La plupart des terminologues semblent convenir que tout travail terminologique – planification terminologique, gestion, harmonisation et normalisation – devrait reposer sur une compréhension claire de l’évaluation fondée sur les concepts de tout terme, ainsi que sur la nécessité de gérer tout système de concepts de manière à définir chaque concept avec la plus grande précision possible. Sachant que chaque concept renvoie à une entité du monde réel, le présent article traite de la relation désignative entre les termes en tant qu’unités linguistiques et les concepts en tant qu’unités de connaissance. M. Teresa Cabré et al. (2007: 1) ont déclaré: « La diversité des approches de la notion de “terme” est déterminée par les besoins d’applications spécifiques. Mais ces besoins ne doivent pas conduire à une confusion quant à la nature des termes. » Je considère que la nature du « terme » en tant que concept est d’être un désignateur d’un concept (spécialisé) dans un domaine donné. Bien qu’il puisse s’agir de n’importe quel symbole, il s’agit le plus souvent d’une unité lexicale d’une langue. Que ce désignateur soit composé d’un ou de plusieurs lexèmes et qu’il présente une structure morphologique ou syntaxique plus ou moins complexe ne change pas la nature du terme. Par conséquent, d’autres désignateurs proposés pour « un désignateur d’un concept (spécialisé) » que term, tels que unité de compréhension (Temmerman 2000), unité de connaissance spécialisée (Cabré 2003), voire unité terminologique (Cabré et al. 2007), ne clarifient pas l’essence du concept désigné par le terme term.
1 Cet article s’appuie sur la communication « The essence of terminology and work on Estonian terms », présentée lors de la 2e Conférence scientifique internationale sur la terminologie à Vilnius, les 1er et 2 juin 2017. Une première version abrégée de celle-ci avait été présentée au Sommet EAFT-EAT 2016 à Luxembourg: « What is the proper meaning of the term terminology? ». L’étude a bénéficié du soutien du ministère estonien de l’Éducation et de la Recherche dans le cadre du programme Eestikeelse terminoloogia programm 2013–2017.
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Conscient des discussions antérieures sur « la terminologie de la terminologie » dans les manuels du domaine et ailleurs, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de les évoquer ici. Mon objectif est de tendre vers la clarté du système conceptuel en utilisant un système terminologique aussi univoque que possible. Le présent article vise à examiner l’usage des termes les plus centraux de la terminologie (tels que concept, désignation, terme, terminologie, vocabulaire) et à déterminer s’il y a lieu d’en ajuster l’usage à l’avenir. La recherche de l’univocité concerne toutes les langues nationales, y compris l’anglais. Mon point de départ est l’usage des termes en estonien; toutefois, comme l’anglais est utilisé à la fois comme lingua franca et comme principale langue de travail pour la normalisation terminologique, je me concentrerai sur l’anglais et proposerai des créations terminologiques afin de résoudre certains problèmes d’ambiguïté rencontrés dans les termes anglais.
LA MONOSÉMIE, PRÉREQUIS MAJEUR À DES SYSTÈMES TERMINOLOGIQUES DISTINCTS
Dans toute spécialité, il est souhaitable qu’un système conceptuel cohérent se reflète dans un système ordonné de termes fonctionnels conçus à dessein et issus de la structure de la langue. Chaque langue possède ses propres moyens morphologiques, syntaxiques et de formation des mots. Cependant, l’une des caractéristiques les plus essentielles d’un terme fonctionnel dans toute langue de spécialité est la monosémie (associée à une relation monoréférentielle entre un concept et une entité du monde réel). Quelle que soit la langue utilisée, chaque spécialiste devrait comprendre ce qu’est un concept et quels termes conviennent le mieux pour désigner les concepts de son domaine. C’est la seule façon de garantir que les autres spécialistes et les personnes intéressées comprennent exactement ce que signifie un texte.
