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Ekonominė informacija ir probleminiai terminijos aspektai

Antanas Buračas

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DISCUSSIONS, PROPOSITIONS Antanas BURAČAS INFORMATION ÉCONOMIQUE ET ASPECTS PROBLÉMATIQUES DE LA TERMINOLOGIE Nouvelles sources et formes d’information Le classificateur terminologique universel de l’Union européenne EUROVOC, élaboré à l’initiative du Département de traitement informatique des données du Seimas de la République de Lituanie, contribuera grandement à la normalisation de la terminologie dans les domaines de notre économie, des techniques et d’autres secteurs. En outre, le Département de normalisation de la République de Lituanie, en collaboration avec la Commission nationale de la langue lituanienne et les spécialistes de l’Institut de mathématiques et d’informatique de l’Académie des sciences de Lituanie, examine actuellement les procédures obligatoires d’élaboration des normes terminologiques et des définitions, afin de les rapprocher des exigences, formats et normes de l’Organisation internationale de normalisation (ISO) en vigueur dans ce domaine. Il va sans dire que les critères les plus importants dans ce travail ont été et demeurent la sémantique du terme et sa conformité à l’usage courant. Les exigences relatives à la formation correcte des termes sont tout aussi importantes. Pour appliquer convenablement tous ces critères dans le travail de normalisation terminologique, il est indispensable de disposer d’un dictionnaire informatique du lituanien contemporain, qu’il faudrait associer au dictionnaire des mots internationaux que nous utilisons. Il est paradoxal qu’on puisse depuis déjà 15 à 20 ans corriger facilement des textes anglais sur n’importe quel ordinateur personnel du pays, puisque les dictionnaires de cette langue sont automatiquement installés avec divers logiciels. En revanche, il est difficile de trouver des dictionnaires informatiques de la langue officielle lituanienne, alors même que de nombreuses normes linguistiques sont obligatoires. Ils sont rarement accessibles et, par conséquent, presque jamais utilisés — ni dans les administrations ni dans les établissements d’enseignement — malgré leur utilité évidente. Il faudrait que tout ordinateur vendu en Lituanie soit doté d’un dictionnaire lituanien et, pour les secteurs des affaires et de la finance, de la terminologie correspondante, etc. 37 Ces derniers temps, plusieurs manuels originaux et traduits ont paru en Lituanie (je citerais ceux du professeur H. Dauderis et de P. et R. Wonnacott), ainsi que le « Dictionnaire des termes économiques » (Ch. Pass et al., traduction de 1994 de la collection « Collins »), qui ont contribué à développer la culture générale de la pensée économique et le niveau d’analyse de nos fonctionnaires et entrepreneurs. Le « Dictionnaire-répertoire des termes des affaires, des banques et de la bourse » (« Žodynas », V., 1994), que j’ai préparé avec le professeur B. Svecevičius, accorde lui aussi une attention considérable à l’uniformisation et à la normalisation des termes employés. La traduction du « Dictionnaire du monde des affaires d’Oxford », ouvrage original dont la préparation avait commencé, aurait été particulièrement importante; sa publication a été interrompue par manque de fonds et en raison de la position indéfinissable de l’éditeur lituanien. Cependant, avec le développement particulièrement rapide de la culture de la société de l’information et de l’utilisation des bases de données informatiques internationales, nous devons nous hâter de normaliser l’usage des nouveaux termes, notamment dans les domaines de la gestion, de la finance et des banques, d’autant plus que notre nombreuse population étudiante participe de plus en plus activement à ce processus. L’un des moyens d’influence consiste à proposer des synthèses professionnelles des sources d’information les plus récentes et d’autres nouveautés, préparées à l’aide de moyens appropriés et sous les formes les plus rapides. Je citerais notamment le livre électronique sur l’expérience