Dėl keleto socialinių terminų K. Širvydo raštuose
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IŠ LIETUVIŲ KALBOTYROS ISTORIJOS
LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI XX (1980)
J. KARACIEJUS
À PROPOS DE QUELQUES TERMES SOCIAUX DANS LES ÉCRITS DE K. ŠIRVYDAS
Parmi tous les livres en langue lituanienne parus au XVIIe siècle dans le Grand-Duché de Lituanie, les travaux de K. Širvydas se distinguent. Premièrement, ses « Punktai sakymų » n’étaient pas une traduction d’une autre langue, mais des sermons originaux, que l’auteur a lui-même traduits en polonais; deuxièmement, K. Širvydas fut le premier en Lituanie à compiler et à publier un dictionnaire, le « Dictionarium trium linguarum », dans lequel il proposa des équivalents lituaniens aux mots polonais et latins, puisés dans la langue populaire vivante, créés comme néologismes ou expliqués au moyen de diverses combinaisons.
Comme les « Punktai sakymų » sont un livre de contenu religieux où prédomine la terminologie ecclésiastique, et que les termes sociaux (non empruntés) y sont peu nombreux, le « Dictionarium linguarum » semble, à cet égard, devoir être plus utile. Hélas, on ne peut pas tout à fait le dire, car le dictionnaire de K. Širvydas n’est pas explicatif: l’auteur n’y a proposé que des équivalents lituaniens aux mots polonais et latins. Il est compréhensible que, pour cette raison, la sémantique et l’emploi des mots lituaniens de cette époque (et, bien entendu, des termes sociaux également) n’y soient pas suffisamment mis en évidence1. Il n’est donc pas facile de parler de l’emploi des termes sociaux dans les écrits de K. Širvydas (et pas seulement dans ceux de K. Širvydas), car nous ne savons pas aujourd’hui avec précision comment telle ou telle institution sociale de l’époque était désignée, ni même si elle avait un nom lituanien, puisque divers documents étaient rédigés dans d’autres langues. Ainsi, on ne peut parler que de manière assez a priori de certains termes sociaux rencontrés dans les anciens écrits. On peut en dire autant de l’emploi des termes sociaux dans les écrits de K. Širvydas. De plus, l’usage de ces termes dans ses écrits varie considérablement: certains ne se trouvent que dans les « Punktai sakymų », d’autres uniquement dans le dictionnaire; ou bien les mêmes termes sociaux sont employés dans les « Punktai sakymų » dans un sens et dans le dictionnaire dans un autre, et inversement. Très peu de termes sociaux sont employés avec les mêmes sens à la fois dans les « Punktai sakymų » et dans le dictionnaire. Cela tient au fait que K. Širvydas a écrit les « Punktai sakymų » en lituanien, tandis que, dans son dictionnaire, il a choisi des équivalents lituaniens pour les mots polonais et latins des dictionnaires de N. Folkmar et de G. Knapski qu’il utilisait2.
Il ne sera pas question ici de tous les termes sociaux rencontrés dans les écrits de K. Širvydas, mais seulement de quelques-uns, employés plus fréquemment et de manière plus variée dans les « Punktai sakymų » et le dictionnaire, d’autant que le sens de chaque terme social dans les écrits de K. Širvydas soulève un nombre relativement important de questions.
1 Пакалка К. Первый литовский словарь. Автореферат канд. дис. В., 1964, с. 11—12.
2 Pakalka K. Dėl K. Širvydo „Dictionarium trium linguarum“ lenkiškosios dalies šaltinio. — MA Darbai, 1960, t. 1(8), p. 229—233; Pakalka K. Iš K. Širvydo „Dictionarium trium linguarum“ žodyno istorijos. — LKK, 1960, t. 3, p. 280.
