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Galininko su dalyviu (accusativus cum participio) struktūra ir vartosena senojoje lietuvių kalboje

V. Ambrazas

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ŽODŽIŲ FORMOS IR JŲ VARTOSENA LIETUVOS TSR MOKSLŲ AKADEMIJA V. AMBRAZAS STRUCTURE ET EMPLOI DE L’ACCUSATIF AVEC PARTICIPE (ACCUSATIVUS CUM PARTICIPIO) EN LITUANIEN ANCIEN L’accusatif avec participe (ci-après GD) est l’une des rares constructions participiales qui ont nettement évolué dès la période de la tradition écrite. En lituanien ancien, la forme grammaticale du GD différait de la forme actuelle; son domaine d’emploi était aussi beaucoup plus vaste autrefois. Certaines particularités du GD que l’on trouve dans les écrits des XVIe et XVIIe siècles contribuent à éclairer la structure ancienne de la phrase simple et son évolution. C’est pourquoi, dans l’étude de cette construction, il faut avant tout prêter attention à sa structure dans les plus anciens monuments de la langue lituanienne. Le GD de la langue lituanienne a été décrit pour la première fois dans les grammaires de D. Klein¹. On trouve de nombreuses données sur cette construction dans les grammaires ultérieures², en particulier dans les travaux de J. Jablonskis³. Du point de vue de la grammaire historique, le GD a été étudié par A. Potebnia⁴ et E. Fraenkel⁵; les travaux d’A. Bezzenberger⁶, de B. Delbrück⁷ et d’autres chercheurs contiennent des remarques et des données ponctuelles à ce sujet. E. Tangl a étudié le GD dans une étude spéciale dont, malheureusement, seul un résumé a été publié⁸. On y trouve des observations pénétrantes et des réflexions importantes sur la genèse et l’emploi de cette construction, mais elle ne saurait remplacer une description détaillée de la structure du GD. Au cours de la dernière décennie, les liens du GD avec d’autres constructions ont continué d’être examinés dans les articles d’I. Marvan⁹, tandis que J. Palio- 1 Grammatica Litvanica… edita à M. Daniele Klein… Regiomonti… 1653, p. 163, 165; M. Danielis Kleinii Compendium Litvanico—Germanicum… Königsberg, 1654, p. 111. 2 Plg. Universitas Lingvarum Litvaniae… 1737, Vilnae, p. 27, 52; W. Haack, Vocabularium Litthanico—Germanicum et Germanico—Litthavnicum… Nebst einem Anhang einer kurtzgefaßten Litthauschen Grammatic. Halle, 1730, p. 336,; P. F. Ruhig, Anfangsgründe einer Littauischen Grammatik, Königsberg, 1747, p. 150—151 (Ch. G. Mielcke savo gramatikoje p. 188—189 pakartoja tuos pačius duomenis); G. Ostermeyer, Neue Litauische Grammatik ans Licht gestellt, Königsberg, 1791, p. 177; F. Kurschat, Grammatik der littauischen Sprache, Halle a. S., 1876, p. 366, 376, 423, 424; A. Schleicher, Litauische Grammatik, Prag, 1856, p. 263, 316, 321—322, 332. 3 J. Jablonskis, Rinktiniai raštai, red. J. Palionis, I, Vilnius, 1959, p. 303, 321—322, 472 tt., 614—615. 4 А. Потебня, Из записок по русской грамматике, 1—11. М., 1958, 314 тт. 5 E. Fraenkel, Syntax der litauischen Kasus, Kaunas, 1928 (toliau — Kas.), p. 154—155. 6 A. Bezzenberger, Beiträge zur Geschichte der litauischen Sprache, Göttingen, 1877, p. 223, 227—228, 262. 7 B. Delbrück, Vergleichende Syntax der indogermanischen Sprachen, (toliau — Vergl. Synt.) II, Strassburg, 1897, p. 490—491. 8 E. Tangl, Der Accusativus und Nominativus cum Participio im Altltauischen, Weimar, 1928 (toliau — Acc.). 9 И. Марван, О некоторых функциях литовского причастия „Kalbotyra (Языкознание)“ IV, Vilnius, 1962, p. 33—43; К вопросу о лингво—географическом положении балто—славянских языков, „Baltistica“ V (1), Vilnius, 1969, p. 17—19. 13* 195 … sa monographie présente de nouvelles données sur l’emploi du GD dans les écrits des XVIe–XVIIe siècles10. Le but de cette étude est de décrire la structure et l’emploi du GD dans l’ancien lituanien, et de mettre en évidence l’orientation et les régularités de l’évolution de cette construction. L’étude s’appuie sur des données recueillies de manière exhaustive dans tous les écrits des XVIe–XVIIe siècles actuellement accessibles (à l’exception des dictionnaires); les textes traduits ont été systématiquement confrontés aux originaux disponibles11. 1. L’accusatif double avec des noms et des participes 1.1. Le GD comporte généralement trois constituants principaux: un élément verbal (V), un élément nominal (N) et un élément participial (P). N et P dépendent de V (ils lui sont subordonnés) et sont à l’accusatif; en outre, P s’accorde en genre et en nombre avec N. Cette construction se distingue des autres syntagmes réunissant un nom à l’accusatif et un participe en ce qu’aucun de ses constituants dépendants, pris isolément, ne peut remplacer le syntagme NP tout entier tout en conservant sa valeur syntaxique. Par exemple, dans la phrase (welinas regeia ana išchalkusi (BrP I 271), on peut distinguer les syntagmes regeia ana et regeia išchalkusi, mais aucun d’eux ne rend compte du sens propre à la construction entière: « il vit que celui-là avait faim ». Bien qu’ils soient à un cas dépendant, N et P entretiennent dans cette construction une relation semi-prédicative, c’est-à-dire une relation prédicative qui ne constitue pas le fondement de la structure de la phrase12. Une telle relation entre les constituants dépendants de la construction n’est possible qu’après certains verbes (verba percipiendi, dicendi etc.). Des relations semi-prédicatives identiques se forment également dans les syntagmes à l’accusatif avec des adjectifs et des noms, cf.: regeiot ghi vschžengenti Mž 299; regeiau tą Moterischkę girtą BrB Apr 17, 6 et regėjome jį … wirą sopulų DP 16952. Depuis l’époque de J. Jablonskis, ces constructions sont appelées accusatif double. Elles sont rares dans la langue actuelle13 et ne se forment qu’avec un petit nombre de verbes (matyti, rasti, etc.), mais elles sont plus largement employées dans les anciens écrits et dans la tradition orale. Comme l’accusatif double avec des noms et des adjectifs aide à mieux comprendre la formation du GD, il est utile de l’examiner séparément. Pour l’histoire du GD en lituanien, les idées d’A. Potebnia sur le rapport entre l’accusatif double et l’emploi plus large de l’accusatif objet dans l’Antiquité sont très importantes. Comme l’objet direct et l’objet indirect n’étaient autrefois pas différenciés formellement, l’accusatif avec les verbes de perception, de parole, etc., était lié de la même manière que 10 J. Palionis, Lietuvių literatūrinė kalba XVI–XVII a., Vilnius, 1967, p. 159–161. 11Pour les données sur la diffusion du GD aux XVIe–XVIIe siècles et son rapport avec les constructions des originaux, voir l’auteur, LKK XI, p. 41–58. Les extraits des écrits de J. Bretkūnas et de B. Vilentas ont été comparés à l’édition de 1549 de la Bible de Luther: Biblia: Das ist: die gantze heilige Schrifft… D. Mart. Luth. Wittemberg. Gedruckt durch Hans Lufft. 1549. Pour la comparaison avec la Vulgate, les éditions suivantes ont été utilisées: Biblia Sacra Vulgatae editionis Sixti Qvinti Pont. Max. ivssv recognita atqve edita Romae… MDXCIII; Novum testamentum graece et latine… curavit Eberhard Nestle, Stuttgart, 61921. Dans l’étude, les citations tirées de ces textes ne sont pas accompagnées d’abréviations. 12Le terme de relations semi-prédicatives correspond à peu près au terme de relations sociatives employé par A. Muchin; voir A. M. Muchin, Структура предложений и их модели, Л., 1968, p. 92 sqq. 13En raison de l’emploi rare de cette construction et de sa description quelque peu inexacte dans la grammaire d’A. Schleicher (il estimait que, dans l’énoncé sakė tave šiokią, sakė tave tokią, le lien esant ou esančią était omis; voir A. Schleicher, Litauische Grammatik, p. 263), B. Delbrück considérait l’accusatif double comme presque entièrement disparu du lituanien; cf. B. Delbrück, Vergl. Synt., I, p. 378. 196 avec les factitifs. S’appuyant sur cette observation, A. Potebnia a indiqué que, par exemple, dans la construction vieux-slave mbnjasėtb otbca svoiego živa « je trouve mon père vivant », le lien du verbe avec le premier accusatif est le même que dans la phrase postavi Mefodbja episkopa « il nomma Méthode évêque »14. Appliquant l’approche d’A. Potebnia au lituanien, E. Tangl a relevé des cas où les verbes regėti, sakyti, dans les anciens textes, se construisent sans préposition avec l’accusatif désignant un objet indirect (plus éloigné), par exemple: pakáiu iėmus sáko DP 203 (= pokoy im opowiada W 211)15. C’est à partir de tels objets à l’accusatif, auxquels s’adjoint un prédicatif, que s’est formée la construction de l’accusatif double en lituanien16. 1.2. Un examen plus large des données des textes des XVIe et XVIIe siècles confirme pleinement le lien génétique de l’accusatif double avec l’accusatif régi par le verbe et désignant un objet indirect, observé par A. Potebnia et E. Tangl. L’accusatif d’objet indirect avec des verbes de parole, notamment avec le verbe sakyti, se rencontre dans de nombreux anciens textes. Je dis tous les miracles Mž 51917. Je raconterai sa loi Mž 506. Elle a enfanté… celle dont Gabriel avait parlé auparavant Mž 17918. Je vous ai parlé de choses terrestres SE 1368. Cet homme… lui ordonna de prêcher la pénitence et le pardon des péchés MT LŽ 14, 17—22. Il nous annonça votre désir ardent ChB II Kor 7, 7. Les prêtres… ceux qui le prêchent ChB Apd 15, 21. Il prêcha à tous… le baptême de pénitence ChB Apd 13, 24. Il dit la raison MP 2055. …Sa femme / celle qu’il dit par le prophète MP II 354a25. J. Bretkūnas emploie le verbe sakyti avec l’accusatif lorsqu’il traduit les constructions de l’original allemand comportant le verbe predigen, qui signifie « prophétiser, annoncer, prêcher au sujet de quelque chose », cf.: J’annoncerai aux prisonniers leur libération Iz 61, 119 — Prêcher aux prisonniers une délivrance (praedicarem). Et je célébrerai le nom du Seigneur Ps 116, 17 — Je veux… prêcher le nom du SEIGNEUR (invocabo). …Celui qui annonce Nah 1, 15 — celui qui prêche la paix (annuntiantis pacem). Cette valeur du verbe sakyti ressort également de son rapprochement avec skelbti, cf.: Dievas… sakitas angu skelptas nog paganu WP 137; ce dernier, à son tour, peut également se construire sans préposition avec l’accusatif: skelbtų iżg to Diewą DP 5626 (stawili stad Bogą W 956). Dans le Postille de M. Daukša, les tournures avec sakyti traduisent des expressions comportant divers verbes, à savoir opowiadać (sako praszokusius dabar sanczius ir atęisęczius daiktus 47424 — opowiada przeszłe |ninieysze| y przyszłe rzeczy W 794; ii mumus tikrai sako 40944 — ie nam… opowiedą W 67120), powiedać (daiktus žęmiškus sakiau 4525 — rzeczy ziemskie powiedat W 755), zwiastować (Angelas… dziauksmą passake 44024 — wesele zwiastowal W 718) et même dawać: To kauliimo norint’ tuli tulas priežastis sako 49610 — rožne przyczyny dawaiją W 836. Dans le texte polonais des « Punktai » de Sirvydas, ces tournures avec sakyti correspondent à des constructions avec spowiadać (Sako sawo piktibes — Spowiad aia się swych złości SP I 16026) et powiadać (Iszminti tieğ 14 A. A. Потебня, op. cit., p. 295—301. Pour les exemples lituaniens et lettons, voir p. 304—305, 306—307, 315 et suiv. 15 E. Tangl, op. cit., p. 42. 16 Ibid., p. 45. 17 De même, Mž 333, 397, BrGD LXXVI (132). 18 Ibid., BrGD II, RG 13. 19 Ibid., Iz 61, 2. 20 Ibid., DP 203₇ — W 343; DP 452 — W 755. 197 nous disons — Nous proclamons la sagesse SP II 215₁₀); de même dans le catéchisme de Petkevičius, dans le Postille de 1600 et dans les Évangiles de 1674, cf.: je dirai ta bonté sacrée PK 89; en proclamant le pardon des péchés PK 171; j’ai proclamé les choses terrestres Ev 177₁₉; il dit la vraie justice MP III 17a₁₅ — il dit la vérité pure RP 286²¹. On trouve un cas de traduction encore plus libre dans MP III 25₄₂: Aujourd’hui, nous commémorons saint Philippe / dont nous rappelons la mémoire — dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire RP 293a. Les constructions actives du verbe dire avec l’accusatif correspondent aux constructions passives avec participe passif et nominatif. Où sont proclamées toutes tes merveilles BrB Ps 26, 7 (que l’on proclame tous tes miracles) L’assemblée fut convoquée BrB Jer 36, 9 (afin que l’on proclame un jeûne)... L’abomination de la désolation / qui est annoncée par Daniel DP 372₂ (qui est prophétisée W 611). Les miracles... seront proclamés dans le monde entier KN 93₁₆. Afin que cela soit dit... annoncé SE 89₁₀²². Jésus... qui avait été annoncé auparavant ChB Apd 3,20. L’annonce... ne devait pas être faite MP 172, 172a₉ (ne devait pas être prophétisée RP 117). Cependant, les groupes avec l’accusatif ayant le sens d’un objet indirect, comparés à d’autres constructions synonymes, sont loin d’être prédominants dans les anciens écrits. Les énoncés contenant les mêmes verbes que dans les originaux allemands et polonais sont beaucoup plus souvent traduits par des constructions avec la préposition « au sujet de » ou par un verbe préfixé apsakyti, cf. sakie ape tikrą ataghimą MP 207a — il raconta la véritable venue RP 142₂₃, Les anges ont annoncé la paix DP 353₂ — ils annonçaient la paix W 581₂₄. Parfois, les groupes comportant un verbe préfixé et un verbe non préfixé apparaissent même dans la même phrase, par exemple: Aux séducteurs, afin que je proclame leur délivrance... aux pécheurs, afin que je révèle les choses cachées MP III 24a₃₄–₃₆ — afin que je raconte la délivrance... que je révèle les secrets RP 293. Les groupes à l’accusatif de sens analogue avec d’autres verbes de parole, par exemple: dire, parler, crier sont beaucoup plus rares et moins évidents, car ils traduisent presque toujours les énoncés correspondants des originaux. Que le Christ... apporte la paix dans les cœurs DP 433₂₉ (dit la paix dans le cœur W 707)²⁵. J’enverrai le malheur dont je leur ai parlé BrB Jer 19, 15 (que j’ai parlé contre eux). Et nous parlons de sagesse parmi les parfaits ChB I Kor 2, 6. Nous le proclamons dans le Christ ChB II Kor 2, 17. Car les tiens... t’appelleront aussi pour partager ton malheur BrB Jer 12, 6 (et pousseront des cris contre toi). De même que le verbe dire signifie « raconter », de même écrire peut signifier « décrire » et se construire avec un accusatif sans préposition. Dans le Postille de M. Daukša, de tels énoncés correspondent le plus souvent au polonais de l’original opisywać + acc. Marc et Luc écrivent cette Histoire sacrée DP 368₃₈ (décrivent W 606). Les évangélistes écrivent aussi les autres trois blessures DP 175₄₄ (décrivent... les préjudices W 301). écrivent... la grande méchanceté et le cœur cruel des Juifs DP 154₃₉ (décrivent... la grande colère W₂ 17). ²¹ De même MP II 386₈₂₂ — RP 261. ²² De même MP 168₃₁₁, 172₁₀. ²³ Cf. également DP 48₂₁, SP I 303₁₁, MP 169₄₈, 173₁, 181₁₇, 184₁₅, 187₆, 212₄₃, ChB Apd 5, 42; 8,5; I Korint 1,23; Efez 2, 17 et suiv. ²⁴ Cf. MP 181₂₀: il disait la vérité — il disait la vérité, mais il annonce la paix — ils annoncent la paix RP 123. ²⁵ Pour les constructions passives correspondantes, cf.: nous sommes maintenant dits habiter MP 138 (nous sommes dits habiter RP 91a). 198 Parfois, la traduction est encore plus libre, cf.: Todrinąg ir du Tėwu pirmiaus raszō DP 503₈ (dwu oycu naprzod kladźie W 856). Les cas isolés relevés dans les écrits de M. Daukša et de K. Sirvydas où les verbes mąstyti « penser » et dūmoti « songer » sont employés avec l’accusatif diffèrent eux aussi des textes polonais, dans lesquels apparaissent des formes préfixées de verbes transitifs lents. Vous devez vous efforcer, vous qui avez enseigné une telle patience (supportant cela) SP II 196₁₆. Afin que nous pensions brièvement à la durée de notre vie et à l’heure inconnue de notre mort DP 552₂₇ (afin que nous réfléchissions à la brièveté de la vie W 941). En revanche, M. Daukša et J. Wujek emploient de la même manière le verbe skaityti (czytać) avec l’accusatif, cf.: Tris tad’ apreiškimus Wieszpatiės skaitome DP 424₁₄ (troie tedy ziawienie Pańskie czytamy W 693)²⁶. Les cas d’emploi du verbe žinoti et du polonais wiedzieć avec l’accusatif coïncident également dans le catéchisme de M. Petkevičius et dans la postille anonyme de 1600. C’est pourquoi, connaissant l’amour de Dieu pour nous, nous nous attachons à lui (connaissant la grâce divine envers nous) PK 139. Nous connaissons de nombreux bienfaits MP 208ᵃ₁₃ (nous connaissons… les bienfaits RP 142ᵃ₅). Nous connaissons aussi le bienfait du Fils MP 208ᵃ₁₉ (nous connaissons… les bienfaits RP 142ᵃ₁₀). Le Seigneur… connaissant toute cette terrible souffrance qui était la sienne MP 155ᵃ₃₅ (connaissant… sa terrible souffrance RP 107₅₂). Parmi les verbes de perception, il faut mentionner le verbe girdėti, qui, dans les anciens écrits comme dans leurs originaux allemands et polonais, pouvait être associé à l’accusatif exprimant le contenu d’une information perçue par les sens. Afin que nous suivions vos œuvres glorieuses, en entendant parler de sa vie et de ses actes DK 67₈ (DK¹ 63). Jean, ayant entendu parler des œuvres de Christ DP 17₁ (ayant entendu parler… des œuvres du Christ W 14)²⁷. Nous avons entendu parler du temps, du lieu et de la manière DP 594₄₃ (Nous avons entendu parler du temps, du lieu et de la manière W₃ 199). Nous entendons parler de trois œuvres miraculeuses BrP I 231. Alexandre… en entendant parler d’œuvres glorieuses… dit BrB I Mak 10, 15 (entendre les actes louables). Mais demain, tu l’entendras ChB Apd 25, 22. La concordance avec les constructions allemandes et polonaises dans ces cas (comme dans les groupes mentionnés avec skaityti, žinoti, byloti, kalbėti) reflète plutôt un parallélisme motivé par la typologie et la parenté génétique qu’un emprunt. À l’époque considérée, en allemand et en polonais également, l’accusatif avec préposition exprimant l’objet indirect s’employait bien plus largement qu’aujourd’hui; de manière générale, on observe dans l’évolution de nombreuses langues indo-européennes une tendance à remplacer nombre de groupes de cette valeur par des constructions prépositionnelles (cf. 2. 1. 7.). Les exemples avec les verbes sakyti, mąstyti, rašyti et autres montrent clairement que cet accusatif de valeur d’objet indirect était un phénomène autochtone du vieux lituanien²⁸. Cependant, dès les XVIe–XVIIe siècles, il est assez rare par rapport aux constructions prépositionnelles correspondantes. La plupart des groupes de ce type étaient alors probablement devenus des archaïsmes. Ils sont importants en ce qu’ils permettent de comprendre la genèse de l’accusatif double et d’établir les relations syntaxiques initiales entre les éléments de cette construction. 26 Cf. aussi DP 562₂₈ — W 957. 27 De même, VEE 13, 16. 28 Autre cas: les constructions du verbe liepti avec l’accusatif, relevées dans la Bible de J. Bretkūnas et apparues, semble-t-il, sous l’influence directe du texte allemand, cf.: liepe mane eiti — hieß mich gehen Ezech 46, 21; liepk ghi passikelti — heis zu auffstehen II Kar 9, 2; PoNas ghi liepe — der HERR hats jn geheissen II Sam 16, 10; de même, Nehem 12, 31, Est 1, 17, etc. 199 1. 3. Avec les mêmes verbes que ceux employés dans les syntagmes discutés ici, on forme également des constructions à double accusatif. Comme le double accusatif avec des noms et des adjectifs est un peu plus fréquent dans les anciens écrits que les syntagmes comportant un seul accusatif d’objet secondaire, on trouve aussi un plus grand nombre et une plus grande variété de verbes régissant le double accusatif. Dans les deux cas, cependant, on peut distinguer les mêmes groupes sémantiques et les mêmes lexèmes principaux. Les constructions avec des noms (a) et celles avec des adjectifs ou des pronoms (b) ne diffèrent pas non plus fondamentalement entre elles par le sens du verbe; toutefois, les adjectifs apparaissent au second accusatif au moins deux fois plus souvent. La comparaison des textes traduits avec leurs originaux, ainsi que les vestiges des constructions correspondantes dans le folklore et la langue populaire, ne laissent aucun doute quant au caractère autochtone de ces constructions. Dans les anciens écrits, les verbes suivants en sont le plus souvent le constituant principal: 1. Verbes de perception: voir, regarder, apercevoir, entendre, ouïr, sentir, trouver. a) Ir jos atstovios pranešė… jog ghi pona regeia BrP I 401. Ir regedams sawa sunų Ianą tikusi Wirą padare ghi Hoitmanu BrB I Mak 13, 54 (sahe | das sein Johannes ein tüchtiger Man war)³⁰ Bet jei kuri pamatis swętim[m]oteri | girtūkle gōdą | ir didžiūjanti DP 32₄₇ (iesli ktorego wyźrzy cudzolożnika pijánice | chćiwégo y pysznego W 51). Wieszpats regiedamas ii daugkalbi | prisikidavo (widząc go wielce mownego SP II 73₂₁. Kurij schwents Ions… Pona sawa paiuta Mž 179₂₉. Asch tawa Dukteri neradau Mergą BrB V Moz₂₂ (Ich habe deine Tochter nicht jungfraw funden). b) Marie ne les laissa pas, les voyant dans une grande détresse BrP I 60. Pour que vous le voyiez en bonne santé DP 484₁₉ (Gdy ie widzą ubogimi) Car je t’ai vu juste BrB I Moz 7, 1 (dich hab ich Gerecht ersehen)³¹. Et Aaron… vit qu’elle était lépreuse BrB IV Moz 12 (wird gewar | das sie aussätzig ist). Il les vit malheureux BrB I Moz 40 (sahe | das sie traurig waren) Je les vis plus faibles MP 120³². Un autre homme est sage BrB Sir 37, 25 (Mancher ist weise) Car je n’ai pas trouvé tes œuvres achevées BrB Apr 3, 2 (ich habe deine Werck nicht voellig erfunden). Afin qu’il trouve la maison vide (znáydzie Dō prożny) SP II 73, 1. Il trouva Jésus (tykt) lui-même ChB Luk 9, 36³³. 2. Verbes de perception et d’activité psychiques: reconnaître « tenir pour », savoir, comprendre, inventer, se souvenir, dire, croire, considérer. a) Afin que nous… te reconnaissions comme notre Seigneur (ciebie Panem swoim wyznawali) PK 184. La Vierge… célèbre Jésus en le reconnaissant comme Dieu éternel SIG 45₁₁. Te reconnaît… l’Église. La majesté éternelle du Père BrGD XXXVI (50)³⁴. Que peut découvrir le don de l’Esprit saint, sept fois offert MP 271₃₆. Avec 29Cf. aussi BrGD Rankr 5; GD II. 30Dans de tels cas, le second accusatif apparaît parfois également sans le premier: Girdi Mergą | girdi ir nusižeminusią DP 598₃₀ (Słyszysz pannę W 723). Pilats rades nekalta: siun­te ghi prieg Heroda. Mž 442. 31De même, BrB Iz 58, 7; Pat 22, 29; I Mak 12, 28; 4, 21; Mat 25, 37; Apr 17, 6; DP 336₁₆; SP I 165 – 166; MP 79₄; SIG I 47₁₅, 52₉, 78₁₁, 123₅, etc. 32De même, BrP II 33, MP 69₈, III 15₂₅. 33De même avec trouver BrB Išm 8, 11; Sir 37, 21; Zuz 14; Dan 1, 20; Luk 7, 10; II Kor 9, 4; 1, 13; Mž 442; BrGD LXIII 103; DP 289₃₇; ChB II Kor 9, 4; Luk 7, 10; MP II 365₁₈, 366 – 367; SIG II 28₂₄, 83₁₃, 98₁₈, etc. 34De même, PK 27; Mž 47, 51, 82; BrGD XII (= RG 133), ChB Jon 17, 3; MP 104₁₄, 107, 146₈₂₄, 167₈₇, 186₁₀, 265₈₃₀, 283₄₁₀, II 347₈₂₄, 351₉₉, etc. 200 on comprend qu’il s’agit d’idoles, que... les rois savent qu’elles ne sont pas des dieux, mais des œuvres de mains humainesBrB Bar 6,550 (non des dieux, mais fabriquées par des mains humaines). Nous, les insensés, pensions... que sa fin était une honteBrB Išm 5, 4 (considéraient... sa fin comme une honte). Pourtant, ils prêchent cela comme une doctrine étrangèreBrB Hoz 8, 12 (C’est ainsi qu’on le tient pour un enseignement étranger). Qui donc les tiendra pour des dieux ou les appellera ainsi?BrB Bar 6, 55 (Comment donc les tenir ou les appeler dieux? LB) Celui... les appelle ses géniteurs et les tient pour ses(souligné)seigneursBrB Sir 3, 8 (les tenait pour ses seigneurs). b) Les apôtres de Jésus, vivants... le connaissent Mž 280. Ainsi, nous connaîtrons Dieu devant nous SE 232₂₃... Et bien qu’ils sachent qu’ils (elles) sont sans vie, ils les suivent pourtant BrB Bar 6, 41 Vnd wiewol sie wissen | das kein Leben in jnen ist). Ils... connaissent la souffrance et s’attachent à leur maladie BrP II 387. Connaissant le bon Seigneur (Znaiać Páná łaskowego) PK 179. Se souvenant de ce bon Seigneur | et de sa bienveillance envers tous les hommes (Bacząc na to iak tó Pan dobry | a iak ku wsem miłosierny) PK 83. Alors Éli dit qu’elle était ivre BrB I Sam 1, 14 (Da meinet Eli sie were truncken). Et je l’ai estimée plus précieuse que le royaume BrB Išm 7, 8 (Vnd ich hielt sie thewrer | denn Koenigreich). Et les Juifs, qu’il avait auparavant tenus pour indignes BrB II Mak 91, 15 (die er zuvor nicht werd geacht). 3. Verbes de transmission de l’information: dire, annoncer, déclarer, révéler, confesser, témoigner, montrer. a) Pourquoi as-tu dit qu’elle était ta sœur? BrB I Moz 12, 19 (Warum sprachestu denn | sie were deine Schwester?). Il fallait le confesser comme Dieu BrB Išm 12, 27 (vnd musten jn fur einen Gott bekennen) Celui qui envoya alors son Fils révéla que le Père éternel | le Fils | et le Saint-Esprit sont un MT 187₁₆. Le Christ nous est présenté comme le Sauveur parfait SE 152. b) Désormais toutes les générations me diront bienheureuse BrP II 259. Que toutes les nations vous proclameront bienheureux BrB Mal 3, 12 (Das euch alle Heiden sollen selig preisen). Cette parole... est fidèle | et digne de toute acceptation DP 504₁₁ (Wierna | právwi | mowá | y... godná W 857) Alors nous confesserons aussi que Dieu nous tient pour coupables selon la justice MT 185₁₁. Je te confesserai juste SIG II 36₁₅. Elle... témoigne qu’il est coupable de mort RG 85₆. Alors juge-le impur BrB III Moz 13 (sol jn... vnrein urteilen). Je ne détournerai pas mon visage de vous (je ne me montrerai pas hostile) BrB Jer 3, 12 (So wil ich mein Antlitz nicht gegen euch verstellen). Et afin de montrer la richesse de sa gloire ChB Rom 9, 23. 1.4. Outre les verbes des groupes sémantiques mentionnés, l’accusatif double se construit également avec les verbes dits factitifs, qui désignent la création ou le maintien d’une certaine propriété ou d’un état, par exemple: faire, élever, appeler, laisser, tenir, avoir ou simplement une action effectuée sur un objet qui se trouve dans un certain état, par exemple: accepter, conduire, laisser, recueillir, donner, manger, boire, etc. Le second accusatif du nom s’emploie dans de telles constructions parallèlement à l’instrumental qui se répand progressivement35. Car tu fais de la ville un tas de pierres BrB Iz 25,2 (Denn du machest die Stadt zum Steinhauffen). Je ferai de toi un désert BrB Jer 22,6 (Ich wil dich zur Wüsten... machen). Fais de nous des vases dignes (vczyn nas godnym naczyňiem) 35 Pour une analyse plus détaillée du rapport entre l’accusatif et l’instrumental dit prédicatif dans de telles constructions, voir E. Fraenkel, Der prädikative Instrumental im Slavischen und Baltischen und seine syntaktischen Grundlagen, AfSlPh 40 (1926), p. 85 sqq.; Kas., p. 152 sqq., 199–200. 201 PK XXXI. Voici que je fais grandir mon enfant BrB II 275. Et ne l’appelez plus désormais un fardeau BrB Jer 23,36 (Et ne l’appelez plus un fardeau). Et l’on t’appellera la ville visitée et non abandonnée BrB Iz 62,12 (et l’on t’appellera la ville visitée et non abandonnée). Je pensais la prendre pour moicomme compagne Draugalą BrB Išm 8,9 (J’avais décidé de la prendre pour moi comme compagne). Il fit... une maison pour la fille du Pharaon, que Salomon avait prise pourfemme BrB I Kar 7,8 (que Salomon avait prise pour femme). Afin qu’il nous désigne et choisisse un peuple pour luiélu MP 207₂ (afin qu’il nous... choisisse un peuple pour lui-même, élu RP 141). Parmi les constructions avec un second accusatif adjectival dans les anciens écrits, celles qui dépendent du verbe faire sont particulièrement productives. Elles servent souvent à traduire des expressions originales de structure tout à fait différente. Nous te rendrons courageux Mž 564, Br Gd XXXV. Je rendrai ses sanctuaires profanés BrB Ezech 7,24 (Je veux... profaner leurs églises). Afin que tu sois rendu odieuxà leurs yeux MP 196₈ (afin qu’il te déteste RP 133₁₃). En les rendant indignes MP 257₈ (les faisant indignes RP 175₄₆). Promettant de vous rendre heureux en eux MP 375ₐ (vous rendre heureux en eux RP 253₄₇). Les adjectifs, bien plus souvent que les noms, s’emploient également dans des constructions avec d’autres verbes exprimant les sens mentionnés. L’Évangile appelle les pauvres bienheureux (zowie błogosławionymi ubogie) SP I 303₁₆. Il appelle maudit tout homme de cette sorte MP 100₂₀ (przeklętym zowie RP 64ₐ₇). Il... laisse les riches repartir les mains vides VEE 159₃₆ (Vnd lesst die Reichen leer). Dieu a rendu l’homme bon BrB Pam 7,29 (hat auffrichtig gemacht). Et Joab laisse en vie ceux qui restent dans la ville BrB I Kron 12,8 (lies leben die übrigen)³⁷. Nous les capturerons vivants BrB II Kar 7,12 (wollen wir sie lebendig greiffen). Et je rassemblerai tout Jacob BrB Mich 2,12 (versamlen gantz). Tu as fait passer ton peuple... à travers les eaux à sec Vln 60–61 (trucken hindurch gefuehrt Lut. Cat. m. 132). Il m’a ramené sain et sauf BrB Tob 12,3 (hat mich gesund hin vnd wider bracht). Et remplissez-en les jarres ChB Jon 2,7. Je boirai avec vous du vin nouveau dans le royaume de Dieu ChB Mork 14,25. Nous les dévorerons vivants BrB Pat 1,12 (wir wollen sie lebendig verschlingen). Donnez-moi l’enfant vivant BrB I Kar 3,27 (Gebet jr das Kind lebendig). Les plaies... qu’il porte ouvertes WP 9. Pour sa santé, il prend soin de moi (o mym zdrowiu radzi) PK 50. Simon... les laissa s’échapper vivants BrB I Mak 13,50 (lies sie leben). 1.5. La comparaison de l’accusatif double avec les groupes verbaux examinés en 1.2 montre clairement que les relations syntaxiques entre le verbe (V) et le premier accusatif nominal ou pronominal (N) sont identiques dans les deux cas. Dans le groupe il dit vraiment en nous prenant DP 409₄₄, l’accusatif pronominal lui, qui désigne la personne dont il est question, est directement subordonné au verbe. On observe la même relation syntaxique entre V et N dans la construction à accusatif double À qui as-tu dit qu’elle était ta sœur? BrB I Moz 12,19. Dans celle-ci, toutefois, un autre accusatif nominal (N′) est également associé à N, et entretient avec le premier une relation analogue à celle d’un attribut nominal avec le sujet; cf. elle est ta sœur. Dans les deux cas, le rapport entre V et N est direct, immédiat et, sans aucun doute, primaire. L’interprétation transformationnelle de GD confirme également le lien immédiat de V avec N (voir 3.3.2.). En revanche, la relation entre V et N′ est indirecte et repose sur 36 Cf. également BrP II 259. 37 De même avec laisser BrB II Moz 1,17; I Kar 20,31; II Kar 25,22; Ezech 23,29; 29,12; 16, 39; Luk 1,53. 202 N et N’ entretiennent une relation semi-prédicative. Il semble qu’il ait acquis plus tard un rôle décisif dans la structure de la construction. Ainsi, dans les constructions avec des verbes qui, autrefois, pouvaient se construire avec un accusatif d’objet indirect (par ex.: žino / sako anuos negyvus), on peut établir les mêmes relations syntaxiques primaires que dans les constructions avec des verbes exigeant un objet direct (par ex.: regi juos grynus). Pour l’accusatif double des deux types, on peut reconstruire le même modèle de relations syntaxiques primaires: (1) V ⟶ N ←╌→ N’ Ce modèle suppose l’existence d’une phrase de ce type, dans laquelle des prédicats secondaires, nominaux, pouvaient accompagner les cas subordonnés au verbe. Cela ressort d’abord de l’analogie structurelle entre l’accusatif double et les constructions avec d’autres cas. Parmi celles-ci, la plus proche du GD est le génitif double, dont on trouve des vestiges dans les anciens écrits et dans la tradition orale, cf.: Neweiseidekit mane teip iūdos, nesa saule mane teip ischdėge BrB GG 1,6 (Sehet mich nicht an | Das ich so schwartz bin; quod fusca sim); neradau nes darba tawo pilno ChB Apr 3,2. Le datif postpositionnel se rattache également aux noms et aux pronoms, cf. Rauschiau (=rašiau) iumus Tiewamus BrB I Jon 2, 13 (euch Vetern); kalbu iumus prietelamus ChB Luk 12,4; les constructions correspondantes avec un second datif — un participe (par ex. idant… kiekvienas iam tiesu sakunciam be iokio abeiojimo tiketu SP II 138₂₂–ná powieść jego) — ont vraisemblablement contribué autrefois à poser les bases du datif absolu³⁸. 1.6. Les constructions à cas double, avec un rapport direct de subordination entre V et N et un rapport semi-prédicatif entre N et N’, sont également caractéristiques de nombreuses autres langues indo-européennes à leurs stades les plus anciens. Il faut mentionner en premier lieu les parallèles lettons, cf. pazinu vedējus devīgus cilvėkus; saka mani dzērājinu, etc.³⁹ En vieux slave, en vieux russe, en vieux tchèque et dans d’autres langues slaves⁴⁰, l’accusatif double avec des substantifs et des adjectifs suit des verbes appartenant aux mêmes groupes sémantiques et peut être associé aux verba percipiendi, cogitandi, dicendi, etc., cf. le vieux tchèque mniše jeho posla spravedlivého Ote A 347⁴¹, le vieux slave gl(agol)ja vašъ rabъ Mar Jon 15, 15⁴². Des constructions du même type sont attestées dans les anciens monuments des langues germaniques, cf. le gotique kunnands ina wair geraihtana (εἰδὼς αὐτὸν ἄνδρα 38 Pour plus de détails à ce sujet, voir l’auteur, LKK V, p. 9 sqq. 39 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 577—578. 40 Pour le vieux slave et le vieux russe, voir А. А. Потебня, op. cit. 296 sqq., 305; J. Łoś, Gramatyka starosłowiańska, Lwów — Warszawa — Kraków 1922, p. 166; Т. П. Ломтев, Очерки по историческому синтаксису русского языка, М., 1956, p. 212—216, 220 sqq.; В. И. Борковский, П. С. Кузнецов, Историческая грамматика русского языка, М., 1965, 392 sqq., 472; Сравнительно-исторический синтаксис восточнославянских языков, Члены предложения, М., 1968, 112 sqq.; В. И. Чагишева, О втором винительном падеже имени прилагательного и причастия в истории русского языка, Уч. зап. ЛГПИ, т. 373, 1968, p. 215; pour le vieux tchèque, voir J. Gebauer, Historická mluvnice jazyka českého, IV, Skladba, Praha, 1929, p. 25—26, 319 sqq.; F. Trávníček, Historická mluvnice česká, 3, Skladba, Praha, 1956, p. 123—124; pour le vieux biélorusse, voir Е. Ф. Карский, Белорусы, Язык белорусского народа, 2—3, p. 397—398; pour les autres langues slaves, voir F. Miklosich, Vergleichende Grammatik der slavischen Sprachen, IV, Wien, 1868—1874, p. 388—389; W. Vondrák, Vergleichende slavische Grammatik, ²II, Göttingen, 1928, p. 273. 41 J. Gebauer, op. cit. 321. 42 B. Havránek, La voix (genera verbi) en vieux-slave, « Études sur la syntaxe du vieux-slave », Prague, 1963, p. 51. 203 δικαιον)43, anglo-sax. wiste hine scyldigne « il le savait coupable »44. Du point de vue de la structure interne, le double accusatif lituanien correspond tout à fait à l’acc. duplex latin avec les verbes videre, intelligere, credere, sperare, iudicare, nuntiare, praedicare, docere, par exemple: me… tristem credas Pl. As. 842; ille navem salvam nuntiat Amph. 98845 malitiam sapientiam iudicant46, ainsi qu’à l’acc. dupl. grec avec les verbes νομίζω, ἡγέομαι, ἀποδείκνυμι, etc., qui signifient dans cette construction « croire, reconnaître, considérer quelqu’un comme quelque chose », ou ὀνομάζω, λέγω « appeler, dire »47; comparer également le vieux-indien ná vai hatám vírtām vidmá ná jīvám48 « nous ne savons pas si Vṛtra est mort ou vivant » et les constructions correspondantes avec les verba percipiendi et dicendi dans les textes hittites, par exemple: ŠĖŠ–YA GIG-an us-ki-ir « j’ai entendu mon frère malade »49. Le parallélisme structurel et sémantique de ces constructions montre de manière convaincante que, dès une époque très reculée du passé des langues indo-européennes, les syntagmes nominaux dépendant de verbes de perception et d’information exprimaient des relations prédicatives, qui furent ensuite exprimées par des propositions subordonnées. On observe les mêmes relations dans les constructions avec d’autres cas doubles. La comparaison avec d’autres langues indo-européennes confirme également le rapport initial de subordination directe entre V et N. Dans les constructions avec des verbes de perception physique, ce rapport est évident, puisque N est ici l’objet direct de V. A. Potebnia50 et des chercheurs ultérieurs51 ont démontré de manière convaincante que, dans les plus anciens monuments des langues slaves, les verbes de perception psychique et d’information (par exemple, vieux-russe vědati, mnĕti, znati, dumati, glagolati, povědati, ispovědati, skazati…) se construisaient eux aussi avec l’accusatif de l’objet éloigné, exprimant le contenu de la perception ou de la parole, tout comme viděti et les autres verbes de perception physique; comparer le vieux-russe исповѣда... пакость. К.-П. Плат. 153, помышляю жену ПСРЛ I 179, сказа явление К.-П. Плат. 18052, оувѣдаша... погоню I Новг. лет.53. L’accusatif après des verbes de sémantique correspondante se rencontre aussi dans d’autres langues indo-européennes (généralement dans des constructions de caractère résiduel); comparer le latin iuravit morbum « il déplorait la maladie » et la formule figée Iovem lapidem iurare. 43 W. Vondrak, Vergleichende slavische Grammatik, ² II, 273. 44 А. А. Мухин, Функциональный анализ синтаксических элементов, М.—Л., 1964, р. 119, 189; plg. dar J. Macháček, Complementation of the English Verb by the Accusative—with—Infinitive and the Content Clause, Praha, 1965, p. 64, 66, 68. 45 R. Kühner, C. Stegmann, Ausführliche Grammatik der lateinischen Sprache, II, 1, Hannover, 1912 (ci-après — Lat. Gr.), p. 294—295; O. Riemann, Syntaxe latine d’après les principes de la grammaire historique, Paris, 1927, p. 74—75. 46 A. Ernout, F. Thomas, Syntaxe latine, Paris, ²1953, p. 35. 47 R. Kühner, Ausführliche Grammatik der griechischen Sprache, ²II, 1., Hannover, 1870, p. 273; С. И. Соболевский, Древне-греческий язык, М., 1948, р. 255. 