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ACTA LINGUISTICA LITHUANICA

LI (2004), 125–139

APERÇU DES NOUVEAUX TRAVAUX

Survey of Recent Publications

LA LINGUISTIQUE LITUANIENNE EN 2003: TRAVAUX PUBLIÉS EN LITUANIE

L’année 2003 n’a pas été généreuse pour la linguistique lituanienne. Sous la date de cette année ont été publiées en Lituanie, et sont présentées ici, trois monographies (de Vytautas Kardelis, Rita Miliūnaitė et Juozas Jurkėnas), trois recueils d’articles (Problèmes de lexicographie et de lexicologie, Études des relations syntaxiques, 3e tome des Articles choisis de Zigmas Zinkevičius) et une publication d’anciens noms de lieux lituaniens (Jono Palionis, Noms de personnes et noms de lieux de la paroisse de Punios dans la seconde moitié du XVIIe siècle).

1. La monographie de Vytautas Kardelis Caractéristiques phonologiques des slavismes dans les parlers de l’est de l’Aukštaitija (Vilnius: Presses de l’Université de Vilnius, 2003, 195 p., ISBN 9986-19-562-4 [Travaux scientifiques de la Faculté de philologie de l’Université de Vilnius]) est fondée sur une thèse soutenue en 1999. Elle comprend une préface, une introduction et trois chapitres. À la fin du livre figurent un résumé détaillé en allemand traduit par Birno Wiemer (p. 146–158), une bibliographie fournie (p. 159–168), une explication des abréviations (p. 169) et une liste alphabétique des slavismes (p. 170–195), qui indique pour chaque slavisme les formes grammaticales, l’accentuation, le sens et les sources d’emprunt possibles.

Dans la préface (p. 9–10), l’auteur justifie l’actualité du travail: bien que les slavismes de la langue lituanienne aient déjà été relativement bien étudiés, « les études structurelles et surtout diachroniques des slavismes font encore défaut. La phonologie des slavismes est l’un des domaines les moins étudiés » (p. 9). Dans une introduction assez développée (p. 11–33), sont présentées les orientations et les problématiques de l’étude des slavismes en lituanien, ainsi que les principes méthodologiques de recherche et de reconstruction. La reconstruction interne est retenue comme méthode principale; l’étude est conçue comme une introduction à des recherches ultérieures et plus approfondies sur l’intégration des slavismes (p. 27). Les données étudiées ont été sélectionnées en tenant compte des sources primaires (cf. p. 27–28); elles sont donc fiables et ne suscitent aucun doute. La fin de l’introduction passe brièvement en revue les principes de la reconstruction phonologique (p. 29–33). On remarque que l’auteur a jugé nécessaire de souligner, dans l’introduction, des notions théoriques fondamentales telles que la chronologie différenciée des emprunts ou le caractère systématique de l’intégration phonologique.

Le premier chapitre du livre, « Système phonologique des parlers » (p. 33–44), présente brièvement les caractéristiques les plus importantes et distinctives des parlers, la distribution des phonèmes, les traits distinctifs et le système phonologique.

Le deuxième chapitre, « Caractéristiques du vocalisme des langues slaves » (p. 44–62), qui avec le précédent forme la partie introductive de l’étude, examine les termes nécessaires et les classifications des langues slaves, et donne un aperçu du système vocalique de ces langues. Le chapitre est informatif, mais un peu trop développé et n’évite pas les répétitions.

Le troisième chapitre, qui constitue le cœur de l’ouvrage, « Évolution de l’intégration des slavismes » (p. 62–145), étudie l’intégration qualitative et quantitative des voyelles slaves et son évolution, puis synthétise l’influence des slavismes sur le système vocalique des parlers.

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L’étude de l’intégration qualitative commence par les voyelles o et e. Les principales lois d’intégration en position accentuée sont établies: « le o slave → le ā demi-long accentué des slavismes », « le e slave → le ē demi-long accentué des slavismes », et leur remaniement est illustré par les lois « le o slave → le u̯ō demi-long accentué des slavismes », « le e slave → le i̯ē demi-long accentué des slavismes ». Les causes de ce remaniement sont exposées de manière convaincante: une lacune dans le sous-système des voyelles demi-longues des parlers (absence de voyelles à mi-hauteur) (p. 89). La chronologie relative correspondant à l’évolution des lois d’intégration est la suivante: les slavismes avec ā et ē demi-longs accentués seraient plus anciens, tandis que ceux avec u̯ō et i̯ē demi-longs accentués seraient plus récents (p. 76). Les lois non étymologiques « o, e slaves → ū, ī demi-longs accentués des slavismes » se seraient constituées du fait de l’évolution des systèmes vocaliques des langues slaves: au moment de l’emprunt, les voyelles de type u et i issues des « jers » auraient ensuite coïncidé dans ces langues avec o et e (p. 78–81). Les slavismes dont le vocalisme a cette origine auraient constitué la couche la plus ancienne de slavismes des parlers: ils auraient été empruntés avant le XIIe siècle. Les slavismes des parlers avec ie long accentué: contrairement à l’explication de Būga, ils ne s’expliquent pas par une prononciation diphtonguée de l’ancien « yat » slave, mais par l’évolution de la voyelle ie propre aux parlers: au moment de l’emprunt, la voyelle de parler *e., voyelle antérieure étroite de hauteur moyenne, aurait été la plus proche du « yat », et c’est d’elle que ie: aurait ensuite évolué en position accentuée (p. 84–85). Dans cette argumentation, la chronologie et la sémantique des emprunts ne semblent pas suffisamment prises en compte. L’examen des lois d’intégration de la voyelle slave a met en évidence leur évolution, que le changement *a → ɒː dans les parlers aurait déclenchée (p. 89–91). Les liens réciproques entre les transformations des lois d’intégration des voyelles slaves o, e et a sont mis en évidence de manière convaincante, de même que les motivations de ces transformations, déterminées par l’évolution du vocalisme des parlers. S’appuyant sur la distribution antérieure des voyelles *a: et *e: dans les parlers (après les consonnes palatalisées, en position de neutralisation, seule la voyelle *e: pouvait être employée), l’auteur rejette l’explication de Būga selon laquelle les slavismes ayant dans les dialectes des équivalents différents du slave ja auraient été empruntés à des époques différentes (Būga 1912/1958: 347). La formation de la loi d’intégration « le y slave → la diphtongue ui accentuée des slavismes » est expliquée par des raisons phonologiques. L’opinion de Būga selon laquelle ui aurait pu apparaître dans les slavismes à partir du y slave postérieur (1912/1958: 348) est écartée, et l’hypothèse suivante est avancée: « il a pu se former lorsque į et u, issus de sonantes, sont devenus des voyelles. Après ce changement de statut de į et u, u, en tant que voyelle, a pu constituer le premier élément de la diphtongue » (p. 103). Cette explication de l’origine de la diphtongue ui n’est guère convaincante.

Dans l’étude de l’intégration quantitative, contrairement à Būga (1912/1958: 344), les différences de quantité des voyelles des slavismes sont expliquées non par la longueur ou la brièveté des voyelles slaves elles-mêmes, mais par l’évolution du système phonologique des parlers. Les slavismes à voyelles de longueurs différentes auraient été empruntés à des époques différentes et refléteraient l’évolution du système vocalique des parlers: autrefois, les voyelles brèves accentuées des parlers n’étaient pas encore allongées ni tendues; selon le trait distinctif de tension, les i, y et u slaves étaient donc plus proches des iː et uː longs des parlers. Plus tard, avec l’apparition dans les parlers de iː et uː tendus demi-longs, les voyelles slaves en question auraient formé des corrélations avec eux (p. 111–113). Les correspondants en position non accentuée auraient été adaptés à ceux de la position accentuée. Cette nouvelle explication semble convaincante, mais elle devrait également être étayée par des recherches sur la chronologie et la sémantique des slavismes. L’évolution des lois discernée dans le développement de l’intégration quantitative s’explique par un déplacement historique du centre d’intégration phonologique: au début, celui-ci était constitué par le sous-système des voyelles longues, puis par celui des voyelles demi-longues. Le changement du centre phonologique aurait été provoqué par une modification quantitative du vocalisme: l’allongement des i et u brefs en position accentuée, qui sont devenus demi-longs (p. 116–119). L’intégration des voyelles slaves a et ja en position non accentuée est expliquée avec pertinence et perspicacité: dans l’intégration des voyelles d’aperture basse, ce ne sont pas les traits de quantité (ou de tension) qui seraient les plus importants, mais la qualité (p. 122–124).