bancaire internationale, préparé grâce aux efforts conjoints des étudiants de master en finance et en informatique de VDU et de KHF. Il synthétise les publications de 1996–97 parues dans le « Financial Times » et « The Economist », les rapports des banques centrales et des fonds d’investissement et des bourses d’Europe et des États-Unis, les conférences internationales, ainsi que les bases de données de l’« Internet » et du World Wide Web. Il est évident qu’une fois édité, un tel ouvrage refléterait une bien plus grande part des connaissances les plus récentes et des outils analytiques des experts financiers du monde entier ainsi que des manuels difficiles à se procurer, sur une grande variété de sujets; il serait en outre accessible à nos spécialistes dans des conditions incomparablement plus faciles que celles que peuvent leur offrir les cours réputés les plus récents des centres de formation bancaire prestigieux d’Angleterre ou d’Autriche. Il ne faudrait que peu de temps pour en faire une copie. Leçons sur la formation de la terminologie Quels problèmes rencontre-t-on lorsque la supervision terminologique est effectuée sans les efforts de spécialistes consciencieux et attentifs, comme l’a très clairement montré la parution de la traduction lituanienne du « Collins » déjà mentionné, un « Dictionnaire des termes économiques » particulièrement nécessaire et soigneusement préparé (Christofer Pass, Bryan Lowes, Leslie Davies; « Baltijos biznis », dir. A. Pupkis, conseiller en rédaction des termes économiques S. Vaitkevičius, ci-après ETŽ). 38 Il serait regrettable que des groupes de terminologues, travaillant séparément dans des domaines spécialisés, créent des problèmes supplémentaires au lieu de contribuer à normaliser l’usage, d’autant que leur aide est très nécessaire dans les branches terminologiques qui se développent rapidement. Examinons à présent, à partir de l’expérience de ce dictionnaire (ETŽ), si ses rédacteurs-traducteurs ont respecté les principes indispensables de la terminologie et pourquoi, dans l’ensemble, ils ont échoué dans de nombreux cas. Il faut d’abord saluer vivement les efforts de l’équipe de l’ETŽ pour préserver la terminologie économique lituanienne des mots étrangers établis et de ceux qui se répandent nouvellement. Cependant, cela a suscité une opposition assez vive de la part des spécialistes, et ce n’est pas un hasard, dans les cas où les rédacteurs-traducteurs de l’ETŽ ont ignoré la sémantique des termes, alors que la logique du bon sens et l’expérience accumulée imposaient une autre conception, plus acceptable que le néologisme proposé par l’ETŽ et correspondant mieux au contenu du terme (voir « Lietuvos rytas », 12 octobre 1994, no 211, etc.). Je ne mentionnerai ici que quelques autres exemples de ce type. 1. Choix trompeur d’un équivalent. Par exemple, double-entry est traduit par double comptabilité. Le principe universel de l’inscription en partie double des opérations se trouve ainsi transformé en une méthode de dissimulation des revenus aux collecteurs d’impôts répandue dans les activités criminelles! L’inadéquation manifeste entre le contenu de la traduction et le terme original apparaît lorsqu’on assimile diseconomies of scale à un effet économique négatif. Les pertes dues à une échelle d’activité irrationnelle sont ainsi confondues avec une appréciation universelle de la nature de l’activité. Factor ne signifie pas ressources, comme le traduisent les autorités de l’ETŽ, mais facteur, même si, dans certains contextes, les deux peuvent coïncider. Sur le plan sémantique, la différence tient ici au fait que le terme retenu par l’ETŽ désigne une « possibilité d’obtenir », tandis que la littérature économique nous apprend que le terme original sert à analyser les « composantes actives de la production et leurs interactions ». De même, la traduction de articles of association est contestable. 