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Comprehension and use of the literary terms “pastišs” (“pastiche”) and “parodija” (“parody”) in Latvian literary studies

Anita Helviga; Sigita Ignatjeva

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Compréhension et usage des termes littéraires pastiss (pastiche) et parodija (parodie) dans les études littéraires lettones ANITA HELVIGA Liepāja University Kurzeme Institute of Humanities SIGITA IGNATJEVA Liepāja University Kurzeme Institute of Humanities MOTS-CLÉS: pastiss, parodija, termes littéraires, terminologie lettone INTRODUCTION Les termes évoluent comme toute unité lexicale d’une langue. Dans les recherches sur la formation et le développement de la terminologie des études littéraires lettones, une attention particulière est accordée aux termes qui ont connu divers changements sémantiques et fonctionnels. Dans cet article, deux termes de ce type – pastiss et parodija – sont étudiés. Les termes pastiss et parodija ne sont pas nouveaux dans les études littéraires lettones, mais leurs explications sont ambiguës et plusieurs nuances sémantiques continuent d’évoluer. Cela s’explique par l’interprétation de ces notions dans des domaines connexes et des cultures différentes, ainsi que par leurs interactions et influences mutuelles. Selon un point de vue, le pastiss est aussi une parodija, ce qui revient à confondre les deux notions. Cette conception est réductrice et ne permet pas une compréhension sémantique et fonctionnelle complète des termes; elle ne permet donc pas un emploi adéquat et précis. L’article vise à mettre en lumière les principales caractéristiques de la compréhension et de l’emploi des termes pastiss et parodija au fil du développement des études littéraires lettones, en soulignant les spécificités de ces termes et en recensant leurs évolutions. Afin d’examiner plus largement l’emploi des termes, des exemples tirés de dictionnaires généraux, d’ouvrages relevant des études littéraires, de manuels et de périodiques sont présentés, en complément de ceux issus de dictionnaires terminologiques. 40 Anita Helviga | Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastiss (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies L’article se compose de deux parties principales. La première décrit l’apparition et la forme du terme pastišš, en donne l’explication et la définition, compare son interprétation sémantique dans les domaines connexes et les langues en contact, et met en évidence les caractéristiques de la transterminologisation. La seconde partie analyse les explications du mot/terme parodija dans diverses sources lexicographiques (y compris terminographiques) et révèle les aspects de sa déterminologisation. Des sources lexicographiques de deux langues en contact (l’anglais et le russe) sont utilisées à titre comparatif, car les changements sémantiques des mots, y compris des termes, sont influencés par un espace linguistique bien plus vaste que celui d’une seule langue. 1. LE TERME PASTIŠŠ Le terme pastišš est beaucoup plus fréquemment employé en musicologie lettone que dans les études littéraires lettones. Le mot semble avoir été introduit en letton comme terme musical. Le mot pastišš figure dans peu de dictionnaires lettons. Son sens est généralement expliqué comme « imitation d’un style, reproduction ». Il convient de noter que ce mot (et, par conséquent, le terme) n’est pas couramment connu: dans les médias lettons, les intellectuels posent souvent la question « Qu’est-ce qu’un pastiche? ». 1.1. L’adaptation de l’emprunt en letton Le mot letton pastišš, qui signifie « pastiche », est emprunté au français pastiche, lui-même emprunté à l’italien pasticcio, « mélangé, composé d’éléments divers ». Il n’y a pas d’accord sur la forme lettone correcte du mot: le terme a été employé sous différentes formes, au masculin (pastišš) comme au féminin (pastiša), sous une forme déclinable ou indéclinable (pasticio, pastićo, pastičio): “Pastičio ir savervējums no jau agrāk uzrakstītām arijām, kurām tagad piemēro citu tekstu.” (Sproģis 1921: 14); “[..] lieliskas ir Klieņa dzeju pastišas.” (Grīns 1956a: 5); “[..] kāpēc tāds pastišš būtu vajadzīgs.” (Sarma 1983: 24); “[..] cik šinī skatē ir nopietnu veikumu, cik šarlatānisku eksperimentu [..] un pasticio darbu?” (Dambergs 1986: 3); “Pastičo – stila imitācija, atdarinājums.” (Ausekle u. c. 1997: 421) Ainsi, toutes ces formes différentes de l’emprunt – pastišš, pastiša, pastićo, pasticio, pastičio – sont employées en letton pour désigner la même notion. Les formes indéclinables ont été utilisées principalement dans les sources publiées Terminoloģija | 2017 | 24 4 1 avant la Seconde Guerre mondiale et dans les publications des émigrés lettons. Bien que l’on trouve même dans le letton contemporain différentes formes grammaticales du terme, la forme dominante est masculine et déclinable pastiss, qui peut être considérée comme la forme normative. 1.2. Explication et définition de la notion désignée par le terme pastiss Il existe peu de sources en letton qui définissent le pastiss. Les principaux éléments de l’explication sont l’imitation d’un style, la stylisation et la reproduction. Le terme pastiss a été mentionné pour la première fois dans les périodiques lettons durant la première moitié du XXth siècle, et force est de constater qu’il n’était employé qu’en musique, au sens d’« imitation, variation, construction à partir d’éléments connus auparavant ». La même explication figure dans l’ouvrage lexicographique de référence Latviešu konversācijas vārdnīca. Par exemple: « [..] la rupture dans la conscience de Gluck s’est produite à Londres, où l’on lui avait autrefois demandé de composer un “p a s t i c c i o”. [..] Pour ce p a s t i c c i o, Gluck a précisément choisi les passages de ses opéras qui plaisaient le plus au public. » (Sproģis 1921:14); “1738. [gada] 25. febr. viņš [Hendelis] dod pirmuzvedumā