Les utilisateurs des langues de spécialité parlent souvent de définir des termes (ou des mots), considérant à tort les termes concept et terme comme des synonymes. Par exemple: « Il semble donc logique de consulter la définition de ce mot dans les dictionnaires de langue afin d’établir les significations exactes de ce terme » (Griniewicz 2016: 7). Étudiant l’usage du terme lituanien sqvoka, « concept », dans le lituanien académique, Asta Mitkevičienė (2017: 125) a conclu que les caractéristiques d’un terme sont attribuées à un concept. Selon Arvi Tavast (2008: 38–39), une étude du sous-corpus de presse du corpus d’estonien standard de l’université de Tartu a révélé que le mot mõiste (« concept ») était employé au sens d’« unité de connaissance » dans 31% des occurrences pertinentes et au sens d’unité lexicale dans 29% d’entre elles.
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(= terme). En 2002–2004, il a posé la question « Mis on mõiste? » (« Qu’est-ce qu’un concept? ») à des étudiants estoniens de master en traductologie, au début de leur cours de terminologie. Cette enquête montre que seuls 12% des répondants ont identifié le mot estonien mõiste (« concept ») comme une unité de connaissance, tandis que 46% l’ont considéré comme une unité lexicale (Tavast 2008: 39–40).
Les difficultés à trouver des termes adéquats semblent constituer un problème majeur pour les doctorants de toutes les universités estoniennes. En 2012, en collaboration avec des sociologues de l’université de Tallinn, nous avons réalisé une enquête sur leurs opinions concernant l’usage des langues académiques (Roosmaa et al. 2014)2. Un questionnaire en ligne a recueilli les réponses de 240 personnes, dont 92% avaient l’estonien comme première langue. L’échantillon de doctorants était représentatif des universités présentes en Estonie et des matières qui y sont enseignées. Les réponses à la question « Qu’est-ce qui vous pose le plus de difficultés lorsque vous rédigez des textes scientifiques en estonien? » ont montré que le principal problème était de trouver des termes appropriés. Cette difficulté a été signalée par 59% des doctorants en sciences naturelles et disciplines techniques, ainsi que par 44% des doctorants en sciences sociales et humaines. L’utilisation des termes dans les textes académiques estoniens posait problème à 70% des lecteurs doctorants en sciences naturelles et techniques, et à 58% de ceux en sciences sociales et humaines.
Plus précisément, les difficultés à trouver des termes appropriés lors de la rédaction de textes spécialisés en estonien étaient fréquentes pour 57% et occasionnelles pour 37% des doctorants en sciences sociales et humaines. Les mêmes difficultés étaient fréquentes pour 71% et occasionnelles pour 26% des doctorants en sciences naturelles et techniques.
Lors de la rédaction de textes scientifiques en anglais, les difficultés à trouver un terme approprié étaient fréquentes pour 22% des doctorants en sciences sociales et humaines et 21% des doctorants en sciences naturelles et techniques. Ces difficultés étaient occasionnelles pour 61% des doctorants en sciences sociales et humaines et 60% des doctorants en sciences naturelles et techniques.
Trouver un terme estonien approprié n’a jamais posé de problème à seulement 3% des doctorants en sciences naturelles et techniques et à 6% de ceux en sciences sociales et humaines. Trouver un terme anglais approprié n’a jamais
2 L’enquête faisait partie de l’étude Estonian as Language of Higher Education and Science, soutenue par l’UE dans le cadre du programme Primus du Fonds social européen.
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difficile pour 19% des doctorants en sciences naturelles et techniques et pour 17% en sciences sociales et humaines. L’autoévaluation de leurs connaissances des langues académiques a donné les moyennes3 suivantes: 4,0 pour l’estonien académique et 3,2 pour l’anglais académique chez les doctorants en sciences sociales et humaines, et 3,7 pour l’estonien académique et 3,6 pour l’anglais académique chez les doctorants en sciences naturelles et techniques. Le fait que les étudiants estoniens de langue maternelle estonienne trouvent légèrement moins difficile d’utiliser des termes anglais pourrait indiquer une attitude moins critique à l’égard des termes employés dans les textes scientifiques en anglais.