48 B. Delbrück, Altindische Syntax, Halle, 1888, p. 179. 49 A. Hahn, Genesis of the Infinitive with Subject Accusative, Transactions and Proceedings of the American Philological Association (=TAPA), v. 81, 1950, p. 128. 50 А. А. Потебня, Из зап., I—II, 295—298. 51 Т. П. Ломтев, ор. cit., р. 257—260; Д. Станишева, Винительный падеж в восточно-славянских языках, София, 1966, р. 34—40 avec littérature; même endroit, pour les autres langues slaves orientales, p. 142 et suiv., 170 et suiv.; В. И. Борковский, П. С. Кузнецов, ор. cit., р. 472; Вступ до порівняльно-історичного вивчення слов’янських мов, éd. О. С. Мельничук, Київ, 1966, р. 466. Pour le vieux tchèque, voir aussi Д. Станишева, К проблеме лексических ограничений синтаксических моделей, Славистичен сборник, София, 1968, р. 33—34; pour le vieux polonais, même endroit, р. 39—40. 52 Д. Станишева, ор. cit., р. 37. 53 В. И. Борковский, П. С. Кузнецов, ор. cit., 472, comparer le double accusatif Князя своего живого вѣдяще (Ип. лет.). А. А. Потебня, Из зап., I—II, р. 305. 204 Fam. 7, 12, 2 (au lieu de l’expression habituelle per Iovem); Catilinam atque illa portenta loquebantur C. Mil. 6354; de même, en sanskrit, après les verbes signifiant « parler » (par ex.: yām attha « de quoi parles-tu? », c’est-à-dire à propos d’une personne)55, « penser » (à une chose, concurremment avec l’acc. duplex et les propositions subordonnées), etc. De tels groupements s’expliquent par la faiblesse et le caractère non différencié du régime syntaxique propres à la phrase indo-européenne ancienne, qui permettaient à l’accusatif, comme aux autres cas, d’être associé au verbe non seulement comme objet direct, mais aussi comme objet indirect et avec diverses valeurs adverbiales. À partir des groupements mentionnés ici, on peut, dans les constructions à double accusatif, distinguer historiquement un nom dépendant du verbe et un apposé prédicatif (par ex., lat. volo te + consulem56). L’emploi répandu des apposés nominaux est l’une des caractéristiques les plus frappantes de la phrase, qui saute aux yeux dans les anciens monuments des langues indo-européennes. Les noms en position postpositive pouvaient y être librement associés à divers cas, exprimant les relations que nous énonçons aujourd’hui au moyen de prédicats nominaux ou verbaux57. Ils formaient ainsi dans la phrase des centres prédicatifs secondaires, dépendant toutefois sémantiquement du verbe principal. Par leur forme, ces noms en apposition ne se distinguaient en rien des noms attributifs, et, dans les textes anciens, leur fonction semi-prédicative ne peut souvent être déduite que de leur position et du contexte58. (Le lituanien a assez bien conservé l’identité des formes nominales prédicatives et attributives anciennes.) C’est précisément ce type de relations semi-prédicatives entre les formes nominales (ou les pronoms qui les remplacent) que l’on peut établir dans les constructions à cas doubles. Aux premières étapes de leur évolution, la subordination du premier nom (N) au verbe était sans doute beaucoup plus faible qu’aux époques historiques, et relevait avant tout de la sémantique. 1.7. Dans les constructions à cas doubles, les participes occupent la position syntaxique du cas du second nom (N’). Par leur origine, ces constructions participiales sont des variantes morphologiques des constructions à cas doubles. L’emploi du participe dans ces constructions repose sur sa nature nominale. Le GD, d’un point de vue historique, constitue un cas particulier de l’accusatif double. Étant donné que les participes lituaniens, comme les formes correspondantes des autres langues apparentées, sont issus de 54 R. Kühner, C. Stegmann, Lat. Gr., II, 1, p. 264; dėl tokių galininkų ryšio su acc. duplex plg. J. B. Hofmann, Syntaktische Gliederungsverschiebungen infolge Erstarrung ursprünglich appositioneller Verhältnisse, IF, 42 (1924), p. 79. 55 B. Delbrück, Altind. Synt., p. 173; L. Renou, Grammaire sanscrite, t. 1–2, Paris, ²1961, p. 288. 56 Plg. J. B. Hofmann, op. cit.,79; A. Meillet, J. Vendries, Traité de grammaire comparée des langues classiques, Paris, 1924, p. 519 tt. 57 Cf. A. Potebnia, op. cit., p. 109–110, 121 sq., 516; H. Hirt, Indogermanische Grammatik, VI, p. 196–197; VII, p. 28; A. Meillet, Introduction à l’étude comparative des langues indo-européennes, Paris, ⁷1934, p. 359 sq.; P. Chantraine, Grammaire Homérique, II, Syntaxe, Paris, 1953, p. 8,16–17, 232, 319 sq.; G. S. Knabe, Encore une fois sur les deux voies du développement de la phrase complexe, VJa, 1955, no 1, p. 116; Sur l’origine des constructions participiales absolues en grec ancien, recueil: Questions de littérature antique et de philologie classique, Moscou, 1966, p. 430–431. 58 Sur l’absence de distinction formelle entre prédication nominale et détermination dans les langues anciennes, cf. B. Havránek, dans: Otázky slovanské syntaxe, II, Brno, 1968 (ci-après OSS II), p. 410; V. Hrabě, K vývoji jednočlenných infinitivních vět v ruštině a češtině, OSS II, p. 353; R. Večerka, K problematice vět s jmenným a sponově jmenným přísudkem v staroslověnštině, OSS, II, p. 373; R. Mrázek, Nominální věty neslovesné v staré ruštině, Studie ze slovanské jazykovědy, Praha 1958, p. 33, 40, 44–45; Y. Millet, Les tours au gérondif et la fonction d’épithète, OSS, II, p. 399. 205 Les adjectifs verbaux d’origine, les relations syntaxiques entre les membres du GD et du double accusatif avec des nominaux devaient être identiques. La communauté de structure de ces constructions se manifeste clairement également à l’époque de la tradition écrite. Dans les textes des XVIe et XVIIe siècles, le second accusatif du nominal et du participe est souvent employé en parallèle avec les mêmes verbes, cf.: Nous, le tenant pour insensé dans sa vie et jugeant honteuse sa fin BrB Išm 5,4 (hielten sein Leben für unsinnig | vnd sein ende für ein schande). Et si quelqu’un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin BrB I Jon 3,17 (sihet seinen Bruder darben) Quand ils te voient juste, alors ils se réjouissent et soupirent: mais quand ils te voient faire le mal, alors ils ne se troublent ni ne s’affligent DP 484₁₉ (Gdy ie widzą ubogimi... gdy ie widzą grzeszącymi W 183). Nous observons la même proximité entre le double accusatif avec des nominaux et celui avec des participes dans d’autres langues — slaves, germaniques, indo-iraniennes, grecque et latine —, surtout aux périodes anciennes de leur évolution⁵⁹. À cet égard, la traduction allemande de J. Bretkūnas de Mat 25, 38—39 constitue un exemple caractéristique: le double accusatif avec un nom, un adjectif et deux participes correspond aux constructions nominales de l’acc. duplex en latin et en grec: Quand nous t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous accueilli? Ou nu⁶⁰, et t’avons-nous couvert? Quand t’avons-nous vu incapable, vêtu⁶⁰? Cf.: Quando autem te vidimus hospitem… aut nudum… aut te vidimus infirmum, aut in carcere. Ainsi, le GD avait pour fondement des constructions dans lesquelles des formes participiales au cas correspondant, qui avaient initialement le sens d’adjectifs verbaux, étaient liées dans une relation semi-prédicative à des nominaux ou à des pronoms subordonnés au verbe. Les relations entre les membres du double accusatif permettent d’établir le modèle initial du GD en lituanien: (2) V ⟶ N ←→ P On peut reconstituer les mêmes relations syntaxiques initiales dans les constructions correspondantes des anciennes langues slaves, germaniques, indo-iraniennes, grecque et latine. L’identité structurelle du double accusatif avec des nominaux et des participes, sa diffusion et son caractère archaïque dans de nombreuses langues apparentées permettent de supposer que cette construction a été héritée de l’époque de la communauté des langues indo-européennes. 1.8. Sur la formation du GD et sa structure initiale dans les langues indo-européennes d’autres opinions ont également été avancées. Les relations semi-prédicatives entre N et P (resp. N′), que de nombreux auteurs qualifient simplement de prédicatives⁶¹, sont parfois dérivées des relations attributives. ⁵⁹ Sur la plus grande proximité de ces constructions en latin ancien, cf. J. B. Hofmann, op. cit., p. 79, 83; F. Stolz, J. H. Schmalz, Lateinische Grammatik (ci-après — Lat. Gr.), München, 1928, p. 384. ⁶⁰ Souligné; au-dessus: alba. ⁶¹ Pour le lituanien, cf. E. Fraenkel, Kas., 152 sqq.; E. Tangl, Acc., 39 sqq.; pour le letton, J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 577; pour les langues slaves, cf. А. А. Потебня, Из зап., I—II, p. 491, В. И. Борковский, П. С. Кузнецов, op. cit. p. 392—393; В. Л. Георгиева, История синтаксических явлений русского языка, М., 1968, p. 91; J. Loš souligne que la fonction prédicative du participe est ici clairement indiquée par la forme brève des participes, Gramatyka starosłowiańska, 1922, p. 159—160; pour le vieil indien, cf. B. Delbrück, Altindische Syntax, p. 178; pour les langues germaniques et romanes, cf. В. И. Ярцева, О взаимосвязях синтаксических отношений, сб.: Проблемы сравнительной филологии, М.-Л., 1964, p. 30—31; Исторический синтаксис английского языка, М.-Л., 1961, p. 228; Н. В. Соколова, Трехчленные глагольные сочетания в современном французском языке, сб.: Грамматика, фонетика и стилистика романских языков, Л., 1971, p. 256 sqq. avec bibliographie; В. Е. Коваленко, Именные средства выражения предикации, Львов, 1969, p. 48 sqq. avec bibliographie. 206 La conception de l’emploi semi-prédicatif (resp. appositif) comme stade ultérieur de l’évolution des participes a été formulée par J. Jolly dès la seconde moitié du siècle dernier62. S’appuyant sur les langues slaves, O. S. Melničukas expliquait le passage des relations attributives aux relations prédicatives par l’expansion du participe au moyen de mots dépendants63, qui aurait créé dans la phrase un centre prédicatif secondaire. Étant donné qu’autrefois les mots nominaux prédicatifs et attributifs n’étaient pas formellement différenciés, le désaccord d’opinion sur cette question pourrait être considéré comme portant uniquement sur le caractère verbal ou nominal des relations semi-prédicatives; les relations N — P/N′ semi-prédicatives seraient issues de relations attributives-prédicatives primaires non différenciées64. Qu’elles aient pu se former à partir de relations attributives est très douteux, car une telle direction évolutive n’est pas non plus caractéristique dans d’autres cas. L’expansion du participe ne peut pas davantage expliquer la formation des relations semi-prédicatives, puisque, dans les plus anciens monuments des langues indo-européennes, les constructions semi-prédicatives sont le plus souvent constituées de participes non développés65. D’un autre côté, l’emploi plus libre, dans de nombreuses langues, des ajouts nominaux proches de la phrase à l’époque ancienne, puis leur transformation en attributs syntaxiquement subordonnés, en mots circonstanciels ou en éléments du prédicat verbal, indiquent une direction évolutive inverse. La transformation le confirme également: la fonction attributive des mots nominaux est dérivée de la fonction prédicative, et non l’inverse. Pour les mêmes raisons, il semble nécessaire de préciser également la conception de l’origine du GD (resp. de l’acc. duplex) à partir de compléments directs du verbe, entre lesquels se seraient ensuite établies des relations (semi-)prédicatives.66 De tels syntagmes, dans lesquels deux mots nominaux de même forme casuelle dépendent d’un verbe, sont indubitablement archaïques. Puisque ces mots nominaux pouvaient entretenir entre eux des relations de partie à tout et d’autres relations de subordination sémantique67, rien ne permet de penser que leurs relations semi-prédicatives, déjà caractéristiques des plus anciennes étapes de l’évolution des langues indo-européennes, se soient formées plus tard. Leur formation tardive irait à l’encontre de la direction fondamentale de l’évolution de la phrase indo-européenne, à savoir le renforcement de sa cohésion interne et des liens de subordination. Toutefois, l’origine est sans doute plus tardive pour la différenciation plus nette du GD et d’autres constructions semi-prédicatives par rapport aux constructions attributives, puis pour leur démarcation formelle, déjà observable aux périodes historiques de l’évolution des langues indo-européennes. L’hypothèse d’une origine du GD dans les phrases nominales est tout à fait opposée. À partir des idées de J. Zubatý68, F. Travníček l’a développée sur la base des langues slaves69, avant d’être soutenue par quelques autres linguistes tchèques70. Selon F. Travníček, des GD tchèques tels que vizu tě ležiec « je te vois couché » proviendraient de deux phrases — une verbale et une nominale: vizu tě, leže « je te vois, (tu) es couché »; le sens « je te vois couché » serait plus tardif, secondaire. Le participe aurait d’abord rempli la fonction d’une phrase nominale, puis se serait rattaché à la phrase verbale (vizu tě) et aurait commencé à s’accorder avec le complément à l’accusatif (te71). Puisque, par sa structure interne, le GD est une transformation de deux structures plus élémentaires (cf. 3.3.), cette hypothèse ne pourrait s’appliquer qu’à des périodes très reculées de l’histoire de la langue, 62 J. Jolly. Zur Lehre vom Particip, kn.: Sprachwissenschaftliche Abhandlungen, Leipzig, 1874, p. 89—92. 63 Plg. О. С. Мельничук, Розвиток структури слов’янського речення, Київ, 1966, p. 164 tt., 169—170. 64 Plg. B. Havránek, OSS, II, p. 410. 65 Plg. A. Hahn, Genesis of the Infinitive with Subject-Accusative, TAPA, 81 (1950), p. 117 tt.; Verbal Nouns and Adjectives in some Ancient Languages, „Language“, 42 (1966), № 2, p. 380—381. 66 G. Curme, A Grammar of the English Language, v. 3, 32 tt. 67 Les cas de ce que l’on appelle l’opposition partitive dans les langues indo-aryennes anciennes, hittite, latine et grecque ont été largement étudiés par A. Hahn, Vestiges of Partitive Opposition in Latin Syntax, TAPA, 84 (1953), p. 92—123; Partitive Opposition in Homer and the Greek Accusative, TAPA, 85 (1954), p. 197—289; Verbal Nouns and Adjectives in some Ancient Languages, „Language“, 42(1966), № 2, p. 388 sqq.; voir aussi F. Stolz, J. H. Schmalz, Lat. Gr., p. 630; pour le vieux russe, voir В. И. Борковский, П. С. Кузнецов, op. cit., p. 452. 68 Plg. J. Zubatý, Studie a článki, II, Praha, 1954, p. 107. 69 F. Trávníček, Neslovesné věty v češtině, II, Brno, 1931, p. 157; Historická mluvnice česká, 3, Skladba, Praha, 1956, p.186, tt.; plg. dar Slavia 7 (1928—29), p. 818. 70 Cf. R. Mrázek, Nominální věty neslovesné v staré ruštině, Studie ze slovanské jazyko vědy, Praha, 1958, p. 44; Dedukce a empirie při srovnávací typologii slovanské věty, OSS II, p. 192. R. Večerka, Ke genesi slovanských konstrukcí participia praes. act. a praet. act I, ”Sborník prací filosof. fak. Brněnské univ.” A, r. 7, Brno, 1959, p. 43 sqq. 71 F. Trávníček, Hist. ml. č., 3, p. 187, 189. 207 alors que la structure de la phrase simple était tout à fait primitive⁷². Cependant, la reconstruction syntaxique ne révèle nullement le caractère primitif de la structure de la phrase en indo-européen. Dans le cadre de la syntaxe comparée des langues indo-européennes, il est impossible de démontrer cette hypothèse, car ni dans les langues slaves ni dans les autres langues, nous ne trouvons de traces permettant de conclure à la transformation du nominatif du prédicat nominal en accusatif⁷³. D’autre part, l’accusatif double avec les noms et les participes, en particulier après les verbes de perception, est attesté depuis les temps les plus anciens non seulement dans les langues indo-européennes, mais aussi dans d’autres familles linguistiques (par exemple sémitiques)⁷⁴. De telles phrases coordonnées paratactiquement, comme je vois: tu peux (peux-tu) ont pu, depuis des temps très anciens, être employées parallèlement à la construction GD je te vois couché. Ainsi, les considérations avancées ici ne contredisent pas les idées de J. Zubatý sur la fonction de second prédicat, nominal, propre aux participes, qui revêt une importance fondamentale pour la reconstruction de la structure de la phrase simple indo-européenne. G. Jacobsson proposait lui aussi de considérer comme plus récentes et secondaires les constructions GD des langues baltes et slaves avec des participes fléchis⁷⁵. Selon lui, ces constructions reposaient sur un groupe à l’accusatif associé au locatif d’un nom d’action (nomen agentis), devenu avec le temps un gérondif (participe adverbial), tandis que les constructions avec le participe à l’accusatif seraient plus récentes et se seraient imposées, du moins dans les langues slaves, sous l’influence d’autres langues. Toutefois, cette hypothèse est fortement contredite par l’attestation historique de la diffusion de formes participiales invariables dans la construction GD des langues baltes et slaves, qui ne permet pas de considérer les formes participiales à l’accusatif comme plus récentes⁷⁶. 1.9. Bien que les données des monuments de la langue lituanienne des XVIe et XVIIe siècles permettent d’établir la structure ancienne de GD, la plupart des exemples de cette construction trouvés dans les anciens textes sont néanmoins assez éloignés de son état originel. Dès les débuts de la tradition écrite, GD se distingue, par son emploi, de l’accusatif double avec les noms et les adjectifs. Ces différences se manifestent de plus en plus au fil du temps, créant les conditions d’une évolution spécifique de GD durant la période de la tradition écrite. Tout d’abord, GD se distingue nettement par l’étendue de son emploi. Aux XVIe et XVIIe siècles, l’accusatif double avec les noms était déjà une construction résiduelle et rare; par la suite, il disparaît complètement et n’est plus employé dans la langue actuelle (à l’exception de quelques formes figées). L’accusatif double avec les adjectifs est beaucoup plus fréquent dans les anciens textes, mais il n’est courant et productif qu’après les verbes factitifs et d’autres verbes de sens apparenté (voir 1.4). Avec les verbes de perception, de parole et d’activité mentale, il est également peu productif, recule progressivement dans l’usage et devient un archaïsme stylistiquement marqué. GD occupe une place tout à fait différente parmi les moyens syntaxiques. Dans les anciens textes, il est très productif et apparaît au moins dix fois plus souvent que toutes les autres constructions à accusatif double réunies. L’usage étendu de GD, fondé sur la langue parlée de l’époque⁷⁷, constitue l’une des caractéristiques les plus marquantes de la syntaxe lituanienne des XVIe et XVIIe siècles. GD se distingue aussi des autres cas d’accusatif double par la diversité des groupes morphologiques et sémantiques des formes qui le composent. Tout cela montre que, durant la période considérée, le cas régi par GD… 72 Sur l’origine possible de GD par condensation de deux structures plus élémentaires, voir aussi J. P. Hughes, The Included Sentence Structure in Function Analysis, ”Word“, 23, 1—2—3 (1967), p. 336—337. 73 Voir la critique de l’hypothèse de F. Trávníček à partir des langues slaves: B. T. Коломиец, А. С. Мельничук, ВЯ, 1957, № 5, p. 150; V. Barnet, Vývoj systému participií aktivních v ruštině, Praha, 1965, p. 42—43. 74 M. Johannessohn, Der Wahrnehmungssatz bei den Verben des Sehens in der hebräischen und griechischen Bibel, KZ, 64 (1937), p. 146—147, 253—254. 75 G. Jacobsson, The Slavic Active Participles. Original Structure and Interference, ”Scandinavica“, IX, Copenhagen, 1963, p. 132 tt; Славянска Филология, VII, София, 1965, p.49—50. 76 Voir la discussion de cette hypothèse au Ve congrès des slavistes: О. С. Мельничук, dans: Славянска Филология, VII, София, 1965, p. 56; elle est également évaluée de façon critique par V. Barnet, op. cit., p. 43. 77 Sur le caractère autochtone de GD et sa diffusion aux XVIe et XVIIe siècles, voir aut., LKK, 11 (1969), p. 41—58. 208 doit être distingué de l’accusatif double avec des adjectifs et des noms, et généralisé comme un moyen spécifique d’exprimer une action secondaire. Ce processus se reflète nettement dans la forme grammaticale du GD. 2. Forme grammaticale de l’accusatif avec participe 2.1. Membre verbal Le choix du verbe joue un rôle décisif dans la structure du GD. De lui dépendent non seulement les relations de V avec N et P, mais aussi la relation semi-prédicative de ces derniers, qui n’est possible qu’après des verbes d’un sens et d’une valence déterminés. Le membre verbal doit donc être considéré comme le membre principal, tandis que les membres nominal et participial sont des membres dépendants du GD. Le membre principal du GD peut être constitué de diverses formes verbales personnelles et impersonnelles: participes, gérondifs, participes adverbiaux et infinitifs. Les relations syntaxiques entre les membres de la construction ne changent donc pas, par exemple: Afin qu’ils… puissent croire fermement que BrP II 32. De même, [cette manière] était une épreuve | montrant | ceux qui demandent pardon du fond du cœur. MT 1 142₈. Mais le Seigneur… voyant notre nature si dépourvue de cette grandeur… DP 482₃₅ (voyant notre nature si désireuse W 811). Mais en rappelant Dieu, qui nous appelle à la repentance par sa parole, faisons… BrP II 469. Par analogie sémantique avec les verbes, certains noms ainsi que des adjectifs neutres employés comme attributs peuvent parfois également constituer un GD; voir 2.1.4.3–4. Le GD peut également comporter deux, trois ou plusieurs membres principaux (a). D’autre part, un GD comprenant deux ou plusieurs membres dépendants dépend souvent d’un seul membre principal (b). a) Et ils reconnaissent vraiment, savent, que seul le Christ est vivant BrP II 23-24. b) Moïse… enseigne au monde et à tous les rangs des choses créées | qu’elles n’ont pas existé depuis l’éternité | mais qu’elles ont commencé à un moment précis MT 39₈. Qu’ils sachent… vraiment | qu’il n’est plus sur terre | mais qu’il est ressuscité de la terre et d’entre les morts | et qu’il est véritablement vivant BrP II 36. Puisque les caractéristiques lexicales et syntaxiques du membre principal déterminent la structure des relations syntaxiques de toute la construction, il faut d’abord déterminer quels verbes peuvent être le membre principal du GD. Dans l’étude des constructions correspondantes d’autres langues, les membres verbaux sont généralement classés selon leur sens lexical. Cette classification repose sur le lien, observé dès l’Antiquité, entre le sens du verbe et la structure interne de l’ensemble de la construction. Elle demeure toutefois assez subjective, car l’étendue, le nombre et les limites des différents groupes sémantiques sont fixés à la discrétion du chercheur et varient considérablement, même dans les descriptions d’une même langue. Par exemple, les verbes anglais qui forment des constructions correspondantes avec des participes et des infinitifs sont classés par certains auteurs en a) factitifs et b) verbes de perception, d’activité mentale, de volonté, etc.¹; par d’autres, en a) verbes de sentiment et de perception sensorielle, b) verbes associés à un état duratif, c) verbes d’état ou d’activité mentale²; par d’autres encore, en a) verbes de perception, de sentiment et d’activité mentale, 1 H. Poutsma, A Grammar of Late Modern English, I, Groningen, 1928–1929, p. 340 tt. 2 K. Yamakawa, The two Constructions: „Accusative and participle“ and „Genet. and gerund“, „Annals of the Hitotsubashi academy“, Tokyo, 1957, V. 8, № 1, 58 tt. 14. 520 209 b) les causatifs, c) les verbes de volonté, d) les verbes d’autres significations3. Dans de telles circonstances, les mêmes verbes (par ex.: want, like, hate) sont classés par différents chercheurs dans des groupes différents: certains les rangent parmi les verbes de volonté et de sentiment, d’autres parmi ceux qui expriment un état ou une activité psychique. C’est sans doute pour cette raison que certains auteurs renoncent tout simplement à classer ces verbes et les présentent sous forme de liste. On a également tenté de répartir les groupes de verbes et de les définir selon la distribution des formes morphologiques N et P au sein même de la construction5. Une telle classification est plus objective, mais elle serait de peu d’utilité pour l’étude des faits du lituanien, car les mêmes verbes peuvent y former des GD avec diverses formes de N et de P, qui ne diffèrent que par leur degré de productivité. Il serait donc impossible d’interpréter sémantiquement les groupes de verbes distingués selon leur distribution dans la construction GD6. En outre, dans ce cas, il serait difficile de comparer les GD du lituanien aux constructions correspondantes des langues apparentées, où les verbes sont examinés du point de vue sémantique. À notre avis, le plus commode est d’examiner les mots qui constituent le membre principal de la GD en fonction de leurs propriétés valentielles communes, car cela permet d’associer l’analyse distributionnelle à l’analyse sémantique. Le fait que les significations principales des verbes se reflètent généralement dans leur environnement syntaxique7 permet de motiver formellement leur classification. Les verbes qui entrent dans une GD sont d’abord classés selon les propriétés valentielles communes pertinentes pour la nature de la construction étudiée; on met ensuite en évidence les significations particulières des verbes, qui sont à leur tour définies en termes de leur environnement syntaxique8. Les relations syntaxiques entre les membres de la GD dépendent largement du fait que le membre principal exerce ou non un contrôle phrastique9, c’est-à-dire qu’il puisse ou non introduire une proposition subordonnée complétive ainsi que le discours direct, par ex.: Je sais (il est bien connu) que tu viendras; j’ai dit: tu viendras, etc. Il faut d’abord distinguer les verbes qui exercent un contrôle phrastique, appelés commentables10 (par ex.: voir, entendre, comprendre, sentir, savoir, dire), de ceux qui n’en exercent pas… 3 Л. С. Бархударов, Д. А. Штелинг, Грамматика английского языка, М., 1965, р. 380—383. 4 Л. С. Бархударов, Структура простого предложения современного английского языка, М., 1966, р. 104; de façon similaire pour le vieux slave, R. Večerka, Syntax aktivních participií v staroslověnštině, Praha, 1961, 57 tt. 5 Plg. E. A. Nida, A Synopsis of English Syntax, London, The Hague, Paris, 1966, p. 155—156; Д. П. Новиков, Диахронический анализ нефинитных объектно-предикативных сочетаний, авт. канд. дисс., Л., 1969, р. 15 tt. 6 La tentative de définir sémantiquement les groupes de verbes distingués selon la distribution des membres dépendants dans les constructions correspondantes de l’anglais s’est également révélée infructueuse; voir Д. П. Новиков, op. cit., р. 17. 7 Plg. Р. Мразек, Синтаксическая дистрибуция глаголов и их классы, ВЯ, 1964, № 3, р. 50 tt.; Ю. Д. Апресян, Опыт описания значений глаголов по их синтаксическим признакам (типам управления), ВЯ, 1965, № 5, р. 51 tt. 8 Ainsi, la classe sémantique est considérée comme l’ensemble des traits sémantiques intégrés à une règle syntaxique; cf. R. T. Lakoff, Abstract Syntax and Latin Complementation, Cambridge — Massachusetts — London, 1968, p. 165, 213. 9 Sur le contrôle phrastique, voir Р. Мразек, op. cit. 56; on emploie également à cet égard le terme de valence phrastique, cf. Н. В. Соколова, Трехчленные глагольные сочетания в современном французском языке, сб.: Грамматика, фонетика и стилистика романских языков, Л., 1971, 255 tt. Sur la possibilité d’introduire une proposition subordonnée complétive en tant que propriété valencielle du verbe, voir aussi W. D. Klimonow, Die Valenzen der russischen Verblexeme, die einen Objektsatz mit der Konjunktion что regieren, ZfSl, 13 (1968), H. 4, p. 632—639. G. Helbig et W. Schenkel considèrent ces propositions subordonnées, tout comme nombre de constructions prépositionnelles, comme des catégories de premier rang qui définissent la valence du verbe; voir G. Helbig, W. Schenkel, Wörterbuch zur Valenz und Distribution deutscher Verben, Leipzig, 1969, p. 36 et suiv. 10 Pour ce terme, proposé par N. D. Andreïev, voir Л. Ф. Ткаченко, О лексико-синтаксической валентности коммента́бельных глаголов во французском языке, сб.: Исследования по структурно-вероятностному анализу, Горький, 1971, р. 130 tt. 210 ayant, c’est-à-dire des verbes non commentables (par ex.: travailler, faire, porter, transporter, compter, appeler). Ces derniers ont le plus souvent un sens factitif ou proche du factitif et, étant transitifs, désignent la fabrication, la modification, la dénomination de certains objets, etc. Ainsi, la distinction entre verbes commentables et non commentables employés dans GD coïncide dans de nombreux cas avec la distinction traditionnelle entre verbes non factitifs et factitifs¹¹, mais repose sur une base grammaticale plus claire. Les constructions avec des verbes commentables sont les plus répandues et se caractérisent par un emploi particulier ainsi que par des tendances évolutives spécifiques; c’est précisément à elles que s’applique, depuis l’époque de la grammaire antique, le terme accusativus cum participio. Parmi les propriétés valencielle communes aux verbes commentables, les plus importantes pour la structure de GD sont leurs relations avec l’accusatif d’un objet de sens concret ou abstrait, ainsi qu’avec le nominatif du sujet. Selon ces relations, nous distinguons quatre groupes de verbes commentables ou d’autres mots occupant leur position. Tableau 1 Groupes de mots constituant GD Groupe | Nominatif du sujet | Accusatif des mots de sens concret | Accusatif des mots de sens abstrait | 1: + | + | + | 2: + | − | + | 3: + | − | − | 4: − | − | − Groupe 1 2.1.1. Verbes associés au nominatif du sujet et susceptibles de régir l’accusatif de mots de sens concret et abstrait Les verbes du groupe 1 servent à former le plus grand nombre de GD (près de la moitié de tous les exemples relevés dans les écrits des XVIe et XVIIe siècles), mais le nombre de lexèmes appartenant à ce groupe est limité: seulement 23 verbes, si l’on considère les formes préfixées comme des lexèmes distincts. On peut les répartir en sous-groupes plus restreints, à savoir: les verbes de perception physique, les verbes de monstration et quelques verbes de perception mentale, qui occupent une position intermédiaire entre les groupes 1 et 2. 2.1.1.1. Les verbes de perception physique sont les plus largement employés et constituent le fondement non seulement du groupe 1, mais aussi de GD lui-même. GD avec des verbes de cette signification était employé dans presque toutes les langues indo-européennes; des constructions correspondantes sont également attestées dans les langues d’autres familles dès leurs périodes les plus anciennes¹². Parmi les verbes de perception physique, ceux-ci sont employés dans GD dans les écrits des XVIe et XVIIe siècles: voir, apercevoir, voir, regarder, découvrir; entendre, ouïr, écouter, entendre jusqu’au bout; sentir, 11 Plg. M. Deutschebein, System der neuenglischen Syntax, Leipzig, 1926, p. 272–273. 12 Par exemple, pour l’hébreu, l’arabe, l’éthiopien, le syriaque et d’autres langues sémitiques, voir M. Johannesohn, Der Wahrnehmungssatz bei den Verben des Sehens in der hebräischen und griechischen Bibel, KZ, 64 (1937), H. 3–4, p. 146–147, 253 sqq. 14* 211 sentir; trouver, découvrir, surprendre. Le GD se construit principalement avec regėti (519 exemples – le verbe le plus fréquent dans cette construction), girdėti, išgirsti (303), išvysti (207), (at)rasti (160), voir tabl. 2. En supprimant l’accusatif de sens concret ou abstrait, ces verbes ne se construisent pas avec un objet à l’accusatif. Le GD avec eux est de deux types: a) N peut être considéré comme l’objet direct de V, tandis que P se rapporte à la fois à N et à V. Par exemple, dans la phrase ghis… ischwida du laiwu stowincziu pas ezera VEE 91₁₂, il existe un rapport d’objet direct entre ischwida et du laiwu, mais le participe stowincziu se rapporte aussi sémantiquement à V (ce que confirme également l’original: sahe zwey schiff am see stehen). En raison de la nature du lien entre V et N, ces constructions sont désormais appelées objectales. b) N ne peut être considéré comme l’objet direct de V et dépend de celui-ci uniquement conjointement avec P. Dans la phrase O ischw idens, Szmones bessiba idanczias ing Wandeni eiti… pereija per Wandeni BrB I Mak 16, 6 (sahe | das das Volck eine schew hatte), Szmones n’est pas l’objet direct de V, car il s’agit ici non pas d’observer les gens, mais leur peur. Le verbe išvysti a ici un sens différent de celui qu’il a dans l’exemple (a) et se rapproche de suvokti, suprasti. Ces constructions sont désormais appelées non objectales. Étant donné que la différence entre les cas de type (a) et (b) ne ressort que du contexte, de la situation et des substitutions possibles de V par les verbes du groupe 2, elle n’est pas toujours évidente. Dans les textes des XVIe et XVIIe siècles, on trouve de nombreux exemples que l’on peut considérer comme intermédiaires et rattacher aussi bien à l’un qu’à l’autre type. Cependant, dans l’évolution ultérieure du GD, la différenciation de ces types a joué un rôle important. voir, apercevoir, regarder, observer, entrevoir a) Et lorsqu’elle se rendit au tombeau, elle aperçut un jeune homme assis à droite DP 184₃₇ (wyžrząly młodzieńca siedzącego W 315). Et quand nous verrons ce monde, un grand feu placé dans les cendres RG 514₁₅. Chaque jour, nous voyons les gens mourir et être enterrés BrP II 6. Et comment puis-je voir ma famille périr? BiB Est 8, 6 (zusehen | das mein Geschlecht umbkome?) Sztay izmiwisk baymey mirsztanti KN 76₂₀. b) Afin qu’ils voient toutes les choses de ce monde abandonnées DP 554₃₂ (gdy wyżrzą nãd sobą… wsytkie rzeczy… opuszczone W 944) De ce spectacle nous voyons beaucoup de prières possibles BrP II 99. Ensuite, il la vit devenue pauvre, sans même posséder son véritable petit domaine SE 75₂₃. Et si le prêtre voit que la tache n’a pas changé sous ses yeux et qu’elle ne s’est pas davantage étendue, elle est alors impure BrB III Moz. 13, 55 (sehen wird… das das mal nicht verwandelt ist). Ayant vu Maria effrayée par ses salutations, il la réconforte BrP I 336. entendre, ouïr, écouter, entendre jusqu’au bout a) Mon fils, je t’entends pleurer, tandis que je te parle SIG I 97₁₆. Comme l’aveugle, ayant entendu le peuple qui passait, demanda (vslyszawszy tluszczą przechodząca) SP I 365₁₁. Unité éternelle de Dieu, écoute ceux qui te prient RG 253₇. Que le roi nous entende quand nous l’appelons BrB Ps 20, 10 (erhöre uns | wenn wir ruffen). b) Afin qu’il entende chaque homme revenu à la vie RG 563₁₄. Et au printemps, lorsque Vespasien entendit que Néron était mort, il se trouvait à Césarée BrP II 341. 212 sentir, ressentir a) Ceux qui l’écoutent… sentent comme une flèche transpercer leur cœur (dożnawáia ze iako ošći iake kola serce ich) SP II 8318. Afin que nous aussi puissions sentir les gouttes tomber sur la terre DP 61621 (ábbysm… vczuli krople na ziemię padające W 832). b) Smaguteli, maintenant encore vivant | après la mort, tu le sentiras, déjà mort et enterré BrP II 516. Et lorsque vous les sentirez13 affligés et en fuite, alors vous les poursuivrez durement BrB Judit 14, 5 (mercket | das sie verzagt sein werden vnd die flucht geben). Parmi les exemples de GD avec des verbes de perception, les constructions objectives sont quelque peu plus fréquentes que les non objectives, bien que les verbes particuliers présentent ici des tendances propres. Par exemple, le verbe apercevoir s’emploie le plus souvent dans des constructions objectives, c’est-à-dire de type (a); les constructions objectives avec voir ne sont que légèrement majoritaires; en revanche, les verbes entendre, ouïr apparaissent plus souvent dans des constructions non objectives, c’est-à-dire de type (b) (voir le tableau 2). Les verbes qui apparaissent dans les deux types de constructions diffèrent non seulement par leurs relations syntaxiques avec l’accusatif, mais aussi par leur signification lexicale. Les verbes voir, apercevoir, discerner, etc., dans les exemples de type (a), signifient « percevoir par les yeux, par la vue ». Dans les exemples de type (b), en revanche, ils n’ont plus ce sens concret de « voir avec les yeux » et signifient « comprendre, saisir » (cf. le 5e sens de voir dans LKŽ VII 916). Les sens de entendre et de ses synonymes diffèrent de manière semblable: dans les exemples de type (a), ils signifient généralement « percevoir des sons par les oreilles », et dans ceux de type (b), « savoir, apprendre, éprouver » (cf. LKŽ III 330—331). Seuls les exemples de type (a) attribuent également un sens de perception physique au verbe ressentir; dans les exemples de type (b), il exprime lui aussi déjà une expérience psychique plutôt qu’une sensation physique. Les sens du verbe trouver et de ses synonymes, que l’on rattache conventionnellement aux verbes de perception, sont différenciés de façon similaire dans les exemples des deux types: dans les constructions objectives (a), ce verbe signifie « découvrir en cherchant, en observant », tandis que dans les constructions non objectives (b), son sens se rapproche de celui des verbes remarquer, ressentir (sans s’en rendre compte), comprendre. trouver, découvrir, dénicher a) Il les trouva dans l’église assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant (núležli… šiedzacego) SP I 19514. Et il la trouva déjà morte BrP I 393. Et il trouva… l’enfant couché dans la crèche VEE 10 (und funden… das Kind in der krippen liegen.). Le fiancé arriva | et celles qu’il trouva occupées à se parer | il les prit pour épouses DP 57025 (ktore zostały gotowe W 96915). b) Un autre jour, nous trouverons nos grands ennemis BrP II 248. L’esprit… parle, je rentrerai chez moi… Et étant revenu, il la trouva balayée et ornée. ChB Luk 11, 2516. Et étant revenu, il les retrouva endormis SE 25032. Le verbe trouver, découvrir peut avoir un sens similaire à celui des exemples de type (b) lorsqu’il est suivi de propositions subordonnées complétives, par exemple: Il a découvert que j’avais un os cassé Rm. L’enfant a trouvé que c’était acide et que ça mordait Krš. Les Polonais ont découvert, 13 Souligné, au-dessus: ios. 14 De même SE 2516, Ev 22—23. 