operu “Alesandro Severo”, kas gan rakstīta kā “p a s t i č o”, tas ir, izmantojot ārijas un gabalus no viņa citām operām.” (Rollāns 1935: 39); « P a s t i c c i o (it. pasticcio « pâté »): 1) opéra dont la musique est constituée d’œuvres antérieures de différents compositeurs, adaptées à un nouveau livret; également, opéra issu d’un travail collectif; 2) compositions auxquelles plusieurs compositeurs ont participé, en particulier des variations. » (LKV 1937–1938, 31106) En théorie littéraire, le terme a été introduit très progressivement et apparemment à contrecœur. Durant la période soviétique, il est presque tombé en désuétude; il ne figure donc ni dans l’ouvrage lexicographique le plus important de cette période, Latviešu padomju enciklopēdija (LPE 1981–1988), ni dans les nombreux travaux de poétique de Vitolds Valeinis (p. ex. Valeinis 1961; Valeinis 1978; Valeinis 1982), ni dans les manuels (p. ex. Bībers et al. 1983; Grase 1988; Ausekle et al. 1990). Le mot ne figure pas dans le grand dictionnaire de la langue lettone, Latviešu literārās valodas vārdnīca (LLVV 1972–1996), ni dans les dictionnaires de mots étrangers publiés durant la période soviétique (p. ex. SV 1951; SV 1969; SV 1978). In the recent period of the development of terminology (after 1990, cf. Baltiņš 2006: 72), the explanation of the meaning (general and termino- 42 Anita Helviga | Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastiss (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies (logique) du pastišs dans la lexicographie lettone reste encore largement ignoré. Le terme n’est mentionné ni dans le dernier dictionnaire de la langue lettone (MLVV-e), ni dans les publications consacrées aux termes musicaux, culturels et littéraires, où il aurait dû figurer, par exemple dans la Mūzikas terminu vārdnīte (Torgāns 2010), la Mākslas un kultūras vārdnīca (Aldersons 2011), et la Vārdnīca modernisma un postmodernisma literatūras lasītājiem (Skalberga 2011). Dans les dictionnaires bilingues, on constate également que le mot pastišs est évité: le terme est entièrement ou partiellement remplacé par stilizācija, « stylisation », par exemple dans l’English-Latvian and Latvian-English Dictionary: dans la partie letton-anglais, le terme n’est pas mentionné; dans la partie anglais-letton, pastiche est traduit par pastičo (en musique) et stilizācija (en littérature) (ALLAV 2003: 314). Il convient de préciser que le sens terminologique du mot stilizācija est similaire, mais non identique. Selon Janīna Kursīte, stilizācija désigne l’adoption et l’intégration, dans un texte relevant d’un autre courant, d’une autre époque ou d’un autre auteur, des traits les plus caractéristiques d’un auteur, d’un mouvement littéraire ou d’une époque (Kursīte 2002: 389). Sans entrer dans les détails de la stylisation, on peut conclure que l’interprétation moderne rapproche étroitement la stylisation de l’explication de la notion désignée par les deux mots pastišs et parodija. La compréhension moderne du sens lexical et terminologique du mot pastišs repose sur diverses explications trouvées dans différentes sources. Quatre sources ont été utilisées à des fins de comparaison: la Lielā enciklopēdiskā vārdnīca (LEV 2003), qui appartient aux dictionnaires encyclopédiques de portée générale; un dictionnaire terminologique de la poésie, la Dzejas vārdnīca de J. Kursīte (Kursīte 2002); un manuel de littérature destiné à l’enseignement secondaire (Lukaševičs, Mickeviča, Sokolova 2007); et un dictionnaire de mots étrangers, l’Ilustrētā svešvārdu vārdnīca (ISV 2005), qui devrait expliquer le sens général de l’emprunt. « Pastičo – œuvre d’art dans laquelle le style d’un autre artiste ou d’une autre époque est délibérément imité. » (LEV 2003: 781); « Pastišs (fr. pastiche) ou pastičo – terme de la poétique poststructuraliste, issu de l’italien pasticcio, qui désigne une stylisation, un assemblage de fragments de différents opéras en un pot-pourri. Il est principalement employé dans deux sens: 1) forme de parodie ou d’autoparodie qui, selon les postmodernistes, permet de lutter contre le langage stagnant et les clichés linguistiques et poétiques; 2) manière d’écrire qui joue librement avec des éléments de styles, de courants et de tendances très divers, les combinant “comme ça vient”. » (Kursīte 2002: 299); Terminoloģija | 2017 | 24 43 « Pastiss – forme de parodie qui comprend à la fois une forme expérimentale et l’autoparodie. [..] La parodie traditionnelle ne peut plus exister dans le cadre du postmodernisme, car les autorités ont été abolies; le pastiche prend leur place et constitue, en fait, une parodie de la parodie. Ainsi, des éléments de différents styles artistiques et genres littéraires sont délibérément mêlés et combinés, et divers registres lexicaux ainsi que des positions sociales différentes sont mobilisés. » (Lukaševičs, Mickeviča, Sokolova 2007: 109); « Pastičo [it. pasticcio « pâté »] – tableau, imitation de l’œuvre d’un artiste remarquable. » (ISV 2005: 552) La première explication met l’accent sur le principe de l’imitation délibérée; la deuxième définit le pastiche comme une forme d’autoparodie liée à l’esthétique du postmodernisme. La troisième interprète la notion comme une parodie de la parodie, où les éléments linguistiques, stylistiques et génériques sont délibérément mêlés. La quatrième explication est plus restreinte, car elle associe le terme exclusivement à la peinture. 