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JŪRATĖ PAĖDIENĖ

Institut de la langue lituanienne

Axes de recherche: syntaxe, sémantique et pragmatique du lituanien ancien et contemporain, histoire de la culture et des textes ecclésiastiques de Lituanie.

DOI

Juozas Pabrėža

LA LANGUE ET L’ORTHOGRAPHE SAMOGITIENNES

MONOGRAPHIE SCIENTIFIQUE

Šiauliai: Département des publications de la bibliothèque de l’Université de Šiauliai (Bibliotheca actorum humanitaricum universitatis Saulensis, livre no 17), 2017, 336 p.

ISBN 978-609-819-10-1, ISSN 1822-7278

Parue à la fin de l’année 2017, la monographie de Juozas Pabrėža, La langue et l’orthographe samogitiennes (ci-après ŽKR), est importante non seulement pour les dialectologues, mais aussi pour toute personne qui s’intéresse à la samogitianité, car, en tant que possibilité d’expression et de reconnaissance de celle-ci, l’ouvrage met en lumière ses composantes les plus importantes, les plus intéressantes et les mieux étudiées ou, au contraire, celles qui manquent de recherches, ainsi que leur caractère distinctif.

ŽKR peut intéresser deux types différents de destinataires et s’adresse à eux. Le premier est un lecteur émotionnellement neutre, qui s’intéresse aux études lituaniennes et à la dialectologie: le système linguistique samogitien est décrit en prenant le lituanien standard comme point de référence (cela se reflète dans les formules de comparaison qui soulignent les différences entre les deux systèmes linguistiques, ainsi que dans les exemples illustratifs, qui comportent presque toujours1 un équivalent de forme ou de sens en lituanien standard). Mais ŽKR s’adresse également à un autre destinataire, émotionnellement engagé. Ce livre est très important pour tout Samogitien ou toute personne ayant des racines samogitiennes, car l’alphabet samogitien qui y figure (p. 167), les règles d’orthographe pratique (p. 168–194) et les explications de la transcription phonétique (p. 37–40) permettent d’acquérir les bases de l’alphabétisation. ŽKR

1 À l’exception de quelques cas de parfaite coïncidence avec le lituanien standard, cf. par exemple le champ d’accentuation des Samogitiens du Sud laukas, la rosée, présenté p. 74.

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les descriptions consacrées aux recherches sur la culture samogitienne (p. 17–36) et à la langue samogitienne (p. 41–113), les textes représentant le parler samogitien selon différents sous-dialectes (p. 114–144) et le recueil de créations littéraires samogitiennes intitulé Žemaičių rašõs pavyzdžiais (p. 195–300), ainsi que les références bibliographiques consacrées aux divers aspects de l’expression de la samogitianité (p. 301–309), permettent au lecteur de cet ouvrage de découvrir pleinement les manifestations et les particularités de la samogitianité.

Les 19 et 20 octobre 2017, l’Institut de langue lituanienne accueillit la cinquième conférence commémorative d’Aleksas Girdenis (1936–2011), intitulée « Transformations des langues et des dialectes ». Lors de cette conférence, Juozas Pabrėža parla des origines et des traditions de l’écriture samogitienne, retraçant une période allant du premier livre lituanien (1547) et de la samogitianité de Martynas Mažvydas jusqu’à l’époque contemporaine et au mouvement samogitien, apparu avec le Renouveau national, ainsi qu’à la publication, en 1998, par Aleksas Girdenis et Juozas Pabrėža de Žemaičių rašõs2. À cette occasion, l’orateur confia qu’il avait lui aussi déjà préparé un livre sur la langue et l’écriture samogitiennes. Mais ce n’est pas seulement cette déclaration, ni même le contenu de toute la communication, qui comptait: c’est surtout la manière de la présenter qui marqua les auditeurs. Après avoir commencé en lituanien standard, il passa à un autre code linguistique à partir d’un exemple samogitien illustrant une affirmation. Juozas Pabrėža n’en revint pas. Une méthode similaire de « conjuration samogitienne » est aussi employée dans le livre recensé: les parties didactiques du ŽKR sont présentées en lituanien, puis suivies de textes samogitiens illustrant deux systèmes distincts de représentation écrite du parler samogitien — l’un précis, l’autre approximatif. Le premier convient aussi bien à ceux qui savent parler samogitien qu’à ceux qui ne le savent pas: il s’agit de la transcription phonétique simplifiée, « fondée sur une notation exacte des sons selon leur prononciation » (p. 37). Le second système d’écriture — l’orthographe pratique présentée au lecteur du ŽKR — sert à transcrire la langue samogitienne quotidienne et/ou littéraire. Visuellement, ce dernier système paraît beaucoup plus simple, mais c’est précisément lui qui exige du lecteur qu’il maîtrise le parler samogitien; quant à celui qui commence à l’appliquer, il lui faut aussi bien connaître les régularités de la langue samogitienne, que le ŽKR expose en les comparant au système phonologique de la langue standard. Sur la quatrième de couverture figure une présentation en samogitien de l’auteur du ŽKR: Eso Skouda žemės žmogos. [...] Pabrėža Jūzas.

La monographie examinée se compose d’une Pratarmė, Įvadas, de deux parties principales, Žemaičių kalba et Žemaičių rašõs (toutes deux comprenant des exemples de textes représentant ces deux systèmes distincts d’expression — le parler et l’écriture), d’une bibliographie, d’un index des noms et d’un résumé intitulé The Samogitian Language and Writing. Du point de vue de la structure, seul le placement du chapitre Transkripcija dans l’Įvadas plutôt que dans la partie Žemaičių kalba peut surprendre. Sans cette section consacrée aux principes de la transcription, l’introduction pourrait être décrite comme un aperçu des recherches sur les origines et la conscience de soi samogitiennes, où sont abordés le nom Žemaičiai (p. 17–19), le culturel

2 Dar plg. Urbanavičienė, Jaroslavienė 2018: 144.

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mouvement samogitien (p. 20–25), les activités de la Žemaičių kultūros draugijos, fondée le 27 novembre 1988 (p. 26–30), ainsi que les questions relatives à l’identité samogitienne (p. 31–36). En présentant dans l’introduction les interprétations de l’origine du mot žemaičiai, l’auteur du ŽKR souligne deux sens pluriels de ce nom: « Žemaičiai (avec une majuscule) désigne le pays, tandis que žemaičiai (avec une minuscule) désigne les habitants » (p. 17). Selon Juozas Pabrėža, la désignation du pays au pluriel, Žemaičiai, est bien plus ancienne que le toponyme Žemaitija (ce dernier « ayant commencé à se répandre après la levée de l’interdiction de la presse » (p. 19)). Le chapitre Žemaičių tapatumas (p. 31–36) présente deux positions concernant les origines des Samogitiens: les archéologues Pranas Kulikauskas, Adolfas Tautavičius, Albinas Kuncėvičius, Adomas Butrimas et Vladas Žulkus, à la lumière de leurs recherches, défendent l’idée que les Samogitiens ont existé en tant que tribu balte distincte (ou unité ethnique distincte), tandis que les historiens Alvydas Nikžentaitis et Edvardas Gudavičius, les linguistes Giedrius Subačius et Zigmas Zinkevičius, ainsi que l’ethnologue Petras Kalnius les considèrent comme un sous-ethnos, une sous-nationalité, une nation minoritaire ou un groupe ethnique (p. 31). Juozas Pabrėža décrit l’identité samogitienne et ses particularités en s’appuyant sur les recherches des linguistes Regina Kliukienė, Rasa Kviklytė, Kazimieras Župerka et Silvija Papaurėlytė, des ethnologues Auksuolė Čepienė, Vaidotas Pakalniškis, Petras Kalnius et Stasys Gutautas, de l’ethnopsychologue Remigijus Blumas et de l’ethnomusicologue Loreta Sungailienė, en soulignant tout particulièrement que « l’élément le plus important et le plus distinctif de la culture traditionnelle samogitienne, celui qui décrit, identifie et représente le plus clairement l’identité samogitienne, est la langue samogitienne » (p. 36).

