Ideologizacijos raiška pokario lietuvių kalbotyroje
Full text
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ
Institut de langue lituanienne
ORCID id: orcid.org/0000-0001-7781-7236
DOMAINES DE RECHERCHE: géolinguistique, dialectologie des langues baltes, dialectologie synchronique et diachronique, morphonologie, histoire de la langue lituanienne et de la linguistique.
DOI: doi.org/10.35321/bkalba.2023.96.02
LES MANIFESTATIONS DE L’IDÉOLOGISATION DANS LA LINGUISTIQUE LITUANIENNE DE L’APRÈS-GUERRE
MOTS-CLÉS: linguistique lituanienne, lexicographie, dialectologie, histoire de la langue, idéologisation, simplification.
RÉSUMÉ
Cet article s’appuie sur des publications du début de l’après-guerre, dont les auteurs sont d’éminents chercheurs linguistes de l’Institut de langue lituanienne — Juozas Balčikonis, Jonas Kruopas et Kazys Ulvydas — afin d’examiner les procédés d’idéologisation utilisés dans la littérature scientifique linguistique et de déterminer comment le contenu de la linguistique lituanienne a été façonné après la guerre. Compte tenu des spécificités et de la structure des travaux linguistiques, l’article tente d’identifier la diversité des manifestations de l’idéologisation.
RÉSUMÉ
Cet article vise à analyser les méthodes d’idéologisation appliquées dans la littérature scientifique linguistique lituanienne durant l’après-Seconde Guerre mondiale. À partir d’une série de publications des éminents linguistes universitaires Juozas Balčikonis, Jonas Kruopas et Kazys Ulvydas, cette étude examine la formation de la linguistique lituanienne dans les années 1950 afin de cerner la diversité des formes d’idéologisation reflétées dans la nature et la structure des activités linguistiques de l’après-guerre.
INTRODUCTION
Dans les années 1950, la première période de l’après-guerre prit fin, marquée par les répressions visant la population lituanienne et par la fin de la lutte armée de résistance. Dans l’histoire de l’Académie des sciences de Lituanie, les années 1945–1953 sont désignées comme une période de renforcement de la recherche appliquée (Krikštopaitis 2013: 242). Pour les études lituaniennes, cela
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ne convient pas: à la fin de 1952, l’Institut de langue lituanienne de l’Académie des sciences de la RSS de Lituanie perdit son autonomie; dans sa composition de l’époque, il fut rattaché à l’Institut de littérature lituanienne et devint une entité commune, l’Institut de langue et de littérature lituaniennes, dont Kostas Korsakas fut nommé directeur.
Jusqu’à présent, dans les travaux consacrés aux études lituaniennes de l’après-guerre, on s’est davantage intéressé à l’histoire de la rédaction du grand Dictionnaire de la langue lituanienne et au contexte politique et idéologique de l’activité scientifique du linguiste Juozas Balčikonis: quels objectifs et quelles missions les autorités de l’époque lui assignaient-elles en tant que rédacteur en chef du grand dictionnaire? Les aspects systémiques permettant de montrer comment, à partir du début des années 1950, les études lituaniennes de l’après-guerre furent orientées dans le sens de l’idéologie soviétique ont été moins approfondis.
L’objectif de cet article est, à partir de sources primaires, c’est-à-dire d’articles rédigés par des linguistes au début de l’après-guerre, d’analyser des publications linguistiques choisies et, sur cette base, d’élaborer un algorithme adapté à l’étude plus approfondie des travaux de linguistique de la période soviétique.
Les objectifs suivants ont donc été définis: 1) examiner, à partir des publications de l’époque, les méthodes d’idéologisation employées dans la littérature scientifique linguistique et leurs manifestations; 2) déterminer comment le contenu de la linguistique lituanienne a été façonné pendant l’après-guerre; 3) résumer les résultats de cette étude.
Les prémices de la « nouveauté » idéologique apparaissent sans doute le mieux dans l’analyse des travaux des linguistes de l’Institut de langue lituanienne réorganisé. Peu importe le domaine — lexicographie, dialectologie ou histoire de la langue lituanienne —, ces travaux donnent une image saisissante, mais appauvrie, de la linguistique de l’après-guerre. Ainsi, le corpus retenu pour l’analyse se compose des articles des linguistes les plus renommés de l’époque — Kazys Ulvydas (1953), Jonas Kruopas (1953) et Juozas Balčikonis (1953) — publiés dans le même recueil (LKKK 1953)1. Dans l’analyse, les abréviations KU, JK et JB seront employées respectivement pour les désigner.
Ce recueil a été choisi parce qu’il constitue la première tentative connue à ce jour — ou l’une des premières — d’introduire dans le discours de la linguistique lituanienne des éléments de la vision du monde stalinienne2. Bien que publié l’année de la mort de Staline, le recueil est associé à son nom non seulement par son titre — Questions de langue et de culture lituaniennes à la lumière des travaux de J. V. Staline sur les questions de linguistique. Selon le chercheur de longue date
1 Le recueil devait avoir été préparé avec le plus grand soin et être hautement estimé. En témoignent les noms de son rédacteur en chef, J[uozo] Žiugžda, et des membres du comité de rédaction — les académiciens J[uozo] Matulis, K[azimiero] Bielukas, Vl[ado] Lašas et Dz[ido] Budrys —; I[rmia] Zaksas en était le secrétaire responsable (LKKK 1953: 2).
