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Évolution du processus urbain espagnol au cours de la seconde moitié du XXe siècle

Díaz Hernández, Ramón,Parreño Castellano, Juan Manuel

Abstract

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Full text

Evolución del proceso urbano español en la segunda mitad del siglo XX Evolution of Spanish urban process during the second half of the XXth century Evolution du processus urbain espagnol tout au long de la seconde moitié du XXº siècle Ramón Díaz Hernández Juan Manuel Parreño Castellano Departamento de Geografía. Universidad de Las Palmas de Gran Canaria 1. Introduction Au cours des dernières décennies, l’Espagne a subi une profonde transformation de ses structures économiques, sociales et politiques. En un peu moins d’un demi siècle, le pays est passé d’une économie agraire et autarcique à une économie dans laquelle prédominent les services et où se fait sentir l’influence de la globalisation. Après avoir abandonné le régime démographique jeune, la population présente aujourd’hui des signes de vieillissement. L’évolution des revenus par habitant a été spectaculaire. Il est loin le temps où les Espagnols émigraient vers l’Europe ou l’Amérique pour des raisons économiques. Aujourd’hui, le pays, qui reçoit plus de cinquante millions de touristes, est la destination choisie par les Européens du troisième âge pour y effectuer de longs séjours, tandis qu’un nombre croissant d’immigrés latino-américains et africains, ainsi que des milliers de personnes originaires d’Europe centrale viennent y chercher une vie meilleure. La période de soulèvements militaires et de dictatures a laissé place, de façon définitive semble-t-il, à un régime démocratique libéral stable. Le changement est la caractéristique qui définit la réalité espagnole de cette seconde moitié du XXº siècle, un changement reconnaissable dans la structure territoriale et le système urbain. Au sens large, ce changement, caractérisé par le passage d’un modèle urbain industriel à un modèle postindustriel (Champion, 1989), est semblable à celui qui s’est produit dans toute l’Europe occidentale au cours du XXº siècle. Le premier, lié au développement industriel et aux économies d’agglomération (Reissman, 1970), a enregistré une très forte croissance des taux d’urbanisation, une concentration de la population dans les grandes villes et une tendance à la concentration spatiale dans l’expansion urbaine. Par contre, le second modèle est caractérisé par l’existence de moindres taux d’urbanisation, une croissance plus décentralisée et dispersée, ainsi qu’un développement des processus de contrurbanisation, phénomènes marqués par la nouvelle structure productive postfordiste, par la tertiarisation de l’économie et par les nouvelles habitudes résidentielles (Hall, 1987; Champion, 2001). Dans le cas de l’Espagne, ce changement de modèle présente quelques différences qu’il convient de nuancer. En ce qui concerne le système urbain industriel, certaines particularités espagnoles sont à souligner. D’abord, l’apparition de la ville industrielle, qui s’était généralisée dès le début du XXº siècle dans l’ensemble de l’Europe, a pris un retard considérable en Espagne, sauf à Barcelone, Bilbao, Madrid et dans les villes industrielles des Asturies. L’expansion urbaine à caractère industriel ne s’est donc généralisée qu’à partir des années 60 et de façon vertigineuse comme l’indique l’augmentation précipitée des taux d’urbanisation. Au cours de ces années, l’expansion de la ville a engendré aussi une structure urbaine désorganisée, caractérisée par l’exploitation spéculative des rentes urbaines que le pouvoir dictatorial a facilitée en instaurant des structures économiques oligopolistiques qui favorisaient l’expansion à tout prix ou du moins sans tenir compte des implications urbaines. Enfin, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays européens plus décentralisés, l’expansion urbaine espagnole n’est pas touchée, au cours de ces années, par le phénomène de déconcentration administrative, l’administration publique restant à Madrid malgré les bonnes intentions du IVème Plan de développement économique et social. Le passage du modèle industriel au modèle postindustriel présente également des éléments caractéristiques qu’il convient de citer. Tout d’abord, ce changement n’a commencé en Espagne qu’à partir des années 80, alors qu’en Europe la crise économique des années 70, et même avant, l’avait précipité dans bien des régions, comme l’ont exposé plusieurs auteurs (Fielding, 1982). La politique économique de la fin du franquisme et l’expansion démographique espagnole ont joué un rôle prépondérant dans le maintien du modèle industriel. D’autre part, au commencement, ce changement ne s’est pas effectué de la même manière qu’en Europe occidentale. Certains facteurs, qui ont eu une grande influence dans certaines régions européennes, n’ont eu aucune incidence significative en Espagne. En revanche, d’autres facteurs ont minimisé les processus de dispersion urbaine. C’est ainsi que la réindustrialisation technologique, le développement des services avancés et l’augmentation de la concurrence internationale, caractéristiques de l’économie européenne des années 70 et 80, ont marqué tardivement, et de façon limitée dans l’espace, quelques grandes agglomérations espagnoles, tandis que dans d’autres le démantèlement et la reconversion des structures industrielles héritées n’ont pas été compensés par ces nouvelles tendances économiques. Seules les grandes villes, comme Madrid et Barcelone, ainsi que certaines régions agroindustrielles (Valence, Navarre, Murcie, La Rioja) ont su s’adapter correctement au changement productif. Trois facteurs de minimisation du processus de dispersion sont à noter: premièrement, le retard dans l’amélioration des voies de communication et des télécommunications; deuxièmement, l’importance moindre donnée aux formes résidentielles de faible densité dans les zones périphériques (Dematteis, 1998), et troisièmement, l’établissement en zones urbaines et touristiques de l’émigration de retour en provenance de l’Europe. Par conséquent, ce sont d’autres causes économiques et sociopolitiques qui ont influencé le changement de la tendance urbaine. C’est ainsi qu’il convient de souligner l’impact extraordinaire du phénomène touristique sur le littoral méditerranéen et dans les îles pour expliquer la décentralisation résidentielle. Celle-ci déjà présente, cependant, dans la phase antérieure, s’accentue et s’étend à tout le territoire. De même, l’arrivée de la démocratie, la décentralisation en faveur des communautés autonomes et l’accroissement du pouvoir local ont fortement influencé les processus d’urbanisation, à tel point que la tertiarisation administrative est certainement le facteur qui a le plus marqué la décentralisation résidentielle en favorisant l’expansion des villes moyennes. Finalement, la consolidation en Espagne du modèle postindustriel à partir des années 90 répond à des facteurs qui sont communs au reste de l’espace européen : intégration européenne, globalisation et mobilité des capitaux internationaux ; phénomènes migratoires en provenance de pays non développés, généralisation de la résidence multiple chez les Européens, nouvelle conception de l’aménagement urbain (intérêt croissant pour les équipements et l’environnement, le marketing urbain, l’aménagement stratégique)… si bien que, de même que dans d’autres régions européennes, on a favorisé la suburbanisation métropolitaine (Van den Berg et Klaassen, 1987), l’expansion dispersée sur le littoral et la dégradation des centres historiques dont la population a été remplacée par des immigrés à bas pouvoir d’achat. Cependant, dans le cas espagnol, cette décentralisation de l’expansion ne peut être considérée comme un démantèlement du centre urbain. La ville compacte a continué à s’agrandir sous l’effet de l’immigration, de la réinstallation de familles jeunes sans enfants et du retour de la périphérie des retraités sans responsabilités familiales (Precedo, 1996). Le processus de développement urbain espagnol présente des particularités telles qu’il est indispensable de les analyser de manière spécifique, ce que nous nous proposons de faire dans cet article. De façon plus précise, le but de ce travail est triple : premièrement, décrire sommairement le processus historique d’urbanisation et les changements apportés au réseau urbain espagnol, sur la base d’indicateurs comme les logements construits et recensés ou les recensements de population ; deuxièmement, analyser les facteurs qui sont intervenus dans l’évolution du système urbain, parmi lesquels nous relevons le développement économique suivi de la croissance démographique, l’exode rural, la politique urbaine d’industrialisation, la modernisation socioéconomique du pays grâce à l’installation de la démocratie et à l’investissement de capitaux étrangers publics et privés, l’arrivée de travailleurs immigrés, le phénomène du tourisme de masse et de la résidence multiple. Pour finir, cet article présente les modèles urbains développés durant cette période et signale non seulement les modes territoriaux adoptés mais aussi les différences de typologie existantes. 