15 De même DP 5708. 16 De même ChB Mat 12, 44; VEE 564; SP II 441; SE 646. 213 ce qu’il faut déjà faire pour la colonie. Pls. Cette acception des verbes de perception est toutefois beaucoup plus rare que celle que l’on observe dans les constructions « non objectales ». Dans les constructions GD, les verbes rasti, atrasti conservent encore plus souvent que les autres verbes de perception leurs relations de rection directe avec N et leur sens direct de découverte d’un objet donné. 2.1.1.2. Les verbes de monstration rodyti, parodyti, ženklinti peuvent se construire avec l’accusatif de l’objet aussi bien qu’avec le datif. Ils forment également des constructions GD des deux types. Dans les constructions objectales, ils signifient « faire voir », tandis que dans les constructions non objectales, ils signifient « faire connaître, comprendre ». Les constructions objectales (a) sont proches des constructions attributives. montrer, faire voir, signaler a) Rodik mums dángugi tewa… ir táwe dwásią szwentąją wienoy Deywistey sančią PK 175. Et il me montra la grande ville, la sainte Jérusalem, descendant du ciel, d’auprès de Dieu BrB Apr 21, 10 (zeiget mir die grosse Stad… hernider faren). Le buisson là-bas… symbolisait… Marie seule, qui enfante et ne ressent pas la douleur DP 398₁₉ (známionował… Maryą rodzącą i boleści nie czuiącą W 654). b) Cette profondeur sans fond… montre à Dieu qu’elle possède en elle-même tout le bien (elle exprime que Dieu possède) SP I 92₁₉. Par tes prières, Dieu… les montre comblés SIG I 114₁₀. Nous montrerons le Seigneur… véritablement ressuscité d’entre les morts et vivant BrP II 6. Afin qu’il manifeste ainsi qu’il aime ces gens | qui sont baptisés | et qu’il veut lui-même être l’ami de tels baptisés BrP I 144. Les constructions GD dans lesquelles rodyti possède le sens caractéristique des exemples de type (b) sont apparentées aux constructions avec išrodyti, qui se construit généralement uniquement avec des objets abstraits. Ces cinq parties… prouveront ta seule religion ferme MT LŽ 7₁₃. 2.1.1.3. Il convient de mentionner séparément les verbes pažinti, atmintti et laikyti, qui expriment une perception psychique, mais peuvent se construire avec des accusatifs de noms concrets comme abstraits. pažinti a) La foi… connaît le Fils reposant dans le sein de la divinité | connaît celui qui est suspendu au bois, connaît celui qui meurt DP 426₅. Nous te saluons… | Et nous te reconnaissons né avec l’ennemi SIG I 58₂₇. b) Nous savons désormais que tu sais toutes choses VEE 79–80 (Nu wissen wir | das du alle ding wissest). Et bientôt, d’ici, tu connaîtras une femme qui embrasse son mari DP 399₂₉ (pozna niewiastę mężą ogarniającą W 656). Dans les constructions objectales, pažinti signifie « apprendre ce qu’est quelqu’un ou quelque chose », tandis que dans les constructions non objectales, il signifie « comprendre, savoir ». Cette seconde acception de pažinti, assez éloignée de la première, est rare en lituanien moderne et doit vraisemblablement être considérée comme un slavisme; cf. le sens de polonais poznać: « pénétrer par la pensée; parvenir à connaître quelque chose; apprendre quelque chose »¹⁷. (Dans les constructions non objectales de la Postille de M. Daukša, le verbe pažinti est traduit par poznać et znać.) Les sens du verbe at(si)minti dans les constructions de type objectal et non objectal sont moins éloignés l’un de l’autre. Dans le premier cas, il s’agit de garder en mémoire des objets et des personnes concrets; dans le second, des actions, des états et des notions. Dans les constructions objectales, P remplit le plus souvent une fonction attributive et se rattache uniquement à N, et non à V; il ne relève donc pas des constructions GD étudiées ici. Cependant, pasi- 17 Słownik języka polskiego, VI, Warszawa, 1964, p. 1323. 214 s’applique également à des cas où N peut encore être considéré comme l’objet de V, mais où, sémantiquement, V est associé à l’ensemble du syntagme nominal. se souvenir a) Souvenons-nous, cher ami, de l’ennemi de nos âmes, qui arrache la parole de Dieu à tant de gens BrP I 249. Cette multitude de saints anges se souvient des grands malheurs… Et de Dieu, qui, par grâce, a promis au monde de le sauver BrP I 88. b) Souviens-toi que ma vie est un souffle, et que18 mes yeux ne reverront pas le bonheur Gero BrB Job 7, 7 (gedenck das mein Leben ein wind ist). De même, souviens-toi que j’ai bien vécu | le cœur plein devant tes yeux | et fait ce qui te plaît BrP II 462. Par ces paroles de tristesse, souvenons-nous que le Christ, troisième fois, reviendra sur terre en vérité BrP I 19. Afin que chacun se souvienne de nous tous, abattus par la mort BrP II 406. Le verbe laikyti, dans son sens premier de « tenir, en empêchant de tomber ou de s’échapper », est non commentable et s’emploie uniquement avec des noms ou des pronoms de sens concret. Lorsqu’il a le sens de perception psychique « considérer quelqu’un ou quelque chose comme étant ou possédant certaines qualités », il est toujours trivalent, c’est-à-dire qu’il exige, outre le nominatif, deux accusatifs ou, le plus souvent, un accusatif et un instrumental; le GD se forme avec lui relativement rarement. Ma maisonnée et mes serviteurs19me20considèrent BrB Job 19, 15 (me tiennent pour étranger). Car ils me tiennent pour21un ami BrB Išm 1, 16 (ils le tiennent pour ami). Ces constructions sont très proches des GD formés avec les verbes de perception psychique du groupe 2 (cf. 2.1.2.1.); le montre clairement le caractère synonymique de laikyti et de tarti dans la Bible de J. Bretkūnas. 2.1.1.4. La comparaison des GD de type (a) et (b) formés par les verbes du groupe 1 montre que leur valence syntaxique de V diffère. Lorsqu’ils prennent les sens caractéristiques des constructions non objectales, c’est-à-dire de type (b), ces verbes ne peuvent plus être associés à l’accusatif d’un nom concret unique et sortent ainsi des limites du groupe 1. Leur sens d’expérience psychique ne peut se réaliser que dans des syntagmes avec des noms abstraits ou dans des constructions ternaires. Ainsi, dès le groupe 1, apparaît une transition graduelle des verbes régissant des objets concrets vers ceux qui ne peuvent s’employer qu’avec des objets abstraits. Dans tous les cas examinés ici, le sens de perception physique ou de désignation d’objets concrets est premier, tandis que celui d’expérience psychique et de désignation de notions abstraites est secondaire, formé sur la base du premier. Cette tendance à employer les verbes de perception physique dans un sens secondaire de perception psychique, apparemment déterminée par des régularités générales de l’évolution sémantique, s’observe dans de nombreuses langues. Par exemple, lat. video, audio, invenio (comme fr. moderne voir, entendre, trouver), all. sehen, hören, finden, angl. see, hear, find correspondent au lith. matyti, girdėti, rasti non seulement par leurs sens secondaires « comprendre, remarquer, éprouver, apprendre », mais aussi parce que ces sens se réalisent généralement dans des constructions ternaires comportant un prédicat, cf. lat. inveniebat ex captivis Sabim flumen milia pas- 18 Souligné, en haut: iog. 19 Souligné, en haut: tar. 20 Corrigé en Swetim. 21 Souligné, en haut: taria. 215 suum X abesse Caes. B. G. 2, 16, 1, 22, angl. anc. Θu… fundest him treowe23, angl. mod. He finds him guilty, ou avec une proposition subordonnée complétive, cf. all. die Betriebsleitung findet, daß sich die Arbeit verbessern muß24. Il convient de noter que ce sont précisément les verbes de perception, lorsqu’ils conservent leur sens principal, le plus ancien, qui forment des constructions correspondant au modèle primaire de GD (où N est l’objet direct de V), tandis que l’abstraction du sens lexical du verbe est liée à l’évolution ultérieure de la structure interne de GD. Groupe 2 2.1.2. Verbes associés au nominatif du sujet et pouvant régir l’accusatif de mots au sens abstrait GD avec les verbes du groupe 2 est formé dans les écrits des XVIe–XVIIe siècles à peine moins souvent qu’avec ceux du groupe 1. En revanche, le groupe 2 est le plus vaste par le nombre de lexèmes: il comprend pas moins de 66 verbes, parmi lesquels GD est le plus souvent formé avec savoir (264), dire avec divers préfixes (229) et croire (118). Nous répartissons les verbes de ce groupe en trois sous-groupes: verbes de perception et d’activité mentales, verbes de jugement et de promesse, et verbes d’information. 2.1.2.1. Les verbes de perception et d’activité mentales, lorsqu’ils ont le sens qu’ils possèdent dans les constructions GD, peuvent régir l’accusatif de mots abstraits fléchis, mais ne régissent pas le datif de l’objet. Ce sont les verbes savoir, comprendre, présumer, saisir, maîtriser, inventer, interpréter; examiner, réexaminer, mettre à l’épreuve; penser, méditer, réfléchir; dire « penser », imaginer, rêver « penser de façon irréaliste », avoir une opinion, imaginer; croire; entreprendre, convenir, sembler, déterminer, décider. Par leur sens s’y apparentent également les verbes du groupe 1 employés au sens de perception mentale dans des constructions non objectales (type b). Les GD les plus répandus avec le verbe savoir constituent près de 24% des exemples de ce groupe et se rencontrent chez différents auteurs. En revanche, nous n’avons trouvé aucune construction GD avec le verbe apprendre dans les textes des XVIe–XVIIe siècles; c’est généralement examiner, réexaminer qui est employé avec un sens proche. Dans les écrits de J. Bretkūnas, les constructions avec comprendre sont souvent remplacées par les verbes synonymes saisir, présumer, maîtriser; dans SE, le verbe interpréter est employé une fois dans ce sens25. Au sens de « penser », J. Bretkūnas emploie généralement dire dans les constructions GD; dans les écrits d’autres auteurs, on trouve quelques occurrences isolées des verbes imaginer, rêver « penser de façon irréaliste », avoir une opinion. La grande fréquence de GD avec croire s’explique en partie par le contenu des écrits des XVIe–XVIIe siècles. 22 R. Kühner, C. Stegmann, Ausführliche Grammatik der Lateinischen Sprache, II, 1, Hannover, 1912, p. 697. 23 J. Macháček, Complementation of the English Verb by the Accusative—with—Infinitive and the Content Clause, Praha, 1965, p. 70. 24 G. Helbig, W. Schenkel, Wörterbuch zur Valenz und Distribution deutscher Verben, Leipzig, 1969, p. 208. Le dictionnaire indique que finden a le sens de « meinen, feststellen » uniquement lorsqu’il est suivi d’une proposition subordonnée. De même, la valence phrastique est associée au sens secondaire de zeigen, p. 204–205. Cependant, le sens de perception mentale de schauen, sehen, également lié à la valence phrastique, n’est pas distingué (cf. p. 105). H. B. С о к о л о в а, op. cit., p. 253–255, relève également la différenciation moins marquée des sens secondaires des verbes français voir, entendre, etc., par rapport à trouver. Sur la distinction entre les sens premier et secondaire des verbes correspondants de l’anglais ancien et moderne (see, hear, feel, etc.), distinction manifestée par la valence phrastique et la possibilité de se construire avec acc. c. inf., voir J. Macháček, op. cit., p. 43–44, 103 sqq. 216 savoir, comprendre Mais ton Fils… que nous savons se tenir auprès de toi KM 160¹⁴. Et nous savons assurément que nous tous mourrons un jour BrP II 6. Car tu sais que nous sommes humiliés à cause de toi BrB Jer 15, 15 (du weißest | das wir umb deinet Willen geschmächt werden). Car vous savez déjà que mes biens ont été rassemblés des champs avec ces temps BrP II 395. J’ai compris que les auditeurs voulaient avoir le chant de la parole de Dieu Mž 81. Ce n’est pas autrement que le Sauveur, né, comprenant… tous ceux qui étaient restés à la maison, se mit en route BrP I 155. Alors nous comprendrons que vous êtes des dieux BrB Iz 41, 23 (so wollen wir mercken daß ihr Götter seyd). pressentir, comprendre profondément, maîtriser; inventer, employer abusivement au sens de « comprendre » Il devina qu’un jeune roi des Juifs était né BrP I 152. Nous pouvons comprendre que les Juifs… ont mal interprété le commandement BrP II 288. Car certains imaginèrent | qu’il fallait préparer un repas | pour lui IEzusa SE 248¹⁸. [Stoiciens] imaginent Dieu assis dans le ciel | et écrivant des lois qui détruisent ou font périr MT 177¹⁶. En détournant l’image du Seigneur Jésus | ils rappelaient très souvent devant leurs disciples et disaient, à propos de la souffrance… nous pouvons voir SE 50¹⁶. examiner, réexaminer, mettre à l’épreuve Et tu examineras ta demeure, si elle est en paix BrB Job 5, 24 (wirst erfahren | das deine Hütten friede hat). La femme de Pilate… examine celui qui le premier ressuscita d’entre les morts, le Christ SE 79²⁴. Nous envoyons… le frère que nous avons souvent mis à l’épreuve (var.: éprouvé) en bien des choses, et qui s’est montré très diligent, mais qui l’est encore beaucoup plus maintenant (marge: s’appliquant à la tâche) BrB II Kor 8, 22 (den wir oft gespüret haben in vielen stücken | das er vleissig sey | nu aber viel vleissiger). Or le roi, ayant éprouvé que les Juifs étaient si courageux, sourit BrB II Mak 13, 18 (als er versucht hatte, das die Juden so freidig weren), penser, réfléchir, méditer Il se mit à méditer sur son Seigneur Jésus-Christ, étendu et cloué sur la croix (puis il pensa avec compassion au Seigneur… crucifié) SP II 58⁴. Celui qui se persuade à l’oreille qu’il sert Dieu… cette prétention… est vaine VEE 70²¹ (sich lesset düncken | er diene Gott). L’esprit humain affirme | ou imagine | que ce (235) monde demeurera éternellement MT 235 – 235ᵃ. Dans son cœur, il conçut | que Dieu accomplirait sa promesse | et qu’il avait maintenant envoyé son fils sur la terre BrP I 119 dire « penser », imaginer, rêver « penser de manière irréelle », conjecturer Car ils diront que nous fuyons devant eux BrB I Joz 8, 6 (sie werden gedencken | wir fliehen für jnen). Tu crois²⁶ que je veux manger de la viande de bœuf PsD 93 (Meinstu das ich Ochsen–fleisch essen wolle). [Židai] le royaume… régnera sur terre pendant mille ans et rêvera de sagesse et d’honneur mondains MT 257⁷. La papauté… au fond | qui, à tort, change en corps l’opinion concernant le Christ… le dépôt de confiance… MT (PM) 30, 12. croire Et qui te croit si furieux? PsD 164 (Wer glaubts aber | das du so zeer zörnest?). Celui-ci… croit au pardon des péchés accordé aux autres, mais pas à lui-même MT 138¹⁸. ²⁵ Cf. le « Žodiniką » de D. Sutkevičius (1848): Nuwartoją intelligo, – Rozumiem. ²⁶ BrB Ps 50, 13: tari. 217 2.1.2.2. Les verbes exprimant une décision et une promesse s’engager, convenir, se mettre d’accord, décider, déterminer « décider »; jurer, s’engager, promettre régissent assez rarement un accusatif objet unique; ils sont le plus souvent associés à un infinitif ou à des propositions subordonnées explicatives. On ne trouve des exemples de GD avec ces verbes que dans la Bible de J. Bretkūnas. s’engager, convenir, se mettre d’accord, décider, déterminer Et les Juifs approuvèrent cela et s’engagèrent… à célébrer deux jours, ayant décidé de les observer BrB Est 9, 27 (namens auff sich… das sie nicht vbergehen wolten | zu halten diese zween tage). Ils se rassemblèrent et convinrent de sauver leur peuple BrB I Mak 3, 42 (vereinigeten sich | Sie wolten jr Volck retten). Il en délibéra avec eux; il avait l’intention… de marcher contre lui BrB II Mak 13, 13 (beratschlagt er mit jnen | Er wolte… jm entgegen ziehen). Le prêtre doit déterminer si la chose est bonne ou mauvaise (der Priester sols scherzen | obs gut oder böse sey). Alors il doit le déclarer impur, celui-ci étant impur BrB III Moz 13, 25 (Darumb sol jn der Priester vnrein vrteilen). jurer, s’engager, promettre Le roi Salomon me fasse jurer aujourd’hui que son serviteur ne tuera pas BrB I Kar 1, 51 (schwere mir heute das er… nicht tödte). Et comme ils s’engageaient fermement, ne sachant pas où il se trouvait27qu’il serait BrB II Mak 14, 32 (sie schwuren | sie wusten nicht). Il leur promit aussi qu’il ferait tout son possible pour persuader le roi BrB II Mak 11, 14 (werhies jnen daneben | er wolte den König dahin vermugen). 2.1.2.3. Les verbes d’information peuvent régir l’accusatif de mots fléchis abstraits et, simultanément, un datif objet, mais ne sont généralement pas associés à l’infinitif. Parmi eux, les GD suivants sont attestés aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles: dire, faire savoir, raconter, répondre; parler, converser, persuader, déclarer, mentionner, rappeler, notifier, informer, annoncer, proclamer, publier, révéler, confesser, reconnaître; témoigner, accuser, appeler, défendre « démontrer », amener, affirmer « soutenir », disputer, poser « affirmer », grommeler, marmonner « murmurer »; écrire, transcrire, lire; s’y rattachent partiellement aussi honorer, glorifier, employés dans un sens proche du verbe proclamer. Les GD avec dire sont les plus répandus; divers auteurs emploient également des GD avec proclamer, témoigner, confesser, déclarer. En revanche, certains verbes d’information ne forment des GD que dans les écrits d’un ou deux auteurs et ne sont pas relevés ailleurs; par exemple, parler n’est employé ainsi que par J. Bretkūnas et la « Suma Evangelijų », écrire uniquement par J. Bretkūnas, défendre, affirmer uniquement par S. Vaišnoras. Enfin, certains verbes ne sont attestés qu’avec un ou deux GD, par exemple: contester, disputer, poser (dans les écrits de S. Vaišnoras), appeler, s’engager, annoncer (dans la Bible de J. Bretkūnas). dire, faire savoir, raconter, exprimer, répondre Nous disons que ceux qui sont tombés dans le salut éternel MT LĮž 6, 4. Il dit qu’ils ressusciteront des morts le troisième jour (Powiadá | žesmy… wzbudzeni) SP II 252ₐ. Et les serviteurs de David craignaient de lui annoncer que l’enfant était mort BrB II Sam 12, 18 (furchten sich jm anzusagen | das das Kind tod were) La promesse qu’Hetmonga… viendrait sur terre, annoncez-la-leur KN 139₁₄. La lettre… annonce que le Seigneur… siège à la droite de Dieu et qu’il est le roi éternel des rois MT (PM) 18ₐ, Le saint Ange annonça en premier la naissance du Sauveur (79) BrP I 79–80. Ils répondirent qu’il y avait une très grande foule (sagten jm wider | das seer eine grosse Menge were). 27 ghis est barré. 218 parler, converser, discuter, dire, mentionner, rappeler Un homme souffrant d’une maladie des os | dont nous parlons, dont les os… [illisible] BrP I 188. Et Simon… parla d’Onia, qui avait fait en sorte qu’un tel malheur advienne à Heliodore (lui avait tenu de mauvais propos | comme s’il avait provoqué un tel malheur). Le démon… [illisible]… convaincre le Seigneur Dieu, à leur sujet, dans leurs épreuves et leurs tribulations, sans se soucier de rien SE 55₂₀. Et Irénée dit aussi, livre 4, chapitre 34: l’Eucharistie, c’est-à-dire | la Cène du Christ, composée de deux éléments MT 153₁₆. Et les Juifs, eux aussi, sont plus pieux, ceux qu’Ambroise mentionne ainsi DP 456₁₇ (il les mentionne parlant ainsi W 761). Mais, lorsque Dieu nous rappelle à lui par les épreuves, appelant à la pénitence | … BrP II 469. annoncer, faire annoncer, prophétiser, proclamer, publier, révéler, confesser, reconnaître; honorer, glorifier Je t’annonce que le SEIGNEUR veut te bâtir une maison BrB I Kron 18, 10 verkünde dir | daß der HERR dir ein haus bawen wil). Alors Dieu le Père lui-même… annonça au monde, révéla et manifesta | cet Enfant, le Christ, | né BrP I 78. J’ai parlé, par… les prophètes… qui prophétisaient en ce temps-là que je voulais t’envoyer contre eux BrB Ezech 38,17 (weissagten | daß ich dich über sie kommen lassen wolt). Ses fils se lèvent et la proclament bénie VEE 169₃ (preisen sie selig). Ceux-ci ont proclamé qu’il était guéri et qu’il avait le corps sain BrP I 194. Afin qu’il te révèle, à toi, homme, que l’on ne vit pas seulement de pain BrB V Moz 8, 3 (das er dir kund thet | Das der Mensch nicht lebet vom Brot allein). La papauté confesse qu’elle ne sacrifie pas MT (PM) 8ₐ₁₆. Le centurion reconnaît que le Christ a des soldats auprès de lui SP I 258₁₉. Lorsqu’ils virent les filles, ils les louèrent (en marge: proclamèrent) comme étant bénies. BrB GG 6, 9. Et glorifi (au-dessus: proclame) la sauvé (au-dessus: bénie) BrB Pat 31, 28 (preisen sie selig). témoigner, témoigner contre, appeler, défendre « démontrer », amener, stepinti « affirmer », disputer, poser « soutenir », mentir, se lamenter, murmurer Je témoigne que tu me reçois MT 121ₐ₁₈. Aujourd’hui, nous témoignons… nous (c’est-à-dire nous) avons prié pour que tu livres la ville à Holopherne BrB Judit 7, 17 (Wir bewegen… das wir euch gebeten haben). Afin que le peuple ne puisse pas se plaindre de lui, Jonathas dut périr pour cette raison BrB I Mak 13, 18 (das das Volck nicht vberjn klagete | Ionathas hette derhalben müssen vmbkomen). Les impies défendent cette [chose] comme étant Dieu MT 10. Par quels témoignages démontres-tu vraiment que tout sera jugé? MT 246ₐ₁₆. (Aristote) affirme que le monde demeurera éternellement MT 46₁₉. Origène… soutient que les corps spirituels seront ressuscités MT 246₁. (Les hérétiques) affirment alors que tous les sacrements sont d’une seule manière MT 120₂₄. Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ? BrB I Jon 2, 22 (der da leugnet | das Ihesus der Christ sey?). Ils se mirent à se lamenter sur les grandes œuvres de Dieu, impossibles à dénombrer WP 244₃₇. Ceux qui murmurent contre la loi naturelle et le désir ne sont pas eux-mêmes pécheurs MT 61ₐ. écrire, recopier, lire Ainsi le saint Luc écrit: Gabriel parla à Marie BrP I 135. Car ainsi l’écrit non seulement saint Paul… mais aussi le Christ, ayant réuni ses apôtres autour de sa table BrP I 64. Et nous ne lisons pas davantage que… 219 cela étant, à quatre reprises, ayant parlé dans l’Evangeliolia S. DP 47454 (nous ne lisons pas « pour que… elle ait parlé » W 795). 2.1.2.4. Les verbes attribués au groupe 2 régissent généralement uniquement des objets abstraits. En revanche, dans les GD, ils se construisent le plus souvent avec des accusatifs de noms et de pronoms à sens concret. Cette seule circonstance montre que, dans ces constructions, N, considéré isolément, n’est plus l’objet direct de V. Toutefois, le lien avec les constructions objectives n’était pas encore rompu aux XVIe–XVIIe siècles. Comme dans les constructions avec des verbes de perception physique, on observe ici des degrés de transition entre les GD objectives et non objectives. Par exemple, une transition graduelle de ce type est manifeste entre les constructions avec croire, où V est avant tout lié à la notion N, par exemple: Tikim Iesu Christu kehlusi ir dangu atwerusi Mž 90, et celles où domine déjà le lien de V avec P ou avec l’ensemble N et P, par exemple: Anis tiek tai szitą giwątą būsenčią tiki DP 58431 (oni tylko ten żywot być wierzą W 995); ici, on ne peut parfois distinguer les deux types qu’à partir du contexte plus large ou de l’original utilisé par le traducteur. Étant donné qu’aux XVIe–XVIIe siècles, les verbes de perception psychique étaient parfois encore associés à l’accusatif d’un objet distant (cf. 1. 2.), on peut discerner le même type de lien dans les GD où N désigne le contenu de la perception. Ainsi, par exemple, la construction Szinnot po dweiu dienu busenczes Welikas BrP I 356 peut encore être considérée comme objective. Cela vaut aussi pour les GD avec des verbes d’information. Dans la phrase Angelu pulkas… Sake ghiems Berneli graszu | Galinti ant kiemu Edziu BrGD VI, l’accusatif bernelį peut être considéré comme l’objet de sakė (cf. Saulus… sakie Christu ischkalosu VEE 144₃). Dans la phrase décrivant la même situation, Angelas pieminims pasaka Kristu uszginusi BrP II 432, l’objet de V est l’ensemble du groupe NP. De là, il n’y a plus qu’un pas jusqu’aux constructions où il est impossible d’établir un rapport de rection directe entre V et N, par exemple: sakiket iem, io Ricerištę liowusę BrB Iz 40, 2 (prediget jr | daß jre Ritterschafft ein ende hat). Le fait que les GD avec des verbes d’information étaient par nature de type objectif est également attesté par le lien entre des constructions folkloriques correspondantes, par exemple kalba mane martelę darbelį nemokančią (Žž), et des groupes de mots relictuels conservés dans les chansons populaires: visi mane kalba BM 463; kalba mudu žmonužėliai, bet nevienais žodeliais JV 61, etc. (cf. LKŽ V 114). Les expressions synonymes avec des propositions subordonnées, cf. kalba mane motulė, kad darbelio nemoku (Mrk), montrent que la dépendance de N à l’égard de V n’empêchait pas d’interpréter le groupe NP comme un groupe de mots semi-prédicatif. Du point de vue de leurs propriétés de valence, les verbes des groupes 1 et 2 ne sont pas non plus nettement délimités. Les verbes du groupe 1, dans leur sens secondaire (figuré), peuvent se construire avec des objets abstraits. Dans certains cas, les verbes du groupe 2 peuvent encore avoir des objets concrets. Cependant, les groupes verbaux du groupe 1 avec des objets concrets sont dominants et productifs, tandis que les groupes correspondants du groupe 2 sont déjà, dès les débuts de la tradition écrite, des archaïsmes en voie de disparition. La distinction entre les GD avec des verbes des groupes 1 et 2 est relative et historique. Elle reflète les différentes étapes de l’évolution des GD ainsi que le processus de réorganisation des relations internes qui se déroule au sein de la construction. La structure des GD des groupes 3 et 4 est déjà directement déterminée par les conséquences de cette réorganisation. 220 3 grupė 2.1.3. Verbes associés au nominatif du sujet, mais incapables de régir l’accusatif Les GD avec les verbes de ce groupe sont beaucoup plus rares et ne représentent qu’environ 6% de tous les exemples dans les textes des XVIe–XVIIe siècles. Ils sont néanmoins très importants pour l’évolution des GD, car l’intransitivité des verbes y met très clairement en évidence les changements de la structure interne de la construction. On peut distinguer dans ce groupe 6 sous-groupes de verbes aux sens et aux propriétés de valence différents, à savoir les verbes pronominaux de perception psychique, d’espoir, d’enseignement et d’apprentissage, d’état psychique et émotionnel, ainsi que de volonté. 2.1.3.1. Verbes réflexifs de perception psychique ont des significations semblables à celles des verbes non réflexifs du groupe 2 (ou accompagnés d’une particule réflexive à valeur de datif, par exemple vaizduotis), mais s’en distinguent en ce qu’ils ne peuvent pas régir l’accusatif. En général, ils ne régissent pas non plus d’autres cas. Outre le GD, ils peuvent aussi être associés à des propositions subordonnées complétives. tartis « penser »; išsimanyti, išsireikšti, ženklintis « signifier » Le méchant finit pourtant par périr | celui qui croit à la promesse donnée BrGD XLII (72 p.). C’est pourquoi il comprend que nous sommes tous très coupables BrP II 489. Afin que le salut… s’accomplisse, l’Église… est rassemblée, protégée et préservée par la puissance divine MT 182, 3. Et lorsque Pharaon rêva cela une deuxième fois, il comprit que Dieu le ferait véritablement et bientôt BrB I Moz 41, 32 (cela signifie | que cela… se produira). L’emploi du GD avec ces verbes s’explique aisément par leur proximité sémantique avec les verbes du groupe 2, dont la rection de l’accusatif est déjà très restreinte. Par exemple, tartis a ici le même sens que tarti, « penser », et ženklintis — le même que ženklinti (cf. 2. 1. 1. 2. et 2. 1. 2. 1.). Puisque, même avec les verbes du groupe 2, le GD est généralement de type non objet, l’analogie sémantique va plus loin encore: par analogie avec les constructions verbales, le GD est aussi associé à des syntagmes verbaux de sens correspondant qui ne peuvent pas régir l’accusatif. Par exemple, par analogie avec ženklinti(s), J. Bretkūnas associe également le GD à duoti ženklą, turėtis ženklą, gauti ženklą. Et il leur donna un signe, indiquant que Dieu les sauverait BrB II Mak 8, 23 (il leur donna un signe que Dieu les aiderait) Et tu auras ce signe de la part du SEIGNEUR: le Seigneur accomplira cela BrB Iz 38, 7 (je t’ai donné cela comme signe… que le Seigneur accomplira cela). Tu recevras ce signe du SEIGNEUR: le SEIGNEUR a fait cela BrB II Kar 20, 9 (Tu auras ce signe… que le SEIGNEUR a fait…). De même, par analogie avec les constructions comportant paskelbti, le GD est employé avec padaryti garsą,; par analogie avec liudyti, avec liudymą duoti,; et par analogie avec susitarti, avec padaryti ryšį. Toute l’assemblée murmure, afin de faire entendre sur la terre une mauvaise renommée BrB IV Moz 14 (ils firent courir une rumeur | selon laquelle cela était mauvais). Tous ces faits, dis-je, rendent un témoignage solide que Dieu est le grand Seigneur BrP II 17728. Et je… conclurai une alliance éternelle29 avec eux, je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple BrB Bar 2, 35 (et je conclurai une alliance éternelle… établirai | que je serai leur Dieu). 28De même, BrP II 88, 238. 29 Souligné; en marge: Siderejima. 221 2.1.3.2. Verbes exprimant l’attente tikėtis, daboti(s) « regarder, tenir compte de », žvalgytis peuvent être associés au génitif30, à l’infinitif des verbes ou à des propositions subordonnées explicatives. Comme les autres verbes pronominaux de perception psychique, ils sont sémantiquement proches du groupe 2, mais s’en distinguent par leur valence syntaxique. La construction GD avec tikėtis et dabotis est assez largement attestée dans les écrits de divers auteurs (J. Bretkūnas, M. Daukša, S. Vaišnoras, B. Vilentas, etc.). tikėtis, daboti(s), žvalgytis Il y en a aussi beaucoup | qui estiment que le plus grand bonheur réside dans la grâce et l’amour des grands seigneurs DP 59632 (ktoryž… navětše szczęście położone byť mniemają W 202) Ames tikeiomese | ghy atpirkse n t Israhel (Wir aber hoffeten | er solte Israhel erlö sen) VEE 59₂₉. Regarde ici combien le Seigneur | prend grand soin de ceux qui croient en lui SE 68₂₃. Il est digne d’être observé: les sacrements ne conviennent à personne MT 117₈. Regarde le ciel et observe, scrute les nuages, sont-ils (souligné, au-dessus d’eux) taw perau kschas sances BrB Job 35, 5 (regarde les nuages | ils sont trop hauts pour toi). 2.1.3.3. Verbes d’enseignement et d’apprentissage mokyti(s), pamokyti, išmokti, primokti peuvent être associés au génitif de l’objet et à l’infinitif des verbes. Ils entretiennent avec les verbes d’information du groupe 2 une relation similaire à celle qu’entretiennent tikėtis, dabotis avec les verbes de perception psychique du groupe 2. Bien que mokyti, pamokyti puissent régir l’accusatif désignant la personne instruite, la construction GD n’occupe jamais cette position syntaxique de l’accusatif. En revanche, l’accusatif exprimant l’objet de l’enseignement ou de l’apprentissage31 est relativement rare. Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, dans les constructions GD avec des verbes d’enseignement et d’apprentissage, N ne peut nulle part être considéré comme l’objet de ces verbes. Ces constructions sont largement employées dans les écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras et se caractérisent par la diversité de leur structure et de leur expression lexicale. mokyti, (-inti), pamokyti; mokytis, (-intis), išmokti, primokti Schwenkfeldius enseigne | la nature humaine dans l’apparence divine MT 31₁₈ Le Seigneur… sait | avoir de petits enfants pour saints anges BrP II 430. Le Seigneur… voulait aussi nous enseigner à tous | que cet Enfant que la Vierge Marie a enfanté (226) est véritablement le premier-né BrP I 226 – 227. C’est pourquoi, apprenons en ce Noël | que le Christ est né pour nous, les hommes BrP I 72. Son corps gisait… jusqu’à ce qu’il apprît que le Dieu Très-Haut a autorité sur les rois des hommes BrB Dan 5, 21 (jusqu’à ce qu’il apprît | que Dieu… a pouvoir). Nous l’avons entendu et avons appris | que nous tous étions accablés à cause de nos grands péchés BrP II 246. 2.1.3.4. Verbes d’états psychiques et émotionnels et de leur expression abejoti, nusistebėti, nusitikrinti, girtis, skųstis, linksmintis sont associés à l’instrumental de l’objet ou à des propositions subordonnées explicatives. La construction GD avec ces verbes est rare. À l’exception de constructions un peu plus courantes avec abejoti, skųstis, on n’en trouve que quelques exemples isolés (principalement dans les écrits de J. Bretkūnas). abejoti, nusistebėti, nusitikrinti Il n’y a pas lieu de douter | qu’avec les autres mâchoires ils aient reçu le corps et le sang du Christ MT 156₅. Et Pilate s’étonna que Jésus fût déjà mort BrP I 394. 30 Pour l’emploi de dabotis avec le génitif dans le sens correspondant, cf. Dabokites pauksczezu ora jog neseja, ney pia uja ChB Mat 6, 26. 31 Voir E. Fraenkel, Kas., p. 76. 222 Par la foi… nous nous assurons que Dieu est et sera | agréable à nous, pécheurs SE 231–232. se vanter, se plaindre, links mintis « se consoler », se réjouir Il cherche une raison, comment il pourrait (souligné) se vanter, de lui-même, d’être tel que nous BrB II Kor 11, 12 (das sie rühmen möchten | sie seien wie wir) Alcimus… se plaignit contre Nicanor, qu’il était infidèle BrB II Mak 14, 26 (verklagte…das er vntrrew werden were) Nous nous réjouissions, eux vivant parmi les païens après leur départ BrB JerR 4, 20 (wir wollten… leben). Je me réjouis que tu sois rentrée saine et sauve à la maison BŽ 496. Comme dans les cas mentionnés en 2. 1. 3. 1., par analogie avec les verbes, le GD s’associe parfois aussi à des syntagmes de sens correspondant. Ainsi, à partir du GD formé avec s’assurer, on construit également une construction correspondante avec être sûr: Assurément | étant sûrs | de cette force | au Seigneur Dieu | nous aussi, étant aimants… servons SE 30, 10. Les exemples de la Bible de J. Bretkūnas illustrent la formation analogique de tels GD: à côté du verbe, un syntagme de sens correspondant est également consigné comme variante possible: L’homme… parla, nous tenant (nous prenant pour) des espions du pays32 Szemes I Moz 42, 30 (vnd hielt vns für Kundschaffer des Landes) Le verbe lui-même, croire, bien qu’il puisse régir l’instrumental, est plus proche des verbes qui régissent l’accusatif de substantifs abstraits (voir 2. 1. 2. 1.). 2.1.3.5. Un sous-groupe distinct, plus éloigné des autres, est constitué par les GD avec les verbes de volonté vouloir et souhaiter. Ces verbes peuvent régir le génitif ou l’infinitif, mais ne s’associent qu’à des propositions subordonnées complétives dont le prédicat est au conditionnel (cf.: il voit que l’invité arrive et il veut que l’invité arrive). Par leur sens, ces verbes diffèrent également de ceux examinés jusqu’ici. Les GD avec ces verbes sont plus fréquents dans les écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras; on trouve quelques exemples isolés dans le postil de Wolfenbüttel et dans le recueil de cantiques de Slavocinskis. vouloir, souhaiter Ainsi, il y a une nécessité urgente WP 284. Qui veut fortifier les plus faibles MT 42₁₂ (Petras) renforce la fermeté de ceux | qui veulent observer les lois mosaïques MT 208₁₄. Ceux qui, ici, veulent qu’on les trouve dans cette vie couverts de leurs fautes… veulent être pardonnés MT L[ž 17₂₀ Nous voulons que l’Esprit saint habite en nous BrP II 142. Les jeunes filles souhaiteraient qu’il leur remplisse le cou, non comme moi qui fuis, mais qui peine à présent SIG I 61. Je voudrais que cet argent n’ait jamais existé BrB Tob 5, 24 (je voudrais | que cet argent n’ait jamais existé) Ah, je voudrais que mon seigneur soit auprès du prophète en Samarie BrB II Kar 5, 3 (Ah! que mon seigneur soit auprès du prophète en Samarie). Comme le montrent les exemples, les GD formés avec vouloir, souhaiter présentent des structures très diverses et des formes participiales de différents types et temps. Dans les textes traduits dont les originaux sont accessibles, on ne voit pas d’influence directe de ces derniers sur cet emploi des GD; au contraire, certains passages sont traduits avec une grande liberté. Seul le latin a pu exercer ici une influence indirecte incitative: dans cette langue, la construction accusativus cum infinitivo, courante après les verba voluntatis, pouvait évoquer aux auteurs des anciens écrits le GD lithuanien. En corrigeant le manuscrit de la Bible, J. Bretkūnas, en un endroit, a remplacé la proposition subordonnée complétive… 32 Biffé, en marge — Spiegoreis. 