Iš etnonimų istorijos
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De l’histoire des ethnonymes
VINCENTAS DROTVINAS
Vilniaus pedagoginis universitetas
Un ethnonyme (gr. ethnos – peuple, tribu et onyma – nom), également appelé nom de peuple, est la désignation d’un peuple, d’une nationalité, d’une tribu, d’un groupe ethnique, etc. Les ethnonymes (l’ethnonymie), leur structure, leur origine, leurs types, leur répartition et leur fonctionnement sont étudiés par une branche de l’onomastique, l’ethnonymie. On distingue les ethnonymes selon que les membres d’un peuple se désignent eux-mêmes (autonymes, ou noms propres) ou que leurs voisins désignent ce peuple (allonymes). Le rapport entre l’ethnonyme et le nom du pays est double. Dans certains cas, l’ethnonyme est premier et semble dicter le nom du pays, par exemple: Grecs – Grèce; dans d’autres, le nom du pays sert de base à l’ethnonyme, par exemple: Rome – Romains, Égypte – Égyptiens.
Dans l’Antiquité, les Lituaniens ne connaissaient que les noms des tribus et des peuples de leurs voisins les plus proches, avec lesquels ils entretenaient des relations économiques et culturelles et contre lesquels ils faisaient souvent la guerre. Les ethnonymes se sont multipliés au fil du temps, à mesure que les liens du peuple et de l’État lituaniens avec les pays européens s’étendaient, en particulier après la christianisation de la Lituanie, l’apparition d’écrits en lituanien, etc. Les anciens dictionnaires contiennent eux aussi de nombreux noms de communautés ethniques proches et lointaines. Les ethnonymes font donc partie de l’inventaire (du répertoire) des dictionnaires lituaniens et reflètent le lexique d’une période donnée. Dans les dictionnaires, les ethnonymes figurent le plus souvent à côté des noms de pays, auxquels s’ajoute souvent un adjectif dérivé de l’ethnonyme.
Cet article passe en revue les ethnonymes les plus caractéristiques des anciens monuments écrits*, de Martynas Mažvydas à Kristijonas Donelaitis, en particulier ceux qui figurent dans les dictionnaires lituaniens manuscrits et imprimés des XVIIe et XVIIIe siècles, ainsi que leur origine, leur adaptation au lituanien et leur maintien dans la langue standard.
Arménien
On ne le trouve que dans le dictionnaire de K. Sirvydas: Orminian / Armenius, armenus, Armenas SD3.
* Les ethnonymes bibliques relevés dans les anciens monuments écrits ne sont pas traités ici, par exemple: ugareņai, ebiōnitai, efėzai, galatai, galilėjiečiai (et galilėjūnys), jeruzalimonys, korinčionys, samaritōnai, etc.
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Tchèque
L’ethnonyme ne se trouve que dans le dictionnaire de K. Sirvydas: Czech / Bohemus. čiekas SD1, SD3.
Tsigane
Originaires d’Inde, les Tsiganes apparurent en Europe aux XIIIe–XIVe siècles, en Europe orientale, d’abord en Slovaquie et en Hongrie (cf. le hongrois du XIVe siècle cigány), puis commencèrent à apparaître en Pologne et en Lituanie. Selon A. Salys, les Tsiganes auraient pu apparaître dans le sud-est de la Lituanie vers le milieu du XVe siècle, puis atteindre l’ouest du pays un siècle plus tard (Salys 1985: 499). La forme cigonas se trouve dans le dictionnaire de K. Sirvydas: Cygan. Cyngarus, Cygonas SD3. Dans les dictionnaires de Lituanie Mineure, à côté de cigonas, on trouve également la forme actuelle čigonas: Cigeuner. Cigonas, o. M. C IV; Cigeunerin. Ciganka, os. F. C IV; Cigeuner. Czigonas. Cigeunerin, Cziganka Kr. Le nom du peuple dérive du grec moderne Atsinganoi (Salys 1985: 497). Un autre nom des Tsiganes — les Égyptiens — est représenté par l’anglais Gypsies, l’espagnol et le portugais gitanos, etc. (Salys 1985: 497). En France, les Tsiganes sont appelés Bohémien. Lors du premier Congrès mondial des Tsiganes, en 2001, leur appellation roms (rōm « personne, homme ») a été officialisée. Ce peuple, peut-être le plus nomade du monde, possède sans doute aussi le plus grand nombre d’alloethnonymes.