En conclusion, il est affirmé que l’influence des slavismes sur le système vocalique des parlers n’a pas été importante: « toutes les voyelles des emprunts slaves ont été intégrées au système et se sont adaptées à son modèle de relations syntagmatiques et paradig-

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matiques » (p. 124). Seuls deux éléments complètent le système: les voyelles demi-longues ie. et uo., possibles aussi bien en position accentuée qu’en position non accentuée. Dans l’étude « À propos des groupes le, re, se dans les slavismes » (p. 126–138), est examiné le phénomène dit de durcissement des consonnes l, r et s dans les dialectes du haut-lituanien oriental.

Dans les conclusions de l’étude (p. 138–145), qui constituent la dernière partie du troisième chapitre, les lois d’intégration et leur évolution sont examinées une nouvelle fois. La chronologie relative de l’ensemble des lois a été établie. Seuls peuvent être datés de manière fiable les slavismes de la couche la plus ancienne dans lesquels les « jers » slaves sont rendus par les voyelles demi-longues accentuées ů, į. (et, selon la position, par les voyelles brèves non accentuées). L’allongement en position accentuée des voyelles brèves u et i a donné naissance à de nouvelles lois d’intégration, qui marquent également la limite de la nouvelle couche de slavismes. La couche la plus récente de slavismes a commencé à se former après le passage des voyelles a·, e· à ɔ·, ɛ· dans les parlers.

L’étude de Vytautas Kardelis se distingue par son caractère systématique, la solidité de son argumentation, sa perspicacité et une prudence mesurée. Grâce à l’examen méthodique d’un abondant corpus dialectal fiable, à ses idées nouvelles et à ses conclusions substantielles, cet ouvrage est important pour la dialectologie lituanienne, la phonologie historique, la lexicologie et l’étymologie.

Le livre a été recensé par Danguolė Mikulėnienė et Olegas Poliakovas. Sa publication a été financée par le ministère de l’Éducation et des Sciences de la République de Lituanie et par la Commission nationale de la langue lituanienne. Une recension plus détaillée de la monographie a paru dans la revue Baltu filologija (Judžentis 2004).

2. La monographie de Rita Milūnaitė Lietuvių kalbos gramatikos norminimo pagrindai (Vilnius: Lietuvių kalbos instituto leidykla, 2003, 332 p., ISSN 1648-3316, ISBN 9986-668-47-6 [Opera Linguistica Lithuanica 3]) s’appuie elle aussi sur une thèse soutenue à l’université de Vilnius en 1992. Pendant toute une décennie, ce travail « est ainsi resté la seule thèse soutenue portant directement sur le domaine de la culture de la langue » (p. 5). Elle est publiée dans sa version originale, avec, le cas échéant, des remarques éditoriales en notes (p. 6).

L’ouvrage étudié se compose d’une préface, de quatre chapitres et de conclusions. À la fin du livre figurent une bibliographie des sources et des travaux cités (p. 301–306), des renseignements sur les articles de l’autrice publiés avant et après la soutenance de sa thèse (p. 306–307), un résumé assez détaillé en anglais (p. 309–323) et un index des personnes établi par l’autrice (p. 325–328). La table des matières, pratique à consulter, est placée au début du livre (p. 7–11).

Dans la préface (p. 13–17), le livre présente une conception de la formation et de l’évolution de la langue standard. Après un bref aperçu de l’histoire de la langue standard lituanienne, on conclut qu’« aujourd’hui, une part considérable des linguistes estime qu’une théorie scientifique cohérente de la normalisation de la langue standard lituanienne n’a pas encore été élaborée » (p. 13–14); dans la pratique normative, « chaque linguiste s’appuie non seulement sur les traditions de normalisation établies, mais aussi sur sa propre expérience, son intuition, son sentiment de la langue et les caractéristiques du dialecte qu’il connaît » (p. 14). L’objet de l’étude est défini comme « non pas le système linguistique lui-même, mais l’influence délibérée des linguistes sur la langue standard et les motivations qui sous-tendent la régulation de ses normes » (p. 14–15). Les objectifs correspondants sont également définis: tenter de mettre au jour les méthodes (motivations) d’évaluation des phénomènes grammaticaux et rechercher les régularités de la normalisation grammaticale (p. 15). La préface énumère ensuite les sources des données de recherche et décrit la méthodologie, la structure et la validation de l’étude.

Dans le premier chapitre, introductif, du livre (p. 19–53), sont examinés les aspects théoriques de la normalisation grammaticale, décrites les sources des recommandations et la méthodologie de leur étude, et définies les notions fondamentales (grammaire, langue actuelle, norme, variante, normalisation). L’exposé commence par les questions les plus générales: la linguistique normative, les niveaux de langue, les changements et le fonctionnement de la langue, ainsi que son évolution. Les causes et les conditions préalables aux changements linguistiques sont examinées, et la question de la langue…

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le problème de l’évolution. Ces thèmes sont étudiés à la lumière de la littérature théorique des années 1960 et 1970 (principalement russe et tchèque), dans laquelle les idées linguistiques de la première moitié du XXe siècle continuent souvent d’être débattues. Les limites chronologiques de l’étude de la grammaire synchronique sont fixées à une période de 60 ans, de la mort de Jablonskis au rétablissement de l’indépendance (1930–1990). La notion de norme linguistique, essentielle à l’ensemble de l’étude, est définie: la conception de la norme linguistique de l’école de Prague et d’Eugenio Coseriu serait insuffisante et « aurait besoin d’un complément et d’une précision essentiels » (p. 32), car elle ne tiendrait pas compte de l’opposition entre la langue populaire et la langue standard, dont l’une des caractéristiques essentielles serait la volonté consciente de respecter les normes linguistiques. Comme la notion de langue standard n’est pas abordée dans l’ouvrage, l’opposition entre langue populaire et langue standard demeure quelque peu obscure. D’autre part, le rôle de la « création et de la régulation conscientes » (p. 32), du moins au stade actuel du développement de la langue standard, semble exagéré. L’autrice relève à juste titre la tendance des praticiens de la culture linguistique lituanienne à assimiler la norme linguistique à la codification (p. 33). La conception d’une norme réelle de la langue standard, qui « existe dans un champ de tension entre l’usage de la langue standard et l’influence de la codification (c’est-à-dire de la norme codifiée) » (p. 35), ne semble ni très claire ni nécessaire. Elle devient encore moins claire lorsqu’il est affirmé que la norme réelle actuelle de la langue standard « existe dans la mesure où elle est soutenue par la codification et par des habitudes consciemment développées » (p. 37). Pour l’autrice (comme pour de nombreux praticiens de la culture linguistique), la codification est comprise comme une partie de l’activité normative, l’une de ses étapes (les autres étant la précision des normes codifiées et leur mise en usage) (p. 42). L’introduction décrit les sources des recommandations étudiées: les Œuvres choisies de Juozas Balčikonis et les revues Gimtoji kalba (1933–1941), Gimtoji kalba (1958–1968), Kalbos kultūra (1961–1990), Mūsų kalba (1968–1989); elle fournit des statistiques sur les recommandations publiées dans ces revues (p. 50). Les recommandations de normalisation grammaticale de la revue Kalba, parue en 1930, sont brièvement passées en revue. La fin de l’introduction traite de la méthodologie de l’étude des corrections linguistiques et définit les recommandations, leurs motifs et quelques autres notions.