2 Un an plus tôt, une publication de contenu similaire, élaborée à partir d’une conférence tenue à Joniškis, avait également été portée par l’Institut de littérature lituanienne de l’époque (KTLTL 1952).
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Sous la présidence de Juozas Matulis, président de l’Académie des sciences de la RSS de Lituanie, la publication s’appuyait sur les « ouvrages géniaux de Staline Sur le marxisme en linguistique, Sur certaines questions de la science du langage et Réponse aux camarades, devenus l’événement le plus important de la vie scientifique soviétique » (Matulis 1953: 3).
Il convient de souligner que, dans le cadre de la lutte contre les conséquences du culte de Staline, ce recueil d’articles fut abandonné: dans les bibliographies de l’institut des années 1970, ni la publication elle-même ni les articles qu’elle contenait ne sont mentionnés (LKLI 1973: 53–78; Seselskytė 1981: 73–91). Il est vrai que l’article de K. Ulvydas fut ensuite inclus dans la bibliographie de ses travaux (Ulvydo 1995: 10). En raison de leur forte idéologisation, on renonça à intégrer aux Œuvres choisies la publication de Jonas Kruopas (Keinys et al. 1998: 9), tandis que l’article de Juozas Balčikonis fut réimprimé avec d’importantes coupures (Balčikonis 1982: 193–200).
Ainsi, ces sources illustrent adéquatement l’objet choisi: les manifestations de l’idéologisation de la linguistique lituanienne au début de la période soviétique d’après-guerre. On cherche à identifier la diversité des formes prises par cette idéologisation en tenant compte des particularités et de la structure des sources linguistiques.
1. PARTICULARITÉS DE LA MACROSTRUCTURE DES ARTICLES D’APRÈS-GUERRE
Bien que l’on affirme qu’il n’existe pas de modèle unique propre à tous les articles de sciences humaines et que le texte entier puisse être « présenté comme un argument continu », les articles de linguistique rédigés en lituanien et publiés entre 2007 et 2012 comportent au moins cinq (voire six) parties constitutives de la macrostructure – Introduction, Revue de la littérature, Matériel et méthodes, Résultats, Conclusions (dont les intitulés peuvent varier) et Remerciements en tant que partie d’un article scientifique (voir plus en détail Šinkūnienė 2014: 28–30).
Cette décomposition de la macrostructure d’un article scientifique semble convenir non seulement aux publications contemporaines, mais aussi à celles du début de la période soviétique d’après-guerre, car elle permet de déterminer plus précisément les parties de l’article les plus touchées par l’idéologisation et de révéler l’ampleur de son influence. Il faut toutefois, dans le cas présent, délimiter soi-même chaque élément de la macrostructure (voir le tableau).
Il convient de noter que les sources retenues pour l’analyse diffèrent par leur longueur (la publication de K. Ulvydas est trois fois plus longue que l’article de J. Balčikonis, et celle de J. Kruopas presque cinq fois), mais elles ont toutes conservé une macrostructure assez similaire (voir le tableau).
On peut donc supposer que les auteurs des articles ont strictement respecté les exigences générales.
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TABLEAU. Macrostructure des sources
Parties structurelles; Sources (leur longueur)
Introduction (autrement / sans titre)
Revue de la littérature (connaissances de fond / autrement)
Matériel et méthodes (autrement / non distinguée)
Résultats (non distingués / autrement)
Conclusions (autrement / non distinguées)
Remerciements (en tant que partie de l’article / autrement)
Article de Juozas Balčikonis (7,25 p.)
autrement
connaissances de fond
non distinguée, absente
non distinguée
autrement
autrement
Article de Jonas Kruopas (33 p.)
autrement
connaissances phonétiques
non distingué, absent
autrement
autrement
absent
section de Kazys Ulvydas (p. 24,5)
autrement
autrement
non distingué, absent
autrement
autrement
non distingué
Remarque. Afin de comparer les publications de l’après-guerre et les publications contemporaines, le tableau conserve les mêmes intitulés de sections et formulations d’évaluation (voir plus en détail Šinkūnienė 2014: 27–35).
Par exemple, les premier et dernier paragraphes des articles se caractérisent par un contenu idéologique particulièrement marqué. Les premières phrases (introductives) des articles présentent aux lecteurs l’importance des travaux de Staline, cf.:
Les travaux du camarade Staline sur les questions de la science du langage revêtent une grande importance pour la science soviétique du langage. Ces travaux géniaux du camarade Staline ont posé les fondements théoriques de la science marxiste du langage, ouvert une ère nouvelle dans cette branche scientifique et assigné aux savants soviétiques la tâche d’approfondir les problèmes du langage. Les linguistes de la Lituanie soviétique ont eux aussi vu s’ouvrir de vastes perspectives pour développer et faire progresser la science de la langue lituanienne] JB 59.
Deux ans se sont écoulés depuis la parution de l’ouvrage génial de J. V. Staline, « Le marxisme et les questions de la linguistique ». Cette œuvre d’importance historique a établi les principes du développement de la science linguistique soviétique et des autres sciences, éveillé la pensée créatrice et l’initiative, et inspiré la création d’œuvres dignes de la grande époque stalinienne.