39 Sa traduction par règlement intérieur: après tout, association désigne une association, c’est-à-dire une forme institutionnelle d’activité, qui disparaît complètement dans la traduction! La traduction de maximization par illimité (par exemple, asset-growth m.) est également étonnante: l’augmentation jusqu’au niveau m a x i m a l est manifestement limitée par le critère même exprimé dans le terme. L’assimilation du terme asset value per share à la valeur des actifs vendus de force est tout à fait inadmissible. Comme le montre la définition donnée dans l’entrée même du terme, il s’agit de la « valeur des actifs rapportée à une action ». Je pense qu’il faut absolument distinguer les significations p r o p r e s des termes composés. Par exemple, la confusion que l’on trouve dans l’ETŽ entre authorized/registered capital – capital autorisé/enregistré et nominal – nominal capital peut induire en erreur. En cas de conflits juridiques, cette inexactitude, comme beaucoup d’autres proposées, peut entraîner des pertes réellement considérables! Les exemples de ce type sont nombreux. Une négligence similaire conduit à « laisser tomber » des éléments de termes composés ou à en modifier les nuances, par exemple: capital-output ratio n’est pas l’intensité capitalistique, mais le rapport, ou coefficient, qui la caractérise. De même, equilibrium market price désigne plutôt non pas l’équilibre du prix de marché, mais le prix du marché en équilibre; equilibrium market quantity n’est pas identique à l’équilibre du marché; c’est la quantité (offerte et demandée) qui assure cet équilibre. Il existe encore bien d’autres cas de ce genre. Tous les produits ne sont pas des biens; on ne peut donc assimiler les collective products aux biens collectifs. Le terme cash flow signifie flux de trésorerie, mais pas nécessairement sa circulation (par exemple, uniquement vers la caisse ou depuis celle-ci). Le terme nondurables n’est nullement identique à biens de consommation à courte durée d’usage (il s’agit aussi de biens et de fournitures de consommation de durée moyenne, obtenus sous une forme non marchande, comme les articles de mercerie ou de papeterie, etc.). L’expression clearing house system doit être traduite non par compensation bancaire, mais par système de chambres de compensation (ces dernières effectuent les opérations de compensation). De même, on ne peut accepter la traduction de current-weighted index par indice de valeur courante, puisque le texte lui-même explique qu’il s’agit de déterminer des pondérations comparatives ou des indices pondérés. Le terme corporate sector – secteur des sociétés n’est pas identique à l’activité privée, comme le montre également la description du sens 2 de l’ETŽ, p. 206 (qui y inclut en outre les ménages 40 et les activités financières), mais les rédacteurs ferment les yeux sur ce point. Le terme learning curve ne devrait pas être réduit à la courbe d’acquisition des qualifications: tout pédagogue confirmera que l’« apprentissage » est une notion bien plus vaste et ne saurait se réduire à l’« acquisition des qualifications ». Même les compétences acquises dans le cadre du travail ou d’autres activités ne se résument pas à l’acquisition des qualifications. Le sens du terme change sensiblement lorsque la notion d’« indifférence » (ou d’utilités égales) est remplacée, dans l’ETŽ, par celle d’« absence de préférence »: la possibilité de choisir activement lorsque les chances sont égales ne signifie nullement l’absence de préférence. Le choix insuffisamment attentif d’un équivalent pour un mot d’un terme composé peut également en modifier illicitement le contenu. Par exemple, l’ETŽ propose pour hidden price reduction l’équivalent réduction secrète des prix. Or, il s’agit essentiellement d’une réduction dissimulée qui, comme nous le savons par expérience, se fait généralement de façon tout à fait n o n s e c r è - t e, bien qu’elle soit masquée par le renouvellement de l’assortiment, un autre emballage et d’autres procédés similaires. Pour des raisons analogues, on ne saurait retenir comme équivalent de horizontal integration intégration linéaire, car le terme économique utilisé pour décrire le processus en question est l’intégration d’activités horizontales, ou homogènes. Le contenu du terme est modifié lorsque l’ETŽ propose licenced deposit