 205) ainsi que l’origine du prétérit itératif36 (ibid., 222–224). Dans OGJL3, la diversité et l’origine des formes du mode irréel (OPTATYVUS) sont décrites en détail37, de même que leur expression syntaxique (CONDITIONALIS) (ibid., 230–234). Dans la description des constructions réflexives (la particule réfléchie si est appelée pronom38), OGJL3 s’attache surtout à l’emploi des constructions réfléchies en lituanien et en polonais (ibid., 236, 237), ainsi que dans d’autres langues indo-européennes (ibid., 239). J. Otrębski prête attention aux diverses modifications dans la langue standard et les dialectes, ainsi qu’à l’explication de l’origine des mots (cf. ses remarques sur le passage de –si- à –s- ou –z-, par exemple: pazbārā, ačigulė; ou encore son observation selon laquelle des modifications similaires ne sont parfois plus directement associées en lituanien littéraire, cf. stvėrti à côté de tvėrti ‘chwycić’, dont les liens étymologiques avec *nu-s(i)-tverti-s(i) et avec nustvėrtis, employé dans les régions périphériques, ou susizgribti ‘schwycić się, spostrzec się’, probablement dérivé de *su-s(i)-gribti-s(i): griebti ‘chwycić’ (ibid., 238)). L’auteur d’OGJL souligne que le supin (SUPINUM) ne s’emploie que dans les dialectes (ibid., 243–244); pour décrire les BŪDINIAI, il choisit un terme lituanien, en explique le sens (en précisant que l’autre appellation, INFINITIVUS II, n’est plus en usage), met en évidence l’expression verbale de la forme (notant qu’elle ne se combine pas avec un préfixe, une négation ou une forme réfléchie) et ses fonctions adverbiales39 (ibid., 244–245). Dans le chapitre consacré au verbe, J. Otrębski traite des PARTICIPIUM NECESSITATIS, qu’il désigne comme des participes passifs40 et signale que certaines formations en –inas ont perdu leur valeur participiale au profit d’un sens adjectival (cf. būtinas, dirbtinas) (ibid., 273–274). En décrivant les participes neutres – PARTICIPIA W FORMACH NEUTRUM – l’auteur d’OGJL s’arrête aussi sur la valeur de particule attribuée à esą: ‘rzekomo, jakoby, niby’41, cf.: Ji, esą, to nežinanti. ‘Ona jakoby tego nie wie.’ (ibid., 274).
35 Pour connaître l’avis de Jonas Kazlauskas selon lequel J. Otrębski considère cette catégorie comme « un mélange de plusieurs catégories indo-européennes différentes », voir Kazlauskas 1968: 366.
36 Aldona Paulauskienė n’est pas d’accord avec J. Otrębski, qui faisait dériver le suffixe du prétérit itératif -dav « des itératifs dérivés au prétérit, formés avec le suffixe -av et la consonne épenthétique d » (voir Paulauskienė 2006: 61–62, 84).
37 Šį aiškinimą Kazlauskas pavadino neįtikinėtinu (žr. Kazlauskas 1968: 399).
38 Cela est courant dans les travaux des historiens de la langue, cf.: « Du point de vue de la forme, le pronom réfléchi [...] était double: s(i) et se » (Palionis 1967: 140).
39 Les būdiniai sont traités de façon assez similaire dans DLKG (en soulignant leurs fonctions adverbiales et l’expression verbale de leur forme), mais dans le chapitre consacré à l’adverbe, et non dans celui du verbe (DLKG 413–414).
40 Au début du chapitre de DLKG consacré à la description du participe, on trouve une indication selon laquelle les grammaires classent parmi les participes passifs une forme verbale de nécessité; pourtant, de par leur sens, ces formes « s’opposent à tous les participes » (DLKG 354–355).
41 Sur « esą(s) », devenu un adverbe de phrase (particule) servant de marqueur de la transmission de paroles d’autrui, voir Holvoet 2004: 113–114. soi-disant
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Les adverbes sont présentés de manière dense et concise, par familles dérivationnelles ou étymologiques; des exemples d’emploi plus rare sont donnés. Pour illustrer le sens, on choisit souvent autre chose qu’une simple traduction par un mot unique (cf. l’origine pronominale de vis ‘čiaglė’; la traduction de vis dėlto par ‘jednak’, et de konè, kuonè par ‘omal (nie)’), mais aussi des illustrations par un syntagme ou une phrase (voir ibid., 297–298).