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1. LA GENTÉ
Le terme giminė appartient à ceux qui servent à désigner des groupes sociaux. Les écrits de K. Širvydas n’en contiennent pas beaucoup. On peut probablement l’expliquer par le fait que, dans les « Punktai sakymų » et le dictionnaire, un même mot est assez souvent employé dans un grand nombre de sens: autrement dit, là où, selon les conceptions actuelles, on s’attendrait à trouver des désignations différentes, K. Širvydas en utilise une seule. La tradition écrite relativement récente ou les dialectes sur lesquels s’appuyait tel ou tel auteur ont peut-être joué un rôle à cet égard. En outre, nous ne trouvons pas dans les écrits de K. Širvydas d’anciens termes sociaux tels que tauta, liaudis, que l’on rencontre dans les écrits de M. Daukša, auteur légèrement antérieur. Pourquoi? Il est difficile de le dire, car il y a des raisons de penser que K. Širvydas connaissait les écrits de M. Daukša3 (d’autant qu’à l’époque peu de livres lituaniens paraissaient sur le territoire de l’actuelle Lituanie). On peut certes supposer que ces mots étaient peu connus dans les dialectes des Hauts-Lituaniens orientaux et que K. Širvydas employait donc à leur place des mots mieux connus des habitants de l’Est, giminė et žmonės; cf. l’édition de 1713 (la cinquième) du dictionnaire4: pol. lud, lat. populus = lituanien žmonės (p. 137). Mais une autre explication est également possible, sans que nous la connaissions clairement aujourd’hui.
Giminė est employé dans les « Punktai sakymų » et le « Dictionarium trium linguarum » de K. Širvydas avec des sens qui ne sont pas caractéristiques du lituanien littéraire actuel. Peut-être qu’à l’époque de K. Širvydas le champ sémantique de giminės était plus vaste. Il est vrai qu’en l’absence d’un dictionnaire historique de la langue lituanienne, il est très difficile de parler de l’étendue sémantique d’un mot ou d’un autre (ici, de giminės), d’autant que le « Lietuvių kalbos žodynas » académique ne fournit pas non plus, pour illustrer les sens de giminės — à l’exception du huitième, « génération », auquel est indiquée la page de la cinquième édition du dictionnaire de K. Širvydas — d’autres exemples tirés des écrits de K. Širvydas5.
Le « Dictionarium trium linguarum » de K. Širvydas semble proposer un seul équivalent lituanien, giminė, pour différents mots polonais et latins, par exemple: pol. národ, lat. natio, gens (tis f.), genus (eris n.) = lituanien giminė (SzDi 168); pol. pokolenie, lat. stirps (is f.), progenies (ei f.) = lituanien giminė (SzDi 269); pol. plemię / naród, lat. semen, soboles, progenies, propago = lituanien giminė, weysle (SzDi 253); pol. ród, lat. genus, notales, stirps, stemma = lituanien giminė (SzDi 316). Ainsi, K. Širvydas employait giminę dans un sens très général: ni dans les « Punktai sakymų », ni, dans une certaine mesure, dans le dictionnaire, il ne lui associe de mots explicatifs, que l’on trouve très souvent dans le « Postilė » de M. Daukša et qui aideraient grandement à déterminer, dans chaque cas concret, le sens dans lequel giminė est employé, car le contexte et la traduction polonaise (il s’agit ici des « Punktai sakymų ») ne suffisent pas toujours à l’établir. On peut donc supposer a priori que, dans le premier cas, K. Širvydas employait giminę dans le dictionnaire non pas pour désigner un groupe de personnes liées par le sang, mais un groupe ethnique, c’est-à-dire au sens de « peuple, nation », voire de « population »-
3 Pakalka K. Iš K. Širvydo „Dictionarium trium linguarum“ žodyno istorijos. — LKK, t. 3, p. 287.
4 On a utilisé cette édition du « Dictionarium trium linguarum » de K. Širvydas. Ci-après, le dictionnaire de K. Širvydas est désigné par l’abréviation SzDi, et les « Punktai sakymų » (édition phototypique de 1929 par F. Špecht) par SP.
