Conclusion sur l'outillage lithique
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MAISON DE L'ORIENT ET DE LA MÉDITERRANÉE JEAN POUILLOUX Le site néolithique de Tell Mureybet (Syrie du Nord) En hommage à Jacques Cau vin Édité par Juan José Ibâftez Volume I BAR International Series 1843 (I) 2008
This title published by Archaeopress Publishers of British Archaeological Reports Gordon House 276 Banbury Road Oxford OX2 7ED England ba r@ar chaeopress .co m www . archaeop ress. com BAR 51843 (I) Maison de l'Orient et de la Méditerranée Je an Pouilloux Le site néolithique de Tell Mureybet (Syrie du Nord) En hommage à Jacques Cauv in . Volume 1 ©the individual authors 2008 ISBN 978 1 4073 0328 4 (this volume) ISBN 978 1 4073 0329 1 (volume II) ISBN 978 1 4073 0330 7 (complete set of two volumes) Printed in England by Aiden HenDi, Oxfordshire Ail BAR t it les are available from: Hadrian Books Ltd 122 Banbury Road Oxford OX2 7BP England bar @ hadrianbooks.co.uk The current BAR catalogue with d et ails of all titles in print, prices and means of payme nt is available free from Hadrian Books or may be downloaded from www.archaeopress.com
SOMMAIRE * * * * * VOLUME 1 Introduction par J.J. ! BANEZ ................................................................................................................................. 7 Jacques Cauvin, ln memoriam par M. Mou sT .................................................................................................... 15 Hi storique par M.-C. CAUVIN 17 CHAPITRE PREMIER Chronostratigraph ie de Mureybet. Apport des datations radiocarbone par J. ÉVIN et D. STORDEUR .................. 2 l CHAPITRE If Stratigraphie et répartition des architectures à Mureybet par D. STORDEUR et J.J. IBÀN EZ 33 CHAPITRE 111 Foyers et fours du site de Mureybet par M. MousT .............................. .. ........................................................... 95 CHAPITRE IV Les nouvelles données archéobotaniques de Mureybet et la néolithisation du Moyen Euphrate par G. W!LLCOX ......................................................................................................................... .. .......... .... . .. 103 CHAPITRE V Étude archéozoologique de Mureybet par L. GOUR!CHON et D. HELMER............................................................ 115 CHAPITRE VI. L 'out illage lithique Introduction par M.-C. CAUVIN .... ............................................................................ .. ......................................... 229 Matières premières siliceuses et compo1tements techniques par F. ABBl ~S et J.A. SÂNC H EZ PRJEGO ............... .. 231 Analyse technologique par F. ABBÈS ................................................................................................................... 237 Analyse du mobilier retouché par M.-C. CAUV !N et F. ABBÈS ............................................................................ 28 1 Analyse fonctionne ll e de l'outillage lithique de Mureybet par J.J. I BANEZ, J.E. GONZALE Z URQUIJO et A. RooRiGUEZ RooR.iouEz . ... . .. . . ........... ...... ................................... ..... . ..... ... .... .. ...... .... .. .... . ... .... .... . ...... .... 363 Analyse technologique et fonctionnelle des herminettes de Mureybet par J.A. SANCHE Z PR!EGO ..................... 407 Conclusion su r l'outillage lithique par M.-C. CAUVIN, F. ABBÈS, J.E. GON ZÂLEZ URQU IJ O, J.J. lBA FIEZ, A. RODRiGUE Z RODRiGUEZ et J.A. SANCHEZ PRŒGO ................................................. ... ............. .. ................. 435
SOMMA IR E VOLl iME Il CHAPITRE VII L'industrie de l'os par D. STORDEUR et R. CHR!STIDOU ......................................................... .. ....... .. ................... 439 CHAPITRE VIII L'outillage de mouture et de broyage par M.-C. N!ERL!~ ................ .. ............ .............. ................ .. .................. . .... 539 CHAPITRE lX Les récipients en pierre par M. LEBRETON ......... ................................ ... .................... .. .... ............................ .. ..... .. 569 CHAPITRE X Les éléments de parure de Mureybet par C. MARÊCHAL et H. ALARASI!I 575 CHAPITRE Xl Figurines, pierres à rainures, « petits objets divers » et manches de Mureybet par D. STORDEUR et M. LEBRE TON ................................................................................. .. ............................ 