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„Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spausdinti LDK akrostichai

Ilja Lemeškin

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ILJA LEMEŠKIN Institut de la langue lituanienne Axes de recherche: littérature et écrits baltes anciens, folklore comparé, lexicographie, histoire des études baltes. « ACHETEZ-MOI ET LISEZ-MOI ». LES PREMIERS ACROSTICHES IMPRIMÉS DU GRAND-DUCHÉ DE LITUANIE1 « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés dans le grand-duché de Lituanie À la mémoire d’Anatolijus Nepokupnas RÉSUMÉ Les premiers livres imprimés du grand-duché de Lituanie — le Petit livre de voyage de 1522 et le catéchisme de 1547 — ont trouvé leur chemin vers les lecteurs ruthènes et lituaniens grâce à des acrostiches. Des livrets de format identique et de destination proche ont paru l’un après l’autre dans le même espace historico-culturel; pourtant, les acrostiches de Francysk Skaryna et de Martynas Mažvydas n’ont pas encore fait l’objet d’une étude comparative approfondie. Le présent article entend combler cette lacune. Il examine d’abord les acrostiches ruthènes de 1519–1522, dont M. Mažvydas aurait pu s’inspirer. Par analogie, il étudie les caractéristiques des acrostiches et examine la source des petits textes composés par M. Mažvydas. MOTS-CLÉS: M. Mažvydas, P. Skaryna, acrostiche, catéchisme, paratexte, invocation du livre au lecteur, quatrain, personnification du livre, langage publicitaire. ANNOTATION Les premiers livres imprimés dans le Grand-Duché de Lituanie – Le Petit Livre de voyage en 1522 et le Catéchisme en 1547 – ont ouvert la voie aux lecteurs ruthènes et lituaniens 1 Petras Kalibatas a aimablement offert à l’auteur un fac-similé de Martynas Mažvydas (Catechism..., ex. no 72). Cette édition, préparée grâce aux efforts et sous la direction de Kamilė Kalibaitė, s’est révélée très utile pour la rédaction de cet article. Je remercie sincèrement la famille des éditeurs de livres lituaniens. Straipsniai / Articles 9 ILJA LEMEŠKIN par des acrostiches. Des livres de format uniforme et de finalités similaires ont vu le jour successivement dans le même espace historico-culturel; pourtant, les acrostiches de Francisk Skorina et de Martynas Mažvydas n’ont jusqu’à présent fait l’objet d’aucune étude comparative approfondie. Le présent article tente de combler cette lacune. Il examine d’abord les acrostiches ruthènes de la période 1519–1522, dont M. Mažvydas aurait pu s’inspirer. En nous appuyant sur l’analogie, nous analysons les caractéristiques des acrostiches et discutons des sources des textes de M. Mažvydas. MOTS-CLÉS: M. Mažvydas, F. Skorina, acrostiche, Catéchisme, paratexte, invocation du livre au lecteur, quatrain, personnification du livre, langage publicitaire. Les premiers livres imprimés du Grand-Duché – le Petit Livre de voyage de 1522 et le catéchisme2 de 1547 – se sont frayé un chemin vers les lecteurs ruthènes et lituaniens grâce aux acrostiches. Par ce subtil procédé de poétique combinatoire, les auteurs indiquent les circonstances de la création de leurs textes, ou leur rapport au compilateur, à l’auteur et à l’éditeur. De format identique et de destination générique proche, ces livrets ont paru l’un après l’autre dans le même espace historico-culturel. Il faut donc regretter que les acrostiches de Pranciškus Skorina et de Martynas Mažvydas n’aient pas encore fait l’objet d’une étude comparative approfondie. Le présent article vise à combler cette lacune. Nous examinerons d’abord les acrostiches ruthènes de 1519–1522, dont le catéchisme de 1547 a pu s’inspirer. En nous appuyant sur l’analogie, nous analyserons certaines caractéristiques des acrostiches et discuterons des sources des œuvres de M. Mažvydas. 1. Ayant reçu une formation universitaire classique entre 1504 et 1512, P. Skorina, comme les autres représentants de la Renaissance, maîtrisait les subtilités de la poétique combinatoire et de la poésie. Il a affermi les compétences acquises durant ses études en publiant les Saintes Écritures à Prague entre 1517 et 1520. Ainsi, dans la préface du Livre des Lamentations de 1519 (книга рекла́м па́чѣ ѥме́нѣ (ѿстаромъ месте па҆чскомъ 1519), il évoque les acrostiches fondés sur l’alphabet hébraïque: пове́рь есть кдѣли иже сна книга замыкает все шесть азбукъ еврейскихъ. « Il faut savoir que ce livre contient six alphabets juifs » (f. 2v). Il explique ensuite la structure des lamentations: dans la première, la deuxième et la quatrième, « un alphabet chacune » (азбука єдина), et dans le troisième chant funèbre, il y en a trois 2 La première œuvre lituanienne de cette époque est fermement associée à la personne de Martynas Mažvydas, bien que cette édition plus modeste se présente comme anonyme. L’appellation « catéchisme de Mažvydas » engage, car elle suppose que M. Mažvydas est l’auteur de l’ensemble du livre; or, nous ne sommes certains que de sa compilation et de la paternité des préfaces. Dans cet article, nous désignons l’ancien monument imprimé par le nom Catéchisme de 1547. Cette appellation désigne l’édition (nommée d’après sa première source imprimée), qui se compose de deux parties: le Catéchisme (jusqu’à f. 20r) et le Recueil de chants (à partir de f. 20v). 10 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL (ὅτεθενι γαρε ἄζέγκι τω) (ibid.). Il s’agit du fait que le troisième poème du livre ne compte pas 22 vers (selon l’ordre de l’alphabet hébreu, d’alef à tav), mais trois fois plus (66 vers), car trois vers consécutifs commencent par chacune des lettres de l’alphabet. L’éditeur a conservé le principe de l’acrostiche en indiquant systématiquement dans la préface le nom de toutes les lettres (אָלֶף – בֵּית – גִּימֶל – דָּלֶת – הֵא – וָו – זַיִן, etc.) ainsi que leur signification (ἄλφα …). Ce chant, composé d’un trishagion et de trois acrostiches simples, révèle, selon P. Skorina, le mystère de la Sainte Trinité: назма тайнѣ живоначной троици « marquant le mystère de la Trinité vivifiante » (dans le colophon du livre, f. 12r). Plus tard, P. Skorina abandonna le principe alphabétique au profit d’un autre type d’acrostiche. L’akathiste byzantin se composait d’une brève introduction et de 24 strophes formant un acrostiche selon l’alphabet grec. Dans le Petit livre de voyage publié à Vilnius, P. Skorina imprima une œuvre slave de nature similaire: ἄκαθιστον святой богородице апостолъ петровъ и павловъ и всемъ апостоломъ, c’est-à-dire un akathiste à saint Pierre et à saint Paul. Cet hymne s’inscrit dans une tradition écrite antérieure (Турнов 1989: 92). Après cinq strophes introductives viennent des strophes dont les initiales forment