Les prépositions et les préfixes sont décrits ensemble42 (ibid., 308–357). J. Otrębski donne plusieurs équivalents polonais pour une même préposition, par exemple: Kaip dur-nius su̇ grandele ‘Jak dureń z kółeczkiem (ogniwiem)’; Gimė eriukai su̇ šešiomis kojomis ‘Urodziły się jagnięta o sześciu nogach’ (ibid., 340). Il examine également des cas intéressants de réduplication rencontrés dans les dialectes (par exemple: papanurińko, papa-grįžo) (ibid., 357), compare l’emploi des prépositions dans les langues baltes et slaves, en lituanien et en polonais, et relève la tendance du lituanien à éviter les syntagmes prépositionnels, en ne mentionnant que iš po, iš už, iš anapus (ibid., 356); il avance que l’emploi des prépositions, moins fréquent qu’en langues slaves, pourrait s’expliquer par l’existence en lituanien d’un datif et d’un locatif sans préposition (ibid., 357).
Les conjonctions et les particules sont traitées dans le chapitre SPÓJNIKI I PARTYKUŁY (ibid., 358–370), tandis que les interjections et les idéophones43 le sont dans le chapitre WYKRZYKNIKI (voir ibid., 371–377).
2.2. 1958: le premier tome Remarques introductives. Étude des sons (Wiadomości wstępne. Nauka o głoskach)
Dans la Préface de ce tome, le lecteur découvre non seulement les objectifs de l’OGJL1, mais aussi ceux qui ont présidé à la structure et à la conception de la Grammaire; des explications sont également données au sujet du tome OGJL3 publié précédemment, les principales sources linguistiques utilisées dans l’OGJL sont indiquées44, et l’auteur remercie ceux qui l’ont incité à écrire la grammaire et lui ont apporté leur aide (notamment son épouse, Helena Otrębska), ainsi que les personnes ayant évalué le tome OGJL3 (OGJL1 XI–XII). Le lituanien est présenté comme fournissant des données importantes pour l’étude des langues indo-européennes et la reconstruction de la langue proto-indo-européenne; son importance pour les études indo-européennes est jugée comparable à celle du sanskrit, du grec ancien, du latin et du gotique (ibid., VII). En évoquant jusqu’alors
42 Dans les remarques introductives de l’OGJL2, les raisons de ce choix sont examinées: la similitude fonctionnelle, actuelle et historique, des prépositions et des préfixes, ainsi que celle des adverbes et des prépositions (voir OGJL2 IX).
43 La distinction désormais habituelle entre deux parties du discours (et non une seule, c’est-à-dire les seules interjections) dans les descriptions du lituanien est à relier à l’influence de la grammaire de Jonas Jablonskis; comparer la remarque qu’on y trouve sur les onomatopées des temps passés (Jablonskis 1997: 189).
44 J. Otrębski met particulièrement en avant l’ouvrage de J. Endzelīns, Ievads baltu filoloģijā (Riga, 1945), ainsi que celui d’E. Fraenkel, Die baltischen Sprachen [...] (Heidelberg, 1950), qui poursuivent des objectifs similaires aux siens.
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Après avoir passé en revue les grammaires du lituanien publiées jusque-là (les grammaires descriptives de Friedrich Kurschat, Kazimieras Jaunius et Jonas Jablonskis; celles d’August Schleicher, Oskar Wiedemann et August Leskien consacrées à la variante prussienne de la langue), J. Otrębski souligne la nécessité d’une grammaire scientifique du lituanien et laisse entendre que son projet initial était lui aussi une grammaire descriptive du lituanien contemporain, mais qu’au cours de son travail, l’auteur a compris qu’il fallait également intégrer les données des dialectes lituaniens et de la langue des anciens écrits.
Ce tome se compose de deux parties: « Remarques introductives » et « Étude des sons ».