5 Lietuvių kalbos žodynas. V., 1956, t. 3, p. 309–310.
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…me. Au sens de « peuples, nations », giminė semble être employé dans les phrases suivantes des « Punktai sakymų »6:
Je rassemblerai toutes les nations dans la vallée de Jozaphat / et je les jugerai là. Cf. la traduction polonaise: Je rassemblerai, en effet, toutes les nations, dans la vallée de Josaphat, et là je te jugerai. SP I 4. Le rejeton de Jessé qui se dresse comme un signe pour les peuples / les nations prieront pour lui. — La racine de Jessé / qui se dresse comme un signe pour les peuples / les nations prieront pour lui. SP I 191. La troisième langue / en a ébranlé beaucoup / et les a dispersés d’une nation à l’autre. — La troisième langue / en a ébranlé beaucoup / et les a dispersés d’une nation à l’autre. SP II 76. …et que soient annoncés en son nom le repentir et le pardon des péchés parmi toutes les nations. — …et que soit annoncée en son nom la pénitence et le pardon des péchés parmi toutes les nations. SP II 253.
Dans le deuxième cas, K. Širvydas employait probablement giminę dans le dictionnaire au sens de « génération »7. Il est plus difficile de parler de l’emploi de giminės au sens de « génération » dans les « Punktai sakymų ». Bien que, dans le texte polonais des sermons, K. Širvydas traduise parfois, comme dans le dictionnaire, giminę par le mot polonais pokolenie, le sens du mot lituanien n’est pas clair d’après le contexte, par exemple:
Vous siégerez sur douze trônes, jugeant les douze tribus ou générations d’Israël. — Vous siégerez sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël. SP I 5.
Certes, les « Punktai sakymų » contiennent des phrases presque identiques où giminė est traduit tantôt par le mot polonais pokolenie, tantôt par naród. Par exemple:
À cette époque, les saints Apasztalay et d’autres premiers chrétiens issus de la lignée des Juifs / qui furent d’une grande sainteté… — À cette époque, il y avait les saints Apôtres / et d’autres premiers chrétiens de la génération juive / qui furent d’une très grande sainteté… SP I 344. …ces chrétiens issus de la lignée des Juifs, les Apasztalay et d’autres de leur sang / seront très saints / leur justice et leur sainteté déborderont comme les eaux d’un déluge. — Ces chrétiens du peuple juif, les Apôtres et d’autres de leur sang / seront très saints / leur justice et leur sainteté se déverseront comme une inondation. SP I 344.
Dans ces phrases, giminė semble correspondre au troisième cas déjà cité dans SzDi et être employé au sens de « souche », et parfois aussi de « tribu » ou de « peuple » (cf. le polonais plemię / naród, latin semen, soboles, progenies, propago = lituanien giminė, wysle SzDi 253).
giminė est également employé au sens de « souche » dans les phrases suivantes:
La mention et l’énumération de divers seigneurs et supérieurs / indiquent et révèlent la grande méchanceté / et la débauche honteuse du peuple de la lignée juive… — La mention et l’énumération de divers seigneurs et supérieurs / indiquent et révèlent la très grande méchanceté et la débauche honteuse du peuple juif… SP I 124. Toute la famille humaine aurait péri / et disparu à jamais… — Toute la famille humaine aurait péri pour toujours… SP I 231.
Dans le quatrième cas, SzDi emploie probablement ród pour expliquer les mots polonais et latins genus, notales, stirps, stemma au moyen de giminė, non dans un seul sens, mais dans plusieurs. Sachant qu’en ancien polonais ród s’employait dans les sens de « sexe »;
6 Puisque giminę est traduit par K. Širvydas à l’aide de plusieurs mots polonais, les équivalents polonais sont également donnés à côté des phrases lituaniennes où apparaît giminė.