Sous le soleil de la Constitution de Staline et à la lumière de la science linguistique stalinienne, les conditions les plus favorables se sont créées et les perspectives les plus vastes se sont ouvertes pour les recherches sur la langue lituanienne et son développement]JK 133.
Dans son ouvrage « Le marxisme et les questions de la linguistique », le camarade Staline a posé de solides fondations à la science linguistique soviétique et tracé clairement la voie du développement ultérieur de la linguistique soviétique
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; il a expliqué l’essence de la langue en tant que phénomène social, ses caractéristiques spécifiques, ses fonctions sociales, sa structure et son lien avec la pensée, et mis au jour les principales lois et voies du développement de la langue. Ce qui revêt une importance immense pour la pratique de la vie et pour toutes les sciences, y compris la linguistique, c’est que, dans ses travaux sur les questions de la science linguistique, le camarade Staline a développé davantage l’une des lois les plus importantes de la dialectique marxiste: la loi du passage d’une ancienne qualité à une qualité nouvelle KU 67.
Les conclusions des publications présentent des ressemblances idéologiques et stylistiques; comparons:
Tirant parti des excellentes conditions que nous a accordées le pouvoir soviétique et nous appuyant sur les œuvres géniales du camarade Staline consacrées aux questions de la science linguistique, nous, linguistes de la Lituanie soviétique, devons redoubler d’énergie pour poursuivre l’étude de notre langue maternelle et développer la science linguistique soviétique, dont le grand coryphée de la science, le camarade Staline, a posé les solides fondations JB 66.
Notre langue littéraire s’enrichit et se diversifie sans cesse. Elle est devenue un puissant instrument de lutte et de développement, que nous devons utiliser avec compétence et efficacité dans la lutte pour la paix contre les fauteurs d’une nouvelle guerre, les impérialistes américains et anglais sanguinaires, ainsi que dans la lutte pour l’édification du communisme dans notre Grande Patrie JK 165.
Les travaux géniaux du camarade Staline sur les questions de la science linguistique ont ouvert une nouvelle page de la linguistique soviétique, montré comment recourir au marxisme-léninisme pour résoudre les questions linguistiques et mobilisé les linguistes pour de grandes tâches. Les linguistes de la Lituanie soviétique consacreront toutes leurs forces et leurs connaissances à produire, dans le domaine de la science linguistique, des travaux dont la société soviétique a besoin dans sa marche grandiose vers le communisme KU 91.
On ne saurait qualifier de conclusions celles de ces paragraphes finaux; il est toutefois évident que, bien qu’ils ne soient pas directement liés au contenu linguistique des articles, ils remplissent néanmoins une certaine fonction de synthèse.
L’analyse de la macrostructure montre que les parties introductives des publications pouvaient comporter davantage de ces généralités de contenu « uniformisées ». Ainsi, outre les œuvres de Staline élevées aux nues, J. Balčikonis (1953: 59) et K. Ulvydas (1953: 67) mentionnent également la critique des travaux de Marr (Marro)3. De telles phrases presque unisonantes du point de vue idéologique, insérées obligatoirement dans l’introduction (voir les exemples cités), n’étaient manifestement qu’un élément formel destiné à confirmer la loyauté des auteurs et leur dévouement au régime soviétique.
C’est ce que montre, par exemple, la structure à plusieurs niveaux de l’introduction de la publication de J. Kruopas: l’auteur, séparant les parties par des astérisques, propose plusieurs introductions: la première, obligatoire, porte sur Staline et ses œuvres (Kruopas 1953: 133); la deuxième —
3 Dans l’article, l’orthographe et la ponctuation des sources examinées sont conservées; la forme originale ou la forme actuellement employée est indiquée entre parenthèses.
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apskritai apie literatūrinės kalbos sampratą (Kruopas 1953: 133–137), o trečiąją įžangą pradedama pasakoti jau lietuvių literatūrinės kalbos istorija (Kruopas 1953: 137).
Bien que les trois publications soient de nature historique, on constate qu’aucun bilan de la littérature théorique, historique (méthodologique) ou autre n’a été rédigé. Les sources et/ou les noms de linguistes mentionnés dans les publications peuvent être considérés comme des éléments de contexte. Par exemple, J. Balčikonis cite Filipp Fortunatov et ses disciples — Šachmatov, Uljanov, Ščepkin, Porzežinskis, Užakovas, Potebnia, Baudouin de Courtenay — comme les plus éminents contributeurs aux études lituaniennes, et leur associe aussi Būga et Jablonskis (Balčikonis 1953: 60–65). J. Kruopas mentionne de nombreux noms et sources issus de périodes très diverses de l’histoire de la langue lituanienne: de Mažvydas, Bretkūnas, Daukša, Širvydas (Sirvydas) à J. Rėza et Donelaitis; de Daukantas, Nezabitauskis, Poška, Uvainis, Sutkevičius, Stanevyčia (Stanevičius), Tatarė, Akelaitis, Marcinskis et d’autres jusqu’à Žemaitė, Biliūnas, Janonis, Venclova, Cvirka, Salomėja Nėris, J. Šimkus et Korsakas lui-même… (Kruopas 1953: 139–149). K. Ulvydas, en raison de la diversité des sources liée à l’objet étudié — le lexique de la langue lituanienne —, n’en a indiqué aucune. Dans les publications, les sources sont mentionnées sans références bibliographiques, et les noms des chercheurs souvent sans leurs prénoms (certains même sans initiales devant le nom). Les notes de bas de page renvoient le plus souvent aux publications citées (à contenu idéologique) de Staline, Lénine, Gorki, etc.