Les « Remarques introductives » décrivent l’origine du nom de la Lituanie, donnent les informations essentielles sur les dialectes (leurs principales caractéristiques sont examinées, certains mots dialectaux sont mis en correspondance avec leurs équivalents dans la langue littéraire45, les tendances de l’évolution des dialectes et de la langue littéraire sont anticipées (ibid., 25–27)) et présentent les principaux textes anciens en lituanien, du catéchisme de Martynas Mažvydas (1547) au recueil de cantiques et aux livres de prières de Danielius Kleinas (1666) (ibid., 28–38). Elles étudient les relations du lituanien avec d’autres langues (ibid., 39–71) et présentent les principaux travaux consacrés au lituanien (grammaires, dictionnaires et autres études générales ou spécialisées importantes) (ibid., 72–100).
Dans la partie « Étude des sons », J. Otrębski examine les graphèmes et l’orthographe (ibid., 101–110), ainsi que la prononciation des voyelles et des consonnes: les tons et l’accent (ibid., 110–148). Cette partie présente au lecteur des chapitres de grammaire de grande ampleur et d’une large portée, consacrés au vocalisme (ibid., 149–255) et au consonantisme (ibid., 256–394). On y voit la capacité remarquable de l’auteur à repérer les variantes. Le matériel illustratif est présenté à au moins trois niveaux — celui de la langue littéraire, des dialectes et de la langue ancienne — et s’accompagne souvent d’exemples comparatifs tirés d’autres langues indo-européennes.
2.3. 1965: le deuxième tome Formation des mots (Nauka o budowie wyrazów)46
Le tome d’OGJL2 paru le plus tard est consacré à la formation des mots. Dans l’introduction de ce tome, l’auteur remercie de nouveau H. Otrębska pour l’aide considérable apportée à la rédaction de la grammaire et souligne l’importance des données factuelles du lituanien qu’elle a fournies (OGJL2 VII)). J. Otrębski reconnaît ici que l’ampleur du corpus étudié, le travail sur les sources et d’autres engagements lui ont demandé pas moins de dix ans
45 Cf. les comparaisons entre les équivalents du lexique samogitien et du lexique littéraire: apgerbti – aptvarkyti, vėpūtinis – pusnis, kampas – lankas, etc. (OGJL1 13–15).
46 Sur OGJL2, voir Skardžius 1998a: 843–851.
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pour la préparation d’OGJL2. Soulignant que, pour rédiger OGJL2, il s’est constamment appuyé sur deux descriptions antérieures de la formation des mots en lituanien — A. Leskien, Die Bildung der Nomina im Litauischen (1891), et surtout P. Skardžius, Lietuvių kalbos žodžių daryba (1943), J. Otrębski indique que, dans sa présentation de la formation des mots, il s’est efforcé de concentrer son attention sur l’état des phénomènes examinés dans le lituanien littéraire contemporain et de montrer, au moyen de nombreux exemples tirés des anciens écrits (en particulier du DP), le lien entre les faits de la langue littéraire actuelle et les données linguistiques antérieures. Dans la préface d’OGJL2, l’auteur espère que le lecteur comprendra de lui-même en quoi son travail diffère de l’ouvrage de P. Skardžius, sur lequel il s’appuie (ibid., VII).