Le chapitre Žemaičių kalba s’ouvre sur la question du statut: langue ou dialecte. Parmi les arguments en faveur du statut de langue figurent les différences entre la langue samogitienne, la langue standard et les autres dialectes, l’auteur soulignant que « la langue samogitienne possède tous les principaux niveaux, paramètres ou composantes propres à toute langue: phonétique, morphologie, syntaxe et lexique » (p. 47). Il insiste sur sa conviction personnelle: « je maintiens fermement qu’il existe une langue samogitienne, comportant trois dialectes bien distincts (les Samogitiens du Nord donininkai, les Samogitiens du Sud dūnininkai et les Samogitiens de l’Ouest dounininkai), les sous-dialectes des Samogitiens du Nord de Telšiai et de Kretinga, ceux des Samogitiens du Sud de Varniai et de Raseiniai, ainsi que de nombreux parlers et sous-parlers plus restreints » (p. 48). C’est ainsi que le ŽKR présente une vue d’ensemble du système linguistique samogitien, en examinant les principales particularités phonétiques, prosodiques, morphologiques, syntaxiques et lexicales propres à la langue samogitienne (ainsi qu’à ses dialectes et à ses parlers)³. Dans cette recension, le terme employé pour désigner l’ensemble des dialectes samogitiens est également

3 Il est habituel de décrire les dialectes en commençant par leurs caractéristiques les plus générales, puis de se concentrer sur un dialecte ou un sous-dialecte particulier. Par exemple, dans la Dialektologijoje de Z. Zinkevičius, les différences les plus marquantes entre les Samogitiens et les Aukštaitians sont d’abord exposées (Zinkevičius 194: 85–105), puis sont examinées les caractéristiques phonétiques et prosodiques propres aux Samogitiens du Sud (de Raseiniai et de Varniai), aux Samogitiens du Nord (de Telšiai et de Kretinga) et aux Samogitiens de l’Ouest (ibid., 106–123).

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la notion de langue samogitienne, c’est pourquoi l’attention portera également sur la question de savoir si, pour comprendre le statut de l’ensemble des variétés de parler samogitien comme une langue à part entière et non comme un dialecte, il convient d’adopter et d’appliquer automatiquement, dans ŽKR, les termes habituels des descriptions dialectologiques.

Comme cela a déjà été indiqué, la langue samogitienne est décrite dans ŽKR en prenant pour référence la langue standard4. Ce système de référence est conforme à la tradition des descriptions dialectologiques du lituanien et, dans la plupart des cas, cette démarche ne pose aucun problème dans cette monographie non plus (le statut de ŽKR en tant que monographie scientifique montre que son principal destinataire est censé être une personne maîtrisant le lituanien standard et connaissant sa structure). Ainsi, les caractéristiques phonétiques des dialectes et sous-dialectes samogitiens sont examinées en indiquant leurs correspondances avec les sons uo, ie, o, ė, ai, ei, u, i,5, am, an, em, en, ą, ę, ų, į du lituanien standard, en décrivant les particularités de prononciation des consonnes palatalisées č, dž et de certaines autres consonnes, ainsi que la réduction des finales. La description de la langue samogitienne regorge d’exemples illustrant aussi bien les régularités que les exceptions. Par exemple, dans le traitement des correspondances samogitiennes des diphtongues ie, uo (p. 49–52), sont abordés à la fois le « non-respect » des régularités de changement et le maintien de ces sons dans des emprunts tels que miests, sviests; sont indiquées non seulement les variantes du suffixe -ien (par exemple, dans les noms de famille des femmes mariées, cf. Butkėnė, et dans les noms de plats, cf. bulbėnė, lapinė), mais aussi les cas où « tous les Samogitiens ont, à la place de uo, ie, les voyelles longues ū, ī ou les voyelles brèves u, i, par ex. Jūzaps / Jūzops ‘Juozapas’, […] kūnėr ‘kuomet, kada’, kėutė-mėt ‘kitą’, kažekumėt ‘kažin kada’, tūmėt ‘tada’, vėsumėt ‘visuomet, visada’, tūjau ‘tuojau’, lītös ‘lietus’ […] » (p. 51), en mentionnant également la réalisation de uo, ie dans certains mots présentant des « rapports inverses » (par ex.: pùks ‘pūkas’, vėšnė ‘vyšnia’) ou des correspondances qui ne respectent pas la régularité (cf.: « [i]l existe aussi des uo, ie tout à fait inattendus, par ex.: juokūte ‘juokauti’, […] švėstė ‘šveisti’. » (p. 52). La description dans ŽKR est simple et fondée, et il est évident que cette simplicité est délibérément recherchée6. Pourtant, dans certains cas, l’explication particulièrement simplifiée présentée au lecteur permet de s’interroger sur la pertinence d’une telle démarche. Cf., par exemple, le début de la description et le paragraphe entier consacrés aux correspondances du uo, ie du lituanien standard dans le dialecte samogitien méridional, qui laissent supposer que l’Auteur lui-même n’est pas enclin à privilégier la version simplifiée (et, en tant que chercheur, ne devrait pas le faire), cf.:

Les Samogitiens du Sud […] ont, à la place de uo, ie, des sons qui ressemblent aux voyelles longues ū, ī, par ex.: dūna ‘duona’, […] svīts ‘šviesas’ […]. En effet, certains linguistes (A. Girdenis, J. Bukantis, D. Atkočaitė, « Lietuvių kalbos tarmių

4 En effet, les caractéristiques de la langue samogitienne sont parfois comparées dans ŽKR à celles propres aux Aukštaitiens, par ex. p. 75–76.

5 Une attention considérable est également accordée aux cas d’assimilation régressive de u, i, qui distinguent le sous-dialecte de Telšiai, dans le samogitien du Nord, de celui de Kretinga, également dans le samogitien du Nord (cf. p. 57–62).

6La préface contient une indication qui permet de considérer cet objectif comme l’un des buts du livre, à savoir « décrire la langue samogitienne, son caractère distinctif, de la manière la plus simple, compréhensible et accessible possible » (p. 11).