On pourrait considérer comme une sorte d’exception (du point de vue de la macrostructure de l’article — peut-être même un remerciement) l’hommage de J. Balčikonis à Viktor Vinogradov et à l’ensemble de l’Institut de linguistique de l’Académie des sciences de l’URSS, cf.:
Après la parution des œuvres géniales du camarade Staline sur les questions de linguistique, les éminents linguistes soviétiques russes, avec l’académicien Vinogradov à leur tête, furent appelés à diriger la linguistique. L’Institut de linguistique de l’Académie des sciences de l’URSS fut créé; couvrant toutes les branches de la linguistique, il dirige et coordonne les travaux linguistiques, entretient des liens étroits et collabore avec les institutions linguistiques de toutes les républiques, et apporte une aide multiforme à la résolution des problèmes linguistiques]B 65–66.
J. Kruopas mentionne lui aussi le nom de l’académicien Vinogradov aux côtés de ceux de Gorki et de Lénine (1953: 134–136).
Il va sans dire que la mission idéologique des publications a déterminé non seulement le choix du matériau étudié, mais aussi le recours à une méthode descriptive philologique, jamais mentionnée dans les articles.
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2. ÉLÉMENTS DE L’EXPRESSION DE L’IDÉOLOGISATION
On peut évaluer le degré d’idéologisation des publications non seulement à partir des éléments de leur macrostructure, mais aussi à partir d’une expression de la pensée caractéristique de l’après-guerre soviétique. Tous les articles de l’époque se distinguent par l’emploi de certains clichés de presse, cf.:
– à propos de Staline: le grand coryphée de la science JB 66; des plus grands génies de l’humanité, V. I. Lénine et J. V. Staline <...> KU 74, le camarade Staline a démontré avec une clarté remarquable KU 68, le camarade Staline en a apporté la preuve irréfutable KU 68;
– à propos des œuvres de Staline: les œuvres géniales du camarade Staline JB 59, 65; ont ouvert une ère nouvelle JB XX, l’œuvre géniale de J. V. Staline JK 133; les travaux linguistiques géniaux du camarade Staline JK 133; la lumière stalinienne de la science du langage KU 73; à la lumière des œuvres du camarade Staline sur les questions de science du langage KU 74; les œuvres géniales du camarade Staline KU 85, 91;
– à propos du peuple russe et de ses membres: les éminents linguistes soviétiques russes JB 65; les savants du grand peuple russe JB 59;
– à propos de la langue russe: l’influence progressiste de la langue russe JK 144; la langue du grand peuple russe JK 144; le rôle progressiste de la langue russe KU 90;
– reflets de la lutte des classes dans l’histoire: jargon clérical-féodal JK 156; le jargon féodal-clérical empoisonnait la conscience du peuple JK 157; mesures du pouvoir tsariste réactionnaire JB 64; [langue] comme instrument de lutte et de développement, comme puissant moyen d’éducation communiste et de construction du communisme dans notre pays JK 137; [langue] est devenue un puissant instrument de lutte et de développement JK 165; luttaient contre le purisme bourgeois JK 143; la lutte pour la paix contre les fauteurs d’une nouvelle guerre <...>, la lutte pour l’édification du communisme JK 165;
– à propos des « bienfaits » accordés par le pouvoir soviétique: une aide et une coopération considérables JB 65; les meilleures conditions pour une coopération fraternelle entre les peuples JB 65; toute l’aide nécessaire JB 65; d’excellentes conditions JB 66; une base solide JB 66; les conditions les plus favorables JK 133; les perspectives les plus vastes JK 133; un essor de la culture nationale lituanienne sans précédent dans l’histoire jusqu’alors KU 71;
– à propos du pays où l’on vit: notre patrie socialiste JB 65; sous le soleil de la Constitution de Staline JK 133; notre Grande Patrie JK 165; dans le pays où le socialisme a triomphé KU 70, 79, dans notre Patrie, où le socialisme a été réalisé KU 75.
Ainsi, dans les publications linguistiques, l’idéologisation se réalisait au moyen de certains clichés linguistiques — métonymies, métaphores, etc. —, cf.: les travailleurs du front philologique JK 133; [les œuvres de Staline] mobilisent les linguistes
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aux grandes œuvres KU 91; La langue littéraire lituanienne s’engage sur la voie de réalisations encore plus grandes JK 144, etc. (voir aussi les citations fournies).
À la fin de l’époque soviétique, alors que l’on vivait déjà dans les conditions du « socialisme développé », ces éléments d’idéologisation assez primitifs étaient facilement repérables dans les publications scientifiques, et l’on a commencé à les éviter. Même après avoir reconnu l’importance de certains anciens travaux du début de l’après-guerre et leur valeur scientifique toujours actuelle, on n’hésitait pas, lors de leur réédition, à les expurger, à les abréger ou à les corriger autrement. Ce fut le cas, par exemple, de l’article de J. Balčikonis publié dans ce recueil, qui, à la fin de l’époque soviétique, fut intégré aux Œuvres choisies (voir Balčikonis 1982: 193–200). Ainsi, la vérité scientifique en lituanistique n’a pas vraiment été trahie, mais les conditions objectives du début de l’après-guerre soviétique dans lesquelles la lituanistique évoluait ont, pourrait-on dire, été enjolivées.