En effet, même une comparaison rapide des travaux de P. Skardžius et de J. Otrębski montre que, bien que la majeure partie du matériau factuel coïncide dans les deux ouvrages, la structure générale d’OGJL2, ses interprétations complémentaires et ses hypothèses permettent au lecteur de reconnaître la supériorité de l’ouvrage de J. Otrębski. OGJL2 se compose de trois parties: la première traite des formations par réduplication (par ex.: pilpinỹtėlis, saussausỹtėlis, gergeris, mažmožis, skan(s)konis, kryžkryžiais, priešpriešais), des formations soudées et des composés (ibid., 1–28); la deuxième, de la dérivation suffixale des noms et des adjectifs (ibid., 29–306); la troisième, de la formation des verbes (ibid., 307–416). Dans l’ouvrage de P. Skardžius, la répartition des sujets est quelque peu différente: Questions générales (voir Skardžius 1996: 13–25), Formation des thèmes nominaux (ibid., 26–392), Formation des mots composés à base nominale (ibid., 393–456), Formation des thèmes verbaux de l’infinitif (ibid., 457–555) et Formation naturelle des mots et néologismes (ibid., 556–606). L’exposé de J. Otrębski est plus rationnel et plus informatif, et impose moins au lecteur les références dialectales tirées du fichier du LKŽ. Des exemples tirés des anciens écrits sont également repris de l’ouvrage de P. Skardžius dans OGJL247, mais ils sont souvent accompagnés de nouveaux exemples. Pour regrouper le matériau factuel illustrant les modèles dérivationnels, P. Skardžius s’est efforcé de suivre le principe alphabétique, tandis que J. Otrębski a adopté un principe thématique qui fait ressortir les nuances sémantiques48. La plupart des dérivés des deux auteurs
47 Par exemple, les références au dictionnaire de K. Sirvydas, parfois même les exemples du DP (OGJL2 231, 233; comparer aussi la présentation de akmenyčia chez J. Otrębski (ibid., 258) et P. Skardžius (Skardžius 1996: 357)). Les données des anciens écrits relevées par J. Otrębski lui-même sont le plus souvent tirées du DP; l’importance de cette source se reflète même dans l’évolution de la manière de la citer: à partir du milieu du tome OGJL2, la référence complète à la source est remplacée par l’abréviation « w PD ». D’autres anciens écrits fournissent également des exemples absents de P. Skardžius; comparer la remarque sur le mot pl. atū́oriečiai ‘blé de printemps’, déjà attesté dans le dictionnaire de K. Sirvydas (OGJL2 19).
48 Cf., par exemple, la description dans OGJL2 (177–178) des dérivés du suffixe –ena désignant une créature morte (dvėsena, gaišena, puolena, stipena), ou du suffixe muni du morphème supplémentaire –el- (dvėselena, stipelena, merlena), ainsi que des mots exprimant la séparation de parties d’un objet réel lūženos, pjūvenos, sviltenos, et celle des dérivés correspondants donnée par P. Skardžius (Skardžius 1996: 228, 232). J. Otrębski met davantage en évidence les traits sémantiques. On trouve aussi dans LKG et DLKG une présentation de la formation des noms selon les catégories de noms d’objets, suivant un modèle similaire.
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Dans les travaux, elles sont évaluées et décrites de manière similaire; certains points sont davantage développés par J. Otrębski⁴⁹ (par exemple, la dérivation préfixale⁵⁰), souvent complétés par de nouvelles données et interprétés à sa manière⁵¹.
3. PARTICULARITÉS DE LA DESCRIPTION GRAMMATICALE DE L’OGJL
3.1. Terminologie
L’OGJL renforce l’impression de simplicité et d’universalité de la description grammaticale par une terminologie latine désignant les notions les plus générales, par exemple: neutra, dat. sg., passivum, participium necessitatis, futurum, futurum exactum, genetivus auctoris (les cas sont désignés uniquement au moyen de la terminologie latine), etc. (OGJL3 37, 234, 235, 273, 275, 281). Bien entendu, cette grammaire emploie aussi des désignations polonaises des réalités grammaticales (par exemple, les parties du discours: rzeczownik, przymiotnik, zaimek, etc.), parfois utilisées en alternance avec les termes latins (cf. rodzaju żeńskiego,go, remplacé par le latin feminina ou par son abréviation f.). Le caractère particulier de certains phénomènes grammaticaux du lituanien est même souligné par le choix d’un terme lituanien comme titre de chapitre; cf. le BŪDINĮ déjà mentionné (ibid., 244). J. Otrębski remplace certains termes employés dans les descriptions grammaticales du lituanien par ceux qu’il juge plus appropriés. Ainsi, le terme geidžiamoji nuosaka, qui correspondrait à « tryb życzenia », est remplacé par PERMISSIVUS; tariamoji nuosaka (« coniunctivus ») est remplacé par CONDITIONALIS, etc. (ibid., 263). Dans sa description de la formation des mots, J. Otrębski s’appuie sur la terminologie des composés employée dans la tradition indo-européaniste, qu’il caractérise brièvement (cf. la présentation des types dwandwa-m bahuvrīhi (OGJL2 8–9, 23)), ou inclut dans le titre une illustration lituanienne du modèle de formation (cf. žodženia typu aki-pleša (NOMINA AGENTIS), žodženia typu aki-mirka (NOMINA ACTIONIS) (ibid., 11, 13)).