taker comme équivalent de établissement de services bancaires. Premièrement, dans de nombreux pays, les dépôts sont recueillis depuis des siècles par des organismes autres que les banques. Deuxièmement, les services bancaires comprennent les opérations de dépôt parmi plusieurs dizaines d’autres services. Troisièmement, on perd l’accent mis dans le terme original sur une institution de dépôt l i c e n c i é e ou e n r e g i s t r é e. Prix de soutien n’est pas un équivalent exact de limiting pricing, car l’accent du terme original — limiting — doit être rendu par restrictif, tandis que l’équivalent de pricing désigne non pas le résultat d’un processus, mais le processus lui-même: la fixation des prix. L’ETŽ n’est pas cohérent dans l’emploi du terme limiting, puisque limiting factor est bien traduit par facteur restrictif. Autre exemple: minority interest ne signifie pas part de la minorité, mais ses intérêts dans la gestion de l’entreprise. Il arrive que l’incompétence fasse craindre qu’un terme soit remplacé sans aucune justification par un autre. Par exemple, le terme public goods (l’éducation, etc.) est assimilé à la propriété de l’État ou au vi- 41 produit social, mais les biens publics ne sont ni l’un ni l’autre, contrairement à ce que prétend l’ETŽ. Le terme welfare state ne désigne pas, comme dans un roman, un pays prospère, mais constitue un terme analogue à celui de économie du bien-être déjà employé par l’ETŽ; en outre, c’est bien l’État qui est visé ici, puisqu’il est question de politique de régulation étatique. Une méprise identique consiste à vouloir imposer shadow price comme équivalent de prix secret. Il s’agit d’un prix qu’on ne peut déterminer directement ou qui est établi selon les critères de l’économie souterraine. L’inexactitude et l’incohérence se manifestent aussi lorsque cost est rendu par coûts, c’est-à-dire dépenses, mais que isocost line est déjà traduit par droite d’isovaleur. Il ne faut pas ignorer, même au niveau de la vulgarisation, les distinctions qui conduisent à des assimilations erronées. Ainsi, les organisations de l’ONU distinguent depuis longtemps rigoureusement les pays en développement des pays sous-développés. Par conséquent, fusionner developing et underdeveloped country en ne conservant qu’un seul terme dans la traduction (le premier) est inadmissible. 2. I n c o h é r e n c e d a n s l a f o r m a t i o n d e l a t e r m i n o l o g i e. L’équivalent déjà mentionné de diseconomies of scale retenu par l’ETŽ est effet économique négatif; cependant, external diseconomies of scale est traduit par facteurs externes de déséconomie, et internal economies of scale par facteurs internes d’économie. Dans ce cas, comme dans le précédent, on perd le critère essentiel du terme, à savoir que l’original désigne les conséquences de l’échelle des activités; de plus, dans ce contexte, (dés)économie peut désigner des cas p a r t i e l s ou s e c o n d a i r e s, même si ce choix mérite par ailleurs d’être considéré comme une tentative intéressante. D’autre part, exprimer les économies d’échelle des activités ne nécessite nullement d’ajouter comme composant du terme le mot facteurs, absent du terme original. L’incohérence des critères de l’ETŽ apparaît également dans le cas où diseconomies est traduit par déséconomie, tandis que disequilibrium est rendu par absence d’équilibre (appelons cela le recours à un critère descriptif); de même, dans des situations analogues, on conserve les termes internationaux déindustrialisation, désinflation (pourquoi pas, au moins, désinflation?) Le terme substitution effect est traduit par le terme effet de substitution 42 effet; et marginal rate of substitution – taux marginal de substitution; mais déjà marginal rate of technical substitution – taux marginal de renouvellement technique (pourquoi pas « de substitution »?) . On peut également demander à juste titre aux rédacteurs de l’ETŽ, qui ont déployé des efforts considérables pour lituaniser la terminologie, pourquoi le terme international kompanija est si souvent conservé dans le texte traduit, alors que la notion de « société » est constamment employée et reconnue aussi bien dans les lois que dans d’autres ouvrages spécialisés. On ne comprend pas non plus pourquoi le terme « certificat » n’est pas remplacé par son équivalent pažymėjimas (certificat, attestation) (p. sur le développement industriel, etc.), qui pourrait aisément supplanter ce mot international superflu. 