1.3. Les explications du terme dans les sources anglaises et russes Il ne fait aucun doute que l’évolution de la terminologie et de la lexicographie est influencée par les principales langues de contact; il est donc utile d’examiner les sources terminographiques anglaises et russes. Il est remarquable que, dans les sources lettones, l’explication du pastiche ne comporte généralement pas la dimension évaluative de ce phénomène stylistique, même si le contexte permet de comprendre que le terme est employé avec des connotations neutres ou négatives. En revanche, les sources anglaises soulignent que le pastiche peut être produit en adoptant une attitude particulière à l’égard du texte-source ou de l’hypotexte — attitude neutre, positive ou négative. À des fins de comparaison, deux sources anglaises proposant des explications détaillées du terme sont citées: « Pastiche [pas-teesh] Œuvre littéraire composée d’éléments empruntés à plusieurs autres écrivains ou à un auteur antérieur en particulier. Le terme peut être employé de manière péjorative pour signaler un manque d’originalité, ou plus neutre pour désigner des œuvres qui rendent délibérément et avec espièglerie un hommage imitatif à d’autres écrivains. Le pastiche se distingue de la parodie en ce qu’il fait de l’imitation une forme de flatterie plutôt que de moquerie, et du plagiat par l’absence d’intention trompeuse. [..] Le recours fréquent au pastiche a été cité comme une caractéristique du postmodernisme. » (Baldick 2008: 249); « Pastiche Qu’il s’applique à une partie d’une œuvre ou à l’œuvre entière, le terme implique que celle-ci est composée en grande partie de phrases, motifs, images, épisodes, etc., empruntés, plus ou moins inchangés, à l’œuvre ou aux œuvres d’autres auteurs. Le terme est souvent employé dans 4 4 Anita Helviga Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastīš (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies un terme légèrement péjoratif pour désigner une sorte d’emprunt maladroit qui donne à une œuvre immature ou dépourvue d’originalité l’allure d’une mosaïque de citations. Plus précisément, il en existe deux significations principales [..]. Une forme de pastiche cherche à recréer, sous une forme plus extrême et plus accessible, la manière des grands écrivains. Elle tend à éliminer les tensions et à produire un effet plus coloré et plus poli, en sélectionnant et en répétant des traits stylistiques favoris, qu’elle soude en un nouvel ensemble présentant une cohérence et un ordre superficiels. Contrairement au plagiat, ce type de pastiche ne vise pas à tromper: c’est une littérature ouvertement inspirée par la littérature [..]. Le second usage principal du pastiche n’est pas révérencieux et admiratif, mais irrespectueux et parfois démystificateur. Au lieu d’aplanir les ambiguïtés de sa ou de ses sources, il les met en évidence. Il ne peut être absolument distingué de la PARODIE, mais tandis que le parodiste n’a besoin de faire allusion à l’original que de manière intermittente, l’auteur de pastiche le recrée avec application, en concoctant souvent un mélange de styles empruntés [..]. Nombre des usages spécialisés du pastiche rappellent ce jeu littéraire: il peut donner à une œuvre une portée encyclopédique, en incluant tous les styles antérieurs (Ulysses de Joyce); il est utilisé par des écrivains qui souhaitent illustrer leur sentiment ironique que la langue leur parvient déjà empruntée et stylisée (Jordan I de George Herbert). Et de nombreux écrivains créent une atmosphère générale de pastiche lorsqu’ils refusent, pour diverses raisons, d’élaborer leur propre style [..]. Fredric Jameson soutient que la parodie a été remplacée par le pastiche dans le postmodernisme, où tous les styles culturels du passé sont ouverts à la cannibalisation et à l’appropriation: « Le pastiche est, comme la parodie, l’imitation d’un style particulier ou unique, idiosyncrasique, le port d’un masque linguistique, une parole dans une langue morte. Mais c’est une pratique neutre de cette imitation, sans aucune des arrière-pensées de la parodie, amputée de l’impulsion satirique et dépourvue de rire. » (Childs, Fowler 2006: 167–168) Ces explications soulignent les liens entre le pastiche et la parodie, l’esthétique du postmodernisme, l’imitation délibérée d’autres œuvres littéraires, ainsi que le jeu littéraire et linguistique. Dans le lexique de la langue générale (et non dans la terminologie du domaine), ou au sens large, la caractéristique principale du pastiche est l’imitation d’une œuvre, d’un auteur ou d’une époque particulière: « pastiche – œuvre artistique dans un style qui imite celui d’une autre œuvre, d’un autre artiste ou d’une autre époque. » (COED 2002: 1043); « pastiche – 1. tableau ou composition musicale constitué à partir de diverses sources ou les imitant. 2. œuvre littéraire ou autre œuvre d’art composée dans le style d’un écrivain, artiste, etc. célèbre. » (OID 2000: 598) Le lien entre le pastiche, la parodie et l’autoparodie, ainsi qu’avec le postmodernisme, est encore davantage accentué dans les définitions du pastiche figurant dans les sources russes: Terminologija | 2017 | 24 45 « Пастиш – c’est (de l’italien pasticco – opéra composé de morceaux d’autres opéras; pot-pourri) le remplacement de la parodie du modernisme classique dans le postmodernisme. Le pastiche se distingue de la parodie en ceci qu’il n’y a désormais plus rien à parodier, qu’il n’existe plus d’objet sérieux susceptible d’être tourné en dérision. Comme l’écrivait O. M. Freidenberg, seule peut être parodiée une chose « vivante et sacrée ». À l’époque du postmodernisme, rien n’est vivant, et encore moins sacré. » (TextoLogia-e); « Пастиш est un terme du postmodernisme, une forme réduite de la parodie. Aux premiers stades de la réflexion sur la pratique artistique du postmodernisme, ses théoriciens l’interprétaient soit comme une forme particulière de parodie, soit comme une autoparodie. » (ЛСТ-е); « Пастиччо (de l’italien pasticcio, littéralement « pâté », au sens figuré « mélange ») – ou de plusieurs auteurs; parfois, une telle combinaison a pour objectif de créer une œuvre nouvelle. Une composition littéraire contemporaine, montage de plusieurs œuvres d’un ou de plusieurs auteurs selon un critère thématique, est proche du P. Toutefois, le P. comporte également une dimension satirique et un élément de parodie; c’est pourquoi le P. est