Ces difficultés répandues à choisir un terme approprié pour désigner un concept dans toute langue de spécialité peuvent souvent être dues à la polysémie ou, dans certains cas, à la synonymie. Par conséquent, il existe de solides raisons de proposer des cours de terminologie dans toutes les spécialités et à tous les niveaux de l’enseignement supérieur. Il est également nécessaire que les spécialistes de tous les domaines continuent à se former en terminologie et prennent part à des travaux terminologiques pratiques.
La question essentielle à clarifier est la suivante: quelle est l’essence du concept « terminologie » et dans quelle mesure le sens du terme terminology est-il interprété clairement? Toute personne travaillant sur les termes d’un domaine quelconque devrait se poser les questions suivantes:
• Que désigne le terme terminology?
• Le terme terminology a-t-il été employé comme un terme monosémique et univoque?
• Combien de sens différents ce terme est-il censé avoir?
Et enfin, mais non des moindres:
• Pour combien de concepts convient-il d’utiliser ce terme comme désignateur? Ou, autrement dit: est-il raisonnable d’utiliser le terme terminology pour désigner plusieurs concepts?
Il est également préférable d’éviter la polysémie pour désigner des concepts étroitement liés. Cependant, le terme designation a été employé à la fois pour le concept de « nom, signe ou titre distinctif » et pour celui de « l’acte de désigner, d’indiquer ou d’identifier ». Je préfère réserver designation à ce dernier sens et propose d’employer le terme designator uniquement au sens de « nom, signe distinctif (d’un concept) ». Malheureusement, la norme internationale de terminologie (ISO 1087-1:2002) ne mentionne designator que comme terme admis (entrée 3.4.1), tandis que designation est le terme privilégié pour le concept de « représentation d’un concept (3.2.1) par un signe qui le désigne ».
3 Moyenne sur une échelle de 1 à 5, où 5 = signifie très bien et 1 = très mal.
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Le système conceptuel serait plus clair si l’on distinguait de manière cohérente le processus de désignation ou d’étiquetage (designation) et l’étiquette lexicale en tant qu’outil (designator). Rute Costa et Christophe Roche (2013) ont soulevé plusieurs questions au sujet de designation tel qu’il est employé dans ISO 704 et ISO 1087, notamment: « Une désignation est-elle une représentation? » et « “Désignation” et “terme” sont-ils synonymes? Parfois, on dirait que oui. Parfois, non. » Le fait que de telles questions se posent confirme que le terme designation n’est pas univoque. Le terme terminology ne l’est pas davantage.
Le professeur d’économie Uno Mereste était connu du grand public comme membre du Parlement estonien et comme auteur de nombreux articles sur l’usage de l’estonien comme langue générale, mais aussi comme langue juridique et, en effet, comme langue spécialisée de son propre domaine, l’économie. Il a forgé plusieurs termes économiques en estonien et a affirmé que le terme estonien (et) terminoloogia pouvait désigner quatre concepts différents (Mereste 1969): définis du point de vue de l’ontologie ou de la gnoséologie, et dans un sens plus étroit ou plus large. Le tableau de U. Mereste ne contenait que des exemples estoniens, mais on trouve le même type d’usage ambigu dans plusieurs langues, notamment l’anglais (en), le finnois (fi) et le suédois (sv): parfois terminology ou ses équivalents dans d’autres langues signifie « vocabulaire spécialisé », parfois « étude des termes », parfois « langue spécialisée, LSP », etc. (cf. tableau 1).
Tableau 1. Emploi polysémique du terme estonien terminoloogia, désignant quatre concepts, selon U. Mereste (1969). J’ai ajouté l’anglais, le finnois et le suédois afin d’expliquer les différences conceptuelles possibles si celles-ci étaient établies. Cela ne signifie pas que tous ces mots sont activement employés comme termes dans ces trois langues.