61.9 Conclusion (français) par J.J. IBÂN EZ .................................................................................................................. 645 Conclusion (english) par J.J. IBANEZ ................................................... .. ... .. .............. .. . .. ...................................... 661 Conclusion (arabe: traduction Hala AtARA Sl· ll) par J.J. lB AN EZ ............................... .... ........................ ... ........... 703 Bibliographie ................................................................................................... .. ...................... .. .......... .. .............. 705 6
Quelles conclusions générales peut-on tirer de l’analyse de l’industrie lithique, pour autant que les échan tillonnages et la grande fragmentation du matériel le permettent, à travers les divers aspects que nous avons envisagés : acquisition des matières premières, techno logie, typologie et étude fonctionnelle ? Nous ne reprendrons pas les conclusions de ces diverses parties mais nous essaierons ici de présenter une vision dynamique de ces outillages tout en sachant, comme le faisait remarquer J. Cauvin, que « les synthèses culturelles à partir de la seule industrie lithique sont peut-être une gageure » (J. Cauvin 2001). Néanmoins l’intérêt de cette étude vient du fait que l’on peut suivre sur une longue durée ses transformations successives, les innovations et les persistances qu’elle traduit. Lorsque le village de Mureybet est fondé dans la vallée de l’Euphrate aux alentours de 10 000 av. J.-C., il est le fait d’une population de chasseurs-cueilleurs (phase IA, natoufienne). La vallée offre alors un éventail de ressources – eau, faune, flore et matières premières – particulièrement attractives pour l’installation plus ou moins saisonnière d’un groupe humain. Deux sources de matières lithiques vont être systématiquement exploitées : des rognons d’origine éocène et des galets charriés par l’Euphrate et disponibles dans les terrasses du fleuve. L’industrie lithique utilisée alors est, pour sa plus grande part, laminaire et microlithique. L’essentiel des activités de taille se focalise sur la fabrication de petites lames tendant parfois à la lamelle. Les techniques et les méthodes sont encore simples, du moins au regard de ce qui suivra. L’objectif, une petite lame, peut être obtenu par différents procédés à partir de petits nucléus strictement unipolaires. Le schéma le plus « classique » consiste à ouvrir un plan de frappe et à extraire à la percussion directe un petit produit. Lorsque le bloc le permet, il peut être reconfiguré durant le débitage, sinon il peut être abandonné parfois immédiatement après l’extraction de 4 ou 5 produits lamellaires. L’apparente diversité des nucléus retrouvés n’est que le reflet de la variabilité à la fois des blocs utilisés et, surtout, des multiples solutions d’entretien des nucléus. Et c’est là une des originalités de la période, la souplesse d’exécution du débitage. L’adjonction d’un second plan de frappe sur les nucléus, qu’il soit opposé ou non, puis parfois d’un troisième et d’un quatrième ne modifie pas le caractère unipolaire du débitage. Sur ces petites lames ou sur de petits éclats sont élaborés des microlithes, notamment des géométriques et des micropercoirs. Les géométriques (16 % du mobilier retouché) consistent presque exclusivement en segments, tous à retouches abruptes, obtenus par la technique du CONCLUSION SUR L’OUTILLAGE LITHIQUE M.-C. CAUVIN 1, F. ABBÈS 2, J.E. GONZÁLEZ URQUIJO 3, J.J. IBÁÑEZ 4, A. RODRÍGUEZ RODRÍGUEZ 5 et J.A. SÁNCHEZ PRIEGO 6 1. Archéorient (CNRS, UMR 5133). Antenne de Jalès, F-07460 Berrias – [email protected]. 2. Archéorient (CNRS, UMR 5133). Maison de l’Orient et de la Méditerranée, 7 rue Raulin, F-69007 Lyon – [email protected]. 3. Instituto Internacional de Investigaciones Prehistóricas de Cantabria (Unidad Asociada al CSIC). Universidad de Cantabria. Avda de los Castros, s.n., E-39005 Santander – [email protected]. 4. Institución Milá y Fontanals. Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC). Egipciacas 15, E-08001 Barcelona – [email protected]. 5. Grupo Tarha, Departamento de Ciencias Históricas. Universidad de Las Palmas de Gran Canaria. Plaza de la Constitución s/n, E-35003 Las Palmas – [email protected]. 6. Archéorient (CNRS, UMR 5133), Antenne de Jalès, F-07460 Berrias – [email protected].