souvent associé à la parodie. » (СЛТ-е) Par conséquent, dans les sources lexicographiques anglaises et russes, le terme pastiche, au sens contemporain, est étroitement lié à l’esthétique du postmodernisme, mais cette conception ne s’est pas encore largement répandue en letton. Dans les études littéraires lettones, aucune recherche sur l’emploi du pastiche n’a encore été publiée, tandis qu’en lituanien, on dispose de l’étude de Laura Auksutytė Pastišas lietuvių literatūroje: žaidimas klasikų kaukėmis (Pastiche in Lithuanian Literature) (voir Auksutytė-e). Une étude approfondie, l’analyse d’un large éventail d’exemples et l’identification des traits caractéristiques permettraient de fournir des informations exhaustives pour décrire le contenu de la notion et proposer une définition adéquate des sens lexical et terminologique du mot pastišs. À ce jour, cela n’a pas été fait dans les études littéraires lettones. 1.4. L’emploi du terme pastišs aux étapes antérieures du développement de la terminologie lettone Comme indiqué ci-dessus, durant la période soviétique, le terme est très rarement employé, tandis que dans les périodiques des émigrés lettons, il est relativement souvent utilisé pour désigner l’imitation d’un style ou d’une langue, la reproduction d’un style ou d’une langue; le terme est parfois accompagné d’une explica- 46 Anita Helviga Comprehension and use of the literary terms pastišs (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies tion précisant que ni les lecteurs ni les critiques littéraires ne connaissent parfaitement le sens du terme: « Notre prose originale n’a pas encore cent ans, elle s’est développée rapidement, sans grandes traditions — où pourrait-elle rivaliser, par exemple, avec James Joyce, qui a écrit les chapitres de son Ulysse chacun dans un style différent, imité d’une époque de la littérature anglaise (pastīšā). » (Grīns 1955: 8); « Ainsi, il n’arrive que rarement à l’auteur du roman [Jānis Sarma] de “trop pousser” le pastiche d’une expression ancienne. » (Pļavkalns 1967: 11); « La forme linguistique la plus difficile à obtenir est celle qu’on appelle pastiche (langue imitée). [..] Il est très difficile de réussir un pastiche, car pour y parvenir, il faut connaître jusque dans les moindres détails la vie économique, spirituelle et politique d’une époque donnée. Mais puisque c’est précisément dans la langue que se cache le sens profond de l’époque, il faut accepter ces difficultés, qui exigent des années. Bien sûr, pour le lecteur, ce n’est qu’une langue “démodée”, et même beaucoup de critiques ignorent pourquoi un tel pastiche serait nécessaire. » (Sarma 1983: 24) Le terme est le plus souvent employé et expliqué dans les articles publiés dans les périodiques des émigrés lettons Laiks et Austrālijas Latvietis dans les années 1950 par le critique littéraire letton Jānis Grīns (1890–1966), qui résidait à Stockholm: « Jānis Sarma est un tel maître du pastiche, ou de la langue imitée, qu’il n’y en a pas d’autre comme lui. Cette “désuétude” est maintenue de bout en bout dans son roman [“Negantnieks”]. On voit qu’il connaît l’époque représentée “comme sa poche”. » (Grīns 1957b: 3); « Dans ce roman [« Līgavu mednieki » d’Anšlavs Eglītis], les poèmes insérés et les lettres humoristiques en style imité (pastiche) s’intègrent moins bien. » (Grīns 1957a: 3); « Il convient de noter que les écrivains ont parfois jugé nécessaire d’imiter un style étranger, la lexique (ainsi que la syntaxe) jouant également un rôle important. Dans un cycle de poèmes humoristiques, Rūd. Blaumanis a finement imité le style de plusieurs poètes. “Krustnešu gaitas” d’Aleksandrs Grīns est écrit en imitant le style des chroniques, lexique compris. Jānis Sarma a lui aussi montré de grandes aptitudes (Vīru valoda) en imitant le style de certaines périodes du XIXe siècle. Un style reproduit, imité, s’appelle pastiche (du français pastiche). » (Grīns 1956b: 8) Comme le montrent les exemples ci-dessus, J. Grīns souligne que le pastiche est une langue ou un style choisi délibérément et imité afin de reproduire un auteur ou une époque. Ce n’est qu’occasionnellement qu’il vise à produire un effet comique. Parfois, par exemple dans le livre Laikmetu ārdītāji de Konstantīns Raudive, le groupe de mots pastišais stils, « style pastiche », est employé pour désigner la situation où le sujet, l’intrigue, les expériences ne sont pas les Terminoloģija | 2017 | 24 47 les constituants les plus importants d’une œuvre littéraire, cédant plutôt la place à une stylisation délibérée, à des combinaisons et à des raffinements stylistiques: « Proust est le composé le plus étrange de la France intellectuelle: son style pastichant, la subtilité de ses finesses, la sublimation de ses combinaisons, la stylisation de sa conscience atteignent les limites de cette spiritualité où la matière, la thématique, la connaissance et l’expérience perdent leur signification originelle […]. » (Raudive 1974: 61) 1.5. Contexte contemporain du terme pastišs Le terme pastišs devient de plus en plus populaire dans la période récente du développement de la terminologie lettone (depuis 1990). Il est utilisé dans les écrits consacrés à la littérature des années 1920 et 1930 et désigne un choix de langue adapté à l’époque, par exemple dans l’article d’Ingrida Kiršentāle sur l’œuvre littéraire d’Aleksandrs Grīns: « [Aleksandrs Grīns] rassemblait des matériaux en vue de quelques œuvres littéraires ultérieures, qu’il écrivait en pastichant la langue d’autrefois. » (Kiršentāle 1994: 66) Le terme renvoie le plus souvent aux aspects théoriques de l’esthétique du postmodernisme et est introduit dans la langue lettone par les traductions de textes de recherche (par exemple Boiko 1989), les publications de théoriciens littéraires lettons (par exemple Berelis 2001) et les études du postmodernisme au théâtre (par exemple Gulbe 2004): « L’hybridation, ou encore la reproduction