3. LA SIMPLIFICATION COMME FORME D’EXPRESSION DE L’IDÉOLOGISATION
On parle souvent d’un degré variable d’idéologisation, notamment lorsqu’on considère qu’elle peut se manifester tant dans la forme que dans le contenu. Il est toutefois évident qu’au début de l’après-guerre, forme et contenu ne pouvaient être dissociés: l’expression soviétique y était omniprésente.
Mais il y eut aussi des déformations du contenu scientifique, qui entraînèrent une représentation simplifiée du phénomène linguistique, autrement dit une simplification (sur la simplification, voir Mikulėnienė 2022: 137–139).
Tout d’abord, la simplification du contenu idéologisé se manifeste par l’omission: les auteurs y recouraient pour ne pas publier toute la vérité, mais seulement une partie. Par exemple, dans la publication de J. Kruopas, la profession d’Antanas Baranauskas et de Kazimieras Jaunius est passée sous silence (JK 150); le lieu de travail d’A. Baranauskas est indiqué de manière inexacte: le séminaire de Kaunas (JK 150). Algirdas Sabaliauskas a également écrit sur les déformations du contenu linguistique dans les publications de J. Kruopas (1998: 16).
La forme de simplification la plus facile à reconnaître reste néanmoins celle qui est liée aux divers dogmes du marxisme-léninisme appliqués au contenu linguistique. Outre la critique déjà mentionnée de la théorie de Marr, on a tenté d’idéologiser le contenu au moyen de diverses idées staliniennes, par exemple en présentant les particularités du fonctionnement de la langue à travers le rapport entre base et superstructure, cf.:
N. J. Marr et quelques autres linguistes, considérant la langue comme une superstructure, estimaient qu’à l’époque soviétique, après le grand bouleversement social et avec la formation de la culture soviétique, un bouleversement révolutionnaire fondamental devait se produire dans la langue elle-même, ou devait y être provoqué par des moyens artificiels.
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Le camarade Staline a démontré avec une clarté remarquable que la langue n’est pas engendrée par telle ou telle base, mais par l’ensemble du cours de l’histoire de la société et des bases au fil des siècles; elle n’a pas été créée par une seule classe ni par une seule génération, mais par les efforts de toute la société, de toutes les classes et de centaines de générations. Il est donc absurde et erroné de vouloir qu’après chaque bouleversement la structure existante de la langue, sa structure grammaticale et son fonds lexical fondamental soient détruits et remplacés par de nouveaux éléments. Il est tout aussi absurde de rechercher dans l’évolution de la langue des explosions, telles qu’il s’en produit dans l’évolution des phénomènes sociaux de nature fondamentale et superstructurelle KU 68.
Une image marquante de la lutte des classes, de l’Ouest et de l’Est — représentés comme ennemis et amis — déforme l’histoire de la Lituanie, cf.:
Dans les conditions de l’époque, l’implantation de la langue russe dans nos écrits s’explique par le fait que le Grand-Duché de Lituanie comprenait des régions habitées par des Russes, des Biélorusses et des Ukrainiens, où s’exerçait la coopération politique et culturelle entre les peuples; par le fait que, venue de l’Ouest, la chrétienté était apportée au peuple lituanien par l’épée et le glaive, tandis que, venue de l’Est, l’influence d’une culture supérieure se manifestait sous la forme d’une libre coopération; par le fait que les efforts des Lituaniens et des Russes pour écraser leur ennemi commun — les pillards allemands — se manifestaient à l’unisson; et par le fait que l’influence de la culture et de la langue russes se faisait fortement sentir à la cour du grand-duc et dans les milieux de la noblesse. Cette langue a joué un grand rôle dans la vie politique et culturelle de la Lituanie JK 137–138.
La théorie de la lutte des classes fut également appliquée à la dialectologie: on distingua non seulement des dialectes territoriaux, mais aussi des dialectes sociaux, auxquels on attribua d’emblée une connotation négative et que l’on désigna sans détour comme un jargon ecclésiastico-féodal (JK 156, 157). En général, l’enseignement stalinien (staliniste) a pu influer — et a influé — sur le destin complexe de la dialectologie lituanienne de cette époque et de ses spécialistes, Juozas Senkus et Juozas Aleksandravičius, cf.:
Aujourd’hui, on peut dire que les dialectes lituaniens, en tant que systèmes linguistiques distincts, n’existent plus, qu’ils assimilent rapidement le lexique et les formes de la langue littéraire, et que leurs anciens éléments superflus ne présentent d’intérêt que pour l’histoire de la langue <...>. Par conséquent, toute tentative de rétablir et de faire revivre artificiellement les dialectes serait un phénomène réactionnaire, contraire au développement de la nation et de la langue nationale JK 161.
Ou bien, dans la promotion de l’athéisme, on souligne constamment l’influence négative de l’Église, cf.:
Les monuments les plus remarquables de la littérature ancienne, malgré leur contenu et leur destination réactionnaires, ont joué un certain rôle positif dans la formation et le développement de la langue écrite lituanienne JK 140.