et terminoloogia | ONTOLOGIE | GNOSEOLOGIE | fi terminologia | sv terminologi | en terminology | SENS PLUS ÉTROIT | et « oskussõnavara » | « oskussõnaõpetus » | fi « termistö, oppisanasto » | « termioppi » | sv « fackord (och –uttryck) » | « terminologilära, fackordlära » | en « vocabulaire spécialisé » | « étude des termes » | SENS PLUS LARGE | et « oskuskeel, erialakeel » | « oskuskeeleõpetus » | fi « ammatti-, erikoiskieli » | « erikoiskielten tutkimus » | sv « fackspråk » | « fackspråksforskning » | en « langue spécialisée » | « théorie de la LSP, recherche sur la LSP »
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Estonian terminologist and lexicographer Rein Kull (2000: 142) has observed that terminoloogia in Estonian, as well as its equivalents in English (terminology), German (Terminologie), French (terminologie), and Russian (терминология) have also been used to designate the concept of ’specialised language’, that is to say polysemous manner.
Language planner and terminologist Tiiu Erelt (2007: 12) considers it impossible to designate the concept ‘specialised language’ by the term terminology and its equivalents in Estonian, German, Finnish and Russian, but is satisfied with the three other concepts that are designated with this term (cf. Table 2. For comparability reasons, I have modified T. Erelt’s table to match U. Mereste’s pattern). The title of her book, Terminiõpetus (‘study of terms’), is synonymous with oskussõnaõpetus in Estonian.
Tableau 2. Emploi polysémique du terme estonien terminoloogia et de ses équivalents en finnois, allemand, anglais et russe, désignant trois concepts, selon T. Erelt (2007)
et terminologia fi terminologia de Terminologie en terminology ru терминология
(ONTOLOGIE)
(GNOSEOLOGIE)
SENS PLUS ÉTROIT
et « oskussõnavara » fi « termistö » de « Fachwortschatz » en « vocabulaire spécialisé » ru « терминология
« oskussõnaõpetus, terminiõpetus » « oppi termeistä » « Terminologielehre, Fachwortlehre » « science de la terminologie », « терминоведение »
SENS PLUS LARGE
et « oskuskeel, erialakeel » fi « ammatti-, erikoiskieli » de « Fachsprache » en « langue spécialisée » ru « язык науки и техники »
« oskuskeeleõpetus » « oppi erikoiskielistä » « Terminologielehre, Fachsprachlehre » « science de la terminologie, théorie de la LSP » « терминология »
Likewise, M. T. Cabré Castellví (1999: 32) has noted: “The word terminology refers to at least three different concepts:
a. Les principes et les fondements conceptuels qui régissent l’étude des termes
b. Les lignes directrices utilisées dans le travail terminographique
c. L’ensemble des termes d’un domaine spécialisé particulier
Le premier concept renvoie à l’ensemble du domaine, le deuxième à sa méthodologie et le troisième aux ensembles de termes portant sur un sujet spécifique.”
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Figure 1. Usage désignatif monosémique de lexicology et termes désignant l’objet d’étude de la lexicologie
Certains autres termes comparables sont toujours monosémiques. Pour désigner le concept « somme ou stock de mots employés par une langue, un groupe ou un individu (ou dans une œuvre ou un domaine de connaissance) », nous pouvons utiliser les désignations vocabulary, lexis ou wordstock — qui sont monosémiques (cf. Figure 1), tout comme les équivalents estoniens sõnavara ou leksika. De même, il existe indubitablement une relation monosémique entre le concept « étude des mots » et le terme lexicology (en), leksikoloogia ou sõnavaraõpetus (et) — personne ne prétend que les intensions des concepts « étude, science du lexique » et « langue » coïncident, ni que les termes lexicology et vocabulary désignent tous deux le même concept, celui de « somme, stock ou ensemble de mots ».
