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Institut de langue lituanienne
GLOSSAIRE LATINO-LITUANIEN DANS LA GRAMMAIRE DE SAPŪNAS ET ŠULCAS
MOTS-CLÉS: Sapūnas, Šulcas, Compendium, glossaire, traduction, langue latine.
RÉSUMÉ
Dans la grammaire de la langue lituanienne de Kristupas Sapūnas et Teofilis Šulcas publiée en 1673, Compendium Grammaticae Lithuanicae, appelée en abrégé Compendium, presque tous les mots lituaniens sont traduits en latin; elle contient donc de facto un glossaire lituanien-latin de 1 380 entrées. Les caractéristiques de ce glossaire de fait montrent que les mots lituaniens ont été traduits en latin par une personne dont la langue maternelle était l’allemand. On peut en conclure que, dans le manuscrit de Sapūnas, les mots lituaniens étaient laissés sans traduction et que Šulcas les a ajoutées par la suite. Malgré de petites imprécisions de traduction, ce glossaire apporte de précieux témoignages sur le lituanien de la Lituanie mineure au XVIIe siècle.
INTRODUCTION
La grammaire de la langue lituanienne préparée par Kristupas Sapūnas et Teofilis Šulcas, Compendium Grammaticae Lithuanicae, appelée en abrégé Compendium et souvent désignée dans les ouvrages de lituanistique par le sigle SC, est un précieux monument de la langue lituanienne du XVIIe siècle. Les chercheurs s’accordent à dire qu’elle a été écrite par Kristupas Sapūnas, tandis que Teofilis Šulcas a publié la grammaire, en y ajoutant certains éléments et en rédigeant les préfaces. Il est naturel de se demander ce que Šulcas a précisément ajouté au manuscrit de Sapūnas. Comme
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Tamara Buchienė, Jonas Palionis et Kazimieras Eigminas ont étudié la question (Buchienė, Palionis 1957: 21–27; Eigminas 1997: 19–22); outre les préfaces, certains extraits de la grammaire de Kleinas, en particulier le chapitre sur l’accentuation (Strockis 2007: 93–100), ont été insérés dans le texte initial du Compendium. Pouvons-nous en savoir davantage? Tel est précisément l’objectif de cet article: le découvrir en nous appuyant sur le petit lexique latin-lituanien qui se cache dans la grammaire de Sapūnas et Šulcas1.
Kaip žinoma, Kristupas Sapūnas (1589–1659), gimęs Mažojoje Lietuvoje, arba Kusuose, arba Didžiuosiuose Rūdupėnuose, vėliau vadintuose Enciūnais (tiksli vieta nežinoma; Biržiška 1960: 263), įstojęs į Karaliaučiaus universitetą, ten užsirašė kaip Christophorus Sepun Lituanus pauper „Kristupas Sapūnas [vėliau jo pavardė vokiškai buvo rašoma Sappuhn], neturtingas lietuvis [ar lietuvininkas]“. Iš to (ir, žinoma, iš pačios jo gramatikos) galima spręsti, kad lietuvių kalba jam buvusi gimtoji. Jei nesame tikri dėl kurio nors Mažosios Lietuvos autoriaus gimtosios kalbos, gali padėti ir pavardės etimologija. Atrodo, kad Sapūno pavardė yra lietuviška, metroniminės kilmės. Ar tai reiškia, kad kas nors iš jo protėvių buvo nesantuokinis Sapės (Sofijos) sūnus, nežinia (pats Kristupas buvo Mykolo
1 Lorsque nous citerons des passages de la grammaire de Sapūnas et Šulcas dans cet article, nous indiquerons la page de l’édition originale de 1673, que l’on peut aisément retrouver dans l’édition en fac-similé de 1997. Si la page n’est pas numérotée dans l’original (dans les préfaces et le mot de la fin), nous indiquerons la page de l’édition en fac-similé de 1997. Pour les citations de la grammaire de Kleinas (dont la numérotation des pages de l’original est fortement perturbée par des erreurs de correction), nous indiquerons à la fois la page de l’édition en fac-similé (1957) et celle de l’original, séparées par une barre oblique (/). Lorsque, en raison d’une erreur d’imprimerie, le numéro de page de l’original de la grammaire de Kleinas ne correspond pas à la page réelle, nous indiquerons à la fois le numéro de page réel et le numéro erroné imprimé; ce dernier sera placé entre guillemets. Pour citer le Compendium et le texte de Kleinas, nous recourons à une transcription graphémique, en transcrivant par des signes distincts uniquement les graphèmes et les allographes ou ligatures qui avaient effectivement acquis le statut de graphèmes (ſ, æ; œ ne s’y rencontre pas), sans tenir compte du dessin des caractères de l’imprimé original. Ainsi, le z du caractère dit « gothique » (en l’occurrence Schwabacher) est transcrit par le même z que celui du caractère antiqua, et non par le signe de transcription phonétique moderne ʒ (car cela aurait autant de sens que, par exemple, de transcrire le g du caractère « gothique » par le signe de transcription phonétique moderne ɡ, uniquement parce que leur apparence est similaire). La lettre ß est transcrite telle quelle, que, dans l’imprimé original, elle ait été composée comme une ligature (dont dérive la lettre ß de l’allemand moderne) ou séparément. Si, dans l’imprimé original, une lettre en caractère antiqua est insérée dans un mot imprimé en caractère « gothique », elle est transcrite comme toutes les autres lettres, sans aucun signe particulier. La transcription graphémique correspond le mieux à l’objectif de cet article. Les mots lituaniens du Compendium cités et pertinents pour l’argumentation sont mis en évidence.
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Sapūno sūnus; Biržiška 1960: 263). Vis dėlto galime atkreipti dėmesį į tai, kad jo gramatikoje tarp negausių moteriškų vardų (skirtų moteriškajai gramatinei giminei lietuvių kalboje iliustruoti) paminėta ir Sape = Sophia (25)2. Iš to galima atsargiai spėti, kad galbūt bent pats Sapūnas taip suprato savo pavardės kilmę.
De 1612 jusqu’à sa mort, Sapūnas fut pasteur à Didieji Rūdupėnai (=Enciūnai). On suppose qu’il écrivit sa grammaire vers 1643 (Biržiška 1960: 264; Eigminas 1997: 10). Cette opinion, bien qu’elle ne soit explicitement formulée nulle part dans la littérature, découle probablement de la préface de l’édition de 1673, où il est écrit que cet ouvrage était ultra luftrum fextum pulvere quafi obruta SC 48 « enfoui sous la poussière depuis plus de six lustres », c’est-à-dire non publié: en soustrayant 6 × 5 = 30 de la date d’édition, 1673, on obtient l’année 1643. Il ne semble pas y avoir de raison de douter de cette opinion (à condition que la préface ait bien été rédigée la même année que la parution de l’édition, et non un peu plus tôt)3. En outre, cela signifierait que la grammaire de Sapūnas est en fait plus ancienne que celle de Kleinas et que lui reviendrait donc aussi l’honneur d’avoir produit la première grammaire de la langue lituanienne. On sait également que Sapūnas fut l’un des collaborateurs de la grammaire de Kleinas, auquel Kleinas avait prêté le manuscrit de sa propre grammaire (Biržiška 1960: 264; Eigminas 1997: 21). Sapūnas est également connu comme auteur de poèmes latins (Biržiška 1960: 263; Koženiauskienė 1990: 244, 266–267). Il mourut en 1659 à Enciūnai (=Didieji Rūdupėnai) (Biržiška 1960: 263; ZM 2014: 1555).
Teofilis Šulcas (1629–1673) gimė irgi Mažojoje Lietuvoje, Vėluvoje (Biržiška 1960: 343; ZM 2014: 1651; pastarajame šaltinyje šis faktas minimas su klaustuku). Įstojęs į Karaliaučiaus universitetą, jame užsirašė kaip Theophylus Schultz Welawensis Borussus „Teofilis [vėliau jo vardas buvo rašomas taisyklinga lotyniška forma Theophilus] Šulcas,
2 Ce prénom n’était probablement pas très courant, puisque Donelaitis ne l’a donné à aucun des personnages des Metai.
3 L’affirmation selon laquelle cette grammaire aurait été rédigée en huit ans (SC 255) est erronée (nous y reviendrons plus loin). L’affirmation selon laquelle elle aurait été écrite vers 1651, figurant dans la notice bibliographique de l’édition moderne, à la dernière page du livre (SC 336), est une erreur d’impression.
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« un Prussien lituanien ». On peut en déduire que Šulcas était prussien (bien que cela puisse simplement signifier « citoyen de l’État prussien ») et que sa langue maternelle était l’allemand; l’origine allemande de son nom de famille vient aussi à l’appui de cette hypothèse. Après l’université, il travailla comme assistant du pasteur de Nybudžiai (ZM 2014: 1651), fut pasteur à Išdagai à partir de 1650, puis devint pasteur à Katniava en 1662. Il mourut en 1673 (Biržiška 1960: 263; ZM 2014: 1651), soit l’année même de la parution du Compendium. Bien que l’on rapporte qu’il passait pour un bon connaisseur du lituanien (Biržiška 1960: 263), il ne semble pas que le lituanien ait été sa langue maternelle. Selon certaines sources, il aurait rédigé un dictionnaire lituanien-allemand-latin (Biržiška 1960: 263), mais celui-ci, s’il a jamais été écrit, n’a pas été conservé. À propos, l’un de ses sept enfants, Jonas, pasteur à Lazdynai (Lasdehnen) (ZM 2014: 1651), est le même Jonas Šulcas qui publia en 1706 un recueil de fables d’Ésope en lituanien.
Voilà à peu près tout ce que nous savons des deux auteurs du Compendium. Sapūnas avait 40 ans de plus que Šulcas. Tous deux étaient des pasteurs luthériens diplômés de l’université de Königsberg, exerçant dans des paroisses lituaniennes distantes l’une de l’autre d’une distance moindre que celle qui sépare Trakai de Vilnius. Comme nous l’apprend la préface du Compendium, Šulcas considérait Sapūnas comme son maître et hérita de lui un manuscrit de grammaire rédigé autrefois (à l’époque où Sapūnas écrivait sa grammaire, Šulcas devait avoir environ 14 ans). En 1673, environ 30 ans après sa rédaction et 14 ans après la mort de Sapūnas, Šulcas publia la grammaire et mourut lui-même la même année, à l’âge de 44 ans. Que pouvons-nous encore apprendre du texte de la grammaire publiée?