Égyptien « Égyptien »
Dérivé du nom géographique Egiptas. Cette forme se trouve dans les dictionnaires de Lituanie Mineure du XVIIe siècle: Apkasse Egyptena į Smilty C I, ainsi que dans C II, etc. On trouve aussi d’autres variantes: egipcionas DP; Aegypt er Egipcion‘s Egyptionas B.
Danois « Danois »
Se trouve dans la Postille de M. Daukša (< polonais Dunczik « Danois »).
Grec
L’autonyme des Grecs anciens est Hellènes (Hellēnes), leur pays est l’Hellade (Hellas). Le nom plus tardif Grec (graikos) s’est répandu par l’intermédiaire du latin graecus. La forme la plus ancienne en lituanien est grakas: Greczyn / Graecus, Grakas SD3 (cf. Grecki. Graecus, Graecanicus. Grakißkas; Grecya / Graecia (sans équivalent lituanien)). La forme grykas, déterminée par la phonétique allemande, se trouve dans les dictionnaires de Lituanie mineure, par exemple: Grieche, Grykas, o. M. C II (cf. Griechen=Land. Grykißka Zeme).
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Vieux-Prussien
Le terme vieux-prussien est attesté dans la Postille de M. Daukša. Dans les dictionnaires de Lituanie mineure, on trouve: Reuß gudas, o. M. C III; Reußen. Guddas. Guddu Zeme C III; Guddas, do – eine Gudde, Gothe R, MŽ. Dans le dictionnaire de J. Brodovskis, on trouve aussi l’équivalent maskolius: Reuß Moſcovita Guddas, Maſkolus. La signification de l’ethnonyme vieux-prussien a considérablement varié au cours de l’histoire. Dans le dictionnaire de G. H. F. Nesselmann, Guddas, o. M., est traduit par le polonais: ein Pole. Dans le dictionnaire de K. G. Milkus, on trouve aussi des dérivés: Gudduk‘s, ko, m., expliqués plus précisément comme ein junger Gudde, schlechter polnischer Kerl M, ainsi que Paguddoju, oju, osu, oti ich rede nach einem polnischen Akzent, spreche schlecht littauisch.
Israélite, Israélien
Dérivé du nom propre Israel: Israel, Israels, o. M. C II, Israel (Gottes Fürst, nom viri. Izrael). Dans la Postille de B. M. Daukša, on trouve la forme ethnonymique izraelionis, ainsi que Israeliter, Israelitas, Israelitenas B, Izraelitas, ta, Izraelitenas, ene R, MŽ.
Courlandais
On le trouve dans les dictionnaires du XVIIe siècle, ce qui montre que les Couroniens étaient encore bien connus des autres peuples baltes. La forme varie assez largement: Chure Kurßys Lex, Cure Kurßis, io. M. C, Cure Kurszys Kr, cf. Churland Kurlendrija, Churländer Kurlendikas (?) Richt. Dans le dictionnaire de K. G. Milkus, Kurßis, ßio, m. ein Kur est expliqué comme désignant un habitant du district de Klaipėda ein Einwohner im Memelschen Hauptamt (on ajoute également le verbe pakuršiuoti, cf. pakurßoju, ójau, awau, óśu, oti – parler lituanien avec l’accent de Klaipėda ich rede nach dem Memelschen Akzent Littauisch).
Letton
On le trouve dans les dictionnaires de Lituanie mineure des XVIIe–XVIIIe siècles: Liefland Latvija, Lieflander latwys Lex, Lieffländer Latwys Kr, Liefland Latwya, os. F., Lieflander, Latwys, jo. M. C II. Terra Letthorum est mentionné dans des documents historiques des XIe–XIIIe siècles; le nom du pays Latvija n’apparaît que dans des écrits du XIXe siècle, tandis que le mot latvis est mentionné pour la première fois en 1648 (Sabaliauskas 1990: 352). D’après les données des anciens dictionnaires, on peut faire remonter d’environ 200 ans l’attestation du nom du pays Latvija.