En revanche, les différentes significations de terminology apparaissent souvent dans un même texte du même auteur. Dans certains cas, le sens précis de ce terme (c’est-à-dire le concept désigné) peut être déduit du contexte, tandis que dans d’autres, il n’est pas toujours suffisamment clair. Une telle ambiguïté peut semer la confusion quant au concept exact visé et, dans le pire des cas, le lecteur ou l’auditeur interprète mal le terme employé. Dans certains contextes, l’auteur est contraint d’employer des désignations doubles afin d’assurer la bonne interprétation, comme le font terms et terminology chez Isabel Durán-Muñoz (2014: 84): « … il s’agit du niveau des termes (terminologie), c’est-à-dire que les domaines partagent les mêmes concepts, mais les nomment différemment. »
VERS UNE HARMONISATION SYSTÉMATIQUE DES TERMES ET UNE PLANIFICATION DU STOCK TERMINOLOGIQUE
L’un des documents les plus fondamentaux pour les terminologues et pour toute personne travaillant sur les termes d’une spécialité quelconque est la norme internationale de terminologie (ISO 1087-1:2002)4, dont voici les déclarations introductives:
4 Ici, je fais référence à la publication de la norme, qui comprend le texte anglais de la norme internationale ISO 1087-1:2000 Terminology work – Vocabulary – Partie 1. Theory and application, ainsi qu’une traduction estonienne identique du texte anglais.
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[1] « Le principal objectif de la présente norme internationale est de fournir une description systémique des concepts dans le domaine de la terminologie et de clarifier l’utilisation des termes dans ce domaine. » (ISO 1087-1:2002: V)
[2] « La présente Norme internationale établit un vocabulaire de base pour la théorie et l’application du travail terminologique. » (ISO 1087-1:2002: VII)
Plusieurs termes centraux sont utilisés ici: concept, term, terminology, mais aussi vocabulary [2]. Des termes comme terminology planning, terminology work and terminology standard, employés dans [3], ne contribuent pas à fournir une description systémique, car le mot terminology dans ces termes n’est pas monosémique.5 C’est pourquoi il ne convient pas tout à fait dans un contexte comme celui-ci. Il convient de noter que vocabulary, tel qu’employé dans [3 en] ci-dessous, est clairement un terme monosémique définissant le champ d’application de la présente Norme: « La présente Norme internationale établit un vocabulaire de base pour la théorie et l’application du travail terminologique. » (ISO 1087-1:2002: 1) Toutefois, l’emploi de vocabulary (entrée 3.7.2) comme désignateur d’une subdivision du terminological dictionary (entrée 3.7.1) ne semble pas nécessaire. Le vocabulaire d’un domaine peut être présenté dans des dictionnaires et des glossaires.
[3 en] « 3.6.4 terminology planning activités visant à développer, améliorer, mettre en œuvre et diffuser la terminology (3.5.1) d’un subject field (3.1.2) NOTE La planification terminologique comprend tous les aspects du terminology work (3.6.1) et vise notamment à assurer le contrôle du vocabulaire au moyen de documents normatifs tels que les thésaurus et les normes terminologiques. » (ISO 1087-1:2002: 14)
L’entrée terminologique correspondante 3.6.4 dans la traduction estonienne de la Norme, cf. [3 et], n’emploie pas le mot terminoloogia; elle utilise plutôt le désignateur précis termin (en term), formant ainsi le nom composé terminikorrastus. Cependant, l’expression « la terminology (3.5.1) d’un subject field (3.1.2) » dans la version anglaise de la Norme correspond à « mingi valdkonna (3.1.2) terminoloogia (3.5.1) » dans la traduction estonienne.
5 La polysémie explique certainement pourquoi le mot terminology a donné 13 300 résultats sur les pages Web de l’ISO, comme l’a fait remarquer Håvard Hjulstad lors de son intervention au sommet EAFT-EAT 2016 à Luxembourg.
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[3 et] « 3.6.4 terminikorraldus oskuskeelekorraldus activités visant à développer, améliorer, mettre en œuvre et diffuser la valdkonna (3.1.2) terminoloogia (3.5.1) » (EVS-ISO 1087-1:2002)
Le second terme, oskuskeelekorraldus, présenté comme synonyme dans [3 et], prête à confusion, car le sens propre de oskuskeel est « langue de spécialité, LSP ».
Que planifions-nous lorsque nous planifions la terminology? Et qu’est-ce que le terminology work exactement? Je propose d’utiliser des termes monosémiques à la place de termes polysémiques comme terminology (en) et terminoloogia (et), comme dans [3.1].