l’alphabet cyrillique, de а à ω. Ainsi, l’acrostiche comprend les 24 premières lettres de l’alphabet slave: 1 pav. Akrostichą sudarančios raidės akatiste Šv. Petrui ir Povilui (1522) Dans le même livre, deux akathistes originaux de P. Skorina furent également construits de manière semblable, mais au lieu de l’alphabet traditionnel, on y trouve des acrostiches d’un autre type. Ils sont nominaux et révèlent indirectement la paternité des œuvres (livres) publiées: п-н-с-а-л-λ-ω-к-т-ο-ο-с-к-ο-ρ-н-н-ц-ф-р-а-н-ц-к-с « écrit par le docteur Skorinais François » (Akathiste à saint Jean-Baptiste – ἄκαθιστον чесномъ и всехвалномъ пророкъ предтечи и крестителю господню июанну поем) et а-ε-л-а-λ-δ-ω-к-т-ω-р-с-к-ο-ρ-н-н-ц-ф-р-а-н-ц-к-с « fait par le docteur Skorinais François » (Akathiste au très doux nom de Jésus – починается ἄκαθистъ пресладкомъ имене гдѧ нашего і҃са х҃а глаголемыи поста дны). Les premiers mots п-н-с-а-л « a écrit » et а-ε-л-а-λ « a fait » correspondent aux cinq strophes introductives des autres akathistes du Petit livre de voyage. Les expressions а-ω-к-т-о-р-с-к-ο-ρ-н-н-ц-ф-р-а-н-ц-к-с et Straipsniai / Articles 11 ILJA LEMEŠKIN A–ω–κ–τ–ω–ρ–κ–ο–ρ–ι–ν–ι–ψ–φ–ρ–α–η–ι–κ–ο–ς couvrent les 24 positions habituelles de l’akathiste. Les hymnes composés par P. Skorina lui-même montrent combien la dimension acrostiche lui était attrayante et importante. Ce procédé subtil, qui consiste à former des phrases avec les premières lettres des vers d’un chant et à transmettre ainsi « en secret » (par une lecture verticale) certaines informations, fut utilisé pour la première fois dans un livre imprimé du GDL. 2. Il est important de garder à l’esprit les acrostiches de Skorina pour examiner l’évolution ultérieure de l’imprimerie du GDL. Ce même procédé artistique fut utilisé une deuxième fois dans le catéchisme de 1547. En 1938, Jan Safarewicz découvrit dans la préface lituanienne du livre un acrostiche personnel d’un « anonyme » – M-A-R-T-I-N-V-S-M-A-S-V-I-D-I-S (Safarewicz 1939). La situation était semblable pour le Petit livre de voyage, puisque les acrostiches des akathistes ne furent déchiffrés qu’en 1979 par Anatolijus Turovas (Туров 1979: 75–76; 1981: 243–244). Le premier imprimé lituanien ancien présente à cet égard une grande similitude avec le premier livre publié sur le territoire du GDL. La situation est inverse pour les livres imprimés dans la lointaine Prague: leurs pages de titre, préfaces et colophons informent avec insistance le lecteur du GDL au sujet de ce grand homme savant qui a « interprété » la Bible et l’a publiée. Le retour à M. Mažvydas et à P. Skorina invite à réfléchir à la genèse, à la fonction et à la structure des acrostiches personnels mentionnés, c’est-à-dire à leurs ressemblances et différences structurelles. 2.1. En tant qu’éditeur poursuivant la tradition de l’imprimerie du GDL, M. Mažvydas devait tenir compte du Petit livre de voyage. Il importe de noter que les publications de 1522 et de 1547 présentent des similitudes quant à leur contenu et à leur fonction. D’après les exemplaires conservés, l’ensemble de la publication ruthène comprenait le Psautier, l’Horologion (Часослов), huit akathistes et huit canons, l’Hexaméron (Шестоднев), le Canon pénitentiel (Канон покаянный), la Séquence du concile ecclésiastique (Последование церковного собора) et les Paschales de 1523–1543 (sur les anciens imprimés ruthènes, voir plus largement: Немировский 1990: 430–467; Temčinas 2007: 2017: 73). Pour désigner l’ensemble de ce livre, l’éditeur s’inspira du latin liber viaticus, « livre de voyage », et le nomma Petit livre de voyage (cf. la forme locative dans le mot final: псалмы очи всем людям подобной книжце поданы катые положены суть). La structure du recueil et son titre général évocateur incitent à rapprocher la publication de 1522 d’une version abrégée du bréviaire catholique, qui, sur le modèle du Breviarium Curiae, se répandit en Europe occidentale grâce aux frères franciscains. François Skorina, ancien élève des franciscains (ou bernardins), prépara et publia à son tour une version des Offices destinée aux Slaves orientaux. Relié séparément du Psautier, le Petit livre de voyage fonctionnait souvent aussi comme un Akathistaire (Акафистник, Канон), c’est-à-dire comme un recueil beaucoup plus court de poésie liturgique chantée. Il ne fait pas de doute non plus que le catéchisme de 1547 comprenait dans sa composition 12 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spausdinti LDK akrostichai un recueil de chants – PRADESTYSE giesmes šventas. L’ouverture de la poésie liturgique chantée y est accompagnée des notes correspondantes. Les deux livrets, conçus pour la lecture et le chant quotidiens, sont adaptés à des besoins pratiques (le format in octavo en témoigne), et leur public potentiel est large pour des raisons utilitaires, c’est-à-dire afin de toucher un plus grand nombre d’acheteurs. Ces livres s’adressent aussi bien aux ecclésiastiques qu’aux lecteurs ordinaires: ils sont destinés à la pastorale, au catéchisme et à l’instruction populaire, autant qu’à la formation privée, au salut personnel de l’âme et au perfectionnement religieux. En comparant les livres, il faut garder à l’esprit que M. Mažvydas connaissait probablement la langue officielle de la chancellerie du GDL, car autrement il lui aurait été difficile de travailler à Ragainė comme traducteur auprès du gouverneur du district (Zinkevičius 1988: 44–45). Il est fort probable que le compilateur du catéchisme de 1547 connaissait les compétences combinatoires du pionnier de l’imprimerie du GDL. Il a sans aucun doute pu, voire dû, s’inspirer non seulement de l’exemple de l’éditeur ruthène, mais aussi des tentatives cryptographiques d’autres contemporains, qui cherchaient à coder leur nom. 2.2. En considérant P. Skorina et les nombreux autres « anonymes », il ne faut pas supposer qu’ils cachaient leur identité par crainte d’une réaction négative. À la Renaissance, la pratique de composer des acrostiches devint à la mode, voire une sorte de routine. Moyen littéraire très apprécié, l’acrostiche permettait à l’autrice de révéler son potentiel créatif ainsi que son inventivité dans la pensée et dans les mots, autrement dit son appartenance au cercle des personnes talentueuses et compétentes. Le lecteur de l’époque maîtrisait lui aussi les règles de l’écriture cryptée et, contrairement au lecteur moderne, était parfaitement préparé à percer tous les « secrets » du texte. L’acrostiche, expression du bon goût de l’époque, doit donc être compris dans une perspective pragmatique. Dans les œuvres, il apparaît comme un élément essentiel du péritexte, qu’il soit