Les couches dirigeantes de la société étaient séduites par les privilèges, les mœurs seigneuriales et la langue des seigneurs polonais; reniant leur langue et se polonisant, elles devinrent tout à fait étrangères et hostiles à la culture lituanienne ainsi qu’aux intérêts de leur propre pays. Elles se souciaient de tenir le peuple lituanien enchaîné
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les chaînes du servage et les superstitions religieuses, dans la servitude matérielle et spirituelle, afin de tirer le plus grand profit possible de serfs dociles, dévoués à la « volonté de Dieu » ĮK 140.
Il faut toutefois reconnaître que les différents thèmes de la linguistique n’ont pas été influencés de manière égale: tout d’abord, les reflets de la vie soviétique devaient apparaître (et sont apparus) dans les travaux lexicographiques. K. Ulvydas (1953: 79), après avoir comparé la langue des premiers monuments écrits lituaniens à la langue contemporaine, a indiqué les principaux phénomènes d’évolution du lexique (à savoir la disparition de ce qui est devenu obsolète et désuet, le nouvel usage d’anciens éléments linguistiques et l’apparition de mots nouveaux dans la langue). C’est sur ce dernier phénomène que le linguiste concentre son attention: selon K. Ulvydas, même des mots employés depuis longtemps (tels que partija, komunizmas, klasė, giminė, gentis, tautybė, nacija, demokratija, liaudis, socializmas, etc.) sont investis d’un contenu sémantique nouveau (nous dirions aujourd’hui: idéologique). On a, par exemple, été confronté à une tentative de simplifier le sens même du mot en lui conférant un contenu politique, cf.:
<...> le mot leidykla, qui avait été très bien formé et était déjà connu auparavant, n’est entré dans le lexique actif et n’a acquis un contenu concret que pendant les années du régime soviétique, après que les spéculateurs eurent été écartés de l’édition de livres et que la Maison d’édition d’État de la RSS de Lituanie eut été créée à la place des anciennes sociétés privées d’édition de livres, à vocation commerciale KU 71.
Il convient également de mentionner séparément une sous-catégorie de mots nouveaux: speckursas, specfondas, partorgas, komjaunimas, agitpunktas, etc., qui a commencé à se former dans la presse communiste lituanienne avant même 1940 (Ulvydas 1953: 83). On comprend donc pourquoi les lexicographes ont été critiqués à plusieurs reprises: les auteurs du grand dictionnaire de la langue lituanienne, en particulier, avec J. Balčikonis à leur tête, n’ont pas accordé à la nouvelle lexie l’attention requise, cf.:
<...> lors de la publication du Grand dictionnaire de la langue lituanienne, le principe de sélection du lexique et de la phraséologie n’a pas été respecté et les mots présentés n’ont pas été caractérisés de manière suffisamment scientifique. Le lexique et la phraséologie recueillis au cours des années précédentes étaient représentés de façon excessive, tandis que les éléments nouveaux l’étaient avec trop de parcimonie. Il arrivait même que le lexique que des ecclésiastiques ignorants, puisant dans leur jargon féodal et ecclésiastique, avaient imposé de force à la langue écrite lituanienne — et qui avait été rejeté au cours du développement de la langue littéraire — étouffât la part du lexique qui tend à subsister, à s’imposer et à produire de nouvelles formations KU 73–74.
La terminologie lituanienne devait elle aussi s’orienter dans la même direction d’idéologisation, cf.:
La langue russe est à cet égard un foyer d’où les termes scientifiques les plus récents se diffusent et rayonnent non seulement vers toutes les langues des peuples frères de l’Union soviétique, mais aussi vers les langues du monde entier KU 90.
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Ainsi, les citations à elles seules montrent clairement qu’il serait difficile de parler des résultats de recherche publiés dans les publications de 1953. Si le contenu entier d’une publication est subordonné à l’idéologie, le résultat le sera naturellement tout autant.
CONCLUSIONS
1. Les articles de linguistique publiés dans l’après-guerre n’avaient pas et n’ont pas tous la même valeur scientifique et (ou) historique. Leur degré d’idéologisation peut varier, de même que, par conséquent, la composition de la publication.
2. Les clichés linguistiques idéologiquement obligatoires pouvaient être employés dans l’ensemble du texte de la publication ou seulement dans les parties introductive et conclusive. Dans le premier cas, tout le contenu scientifique est idéologisé; dans le second, bien qu’« encadré » idéologiquement, l’article peut conserver sa valeur scientifique propre.
3. L’analyse effectuée montre que l’idéologisation des publications de l’époque peut être reconnue à certains éléments caractéristiques de la linguistique de cette période: les orientations méthodologiques, exprimées dans l’objectif et les tâches assignés à l’article; le choix du « bon » objet, du matériau étudié et de la méthode de recherche; l’appareil scientifique, c’est-à-dire la littérature indiquée et citée; la structure de l’article – les clichés de son début et de sa fin; les liens entre le contenu scientifique et l’idéologie de l’époque.
4. Les articles de linguistique de l’après-guerre abondent en cas de simplification d’un contenu idéologisé, exprimée par des omissions et (ou) par la déformation du contenu linguistique. Pour les lecteurs contemporains, la forme de simplification la plus facilement reconnaissable est celle qui est liée aux divers dogmes du marxisme-léninisme appliqués au contenu des articles de linguistique.
5. Les moyens d’expression de la pensée scientifique – des figures stylistiques idéologisées et (ou) simplifiées – effacent la singularité stylistique de l’auteur de l’article. Par conséquent, lorsqu’on évalue les travaux linguistiques des années cinquante, il ne faut pas s’empresser d’effacer de l’œuvre et de la vie des célèbres linguistes les clichés authentiques de cette époque, alors obligatoires.