49 Par exemple, keršas est décrit dans les travaux des deux auteurs comme un adjectif à suffixe -š- (cf. Skardžius 1996: 315; OGJL2 223), mais J. Otrębski l’examine avec les formations redoublées, comme un mot composé de deux bases ayant un sens similaire. Certains éléments sont classés dans des types de formation différents; cf.: geležis, en dialecte gelžis: J. Otrębski les examine parmi les formations redoublées, comme des mots intéressants composés de deux bases ayant un sens similaire (OGJL2 4), tandis que P. Skardžius les traite dans sa description des dérivés en -is (Skardžius 1996: 51).
50 La plupart de ce type de dérivés, que l’on trouve dans OGJL2, ne figurent pas dans l’ouvrage de P. Skardžius; cf. les dérivés formés à partir de groupes prépositionnels, par exemple įnamys, ančtelis (« bord de la route »), etc. (OGJL2 19).
51 Cf., par exemple, l’explication ajoutée aux dérivés en -bas, -ba au sujet de šlubas (:klubas) (OGJL2 230).
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3.2. Caractéristiques de l’illustration
La singularité de l’OGJL tient à la grande diversité de ses exemples: on trouve souvent côte à côte des exemples de la langue littéraire lituanienne officielle de l’époque et des exemples de langue parlée, qui en montrent les différences d’usage52. Les illustrations comprennent également des données dialectales53 — notamment des dialectes de Tverečius et de Pagramantis54, et plus rarement d’autres55 — qui témoignent de la variation de la langue, ainsi que des données de la littérature lituanienne ancienne (l’OGJL peut aussi être considérée comme une grammaire décrivant la langue de la Postille de Daukša56 (1599)); ces dernières sont le plus souvent accompagnées d’une référence précise à la source. J. Otrębski n’hésite pas à examiner les phénomènes d’expression grammaticale du lituanien dans le contexte plus large des langues indo-européennes.5758
3.3. Rapport à la tradition de description grammaticale de la langue lituanienne
Paru le premier, OGJL3 ne fournissait aucune information sur les principes généraux de cette grammaire et surprenait, bien sûr, par le peu de références aux travaux grammaticaux antérieurs
52 Cf. les formes complètes et réduites — le vocatif brālau et brā (OGJL3 1), ou le locatif kelyjė / kelý, rugiuosė / rugiuõs (ibid., 21).
53 Cf. les variantes doubles des adjectifs: lipnus / lipus, prašnūs / prašūs, kalbnus / kalbus, skaudrus / skaudus, skubrus / skubus, ou les trois réalisations du présent du verbe kosėti: kosti, kosi, kosėja (OGJL2 61, 363).
54 Cf. l’examen des formes du vocatif dans OGJL3 (p. 15), les explications concernant la prononciation de māmā (ibid., 25), ou les variantes littéraires du vocatif du substantif velnias — velnė, vel’ne — ainsi que la forme dialectale velnỹ (ibid., 21).
55 Apie šį žemaičių dūnininkų tarmės plotą žr. Jonikas (1939: 2–7). Kad Pagramančio tarmės duomenų šaltiniu J. Otrębškiui buvo P. Joniko Pagramančio tarmė, rodo joje ir OGJL3 aptariamų kalbos vartojimo faktų sutapt ys, pavyzdžiui, sangrąžos dalelytės nukėlimą į žodžio galą konstrukcijose su neiginiu demonstruojantis nemuškias ‘nesimušk’, žr. Jonikas 1939: 66 ir OGJL3 237. Vėliau pasirodžiusiame OGJL1 J. Otrębskis nurodo, kad žemaičių tarmės pavyzdžius (tik kiek supaprastinęs rašybą) teikia remdamasis minėtuoju P. Joniko darbu (OGJL1 13).