223 le complément après norėti est remplacé par GD: Bet jei noriu, kaip pasilikčiau (souligné, supra: pasiliekanti) iki ataimi Jon 21, 23 (So ich wil das er bleibe)33; dans l’original grec et la Vulgate, on trouve ici un accusatif avec infinitif, qui a pu inspirer cette tournure (cf. ἐὰν θέλω μένειν, eum volo manere). Cependant, dans un autre passage révisé de la traduction, GD après norėti (Er nori scheschūli! deschimtį trapų toliaus aisenti II Kar 20, 9), employé sans aucune influence de l’original, est remplacé par une proposition subordonnée explicative: Er nori iog scheschūlis … eitu (Sol der Schatten zehen stuffen forder gehen, Vis ut ascendat umbra). Nous ne disposons pas de données permettant de conclure à l’emprunt de telles constructions; au contraire, leur emploi assez varié et libre dans les anciens écrits laisse penser qu’elles n’étaient pas étrangères au lituanien parlé du XVIe siècle. Le régime du génitif par le verbe norėti (comme par les autres verbes exprimant l’aspiration ou le but) est une caractéristique ancienne, héritée de l’époque de la communauté indo-européenne, propre à de nombreuses langues apparentées34. L’accusatif avec ce verbe est assez rare; toutefois, lorsqu’il désigne l’objet désiré comme un tout, il n’était pas non plus étranger aux langues baltes, slaves, germaniques et à d’autres langues indo-européennes. En outre, dans nombre d’entre elles, on trouve une construction GD avec des verbes de même sens que le lituanien norėti, cf. letton gribēj mani drīz augam BW 192335, latin te volo monitum; patriam exstinctam cupit36, allemand ich möcht ihn gern getödet37; les constructions infinitives correspondantes sont encore plus répandues38. Dans ces circonstances, il n’est pas exclu que de telles constructions GD se soient formées jadis sur la base d’anciennes constructions objectales et qu’elles aient peu à peu disparu lorsque le verbe norėti a cessé de se construire avec l’accusatif. 4e groupe 2.1.4. Verbes et autres mots et groupes de mots qui ne sont pas liés au nominatif du sujet et ne peuvent régir l’accusatif Avec les mots du groupe 4, les anciens écrits ne présentent que très peu de constructions GD — environ 2,7%. Tous les exemples attribués à ce groupe proviennent des écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras, c’est-à-dire des sources où GD est employé de la manière la plus large et la plus variée. De plus, les écrits de J. Bretkūnas représentent à eux seuls, par leur volume, environ 40% de l’ensemble des textes des XVIe et XVIIe siècles étudiés. Outre les formes verbales personnelles et impersonnelles, le groupe 4 comprend aussi certains mots modaux et des substantifs susceptibles d’introduire une proposition subordonnée explicative (c’est-à-dire ayant en commun avec les verbes un régime phrastique). Le syntagme N et P associé aux mots de ce groupe conserve la forme de l’accusatif, mais occupe désormais une position syntaxique de nominatif, et non d’accusatif. 33 Cette construction a ensuite été reprise dans la Postille, cf.: Iei noriu ana pasiliekanti iki ataimi BrP I 411. 34 B. Delbrück, Vergl. Synt., I, p. 324—327. 35 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 1001. 36 A. Ernout, F. Thomas, Syntaxe latine, Paris, ²1953, p. 282; R. T. Lakoff, Abstract Syntax and Latin, Complementation, Cambridge – Massachusetts – London, 1968, p. 228—229. 37 O. Behaghel, Deutsche Syntax, II, Heidelberg, 1924, p. 417. 38 Pour le grec, cf. R. Kühner, Ausführliche Grammatik der griechischen Sprache, Hannover, 1870, p. 593 sqq.; С. И. Соболевский, Древнегреческий язык, М., 1948, p. 334—335; pour le latin, R. Kühner, C. Stegmann, Lat. Gr., II, 693—694; pour l’anglo-saxon, J. Macháček, op. cit., 40 sqq. 39 En haut, corrigé de la main de Z. Blotno: Regetis jums. 224 Au groupe 4 appartiennent: les verbes réfléchis impersonnels, les formes neutres des participes passifs, les constructions à valeur modale et les constructions avec des noms verbaux et d’autres noms. Les rares exemples du groupe 4 sont importants en ce qu’ils montrent la limite extrême de l’extension de l’emploi de l’ACPP et sont, à cet égard, uniques parmi les constructions participiales de structure correspondante dans les langues indo-européennes. 2.1.4.1. Les verbes réfléchis impersonnels regisi, rodosi, įsirodo ont des sens semblables à ceux des verbes non réfléchis correspondants, qui régissent l’accusatif et forment souvent un ACPP; s’y ajoute aussi sekasi, employé deux fois par S. Vaišnoras au sens de « réussir, se voir ». Comme seuls 8 exemples de ce type ont été trouvés dans l’ensemble des textes examinés, ils sont présentés dans leur intégralité. sembler, se trouver, se révéler, réussir Ainsi, il nous apparut que ceux qui avaient écouté de bon cœur BrP I 44. Il m’apparut que je mangeais et buvais avec vous BrB Tob 12, 19 (Il semble bien que je mange et boive avec vous). Il apparut que la question concernant l’Église chrétienne s’était révélée fausse MT 2588. Si les premiers mots peuvent conduire au commencement de la parole, alors apparaîtra-t-il que le fondement est inébranlable? MT (PM)88–10. Avant qu’ils ne se marient, il fut découvert qu’elle était enceinte BrB Mat 1, 1840 (Il fut découvert qu’elle était enceinte); Rends-les dignes, ceux qui t’attendent41, afin que tes prophètes soient reconnus comme ayant dit la vérité BrB Sir 36,18 (que tes prophètes soient reconnus comme ayant dit la vérité). Ainsi Moïse rapporta le grand pacte conclu auparavant avec les Pères saints MT LĮŽ 145. Alors on dit incontestablement que cette messe n’a pas été instituée par le Christ, mais… qu’elle a été apportée et introduite de l’enfer par toutes sortes de démons. MT (PM) 215. 2.1.4.2. Les formes neutres des participes passifs, qui ont également une valeur impersonnelle, forment un ACPP beaucoup plus souvent. Elles sont dérivées des verbes transitifs des groupes 1 et 2. Les formes neutres des participes passifs du présent sont principalement dérivées des verbes regėti, žinoti, kalbėti; dans quelques cas isolés, elles sont dérivées de rasti, perman yti, sakyti, rašyti, tikėti, suprasti, giedoti. regėti, žinoti, kalbėti, rasti, perman yti, rašyti, sakyti, giedoti, tikėti, suprasti Isch to regima ira, anus42 nesanczius Diewus BrB Bar 6, 14 (daran ir ja mercken könnet | das es nicht Götter sind). Ir žinoma est Sumu Dieva santi atsisusta ne idant… nugrūtumbime MT 1373. Apie tas tikrai žinoma ir tikima yra | ies nemirschtanczes MT 2588. Ischtogi paprastai yra kalbama: Deiwistøie sanczę wiena essibe dwassischka MT 711. Randama ira raschte, Ieremija (virš.: -schu) praraką prisakusių tiemus BrB II Mak 2, 1 (Man findet auch in den Schrifften | das Jeremias… geheissen habe). Idant permanoma butu | atleidima grieku ir suderinama su Diewu isch malones mums dowanojemą MT 7913. Raschama | sakama | tikima | ir giedama ira… Ghi pati isch numirusiu treczia diena kėlūsisi BrP II 6. C’est pourquoi désormais 40 Corrigé de la main même de Bretkūnas à partir de ana nieschęze buwa. Dans le NT, la proposition subordonnée est déjà introduite par jog; dans la Bible de 1823, par kad; dans le GNT, conformément au texte latin, on trouve ira nesczia (inventa est in utero habens). 41 « -tą » est barré. 42 Souligné, en haut: ios. 15. 520 225 il est compréhensible que ce soit une tromperie BrB Bar 6, 50 (Darumb kan man mu fort wol erkennen | das es triegerey ist). Ainsi, dans les constructions impersonnelles avec des participes non fléchis, prédominent les lexèmes regėti, sakyti ir žinoti, qui forment généralement le GD. Cela confirme l’origine analogique de ces constructions. Ce n’est qu’après que, dans les constructions du type žinau brolį grįžusį, les relations de rection entre žinau et brolį se sont effacées que le syntagme brolį grįžusį, compris comme l’équivalent de (que) brolis grįžo, a pu être associé à žinoma de la manière suivante: je sais (que) le frère est revenu: il est connu que (que) le frère est revenu = je sais le frère revenu: x; x = il est connu que le frère est revenu Les formes neutres des participes non fléchis du passé sont principalement dérivées de sakyti, pasakyti, atsakyti; dans quelques cas isolés, elles sont dérivées de rašyti, parašyti, numanyti, pažinoti « connaître, apprendre ». dire, dire, répondre, écrire, écrire, supposer, connaître Il a d’abord été dit que cela s’était passé ainsi dans l’ancienne église MT 145ᵃ₂. Le troisième jour, il fut annoncé à Laban que Jacob fuyait BrB I Moz 31, 22 (wards… angesagt | das Iakob flöhe). Mais il leur fut répondu qu’une telle chose ne pouvait être imaginée MT 266ᵃ₁₈. De même, il était écrit qu’un commandement avait été donné pour tous les pays BrB Est 3, 14 (Also war der inhalt der schrift | Das ein Gebot gegeben were). Il est écrit que le roi… parle ainsi BrP II 472; mais dans les livres de Moïse, il est écrit que Dieu avait endurci le cœur de Pharaon? MT 174₁₉. On peut aussi le déduire de cela: qu’ils ne sont pas des dieux BrB Bar 6, 71 (Auch kan man es daran mercken | das sie nicht Götter sind). Car à quoi reconnaîtrait-on que moi et ton peuple avons trouvé grâce BrB II Moz 33, 16 (sol… erkannt werden | das ich vnd dein Volck… gnade funden haben). Les formes neutres qui constituent un GD peuvent elles-mêmes être des membres dépendants d’une autre construction GD. Au total, trois cas de ce type ont été relevés: J’ai entendu dire de toi que tu as l’esprit des dieux saints, ainsi que l’illumination, l’intelligence et une grande sagesse. BrB Dan 5, 14 (Ich habe… hören sagen | das du den Geist… habest | vnd Erleuchtung… bey dir funden sey). Les gens d’Abas entendirent dire que Simri avait conclu une alliance et avait tué le roi BrB I Kar 16, 16 (höret sagen | das Simri einen Bund gemacht vnd auch den König erschlagen hette). Et ils trouvèrent écrit dans la Loi que le Seigneur l’avait ordonné par l’intermédiaire de Moïse BrB Neh 8, 14 (Sie funden geschrieben im Gesetz | das der Herr… geboten hatte). Contrairement aux constructions comportant des formes neutres, dans un passage de la Bible de J. Bretkūnas, le GD est même formé avec la forme masculine d’un participe non fléchi du passé: Ainsi… je la piétinerai sur la terre, comme il sera visible qu’elle repose sur ses fondations, elle qui gît là Ezech 13, 14 (das man jren Grund sehen sol | das sie da lige). La forme neutre du participe de nécessité, occupant la position de membre principal du GD, n’a été relevée que dans un seul exemple: Alors, il est évident qu’il est terrible de pécher contre Dieu MT 196ᵃ₁₄. Les constructions dépendant des formes neutres de participes non fléchis ne constituent pas une particularité propre à la langue de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras. J. Rėza, qui avait édité le tome VI de la Bible de J. Bretkūnas, a repris dans son « Psautier de David » la construction associée à regima butu tikra Diewa Sione santi (Ps 84, 8), qui, dans le manuscrit, avait remplacé l’explication- 226 le constituant subordonné de la phrase principale iog tikrasis Dievas ira Sione (cf. PsD 152; LB: Das man sehen mus | der rechte Gott sey zu Zion). On trouve des constructions correspondantes (mais cette fois avec des participes en -damas) également en lituanien contemporain, cf.: Ne veltui sakoma lapė gudrią esant Vaižg RR II 173. 2.1.4.3. À plusieurs endroits des « Žemčiūgos » de S. Vaišnoras, le GD est constitué de constructions à valeur modale tikrai yra et tiesa yra, proches par leur sens des prédicats comportant des formes neutres de participes invariables. tikrai yra Tikrai ira | žmonems dabar ant swieta alba žemes besant | Sunu Diewa ant suda ateisenti 243ᵃ. Tikrai tada ira Sunu Diewa nūg Tewa netodelei atsiusta santi (106ᵃ) idant swietischkai ponawotu 106ᵃ–107. tiesa yra Ir tiesa ira | tikraghi ir pastatistchkaghi pribuwima… neisstowinti isch wer-tistes imancznu 155ᵃ⁻¹⁰. Kadang tiesa ira | newissus žmones tikeghimu malones žadeima nutwerrenczus 168¹. 2.1.4.4. Les noms, généralement déverbaux, peuvent parfois aussi occuper la position de terme principal dans le GD; ils peuvent alors être accompagnés d’un constituant subordonné de phrase explicative. Ces noms sont le plus souvent dérivés de verbes employés dans le GD (ou de verbes de sens proche). Dans presque tous les cas, on peut discerner ici des liens d’analogie syntaxique avec les constructions des groupes 2 et 3. Par exemple, sur le modèle du GD avec liudyti, liudijimą duoti, des constructions sont formées avec les noms liudijimas, liudininkas. liudijimas, liudininkas Dieu institua cette union… afin que ce soit un témoignage évident de cette vie sainte MT 221₈. Afin que la souffrance et la mort des saints soient un témoignage de la doctrine | que la doctrine de l’Évangile est véritable et vient du cœur MT 181₈. Vous êtes aujourd’hui témoins que j’ai tout acheté de ce qui appartenait à Élimélek BrB Rut 4, 9 (ir seid… Zeugen | das ich alles gekauft habe). De même, le nom dūmos est à rapprocher de dūmoti; de même, nusitikėti — nusitikėjimas, ženklinti — ženklas, stebėtis — stebuklas. dūmos, nusitikėjimas, ženklas, stebuklas Ainsi toutes les pensées pieuses embrassent | cette doctrine comme étant donnée par DIEU MT 3ᵃ₉. La foi est une ferme confiance en Dieu le Seigneur | qu’il nous regarde | nous aime | nous accompagne dans toutes les choses | voulant nous sauver BrP I 286. Quel est le signe que je monterai à la maison du SEIGNEUR BrB Iz 38, 22 (Welch ein Zeichen ist das | das ich hinauff… sol gehen?) Ceci est le miracle que le SEIGNEUR a ainsi annoncé BrB I Kar 13, 3 (Das ist das Wunder das solches der HERR geredet hat). D’autres noms sont liés aux verbes qui apparaissent dans le GD moins par leur formation que par leur sens. Ainsi, le GD avec garsas „žinia“ est à rapprocher des constructions correspondantes dépendant de verbes d’information tels que skelbti, pranešti, šaukti, etc. (voir 2.1.2.3.); de même, le nom sentencija est lié à mokyti, sakyti, gramotos su rašyti. 15* 227 son, maxime, lettres Et une fausse rumeur se répandit (marge: mensongère): Antiochus était mort, BrB II Mak 5, 5 (Mais une rumeur mensongère se répandit, disant qu’Antiochus était mort). Cette sentence doit être reçue du fond du cœur: Dieu n’est pas l’auteur du péché, ne le veut pas et ne le prédestine pas... MT 54a. Alors furent envoyées des lettres... aux peuples, dans leur langue. À tout homme, le prince suprême, dans sa maison, BrB Est 1, 22 (Alors des lettres furent envoyées... afin que chaque homme soit le maître...). Que de telles constructions étaient habituelles aux auteurs ressort de BrB II Sam 13, 30: ateina garsas Dowidop, Absaloma wissus Waik̇us Karaliaus uszmuschuši, où la proposition subordonnée explicative kaip Absalomas butų wissus Waik̇us Karaliaus uszmuschens est remplacée par une construction GD lors de la correction du manuscrit. Ni le texte allemand ni le texte latin n’ont pu inciter à cette correction, cf. kam das gerüchte für David | das Absalom hette... erschlagen; fama pervenit ad David dicens: Percussit Absalom...; on ne remarque pas non plus l’influence de ces langues dans les autres cas mentionnés. Certaines de ces constructions sont proches des constructions GD qui dépendent de formes neutres de participes passifs, cf. les cas examinés en 2.1.4.2. avec sakyta buvo et cet exemple: Ir kaip tas Garsas pasakitas buwa Pharaono Namūsa, Iosepho Brolius ateijusius, intikka Pharaonui gerai. BrB I Moz 45, 16. (Vnd da das geschrey kam... das Iosephs brüder komen weren). De même, rašyta buvo (voir 2.1.4.2.) correspond à rašte buvo dans cet exemple: Bei ir tatai tame raschte buwa, Praraką iemus... prisakiusį, idant anis... Skrinę drauge imtų. BrB II Mak 2,4 (So stund das... in der selben Schrifft / Das der Prophet... sie geheissen habe) Ainsi, les noms qui constituent les GD du groupe 4 sont, par leur sémantique et souvent aussi par leur formation, étroitement liés aux verbes des groupes 2 et 3. Toutefois, l’autonomie syntaxique de la construction est encore plus grande dans ce groupe: l’emploi du NP en position de nominatif sujet montre que la fonction non seulement de l’accusatif, mais aussi, plus généralement, du cas objet, est ici déjà entièrement perdue. Il convient de noter que cet emploi autonome est précisément caractéristique des auteurs — J. Bretkūnas et S. Vaišnoras — dans les écrits desquels le GD est le plus répandu. La productivité accrue de la construction a vraisemblablement stimulé son évolution vers une plus grande autonomie syntaxique. 2.1.4.5. L’autonomie du GD était si nettement ressentie par J. Bretkūnas qu’il a parfois essayé de l’employer avec la valeur d’une phrase indépendante ou d’une proposition coordonnée. Dans le tome I de la Postille, on trouve le titre: Ant Pirmo. Mus wissus tarnais sanczius (487), bien qu’il n’y ait alentour aucun verbe ni autre mot auquel le rattacher; seul le sens permet de supposer ici un turime žinoti (atminti) sous-entendu, ou quelque chose de semblable.⁴² Dans cet exemple, une proposition coordonnée est rendue par un GD: Ir siunte (Ptolemeas) Paslus Demetriop, ieib iopi ateitų, Sudereġhimgą su io dariti, tada sawe norintį iem padūti sawa Dukteri. BrB I Mak 11,9 (Vnd schickt Boten zu Demetrio | das er zu jm komen solt | einen Bund mit jm zu machen | So wolt er jm seine Tochter geben); le texte latin ne fournit pas non plus de motif pour employer ici un GD (cf.: Veni, componamus inter nos pactum; et dabo tibi filiam meam). Que le NP était perçu comme une unité prédicative distincte ressort aussi des exemples où 42 Le NP est employé sans V dans BrB Job 36, 19 également: Bes ana (ghi) adboientį tawa Macę alba Auksa, mais ici tari a vraisemblablement été omis par inadvertance, manai ou quelque chose de semblable (cf.: Meinſtu dus er deine gewalt achte). 228 où toute une chaîne de propositions subordonnées s’intercale entre lui et V. Par exemple, dans BrB Neb 10, 30, après la proposition principale Ir anis ateija ieib prisiektų, ir prisiega paszadėtų waikschezoti Sokone Diewo vient une proposition relative se rapportant à Sokone, puis deux longues propositions explicatives subordonnées liées à ateia (si autonomes que M. Luther comme J. Bretkūnas les séparent par des points), puis une nouvelle proposition explicative de second degré, et seulement ensuite le GD:... Ir kaip Szmones Szemes Sabbath oie atgaben Taworą ir wisokio Pascharo pardūti, mus toktai nog jų neprijmsenczius (das wirs nicht von ihnen nemen wolten). 2.1.4.6. Il convient de mentionner séparément le cas où un interjection constitue le terme principal du GD: Ach, mane gimusį, jog mana Szmonių ir schwento Miesto ischpustighimą regeti, ir tileti turiu BrB I Mak 2,7. Dans l’original allemand, on trouve une proposition subordonnée introduite par daß (Ah | das ich dazu geboren bin), et dans le texte latin, une proposition avec ut (ut quid natus sum); le GD a donc pu être employé ici comme équivalent d’une proposition subordonnée, comme dans d’autres exemples du groupe 4. Cependant, les occurrences sporadiques de l’accusatif après des interjections dans les anciens écrits (cf., chez Sapūnas et Šulcas, Ay Budą szio Čieso — O mores hujus temporis... Ak manę Biedną. O me miserum 9443), son emploi dans le folklore letton (cf.: ai tu manu lētu dabu!44) ainsi que les nombreux parallèles dans les langues slaves45, latines46, etc., permettent de supposer que l’accusatif après les interjections n’était autrefois pas étranger au lituanien; dans ce cas, l’exemple cité pourrait être considéré comme un vestige des constructions objet à accusatif dépendant, dont la structure originelle correspond à celle du GD avec sakyti et autres verbes du même type (cf. 2.1.2.3.). 2.1.5. L’examen du GD en fonction de son terme principal (généralement verbal) montre que la plupart des exemples relevés dans les écrits des XVIe–XVIIe siècles ne correspondent déjà plus au modèle originel des relations syntaxiques de cette construction. Dans les groupes définis selon les propriétés générales de valence des verbes, la relation entre V et NP varie. Les relations de rection directe entre V et N sont clairement visibles uniquement dans les constructions objectales (type a) du groupe 1. On peut parfois discerner de telles relations dans les constructions des groupes 1b et 2, mais elles ne sont plus actives ni productives: elles ne peuvent être reconstituées que comme héritage d’époques antérieures. Dans la plupart des constructions des groupes 1b et 2, le NP dépend déjà de V en tant qu’unité syntaxique distincte. Le NP est encore plus autonome dans les exemples du groupe 3, où l’on ne peut plus constater de rection du N objet. Enfin, dans le groupe 4, les NP sont même employés en position de nominatif. Ainsi, en allant du groupe 1 au groupe 4, on observe une modification graduelle des relations syntaxiques entre NP et V, qui reflète plutôt le processus réel d’évolution du GD. Celui-ci consiste en ce que la rection casuelle (à l’accusatif), caractéristique du modèle originel du GD, se transforme progressivement en rection phraséologique du syntagme NP entier, indifférente à sa forme casuelle. Le changement de la relation de rection entre V et N est également indiqué par le fait qu’après les verbes négatifs, le N à l’accusatif ne devient généralement pas ici un génitif de négation, contrairement aux autres cas de rection directe, par exemple: 43 Žr. A. Bezzenberger, Beiträge zur Geschichte der litauischen Sprache, Göttingen, 1877, p. 239; E. Fraenkel, Kas., 151. 44 J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 580 (§ 436). 45 Fr. Miklosich, Vergleichende Syntax der slavischen Sprachen, Wien, IV, 1868–1874, p. 392; W. Vondrák, Vergleichende slavische Grammatik, II, Göttingen, 1928, p. 275; F. Trávníček, Historická mluvnice česká, III, Skladba, Praha, 1956, p. 9. 46 F. Stolz. I. H. Schmalz, Lat. Gr., p. 385–386. 229 Pourquoi ne m’as-tu pas dit que ta femme était là? BrB I Moz 12,18 (Warum sagestu mirs nicht | das dein Weib were?). Tu n’as pas envoyé un messager pour annoncer le Christ ressuscité d’entre les morts BrP II 21. Pour que tu ne dises pas qu’il est mort’ RG 539b. Mais aux Lituaniens, une telle proposition fut faite | je ne sais BrP II 517. Si tu ne veux pas que je t’envoie cette fois tous mes tourments BrB II Moz 9,13 (Ich wil anders dis mal alle meine Plage über dich selbs senden) La forme du génitif avec les verbes négatifs est surtout caractéristique des constructions objectales (après les verbes de perception et autres), dans lesquelles le lien de régime entre V et N demeure nettement perceptible, par exemple: je n’ai jamais vu d’aussi grands tourments MP 109²⁷. Dans les constructions non objectales, le génitif de négation n’est employé que dans des cas isolés. Ce créateur ne veut la mort d’aucun pécheur DP 403₂₃ (nie chce śmierći żadnego grzesznego W 661). Comment ne pas savoir (= ne saurait pas) | quelles sortes de femmes sont-ce | si elles t’ont donné un baiser⁷ DP 479₄₄ (iākoby niewiedział co to żá niewiasti W 808). Et elles ne savaient pas que ce qui était donné de sa main était pour leur bien DK 124—125 (ich nie poznał być z rąk iego dāne ku swemu lepszemu DK₁ 117). De telles constructions, fondées sur les rapports primaires entre les constituants, étaient déjà devenues des archaïsmes syntaxiques aux XVIe—XVIIe siècles. Bien que N y ait la forme d’un cas régi, sémantiquement il ne peut plus non plus être considéré comme l’objet de V, comme dans nombre de constructions correspondantes à l’accusatif. Par exemple, dans l’énoncé elles ne savaient pas…, l’objet de V n’est plus elles, mais ce qu’elles savaient (= qu’elles sont…), de même que le sens de l’énoncé GD je sais que tu te souviens de cela BrB Job 10,13 ne permet de considérer comme objet que le NP que tu te souviens (= que tu te souviens). Le changement de type de régime est ici tout à fait évident. Avec le changement du type de régime, la structure interne même du GD se réorganise. Les constructions non objectales ne représentent plus le modèle primaire des rapports syntaxiques du GD, mais un modèle réorganisé, que l’on peut représenter par le schéma suivant: (3) V ⟶ (N ← - - - → P) Les constructions formées selon ce modèle sont des syntagmes ternaires, dans lesquels les binômes syntaxiques (V et NP) ne peuvent être isolés qu’à des niveaux d’analyse différents⁴⁷. Dans les constructions objectales de GD des XVIe—XVIIe siècles (par ex. je l’ai vu entrer Mž 299), les rapports syntaxiques ne peuvent pas non plus être considérés comme identiques à ceux qui ont été reconstruits pour les étapes préhistoriques de l’évolution du lituanien (voir 1, 4.). Le modèle primaire des rapports syntaxiques du GD (2) correspondait parfaitement à la phrase à structure non tendue⁴⁸ caractéristique des anciennes langues indo-européennes, qui se formait progressivement— 47 Cf. le modèle binaire des cas objet en anglais d’E. Nida, qui représente la dépendance des deux cas objets à l’égard de V, tandis qu’à un niveau d’analyse inférieur sont indiqués les rapports exocentriques entre les constituants du syntagme; voir E. A. Nida, A. Synopsis of English Syntax, London — The Hague — Paris, 1966, p. 30, 155—156; les constructions avec la forme en -ing et l’infinitif sont traitées de façon similaire, p. 42, 111—112. De nombreux autres chercheurs indiquent également que c’est le syntagme NP dans son ensemble, et non l’un de ses constituants, qui est en rapport syntaxique avec V; pour l’anglais, voir aussi O. Jespersen, A Modern English Grammar on Historical Principles, II, 1914, 1. 67; The Philosophy of Grammar, London, 1929, p. 115 sqq.; Z. S. Harris, Co-occurrence and Transformation in Linguistic Structure, dans The Structure of Language, Englewood Cliffs, New Jersey, 1964, p. 178; Ch. F. Hockett, A Course in Modern Linguistics, New York, 1969, p. 195—196; J. Machaček, Complementation of the English Verb by the Accusative — with — Infinitive and the Content Clause, Praha, 1965, p. 8; pour le français, voir H. Nilsson-Ehle, L’attribut de l’objet en français, « Studia Neophilologica », 25 (1953), № 3, p. 110. 230 lorsqu’on passe d’un constituant de la phrase à un autre et que l’on définit la signification de chacun d’eux par la forme même du mot, sans projection préalable de la phrase entière déterminée par la valence du verbe. Avec la centralisation de la phrase, déjà nettement perceptible au XVIe siècle en lituanien, les constructions objet devaient nécessairement faire apparaître une contradiction entre la relation réciproque de N et P et la relation unilatérale de N avec V. Cette contradiction fut éliminée en reliant également à V le second membre du syntagme NP semi-prédicatif. Ainsi, la valence du verbe constituant le GD s’accrut d’une position et la construction prit la forme suivante: (4) Ainsi, le GD de type objet forme un syntagme ternaire qui ne peut pas être scindé en deux au niveau de la forme syntaxique⁴⁹. Les tentatives d’isoler des relations binaires dans les constructions correspondantes d’autres langues se sont révélées infructueuses (la question a été étudiée avec une intensité particulière à partir de l’anglais, où sont largement employées des constructions avec un double cas objet, avec un cas objet et un infinitif, ou avec une forme en -ing correspondant au participe lituanien). Si l’on considère N et P (resp. N¹) comme dépendant séparément du verbe⁵⁰, et que l’on distingue ainsi deux binômes V→ N et V → P, le lien incontestable de N avec P reste indéterminé; en lituanien, comme dans les autres langues flexionnelles, l’accord en témoigne clairement. D’autre part, si l’on considère que seul le premier nom⁵¹ (N) dépend de V, le lien entre V et P n’est pas pris en compte; celui-ci est attesté par le fait que P ne peut être éliminé sans modifier la signification syntaxique de la construction⁵². Ces relations syntaxiques complexes s’expliquent par le fait que, du point de vue synchronique, le GD n’est pas une construction primaire, mais dérivée: il peut être considéré comme le résultat de la transformation de constructions plus simples et être scindé en deux au niveau de sa structure interne (voir 3.3.2). 2.1.6. Selon les relations entre ses constituants, le GD de type objet s’est séparé des constructions non objectales et est resté proche des constructions comportant des verbes dépourvus de régime phrastique, c’est-à-dire non commentatifs. Parmi ces verbes, ceux qui forment également les constructions correspondantes à double accusatif avec des noms et des adjectifs s’emploient généralement avec un second accusatif — le participe (cf. 1.4), par exemple: faire, appeler, surnommer Il rendit les sourds capables d’entendre et les muets capables de parler VEE 113⁴. Il fait toutes choses disposées pour lui VEE 125¹⁸. Nous entendons l’Apôtre appeler les morts 48 Cf. Б. Г. Адмони, Развитие структуры простого предложения в индоевропейских языках, ВЯ, 1960, № 1, 24 tt. 49 Plg. А. М. Мухин, Структура предложения и их модели, Л., 1968, p. 122; Л. С. Бархударов, Д. А. Штеллинг, Грамматика английского языка, М. 1965, p. 379, 385—386; H. Nilsson-Ehle, op. cit., p. 109; Н. В. Соколова, Трехчленные глагольные сочетания в современном французском языке, сб.: Грамматика, фонетика и стилистика романских языков, Л., 1971, p. 251 tt.; В. И. Чагишева, История простых предложений с предикативными падежами имени, авт. докт. дисс., Л., 1971, p. 6—7. 50 Voir Л. С. Бархударов, Структура простого предложения современного английского языка, М., 1966, p. 104 tt. avec la lit. 51Ces relations sont représentées dans le schéma d’A. Muchin illustrant la structure des constructions correspondantes en anglais (par ex.: I saw him cross the road); voir А. М. Мухин, Функциональный анализ синтаксических элементов, М.-Л., 1964, p. 42 tt., 104 tt.; Структура предложений и их модели, Л., 1968, p. 91 tt., 133. 52Cf. Z. S. Harris, op. cit., p. 178—179; l’impossibilité d’éliminer l’un des membres liés par une relation semi-prédicative (=sociative) est également signalée par A. Muchin, voir А. М. Мухин, Структура предложений..., p. 94—95. 231 Endormis BrP II 519. On ne t’appellera plus l’Abandonnée, ni ta terre la Déserte BrB Is 62, 4 (Man sol dich nicht mehr die Verlassene... heissen). C’est pourquoi elle est appelée la bénie DP 506⁴ (ia blogoslówiona zowa W 861)⁵³. Le Seigneur les proclame vierges par Pránaszę prámine nopipiaustitivus MP 174ᵃ₃₅ (przewal / nie obrzezáne RP 118ᵃ). protéger, garder, avoir, tenir les dormeurs... éveillés RG 224₁₃. L’ange me gardait, celui qui sortait d’ici, qui y demeurait et qui revenait vers nous DP 522₃₁ (me gardait... sortant... demeurant... revenant W 892) J’ai une grande tâche à accomplir, je ne peux pas venir BrB Neh 6, 3 (Ich hab ein gros geschëfft auszurichten)⁵⁴. Que les autres fassent remplir la grange SIG II 3₄⁵⁵. Je tiens Jonathan... pour accusé BrB I Mak 13, 15⁵⁶ (Ich hab Ionathan... behalten)⁵⁷. conduire, accompagner, envoyer, laisser, quitter, rencontrer, accueillir, frapper, effrayer, ranimer... Elle est venue afin de le conduire vers les écrits VEE 152₈⁵⁸. Ils l’emmenèrent, le nombre BrB II Kar 23, 30 (füreten jn tod). Nous t’avons... conduit, en te suivant avons accompagné DP 617₄₀ (entrant... ont conduit W 834). Paul et Barnabé... les envoyèrent consacrés DP 619ₐ₆ (ils envoyèrent les consacrés W 849). Ceux-ci, ayant choisi la maison en partant VEE 103₅⁹. Vous... ayant apporté, emportez tout laisser MP 185ₐ₁₉⁶⁰. Quand tu rencontres le bœuf ou l’âne de ton ennemi qui erre BrB II Moz 23, 4 (rencontrer / lorsqu’il s’égare) Puis elle la prend ce jour-là et l’introduit dans la ville DP 617₂ (elle accueille celle qui entre W 833). La jeune fille... la mémoire d’elle, courant devant elle, BrB Judit 16, 14 (ils les frappèrent dans leur fuite). Les gens... l’achevèrent en creusant BrB Ezr 4, 4 (ils les effrayèrent en bâtissant). Car le Christ ressuscita le mort DP 336₂₆ (il... ranima le mort W 556). Dans ces constructions, les accusatifs du nom (ou du pronom) et du participe sont également subordonnés au verbe, comme dans les GD objets après les verbes de perception. La dépendance directe du participe à l’égard du verbe est également indiquée par le fait qu’il prend parfois la forme de l’instrumental, c’est-à-dire d’un cas sémantique directement associé au verbe, par exemple: Apaschtalai... tik Iesu Kristu tikrai isch numirusiu prissikélusiu BrP II 38; vżlaikit pati sáwe neiszleptu MP 213ₐ₆, etc.⁶¹ Les formes instrumentales des substantifs dans les constructions correspondantes sont tout à fait régulières et tendent à se répandre rapidement durant la période de la tradition écrite, cf.: noriu jus ⁵³ De même DP 471₁₄, 473₄₀, 475₁₉, SE 280₂, MP III 5ᵃ₂₉, 35₁₅; la construction s’appuie sur Luc 1, 48: beatam me dicent. ⁵⁴ De même BrB Ps 96, 10; Mat 6, 16; Luc 14, 18; Apr 14, 1; 19, 16. ⁵⁵ L’emploi fréquent des constructions avec turėti dans les anciens écrits a été stimulé par des formulations correspondantes dans les originaux allemands, polonais et latins, cf.: Kosznas turreia sawa galwa aprischta BrB II Sam 15, 30 — hatte ein ieglicher sein Heubt verhuellet; mane turi giwenanti DP 606₃₉ — mnie ma mieszkającego W 742; turek mane ischkalbeta BrB Luc 14, 19 — habe me excusatum. ⁵⁶ De même BrB II Kron 30, 9; I Kar 8, 50; Ps 137, 3; Išm 18, 4; Rom 7, 6. ⁵⁷ Pour les GD avec laikyti, ayant le sens d’évaluer, de considérer, voir 2. 1. 1. 3. ⁵⁸ De même MP III 14₃; BrB II Kron 28, 55; I Kar 8, 46; II Kar 24, 15; Jer 43, 11; 48, 46; Hoz 4, 19; Ob 1, 11; I Mak 13, 12; Apd 22, 5; cf. aussi Surishta nusimnte VEE 203₆; ChB Jon 18₂₄. ⁵⁹ De même MP 266₆, 266ᵃ₆. ⁶⁰ Voir aussi BrB I Kar 7, 47; Jer 46, 28; Apd 24, 27; II Timot 4, 20. ⁶¹ Pour d’autres exemples, voir E. Fraenkel, Der prädikative Instrumental im Slavischen und Baltischen und seine syntaktischen Grundlagen, AfSlPh, 40, p. 86; Kas., p. 200, 204, où l’influence du polonais sur cet emploi de l’instrumental est justement signalée. 232 faire des gens des pêcheurs VEE 137¹³; vous appelant seigneur VEE 23, 31; nous t’avons vu venir ChB Mat 25, 38; ils la tenaient pour une déesse BrB Išm 13,3; ils la trouvèrent en train de prier ChB Apr 2,2, etc.⁶²; dans bien des cas, l’instrumental finit ici par supplanter complètement le second accusatif nominal. L’instrumental des adjectifs pénètre également très activement dans ces constructions, sous l’influence des langues slaves, par exemple: il nous a faits dignes VEE 135; il vous rend prêts⁶³ BrB Hebr 13, 21; ils l’emmèneront sain ChB Apd 23, 24; et même avec les verbes de perception et de parole: nous t’avons vu affamé ChB Mat 25, 37; ils l’appelaient bon ChB Jon 7, 12; il doit le proclamer pur aux fidèles BrB III Moz 13; avec le verbe tenir pour, l’instrumental des adjectifs est aujourd’hui devenu dominant et normatif⁶⁴. Tout cela montre que le lien syntaxique du verbe avec le second cas dépendant se renforce progressivement, au point même d’en modifier la forme morphologique. La dépendance directe du verbe à l’égard du second des deux cas est un phénomène général, que l’on observe également dans d’autres constructions à double cas. Dans le datif double avec infinitif, elle se manifeste aussi par l’installation progressive de l’instrumental à la place du second datif, cf. tu devras être un chef au lieu de l’ancien à un chef; l’instrumental des adjectifs pénètre lui aussi très activement dans de telles constructions. Les langues slaves sont allées encore plus loin dans cette voie. Ainsi, dans le russe, le tchèque et le polonais actuels, le second accusatif et le second datif ont déjà entièrement cédé la place à l’instrumental lié au verbe. Ainsi, les cas qui, auparavant, étaient liés aux noms par une relation semi-prédicative sont devenus progressivement dépendants du centre des relations syntaxiques de la phrase: le verbe. 2.1.7. L’évolution de la structure GD a été favorisée par l’orientation générale du développement des relations de subordination — dans les langues lituaniennes comme dans les autres langues indo-européennes, on observe un renforcement et une différenciation du régime verbal. Dans les anciens monuments de la langue lituanienne et dans la tradition orale, l’emploi des cas est encore bien plus libre que dans la langue littéraire actuelle. Même l’accusatif — le cas objet principal — est ici assez souvent employé avec diverses valeurs adverbiales — de lieu, de direction, de temps, de moyen — que possèdent également les formes d’autres cas. Sa valeur première — celle d’objet direct — n’est pas encore nettement distinguée des valeurs secondaires (adverbiales) susmentionnées⁶⁵; avec ces valeurs, l’accusatif fonctionne comme un cas sémantique. Cf. des expressions telles que grincer des dents, se fatiguer la tête, chevaucher un cheval, naviguer sur les mers, parcourir les champs, etc.⁶⁶ Le principe sémantique, plutôt que syntaxique, de l’emploi des cas apparaît encore plus nettement dans les langues ayant une tradition écrite très ancienne. Dans les Védas, ce même accusatif est déjà employé librement non seulement avec diverses valeurs circonstancielles… ⁶² Voir aussi E. Fraenkel, Kas., p. 199—200. ⁶³ Corrigé à partir de gatewus; de telles corrections sont assez fréquentes dans le manuscrit biblique, où l’accusatif avec instrumental après faire est largement employé. ⁶⁴ La diffusion progressive de l’instrumental au détriment des formes antérieures de l’accusatif confirme l’ancienneté de l’accusatif double et contredit clairement l’hypothèse d’un caractère primordial de l’instrumental prédicatif (A. Valeika, A Few Observations on the Structure and Semantics of Predicate Nominal Constructions, LKK, 14 (1973), p. 237). ⁶⁵ Sur les valeurs premières et secondaires des cas, voir J. Kurylowicz, Le problème du classement des cas, dans: Esquisses linguistiques, Wrocław — Kraków, 1960, p. 137 et suiv. ⁶⁶ Voir J. Jablonskis, Rinktiniai raštai, I, 240, 611 et suiv.; E. Fraenkel donne des exemples tout à fait semblables aussi bien pour l’accusatif objet que pour l’accusatif de lieu, de temps et de direction; cf. E. Fraenkel, Kas., p. 137 et suiv. et 161 et suiv.; pour les équivalents lettons, voir J. Endzelins, Latviešu valodas gramatika. Rīgā, 1951, p. 578—579. 