2. Rapidité du processus d’urbanisation Dans l’Espagne actuelle, la majorité de la population vit dans les noyaux urbains (pour être exact, 76,7% de la population recensée en 2001 réside dans des communes de plus de 10 000 habitants), si bien que la présence humaine en milieu rural est faible. Entre 1950 et 2006, on est passé d’une situation traditionnellement paysanne à une situation entièrement urbaine. En près d’un demi-siècle, la distribution de la population s’est totalement transformée et s’est traduite par une expansion urbaine spectaculaire et sans précédents, alors que l’Europe l’a entreprise de façon plus échelonnée dans le temps. Le processus d’urbanisation suppose le développement des villes et des relations ou flux entre elles et le territoire. Il s’agit, par conséquent, d’un processus de réorganisation du territoire. Actuellement, la population urbaine espagnole est distribuée selon un système nettement hiérarchisé. Dans ce réseau urbain, qui couvre un espace équivalent à 2,10% de la surface du territoire national (OSE, 2006, p.29), l’aire métropolitaine de Madrid occupe une place prépondérante, en raison de la dimension de la capitale et de la concentration des pouvoirs politique, administratif et financier, la population étant de 5 millions d’habitants. Viennent ensuite les villes régionales avec Barcelone en tête (4,32 millions d’habitants), suivie à distance par Valence (1,53 millions), Séville (1,16 millions), Bilbao (900 000), la conurbation des Asturies (800 000), Málaga (750 000), Saragosse (640 000) et douze autres zones urbaines dont la population dépasse 300 000 habitants (voir fig. 1). Les échelons moyens et inférieurs de la hiérarchie urbaine sont occupés par le reste des capitales régionales et les chefs-lieux. Dans les archipels (Canaries et Baléares), la population est concentrée dans les aires métropolitaines autour des capitales, de même que dans les zones spécialisées dans le tourisme de masse. Le même phénomène est présent sur le littoral méditerranéen où le secteur touristique menace d’urbaniser toute la côte. La croissance du tourisme « soleil et plage » a eu une profonde répercussion sur l’évolution urbaine qui a vu, au cours des dernières décennies, soit s’étendre le long de la mer de « nouvelles villes balnéaires », soit revivre d’autres villes, en périodes saisonnières, grâce à l’offre touristique apportée par la construction d’hôtels, d’appartements, de résidences principales et secondaires, etc. Figure 1: Aires urbaines espagnoles en 2004 Source : OSE (2006) : Changements dans l’occupation des sols en Espagne La très forte concentration de population dans les noyaux urbains, entreprise de façon décidée dans les années cinquante, constitue, sans aucun doute, un des faits les plus significatifs de l’Espagne de la deuxième moitié du XXº siècle. En effet, une fois franchie l’étape d’isolement international postérieur à la guerre civile (1936–1939) et après que les villes de plus de 10 000 âmes aient vu augmenter leur population de 1 944 298 nouveaux habitants pendant la période d’interrecensement 1940-1950 (période pendant laquelle la croissance démographique nationale a été de 2 098 784 personnes), la croissance pendant les décennies entre 1950 et 1970 a atteint, respectivement, 2 720 988 et 5 210 069 nouveaux résidents dans les noyaux urbains, alors qu’au niveau national la croissance entre deux recensements était bien moindre : 2 453 943 habitants, dans la première décennie, et 3 610 833 habitants dans la deuxième. En 1950, donc, 60,5% des 27 976 755 habitants recensés en Espagne habitaient dans des noyaux urbains, tandis qu’en 1970 les résidents urbains représentaient 66,3% des 34 041 531 habitants recensés. Une grande partie de cette augmentation de la population urbaine est concentrée dans des communes de plus de 100 000 habitants, celles-ci voyant augmenter de façon considérable leur poids démographique relatif par rapport à l’ensemble espagnol, puisque si 19,2% de la population espagnole vivait en 1940 dans ces communes, ce pourcentage était de 36,7% en 1970. Par conséquent, les grandes agglomérations jouent, durant cette période, un rôle de plus en plus important dans le processus de concentration de la population, face aux villes moyennes et aux petites villes qui perdent, au contraire, du poids en termes relatifs et absolus. Entre 1970 et 1991, la population des communes urbaines de plus de 10 000 habitants a continué à croître mais de façon plus atténuée. En vingt ans, elle a augmenté de 2 692 498 recensés de droit, tandis que la croissance démographique espagnole s’est accentuée et a enregistré une augmentation de 4 830 737 nouveaux habitants. C’est ainsi que le pourcentage d’habitants dans les communes urbaines est tombé à 65%. Cependant, cette tendance s’est inversée au cours des quinze dernières années. Entre 1991 et 2004, la population urbaine a augmenté de 5 924 603 habitants, soit 76,4%, tandis que la croissance démographique a à peine atteint 2 millions d’habitants. Figure 2 Pourcentages de population résidente dans les communes de plus de 10.000 habitants par provinces en Espagne Par provinces, l’évolution du processus d’urbanisation affiche quelques différences. Il est vrai qu’en cinquante ans l’évolution a été progressive dans presque toutes les provinces (fig. 2), mais la variation a été plus grande sur le littoral et dans la moitié nord du pays. De même, le rythme de croissance de l’urbanisation n’a pas été linéaire dans tous les cas. Entre 1970 et 1991, une certaine désurbanisation est constatée dans quelques provinces, provoquée par la crise économique et les processus de déconcentration propres à la période de transition vers l’étape postindustrielle, comme nous l’expliquerons plus loin. Mais, mise à part la population, l’expansion urbaine est visible dans l’augmentation du nombre de villes de plus de 10 000 habitants: on est passé de 403 villes en 1950 à 650 en 2004. De leur côté, les villes de plus de 100 000 habitants, au nombre de 24 en 1950, sont passées à 56 en 2004. Une augmentation semblable est enregistrée dans les autres types de villes selon leur taille (voir fig.3). Ce qui donne une idée de la vigueur de la croissance des villes, au détriment des campagnes qui se vident, en particulier jusqu’en 1970. La population vivant dans les zones rurales et semiurbaines était majoritaire en 1900 (27,5% et 40,3% du total, respectivement). Depuis lors, la chute de ces valeurs n’a pas cessé, si bien qu’en 1970 la population non implantée dans les aires urbaines n’atteignait que 11% et 22,5% du total, respectivement. Maintenant, si déjà par le passé, les mouvements migratoires intérieurs ont vidé l’Espagne rurale au profit des villes intermédiaires et surtout des grandes agglomérations urbaines, à partir des années 90 l’expansion urbaine s’explique par l’arrivée massive des immigrés étrangers et par l’étalement de la population dans les aires métropolitaines, depuis la ville-centre vers les périphéries, ce qui, joint à une certaine revitalisation des villes moyennes, explique que cette expansion urbaine soit actuellement plus vigoureuse dans les communes de moins de 50 000 habitants. Figure 3 Nombre de communes urbaines para rapport au nombre d’habitants en Espagne Source: Instituto Nacional de Estadística, Censos de Población y Vivienda. Tableau élaboré par les auteurs Si nous considérons qu’il existe une relation étroite entre l’expansion urbaine et la construction de logements, nous pouvons évaluer l’impact, l’intensité et la rapidité du phénomène à partir des données concernant l’habitat. Au cours de cette période, l’augmentation du parc immobilier a été spectaculaire puisque les logements sont passés de 6 687 200 en 1950 à 20 823 369 en 2001. Cette augmentation du nombre de maisons et appartements a commencé à se faire sentir à partir de 1955 et s’est poursuivi de façon progressive jusqu’en 1975 (voir fig. 4), favorisée par les mesures prises en matière de logement et par la politique économique de développement mise en œuvre. Entre 1975 et 1986, le rythme de croissance du processus d’urbanisation a été freiné par la crise économique, par la restructuration industrielle suivie de la perte de main d’œuvre dans le secteur, par les énormes difficultés financières des administrations publiques et par le coût élevé de l’accès au financement privé. La chute brutale du nombre de logements construits pendant cette période en est la preuve, le secteur atteignant son seuil le plus bas dans les années 80. Une fois la crise économique dépassée autour de 1975 et une fois effectué le passage de la dictature à la démocratie, l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne dans les années 80 va accélérer la modernisation de l’économie et de la société espagnole. La construction de nouvelles résidences a été stimulée de nouveau (fig. 4), les surfaces artificielles augmentant de près de 30% entre 1987 et 2000. Cette augmentation spectaculaire de la construction de logements s’est poursuivie jusqu’à nos jours, à tel point que ces derniers temps on parle d’une véritable situation de « bulle immobilière », expression qui dépeint le Número de municipios urbanos según el número de habitantes en España 0 50 100 150 200 250 300 350 < de 100 000 De 50 000 a 100 000 De 20 000 a 50 000 De 10 000 a 20 000 Habitantes M u n i c i p i o s 1900 1950 1970 1991 2004 Fuente: Instituto Nacional de Estadísticas. Censos de población y viviendas. Elaboración propia. panorama obscure dans lequel des intérêts opposés se mêlent à des éléments d’économie souterraine, de corruption politico-entrepreneuriale et des motivations spéculatives extra-commerciales. . Figure 4: Logements terminés en Espagne Source: Ministerio de Vivienda. Tableau élaboré par les auteurs Après avoir mis en évidence la rapidité du processus espagnol d’urbanisation au cours des cinquante dernières années à partir des données fournies par les trois indicateurs analysés (pourcentage de population urbaine, taille démographique des communes et construction de logements), nous allons procéder à l’analyse de quatre des principales causes qui, à notre avis, expliquent ce processus. 