mutante des genres, comprend aussi des formes telles que la parodie, la travestie et le pastiche. […] La représentation est enrichie aussi bien par les clichés que par les plagiats […], la parodie et le pastiche, la pop et le kitsch. » (Boiko 1989: 4); « L’idée a bouclé la boucle: des textes destinés aux intellectuels les plus hautains, jusqu’à la littérature triviale, puis de celle-ci — retour à la littérature “sérieuse”, qui n’hésite désormais plus à proposer aux mêmes intellectuels hautains des parodies de genres tri-viaux? des pastiches? des inversions? En somme, à prendre au sérieux des choses considérées jusqu’à tout récemment comme banales et inappropriées pour des écrivains dignes de ce nom. » (Berelis 2001: 146); « Le thème principal — sacré — du héros est éclipsé par le thème périphérique du peuple éprouvé, traité sous forme de parodie et de pastiche. » (Gulbe 2004: 170) On trouve aujourd’hui plusieurs explications du terme dans les périodiques lettons, les communications quotidiennes et l’environnement électronique; elles révèlent la compréhension et l’usage contemporains du terme, qui impliquent une étroite parenté entre les notions de pastiša et de parodija. Le premier exemple est une citation tirée d’un essai de Rihards Rubins, Smiekli, no Homēra līdz pastišam (« Le rire, d’Homère au pastiche ») (voir Rubīns 2008-e), 48 Anita Helviga | Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastišs (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies le deuxième et le troisième exemple proviennent de documents de référence accessibles en ligne (voir Postmodernisma ABC-e; Kulturoloģija-e): « Pastīšs. Parodie postmoderne. Invitation à sourire et à rire de soi avec modernité, en prenant conscience du caractère tragi-comique de la situation. Le spleen ironique, la déconstruction, mais nullement le nihilisme. Plutôt un nouveau plato (collage de systèmes de valeurs) qui, éprouvé par l’expérience, prétend à une nouvelle vérité qui n’a pas besoin de preuve. Doute de tout, mais garde toujours le sourire. Discours schizophrénique qui critique les « fous » qui se croient « normaux ». Ménippée – tendance à renoncer aux valeurs esthétiques. Choquer par la laideur, voire par la pathologie. L’art est tout. Ce n’est pas le point de vue d’un piéton ni d’un voyageur en voiture à cheval. Une réplique lancée à la hâte. Le hasard – reine de la vie. Un homme qui rit est un compagnon de route agréable. » (Rubīns 2008-e); « Qu’est-ce que le pastiche et en quoi diffère-t-il de la parodie? Le pastiche est l’imitation d’un style singulier, le recours à un masque stylistique, le discours dans une langue morte, un mimétisme neutre, une pratique dépourvue de désir caché de parodier et de satire ou de moquerie; le pastiche est une parodie qui a perdu le sens de l’humour. La parodie semblait apparemment trop modérée aux postmodernistes, car elle rappelle des manifestations normales rencontrées dans la vie. Et non seulement des manifestations normales, mais aussi des manifestations éclatantes et singulières que le public est capable de reconnaître immédiatement dans les parodies. Répétons-le: le postmodernisme n’avait d’autre choix que de se tourner vers le pastiche, puisque les innovations stylistiques sont impossibles; on ne peut qu’imiter les styles disparus, parler dans la voix de ces styles en se dissimulant derrière un masque. Cela signifie que le postmodernisme tend vers l’art, mais par une autre voie seulement. Et cela signifie que l’un des principaux résultats de l’art postmoderne sera la soumission de l’art à l’emprise de l’art « ancien ». » (Postmodernisma ABC-e); « Le pastiche – stylisation, forme de parodie ou d’autoparodie; également manière d’écrire qui manipule librement des éléments de styles, de mouvements et de courants les plus divers, en les assemblant “comme ça vient”. » (Kulturoloģija-e) Bien que l’emploi du terme pastīšs ait considérablement augmenté en letton contemporain, sa compréhension ne semble pas encore convaincante ni entièrement univoque. Le contexte d’emploi indique que le pastiche, en tant que procédé stylistique, peut être perçu avec des connotations neutres ou négatives. Cette caractéristique du pastiche est davantage soulignée dans les sources anglophones. Le pastiche peut être réalisé selon différentes attitudes à l’égard du texte source ou hypotexte — positives, neutres ou négatives; les recherches sur la question restent insuffisantes dans les études littéraires lettones. Les sources lexicographiques lettones ne proposent pas de distinction généralement admise et précise entre les termes parodija et pastīšs (ni entre stilizācija et imitācija, en tant que mots fondamentaux servant à les caractériser), tandis que Terminoloģija | 2017 | 24 49 Plusieurs auteurs étrangers proposent des critères de distinction. La comparaison des différentes définitions montre qu’un critère essentiel est la présence d’éléments comiques. Le terme de parodie, contrairement à celui de pastiche, comporte des éléments comiques et une tonalité humoristique. 2. LE TERME PARODIJA Le premier chapitre de l’article a déjà évoqué le lien étroit entre pastīš et la notion exprimée par le terme parodija. Pour définir ces deux notions aussi précisément que possible et mettre au jour leur contenu terminologique, il convient d’examiner attentivement les nuances de leurs ressemblances et de leurs différences. Le mot parodija est largement employé en letton (contrairement au mot pastīš); il est donc raisonnable de supposer que sa sémantique s’est considérablement élargie, que plusieurs sens sont en usage et que le mot appartient désormais au lexique général. 