233 …, mais en pratique il peut s’employer avec presque chaque verbe, ne se distinguant des autres cas que par une certaine nuance de sens67. Plus nous remontons loin dans le passé, plus les formes casuelles individuelles jouent un rôle autonome et moins leur dépendance syntaxique à l’égard du verbe est forte. Les monuments des langues indo-européennes les plus anciennes permettent d’entrevoir une période de leur évolution où les relations de rection étaient encore très faibles, et où l’emploi des cas autonomes dans la phrase était déterminé avant tout par leur sémantique68. C’est précisément cette étape de l’évolution des relations entre les mots qui a conditionné le modèle originel de la structure GD. Puisque les constructions à cas doubles se sont probablement formées à l’époque de la communauté des langues indo-européennes (cf. 1.6.), la relation de subordination entre V et N ne devait pas, à l’origine, être aussi forte et syntaxique que la rection actuelle; son caractère était apparemment essentiellement sémantique. Ainsi, dans les constructions à double accusatif, seul le premier accusatif pouvait être subordonné directement au verbe. Au cours de l’évolution ultérieure de nombreuses langues indo-européennes, la subordination des cas au verbe se renforce, tandis que les fonctions sémantique et syntaxique des cas se différencient davantage. En lituanien, ce processus est lié à l’implantation progressive des constructions prépositionnelles, qui remplacent les cas sémantiques. Durant la période de la tradition écrite, l’accusatif, le génitif et le datif se spécialisent de plus en plus pour exprimer certaines relations d’objet, tandis que les constructions prépositionnelles se répandent à leur place pour les valeurs adverbiales. À terme, elles éliminent entièrement de la langue littéraire l’accusatif dit de direction (cf. keliauti į svečią šalį, lipti į viršūnę, tekėti į ežerėlį au lieu des formes plus anciennes keliauti svečią šalelę, lipti viršūnę, tekėti ežerėlį), l’accusatif de parcours (plaukti per jūras, eiti per lauką au lieu de plaukti jūras, eiti lauką), le génitif d’éloignement et de temps (gelbėtis mirties, joti nakties), ainsi que le datif après les verbes susimilti, juoktis, pabėgti, etc.69. Les relations de rection ont également été renforcées par la différenciation formelle, examinée en 1.2, entre l’objet direct et l’objet indirect après les verbes transitifs. Une fois l’objet direct, exprimé à l’accusatif, séparé de l’objet indirect, exprimé au moyen d’une construction prépositionnelle, l’emploi de l’accusatif est devenu encore mieux défini. En lituanien contemporain, l’accusatif qui suit les verbes transitifs est un cas syntaxique remplissant la fonction d’objet direct. Les syntagmes à l’accusatif qui, auparavant, n’étaient liés au verbe que sémantiquement lui sont désormais syntaxiquement subordonnés. La structure remaniée de GD, dans laquelle N et P, ou le syntagme NP entier, dépendent syntaxiquement de V, correspond donc pleinement à l’emploi des cas en lituanien durant la période de la tradition historique. 2.2. Le membre participial Dans la construction GD, le participe (P) s’accorde avec un nom ou un pronom (N) et en est ainsi grammaticalement dépendant. Toutefois, par sa fonction dans le syntagme NP, il en est le membre central et ne peut être éliminé sans modifier la construction 67 W. D. Whitney, A Sanskrit Grammar, Leipzig, ²1889; p. 90 sqq.; L. Renou, Grammaire de la langue Védique, Lyon — Paris, 1952, p. 355—356; Remarques générales sur la phrase Védique, dans: Symbolae linguisticae in honorem G. Kuryłowicz, Wrocław—Warszawa—Kraków, 1965, p. 231—232. 68 Cf. A. Meillet, J. Vendries, Traité de grammaire comparée des langues classiques, Paris, 1924, p. 519 sqq.; A. Meillet, Introduction à l’étude comparative des langues indo-européennes, Paris, ¹1934, p. 359 sqq.; P. Chantraine, Grammaire Homérique, 2, Syntaxe, p. 8, 16—17, 232, 319 sqq. 69 Plg. E. Fraenkel, Kas., p. 62, 83, 113, 137 tt., 140, 164. 234 2 lentelė Classification des constructions à l’accusatif avec participe dans les textes des XVIe–XVIIe siècles selon leur membre principal* Membre principal | Accusatif avec participe | part. act. prés. | part. act. passé | part. act. futur | tous les part. act. | part. pass. prés. | part. pass. passé | part. pass. futur | tous les part. pass. | Nombre total | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | Groupe 1 | (pa)matyti a | 13 | 13 | 2 | 2 | 15 | b | 2 | 2 | 1 | 1 | 3 | regėti a | 228 | 29 | 1 | 258 | 8 | 50 | 58 | 316 | b | 123 | 70 | 3 | 196 | 4 | 3 | 7 | 203 | veizdėti a | 2 | 2 | 2 | b | 2 | 2 | 2 | išvysti a | 160 | 8 | 168 | 1 | 19 | 20 | 188 | b | 13 | 3 | 16 | 3 | 3 | 19 | girdėti, išgirsti a | 92 | 92 | 1 | 3 | 4 | 96 | b | 85 | 83 | 6 | 174 | 9 | 24 | 33 | 207 | (iš)klausyti a | 6 | 6 | 6 | jausti, (pa)justi a | 4 | 4 | 2 | 2 | 6 | b | 12 | 4 | 16 | 1 | 1 | 2 | 18 | (at)rasti a | 86 | 28 | 114 | 36 | 36 | 150 | b | 7 | 2 | 9 | 1 | 1 | 10 | užtrop­ti a | 2 | 2 | 2 | (iš) (pa)rodyti a | 2 | 2 | 1 | 1 | 3 | b | 22 | 16 | 2 | 40 | 1 | 1 | 41 | (pa)ženklinti a | 1 | 2 | 3 | 3 | b | 3 | 3 | 3 | pažinti a | 14 | 2 | 16 | 2 | 1 | 17 | b | 42 | 5 | 47 | 2 | 2 | 4 | 51 | at(si)minti a | 2 | 1 | 3 | 3 | b | 4 | 18 | 1 | 23 | 1 | 2 | 3 | 26 | laikyti a | 2 | 2 | 2 | Tous groupe 1 | 612a | 70a | 3a | 685a | 10a | 114a | 124a | 809a | 313b | 203b | 12b | 528b | 18b | 37b | 55b | 583b | 952ab | 273ab | 15ab | 1213ab | 28ab | 151ab | 179ab | 1392ab | Groupe 2 | žinoti | 166 | 59 | 30 | 255 | 4 | 5 | 9 | 264 | suprasti | 34 | 13 | 1 | 48 | 5 | 5 | 53 | (iš) (nu) (per) (pra)manyti | 56 | 15 | 2 | 73 | 2 | 3 | 5 | 78 | nuvaruoti | 1 | 1 | 1 | (iš) (per)tirti | 70 | 19 | 89 | 1 | 4 | 5 | 94 | išmėginti | 1 | 1 | 1 | mąstyti | 1 | 1 | 1 | dimoti | 11 | 3 | 5 | 19 | 1 | 2 | 3 | 22 235 2 lentelė (tęsinys) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 s’embrouiller 1 1 1 dire « penser » 44 12 7 63 1 1 2 65 supposer 1 1 1 rêver 2 1 3 3 avoir une opinion 1 1 1 imaginer 1 1 1 calculer 2 2 2 croire 64 38 11 113 4 1 5 118 entreprendre 1 1 1 convenir 2 2 2 se montrer 1 1 1 déterminer, décider 14 14 14 jurer, faire vœu 3 1 4 1 1 5 promettre 3 1 4 4 (pa) (ap) (api) (at) (iš)dire 142 52 12 206 3 20 23 229 (pa) (per)parler 4 2 1 7 7 déclarer 6 2 8 8 mentionner 3 3 3 rappeler 3 3 3 annoncer 4 6 10 10 faire savoir 1 1 1 (pa)publier 2 1 3 1 1 4 révéler 3 2 5 5 confesser 15 2 17 17 reconnaître 1 1 1 adorer 1 1 1 glorifier 1 1 1 accuser 1 1 1 (ap)témoi­gner 11 24 35 1 1 36 appeler 1 1 1 défendre 6 6 1 1 7 contraindre 2 2 2 étonner 3 3 3 débattre 1 1 1 affirmer « poser » 2 1 3 2 1 3 6 mentir 1 1 1 se lamenter 1 1 faire obstacle 1 1 (iš)écrire 4 18 22 1 1 23 lire 1 12 13 1 1 14 Total gr. 2 691 279 81 1051 19 49 1 69 1120 236 2 lentelė (tęsinys) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Groupe 3 conseiller 6 2 8 2 2 10 connaître en profondeur 5 5 5 s’exprimer 1 1 1 signifier « exprimer » 1 1 1 savoir 1 1 1 1 2 s’attendre à 4 9 13 1 2 1 4 17 observer 8 2 10 10 regarder autour de soi 1 1 1 (ne pas) se soucier 2 2 2 (pa)enseigner, instruire 22 5 9 36 1 1 1 3 39 (iš)(pri)enseigner, apprendre, s’instruire 15 1 16 1 1 17 douter 2 1 1 4 4 s’étonner 2 2 2 se vérifier 1 1 1 se consoler 1 1 1 se vanter 1 1 1 se plaindre 2 1 3 1 1 4 se réjouir 1 1 1 2 vouloir 10 2 1 13 6 6 19 souhaiter 5 5 5 donner, avoir un témoignage 4 1 5 5 donner, avoir, recevoir un signe 1 4 5 5 produire un son 1 1 1 établir un lien 1 1 1 mettre dans le cœur 1 1 1 mettre sous les yeux 1 1 1 ne pas imputer le péché à 1 1 1 être certain 1 1 1 envoyer une lettre 1 1 1 être témoin 1 1 1 Tous les gr. 3 95 21 28 144 9 7 2 18 162 Groupe 4 être visible, sembler, apparaître 4 1 2 7 1 1 8 se produire 1 1 1 1 s’avérer 1 1 1 1 réussir « sortir » 1 1 2 2 visible, connu … (est, était) 19 12 31 1 1 2 33 237 Tableau 2 (suite) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 dit, écrit … (est, était) 4 4 8 1 1 9 il est à voir 1 1 1 certainement est 1 1 2 2 vérité, témoignage, signe … (est, était) 7 4 11 11 Ah! 1 1 1 Sans membre principal 4 1 5 5 Tous les gr. 4 43 24 3 70 1 3 4 74 Total 1754 597 127 2478 57 210 3 270 2748 significations syntaxiques1. Exprimant une action (un état) secondaire, dans le syntagme NP il joue un rôle semblable à celui de la forme verbale conjuguée dans la phrase. Ce rôle du P dans la construction, conditionné par le réagencement des relations syntaxiques déjà évoqué, se reflète également dans sa forme grammaticale. Le membre participial du GD présente de nombreuses caractéristiques morphologiques et syntaxiques propres au prédicat de la phrase. 2.2.1. Les participes actifs dans les constructions GD Dans les anciens écrits, les participes actifs sont employés dans les constructions GD près de dix fois plus souvent que les participes passifs (rapport de 2478: 270, voir tabl. 2). Cela s’explique avant tout par la fréquence généralement plus élevée des participes actifs, constatée aussi bien dans les anciens écrits que dans les dialectes actuels. Plus important encore, les participes actifs sont davantage intégrés au système des catégories verbales, possèdent davantage de caractéristiques verbales et sont donc plus aptes à remplir la fonction dite de prédicat secondaire, qui leur est précisément propre dans la construction GD. 2.2.1.1. Les participes actifs du présent sont les plus répandus dans les constructions GD: ils constituent près des deux tiers de toutes les constructions relevées dans les anciens écrits. Leur prédominance est particulièrement nette dans les constructions objectales du groupe I (type a), où, sur 685 participes actifs, 612 sont au présent (la valeur relative de simultanéité propre à ces participes correspond ici à la sémantique des verbes de perception physique: seule une action en cours au moment de l’énonciation peut être observée directement). Les formes du présent prédominent de même dans les autres constructions semi-prédicatives comportant des cas obliques du participe, par exemple dans le datif absolu (cf. LKK V 53, 57), où elles représentent environ 75%. * Les constructions comportant des accusatifs de participes à fonction attributive (souvent accompagnés de mots dépendants) n’ont pas été incluses dans les statistiques. 1 De telles relations réciproques, où le même constituant est à la fois central (constitutif) et grammaticalement dépendant, sont en général caractéristiques des mots liés par une relation prédicative (ou semi-prédicative), voir J. Kurylowicz, Esquisses linguistiques, Wrocław — Kraków, 1960, p. 12, 40; B. Trnka, On the Basic Categories of Syntagmatic Morphology, « Travaux linguistiques de Prague », 1 1966, p. 167. 238 La plupart des participes du présent sont sans préfixe, mais les formes préfixées sont également fréquentes et ont généralement un sens lexical déterminé. Le répertoire lexical des participes du présent dans les constructions GD n’est pas limité: on y trouve des participes issus de verbes appartenant à des groupes sémantiques très divers, exprimant aussi bien des actions que des états. 2.2.1.2. Les participes actifs du prétérit simple occupent, par leur fréquence d’emploi dans les constructions GD, la deuxième place. Dans les anciens écrits, ils sont néanmoins plus de trois fois moins fréquents que les participes actifs du présent. À la différence de ces derniers, les participes actifs du prétérit simple sont plus caractéristiques des constructions non objectales. Par exemple, dans le groupe I, les constructions non objectales avec des participes actifs du prétérit simple sont beaucoup moins nombreuses que les constructions objectales (203 b: 70 a), tandis que le rapport entre les constructions correspondantes avec des participes actifs du présent est inversé (313 b: 612 a). Après les verbes entendre, apprendre, les constructions objectales avec des participes actifs du prétérit simple ne sont jamais employées, tandis que les constructions non objectales sont aussi répandues que les constructions correspondantes avec des participes actifs du présent (83: 85). Cependant, les participes actifs du prétérit simple sont plus fréquents que ceux du présent dans les constructions avec les verbes (témoigner) (24: 11), (écrire) (18: 4) et lire (12: 1), que l’on trouve surtout dans les écrits de J. Bretkūnas. Dans les constructions GD, on emploie aussi bien des participes actifs du prétérit simple préfixés (un peu plus fréquents) que non préfixés. La plupart expriment l’aspect perfectif et désignent une action achevée, antérieure à celle du verbe. Toutefois, les constructions avec des participes exprimant une action durative sont également assez courantes, bien que moins fréquentes, par exemple: Nous savons qu’elle a beaucoup souffert BrP I 259. Comme nous lisons que le Christ lui-même et ses apôtres ont enseigné au monde BrP II 328. Car certains avaient compris que Judas avait une bourse, lui qui parlait à Jésus SE 24818. En nous souvenant du Seigneur… mort et ayant parlé de sa souffrance et de sa mort… nous pouvons voir SE 5016. De nombreux participes actifs du prétérit simple ont également, dans les constructions GD, une valeur durative; ils sont formés à partir du verbe être et remplissent la fonction de copule (voir 2.2.3.). Ainsi, comparée aux constructions appositives (voir LKK VII 52 sqq.) et au datif absolu (voir LKK V 58–59, 64), l’opposition aspectuelle entre les participes actifs du présent et du prétérit simple dans les constructions GD est bien moins marquée. 2.2.1.3. Les participes actifs du futur sont employés assez rarement, mais régulièrement, dans les constructions GD des anciens écrits (contrairement au lituanien actuel et à de nombreuses autres langues indo-européennes) et représentent ici environ 4,6% de tous les exemples. On en trouve dans les écrits de J. Bretkūnas, S. Vaišnoras, M. Daukša, K. Sirvydas, J. Rėza et d’autres. À quelques exceptions près, les participes actifs du futur apparaissent uniquement dans des constructions non objectales. Avec les verbes du groupe 1, ils ne représentent qu’environ 1% de tous les participes actifs relevés dans les constructions GD; avec ceux du groupe 2, 8%, et avec ceux du groupe 3, jusqu’à 20%; dans ce dernier groupe, ils sont même plus nombreux que les participes actifs du prétérit. Ainsi, on trouve le plus souvent les participes actifs du futur là où leur fonction attributive est impossible non seulement du point de vue sémantique, mais aussi du point de vue constructionnel. Cette répartition correspond à la tendance générale de leur évolution: l’emploi attributif des participes actifs du futur avait déjà fortement décliné aux XVIe–XVIIe siècles et est tout à fait absent du lituanien actuel, tandis que leur emploi prédicatif est encore vivant dans de nombreux dialectes (notamment dans la formation de la modalité dite indirecte). Du point de vue de l’expression lexicale et de l’aspect, les participes actifs du futur dans les constructions GD ne sont pas limités, bien que les formes préfixées exprimant l’aspect perfectif soient plus fréquentes. Tikrai szinwam. Newiena Szmogu amszinai ne passilikſenti szemeie BrP II 520. Nesa mussitikik, ghin man ios (sanarius) attadusenti BrB II Mak 7,11 239 (j’espère | il me le rendra). Aristote… Le monde… demeurera éternellement dans la fumée MT 245₁₅. Celui qui aime quelqu’un ne fait que du bien | en qui il a mis sa confiance SE 124₇. Sachant que la mort viendra soudainement, comme l’hiver | prépare-toi à son arrivée SE 205₁₄. Comment donc dites-vous, mon âme, si tu t’envoles PsD 28 (sagt… sie sol fliegen)². Le Seigneur des Anges disait qu’il deviendrait homme (qu’il s’incarnerait en elle) PK 152. (L’homme) ignore au sujet de sa propre… condamnation aux peines éternelles pour ses péchés | parmi lesquels il voit Dieu mourant pour eux, sans espoir d’en réchapper SP I 116₁₈. Alors ceux qui avaient perdu espoir et ne se fiaient pas à Dieu, le voyant prêt à punir, se retirèrent et s’enfuirent BrB II Mak 8,12—13 (hatten das vertrauwen nicht… das er straffen würde). Le seigneur… annonça les pauvres sortant des prisons et dit BrP II 77. Connaissant… un homme écoutant si attentivement | alors il dit une telle chose BrP I 243. Et lorsque Pharaon fit ce rêve une seconde fois, cela signifiait que Dieu accomplirait bientôt et véritablement cette chose BrB I Moz 41,32 (bedeut | Das solchs… eilend thun wird). Concernant les constructions GD avec les formes du participe actif futur būsiąs, -antis, voir 2.2.3. 2.2.2. Constructions GD avec des participes passifs Les constructions GD avec des participes passifs sont relativement peu nombreuses. Plus proches des adjectifs, les participes passifs indiquent dans la phrase une action secondaire (un état) beaucoup moins souvent que les participes actifs; cela vaut également pour les autres constructions participiales³. Pour la même raison, avec les participes passifs, surtout ceux du passé, on tend beaucoup plus à former des constructions GD objectales (a) que non objectales (b). Les participes passifs représentent environ 15% parmi les constructions de type a, et seulement 7,7% parmi celles de type b, soit presque deux fois moins. 2.2.2.1. Les participes passifs du présent constituent une minorité (environ 22%) des participes passifs employés dans les constructions GD. Presque toutes les constructions GD les contenant se trouvent dans les écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras, à l’exception de quelques constructions isolées dans la « Postilė » de M. Daukša, les « Punktai » de K. Sirvydas et la « Suma Evangelijų ». Les formes des participes passifs du présent, préfixés (2) comme non préfixés (1), expriment généralement l’aspect imperfectif dans les constructions GD; les préfixes y modifient lexicalement le participe. 1) Nous t’entendons loué comme un homme glorieux BrB I Mak 10,19 (Wir hören dich preisen). Ici nous entendons les apostats, les faux… nous envoyant et venant BrP II 312. Celui-là… croit au pardon des péchés | accordé aux autres MT 138₁₈. Les gens égarés… sont par ceux-ci seuls (par les commandements) guidés comme chrétiens MT 204₁₂. Le texte… « guidés »: les Égyptiens et les Cananéens étant effrayés par eux MT 223₈₁₄. 2) Les fidèles… entendent leurs péchés pardonnés SE 97₂₃. Il entend la colère et la fureur de Dieu déclarées contre lui SE 97₂₅. On dit que tu es reçue par l’Église à cause du Fils Rédempteur | et par le Saint-Esprit MT 122₄. Il n’est pas nécessaire (dit-on) de défendre cela | les âmes des morts sanctifiées étant manifestées aux vivants MT 265₉₁₆. Les sophistes… ont prouvé | que l’homme est justifié par la foi formée par l’amour MT 88ₐ₁. 2 Cf.: Sakat duschei mana. Jei paleksi BrB Ps 11,1. 3 Cf. les constructions avec le datif dans LKK, V, p. 56—57, avec des mots de liaison dans LKK, IX (1967), p. 47, 55, avec la conjonction ir dans « Baltistica », I (1) 1965, p. 62, et les participes appositifs dans LKK, VII (1964), p. 61. 240 Ce n’est que rarement qu’une action achevée est exprimée par un participe présent passif. Nessa ischkei regime rasba inikus sugau namus ir maischtininkus ant muku wædamus MT 216₃ Alors se leva une grande tempête (parāst.: schturmas) sur le lac, comme si la barque allait être brisée BrB Jona 1,4 (das man meinet das Schiff würde zubrechen) Dans la construction GD, les participes présents passifs ont parfois, comme dans d’autres emplois, une valeur de possibilité propre à l’adjectif. Alba beda anus (virš.: ios) priwers (prisilis) Miesta padoti kuri anis dumoji, ne ischgalimą BrB Judit 7,9 (welche sie meinen | das sie nicht zu gewinnen sey). Comme il... voyait que les Juifs étaient invincibles... BrB II Mak 11,13 (sahe | Das das Jüdische volck vnüberwindlich war). Kādung rodzia mokslu sāwo pigay iżpildžiamu ir padaromu (pokazuia | že nūaka... možo bydž wypelniona) SP II 136₂₁ La construction GD peut aussi comporter un participe présent passif adjectival, sans valeur passive, par exemple: Isch schu szodziu paties Kristaus girdim io dangaus szengima didei reikema BrP II 84. Du point de vue lexical, les participes présents passifs qui apparaissent dans la construction GD ne sont pas soumis à des restrictions marquées. 2.2.2.2. Participes passifs du passé Les participes passifs du passé dans la construction GD sont plus répandus que tous les autres participes passifs et s’emploient dans la plupart des textes des XVIe et XVIIe siècles. Contrairement aux participes présents passifs, ils apparaissent le plus souvent dans les constructions objectales du groupe 1: on en trouve ici davantage que de tous les autres groupes dans les constructions non objectales (114a: 96 b), en particulier après les verbes regėti, išvysti, rasti. Et je vis le ciel ouvert ChB Apr 19,11. Sans aucun doute, nous l’apercevrons couché dans la crèche DP 35₁₇ (vytrzymy go we żłobie leżącego W 55). Tu le trouveras déposé Mž 185. La plupart des participes passifs du présent en GD sont préfixés et ont une valeur d’aspect perfectif. L’action achevée est généralement également exprimée par de rares formes sans préfixe, par exemple: J’ai entendu le SEIGNEUR, qui a envoyé un messager chez les païens BrB Jer 49,14 (J’ai entendu… qu’un messager… avait été envoyé).Les participes passifs du présent en GD n’ont une valeur d’action en cours que dans quelques cas isolés, par exemple: Et, en donnant à boire, les Juifs étaient cruellement tourmentés de quatre manières BrP II 347 La construction GD emploie également des participes passifs du passé à valeur qualitative, sémantiquement très proches des adjectifs. Pagonis numanis tawe prakeikta (užbr. santį) BrB Ezech 22,15 (du... must verflucht geacht werden). Et ils la proclament heureuse⁴ BrB Pat 31,28 (preisen sie selig)⁵. Dans les constructions non objectales, en revanche, les participes passifs du passé ne sont que deux fois plus nombreux que les participes présents passifs. Ils apparaissent le plus souvent après les verbes girdėti, išgirsti, sakyti (avec divers préverbes). Nous avons entendu alors que celui-ci… est né… annoncé avec une grande gloire BrP I 219. Et les Philistins, ayant appris que David avait été oint roi sur Israël, vinrent tous BrB II Sam 5,17 (höreten | das man... gesalbet hatte). On dit qu’au troisième jour nous avons été ressuscités des morts (pawiada | żesmy... wzbudzeni zmártwých) SP II 252₆ 4 Ci-dessus: bienheureuse, louée. 5 On peut également ranger ici une construction fréquente dans les anciens écrits: on me dit (dira), on me proclame louée Mž 488, VEE 158ₐ, 161ₐ, DP 121ₐ, RG 150 et autres, dont le fondement est le grec μακαρισουσιν με πάσαι et le latin beatam me dicent Luk 1, 48. 16. 520 241 Les participes passifs au génitif avec participe sont beaucoup plus rarement employés avec des verbes qui ne régissent pas l’accusatif, par exemple: Szadīna ghį pro wissus Miesnus Szidai, skunddamiesi, Onią nekaltą uszmuschįtą BrB II Mak 4,36 (und klagten jm | Das Onias vnschüldiglich ermordet were), voir 2.1.3–4. 2.2.2.3. Des participes passifs du futur n’ont été relevés que dans les trois exemples suivants des GD de « Žemčiūga » de S. Vaišnoras. La science de la prédestination… nous sommes tous sauvés par le Fils de Dieu | et, à cause de son obéissance… les saints élus 175₁₉. Origène… les hommes spirituels ressuscités en corps, il les fait rivaliser 246₁. Les méchants… les douleurs des yeux et les tourments de leur âme et de leur corps | vaincus par la mort et réduits à néant | sans espoir ni attente 254₂₀. Les trois constructions sont non objectales et se construisent avec des verbes qui, en règle générale, ne sont pas associés à un complément à l’accusatif ayant le sens correspondant. 2.2.3. GD avec des groupes participiaux Environ 20% de tous les GD relevés dans les textes des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles sont formés avec des participes du verbe būti, qui peuvent apparaître seuls ou accompagnés de formes d’autres participes, de noms, d’adjectifs ou d’adverbes. Dans les GD, les participes du verbe būti sont employés plus largement que ceux de tous les autres verbes. L’histoire de nombreuses langues indo-européennes montre clairement que les verbes issus des racines *es-, *bhū-, d’où se sont formées les copules au fil du temps, avaient à l’origine un sens lexical concret d’existence⁶. Dans la construction GD, les participes du verbe būti ont conservé ce sens dans de nombreux cas. Il est particulièrement perceptible lorsque, avec N, le participe apparaît seul ou n’est développé que par un adverbe de sens modal. a) (Épicuriens) swieta schi … teip ir santi ir sugaischenti tikėia MT 46₆. Toke szibanti schwiesibe passirode | log kosznas tare | diena sancze BrP II 337. Diewa santi liudij | sunkus karoghimai piktoio swieto BrP II 178. Raschtas… liudij ir moka (177) Pona Diewa ischtiesos santi ir givenanti | ikki amsziu amszo BrP II 177–178. Idant … ischmanitumbit, Mane santi BrB Iz 43,10 (verstehet | das Ichs bin) b) Passilikka taipaieg nekuros muro trobas ir pustawniczes ant szenkla | thinai miesta buwusi BrP II 346. O didzausei regim… schus griekus buwusius BrP II 196. c) Apprenons donc à connaître et à méditer | sur la fin qui nous attend MT Mld 1₁₃. Ceux-là croient seulement à cette vie présente DP 584₃₁ (oni tylko ten żywot być wierzą W 995). Les gens, en attendant le jour à venir du Jugement dernier, méditent BrP I 18. Les parents, accablés d’une grande tristesse et d’un grand désespoir, étant assis BrP II 339₇. ⁶ K. Brugmann, Die Syntax des einfachen Satzes im Indogermanischen, Berlin und Leipzig, 1925, p. 72 sqq.; E. Benveniste, La phrase nominale en indo-européen, BSL, XLVI, fasc. 1, 1950, p. 19 sqq.; « Etre » et « avoir » dans leur fonctions linguistiques, BSL LVI, fasc. 1, 1960, p. 114 sqq. Il convient de noter que l’ancien sens du verbe *es-, « être véritablement », est reconstitué avant tout précisément à partir des formes participiales, qui l’ont le mieux conservé; cf. het. ašant-, s. ind. sant- « existant, vrai, fiable », s. isl. sannr, russe сущий « vrai », etc. Voir Вяч. Вс. Иванов, Общеиндоевропейская, праславянская и анатолийская языковые системы, М., 1965, p. 266. ⁷ Voir aussi BrB Jer 14, 15; 14, 19; Sir 48, 7. 242 Dans de tels cas, le sens lexical précis du participe est parfois souligné par des synonymes qui lui sont coordonnés, par exemple: Bei isch to permanik Dwase Schwenta ir tawip giwenancze alba esancze BrP II 125. Il est également nettement perceptible dans les constructions avec les adverbes relatifs kur, kaip, qui remplissent aussi le rôle de mots de liaison. Car pourquoi faudrait-il à l’homme connaître son affaire — où elle se trouve — s’il ne sait pas comment l’obtenir BrP I 76. La vérité s’est approchée de moi, les hommes sont entrés chez moi, mais je ne savais pas d’où ils venaient BrB I Joz 2,4 (ich wuste nicht von wannen sie waren). Il faut prendre soin d’avoir des nouvelles de ses enfants… afin de savoir à tout moment où ils se trouvent DP 65₄₁ (aby wiedzieli… gdzie się obracają W₁ 65) Cela est bon, et de loin on voit comme chaque chose est BrP II 335. Avec les adverbes de lieu et de temps, le sens lexical du participe de būti est déjà considérablement estompé. Dans ces cas, il sert avant tout d’indicateur des valeurs grammaticales de temps et de modalité, c’est-à-dire qu’il remplit une fonction proche de celle d’une copule; il peut toutefois encore être remplacé par des participes des verbes gyventi, egzistuoti et autres, cf.: Ils apprirent qu’ils étaient près d’eux et qu’ils habitaient au milieu d’eux BrB I Joz 9, 16 (das jene nahe bey jnen waren | vnd würden vnter jnen wohnen). Ils entendirent que le Christ était près de la ville BrP I 12. Jean… reconnaît que le Messie est présent ici MT 127₁₆. En te voyant présent DP 177₁₅ (widząc cię być obecną W 303), (Welinas) la dernière journée de la cour terrestre est annoncée comme étant proche BrP II 437. Employé avec des formes locatives de noms et diverses constructions prépositionnelles à valeur circonstancielle, le participe du verbe būti remplit une fonction proche de celle d’une copule, comme avec les adverbes de lieu (à l’exception de l’adverbe relatif mentionné kur). Nous voyons et savons que le monde entier est dans une grande détresse ou y demeure BrP II 148. Dis: que tu crois fermement que le corps est dans la tombe RG 305₁₁. Et, pensant qu’il était en compagnie, ils firent une journée de chemin (A mniemając że on był w towarzystwie) SP I 195₈. Nous voyons que le SEIGNEUR est avec toi BrB I Moz 26,28 (wir sehen… das der HERR mit dir ist). Ils doivent savoir qu’il y a un prophète parmi eux BrB Ezech 2,5 (das ein Prophet vnter jnen ist). Pour qu’ils comprennent qu’il est parmi eux MP III 31₁₋₂₀ (go być v siebie rozumieli RP 300ₐ₁₉). Il le voit encore, comme un cerf se trouvant dans le pré, se préparant à bondir BrP II 395. Dans des constructions identiques, mais beaucoup plus rarement, on emploie également les formes du participe actif de būti au prétérit et au futur. Aristote… dit que le monde a déjà existé depuis longtemps MT 245₉₁₅. Il faut savoir que ces sages n’étaient pas de la lignée des Juifs BrP I 153. La troisième branche dit qu’ils seront des porteurs d’eau WP 6. Afin que le Christ sache qu’il ne sera plus parmi les hommes BrP II 115. Je sais qu’ils (souligné) viendront entre vos mains BrB Judit 10, 12 (ich weis | das sie euch in die hende komen werden) Les formes participiales de būti n’assument une fonction copulative entièrement grammaticalisée que lorsqu’elles sont employées avec des cas ou des constructions prépositionnelles à valeur attributive (qualitative, possessive, etc.). Elles sont alors devenues des indicateurs grammaticaux abstraits de temps et de mode et ne peuvent être remplacées par des formes d’autres verbes exprimant l’existence. 8 De même, VEE 24₁, Ev 22₁₆, SE 25₁₃ (Luk 2, 44). 9 De même, MT 46₁₇; cf. aussi BrP I 152—153, 334 16* 243 Mais je sais que tu es sans peu de bonté KN 265₁₄. Afin que… il enseigne à ses disciples le trésor céleste, afin que nous ne soyons pas sans le Seigneur Dieu lui-même BrP II 321. Nous considérons ces deux-là non seulement comme des amis, mais aussi comme des personnes de la même famille et des proches BrP II 262. Et lorsqu’il reconnut qu’il était sous l’autorité d’Hérode, il l’envoya à Hérode DP 164₂₃. Tu connais ma fille comme étant sans faute RG 47₆. Ius regit tha Wira be proto santi BrB I Sam 21, 15 (sehet | das der Mann unsinnig ist). Dumoket teipaieg, mane isch iusų kaulų ir mėsos santi BrB Teis 9, 2–3 (gedencket… das ich ewr Bein und Fleisch bin) Une fonction proche de celle d’une copule est également assurée, dans GD, par les accusatifs du participe des verbes tapti, pastoti « devenir », employés occasionnellement, cf.: Ischtirsit Gentaine iusu … sunke tapuse BrP II 265. Ghie disputawoie tari-dami | člověk sám sebe svou mocí podmaňujícího po Boží spravedlnosti MT 61₁₅. L’accusatif du participe du verbe būti, employé comme copule, se combine le plus souvent avec l’accusatif d’autres participes et de mots nominaux. Ces combinaisons de būti au participe avec les formes mentionnées correspondent, par leur fonction, aux formes composées des temps (avec des participes) ou au prédicat complexe (avec des mots nominaux et des pronoms). 2.2.3.1. Constructions avec l’accusatif du participe Dans GD, les participes actifs présentent généralement des caractéristiques verbales marquées et n’ont pas besoin d’une copule. Une copule participiale n’est employée qu’occasionnellement avec certains verbes ayant le sens d’adjectifs. C’est la vérité que… celui qui confesse Dieu est véritablement tout-puissant, présent et secourable MT 196₉. Mais lorsque Jésus arriva, il le trouva déjà mort DP 179₂₅ (vyžtavvšy go už vmárlego W 307). Afin que… cette foi ne soit pas morte, mais vive et agissante dans nos cœurs MT 92₁₅. Le pharisien jugea la femme encore pécheresse DP 481₃ (osądzil niewiastę być ieszcze grzeszną W 808). Je n’ai pas vu la première venue ainsi épuisée, les saints prophètes… l’avaient annoncée BrP I 9₁₀. Comme un adjectif (cf. 2.1.6.), un tel participe actif peut également être employé à l’instrumental, p. ex.: nous avons reçu ce salaire, qui déclare que l’on est pécheur DP 348₁₆ (ktorego grze-sznym być wyznawa W 574). Les participes passifs, surtout au passé, sont plus fréquemment employés avec des copules participiales. Toutefois, ces constructions ne représentent qu’une faible proportion (environ 15%) de l’ensemble des exemples de GD avec des participes passifs. À côté des noms et des adjectifs employés avec des copules, on trouve souvent aussi des participes sans copule. Dans le manuscrit de la Bible de J. Bretkūnas, on rencontre des exemples où la copule devant le participe a été biffée, p. ex.: Tu me tiens pour maudit (biffé santi). Et tu verras que je suis le Seigneur Ezech 22, 16 (du… must verflucht geacht werden). En revanche, Z. Blotnas, en révisant le livre de Tobie traduit par J. Bretkūnas, propose déjà d’ajouter une copule participiale, cf.: Tobie pensa que sa prière avait été exaucée BrB Tob 4,1; en marge; il espère que sa prière sera ainsi exaucée (gedacht | das sein gebet also erhöret werde). Néanmoins, dans les écrits des XVIe–XVIIe siècles, la plupart des participes passifs, comme les participes actifs, apparaissent dans GD sans copule. À cet égard, le vieux lituanien se distingue nettement du lituanien moderne, où la copule est indispensable dans les constructions GD non objectales comportant des participes passifs. 10 De même dans BrP II 220, 222, 223. 244 Dans les constructions avec des participes passifs au présent, la copule participiale au présent n’est caractéristique que des exemples tirés des écrits de S. Vaišnoras. Dans certains d’entre eux, les participes passifs au présent sont proches des adjectifs; dans ces cas, le participe accompagné de la copule correspond à un prédicat composé, p. ex.: Atgimeghie... tikis... tas biauribes sanczes apdengemas bei malone sancze silingesne MT 59ᵃ₁₉. Toutefois, la plupart des participes passifs au présent avec būti sous forme participiale fonctionnent comme des équivalents des formes passives composées. Powilas... mokin žadeima tikiejmu santi prijmama MT 138₁₆. Oieigi ghie sakitu Missche sancze wadinama affiera ijednojma MT (PM) 9₁. Asch... tū darbu ludiju... tawe... apmazgojmu atgimimo santi muczistijema nūg grieku | ir nūg tikroia Dieva teipaieig malonen prijmama MT 121–121ᵃ. Dans les constructions avec des participes passifs au passé, la copule s’emploie non seulement chez S. Vaišnoras, mais aussi, occasionnellement, chez d’autres auteurs — M. Daukša, J. Bretkūnas, B. Vilentas, K. Sirvydas. Les groupes formés par des participes passifs au passé de sens lexicaux variés avec būti sous forme participiale correspondent eux aussi généralement aux formes passives composées. Et afin que les païens sachent que la maison d’Israël a été emmenée captive à cause de ses péchés BrB Ezech 39,23 (erfaren | wie das haus Israel... sey weggefüret). Nous voyons que la résurrection de notre Seigneur d’entre les morts | avait été annoncée et proclamée depuis longtemps BrP II 8–9. Le prophète dit qu’il lui a été pardonné (65) pour ses péchés (powiedział byl | że mu odpuszczony byl) SP II 65–66. Jean... dit | que la mort et l’enfer ont été jetés dans l’étang de feu (powiada że śmierć | y piekło wrzucone bylo...) SP II 42₁₅. Comment pouvons-nous savoir | que nous sommes choisis pour la vie éternelle? MT 171. L’Église... sait | que le monde a été créé en un temps déterminé | et qu’il prendra fin en un temps déterminé MT 235ᵃ₃. Avec les participes passifs au passé s’emploient également les formes du participe būti au passé et au futur; ainsi, dans la construction GD, se forment des équivalents des formes passives périphrastiques au passé et au futur. Plus loin, l’Évangéliste dit que la vierge Marie, de la lignée de David, avait été promise en mariage à un homme BrP I 334. Comment oses-tu nous annoncer qu’Israël se tient protégé par son Dieu? BrB Judit 612 (weissagen das das volck... solle... schutz haben). Et... la royauté de Dieu se manifesterait bientôt BrB Luk 19,11 (existimarent quod confestim regnum Dei manifestaretur). Le Christ dit et montre clairement: | Les Juifs rejetés | Et beaucoup de païens admis à la vie éternelle BrP I 186. Afin de leur enseigner qu’il s’est lui-même préparé à mourir BrP I 144. 