La plupart des mots lituaniens mentionnés dans la grammaire sont traduits en latin. Ainsi, le texte renferme de facto un petit lexique lituanien-latin, qui n’est pas présenté dans une seule section, mais dispersé dans l’ensemble de l’ouvrage. Ce lexique de fait compte 1 380 entrées (la plupart sont des mots isolés accompagnés de leur traduction, mais on y trouve aussi des groupes de mots et des phrases entières). La section correspondante
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Un lexique de 2057 unités se trouve également dans la grammaire de Klein.4 Ainsi de facto, nous disposons de deux lexiques lituanien-latin du XVIIe siècle. Certes, ils sont beaucoup plus courts que les dictionnaires de Sirvydas publiés quelque temps auparavant, mais ils demeurent des monuments précieux de la lexicographie lituanienne du XVIIe siècle, dont l’analyse peut nous apprendre certaines choses.
1. PARTICULARITÉS DU LEXIQUE
À la lecture de la grammaire de Sapūnas et Šulcas, on constate que son lexique présente certaines particularités qui peuvent faire soupçonner que le lituanien n’était pas la langue maternelle du traducteur ayant rendu les mots lituaniens en latin. On ne trouve pas de telles particularités dans le lexique de Klein. Ce sont précisément ces particularités du lexique de Sapūnas et Šulcas qui peuvent aider à préciser les connaissances sur la contribution de chacun des auteurs au texte du Compendium.
Tout d’abord, il va de soi que dans le Compendium comme dans la grammaire de Klein, et donc dans leurs glossaires, on trouve aussi bien des formes grammaticales anciennes que des mots anciens, ou encore des mots connus de nos jours employés dans des sens anciens ou rares. Pour cette raison, le lecteur moderne ne pourrait pas toujours les utiliser commodément comme des dictionnaires lituanien-latin. Bien entendu, ces exemples sont tout à fait irréprochables et ne relèvent pas des étrangetés évoquées ici. À titre d’illustration, il vaut la peine d’en mentionner quelques-uns: Skellu Debeo, Skellejau 57 (skelėti « être endetté »); Lazda Nux 57 (« noisetier, noyer »; ici, lazda ne signifie pas non plus « bâton », et nux ne signifie pas « noix »); Skilliu Elicio ignem, Skiliau 47 (skìlti, skìlia, skýlė « allumer le feu avec un briquet à silex »; voir skìlti 2 LKŽᵉ), Gaudžiu Conqueror, Gauzdawau 49 (gausti « gémir, se lamenter, se plaindre »; dans la Petite
4 Le lexique de Klein utilisé dans cet article a été numérisé dans le cadre d’un stage étudiant par Ramunė Markevičiūtė, actuellement doctorante à l’Université libre de Berlin (Freie Universität Berlin). Je la remercie également pour les discussions enrichissantes sur le sujet de cet article.
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sens attesté en Lituanie); Paſtimpu Rigeſco, Paſtippau 56 (pastipti, « se raidir, se pétrifier »; sens également attesté dans LKŽe), Wasfaris Januarius, Kowas Februarius, Karwèlininis Martius 25 (anciens noms des mois bien attestés en Petite Lituanie), et ainsi de suite. Certains cas sont toutefois un peu plus complexes.
1.1. Cas discutables, mais néanmoins corrects
L’édition de 1997 (SC 83) avait déjà relevé et commenté le cas admįfu [sic; à en juger par tout le reste, il s’agit d’une coquille due à l’influence du préfixe latin ad-; la forme attendue est atmįfu], traduit par divinabo 11. On pourrait croire que le mot « atminsiu » est ici rendu en latin par « je prévoirai, je prophétiserai », alors que, dans la grammaire de Klein (KG 103 / 9), le même mot atmįfu est traduit par recordabor (« je me souviendrai »). Il est évident qu’il s’agit là d’un autre sens du même mot; dans la grammaire de Sapūnas et Šulcas, c’est le sens « je devinerai » qui était visé.
Un autre cas, Melmū Calculus 26, bien qu’à première vue il semble que « coccyx » soit ici traduit par « petit caillou », n’est pas non plus une erreur. Melmuo signifie ici « douleur au coccyx, lithiase »; ce sens est également attesté dans d’autres sources lituaniennes de Petite Lituanie du XVIIe siècle, comme l’indique LKŽe. Le mot calculus pouvait également désigner en latin un calcul rénal ou vésical; la traduction est donc, au fond, correcte.
Le cas Smagurauju Parafitum ago 51 paraît à première vue assez imprécis, comme si le mot signifiant « savourer de bons plats » avait été traduit par « vivre en parasite » (c’est-à-dire comme le « parasite » de la société antique (gr. παράσιτος), qui mange aux frais de son hôte) ou « vivre en oisif ». Un examen plus attentif révèle que le sens visé est « vivre en oisif, vivre au-dessus de ses moyens ». Bien que ce sens ne soit pas attesté dans LKŽe, Kristijonas Donelaitis écrivait: tu, lėbaudams ir
5 Pour l’attestation en Grande Lituanie, voir l’article du dictionnaire de Sirvydas de 1642: Krzyźá bolenie, Lumbago, Melmenio populis SD3 137.
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toujours en faisant bombance, / Tu as dévoré le champ avec ses clôtures et toute la maison DM PV 465–466. Ce contexte montre que le sens du mot smagurauti est moins « aimer les friandises » que « festoyer au-delà de ses moyens ». La traduction « vivre en parasite » donnée dans le Compendium le confirme (et il semble qu’on aurait pu inclure ce sens historique du mot smagurauti dans le Dictionnaire de la langue lituanienne).
Le cas Jauju Aqvā fervidā fup[er] infūdere, Jowjau Jowe 52, n’est pas non plus une traduction erronée, bien que le LKŽₑ ne donne au mot jáuti (jáuna / jáuja, jóvė) que le sens de « fouiller, renverser, remuer, mettre en désordre, brouiller la pâtée », tandis que la phrase latine signifie « verser de l’eau bouillante dessus ». À la réflexion, il semble que jáuti signifie ici « faire de la pâtée » non pas au sens figuré, mais au sens propre, c’est-à-dire préparer une certaine nourriture pour les porcs. Les ingrédients de cette pâtée pouvaient être ébouillantés; jáuti désignerait donc ici ce que l’on exprime en Samogitie par le verbe plikyti6, auquel correspondrait en Aukštaitija šutinti (apšutinti)7. Il s’agit donc, au fond, d’une traduction correcte.
Il peut sembler au lecteur contemporain que les cas Skinnu Eradico 54 (la traduction signifie « j’arrache par les racines »; carpo aurait été plus approprié) et Nėkaltaĩ impunē 67 (la traduction signifie « impunément »; les mots innocue, innoxie ou innocenter auraient peut-être été plus appropriés) ne sont pas non plus très précis, mais on ne peut pas non plus les considérer comme des traductions véritablement erronées. Certains cas semblent réellement liés aux réalités du XVIIe siècle, par exemple Kėlines Caligae 33 (la grammaire de Kleinas donne la même traduction: KG 166 / 72 « 70 »). En latin classique, ce mot latin désignait les « sandales des soldats ». Il va de soi que l’habillement était différent dans la Rome antique, au XVIIe siècle et l’est encore aujourd’hui; il ne faut donc pas s’attendre à des équivalents parfaitement exacts. La confusion qui régnait dans le latin du XVIIe siècle lorsqu’on cherchait à nommer, au moyen de termes désignant des vêtements romains similaires, les culottes d’alors arrivant aux genoux, les pantalons longs, les bottes, les jambières, les chaussettes et diverses chaussures apparaît dans Cn 1171 (à l’article Vbránie powſzéchnie, odzież nóg). On observe la même chose au XVIe siècle,
6 Je remercie mon collègue, le professeur associé Petras Skirmantas, pour ces informations.
7 Je remercie ma collègue, la professeure associée Rasuolė Vladarskienė, pour ces informations.
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DD 23, 357, 434, 485, où le mot caliga est expliqué en allemand par Hob oder kriegsstiffel (« pantalon ou bottes militaires »).8
De même, le mot aviu (Awju qs.9 Aweju. Induo ocreas Awejau 52) est traduit par « j’enfile mes jambières », mais, comme le montrent d’autres sources, au XVIIe siècle le mot latin ocreae désignait aussi certaines bottes ou des bottes à tige, cf. le Cn 1171 déjà mentionné et jusqu’à quatre attestations dans le dictionnaire de Sirvydas: Bot, boty. Ocreæ. Czebatay SD³ 21; Cholewá. Ocrea. Aulas SD³ 30; Nágolenice żołnierſkie, Ocreæ militares. Cziebatay kariewwiu SD³ 189 et Skornie, Ocreæ, mullei. Ciebałay SD³ 406. Le cas de Szawju Difplodo, Szowjau Szowe 52 est essentiellement identique; le mot latin signifie « je tire » ou « je fais exploser ». Il s’agit manifestement ici de tirs d’armes à feu, inconnues des anciens Romains.
La traduction du verbe saugoti par un mot latin signifiant « se garder de » suscite un peu plus de doutes: Sawǥmi qs. Sawgoju Caveo, Saugojau 53 (custodio aurait été plus approprié). Néanmoins, le sens de saugoti « se garder de, éviter » est attesté dans le LKŽe; il ne s’agit donc pas d’une véritable erreur. À vrai dire, dans le Compendium lui-même, le même mot Sawǥmi est traduit, quelques pages plus loin, par Cuſtodio 58.
À première vue, la traduction de l’adjectif rõdas (un slavisme signifiant « disposé, prêt ») par l’adverbe « volontiers » peut sembler erronée (Rodas libenter 67), mais ce cas
8 Le fait que le mot latin caliga ait également désigné des pantalons depuis le Moyen Âge ressort aussi de Hanzíková 1988: 95, où il est indiqué qu’en tchèque, le nom des pantalons kalhoty, attesté depuis le XIVe siècle, est issu de la forme italienne *caligotte, « bottes militaires à longues tiges ajustées », elle-même dérivée du latin caliga. Incidemment, c’est aussi l’étymon du mot kalgotkės (« collants ») connu en lituanien: au milieu du XXe siècle, les premiers collants furent importés en Union soviétique de l’époque, et donc aussi en Lituanie occupée, depuis la Tchécoslovaquie de l’époque; sur leur emballage, on écrivait en tchèque kalhotky punčochové (littéralement « petites culottes avec des bas »; cf. le nom lituanien « pantalon-bas » utilisé dans la seconde moitié du XXe siècle). Bien que les sources en ligne qui mentionnent ces derniers faits n’aient pas le statut d’articles scientifiques évalués par les pairs, rien ne semble justifier de mettre leurs informations en doute. Une recherche sur Internet avec les termes kalhoty, caligotte, caliga, kalhotky punčochové (combinés de différentes manières) fait apparaître de nombreuses sources contenant ces informations.
9 L’abréviation qs. signifie ici quasi (« comme si, en quelque sorte »): on indique ainsi que le passé du verbe aviu se forme comme si son présent était avėju.
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explique le dictionnaire de Neselman: Jetzt wird Ródas, Ród’s allgemein als Adverbium gebraucht, gern, willig N 445.