Afin d’exprimer un véritable respect envers nos maîtres, qui ont traversé les mimétismes du début de la période soviétique, il ne faut pas détruire la strate historique contextuelle, qui peut être tout à fait inconnue des lecteurs contemporains.
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ. Ideologizacijos raiška pokario lietuvių kalbotyroje
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ŠALTINIAI
JB – Balčikonis Juozas. Rusų mokslininkų įnašas į lietuvių kalbos mokslą. – Lietuvių kalbos ir kultūros klausimai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoje: straipsnių rinkinys, vyr. red. J. Žiugžda, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 1953, 59–66.
JK – Kruopas Jonas. Lietuvių literatūrinė kalba ir dialektai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoje. – Lietuvių kalbos ir kultūros klausimai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoj: straipsnių rinkinys, vyr. red. J. Žiugžda, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 1953, 133–165.
KU – Ulvydas Kazys. Lietuvių literatūrinės kalbos vystymasis tarybinės santvarkos metais. – Lietuvių kalbos ir kultūros klausimai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoje: straipsnių rinkinys, vyr. red. J. Žiugžda, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 1953, 67–91.
LITERATŪRA
Balčikonis Juozas 1982: Rusų mokslininkų įnašas į lietuvių kalbos mokslą. – J. Balčikonis. Rinktiniai raštai 2, sud. A. Pupkis, Vilnius: Mokslas, 193–200.
Keinys Stasys, Morkūnas Kazys, Sabaliauskas Algirdas 1998: Jono Kruopo „Rinktiniai raštai“. – J. Kruopas. Rinktiniai raštai, sud. S. Keinys, K. Morkūnas, A. Sabaliauskas, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų institutas, 9–10.
Krikštopaitis Juozas A. 2013: Išmintis, atsiverianti pažinimo kelyje, Vilnius: Mintis.
KTLTL 1952: Kolūkinė tematika lietuvių tarybinėje literatūroje: konferencijos medžiaga, Lietuvos TSR mokslų akademija, Lietuvių literatūros institutas (atspaudas iš „Pergalės“ 1952 m. Nr. 1), Vilnius.
LKKK 1953: Lietuvių kalbos ir kultūros klausimai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoje: straipsnių rinkinys, vyr. red. J. Žiugžda, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla.
LKLI 1973: Lietuvių kalbos ir literatūros institutas. Lietuvos TSR mokslų akademija, Lietuvių kalbos ir literatūros institutas, par. A. Seselskytė, red. A. Jonynas, Vilnius: Mintis.
Matulis Juozas 1953: Draugo Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais reikšmė tarybinio mokslo vystymesi. – Lietuvių kalbos ir kultūros klausimai J. V. Stalino veikalų kalbos mokslo klausimais šviesoje: straipsnių rinkinys, vyr. red. J. Žiugžda, Vilnius: Valstybinė politinės ir mokslinės literatūros leidykla, 3–25.
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Mikulėnienė Danguolė 2022: Lietuvių kalbos instituto istorija 2: kalbotyros aneksija, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas.
Sabaliauskas Algirdas 1998: Kalbininkas Jonas Kruopas. – J. Kruopas. Rinktiniai raštai, sud. S. Keinys, K. Morkūnas, A. Sabaliauskas, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų institutas, 11–23.
Seselskytė Angelė 1981: Lietuvių kalbos ir literatūros institutas. Lietuvos TSR mokslų akademija, Lietuvių kalbos ir literatūros institutas, red. kolegija: K. Doveika, A. Jonynas (red.), K. Morkūnas, Vilnius: Mokslas.
Šinkūnienė Jolanta 2014: Lietuviškojo humanitarinių ir socialinių mokslų diskurso ypatybės: mokslo studija, Vilnius: Vilniaus universiteto leidykla. Prieiga internete: https://etalpykla.lituanistika.lt/object/LT-LDB-0001:B.03~2014~1477229314358/B.03~2014~1477229314358.pdf (žiūrėta 2023 02 12).
Ulvydas Kazys 1995: Kazys Ulvydas. Bibliografija, sud. I. Andriukaitienė, red. K. Morkūnas, Vilnius: Lietuvių kalbos institutas.
Gauta 2023 07 27
Priimta 2023 08 18
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ
EXPRESSION OF IDEOLOGIZATION IN POST-WAR LITHUANIAN LINGUISTICS
Summary
This article aims to analyse the methods of ideologization applied in Lithuanian linguistic academic literature during the post-World War II period. Based on a series of publications by the prominent academic linguists Juozas Balčikonis, Jonas Kruopas and Kazys Ulvydas, the study investigates the shaping of Lithuanian linguistics in the 1950s with a view of identifying the diversity of forms of ideologization reflected in the nature and structure of post-war linguistic activities.
The aim of this article is to analyse, with referring to primary sources (articles written during the early post-war period by linguists Juozas Balčikonis, Jonas Kruopas and Kazys Ulvydas), a selection of linguistic publications in order to develop an algorithm for conducting more in-depth studies of the soviet-period linguistic activities.