M.-C. CAUVIN, F. ABBÈS, J.E. GONZÁLEZ URQUIJO, J.J IBÁÑEZ, A. RODRÍGUEZ RODRÍGUEZ ET J.A. SÁNCHEZ PRIEGO 436 microburin. L’utilisation de ces segments a sans doute été diversifiée. Leur morphologie et leurs différences dimen sionnelles les prêtent à de multiples combinaisons d’emmanchement, mais il semble acquis aujourd’hui que leur emmanchement sur des fûts de flèche ou sur des préhampes soit une de leurs fonctions, si ce n’est pas leur fonction première. Différentes modalités de fixation ont déjà été proposées tant à Mureybet que sur d’autres sites, où segments et microlithes divers sont présents. Les modalités peuvent être réunies en deux grands groupes : une fixation axiale, à l’extrémité du fût, ou bien en position latérale, en épis ou non, de part et d’autre de ce même fût. D’autres procédés de taille, trop marginaux pour servir à définir les industries de la première installation, sont également présents. C’est d’abord un débitage de grandes lames, également unipolaires, débitées sur place, et utilisées souvent sans être retouchées. Elles ont aussi servi à la confection de pointes lourdes pédonculées employées en poignards ou piques. C’est ensuite un débitage de petits et gros éclats dont les éléments les plus évidents sont les herminettes. Celles-ci correspondent à l’invention d’un outil spécialisé et sont la preuve directe d’un travail en percussion lancée exercé sur deux matériaux, le bois et la craie. Elles sont sans doute à mettre en relation notamment avec des besoins architecturaux. Cet ensemble confirme donc la présence au Natoufien final d’un faciès particulier, dit Natoufien de l’Euphrate, tel qu’on le percevait déjà à Abu Hureyra au Natoufien récent, où herminettes et microlithes géométriques sont présents. Il n’y a pas de rupture nette entre ce mobilier des niveaux 1-2, qui appartient donc au Natoufien final de l’Euphrate, et celui des niveaux 3-4 (phase IB) de Mureybet correspondant au début du Khiamien. Une production principale de petits produits courts et larges et de lamelles associée à un débitage minoritaire 7 de lames monopolise encore les activités de taille. Mais l’inno va tion de ces niveaux consiste dans la présence d’armatures de flèches (essentiellement des pointes d’El Khiam) dont les fonctions pénétrantes et lacérantes sont réunies en un même instrument. Elles impliquent 7. S. Calley suggérait, lors de son étude de la phase IB, un agrandissement des supports lamellaires. Ces observations étaient fondées sur des ensembles de lames et de lamelles dont le regroupement avait été opéré essentiellement en fonction des matières premières. Une analyse basée en revanche sur les types de débitage indique des dimensions de lamelles similaires entre les phases IA, IB et le début de la phase II. une nouvelle conception d’emmanchement qui n’exclut pas l’utilisation de microlithes dans l’armement puisque ces derniers constituent encore une part importante des artefacts retouchés. On a récemment proposé un mode de fixation dont l’originalité est de souligner les points de convergence entre l’emmanchement des premières pointes de flèche et celui des microlithes 8 : insérées à mi-corps dans un fût de roseaux, laissant les bords tranchants en saillie, les pointes évoquent alors un emmanchement de microlithes. Le poids même des premières pointes est très proche de celui des segments retrouvés. Rien, dans le reste de l’outillage, n’indique d’autres innovations techniques ou des changements dans les acti vités. Les débitages restent foncièrement les mêmes, ce qui permet d’accréditer l’hypothèse selon laquelle l’invention de ces armatures