Le deuxième chapitre, « Aperçu de la normalisation des phénomènes grammaticaux » (p. 55–213), est le plus volumineux: il constitue la moitié du livre. Il vise à examiner « sur quelles bases les phénomènes grammaticaux abordés dans les recommandations recueillies ont été normalisés » (p. 55). Le début du chapitre présente des remarques méthodologiques et examine la notion de variante grammaticale, la classification des variantes et les questions liées à l’interprétation des recommandations. Il est souligné que l’évaluation des phénomènes grammaticaux n’est pas révisée dans l’ouvrage; l’objectif est seulement de comprendre la pensée de l’auteur. Les phénomènes grammaticaux variables sont répartis en cinq groupes: l’étude commence par les formes des mots, puis aborde les syntagmes et les constructions, les constituants phrastiques indirects, les phrases complexes et l’ordre des mots dans la phrase. Le chapitre s’achève par des remarques de synthèse. L’interprétation des corrections grammaticales étudiées manque d’esprit critique. Les recommandations insuffisamment ou nullement justifiées sont examinées au même titre que celles qui sont bien argumentées. Par exemple, la proposition de ne pas employer des phrases coordonnées avec le mot de liaison kai tuo tarpu pour exprimer la comparaison, au motif que ce mot de liaison serait apparu à la suite de traductions (p. 189), est classée parmi les recommandations justifiées par l’exigence de pureté. Cependant, faute d’avoir évalué si la recommandation est suffisamment fondée et si l’origine étrangère des phrases en question est établie, son interprétation perd toute assise. Il en va de même dans d’autres cas (les phrases avec jei(gu)…, tai; kuomet; tegu(l);; les propositions concessives subordonnées comportant le préfixe verbal be-): classer les recommandations selon les motifs invoqués par leurs auteurs, sans tenir compte du bien-fondé de ces motifs, ne semble pas pertinent. L’autrice elle-même remarque que « l’incorrection et la tradition des corrections ne sont pas, à elles seules, des motifs suffisamment informatifs » (p. 196). L’autrice ne tient pas toujours compte de la chronologie des corrections, qui devrait être assez importante pour l’étude. Par exemple, les phrases avec

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la conjonction o taip pat auraient, selon les données de l’autrice, commencé à être corrigées par Aldonas Pupkis (1970 et après), mais l’examen des corrections commence avec Stasys Keinys (1977) et Angelė Kaulakienė (1983) (p. 189). Cette partie de l’ouvrage constitue un bon répertoire thématique des recommandations grammaticales couvrant la période étudiée. Dans les remarques de synthèse du chapitre, les phénomènes grammaticaux variables sont répartis en phénomènes formels et fonctionnels, et leur distribution est abordée du point de vue de la norme réelle de la langue standard. Comme l’étude ne tient compte ni du bien-fondé des recommandations, ni de l’état des recherches sur les phénomènes évalués, ni des facteurs psychologiques mentionnés par l’autrice elle-même (cf. p. 212), le système proposé de degrés d’évaluation des phénomènes grammaticaux variables (p. 209–212) ne semble pas suffisamment fondé.

Le troisième chapitre (p. 215–278) compare les motifs invoqués pour les recommandations grammaticales examinées. Il distingue, par exemple, les motifs des corrections de Juozas Balčikonis: la langue vivante, la littérature et les écrits anciens, l’autorité de Jonas Jablonskis, la correction, la pureté, la pertinence fonctionnelle et stylistique, ainsi que quelques autres motifs (le sentiment de la langue, l’étiquette linguistique). Le chapitre ne tient pas compte de l’exactitude ni du bien-fondé des motifs indiqués dans les recommandations.

Le quatrième chapitre, « Principes et critères de la normalisation grammaticale » (p. 279–292), est une synthèse. Il examine les principes et les critères qui ont guidé les auteurs des recommandations étudiées. L’analyse commence par la justification fondée sur le domaine d’usage, c’est-à-dire la source des normes. Les autres principes et critères d’évaluation sont répartis entre principaux (systématicité, correction, pureté) et auxiliaires (sentiment de la langue, étiquette linguistique, esthétique de la langue, économie linguistique, commodité d’usage, clarté). Les critères principaux seraient « orientés vers l’essence propre de la langue », tandis que les auxiliaires seraient « orientés vers l’usager de la langue » (p. 283). Le chapitre examine séparément de tous les autres « le principe le plus général, orienté vers les usagers de la langue: la pertinence » (p. 288), ainsi que les modes non conventionnels de justification des recommandations. Il met au jour la nature des principes et critères énumérés, montre leurs interactions et souligne que leurs limites sont souvent floues.

Dans la conclusion du livre (p. 293–300), les principales affirmations de l’étude sont rappelées. C’est dans cette partie que les principes de normalisation de la langue standard (la stabilité des normes et la prise en compte des changements d’usage) sont peut-être le plus clairement distingués des critères, le premier principe étant jugé plus important (p. 296). La conclusion contient des remarques perspicaces de l’autrice sur l’évaluation différente d’un même phénomène dans diverses recommandations et sur les causes subjectives de ces divergences (p. 295), sur le caractère assez a priori des débats théoriques des dernières décennies concernant les principes et critères de normalisation de la langue standard, débats insuffisamment étayés par des données factuelles (p. 297), et sur le fait que chaque phénomène linguistique a ses propres particularités d’usage et d’évaluation (p. 298), ce qui interdit d’établir un schéma universel de principes et de critères applicable à tous les phénomènes grammaticaux (p. 299); il est également impossible de tracer des frontières nettes entre les styles fonctionnels de la langue standard (ibid.). Les matériaux étudiés permettent à l’autrice d’affirmer que « le travail de normalisation n’a pas été exempt d’incohérences et que, par endroits, sa justification a été quelque peu superficielle et insuffisamment fondée scientifiquement » (ibid.). Tout en soulignant l’importance du métalangage dans le travail de normalisation — certaines corrections manquent notamment d’une « terminologie plus claire et mieux définie (au sens d’un système de notions relevant de la culture linguistique), qui permettrait à l’usager de la langue de comprendre sans ambiguïté la valeur de tel ou tel phénomène » (p. 299) —, l’autrice exagère quelque peu le rôle des linguistes et de la terminologie qu’ils élaborent.

L’étude de Rita Miliūnaitė a été menée avec sérieux et minutie, et inspire confiance. Les définitions des principaux termes et les explications des notions qu’elle fournit seront utiles au développement futur de la linguistique appliquée. Pour les chercheurs en grammaire du lituanien contemporain, cet ouvrage constitue un répertoire utile des phénomènes grammaticaux variables, qui reflète l’état des recherches dans ce domaine. Pour les sociolinguistes et les spécialistes de la langue-

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Pour les historiens de la langue, elle est utile à la connaissance de l’état de la culture de la langue lituanienne au milieu et dans la seconde moitié du XXe siècle. Le livre est sans aucun doute particulièrement important pour la poursuite des travaux de codification du lituanien standard.

La publication du livre a été soutenue par le ministère de l’Éducation et des Sciences de la République de Lituanie. La monographie a fait l’objet d’un compte rendu dans la revue Kalbos kultūra (Labutis 2004).

3. Le livre de Juozo Jurkėno, écrit en russe, Baltų ir slavų antroponimikos pagrindai (Основы балтийской и славянской антропонимики, Vilnius: UAB Ciklonas, 2003, 194 p., ISBN 9955-497-40-8)⟧ examine l’ancien répertoire des noms lituaniens. Il synthétise les recherches menées par l’auteur pendant de nombreuses années (voir les publications dans la bibliographie, p. 186–187). Sa thèse de doctorat (aujourd’hui habilitation à diriger des recherches), soutenue à Moscou dès 1980, s’intitulait « L’onomisation des appellatifs et le développement des systèmes anthroponymiques des langues indo-européennes ». Les questions étudiées dans l’ouvrage sont considérées comme relevant de l’intersection de la linguistique, de l’histoire culturelle, de l’ethnogenèse et même de la psychologie (voir p. 10). Le mélange des dimensions culturelles et linguistiques est également souligné sur la quatrième de couverture, où le livre est présenté comme une description des voies et des méthodes permettant de reconstruire la pensée reflétée dans les noms propres qui nous sont parvenus.