3. Emploi inadéquat de termes aux sens parallèles, notamment d’emprunts issus de la méthodologie d’une autre discipline appliquée à un domaine particulier. Par exemple, la traduction de rank correlation coefficient par coefficient d’association des catégories est tout à fait inacceptable: depuis longtemps, la statistique mathématique désigne cette relation d’ordre par le terme corrélation des rangs. L’équivalent association multiple est également erroné pour multiple correlation. L’équivalent tableau de contingence est lui aussi trompeur: des interactions (voir la description du terme — de quelles interactions s’agit-il?) tableau: dans le « Dictionnaire des termes mathématiques » (abrégé MTŽ, p. 544) et dans l’usage antérieur, ce terme est clairement défini comme tableau de dépendance des caractéristiques. Le sens approprié du terme distribution est répartition, mais lorsqu’on emploie le terme statistique conditional distribution, il faut utiliser la forme normalisée dans cette branche scientifique, loi conditionnelle; de même, il faut traduire normal distribution non pas par répartition normale (ETŽ, p. 159), mais par loi normale (voir MTŽ, p. 564), faute de quoi nous confondrions les notions. De même, la traduction littérale de exponential smoothing par égalisation n’est pas recommandée; la forme normalisée dans le MTŽ est lissage (p. 691). Il ne convient pas de chercher à traduire littéralement des expressions qui ont acquis un sens spécifique dans des domaines spécialisés. Parmi ces tentatives malheureuses, je citerais celle de l’ETŽ, qui cherche à imposer une traduction littérale de ordinal utility, à savoir utilité ordinale. On peut vraiment se demander si au moins un membre de l’équipe de l’ETŽ a vérifié comment ce terme est employé depuis longtemps dans les manuels d’économie. Les étudiants doivent déjà distinguer 43 l’utilité quantitative de l’utilité déterminée selon les préférences, le classement des priorités. La traduction proposée par l’ETŽ pour returns (diminishing average/ marginal r.) par profit est également inacceptable: toutes les recettes ne sont pas des bénéfices; il faut donc distinguer les notions avec davantage de précision. La distinction entre les notions d’« argent » et de « devises » est indûment négligée: l’ETŽ traduit forward exchange market par marché des opérations monétaires à terme. Or, dans la pratique des bourses qui utilisent le plus souvent ce terme, il s’agit généralement d’opérations de change. 4. Un manque de cohérence important dans le processus de traduction peut conduire le lecteur dans une impasse: cela est arrivé à plusieurs reprises aux rédacteurs de l’ETŽ, qui n’ont pas remarqué que leur terme introductif non traduit (terme vedette) derivatyvas – derivative (dans les opérations financières, il s’agit généralement d’un indice dérivé) renvoie au calcul différentiel — alors que, dans l’article consacré à ce dernier, le terme source a déjà été traduit, si bien que le renvoi n’est d’aucune utilité pour le lecteur. Nous rencontrons souvent des situations analogues: l’équivalent de envelope curve, courbe d’accumulation (?), accompagné d’un renvoi au terme coût moyen à long terme, n’apporte rien non plus. Cette dernière entrée ne mentionne même pas une telle courbe dans son explication (comparer les p. 110 et 269–270). Il existe aussi d’autres incohérences de diverses natures. Par exemple, convertability est traduit de manière tout à fait acceptable par convertibilité; mais, dans la même entrée consacrée à la monnaie, il est ensuite indiqué que celle-ci est convertible. Le lecteur pourrait alors croire qu’on cherche tout simplement à se moquer de lui et à le dérouter. 