3. Causes de l’évolution urbaine espagnole 3.1. Amélioration des conditions socio-économiques en période d’essor et accroissement de la population Après avoir vaincu les contraintes de l’après-guerre pendant laquelle une politique d’autarcie était même parvenue à favoriser le retour à la ruralisation de la population, l’économie espagnole s’orienta vers la libéralisation et la privatisation, grâce à l’adoption du Decreto-Ley de Nueva Ordenación Económica (DécretLoi de la nouvelle planification économique) de 1959 qui défendait une plus grande ouverture sur l’extérieur, une réduction de l’intervention de l’Etat dans l’économie et la mise sur pied d’un processus d’homologation productive dans le contexte de l’OCDE (Tamames, 1976). Au même moment, un nouveau modèle économique était instauré, copié des principes appliqués à la planification française après la Seconde Guerre Mondiale (Plan Monnet): la planification indicative qui devait renforcer les efforts entrepris dans les secteurs secondaires et tertiaires. Un bon exemple de cette planification a été apporté par l’expérience des pôles de promotion industrielle lancés par le Ier et le II ème Plan de Développement dont le but était d’encourager la concentration croissante de la population dans des zones relativement réduites dans lesquelles les chefs d’entreprise pouvaient tirer profit des rentes de situation provenant des économies Viviendas terminadas en España 0 100.000 200.000 300.000 400.000 500.000 600.000 700.000 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972 1973 1974 1975 1976 1977 1978 1979 1980 1981 1982 1983 1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 d’agglomération, ce qui a permis d’améliorer les indicateurs économiques et de donner un élan à la concentration urbaine. Le résultat est que les taux de croissance du PNB et de l’emploi se sont considérablement élevés. Les salaires et les conditions de vie se sont améliorés en général et spécialement dans les principales zones urbaines où est concentrée la croissance économique. Ce progrès, associé à l’existence de politiques natalistes, favorisa une forte croissance naturelle, dès les années cinquante, qui fut de 11% entre les années soixante et fin soixante-dix, ce qui a entraîné une augmentation considérable de la population espagnole, malgré les pertes provoquées par l’émigration vers l’Europe. D’autre part, ce progrès accentua les flux migratoires des zones rurales vers les villes. Par conséquent, le fait de fonder le modèle économique, adopté depuis la fin des années cinquante, sur le développement des activités essentiellement urbaines et sur les rentes provenant de la concentration, a favorisé une très forte expansion urbaine caractérisée par l’augmentation de la population et par sa relocalisation. Mais il faut considérer aussi que le développement de la ville et la construction de logements ont permis à leur tour d’atteindre les objectifs économiques fixés par les plans publics. Ce contexte permet de saisir combien l’urbanisation est cause et conséquence du devenir socio-économique et de la planification économique (Díaz et Parreño, 2006). 3.2. Crise économique et internationalisation de l’économie espagnole, décentralisation administrative et changement d’ordre démographique L’expansion urbaine, dès les années quatre-vingt, s’explique par l’effet combiné d'au moins quatre causes: l'implantation d'une économie postindustrielle et tertiarisée, le processus de décentralisation administrative, l’évolution démographique et les changements opérés dans les préférences résidentielles. La crise économique, qui a touché le monde occidentale dès 1973 et qui s’est prolongée, dans le cas espagnol, au moins jusqu’en 85-89, a forcé la mise en place de processus productifs qui ont eu une répercussion sur la dynamique urbaine espagnole. C’est ainsi qu’il y a eu, d’abord, la crise de certaines industries lourdes et traditionnelles et, au même moment (spécialement dans les années 80), sont apparues de nouvelles industries postfordistes, fortement technologiques et à secteur tertiaire avancé, qui se sont implantées dans la périphérie des couronnes métropolitaines et dans quelques villes moyennes bien localisées. Puis, un processus de croissance agroindustrielle s’est fait jour dans d’autres régions où l’expansion urbaine était plus limitée jusqu’alors (La Rioja, Murcie, Navarre). Tout cela a ralenti le mouvement de concentration de la population dans les grandes villes, entraîné la stagnation de ces grandes villes et des villes intermédiaires qui comptaient sur la concentration des emplois industriels pour croître (Bilbao, les villes des Asturies, Barcelone), stimulé les processus de métropolisation et de création de réseaux urbains (Capel, 2003) et favorisé la croissance démographique des villes intermédiaires et moyennes dans les régions où l’agro-industrie s’est plus développée. Mais il faudra attendre le début des années 90 pour que le système espagnol de production avance d’un pas ferme vers un modèle postfordiste et pour que l’expansion urbaine acquière donc nettement un comportement postindustriel, grâce à l’entrée de l’Espagne dans l’Union européenne et à l’adoption, par la suite, de la monnaie commune, c’est-à-dire, grâce à la poussée de l’internationalisation économique et à l’apport des fonds communautaires. Dans la mesure où les nouvelles structures productives n’évaluent pas les économies d’agglomération de la même façon que par le passé et que l’amélioration des moyens et des voies de communication permet une plus grande mobilité de la population, des marchandises et de l’information (Castells, 1995), le développement de la ville se fait plus diffus et plus décentralisé. Les croissances urbaines des années 80 et 90 trouvent aussi leur explication dans l’extraordinaire processus de décentralisation administrative qui s’est opéré en Espagne. En un peu plus de dix ans, l’Etat des Autonomies a été construit, ce qui a entraîné le transfert de l’emploi public de Madrid vers les capitales régionales qui en ont bénéficié, mais aussi, à des degrés divers, vers les provinces et les îles dont les chefslieux et les villes moyennes ont vu croître leur population. Le troisième facteur à analyser est le comportement démographique. En ce sens, nous ne pouvons pas sous-estimer la forte demande de logements de ceux qui sont nés entre 1960 et 1975, de même que nous ne pouvons pas oublier que durant cette période est apparu ce que P. Requés (2002) appelle un nouvel ordre démographique et territorial, si bien que la baisse de fécondité des années 80, accompagnée de la réduction de la création de nouveaux foyers, loin de réduire la demande d’un premier logement, l’a au contraire accentuée, car de nouveaux types de foyers, différents de la famille traditionnelle, ont fait leur apparition (augmentation appréciable de foyers unipersonnels de célibataires, de personnes âgées, de familles monoparentales, etc.). De même, il ne faut pas oublier l’incidence que deux processus migratoires bien différenciés ont eu sur l’urbanisation: le retour massif d’immigrés, jusque vers 1995, qui s’installent dans les villes et régions touristiques, et l’entrée de travailleurs étrangers. Sur ce point, l’Espagne, qui compte actuellement plus de quatre millions d’immigrés, est devenue un des dix premiers pays du monde à accueillir des étrangers. Grâce à cet apport depuis 1997, notre pays a enregistré une croissance démographique tellement importante que la population dépasse les 44 millions d’habitants. Cette population étrangère récemment arrivée, dont les critères de reproduction sont plus dynamiques que ceux des autochtones ou dont les procédures de réunification familiale sont en cours, est également demandeur de logements et a, par conséquent, une responsabilité dans la croissance économique et dans l’expansion urbaine. Finalement, le quatrième facteur à signaler est le changement progressif dans les préférences résidentielles des Espagnols. Bien que le modèle anglo-saxon du logement pavillonnaire ne soit pas aussi répandu que dans d'autres pays, il est certain qu’à certaines étapes de leur vie, les familles s'inclinent pour ce type d'habitat et si à cela nous ajoutons l’évolution inflationniste des prix du foncier dans les centres-villes et que l’amélioration des moyens et des voies de communication permet de vivre loin de son lieu de travail, il est facile de comprendre pourquoi les croissances résidentielles à faible densité augmentent considérablement, en particulier autour des grandes villes. 