56 Cf., par exemple, les données dialectales citées des districts d’Alytus et de Seinai (OGJL2 61), de Dieveniškės, Ramygala, Debeikiai, etc. (OGJL3 14).
57 Dans OGJL, on trouve aussi bien des références générales (par exemple, tirées de Knygos nobāžnystės, Margarita theologica et de la Bible traduite par Bretkūnas (OGJL3 181, 224, 236)) que des références précises à des données issues de textes anciens (par exemple, de Knygos nobāžnystės (OGJL2 156), du postille de 1600 (ibid., 176), du catéchisme anonyme de 1605 (OGJL3 181), du Nouveau Testament de Chylinski (ibid., 187), des catéchismes de Mažvydas et de Daukša (ibid., 231), du Dictionarium de Sirvydas (ibid., 357, 361) et des Punktų sakymų de Sirvydas (ibid., 361)).
58 Cf. la remarque selon laquelle les formes du comparatif lituanien en -esnis, f. -esnė n’ont pas d’équivalent exact dans les autres langues indo-européennes (OGJL3 127), ou celle portant sur le lien génétique réciproque des langues slaves, à propos des formes du conditionnel butumbi, dotumbi (ibid., 231).
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mention59. Dans les introductions rédigées pour les volumes ultérieurs, J. Otrębski indique les auteurs qu’il privilégie — A. Leskien, P. Skardžius, J. Endzelin et E. Fraenkel —, mais les mentionne très rarement dans le texte même60. Ce modèle est assez courant dans les grammaires de type classique, qui ne fournissent qu’une liste générale de la littérature utilisée. Certes, J. Otrębski n’a pas eu le temps de préparer cette liste pour ses lecteurs, mais on peut en déduire une grande partie de l’aperçu de la littérature lituanienne figurant dans OGJL1 et des remarques des préfaces d’OGJL1 et d’OGJL2.
4. ÉVALUATIONS D’OGJL ET TRAVAUX FUTURS POSSIBLES
OGJL peut être décrite comme une grammaire de style classique assez moderne, qui présente la diversité des données factuelles de la langue lituanienne de manière à la fois détaillée et mesurée. Le style rationnel et sans surcharge de la description grammaticale, ainsi que son caractère hypothétique et prudent, ont permis à OGJL de rester lisible et pertinente. J. Otrębski et son OGJL ont reçu des éloges61 comme des critiques62, et c’est probablement son ampleur qui explique qu’elle n’ait jamais fait l’objet d’une recension approfondie. OGJL a été, est et sera consultée selon les besoins. Les données du lituanien ancien et contemporain présentées par J. Otrębski, ainsi que leur description, ont contribué à l’élaboration de travaux ultérieurs63, et les idées et observations qu’il a formulées
59 Le volume OGJL3 ne contient que quelques mentions de ce type: il s’agit de références aux travaux de D. Klein, K. Jaunius et J. Jablonskis (OGJL3 6, 9, 253).
60 Cf. la référence à A. Leskien que l’on trouve dans le texte d’OGJL2 (OGJL2 387).
61 Antanas Salys décrivait J. Otrębski comme un « bon spécialiste réputé de la langue lituanienne » (voir Salys 1985: 29 [opinion exprimée avant 1965]); Jonas Kazlauskas le qualifiait de l’un des plus éminents baltes du XXe siècle (aux côtés de K. Būga, J. Endzelin, E. Fraenkel et Ch. Stang), cf. Kazlauskas (1968: 108); Algirdas Sabaliauskas qualifiait OGJL d’étude véritablement impressionnante de la structure de la langue lituanienne (voir Sabaliauskas 1982: 150).
62 P. Skardžius, l’un des opposants qui avaient le plus de reproches à faire à J. Otrębski et à sa grammaire (des critiques, il est vrai, assez décousues et pointilleuses), ne parvenait pas toujours à taire ses ressentiments personnels (cf. Skardžius 1998a: 701–708, 741–745, 851) ni l’amertume qu’il a exprimée le plus clairement à la fin de la recension du tome I de Lietuvių kalbos gramatikos, publiée en 1972 dans Draugas: « Ainsi, toute cette grammaire (c’est-à-dire le tome I de LKG – J. P.), bien qu’elle ne soit pas une étude historique, constitue une contribution grammaticale très importante à la science de la langue lituanienne, ainsi qu’à la balistique et à la linguistique indo-européenne comparée; elle fait paraître bien pâle la grammaire en trois tomes publiée par J. Otrębski, Gramatyka języka litewskiego. » (Skardžius 1998: 540–541).