[3.1. en] 3.6.4 termstock planning activités visant à développer, améliorer, mettre en œuvre et diffuser les terms ~ termstock (3.5.1) d’un subject field (3.1.2) NOTE La planification du Termstock comprend tous les aspects du term(inological) work (3.6.1) et vise notamment à assurer le contrôle du vocabulary au moyen de documents normatifs tels que les thésaurus et les normes de term.
[3.1. et] « 3.6.4 termikorraldus activités visant à développer le valdkonna (3.1.2) terminivara (3.5.1) d’un domaine... »
Tout comme le concept de « somme, stock ou ensemble de mots » est désigné de manière optimale par le terme anglais univoque wordstock (cf. fig. 1), la meilleure solution serait de désigner le concept de « somme, stock ou ensemble de termes » par un néologisme analogue, termstock (cf. fig. 2). Ce terme pourrait être plus court et sans ambiguïté que specialised vocabulary. On trouve des formations terminologiques parallèles de ce type, par exemple, en estonien et en finnois (cf. tableau 3). En estonien, les deux termes sont des mots composés, tandis qu’en finnois, ce sont des dérivés.
Tableau 3. Concepts similaires désignés par des termes formés de manière similaire dans trois langues
en wordstock | termstock et sõnavara | terminivara fi sanasto | termistö « somme, stock ou ensemble de mots » | « somme, stock ou ensemble de termes »
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Un autre exemple d’emploi inexact et incohérent de terminology est présenté dans [4].
[4] « 3.6 Aspects of terminology work
3.6.1 travail terminologique
travail portant sur la collecte, la description, le traitement et la présentation systématiques des concepts (3.2.1) et de leurs désignations (3.4.1) » (ISO 1087-1:2002)
Toutefois, des désignations non ambiguës se trouvent dans le même chapitre ainsi qu’ailleurs dans la même norme (ISO 1087-1:2002):
3.6.6
harmonisation des termes,
3.6.7
exception terminologique,
3.6.8
identification des termes
3.7.4
banque de termes.
Je propose que le désignateur monosémique terme soit employé de façon cohérente, même dans les sections 3.6: Aspects du travail terminologique et 3.6.1: travail terminologique. Cela pourrait constituer un bon exemple d’harmonisation terminologique véritable, conforme à l’usage des sections 3.6.6 à 3.6.8. Si l’on souhaite souligner la base scientifique de ce travail, on pourrait utiliser la variante avec l’adjectif travail terminologique, par exemple dans l’intitulé de la section 3.6 de la norme. Puisque tout travail pertinent sur les termes repose sur les concepts et est systématique, le vocabulaire ne risque pas de restreindre excessivement le sens de travail terminologique: il serait inconcevable d’ignorer la dimension conceptuelle de ce travail.
Certains chercheurs semblent justifier l’ambiguïté produite par l’emploi polysémique des termes en mettant sur le même plan les effets de la polysémie et ceux de la synonymie: « Il a été démontré que les efforts visant à éliminer la polysémie et la synonymie en terminologie afin d’atteindre l’univocité et une communication sans ambiguïté interfèrent avec le fonctionnement et l’évolution des langues naturelles. » (Temmerman, Van Campenhoudt 2014: 3)
La synonymie restreinte et délibérée ne devrait jamais être éliminée. Bien que la polysémie soit un phénomène normal dans une langue naturelle et qu’il ne soit pas nécessaire d’éviter l’emploi polysémique de chaque mot dans la langue générale, il convient de le faire autant que possible pour les termes employés dans une langue spécialisée et dans les textes scientifiques. Dans la norme ISO terminologie 1 (3.5.1) et
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terminology 2 (3.5.2) sont utilisés. Seul le second constitue un choix correct de dénomination, tandis que terminology 1 pourrait être remplacé par un terme monosémique plus précis, par exemple en termstock, terms (of a field) et et terminivara (cf. figure 2). Pour l’estonien, j’ai déjà proposé cette solution (cf. Nemvalts 2007, 2011).