Certains noms de plantes peuvent également susciter des doutes, mais, comme l’expérience le montre, les noms d’espèces biologiques dans les dictionnaires, surtout ceux des langues anciennes, sont toujours un sujet délicat, et il ne faut jamais s’attendre ici à une parfaite cohérence. Dans le Compendium, il est écrit que les grikiai sont du panicum (Grikkai Panicum 33), mais, selon Sirvydas, le panicum est le millet: Ber. Panicum. Soros nežifžákoi, foros kulines SD3 10 (voir aussi l’explication de kūlinis 4 dans LKŽė). Les Lėšiai sont, selon le Compendium, des ciceres. Cela signifierait « pois », mais la forme plurielle employée est incorrecte10 (probablement une petite erreur, à moins qu’il ne s’agisse d’une faute d’imprimerie); la traduction lentes aurait été plus appropriée. Selon Klein et aussi Sirvydas, cicer (forme singulière correcte) signifie sarrasin: grikkai ocymum, cicer KG 166 / 72 « 70 »; Tatárka iarzyna, Ocymum (vulgo) cicer. Gribiey SD3 442.
En outre, la grammaire de Sapūnas et Šulcas (comme tout ouvrage complexe) comporte aussi de petites erreurs qu’il est difficile de distinguer des fautes d’imprimerie. Il semble que dans l’entrée ufpraffu intelligo 2, deux erreurs de correction se sont produites, une dans chacun des mots lituanien et latin: s’il s’agissait de [fu]praffu intell[am], cela signifierait « je comprendrai ». Le mot lituanien est corrigé ainsi dans l’édition de 1997 (SC 65; comparer aussi le fuprantu intelligo de Klein, KG 197 / 103 « 101 »). Un cas similaire est drifu audeam 11, où la forme latine signifie non pas « j’oserai », mais « j’oserais » (il aurait fallu audebo). Des cas comme Nubundu Expergifco 55 (il aurait fallu Expergifcor), žirkles Porpex 33 (il aurait fallu Forpex), Įfž te illuc inde 65 (il aurait fallu illinc, inde), Trysdefžimt Triginti 29 (il aurait fallu Triginta) sont presque certainement des fautes d’imprimerie. Une faute d’imprimerie évidente se trouve à la page 67 (erreur de pagination; en réalité, page 69), où le texte est imprimé ainsi: Po, fub, fubter. Ante, coram. Tout cela est en réalité une explication de ce que…
10 La forme plurielle grammaticalement correcte serait cicera, mais, comme l’écrit le contemporain de Cicéron Marcus Terentius Varro dans son ouvrage De la langue latine (De lingua latina, 8.48), ce mot est singulier et le pluriel cicera n’est absolument pas usité.
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les prépositions latines correspondent à la préposition lituanienne po, mais il s’est trouvé que la préposition latine ante (« devant ») a été imprimée dans la même police (Schwabacher) que celle dans laquelle le Compendium imprimait habituellement uniquement les mots lituaniens, ce qui a donné l’impression que ante était une préposition lituanienne et que coram (« auprès de, en présence de ») en était la traduction latine. C’est pourquoi le mot ante a même été inclus dans l’index des mots lituaniens de l’édition de 1997 (SC 270), certes avec un point d’interrogation. Si une nouvelle édition de ce livre était préparée, il faudrait assurément supprimer le mot ante de l’index des mots lituaniens. En réalité, on voulait dire ici que la préposition po dans l’expression po akimis signifie « devant, en présence de », cf. poakim ante oculos 6, l’exemple d’usage po Akimis Diewo coram Deo 93, et exactement les mêmes exemples, mentionnés pas moins de six fois dans la grammaire de Klein (KG 111 / 17, 114 / 20, 115 / 21, 236 / 142 « 140 », 262 / 168 « 166 » et 265 / 171 « 169 »).
1.2. Erreurs du glossaire
Passons maintenant aux cas qui semblent être de véritables erreurs de traduction. Le cas de Sergmi, Sergeju Ægroto 53, bien qu’il ait été reconnu comme correct dans l’édition de 1997 (SC 167: note 4), ne semble certainement pas l’être. Il est évident que le mot sergėti y est traduit par sirgti. Comparons sa traduction dans les pages voisines de SC, où elle est déjà correcte: Sergmi Cufodio 58 (« je garde ») et Sergu Ægroto, Sirgau 55 (« je suis malade »). Comparons aussi la traduction des mêmes mots dans la grammaire de Klein: férgmi vigilo, excubias ago, férgiu cuftodio KG 214 / 120 « 118 » et fergu ægroto KG 198 / 104 « 102 », firga ægrotavit KG 194 / 100 « 98 » (et encore sur la page suivante). Nous pouvons aussi comparer les mêmes mots dans le dictionnaire de Neselman: Sergmi, Sergiu und Sergėju, ėjau, ėsu, ėti; bewahren, behüten, bewachen; Wache halten N 463 et Sergu, sirgau, sirgsu, sirgti, krank fein, leiden N 463. Nous ne trouverons rien d’autre non plus dans LKŽₑ. La conclusion est évidente: nulle part il n’est attesté que
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le verbe sirgti aurait jamais eu, en Lituanie mineure, des formes du verbe sergėti. Même ailleurs dans le texte du Compendium, ce mot est correctement traduit.
Le cas de Liekmi Volo 59 est également considéré comme une erreur dans l’édition de 1997 (SC 296). Il est évident que les verbes likti et lėkti ont été confondus ici, car la traduction latine signifie « je vole ». Une page plus tôt, le même mot est correctement traduit: Liekmi Linqvo 58; comparer la traduction du même mot dans la grammaire de Klein: liekmi, paliekmi linqvo, relinqvo KG 213 / 119 « 117 ». Quelques doutes peuvent être soulevés par le fait que le mot latin linqvo (ainsi que relinqvo) signifie « je laisse (quelque chose) », et non « je reste (moi-même) »; toutefois, le sens de « laisser quelque chose » pour le mot lituanien likti est attesté tant dans LKŽe11 que dans le dictionnaire de Neselman: Lėkmi, Žem. auch Lėkiu, likkau, liksu, likti, übrig bleiben; zurückbleiben; von etwas laffen N 365.
Il semble que le cas de Klibbu Dependeo, Klibbejau 57 n’est pas correct non plus, car le mot klibu y est traduit par « je suis suspendu ». Il est très douteux que le mot klibėti ait pu avoir le sens de « être suspendu » en Lituanie mineure; comparer le dictionnaire de Neselman: Klìbu, bėjau, bēsu, bēti, klappern. Dantys kliba, die Zähne klappern. Klibanczos dantys, lofe, wackelnde, und daher klappernde Zähne N 215. Comparer également l’usage de Donelaitis: Sparai po kraiku su čytais [les chevrons sous le faîtage et les pignons] kliba supuvę, / O viduj visur po stogu latgalai [les planchettes soutenant les chaumes du toit] kaba DM RG 610–611. Il semble que klibėti ait toujours eu uniquement le sens que nous lui connaissons aujourd’hui.
Enfin, nous voyons un cas où le traducteur n’a pas réussi à distinguer des homonymes. Le mot pakala signifie à la fois « coin » et « fer à cheval » (LKŽe pakala 1), « dos » (LKŽe pakala 2) et « carex » (LKŽe pakala 3; attesté dans une source de Lituanie mineure). À la page 92, le Compendium donne l’expression Tu už mano Pakalos flapdawais, qui, malgré l’orthographe du XVIIe siècle (et peut-être une faute d’impression dans le mot flapdawais = flepdawais), signifie sans aucun doute pour tout locuteur natif lituanien: « tu te cachais derrière mon dos ». Nous voyons ici qu’il a été traduit par Tu poft
11 Le sens II (transitif) du mot likti dans LKŽe; il existe aussi des attestations provenant de Lituanie mineure.
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carecta latebas, c’est-à-dire « tu te cachais derrière [« mon » omis] les carex » (la grammaire est ici correcte: « carex » se dit carex, tandis que carectum signifie « roselière de carex »). Cela suscite déjà de sérieux soupçons: le traducteur des mots de Compendium, qui les rendait en latin, n’était pas de langue maternelle lituanienne (bien que, pour une raison obscure, cette traduction soit considérée comme correcte dans l’édition de 1997; voir SC 305).
Verbes réfléchis. La traduction en latin de certains verbes réfléchis lituaniens suscite également des doutes, même si certaines traductions sont pertinentes, par exemple: Besfibajiu Obftunefco, Besfibajefjau 47 (« je sursaute, je m’étonne »); Besfigailiu Tāgor mifericordia, Besfigailejau 47 (« je suis touché de compassion »); Besfigedžiu Pudet me, Besfigedejau 48 (« j’ai honte, j’ai honte de moi »); cf. l’usage chez Donelaitis: Aš besigėdėdams išvydau Krizą bekumpsant DM PL 322 « Honteux, je vis Krizas se courber » et Ir besigėdėdams saugojos man parodyt DM VD 333 « Et, honteux, il se garda de me le montrer ».
Toutefois, certaines traductions font soupçonner que le traducteur lui-même n’a pas entièrement compris le sens du verbe réfléchi lituanien, par exemple: Rūpinasfi ipfe mæret 14, c’est-à-dire que rūpinasi est traduit par « il s’inquiète lui-même »; cf. la traduction claire et précise de Klein: rūpinūs sollicitus sum de me ipfo KG 180 / 86 « 83 » « je suis inquiet pour moi-même »; Rafžaus ego ipfe fcribo 41 (imprimé Rafžiaus, corrigé dans la liste des Corrigenda) est traduit par « j’écris moi-même »; Mylius ego me diligo 41, c’est-à-dire que le mot myliuosi est traduit par « je m’aime moi-même »; Besfibjauriu Commaculo me, Besfibjaurejau 47, c’est-à-dire que besibjauriu (bjauriuosi) est traduit par « je me souille ». Dans la grammaire de Klein, les verbes réfléchis sont traduits impeccablement: apfibiaurinu contamino me ipfum « je me souille moi-même » KG 180 / 86 « 83 »; pafididinu magnifico, extollo me ipfum « je me glorifie, je m’élève moi-même » KG 180 / 86 « 83 »; apfirupinu curam, rationem mei habeo « je prends soin de moi-même, je règle mes propres comptes » KG 180 / 86 « 83 »; pafidarijk facias tibi « fais-toi [quelque chose] » KG 251 / 157 « 155 »; pafizéminu humilio me « je m’humilie » KG 251 / 157 « 155 ».
À propos de la transitivité du verbe, on peut encore ajouter que le mot važiuoju est traduit par « je transporte » (Ważuju Veho, Ważawau 52), si ce n’est pas une erreur d’imprimerie, veho au lieu de vehor.