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Žemaičių kalba ir rašyba. Mokslo monografija

Les rédacteurs de la « chrestomathie »7 affirment qu’il ne s’agit pas ici de voyelles longues (monophtongues) ū, ī, mais de groupes proches des diphtongues (diphtongoïdes) uⁿ, iⁿ, par ex.: dūⁿna « pain », [...] sūⁿts « beurre » [...]. En effet, diverses études et expériences ont démontré que les correspondants en dialecte samogitien méridional des ie, uo et y, ū de la langue standard ne sont pas des sons tout à fait identiques, comme le montrent les formes rīts « rare » et rīts « matin », lītē « pleuvoir » et lītē « pleuvoir » [...]. (p. 50)8

Dans ŽKR, on s’efforce de décrire le caractère distinctif des sons samogitiens en attirant l’attention non seulement des lecteurs qui ne parlent pas samogitien (cf., par exemple, le caractère non conforme au lituanien standard des ou, ei propres au samogitien du Nord, le lituanien standard n’ayant ou que dans des emprunts tels que klounas, šou (p. 49–50)), mais aussi celle des Samogitiens eux-mêmes qui cherchent à prononcer correctement les mots du lituanien standard, cf.:

[...] la plupart des Samogitiens (à l’exception de la partie occidentale) ne possèdent pas du tout les voyelles longues tendues o, ē. Or, il est extrêmement difficile d’apprendre à prononcer des sons qui n’existent pas dans le système de sa langue maternelle. C’est pourquoi plus d’un Samogitien, même s’il maîtrise assez bien le lituanien standard, révèle le plus souvent sa véritable origine en diphtonguant les voyelles o, ē. (p. 53–54)

De telles remarques, qui mettent en relation des systèmes phonétiques différents, sont habituelles dans les descriptions dialectologiques du lituanien9, mais le fait que ŽKR en fournisse bien davantage d’exemples justifie cette démarche (cf. le remplacement des consonnes plus récentes attendues dans les mots internationaux, les emprunts ou les noms propres, f, ch, h, par leurs correspondants habituels p, k, g (tels que Ādūlis ‘Adolfas’ [...], kuligāns ‘čuliganas’ [...], gīms ‘himnas’ [...] et leur effacement complet (cf. aktārs / ek tārs ‘hektaras’ [...]), l’ajout et l’insertion des consonnes j (devant i, e, ė) et v (devant uo) (cf. jīd ‘ėda’ [...], vūobōs ‘uobolys’, vūobėlē ‘obelės’ [...]), ou encore les cas de disparition, de palatalisation, etc. (voir p. 70–71).

Dans le chapitre Caractéristiques prosodiques, sont examinées les particularités accentuelles propres aux Samogitiens (p. 74–84) et décrits les tons qu’ils connaissent — brisé, continu — ainsi qu’une variante du ton simple — médian — (p. 85–86); il est également mentionné que, dans certaines régions de Samogitie, « on distingue des tons associés au retrait de l’accent » (p. 86), et que des facteurs intonatifs peuvent entraîner des modifications de certains tons (p. 87). Le chapitre indique aussi en quoi la connaissance des particularités de l’accentuation et des tons samogitiens peut être utile pour l’enseignement et l’apprentissage de l’accentuation du lituanien standard (p. 83–84). Il faut toutefois que le lecteur peu intéressé par la dialectologie, et en particulier le Samogitien, fasse preuve de patience à l’ouverture de la section de ŽKR consacrée à l’Accentuation (p. 74–78), car celle-ci s’appuie sur la théorie de la régularité du retrait de l’accent, tenue pour acquise

7 Voir Bacevičiūtė et al., éd. 2004.

8 Apie šiuos diftongoidus dar plg. Zinkevičius 1994: 105.

9 Sur l’influence des dialectes et les difficultés de prononciation rencontrées par les Samogitiens lorsqu’ils parlent le lituanien standard, voir Zinkevičius 1966: 20–21; 1994: 126–131; Grinaveckis 1973: 31–35.

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Les caractéristiques accentuelles du samogitien — qui diffèrent de celles de la langue standard et se manifestent de façons particulières dans les territoires de certains dialectes — sont décrites à partir de plusieurs aspects. Introduite sans aucune explication théorique ni référence, la notion de retrait de l’accent semble résoudre les difficultés liées à la conception du samogitien proposée dans ŽK: en l’absence de toute introduction théorique élémentaire et de références quant au caractère conventionnel du discours habituel des accentologues10, les Samogitiens qui conçoivent leur langue maternelle dans les limites de leur propre compréhension risquent de ne pas saisir pourquoi leur accentuation naturelle est qualifiée de conditionnelle ou d’universelle, ni pourquoi on parle de retrait de l’accent (voir le point 4 de la citation ci-dessous). Comparer le début, quelque peu abrégé, du chapitre Accentuation:

Du point de vue de l’accentuation, les Samogitiens peuvent être répartis en quatre zones:

1. Dans la partie la plus méridionale du territoire samogitien (Šilutė, Vainutas, Pagėgiai, Tauragė, Skaudvilė, Eržvilkas), l’ensemble du système accentuel est très proche de celui de la langue standard: l’accent est maintenu dans tous les cas et n’est pas déplacé, par exemple: pugā « pūgā », gīvā « gyvà », laũkš « laũkš » [...], žaltis « žaltýs », ragù « ragù », mažõs « mažõs ». Tous les autres Samogitiens connaissent un déplacement de l’accent, sous une forme ou une autre, de la terminaison vers le début du mot. On distingue deux types de déplacement de l’accent: conditionnel et universel. Selon la quantité de la syllabe vers laquelle l’accent est déplacé, le déplacement conditionnel se divise en deux degrés.

2. Dans une très petite zone du sud samogitien, autour de Raseiniai, Viduklė, Nemakščiai et Lyduvėnai, on trouve le déplacement de l’accent du deuxième degré: l’accent est déplacé d’une terminaison brève vers l’avant-dernière syllabe longue, par exemple: pūgā « pūgà », gīvā « gyvà », laũkš « laũkš » [...], mais [...] žaltīs « žaltýs », ragù « ragù », mažõs « mažõs ».

3. En allant vers le nord, dans une zone un peu plus vaste du sud samogitien, autour de Pėžrantė, Kražiai, Kelmė, Kiaunoriai, Šaukėnai et Kurtuvėnai, l’accent est déplacé selon le déplacement conditionnel du premier degré (ou déplacement conditionnel plus intense), c’est-à-dire d’une terminaison brève vers l’avant-dernière syllabe, qu’elle soit longue ou brève, par exemple: gīvā « gyvà », dīnà « dienà », laũkš « laũkš » [...], mais [...] žaltīs « žaltýs », ragù « ragù », mažõs « mažõs ».