2.1. Étymologie et orthographe du mot Le mot parodija est emprunté au français parodie, lui-même issu du grec parōidia < para « à côté de, parallèle à » + ōidē « chant, ode »; son sens littéraire est « contre-chant » (SV 1999: 563). Le mot parodija figure dans les dictionnaires lettons depuis la seconde moitié du XIXthe siècle (par ex. Valdemārs 1872; Dravnieks 1886), avec le sens de « texte transformé ou modifié de façon moqueuse » (« zobgalīgi pārgriezts raksts ») (Valdemārs 1872: 363). Il s’écrivait aussi avec un ō long — parōdija (cf. SV 1934: 215) — conformément à l’orthographe de l’époque. Des dérivés apparentés sont également employés en letton: les noms parodists, parodējums, parodēšana, le verbe parodēt, l’adjectif parodisks et l’adverbe parodiski. 2.2. Explication du sens de parodija Le mot parodija (contrairement au mot pastīš) se trouve dans les dictionnaires du lexique général letton, les dictionnaires de mots étrangers, les encyclopédies et les dictionnaires de termes. Le plus souvent, deux sens sont indiqués: 1) rapport avec une œuvre d’art (littéraire ou musicale) dans laquelle l’essence du phénomène est imitée de manière humoristique ou ironique; 2) référence à quelque chose qui ne présente avec l’essence du phénomène qu’une ressemblance extérieure, voire déformée. (SV 1999: 563; LVV 2006: 788; etc.) 50 Anita Helvīga | Comprehension and use of the literary terms pastīš Sigita Ignatjeva | (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies On peut donc conclure que le premier sens lexical correspond principalement à la compréhension du terme, tandis que le second convient davantage au registre familier et relève de la dé-terminologisation. En letton, la compréhension de la notion parodija est définie plus précisément que celle de pastišs. L’élément sémantique central du mot parodija est lié à l’imitation. 2.3. L’emploi du terme parodija à la fin du 19the siècle et durant la première moitié du 20the siècle À la fin du 19the siècle et au début du 20the siècle, le terme parodija était principalement employé pour exprimer une attitude péjorative envers le phénomène imité, tourné en dérision ou caractérisé. Comme l’explique le dictionnaire des mots étrangers publié en 1908, parodija est une « imitation moqueuse, caricature qui reste aussi près que possible de l’original ». (Lībknehts 1908: 218) De nombreuses parodies de l’époque sont publiées dans la revue Vārdotājs. Habituellement, le texte original (le poème) paraît d’abord, puis la parodie. Les titres indiquent lequel est l’original et lequel est la parodie, par exemple: P. Bērziņš Oriģināls Kas grib rozes plūkt, Saldu medu sūkt, Tam, kad dzeloni ar dur Jāiztur. Mas.-Dund. Parodija Kas grib kasē kļūt, Pilnu maku gūt, Tam, kad direktoru vēl Jāiztur. (Vārdotājs, 1906, 1 Jan.) Si l’original (l’auteur, l’œuvre littéraire) est bien connu, il n’est pas mentionné, car on suppose que les lecteurs connaissent le texte original. Par exemple, la parodie de la chanson populaire « Ja ikviens tik zemē sētu / Vienu graudu veselu, / Kas gan izskaitīt tad spētu / Zelta kviešu krājumu »: Ja ikviens, kas rakstīt prastu, Sāktu rakstīt kritikas, Kas gan izlasīt tad spētu, Bezgalīgās muļķības! (Jūrm.-Janc.) (Vārdotājs, 1906, 15 Jan.) Au cours des décennies suivantes, le terme est surtout employé pour désigner une caractéristique particulière du style littéraire ou un genre d’œuvre littéraire. On trouve cette explication dans la première encyclopédie reconnue, Konversācijas vārdnīca (KV III), ainsi que dans des articles du début du 20the siècle (par ex. Bērziņš 1925): Terminoloģija | 2017 | 24 51 « P A R O D I J A Genre poétique qui, sur le modèle d’un poème connu et sérieux, en conservant sa forme et en partie son expression, célèbre un sujet de moindre importance afin de s’en moquer de la sorte. » (KV III 3075); « Višmanis distingue cinq types d’imitation. Le premier est la p a r o d i j a, qui naît en préservant la forme et les rimes de l’original, mais en y introduisant un autre contenu. » (Bērziņš 1925: 16) Dans l’une des sources de référence les plus réputées de la première moitié du 20th siècle, Latviešu konversācijas vārdnīca, l’explication porte sur la parodie en littérature et en musique, en soulignant les aspects moqueurs et ridiculisants de l’imitation: « parōdija (gr. parōdīa, “chant à côté”): 1. Imitation d’un phénomène littéraire ou d’un poème dans un esprit contraire, qui reprend généralement le mode d’expression particulier du modèle en lui donnant un contenu opposé. En général, le genre a une tonalité joyeuse et satirique, en particulier dans les œuvres où la pensée sérieuse du modèle est transformée, par la paraphrase, en plaisanterie, en raillerie ou en moquerie. […] Il peut aussi s’agir d’une création parodique de portée plus générale, qui aborde avec un humour ayant une valeur propre les antagonismes typiques de l’époque dans la littérature ou la vie quotidienne. Au sens le plus large, l’imitation parodique se rapproche de la travestie. […] 2. En musique, parōdija désignait autrefois aussi bien l’imitation d’une œuvre musicale à des fins de caricature que l’adaptation d’un texte à un texte connu, sans intention railleuse. […] » (LKV 1937–1938: 30870–30872) 2.4. Compréhension contemporaine du terme parodija dans les études littéraires lettones Dans les études littéraires de la période soviétique, au milieu du 20th siècle, le terme désigne principalement l’élimination des aspects ridicules ou absurdes de l’œuvre d’un autre auteur dans la littérature satirique ou les caricatures. Par exemple, dans le dictionnaire de termes littéraires traduit du russe, parodija est définie comme un type de littérature satirique (voir ĪLTV 1957), tandis que, dans les premiers travaux de V. Valeinis, le théoricien littéraire le plus éminent de l’époque, le terme désigne une caricature du style d’un auteur ou d’un mouvement littéraire (voir Valeinis 1961, etc.): « P A R O D I J A Du grec parōdia, de para, “contre”, et ōdē, “chant”. Un des genres de la littérature satirique: œuvre écrite en vers ou en prose, qui met généralement en évidence les côtés risibles ou absurdes de la création d’un écrivain connu ou d’une œuvre populaire. » (ĪLTV 