Dans la préface (p. 9–10), sont expliquées les circonstances qui ont incité l’auteur à entreprendre l’étude de l’ancienne anthroponymie: il s’agissait d’une insatisfaction à l’égard des recherches sur l’anthroponymie balte et slave, certes irréprochables, mais menées selon une méthodologie unique. Il importait de chercher à répondre aux questions suivantes: pourquoi les noms propres sont-ils formés uniquement à partir de certains appellatifs, et peut-on considérer comme suffisamment étayées et acceptables les étymologies qui reposent seulement sur la ressemblance formelle entre la racine d’un anthroponyme et l’appellatif correspondant? L’auteur estimait que l’apparition d’un nom propre dépend moins de la forme de l’appellatif motivant que de sa structure sémantique. Il s’agissait de décrire de manière globale et sous différents aspects l’ancien système anthroponymique européen. L’ouvrage se donne pour objectifs de déterminer un certain nombre de racines partageant des composantes sémantiques et susceptibles de devenir des anthroponymes; de distinguer des familles de mots apparentés dans différentes langues, à partir desquelles sont formés des noms de personnes; d’attirer l’attention sur les possibilités et les perspectives des études aréales des anthroponymes; et de formuler des remarques préliminaires sur les points de contact et les interactions entre l’anthroponymie balte et slave (« Introduction », p. 14).

L’étude comprend six chapitres. Le premier examine la place des noms propres dans le système lexical à partir des conceptions de linguistes, philosophes et spécialistes de la culture issus de différentes époques et écoles (« La place des noms propres dans le système lexical de la langue », p. 16–20). Le deuxième chapitre, « Problèmes méthodologiques de l’anthroponymie » (p. 21–35), souligne l’insuffisance d’une étymologie fondée uniquement sur l’aspect formel de la langue, ainsi que les emprunts en anthroponymie, l’influence réciproque des systèmes anthroponymiques, l’intégration d’éléments d’un système dans un autre, l’homonymie, etc. Ce que Tomas Gamkrelidzė et Vjačeslavas Ivanovas (1984) appellent le modèle du monde (mythologie et rituel), Jurkėnas le rattache à l’aspect cognitif de la langue (voir p. 39); c’est pourquoi, dans le chapitre « Aspects cognitifs de l’anthroponymie » (p. 36–46), il étudie le rôle des oppositions sémantiques et des composantes sémantiques dans l’ancienne anthroponymie.

Le quatrième chapitre, le principal et le plus long de l’ouvrage, s’intitule « Système des unités ayant joué un rôle particulier dans la formation de l’anthroponymie des langues indo-européennes » (p. 47–115). Puisque l’étymologie des noms propres est comprise comme la détermination des modèles d’onomisation des mots communs qui leur ont donné naissance (p. 47), ce chapitre porte principalement sur les principes de sélection des mots susceptibles de devenir des noms propres (d’être onomisés). Gamkrelidzė et Ivanovas (1984) ont identifié…

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…les éléments du modèle indo-européen du monde sont comparés aux composantes de l’ancienne anthroponymie de diverses langues indo-européennes, dans le but d’établir un tableau synoptique du lexique ayant joué un rôle essentiel dans la formation de l’anthroponymie des langues indo-européennes (une ébauche de ce tableau figure p. 49). Selon le schéma établi, des mots communs de sens déterminé sont systématiquement rapprochés d’anthroponymes de diverses langues indo-européennes comportant une racine de sens correspondant (p. 53–115). Les commentaires de l’auteur sont peu nombreux; ni la formation ni l’étymologie des anthroponymes cités ne sont examinées, et la source dont ils sont tirés n’est loin d’être toujours indiquée (une liste générale des sources figure à la fin du livre). Voici, par exemple, l’ensemble d’anthroponymes associés au lituanien naujas et à ses équivalents dans d’autres langues indo-européennes, présenté dans la section « Âge, succession des générations » (p. 108):

Lituanien naujas « nouveau », vieux-prussien nauns même sens, vieux-slave новъ, grec νέος « nouveau, jeune », latin novus, « nouveau », vieil-irlandais næue même sens, gotique niujis même sens, vieux-haut-allemand niuwi même sens, etc. // anthroponymes: lituanien Naujalis, Naujikas, Navūlis; vieux-prussien Nawne, Naw-sude, Naw-tarre, Naw-tinte; biélorusse Новак, Новак, polonais Nowo-siodł, Nowosz; germanique Nivo, Nevo, Nivilo, Neu-fred, Niwi-rat, Niwi-rich, Niv-ulf, Niujila, Newio-gast, Nevitta; celtique Neus, Ne vica, Nevilla, Nevio-dūnon, Novantius, Novānus, Novaros, Novellius, Novios; grec Νέ-ανδρος, Νεο-κλῆς, Νεο-φίλη, Νέας.

Après avoir examiné les anciennes composantes du système anthroponymique indo-européen, l’auteur passe aux études aréales des noms (« L’étude aréale comme recherche des vestiges de l’état le plus ancien de l’anthroponymie », p. 116–134). Il s’appuie sur l’appel de Kazimieras Būga à comparer les hydronymes entre eux et à n’entreprendre leur étymologie — c’est-à-dire leur rapprochement avec des mots communs — qu’après en avoir établi la répartition (1961: 510). Selon Jurkėnas, certains anthroponymes à deux thèmes et leurs formes abrégées seraient des vestiges de l’ancien répertoire onomastique européen (p. 119). L’identification et l’étude de la couche archaïque des anthroponymes peuvent apporter des informations supplémentaires sur l’origine et l’évolution de l’ancien système des noms propres. Les racines anthroponymiques ar-, bur-, daun-, gail-, leik-/lik-, sei-/sai-, sal-, sar- sont considérées comme des vestiges de ce type (p. 120–130). Il est également signalé que de nouveaux anthroponymes apparaissent non seulement par dérivation et composition, mais aussi par contamination entre des noms de personnes appartenant à différentes séries anthroponymiques (p. 131). Jurkėnas explique les ressemblances entre les systèmes anthroponymiques européens par la diffusion de certains noms propres préexistants ou par une parenté génétique. Il considère ses résultats comme un complément aux travaux de Hans Krahe et de Wolfgang P. Schmidt (p. 134). Le chapitre répète assez souvent des idées déjà formulées par l’auteur.

Dans le dernier chapitre, le sixième (« L’anthroponymie comme source d’information sur les relations linguistiques et culturelles les plus anciennes entre les peuples baltes et slaves », p. 135–153), l’auteur souligne que les résultats de l’étude des anciens noms de personnes ne concordent pas avec l’hypothèse d’une parenté génétique entre les langues baltes et slaves. De nombreux noms de personnes baltes seraient archaïques, tandis que le système anthroponymique slave comporterait davantage d’innovations (p. 135–136). Selon l’auteur, pour déterminer l’influence réciproque des systèmes anthroponymiques balte et slave, il faudrait étudier les noms propres (ou leurs composantes) de même forme. Ces formes ont souvent des étymologies différentes, mais peuvent être apparentées ou empruntées. L’étude dérivationnelle, typologique et aréale des systèmes anthroponymiques permet d’établir les rapports entre les composantes isomorphes des répertoires de noms et de préciser leur étymologie. Le rôle essentiel de ces recherches revient à déterminer la place de l’anthroponyme dans l’ensemble du système des noms de personnes. Jurkėnas donne des exemples d’analyse de composantes isomorphes de noms de personnes baltes et slaves: il examine les racines anthroponymiques but-, bub-, liaud-, nan- et vaid- (p. 144–152).

Dans les remarques finales (p. 154–165), l’ouvrage examiné est récapitulé. Jurkėnas considère la convergence, provoquée par l’anthroponi-

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… issus de différents appellatifs, en raison de leur ressemblance. Les contacts entre langues ont joué un rôle important dans la formation du lexique des différentes langues. La création d’un modèle hypothétique d’anthroponymisation des appellatifs est considérée comme l’objectif des études typologiques. À l’heure actuelle, on peut seulement établir un système de racines assez fréquemment employées, que l’on peut distinguer dans l’anthroponymie de nombreuses langues indo-européennes. Le système de l’anthroponymie balte serait constitué d’unités assez archaïques. Leur étude pourrait être importante pour reconstituer le système des noms propres indo-européens.