éditorial, auctorial ou allographe. C’est pourquoi on ne peut, sans arguments supplémentaires, considérer d’emblée comme écrivain la personne qui a composé un acrostiche, ni assimiler à une œuvre littéraire un texte utilitaire écrit selon le principe de l’acrostiche. Le terme de « poète », parfois appliqué à P. Skorina, est à cet égard trop lourd de conséquences. L’éditeur lui-même aurait sans doute été étonné d’apprendre qu’une telle étiquette est aujourd’hui accolée à son nom. M. Mažvydas aurait réagi de la même façon. À l’époque, il était d’usage de composer des acrostiches, et les éditeurs, compilateurs de livres et rédacteurs les inséraient volontiers à l’occasion, sans prétendre au statut de véritables poètes (il en existait déjà à l’époque). Les pionniers de l’imprimerie ruthène et lituanienne ne dissimulèrent nullement leurs acrostiches. Dans la publication de 1547, les traces de poésie combinatoire ne se trouvent que dans le Catéchisme, précisément à son début et à sa fin (voir Rahmenkomposition), 3 À partir du Psautier et de l’Horologion, les Slaves orientaux apprenaient la langue; dans le catéchisme de 1547, cette fonction est remplie par Pygus ir trumpas mokslas skaityti ir rašyti. Straipsniai / Articles 13 ILJA LEMEŠKIN c’est-à-dire dans la préface lituanienne et dans le quatrain lituanien Skaititaiap (nous y reviendrons). Dans la dernière partie de l’ouvrage, c’est-à-dire dans le supplément de poésie chantée intitulé PRADESTYSE gieffmes schuentas, aucun indice de ce type n’a été relevé. Ainsi, l’emplacement des acrostiches correspond à la partie introductive et au mot final. C’est précisément dans ces parties du paratexte que de telles pièces étaient le plus souvent composées, respectivement attendues par les lecteurs, recherchées et généralement trouvées. L’édition de 1522 ne comporte ni partie introductive ni mot final. À la fin du livre, l’éditeur n’a imprimé qu’une table des matières détaillée писаны речи всей книжце, où il a énuméré dans l’ordre toutes les parties constitutives. Il va sans dire qu’une liste mécanique des sources ne pouvait être conciliée avec un acrostiche, mais il n’y avait pas non plus de raison de le faire. Dans la tradition latine, les acrostiches de divers types étaient répandus au début et à la fin des livres. Parmi les monuments de l’écriture et de l’imprimerie cyrilliques, cette pratique n’était pas encore courante à l’époque. Les lecteurs ruthènes n’étaient guère susceptibles d’y chercher des textes « secrets ». Pour exprimer sa qualité d’auteur, l’éditeur a choisi un emplacement bien plus approprié, situé hors des limites habituelles du paratexte, et qui doit aujourd’hui être expliqué. FIG. 2. P. Skorina, Akathiste au très doux nom de Jésus (1522), double page 2v–3r; lettres formant le premier lexème de l’acrostiche 14 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL Du point de vue de l’histoire du livre en Europe occidentale, on pourrait avoir l’impression que les acrostiches composés par l’éditeur passent inaperçus au milieu de l’abondance des hymnes liturgiques; or, il n’en est rien. La position où apparaît un acrostiche est importante du point de vue générique. Il est difficile d’imaginer une autre forme de la littérature slave orientale qui eût été aussi utile aux objectifs de P. Skorina, car, dans les hymnes de structure fixe, les acrostiches étaient prévisibles et attendus. Dans les recueils d’akathistes, l’emploi de ce procédé poétique traditionnel est souvent signalé par une note spéciale en marge, voire dans le titre des œuvres, par exemple: крєстожьно по аз-вькы « acrostiche selon l’alphabet » (Тупиков 1989: 92). Ainsi, les lecteurs orthodoxes de l’époque s’attendaient généralement à trouver dans un akathiste une composition verticale de lettres alphabétiques; au lieu de cela, ils déchiffraient un acrostiche nominatif, qui révélait l’identité du compilateur du livre, de l’éditeur et du créateur des akathistes. Il est intéressant de noter que le premier mot de l’acrostiche а-є-л-л comporte un groupe de lettres initiales qui correspond à la séquence alphabétique а – є. Afin de faciliter le repérage de l’acrostiche, les cinq premières strophes, qui forment le premier lexème, ont été disposées sur une seule double page (voir fig. 2). De plus, l’éditeur facilite la réception ultérieure de l’acrostiche au moyen de procédés typographiques bien visibles: il inscrit les noms propres non pas en simples lettres capitales (comme ailleurs), mais en élégantes lettrines. 3 pav. Vardinį akrostichą sudarančios raidės Akatise Saldžiausiam Jėzaus vardui (1522) 4 À cet endroit, le compositeur du texte a, semble-t-il, manqué de K l’initiale de la lettre. Straipsniai / Articles 15 ILJA LEMEŠKIN Le choix des emplacements où présenter un procédé poétique populaire, ainsi que les moyens auxiliaires qui facilitent considérablement le repérage des acrostiches et développent les compétences du lecteur, invitent à la prudence lorsqu’on évoque le prétendu secret de l’auteur et sa volonté d’anonymat. 2.3. Sur le plan de la formulation, les acrostiches de P. Skorina et de M. Mažvydas diffèrent. Cela tient au fait que l’éditeur russe était contraint par les règles strictes de l’akathiste. La structure développée de l’hymne exigeait un acrostiche complexe, c’est-à-dire très long. Pour remplir les 24 positions requises de l’acrostiche, l’éditeur y a inscrit son titre а-ω-к-т-о-р, la forme possessive plus longue de son nom personnel d’origine sobriquet с-к-о-р-н-н-у (au lieu de la forme plus courte скоп ou скопа), ainsi que la forme latine correspondante, couronnée de la terminaison φ-ρ-α-н-ψ-и-с-к-κ-с. À l’aide des verbes п-н-с-а-л et а-г-л-а-л, il a étiré ses acrostiches jusqu’aux 29 lettres de l’akathiste. M. Mažvydas n’était pas soumis à de telles contraintes génériques; sa courte pièce est donc plus simple. On considère traditionnellement que le catéchisme de 1547 contient un acrostiche qui commence à la troisième ligne de la préface et compte 17 lettres; cependant, la comparaison avec P. Skorina montre que les choses pourraient être quelque peu différentes. Une pièce inscrite verticalement commence généralement au début du texte. Les acrostiches qui terminent les œuvres ou se trouvent au milieu des livres sont beaucoup moins nombreux; ils prolongent souvent (sur le plan sémantique) un acrostiche situé au début du livre. Dans notre cas, la préface KNIGIELES Pacias byla Letuvininkump ir Szemaitziump commence par deux lignes qui forment la combinaison de lettres BĮ: Bralei Jeffers, achetez-moi et lisez-moi / JCar, en l’achetant, ils en font l’expérience. Le passage indiqué se clôt par un point; sur le plan sémantique (de la cohérence), ce distique, étroitement lié au titre, peut être considéré comme facultatif et supplémentaire, car il est possible de lire le texte sans grande perte en commençant à la troisième ligne: L’art que vos pères avaient l’habitude de désirer posséder. Mais cela, ils ne pouvaient l’obtenir d’aucune manière.... Une question vient naturellement à l’esprit: pourquoi M. Mažvydas a-t-il compliqué la compréhension de sa pièce inscrite verticalement par ce fragment apparemment superflu? En quoi était-il si important? Peut-être parce qu’il constitue le début de BĮpavartos psemingai, c’est-à-dire d’un acrostiche qui, jusqu’à présent, n’a pas été entièrement déchiffré. 