est strictement locale. Seule l’archerie est en cause alors que les faunes chassées n’évoluent guère : petit et grand gibiers en provenance de la vallée ou de la steppe limitrophe sont les mêmes qu’à la phase précé dente (Gourichon et Helmer, ce volume). Rien n’indique là non plus une raison « logique » pouvant expliquer la présence de ces flèches. Remarquons également que la chasse ne devait certainement pas se limiter à la seule utilisation de l’arc, mais lui associait, très probablement, celle de pièges. Au cours de cette séquence khiamienne qui, jusqu’à présent, est exceptionnelle au Proche Orient (phase II, niv. 3 à 10), la composition de l’industrie lithique se modifie très lentement. L’apparition de pointes de projectiles n’a pas de répercussion majeure sur les modes de débitage qui persistent identiques jusqu’au niveau 10. La fréquence des armatures de flèches s’accroît : parmi celles-ci les pointes à base tronquée et à encoches (pointes d’El Khiam stricto sensu) prédominent aux niveaux 3 à 10. Il y a également des pointes pédonculées, qui deviennent de plus en plus nombreuses au cours de cette phase II ; enfin quelques types de flèches (pointes à pédoncule avec des encoches proximales, puis plus tardivement distales) apparaissent, marquant des différences entre les niveaux 3 à 10, qui pourraient correspondre à une diversification des disposi tifs d’emmanchement. Les microlithes géométriques disparaissent progres sivement, tandis que la fréquence des microlithes non géométriques est moins élevée. La question de la relation géométriques/armatures de flèches, si controversée ces dernières années au Levant sud, ne se pose pas ici, où le Khiamien est bien affirmé en stratigraphie. La fréquence des lames dont le lustre 8. Yartha 2001.
CONCLUSION SUR L’OUTILLAGE LITHIQUE 437 est visible à l’œil nu et qui sont interprétées comme des faucilles reste constamment faible. Les burins et les grattoirs sont peu nombreux. Les herminettes sont façonnées sur des éclats très larges au début du Khiamien, leur partie active est donc plus développée que précédemment. Leurs dimensions iront en s’accroissant, ce qui impliquera pour cet outil comme pour les flèches des modifications dans les systèmes d’emmanchement. Enfin, très abondants durant la phase II, les microperçoirs révèlent pour beaucoup d’entre eux un travail de la pierre avec un mouvement rotatif de faible intensité à main nue ou avec une vitesse plus importante, lorsqu’ils sont insérés de façon axiale dans un « manche ». Des niveaux 8 à 13, c’est-à-dire de la fin du Khiamien au début du Mureybétien, les différentes modalités de débitage unipolaire persistent, produisant des lames destinées aux pointes de projectiles. On voit apparaître pour la première fois sur le site un véritable débitage bipolaire. Réalisé le plus souvent sans mise en forme complexe, celui-ci est encore très proche, dans sa conception, des débitages unipolaires. Il est réalisé sur des rognons avec une percussion directe à la pierre tendre. Les lames qui en sont issues sont utilisées brutes ou avec des retouches marginales. À partir du niveau 14, dans le Mureybétien, apparaît un débitage de lames prédéterminées à partir de nucléus bipolaires et peut-être unipolaires. Ces débitages coexistent avec les anciennes productions laminaires. Sur nucléus bipolaire, les lames sont produites par un jeu d’alternance dans l’utilisation des plans de frappe. L’objectif était de produire de manière récur rente une lame rectiligne à terminaison aiguë. Sur nucléus unipolaire, l’intention est la même mais à partir de l’utilisation d’un seul plan de