63 Cf. les références à OGJL présentées tout au long de la Lietuvių kalbos istorinėje gramatikoje de Zigmas Zinkevičius (Zinkevičius 1980, 1981).
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sont discutées64, contestées65, signalées non seulement dans les études grammaticales antérieures du lituanien, mais aussi dans les plus récentes66 et/ou dans leurs comptes rendus.
Cinquante ans après l’impression du dernier tome de l’OGJL, on aimerait disposer d’index des formes des mots de l’OGJL. Les possibilités techniques actuelles permettent de mieux exploiter les richesses de la langue lituanienne présentées dans l’OGJL que ne l’avait imaginé J. Otrębski lui-même. Un index électronique bilingue (lituanien-polonais), voire bidirectionnel (permettant de retrouver la forme d’un mot lituanien à partir de son équivalent polonais), permettrait d’utiliser efficacement la description proposée par l’OGJL67 et constituerait en même temps un dictionnaire bilingue exhaustif68, reliant diverses formes de mots69 et leurs significations70, et mettant en évidence les relations synonymiques et/ou antonymiques entre les mots71.
Outre l’activation de l’index complet des mots de l’OGJL, une autre possibilité existe: publier l’OGJL3 en lituanien. Une édition électronique pourrait également être constituée par la traduction lituanienne de l’OGJL3 autorisée par J. Balčikonis et conservée à la bibliothèque de l’université de Vilnius. Certes, dans la version lituanienne de l’OGJL3 préparée par J. Balčikonis, les exemples illustratifs ne sont pas accompagnés de leurs équivalents polonais. Cela a parfois incité le traducteur à faire preuve de créativité; d’un autre côté, ces équivalents polonais manquent cruellement pour décrire le sens de certains mots lituaniens, notamment les plus rares.
64 Cf. LKG I 487, Mažiulis 1970: 132, 185, Kazlauskas 1968: 127, 176, 198, Paulauskienė 1979: 141, 159.
65 Cf. Kazlauskas 1968: 399, Mažiulis 1970: 54, 210, 220, 228.
66 Par exemple: Ambrazas 2006: 105, 283, 314, 353, 445, 481; Judžentis 2012: 36, 169; Arkadiev, Holvoet, Wiemer 2015: 21, 36.
67 À titre d’exemple, on peut citer l’index des Rinktinių raštų de P. Skardžius, qui facilite considérablement la découverte des travaux de cet auteur (voir Skardžius 2013).
68 À titre d’exemple et de prototype d’un tel projet, on peut citer Thesaurus Latino-Lituanicus Jungtinis lotynų–lietuvių kalbų žodynas nuo XVII iki XXI amžiaus, élaboré au Centre de philologie numérique de la faculté de philologie de l’université de Vilnius; pour en savoir plus, voir http://www.thesaurus.flf.vu.lt/
69 Par exemple, J. Otrębski donne au mot vienintelis le sens de « samiu[t]ki ». Il souligne également ce sens de vienintelis, « solitaire », au moyen d’autres dérivés de la racine vien-: vienui vienas « samiuteńki », vienintėlis, vienėtėlis, vienūtis, vienutėlis, vienutūkas, vienužis, vičvienas, vičvienaitis (OGJL3 131, 132). Cf. également l’équivalent de vienintelis, « jedyny », donné dans le Lietuvių–lenkų kalbų žodynas (LLKŽ 540).