Des termes comme en terminology science, de Terminologielehre, et terminoloogiateadus sont tautologiques en raison du suffixe -logy, issu du grec -λογία, qui désigne principalement « science, étude », mais qui est également utilisé pour décrire un objet plutôt que son étude. Une telle redondance pourrait être évitée si le terme terminology désignait uniquement le concept d’« étude, science des termes », ce qui préserverait son univocité (cf. figures 2 et 4).
Figure 2. Termes monosémiques privilégiés désignant les concepts d’« étude, science des termes » et de « stock, ensemble, totalité des termes »
La figure 3 montre le diagramme conceptuel tel qu’il apparaît dans la version anglaise de la norme ISO, où terminology désigne deux concepts différents. Les désignateurs terminology 1 et terminology 2 sont utilisés. Il n’est pas possible d’employer ce type de notation numérique dans un texte, ce qui implique que le terme terminology reste polysémique dans de nombreux cas et continuera d’être source d’ambiguïté pour les lecteurs et les auditeurs. Les libellés noirs ont été ajoutés pour expliquer les représentations graphiques des relations entre concepts utilisées dans le diagramme.
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Figure 3. Diagramme conceptuel de « terminology » tel que présenté dans ISO 1087-1:2000 Travail terminologique – Vocabulaire – Partie 1: Théorie et application
Il n’existe guère, dans aucune langue, de raison linguistique de ne pas employer le terme terminology ou d’autres termes de manière monosémique.
La figure 4 présente une proposition sur la manière dont des termes monosémiques pourraient être utilisés en anglais afin de désigner les concepts avec la plus grande précision, pertinence et cohérence possible. Et, mutatis mutandis, cela vaut pour toutes les langues. Bien que, selon les principes du travail terminologique, il ne soit pas recommandé de modifier un terme établi, ce principe ne devrait pas faire obstacle aux améliorations nécessaires de l’univocité des termes et de la précision d’un système terminologique. Je propose donc d’employer terminology et ses équivalents dans toutes les langues de manière cohérente et univoque dans le
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Figure 4. Diagramme conceptuel de « terminology » présentant les termes monosémiques privilégiés proposés et les définitions ajustées des concepts
sens le plus précis, c’est-à-dire en ne lui faisant désigner qu’un seul concept — celui de « science des termes » —, et de privilégier d’autres termes, plus appropriés, pour les concepts connexes. Selon cette approche, des entités telles que la « terminologie économique », la « terminologie juridique » ou la « terminologie scientifique » n’existent guère; il s’agit plutôt de termes économiques, juridiques, scientifiques, etc., ou d’un stock de termes ou d’un vocabulaire qui peuvent être analysés, étudiés et gérés à l’aide de la terminologie. De même, des affirmations telles que « Selon St. Keinys, la terminologie est une partie de la langue standard » (Mockienė, Rackevičienė 2016: 52) semblent trompeuses. Il est plutôt exact que les termes et les vocabulaires spécialisés font partie de la langue.
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Une autre question liée à la précision des systèmes terminologiques a été abordée par Anita Nuopponen (2014: 9): «... la nécessité de disposer d’outils terminologiques plus élaborés. La typologie des relations entre concepts présentée dans les normes ISO se limite à quelques types de relations fondamentaux, et leurs définitions et leur traitement ne sont pas tout à fait univoques ni cohérents. »
CONCLUSIONS
La gestion, la normalisation et la planification du termstock devraient reposer sur une compréhension claire de l’usage de tout terme fondé sur un concept. Idéalement, chaque terme devrait être monosémique, univoque et employé de manière cohérente au sein d’un système clair. Cela est d’autant plus important si l’on considère ce qui est affirmé dans l’introduction de la norme ISO 1087-1, à savoir que cette norme internationale s’adresse non seulement aux normalisateurs et aux terminologues, mais aussi à toute personne participant aux travaux terminologiques, ainsi qu’aux utilisateurs des termes. Toute personne participant aux travaux termin(ologiques) et les utilisateurs du termstock de tout domaine devraient être conscients de l’importance de l’absence d’ambiguïté et de la cohérence.