5. Dans des cas tels que celui du terme derivatyvas, nous sommes confrontés à la présentation du jargon employé par les spécialistes (emplois familiers); il me semble qu’il convient toujours de le signaler dans le texte traduit, en distinguant les termes normatifs recommandés de ces emplois. 6. Un terme doit être compréhensible. Que penseriez-vous en entendant un terme comme organisation de type M? Sans doute seuls les traducteurs eux-mêmes, qui savent que, dans l’original, M est l’abréviation du terme anglais multidivisional, en comprennent bien le sens (il est regrettable que l’on n’explique pas pourquoi, dans ce cas, un élément du terme lituanien composé est non seulement abrégé, mais aussi laissé sans traduction). Tout aussi à éviter est 44 le remplacement, dans une traduction, d’un mot étranger ou, à plus forte raison, international par un autre, en particulier lorsqu’on ne peut garantir lequel sera le mieux connu du lecteur. Par exemple, le mot eksc esas, dans ETŽ et MTŽ, remplace le terme kurtosis: il me semble que l’on perçoit ici la tentative des spécialistes de se couper artificiellement des non-spécialistes qui voudraient utiliser, pour analyser des observations statistiques, la méthode de détermination du maximum d’une distribution. En définitive, chacun sera surpris de constater que le classique de la physiocratie F. Kene (Quesnay), dont l’orthographe et la prononciation du nom sont connues en Lituanie depuis déjà deux siècles, est proposé sans aucune raison de prononcer Kvesne! 7. Application des critères descriptifs lors de la recherche de l’équivalent le plus acceptable, il ne faut pas perdre de vue qu’une précision ajoutée à un terme de portée plus générale risque d’en restreindre la sémantique d’emploi. C’est ce qui s’est produit dans ETŽ, par exemple, lors de la traduction des termes composés barriers to/condition of entry: dans la version lituanienne, le terme įėjimas (qui peut aussi signifier įrašas!) se voit soudain adjoindre les mots į rinką, absents de l’original. Il ne fait aucun doute qu’une entrée peut aussi se faire dans une communauté, dans une composition, etc. Dans tous les cas où l’on applique des critères descriptifs, il faudrait chercher à choisir l’équivalent le plus proche possible. Ainsi, à mon avis, le terme delivered pricing est mieux rendu par kaina su pristatymu que par le terme utilisé dans ETŽ, pardavimo ir pristatymo kaina. Direct labour. La traduction du terme tiesioginė darbo jėga par l’expression « force de travail directe », comme le montre le texte, en restreint l’emploi: le premier cas d’utilisation sert à désigner les tiesioginėms darbo sąnaudoms, c’est-à-dire les coûts directs de main-d’œuvre. La traduction de investors in industry par le terme kontroliuojančioji įstaiga est très éloignée du sens originel: elle décrit la nature de l’influence, mais pas l’institution ni son domaine d’activité. Le terme investuotojai pramonėje, « investisseurs dans l’industrie », désigne uniquement cette branche définie de l’activité économique. L’équivalent choisi dans ETŽ, nelegalusis sandoris, déforme le sens originel du terme insider trading. Il s’agit d’une transaction interne portant sur des valeurs mobilières, qui n’est pas nécessairement illégale, même si elle est effectuée en tirant parti d’informations non officielles détenues par des courtiers ou des intérêts d’un investisseur potentiel. 45 ETŽ propose de traduire le terme loss-leading par l’expression nuostolingas prekių pardavimas, « vente de marchandises à perte ». Cependant, la position de tête obtenue grâce aux pertes ne se manifeste pas uniquement dans la vente de marchandises; de plus, le terme original met l’accent non sur la vente, qui n’est qu’un moyen parmi d’autres d’être leader, mais sur le fait même d’occuper la première place. 8. Attribution de caractéristiques terminologiques inexistantes: international commodity agreement est traduit par l’ETŽ par le terme accord international sur les biens de consommation (on pourrait même organiser une loterie dotée d’un prix de valeur entre économistes, à gagner par celui qui trouvera où est rangé ce terme de contrat de marchandises): le texte présenté ci-après montre que ce terme s’emploie tout autant, par exemple, sur les marchés des matières premières ou sur d’autres marchés (autres que ceux des biens de consommation). 