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Polonais
L’ethnonyme lenkas est l’un des plus anciens emprunts à l’ancien russe, langue qui possédait jusqu’au milieu du Xe siècle des voyelles nasales, devenues par la suite la diphtongue en. Il est attesté dans les dictionnaires de Lituanie majeure comme de Lituanie mineure: Pohle lenkas Lex; Pole Lenkas Richt; Polak / Polonus Sarmata. łynkas SD1. Si nous avions emprunté ce mot après le Xe siècle, il aurait eu une forme différente, cf. l’autonyme polonais polak, russe поляк (Būga 1961: 756; Sabaliauskas 1990: 228). La racine de cet ethnonyme est conservée dans le nom du pays, Polska.
Lituanien de Lituanie mineure, Lituanien
Les plus anciennes tribus de nos ancêtres, qui vivaient sur la rive orientale de la Baltique, étaient désignées sous le nom d’Aesti. En témoigne l’appellation Aestiorum gentes dans l’ouvrage Germania de l’historien romain Tacite (vers 98 apr. J.-C.). L’appellation actuelle Baltes est relativement récente: elle fut employée pour la première fois en 1845 par le balte allemand G. H. F. Nesselmann dans son ouvrage « La langue des anciens Prussiens » (Die Sprache der alten Preussen, Berlin). Le nom de la Lituanie en latin, Lithuania, est mentionné pour la première fois en 1009 dans les Annales de Quedlinbourg, mais l’ethnonyme devait être connu bien plus tôt. En raison de l’apparition relativement tardive de l’écriture en langue lituanienne, les appellations des Lituaniens (connues en latin et en vieux russe) ne furent longtemps pas consignées en lituanien. Lietuvininkas — ancienne appellation du Lituanien, elle se trouve non seulement dans les dictionnaires de Lituanie mineure des XVIIe–XVIIIe siècles: Littauer lietuwinink‘s Lex; Littauer Lietuwininkas, o. M. ka. os. F. et [Lietuwin]ke, es C II; Littauer Lietuwininkas Kr et autres, mais aussi dans les dictionnaires de K. Sirvydas: Litwin / Lithuanus, Lietuwinkas SD1, Litwin. Lituanus. Lietuwinkas SD3 (et Litua / Lithuania, lietuwa; litewſki / Lithuanicus: lietuwiszkas SD1, Lituá / Lithuania. Lietuwa; Litewſki / Lithuanicus. Lietuwiſzkas SD3). L’ethnonyme emprunté litvinas, cf. polonais Litwin, est aujourd’hui conservé dans des noms de famille. Simonas Daukantas fut probablement le premier à employer l’ethnonyme actuel lietuvis (Daukantas 1993: 340). Le sens de l’ancien ethnonyme lietuvininkas est aujourd’hui spécialisé: il désigne les Lituaniens de Lituanie mineure.
Moscovite
Dans les dictionnaires de Lituanie mineure, on trouve les formes suivantes: Muſkowiter, Maskolus (cf. aussi Muſcou, Makswa) Kr, Mascowiter, Mazkolus (cf. aussi Mascau, Makswa) Richt. Dans le dictionnaire de K. Sirvydas, on trouve des appellations davantage lituanisées: maskvytis: Moſkwa / Moſcouia. Maſkwiciey / Maſkwiciu žieme, Moſkwicin / Moſchus. Maſkwitis SD3. La variante la plus récente de l’ethnonyme est maskvėnas, cf.
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Mykolas Lietuvis, « À propos des coutumes des Lituaniens, des Tatars et des Moscovites » (Vilnius, 1988).
pinas « Finlandais »
On le trouve dans les dictionnaires de Lituanie mineure du XVIIe siècle, par exemple: Finnen, Pinna, u. M. pl. Finnland Pinnu Zeme C II. Comparer aussi l’allemand Finne, l’anglais Finn, le français Finnos, le polonais Fin, le russe фин. Suomiu. L’autonyme est Suomi. Le nom du peuple suo-mis (les formes de K. Būga somai, dialectal sominis (« vent »); somis, soma) et le nom du pays Suo-mija ne commencent à être employés qu’à la fin du XIXe siècle (comparer aussi le letton soms, somiete).