3.3. Le développement du tourisme de masse Le développement du tourisme de masse vers la fin des années cinquante a influencé de façon décisive l’expansion des villes littorales et l’apparition de nombreuses nouvelles stations balnéaires. Les premières manifestations touristiques remontent au dernier tiers du XIXº siècle. Dès lors et jusqu'à la fin des années quarante s’est développé un tourisme minoritaire formé par les classes sociales dominantes et par quelques voyageurs étrangers qui choisissaient de séjourner sur la côte cantabrique. Au début des années cinquante, le volume de visiteurs s’est accru d’abord lentement, puis de façon vertigineuse à partir des années soixante, si bien qu’en 1964 l’Espagne était la première destination touristique mondiale et comptait un peu plus de 14 millions d’entrées. Notre pays recevait en 1970 plus de 24 millions de touristes, 38 millions en 1980 et un peu plus de 54 millions à la fin des années quatre-vingt. que ces constructions augmentent de façon spectaculaire en dehors des territoires métropolitains, comme le prouve l’augmentation des logements pendant les années 90 dans les communes non métropolitaines de Madrid (Leal et Cortés, 1985). Quant aux types de construction en plein essor, il faut signaler les résidences protégées (gated comunities), juxtaposées à l’occasion, les promotions immobilières de faible densité et de cités-jardins en milieu rural et la promotion de logements proches de terrains de golf ou de centres de loisirs. Finalement, dans ce contexte où la prolifération des logements individuels semble déborder les structures métropolitaines et atteindre les communes rurales plus éloignées, nombreux sont les exemples où les communes s’agrandissent au travers de promotions immobilières qui offrent des constructions plurifamiliales de hauteur moyenne dans des lotissements fermés, grâce à la libéralisation du sol adoptée en 1998 et à l’absence de contrôle des compétences municipales de la part des communautés autonomes. C’est le cas du lotissement Francisco Hernando à Seseña, une municipalité rurale de la province de Tolède, à 36 km au sud de Madrid, où se e construisent pour 40 000 personnes 13 508 logements en immeubles de dix étages dans un village qui ne comptait en 2001 que 5 324 habitants. 4.5. Les villes touristiques Le développement du tourisme de masse dès les années 60 a entraîné la multiplication de l’offre de logements sur le littoral. Dans certaines destinations les plus anciennes, les constructions touristiques ont favorisé le développement de noyaux urbains dont les caractéristiques attiraient les touristes (port de plaisance, plages, etc.). C’est le cas de Palma de Majorque et de Las Palmas de Gran Canaria, pour ne citer que deux exemples des plus significatifs, où le tourisme s’est développé dès les années 50. Dans les deux cas, le littoral a été déterminant dans le processus d’urbanisation et les trames crées ne se sont pas spécialement éloignées des modèles urbains appliqués à d’autres villes espagnoles ces années-là, sauf pour la spécialisation touristique. Dans la majorité des cas, les lieux de séjour se développent ex novo ou à partir d’agglomérations qui ont rapidement subi le processus de tertiarisation et perdu leurs fonctions résidentielles au profit de l’usage touristique. Dans le cas de ces dernières, les structures urbaines préexistantes peuvent conditionner, dans un premier temps, l’aspect urbain de l’activité touristique, mais dans la mesure où ces lieux de séjour se développent, l’espace résultant traduit de façon claire l’organisation caractéristique d’une ville touristique. Maspalomas Costa Canaria, au sud de l’île de Gran Canaria est un exemple paradigmatique de ce qu’est une ville touristique. Ce lieu de séjour, qui compte plus de 130 000 lits et plus de 400 établissements hôteliers (deuxième destination touristique espagnole) a commencé à se développer en 1963 et a maintenu jusqu’à nos jours un niveau d’expansion urbaine élevé, expansion réunissant les différentes typologies urbanistiques et de constructions qui se sont succédées au fur et à mesure que la demande a changé (Parreño, 2001). Malgré l’existence dans ce cas-ci d’un Plan d’extension et d’aménagement urbain et d’un concours international d’architecture, la structure de Maspalomas répond aujourd’hui à la juxtaposition de différents plans partiaux qui ont été successivement adoptés au rythme des conjonctures touristiques. Il n’existe, donc, pas de hiérarchie urbaine bien définie, phénomène qui est applicable à la majorité des lieux de séjour espagnols. Figure 7: Maspalomas (Îles Canaries). Modèles typologiques de l’espace touristique Photo aérienne: GRAFCAN. Tableau élaboré par les auteurs La photo fait apparaître les structures urbaines caractéristiques de chaque vague touristique. De la première, développée jusqu’à la crise des années 60, il reste des secteurs caractérisés par le mélange d’hôtels et de complexes extra hôteliers, les hautes densités, la faible qualité des constructions, la prépondérance de la privatisation des espaces libres, ainsi que par un tissu urbain structuré en fonction des complexes résidentiels dans lesquels s’intercalent quelques fois des centres commerciaux et de loisirs (fig. 7). Dans la deuxième vague, qui date des années 80, sont apparus des secteurs ordonnés autour de centres commerciaux et composés d’ensembles spécialisés dans l’offre extra hôtelière sous forme de bungalows, génératrice de densités moindres et d’une meilleure qualité environnementale. La troisième vague, après la crise qui frappa le secteur entre 1990 et 1995, a donné naissance à des complexes hôteliers de grande qualité, accompagnés de palais de congrès ou d’installations sportives (terrains de golf, ports de plaisance), ou mieux adaptés aux nouveaux produits tout compris, et à des lotissements résidentiels. En résumé, le manque de structure des lieux de séjour, le vieillissement d’une partie de leurs tissus, l’absence de valeurs urbaines dans leur paysage, la forte ségrégation des usages et le développement de grandes installations sportives constituent quelques unes des caractéristiques de la ville touristique côtière qui se sont imposées sur le littoral espagnol au cours des quarante dernières années. 4.6. La suburbanisation résidentielle du littoral Une bonne partie de la croissance résidentielle espagnole s’est fixée sur le littoral dès les années 60. On estime que durant les décennies 70 et 80, 61% et 45% respectivement de l’augmentation du parc résidentiel espagnol sont localisés sur une frange littorale de 5 km de profondeur, pourcentages très élevés mais qui ne se rapprochent pas des 79% de croissance que la littoralisation résidentielle a vécu dans les années 90. Pratiquement 50% de la superficie du littoral est urbanisée sur deux kilomètres dans la province de Barcelone, 43,3% dans le cas de Málaga et 37,8% à Alicante, les trois provinces où l'occupation est la plus élevée. De même, l'occupation résidentielle sur une frange de 2 à 5 kilomètres est très importante dans ces provinces et dans celle de Valence. Si le rythme de croissance se maintient, le littoral de Castellón, Huelva, des Îles Baléares ou de Cantabrie connaîtra prochainement des valeurs semblables. Cette croissance résidentielle sur le littoral s’explique par la convergence de multiples causes, cependant ces hauts niveaux d’occupation dans les années 90 sont dus, sans aucun doute, à l’augmentation accélérée du nombre de lotissements à faible densité, favorisée, dans bien des cas, par le phénomène de la résidence secondaire, ou autrement dit, à la suburbanisation du littoral qui s’est produite pendant la dernière décennie et, en particulier, en Méditerranée. Nous assistons aujourd’hui à la formation d'authentiques étalements suburbains aux niveaux de densité variable, composés parfois de lotissements compacts ou bien caractérisés par la prolifération de constructions dispersées et par le développement d’espaces résidentiels pavillonnaires ou plurifamiliaux à proximité de terrains de golf, ceux-ci ayant augmenté en nombre de façon spectaculaire au cours de ces quinze dernières années. On compte aujourd’hui autour de 120 terrains sur le littoral espagnol et l’on prévoit la construction de 150 autres. Sur la Costa del Sol, la concentration de terrains de golf est telle que l’on a crée l’appellation región golfística. Ailleurs, comme sur l’île de Gran Canaria où l’espace est limité, le Plan Especial Territorrial del Golf, en cours d’adoption, prévoit de « reverdir » l’île par la création de 18 nouveaux terrains qui viendraient s’ajouter aux 7 déjà existants, ce qui entraînerait une hausse de l’offre touristique et résidentielle, car la construction d’un terrain de golf n’est rentable, selon les promoteurs, que si elle est accompagnée d’une certaine exploitation immobilière. La suburbanisation du littoral et le développement du tourisme résidentiel sont, donc actuellement, les processus de transformation du territoire les plus dynamiques, qu’il convient de contrôler si on veut éviter une situation environnementale, sociale et économique insoutenable (Torres, 2003) 5. Conclusion Après avoir décrit la magnitude du processus d’urbanisation que l’Espagne a vécu ces cinquante dernières années, son implantation sur le territoire en passant d’un modèle concentré à un autre basé sur des réseaux urbains, ses causes sociales et économiques et le rôle joué à tout moment par le pouvoir politique, et après avoir présenté brièvement les différentes formes urbaines qui se sont succédées, nous ne pouvons conclure ce travail sans apporter une remarque finale sur la nécessité d'évaluer la durabilité du système urbain espagnol. Le fait que le phénomène urbanisateur ne soit pas seulement la conséquence de la croissance économique, mais aussi, en grande partie, la cause, a déterminé et déterminera dans le futur des processus d’expansion urbaine rapides. Alors que l’Espagne enregistre le taux le plus élevé d’Europe de logements par habitant (1 logement pour 2 habitants), il existe un énorme problème de logements, ce qui est paradoxal et montre à quel point la situation est grave. De même, la généralisation de la suburbanisation comme modèle de consommation, l’amélioration des communications et la délocalisation productive favoriseront la création de réseaux urbains de plus en plus étendus et l’occupation de plus en plus massive du territoire. Le besoin d’un système urbain et territorial durable est de plus en plus pressant. C’est pourquoi il est fondamental que le modèle économique espagnol cesse d’être un modèle constructif pour devenir un modèle post-constructif. En d’autres termes, que le processus d’urbanisation ne soit pas un des principaux opérateurs économiques, mais que naissent d'autres options capables d'incorporer à la