16 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL Fig. 4. Première page de la préface lituanienne de M. Mažvydas, f. 4v. VUB: Lr 5650 Straipsniai / Articles 17 ILJA LEMEŠKIN Quelle information les deux premières lettres peuvent-elles transmettre? Par leur fonction (représentative) et leur position (devant le nom), elles appelleraient ici un titre. C’est précisément ce que fit P. Skorina en 1522: en raison du format de l’acrostiche (dans les limites de l’akathiste), il fut contraint d’inscrire en entier son titre⁵: a-w-k-t-o-p-c-k-o-p-h-n-h-y-p-p-a-n-y-h-c-k-a-c. Bien sûr, cela exigea davantage d’efforts et de temps. Comme on l’a déjà remarqué, M. Mažvydas n’était pas soumis à de telles contraintes; il choisit donc la voie la plus facile: il indiqua le titre académique dont il était titulaire sous forme d’abréviation. À cette époque, l’abréviation B désignait régulièrement un bachelier (lat. baccalaureus), tandis que la lettre J pouvait préciser le type de baccalauréat — lat. iuris, « de droit » (cf. lat. médiéval J.C. — iuris consultus; Cappelli 1928: 171). Le titre abrégé baccalaureus iuris correspond à baccalaureus in iure canonico, « bachelier en droit canonique », ou à utriusque iuris bacalaureus, « bachelier des deux droits [canonique et civil] ». La notion employée désignait une personne qui, après des études d’arts libéraux, avait suivi les cours prescrits à la faculté de droit et réussi l’examen correspondant. Ce grade lui donnait le droit de poursuivre des études supérieures, c’est-à-dire de soutenir une thèse de doctorat en droit. Le titre baccalaureus iuris figurait dans les registres matricules de l’université et apparaît également dans les publications de l’époque. À titre d’exemple, citons la publication parue à Wittenberg en 1509, Panegyricus Othonis Beckman Vūrbergi Artiū p[ro]fessoris... (Inpreſſum Witteburgi per Ioannē Viridi-|| montanū. Anno. M.D.IX.)6, où est mentionné Andreas Crapus, bachelier des deux droits: Ad Eundē Andreas Crapus Guiten || bergius Vtriuq; iuris Bacalaureus. Ainsi, le déchiffrement de l’acrostiche latin, fondé sur l’analogie avec l’acrostiche russe, suggérerait que l’érudit M. Mažvydas, arrivé à Königsberg, aurait pu auparavant poursuivre des études supérieures dans un établissement d’enseignement de l’Église catholique, c’est-à-dire dans un lieu où l’on enseignait le droit canonique (autrement dit, avant d’entreprendre ses études à Königsberg, il aurait déjà étudié au moins six ans dans une université, quelque part). En tant que partisan d’une autre doctrine, M. Mažvydas aurait pu y subir un désagrément qui expliquerait qu’en 1548 il ait pu se qualifier du nom de premier martyr (protomartyr). Il convient de noter que son prédécesseur avait suivi un cursus similaire: Abromas Kulvietis, docteur des deux droits (ses années d’études pourraient théoriquement être liées à l’université de Sienne). 3. La lecture proposée de l’acrostiche latin ne peut être étayée (tant qu’aucune confirmation documentaire directe n’a été trouvée) que d’une seule manière: démontrer que les lettres BJ ont été choisies et employées intentionnellement. C’est ce que nous permet 5 Il ne pouvait indiquer ici l’abréviation de ce mot avec plus de précision, car les Slaves orientaux n’employaient pas les grades universitaires allemands, autrement dit ne les abrégeaient pas. 6 Ici et dans la suite, les références renvoient à la base de données: Verzeichnis der im deutschen Sprachbereich erschienenen Drucke des 16. Jahrhunderts (VD16). VD16 B 1407. 18 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spausdinti LDK akrochai Fig. 5. 1509. Panegiricus Othonis Beckman Vuartbergii Arti p[ro]fessoris, f. 23r Straipsniai / Articles 19 ILJA LEMEŠKIN Une comparaison textologique plus détaillée avec la source qui a directement déterminé l’apparition des deux premiers vers du prologue du Katekizmas. Nous sommes enclins à penser que M. Mažvydas a été directement influencé par une publication satirique parue à Cobourg: Pasquillus. New Zeytung Vom Teuffel ([Coburg], 1546), ou par sa réédition de 1546–1547. La page de titre indique que le livre, tout comme le catéchisme de 1547, se présente extérieurement comme une publication anonyme. Du point de vue du genre, il prétend être: 1) un imprimé volant de l’actualité médiatique de l’époque (Zeytung), qui dépeint prétendument avec précision les événements du moment, et 2) une pasquinade (it. pasquinata), affichée près de la statue de Pasquino sur la place Navone, à Rome. Cette dernière circonstance explique l’absence d’indication du lieu de publication à côté de l’année (également dans les éditions ultérieures du livre). Quoi qu’il en soit, sur la page de titre, la paternité de l’œuvre est nominalement fermement attribuée à un légendaire cordonnier romain nommé Pasquino. La véritable paternité du texte est révélée par un cryptogramme assez simple, placé à la toute fin de l’ouvrage: <...> Amen; Afanheffucaic [et]c. ⁶ FIG. Cryptogramme de la relation publiée par C. Schnauss à Cobourg en 1546, f. 12r En lisant l’anagramme à rebours, on découvre le prénom, le nom et la profession de l’auteur: A–fchnau–ciriauf–k, c’est-à-dire A[pote]k[arius] / A[pothe]k[er] Ciriacus Schnaus, ou k–ciriauf–fchnau–A, c’est-à-dire k[oburgische] Ciriacus Schnaus A[potheker]. Vers 1550, à Cobourg, la même personne publia un autre livre, où elle se désignait (sur la page de titre) par l’abréviation C.S.A. (= Ciriacus Schnauß Apotecker): Ein schon newes Lied/ von || deren schwatzen Hannen/ lernt wie die || warheit allzeit verhalt/ und offmals || mit dem todt gestrafft wird/ jm || Spen thon [et]c.