7 Dictionnaire de la langue lituanienne, t. 3, p. 309.
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« espèce; nation; génération; famille; naissance »⁸, ainsi que les sens des mots latins, permettent de penser que, dans ce cas, giminė est donné avec les sens de « descendants; génération, proches », et peut-être aussi, parfois, celui de « famille ». Dans les « Punktuose sakymų », on relève une phrase dans laquelle giminė est probablement employé au sens de « famille », par exemple:
Teyp broliey Jozepho ne nori io ażu karaliu turet | iog iaunesnių ażu iuos ir ligus iiemus buwo giminey. – Tak Jozepha niechcieli bracia za krolamieć | że młodszym był y w vrodzeniu im rownym. SP I 75–76.
En outre, dans les « Punktuose sakymų », giminė est souvent employé avec les qualificatifs aukšta, didi au sens de « origine, noblesse ». Par exemple:
…ils doivent tenir compte non peu de la noblesse de naissance | de la beauté | de la richesse | de l’ancienneté de la famille et d’une origine illustre… – c’est pourquoi ils ont égard, et non des moindres, | s’ils sont de haute naissance | s’ils sont beaux | s’ils sont riches | s’ils appartiennent à une vieille famille et sont issus d’une maison illustre… SP I 75. Mais la haute naissance | les richesses | les vêtements ne contribuent guère à bien gouverner… – Mais la haute naissance, les richesses | les vêtements | ne servent guère à bien gouverner…SP I 76. Il y eut cependant des hommes qui n’étaient pas de grandes familles | ni de hautes maisons, mais de condition modeste… — …ils n’étaient pas issus de grandes familles | ni de maisons illustres | mais étaient de simples gens… SP I 298. Il y a de quoi s’étonner | que les gens, surtout ceux de grande naissance | et assis sur de hauts sièges, n’aiment pas la vérité… – Y a-t-il de quoi s’étonner | que les gens | surtout | ceux qui sont grands par leur naissance | et assis sur de hautes chaises | n’aiment pas la vérité? SP II 137.
En résumé, il semble possible de constater que K. Širvydas employait giminė dans les sens de « peuple, nation; génération; tribu, souche; proches, descendants, famille?; origine ». Toutefois, en traduisant les « Punktus sakymų » en polonais, il choisissait, probablement en s’appuyant sur les emplois polysémiques de certains mots polonais de l’époque ou pour des raisons stylistiques, différents équivalents polonais pour tel ou tel sens de giminė.
2. LA TRIBU
Outre giminė, on trouve aussi dans SzDi les mots gentis, gentystė qui, à en juger par les mots polonais et latins du dictionnaire, étaient employés non seulement au sens de giminės, giminystės, mais le premier, semble-t-il, également au sens de genties, car SzDi (p. 113) explique le polonais krewność / powinowáctwo z iedney krwie, lat. consanguinitas par les mots lituaniens gintiste, gintis; et le polonais rodźina, lat. cognatorum multitudo (SzDi 316) — certes avec un renvoi à V. powinowactwo (pour ce dernier et les mots latins cognatio, necessitudo fraterna, etc.: propinquitas (SzDi 286), il donne l’équivalent lituanien gimtiste, = « parenté »⁹), — les explique par les mots lituaniens gintis, gintiste. Il s’ensuivrait que, dans ce cas, gentis, gentystė désigne non pas un groupe de personnes liées directement par le sang, mais plutôt un groupe de proches unis par des liens sociaux.
8 Reczek S. Podręczny słownik dawney polszczyzny. Wrocław—Warszawa—Kraków, 1968, p. 428–429.
9 Lietuvių kalbos žodynas. t. 3, p. 315.
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3. LA FAMILLE
Il faut d’emblée préciser que K. Širvydas employait ce mot de manière moins polysémique que giminę, bien que ses significations dans les « Punktai sakymų » ne soient pas toujours claires. En effet, tant dans les sermons que dans le dictionnaire, K. Širvydas traduit šeimyną par un seul mot polonais, czeladź (cf. pol. czeladź, lat. familia, famuntium = et lit. sieimina SzDi 35). Or, en ancien polonais, czeladź était le plus souvent employé dans les sens suivants: ród, pokolenie, rodzina, familia10. C’est pourquoi on trouve dans les « Punktai sakymų » des phrases où le sens de šeimyna n’est pas tout à fait clair. Par exemple:
Quand, par ses mauvaises manières, son ivrognerie, sa laideur et d’autres vices, on corrompt les enfants, les femmes, les serviteurs et les membres de la maisonnée, ou qu’on les entraîne au mal. SP I 253. Quand le Seigneur permet aux fils, aux serviteurs et aux membres de la maisonnée de ne pas les réprimander et ne les détourne pas du mal. SP I 254.