structure productive la diversification et l'innovation. A l’avenir, l’enjeu n’est pas de miser sur l’accroissement quantitatif de logements ou de résidences touristiques, mais sur la modernisation et la requalification des bases économiques espagnoles. En ce sens, nous signalons trois lignes d’intervention possibles que pourrait définir, à notre avis, un système économique alternatif: la première est le contrôle indispensable de la résidence secondaire et du nombre de lits touristiques, en s’efforçant de récupérer sur le littoral le tissu touristique existant et de le revaloriser par la mise en place de mesures favorisant l’amélioration et la diversification. La deuxième consiste à appuyer les stratégies innovatrices et de recherche dans les entreprises, quel que soit le secteur de production, et dans les organismes publics. La troisième ligne d’intervention concerne l’intervention en matière territoriale des administrations qui devraient intensifier le contrôle des processus d’expansion urbaine, soit par une plus grande protection des sols ou de la planification, soit par une plus lourde pénalisation fiscale qui frapperait l’investissement en logements et la résidence multiple. De même, les politiques d’urbanisme doivent revaloriser l’espace construit de façon à ce que la ville soit une alternative résidentielle souhaitable. Ces orientations doivent logiquement être appliquées en fonction de chaque situation existante sur le territoire espagnol. S’intéresser à la diversité est nécessaire, mais le modèle économique espagnol dans son ensemble et, par conséquent le modèle urbain, doit changer si l’on souhaite que ce dernière soit durable. Bibliografía Aguilar, S., Las adquisiciones por extranjeros de bienes inmuebles en España, Madrid, Banca Mas Sardá, 1978, 400 páginas. 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Pues bien, en este artículo se pretende caracterizar este proceso, para lo que, tras describir de modo sintético la magnitud y las características del sistema urbano español, se ahonda en las causas que lo explican y se concluye con una exposición de las principales formas de crecimiento territorial que lo ha caracterizado. Palabras claves: crecimiento urbano, política económica, vivienda secundaria, suburbanización, metropolización Abstract During the second half of the XXth century a deep transformation of the economic and social structures have taken place in Spain which have involved a strong process of growth of the tertiary sector and of the urbanization. This process, which has also happened in the European countries, has been extremely rapid in Spain and has been developed under two different political systems: the pro-Franco dictatorship and the democratic system. Well then, in this article we try to characterize this process, for what after describing in a synthetic way the magnitude and the characteristics of the urban Spanish system, we go more deeply into the reasons that explain it and we conclude with an exposition of the principal forms of territorial growth developed. Key Words: urban growth, economic policy, second home, suburbanization, metropolization Résumé Pendant la deuxième moitié du XXº siècle, l’Espagne a subi une profonde transformation de ses structures économiques et sociales qui a engendré avec elle un processus important de tertiarisation et d’urbanisation. Ce changement, similaire à celui qui s’est produit dans toute l’Europe, a eu la particularité d’avoir été extrêmement rapide et de s’être développé sous deux régimes politiques bien distincts: la dictature franquiste et le système démocratique. Eh bien cet article prétend déterminer ce processus pour qu’après 1 C/ Pérez del Toro, 1. 35003 – Las Palmas de Gran Canaria (España). [email protected] / [email protected] / Fax. 34 - 928452775 avoir décrit de manière synthétique la magnitude et les caractéristiques du système urbain espagnol, on puisse se plonger dans les causes qui le définissent et conclure par une exposition des principales formes de développement territorial qui l’a caractérisé. Mots-clés: urbain expansion, politique économique, résidence secondaire, suburbanisation métropolisation. 1. Introducción En los últimos decenios se ha producido en España un espectacular cambio de sus estructuras económicas, sociales y políticas. El país ha pasado en poco más de medio siglo de una economía agraria y autárquica a otra en la que predominan los servicios y la globalización deja sentir cada vez más su influencia. Su población, tras abandonar el régimen demográfico joven, hoy presenta síntomas de envejecimiento. La evolución de la renta per cápita ha sido espectacular. Ha quedado atrás la salida de españoles hacia Europa o América por motivos económicos y, en su lugar, el país recibe más de cincuenta millones de turistas, es el destino elegido por muchos mayores europeos para pasar largas temporadas y a él entra una cantidad creciente de inmigrantes latinoamericanos y africanos en busca de una vida mejor, a los que debemos añadir cientos de miles de personas procedentes de Europa oriental. Se ha cerrado, parece que ya de una manera definitiva, con un periodo de pronunciamientos militares y dictaduras para instaurarse un régimen democrático liberal de manera estable. La mutación es la característica que define la realidad española en estos últimos cincuenta años, cambio que tiene su reflejo en su estructura territorial y en su sistema urbano. De tal modo que el país se ha ido urbanizando progresivamente al mismo tiempo que las estructuras urbanas han ido adoptando diferentes patrones de comportamiento. Al mismo tiempo las formas de comportamiento urbano se han difundido a la totalidad del territorio, de tal manera que el binomio campo/ciudad no tiene hoy ningún sentido. Esta aportación se centra en el proceso de urbanización desarrollado desde mitad del siglo XX. Teniendo presente de que ha sido vertiginoso pero a la vez muy complejo, hemos intentado caracterizarlo mostrando en la medida de lo posible el desarrollo histórico de los acontecimientos. En cualquier caso, el objetivo del trabajo es triple: en primer lugar, la descripción somera del proceso histórico de urbanización y los cambios operados en la red urbana, para lo que se emplean algunos indicadores como las viviendas edificadas y censadas o los registros de población. En segundo lugar, el análisis de los factores que han incidido en la evolución del sistema urbano, entre los que destacamos el desarrollo económico y el consecuente incremento demográfico, el éxodo rural, la política urbana de industrialización, la posterior modernización socioeconómica del país con la llegada de la democracia y la inversión de capitales extranjeros públicos y privados, la reciente arribada de inmigración laboral, el fenómeno del turismo de masas y de la multiresidencia. Por último, el artículo se centra en una presentación de los modelos urbanos desarrollados durante este periodo, señalándose no sólo los modos territoriales adoptados sino también las diferencias tipológicas existentes. 2. El rápido proceso de urbanización En la España actual la mayor parte de la población vive en núcleos urbanos (exactamente el 76,7% de la población censada en 2001 reside en municipios de más de 10 000 habitantes), con lo que la presencia humana en el medio rural adquiere un carácter residual. Entre 1950 y 2006 se ha operado el tránsito desde una situación tradicionalmente campesina a otra enteramente urbana. En casi medio siglo se ha realizado en España la mayor transformación en la distribución de la población mediante una expansión urbana espectacular y sin precedentes, a diferencia de Europa que lo ha hecho de forma más sosegada en el tiempo. El proceso de urbanización supone el desarrollo de ciudades y las relaciones o flujos entre ellas y su territorio. Es por lo tanto un proceso de reorganización territorial. En el momento presente la población urbana española se distribuye en un sistema urbano claramente jerarquizado. En esta red urbana, que ocupa un espacio equivalente al 2,10% de la superficie del territorio nacional (OSE, 2006, p. 29), el lugar más preeminente lo ostenta el área metropolitana de Madrid por su dimensión de capital nacional y su concentración de poder político, administrativo y financiero, alcanzando en 2001 casi los cinco millones de habitantes. Por debajo se encuentran las grandes metrópolis regionales con Barcelona a la cabeza (4,32 millones de habitantes), seguida a distancia por Valencia (1,53 millones), Sevilla (1,16 millones), Bilbao (0,90 millones), el área central de Asturias (0,80 millones), Málaga (0,75), Zaragoza (0,64 millones) y otras doces áreas urbanas con poblaciones superiores a los 300.000 habitantes (véase figura 1). Los niveles medios e inferiores de la jerarquía urbana están representados por las capitales subregionales entre las cuales se encuentran el resto de los núcleos capitalinos provinciales y las cabeceras comarcales. Figura 1. Áreas urbanas españolas en 2004 Fuente: OSE (2006): Cambios de ocupación del suelo en España. En los dos archipiélagos (Canarias y Baleares) la población se concentra en torno a las áreas metropolitanas que configuran sus respectivas capitales, del mismo modo que en todas aquellas áreas especializadas en turismo de masas. Un fenómeno similar se presenta también en el litoral mediterráneo en donde el sector turístico amenaza con urbanizar toda la costa. En este sentido se aprecia que el crecimiento del turismo de sol y playa ha tenido una honda repercusión en la evolución urbana donde han ido apareciendo en los últimos decenios “nuevas ciudades balneario” que ocupan amplios tramos junto al mar, o bien se han revitalizado