frappe. Les lames produites sont parfaitement rectilignes et de plus grandes dimensions que celles extraites des nucléus bipolaires, où la recherche de lames prédéterminées n’est pas attestée. Les armatures de flèches, très souvent réalisées sur des lames prédéterminées de premier choix, portent de plus en plus fréquemment une courte retouche bifaciale oblique amincissant le pédoncule ou leur base tronquée. Les pointes sans encoches mais à pédoncule, dites pointes de Mureybet, supplantent peu à peu les autres types, qui subsistent en proportion infime. On constate à cette phase que la majorité des lames retouchées ou brutes n’a servi qu’à une seule activité, même si certaines lames retouchées ont coupé des végétaux puis raclé de l’os. Des recyclages sont cependant nombreux et de nature différente. Il peut s’agir, soit de flèches ou d’outils réutilisés, soit du même outil avec des fonctions complémen taires. Ainsi, des armatures ou des lames lustrées sont utili sées secondairement comme burins travaillant l’os. Un autre exemple consiste en des pointes qui ont servi de projec tile et sont utilisées ensuite grâce à leurs bords latéraux tran chants pour la découpe de la peau. Cette possibilité de recyclage est facilitée par le recours à des supports de plus grandes dimensions, pré dé terminés ou non. Quant à la plupart des grattoirs, ils sont utilisés pour le travail de la peau. Les herminettes ne sont pas représentées dans l’échantillon étudié mais leur fonction est assurée par d’autres types d’outils (gros grattoirs) ou par des gros éclats, voire des artefacts recyclés comme des nucléus. Le polissage apparaît également reflétant un savoir-faire appliqué désormais à des haches et non pas à des objets de parure. La rareté des outils polis est peut-être liée à des fonctions particulières. Au niveau 19 (PPNB ancien) les innovations observées dans les débitages se généralisent. Les productions de lames prédéterminées sur nucléus unipolaires continuent, et surtout la totalité des nucléus bipolaires semble cette fois dévolue à cette même production. La conséquence la plus directement perceptible est un agrandissement signifi catif des productions laminaires. Les outillages sont ainsi réalisés sur de plus grands supports. Ceci est particulièrement vrai pour les pointes de flèches, dont certaines ont des pédon cules denticulés, et d’autres annoncent les futures pointes de Byblos. Les recyclages sont encore très fréquents. À cette phase, comme au Mureybétien, les burins s’exercent toujours sur l’os sauf les burins transverses qui n’ont guère de fonction propre mais correspondent plutôt à une technique de fracturation 9. De lourds éclats corticaux ont, à ce niveau, un rôle d’herminette. Le niveau 20 correspond au PPNB moyen. Les modes de débitage sont variés. Le plus fréquent concerne des nucléus naviformes très cintrés, qui ont été généralement fracturés en deux après leur utilisation. Ces débitages sont réalisés sur des silex autochtones mais aussi sur des silex exogènes et sur de l’obsidienne. L’analyse de ces nucléus révèle des productions plus limitées par nucléus avec des modalités d’obtention différentes de celles de la phase précé dente. Les lames prédéterminées sont alors plus grandes et plus épaisses. En raison de ces caractéris tiques dimen sionnelles, d’autres armatures de flèches naissent alors, qui perdureront à travers tout le Néolithique : ce sont les pointes de Byblos, d’Amuq et d’Abou Gosh. Elles portent toutes des retouches lamellaires en pelure. 9. Comme l’un de nous l’avait déjà constaté au PPNB final d’El Kowm 2 (M.-C. Cauvin et al. 2000).