Français
Il dérive de l’autonyme français François, qui, par l’intermédiaire du moyen haut-allemand Franzois, Franseis, a pris sa forme actuelle Frantzose, puis est entré en lituanien par le polonais franzuz et le russe француз. Il est attesté dans les dictionnaires de Lituanie mineure des XVIIe et XVIIIe siècles: Frantz̧os Prancusas C II, Frantzose Prancuzas Kr.
Prussien
L’ethnonyme des Prussiens (Bruzi) est mentionné pour la première fois au IXe siècle dans les écrits du Géographe bavarois (LKE 1999: 514). Ce nom des Baltes occidentaux est commun tant aux ouvrages de K. Sirvydas qu’aux dictionnaires de Lituanie mineure: prufak / Boruffus. Prutenus, prufas SD¹; Preuβ prusas Lex; Preuβ Prusas, o. M. C III; et, plus tard également, prusokas, prusoke, pruselka N.
rymionis, rymionas « Romain »
C’est sans doute l’ethnonyme qui présente le plus de variantes dans les écrits anciens: chez M. Mažvydas, rymionys; dans le Postille de M. Daukša, Rimionis (polonais Rzymianin, Rimionka, Rzymianka); dans le dictionnaire de K. Sirvydas, Rzymianin / Romanus, Rimionis SD¹. On trouve également Römer Rymionis, nio. M. C III; rymionas figure dans les dictionnaires Lex et de Milkus. Dans le dictionnaire dit de Krause, Römer, Rimienas; comparer aussi rymianas (voir Palionis 2004: 395). Cela s’explique par les variations du mot de base: Rymas dans le Catéchisme de M. Daukša, Rimas (polonais Rzym) dans le Postille de M. Daukša, Rzym / Roma, Rimas SD¹, Rom, Rimija, Rimas Lex, ainsi que Rom, Rimija Kr., Rymas R et MŽ. Jusqu’aux dernières décennies, la forme de l’ethnonyme romėnas était répandue; aujourd’hui, surtout dans les textes de l’Église catholique, c’est romietis qui est le plus largement employé.
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šatas « Écossais »
On le trouve dans le dictionnaire de K. Sirvydas: Szot / Scotus, Szatas SD3, ainsi que dans les dictionnaires de Lituanie mineure: Schott Szatas Lex, Schott, Szatas, o. M. C III, Schotte Szatas Richt.
švedas « Suédois »
On le trouve dans la Postille de M. Daukša (Szwedai) et dans les dictionnaires de Lituanie mineure: Schwede Szwedas, tandis que Lex donne Schwed Szwedas, o Richt, M, C III, etc. S. Daukantas employait une forme de cet ethnonyme motivée à sa manière: žuvedus (žuvis + ėsti), qui ne s’est toutefois pas imposée.
šveicorius, šveisteris « Suisse »
Schweitzer Sweiczorus Kr., Schweitzar C III – sans équivalent lituanien. Chez K. Donelaitis, on trouve aussi šveisteris: J’ai souvent mangé avec les Français et les Suisses. Toi, pauvre imbécile français, avec un gros Suisse, Et qui plus est, vous vous êtes aventurés en Lituanie pour la tourmenter.
švобas « Souabe »
Szwab / Sueuus, βwobas SD3; comparer aussi βwobu žieme au même endroit. L’allemand Schwabe C III – sans équivalent lituanien.
totorius « Tatar »
Les premiers Tatars (de Crimée) s’établirent en Lituanie à l’époque de Vytautas le Grand. L’ethnonyme totorius est attesté dans la Postille de M. Daukša (Totorei) et dans des sources du XVIIe siècle: Tatarzyn / Tartarus, Scytba, Tatoris SD1; Horda Tatarłka. Tartarorū caetas, ciuitas. Republica. Sueyga / wisotine Totoriu SD3. Dans les dictionnaires de Lituanie mineure, on trouve Tartar Totorus Lex; Tartar, Totorus, aus, M. [Toto]rene, es, F. C IV; Tartar Totorus R, etc.
turkas « Turc »
On le trouve dans les écrits de M. Mažvydas, dans la Postille de M. Daukša, puis dans les dictionnaires du XVIIe siècle: Turczyn / turca. Turkas SD3; Turcke turkas Lex, comparer Turckey Turku zeme; Turcke. Turkas, o. M. C IV, etc.
ulendras « Hollandais »
On le trouve dans le dictionnaire de F. Pretorijus: Holländer. Ullendras, o. M. C II; comparer le polonais Holender « Hollandais ». La forme de la langue actuelle est оландас.