Le livre se termine par des résumés en lituanien (p. 166–170) et en anglais (p. 171–176), des listes d’abréviations (p. 177–179), de sources (p. 180–182) et de références bibliographiques (p. 183–190). En annexe, à la fin du livre, figure une liste d’anthroponymes et de leurs composants associés à deux ou plusieurs séries onomastiques (p. 191–193).

Cette monographie suscite des impressions contrastées. Les ambitions considérables, les idées de grande portée et les explications intéressantes de l’évolution de l’anthroponymie ancienne s’accordent mal avec l’interprétation assez libre et unilatérale des données factuelles, qui n’accorde pas suffisamment d’attention à l’étymologie et à la formation des noms de personnes dans les différentes langues. Les meilleurs résultats seraient sans doute obtenus par des études multidimensionnelles de l’anthroponymie ancienne, qui prendraient en compte aussi bien les questions de sémantique que celles de forme.

Le livre a été recensé par Simas Karaliūnas et Olegas Poliakovas; sa publication a été financée par le programme 1996–2005 de la République de Lituanie pour l’usage et la promotion de la langue officielle.

4. Le recueil d’articles Leksikografijos ir leksikologijos problemos (réalisé par le Centre de lexicographie de l’Institut de langue lituanienne, comité éditorial: Pietro U. Dini et al., Vilnius: Éditions de l’Institut de langue lituanienne, 2003, 344 p., ISBN 9986-668-53-0) rassemble vingt-sept articles consacrés à divers thèmes de la lexicographie historique et contemporaine. Ils sont regroupés en quatre sections selon leur sujet. Chaque article comporte une bibliographie (et, si nécessaire, une liste d’abréviations) ainsi qu’un résumé en anglais ou en allemand.

Dans le livre, l’article d’Evalda Jakaitienė, « Objectifs et tâches de la lexicographie contemporaine » (p. 9–14), tient lieu d’introduction, habituellement présente dans les recueils d’articles de ce type. Il y est question des questions les plus générales de théorie et de pratique lexicographiques. La lexicographie est définie comme « une activité scientifique et créative de nature appliquée, fondée sur des données et des propositions scientifiques » (p. 12). Les étapes du travail lexicographique sont distinguées et les objectifs de la théorie lexicographique sont exposés. L’article examine les rapports entre théorie et pratique lexicographiques, le rôle des dictionnaires ainsi que le sens et la valeur du travail des lexicographes. Les questions générales abordées dans l’article auraient pu être davantage mises en relation avec l’état actuel de la lexicographie lituanienne.

La première section, « Histoire de la lexicographie », réunit des articles de Pietro U. Dini et Diego Ardoino, Vidmantas Kuprevičius, Virginija Stankevičienė, Vilma Šaudina et Angelė V. Vilutytė-Rimševičienė. L’article d’Ona Kažukauskaitė, « Pas Jumskis, mais Ivinskis » (p. 19–31), se distingue des autres. Il montre de façon convaincante que le prétendu « dictionnaire de Jumskis » n’est autre que le « Dictionnaire polonais-lituanien » de Laurynas Ivinskis. Il faut également souscrire à la conclusion de l’auteure selon laquelle il serait temps de publier ce dictionnaire manuscrit.

La deuxième section, intitulée « Lexicographie contemporaine », est la plus importante du livre. Il convient d’examiner séparément les articles d’Aloyzas Gudavičius, Evalda Jakaitienė et Jolanta Viburytė.

Dans son article « L’aspect national de la définition du sens d’un mot » (p. 61–69), Aloyzas Gudavičius applique à la lexicographie les idées de la linguistique cognitive. Il s’appuie principalement sur les travaux d’Anna Wierzbicka. Le caractère national de la définition du sens est fondé sur les « mots qui désignent les objets et phénomènes habituels du quotidien, ainsi que les phénomènes de la culture matérielle et spirituelle d’un peuple »,

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une structure sémantique plus riche, des liens associatifs plus forts avec d’autres mots (cf. p. 63). Cette conception du caractère national de la définition, ainsi que le principe du caractère national qui en découle, sont appréhendés de manière beaucoup trop étroite et littérale; ils semblent simplement empruntés à une autre branche de la linguistique contemporaine, l’ethnolinguistique. À la fin de son article, l’auteur relie également la nature des définitions de sens à la finalité (au type) du dictionnaire.

Dans son article « L’homonymie dans les dictionnaires parallèles de la langue lituanienne » (p. 70–79), Evalda Jakaitienė fait le bilan de l’expérience acquise dans le travail pratique. Elle examine des problèmes concrets et les moyens de les résoudre, et met en lumière les divergences entre lexicologie et lexicographie (ou entre théorie et pratique lexicographiques). Il serait intéressant de comparer à cet égard les dictionnaires lituaniens avec ceux d’autres langues.

Jolanta Viburytė étudie les définitions des couleurs de robe des animaux dans le « Dictionnaire de la langue lituanienne » (p. 119–135). Après avoir effectué une analyse sémantique des articles consacrés aux mots concernés, elle signale les lacunes des définitions existantes et propose de définir la couleur de robe des animaux selon le schéma « de couleur de poil donnée ». Il est préférable d’employer, dans les définitions, les noms usuels des couleurs et des nuances. L’article est analytique; le matériau recueilli a été examiné avec soin selon des critères préétablis, et les conclusions seront utiles aux futurs travaux lexicographiques.

Les articles de Vilija Sakalauskienė, Agris Timuška et Jolanta Zabarskaitė, publiés dans cette section, relèvent également de l’analyse. Ceux de Jurgita Mikelionienė, Olegas Poliakovas et Ieva Zuicena sont des articles de synthèse.

La troisième section, « Lexicologie et étymologie », comprend deux articles historiques (de Bernd Gliwa et Jonas Klimavičius). L’article de Milda Norkaitienė, « Les zoonymes lituaniens. Les noms du porc (Sus domesticus) », n’a pas tout à fait sa place dans cette section. On y trouve également un article assez superficiel de Vida Rudaitienė, « La spécificité de la langue lituanienne et les langues occidentales », ainsi qu’une étude plus longue de Zita Šimėnaitė, « La sémantique des phraséologismes contenant le nom širdis ‘cœur’ ».

Le travail de Bernd Gliwa, « Le lituanien ragana “ведьма; witch; Hexe” signifiait-il “voyante”? » (p. 159–169), séduit par ses observations intéressantes et sa bonne connaissance de l’histoire de la question et des données examinées. Le texte est néanmoins quelque peu étiré et assez difficile à lire. La nouvelle étymologie proposée pour le mot ragana, *« défunt; esprit errant d’un défunt; fantôme », ne paraît pas suffisamment fondée sur le plan sémantique. Les liens supposés entre raganos et le latin regina « souveraine », entre autres, suscitent encore plus de doutes.

L’article de Jonas Klimavičius, « AUKA, APIERA, ATNAŠA: aspects historiques et d’usage » (p. 170–194), ne manque pas non plus d’idées intéressantes. Selon lui, l’opinion de Kazimieras Būga, d’après laquelle auka serait un néologisme à moitié formé par Simonas Daukantas, doit être révisée: il est plus plausible que Daukantas ait créé ce dérivé suffixal à partir de aukuoti, ou qu’il ait rétabli un mot ancien. Le lecteur doit se frayer péniblement un chemin à travers les enchevêtrements de faits, car la pensée de l’auteur se perd dans l’abondance des données.

Le quatrième chapitre du livre, « Dialectologie: le lexique des parlers », rassemble des publications aux thèmes assez variés.

L’article d’Aurelija Genelytė, « Motivation dérivationnelle des noms populaires de plantes: étude comparative du parler du nord de Panevėžys et d’autres dialectes lituaniens » (p. 271–306), s’appuie sur un riche matériau authentique, qui fait l’objet d’une analyse intéressante. La partie théorique de l’article est assez faible; la classification de la motivation manque de cohérence, et l’aspect comparatif des dialectes annoncé dans le titre est peu développé. L’article ne comporte pas de conclusions et s’achève uniquement sur quelques remarques générales.