Cela ne signifie pas qu’il faille éliminer la synonymie; au contraire, certains synonymes sont souhaitables dans des contextes appropriés. Il est toutefois crucial de choisir comme terme privilégié pour un concept le désignateur le plus monosémique. Dans chaque langue, les ressources lexicales et morphologiques dont elle dispose devraient être pleinement mises à profit pour construire des systèmes terminologiques qui reflètent le plus clairement possible les systèmes conceptuels du domaine concerné.
Des travaux termin(ologiques) systématiques sont nécessaires à la réussite de la planification du term(stock), de l’harmonisation et de la normalisation. Cela est rendu possible par une connaissance approfondie de la terminologie, c’est-à-dire de la science qui étudie la structure, la formation, le développement, l’usage et la gestion du termstock fondé sur des concepts dans tout domaine. Il semble donc opportun de procéder à une harmonisation terminologique de la Norme internationale afin d’introduire et de diffuser un vocabulaire spécialisé approuvé des travaux termin(ologiques).
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EVS-ISO 1087-1:2002 Terminoloogiatöö. Sõnastik. Osa 1: Teooria ja rakendus. Terminology work – Vocabulary – Part 1. Theory and application. (This standard consists of the English text of the International Standard ISO 1087-1:2000 “Terminology work – Vocabulary – Part 1: Theory and application” and an identical Estonian translation of the English text.)
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APIE PAGRINDINIUS TERMINOLOGIJOS TERMINUS
Šio straipsnio tikslas – išnagrinėti pagrindinių terminologijos terminų vartoseną ir padiskutuoti, ar reikėtų ją keisti. Vienareikšmiškumo siekis būdingas visoms nacionalinėms kalboms, įskaitant anglų kalbą. Straipsnio atspirties taškas – terminų vartosena estų kalboje, tačiau anglų kalba yra ir lingua franca, ir pagrindinė darbinė terminų standartizacijos kalba, todėl daugiausia dėmesio skiriama anglų kalbai. Siūlomi naujadarai, kurie galėtų išspręsti angliškų terminų nevienareikšmiškumo problemą. Siekiama sąvokų sistemos aiškumo naudojant terminų sistemą, kuri yra kiek įmanoma vienareikšmė.
Straipsnyje taip pat trumpai aptariamas studentams ir net tik jiems būdingas tam tikras „sąvokos“ ir „termino“ esmės nesupratimas. Kaip matyti iš 2012 m. atliktos Estijos
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universitetų doktorantų apklausos, tinkamo termino radimas – viena iš pagrindinių problemų. Sunkumą parinkti tinkamus estiškus ir angliškus terminus dažnai lemia daugiareikšmiškumas. Kiekviena kalba turi tik jai būdingas morfologines, sintaksines ir darybines priemones, tačiau vienas iš svarbiausių bet kurioje specialiojoje kalboje tinkamai funkcionuojančio termino bruožų yra vienareikšmiškumas. Nepaisant to, pats pagrindinis terminas terminology žymi keturias sąvokas. Net terminologijos standarte ISO 1087-1 išskirtos dvi terminology reikšmės. Straipsnio autorius mano, kad angliškas terminas terminology bei jo atitikmenys kitomis kalbomis turėtų būti nuosekliai ir vienareikšmiškai vartojami tik vienai sąvokai – ‘mokslui apie terminus’ – žymėti ir siūlo vartoti darinį termstock vietoj standarte terminijos reikšme vartojamo termino terminology.
Kai kurie kiti terminai – terminology planning, terminology work, terminology science ir designation – aptariami atsižvelgiant į jų vienareikšmiškumą ir vartojimo nuoseklumą sąvokų sistemoje. Sistemiškas terminų darbinimas ir terminijos planavimas yra būtinas kuo didesniam vienareikšmiškumui bet kurioje žinių srityje, įskaitant terminologiją, pasiekti.
Gauta 2018-07-28
Peep Nemvalts
Tallinn University
School of Humanities, Centre for Academic Estonian