4. La plupart des Samogitiens (tous les Samogitiens du Nord, ainsi que la majeure partie des Samogitiens de l’Ouest et du Sud, notamment ceux de la région de Varniai) pratiquent le déplacement universel (intense) de l’accent: l’accent

10 Comparer la description du caractère conventionnel de ce terme donnée par Vytautas Rinkevičius, qui ne se limite pas à l’épithète dit, mais évoque aussi le rôle de la langue standard comme point de référence pour la comparaison des systèmes accentuels: « Parmi les divergences systématiques quant à la place de l’accent entre les dialectes, on mentionne d’abord le déplacement dit de l’accent hors des syllabes finales du mot, caractéristique des dialectes du nord et du nord-ouest de la Lituanie, où ces syllabes sont généralement accentuées dans les autres dialectes. [...] Le lituanien standard, formé sur la base d’un dialecte de Haute-Lituanie occidentale relativement archaïque, où les intonations sont bien distinguées et où il n’y a pas de déplacement de l’accent, constitue un point de référence commode pour les recherches sur l’histoire de l’accentuation » (Rinkevičius 2015: 24; 25).

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est déplacé d’une terminaison brève ou longue à intonation circonflexe vers la première syllabe, quelle que soit sa quantité, par exemple: gõž « gyvà », bãisòs « baisùs », [...] šãką « šakà », [...] žãltįs « žaltìs », [...] tėkrā « tikrai », tīevā « tėvai », [...] jōukās « juokais » [...]. (p. 74–75) Il faut toutefois noter que, par la suite, après avoir précisé que ces cas ne sont pas les plus fréquents¹¹ (car « les Samogitiens ne déplacent pas l’accent des terminaisons à intonation circonflexe, par exemple: karklīns ‘karklynas’, šabakštīns ‘šabakštynas’, [...] perm ‘pirm’, ketām ‘kitām’, [...] arklēms ‘arkliams’, šimtāms ‘šimtams’ [...] » (p. 75), l’auteur de ŽKR examine le déplacement de l’accent samogitien comme un phénomène lié au phénomène dit de déplacement de l’accent (p. 77) et à la formation d’accents secondaires¹² (p. 76–78), ainsi que comme un processus dont l’origine et la datation font l’objet de débats (p. 83–84). Il souligne que le déplacement de l’accent n’est pas un « phénomène parfaitement régulier, systématique et ne connaissant aucune exception » (p. 78), et présente de façon particulièrement détaillée sa dynamique (p. 78–83). L’intérêt scientifique de Juozas Pabrėža a probablement été centré pendant un certain temps sur les cas réfractaires de la théorie dite du déplacement de l’accent¹³, ce qui a conduit à présenter cette théorie comme allant de soi dans l’ouvrage recensé, puisque la pertinence de la notion de déplacement de l’accent dans ŽKR n’est ni remise en question ni justifiée. ŽKR comporte également des passages où les descriptions du déplacement de l’accent, à première vue, semblent se contredire (comparer les affirmations suivantes: « On a longtemps pensé que le déplacement de l’accent était un phénomène parfaitement régulier, systématique et ne connaissant aucune exception. Cependant, l’étude d’un vaste corpus empirique (plus de 61 000 exemples) et le traitement statistique des résultats [...] ont montré que le déplacement samogitien de l’accent est un phénomène dynamique et non statique » (p. 78) et « [p]our enseigner ou apprendre l’accentuation, on peut même s’appuyer sur le déplacement de l’accent, car celui-ci est précis, strict et systématique » (p. 88). Une remarque supplémentaire sur la nature des situations de parole dans le second cas, qui concerne l’accentuation de mots isolés, dissiperait cette apparente contradiction, puisque les pages 78–82 parlent de textes suivis¹⁴).

11 Comparer: « [L]es Samogitiens ont davantage de terminaisons à intonation circonflexe que la langue standard ou les autres dialectes [...]. Ainsi, dans la langue samogitienne, contrairement aux dialectes de Haute-Lituanie ou à la langue standard, le circonflexe, et non l’aigu, est le terme marqué de l’opposition » (p. 75).

12 Il s’agit des cas où « après l’accent principal apparaît un nouvel accent secondaire, absent de la langue standard (par exemple, žodė ‘žodžiai)’ » (p. 77). Comparer les cas d’accentuation de mots caractérisés par une grande profusion d’accents distinctifs: « Il arrive que des mots aient jusqu’à quatre ou cinq accents, par exemple: [...] možēkontēs ‘muzikantus’, darbēninkūs ‘darbininkus’, [...] nabāpīrādi ‘nebeprigirdi’ [...] » (p. 78).

13 Plg., pavyzdžiui, Pabrėža 1986.

14 Comparer: « Dans les textes suivis en samogitien, on rencontre tout de même un nombre non négligeable de mots dont l’accent n’est parfois pas déplacé des terminaisons, malgré les règles de déplacement en vigueur, par exemple: [...] možēks ‘muzikas’, stuogā ‘stogai’, prostā ‘prostai’... » (p. 78)

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Dans le chapitre Caractéristiques morphologiques (p. 89–101), sont examinées les formes des mots qui se distinguent davantage sur le plan morphologique (et non phonétique) de la langue standard ou des autres dialectes. Dans ŽKR, elles sont décrites en mettant en évidence les différences les plus caractéristiques des diverses parties du discours — nom, adjectif, pronom, verbe, numéral et adverbe — ainsi que les particularités de la formation des mots (p. 100–101) et celles du duel (car les Samogitiens ont conservé le duel non seulement dans les pronoms, par ex.: vė́do, vė́d(ž)e, jọ́.do, jọ́.-d(ž)e, anọ́.do, aned(ž)e (p. 98), mais aussi dans les verbes, les noms et même les participes (voir p. 99)).

Dans l’examen des traits syntaxiques, ŽKR souligne la capacité des Samogitiens à exprimer la situation, le temps et le déroulement de l’action au moyen de leurs propres ressources. Le système d’aspect samogitien (en particulier celui des Samogitiens du Nord) est décrit comme comprenant non seulement l’aspect duratif et l’aspect ponctuel, mais aussi un aspect intermédiaire (p. 103), qui « se forme le plus souvent en ajoutant à un verbe non déterminé des adverbes de sens affaibli, des particules intensives comme žem, lān, šalin, lygi, kietai, gatavai, kiaurai, viršų, arti, vietoje, etc. » (p. 102), cf.: patį eini į bažnyčią į vakus vėdi kiaura « tu vas toi-même à l’église et tu conduis les enfants, quoi qu’il arrive » (Židikai); [...] kās tau stuovies vėitio be dārba « qu’est-ce qui te retiendra sans travail? » (Mosedis); pagivėn į lėk, nestūo vėitio « il vit un peu et s’en va en courant — il ne supporte pas de rester longtemps » (Laižuva) (p. 103). Ce chapitre met en relief le contraste très marqué, caractéristique du parler samogitien, entre l’emploi des temps simples et des temps composés (p. 103–104), ainsi que l’usage courant de l’expression de l’évidentialité¹⁵, appelée mode narratif (p. 103), les formes particulières des constructions causales propres aux seuls Samogitiens (p. 104–106) et le caractère distinctif de l’ordre des mots (notamment une configuration inhabituelle en langue standard, où le nom de famille précède le prénom, par ex.: vėžo, Kaubris Kazimiers batėtos « je regarde — Kaubrys Kazimieras fait le batteur » (Alsėdžiai) (p. 106). Dans le chapitre Caractéristiques lexicales (p. 107–113), sont décrits les groupes de mots qui tendent le plus à conserver leurs sens. La spécificité du lexique samogitien est illustrée par une série de mots répartis en plusieurs groupes thématiques. Ces listes de mots (p. 107–111) permettront aux lecteurs samogitiens de vérifier leur connaissance réelle du lexique samogitien, même si elles visent probablement à intéresser d’autres lecteurs également: en effet, le lexique samogitien y est présenté non pas dans une transcription dialectale, mais, comme dans les dictionnaires, transposé en langue standard (cf., par exemple, les désignations des parties du corps humain — šlaņkai « os », kūšinas « petit os de la jambe », išleži̇s « espace interdigital », pōpūtė « ampoule durcie, callosité » (p. 107–108) —, ou celles de la flore — brānė « gousse verte de pois ou de haricots », tatārška « acore odorant », žąsniklas « massette », pliōris « huile » (p. 108). On y examine également les mots caractéristiques d’autres