M.-C. CAUVIN, F. ABBÈS, J.E. GONZÁLEZ URQUIJO, J.J IBÁÑEZ, A. RODRÍGUEZ RODRÍGUEZ ET J.A. SÁNCHEZ PRIEGO 438 Associé au débitage bipolaire on voit apparaître un débitage par pression appliqué à l’obsidienne pour l’obtention de lames et de lamelles. Contrairement à la production lami naire bipolaire, ces débitages par pression ne sont pas orientés vers l’obtention de pointes. Enfin, on observe une quasi-disparition des débitages laminaires unipolaires par percussion. Les études complémentaires et croisées de l’industrie lithique nous ont permis de mettre en évidence, à travers cette séquence : Natoufien, Khiamien, Mureybétien, PPNB, les caracté ristiques propres des différentes cultures qui relèvent toutes autant de choix de société que de contraintes techniques. Ainsi l’adoption de pointes de projectiles dès les niveaux 3-4 n’est en rien imposée, leur agrandissement aux niveaux 14 à 20 oblige à recourir à de nouvelles moda lités de retouches. Dans le contexte particulier de la néolithisation, deux instruments méritent en outre une attention particulière, les faucilles et les armes. Le rôle des faucilles est tenu, en général, au Natoufien, au Khiamien, et jusqu’au Mureybétien final, par des lames utilisées directement comme des couteaux à moissonner, à moins qu’elles ne soient insérées dans un fût rectiligne. Au Mureybétien, leur fréquence s’accroît légèrement mais surtout leur tranchant est ravivé fréquemment. Enfin, à partir du PPNB ancien apparaissent des emmanchements courbes. Il semble donc que l’on puisse mettre en rapport ces trois étapes avec celles de la cueillette, de l’agriculture prédomestique et de l’agriculture proprement dite. Quant aux différentes modalités de la chasse, elles sont perçues grâce à la diversité des armes : il s’agit de flèches légères, devenant de plus en plus grandes et standar disées, puis de plus en plus lourdes. Outre ces pointes de projectiles, on trouve dès la base des piques et à la phase III des javelots et des poignards. Les systèmes de jet, en général, sont plus puissants à partir du Mureybétien. Au PPNB moyen vont apparaître des armatures dont la variété persistera durant tout le Néolithique. L’intérêt porté à ces armes a, en fait, guidé les principes de production des lames pour les obtenir. Les soins donnés particulièrement à la gestion de ces lames et au traitement de leur pédoncule témoignent de l’importance que prennent ces armes à partir du PPNB. Cela se confirmera au Néolithique lors que l’élevage est bien assuré comme à Byblos par exemple. C’est dire que le rôle assumé par ces projectiles est loin d’être uniquement alimentaire. On ne peut sous-estimer des fonctions de nature différente, d’ordre rituel, initiatiques par exemple, lors d’expéditions de chasse (avec notamment la quête de fourrures ou de plumes), ou sociologique, déno tant un certain prestige comme l’avait relevé J. Cauvin. Ce rôle symbolique attribué aux flèches est corroboré par la présence d’armatures analogues à celles en silex mais confectionnées dans un matériau rare comme l’obsidienne. Ces armes peuvent aussi faire l’objet de troc ou de circulation à travers le Proche-Orient, tout comme certaines matières premières 10 (l’obsidienne dès le Natoufien final, une pointe en silex exogène au PPNB ancien et le silex rose au PPNB moyen) ou des procédés techniques comme la pression. Ce sont autant d’indices d’un monde ouvert avec des échanges entre villages, qui gardent cependant leurs spécificités. 10. Si le mobilier est en général confectionné sur des matières premières locales, l’obsidienne provient du nord, exclusivement de Cappadoce (région du Göllü Dağ Est) jusqu’au Mureybétien, puis de Cappadoce et d’Anatolie orientale (de la région de Bingöl), tandis que le silex rose est originaire du sud du djebel Balaa’s. Quant au bitume, utilisé comme adhésif, il peut venir soit du sud de la Damascène, soit du sud-est de la région d’El Kowm, soit enfin de l’ouest des alentours d’Ugarit.