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Verbes causatifs. La traduction en latin des verbes causatifs (ou factitifs) lituaniens (tels que rašydinti) suscite les plus grands doutes quant à la langue maternelle du traducteur. Le cas de [R]afžidinu12 permitto scribere 41 est rendu par des mots latins signifiant « je permets d’écrire ». On trouve la même chose dans la traduction du verbe réfléchi rašydintis (cf. les traductions étranges des verbes réfléchis mentionnées plus haut): Rafžidinūs ego ipfe permitto scribere 41 « je permets moi-même d’écrire ». En réalité, la forme lituanienne rašydinu ne signifie pas « je permets (donne l’autorisation) d’écrire », mais « je veille à ce que cela soit écrit, je donne à quelqu’un le soin d’écrire (quelque chose) à ma place »; une expression latine proche serait facio scribi13 ou facio ut scribatur14, mais l’expression la plus appropriée pour ce sens serait probablement scribendum curo15. Même si, dans certains cas rares, une traduction latine avec permitto pourrait convenir (dans certains contextes, le mot latin permittere signifie « céder », « remettre », etc.), elle ne rend toutefois pas exactement le sens du mot lituanien. On peut soupçonner que, avant de traduire les mots lituaniens en latin, le traducteur les traduisait mentalement en allemand, c’est-à-dire qu’il se représentait d’abord rašydinti comme schreiben lassen, qu’il traduisait ensuite en latin16.
Comparons la manière dont Klein traduit les verbes causatifs: rafzydinu, id eft, dūmi rafzyti, ich laffe fchreiben, jūkinnu ridere facio, ich mache lachen, puldinu facio labi, ich mache fallen KG 179 / 85 « 83 ». Certes, Klein aussi comparait ces mots à des constructions allemandes, mais les traductions latines sont des équivalents exacts des mots lituaniens: juokinu
12 Dans l’édition originale, on avait imprimé Kafžidinu; la forme a été corrigée dans l’édition de 1997 (SC 143: note 2).
13 Cf., par exemple, l’usage de Cicéron au chapitre 142 de son ouvrage Brutus.
14 Cf., par exemple, l’usage d’Ovide dans les Métamorphoses, I.545.
15 Cf., par exemple, l’inscription du Ier siècle av. J.-C. Post[umus] Mimesius (ainsi que les noms de 5 autres magistrats) murum <...> faciundum coiravere (=faciendum curaverunt) « Postumus Mimesius (et 5 autres magistrats) firent construire le [mur de protection] <...> » (EDCS 12700059), ainsi que de nombreuses inscriptions similaires.
16 Les constructions allemandes avec le verbe lassen constituaient, comme le montrent les sources, le moyen le plus répandu de traduire les verbes causatifs lituaniens; cf. Nesselmann (Raszydinu <...> fchreiben laffen N 429), Kurschat (rafžydinu <...> schreiben lassen K 346; pykinu erzürnen, pykin(d)inu erzürnen lassen KrG § 1277), etc., à de très nombreuses reprises, bien que d’autres verbes soient parfois employés.
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« je fais en sorte qu’il rie », puldinu « je fais en sorte qu’il s’écroule ». Bien que nous remarquions que le mot latin facere n’est employé par Klein que là où les équivalents allemands comportent machen, lassen n’est néanmoins pas traduit en latin par permittere, car on sent que ce terme ne conviendrait guère. Un exemple où l’allemand emploie lassen n’est « traduit » qu’en lituanien, c’est-à-dire rendu par d’autres mots lituaniens: rašydinu « je donne (je fournis) à écrire ». On peut également remarquer que Klein appelait les verbes causatifs transitiva, tandis que dans le Compendium ils sont appelés permissiva (« permissifs »; ainsi traduit également dans SC 143), comme s’ils exprimaient une permission. Il semble que les créateurs du terme actuel curativa (employé dans LKŽe; « causatifs ») connaissaient la construction du latin classique faciendum curo.
Formes de l’impératif.
Des doutes similaires suscite également la traduction des formes lituaniennes de l’impératif: Tevadinna jo permitte ut vocet illum 39 « qu’il le laisse appeler »; wadinkem, permitte ut vocemus 39 « qu’il nous laisse appeler »; Dūkem, permitte ut demus 39 « qu’il nous laisse donner ». En latin, les formes coniunctivus iussivus ou coniunctivus hortativus auraient convenu à tous ces cas sans mots supplémentaires: vocet, vocemus, demus (cf. le Gaudeamus bien connu de tous). On soupçonne que, là aussi, le traducteur pensait à des constructions allemandes avec le verbe lassen (c’est-à-dire qu’il traduisait mentalement vadinkim par lass uns nennen, puis rendait cela en latin par permitte ut vocemus, etc.)17. En comparant avec la grammaire de Klein, nous voyons que ces formes y sont traduites avec exactitude et dans un latin élégant, au moyen du coniunctivus hortativus: Izwęskem 100 / 6 « sanctifions », wadinti bukime vocati fimus 199 / 105 « 103 » « soyons appelés »18.
17 Concernant la traduction en allemand des formes avec te-, on peut également comparer les remarques de Kurschat (KrG § 1369) sur le permissif (le véritable permissif du lituanien, et non les « verba permissiva » de SC mentionnés plus haut = verba curativa).
18 Dans la grammaire de Klein (KG 251 / 157 « 155 »), la forme gélbėkim mentionnée est une forme abrégée de gelbėkimi (« sauve-moi »), et sa traduction latine juva me est tout à fait exacte.
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1.3. Cas obscurs
Quelques traductions latines de mots lituaniens dans la grammaire SC restent obscures. À la page 48, on lit: Besfigerriu Bibens bibo, Befigerejau. Les mots latins signifient « en buvant, je bois » (plus littéralement « buvant, je bois »). Une telle construction n’est pas caractéristique du latin, et l’on ne sait pas exactement ce qu’elle devrait signifier, mais elle ressemble aux soi-disant tautologies sacrées, c’est-à-dire aux expressions tautologiques de la Bible traduites littéralement dans la Vulgate latine. On trouve un cas de ce genre dans le livre de Jérémie, 46:12: ecce quibus non erat iudicium ut biberent calicem, bibentes bibent et tu quasi innocens relinqueris? non eris innocens, sed bibens bibes VUL (la ponctuation varie quelque peu selon les éditions). Dans la Bible lituanienne actuelle (traduction de 1998 par A. Rubšys et Č. Kavaliauskas), cela se traduit ainsi: Même ceux qui ne méritaient pas de boire la coupe devront la boire! Penses-tu rester impuni? Tu ne resteras pas impuni, tu dois la boire! SNT. Dans le texte latin de la Vulgate, qui est beaucoup plus littéral, au lieu de devront la boire, il est dit « en buvant, ils boiront », et tu dois la boire correspond à « en buvant, tu boiras ». Seuls des spécialistes de l’hébreu pourraient expliquer plus précisément le sens de ces constructions (peut-être quelque chose comme tu boiras jusqu’à la dernière goutte, comme dans « il courut à toutes jambes »?19), mais ces constructions sont connues depuis longtemps des biblistes. Ainsi, dans des commentaires du XVIIIe siècle, on lit en allemand que le texte hébreu dit littéralement « werden trinkend trinken, oder haben trinkend getrunken » (Dietelmair 1760: 719).
Il se peut que le traducteur du mot lituanien ait effectivement eu ce passage biblique à l’esprit, mais une autre question, bien plus importante, se pose ici: le mot lituanien Besfigerriu, Befigerejau ne serait-il pas besigėrėti, plutôt que besigerti? Dans ce cas, la traduction latine serait tout à fait erronée. Donelaitis employait aussi le mot gėrėtis (Gėrėjos didei dukters sulaukusiu svodbą DM RG 138), tandis que le mot gertis (à moins que son
19 On peut noter que les tautologies hébraïques sont mises en parallèle avec les adverbes de manière lituaniens dans la grammaire de Kleinas (mais rendues littéralement en latin par des gérondifs latins): girdėte girdėjau audiendo audivi f. rectiffimē audivi, littéralement « j’ai entendu tout en entendant, ou, plus exactement, j’ai entendu »; fakyte fakiau, dicendo dixi, feu diligenter dixi, « j’ai dit en le disant, ou j’ai dit avec soin (clairement) » KG 259 / 165 « 163 ».
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le sens serait « s’imbiber, absorberi ») est généralement difficile à trouver attesté dans les monuments écrits. On peut éprouver quelques doutes du fait que Besfigerriu est écrit avec deux -rr-, comme si la voyelle qui les précède était brève, mais, sur la même page, le mot žerriu, žerrejau est écrit de la même façon, et il s’agit bien de žėrėti (et non de žerti; la traduction Scintillo le confirme).
Un autre cas obscur est Perriu Lavo, Perrejau 48. La traduction latine est « j’ai lavé », comme si le mot lituanien était perti, c’est-à-dire laver dans un bain. On soupçonne fortement qu’en réalité, le mot utilisé ici est perėti (auquel aurait convenu le latin incubo « rester accroupi, couver », employé pour traduire le mot tupėti 52). Le dictionnaire de Neselmanas20 ne montre pas que perti et perėti aient été confondus; il est donc possible que ce soit le traducteur des mots lituaniens du Compendium qui les ait confondus.
L’incertitude est encore accrue par le fait que, sur la même page, le mot qui est bien sėti a pour prétérit Sejeiau. Le redoublement des lettres -ej- est probablement une coquille d’imprimerie, puisque la forme du prétérit *sėjėjau n’est, à notre connaissance, attestée ni en Lituanie mineure21, ni, plus généralement, où que ce soit.
Un cas très douteux est Swellu Glifco, Swillau 54, qui n’a d’ailleurs pas été commenté dans l’édition de 1997.
Les formes du mot lituanien sont probablement svilti, svela, svilo; il serait donc identique au mot aujourd’hui connu svilti, svyla, svilo, bien qu’il puisse aussi s’agir de svelti, svela, svile (employé au sens de « brûler » ou « faire brûler » dans le LKŽ.; il est à noter que le verbe svelti est attesté principalement dans les monuments de Lituanie mineure). La traduction latine signifie « s’étendre, enfler, se gonfler, augmenter ». Ce cas étrange peut s’expliquer de plusieurs façons, mais les données ne suffisent pas pour en retenir une seule.
Le choix de ce mot a peut-être été motivé par le fait que le mot glisco est également employé dans la littérature latine à propos du feu, par exemple dans le vers 474 du chant I de l’De la nature des choses de Lucrèce: ignis gliscens, « un feu qui s’étend =, couve plus vivement =, s’embrase »? Compte tenu de telles utilisations
20 Pēru, perējau, ēsu, ēti, couver, à propos des oiseaux. Ant pautū perēti, rester couché sur les œufs 285. Peru, pēriau, persu, perti, baigner quelqu’un; le frapper avec un fouet de bain; puis aussi, plus généralement, frapper quelqu’un, battre <...> N 286.