2.2.3.2. Constructions avec l’accusatif des noms et des pronoms La copule participiale s’emploie bien plus souvent avec des substantifs, des adjectifs et des pronoms adjectivaux qu’avec des participes. Bien que les noms puissent à eux seuls constituer le second terme du double accusatif, dans les textes anciens, ils sont le plus souvent déjà associés aux accusatifs des participes actifs du verbe būti ou à des gérondifs¹¹. Ces constructions participiales avec des noms (pronoms) à l’accusatif entretiennent le même rapport que, dans les phrases verbales, les formes conjuguées de būti avec les nominatifs des mots correspondants. Des constructions GD telles que je sais qu’il est bon correspondent, par leur sens et par de nombreux traits de leur forme syntaxique, aux énoncés verbaux je sais qu’il est bon. 11 Pour les constructions avec des copules gérondivales, voir l’aut., « Baltistica », IV (2), 1968, p. 198 et suiv. 245 Comme dans une proposition verbale, les noms accompagnant une construction participiale ont souvent des mots dépendants et même des propositions subordonnées. Dans les constructions avec des liens participiaux, les noms et les adjectifs sont presque aussi nombreux les uns que les autres; la nette prédominance des noms ne ressort que dans la Bible de J. Bretkūnas, en raison de la répétition fréquente de certaines constructions stéréotypées (par ex.: ischtirs mane Poną santį), cf. LKK XI 43. Les pronoms associés à des liens participiaux ne se rencontrent qu’occasionnellement; parmi les numéraux, seul vienas. a été relevé. Car elle ne veut pas savoir que c’est moi qui lui donne le seigle, le vin nouveau et la bière BrB Hoz 2, 10 (Sie wil nicht wissen / das ischs sey der jr gibt). Nous comprenons les œuvres du Saint-Esprit, ces œuvres saintes BrP II 138. Tu dis que je serai comme toi? BrB Ps 50, 21 (meinestu / ich werde sein gleich wie du) Nes szitė nórint’ tiki… Die<w>ą wieną sąntį DP 25723 (wierża… Bogą być iednego) W 429. Kurių daiktų prieszasti viena sancze regiū Vln 53. Les accusatifs de noms (parfois accompagnés de mots dépendants) peuvent être reliés par un lien participial à la forme neutre du pronom tai, tatai. Ces constructions sont caractéristiques des écrits de J. Bretkūnas. Æsch reggiu tatai sawa walios Szmones sanczias BrB V Moz 9, 13 (das dis Volck ein halstarrig volck ist). Ponai piauwia ies nei tar ia tatai grieką santį BrB Zach 11,5 (und haltens fur keine sünde)12. Le membre nominal du GD (N) peut également ne pas être exprimé et rester sous-entendu. Dans ces cas, la construction se compose d’un lien participial et d’un accusatif nominal faisant fonction d’équivalent de la partie nominale du prédicat. Nesa Mamah neszinnoia Angelą PONO santį BrB Teis 13,16 (wuste nicht / das es ein Engel des HErrn war). Kaczei Simonas gerai suprata, wilių santį BrB I Mak 13, 17 (mercket / das eitel betrug war) (cf. 2. 2. 3., des constructions de même forme extérieure dans lesquelles l’accusatif nominal désigne le sujet de l’état exprimé par le participe). Les accusatifs de noms et d’adjectifs sont le plus souvent employés avec la forme du participe présent actif de būti: a) Tu crois que ton âme est la poussière du corps humain MŽ II 418. Toute la ville sait que tu es une femme vertueuse BrB Rut 3, 11 (weis / das du ein tugendsam Weib bist). Esther déclara qu’il était de sa parenté BrB Est 8,1 (saget an / wie er jr zugehöret). À cause de l’Église, que Dieu voulait avoir pour épouse vertueuse MT 221₁. Par ces exemples, vous pouvez reconnaître / la plus tendre miséricorde / un tel amour et une telle compassion / lorsque l’un aime l’autre BrP II 247. Crois-tu vraiment que Dieu pardonne? Vln 31₉. b) Tu penses que le Seigneur est juste SE 75₂₄. Tes… actes / témoignent que tu es un dieu juste PK 78. Ses disciples… ont entendu mon sermon, sachant qu’il était agréable PsD 246¹³. Je savais que mon Sauveur était vivant BrP II 40. Elsbeta… reconnaît… son parent / accablé BrP II 266. Les formes du prétérit simple sont ici beaucoup plus rares (environ 10 exemples). a) Teip girdim … io tewa buwusi Zacharioschu / io augiwe Elsbi̇eta BrP II 236. Suprantam Schwenta Iana… paschlowinta ir czesninga wira buwusi 12 Žr. dar Jer 32, 9; II Moz 32, 9; 32, 22; Sir 29, 6 13 Cf.: On a entendu dire que notre sermon était agréable (souligné; même texte écrit que dans PsD) BrB Ps 141, 6 (wird… Lehre hören / das sie lieblich sey). 246 BrP II 234. Ainsi apparut que les Samaritains avaient été des païens, les plus méchants de tous BrP I 322. Et comment se trouve-t-on, Karoghimas, il montre quels fous idiots ils avaient été14 BrB Sg 1, 3 (cela prouve quels insensés ils avaient été) b) Didžukem. Afin que tous comprennent | que nous avions été joyeux BrP I 237. Il montre le Seigneur n’avoir pas été coupable | mais s’être repenti pour nous SP II 128a. Les formes du futur ne se rencontrent également que dans des cas isolés. a) Cette commémoration | a annoncé que ton saint Christ serait né Vln 613. Les païens… croyaient que le malheur des Juifs serait leur bonheur BrB II Mak 14,14 (ils espéraient que le malheur des Juifs serait leur bonheur). b) Afin que les gens sachent que son royaume n’est pas séculier, mais spirituel BrP I 349. Car j’espère qu’il vous sera clément et bon BrB II Mak 9,27 (Il se montrera envers vous avec clémence et bienveillance). Janas… sachant qu’il ne vivra plus longtemps BrP I 31. Car qui sait s’il sera sage ou fou BrB Pam 2,19 (wer weis | ob er Weise oder Toll sein wird?) Dans les constructions avec des propositions participiales, les verbes des groupes II et III sont les plus fréquemment employés; les verbes du groupe I y sont plus rares et ont généralement un sens de perception psychique, cf.: Le roi vit (c’est-à-dire comprit) que le combat était trop rude BrB II Kar 3,26 (il vit que le combat était trop rude pour lui). Tous les GD avec des propositions participiales sont du type non objet (b). En revanche, les constructions où le participe du verbe être est associé à un N directement régi par un V sont attributives, et le participe y a un sens concret d’existence, cf.: (Jean) connaissait le Seigneur qui était dans son sein | de même, celle de la vierge la plus sainte qui était dans le sein DP 4622 (il connut le Seigneur… qui était dans le ventre W 77020.) L’accusatif du participe du verbe être en fonction de copule n’a pu s’imposer que lorsque N n’était plus considéré comme l’objet de V, et que le syntagme NP est devenu équivalent à une proposition subordonnée. Par analogie avec les phrases comportant un prédicat composé ou une forme verbale composée, de nouvelles relations syntaxiques du participe du verbe être avec l’accusatif d’un nom, d’un pronom ou d’un autre participe se sont formées à l’intérieur du GD, correspondant aux relations entre la copule et la partie nominale du prédicat (cf. je le sais être roi et je sais: il est roi). Ces nouvelles relations syntaxiques ont également modifié la structure externe de la construction. Le nom ou le pronom correspondant à la partie nominale du prédicat, comme dans une phrase avec le verbe être conjugué (je sais: il est roi), a souvent pris la forme de l’instrumental et a ainsi perdu son accord avec N et P (je le sais étant roi). 2.2.3.3. Constructions avec l’instrumental Dans les textes des XVIe–XVIIe siècles, elles représentent environ 28% de tous les exemples avec des propositions participiales (rapport ≈ 140: 550) et environ 5% du nombre total de GD. Dans ces constructions, l’instrumental du nom est le plus souvent associé à une copule au présent. Nous savons qu’ils sont des voleurs et des brigands BrP II 165. Afin que chacun puisse comprendre qu’il est un vrai homme BrP I 132. Rimianis entendit que Simon, son frère, était grand prêtre BrB I Mak 14,17 (ils entendirent que Simon… était grand prêtre). Dans son cœur, ce pharisien jugea qu’il n’était pas prophète DP 47949 (il me jugea prophète W 808). Nous pouvons… nous glorifier hardiment en disant que nous sommes des habitants saints Baszniczes MT LĮŽ 34. 14 Nuo kakius dans la marge, au lieu de la forme soulignée dans le texte: kakie anie buwa Durnus. 247 Les formes à l’accusatif et à l’instrumental des substantifs se rencontrent parfois dans des phrases exactement du même type et se font concurrence. Ainsi, dans la Bible de J. Bretkūnas, l’accusatif a été remplacé par l’instrumental dans 12 exemples lors de la révision du manuscrit. Néanmoins, aux XVIe et XVIIe siècles, la forme à l’accusatif reste plus répandue et, avec la copule, elle apparaît plus de deux fois plus souvent. Les formes à l’instrumental des substantifs sont parfois également associées à la copule au passé et au futur. Car souviens-toi que tu as été esclave en Égypte! BrB V Moz 24,18 (solt gedenken / das du Knecht…. gewesen bist)15. Nous lisons ius Prarakais et Mokitoieis buwussius MT (PM) 16a19. Sauli karalu… rasztas sako… kitur kieturias desimtis metu karalum buwusi (powiada / że dwie lecie królowal) SP I 13612. Nous entendons Maria su Elsbeta… geromis prietelkomis buwuses BrP II 261. Le Seigneur … voulait… enseigner (226) … qu’il serait notre véritable roi et notre évêque suprême BrP I 226—227. Afin qu’ils sachent qu’il ne sera pas un roi ni un seigneur séculier, et qu’ils seront eux-mêmes des fonctionnaires séculiers BrP II 7116. L’instrumental des adjectifs est ici beaucoup plus rare que celui des substantifs (il est tout aussi rare avec les formes conjuguées du verbe būti). Ainsi, ils le reconnaissent comme étant digne DP 7717. (ils le savent digne W₁ 82). Les gens … espèrent que les justes seront saints tikėja MT 8815. Ceux qui … veulent être leurs égaux, des saints MT LĮŽ 1720. Penses-tu qu’un homme mort sera de nouveau vivant? BrB Job 14,14 (Meinstu ein todter Mensch werde wider leben?) Les formes à l’instrumental des adjectifs alternent avec celles à l’accusatif dans des phrases tout à fait analogues, cf.: tur ghi ne czistu esanti nusuditi BrB III Moz 13,27 et tur ghi Plehonas neczistu santi nusuditi au même endroit, 13, 1117 (sol jn… wrein urteilen). Par analogie avec les adjectifs, l’instrumental du participe présent actif a également été employé en un endroit de DP; il traduit directement la même forme polonaise: tą kurį tikėjo sąnti užmustu DP 19826 (ktorego wierzyli być zabitym W 337). Parmi les pronoms, on emploie parfois les formes à l’instrumental de kas, kuris, koks. Que dites-vous que je suis? VEE 15621 (wer saget denn jr / das ich sey? Mat 16,15)18. Et vous, qui dites-vous que je suis (465)? DP 465—466. On a raconté que W. Christus était tel qu’on l’avait entendu DP 31829 (iakimgo być slyszeli W 528). Bien que les constructions à l’instrumental soient beaucoup moins fréquentes dans les écrits des XVIe et XVIIe siècles que celles à l’accusatif (dans un rapport d’environ 95 à 230), elles mettent particulièrement clairement en évidence les changements survenus dans les relations syntaxiques du participe avec les autres constituants de la construction. Le participe du verbe būti se rattache ici avant tout non pas à l’accusatif, mais à l’instrumental correspondant à l’attribut nominal. L’accord de la copule participiale avec l’accusatif a perdu sa motivation syntaxique, puisque l’attribut nominal n’est normalement pas accordé en cas avec la copule (la copule verbale ne possède tout simplement pas de forme casuelle). C’est pourquoi la copule participiale est parfois accordée avec l’équivalent de l’attribut nominal, à savoir l’instrumental, auquel elle est liée le plus étroitement būti. 15 De même en V Moz 24,22; 5,15; 15,15; I Sam 24, 21; I Kar 14, 2; Ism 8, 9. 16 De même en BrP I 9. 17 De même en BrB III Moz 13,6; 13,7; 13,8; 13,25. 18 De même en VEE 13414, 13418, 15617, DP 4658, Ev 1819. 19 Voir aussi MP III 3043, 3029, DP 46533, Ev 1819. 248 Je les ai choisis | ceux que Dieu... voulait comme saints par participation aux biens du Fils MT 178a₅. Ne me prenez pas pour quelque autre homme profane BrP II 37. Il a guéri l’homme... en se montrant lui-même comme un vrai Dieu | et comme sauveur du monde BrP II 453. Ils ne croyaient pas que le Christ fût le vrai Fils de Dieu BrP II 349. Apprenons | à ne pas considérer les hommes comme des seigneurs véritables BrP II 325. Le Christ s’est montré comme le vrai Dieu BrP I 279. Il peut penser | qu’il ne sera pas un roi profane BrP I 258. Car je savais bien qu’il ne pourrait rester vivant après sa chute BrB II Sam 1,10 (ich wuste wol das er nicht leben kundte). Que la forme instrumentale du participe ait été déterminée ici par son lien avec l’instrumental correspondant à l’attribut nominal se voit dans les exemples où, à côté de la construction participiale, les participes employés avec un autre verbe conservent la forme accusative: Nous voyons... ces hommes... croyant véritablement... qu’il est le vrai Dieu | et qu’il peut... chasser toutes... les maladies de l’homme BrP II 456. Il a montré que le Christ, ressuscité d’entre les morts | et vivant (9) apparitions de lui BrP II 9–10. Le lien plus étroit de la construction participiale avec l’équivalent de l’attribut nominal apparaît parfois aussi lorsqu’elle est à l’accusatif: cela se voit à l’accord en nombre, par exemple: Il dit « fer », s c h a u d u s s a n c z i u s (et non sančią!) / BrB Job 41,18 (er achtet eisen wie stro) 2.2.3.4. Constructions au génitif Dans les écrits anciens, les constructions où la fonction de liaison est assumée par le participe à la forme négative du verbe būti sont de deux types. L’un des types suit le modèle habituel de GD: N, P ainsi que l’autre nom qui lui est associé et tient lieu d’attribut sont à l’accusatif, par exemple: Sachant donc que vous n’êtes pas des dieux, ne les craignez pas BrB Bar 6, 64 (wisset | das es nicht Götter sind). Alors tu verras qu’il n’est pas un autre Dieu, sinon (supra: seulement) Nebucadnézar BrB Judit 6, 2. (wirstu sehen | das kein ander Gott ist). Demande... sachant que je ne suis pas méchant BrB Job 10, 7. (weissest | wie ich nicht Gottlos sey)²⁰. Dans les autres, le participe négatif de būti, à l’instar du verbe conjugué (cf. išvy­dau: tu es et išvy­dau: tu n’es pas), se construit avec un génitif de négation et prend lui-même la forme génitive. Dans les écrits anciens (en particulier chez J. Bretkūnas), on trouve de telles constructions avec des participes de différents temps: Afin que tu saches qu’il n’y a personne qui me soit semblable sur toute la terre II Moz 9,14 (innen werden solt | das meins gleichen nicht ist in allen Landen). Et afin que les païens sachent qu’il n’est nul autre... que le Seigneur tout-puissant Tob 13, 4 (erkennen | das kein allmechtiger Gott ist). Car tu sais qu’il n’y a personne parmi nous I Kar 5, 6 (du weissest das bey vns niemand ist). Et cela, sache-le bien: il n’est aucun homme aussi bon et saint SE 65₂₆. Les gens de cet endroit disent qu’aucune prostituée n’y avait été I Moz 38, 22 (sagen die Leute... es sey keine Hure da gewesen). Nous espérions bien, mais il n’y aura pas de malheur Jer 8, 15 (verlasset euch drauff | Es solle keine not haben). ²⁰ Voir aussi BrB I Moz 31, 5; 44, 31; II Moz 2, 12; I Kar 22, 33; MT (PM)1, 15. 249 Ces génitifs du nom et du participe peuvent apparaître parallèlement aux constructions correspondantes à l’accusatif, régies par les mêmes verbes sans négation, cf.: Er regit nu, mane vieną santi, ir nesanczio niewieno Diewo prieg manens? BrB V Moz 32, 39 (SEhet jr nu | das Ichs allein bin vnd ist kein Gott neben mir?) Les constructions avec des participes d’autres verbes peuvent également présenter la forme du génitif de négation, par ex.: Tūgi nu numanat, niewieno szodzio PONO ant szemes nepūlusio BrB II Kar 10, 10 (erkennet… das kein wort… ist auff die erden gefallen). Les constructions correspondantes au génitif partitif sont formées de la même manière avec les formes affirmatives du participe de būti, par ex.: Turim szinnoti | tokiu kleidunu pamoksle | isch pradzio swieto buwusiu | dabar sancziu ir ikki galo Swieto busencziu BrP II 309 (cf. žinoti: buvo ir bus klaidūnu). Nous observons ici des relations de dépendance réciproques entre le participe et le nom (pronom): le participe à la forme négative régit le génitif du nom et s’accorde en même temps avec celui-ci. Comme dans le cas du génitif partitif, le participe du verbe būti s’accorde avec le génitif des noms régi par l’adverbe daug. Pagonis… daug Dievu tare essanczu BrP II 180. Daug szmoniu | nug pradžios swieto buwusiu | bet wissas numirusias girdim BrP II 6. Er neszinai, paskui daugiaus wargu busencziu (gales buti)? BrB II Sam 2, 26 (Weisestu nicht | das hernach möcht mehr jamers werden?) Dans ces constructions, le participe a conservé sa valeur lexicale existentielle. De même, avec les adverbes daug, mažai, on emploie aussi les génitifs de participes ayant d’autres valeurs lexicales, cf.: Janas ischwiddens daug Phariseuschu ir Sadduceuschu savo krikschtop atencziu | bilba iemus BrP II 24021. La forme casuelle du participe est ici déterminée par ses relations avec le génitif du nom. Cependant, par analogie avec les cas habituels de GD, l’accusatif du participe du verbe būti est parfois employé à côté du génitif du substantif, par ex.: Hoitmanas Sýrios girdeia, gerūsius pas Judą sanczius, ir daug Szmonių kruwoj essanczias BrB I Mak 3, 13 (hôret… das ein gros Volck bey einander war); cf. les cas correspondants avec des participes d’autres verbes: Rasche regim atspraschiusius daug schwentu szmoniu BrP II 414. Ainsi, dans les constructions non objectales où le participe exerce une fonction copulative, comme dans les autres cas examinés ici, on observe clairement une variation casuelle du constituant participial. Celle-ci est conditionnée par les relations syntaxiques nouvellement établies à l’intérieur de la construction. Avec l’affaiblissement de la relation de rection entre V et N, l’accord entre N et P s’est affaibli, et le participe a commencé à être formellement relié au nom faisant office d’équivalent de la partie nominale du prédicat. Les nouvelles relations syntaxiques entre les constituants ont déstabilisé l’ancienne structure grammaticale de GD et créé des conditions favorables à l’infiltration et à la diffusion de formes participiales invariables — les converbes. C’est précisément dans les constructions du type examiné ici, avec l’instrumental et le génitif, où l’accord entre N et P s’est le plus désagrégé, que se trouvent certains des premiers foyers de diffusion du converbe dans GD (cf. 4. 1. 1 et 4. 1. 6.). 21 Voir également BrP II 308, 346, 455; pour les constructions converbielles correspondantes, cf. l’auteur, « Baltistica », IV(2), 1968, p. 197—198. 250 2.3. Le constituant nominal Dans la GD, le constituant nominal (N) est exprimé par des accusatifs de noms, de pronoms et, occasionnellement, d’adjectifs ou de numéraux employés substantivement. 2. 3. 1. Les noms qui constituent N peuvent désigner des choses concrètes ou abstraites. Parmi les noms à sens concret, les plus fréquents sont ceux qui désignent des personnes ou d’autres êtres vivants et agissants. Ils peuvent être des noms propres (a) ou des noms communs (b). a) Et David vit Saül sorti BrB I Sam 23, 14. Alexandre comprit que Démétrius cherchait l’amitié de Jonathan BrB I Mak 10, 15. b) Et je vis une femme assise sur une bête rouge BrB Apr 17, 3. Tu trouveras aussitôt l’ânesse attachée VEE 54₉. Lis... les Samaritains ayant tué tant de milliers de personnes BrP I 106. N est également constitué d’autres noms de choses, par exemple: Car il vit devant lui toutes les choses abandonnées de ce monde DP 554₃. Les princes... virent le feu qui n’avait rien fait BrB Dan 3, 27. Les noms de sens abstrait sont moins fréquents dans la GD: Ayant rencontré de si précieuses richesses qui nous sont envoyées par grâce, sans œuvres MT 71₉. Lorsque vous verrez l’abominable dévastation... se tenant dans le lieu saint Ev 139₁₂. Quels grands actes nous entendons dire qu’il a accomplis BrB Luk 4, 23. Qui m’a touché, moi BrB Luk 8, 46. Plusieurs noms peuvent également être associés au même participe. D’où sait-on que Saül et son fils Jonathan sont morts? BrB II Sam 1, 5. Le nom constituant N peut être développé par d’autres mots dépendants, voire par des propositions subordonnées. Judas et ses compagnons comprirent que Démétrius, fils de Séleucos, était arrivé à Tripoli… BrB II Mak 14, 1. Il lui fut donné de voir son cher… petit garçon et, ignorant encore ce qui est mal, il est maintenant tué BrP I 106. Les adjectifs, les numéraux et les participes ne remplissent que très rarement la fonction de constituant nominal, et seulement lorsqu’ils ont le sens d’un nom (ou lorsque le nom est sous-entendu), par exemple: De cette manière, il parle des bons et des mauvais, qui n’acceptent rien d’autre par la bouche du corps MT 161₁₅. Et celui-ci retourna en courant chez son père Tobie, un homme tué gisant dans la rue BrB Tob 2, 3 (das einer auff der gassen tod lege). Il parle aussi de ceux qui ont expiré, ne voulant ni ne pouvant le contraindre MT 179₅. 2. 3. 2. Les pronoms occupent très souvent la position du constituant nominal du GD. Les pronoms personnels sont particulièrement fréquents, parmi lesquels les formes de la 3e personne sont les plus répandues (jis, ji, ainsi que anas, ana employés avec leur sens). Un esprit n’a ni corps ni os, comme vous voyez que j’en ai BrP II 30. Le Seigneur… nous voit tous proclamer beaucoup de choses à Dieu BrP II 486. Je sais que tu peux tout BrB Job 42, 2 Regeiot g hy enti VEE 73. Nous les entendons parler MP 206₂. Car elle vit qu’elle-même ne pouvait pas se sauver BrB Išm 13, 16,... En les entendant… les blâmer et les injurier BrP I 301. Parmi les autres pronoms, ceux qui apparaissent le plus souvent dans le GD sont šis, tas et kitas, et plus rarement visas. Ils cherchaient à accuser les gens de notre pays BrB Luk 23, 2. Nous disons avoir perdu le salut éternel MT LĮŽ 6₄. Il vit d’autres garçons debout sur la place du marché SP I 317₇. Nous voyons que tous ne sont pas chrétiens BrP I 249. 251 Le constituant nominal du GD peut également être un pronom relatif, par exemple: Ką cionai regime kūniškai padarita sienose, tatai dvasiškai tęssi širdissė DP 57733. Ezechiel ápe ánus kaulus sakie | kur ius regiejo laukie gulinczius MP 165a9. En général, tous les mots pouvant aussi occuper la fonction de sujet dans une proposition verbale peuvent constituer le constituant nominal du GD. Selon les tendances dominantes de réalisation du N, le GD correspond au datif absolu, lui aussi fondé sur un syntagme oblique avec participe (cf. LKK V 67 sqq.). 2. 3. 3. Un groupe à part est constitué par les GD dont le constituant nominal, pronom personnel ou réfléchi, désigne le même agent que le sujet de la phrase (le sujet des actions exprimées par le verbe et le participe est identique). Ces GD sont une caractéristique des anciens écrits et sont devenus très rares dans la langue actuelle. Le cas le plus fréquent est celui de l’accusatif du pronom réfléchi, par exemple: Il se disait roi des Juifs VEE 20722. Alors choisissons-nous comme condamnés à mort et méritant les peines les plus sévères MT 186g. Il leur ordonna de faire cela, eux qui le désiraient BrB II Mak 7, 26. Les formes à l’accusatif des pronoms personnels exprimant le même sujet, mane, tave, mus, sont nettement moins fréquentes, par exemple: mane, tave, mus, pvz.: Alors, sous les yeux des païens, je leur montrerai que je suis saint BrB Ezech 28, 25. Sais-tu que tu es né à cette époque? BrB Job 38, 21. Afin que nous puissions croire avoir obtenu le pardon de nos péchés Mž II 376. Ces constructions sont avant tout liées à la question du nominatif avec participe (nominativus cum participio)1; elles ne seront donc pas examinées plus en détail ici. 2. 3. 4. Le constituant nominal du GD peut être entièrement omis. Les cas d’ellipse du N se présentent lorsque le sujet de l’action du participe est mentionné dans la même phrase, dans une phrase voisine, ou qu’il est implicite d’après le contexte et la situation, par exemple: Les hommes véritables sont entrés chez moi, mais je ne savais pas d’où ils venaient BrB I Joz 2, 4. Car les savants, sur la croix, reconnurent que les lances étaient couvertes de sang, tandis que celles-ci étaient toutes maculées de sang DP 4262. D’un autre type sont les constructions où les formes neutres des participes présents et passés de la voix passive sont employées impersonnellement, sans que leur action soit rapportée à un agent précis, par exemple: Tu as entendu les anciens dire | Neuszmuschk BrP II 188. Le saint, en entendant parler de la Reine… ne le laisse en rien passer BrP I 2933. Un autre GD dépend parfois du participe neutre, par exemple: Szmones Abuse girdeia kalbama Simri sudereghimą padarusį BrP I Kar 16, 16 (voir 2. 1. 4. 2). Dans de tels cas, les constructions avec gérondif sont employées à la place des participes actifs depuis les plus anciens écrits4. 1 Su nom. c. part. jas sieja jau D. Kleinas, žr. Grammatica Litvanica, 1653, p. 165; dėl šių konstrukcijų genetinio ryšio plg. A. Bielenstein, Lettische Grammatik, Heidelberg, 1923, § 817; E. Tangl, Acc., p. 50; I. Marvan, О некоторых предикативных функциях литовского причастия, „Kalbotyra“, IV, Vilnius, 1962, p. 35—36; Verbum infinitum в балтийских языках и его отношение к славянскому состоянию, Slavica Pragensia, II, 1960, p. 13 (kur kalbamo tipo konstrukcijos laikomos nepaliudytomis); kiek kitaip aut., Donum Balticum, Stockholm, 1970, p. 10. 2 De même DP 165₁, 407, 265₉₇, WP 6, SIG I 58₂₇, II 111₅; RG 539₁₄. 3 De même BrB Pam 5, 7; I Joz 22, 11—12; I Mak 16, 21. Pour les GD correspondants en letton, voir J. Endzelīns, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 1001. 4 Voir l’auteur, « Baltistica », IV (2), 1968, 197 sqq.; ibid., au sujet d’un cas problématique avec un participe actif de futur nécessaire, p. 198. 252 Les GD proches de ces constructions sont ceux, occasionnels, dont le N est constitué d’un pronom neutre, par exemple: Atmink tatai teipo PONO likta BrB Sir 41, 5; dans des cas semblables, on emploie également la forme neutre du participe actif présent esą, par exemple: tikra tariu esą BrB II Petr 1, 135, mais les converbes prédominent. 2. 4. L’examen des formes grammaticales du GD montre que cette construction peut être constituée, en ancien lituanien, par presque tous les mots et groupes de mots qui régissent une proposition subordonnée complétive. En revanche, les éléments dépendants du GD correspondent, par leurs propriétés syntaxiques, au sujet et au prédicat d’une proposition verbale. Doté d’un régime verbal et d’autres propriétés du verbe (à l’exception de la catégorie de personne et des formes modales), le participe peut, dans cette construction, se construire avec divers cas, avec ou sans prépositions, avec l’infinitif et les mots qui en dépendent; il peut lui-même servir de copule et former des équivalents des formes verbales composées et du prédicat composé. Autrement dit, le participe dispose ici des mêmes possibilités de construction qu’une forme verbale personnelle. C’est pourquoi, dans les textes anciens, le GD se développe souvent en une construction complexe et étendue, qui inclut d’autres constructions et des propositions subordonnées. Bien que le modèle originel du GD soit commun à toutes les langues indo-européennes qui possèdent les formes participiales correspondantes, la structure aussi variée et complexe de cette construction que celle que l’on observe en ancien lituanien est le résultat d’une évolution ultérieure et propre à cette langue. Par l’ampleur de son emploi et la diversité de son évolution syntaxique, le GD de l’ancien lituanien occupe une place particulière parmi les constructions correspondantes des langues indo-européennes. Le GD lituanien présente le plus de traits communs avec le GD letton, où l’on trouve les mêmes formes participiales (aujourd’hui surtout figées), qui peuvent apparaître non seulement après des verbes transitifs, mais aussi après certains verbes intransitifs (par exemple, šķist « sembler »6), quoique dans une moindre mesure qu’en ancien lituanien. Le GD n’est pas attesté dans les monuments prussiens (apparemment en raison de traductions littérales). Parmi les autres langues, les langues slaves anciennes sont les plus proches du lituanien pour le GD, avec les formes participiales correspondantes en -nt-, -us-, -mo- et -to-, qui ont des significations et des propriétés syntaxiques similaires. Les constructions non objectives avec les verbes de perception mentale et de parole sont communes aux langues baltes, slaves et germaniques7; elles sont également liées à l’emploi de l’accusatif au sens d’objet indirect (voir 1. 6.). Enfin, dans presque toutes les langues indo-européennes (et pas seulement indo-européennes), le GD peut être formé avec des verbes de perception physique (en particulier de la vue et de l’ouïe)… 5 Pour plus de détails, voir l’auteur, op. cit., p. 202–204. 6 Cf. Škīta mani neprotuotam (nepruotuoat) B W 8683, J. Endzelīns, op. cit., p. 1001. 7 Elles sont néanmoins beaucoup plus rares dans les langues slaves qu’en lituanien: en vieux slave, où les verbes de perception physique constituent environ 90% des GD, elles sont, selon R. Ružička, « particulièrement rares », R. Ružička, Das syntaktische System der altslavischen Partizipien und sein Verhältnis zum Griechischen, Berlin, 1963, p. 240, 243; en outre, elles ne s’emploient ici qu’avec quelques verbes des significations mentionnées: minėti, razuměti, (u)vĕděti, glagolati, kazati, voir R. Večerka, Syntax aktivních participií v staroslověnštině, Praha, 1961, p. 57–58. Leur diffusion est également très limitée en vieux russe; voir А. Потебня, op. cit., p. 308 sqq.; АН СССР, Сравнительно-исторический синтаксис восточнославянских языков, М., 1968, p. 124; pour le vieux tchèque, voir J. Gebauer, Historická mluvnice jazyka českého, Praha, 1929, p. 600; Dvořák, Vývoj přechodníkových konstrukcí ve starší češtině, Praha, 1970, p. 160 sqq. La situation est semblable dans les anciennes langues germaniques: les constructions avec des verbes signifiant « voir », « sentir », « trouver » y prédominent également; voir O. Behaghel, Deutsche Syntax, II, Heidelberg, 1924, p. 388–390, 417–418; А. М. Мухин, Функциональный анализ синтаксических элементов, М.-Л., 1964, p. 104–105, 188–189. 253 verbes⁸. Cependant, nous cherchons en vain des parallèles dans d’autres familles linguistiques pour le GD du vieux lituanien avec des verbes intransitifs (groupe 3), des noms, des mots modaux et d’autres mots (groupe 4). Dans les cas d’expression de relations semi-prédicatives où le GD s’est répandu en lituanien, de nombreuses autres langues ont généralisé les constructions infinitives. Par l’étendue de son emploi et les significations des mots qui en constituent le terme principal, le GD lituanien correspond approximativement à l’accusatif avec participe et à l’accusatif avec infinitif latins, considérés ensemble⁹. On observe un tableau semblable, mais beaucoup moins net, dans les anciennes langues germaniques (gotique, vieux haut allemand, vieil anglo-saxon)¹⁰, où les exemples grecs et latins ont favorisé les constructions infinitives (ainsi que participiales) après les verbes de perception et de parole; au cours de l’évolution ultérieure de ces langues, les constructions infinitives se sont solidement implantées avec la valeur caractéristique du GD non objet du lituanien. Les langues romanes ont encore davantage étendu l’emploi des constructions infinitives à la place de l’acc. c. part.¹¹. Le GD lituanien se distingue également par la diversité de sa structure syntaxique et son caractère phrastique. On y emploie les formes de tous les temps des participes actifs et passifs (à l’exception des participes de nécessité récemment apparus), et même les participes actifs et passifs du futur, que l’on ne trouve ni dans les langues slaves ni dans les langues germaniques. Dans le GD, les participes actifs correspondent aux formes simples des verbes conjugués, tandis que les participes passifs correspondent aux formes composées de la voix passive; dans ce dernier cas, ils peuvent apparaître avec ou sans copule participiale. Bien que des constructions avec copule participiale aient également été formées dans les langues slaves¹² et germaniques¹³, leur fréquence d’emploi est loin d’égaler celle du GD lituanien. À cet égard, l’acc. c. part. grec, où les formes accusatives du participe ὤν sont fréquentes¹⁴, est beaucoup plus proche du lituanien, bien que son emploi soit lui aussi limité par les constructions à copule infinitive (ἔνιαι, etc.). 8 On en trouve déjà des attestations dans les textes hittites; voir A. Hahn, Genesis of the Infinitive with Subject—Accusative, TAPA, 81 (1950), p. 128. Sur le GD en avestique avec « voir », voir E. Kieckers, Historische griechische Grammatik, IV, Syntax, Berlin u. Leipzig, 1926, p. 89. 9 Il convient de signaler tout particulièrement à cet égard l’emploi de l’acc. c. inf. en position de sujet avec les verbes impersonnels apparet, liquet, constat, convenit, sequitur, efficitur, avec les locutions de valeur modale verum est, verisimile est, credibile est, certum est, et même avec des locutions prédicatives nominales fama est, spes est, testis sum (!) et autres, c’est-à-dire précisément dans les cas où l’on trouve le GD dans les textes du vieux lituanien après les mots du groupe 4; cf. A. Ernout, F. Thomas, Syntaxe latine, Paris, ²1953, p. 321; cf. également le GD lituanien avec des participes passifs neutres, tels que sakoma, žinoma, et les acc. c. inf. latins comme dicitur Gallos in Italiam transisse ou adesse Romanos nuntiatur; voir au même endroit, p. 327. 10 Pour le gotique, cf. W. Willmanns, Deutsche Grammatik, III, 1, p. 118–121; pour le vieil anglo-saxon, M. Callaway, The Infinitive in Anglo-Saxon, Washington, 1913, p. 120 et suiv.; B. H. Ярцева, Исторический синтаксис английского языка, М.—Л., 1961, p. 231–232; А. М. Мухин, op. cit., p. 120, 188 et suiv. 11 Pour le français, cf. H. Nilsson—Ehle, L’attribut de l’objet en français, „Studia Neophilologica“, 25, № 3, p. 109 et suiv.; H. B. Соколова, Трёхчленные глагольные словосочетания в современном французском языке, сб.: Грамматика, фонетика и стилистика романских языков, 1971, p. 251 et suiv.; A. Ernout, F. Thomas, op. cit., p. 283; pour les autres langues romanes, voir M. Manoliu Manea, „Accusativus cum infinitivo“ dans les langues romanes, „Cahiers de linguistique théorique et appliquée“, VI, 1969, p. 125–136. 12 Syntaxe comparée et historique des langues slaves orientales, Les membres de la phrase, M., 1968, p. 126–127; R. Večerka, op. cit., p. 58. 13 Cf. le vieil anglo-saxon Ie hine cūðe niht wesende Beowulf 372 « je savais qu’il était un enfant » K. Yamakawa, The two constructions: „Acc. and Participle“ and „Genetive and Gerund“, „Annals of the Hitotsubashi Acad.“, 8, № 1, Tokyo, 1957, p. 49. 14 Voir R. Kühner, Ausführliche Grammatik der Griechischen Sprache, II. 1, Hannover, ²1870, p. 611 et suiv. 254 Les possibilités de formation du GD héritées de la période de communauté indo-européenne furent développées en vieux lituanien jusqu’à leurs limites les plus éloignées. Les conditions préalables en furent l’abondance et la productivité des constructions participiales dans la langue populaire. Les constructions participiales avec des cas obliques, soutenues dans les langues slaves et germaniques par la tradition littéraire et l’influence des langues classiques, reposaient en lituanien sur l’usage vivant et se formaient et se répandaient dans son terreau. À cet égard, leur évolution est importante tant pour la linguistique historique que pour la typologie générale des langues. 3. L’accusatif avec participe et la proposition explicative 3. 1. Le fait que cette construction soit synonyme de propositions explicatives subordonnées a joué un rôle considérable dans l’évolution des relations syntaxiques du GD. À côté du double accusatif avec des adjectifs verbaux, puis avec les participes qui en sont issus (par ex.: je vois mon père arriver), les langues indo-européennes connaissaient depuis longtemps des énoncés de forme paratactique tels que je vois: mon père arrive. Ils se sont maintenus en lituanien jusqu’à nos jours1 (surtout dans les dialectes et le folklore), mais aujourd’hui, dans la langue littéraire, ils ne sont généralement employés qu’à des fins stylistiques particulières (pour souligner la surprise, donner au récit une tonalité de langue parlée, etc.). Dans les écrits des XVIe–XVIIe siècles, on les trouve dans des circonstances semblables à celles du GD, mais beaucoup plus rarement, par exemple: Schitai ghi esti taw Mote, kamgi tarrei ghi est mana sessu? BrB I Moz 26, 9. Kitti wel isch Szidu ape lana dumnoia | ghis ira prarakas koksai BrB I 42. Nes pasakia: esmi sumumi Diewo SE 261, 24. Le GD et le constituant de phrase relié de façon asyndétique dépendent parfois du même verbe et correspondent à des constructions de l’original d’une structure tout à fait identique; cf.: Dites à vos frères: Ammi, ils sont mon peuple, et à vos sœurs: vous êtes en grâce BrB Hoz 2, 3 (Sagt ewern Brüdern (Ammi) sie sind mein Volck | vnd zu ewr Schwester (Ryhamo) Sie seyn in gnaden). À partir de tels énoncés de forme paratactique se sont constituées des propositions explicatives subordonnées, employées dans le même environnement syntaxique; elles sont progressivement devenues des synonymes syntaxiques du GD. Dès les débuts de la production écrite, elles étaient déjà largement répandues, bien que, dans une grande partie du domaine lituanophone — du moins dans les dialectes samogitien et haut-lituanien occidental —, leur domaine d’emploi n’égalât probablement pas encore celui du GD. On peut le déduire des anciens écrits qui présentent les traits de ces dialectes. Bien que l’emploi des propositions explicatives subordonnées après les verbes de perception y ait été stimulé par les originaux allemands, polonais et latins, eux-mêmes influencés par les textes sources grecs et hébreux2, le GD y restait encore nettement plus habituel et plus répandu. Cela vaut tout particulièrement pour les sources originales, relativement rares. Ainsi, dans l’introduction originale en lituanien des « Žemčiūgos » de S. Vaišnoras, à côté de 10 constructions de GD et de 4 constructions au nominatif avec participe (nominativus cum participio), on ne trouve que 6 propositions synonymes introduites par jog et 1 par kad. Les propositions explicati- 1 Plg. E. Hermann, Über die Entwicklung der litauischen Konjunktionalsätze, Jena, 1912, p. 5. 