15 Selon Axel Holvoet, les propriétés formelles et les particularités fonctionnelles des formes évidentielles rendent difficile leur intégration dans les systèmes du mode et de la modalité; sur l’évidentialité en tant que « catégorie parasite », voir plus particulièrement Holvoet 2004: 107t.

16 Apie transponavimą žr. Pabrėža, Marčiukaitė, Leskauskaitė 2013: 17.

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propres aux dialectes, mais que les Samogitiens emploient dans un sens différent, par ex.: žygiai — en samogitien « travaux ménagers, soin du bétail », kūlnai — en samogitien « prières accompagnées de chants » (p. 11). Le chapitre Caractéristiques lexicales traite également du rôle et du nombre des emprunts; il convient notamment de noter que les Samogitiens en ont moins que les autres dialectes lituaniens (p. 112–113).

La seconde partie de la monographie évaluée, consacrée à l’orthographe samogitienne, comprend sept chapitres: Bref historique de l’écriture samogitienne, Alphabet samogitien, Voyelles, Consonnes, Diphtongues, Digrammes, Quelques questions de morphologie, de syntaxe et de lexique, et exemples d’orthographe samogitienne. Dans la présentation de l’histoire de l’écriture samogitienne (p. 147–166), sont d’abord mentionnés les passages en samogitien du catéchisme de Martynas Mažvydas (1547), de la postille de Wolfenbüttel (1574) et du recueil de cantiques traduit par Saliamonas M. Slavočinskis (1646); sont également présentés un texte manuscrit samogitien (datant au plus tôt de 1636)17 et le monument le plus important et le plus marquant de la langue samogitienne du XVIIe siècle, la traduction du polonais d’un ouvrage du théologien saint Bonaventure, imprimée en 1759: ZWATAS PONA YR DIEWA MUSU JEZUSA CHRISTU-SA18. L’attention se porte ensuite sur une période cruciale pour le développement de l’écriture samogitienne: le XIXe siècle. En s’appuyant principalement sur les recherches de Giedrius Subačius, l’ouvrage présente les travaux consacrés à la langue écrite samogitienne, rédigés dans cette langue ou concernant les Samogitiens, des grandes figures de la culture samogitienne du XIXe siècle: Jurgis Pabrėža, Simonas Daukantas et Motiejus Valančius (p. 149–151), ainsi que la grammaire de langue polonaise écrite en 185 m. par Juozas Čiulda, Brèves réflexions sur les règles de grammaire de la langue samogitienne, qui « a synthétisé la tradition de la langue écrite samogitienne, en a élaboré la normalisation et harmonisé les principes de l’écriture samogitienne »19 (p. 151–152). ŽKR souligne qu’à la charnière des XIXe et XXe siècles, après la formation d’une langue lituanienne commune fondée sur le dialecte des Hauts-Lituaniens du Sud-Ouest, le besoin d’écrire en samogitien subsistait: dans la presse samogitienne de l’époque — les hebdomadaires Žemaičių prietelius (1925–1940) et Žemaičių žemė (1940–1944) —, on débattait de l’écriture en samogitien et on y encourageait les auteurs (cf. la déclaration de Jonas Jablonskis: « Dans l’intérêt général de la culture linguistique de la nation, il serait utile que les Samogitiens disposent, parallèlement à l’écriture littéraire, de leur propre écriture » (p. 156)). Diverses propositions (de J. Tautvydas et B. Jurgis) visant à normaliser l’orthographe samogitienne étaient avancées (p. 155–156), et des récits, proverbes, dictons, chansons et poèmes en samogitien étaient publiés. Dans les périodiques mentionnés et dans l’anthologie de 1938, les auteurs Stasys Anglickis, Pranas Genys, Sofija Čiurlionienė-Kymantaitė et d’autres publiaient leurs œuvres transcrites en samogitien (p. 156–158). Avec le mouvement Atgimimas, une nouvelle vague du mouvement culturel samogitien prit de l’ampleur et incita à unir les forces

17 Voir Zinkevičius 1974.

18 Voir également Girdinis, Skirmantas, éd., 1998; Girdinis, Girdenienė 1997.

19 Subačius 1993: 5.

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afin d’élaborer des principes d’orthographe samogitienne et de développer l’expression créative en samogitien: en 1991 parurent les Conseils d’orthographe samogitienne préparés par Juozas Pabrėža; à l’initiative de Danutė Mukienė, le journal en samogitien Que racontons-nous? commença à paraître, puis, à partir de 1993, la revue Terre samogitienne prit le relais. L’augmentation du nombre de personnes souhaitant et pouvant écrire en samogitien incita à préciser et à perfectionner les fondements de l’orthographe samogitienne; en 1998, Alekas Girdėnas et Juozas Pabrėža publièrent donc une nouvelle version augmentée et corrigée du livret Orthographe samogitienne20, réimprimé en 2002 dans la revue Terre samogitienne, ce qui le rendit ainsi plus accessible à un lectorat plus large21.