Il semble que, dans les deux phrases, K. Širvydas emploie šeimyną ni dans un sens englobant ni au sens de « toutes les personnes du foyer (familières et étrangères) »11, mais dans un sens encore plus large. Peut-être inclut-il dans la notion de šeimynos tous les proches et les parents, ou d’autres personnes liées d’une manière ou d’une autre à la šeimyna.
Dans les « Punktai sakymų », šeimyna est assez souvent employé au sens de « toutes les personnes du foyer (familières et étrangères) », c’est-à-dire les membres de la famille, les domestiques et les salariés, par exemple:
Priliginta ira karaliste dangaus žmoguy szeyminos wieszpati, kuris iszėjo taba vnksti sumditu darbiniku winičion sawo. SP I 317. Teyp Juobas S. sawo šieyminay perleydzawo bilinet su sawim. SP II 134.
Comme on le sait, dans les parlers orientaux et, en partie, dans les parlers sud-aukshtaitiens voisins de draugės, šeimyna est depuis longtemps également employé au sens de « famille ». Il n’y a donc probablement pas lieu de douter que K. Širvydas, originaire de Haute-Lituanie orientale, employait lui aussi šeimyną au sens de « famille ». Cf.:
Jr iau butu teyp parważiawis | kad ne gera butu sze ymina ii užutüreius… SP II 181.
On peut également ajouter que, dans les « Punktai sakymų », K. Širvydas employait parfois l’emprunt familija au sens de « famille », en lui adjoignant l’explication lituanienne namai, cf.:
Ažulaykimas gimines ir familias aba namu. – En polonais: Przyczyna| zachowanie rodziny y famili ey abo domu. SP I 231.
L’emploi de ces mots dans la phrase citée semble être stylistiquement motivé, car, dans la préface rédigée en polonais (« Przedmowa do czytelnika »), K. Širvydas indique qu’il destine ses sermons non seulement aux auditeurs « simples », mais aussi aux auditeurs « instruits » (et aux lecteurs). Il est probable que, lorsqu’il lui semblait qu’un mot lituanien risquait de ne pas être compris par les auditeurs (et les lecteurs), K. Širvydas recourait aussi à des emprunts, bien qu’il évitât généralement les mots étrangers dans ses écrits.
4. LE SUJET
Dans toute société de classes, les personnes de condition inférieure — les sujets — constituent un groupe social important. Selon les historiens, au XVIe siècle, deux mots étaient employés dans les écrits lituaniens pour désigner les sujets: le terme lituanien veldamas et un mot probablement emprunté au polonais…
10 Rec zek S. Min. veik., p. 53.
11 Dabartinės lietuvių kalbos žodynas. V., 1972, p. 807.
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…un mot emprunté au polonais, paduonis12. Certes, à côté de paduonis, les anciens écrits emploient plus souvent padonas, padonasis ainsi que d’autres formes de cet emprunt13. K. Širvydas employait aussi occasionnellement ces formes de l’emprunt (c’est-à-dire padonas, padonasis) au sens de « sujet », par exemple:
Car ce roi ne prend rien à ses sujets. SP I 243. Enfin, il peut aussi accabler et tourmenter de son corps ses sujets… SP II 154. Car le royaume du Christ libère ses sujets du péché, de la servitude du diable. SP II 155.