|| Zucht ehr und lob/ Christlich || verendt durch C.S.A. Darin umb drey || Hauptstück zur geliget geben/ und || menschlich verdient ver=||worffen wirt. (In der Fürstlichen Stadt Coburg/ truts || Ciriacus Schnaus Apotecker, [1550]⁷. Les abréviations accolées aux noms de personnes – A (apotekarius), P (pater), BA (baccalaureus artium), BI (bac. juris), BM (bac. medicinae), MA (magister artium), MD (medicinae doctor), DJU (doctor juris utriusque), etc. – étaient nécessaires à des fins de représentation, afin que chacun sache clairement que le créateur du livre n’était pas un quidam, mais une personne ayant obtenu un titre universitaire et atteint un certain statut social. ⁷ VD16 S 3185–3186. Un exemplaire de l’édition est consultable en ligne: http://digital.staatsbibliothek-berlin.de/werkansicht?PPN=PPN66835753&PHYSID=PHYS_005&DMID= 20 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du LDK Le déchiffrement de « cryptogrammes » similaires ne posait pas de problèmes majeurs, car les contemporains savaient lire verticalement et à rebours. Tous les retirages du livre (au XVIe siècle) le montrent bien: l’anagramme y est conservée intacte à sa place (les marges ne l’ont pas écartée comme un « abracadabra » incompréhensible, ni ne l’ont altérée en la défigurant). Dans l’édition tchèque du livre de 1547, le cryptogramme a également été compris, mais légèrement simplifié. L’éditeur a anticipé la lettre finale <k> et, pour faciliter la lecture, a actualisé la graphie du nom de l’auteur: Asſuanchsſuca || ir. [etc]. (A–schnauſ–ciracu, c’est-à-dire A[pother] Schnaus Ciracus). 7 FIG. Cryptogramme de C. Schnauss dans l’édition tchèque de 1547, f. 21v Comme d’autres intellectuels de son époque, l’apothicaire de Cobourg Cyriacus Schnauss (Ciracus / Cyriacus / Cirias Schnauß, 1512–1571), connu comme éditeur (1546–1564) et pamphlétaire fervent partisan de Luther, prenait plaisir à explorer diverses ressources de la poésie combinatoire. À cet égard, un livret non daté, par lequel il réagit à l’Intérim d’Augsbourg de 1548, se distingue particulièrement: INTERIM• || Ein newes vnd || mit Heyler Schrifft wolge= || gründets Lied / Wider das ſchöne heuchliche || vnd gladtreichende Ketlein / gant / ſInterim. || ſampt d. auflegung des feligen worts [etc]. || Darbey. || Der erschrocklich / Teuflich / Antichristlich || Romanifch vnd recht Baptifch Ede / || So den armen Priftern (welche das || reyne wort Gottes verſchweeren || vnd das ſInterim an nemen || müſen) aufflegt wird. || Hüt dich (früher Christ) für den Katzen / || Die ſon lecken vnd hinten kratzen. [etc].⁸ L’ouvrage repose sur un poème écrit sur le fondement des Saintes Écritures (mit Heyler Schrifft wolgegründets Lied) (ff. 2r–3v), dans lequel on trouve un acrostiche nominatif de deux personnes: C–I–R–I–A–C–V–S–S–C–H–N–A–V–S–Johannes–Bauer–Schmidt (Ciracus Schnaus, Johannes Bauerschmidt). Remplissant une fonction de paratexte, le double acrostiche, de deux types différents (graphémique et lexical) 8 VD16 B 841. Consultable en ligne: http://digital.bib-bvb.de/view/bvbmets/viewer.0.6.1.jsp?folder_id=0&dvs=151197665734~286&pid=420650&locale=cs&usePid1=true&usePid2=true# Straipsniai / Articles 21 ILJA LEMEŠKIN 8 pav. C. Schnauso Interimo (po 1548. V. 15) titulinis lapas. Titulinis rėmelis tenka 1546 m. relacijai apie popiežių ir Velnią (galbūt jai ir buvo pagamintas): kairėje pavaizduotas popiežius (Alessandro Farnese krotoporetes), dešinėje – velnias, apačioje pragaro nasrai praryja katalikų kunigus 22 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL L’acrostiche indique subtilement la paternité de l’œuvre, c’est-à-dire qu’il désigne l’auteur ou les auteurs du poème et/ou l’éditeur ou les éditeurs du livre. Après le poème figure (f. 3v) un autre exercice combinatoire, qui révèle au lecteur le véritable sens du mot Intim: Fig. 9. Fragment de l’Intim de C. Schnauss (après le 15 mai 1548), f. 3v Explication du mot J N T E R J M, qui a été longtemps une rime cachée de l’Antéchrist à Rome et qui vient maintenant au jour par la folie ultime d’un serviteur (G[loire à] D[ieu]). Jhr Nerrichen Teudſchen Eur Reich Jſt Mein. Les astuces combinatoires de C. Schnauss correspondent aux pratiques de l’époque, aux attentes et aux compétences des lecteurs. Ses acrostiches et cryptogrammes sont typologiquement importants pour l’étude de la préface de M. Mažvydas, mais le lien textuel se manifeste à un autre niveau; nous reviendrons donc à la publication: Pasquillus. New Zeitung Vom Teuffel ([Coburg] 1546). La relation sur le Diable est une œuvre satirique qui associe avec ingéniosité la forme du dialogue humaniste à une inspiration tout autre. Deux amis discutent librement de la vie et de l’actualité: le pape Paul III (Alessandro Farnese) et le grand intendant de l’enfer, le Diable. Ayant trouvé un terrain d’entente, ils évoquent fraternellement la situation peu enviable du pape, le déroulement et les perspectives de la guerre de Smalkalde, les négociations du concile de Trente et quantité d’autres sujets politiques. Le comique est obtenu par divers moyens. En entendant parler de la Bible, le pape est si effrayé qu’il en est pétrifié. Comme le chef des catholiques évite la Bible et ne la lit pas du tout, c’est le Malin lui-même qui renseigne le « cher petit Paul » sur le Livre saint, prenant ainsi l’allure d’un prédicateur chrétien. Par son contenu, le dialogue satirique entre le Diable et le pape est très éloigné du catéchisme de 1547, mais les relie un élément de langage publicitaire. Straipsniai / Articles 23 ILJA LEMEŠKIN La publicité liée à l’édition et à la diffusion des livres imprègne toutes les éditions de la relation examinée. Elle recourt à des procédés artistiques discrets. Le pape confie en secret à son interlocuteur, qui partage ses idées, sa plus grande préoccupation et sa peur. Quinze ans auparavant, le livre de M. Luther Warnung an seine lieben Deutschen avait été publié à Wittenberg; les réformateurs souhaitent encore le faire rééditer. Selon le pape, mieux vaut perdre trente tonnes d’or que de voir ce livre reparaître; aussi, avec les cardinaux, les évêques, les abbés, les prélats, les curés et tous ses autres subordonnés, il l’achète et le brûle. Le Diable s’en prend au pape et lui conseille, à son tour, de ne pas lésiner sur les moyens, afin de retrouver et de détruire à temps jusqu’au dernier exemplaire encore présent sur le sol allemand. Dans le cas contraire, si le livre se répandait de nouveau, bien moins de personnes se précipiteraient en enfer. L’éloge du livre prononcé ici (ff. 5r–5v) par le Diable et le pape fonctionne comme une publicité qui incite le vrai chrétien à se procurer un ouvrage aussi « dangereux ». La relation New Zeytung Vom Teuffel, publiée à Cobourg en 1546 New Zeytung Vom Teuffel, et ses éditions allemandes ultérieures incitent à acheter un livre qui va bientôt paraître ou vient d’être imprimé – Warnunge || D. Martini Luther/ an seine || lieben Deudchen/ vor etlichen Jaren ge= || schriben auff dien fall/ so die Feinde || Christlicher Wheit die Kirchen vnd || Land/ darinne eine Lehr des Euan= || gelii prediget wird/ mit Krieg || überziehen vnd zerstoren || wolten. || Mit einer Vorrede Philipi || Melanthon. || Wittberg/ || Gedruckt durch Hans || Lufft. || 1546¹⁰. La même année 1546, l’ouvrage fut réimprimé à Nuremberg (VD16 L 7345–7347), à Strasbourg (VD16 L 7348) et à Tübingen (VD16 L 7349); en 1547, il le fut encore à Wittenberg (VD16 L 7352). Dans l’édition tchèque de 1547 (Pâqquilus: Nowiny o Čertu a Papežy…, dont il sera question plus loin), les déclarations du pape et du Diable font la publicité d’une version tchèque correspondante de la confession, imprimée plus tard la même année 1547 que la relation: Weyfraha Doktora Marti||na Luthera k feym nileym Niemcom/ před niebil||ka Lethy fepana/ na takowey konecz/ kdyby nepřá=||tlé prawdy Křesťanſké na gegich Cýrkwe a || do gich Zemi wnichž ſe čiſté včení Swa||tého Euangelium káže wařeč||ně přitáhnuti / a gich z=||kázce býti chtěli yaké||ho wtom z=||pouſobu po=||žiti mieli. || Tež y Přemluwa a nebo napomenuti wysoce vče=||ného muže Fi||lipa Melanctona kterauž geſt učinil || na tuto weyſtrahu / Leta toho. 1547. w Wit||temberge [etc. O čež ſau fe ti dobří Towaryši Čert || ӡ Papežem welmi ſtaráli aby 9Il s’agit de cette édition: Warnunge || D. Martini Lu=||ther/ An eine || lieben Deud=||schen (Gedruckt zu Wittemberg || Durch Hans Lufft || M.D.XXI). VD16 L 7340–7342. 10 VD16 L 7350–7351. Disponible en ligne: http://digital.onb.ac.at/OnbViewer/viewer.faces?doc=ABO_%2BZ200418609. 24 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL sur la vie n’a pas vécu. (Wytf[t]ėno a dokonano [v Mladė Boleslavi u Václava Oustského] Leta. 1547)11. La faction papale et les inquiétudes de Venlo sont évoquées à nouveau dans une autre partie de la relation (ff. 10r–10v). Le titre du livre vanté y est une seconde fois mis en évidence typographiquement: il est imprimé en grandes lettres. L’un se dit sincèrement désolé pour son ami et, plus généralement, pour tous les catholiques, car il connaît le pape: le livre, suppose-t-il, sera très cher et celui qui renoncera à un morceau plus savoureux et à des boissons pourra l’acheter avec les quelques sous économisés. Le pape acquiesce avec regret et présente une grille tarifaire préliminaire. Comme s’il était éditeur ou imprimeur, il affirme que le livre sera bon marché et coûtera probablement tout au plus trois kreuzers. Avec la préface, il sera plus cher, mais ne dépassera tout de même pas quatre kreuzers. Le pape serait furieux si le livre était vendu même trois ou quatre couronnes, car il serait alors hors de portée du peuple curieux et assoiffé de vérité. Ainsi, la relation informe en détail de la parution de l’ouvrage de M. Luther dans sa langue maternelle et incite à l’acheter. En tant qu’éditeur, C. Schnauss ne néglige pas non plus son travail littéraire, qu’il met dûment en valeur sur la page de titre grâce aux moyens publicitaires. La publication n’étant pas anonyme, c’est le livre lui-même qui s’adresse aux lecteurs (nous appellerons désormais ce passage « l’invocation aux lecteurs »). Il demande qu’on l’achète et qu’on le lise: Chrétien fidèle, achète-moi et aime-moi avec confiance; ton argent ne te fera sûrement pas regretter. Si donc je ne dis pas librement la vérité, tu pourras me dénoncer au pape. « Chrétien fidèle, achète-moi et lis-moi avec confiance. Tu ne regretteras certainement pas ton argent. Et si je ne dis pas la vérité, tu pourras me dénoncer au pape. » Il convient de comparer l’original allemand de 1546, étudié à partir de l’initiale des deux dans la préface de M. Mažvydas, avec l’adaptation tchèque de la relation, car dans cette dernière édition de 1547, l’invocation au lecteur dont il est question fonctionne un peu différemment. Sur la page de titre (f. 1r, voir ci-dessous), C. Schnauss a indiqué le titre du livre (a), son bref contenu en vers (b) et, enfin, l’invocation du livre au lecteur (c), qu’il a mise en évidence visuellement comme élément publicitaire auxiliaire. Dans l’autre 11Ici et dans la suite, les références renvoient à la base de données « Knihopis ». Knihopis 5126. Ez. Disponible à: https://books.google.cz/books?id=NKP:100400497&printsec=frontcover#v=onepage&q&f=false. Straipsniai / Articles 25 ILJA LEMEŠKIN Au verso de la feuille (f. 1v) apparaît une préface en vers (d, e), dans laquelle Pasquino explique les circonstances de la genèse de l’œuvre et moralise longuement. L’éditeur tchèque, Václav Oustský, a agencé les unités énumérées un peu différemment (a, c, b, d...), a orienté l’innovation vers les lecteurs (c’est-à-dire qu’il a employé des formes au pluriel) et a modifié la préface de façon intéressante (f). Cf.: 1546 f. 1r 1547 f. 1r Paſquillus. a Nouvelle gazette du diable. b Comment récemment le pape et son compagnon, le Satan suprême, sont sortis de l’enfer et ont tenu conseil au sujet de leurs affaires et de cette guerre, et à qui ils voulaient accorder la victoire, tous deux invoquant la très sainte Trinité; dans cette affaire, les États de l’Empire furent aussi vivement réprimandés, parce qu’ils s’arment contre l’empereur avec une grande armée. Le pape ne souhaite qu’une chose, tandis que Satan écoute autre chose; la crainte du pape se réalisera sûrement, l’espoir de Satan sera totalement déçu. c Chrétiens sincères, achetez-moi et aimez-moi fidèlement; votre argent, je ne le regretterai certainement pas. Mais si je ne dis pas librement la vérité, vous pouvez me dénoncer au pape. 1546 Paſquillus: a Nowino o Cзertu a Paпezy: Dau ſobie wiernych a ſtąpenych To || waryſych / a geich o nynie || ſych prзbiezych ſpo || lecznem || Rozmłowani c Miłi Krзſtianie Kupucte a czcie mne duowie || nie / Shledate зie tiech Peniez за mne neda || te marnie / Getli зie weto wie || cy nebū prawdy || wypwo || wati Muзte mne ztho treba || przed Papezem Obзalowati. 