Dans les cinq chapitres suivants de la partie orthographique du ŽKR, l’attention se concentre sur les règles de l’orthographe appliquée samogitienne. Après la présentation de l’alphabet samogitien, il est indiqué que les principes d’écriture des voyelles samogitiennes sont très proches des principes phonétiques (« Il faut écrire comme on prononce là d’où vient l’auteur » (p. 169)), tandis que les consonnes s’écrivent comme dans la langue standard, selon le principe morphologique (p. 168). Après avoir pris connaissance des règles concernant l’orthographe des voyelles brèves i, ė, e, a, o, u, par ex.: lis « lire » [...], vėse « tous » [...], medos « miel » [...], taks « chemin », rode « bruns » [...], šūs « chien » [...] (p. 169–170), le ŽKR signale les cas qui doivent être examinés séparément, par exemple lorsque, sous l’effet de l’accent, les voyelles allongées dans certaines positions (dites à longueur positionnelle) s’écrivent avec des lettres brèves (« cf.: “uoka ‘enfant’ (voyelle véritablement longue): taka ‘chemin’ (voyelle allongée sous l’effet de l’accent a)” » (p. 170)). L’orthographe des voyelles brèves en finale est abordée en distinguant 13 cas (p. 170–173), qui peuvent effrayer celui qui souhaite découvrir les règles orthographiques. Il convient ici de rassurer le lecteur samogitien: en réalité, ces explications sont superflues et destinées à ceux qui ne parlent pas samogitien (ou qui ne le parlent pas22). Elles exposent les différences entre le système phonétique samogitien et le lituanien standard, et indiquent dans quels cas les Samogitiens élident les voyelles finales (cf. « 1. Si la finale est brève et ne peut jamais porter l’accent, la voyelle est entièrement supprimée. Dans ce cas, nous écrivons sans voyelle finale, par ex.: nė “non”, ved “mène”, [...], top “s’accroupit”, [...] ples “verse” [...] » (p. 170–171)), les conservent (voir les descriptions des cas 2 et 3), remplacent les voyelles longues par des brèves (voir le cas 4), etc. Ces 13 points décrivent les correspondances des règles de finale samogitiennes et/ou leurs variantes dans différents dialectes (cf. 12) et serviront de leçon sur la diversité phonétique des dialectes samogitiens. L’un de ces points peut être interprété comme une tentative de renouer avec une tradition historiquement établie, en invitant à enfreindre le principe phonétique déclaré (voir p. 168; 169), cf.:

²⁰ Žr. Girdenis, Pabrėža 1998.

²¹ Un peu plus tard, une version de cette publication est également devenue accessible en ligne, voir: http://www.samogit.lt/ZZ_2013_1/ZZ_2013_1_p8_14.pdf et http://www.samogit.lt/ZZ_2013_2/ZZ_2013_2_geras_16-21.pdf.

²² Cf., par exemple, la description du 10e cas: « Le -u bref (et non -o!) est employé systématiquement dans les finales du pluriel des noms, adjectifs et pronoms masculins, par ex.: tievus « pères », [...] plėkus « chauves », anus « eux », ketus « autres » [...] » (p. 173).

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13. Il convient de prêter une attention particulière à la terminaison de l’instrumental féminin. Aujourd’hui, les formes plus récentes en -a s’imposent de plus en plus, par exemple: ronka « main », luova « lit », stuora « grande », kėta « autre ». Cependant, les anciens Samogitiens du Nord prononcent dans ces formes la voyelle -o. Cette particularité, héritée d’un passé très lointain, doit donc également être préservée dans la langue écrite samogitienne. Écrivons donc: so pagalbo, kalbo, šako, balto, viso « avec de l’aide, la langue, une branche, blanche, tout », so veino ronko « d’une seule main », želo galvo « à la tête chenue », balto kato « chatte blanche », so to gero motreško « avec cette bonne femme », etc. (p. 173)

En présentant la diversité des prononciations des prépositions, des préfixes et des radicaux lexicaux dans les différents parlers (et donc aussi de leur écriture) — par exemple, la conjonction du lituanien standard ir correspond, dans certains parlers samogitiens, à un équivalent monophtongué, prononcé et écrit avec un i bref, tandis que dans d’autres, il est prononcé et écrit avec un ė bref — (voir p. 173–176), il est indiqué qu’il faut appliquer systématiquement le principe phonétique: « à l’écrit, il suffit de suivre son parler maternel » (p. 175).

La section suivante décrit l’orthographe des voyelles longues samogitiennes dans ŽKR. La longueur de toutes les voyelles est indiquée par un macron²³, cf.: ī, ē, ė̄, ā, ō, ū. Les voyelles longues présentes dans le radical et dans les terminaisons s’écrivent ainsi, par exemple: vīrs « homme », [...] sprēsk « presse », [...] svēks « en bonne santé » [...], gerā « bien » [...], drōsas « courageux » [...], skūsti « dénoncer » (p. 176–177). Pour vérifier l’orthographe des ā et ē samogitiens, il est conseillé de se référer aux équivalents correspondants du lituanien standard, cf.:

Il faut d’abord retenir que les graphèmes ā et ē doivent noter les sons prononcés à la place des diphtongues ai et ei de la langue standard. Si on les notait comme les voyelles brèves, cette graphie ne refléterait pas seulement la prononciation réelle, elle multiplierait aussi dans le texte les formes différentes d’un mot écrites de manière identique. Cela compliquerait considérablement la lecture. (p. 177)

On avertit également ici que les sons ai, ei de la langue standard correspondant à ā, ē (la formulation employée dans ŽKR est « issus des diphtongues ai, ei, transformés en voyelles ā, ē » (p. 178)) ne sont pas tous prononcés longs; cf. les deux possibilités kāp et kap, « comme », dans la phrase kāp to čė jedi kap mažos vāks, « comme tu manges ici comme un petit enfant » (p. 178); il est donc possible que les ā, ē prononcés brièvement (bien qu’ils correspondent aux ai, ei de la langue standard) s’écrivent ainsi. D’autres cas de formation des voyelles longues en samogitien sont également présentés ici (par exemple le ē long dans la négation, cf. nē, aš tēkrā navažiuosiu [...] « non, je ne partirai vraiment pas [...] » (p. 178–179). ŽKR affirme que « [l]e ē long peut aussi se former par contraction de deux voyelles brèves » (p. 179). Toutefois, à la lecture des exemples donnés, il est difficile de croire cette affirmation. Ils semblent avoir été transcrits avec une erreur, car ils ne respectent pas le principe phonétique déclaré par ŽKR; cf.: aš tēkrā nēso (<neso) signifierait ici « je n’ai vraiment pas été là », nēso ni matēs, ni girdējēs, « je n’ai ni vu ni entendu ».

23 Les voyelles nasales ą, ę, į, ų ne sont pas nécessaires à l’orthographe samogitienne. Pour savoir quelles voyelles samogitiennes correspondent aux voyelles nasales du lituanien standard, voir p. 180–181.

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(p. 179). C’est pourquoi les formes neso « je ne suis pas », expliquées comme issues de ne et de esu, sont également redondantes24. En outre, il ne convient pas d’écrire neso « je ne suis pas » avec un ė long, puisque cette lettre apparaît dans nėso « je n’irai pas »; cf.: aš tékrà neso ten božės « je n’y ai vraiment pas été » et aš tékrà ten nėso « je n’irai vraiment pas là-bas ». D’autres exemples montrent que les règles d’écriture des voyelles dans le ŽKR ne reposent pas uniquement sur le principe phonétique; cf.: « [s]i nous prononçons et écrivons une voyelle longue dans les mots virs “homme”, vira “de l’homme”, il faut également l’écrire dans les mots viròks “petit homme”, virėlis / virielis “petit homme”, même si la voyelle est prononcée brièvement » (p. 180); l’orthographe des mots grudlė « petits grains » (car grūds « grain »), grėžinis « forage » (car grėžė « forer »), etc., est expliquée de façon analogue (p. 180). Notons que la description des principes d’écriture des consonnes indique que le principe morphologique s’applique parfois aussi aux voyelles (cf.: « Il importe de retenir que le principe morphologique s’applique plus souvent aux consonnes qu’aux voyelles » (p. 182)).