9. Continuité des traditions terminologiques spécialisées: si les spécialistes du lituanien déconseillent d’employer le verbe universel enfiler lorsqu’il est question de chaussures (ils proposent chausser), de pantalons (ils proposent mettre), pourquoi luxury product devrait-il se traduire par produit de luxe et non par bien, comme c’est l’usage dans la pratique économique? De même, la traduction employée par l’ETŽ pour permanent income, revenus permanents, suscite une réaction hostile: de quels revenus s’agirait-il — ceux perçus chaque jour ou chaque mois? L’usage consacré est de parler de revenus réguliers, afin de les distinguer des autres, qui sont réellement temporaires et perçus de manière irrégulière. On ne souhaite pas non plus remplacer les investissements de portefeuille par un portefeuille de titres. 10. La décision de principe consistant à employer simultanément de nouveaux termes dans la traduction de l’ETŽ et à conserver la présentation alphabétique des termes propre à l’original, sans les classer selon leurs principaux champs sémantiques, s’est soldée par un échec complet lorsqu’il s’agissait de trouver facilement ce que l’on cherchait. Certains syntagmes terminologiques sont introuvables après la nouvelle rédaction proposée par l’ETŽ, laquelle n’est pour l’instant connue que du groupe chargé de la traduction; ainsi, bilateral trade ne se cherche ni sous commerce ni même sous commerce bilatéral, mais sous commerce réciproque. Ou bien il faudrait commencer par chercher l’équivalent anglais (à condition que le lecteur le connaisse), à l’aide de l’index placé à la fin de l’ETŽ. Un terme commence rarement par un adjectif; pourtant, les rédacteurs de sa traduction lituanienne, qui ont probablement suivi l’original de façon excessivement littérale, sont sans doute tombés dans le piège qui a suscité l’indignation des spécialistes. Qui pourrait avoir l’idée de chercher l’équivalent du terme derived demand ailleurs que sous le terme 46 demande dérivée, comme les spécialistes ont l’habitude de l’employer et comme cela correspond parfaitement au contenu du terme, plutôt que sous un terme de sens différent, bien que proche, demande secondaire? Pourquoi faudrait-il chercher le terme dividende versé en actions sous le mot actions? Le terme titres garantis par de l’or devrait-il se trouver sous le terme or? Lorsque des termes d’usage non établi sont proposés ou présentés — et ils représentent peut-être un quart de l’ouvrage —, même un spécialiste ne peut trouver le terme recherché qu’après avoir lu attentivement plusieurs fois l’intégralité du texte, du début à la fin. D’une part, malgré les progrès accomplis ces derniers temps dans le domaine de la terminologie économique lituanienne, il reste particulièrement nécessaire de disposer d’une description encyclopédique, systématique et moderne des domaines spécialisés de la macroéconomie et de la microéconomie — finances, commerce, travail, gestion et autres —, envisagée moins d’un point de vue académique que pragmatique. Il est également indispensable de mettre en cohérence les sens des termes interprétés différemment dans divers domaines de l’analyse économique; de présenter correctement les outils analytiques contemporains et de les actualiser en permanence (cas et modalités d’utilisation); et de décrire les indices, les mesures et les sources d’information des statistiques économiques étrangères. Les traductions, à elles seules, ne résoudront pas ces problèmes essentiels. D’autre part, aucun spécialiste travaillant dans le domaine de la terminologie n’est à l’abri des imprécisions dues à un manque de connaissances ou à l’échec dans le choix des équivalents; cela ne doit toutefois pas se muer en arrogance ni, pire encore, en système. La rédaction ou la traduction d’un dictionnaire diffère fondamentalement, tant par ses objectifs que par ses méthodes et ses critères de tolérance, de la rédaction de romans comme de celle d’ouvrages spécialisés. 47