L’article de Rolandas Mikulskas, « Aspects du fonctionnement des systèmes de nomination dialectaux » (p. 322–332), révèle l’originalité de la pensée et la perspicacité de l’auteur. L’article commence de manière quelque peu sèche…

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Les considérations théoriques exposées au début permettent d’analyser avec maîtrise des données dialectales concrètes: voir, par exemple, l’étude sur l’analyse sémantique du kibeklis: kebeklis samogitien et du vagis: kebeklis de l’est aukštaitien.

Le chapitre publie également des travaux de Kazimieras Garšva, Adelė Judekienė, Genovaitė Kačiūskienė et Janina Švambarytė. L’article d’Aloyzas Vidugiris, « À propos des dénominations de l’appui-tête et de l’oreiller dans le parler de Zietela et dans d’autres parlers lituaniens », aurait mieux convenu au troisième chapitre du livre.

Comme le montre ce bref aperçu, les articles publiés dans le recueil diffèrent par leur thématique, leurs fondements méthodologiques et leur nature. On y trouve des articles scientifiques problématiques et analytiques, mais aussi un assez grand nombre d’articles de synthèse. Certains articles s’apparentent à des publications de données linguistiques. Les liens avec les écoles russes de linguistique sont assez marqués dans les idées théoriques et la méthodologie; rares sont les auteurs qui s’appuient sur des ouvrages spécialisés occidentaux plus récents. Le recueil donne une impression plutôt réservée de l’état actuel de la théorie lituanienne de la lexicologie et de la lexicographie. Il comporte néanmoins aussi des lueurs d’espoir, qui permettent d’espérer un renouvellement plus rapide de ces branches de notre linguistique.

La publication du livre a bénéficié du soutien de la Commission nationale de la langue lituanienne.

5. Le livre Recherches sur les relations syntaxiques (sous la direction d’Axel Holvoet et d’Artūras Judžentis, Vilnius: Institut de la langue lituanienne, 2003, 216 p., ISSN 1648-8628, ISBN 9986-668-51-4 [Travaux de grammaire lituanienne 1]) réunit des articles écrits par les membres du département de grammaire de l’Institut de la langue lituanienne. Il s’agit du premier volume d’une série qui publie les orientations théoriques des auteurs de la nouvelle grammaire lituanienne en cours d’élaboration (comité éditorial de la série: Axel Holvoet, Artūras Judžentis, Bonifacas Stundžia).

Le recueil comprend sept articles écrits par Axel Holvoet, Artūras Judžentis et Loreta Semėnienė. Ils s’inspirent des idées des principales théories linguistiques de la seconde moitié du XXe siècle — structuralisme, générativisme et cognitivisme — qu’ils appliquent à la description de la structure grammaticale du lituanien. Les articles comportent de nombreuses notes de bas de page qui mettent en relation les nouvelles conceptions et celles qui sont déjà familières à la linguistique lituanienne.

Le livre contient un nombre considérable d’idées nouvelles. En voici quelques-unes: seuls deux types de dépendance sont distingués — la rection et la modification; l’accord (comme la rection casuelle) est considéré non pas comme un type de relation syntaxique, mais uniquement comme son marqueur (Axel Holvoet, Artūras Judžentis, « Les types de relations syntaxiques »; Loreta Semėnienė, « L’accord de l’adjectif »). La notion de fonctionnalité sémantique est introduite afin de déterminer le constituant principal d’un syntagme (Axel Holvoet, Artūras Judžentis, « Les types de relations syntaxiques »); les prédicatifs libres et obligatoires sont distingués à la place de l’attribut prédicatif et de la partie nominale du prédicat composé (Axel Holvoet, « Les prédicatifs libres et leurs relations syntaxiques »). Le thème et le rhème de la phrase ne sont pas associés à l’information ancienne et nouvelle, mais considérés comme des unités de la structure sémantique de la phrase; la notion de progression thématique stratifiée est introduite (Axel Holvoet, « Problèmes de la structure informative »). Il est proposé de considérer les phrases introduites par la conjonction nes comme des phrases coordonnées plutôt que subordonnées; les phrases sans conjonction sont tenues pour une variante des phrases coordonnées (Axel Holvoet, « Les phrases coordonnées et subordonnées du point de vue de la forme et de la fonction »). Selon la position qu’elles occupent dans la phrase complexe, les propositions subordonnées sont réparties en propositions nominales, adjectivales et adverbiales (Axel Holvoet, Artūras Judžentis, « Principes de description de la phrase complexe à subordination »). Les syntagmes coordonnés (à l’exception des syntagmes nominaux) sont considérés comme des phrases coordonnées réduites (Axel Holvoet, Artūras Judžentis, « Principes de description de la coordination »).

À la fin du livre (p. 205–210) figure la bibliographie des principaux ouvrages auxquels les articles se réfèrent ou avec lesquels ils engagent la polémique. Les notions pertinentes, les connecteurs ou les éléments corrélatifs

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Les index lituanien et anglais établis par Veslava Čižik aideront le lecteur à retrouver les mots (p. 211–216). Les résumés anglais des articles préparés par Axel Holvoet sont publiés ensemble (p. 199–203).

L’étude de la structure grammaticale d’une langue ne peut être achevée une fois pour toutes. Chaque génération de linguistes écrit une grammaire dans laquelle elle expose son point de vue sur les questions étudiées et élargit, d’une manière ou d’une autre, l’horizon de notre connaissance de la langue. Dans le recueil d’articles présenté, les auteurs de la nouvelle grammaire, qui y exposent leurs positions, espèrent retenir l’attention des lecteurs et recueillir leurs remarques, afin de permettre d’améliorer la grammaire.

6. Dans le troisième volume des Rinktinių straipsnių de Zigmas Zinkevičius (Antroponimika. Kita onomastika. Recenzijos. Personalijos. Apie mokslines konferencijas. Kalbos praktika. Kalbos didaktika. Su lietuvių kalbotyra tiesiogiai nesusiję straipsniai, Vilnius: Lietuvių Katalikų Mokslo Akademija, 2003, 759 [1] p., ISBN 5-420-01506-4, tome 3, ISBN 5-420-01493-9, pour l’ensemble) sont publiées des contributions de thèmes et de genres très variés. Le principal sujet des articles scientifiques réimprimés dans ce volume est l’onomastique lituanienne. Le volume rassemble dix-huit articles, longs ou brefs, consacrés aux noms de personnes, ainsi qu’autant de courtes notices sur les noms de lieux, les noms mythologiques, les ethnonymes, les noms de fêtes, etc. Il est judicieux d’avoir accompagné tous les articles et notices de résumés en anglais. Les comptes rendus de l’auteur sont également intéressants et précieux: ce genre est en voie de disparition dans la linguistique lituanienne. Il y en a pas moins de cinquante et un dans ce volume d’écrits! Les comptes rendus sont classés selon la date de leur première publication. La section biographique apporte de nombreuses informations: elle comprend quatre-vingt-douze notices sur soixante personnes — une véritable encyclopédie des chercheurs en langue lituanienne. Les notices sont commodément classées par ordre alphabétique du nom de famille de la personne mentionnée. Viennent ensuite des comptes rendus de conférences et d’autres articles.

Les principes appliqués à la préparation des publications réimprimées sont les mêmes que ceux des deux premiers volumes (cf. Judžentis 2003: 165–169). L’orthographe et la ponctuation ont été mises à jour conformément aux règles révisées; les usages de mots et de formes non conformes aux normes actuelles, certains cas de formation des mots et l’ordre des mots ont été corrigés, de même que les erreurs typographiques. Comme cela arrive parfois, une ou deux coquilles ont échappé à la vigilance de la rédactrice, Agota Sriubienė, et des correcteurs. Par exemple, lors de la réimpression de l’article « Tėvavardinė asmenvardžių sistema Lietuvoje », la légende sous la carte (p. 31) n’a pas été corrigée: au lieu du suffixe imprimé -atis, il faudrait lire -aitis. Dans le troisième volume, l’ordre des données relatives aux publications mentionnées dans les notes a été uniformisé, quoique pas entièrement.

Le rassemblement en un seul endroit des recherches onomastiques, des comptes rendus et des notices biographiques de cet éminent linguiste facilitera le travail des chercheurs en langue et les études des étudiants de master et de doctorat: ils n’auront plus à chercher ces textes dans divers périodiques, parfois déjà fortement jaunis et usés.