26 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL FIG. 10. Page de titre de la relation de C. Schnauss, publiée à Cobourg en 1546 Straipsniai / Articles 27 ILJA LEMEŠKIN f. lv f. lv d Paquill, ad lect. Chrj̄en. [e]c. e Chrétiens, riches et pauvres, Écoutez et laissez-vous aussi émouvoir, Comment le pape et ses compagnons Veulent anéantir la parole de Dieu Je trouvai récemment, en un lieu, Et appris tous leurs desseins, mot pour mot, En particulier ce que le pape désire, Et ce que Jathan guette ensuite, Ils me croyaient déjà pris au piège Qu’ils ne l’achèvent pas du tout Mais ce que j’en ai gardé Je veux le faire savoir aux jeunes et aux vieux En l’honneur de ma patrie Aux nobles Allemands libres En particulier à l’alliance évangélique À laquelle mordent ces chiens Afin que chacun, jeune ou vieux Puissent voir la tromperie du pape, révélée par la force Et que je veille sur l’espoir de Jathans Que Dieu nous aide par sa bonté Lui qui a démasqué tous les menteurs La tromperie du pape, l’œuvre de cette compagnie Se révélera pour le bien de nous tous Il ne nous épargnera pas non plus son aide C’est là seulement que réside tout le défaut Que nous nous amendions d’un cheveu C’est pourquoi, faisons seulement ce que nous devons Ainsi Dieu fera à son tour ce que nous voulons Et qu’il soit auprès de nous dans toute détresse Ce même Dieu bon et fidèle Que louange éternelle lui soit rendue, au-delà de toute moquerie. A M E N 28 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spaudinti LDK akrostichai FIG. 11. Édition tchèque du catéchisme de C. Schnausso de 1547, page de titre Straipsniai / Articles 29 ILJA LEMEŠKIN f. 2r f. 2r f Bap[t. Ah malheur, ô malheur... [texte de la relation] b Pa[ɣquillus: Et tout récemment encore, le pape et son fidèle compagnon étaient chers. Satan, venant de l’enfer, les avait tous deux entraînés. Mais aujourd’hui, ils sont pris dans une lutte, et leur amitié s’est rompue: qui remportera la victoire? Ils avaient tous deux des pensées et des volontés semblables. Afin que les pieux soient vaincus par leurs adversaires, car toujours, comme il est dit dans la grande prophétie, contre son Église, la volonté de Dieu est manifestée. Le pape s’est efforcé de toutes ses forces, et Satan l’a véritablement aidé en cela. Ainsi le pape a accompli ce qu’il voulait; Satan, lui, a veillé et s’est appliqué à cela, jusqu’à ce que… 30 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL f. 2v f. 2v f [texte de la relation] d Pasquin à l’honorable lecteur f Ceux qui n’aiment ni la vérité ni l’ordre de Dieu ne veulent être que des serviteurs du diable. Vois comme le temps passe, et pourtant ils ne se soucient ni de Dieu ni de sa Parole. Écoute, vois, et le peuple qui s’égare, arrache-le de Babylone. e Les chrétiens sont rares, pauvres en Dieu et en le Seigneur. Ils se sont écartés et égarés, sans compassion. Comme le pape Paul avec ses compagnons, la Parole de Dieu apaise leur colère, d’une manière cruelle et étrange. Récemment, j’étais présent à une réunion, et j’ai bien compris tous ces discours. Écoutez donc ce que le pape Paul a cherché à préserver. Le zèle de Satan a observé attentivement leur activité. C’est pourquoi ils doivent savoir à mon sujet que je ne fais rien de ce qu’ils désirent et prétendent. Et ce que j’ai parfois entendu, je l’ai gardé en mémoire. Les anciens et les enfants doivent en être informés. Tout cela tourne à la louange et au profit. En particulier, ce point évangélique concerne mes pères et les nobles. Ils le déchirent et veulent le détruire jusqu’à la racine. Et voici que tous, jeunes et vieux, s’en prennent honteusement à lui. Et contre un tel Satan, il n’y a ni refuge ni bien… Straipsniai / Articles 31 ILJA LEMEŠKIN Fig. 12. La relation de Schnaus, édition tchèque de 1547, préface avec une introduction en vers, f. 2v 32 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL f. 3r f. 3r f [texte de la relation] e Vchovež nas wkrÿtu nam vçiniena Milot Boži A tak ty wſęcky Papežow faleſne rê I gho Towarſwa budu geweny tady Dle naſeho bauduho wſeho dobreho Ne opuſtit Boh a Pán pomocy ſdu ſweho Ale ten newietſy nedofatek prinas gft naten čàs Žie naſÿch żiwotow nelepſſugem ani żwalas Neſ geſti jie my to což naleži budeme çiniti Vçinijt nam Boh ẓaſe to coz my budeme chiti Gemuẓ w Trogicy nerozdilne bud çief a chwala Kteraẓ je gmu predwiekÿ wiekuow dala A ditj je bude wždy bezpreſtanj Nawieczne wiew bez ſkona[n]ji Amen L’examen des éditions de 1546 et de 1547 montre que le quatrain publicitaire imaginé par C. Schnauss se distinguait par son attrait et sa vitalité (nous y reviendrons au chapitre suivant). Dans la composition présentée, l’invocation au lecteur jouait d’abord (dans l’original allemand) un rôle auxiliaire, ce qui explique que l’éditeur de Cobourg l’ait imprimée dans un corps de fractura plus petit. Dans l’édition tchèque, la pièce publicitaire fut « promue », c’est-à-dire qu’on lui accorda le même statut qu’au titre: sur la page de titre, le fragment de ces vers prolongeait le titre de l’œuvre. En outre, le quatrain eut une influence sur la préface. À l’instar de l’ouvrage précédent, le traducteur ou l’éditeur tchèque lui ajouta une brève introduction en vers, c’est-à-dire le fragment f, que l’on pourrait traduire ainsi: « Qui aime la vérité et l’ordre de Dieu Ne souhaite pas rester le dos nu 12. Regarde quelles cœurs méchants et perfides ils ont, Ils ne tiennent aucun compte de Dieu ni de ses paroles. Lis, regarde et examine bien la signature Et arrache-la vite de Babylone 13» Il est facile de constater que les impératifs Čyti « lis », Wiz « regarde », ʃud « comprends, examine », wythni « arrache » développent les injonctions précédentes du livre: en allemand, au singulier, Kauff « achète », lieβ « lis », et en tchèque, au pluriel, Kupte « achetez » et czyte « lisez ». Autrement dit, dans la publication tchèque de 1547, comparée à l’original allemand, on observe une tendance intéressante: le texte publicitaire imagé, depuis la page de titre 12 Il s’agit des membres du clergé catholique (gén. sg. Plechačow): prêtres tonsurés et moines (nom. sg. tchèque plechač « qui a la tonsure; ecclésiastique catholique »). Nom. sg. tchèque podnož « repose-pieds ». 13 Des pièges de l’Église catholique (allusion à Matth. 1,11–18). Straipsniai / Articles 33 ILJA LEMEŠKIN la page se poursuit dans la préface. Nous tendons à voir dans le catéchisme de 1547 le lien ou la conséquence de cette tendance. Il convient de noter que le tchèque verb. jud‘ « forme-toi une idée, réfléchis » (la locution jud’ co fe pijfe « réfléchis à ce qui est écrit ») est sémantiquement corrélé à l’impératif utilisé par M. Mažvydas, permaniek (en lisant ainsi permaniek), tandis que l’allemand pl. BRalei feferis et les impératifs ikiet, ſkaitiet, permiekiet correspondent grammaticalement au tchèque pl. Milí Křeťiané; Kupte, czťete. Ces circonstances permettent d’avancer prudemment l’hypothèse que M. Mažvydas connaissait précisément l’édition tchèque du livre et en a tenu compte, car elle donne l’impression d’un maillon de transition (entre le New Zeytung Vom Teufel de 1546 et le catéchisme de 1547). Du point de vue de la chronologie relative, cette possibilité est envisageable et mérite examen. D’après le colophon, le texte principal du catéchisme de 1547 fut achevé d’imprimer à la fin de 1547 (VIII diena Menesſ Sauſia (= décembre)). Le dernier cahier d’impression, qui constituait alors (le cahier octuple supplémentaire