1957: 167); « La parodie est la caricature du style d’un écrivain ou d’un courant littéraire. Souvent, la parodie s’associe à la caricature. Par exemple, Don Quichotte est à la fois une parodie du style des romans de chevalerie et une caricature du chevalier lui-même. Dans la littérature lettone, Andrejs Upīts a publié plusieurs parodies sous le titre “Karikatūras”. » (Valeinis 1961: 209) 5 2 Anita Helviga Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastīšs (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies Dans les sources lexicographiques de la fin du 20th siècle, les définitions du terme parodija mentionnent encore l’objectif du phénomène décrit précédemment – la parodie est créée pour ridiculiser, critiquer et combattre ce qui est indésirable –, mais les formulations sont plus générales et moins tendancieuses; par exemple, la parodie est le « noyau délibérément déformé du phénomène » (LVV 2006: 788), une « imitation comique exagérée » (MLVV-e). Au début du 21st siècle, les théoriciens lettons de la littérature proposent des définitions plus détaillées du terme. Andrejs Grāpis considère la parodie comme une catégorie esthétique de la fiction (voir Grāpis 2001), tandis que J. Kursīte souligne les manifestations de la parodie dans la littérature lettone: ce sont surtout les œuvres et les auteurs les plus remarquables de la période antérieure qui ont été parodiés (voir Kursīte 2002): « P a r o d i j a. Catégorie esthétique de la littérature de fiction. Imitation comique d’une œuvre littéraire, d’une représentation, d’une thématique ou d’un style, dont l’essence est déformée. » (Grāpis 2001: 10); « P a r o d i j a. Œuvre en vers ou en prose qui présente sous un angle comique les caractéristiques d’un écrivain connu dans la société ou d’une œuvre littéraire. Par une exagération caricaturale, elle dépeint les constructions langagières propres à l’auteur parodié, ses éléments lexicaux favoris, ses particularités syntaxiques, etc. Dans la poésie lettone, ce sont surtout les décadents et J. Steiks qui ont été parodiés, car ils furent les premiers à renoncer consciemment et résolument au mode d’expression classique, qui avait dominé la tradition lettone depuis le XVIIIe siècle. La première vague de parodies a visé la poésie du romantisme national (plus précisément, du pseudo-romantisme national et du pseudo-sentimentalisme), qui avait rendu fade le mode d’expression classique. R. Blaumanis parodiait volontiers dans ses poèmes aussi bien les décadents que les pseudo-romantiques nationaux. [..] L’engouement excessif pour certaines formes ou certains mètres versifiés a également été parodié [..]. » (Kursīte 2002: 295) 2.5. Les définitions du terme parodie dans les sources lexicographiques anglaises et russes À l’instar des sources littéraires lettones, les sources lexicographiques russes mettent en avant des éléments de la parodie tels que le comique et la moquerie: « ПАРОДИЯ genre d’œuvre satirique dont le but est de tourner en ridicule un courant littéraire, un genre, un style, la manière d’un écrivain ou une œuvre particulière. La parodie peut viser certaines caractéristiques des œuvres littéraires: leur thématique, leur contenu idéologique, les particularités de l’intrigue, les personnages, la composition ou la langue. » (СЛТ-е); « Пародия dans la littérature et, plus rarement, dans la musique et les arts visuels, imitation comique d’une œuvre d’art ou d’un ensemble d’œuvres. Elle repose généralement sur un décalage délibéré entre les plans stylistique et thématique de la forme artistique [..] » (ЛСТ-е) Terminoloģija | 2017 | 24 53 D’autre part, les théoriciens anglais de la littérature soulignent la nature analytique de la parodie, ainsi que sa dimension satirique, bien que Linda Hutcheon, chercheuse spécialiste de la parodie au XXthe siècle, fasse remarquer que la dérision n’est pas un élément indispensable de la parodie contemporaine (Hutcheon 2000: 32). Plusieurs définitions données dans les sources anglaises décrivent la parodie uniquement comme une imitation de style et ne mentionnent pas d’autres niveaux de l’œuvre littéraire susceptibles d’être imités: « Parodie L’une des techniques littéraires les plus calculées et les plus analytiques: elle débusque, par une imitation subversive, toute faiblesse, prétention ou absence de conscience de soi dans son modèle. Bien qu’elle soit souvent dépréciative et comique, sa caractéristique distinctive n’est pas la dépréciation, mais l’imitation analytique. » (Childs, Fowler 2006: 166–167); « parodie Imitation moqueuse du style d’une ou de plusieurs œuvres littéraires, qui ridiculise les habitudes stylistiques d’un auteur ou d’une école par une imitation exagérée. La parodie se rapproche du burlesque lorsqu’elle applique des styles sérieux à des sujets ridicules, de la satire lorsqu’elle châtie les excentricités, et même de la critique lorsqu’elle analyse le style. » (Baldick 2008: 248) 2.6. Signes de déterminologisation Dans la seconde moitié du XXthe siècle, l’emploi du mot parodija dans le lexique de la langue courante, c’est-à-dire dans un sens métaphorique non terminologique (« quelque chose de faux, de factice »), par exemple tiesas parodija (« parodie de procès »), vēlēšanu parodija (« parodie d’élections »), s’est répandu dans les périodiques lettons: « [..] les élections au Portugal se terminent inévitablement par la “victoire” du candidat du régime en place. C’est pourquoi les résultats de cette parodie d’élections ne peuvent susciter aucun intérêt. » (Cīņa 1969: 3); « Dans la ville de Key West, aux États-Unis, une parodie de procès a été organisée contre quatre pêcheurs cubains, illégalement arrêtés le 26 mai par les garde-côtes américains alors qu’ils pêchaient dans les eaux internationales de l’océan Atlantique. » (Cīņa 1971: 3) Dans le cas de parodija, la déterminologisation n’est pas absolue, car le mot a également conservé son sens terminologique. Le processus de déterminologisation entraîne souvent des effets secondaires: élargissement sémantique, ambiguïté métaphorique, dépendance au contexte, etc., autant de phénomènes peu souhaitables en terminologie. En l’occurrence, le sens du mot s’est stabilisé et son usage est courant; il peut être considéré comme un sens secondaire ou figuré (« quelque chose qui ne présente qu’une ressemblance extérieure ou déformée »), attesté dans les publications lexicographiques les plus récentes. 