7. Dans la publication de Jonas Palionis, XVII a. antrosios pusės Punios parapijos asmenvardžiai ir vietovardžiai (Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 2003, 204 p. ISBN 5-420-01517-X), sont publiés et étudiés les noms propres consignés dans les registres de mariage et de baptême conservés aux archives de l’église de Punios. Les environs de Punios, pays natal du préparateur, sont riches d’un passé illustre et se situent au bord des grandes boucles du Nemunas. Palionis appelle modestement son ouvrage un petit livre ou une petite étude, et en voit la valeur dans les listes de noms de personnes et de lieux, dont l’établissement s’est limité à « l’enregistrement et à la reconstruction, sans entreprendre d’expliquer leur origine » (p. 7).

Le livre présente deux types de textes: les trois cinquièmes de l’ouvrage sont consacrés aux matériaux publiés — listes de noms de personnes de la seconde moitié du XVIIe siècle (p. 67–153) et de noms de lieux (p. 158–175), ainsi que de noms de personnes du milieu du XVIIIe siècle (p. 186–203); le reste du livre est constitué de l’étude du préparateur.

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Après la préface (p. 7–8), la liste des abréviations (p. 8) et la table des matières (p. 9), figure une carte intitulée « Punios parapijos apytikrės ribos XVII a. » (p. 10), qui montre que la paroisse était alors beaucoup plus vaste qu’elle ne l’est aujourd’hui. Viennent ensuite des notes sur le passé de Punios (chapitre « Šis tas apie Punią ir jos parapiją », p. 11–17) et les notices bibliographiques des sources étudiées (chapitres « Santuokos metrikų knyga (1658–1688) », p. 18–22, et « Krikšto metrikų knyga (1659–1672) », p. 22–26). Ces chapitres décrivent brièvement les formules des actes de mariage et de baptême, qui intéressent les linguistes, et en citent intégralement plusieurs exemples (p. 22 et 24–25). Quatre feuillets de photographies couleur de bonne qualité, prises par Virginija Valuckienė, sont insérés entre les pages 16 et 17 du livre. Comme les fac-similés des sources ne sont pas publiés, ces photographies, même réduites, sont très utiles: elles permettent de se faire une meilleure idée des sources étudiées que ne le feraient des descriptions verbales. Au passage, la légende de la première planche photographique est probablement inexacte: les images publiées semblent provenir de livres différents, contrairement à ce qui est indiqué.

L’analyse linguistique des noms de personnes et de lieux publiés commence par l’orthographe (chapitre « Asmenvardžių ir vietovardžių rašybos ypatybės », p. 26–29). Bien que l’orthographe des sources étudiées ait été très variable et qu’il soit impossible d’en dégager des principes plus stricts, elle « reposait néanmoins sur les traditions graphiques et orthographiques latine et polonaise de l’époque, caractéristiques des manuscrits » (p. 26). Les cas typiques de slavisation des noms propres lituaniens sont abordés séparément (chapitre « Lietuviškų asmenvardžių ir vietovardžių slavinimas », p. 29–40). On observe qu’« en général, le degré de slavisation des noms de lieux est supérieur à celui des noms de personnes » (p. 30). On distingue la slavisation phonologique et morphologique. Parmi les phénomènes morphologiques sont examinés la suppression des terminaisons des noms de personnes, le remplacement des terminaisons des noms de personnes et de lieux, ainsi que l’emploi de suffixes patronymiques slaves. Les noms de personnes et de lieux sont ensuite décrits séparément, en commençant par les premiers. En tout, quelque 2 070 noms de famille ont été déchiffrés dans les deux sources (les patronymes n’étant pas distingués des noms de famille), dont environ 800 — soit plus d’un tiers! — ne figurent pas dans le Lietuvių pavardžių žodynas (chapitre « Bendroji asmenvardžių charakteristika », p. 41). Sont examinés les prénoms de baptême (p. 42–45), les noms de famille lituaniens (p. 46–59) et non lituaniens (p. 60–64). La popularité des prénoms de baptême chez les hommes et les femmes de la paroisse de Punios à cette époque a été établie: les plus fréquents étaient Jonas et Kristina. Les noms de famille lituaniens sont répartis en noms à deux radicaux, à un radical et surnoms; ceux à un radical sont subdivisés en noms à radical non développé et en noms formés par préfixation, suffixation ou terminaison. Les noms les plus fréquents — patronymiques et non patronymiques, formés par suffixation — font l’objet de l’examen le plus détaillé. La paroisse de Punios était hétérogène sur les plans ethnique et linguistique dans la seconde moitié du XVIIe siècle; le livre offre donc un bref aperçu des noms de famille slaves, tatares et juifs.

La liste alphabétique des noms de personnes relevés dans les sources étudiées occupe la majeure partie du livre — des pages 67 à 153. La forme vedette des noms de personnes est donnée au nominatif. Lorsque le nom apparaît dans les sources à un autre cas, son nominatif singulier est reconstitué. Si les actes de registre ne fournissent pas de forme masculine du nom, celle-ci est reconstruite (avec un *) à partir des formes féminines attestées. Après la forme (ou les formes) vedette figurent les noms de famille actuels correspondants ou apparentés tirés du Lietuvių pavardžių žodynas. Lorsqu’un nom de personne relevé dans les registres ne figure pas dans ce dictionnaire, il est reconstitué « selon les modèles caractéristiques de noms de personnes connus et similaires » (p. 65). En outre, lorsque l’accentuation dialectale d’un nom de personne diffère de celle indiquée dans le dictionnaire cité, c’est la première qui est retenue, et non celle du dictionnaire. Après les formes actuelles lituanisées reconstituées des noms de personnes sont indiqués le lieu et la date où les formes vedettes ont été relevées. Chaque entrée regroupe toutes les variantes attestées de la forme vedette du nom de personne. Les noms de personnes féminins ne sont donnés que

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…dans le nid, car « il est parfois difficile de déterminer le sexe à partir de la forme fléchie d’un nom de famille féminin, en particulier le nom de jeune fille, en raison de la diversité des suffixes lituaniens » (p. 66). Plusieurs des principes évoqués pour la présentation des anthroponymes (notamment la détermination du genre de la forme lemmatisée et la restitution des formes actuelles lituanisées, ainsi que l’indication de leur accentuation dialectale) ne correspondent pas aux principes scientifiques de publication des anciens noms propres et s’expliquent par le souci de s’adresser aux habitants des environs de Punia et de simplifier la présentation des anthroponymes. Pour cette raison, la liste restitue un nombre considérable de formes lemmatisées douteuses et leurs équivalents actuels. En voici quelques exemples. À partir de l’anthroponyme CZERKASOWA, on restitue la forme *CZERKASOW (p. 80). Pourquoi la forme restituée a-t-elle été privée de sa terminaison (cf. *CHUMIN à partir de CHUMINOWNA, p. 79)? À partir de l’anthroponyme TRABOWNA, on restitue la forme *TRAB et l’on indique (avec un point d’interrogation) son équivalent actuel, le nom de famille Trabas (p. 143). Pourquoi, dans ce cas, la forme restituée est-elle dépourvue de terminaison (cf. *TUMAS à partir de TUMOWNA, p. 143; *TALKUS à partir de TALKOWNA, p. 142, et bien d’autres)? L’équivalent actuel retenu pour cet anthroponyme (qui, soit dit en passant, n’est pas attesté dans le Lietuvių pavardžių žodynas) n’est pas le seul possible: les équivalents Trobas ou Trobus seraient tout aussi plausibles (ils ne figurent pas non plus dans le Lietuvių pavardžių žodynas).