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Hongrois voir hongrois
Hongrois, Hongrois
L’ethnonyme est connu en lituanien sous deux formes: l’ancienne unguras et l’actuelle vengras. Unguras est un emprunt aussi ancien au vieux russe que lenkas: après le Xe siècle, la voyelle nasale ų s’est diphtonguée en un, cf. l’allemand Ungar « Hongrois », ainsi que le latin Hungaria, hungaristica « langue et culture hongroises ». L’ethnonyme provient du fleuve Iougra, dans le nord de l’Oural. L’autonyme est Magyar. La forme de la langue standard vengras illustre un emprunt secondaire, plus tardif; cf. le polonais Węgier « Hongrois », Węgrzy « Hongrie » (Būga 1961: 757). Dans le Postille de M. Daukša, on trouve la forme plus récente Węgrai. La forme actuelle vengras apparaît déjà dans des dictionnaires du XVIIe siècle: Ungar Wengras, dans M. C IV et dans le dictionnaire de K. Sirvydas Węgrzyn / Pannonius, Hungarus, Wingris SD3 et Węgierka ziemia / Panonia inferior, ungaria vel hungaria, Wingriu žieme SD3.
valakas, ulakas « Italien »
La forme valakas se trouve dans les dictionnaires de K. Sirvydas: Włoch / Italus, Walakas SD1, włoch / Italus, watakas SD3, cf. wlachas (Palionis 2004: 548). La forme Vłakas figure dans le Postille de M. Daukša (< polonais włoch « Italien », cf. Włochy « Italie »).
Allemand
C’est l’un des ethnonymes dont l’origine est la plus obscure, car il n’est pas lié à l’autonyme allemand Deutscher. Kazimieras Būga a expliqué l’origine de l’ethnonyme vokietis dans l’article 93, Vokia, miksai ir Kuršas (Būga 1959: 226–230). À partir du nom du pays Vokia (letton Vāca, vieux-courlandais *Vākijā « pays des Vikings »; voir aussi Mažiulis 1996: 144–145), nous avons l’ancien ethnonyme *vākis « Viking », transmis par le courlandais, que l’on trouve dans le Postille de Jonas Bretkūnas: Tassai szodis Jesus ne lietuwniku, ne Lenku, nei wokių szodis ira. C’est à partir du nom même Vokia que nous avons formé le nom vokiečio, mentionné pour la première fois dans un document de 1498 du Metrica lituanienne (voir aussi Vokia « Deutschland » Būga 1961: 550–552). Būga précise ici que l’accentuation vókietis est archaïque et se trouve dans le Postille de M. Daukša, ainsi que dans les écrits de P. Ruigys, K. G. Milkus et d’autres. On trouve l’ethnonyme vokietis dans le Postille de M. Daukša et dans le dictionnaire de K. Sirvydas: Niemiecka žiemia / albo rzę|ża niemiecka / Alemania, germania, teutonia. Wokia / wokiečių žiame SD1, Niemiec / Germanus, teutono, Alemanus. wokietis SD1, ainsi que Niemka / Germana, alemana, teutona, wokiete SD1; on les trouve également dans les dictionnaires de Lituanie mineure: Deutscher Woketis Lex;
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Deutscher Wokėtis, czio C I; Deutscher Woketis Kr. Deutschland tauta Wokė Lex, Deutschland Wókie, es. Tauta, os F. C I; cf. Deutschland Woke Tauta Kr, ainsi que dans les dictionnaires de Ruigys et Milkus.
Le nom de pays Vokietija, dérivé de l’ethnonyme vokietis, apparaît pour la première fois, semble-t-il, dans le dictionnaire de Frydrichas Kuršaitis en 1870.
zaksas « Saxon »
On le trouve dans le manuscrit du dictionnaire dit de Richter: Sachse. Zaksas. Dans le dictionnaire de F. Pretorius, Sachse et Sachsen C III sont dépourvus d’équivalents lituaniens.