Cependant, padonas, padonasis ne se rencontrent que dans les « Punktai sakymų ». Nous ne trouvons pas cet emprunt dans le dictionnaire de K. Širvydas. Il y explique le polonais poddany, le latin subiectus, subditus mancipatus adiciu à l’aide du mot lituanien waldonas (voir SzDi 260), qui diffère, du point de vue de sa formation, de veldamo employé par M. Daukša:
Car tels sont les supérieurs, tels sont aussi leurs sujets, ou ceux qu’ils gouvernent et sur lesquels ils règnent.SP I 124. Que les sujets leur obéissent, leur rendent honneur et accomplissent tout ce qui leur incombe.SP I 135. Au sujet de Jéroboam, on se plaint souvent dans les Écritures: alors qu’il était roi, il entraîna ses sujets dans un grave péché, c’est-à-dire dans le paganisme.SP I 295. Le roi Assuérus voulut organiser des festins pour ses sujets, surtout pour les plus grands dignitaires…SP II 94. La doctrine enseigne ici aux grands de ce monde à demander à leurs sujets s’ils sont coupables?SP II 134.
En outre, sur la même page du dictionnaire, K. Širvydas explique aussi le polonais poddánstwo et le latin subiectio au moyen du mot lituanien waldonibe. Il semble que ni waldonas ni waldonybė ne soient des créations de K. Širvydas, car waldoną était employé par S. Vaišnoras (« Margarita Theologi-ca », 1600), J. Telega (« Kniga Nobaznistes Krikščioniszkos… », 1653) et d’autres auteurs. Il est probable que waldonas était alors employé comme synonyme de veldamo.
Le dictionnaire et les sermons de K. Širvydas, comme tous les anciens monuments écrits, constituent une source précieuse pour connaître l’histoire des termes sociaux lituaniens. Ils permettent de retrouver indirectement les noms des relations et des groupes sociaux de l’époque.
Ю. КАРАЦЕЮС
SUR QUELQUES TERMES SOCIAUX DANS LES ŒUVRES DE K. ŠIRVYDAS
Résumé
Parmi les monuments écrits de la langue lituanienne du XVIIe siècle, les œuvres de K. Širvydas occupent une place exceptionnelle. Il n’a pas traduit ses sermons (« Punktai sakymų ») d’une autre langue: il les a lui-même écrits dans la langue lituanienne de l’époque, puis les a traduits en polonais. Comme on le sait, il a été le premier à compiler et à publier un dictionnaire trilingue, « Dictionarium trium linguarum », dans lequel il a donné des équivalents lituaniens aux mots polonais et latins. Cependant, malgré l’originalité de l’œuvre de K. Širvydas, l’usage des mots et les particularités de leur signification — ici, celles des termes sociaux — ne sont pas toujours clairs. Cela tient probablement à plusieurs raisons, qu’il est presque impossible de déterminer à présent.
12 Jurginis J. Baudžiavos įsigalėjimas Lietuvoje. V., 1962, p. 204.
13 Dictionnaire de la langue lituanienne. V., 1973, t. 9, p. 51, 60–61.
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Dans cet article, en s’appuyant sur le dictionnaire et les sermons de K. Širvydas, sont examinés des termes sociaux de la langue lituanienne tels que giminė, gentis, šeimyna, valdonas. Parmi ces termes, K. Širvydas employait le plus souvent, dans des sens divers, le mot giminė. D’après les mots polonais et latins du dictionnaire ainsi que le contexte de « Punktai sakymų », on peut conclure que K. Širvydas employait le mot giminė dans les sens de « nation, peuple; génération; tribu; lignée; descendants, proches, parenté; famille (?); origine », et le mot gentis (gentystė) dans les sens de « parenté; tribu ».
K. Širvydas employait principalement le mot šeimyna dans les sens de « domesticité; famille ».
Pour désigner la notion de « sujet », le dictionnaire de K. Širvydas ne donne que le mot lituanien valdonas, tandis que dans « Punktai sakymų », à côté de valdonas, on trouve également un emprunt d’origine slave — padonas, padonasis.