21 Dans le dictionnaire de Neselmanas: Sėju, sėjau, sėsu, sėti, semer. Ropes sėti, planter des betteraves ou des pommes de terre N 459. Dans le dictionnaire de Hako: Sėti semer, prf. ju, prt. jau, fut. fu H 115.
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À partir des exemples, il est peut-être possible d’y déceler une ressemblance avec le sens « gonfler ». Il semble peu probable que le traducteur ait confondu d’une manière ou d’une autre les mots allemands schwelen « couver, se consumer » et schwellen « enfler, gonfler », car une telle confusion n’est possible qu’avec les mots d’une langue étrangère, et non d’une langue maternelle. Peut-être le mot svelti (emprunté à l’allemand?22), signifiant « gonfler », était-il réellement en usage au XVIIe siècle dans les parlers de la Lituanie mineure, sans être attesté ailleurs? Bien que les dictionnaires23 ne le confirment pas, un vers de Donelaitis donne matière à réflexion: Tūls nusvilęs ponpal laikis, rods, juokiasi būrams DM VD 278. Que signifie exactement « nusvilęs » ici? Il semble que ce passage ait suscité des interrogations chez beaucoup: le LKŽe en donne l’explication (en citant précisément ce passage de Donelaitis) « ruiné, misérable », mais Rėza (qui avait peut-être la meilleure connaissance du dialecte de Donelaitis, et donc de ses expressions imagées) traduisait très littéralement: Manches Herrlein, verfengst am Ofen, verlacht zwar den Bauer « brûlé près du poêle » (R 47). Est-il vraiment exclu que nusvilęs ait signifié « gras, bedonnant »? On peut aussi comparer un autre vers de Donelaitis, où, dans une expression très semblable (et à la même place dans l’hexamètre), le mot pilvotas est employé: Kad pilvots koks ponpal laikis taipo prasikeikia DM VD 126. Summa summarum, en l’absence de données nouvelles, on ne sait toujours pas pourquoi le mot Compendium svelti (ou svilti) a été traduit par glisco, mais cette traduction ne semble pas bonne.
Un autre cas qui soulève des interrogations est Sellu Saliwam emitto, Sellejau 57. La traduction latine signifie « j’émets de la salive ». Si le mot lituanien est bien seleti, sela (seli, seleja), selejo, alors il signifie « se faufiler ». C’est également ce qu’indique le LKŽe, en citant diverses sources, notamment de Lituanie mineure. Le LKŽe mentionne parmi elles ce passage précis (SC 57), ce qui signifie qu’il admet tacitement
22 Les dictionnaires étymologiques s’accordent à dire (https://www.dwds.de/wb/etymwb/schwellen), que cette racine, au sens de « gonfler », n’est attestée que dans les langues germaniques (cf. l’anglais swell « gonfler »; à propos de l’autre mot schwelen « couver, se consumer », cf. l’anglais moderne swelter « étouffer de chaleur »). Ainsi, l’existence d’un mot balte (hérité de l’indo-européen en commun avec les langues germaniques) *svelti « gonfler » semble peu probable. Un emprunt à l’allemand serait toutefois phonétiquement plausible, cf. svėlis de l’allemand Schwelle « seuil » K 417, LKŽ.
23 Dans les dictionnaires, on ne trouve que les sens des verbes svilti et svelti que nous connaissons aujourd’hui: Swelù, swélti, f. u. Swylu N 508; Swylu, swillau, swilsu, swilti, glimmen, fchwelen. Swelù, sweliàu, swélsu, swélti, daff. N 509; [fwelu, fweliau, fweltiu, fwelti = fwylù, schwelen.] K 417 (dans ce dictionnaire de Kurschat, les crochets indiquent qu’il ne connaissait pas ce mot dans son dialecte natal et qu’il ne le connaissait que par des sources écrites).
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on reconnaît que la traduction latine de SC est erronée, mais l’édition de 1997 considère comme correctes à la fois la forme selėti et la signification « sécréter de la salive » SC 313. Deux interprétations sont possibles: soit il s’agit du mot selėti, qui signifie « folâtrer », soit une coquille s’est glissée dans l’édition originale du Compendium de 1673 (les lettres -ell- à la place de -eil-). Donelaitis emploie aussi le mot seilėti: Taip kad jam daugsyk seiledams jo liežuvėlis DM PV 519.
Un autre cas douteux est Kibždu Submoveo, Moto, Kibždejau 57. Kibždeti signifie « remuer », tandis que la traduction latine dit « pousser, mettre en mouvement »; il s’agissait donc peut-être de « faire remuer ». On ignore si le mot kibždeti a vraiment pu avoir autrefois un sens transitif, ou s’il s’agit d’une erreur du traducteur (sans doute la seconde hypothèse).
Il convient de rappeler une fois encore que l’on ne trouve pas de telles traductions douteuses dans la grammaire de Kleinas.
Tous les mots lituaniens qui y sont traduits en latin, malgré l’orthographe du XVIIe siècle et les formes archaïques, sont clairs pour un Lituanien d’aujourd’hui et s’accordent harmonieusement avec leurs traductions latines. Tout ce qu’on peut trouver de douteux dans la grammaire de Kleinas, outre les noms quelque peu approximatifs de plantes ou de vêtements du XVIIe siècle déjà mentionnés, se résume à quelques cas — ou, plus exactement, à un groupe de cas — où le présent lituanien parašau est traduit par un parfait latin (comme si le lituanien disait parašiau ar esu parašęs): afz fawa warda parafzau, ego meum nomen fcripfi; tu fawa warda parafzai, tu tuum nomen fcripfifti; jis fawa warda parafza, ille fuum nomen fcripfit; afz tawa warda parafzau, ego tuum nomen fcripfi; tu tawa warda parafzai, tu tuum nomen fcripfifti KG 243 / 149 « 147 »24. Tout porte à croire qu’il s’agit d’une inadvertance fortuite. Quelle qu’ait été l’origine ethnique de Danielius Kleinas, il est évident qu’il maîtrisait le lituanien comme un locuteur natif.
Tels sont les cas douteux de traduction de mots lituaniens en latin dans le Compendium. Il ne faudrait toutefois pas en conclure que l’ouvrage regorge d’erreurs.
24 Il s’agit bien de présents, et non de variantes phonétiques ou orthographiques du passé; cf. les véritables formes du passé, traduites comme il convient: mufze verberavit KG 195 / 101 « 99 », atnefze... attulit KG 241 / 147 « 145 », etc.
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Comme indiqué, les traductions en latin des mots et expressions lituaniens sont au nombre de 1380, et seuls ceux qui ont été examinés dans cet article sont douteux. Tous les autres cas de traduction sont corrects et pertinents. Parmi eux figure un cas que les rédacteurs du LKŽ semblent avoir mal compris: dans le LKŽₑ, la deuxième acception du mot paskr̄isti 2 (paskrinda, paskrito) repose sur l’unique occurrence trouvée dans la grammaire examinée ici (SC 55 est indiqué), et cette acception est donnée comme « forer, creuser ». En vérifiant ce passage dans le texte du Compendium, on lit: Pajkrindu Cavus fio, Pajkrittau 55. La traduction latine serait « je deviens creux (ou concave) »; le sens de ce mot n’est donc pas « creuser » quelque chose pour le rendre creux (ce serait cavum facio), mais devenir soi-même creux, c’est-à-dire « se délabrer » ou « se creuser ».
2. DONNÉES PRÉCIEUSES FOURNIES PAR LE GLOSSAIRE
Le glossaire examiné contient également de nombreux éléments intéressants et précieux qui ne sont pas l’objet direct de cet article, mais qu’il vaut néanmoins la peine de mentionner. On y trouve les noms attestés d’anciennes divinités lituaniennes (Kaukas, Gabv̄artas, Gab̄aujis, Velinas, Žemyna 24–25; Klein atteste la forme Žemynė KG 157 / 63 « 61 »), des toponymes et des noms d’habitants (prūsas, Prūsa; Klein atteste la forme Prūsija KG 158 / 64 « 62 »), Karaliaučius, karaliaučionis, Danckas [Dantzig ou Gdańsk], danckionis, Tilžė, tilžėnas, Įsrutis, įsrutenas, Katenava [Katniava], katenaūviškis [katniaviškis], Lietuva, lietuvininkas 19, 25; on trouve une liste semblable dans la grammaire de Klein, mais seuls certains de ces noms figurent dans les deux listes). Le glossaire du Compendium atteste aussi l’ancienne acception du mot kunigaikštis, mirabile dictu, absente du LKŽ: Kunigaik[f]štis Principis filius 19, « fils d’un souverain, d’un monarque » (kunigaikštis au sens actuel), cf. Kunigas Princeps 19 (« souverain, monarque », c’est-à-dire kunigaikštis au sens actuel; cette dernière acception de kunigas est entrée dans le LKŽ). Le contexte montre qu’il ne s’agit pas d’un hasard ni d’une erreur.
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ou d’une méprise: dans le contexte, au même chapitre, à la page 19, sont mentionnés les titres de divers souverains et de leurs fils: Karalius Rex, Karalunas Regis filius; Ercikis Princeps, Ercikaitis Principis filius, ainsi que Klebonas Paftor, Klebonaitis Paftoris filius (il s’agit, bien sûr, de pasteurs luthériens, qui étaient mariés et avaient des enfants). On peut aussi comparer avec les attestations de Klein: Kunigas Dominus « maître, souverain », Kunige Domina « maîtresse, souveraine » KG 118 / 24 et Kunigaikštis Principis filius, Princeps « fils d’un souverain; souverain » KG 161 / 67 « 65 » (cf. également les autres mots donnés par Klein au même endroit).
2.1. Citations d’auteurs romains classiques
Le glossaire du Compendium contient, parmi les diverses phrases illustrant la syntaxe lituanienne, plusieurs citations d’auteurs romains classiques. Bien que brèves, elles constituent néanmoins les plus anciennes traductions connues de ces œuvres en lituanien. Trois d’entre elles sont attribuées à leurs auteurs; certaines autres, dépourvues d’indication d’auteur, n’avaient pas été identifiées dans l’édition de 199725. Voici les citations dont l’auteur est indiqué:
Ipač[ę] Lieko rytę tur, ant ataũžimo Ligg[o]fą kuno karščius. Sing[u]lare remedium habent ad refrigerandum in morbis corporis ardores. Plinius 86–87 (l’édition imprimait Ipačė, Liggũfą, Singnlare). Il s’agit d’une citation de Pline l’Ancien26, qui signifie « possède une vertu curative particulière pour faire tomber les fièvres du corps en cas de maladie » (à propos des vignes sauvages).