algunas otras ciudades especializadas en oferta turística vacacional mediante la edificación de hoteles, apartamentos, primeras y segundas residencias, etc. Uno de los hechos más significativos de la España de la segunda mitad del S. XX es, sin duda, el fortísimo proceso de concentración de la población en núcleos urbanos que se inicia, de forma decidida, en la década de los cincuenta. En efecto, una vez superada la etapa de aislamiento internacional posterior a la guerra civil de 1936 a 1939 y tras el incremento en 1 944 298 de nuevos habitantes en ciudades de más de 10 000 almas en el período intercensal 1940-1950 (periodo en el que el crecimiento demográfico fue 2 098 784 personas), el crecimiento en los decenios entre 1950 y 1970 alcanzó los 2 720 988 y 5 210 069 de nuevos residentes en núcleos urbanos, respectivamente, en un contexto en el que el crecimiento intercensal fue bastante inferior, con valores de 2 453 943, en el primer caso, y 3 610 833 en el segundo. Como consecuencia de ello, en 1950 residía en núcleos urbanos el 60,5% de los 27 976 755 habitantes de hecho censados en España, mientras que en 1970 este porcentaje se había incrementado hasta el 66,3% de las 34 041 531 personas censadas. Buena parte de este crecimiento de la población urbana se concentró en los municipios de más de 100 000 habitantes ya que vieron aumentar de forma considerable su peso demográfico relativo sobre el conjunto español, puesto que si en 1940 residía en ellos el 19,2% de la población española, en 1970 esta proporción había ascendido al 36,7%. Por lo tanto, en este periodo son las grandes aglomeraciones las que adquieren un papel cada vez más notable en el proceso de concentración de la población en núcleos urbanos, frente a las ciudades de tamaño medio y pequeño que, por el contrario, pierden peso en términos relativos y absolutos. Figura 2 Entre 1970 y 1991 el incremento de la población en municipios urbanos de más de 10 000 habitantes siguió creciendo pero de un modo más atenuado. En estos veinte años se incrementó en 2 692 498 los censados de derecho cuando, sin embargo, el crecimiento demográfico español continuó aún siendo vigoroso, registrándose entre ambos censos un aumento de 4 830 737 de nuevos habitantes. Como consecuencia el porcentaje de habitantes en municipios urbanos decreció hasta el 65%. Esta tendencia, no obstante, se ha vuelto a invertir en los tres últimos lustros. Entre 1991 y 2004 la población urbana ha aumentado nada menos que en 5 924 603 habitantes mientras el crecimiento demográfico se aproximó sólo a los dos millones, aumentando el porcentaje de población urbana hasta el 76,4%. Por provincias la evolución del proceso urbanizador presenta algunas diferencias. Si bien en estos cincuenta años ha avanzado en casi todas, como se puede observar en la figura 2, la variación ha sido mayor en las zonas litorales y en la mitad norte del país. De igual modo, el ritmo de crecimiento de la urbanización no ha sido lineal en todos los casos. Entre 1970 y 1991 se aprecia una cierta desurbanización en algunas provincias como consecuencia de la crisis económica y los procesos de desconcentración, como se explicará más adelante. Pero aparte de la población, el crecimiento urbano tiene también su expresión más acabada en el aumento del número de ciudades con más de 10 000 habitantes puesto que de las 403 entidades que había en 1950 pasaron a ser 650 en 2004. A su vez, los municipios con más de 100 000 habitantes, que en 1950 se reducían a 24 aumentaron a 56 en esta última fecha; parecido incremento se registra en las restantes tipologías de ciudades según el tamaño (véase figura 3). Esto da idea de la fortaleza del crecimiento de las ciudades al propio tiempo que se constata, especialmente hasta 1970, un formidable éxodo rural que vacía prácticamente los espacios agrarios tradicionales. La población que residía en áreas rurales y semiurbanas era mayoritaria en 1900 (con 27,5% y 40,3% del total, respectivamente). Desde entonces la caída de esos valores ha sido imparable, tanto que en 1970 la población no radicada en áreas urbanas alcanzaba solamente un 11,0% y 22,5% del total, respectivamente. Ahora bien, si ya en el pasado los movimientos Figura 3 Número de municipios urbanos según el número de habitantes en España 0 50 100 150 200 250 300 350 < de 100 000 De 50 000 a 100 000 De 20 000 a 50 000 De 10 000 a 20 000 Habitantes M u n i c i p i o s 1900 1950 1970 1991 2004 Fuente: Instituto Nacional de Estadísticas. Censos de población y viviendas. Elaboración propia. De tal modo que en las provincias litorales catalanas y valencianas junto a Murcia y a las Islas Baleares se concentraban más de un tercio de las viviendas secundarias existentes en España en 2001, porcentaje que se viene manteniendo de manera aproximada desde el Censo de 1970. Fuera de este ámbito, sólo en Málaga, Cádiz y en menor medida en las Islas Canarias y en algunas provincias cantábricas se registra una presencia importante de inmuebles secundarios (véase figura 6). La importancia de la segunda residencia se relaciona con el desarrollo de la multiresidencia entre los españoles en los últimos treinta años. En el 2001, 2.134.084 hogares, un 15% de los hogares españoles, disponían de una segunda residencia en propiedad. Como consecuencia, en torno al 65% de total de viviendas de uso secundario es propiedad de españoles. El resto es propiedad principalmente de europeos. Ya desde los años sesenta se constataba la compra de inmuebles en la costa española especialmente por parte de franceses, alemanes, escandinavos e ingleses, con el fin de utilizarlas durante sus vacaciones (Aguilar, 1978). La Encuesta de Movimientos Turísticos en Frontera (FRONTUR) que realiza desde 1996 la Secretaría de Estado de Turismo y Comercio de España permite constatar de modo estadístico la gran incidencia que está teniendo en los últimos años el flujo de extranjeros que se alojan en viviendas de su propiedad o de familiares en España. Por ejemplo, en 2004 supuso el 21,4% de las entradas. Lo cierto es que al mismo tiempo que la población de Europa Occidental se ha ido envejeciendo, el número de europeos que adquiere una vivienda en España ha ido creciendo sustancialmente tanto para el disfrute de la misma en los periodos vacacionales como para un uso que puede superar los seis meses en el caso de europeos retirados o prejubilados (Rodríguez, 2004). El incremento del número de extranjeros mayores de 65 años censados en España y el hecho de que se concentren en las provincias litorales donde la vivienda secundaria tiene un mayor peso, dan buena cuenta de ello. Estamos, por tanto, ante un proceso de internacionalización de la propiedad del tejido residencial español que afecta especialmente a las zonas litorales, proceso que se está desarrollando a la par que la inversión extranjera en inmuebles crece en las grandes capitales con otros fines comerciales (Mazón, 2005). Esta internacionalización de la demanda del mercado de la vivienda en España junto a la liberalización del mercado del suelo que se realizó en 1998 y el desarrollo legislativo de la figura del agente constructor explican buena parte de la eclosión constructora que se ha impuesto desde finales de los noventa y determinan las estrategias de marketing y productos inmobiliarios de las empresas promotoras. 4. Formas y procesos de crecimiento urbano 4.1. Del desarrollo urbano interno al periférico en polígono Hasta el segundo lustro de los cincuenta la apuesta por la reruralización de España en el contexto de una situación autáquica genera además de bajas cifras de crecimiento inmobiliario, una expansión muy limitada de las ciudades y un fomento de la colmatación y de la reforma interior. La idea rural y castiza de la ciudad (que tan bien reflejó el arquitecto César Cort en Campos urbanizados, ciudades ruralizadas) y que de manera tan temprana formulase Victor D’Ors en el Plan de Urbanización de Salamanca, determinaron que las zonas de expansión en torno a las ciudades preexistentes se limitara ante la concepción de culminar las estructuras heredadas. La ciudad compacta era el paradigma del urbanismo vigente. Sólo cuando el dinamismo urbano se manifiesta de forma incontenible, las estrategias planificadoras apostaron por la creación de enclaves satélites como estrategia de control del tamaño urbano, tal como se puede observar en los planes de Bilbao (1943), Madrid (1946), Valencia y su cintura (1946), Barcelona y su zona de influencia (1953) y el Plan de Descongestión de Madrid de finales de los cincuenta (Terán, 1982). Desde principios de los sesenta, con la liberalización económica y la apuesta por el desarrollismo en un contexto de planificación indicativa y en el que la industria tenía un papel de gran relevancia, la construcción de viviendas y de polígonos industriales se hizo una necesidad para conseguir las metas macroeconómicas planteadas. Para ello, no cabía otra posibilidad que fomentar el crecimiento periférico por lo que tanto la ordenación municipal como la política de vivienda adopta este objetivo. De este modo que, tras la aprobación en 1956 de la Ley sobre Régimen del Suelo y Ordenación Urbana, se pusieron en marcha diferentes planes en los que se postulaba el crecimiento periférico. Los Planes Generales de las Área Metropolitana de Madrid (1963) y Barcelona (1966) o, en una escala menor, el Plan General de Las Palmas de Gran Canaria de 1962, son un claro ejemplo de ello. En esta misma línea, en 1962 se aprobó la Ley del 21 de julio que autorizaba la delimitación de polígonos de actuación por parte del Ministerio de la Vivienda por lo que la Gerencia de Urbanización, organismo dependiente de aquél, y el posterior Instituto Nacional de Urbanización, se dedicaron a obtener y urbanizar suelo a gran escala en todo el país, sin contemplar las previsiones urbanísticas en muchos casos (Capel, 1975). A resultas de ello, entre 1961 y 1976 se construyeron más de 4,9 millones de viviendas, muchas de ellas protegidas oficialmente (Gómez-Morán, 1972). Gran parte de este crecimiento se basó en la construcción de actuaciones masivas en ámbitos periféricos con tipología en polígono, caracterizados por el predominio de edificios de mediana y gran altura, de viviendas de pequeño tamaño y baja calidad y por la falta de equipamientos y dotaciones urbanos, como resultado de una reinterpretación del racionalismo arquitectónico y del movimiento moderno adaptado a la realidad social y a los avances tecnológicos existentes en España (Solà-Morales, 1997). Al margen de estos crecimientos programados, en este periodo se asiste, asimismo, ante la insuficiencia de la política de vivienda y la falta de control urbanístico de las corporaciones, a un importante crecimiento periférico mediante parcelaciones del suelo rústico y la construcción, cuando no autoconstrucción, ilegal de viviendas (Busquets, 1999). 