70 OGJL teikiami išsamūs lietuviškų pavyzdžių atitikmenys lenkų kalba, pvz.: graudūs, -i ‘kruchy, tkliwy, rzewny, gorzki’ (OGJL3 95); tuščias, -ia ‘próżny, pusty, bezużyteczny’ (ten pat, 93); nurodomos ne tik populiarios, bet ir retesnės (pvz.: bėrnas ‘młodzieniec; kawaler; parobek’ (ten pat, 11), pusėtinas, -a ‘porządny, przyzwoity’ (ten pat, 102)), nublukusios (pvz. šokis (ne vien ‘tanec’, bet ir ‘skok’ = ‘šuolis’ (ten pat, 19)), nykstančios žodžių reikšmės, pvz.: eidinėti ‘chodzić’, eidinińkas ‘dobry piechur’ (ten pat, 272); dial. pagáulūs, -i ‘pojętny’ (ten pat, 110); negeróji ‘nieszczęście’, kreivóji ‘linia krzywa’ ir pan. (ten pat, 111).
71 Cf., par exemple, l’antonymie de opus <->rambus qui ressort de la description de l’OGJL: opùs, -i « wrażliwy, czuły; trudny do gojenia »; […] rambùs, -i « nieczuły, niewrażliwy na bicie » (OGJL3 97).
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SYNTHÈSE
OGJL peut être considérée comme conservant sa valeur scientifique. Pour ceux qui étudient la langue actuelle, et surtout pour ceux qui la codifient, cette grammaire montre qu’il est nécessaire de s’appuyer sur l’ensemble de la langue vivante et de ne pas oublier une connaissance générale de l’histoire de la langue. La lecture de la « Grammaire de la langue lituanienne » de J. Otrębski s’accompagne constamment de l’impression qu’elle a été écrite dans le but de partager un savoir, et que cela a été fait avec plaisir. On peut donc qualifier OGJL de grammaire qu’il est intéressant et agréable de lire.
Les modèles de description linguistique évoluent constamment, et sur une période plus longue, le regard porté sur les matériaux décrits change lui aussi considérablement. Cet article s’est donc efforcé d’attirer l’attention sur les particularités de l’ouvrage de J. Otrębski au moment de sa rédaction et d’examiner les ressemblances et les différences les plus notables observées entre cet ouvrage et les descriptions grammaticales publiées ultérieurement, tant dans la modélisation que dans le regroupement ou le classement des matériaux.
Les grammaires ne sont pas des ouvrages qui se lisent de façon linéaire. Le lecteur ordinaire ne recherche généralement dans les grammaires que les matériaux portant sur la question qui l’intéresse. C’est pourquoi les index thématiques, des formes des mots et des noms propres facilitent la recherche du contenu présenté dans une grammaire, et surtout des données factuelles. Des index sont particulièrement nécessaires pour OGJL, compte tenu de la diversité et de l’ampleur des matériaux illustratifs; les équivalents polonais parallèles qui accompagnent les exemples permettent d’envisager un dictionnaire bilingue consultable dans l’espace virtuel, qui contribuerait en même temps à raviver la pensée grammaticale de J. Otrębski. Un tel index, accompagné d’un fac-similé de la page correspondante de la grammaire de J. Otrębski, pourrait également résoudre le problème de l’accès au texte d’OGJL, devenu une rareté bibliographique.
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Jan Otrębski’s Gramatyka języka litewskiego (III – 1956, I – 1958, II – 1965): History and Today
RÉSUMÉ
L’article examine le processus de publication de la grammaire lituanienne en trois volumes du célèbre linguiste polonais Jan Otrębski (1889–1971), la composition de la description grammaticale, ses particularités et les appréciations dont elle a fait l’objet. Le type de grammaire permet d’établir à la fois un index des formes des mots qui y sont utilisées et un index de leurs équivalents polonais correspondants. Un index-dictionnaire électronique moderne des formes des mots contribuerait à maintenir vivante la pensée grammaticale de J. Otrębski et constituerait une excellente source lexicographique pour les langues lituanienne et polonaise ainsi qu’un outil pédagogique. Un tel index, accompagné d’un fac-similé de la page correspondante de la grammaire de J. Otrębski, contribuerait également à résoudre le problème de l’accessibilité du texte de cette grammaire.
Reçu le 22 mai 2015.
JŪRATĖ PAJĖDIENĖ
Lietuvių kalbos institutas
Petro Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius, Lietuva
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