2Dans les textes grecs du Nouveau Testament, les propositions explicatives après les verbes de perception se sont répandues sous l’influence de l’hébreu, où elles sont plus fréquentes que les constructions participiales de type GD; voir M. Johannesson, Der Wahrnehmungssatz bei den Verben des Sehens in der hebräischen und griechischen Bibel, KZ, 64 (1937), 3–4, p. 145–260, en particulier p. 157, 242. En revanche, dans les langues indo-européennes, du moins après les verbes de vision, les propositions explicatives n’étaient probablement pas caractéristiques depuis les temps anciens; cf. ibid., p. 252–253. 255 Le nombre de propositions explicatives dans l’ensemble de la traduction de « Žemčiūga » (environ 100 selon des estimations approximatives) n’atteint pas non plus celui des GD. Dans les pages 50–200 des « Évangiles et épîtres » de Vilentas, on relève environ 80 propositions explicatives avec jog; leur nombre dépasse donc légèrement celui des GD³. Toutefois, compte tenu du fait qu’il s’agit d’une traduction de l’allemand, où, dans tous les cas correspondants, figuraient des propositions subordonnées, ainsi que du caractère sacré du texte traduit, qui imposait de rester fidèle à la lettre de l’original, cette proportion entre les constructions en question témoigne incontestablement de la plus grande abondance des GD⁴. Il en va de même pour les écrits de J. Bretkūnas, dont l’auteur, en recourant abondamment aux GD, devait chaque fois surmonter l’attraction de l’original. Il convient de noter que, dans la Postille de J. Bretkūnas, partiellement originale, les propositions explicatives ne sont pas plus fréquentes que les GD en de nombreux passages. La situation est différente dans les anciens écrits représentant les dialectes de l’est ou dits de l’est du centre des hautes terres. Ici, les propositions explicatives, par leur abondance, dépassent largement les GD, parfois d’un facteur dix ou davantage. Ainsi, dans les seules pages 440–470 de la Postille de M. Daukša, on trouve 85 propositions explicatives avec jog (soit plus de la moitié du nombre total de GD relevés dans la Postille); puisque les propositions explicatives ne sont pas moins fréquentes dans les autres parties du texte, ces données permettent de conclure que leur rapport aux GD est d’environ 10: 1; les données fournies par E. Hermann sur l’emploi des propositions explicatives dans des extraits de la Postille et du Catéchisme de M. Daukša le confirment également. Dans les pages 6–33 des « Punktai » de K. Sirvydas, on relève 17 propositions explicatives avec jog et kaip (d’après le tableau d’E. Hermann); si leur fréquence est identique ailleurs (ce que permettent de supposer nos estimations approximatives pour les pages 34–380 de SP I), le rapport entre propositions explicatives et GD est ici de 5: 1. Les propositions explicatives sont encore plusieurs fois plus fréquentes dans la Postille anonyme de 1600, où les GD sont relativement rares; leur large diffusion se reflète aussi dans la Bible de B. Chylinski, le Catéchisme de M. Petkevičius et d’autres textes. Bien que les données de ces écrits, compte tenu de l’influence des originaux et d’autres particularités de la technique de traduction⁵, soient loin de refléter directement la véritable proportion entre les constructions en question dans la langue vivante de l’époque, elles montrent néanmoins clairement qu’aux XVIᵉ–XVIIᵉ siècles, dans une grande partie du domaine linguistique lituanien, les propositions explicatives introduites par les conjonctions jog, kad, kaip, etc., après des verbes de perception, de parole et d’autres verbes susceptibles d’être commentés, étaient assez répandues et, par leur fréquence d’emploi, dépassaient probablement les GD en certains endroits. 3.2. Presque tous les GD relevés dans les écrits des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles peuvent être remplacés par des propositions explicatives introduites par jog ou kad sans altérer le sens du texte (mais pas l’inverse, car le domaine d’emploi des propositions avec kad et jog est beaucoup plus vaste). La synonymie des GD et des propositions explicatives est également confirmée par d’autres particularités de leur emploi. 3.2.1. En comparant des textes traduits à partir du même original, on constate que certains auteurs ont rendu les passages correspondants au moyen de GD, et d’autres au moyen de propositions explicatives. Cf.: Sakot Beelzebubi mani išmetineunti welinus SP II 43₁₂. — Bilote / idant asz Beelzėbube iżtremdinėcże welinuwas DP 117₄₀. — Sakote nesang | iuog asz Beelzebubba mace izmetineiu welinus SE 63₁₃. O Pilotas regiedams… tů daugiau didesni trunksma santi… priesudija VEE 205. — O kaip regėjo Pilotas… kaip io didesnis trunksmas stoiosi BrB Mat 27, 24⁶. 3 Cf. les données statistiques sur l’emploi des GD dans LKK, 11 (1969), p. 54–55. 4 La proportion de ces constructions est différente dans l’« Enchiridion », où, à côté de 7 GD, on trouve 41 propositions explicatives avec jog et jeng; voir E. Hermann, op. cit., annexe. 5 Cf. l’auteur, LKK, 5(1962), p. 50–51; LKK, 11(1969), p. 52 sqq. 6 De même, SE 259₁₇. 256 Et, en regardant, elles virent la pierre roulée loin du tombeau BrP I 399. – Et en regardant, elles virent que la pierre avait été roulée VEE 56⁷. 3.2.2. Que le GD et la proposition explicative étaient considérés comme des moyens d’expression parallèles, susceptibles de se remplacer mutuellement, ressort clairement des corrections apportées par J. Bretkūnas à la Bible. En corrigeant le manuscrit de traduction, le traducteur lui-même a remplacé de nombreuses propositions explicatives, correspondant généralement aux phrases de l’original allemand avec daß, wie, etc., par un GD, par exemple: Afin qu’ils comprennent, elle [la flamme] a consumé les récoltes des ennemis (corrigé de: car le feu consume les récoltes des ennemis) Sg 16, 26 (Auf das sie inne würden | wie das fewr… der Feinde früchte verderbete). Ô Seigneur, enseigne-moi à connaître ma fin, et combien de temps il me reste, afin que je sache combien ma vie est brève (corrigé de: car ma fin doit arriver, et mon temps est compté, et je dois m’en aller Ps 39,5 (lere doch mich | das ein ende mit mir haben mus… vnd ich davon mus). Et la nouvelle se répandit qu’il était dans la maison (corrigé de: comme s’il était dans la maison) Mc 2,2 (vnd es ward rüchtbar | das er im Hause war; quod in domo esset⁸). Personne ne peut se plaindre de manquer de quoi que ce soit, comme s’il ne venait pas à son secours (ne lui venant pas en aide) (de « comme » jusqu’à la parenthèse, souligné) Si 40 (vnd man darff vber keinen mangel klagen | an seiner Hülffe). Ces corrections sont particulièrement nombreuses dans le manuscrit de traduction du Nouveau Testament. Par exemple, dans la seule traduction de l’Évangile selon Jean, J. Bretkūnas a remplacé une vingtaine de propositions explicatives par des phrases avec GD⁹; on trouve également une dizaine de corrections de ce type dans l’Évangile selon Matthieu¹⁰ (il y en a plus de 40 au total dans le Nouveau Testament)¹¹. En revanche, dans l’Évangile selon Luc, traduit du latin, on n’a relevé qu’un seul passage où le GD a été employé à la place d’une proposition explicative lors de la correction du manuscrit. Si le fermier savait à quelle heure le voleur viendrait (correction soulignée au-dessus: à quelle heure le voleur devrait venir), il veillerait certainement Lc 12,39 (si sciret… qua hora fur veniret). Parfois, la proposition explicative et le GD ont tous deux été conservés dans le manuscrit et se suivent, comme deux variantes de traduction possibles et équivalentes par le sens. De peur que quelqu’un ne dise que je l’ai baptisé en mon propre nom (car j’ai été baptisé en mon propre nom) I Cor 14 -15 (Das nicht jemand sagen möge | Ich hette auff meinen namen getaufft). Afin que tu saches que le Très-Haut a pouvoir sur le royaume des hommes (le Très-Haut a pouvoir sur le royaume des hommes) et qu’il le donne à qui il veut. Dn 4,22 (das der Höchest Gewalt hat… vnd gibt sie). Les exemples inverses, où le GD est remplacé par une proposition explicative, sont très rares, par exemple: 7Les traductions de ce passage, tirées de l’original polonais, présentent une variation similaire; cf. DP 184, SP II 225₈, Ev 64₅ – GD, mais SE 79,5 – proposition explicative. Cf. également la traduction de Lc 24,20: BrB II 17–GD, SP II 235₁₈, Ev 67₃, DP 189₂₀ – proposition explicative avec iog, SE – proposition explicative avec kad. 8 Voir aussi BrB Ism 1,3; 18,13; Tob 9,1; 10,9; Bel 23; II Mak 2,25, etc. 9 Jn 1,32; 4,1; 6, 15; 7, 26; 7, 32; 8, 54; 9, 20; 9,31; 11,7; 11,13; 11,17; 12,12; 12,34; 19,10; 19,33; 21,17; 21,24. 10 Cf. Mt 5,17; 10,34; 14,5; 16,13; 16,14; 17,10; 17,13; 21,26. 11 Voir aussi Mork 2,8; 2,10; 11,32; 15,39; 16,4; Apd 9,27; 10,3; 14,19; Rom 2,3; 2,15; 4,21; I Kor 4,9; 6,19; I Kor 7,3; Gal 1,20; Filip 1,30; 2,22; Hebr 11,14. 17. 520 257 Et un autre passera par hasard… et verra Tobiaschui un homme assassiné, étendu dans la rue (en marge: qu’un homme mort gisait dans la rue) Tob 2,3 (das einer auff der gassen tod lege). Afin que le monde sache ce qu’il peut faire (corr. de: ce qu’il peut faire) Job 37,7. 3.2.3. Les meilleurs auteurs des XVIe et XVIIe siècles ont cherché à exploiter, à des fins stylistiques, le parallélisme entre la GD et les propositions explicatives. En traduisant certaines propositions explicatives allemandes ou polonaises par des propositions lituaniennes correspondantes, et d’autres par une GD, on évitait la répétition des mêmes expressions et la monotonie. Pour une proposition subordonnée de structure exactement identique, J. Bretkūnas rendait, dans une phrase, la proposition subordonnée correspondante avec kad ou jog, et, dans la phrase voisine, la GD. Voir: Si nous disons qu’elle venait du Ciel, alors il nous dira: Pourquoi donc ne l’avez-vous pas crue? Mais si nous disons qu’elle12 venait des hommes, alors nous devons craindre les hommes Mat 21, 25—26. (Sagen wir | sie sey vom Himel gewesen… Sagen wir aber | sie sey von Menschen gewesen). De même, les deux propositions subordonnées d’une même phrase explicative étaient traduites de manière variée: l’une par une proposition subordonnée avec jog, kad ou une conjonction semblable, l’autre par une GD. Fais connaître aujourd’hui que tu es le Dieu d’Israël, et que moi, ton serviteur, j’ai fait tout cela selon ta parole BrB I Kar 18,36 (Las heute kund werden | das du Gott… bist… vnd das ich solchs alles… gethan habe). Des messagers se rencontrent ici et là, afin d’annoncer au roi de Babylone que sa ville a été prise… et que les gués ont été bloqués, et que les guerriers sont découragés. BrB Jer 51, 31—32 (dem Könige… anzusagen | Das seine Stad gewonnen sey… vnd die Kriegsleute seien blöde worden13). Mais Pilate, voyant|qu’il ne pouvait rien accomplir|mais qu’un tumulte encore plus grand se produisait… VEE 20516.14 (Da aber Pilatus sahe|das er nichts schaffet| sondern das viel ein grösser getümmel ward). Dans les textes originaux également, la proposition subordonnée explicative et le syntagme NP, qui dépendent du même verbe, apparaissent en parallèle. Nous avons en outre découvert que beaucoup de Courlandais et de Lituaniens… pratiquent le culte des dieux ou des idoles, les observent… et accomplissent des rites, des pratiques et des divinations à l’église, et se livrent à d’autres actes nuisibles, à la magie ou à la sorcellerie | IF 10—20. Il apprit, à partir de ces paroles, que le Fils de Dieu | était né homme pour nous, et que, pour nous qui étions accablés, il découlait de lui beaucoup de bienfaits par sa rédemption | alors… apprenons… BrP I 76.15 3.2.4. En raison de l’équivalence fonctionnelle entre la GD et la proposition explicative, on trouve dans les écrits anciens des cas de contamination entre les deux constructions: à l’exemple d’une proposition subordonnée, une conjonction de subordination, un adverbe relatif ou un pronom relatif est également employé au début de la GD16, par exemple: Et nous ne comptons pas qu’elle (Marie) ait parlé dans le saint Évangile plus de quatre fois DP 47454. Afin qu’il crût fermement | que (26) par ce péché- 12 Ci-dessus — jog. 13 Voir aussi Ezech 20,48; Judit 6,13; I Mak 3,13; 14,21; 7,25. 14 Une construction tout à fait similaire dans DP 16719 correspond à la phrase de l’original avec iš. 15 De même, BrP I 422, II 241, 403, 456—457, 475, Vln 657. 16 Voir aussi 2. 2.3. De même, d’autres constructions participiales semi-prédicatives se contaminent avec des propositions subordonnées, par exemple le datif absolu; voir LKK, 5 (1962), p. 79 sqq. 258 kus sanczius atleistus Dangui Vln 28–29¹⁷. Alors, lâche-les, où que tu le veuilles, et ne t’en détourne pas. BrB V Moz 21, 14 (wo sie hin wil). Et quand le soleil se couche, ils se retirent, comme on ne sait où ils demeurent, BrB Nah 3, 17¹⁷ (wo sie bleiben). Et les hommes ne savaient pas où j’étais allé, ni ce que je faisais, BBbB Nehem 2,16 (wusten nicht | wo ich hin gieng | oder was ich machte). Car il savait d’avance ce qu’ils feraient, BrB Išm 19,1 (Denn er wuste zuvor wol | was sie künftig thun würden) 3.2.5. Lorsqu’une phrase comporte deux ou plusieurs GD, l’un d’eux peut dépendre d’un autre. On obtient ainsi des constructions complexes « à deux étages », correspondant à des propositions subordonnées de deux degrés. Dans celles-ci, le GD peut parfois avoir aussi une proposition subordonnée qui lui est rattachée. Isch schū szodziu… nous pouvons accuser les Juifs d’avoir mal compris le cinquième commandement de Dieu | et d’avoir cru seulement ceci | qu’il annonçait la crucifixion, BrP II 288. Il dit… qu’ils se croyaient | être le vrai Messie, qui devait délivrer Israël, BrP II 26. Nous voyons… cette femme… croire fermement | que le Seigneur Jésus-Christ peut et veut lui pardonner ses péchés, BrP II 304¹⁹. Nous avons également entendu beaucoup de Juifs | ne pas croire que ce Christ soit le vrai Messie promis par Dieu, BrP II 5²⁰. Afin que nous nous montrions connaissant | Celui qui est le vrai Dieu | que nous adorons ainsi, MT 119⁵. Comme les propositions subordonnées explicatives, plusieurs groupes NP peuvent dépendre du même V et être reliés entre eux par divers rapports de coordination. Ceux-ci… se plaignaient en pleurant. Des païens de toutes les villes… venus de Galilée, de Ptolémaïs, de Tyr et de Sidon, ainsi que de toute la Galilée, qui était pleine d’ennemis, BrB I Mak 5,15. Reconnaissons alors | que nous sommes justement punis | et que nous avons mérité des châtiments plus sévères; toutefois, ces souffrances sont allégées grâce au Médiateur, MT 186⁶. Dans les écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras, on trouve parfois des séries entières de GD reliés entre eux de diverses manières, qui remplacent largement des expressions verbales. Voici un exemple caractéristique d’une telle période: Saint Matthieu… écrit: des sages ayant vu une nouvelle étoile à l’est | et ayant conjecturé, sur la terre des Juifs, qu’un nouveau roi du monde, le Sauveur, était né | et, pour cette raison, étant venus de leur pays à Jérusalem | afin de l’adorer et de lui rendre hommage | et, de plus, le roi Hérode | ainsi que toute la ville de Jérusalem | étant effrayés par cette nouvelle, ces sages furent envoyés à Bethléem vers le Christ. Et lorsque ceux-ci furent partis, afin qu’ils tuent l’enfant Jésus, BrP I 105²¹. Les GD contribuent donc largement au style participial (c’est-à-dire, au fond, nominal) caractéristique de nombreux écrits anciens. Des tendances similaires à exprimer par des constructions participiales une succession d’actions liées entre elles, particulièrement marquées en latin classique et en sanskrit, sont clairement visibles également dans les anciennes langues germaniques (par exemple le gotique) et slaves²². 17Cf. E. Hermann, op. cit., p. 25. 18De même, BrP II 288, II 387. 19De même, BrB II 456. 20Cf.: Tu peux conjecturer | en sachant déjà que ce Christ est le vrai Messie BrP I 31. Ici, la proposition subordonnée explicative occupe la même position syntaxique que le GD dans l’exemple cité. 21Voir aussi BrP I 64; BrB I Mak 5,38–39. 22 Cf. E. Hofmann, Zum Gebrauch der Partizipien in den Skeireins, dans: Indogermanica, Festschr. für W. Krause, Heidelberg, 1960, p. 28–30. 17* 259 3.2.6. La ponctuation du GD dans les textes des XVIe–XVIIe siècles montre également que le groupe accusatif nominal (pronominal) et participial était considéré comme une unité de sens distincte, parfois aussi intonative, équivalant à une proposition subordonnée explicative. Bien que, dans les anciens écrits, les signes de ponctuation soient souvent employés de manière incohérente et variable, un examen d’un grand nombre d’exemples fait clairement apparaître les tendances dominantes. Il convient de noter que les constructions objectives dans lesquelles N est directement régi ne sont presque jamais séparées par des virgules ou d’autres signes. En revanche, dans les phrases où V, par son régime phrastique, se rattache à l’ensemble du NP comme à un équivalent de proposition subordonnée explicative, on trouve très souvent une virgule ou un signe oblique équivalent (/). Voici quelques exemples: Et qui donc te voit ainsi si furieuse? PsD 164 (Wer gläubts aber / das du so sehr zürnest?) Mais regarde, ce peuple est ton peuple saint BrB II Moz 33,13 (Vnd sihe doch / das dis volck dein volck ist). Nous savons (= nu) que tu connais toutes choses VEE 71–72 (Nu wissen wir / das du alle ding weisset). … Ceux qui croient de tout cœur que le Christ siège à la droite… MT (PM) 32₆. D’abord, sachons que cette cérémonie de l’ancienne Loi… a eu son origine de Dieu lui-même SE 23₄. Te souviens-tu du riche autrefois généreux BrGD LXXIII. Le groupe NP est le plus souvent isolé dans les écrits de J. Bretkūnas et de S. Vaišnoras. Les constructions non objectives comportant des participes du verbe būti qui suivent V y sont si souvent isolées que les cas non séparés sont minoritaires (voir 2.2.2.). Dans les écrits des auteurs mentionnés, on trouve parfois aussi un point ou deux-points entre V et NP. Saint Luc écrit: le Seigneur, ayant pleuré, ayant versé ses saintes larmes, et s’étant affligé du fond de son cœur BrP II 335. Rappelle-toi d’abord ces histoires. Le Christ étant né, lorsque les Juifs avaient déjà commencé à vivre dans l’impiété… BrP I 56. Hyménée et Philète… dirent. La résurrection alors annoncée, lorsque les hommes, dans cette vie, se sont endormis en Dieu MT 245₁₃. Le Christ dit en Jean 3: « Nous qui sommes nés de l’eau et de l’esprit » MT 127₂₀. Et Augustin… dit en l’écrivant: « baptiser avec le sang rougi du Christ ». MT 122₂₁. Ainsi, la ponctuation du GD dans les anciens écrits confirme l’autonomie sémantique de cette construction. Considérant le GD comme l’équivalent d’une proposition explicative, les auteurs des anciens écrits lui appliquaient souvent les mêmes principes de ponctuation. 3.3. La synonymie entre le GD et la proposition explicative repose sur la communauté de leur structure interne. Les relations complexes entre les membres du GD montrent que cette construction, même envisagée en synchronie, n’est pas primaire, mais dérivée. La grammaire traditionnelle a souligné sa proximité avec la phrase et l’a expliquée par le fait que le GD, comme les autres constructions participiales, serait une phrase réduite23 ou un équivalent de phrase doté d’une structure sujet–prédicat24. Le lien entre le GD et la phrase se définit plus précisément en termes transformationnels 23 Plg. Ф. Буслаев, Историческая грамматика русского языка, М. 1959, p. 281 tt, 538–539. Remdamasis rusų kalbos gramatikomis, panašiai aiškino lietuvių kalbos dalyvines konstrukcijas J. Jablonskis, kartu pažymėdamas „sutrauktinio sakinio“ termino sąlygiškumą ir tradiciškumą, žr. J. Jablonskis. Rinktiniai raštai, I, p. 516–518. H. Poutsma taip pat laikė anglų kalbos infinityvines konstrukcijas, atitinkančias lie. GD, sakiniais, įtrauktais į kitus sakinius, žr. H. Poutsma, A. Grammar of Late Modern English, I, Groningen, 1904, p. 433 tt. 24 O. Jespersen, A. Modern English Grammar on Historical Principles, IV, New York, 1956, p. 5 tt.; Философия грамматики, М., 1958. p. 133 tt., 139 tt. 260 méthode qui, dans ce cas, peut être utilisée comme outil d’analyse de la phrase, permettant de déterminer la structure interne de la construction étudiée en fonction de ses relations avec d’autres constructions de la même langue25. Du point de vue transformationnel, le GD repose sur une phrase intégrée à une autre phrase selon certaines règles formellement définies de formation de l’ensemble. Les règles de formation (de dérivation) des GD de type objectal et non objectal sont différentes. 3.3.1. Les constructions de type non objectal sont formées à partir de phrases dont la première (matricielle) comporte une position d’objet vide (Pob), déterminée par la valence de la phrase verbale et indiquant la place de la seconde phrase (constitutive)26, par exemple: je sais + Pob (mon frère est revenu) ⇒ je sais mon frère revenu. La position d’objet peut aussi être exprimée par un pronom ayant la fonction d’un mot corrélatif: je le sais [cela]. Le groupe à l’accusatif composé d’un nom et d’un participe (mon frère revenu) représente ici un syntagme nominal (NP), réécrit selon la règle NP→N(S) ou simplement NP→S27. Cette règle établit que le syntagme nominal est constitué d’une phrase constitutive S, qui occupe la même position qu’un nom N (cf. je connais le récit). La forme de la phrase constitutive est définie par les règles de transformation selon lesquelles ses éléments principaux sont exprimés au cas accusatif du nom et du participe. Sans examiner en détail le déroulement de la génération des constructions non objectales, il importe de noter que leur structure interne est exactement la même que celle des propositions subordonnées complétives. La phrase je sais que mon frère est revenu est formée à partir des mêmes phrases et selon la même règle de dérivation que le GD je sais mon frère revenu28. Seules diffèrent ici les règles de transformation, qui donnent une autre forme à la phrase constitutive. Les constructions à cas double d’autres langues entretiennent des rapports similaires avec les propositions complétives29. Puisque la structure interne de la phrase repose sur la sémantique 25 Sur la conception des transformations comme moyen d’établir les relations syntaxiques entre constructions et phrases, cf. Z. S. Harris, Co-occurrence and Transformation in Linguistic Structure, ”Language“, 33 (1957), № 3, p. 283 tt. (= The Structure of Language, Englewood Cliffs, New Jersey, 1964, p. 155 tt.); Transformational Theory, ”Language“ 41(1965), № 3, P. 1, p. 363, 370 tt.; L. G. Heller, J. Macris, Perspectives in Functionalism, ”Word“ 23 (1967), № 1 – 2 – 3, p. 291; sur l’importance de la méthode transformationnelle au-delà de la grammaire générative, cf. О. Лешка, Место трансформационных отношений в языковой структуре, „Československá Rusistika“ 1966, XI, 2, p. 65—66. Ch. Bally avait déjà indiqué que l’étude des substituts fonctionnels des constructions est l’une des tâches les plus importantes de la syntaxe: Syntaxe de la modalité explicite, „Cahiers F. de Saussure“, 1942, № 2, Genève, p. 6. 26 Pour éclairer la structure du GD, il n’est pas déterminant de savoir si on le considère comme formé par une transformation généralisée (c’est ainsi qu’était expliquée auparavant la structure des énoncés correspondants, cf. R. B. Leest, The Grammar of English Nominalizations, Indiana, 1960, p. 54—55; E. Bach, An Introduction to Transformational Grammars, New York — Chicago — San Francisco, 1964, p. 67; P. Roberts, English Syntax, New York—Chicago, 1964, p. 169; J. Lyons, Introduction to Theoretical Linguistics, Cambridge, 1968, p. 265—266), ou comme le développement d’un seul schéma dérivationnel, conception qui tend à prévaloir aujourd’hui; voir note 27. 27 Cf. P. S. Rosenbaum, The Grammar of English Predicate Complement Constructions, Cambridge, Massachusetts, 1967, p. 1—5, 71 tt.; R. Lakoff, Abstract Syntax and Latin Complementation, Cambridge, Massachusetts — London, 1968, p. 5, 17, 20—36. 28 Sur la structure interne des propositions complétives en lituanien, voir l’auteur, Lietuvių kalbos prijungiamųjų sakinių struktūriniai tipai, „Baltistica“, VIII (1), 1972, p. 39. Sur le rapport entre phrase matricielle et phrase constitutive, cf. R. B. Lees, op. cit., p. 54—55; W. Hartung, Die zusammengesetzten Sätze des Deutschen (Studia Grammatica IV), Berlin, 1966, p. 62 tt. 29 Pour le latin et l’anglais, voir R. Lakoff, op. cit., 75—76; pour l’anglais, P. S. Rosenbaum, op. cit. 71 tt.; de même, les phrases romanes avec acc. c. infinitivo sont parfois considérées comme dérivées de propositions subordonnées par des transformations d’enchâssement, cf. M. Manoliu Manea, „Accusativus cum infinitivo“ dans les langues romanes (completive ou relative?), „Cahiers de linguistique théorique et appliquée“, VI, 1969, p. 125 tt. avec bibliographie. 261 le reflète directement30, et le fait que GD et les schémas dérivationnels de la phrase explicative soient communs montre que les deux constructions réalisent un contenu sémantique équivalent et découpé (segmenté) de manière identique. 3.3.2. Les constructions de type objet sont formées à partir de phrases dont l’objet de la première (matricielle) coïncide avec le sujet de la seconde (constitutive), cf.: je vois le père (le père est revenu) ⇒ je vois le père revenu. Ainsi, la relation entre ces phrases diffère de celle qui intervient dans la formation des constructions non objectales31. La règle de réécriture du syntagme nominal est ici NP→NS; elle indique que le syntagme nominal qui constitue la base de la construction comprend à la fois un objet nominal et une phrase. À partir des mêmes phrases de base, selon la même règle de dérivation, mais en appliquant une transformation différente, on peut former des phrases explicatives subordonnées avec ce qu’on appelle un sujet proleptique: je vois le père, qu’il est revenu. De telles phrases ne sont pas caractéristiques de la langue littéraire actuelle, mais elles se rencontrent souvent dans les dialectes et les anciens écrits, par exemple: nesa anus girdeia, jog g hie lieszuweis kalbeia VEE 782932. La forme externe de ces phrases est proche du schéma de structure interne des GD objectaux. Elles peuvent servir de synonymes aux GD, par exemple: Nesa kiekwienas girdeia | lieszuwiu sawa yūs kalbanczus VEE 84, cf. aussi: isz wido Egypczoniey ang žmona, jog buvo labey grėžy ChB (Reinh. 243) et regeia Egypsciakai aną Moterischkę, gražę sanczę BrB I Moz 12, 15 (sahen… das Weib | das sie fast schön war). 3.3.3. Dans les anciens écrits, les GD eux-mêmes ont parfois un sujet proleptique de l’action, exprimé dans la phrase par un accusatif dépendant du verbe. Tu connais bien tes hommes et tes gens, ces33 hommes robustes et au cœur farouche BrB II Sam 17,8 (das sie starck sind). Ils comprirent que Nikanoras était à Scharwo, et ils le frappèrent34, l’ayant abattu BrB II Mak 15,28. (kenneten sie Nicanor… das er auch erschlagen war)35. (Ptolémée) appela Alexandra, ayant fait tuer son frère et l’ayant laissé sans vie! BrB I Mak 11,11 (gab A. schuld | er hette jm nach dem Leben… gebracht). Si tu as confessé Jésus de ta bouche, l’ayant reconnu BrP II 11136. Les GD à sujet proleptique sont proches de constructions au datif avec participe telles que iam nuencziam, uszutekęio iam io Tarnai BrB Jon 4,51, voir LKK V, 10–11. La répétition du cas objet, qui indique le lien sémantique du constituant nominal du GD avec le verbe, souligne en même temps l’autonomie de la construction et son caractère phrastique. Les constructions de ce type sont également importantes en ce qu’elles mettent en évidence les anciennes relations entre les types objectal et non objectal. De la même manière que pour les verbes du groupe 1, 30 Pour l’interprétation sémantique de la structure interne, ou profonde, cf. Ch. J. Fillmore, The Case for Case, Universals in linguistic theory, 1968; J. D. McCawley, Concerning the Base Component of a Transformational grammar, dans: Foundations of Language, 4, 1968, p. 243–269. 31 Z. Harris explique de façon similaire la différence entre les constructions correspondantes de l’anglais comportant une forme verbale en -ing: il considère des énoncés tels que He saw the car stalling on the tracks (c’est-à-dire de type objectal) comme formés selon le schéma N₁ V₁ N₂ + N₂ V₂, et des énoncés tels que I remember the dog barking there (c’est-à-dire de type non objectal) selon le schéma N₁V₁ (N₂ V₂), cf. Z. S. Harris, Co-occurrence and Transformation in Linguistic Structure, The Structure of Language, 1964, p. 178–179. 32 Voir E. Fraenkel, Kas., p. 156 avec références, Pietk. p. 87. 33 Souligné, en haut: iós. 34 Souligné, a écrit: ghi drauge prapulusi. 35 De même BrB Jer 48, 30. 36 De même BrP II 24; cf. aussi BrB II Mak 4,1 avec pakalbėti, voir 2.1.2.3. 262 L’accusatif qui exprime le sujet proleptique de l’action participiale dépend parfois aussi du verbe de 2e groupe sakyti « dire », par ex.: Sakome išmintį Dievo paslaptų / anu vžusleptu SP II 20537. Cependant, on rencontre aussi fréquemment des phrases où le pronom corrélatif tatai souligne que c’est l’ensemble du syntagme nominal, et non son constituant nominal, qui dépend du verbe, par ex.: Jésus-Christ, né pour sauver le monde entier (79), fut annoncé le premier par le saint Ange venu du ciel BrP I 79–80. Il leur dit cela, à ses soldats qui étaient avec lui, en annonçant qu’une armée arrivait BrB II Mak 8, 12 (hielt er es seinen lüden fur… wie ein Heer komen würde). Selon leur structure interne, ces constructions ne sont pas de type objet. Le pronom corrélatif, qui indique la position syntaxique du GD dans la phrase, est maintenu ici exactement comme il l’est parfois dans les phrases explicatives, cf. apsakė tatai, kad jis užgimė38. L’autonomie du GD apparaît clairement également dans les exemples où le sujet de l’action participiale est exprimé dans la phrase par un syntagme prépositionnel régi par le verbe ou par un autre cas (non accusatif). Ces constructions sont elles aussi de type non objet, indépendamment de la valence et du sens du verbe. Ensuite, au sujet de ces sages, il faut savoir qu’ils n’étaient pas de la descendance des Juifs BrP I 153. Et il lui ordonna de proclamer qu’il était le troisième seigneur, le roi BrB Dan 5,29 (das er der dritte Herr sey)39. De cela, nous pouvons comprendre que ceux qui ont cru au Christ sont sauvés par lui… BrP II 387. C’est pourquoi, apprenons à être fidèles au Christ, lui qui peut nous sauver de cette détresse BrP II 45740. 3.3.4. La différence entre les structures internes des GD des deux types peut également être définie formellement selon la théorie de la dépendance, qui s’est récemment constituée en courant distinct de la grammaire générative41. La hiérarchie des composants de la structure interne d’un GD de type non objet et d’une phrase explicative s’exprime au moyen des mêmes règles de dépendance42: V (* N); N (* S); elles indiquent que la catégorie nominale (N) qui dépend du verbe (V) se réalise sous la forme d’une phrase (S). On peut établir les mêmes relations de dépendance dans la structure interne des constructions correspondantes et des phrases explicatives d’autres langues43. En revanche, la structure interne d’un GD de type objet devrait être représentée par les règles V (*N), N (* NS), qui indiquent que la catégorie N se réalise à la fois sous la forme d’un nom et d’une phrase. 37 de même SP II 1825. 38 Sur la structure des phrases explicatives avec des mots corrélatifs d’un point de vue transformationnel, voir l’auteur, « Baltistica » VIII (1), 1972, p. 38 sqq. 39 Voir aussi BrP II 238; BrB Iz 16,6; I Mak 8,1. 40 De même BrP I 92; voir aussi 2.1.3.2. avec žvalgytis BrB Job 35,5 et daboties MT 117s; voir aussi 2.1.3.4. avec skustis BrB II Mak 14,26. 41 Cf. D. G. Hays, Dependency Theory: a Formalism and some Observations, « Language » 40, № 4, (1964), p. 511–525; J. J. Robinson, A Dependency-based Transformational Grammar, dans: Actes du X Congress International des Linguistes, Bucarest, 1970, p. 807–813 42 Les règles sont formulées selon la notation de J. J. Robinson (J. J. Robinson, Dependency Structures and Transformational Rules, « Language », 46, № 2, 1970, p. 265–266), la catégorie T étant simplement remplacée par S pour faciliter la comparaison avec les règles de structure de phrase (phrase structure). Les traits marqués d’un astérisque désignent les éléments obligatoires. 43 Sur l’identité de la structure interne de l’acc. c. inf. français et de la phrase explicative du point de vue de la grammaire de dépendance, voir Б. Ю. Розенцвейг, Об одном типе синтаксической интерфе-ренции, сб.: Фонетика, фонология, грамматика к 70-летию А. А. Реформатского, М. 1971, p. 270–276; sur le rapport entre les constructions et phrases correspondantes en allemand selon la théorie de la valence (dont les principes généraux sont proches de ceux de la grammaire de dépendance), voir R. Große, Zum Verhältnis von Form und Inhalt bei der Valenz der deutschen Verben, dans: Beiträge zur Valenztheorie, Halle (Saale), 1971, p. 126–127. 263 3.3.5. La différence entre les GD objectifs et non objectifs ne se reflète pas toujours dans leur structure externe. Beaucoup de constructions comportant des verbes transitifs commentatifs des XVIe–XVIIe siècles sont, prises isolément, ambiguës, c’est-à-dire qu’elles peuvent être formées à partir de propositions entretenant des relations différentes, selon des règles de dérivation différentes. Par exemple, le GD regėjot ghy enti VEE 81 peut être formé à partir des propositions regėjot [tai] (jis eina) selon la règle NP→S, comme synonyme de regėjot, kad jis eina; d’autre part, il peut également être formé à partir de regėjot jį (jis eina) selon la règle NP→NS44. Les conditions de cette homonymie syntaxique des GD se sont constituées bien avant les débuts de l’écrit, lorsque les constructions objectales primitives se sont rapprochées des propositions explicatives de structure interne NP→S (d’abord sans conjonction, puis avec conjonction). Les GD étaient liés aux propositions explicatives par leur dépendance à l’égard des mêmes verbes transitifs. La relation entre le membre nominal et le membre participial des GD était également de même nature syntaxique que celle qui existe entre le sujet et le prédicat de la proposition subordonnée explicative. La principale différence de forme externe entre les deux constructions tenait au fait que, dans la construction GD, le nom ou le pronom exprimant le sujet secondaire de l’action était formellement déterminé par le verbe exprimant l’action principale, alors que, dans la proposition explicative, sa forme n’en dépendait pas. Dans ce dernier cas, c’est toute la proposition subordonnée qui était subordonnée au verbe. Cette différence n’empêchait toutefois pas l’emploi des deux constructions dans le même environnement, d’autant que, dans un premier temps, la dépendance de l’accusatif à l’égard du verbe était surtout de nature sémantique. Avec l’évolution de la nature du régime et la différenciation entre objet direct et objet indirect, dans les constructions comportant des verbes tels que mąstyti, žinoti, sakyti, tarti et autres (par exemple: anis tars, mus nog jų beganczius BrB I Joz 8,6), l’accusatif du pronom mus ne pouvait plus être considéré comme l’objet direct du verbe. Ces GD devaient soit disparaître, soit voir les relations syntaxiques entre leurs membres modifiées. La synonymie syntaxique avec les propositions explicatives a permis à de telles constructions de se maintenir et a même étendu leur emploi à d’autres verbes transitifs commentatifs, qui ne régissent pas l’accusatif mais peuvent introduire des propositions subordonnées explicatives. Devenu l’équivalent des propositions explicatives, le GD a également occupé les positions syntaxiques où celles-ci apparaissaient, mais où il ne pouvait auparavant se trouver. Plus il était fréquent et courant, plus ce processus analogique devenait manifeste. Comme nous l’avons vu, aux XVIe–XVIIe siècles, il était le plus avancé dans la langue des auteurs qui recouraient le plus largement au GD. Avec la diffusion des GD de type non objectif, les constructions comportant des verbes transitifs commentatifs du groupe 1 (matyti, girdėti, pastebėti, jausti, rasti et autres) ont elles aussi commencé à être employées comme équivalents de propositions explicatives ayant une structure interne de type NP→S. Dans ces cas, l’accusatif du nom ou du pronom, qui avait la forme d’un constituant dépendant de la proposition, représentait également le sujet de la proposition constitutive. Comme l’emploi objectal de ces constructions s’était maintenu parallèlement, elles sont devenues syntaxiquement homonymes. Dans les textes anciens, le type de beaucoup d’entre elles ne peut être déterminé qu’à partir du sens lexical de leurs membres et du contexte. La contradiction entre une structure interne différente et une structure externe identique rendait la forme grammaticale de la construction instable et favorisait son évolution ultérieure. 