Neigi viena ręčiž kuri ant jednojimo Deiwių pareitis’ nera užlikta. Neq[ue] ulla res quae ad placand[os] De[o]s pertinet, praeteroifa eft. Cic. 86 (l’édition imprimait placandum Deus, ce qui confirme que l’on peut s’attendre à trouver des erreurs de correction non seulement dans les textes lituaniens, mais aussi dans les textes latins.
Dans la préface de l’édition de 1997 (SC 19), seules deux citations sont mentionnées, celles de Pline et de Cicéron; on a oublié la citation d’Horace, examinée peu après et identifiée à SC 223.25
26 Naturalis historia, XIV. 99 (la numérotation des chapitres varie selon les éditions, mais le passage se situe approximativement au début du dernier tiers du livre XIV). À ce jour, l’ouvrage entier de Pline n’a pas été traduit en lituanien.
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dans les mots; en outre, dans certaines copies du texte de Cicéron (et dans des éditions modernes), on emploie praetervisa au lieu de praetermissa, avec un sens presque identique). Il s’agit d’une phrase de Cicéron tirée du troisième discours contre Catilina27 (In Catilinam, III.20), qui signifie: « Rien de ce qui relève de l’apaisement des dieux n’a été [=n’avait été] omis. » Deiwjų signifie littéralement déesses, mais les divinités des anciens Lituaniens (et donc des Romains) étaient généralement désignées par la forme féminine déesses; on peut donc dire que l’un des anciens sens du mot déesses (au pluriel) est simplement « divinités » (et pas seulement des divinités féminines), cf. le féminin du pluriel gens dans les anciens écrits. Dans le LKŽe, ce sens n’est d’ailleurs pas mentionné pour le mot déesse, bien que, dans la phrase de Mažvydas qui y est citée, Tos deivės negal jums nieko gero duoti, le mot ait précisément ce sens (« divinités »; dans ce contexte, les divinités mentionnées par Mažvydas sont en réalité masculines).
Tu deviens déjà une vieille, mais tu veux pourtant paraître belle. Fis anus & tamen vis formofa videri
Horat. 4. Carm. Od. 13 81. Comme indiqué, il s’agit d’une citation des Odes d’Horace (Carmina, IV.13.2–3). L’original correspond à la fin du deuxième vers et au troisième vers de la strophe asclépiadéenne dite IV; la traduction lituanienne est très proche du mètre de l’original28.
Certaines citations d’auteurs romains sont laissées sans indication de leur auteur. Les voici:
Pourquoi es-tu digne, ou indigne, de ce nom, je le dirai. Digna tuo cur fis indignaq[ue] nomine, dicam 76.
Il s’agit du premier vers de l’épigramme III.34 de Martial (un hexamètre). La traduction lituanienne est également un hexamètre (en la récitant, il faut faire une élision vert’ argu, comme dans les hexamètres latins); c’est donc un vers hexamétrique lituanien ancien, quoique pas le plus ancien. L’épigramme complète de Martial est la suivante:
27 On peut lire la traduction moderne dans cet ouvrage: Marcus Tullius Cicero. Kalbos, traduit par E. Ulčinaitė, Vilnius: Pradai, 1997. P. 118–169.
28 On peut trouver la traduction moderne ici: Horace. Lyrika, traduit par H. Zabulis, Vilnius: Vaga, 1977. P. 183.
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Je dirai pourquoi tu mérites ce nom et pourquoi tu ne le mérites pas.
Tu es froide et noire: tu es et tu n’es pas Chioné.
L’épigramme est destinée à une jeune femme nommée Chioné. Le nom grec Chionē (Χιόνη) signifie à peu près « Blanche-Neige » ou « Neige ». Toute l’épigramme signifie: « Pourquoi mérites-tu et [en même temps] ne mérites-tu pas ton nom? Je vais le dire: tu es froide [=sans passion] et tu es noire [=de teint sombre, qui n’était pas considéré par les Romains comme un idéal de beauté]: [ainsi] tu es et [en même temps] tu n’es pas Blanche-Neige. » Il existe également une traduction moderne de ce texte, comme de presque toutes les autres épigrammes de Martial (à l’exception des plus obscènes)29. Le choix de cette épigramme pour illustrer la syntaxe semble indiquer que les auteurs du Compendium, bien qu’ils fussent pasteurs luthériens, appréciaient les joies de la vie et l’esprit romain30. On peut remarquer qu’à la page 84, le groupe de mots mylu mergą a été choisi pour illustrer le régime des cas; mais l’expression pareimi mylėjęs 8 signifie probablement « je rentre après avoir rendu service à un ami », ou quelque chose de semblable (cf. l’emploi de Donelaitis pamyleti =régaler DM RG 116), car sinon on se demanderait de quel établissement précis le locuteur rentre (ou revient).
Kàm ant gero? Cui bono? 79. Bien que brève, cette expression est connue grâce au discours de Cicéron Pour Roscius (Pro Roscio 84, 86, etc.): « À qui cela [le meurtre du père de Roscius] a-t-il profité? »31 Cf. l’expression actuelle (qui provient probablement, en définitive, de ce discours de Cicéron): « à qui cela profite-t-il? ».
29 Voir Marcus Valerius Martialis. Épigrammes, trad. A. T. Veličkienė, Vilnius: Baltos lankos, 1998, p. 74.
30 Par ailleurs, comme indiqué, le fils de Šulcas, Jonas, a publié en 1706 des traductions en lituanien des fables d’Ésope (dont certaines reprenaient des intrigues connues grâce aux œuvres de Phèdre et d’Horace). Il avait peut-être hérité de son père son goût pour la littérature antique.
31 Žr.: Markas Tulijus Ciceronas. Kalbos, vertė A. Kučinskienė, Vilnius: Pradai, 1997, 35–88.
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Sugryžtu valgęs. Redeo obfonatu 85. Bien que brève, cette expression est une citation de la comédie de Plaute Les Jumeaux 32 (Menaechmi 277, 288). Le sens littéral de cette expression est « je rentre après m’être procuré de quoi manger (par exemple, après avoir fait des achats au marché) », mais il ne s’agit pas d’une erreur de traduction: l’expression peut avoir un sens figuré.
2.2. Citations bibliques
Le Compendium contient également environ 90 citations lituaniennes et leurs équivalents latins, tirées de l’Ancien et du Nouveau Testament, généralement accompagnées de références précises. Pour beaucoup d’entre elles, la version latine correspond au texte de la Vulgate (ou n’en diffère que légèrement) et concorde avec le texte lituanien. Il existe toutefois des cas où il semble qu’un passage de la Vulgate qui ne convient pas ait été choisi comme équivalent du texte lituanien: Girriafi Piktybe, five ifž Piktybės fawo. Gloriatur Peccator in desideriis an[im]æ fuæ. Pf. 10, 3 79 (imprimé anmiæ). La référence au psaume est correcte, mais son texte latin signifie « le pécheur se glorifie des désirs de son âme » (dans la traduction de 1998 d’A. Rubšys et Č. Kavaliauskas: « Car le méchant se vante des desseins de son cœur »). Il semble que le texte lituanien corresponde mieux à un passage du Ps 52,3 (51,3 dans la Vulgate) gloriatur in malitia (« se glorifie dans la méchanceté »; phrase entière: quid gloriatur in malitia qui potens est in iniquitate? « pourquoi se glorifie-t-il dans la méchanceté, lui qui est puissant dans l’iniquité? »; version d’A. Rubšys et Č. Kavaliauskas: « Pourquoi te glorifies-tu, puissant sans honneur, de ton œuvre mauvaise? »). Cela confirme finalement le soupçon selon lequel, dans le manuscrit initial de la grammaire, tous ou presque tous les mots et phrases lituaniens étaient dépourvus de traduction, et que les traductions latines ont été ajoutées ultérieurement par une autre personne, à savoir Teofilis Šulcas.
32 On trouvera une traduction moderne de la comédie (par Aleksis Churginas) dans l’ouvrage suivant: Comédies antiques, sous la dir. de D. Dilytė, Vilnius: Vaga, 1989, p. 445–504.
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3. INEXACTITUDES DES TRADUCTIONS MODERNES
Enfin, il faut mentionner les inexactitudes présentes dans les traductions modernes des préfaces latines du Compendium (rédigées, selon le consensus, par Šulcas), publiées dans l’édition de 1997. Elles sont de nature diverse; beaucoup sont mineures ou s’apparentent à des paraphrases poétiques, mais quelques-unes gênent quelque peu la compréhension des faits exposés dans les préfaces. Si une nouvelle édition de ce monument devait un jour être préparée, il vaudrait la peine de les rectifier.
Dans la préface de l’original, aux pages non numérotées (SC 48, 50), figure la phrase suivante: Multa & ferè sexcenta forfitan (si spectes gentis Lithvanicæ originem, nonnullorum Grammatices præcepta respuentium, & ex usu addiscendam linguam, contendentium, objectiones) monenda occurrent, nisi ne monstri ad instar appareant, timor obicem poneret, & aurem quasi vellicaret tritum illud & verissimum Veriverbium: Vino vendibili non opus est fuſpenſâ hederâ. Elle signifie (en traduisant presque littéralement): « Beaucoup, et peut-être près de six cents [expression latine signifiant quelque chose comme “en grand nombre”] (si l’on tenait compte de l’origine du peuple lituanien [et] des objections de certains [gens] qui rejettent les règles de la grammaire et soutiennent qu’il faut apprendre la langue par la pratique) de remarques [monenda: observations, avertissements] pourraient surgir, si la crainte qu’elles ne deviennent un mauvais présage [ou un “monstre”] ne leur faisait obstacle et ne venait à l’esprit [litt. “ne chatouillait l’oreille”] cette vérité usée et très vraie: un bon produit n’a pas besoin de publicité [litt. “un vin qui se vend bien (=qui se vend bien) n’a pas besoin de lierre suspendu” [qui, selon les Adagia 589C d’Érasme, servait d’enseigne publicitaire dans les tavernes romaines]]. »
On voit ici que cette phrase fait allusion à la préface de la grammaire de Kleinas, où étaient présentées les objections possibles des opposants au projet d’écrire une grammaire de la langue lituanienne, avant de les réfuter point par point. Ces objections étaient essentiellement les suivantes: 1) le lituanien est issu d’un mélange de langues et possède en outre de nombreux dialectes; il est donc impossible d’en écrire une grammaire; 2) on peut apprendre une langue par la pratique mieux qu’à l’aide d’une grammaire. Šulcas, ne souhaitant pas s’engager dans ce genre de débats, se contente ici de
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dire que des objections de ce genre (monenda) pourraient surgir en nombre considérable, mais qu’il ne vaut pas la peine d’y prêter attention. Les mots « si l’on tenait compte de l’origine du peuple lituanien » font allusion à l’objection déjà réfutée par Kleinas selon laquelle le lituanien serait issu d’un mélange de langues; toutefois, le fait qu’il soit question non pas de « l’origine de la langue lituanienne », mais de « l’origine du peuple lituanien (gentis Litvanicæ) » signifie peut-être que Sapūnas et Šulcas connaissaient aussi la théorie de l’origine romaine des Lituaniens. Sinon, pourquoi aurait-on choisi des passages d’œuvres d’auteurs romains pour illustrer la syntaxe lituanienne, et pourquoi les fragments versifiés auraient-ils été traduits en respectant le mètre? Dans la grammaire de Kleinas, au demeurant, les citations d’auteurs classiques ne sont pas utilisées.