L’orthographe des consonnes samogitiennes fait appel à 20 lettres: b, c, č, d, f, g, h, j, k, l, m, n, p, r, s, š, t, v, z, ž. Le principe morphologique exige d’écrire de la même manière les mêmes parties d’un mot, sans tenir compte de leurs différences de prononciation; ainsi, l’assimilation des consonnes n’est pas indiquée à l’écrit: on écrit, par exemple, darbs « travail », derbsio « je travaillerai » (bien que l’on prononce le plus souvent darps, dèrpsio), etc. (p. 182). Il est également recommandé de suivre le principe morphologique en cas d’assimilation complète, cf.: « Lorsque deux consonnes semblables se rencontrent et qu’une seule est prononcée, les deux consonnes doivent être notées à l’écrit afin de respecter le principe morphologique, par exemple: išsprouga “s’est échappé”, [...] ožžėlė “a été envahi par la végétation” [...] » (p. 182). Le choix de l’écriture de č, dž et t, d est laissé à l’auteur du texte (cf.: « Il faut écrire comme on prononce dans la région d’origine de l’auteur » (p. 184)). Dans l’est de la Samogitie, t, d ne sont conservés que devant les voyelles de type e, par exemple: žemaitė « Samogitiens », žuodė « mots », mais on dit žemaičiū « des Samogitiens », žuodžiu « des mots »; dans les parlers du nord-ouest de la Samogitie, t, d sont conservés dans tous les cas, cf.: žuodis « mot », žuodės « mots », žemaitė « Samogitiens », žemaitems « aux Samogitiens », etc. (voir p. 183–184). L’examen de la prononciation et de l’orthographe des équivalents samogitiens de f, ch, h en langue standard est intéressant. Les nombreux exemples permettent au lecteur samogitien de vérifier et de constater que, dans la langue réelle, non seulement les noms propres, mais aussi de nombreux mots internationaux se prononcent naturellement et peuvent donc s’écrire avec leurs p, k, g propres, par exemple: šoperis « chauffeur », arkiteks « architecte », bogateris « comptable », etc. Il convient également de noter que ces consonnes étrangères sont volontiers mises en relief

24 Il est utile ici de prendre comme exemple le principe phonologique appliqué en langue standard, dont l’orthographe, selon le principe dominant d’utilisation des lettres, « est morphologique (ou morphophonémique), mais comporte aussi des éléments d’orthographe phonologique et historique (traditionnelle). [...] On suit le principe phonologique lorsque les alternances morphophonologiques ne sont pas atypiques (c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas neutralisation), ou lorsque le lien de dérivation entre des mots apparentés s’est distendu et n’est plus perceptible (on écrit aukštas, daiktas, car on ne les associe pas à ūga, dāgas). En outre, l’orthographe est phonologique lorsque l’alternance des sons repose sur des règles traditionnelles devenues inactives (par ex.: vežu, et non *vežiu, bristi, et non *bridi [...]. » Girdenis and Ambrazas, red., 2006: 20.

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dans les interjections: fui, fi, cha cha, hop hop, aha, oho (p. 184), ainsi que pour parler de sujets scientifiques et artistiques (cf.: harmonėje « harmonie », Fausts « Faust », chuoralā « chorales », filosofėje / filusufėje « philosophie », etc.) (cf. p. 185). Pour noter la mouillure des consonnes, l’orthographe samogitienne requiert une apostrophe, par exemple: vėlns ou veļs « diable » (p. 185–186). Pour écrire les diphtongues et groupes vocaliques samogitiens (voir p. 187–189), on peut se fier à son oreille; cf. l’écriture de ou, ei dans les mots du nord samogitien, par exemple papuole « est tombé », rodu « rouille », snēgs « neige », pēmu « je prends » (p. 187). La section Certains aspects de la morphologie, de la syntaxe et du lexique présente utilement la variété des formes de formation des noms de famille samogitiens traditionnels (cf. les noms de famille de filles / jeunes femmes attestés dans différentes régions de Samogitie, par ex.: Botkalė ou Botatė « Butkutė », Raudatė ou Raudėtė « Raudytė », Šakalė « Šakytė », Vaškė « Vaškytė », Šikšnė « Šikšniūtė »; les noms de famille des garçons adolescents avec -ūtis, -utis: Butūtis arba Bututis « Butkus »), ainsi que les remarques portant sur l’orthographe des prénoms (voir p. 192–193).

Tels sont les principaux points qui retiennent l’attention et familiarisent le lecteur du ŽKR avec les fondements de la langue et de l’orthographe samogitiennes. Quelques observations25 ont été formulées dans l’espoir que, lors de la préparation d’une nouvelle édition et / ou de la publication d’un livre dans un autre format26, elles aideront à trouver davantage d’arguments en faveur de l’idée centrale du livre recensé: le système linguistique samogitien, considéré dans son ensemble, peut être estimé relever du statut d’une langue plutôt que de celui d’un dialecte. On peut espérer que l’Auteur présentera à cette fin les avis d’évaluateurs neutres27 et trouvera de nouveaux arguments qui lui soient propres28.

Le ŽKR s’adresse à deux publics distincts (la section « Langue samogitienne » vise davantage les locuteurs de la langue standard, tandis que la section « Orthographe samogitienne » s’adresse aux usagers de la langue samogitienne); cette dualité structure également de deux manières la présentation des sujets abordés. La relation de l’Auteur avec son public diffère dans la première et la deuxième partie du livre – le système d’énonciation

25 Plusieurs coquilles relevées sont également signalées ici: p. 63 sondėlė, p. 82 kāims, p. 103 « o karštybė bus [...] » -> « o karštybė būdavo [...] »; p. 148 (voir Subačius 1998: 489) -> (voir Subačius 1998); p. 221 veizu: žmonės atseitoj kāp tik tas vaikēzas -> veizu: už monės atseitoj kāp tik tas vaikēzas; p. 302 Čiulda Juozas, 1993: trumpi [...] -> Čiulda Juozas, 1993: Trumpi [...]; p. 304 Kliukinė -> Kliukienė.

26 Parmi ces options figurent les variantes de livres électroniques à lire, désormais familières non seulement aux Lituaniens (disponibles sur disque compact ou en ligne), cf. Klicner 2017, mais peut-être aussi le livre audio (ou des parties du livre).