44 Pour les deux interprétations possibles des constructions anglaises correspondantes en -ing, cf. N. Chomsky, Current Issues in Linguistic Theory, dans: The Structure of Language, p. 73; A Transformational Approach to Syntax, ibid., p. 238–239. 264 4. Caractéristiques de l’évolution ultérieure de l’accusatif avec participe L’examen de la structure et de l’emploi du GD en vieux lituanien montre que les deux principaux types de cette construction — objectif et non objectif — se distinguent l’un de l’autre, dès les débuts de l’écrit, par leur structure interne et par leurs relations de synonymie avec d’autres constructions. Cette différence ressort souvent des caractéristiques lexicales et syntaxiques des membres du GD. Comme on l’a déjà indiqué, les constructions objectives ne sont formées que par des verbes transitifs capables de régir l’accusatif de mots concrets et abstraits. En revanche, les constructions non objectives peuvent être formées par tous les verbes commentatifs, indépendamment du régime casuel, et souvent aussi par des formes négatives de verbes transitifs qui, par ailleurs, régissent le génitif. L’expression du membre participial et du membre nominal diffère également. Par exemple, seules les constructions non objectives comportent des copules participiales ou des pronoms réfléchis occupant la position du membre nominal. Cependant, du point de vue de la forme morphologique de leurs membres principaux, la majorité des GD des deux types coïncident au début de la tradition écrite. La différenciation ultérieure de ces types peut déjà être observée au cours de la période de la tradition écrite. 4.1. Constructions non objectives 4.1.1. L’évolution ultérieure des constructions non objectives a été fortement influencée par leur synonymie avec les propositions explicatives en expansion. Le participe, devenu l’équivalent du verbe qui apparaît dans la proposition subordonnée explicative, a perdu la motivation syntaxique de sa forme accusative. L’emploi intensif du GD de type non objectif en vieux lituanien a accentué encore davantage la contradiction entre l’ancienne forme casuelle nominale du participe et sa nouvelle fonction de prédicat verbal. Tout cela a créé des conditions favorables à l’implantation des formes de participe invariables, les gérondifs. Le gérondif s’est introduit dans le GD comme un moyen déjà constitué d’exprimer une action secondaire accomplie par un autre agent (ou spontanée). La diffusion progressive des gérondifs aux XVIe–XVIIe siècles a été étudiée séparément¹; nous ne l’examinerons donc pas ici. Il faut seulement noter que, dans certains textes du XVIe siècle, notamment chez J. Bretkūnas, on peut encore discerner les premières étapes de cette diffusion: les gérondifs ne se rencontrent généralement qu’avec des adjectifs et des pronoms neutres (par exemple: regesit tātai prassidėdant BrP I 15₁₀; isch̄tirsíu… ger essant BrB I Sam 20, 12), supplantant les anciennes formes de participe neutres (cf.: tikra tariu esą BrB II Petr 1, 13), ou s’emploient dans des constructions sans premier accusatif (gird kẽikent BrB Pat 29, 24); parfois, ils remplissent aussi la fonction de copule verbale dans d’autres cas (par exemple: rassi tikrai tiesą sant BrB Moz 17, 4). La diffusion ultérieure des gérondifs a été très rapide: dans les textes du XVIe siècle, ils ne se trouvent que dans 3,4% de tous les GD, tandis qu’au XVIIe siècle, ils en représentent déjà 38%. Aux XVIIIe–XIXe siècles, la forme du gérondif devient la forme principale et prédominante dans les constructions non objectives. Les constructions non objectives avec des participes fléchis disparaissent progressivement, cédant la place aux GD avec gérondifs, aux propositions relatives et à d’autres moyens syntaxiques. 4.1.2. Le recul des constructions non objectives avec des participes fléchis et l’implantation des gérondifs apparaissent clairement lorsqu’on compare des textes de différentes périodes traduits à partir des mêmes originaux ou d’originaux similaires. Par exemple, dans de nombreux passages où J. Bretkūnas emploie des GD avec des participes fléchis, la traduction du Nouveau Testament de Bytner, parue en 1701, 1 Voir l’auteur, Galininkas su padalyviu senuosiuose lietuvių kalbos paminkluose, « Baltistica », IV(2), 1968, p. 195–209 avec bibliographie. 265 … ou dans la Bible de L. J. Rėza de 1824, on trouve déjà les constructions correspondantes avec gérondif (voir tableau 3). Cf.: A jus ką mane šatin sakat? BrB Luc 9, 20 – ką manę ésant šákote Bt – ką šákot, manę ésant RB (Vos autem quem me esse dicitis? Wer saget jr aber das ich sey?)². Šinom, ghi mus klausanti BrB I Jean 5, 15 – žinom, ji mus klausant RB – žinome | jog klauso mus Bt (Wir wissen | das er vns höret; scimus quia audit nos). Tureio nekurįs Klausimus... ape vieną... kurį Powilas sake giwenantį. BrB Actes 25, 19 – kurį ésant gijwą... sake Bt – sake gywą ésantį RB (Paulus sagete | er lebete; quem affirmabat Paulus vivere). Bet tare Brolus io numananczus BrB Actes 7, 25 – dumojo savo brolus iszmanysent RB – tárres | jog Brolei... turetu izmanyjit Bt (Er meinet aber seine Brüder soltens vernemen. Existimabat autem intelligere fratres³). Girdejot, ghi sirgusi BrB Philippiens 2, 26 – išgirde sergant ji Bt – girdėje, ji sirgusi RB (gehöret hattet | das er kranck war gewesen; audieratis illum infirmatum). Sur les 102 constructions non objectales avec participe employées par J. Bretkūnas, 10 ont été remplacées dans la traduction de S. Bytner, et 20 dans la Bible de L. J. Rėza. Plus encore que les constructions avec gérondif, les propositions explicatives écartent de l’usage le GD non objectal avec des participes fléchis. L’importance croissante de leur rôle est particulièrement manifeste dans le Nouveau Testament de S. Bytner, où les propositions explicatives introduites par jog (occasionnellement par kad) remplacent plus de la moitié de tous les GD employés par J. Bretkūnas. Certains GD, par exemple ceux avec norėti, ne sont pas remplacés par des constructions avec gérondif, mais disparaissent tout simplement; ils sont alors remplacés par des groupes de mots avec infinitif, par ex.: Kaip ghis ghi naretų wadinamą BrB Luc 1, 62 – kaip jis norėtų jį vadint Bt – norėtų praminti RB (quem vellet vocari eum; wie er jn wolt heissen lassen). De même, les GD avec un pronom personnel ou réfléchi désignant le même agent que celui de l’action verbale cèdent la place non pas à des constructions avec gérondif, mais au nominatif avec participe (nominativus cum participio). Kurie sakos, sawe Židus sanctius BrB Apocalypse 3, 9 – kurie šákos Žydaís esą Bt – kurrie sakos, esą Žydai RB (die da sagen | sie sind Juden; dicunt se Judaeos esse). Priesziniks... radidomasi sawe diewu santi4 BrB II Thessaloniciens 2, 4 – rodidamasis Diewu esąs Bt – sakosi, Diewu ésąs RB (gibt sich für | er sey Gott; tamquam sit Deus). 4.1.3. Avec la diffusion des propositions explicatives subordonnées et d’autres constructions synonymes, le domaine d’emploi du GD non objectal se restreint globalement aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Ainsi, dans la traduction du Nouveau Testament de S. Bytner publiée en 1701, le GD de type non objectal avec des participes fléchis n’est conservé que dans 5 des 102 passages où J. Bretkūnas l’employait; les GD non objectaux (avec participes et participes adverbiaux) ne représentent qu’environ 15% des équivalents du GD de J. Bretkūnas. Des données similaires ont été obtenues en comparant la traduction de J. Bretkūnas avec le « Nouveau Testament » de J. A. Giedraitis, publié en 1816. 2 De même, Marc 8, 27; Luc 9, 18. 3 Cf. également Luc 5, 24; 20, 6; Rom 3, 8; I Cor 14, 23; II Cor 8, 22; 12, 19, Rom 4, 18. 4 sawe ir santi souligné, à côté – essans. 266 J. Bretkūno pavartotų GD atitikmenys S. Bytnerio (1701) ir L. J. Rėzos (1824) Naujojo testamento vertimuose Tableau 3 Bt 1701 RB 1824 Non objectaux Objectaux Non objectaux Objectaux Accusatif avec participe 5 149 33 160 Accusatif avec participe adverbial 10 6 20 11 Proposition subordonnée 68 14 20 5 Autres constructions 19 12 29 5 Le type non objectal du GD s’est beaucoup mieux maintenu dans la Bible de J. L. Rėza de 1824, où les constructions participiales et participiales adverbiales représentent environ 50% des équivalents du GD employés par J. Bretkūnas. En outre, dans la Bible de Rėza, le GD apparaît souvent aussi dans des passages où J. Bretkūnas recourait à d’autres moyens syntaxiques. Par exemple, dans les seuls Actes des Apôtres, on trouve ici 36 GD non objectaux avec participes et 13 avec participes adverbiaux, c’est-à-dire même davantage que dans la traduction de J. Bretkūnas. Il est toutefois très douteux qu’une telle abondance de constructions non objectales avec des participes fléchis reflète les tendances de la langue parlée de l’époque. Dans les œuvres de K. Donelaitis, écrites dans un dialecte où le GD devait être très répandu, on observe une situation tout à fait différente: dans les constructions non objectales, seuls des participes adverbiaux sont employés. Il semble que l’emploi des participes fléchis dans les écrits religieux du XIXᵉ siècle ait été maintenu par la tradition littéraire, qui entravait particulièrement les changements dans la langue des textes sacrés. Le GD avec des participes fléchis, courant dans la littérature ancienne, devait alors déjà avoir une coloration archaïque, exploitée à des fins stylistiques. Le souci d’expliquer les moyens linguistiques propres aux anciens écrits permet en partie d’expliquer l’emploi plus fréquent du GD avec des participes fléchis dans l’œuvre de S. Daukantas, qui regorge par ailleurs de procédés syntaxiques traditionnels (cf. les participes fléchis au datif absolu, voir LKK V 61); toutefois, dans la plupart des constructions non objectales, on trouve là aussi des participes adverbiaux. Le fait que le GD non objectal avec des participes fléchis était déjà rare dans la langue parlée au XIXᵉ siècle, et qu’il avait même entièrement disparu dans de nombreux endroits, ressort des écrits d’auteurs plus proches de la langue populaire, tels que M. Valančius, A. Baranauskas, A. Strazdas, S. Stanevičius, entre autres, ainsi que des récits de tradition orale recueillis à l’époque (la tradition orale chantée a bien mieux conservé le GD avec des participes fléchis, en raison de ses caractéristiques métriques et rythmiques). À partir de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ, lorsque la langue littéraire s’ancre solidement dans la langue populaire, les constructions non objectales avec des participes fléchis sortent de l’usage courant. Elles sont étrangères à la langue littéraire actuelle et ne sont employées qu’occasionnellement dans la littérature de fiction comme archaïsmes à valeur stylistique5. 4.1.4. Dans la langue contemporaine, les verbes des mêmes groupes valenciels occupent les positions principales des constructions non objectales avec des converbes (parfois aussi d’autres mo- 5 Cf. C’est peut-être pourquoi, depuis longtemps, quand Gigi­s était encore jeune, tous le croyaient être un sorcier KrėvRg 85; voir aussi LTSR MA, Lietuvių kalbos gramatika, II, Vilnius, 1971, p. 363. 267 ts), lesquels formaient aux XVIe–XVIIe siècles les constructions correspondantes avec des participes déclinés. Parmi eux, les plus couramment employés sont les suivants: Verbes du 1er groupe voir, remarquer, entendre, ouïr, écouter, sentir, ressentir, trouver, montrer, soupçonner, qui, dans d’autres cas, forment également des constructions objectales, par exemple: Le conseiller voyait son travail être entièrement vain BsRP 84. J’ai remarqué que l’horloge avait sonné tout à fait hors de l’heure CvR III 234. J’entends ta petite amie avoir bu avec un autre Nm. Le père, ayant appris qu’il prenait une ouvrière, accourra probablement CvR III 41. Andrius écoute l’Allemande répéter des mots qu’il ne comprend pas CvR IX 179. Comment sentait-il que son père agirait? LKŽ IV 318. Kastis sentit ses yeux se remplir de larmes ŠRagR III 21. (Le jeune homme) découvrit que tout partait en fumée BsMt II 207. Cela montre que ces motifs sont très anciens (trš). Comment peux-tu me soupçonner d’être ici une égoïste! ŠRagR III 236. Verbes du 2e groupe savoir, comprendre, penser, croire; dire, parler, affirmer, annoncer, qui, dans le GD avec des participes déclinés, ne forment désormais plus du tout de telles constructions dans la langue contemporaine. Pour qu’il sache que l’aube se lève JD I 201. Il comprit que son père avait obtenu un prêt PaukšK 55. Kastis pensait qu’elle dormait ŠRagR III 124.⁴ Je n’aurais pas cru que Cipras soit resté ainsi pendant ces quelques années. ŽemR II 118. Que les hommes disent donc que les femmes ne savent pas gagner d’argent VaižgRR II 1689. Les gens disaient que le voisin avait vendu sa vache Krs. La fille confirma que son père était rentré presque au même moment (trš.). Le majordome arrive et annonce qu’un homme est venu pour une affaire ŠRagR II 102. Avec les verbes pronominaux du 3e groupe convenir, espérer, les constructions avec converbe sont très rares; avec se vanter, se réjouir, se plaindre, apprendre, etc., elles ne sont plus du tout employées. Elles sont toutefois assez fréquemment associées à un infinitif faisant fonction de prédicat, par exemple: On entendait aiguiser les faux CvR III 190. De là, on voyait qu’elle était une excellente ménagère Sln. Et les jeunes Vidmantas commencèrent à croire que leur père était coupable VaižgR VII 40. Les constructions avec converbe occupent ici la position du nominatif et correspondent, à cet égard, au GD des anciens écrits après les mots du 4e groupe. En raison de leur lien étroit avec le nominatif sujet, leur membre nominal prend parfois lui-même la forme de ce cas, par exemple: on voit un grand navire en train de se faire laver SimonVK I 206⁶ (cf. on voit le navire). Elles occupent la position du nominatif sujet également avec des adjectifs prédicatifs au neutre, des participes passifs et certains verbes (sembler, s’avérer, se révéler, etc.), par exemple: Il était clair qu’un orage de grêle approchait MPs 43. On ne remarquait pas encore… qu’elle était devenue une vieille femme VaižgRR I 134–135. Ce n’est pas sans raison qu’on dit le renard rusé VaižgRR II 173. L’invitée pense qu’aucun cuisinier au monde ne saurait le deviner… VaižgRR 118. Il s’ensuit qu’il y avait deux prêtres LT I 345. Ainsi, en lituanien contemporain, on trouve l’accusatif avec converbe dans les mêmes circonstances que les constructions non objectales avec participes dans les textes des XVIe–XVIIe siècles. Toutefois, l’emploi de l’accusatif avec converbe de type non objectal est aujourd’hui beaucoup plus restreint. Dans les cas correspondants, les propositions explicatives synonymes sont utilisées bien plus fréquemment que dans la langue ancienne. 4.1.5. L’implantation du converbe dans le GD fait partie d’un processus plus général de différenciation entre les participes attributifs et semi-prédicatifs, qui s’est manifesté également dans d’autres constructions avec des cas indirects. Pour des raisons analogues, mais beaucoup plus tôt, le datif du radical préfixal des participes déclinés s’est figé dans le datif absolu- 6 Voir au même endroit, p. 395. 268 dans la construction, contribuant ainsi à l’émergence de la catégorie même du gérondif⁷. De même que dans GD, le gérondif a également pénétré dans les constructions au génitif avec participe, cf.: niekur nepatyrė jos esant Jrk 112⁸. On observe aussi, dans de nombreuses autres langues apparentées, un essor comparable des participes invariables (dits gérondifs, absolus, etc.) au détriment des participes semi-prédicatifs. Le letton est allé encore plus loin dans cette évolution: les formes des participes présents invariables en -m s’y sont également figées et sont largement employées dans les constructions GD (cf. neredz saules uzlecam⁹). Dans les langues slaves, les formes participiales invariables de GD sont attestées dès les plus anciens monuments (cf. s. sl. vidiši učenika predaješte Supr 408)¹⁰, mais leur généralisation définitive a été empêchée par le déclin même des constructions non objectives et leur remplacement par des propositions explicatives. L’emploi en lituanien de l’accusativus cum infinitivo latin, dans un sens proche de l’accusatif avec gérondif, qui a orienté la formation de constructions correspondantes dans les langues romanes et, en partie, germaniques, n’est probablement pas non plus originel et peut s’expliquer par la généralisation de l’infinitif au détriment des formes plus anciennes du participe à l’accusatif¹¹. 4.1.6. Dans l’évolution de la langue lituanienne, on observe également des tendances à une transformation ultérieure des relations syntaxiques de GD. Avec la généralisation du gérondif au lieu du participe à l’accusatif, la dépendance de P à l’égard de N, marquée par l’accord, s’est complètement effacée dans les constructions non objectives. Le gérondif, remplissant la même fonction que le verbe dans la proposition subordonnée explicative, est devenu le noyau du syntagme NP, représentant ses relations syntaxiques avec V. Sa forme invariable lui a aussi permis d’être employé sans nom ni pronom à l’accusatif (ou au génitif). En ancien lituanien, les constructions impersonnelles et les autres constructions apparentées sans N ont constitué l’un des premiers foyers de diffusion du gérondif dans GD; dans les monuments linguistiques des XVIe–XVIIe siècles, elles représentent 14,1% de toutes les constructions avec gérondif, et dans les écrits de J. Bretkūnas, où cette diffusion ne fait que commencer, pas moins d’environ 65%. Dans la langue actuelle, les constructions avec gérondif sans accusatif s’emploient dans des énoncés impersonnels, mais aussi personnels indéfinis, elliptiques, etc., par exemple: J’ai compris qu’il était nécessaire de se rendre à la gare ValPJ 29. J’ai senti qu’il pleuvait Grž. Ensuite, j’ai entendu quelqu’un parler à côté ŽemR II 52. J’ai vu des gens se battre Sk. Je vois pousser et verdir le petit jardin près du perron KlvD 32¹². En l’absence d’un nom ou d’un pronom à l’accusatif, le gérondif lui-même occupe dans ces cas la position du cas objet, cf.: Paėjęs galelį, jis išgirdo šnypštelėjus nosimi, paskum kostelėjus, o netrukus ir išgąstingą balsą CvR III 61. Le nom ou le pronom à l’accusatif, devenu syntaxiquement superflu, est alors considéré comme dépendant du gérondif. Cette dépendance de N à l’égard de P ressort le plus nettement dans les constructions avec des gérondifs négatifs qui, comme les verbes, régissent la forme au génitif de N, par exemple: ⁷ Pour plus de détails, voir LKK V 15 sq. ⁸ Voir J. Jablonskis, Rinktiniai raštai, I, p. 473—474; E. Fraenkel, Kas., p. 84 sq.; LTSR MA, Lietuvių kalbos gramatika, II, Vilnius, p. 363, 395. ⁹ J. Endzelins, Latviešu valodas gramatika, Rīgā, 1951, p. 1001 — 1002; LPSR ZA, Mūsdienu latviešu literārās valodas gramatika, I, Rīgā, 1959, p. 664. ¹⁰ W. Vondrák, Vergleichende Slavische Grammatik, ² II, 407. ¹¹ Cf. A. Hahn, Genesis of the Infinitive with Subject-Accusative, TAPA, 81 (1950), p. 117 sq. ¹² Žr. dar J. Balkevičius, Dabartinės lietuvių kalbos sintaksė, V., 1963, p. 195; LTSR MA, Lietuvių kalbos gramatika, V., 1971, p. 395—396. 269 Dans les maisons où l’on respecte cette coutume, on dit qu’il n’y a pas de puces pendant toute l’année MLLG II 179. Le pêcheur, voyant qu’il n’y aurait pas de justice, fit comme le petit Allemand l’avait souhaité MLLG I 360 (Š). (cf.: vous l’avez vu ne pas être un travailleur de la terre VaižgRR I 443). De telles constructions apparaissent dès les anciens écrits, par exemple: les apostats... entre les Sacrements... aucune séparation n’existant / mais une seule voie étant établie MT 120₁₆. Contrairement aux constructions correspondantes avec des participes, par exemple: tu sais qu’aucun de nous ne subsiste BrB I Kar 5, 6 (voir 2.2. 3. 4.), il n’existe plus ici de lien syntaxique réciproque explicite entre N et P: seule la forme de N dépend du gérondif, et non l’inverse¹³. On observe des rapports similaires dans les constructions où le gérondif est accompagné d’un génitif partitif, par exemple: On devinait qu’il y avait dans son âme quelque inquiétude VaižgRR I 128. Au début, nous pensions, nous aussi, qu’il y aurait de ces innocentes plaisanteries VaižgRR II 151. De maison en maison, on voit des groupes de personnes avancer CvR IX 110. Les constructions du type examiné ici montrent la formation d’un modèle de relations syntaxiques du GD de type non objectal: (5) V → P → N 4.2. Constructions objectives 4.2.1. Pour l’évolution des constructions objectives, le rapport avec les propositions complétives a eu une importance bien moindre, car les propositions complétives qui leur sont synonymes et comportent un sujet proleptique (cf.: je vois mon père revenir et je vois mon père, qu’il revient, voir 3.3.2.) sont relativement rares et sont désormais tout à fait inhabituelles dans la langue littéraire. Dans ces constructions, le rapport de rection casuelle entre V et N a été maintenu. Avec le renforcement de la cohésion de la phrase et de la dépendance de ses différentes parties à l’égard du verbe, le membre participial du GD a lui aussi été directement subordonné à ce dernier, voir 2.1.5.(4). Ce modèle de relations syntaxiques du GD objectal, que l’on trouve déjà dans les écrits les plus anciens, est demeuré essentiellement inchangé en lituanien contemporain. Cependant, avec la séparation formelle du GD non objectal, le GD de type objectal comportant des participes fléchis s’est encore davantage rapproché des constructions correspondantes qui dépendent de verbes dépourvus de rection phrastique, c’est-à-dire de verbes non commentables; le participe à l’accusatif y a lui-même acquis un sens qualitatif plus net. En lituanien contemporain, les constructions objectives avec des participes fléchis sont le plus souvent formées par les verbes commentables de perception physique suivants, appartenant au groupe 1: voir, apercevoir, découvrir, entendre, ouïr, remarquer, sentir, ressentir, trouver, par exemple: Je le voyais se mêler à un groupe de personnes plus âgées Maš AMB 78. Nous voyons la chose des moutons perdue VaižgRR II 158. Et lorsqu’il aperçut au loin une petite flamme qui brillait, il se mit à courir dans cette direction LTR. Tu entendras seulement la forêt bruire JD II 551. Il entendit la petite abeille arriver en volant. Vrn. Ma mère me remarqua tremblante SimonOBT 158–159. 13 Dans les anciens écrits, on trouve aussi des cas de transition où, du même verbe, dépendent une construction avec un participe au génitif et une construction avec un gérondif, cf.: S. Powilas... dit qu’il n’y a aucune création et qu’il ne peut y en avoir (powiada że niemasz stworzenia / y że byc nie może) SP II 114₆. Car il voit que leur puissance a disparu, et que tout est fermé et abandonné, qu’il n’y a plus rien BrB V Moz 32, 36 (wird ansehen / das jre Macht dahin ist / vnd beide das verschlossen vnd verlassen weg ist). 270 Comme si je pressentais quelque malheur imminent… ŽemR IV 474. Les gens trouvèrent Gugė gelé KrevRg 25414. Parmi les verbes non commentatifs dans les constructions objectives, le constituant principal est le plus souvent laisser, rencontrer, surprendre, tenir, avoir, mener, porter, transporter, jeter, garder, déposer, prendre, soulever, etc., par exemple: Jasiulis… laissa Marelė en train de pousser de profonds soupirs JD III 1210. Le maître… l’attrapait alors qu’elle n’était pas encore sortie de la cour CvR II 59. Pi menú garda les chevaux attachés toute la nuit. LKŽ VII 37. Purvinas la ramena chez lui, épuisée au plus haut point SimonoOBT 70. Tesaaugo nous observe pendant que nous dormons Šd (MLLG IV 45). Ne pouvant nourrir l’enfant, la fille la déposa enveloppée au bord de la route CvR III 14. Dans ces constructions, l’accusatif du participe indique avant tout la présence d’une caractéristique donnée de l’objet au moment de l’action verbale15. Ainsi, c’est ici le sens qualitatif, adjectival, du participe qui prédomine; comparer: je l’ai trouvé fatigué | en colère, ou elle l’a fait sortir sans être habillée | nue. D’autre part, dans les constructions objectives où prédominait le sens verbal du participe, les gérondifs se sont répandus dès la période de la tradition écrite. 4.2.2.Les données des textes anciens permettent de penser que le gérondif n’a commencé à pénétrer dans les constructions objectives qu’après s’être déjà implanté dans les constructions non objectives (impersonnelles) ou avec des pronoms neutres. J. Bretkūnas ne forme des constructions objectives qu’avec des participes déclinés; à de rares exceptions près, on peut en dire autant de M. Daukša, B. Vilentas et S. Vaišnoras. Cependant, dans les écrits du XVIIe siècle (par exemple, les « Punktai » de K. Sirvydas), on trouve déjà fréquemment des gérondifs dans les constructions objectives; cet emploi apparaît tout particulièrement dans la Bible de B. Chylinskis. Dans les écrits de K. Donelaitis, comme dans la langue actuelle16, les gérondifs prédominent et s’emploient librement avec l’accusatif régi par les verbes voir, entendre, apprendre, sentir, etc., par exemple: nous les voyons tous revenir en pleine forme en été DnR 42; entendant les carrosses brillants rouler 28; il entendait les paysans changer 46; n’ayons pas peur d’entendre les intempéries gronder 31; en été, avec les journées chaudes, nous sentons qu’elles reviennent 30. Comme les constructions objectives avec les verbes commentatifs et non commentatifs sont formées selon le même modèle de relations syntaxiques, le gérondif a également commencé à pénétrer dans ces dernières, surtout avec des verbes de sens proche. Par exemple, après la généralisation des gérondifs dans les constructions avec rasti (« trouver »), les conditions étaient réunies pour employer le gérondif dans des énoncés correspondants avec un synonyme non commentatif de ce verbe, užklupti (« surprendre ») (par ex.: les soucis m’ont souvent surpris en plein travail DnR 79), ou avec son antonyme partiel palikti (« laisser ») (par ex.: je les ai laissés en train de répandre une puanteur DnR 132). Dans la langue actuelle, on trouve le plus souvent des gérondifs dans les constructions avec les verbes non commentatifs laisser, rencontrer, tomber sur, rattraper, saisir sur le fait, attraper, prendre sur le fait, empoigner, etc. Ces filles… laissèrent leur sauveur dormir d’un profond sommeil BsMt I 186. Elles rencontrèrent un homme qui arrivait à cheval BsV 299. Et elle surprit cet enfant en train de ramasser des plumes BsMt I 68. Et ce loup, après s’être échappé, rattrapa ce fou qui roulait LB 242. Peut-être allons-nous attraper… 14 Voir aussi J. Jablonskis, op. cit.; p. 472 et suiv.; 614–615; J. Balkevičius, op. cit., p. 193 et suiv.; LTSR MA, Lietuvių kalbos gramatika, II, p. 362–363; même ouvrage, au sujet des constructions correspondantes avec le génitif, p. 363–364. 15 Comparer A. Valeckienė, Predikatyvinis pažyminys kaip atskira sakinio dalis, LKK IX, p. 99 et note 13. 16 Voir J. Jablonskis, op. cit., p. 321–322, 472; J. Balkevičius, op. cit., p. 193 et suiv.; LTSR MA, Lietuvių kalbos gramatika, I, p. 392 et suiv. 271 ce voleur en train de voler J (LKŽ II 115) Gyrūnas s’emporte quand on le surprend en train de mentir KrėvP III 11. Un jour, son père l’attrapa dans le jardin en train d’arracher des navets LzPR II 138. Il le saisit en train de mentir Upt. Comme nous le voyons, les constructions au gérondif ne se forment pas avec tous les verbes susceptibles de servir de noyau aux constructions participiales correspondantes, mais seulement avec ceux qui sont sémantiquement liés aux verbes commentatifs. En revanche, les verbes commentatifs du groupe 1 exprimant une perception physique peuvent régir aussi bien des constructions participiales que des constructions au gérondif. Toutefois, leur sens n’est pas tout à fait identique. Lorsque l’objet de la perception est l’action elle-même, on emploie généralement des constructions au gérondif, tandis que lorsque c’est une propriété, on emploie des constructions participiales (ou adjectivales). K. Donelaitis distingue déjà clairement le sens des deux constructions, cf.: mais d’autres, parmi eux… roulèrent en faisant des culbutes et, alors qu’ils titubaient dans la cour, trouvèrent le fou DnR 99 et ils trouvèrent la litière entièrement trempée partout 22. Dans les constructions du lituanien contemporain avec un gérondif, le membre dépendant a également surtout une valeur verbale, tandis que dans celles avec un participe, il a surtout une valeur adjectivale, cf.: j’ai vu mon frère revenir KlvD 138 et la femme… vit l’homme arriver CvR IX 114. Ainsi, les constructions objectales avec des gérondifs se rapprochent, par leur sens, des constructions non objectales correspondantes (cf. 4.1.4.). Le processus de différenciation sémantique des constructions objectales est loin d’être achevé et, dans bien des cas, le gérondif et l’accusatif du participe peuvent ici alterner avec une différence de sens minime. 4.2.3. On observe une différenciation similaire des constructions correspondantes dans d’autres langues indo-européennes. En latin, l’accusativus cum participio et l’accusativus cum infinitivo après des verbes de perception physique tels que video, audio, etc., par exemple: eum audivi cane-u tem / canere ou eum vidi ingredientem / ingredi17, diffèrent presque par la même nuance de sens que le lituanien girdžiu jį dainuojantį / dainuojant arba matau jį įeinant / įeinantį. Une différence similaire entre les constructions à l’accusatif avec une forme en -ing (proche de nos participes) et celles avec un infinitif s’est également développée en anglais18. 4.3. Il ressort de l’examen de l’accusativus cum participio que les relations syntaxiques entre ses membres ont évolué dans la même direction que celles des autres constructions participiales comportant des cas obliques. Ces changements ont été principalement déterminés par les tendances générales suivantes de l’évolution du système syntaxique: a) la subordination progressive des constructions semi-prédicatives au verbe, liée à une cohésion et à une unité croissantes de la phrase; b) le renforcement du régime verbal et la distinction entre les constructions régies et celles simplement juxtaposées; c) la différenciation des formes exprimant des relations semi-prédicatives et attributives. Reçu 12 mars 1973 17 Voir O. Riemann, Syntaxe latine d’après les principes de la grammaire historique, Paris, 1927, p. 536. Cf. également la différence de sens entre l’infinitif et le participe dans les écrits de Plaute, signalée par A. Hahn: l’infinitif signifie « percevoir que », tandis que le participe signifie « percevoir quelqu’un en train de faire quelque chose ». Voir A. Hahn, Genesis of the Infinitive with Subject-Accusative, TAPA, 81 (1950), p. 125. 18 Cf. K. Yamakawa, The Two Constructions: ”Accusative and Participle“ and ”Genetive and Gerund“, ”Annals of the Hitotsubashi Academy“, Tokyo, 1957, V. 8, № 1, p. 44—45, 47, 62. 272 В. АМБРАЗАС STRUCTURE ET EMPLOI DE L’ACCUSATIF AVEC PARTICIPE (ACCUSATIVUS CUM PARTICIPIO) EN ANCIEN LITUANIEN Résumé Le fondement structurel et génétique de l’accusatif avec participe (ci-après AP) réside dans les constructions à double accusatif, dans lesquelles le premier accusatif, celui d’un nom ou d’un pronom, dépend directement du verbe, tandis que le second accusatif, celui d’un nom, d’un pronom ou d’un participe, entretient avec le premier une relation semi-prédicative, par exemple: Kat sakei ie tawa Seser? BrB I Moz 12, 19. Parmi toutes les variantes du double accusatif, l’AP s’est le plus largement répandu en ancien lituanien et a suivi une voie de développement particulière. Les vestiges de l’accusatif sans préposition au sens d’objet indirect avec les verbes kalbėti, sakyti, byloti, skelbti, rašyti, girdėti, klausyti, žinoti, mąstyti dans les textes des XVIe–XVIIe siècles (par ex.: kalbame išzminti ChB I Kor 2, 6; girdeiom… darbus BrP I 231) confirment l’hypothèse d’A. A. Potebnja et d’E. Tangl selon laquelle le constituant nominal (N) de la construction dépendait à l’origine du verbe (V), et permettent de reconstituer un modèle primaire unique des relations syntaxiques de l’AP: V→N←→P. Ce modèle est motivé par certaines particularités anciennes de la phrase indo-européenne: le caractère sémantique du lien entre les formes casuelles et le verbe, l’emploi plus libre de constructions appositives proches de la phrase, et la fonction de prédicat secondaire propre aux formes participiales d’origine nominale. Dans cette étude, l’analyse de la forme syntaxique et de l’emploi de l’accusatif avec participe repose sur presque tous les textes anciens lituaniens des XVIe–XVIIe siècles actuellement accessibles. Pour la classification et la caractérisation statistique des verbes qui constituent le composant principal de l’AP, voir les tableaux 1 et 2. Près de la moitié des AP dans les textes anciens lituaniens sont formés avec des verbes régissant un accusatif d’objet, à valeur concrète comme abstraite. Il s’agit de verbes de perception physique matyti, regėti, veizdėti, išvysti, girdėti, išgirsti, klausyti, jausti, pajusti, rasti et autres, de verbes de désignation rodyti, ženklinti ainsi que de certains verbes d’activité intellectuelle: pažinti, atminti, laikyti. La plupart d’entre eux ont encore conservé un lien direct d’objet avec le constituant nominal de l’AP. Cependant, dans près de 41% de ces tours, l’accusatif du nom ou du pronom ne peut déjà plus être considéré comme l’objet direct du verbe. Dans ces cas, les verbes de perception physique mentionnés sont employés avec leur sens historiquement secondaire de perception intellectuelle. Les AP avec des verbes d’activité intellectuelle, qui ne régissent généralement que des objets abstraits, sont également très répandus: žinoti, suprasti, manyti, mąstyti, dingoti, sapnuoti, tikėti, nulemti et autres. Le lien direct d’objet entre le verbe et l’accusatif du nom ou du pronom ne se rencontre ici que dans des cas relativement rares, de caractère archaïque. 18. 520 273 Dans les textes les plus anciens, la dépendance directe du premier accusatif (N) à l’égard du verbe est souvent remplacée par le régime phrastique de la construction dans son ensemble; l’AP se trouve ainsi lié à des verbes qui ne peuvent pas, et n’ont apparemment jamais pu, régir l’accusatif, par exemple aux verbes pronominaux exprimant une supposition tikėtis, tartis (palaima padetą tikis DP 596), aux verbes impersonnels exprimant un état rodytis, regėtis, rastis (regissi [iums] mane walgantį BrB Tob 12, 19) et autres. Dans les textes anciens lituaniens, l’AP dépend aussi d’un participe neutre en fonction prédicative, par exemple žinoma, giedama, rašoma, kalbama, randama… sakyta, parašyta, regėtina (yra, buvo), et, dans certains cas, même de noms garsas, stebuklas, nusitikėjimas, sententencija, dimos, gromata. L’emploi fréquent d’une copule participiale (par ex.: kosznas tare, diena sancze BrP 337) témoigne également de l’évolution des relations syntaxiques, que l’on peut représenter par le schéma V→(N←—→P). Sous l’effet de la centralisation de la phrase, l’évolution des relations syntaxiques s’observe également dans les constructions où l’accusatif nominal (N) a conservé sa dépendance objet à l’égard des verbes regėti, matyti, jausti, rast et autres. Le participe, qui ne se rapporte qu’au nom, entre lui aussi en relation avec le verbe, et la construction prend la forme typique d’un syntagme à trois termes: Dans le tour étudié, le participe possède toutes les propriétés constructionnelles du verbe. Les participes actifs y sont employés comme équivalents des formes verbales personnelles simples, et les participes passifs comme équivalents des formes périphrastiques du passif. Contrairement à de nombreuses autres langues indo-européennes, les participes actifs et passifs apparaissent également au futur. Les AP avec des participes du verbe būti sont particulièrement répandus; ils forment des groupes équivalant, par leur fonction, à des formes composées du prédicat et représentent environ 20% de l’ensemble des AP dans les textes anciens lituaniens. L’étude de la structure syntaxique de l’AP conduit à conclure que, par la complexité de sa forme grammaticale, la diversité sémantique de ses verbes et l’étendue de son domaine d’emploi, le tour ancien lituanien dépasse les constructions correspondantes des autres langues apparentées. Les possibilités de formation et d’emploi de cette construction, héritées de la communauté linguistique indo-européenne, se sont développées particulièrement richement en ancien lituanien; l’AP a ainsi commencé à remplir les fonctions pour lesquelles de nombreuses autres langues apparentées ont généralisé les tours infinitifs et les propositions subordonnées. Par sa structure profonde, mise au jour par l’analyse transformationnelle, l’AP de l’ancien lituanien correspond à une proposition subordonnée complétive. La plupart des AP dans les textes des XVIe–XVIIe siècles sont construits selon la règle dérivationnelle NP→S. Les AP à dépendance objet ont conservé une structure profonde de type NP→NʹS, qui est également caractéristique 274 pour les propositions complétives à sujet proleptique. La proximité structurelle interne de la construction à l’accusatif et de la proposition complétive a favorisé leur large emploi synonymique et joué un rôle important dans le développement ultérieur de la construction étudiée. La transformation des relations syntaxiq