Dans les pages non numérotées de la préface (SC 50, 52), parmi les raisons qui ont déterminé la publication de cette grammaire, on en mentionne également une: ex tam crebrâ descriptione ortus timor, ne citra tum Inventoris, tum Autoris Gratiam typis concederentur « la crainte née de copies si fréquentes, que ces éléments de grammaire lituanienne [ces rudiments de la langue lituanienne] ne soient remis à l’imprimerie [=livrés à l’impression] sans égard aux intérêts, d’une part, de l’Inventeur et, d’autre part, de l’Auteur ». Nous voyons ici qu’au XVIIe siècle, comme on pouvait s’y attendre, les droits d’auteur étaient envisagés avec moins de rigueur qu’aujourd’hui: beaucoup faisaient des copies de cet ouvrage (ayant probablement emprunté l’original à Šulcas), jusqu’à ce que Šulcas finisse par craindre que quelqu’un ne le fasse imprimer et ne profite des revenus de sa vente. Cela explique également pourquoi Šulcas se qualifie d’« auteur »: le mot latin auteur (dont la forme tardive auteur est employée ici) peut aussi désigner le propriétaire légitime, qui a le droit de vendre son bien. Ainsi, Šulcas, ayant hérité du manuscrit de Sapūnas, se considère comme le titulaire des droits patrimoniaux d’auteur, pour reprendre la terminologie actuelle, et laisse entendre que telle était la volonté de Sapūnas lui-même (appelé dans la préface l’Inventeur, Inventor). Rien ne permet d’en douter. Par ailleurs, bien que cet ouvrage soit intitulé sur sa page de titre Compendium grammaticæ Lithvanicæ (« Abrégé de grammaire lituanienne »), il est constamment désigné dans les préfaces
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comme si son titre avait été Elementa linguæ Lithuanicæ (« Éléments de langue lituanienne »)33.
Comme nous le savons, Šulcas est mort la même année 1673 que celle où cet ouvrage a été imprimé; cette discordance indique donc probablement qu’il n’a pas eu le temps, avant sa mort, de mettre définitivement l’édition au point. Cela expliquerait aussi les erreurs de correction, notamment dans les mots latins, qu’une personne maîtrisant parfaitement le latin n’aurait pas laissées passer.
Il faut mentionner une autre inexactitude dans l’édition de 1997. Dans le mot de la fin (SC 254), on lit: Et tu fortean L[ector] C[uriofe] fi hos octerniores [sic] perlegeris <...>. Dans l’édition de 1997, cela est traduit ainsi: « Et toi, lecteur attentif, si tu lis <...> cet ouvrage écrit en huit ans <...> » (SC 255). En réalité, l’original ne précise pas combien d’années cet ouvrage a été écrit. Le mot original octerniores n’est pas une variante du mot octennium (« période de huit ans »); c’est une faute d’impression manifeste pour octerniones. Le mot octernio (littéralement, quelque chose comme « un huit ») est un néologisme du latin moderne (formé sur le modèle du terme classique ternio, « un trois »); il ne figure donc pas dans les dictionnaires de latin classique ou médiéval (pas même dans Forcellini ou Thesaurus Linguae Latinae, ou DuCange), mais une recherche sur Internet montre immédiatement qu’il était employé au XVIIe siècle à propos des imprimeries et des imprimés. Ainsi, la préface du dictionnaire latin de Comenius, le Lexicon atriale latino–latinum (1657)34, indique: Habet n. [=enim] Lexicon hoc Octerniones 40, h. e. foliola 320 « Car ce dictionnaire compte 40 octerniones, c’est-à-dire 320 feuillets ». Nous voyons ainsi qu’un octernio compte 8 feuilles, soit 16 pages. Autrement dit, un octernio est une forme d’impression de seize pages, ou de huit feuilles (in octavo). La préface de l’édition de 1997 précise que la grammaire de Sapūnas et Šulcas a justement été publiée au format in octavo (Stundžia 1997: 5). Par conséquent, fi hos octernio[n]es signifie « ces cahiers de huit feuilles ».
33 Certaines sources mentionnent aussi que la grammaire de Sapūnas était appelée Nomenclatorium (Biržiška 1960: 264), mais ce titre (néologisme latin qui signifierait à peu près « nomenclature ») conviendrait davantage à un dictionnaire qu’à une grammaire.
34 Disponible en ligne: http://comlex.pbworks.com/w/page/9977075/Jan_0.
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perlegeris signifie « si tu lis ces cahiers d’impression » ou « cette édition au format in octavo ». Nous ignorons combien de temps cet ouvrage a effectivement été rédigé.
Le mot octerniones (cette fois sans erreur d’impression) est également mentionné dans la dédicace de l’ouvrage au fils du duc de Prusse, Charles-Émile35, sur une page non numérotée: hi octerniones numerum fanctum vix attingentes, ad SERENISSIMÆ CELSITUDINIS TUÆ pedes devoluti <...> SC 42.
Cela signifie: « ces cahiers d’impression, ayant à peine atteint le nombre sacré, déposés aux pieds de VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME <...> ». Dans la littérature latine36, le nombre 7 était appelé le nombre sacré. Comme il est indiqué dans la préface de 1997 (Stundžia 1997: 6), l’édition originale complète du Compendium compte 113 pages, soit 7 cahiers d’impression et une fraction. Nous voyons ainsi que la dédicace a été écrite (ou du moins révisée) après que le texte principal du livre eut été composé à l’imprimerie et que le nombre de cahiers d’impression eut été déterminé.
La préface rédigée par Schulz (SC 40) apporte également quelques précisions sur sa biographie.
Les sources indiquent qu’en 1675, la veuve de Teofilis Šulcas, Ona Blumaitė (Anna Bluhmin), avec ses sept enfants encore mineurs, avait sombré dans une grande pauvreté à la suite de deux incendies (ŽM 2014: 1651). On pourrait en déduire que ces deux incendies se sont produits après la mort de Šulcas; mais la préface nous apprend qu’il y en eut trois et qu’ils survinrent du vivant de Šulcas: Ingenue fateor, meam pulvere Lithvanico jam vigesimum, & quod excurrit, annum, sopitam quasi, interea[que] à Vulcano tertiò impeditam, favillis obrutam & mediis omnibus orbatam tenuitatem, eloqui vix valere, quantum Ornamentum, PRINCIPEM <...> cum singulis suis subditis patriâ loqui posse linguâ <...> « J’avoue franchement que ma pauvreté, assoupie comme par la poussière lithuanienne depuis vingt ans et davantage, et entre-temps entravée une troisième fois par Vulcain, ensevelie sous les cendres et privée de tout moyen de se faire connaître publiquement, peut à peine exprimer quelle parure représente le PRINCE »
35 Au moment de la publication du SC, il avait 18 ans; un an plus tard, en 1674, il mourut.
36 Cf. le chapitre 90.6 des Lettres à Lucilius de Sénèque (traduction lituanienne: Lucius Annaeus Seneca. Laiškai Lucilijui, traduit par D. Dilytė, Vilnius: Pradai, 1999, 299).
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peut à peine exprimer quelle Parure représente le SOUVERAIN <...> lorsqu’il peut parler la langue maternelle avec chacun de ses sujets <...>. » L’expression « pauvreté endormie depuis vingt ans par la poussière lithuanienne » désigne probablement ici la période où Šulcas exerçait comme pasteur dans des paroisses lituaniennes, à partir de 1650 à Išdagai et de 1662 à Katniava. On peut en déduire que la préface a peut-être été écrite vers 1670, c’est-à-dire environ trois ans avant la parution de l’édition imprimée.
CONCLUSIONS
Les chercheurs s’accordent à dire que la grammaire de la langue lituanienne, appelée en abrégé Compendium, a été écrite par Kristupas Sapūnas, et que Teofilis Šulcas l’a publiée en y ajoutant certains éléments et en rédigeant une préface. La question se pose de savoir ce que Šulcas a précisément ajouté au manuscrit original de Sapūnas. Dans les préfaces, la paternité de Šulcas est évidente; mais qu’a-t-il ajouté au texte même de la grammaire? Comme indiqué au début, certains extraits de la grammaire de Kleinas ont été insérés dans le texte initial du Compendium. Est-ce tout?
La comparaison des traductions latines des mots lituaniens mentionnés dans cette grammaire (un glossaire lituanien-latin de facto) révèle certains éléments suspects que l’on ne trouverait pas dans la grammaire de Kleinas: 1) certains mots sont mal traduits, notamment parce que des mots lituaniens de sonorité proche ont été confondus (likti et lėkti, sirgti et sergėti, etc.); 2) certains verbes pronominaux lituaniens sont traduits de façon un peu vague, comme si leur sens n’était pas tout à fait compris; 3) les sens d’homonymes sont confondus là où ils seraient évidents pour un locuteur natif lituanien; 4) les verbes factitifs lituaniens et certaines formes de l’impératif sont traduits comme si le traducteur les avait d’abord mentalement transposés en allemand; 5) à une citation biblique lituanienne correspond une citation proche, mais non identique, de la Bible latine de la Vulgate, ce qui n’aurait pu se produire si l’auteur lui-même avait établi les équivalents latins lors de la rédaction de l’ouvrage (cela n’a pu se produire que si les citations lituaniennes de l’auteur du manuscrit avaient été laissées sans équivalents latins, et qu’une autre personne avait ensuite dû les rechercher dans le texte latin de la Vulgate).
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les citations auraient été laissées sans équivalents latins, et une autre personne aurait dû les retrouver ultérieurement dans le texte latin de la Vulgate).