Juif
L’ethnonyme žydas est issu du nom des anciens Judéens, c’est-à-dire des descendants de Juda (Yehouda); comparer également le nom du pays Judėja. Les Juifs vivant en Espagne (un demi-million) furent persécutés par l’édit de 1492 du grand inquisiteur Torquemada, et contraints de se convertir au christianisme ou de fuir le pays. Les Juifs expulsés se dispersèrent au Portugal, en Angleterre et en Allemagne, où ils vécurent sur les deux rives du Rhin, puis atteignirent l’Europe de l’Est. À côté de l’ethnonyme général hebrajai (branche des peuples sémitiques, Israélites), issu du grec hebraios « Juif », comparer l’italien ebrei et le russe евреи, les Juifs reçurent des appellations distinctes selon leur pays de résidence: ainsi, les Juifs du Portugal sont appelés marranos, ceux d’Espagne et du Portugal sefardai (sefardini), ceux d’Allemagne aškenaziai (d’après le nom hébreu de l’Allemagne, Aškenazi), tandis que les Juifs de Lituanie, de Pologne et de Biélorussie sont appelés litvakai, etc. De la forme latine Judaeus, par l’intermédiaire du moyen haut-allemand jude, est apparu le nom de la langue des Juifs ashkénazes judisch – (j)ididisch. Au XXe siècle, l’hébreu biblique fut adapté aux besoins contemporains par Eleazar Ben Yehuda, un Juif d’Odessa (1858–1922), qui publia l’ouvrage Thesaurus totius Hebraitatis (1908). L’ethnonyme figure dans les écrits de M. Mažvydas (Mažiulis 1996: 438) et dans des dictionnaires du XVIIe siècle: żyd / Judaeus, hebraeus, źidas3; Jude Zydas, Judin Zydelka Lex; Jude Zydas, o. M. Judin, Zydelka, os. F. C, etc. L’apparition de la consonne ž s’explique (Преображенский 1959: 211) par le fait que les langues slaves ont emprunté ce mot aux langues germaniques, qui l’avaient reçu des langues romanes parlées au nord des Alpes; comparer le latin Judaeus, le français juif, l’italien giudeo, le tchèque Žid, Židovka et le polonais Żid, Żidowka.
CONCLUSIONS
L’article porte sur le groupe d’ethnonymes relevant du champ sémantique « désignations des personnes selon leur nationalité », sélectionnés dans d’anciens textes lituaniens (XVIe–XVIIIe siècles). Il examine l’origine des ethnonymes, leur adaptation au lituanien et leur maintien dans la langue standard.
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Du point de vue du contenu, les ethnonymes étudiés désignent des peuples européens plus proches des Lituaniens.
Du point de vue de leur origine, les ethnonymes (à l’exception de l’autonyme des Lituaniens eux-mêmes) font partie du lexique emprunté de la langue lituanienne.
Les ethnonymes sont d’origines diverses: baltes (liet uvis, latvis, prūsas), empruntés à l’ancien russe (lenkas, vengras), à l’allemand (lituanien vokietis, letton vā cietis); les formes plus récentes sont arrivées par l’intermédiaire d’autres langues.
La majeure partie des ethnonymes anciens s’est maintenue dans le lituanien actuel.
Certains anciens ethnonymes empruntés sont devenus des archaïsmes et ont été remplacés par des formes plus récentes (unguras – vengras, pinas – suomis, šatas – škotas).
L’inventaire traditionnel des ethnonymes anciens s’enrichit constamment de nouveaux ethnonymes. Cela s’explique par les relations économiques et culturelles de la Lituanie avec les peuples d’Europe et du monde.
ŠALTINIAI
B – Lexicon Germanico-Lithvanicum et Lithvanico-Germanicum... von Iacobo Brodowski (~ 1740, rankraštis Lietuvos mokslų akademijos bibliotekoje).
C – Clavis Germanico-Lithvana (fotografinis leidimas). Rankraštinis XVII a. vokiečių-lietuvių kalbų žodynas, I–IV. Parengė Vincentas Drotvinas, Vilnius, 1995–1997.