4.2. La creación de nuevas ciudades En los setenta, cuando todavía el modelo de crecimiento basado en la edificación en polígonos era el predominante, se introdujo un nuevo instrumento de crecimiento: la posibilidad de generar enclaves urbanos “ex novo”, tal como se había hecho con las new towns británicas. El Decreto-Ley de Actuaciones Urbanísticas Urgentes de junio de 1970, permite a la Gerencia de Urbanización ofrecer la posibilidad de delimitar, expropiar y urbanizar grandes espacios con el propósito de crear asentamientos autosuficientes, en los que coexistiese residencia y trabajo, al margen del planeamiento municipal. Como resultado de la aprobación de esta norma se proyectaron diversas actuaciones distribuidas en las cercanías de la mayor parte de las grandes áreas metropolitanas y aglomeraciones urbanas del país, como en Barcelona (Riera de Caldes, Sabadell-Tarrasa, Martorell), Madrid (Tres Cantos), Valencia (Vilanova), Sevilla (La Cartuja), Zaragoza (Puente de Santiago) y Cádiz (Río de San Pedro), contabilizando en su conjunto un total de 11 173 Has y previéndose el alojamiento de 903 400 personas en estructuras de auténticos superpolígonos. El nivel de realización de estos proyectos fue desigual en función de cada caso y tan sólo en algunos, como el de Tres Cantos, ha dado lugar a ciudades autónomas que han terminado por constituirse en municipios independientes. El fin del franquismo y el cambio de rumbo del Ministerio de Vivienda y la aprobación de la nueva Ley de Suelo en 1975, que pretendía devolver el control del crecimiento urbano a los municipios, y la Constitución española que transfería competencias urbanísticas y viviendísticas a las comunidades autónomas, vino a cerrar esta vía, por lo que el marco temporal de este modelo de crecimiento se redujo a tan sólo estos proyectos. 4.3. Los nuevos modelos de crecimiento ante la llegada de la democracia A principios de los ochenta el crecimiento urbano español registró nuevas tendencias definiéndose un nuevo modelo de expansión urbana y una reestructuración tipológica y funcional del centro. En lo que respecta a los cascos históricos, desde entonces hay un debate entre la degradación y la rehabilitación de sus tejidos edificados y entre la marginalidad y la gentrificación de sus tejidos sociales. En los centros urbanos se registra una importante renovación inmobiliaria, una clara sustitución funcional de antiguos espacios industriales o marginales y una progresiva terciarización de la superficie edificada en detrimento de la función residencial. En las periferias urbanas, por último, se han desatado nuevos procesos de reestructuración, que atraen nuestro interés por ser los que definen el crecimiento territorial de la ciudad (Precedo, 1996). El primero es la construcción masiva de nuevas infraestructuras de comunicación; circunvalaciones y vías rápidas, viaductos, rotondas, etc. financiadas en gran medida con fondos estructurales europeos, que alteran la accesibilidad de los enclaves periféricos y que definen nuevas centralidades. El segundo, asociado al anterior, es la redefinición del espacio comercial y de servicios en torno a las grandes superficies comerciales (el primer gran centro comercial urbano, el de La Vaguada, se inauguró en 1983 en Madrid) y del espacio industrial-terciario con la aparición más tardía de centros logísticos y polígonos tecnológicos. El tercer proceso es la creación de grandes áreas dotacionales de carácter recreativo, deportivo o cultural, en algunos casos como resultado de operaciones de recuperación de grandes espacios industriales en declive, y que, además de mejorar la calidad de vida de los habitantes, intentan incidir en la imagen de la ciudad como manera de impulsar su crecimiento económico en una coyuntura de fuerte competencia de las ciudades por atraer sedes corporativas y empresas, eventos congresuales o turismo cultural. El cuarto es el desarrollo de nuevos crecimientos de mayor calidad residencial, casi siempre promovidos por agentes privados, en los que coexisten nuevas tipologías residenciales. Todavía en los primeros ochenta la manzana abierta siguió manteniéndose, pero desde mediados de esa década han predominado las promociones colectivas de viviendas unifamiliares dispuestas en hilera o conformando urbanizaciones cerradas o las promociones plurifamiliares de mediana altura con amplios espacios comunitarios en su interior. El quinto y último proceso es la puesta en marcha de operaciones de rehabilitación y reposición de actuaciones urbanísticas emprendidas en los decenios anteriores con el fin de satisfacer la demanda de vivienda social y que, dada las malas condiciones edificatorias, urbanísticas y sociales en que se encuentran en algunos casos, requieren de este tipo de intervención. En síntesis, si hasta los setenta la política central de suelo, la política edificatoria y el problema de la vivienda parecen definir el modelo de crecimiento urbano, en esta nueva etapa, la ordenación urbanística desde las corporaciones municipales, la intervención de los agentes privados, el desarrollo de las vías de comunicación y la internacionalización de la funciones urbanas son las que conducen realmente las nuevas pautas. 4.4. De la metropolización al crecimiento urbano discontinuo A partir de los setenta se asiste a otro proceso urbano de gran importancia, el de la metropolización, es decir, el de la conformación de grandes áreas urbanas a partir de la aglomeración de diferentes ciudades. En algunos casos, como en Madrid, Valencia, Barcelona o Sevilla esta conurbación de ciudades emana de la extensión de la ciudad central hacia municipios periféricos. La mejora de las comunicaciones con el exterior, el elevado precio del suelo y el fuerte crecimiento demográfico motiva que las funciones industriales y residenciales empiecen a crecer vertiginosamente en los municipios limítrofes, conformándose un área metropolitana que se estructura jerárquicamente desde su municipio central (Tobío, 1985). En otros casos, como Bilbao y posteriormente las áreas metropolitanas de Oviedo-Gijón o Alicante-Elche, por citar algunas, la estructura metropolitana es más equilibrada, aproximándose a lo que Juillard y Nonn en 1976 denominaron como estructura en racimo (véase figura 1). Fuese a través de la conformación de coronas metropolitanas en una estructura monocéntrica o de un agrupamiento de ciudades, lo cierto es que durante los ochenta y principios de los noventa este modelo de expansión se generalizó. En un primer momento las formas de crecimiento adoptadas por los núcleos de las coronas metropolitanas fueron los mismos que los que afectaban a las ciudades centrales, pero a partir de los ochenta tienden a especializarse a través de operaciones inmobiliarias compuestas por viviendas unifamiliares, adosadas o en hileras en muchos casos, en los que los espacios libres y los equipamientos tienen una presencia variable y en los que predomina la función residencial. Si bien estos crecimientos unifamiliares se dispusieron de manera continua a los núcleos urbanos hasta los primeros ochenta, desde mediados de esta década y en especial en los noventa, se localizan en el espacio de un modo desagregado. El reciente informe sobre Cambios de ocupación del suelo en España realizado por el Observatorio de la Sostenibilidad señala que, entre 1987 y 2000, el incremento de superficie urbana discontinua en las 20 mayores áreas urbanas alcanzó un porcentaje promedio del 21,4, frente al 6,1% de incremento de las expansiones continuas. En algunos casos, como las Áreas Metropolitanas de Elche-Alicante y Madrid o las áreas urbanas de Valladolid, Granada, Palma o Murcia, los porcentajes estuvieron muy por encima, registrándose en el caso de Elche-Alicante un incremento del urbano discontinuo del 103,4%. Es más, el carácter discontinuo de las intervenciones ha permitido que estas promociones estén creciendo espectacularmente fuera de los ámbitos metropolitanos. El crecimiento de la vivienda durante los noventa en los municipios no metropolitanos de Madrid lo pone de manifiesto (Leal y Cortés, 1995). En cuanto a las formas preponderantes de crecimiento, se debe destacar que se basan en el desarrollo de urbanizaciones residenciales autónomas (gated comunities) que en ocasiones se yuxtaponen, en la realización de promociones de baja densidad y de ciudad jardín en torno a núcleos rurales y en la promoción de grandes paquetes de viviendas junto a campos de golf o infraestructuras de ocio. Por último, en este contexto en el que la proliferación de la vivienda unifamiliar parece haber desbordado las estructuras metropolitanas hacia municipios cada vez más alejados y rurales, no faltan ejemplos, en los que se crece a través de promociones plurifamiliares de mediana altura en urbanizaciones cerradas fuera de los municipios metropolitanos, al amparo de la liberalización del suelo aprobada en 1998 y de la falta de control de las comunidades autónomas sobre las competencias municipales. Este es el caso de la urbanización Francisco Hernando en Seseña, un municipio rural en la provincia de Toledo, a 36 Km. al sur de Madrid, en donde se están construyendo 13.508 viviendas para alojar a 40.000 personas en bloques de hasta diez plantas en un municipio que albergaba en 2001 a tan sólo 5.324 habitantes. 