Peut-on reprocher à l’un ou l’autre des coauteurs de n’avoir pas maîtrisé parfaitement le latin? Certainement pas, car tous deux avaient reçu une formation latine à l’université de Königsberg et ont écrit des œuvres dans un latin irréprochable. Qu’en est-il alors de leur connaissance du lituanien? L’auteur qui a rédigé la grammaire connaissait le lituanien comme un locuteur natif (son lituanien est irréprochable), tandis que l’autre personne, à en juger par les traductions, connaissait bien le lituanien, sans être toutefois de langue maternelle lituanienne. Certains traits des traductions indiquent que sa langue maternelle était l’allemand. La conclusion est évidente: dans le manuscrit de Sapūnas, les mots et expressions lituaniens (du moins pour la plupart) étaient dépourvus de traductions latines; les équivalents latins ont été ajoutés par une personne qui connaissait bien le lituanien, mais dont la langue maternelle était l’allemand, à savoir Teofilis Šulcas. Il a probablement été incité à le faire par le fait que presque tous les mots lituaniens étaient traduits en latin dans la grammaire de Kleinas, dont Šulcas, comme on le sait, se servait également. Tout cela concorde avec le fait que, dans la préface, Šulcas appelle Sapūnas son Maître (Praeceptor). Quel savoir Sapūnas aurait-il pu transmettre à Šulcas s’ils avaient tous deux reçu la même formation à l’université de Königsberg? C’est évident: le lituanien, dont Šulcas eut besoin d’approfondir sa connaissance lorsqu’il devint pasteur d’une paroisse lituanienne.
Toutefois, il ne faudrait pas en conclure que la grammaire de Sapūnas, complétée et publiée par Šulcas, présente quelque défaut que ce soit. On peut considérer avec davantage de prudence les traductions latines de certains mots, examinées dans cet article, lorsqu’elles contredisent ce que nous savons du sens des mots lituaniens grâce à la compétence d’un locuteur natif et aux sources historiques. Il faut néanmoins reconnaître qu’en publiant la grammaire de Sapūnas, Šulcas nous a conservé ce précieux monument de la langue lituanienne et qu’en ajoutant des traductions latines aux mots et expressions lituaniens, de facto, il a créé un glossaire lituanien-latin de 1 380 entrées, préservant ainsi des faits de langue lituanienne du XVIIe siècle qui méritaient assurément d’être inclus dans le LKŽ.
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Les imprécisions des traductions de Šulcas auraient été inévitables pour tout locuteur non natif (en particulier pour quelqu’un qui ne disposait pas de moyens modernes de vérifier l’information). Nous, locuteurs natifs contemporains armés de bases de données, ne pouvons que remercier ce Prussien du XVIIe siècle de langue allemande pour son travail. Si l’auteur de cet article avait eu pour tâche d’expliquer en latin des mots allemands tirés d’une grammaire allemande, les résultats auraient été bien pires (tout comme sa tentative de retrouver, sans bases de données, le passage requis dans la Bible latine). Enfin, les derniers mots de Šulcas à la fin de la grammaire publiée sont les suivants: si quæ per Sphalmata irrepsisse videantur ac observari potuēre, placidè corrige « si quelque [erreur] avait pu s’introduire par inadvertance et être remarquée, corrige-la avec bienveillance » SC 254. Cet article est une tentative respectueuse de le faire.
ŠALTINIAI
Cn – R. P. Gregorii Cnapij Societatis Iesu Theologi Thesauri Polonolatinogræci Tomus I. Cracoviæ: Typis & Sumptu Francisci Cæfarij, 1643.
DD – Dicionarium Latinogermanicum, et vice versa Germanicolatinum ex optimis Latinæ linguæ scriptoribus concinnatum. Autore Petro Dasypodio. Argentorati: per Wendelinum Rihelium, 1537.
DM – Donelaičio „Metų“ tekstas šiuolaikine rašyba. Prieiga internete: http://www.xn--altiniai-4wb.info/files/literatura/LF00/Kristijonas_Donelaitis._Metai.LF0900.pdf.
(Giesmės žymimos santrumpomis: PV = Pavasario linksmybės, VD = Vasaros darbai, RG = Rudenio gėrybės; tada nurodomas eilutės numeris).
EDCS – Epigraphik-Datenbank Clauss / Slaby (Lotynų įrašai). Prieiga internete: www.manfredclauss.de.
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H – Vocabularium Litthuanico-Germanicum, et Germanico-Litthuanicum, Darin alle im Neuen Testament und Psalter befindliche Wörter nach dem Alphabet enthalten sind; Nebst Einem Anhang einer kurtzgefaßten Litthauischen Grammatic. Ausgefertiget von Friederich Wilhelm Haack, S. S. Theol. Cultore, zur Zeit Docente im Litthauischen Seminario zu Halle, Halle: Druckts Stephanus Orban, Univers. Buchdr., 1730.
KG – Pirmoji lietuvių kalbos gramatika, fotograf. leidimas, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 1957.
KrG – Kuršaitis F. Lietuvių kalbos gramatika (1876), par. B. Kabašinskaitė, iš vok. k. vertė A. Tekorius. Vilnius: Vilniaus universiteto leidykla, 2013.
KrG – Kurschat Friedrich. Grammatik der littauischen Sprache, Halle: Verlag der Buchhandlung des Waisenhauses, 1876.
LKŽe – Lietuvių kalbos žodynas, t. 1–20, 1941–2002 (elektroninis variantas), vyr. red. G. Naktinienė, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas, 2005. Prieiga internete: www.lkz.lt.
N – Nesselmann G. H. F. 1850: Wörterbuch der Littauischen Sprache von G. H. F. Nesselmann, Königsberg: Verlag der Gebrüder Bornträger.
R – Rhesa L. J. Das Jahr in vier Gesängen, ein ländliches Epos aus dem Litthauischen des Christian Donaleitis, genannt Donalitius, in gleichem Versmaaß ins Deutsche übertragen von D. L. J. Rhesa, Prof. d. Theol., Königsberg: in der Königl. Hartungischen Hofbuchdruckerei, 1818.
SC – Sapūno ir Šulco gramatika, fotograf. leidimas, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 1997.
SD3 – Dictionarium trium linguarum, In ufum Studiofæ Iuventutis, auctore Constantino Szyrwid è Societate Jesu. Tertia editio recognita & aucta. Vilnae: Typis Academicis Societatis Jesu. MDCXLII [1642]. Prieiga internete: www.thesaurus.flf.vu.lt (paieška pagal lotynišką žodį; originalaus leidinio puslapių numeriai faksimilėse).
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SNT – Šventasis Raštas: Senasis ir Naujasis Testamentai. Senąjį Testamentą iš hebrajų, aramejų ir graikų kalbų vertė, pratarmę, įvadus ir ST sąvokų žodyną bei paaiškinimus parašė prel. prof. Antanas Rubšys. Naująjį Testamentą iš graikų kalbos vertė, įvadus ir NT sąvokų žodyną parašė kun. Česlovas Kavaliauskas, Vilnius: Katalikų pasaulis. Prieiga internete: biblija.lt.
VUL – The Latin Vulgate. Prieiga internete: www.biblestudytools.com/vul.
LITERATŪRA
Biržiška Vaclovas 1960: Aleksandrynas: senųjų lietuvių rašytojų, rašiusių prieš 1865 m., biografijos, bibliografijos ir biobibliografijos. I: XVI–XVII amžiai, Čikaga: Kultūros fondas.
Buchienė Tamara, Palionis Jonas 1957. Pirmosios spausdintos lietuvių kalbos gramatikos. – Pirmoji lietuvių kalbos gramatika, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 9–63.
Dietelmair Johann Augustin 1760: Die Heilige Schrift des Alten und Neuen Testaments, nebst einer vollständigen Erklärung derselben, welche aus den auserlesensten Anmerkungen verschiedener Engländischen Schriftsteller zusammengetragen, und in der holländischen Sprache an das Licht gestellet, nunmehr aber in dieser deutschen Uebersetzung aufs neue durchgesehen, und mit vielen Anmerkungen und einem Vorberichte begleitet worden von D. Johann Augustin Dietelmair, der heil. Schrift Prof. ord. zu Altorf, und Archidiac. der Stadtkirche. Der neunte Theil, welcher die Weißagungen und Klaglieder Jeremiä enthält, Leipzig: Verlegts Bernhard Christoph Breitkopf.
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Eigminas Kazimieras 1997: Kristupo Sapūno ir Teofilio Šulco „Compendium Grammaticae Lithvanicae“. – Sapūno ir Šulco gramatika, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 9–32.
Hanzíková Ludmila 1988: Názvy kalhot v češtině z hlediska principů sémantické motivace. – Sborník prací Filozofické fakulty brněnské univerzity. Studia minora Facultatis Philosophicae Universitatis Brunensis A 36, Brno: Masarykova univerzita, Filozofická fakulta, 95–101.
Koženiauskienė Regina 1990: XVI–XII amžiaus prakalbos ir dedikacijos, Vilnius: Mokslas.
Strockis Mindaugas 2007: Klasikinių kalbų kirčio žymėjimo įtaka lietuvių kirčio žymėjimui: daktaro disertacija, Vilnius: Vilniaus universitetas.
Stundžia Bonifacas 1997: Pratarmė. – Sapūno ir Šulco gramatika, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 5–7.
ZM 2014: Das „Zwischenmanuskript“ zum Altpreußischen evangelischen Pfarrerbuch 6. Saalfeld bis Szypulowski. Auf der Grundlage der Sammlungen von Friedwald Moeller bearbeitet von Walther Müller-Dultz, Reinhold Heling und Wilhelm Kranz, Hamburg: Im Selbstverlag des Vereins [für Familienforschung in Ost- und Westpreußen e. V. Quellen, Materialien und Sammlungen zur altpreußischen Familienforschung (QMS)].
Gauta 2020 12 09
Priimta 2020 12 30
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LATIN-LITHUANIAN GLOSSARY IN THE 1673 LITHUANIAN GRAMMAR
BY SAPŪNAS AND SCHULTZ
Summary
A short grammar of Lithuanian, written in Latin and published in 1673 in Koenigsberg, referred to as the Compendium, was written by Kristupas Sapūnas (in German known as Christoph Sappuhn) and published by Theophilus Schultz (in Lithuanian known as Teofilis Šulcas). It has been a consensus among scholars that Schultz, to whom Sapūnas had bequeathed his unpublished manuscript, published it, years after the death of the original author, with his own additions; yet, in the absence of the original manuscript, it is not always clear what exactly these additions are.
Almost all Lithuanian words mentioned in the Compendium are accompanied with Latin translations; thus we have a de facto Lithuanian–Latin glossary consisting of 1380 entries.
Most of the words are translated well, but the peculiarities of the translation of certain Lithuanian grammatical forms suggest that the translator had to mentally translate them into German first before producing the Latin version; also, certain similar-sounding or homonymous Lithuanian words, which could not have presented any difficulty for a native speaker, seem to have confused the translator. From this a conclusion can be drawn that in the original manuscript by Sapūnas (who was beyond doubt a native speaker of Lithuanian) the Lithuanian words had no accompanying Latin translations, and that these were added by Schultz (who was a Germanophone Prussian). Yet, despite these minor shortcomings inevitable with a non-native speaker, Schultz must be commended for his work in preserving for the posterity this interesting document on Lithuanian as it was spoken in Lithuania Minor in the 17th century.
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KEYWORDS: Sapūnas, Šulcas (Schultz), Compendium, glossary, translation, Latin.
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