La suite de l’ouvrage examine les toponymes (section « Caractéristiques générales des toponymes », p. 154–156, et remarques introductives à la section « Liste des toponymes », p. 156–157). L’origine et la forme (la formation) de 298 toponymes sont étudiées. On a relevé près de 60 toponymes absents du Lietuvos TSR administracinio-teritorinio suskirstymo žinyną. La liste alphabétique des toponymes (p. 158–175) est établie selon des principes similaires à ceux appliqués aux anthroponymes: la forme lemmatisée est le nominatif attesté dans les documents ou restitué, tandis que la forme normative actuelle, connue de l’auteur par l’usage et vérifiée dans le Lietuvos TSR administracinio-teritorinio suskirstymo žinyną, est indiquée entre crochets. Cette liste comporte elle aussi des formes restituées douteuses. Un bon exemple est BIRSZTAN, déjà mentionné dans la section sur la slavisation des noms propres (p. 35), restitué à partir des attestations ex BIRSZTANY, de BIRSZTANY, de BIRSZTAN et de BIRSZTANI (p. 159). Au moins trois de ces constructions emploient le pluriel du toponyme, alors que l’éditeur restitue le singulier, conformément à la forme normative actuelle (cf. CZESANY, restitué à partir de de CZESAN, p. 160; NARUNY à partir de d. v. NARUN, p. 166, etc.). La liste contient également des formes de toponymes restituées mais non signalées par un astérisque (BALBIERISZKI, BUYWIDY, etc.).

À la fin du livre figurent le résumé « Personen- und Ortsnamen der 2. Hälfte des 17. Jahrhunderts aus der Gemeinde Punia », traduit en allemand par Irena Meikšinaitė (p. 176–182), et la bibliographie (p. 183–185). Une annexe présente la « Liste des anthroponymes tirés des registres de mariages de la paroisse de Punia pour les années 1732–1759 » (p. 186–203).

La publication préparée par Jonas Palionis possède une indéniable valeur scientifique: elle présente pour la première fois les anthroponymes et les toponymes de la paroisse de Punia de la seconde moitié du XVIIe siècle, qui y sont examinés et décrits sous différents angles. L’ouvrage entendait rendre les précieux matériaux onomastiques accessibles aux spécialistes — aux chercheurs en onomastique — et, d’autre part, espérait intéresser le grand public en faisant ressortir les liens entre les données publiées, un lieu précis et le caractère historique des personnes mentionnées dans les documents (cf. p. 204). Il est en effet difficile, sinon impossible, de répondre à la fois aux besoins professionnels des linguistes et à la curiosité des habitants de la région dans une même publication: l’éditeur a dû choisir une voie médiane, celle du compromis. L’ouvrage n’est ni une réédition critique scientifique du patrimoine écrit, ni une publication de vulgarisation destinée au grand public, mais il présente des caractéristiques propres à ces deux types d’édition. Le spécialiste regrettera avant tout l’absence de fac-similés des sources étudiées: compte tenu du faible volume du livre (64 et 93 pages imprimées, si je ne m’abuse), leur publication n’aurait été ni difficile ni très coûteuse. D’autant plus que les listes publiées ne comprennent pas tout et que la fiabilité des formes de noms propres présentées varie:

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ARTŪRAS JUDŽENTIS

« Les listes d’anthroponymes et de toponymes ne comprennent pas tous les mots de cette catégorie; en outre, certaines formes peuvent avoir été restituées de manière inexacte » (p. 20); « les anthroponymes illisibles ou très douteux n’ont pas été reconstruits et ne figurent pas dans la liste » (p. 64). Un ouvrage publié conformément aux exigences scientifiques aurait été plus précieux: il est toujours possible de tirer une publication plus accessible d’une édition scientifique, mais le chemin inverse est malheureusement impossible.

Le livre a été évalué par Vitalija Maciejauskienė; Bronys Savukynas a relu la section consacrée aux anthroponymes et conseillé l’éditeur. La publication a bénéficié du soutien de la Commission nationale de la langue lituanienne.

Pour conclure cette vue d’ensemble, il convient de mentionner les ouvrages de linguistique lituanienne à vocation pratique: une grammaire, des dictionnaires et des index bibliographiques.

Meilutė Ramonienė et Joana Pribušauskaitė Praktinė lietuvių kalbos gramatika (Vilnius: Baltos lankos, 2003, 256 p., ISBN 9955-584-36-X) s’adresse aux personnes qui apprennent le lituanien. La structure grammaticale y est décrite selon une approche fonctionnelle.

Irenos Ermanytės Antonimų žodyne (Vilnius: Lietuvių kalbos instituto leidykla, 2003, XXIII, 584 p., ISBN 9986-668-52-2) abėcėlės tvarka pateikiamos antonimų poros iliustruojamos gyvosios kalbos, Lietuvių kalbos žodyno, jo kartotekos, grožinės literatūros ir smulkiosios tautosakos pavyzdžiais. Knygos pabaigoje įdėta antonimų lizdų rodyklė. Žodyną redagavo Jonas Paulauskas, jo rengimą ir leidybą rėmė Valstybinė lietuvių kalbos komisija. Zanavykų šnektos žodyno (teksto autorės Janina Švambarytė, Giedrė Čepaitienė, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidybos institutas, 2003, 830 p., ISBN 5-420-01504-8) pirmasis tomas apima A–K raidžių žodžius. Tai išsamusis tarminis žodynas, atspindintis XIX a. antrosios pusės–XX a. zanavykų šnektos leksiką, gramatikos, iš dalies ir fonetikos ypatybes. Žodžiai jame pateikiami laikantis panašių principų kaip Lietuvių kalbos žodyne. Šis žodynas – kolektyvinis daugelio žmonių darbas, kuriam duomenis organizuotai pradėta rinkti dar 1987 metais. Žodyną redagavo Aldonas Pupkis (vyriausiasis redaktorius) ir Klementina Vosylytė.

Išėjo net trys lietuvių kalbotyros bibliografijos rodyklės: Lietuvių kalbotyra, 1981–1985: Literatūros rodyklė, sudarė Regina Sedekerskytė, Adelė Ubeikaitė; spaudai parengė Lina Kanopkienė (Vilnius: Lietuvos mokslų akademijos biblioteka, Lietuvių kalbos institutas, 2003, 339 p., ISBN 9986-498-28-7); Lietuvių kalbotyra, 1991–1995: Literatūros rodyklė, sudarė Sigita Dagienė, Jolanta Matuzaite; atsakomoji redaktorė Rasa Pukėnienė (Vilnius: Lietuvos mokslų akademijos biblioteka, Lietuvių kalbos institutas, 2003, 544 p., ISBN 9986-498-32-5); Adelė Ubeikaitė, Lietuvių kalbotyra, 1944–1972: Literatūros rodyklė: Papildymai, redagavo Kazys Morkūnas, Algirdas Sabaliauskas (Vilnius: Lietuvių kalbos instituto leidykla, 2003, 396 p., ISBN 9986-668-46-8). Lietuvių kalbotyros bibliografija šiuo metu turbūt yra viena geriausiai sutvarkytų mūsų bibliografijos sričių. Ateina metas parūpinti elektroninę XX a. lietuvių kalbotyros bibliografiją su įvairiomis paieškos galimybėmis.

LITERATŪRA

BŪGA, K. 1912/1958: Lituanica. In: id., Rinktiniai raštai I, sudarė Z. Zinkevičius, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 339–383.

BŪGA, K. 1923/1961: Upių vardų studijos ir aisčių bei slavėnų senovė. – In: id., Rinktiniai raštai III, sudarė Z. Zinkevičius, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 493–550.

GAMKRELIDZE, T. V., IVANOV, V. V. 1984.: Индоевропейский язык и индоевропейцы. Реконструкция и историко-типологический анализ праязыка и протокультуры. Часть вторая: Семантический словарь

NAUJU DARBŲ APŽVALGA

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общеиндоевропейского языка и реконструкция индоевропейской пракультуры, Тбилиси: Издательство Тбилисского университета.

Judžentis, A. 2003: Lietuvių kalbotyra 2002-aisiais metais: Lietuvoje išleisti darbai. Acta Linguistica Lithuanica 49, 2003, 153–170.

Judžentis, A. 2004: [Rec.] Vytautas Kardelis, Rytų aukštaičių šneketų slavizmų fonologijos bruožai, Vilnius: Vilniaus universiteto leidykla, 2003, 195 p. (Vilniaus universiteto Filologijos fakulteto mokslo darbai). Baltų filologija XIII (2), 151–155.

Labutis, V. 2004: [Rec.] Studija apie gramatikos norminimo pagrindus. Kalbos kultūra 77, 67–75.

Artūras Judžentis

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