The tasks of the study were to (1) analyse the methods of ideologization and their expression in Lithuanian linguistic academic literature based on the publications on the time; (2) identify the ways in which the content of Lithuanian linguistics was being shaped during the post-war period; (3) summarise the results of the study.
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ. Ideologizacijos raiška pokario lietuvių kalbotyroje
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The analysis conducted shows that the publications of the early post-war period are all characterised by a near-identical macrostructure. Ideologically mandatory linguistic cliches were used either throughout the entire text or just in the foreword and conclusion of the article. In the first case, the entire academic content was ideologized, while in the second example, publications – although ideologically “framed” – could still retain their academic value.
The analysis shows that early post-war ideologization displayed certain characteristic elements used in linguistic publications: methodological provisions expressed through the aim of the article and the tasks set; the “correct” choice of object, material and method of research; the academic apparatus, i.e. referencing the literature listed and quoted; the structure of the article – the cliches in beginning and the ending; the correlation between the academic content and the ideology of the time.
Post-war linguistic articles display frequent simplification of ideologized content which is often expressed through ellipsis or distortion of linguistic content. The most recognisable form of simplification is related to various Marxist-Leninist dogmas adapted to linguistic content.
The unique style of the author is often steamrolled through the use of specific (and simplified) figures of speech as a means of expressing academic thought. This is why, when assessing the linguistic work conducted by prominent Lithuanian academics in the 1950s, it is helpful not to discard the authentic cliches appearing in their works and biographies.
KEYWORDS: Lithuanian linguistics, lexicography, dialectology, language history, ideologization, simplification.
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ
Lietuvių kalbos institutas
Petro Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius
[email protected]
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ
IDEOLOGIZACIJOS RAIŠKA POKARIO LIETUVIŲ KALBOTYROJE
Santrauka
Šiame straipsnyje, remiantis ankstyvojo pokario publikacijomis, kurių autoriai – žymūs Lietuvių kalbos instituto mokslininkai kalbininkai Juozas Balčikonis, Jonas Kruopas ir Kazys Ulvydas, – siekiama išnagrinėti kalbinėje mokslinėje literatūro
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BENDRINĖ KALBA | 96
je taikytus ideologizacijos būdus ir išsiaiškinti, kaip pokariu buvo formuojamas lietuvių kalbotyros turinys. Atsižvelgiant į kalbotyros darbų specifiką ir struktūrą, bandoma identifikuoti ideologizacijos raiškos įvairovę.
Šio straipsnio tikslas – remiantis pirminiais šaltiniais – ankstyvuoju pokariu kalbininkų Juozo Balčikonio, Jono Kruopo, Kazio Ulvydo parašytais straipsniais, – atlikti pasirinktų kalbinių publikacijų analizę ir jos pagrindu sudaryti algoritmą tinkamą išsamesnėms sovietinio laikotarpio kalbotyros darbų studijoms.
Todėl išsikelti ir atitinkami uždaviniai: 1) remiantis to meto publikacijomis, išnagrinėti kalbinėje mokslinėje literatūroje taikytus ideologizacijos būdus ir jų raišką; 2) išsiaiškinti, kaip pokariu buvo formuojamas lietuvių kalbotyros turinys; 3) apibendrinti šio tyrimo rezultatus.
Atlikta analizė parodė, kad ankstyvojo pokario publikacijoms būdinga beveik vienoda makrostruktūra. Ideologiškai privalomos kalbinės klišės galėjo būti vartojamos visame publikacijos tekste arba tik įvadinėje ir baigiamojoje dalyse. Pirmuoju atveju ideologizuojamas visas mokslinis turinys, antruoju – nors ir ideologiškai „įrėmintas“, straipsnis gali išlikti nepraradęs savosios mokslinės vertės.
Iš atliktos analizės matyti, kad to meto publikacijų ideologizacija gali būti atpažįstama iš tam tikrų to meto kalbotyrai būdingų elementų: metodologinių nuostatų, išreikštų nusakytu straipsnio tikslu ir uždaviniais; „teisingo“ objekto, tiriamosios medžiagos bei tyrimo metodo pasirinkimo; mokslinio aparato, t. y. atsižvelgiant į nurodytą ir cituojamą literatūrą; straipsnio struktūros – straipsnio pradžios ir pabaigos klišių; mokslinio turinio sąsajų su to meto ideologija.
Pokario kalbotyros straipsniuose gausu ideologizuoto turinio simplifikacijos, išreikštos nutylėjimu ar lingvistinio turinio iškraipymu, atvejų. Lengviausiai atpažįstama simplifikacijos forma yra susijusi su įvairiomis marksizmo-leninizmo dogmomis, pritaikytomis kalbotyriniam turiniui.
Mokslinės minties raiškos priemonėmis – specifinėmis (ir simplifikuotomis) stilistinėmis figūromis – dažnai suniveliuojamas paties autoriaus stilistikos savitumas. Todėl, vertinant kalbotyrinius šeštojo dešimtmečio darbus, iš garsiųjų kalbininkų kūrybos ir gyvenimo nereikėtų skubėti trinti autentiškų to laikotarpio klišių.
ESMINIAI ŽODŽIAI: lietuvių kalbotyra, leksikografija, dialektologija, kalbos istorija, ideologizacija, simplifikacija.
DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ
Lietuvių kalbos institutas
Petro Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius
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DANGUOLĖ MIKULĖNIENĖ. Ideologizacijos raiška pokario lietuvių kalbotyroje 53