Daukantas – Simonas Daukantas. Didysis lenkų–lietuvių kalbų žodynas. Lt. Parengė Giedrius Subačius, Vilnius, 1993; III t. Parengė Giedrius Subačius, Vilnius, 1996.
DK – Mikalojaus Daukšos 1595 metų Katekizmas. Parengė Vida Jakštienė ir Jonas Palionis. Vilnius, 1995.
DP – Indeks-słownik do „Daukšos Postilė“. T. II. Opracował Czesław Kudzinowski, Poznań, 1977.
Kr – [Andriejus Kraužė?] Vokiečių–lietuvių kalbų žodynas (XVIII a., rankraštis Lietuvių kalbos instituto bibliotekoje).
Lex – Lexicon Lithuanicum (fotografinis leidimas). Rankraštinis XVII a. vokiečių-lietuvių kalbų žodynas. Parengė Vincentas Drotvinas, Vilnius, 1987.
M – Littauisch-deutsches und Deutsch-littauisches Wörter-Buch... von Christian Gottlieb Mielcke... Königsberg, 1800.
MR – Dominykas Urbas. Martyno Mažvydo raštų žodynas, Vilnius, 1997.
N – Nesselmann G. H. F. Wörterbuch der Littauischen Sprache, Königsberg, 1851.
R – Littauisch-Deutsches und Deutsch-Littauisches Lexicon... von Philipp Ruhig... Königsberg, 1747.
Richt – [Johannas Richteris?] Vokiečių–lietuvių kalbų žodynas, Halle, 1728 (rankraštis Halles-Wittenbergo Martino Lutherio universiteto Frankės fundacijos bibliotekoje).
SD¹ – Senasis Konstantino Sirvydo žodynas (fotografinis leidimas). Parengė Kazys Pakalka, Vilnius, 1997.
SD³ – Pirmasis lietuvių kalbos žodynas: Konstantinas Sirvydas. Dictionarium trium linguarum (fotografinis leidimas). Parengė Kazys Pakalka, Vilnius, 1979.
LITERATŪRA
Būga K. 1959: Rinktiniai raštai 1, Vilnius.
Būga K. 1961: Rinktiniai raštai 3, Vilnius.
LKE: Lietuvių kalbos enciklopedija. Parengė Kazys Morkūnas, redagavo Vytautas Ambrazas, Vilnius, 1999.
Mažiulis V. 1996: Prūsų kalbos etimologinis žodynas 3, L–P. Vilnius.
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Palionis J. 2004: XVI–XVII a. lietuviškų raštų atrankinis žodynas, Vilnius.
Sabaliauskas A. 1990: Lietuvių kalbos leksika, Vilnius.
Salys A. 1985: Čigonai. – Raštai 3. Roma. 497–499.
Преображенский А. Т. 1959: Этимологический словарь русского языка. Том первый, А–О. Москва.
FROM THE HISTORY OF ETHNONYMS
This paper deals with a group of ethnonyms in the semantic field of the names of nationalities, taken from old Lithuanian writings (16–18th centuries). It discusses the origin of ethnonyms, their Lithuanisation and survival in the standard language.
In respect of content, the ethnonyms discussed are names of European nationalities.
According to origin, ethnonyms (except for the name of Lithuanians themselves) are part of the borrowed vocabulary of the Lithuanian language.
The origin of ethnonyms differs: they are Baltic (lietuvis (Lithuanian), latvis (Latvian), prūsas (Prussian)), borrowings from the Old Slavonic (lenkas (Pole)), German language (Lith. vokietis, Lat. vācietis) or newer ethnonyms which came through intermediary languages.
The majority of old ethnonyms have survived into modern Lithuanian.
Some old borrowed ethnonyms became archaisms and were substituted with newer names (unguras – vengras (Hungarian), pinas – suomis (Finn), šatas – škotas (Scott)).
The traditional inventory of old ethnonyms is constantly being complemented with new ethnonyms. This is a reflection of economic and cultural relations between Lithuania and other European and world nations.
Gauta 2006-07-10
Vincentas Drotvinas Vilniaus pedagoginis universitetas Lietuvių kalbotyros katedra T. Ševčenkos g. 31, LT–03111, Vilnius E. paštas [email protected]
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