4.5. Las ciudades turísticas El desarrollo del turismo de masas desde los años sesenta conllevó la multiplicación de la oferta alojativa en las zonas litorales. En algunos casos, sobre todo en aquellos destinos más antiguos, las edificaciones turísticas colaboraron al desarrollo urbano de algunos núcleos que por sus características (presencia de puertos deportivos, playas…) presentaban atractivos para el turista. Este es el caso de Palma en la Isla de Mallorca o de Las Palmas de Gran Canaria, por citar algunos de los ejemplos más ilustrativos. Se trata de enclaves donde el turismo apareció tempranamente desde la década de los cincuenta. En estos casos, la línea de costa determinó el proceso urbanizador y las tramas creadas no se alejaron especialmente de los modelos urbanos desarrollados en aquellos años en otras ciudades españolas a no ser por la especialización turística. En la mayoría de los casos los destinos turísticos se desarrollan ex novo o a partir de pequeños núcleos de población, que rápidamente sufrieron un proceso de terciarización y de pérdida de funciones residenciales en favor del uso turístico. Todavía en estos últimos, las estructuras urbanas preexistentes pueden condicionar la forma urbana de la actividad turística en un primer momento pero, en la medida en que los destinos crecen, el espacio resultante refleja de una manera más clara una organización característica de lo que podríamos denominar como ciudad turística. El enclave de Maspalomas Costa Canaria, al sur de la isla de Gran Canaria es un ejemplo paradigmático de lo que es una ciudad turística. Este destino que, contando plazas habituales y extras, llega a contabilizar más de 130 000 camas y más de 400 establecimientos alojativos (el segundo mayor destino de España), se empezó a desarrollar a partir de 1963 y ha mantenido un nivel de elevado crecimiento urbano hasta la actualidad, por lo que atesora las diferentes tipologías urbanísticas y edificatorias que se han sucedido en la medida en que la demanda ha ido cambiando (Parreño, 2001). En líneas generales, y a pesar de que en este caso se contaba con un Plan de Extensión y Ordenación Urbana y se había realizado previamente un concurso internacional de ideas, la estructura urbana de Maspalomas responde a la yuxtaposición de los diferentes planes parciales que se fueron aprobando al socaire de las sucesivas coyunturas turísticas. No existe, pues, una jerarquía urbana bien definida, algo extensible a la mayor parte de los destinos españoles. Figura 7 En el enclave aparecen las estructuras urbanas características de cada oleada turística. De la primera, la que se desarrolló hasta la crisis de los setenta, quedan sectores caracterizados por la mezcla de la oferta hotelera con los complejos de apartamentos, por las altas densidades, la baja calidad constructiva, la preponderancia de la privatización de los espacios libres, así como por un tejido urbano que se estructura en función de los complejos residenciales entre los cuales en ocasiones aparecen intercalados centros comerciales y de ocio (véase figura 7). De la segunda, desarrollada en los ochenta, hacen su aparición sectores ordenados espacialmente por la presencia de centros comerciales y de complejos alojativos en los que predomina la oferta extrahotelera en bungalow, generándose menores densidades y mayor calidad ambiental. De la tercera, la iniciada tras la dura crisis que se desarrolló durante el primer lustro de los noventa, están presentes zonas con grandes infraestructuras deportivas (campos de golf, puertos deportivos) o congresuales, con hoteles de mayor calidad o adaptados tipológicamente a los nuevos productos all inclusive y con urbanizaciones residenciales. En síntesis, la falta de estructura de los enclaves turísticos, la obsolescencia de parte de sus tejidos, la ausencia de valores urbanos en su paisaje, la fuerte segregación de usos y el desarrollo de grandes equipamientos deportivos son algunos de los elementos característicos de la ciudad turística litoral que se han ido imponiendo en las costas españolas en los últimos cuarenta años. 4.6. La suburbanización residencial del litoral Buena parte del crecimiento residencial español se ha asentado en el litoral desde la década de los sesenta. Se estima que durante los setenta y ochenta el 61% y 45% respectivamente del aumento del parque residencial en España se localizó en la franja litoral comprendida por los primeros cinco kilómetros de costa, cifras muy elevadas pero que no se aproximan a la litoralización residencial experimentada en los noventa, periodo en el que absorbió el 79% del crecimiento viviendístico. Casi el 50% de la superficie de la franja litoral de hasta dos kilómetros en la provincia de Barcelona está urbanizada, el 43,3% en el caso de Málaga y el 37,8% en el de Alicante, las tres provincias donde la ocupación es mayor. De igual modo, la superficie residencial en segunda línea, en la zona comprendida entre 2 y 5 kilómetros es muy importante también en estas provincias y en la de Valencia. Si se mantiene el actual ritmo de crecimiento, el litoral de Castellón, Huelva, las Islas Baleares o Cantabria registrará en un futuro no muy lejano valores parecidos. El crecimiento residencial del litoral se explica por la yuxtaposición de múltiples causas, pero, sin duda, lo que incide en estos altos niveles de ocupación en los noventa no es otra cosa sino el crecimiento acelerado de las urbanizaciones de baja densidad ligadas en muchos casos al fenómeno de la segunda residencia, es decir, la suburbanización de la franja litoral que se ha desencadenado en la última década y, en especial, en el Mediterráneo. Estamos hoy en día ante la conformación de auténticos continuos suburbanos con niveles de densidad variables, formados a veces por urbanizaciones empaquetadas; en otras por la proliferación de edificaciones dispersas y por el desarrollo de espacios residenciales tanto uni como plurifamiares en torno a la construcción de campos de golf. En los últimos quince años las operaciones urbanísticas en torno a la edificación de campos de golf ha crecido espectacularmente. Hoy en día, hay en torno a 120 campos en zonas litorales españolas y está prevista la construcción de otros 150. Hay zonas como la Costa del Sol (Málaga) donde la concentración de campos permite asignar el apelativo de región golfística. En espacios tan reducidos como la isla de Gran Canaria (Islas Canarias) está en trámite el Plan Especial Territorial del Golf de la isla, que aspira a “reverdecerla” con 18 nuevos campos que se sumarían a los siete ya existentes, lo que llevaría parejo un incremento de la oferta turística y residencial, ya que los propios promotores señalan que la construcción de un campo de golf sólo es rentable si está vinculado a cierto negocio inmobiliario. La suburbanización de litoral y el desarrollo del turismo residencial son los procesos más dinámicos de transformación del territorio en la actualidad a los que hay que controlar si no se quiere generar una situación ambiental, social y económica insostenible (Torres, 2003). 5. Epílogo Una vez caracterizada la magnitud del proceso de urbanización en España en estos cincuenta años, su implantación territorial desde un modelo concentrado a otro basado en redes urbanas, las causas sociales y económicas que lo explican y el papel desempeñado por el sistema político en todo momento y una vez presentadas brevemente las diferentes formas urbanas que se han ido sucediendo, no queremos concluir este trabajo sin hacer una observación final sobre la necesidad de valorar la sostenibilidad del sistema urbano español. El hecho de que el fenómeno urbanizador no sea sólo consecuencia del económico sino que sea, en gran medida, el agente que propicia el crecimiento económico, ha determinado y determinará en el futuro rápidos procesos de expansión urbana. Hechos tan paradójicos como que en España se registra la tasa más elevada de viviendas por habitante de Europa - una vivienda por cada dos habitantesy sin embargo existe un grave problema de la vivienda, no hacen sino dar fe de la grave situación que se ha generado. Al mismo tiempo la difusión de la suburbanización como patrón de consumo, la mejora en las comunicaciones y la deslocalización productiva favorecerá la creación de redes urbanas cada vez más extensas y la ocupación cada vez más masiva de territorio. La necesidad de un sistema urbano y territorial sostenible es cada vez más apremiante. Y para ello es fundamental que el modelo económico español deje pronto de ser un modelo constructivo para convertirse en un modelo post-constructivo. En otros términos, que el proceso de urbanización no sea uno de los principales agentes económicos operativos, sino que se generen otras opciones que incorporen diversificación e innovación a la estructura productiva. 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