27 Cf. les références, dans les travaux de Zigmas Zinkevičius, au bilinguisme des Samogitiens (et d’autres groupes), qui indiquent que dans les régions où sont parlés ces dialectes, « les enfants ayant terminé l’école et les élèves sont, en pratique, “bilingues”: avec les locuteurs du dialecte, ils parlent aussi à la maison dans le dialecte; avec les locuteurs de la langue standard et d’autres dialectes, ils parlent, ou du moins s’efforcent de parler, la langue standard, qui est par ailleurs employée lorsqu’il faut exprimer ses pensées par écrit » (Zinkevičius 2006: 34).

28 L’un des arguments de ce type mentionnés dans le ŽKR a également été avancé lors de la présentation du livre à la bibliothèque Wróblewski de l’Académie des sciences de Lituanie; voir Pabrėža 2018-03-30.

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Le ŽKR est abordé de manière neutre, tandis que, pour expliquer les principes orthographiques, le nous inclusif (qui englobe à la fois l’auteur et le lecteur du texte), plus expressif sur le plan affectif, est privilégié²⁹ (cf. les exemples de ce nous: tad nepasiduokime [ne nous laissons donc pas aller] (p. 175); dažniausiai trumpai tariame, vadinas, taip ir turime rašyti [le plus souvent, nous prononçons brièvement, autrement dit, c’est ainsi que nous devons écrire] (p. 178); be šių naujųjų priežasčių neapsieisime [nous ne saurions nous passer de ces nouvelles raisons] (p. 185), etc.). À la lecture du ŽKR, c’est ce destinataire à la fois sensible et réceptif à l’émotion qui y trouvera le plus son compte, car ce livre procure des plaisirs de lecture à différents niveaux: le texte scientifique de Juozas Pabrėža est informatif, argumenté, simple et clair, et les exemples sont détaillés et intéressants. Le chapitre consacré à la langue samogitienne présente des textes transcrits³⁰ représentatifs de différents dialectes et sous-dialectes samogitiens; ceux-ci sont non seulement intéressants, mais font aussi ressortir les différences et les ressemblances entre les dialectes samogitiens (et abordent les sujets les plus variés – la vie quotidienne et les fêtes, les maladies et les soins, la conscience samogitienne, etc.). Les exemples de création littéraire samogitienne qui figurent dans le chapitre consacré à l’orthographe samogitienne révèlent la profondeur de la langue samogitienne et son aptitude à la création artistique. On peut espérer que cet inventaire, réuni en un seul livre, des diverses réalisations et possibilités de la langue samogitienne incitera le lecteur samogitien à prêter attention à sa propre langue non seulement par les moyens habituels aux Samogitiens – le silence et la parole –, mais peut-être aussi par l’écriture. Car, pour paraphraser l’idée principale du conte de Čiurlionienė-Kymantaitė, « Najies – nadėktois, arba selekėj – kaštuns dāktas » (p. 195–198; cf. p. 198), on peut aussi énoncer cette vérité importante pour les Samogitiens: neskaitīsi narāsi – neišlajkiisi ont svieta.

La description du système linguistique samogitien présentée dans le ŽKR, fondée à la fois sur des différences régulières et sur d’autres qui ne le sont pas par rapport au lituanien standard, peut être utile non seulement aux Samogitiens, mais aussi dans l’enseignement et l’apprentissage, qu’il s’agisse de la langue samogitienne ou de sa découverte, ou encore de l’apprentissage du lituanien standard comme langue étrangère. Ce livre peut servir de guide pour apprendre aux enfants samogitiens à lire et à écrire en lituanien standard. Pour répondre à la question de savoir si le système d’enseignement de l’écriture exposé dans le ŽKR est efficace, il faut le mettre à l’épreuve. Il se peut que, pour les Samogitiens qui n’ont encore jamais essayé de lire et d’écrire en samogitien, ce livre paraisse d’abord quelque peu déroutant et rebutant; on peut donc imaginer que leur dialogue intérieur (ou peut-être réel) se déroulera à peu près ainsi: No dar kon baišėmėis – rēks muokētės skaitīte i rašītė! No nakentu tokiu daliku. So tuom nujoujem daba vėsė pōl, juk jau išmuokom lietovėška, i gerī, i ožtenk mon. Mais il est probable qu’une fois qu’ils auront commencé à lire le ŽKR, le plaisir de la lecture les captivera; après avoir parcouru ou lu le livre, ils penseront et parleront déjà un peu différemment: No jau nagalio sakīt, ka

29 Apie inkluzyvinio mes tipus žr. Linkevičienė, Šinkūnienė 2012: 92–94.

30Le lecteur qui ne connaît pas le samogitien ou qui le comprend difficilement peut trouver, dans un autre ouvrage préparé par Juozas Pabrėža avec ses collègues, la traduction en lituanien de certains textes dialectaux du ŽKR (transcrits par des Samogitiens du Nord de Telšiai), par exemple: Pabrėža, Marčiauskaitė, Leskauskaitė, éd., 2013: 81 sqq.; 124 sqq. et ŽKR 114 sqq.; 116 sqq.

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« Žemaičių kalba i rašība » est une lecture précieuse. Un livre sérieux. Nous avons désormais une vision plus claire de nous-mêmes. Pabrėža a très bien montré tout notre charme: nous sommes à la fois assidus et si éclectiques, capables de philosopher et de plaisanter.

La description des principales caractéristiques de la langue et de l’orthographe samogitiennes est utile, sur les plans théorique et pratique, au lecteur qui s’intéresse à l’identité samogitienne. Ce livre est précieux pour les Samogitiens qui apprennent le lituanien standard et, bien sûr, pour ceux qui veulent apprendre le samogitien. Du point de vue didactique, cet ouvrage peut être — et sera probablement — très utile aux parents et/ou aux enseignants d’enfants d’âge préscolaire et primaire, notamment pour motiver les enfants qui maîtrisent uniquement leur langue maternelle samogitienne à lire et à écrire en lituanien standard. Pour conclure l’examen du ŽKR, il faut revenir à l’idée centrale du statut de la langue samogitienne: dans quelle mesure ce livre la confirme, la soutient, la popularise, convainc d’y croire ou conduit à en douter. L’auteur du ŽKR, cohérent et d’un tempérament conciliant (le type de personnalité de Juozas Pabrėža pourrait être décrit en samogitien par la phrase Ons ir malonus žmogus), est un excellent ambassadeur de cette idée. Il importe tout particulièrement que Juozas Pabrėža promeuve la langue samogitienne comme langue apte à être parlée en public et dans des contextes représentatifs. La réussite d’une action diplomatique pacifique exige toujours un soutien extérieur (car un soutien exclusivement samogitien pourrait être perçu comme celui de juges samogitiens dans leur propre cause); c’est pourquoi l’on souhaite aussi à l’Auteur de bénéficier d’un tel soutien. En attendant, les Samogitiens doivent eux-mêmes adopter l’idée que parler samogitien, c’est parler sa langue maternelle, et non un dialecte maternel, et la représenter comme il convient.

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Reçu le 15 janvier 2019.

JŪRATĖ PAJĖDIENĖ

Institut de langue lituanienne

5, rue Petro Vileišio, LT-10308 Vilnius, Lituanie

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Acta Linguistica Lithuanica LXXIX

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