54 Anita Helviga Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastiş (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies CONCLUSIONS Le matériau linguistique letton (dictionnaires, littérature théorique, manuels, périodiques, etc.) témoigne d’une compréhension ambiguë et parfois inexacte du sens terminologique des mots pastišs et parodija, ce qui autorise différentes interprétations. Pour en assurer une compréhension plus approfondie, il importe d’étudier le matériau lexical des langues de contact les plus influentes. Dans les sources anglaises et russes, les définitions de la parodie et du pastiche sont généralement plus complètes que dans les sources lettones; elles indiquent souvent les relations entre hypotexte et hypertexte, les genres apparentés et distinguent (ou tentent, à tout le moins, de distinguer) les deux termes. Néanmoins, ces définitions peuvent elles aussi être contradictoires, et les différents théoriciens ont des opinions divergentes quant au sens des termes et à leur représentation. Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur l’emploi du terme parodija et, en particulier, sur celui du terme pastišs en letton, afin d’en définir plus précisément le sens, tant dans la terminologie que dans l’usage courant, et de le décrire dans les sources lexicographiques. Pour éviter les interprétations divergentes du terme pastišs dans la terminologie lettone, il est nécessaire d’élaborer une définition exhaustive et approfondie, qui tienne compte des conclusions de la lexicographie et des études littéraires lettones et étrangères. Il convient toutefois de noter que, dans les sources étrangères comme dans les publications lettones, les définitions des termes sont contradictoires et se recoupent, et que les deux termes ont des caractéristiques communes et ne peuvent être entièrement distingués. Étant donné qu’il n’existe pas de dictionnaire contemporain des termes littéraires en letton (un tel dictionnaire serait indispensable), il importe d’élaborer des définitions complètes des termes dont la compréhension a évolué, notamment des termes pastišs et parodija. Les définitions de ces deux termes devraient inclure les aspects suivants: – la présence d’un effet comique (humour, ironie, satire); – la relation à l’hypotexte; – le degré de stylisation; – la période d’épanouissement / l’association à un mouvement esthétique. Ni le pastiche ni la parodie ne peuvent être définis d’après leur représentation dans la littérature de toutes les périodes et de toutes les cultures, mais une recherche approfondie permet de tendre vers une précision terminologique. Naturellement, les représentations du pastiche et de la parodie dans la littérature ont évolué et, par conséquent, la Terminologija | 2017 | 24 55 La compréhension de ces notions a évolué. Ces changements confirment les tendances et les régularités du développement de la terminologie des études littéraires et de la terminologie en général. RÉFÉRENCES ET SOURCES Aldersons J. 2011: Mākslas un kultūras vārdnīca ar interneta atslēgvārdiem, Rīga: Zvaigzne ABC. 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Terminoloģija | 2017 | 24 57 Les sources d’auteurs étrangers (britanniques et russes) proposent des définitions de la parodie et du pastiche généralement plus larges que celles des sources lettones; elles signalent souvent les liens entre hypotexte et hypertexte, les relations avec les genres apparentés, et soulignent les différences entre les deux termes. Malgré cela, ces définitions peuvent même se contredire: les différents théoriciens ont des opinions divergentes sur le sens de ces termes et leur représentation. Il est nécessaire de mener des recherches supplémentaires sur l’usage du terme parodija et, en particulier, sur celui du terme pastišas en letton, afin de définir plus précisément leur sens tant dans le domaine terminologique que dans l’usage courant et de les décrire dans les sources lexicographiques. Afin d’éviter les interprétations divergentes du terme pastišs dans la terminologie lettone, il est nécessaire d’en formuler une définition mûrement réfléchie. Les définitions des termes pastišs et parodija données dans les publications étrangères comme lettones se contredisent parfois, et se recoupent même presque, car elles présentent des traits communs et ne peuvent être entièrement distinguées. Dans les études littéraires lettones, il est nécessaire de formuler des définitions modernes et larges des termes mentionnés. Ces définitions devraient couvrir les aspects suivants: – le comique (humour, ironie, satire); – le rapport à l’hypotexte; – le degré de stylisation; – l’apogée et l’association avec le mouvement esthétique. Ni le pastiche ni la parodie ne peuvent être définis à partir de leur représentation dans la littérature de toutes les périodes et de toutes les cultures. Leur expression dans la littérature a évolué et, pour cette raison, la compréhension même de ces notions s’est également transformée. Reçu le 2017-06-05 Anita Helviga Liepāja University Kurzeme Institute of Humanities Kūrmājas prospekts 13–303, LV-3401 Liepāja, Latvia E-mail [email protected] Sigita Ignatjeva Liepāja University Kurzeme Institute of Humanities Kūrmājas prospekts 13–303, LV-3401 Liepāja, Latvia E-mail [email protected] 58 Anita Helviga Sigita Ignatjeva Comprehension and use of the literary terms pastišs (pastiche) and parodija (parody) in Latvian literary studies