A) la page de titre, la dédicace, les deux préfaces et l’abécédaire, fut imprimé à ce moment-là ou plus tard14. La relation tchèque au sujet du pape et de Vilnius parut au plus tard le 24 avril 1547 (c’est-à-dire avant la bataille de Mühlberg). Elle annonce la publication tchèque de 1547 de M. Luther (38 feuillets, in quarto). Pour que cette annonce ait un sens, il fallait la publier suffisamment à l’avance, probablement dès le début de 1547. Il y a donc lieu de penser que M. Mažvydas connaissait la publication de 1547, le Paſquillus: Nowin o Cžtu a Papež. La lecture de la source tchèque et sa compréhension, compte tenu de l’« expansion de la langue littéraire tchèque » (Havránek 1939) dans le polonais des XIVe–XVIe siècles, ne pouvaient poser aucune difficulté aux traducteurs des catéchismes de J. Seklucjan et de J. Malec. Mais les variantes allemandes de la relation devaient également être accessibles à M. Mažvydas. En 1547, il s’agissait d’une nouvelle imprimée facilement accessible et largement connue des protestants. En 1546, elle fut publiée au moins cinq fois. L’ouvrage couronné de Cobourg (VD16 S 3180–381, peut-être aussi: VD16 S 3175 et VD16 ZV 13961) fut publié deux fois à Augsbourg en 1546 14 L’abécédaire Pygus ir trumpas mokſlas ſkaitity yr raſchty a pu être ajouté au catéchisme pour des raisons typographiques banales: après les préfaces, il fallait remplir un espace qui, autrement, serait resté vide dans la forme d’impression. Cette circonstance devait être connue de l’auteur de l’abécédaire, ainsi que de son étendue. 15 Rappelons, par exemple, les réflexions de J. Malec, exposées dans la polémique linguistique Defensio verae translationis corporis Catechismi in linguam Polonicam, adversus calumnias Joannis Secleciani (1547): « Hoc autem certo scias, neminem unquam literas sacras in linguam polonicam vere ac proprie vertere posse sine adminiculo linguae Bohemicae et sacrum literarum lingua Bohemica editarum. Quandoquidem lingua polonica plurimum corrupta est usque adeo, ut nemo vere ac proprie polonic loqui novit, nisi Bohemicae linguae non ignarus fuerit. Adferrem ego tibi in medium multas dictiones latinas, quas nemo polonorum in linguam polonicam vere ac proprie vertere potest, nisi Bohemicae linguae non ignarus fuerit. Quales sunt pus, impius, beatus, benedictus, gloria laus, laudus, benedicamus, adoramus, glorificamus etc.“ (Warmiski 1906: 199; Lenartowicz-Zagrodna 2011). 34 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL (VD16 S 317 = VD16 S 318; VD16 S 319), au moins une fois chacun à Nuremberg (VD16 S 382) et à Strasbourg (VD16 S 383). Une autre édition, dont le lieu n’a pu être localisé plus précisément, parut probablement en 1546–1547 (VD16 S 376). Toutes ces relations, comme on l’a déjà remarqué, faisaient la propagande de la Warnung an seine lieben Deutschen et l’accompagnaient. En raison de l’attribution à M. Luther, cette paire de livres publiée en parallèle était populaire dans tous les pays protestants. La contrebande les acheminait en Bohême, où la forte demande entraîna la parution d’une traduction tchèque. Nul doute que ces deux livres antipapistes attrayants étaient également largement lus à Königsberg. Il importe de souligner que cela se passait à la veille de la parution du katezimo en 1547. À cet égard, il serait intéressant de se demander comment le distique lituanien agissait — ou devait agir — sur le lecteur de l’époque. Pour le public lecteur, la personnification du livre, exprimée par les mots d’appel Fromer Chrift Kauff und lieb mich... et Milį Krezf- tie Kupąte a cžiete me... Cži / Wiz / a fu’ co fe piffe..., était parfaitement familière grâce aux publications récentes de 1546–1547. Aux yeux des lecteurs, le compilateur du katezimo de 1547, en s’appuyant sur une allusion littéraire de courte durée¹⁶, actualise cette personnification: Bralei fefes imiet mani ir skaitykiet || Ir tai skaitydami permani- kiet. Il faut ajouter qu’il ne le fait pas mécaniquement, c’est-à-dire qu’il procède de manière analogue à l’édition tchèque de 1547. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une traduction littérale, le lien étroit entre l’original allemand, l’adaptation tchèque et la variante textuelle lituanienne reste parfaitement reconnaissable. Partout, l’appel du livre commence par une apostrophe au vocatif adressée au même destinataire, c’est-à-dire au lecteur / acheteur (sg. Fromer Chrift / pl. Milį Krezfiane – pl. Bralei fefes), puis viennent des impératifs de sémantique identique ou proche (sg. Kauff / pl. Kupąte – pl. imkiet; sg. lieį / pl. cžiete / sg. Cžti – pl. skaitykiet; sg. fu’d – pl. permanikiet), la conjonction (und / a – ir), le pronom (mich / me – mani) et leur ordre de présentation dans les limites du syntagme. Un déplacement fonctionnel est manifeste: le langage publicitaire >devient l’introduction d’un discours conceptuel. Le verbe caractéristique de la publicité la plus élémentaire, Kauff / Kupąte, est remplacé par M. Mažvydas par le terme plus neutre imkiet, bien que le sens premier ne disparaisse nullement du discours liminaire (verb. imti « saisir, prendre en main, doigts », mais aussi « acheter, acquérir; prêter »). Les contemporains, ayant sous les yeux le quatrain publicitaire de C. Schnauss, c’est-à-dire percevant le lien intertextuel, devaient comprendre le distique de M. Mažvydas également dans cette acception: « Frères et sœurs, achetez-moi et lisez-moi… » Ainsi, compte tenu de la genèse du texte, la trace publicitaire ne quitte nullement le Catéchisme. Parallèlement, M. Mažvydas a enveloppé ce texte purement utilitaire, probablement en suivant la publication tchèque de 1547, d’intentions et de significations différentes. Le seul endroit où l’auteur de la préface s’écarte de la ou des sources germano-tchèques est l’apostrophe, cf.: Fromer Chrift / Milį Krezfiane – Bralei fefes. Exactement Pour les lecteurs du milieu du XVIe siècle, ces éléments restent aujourd’hui difficiles à saisir, voire parfois impossibles à comprendre; de ce fait, les liens intertextuels autrefois pertinents se perdent.16 Straipsniai / Articles 35 ILJA LEMEŠKIN Une traduction littérale serait Les croyants / Les bien-aimés / Les braves / Les pieux... chrétiens (ou au singulier), mais le Catéchisme ne comporte pas cet exorde attendu et prévisible. Au lieu de l’adresse conventionnelle, M. Mažvydas emploie le pluriel Bralėi feris ou le singulier Bralau milalis. Pourquoi? Les premiers lecteurs du Catéchisme ont dû se poser la même question. À l’époque, elle était plus pertinente qu’aujourd’hui, car la source dont l’auteur s’était « écarté » était connue (c’est-à-dire qu’au niveau du texte, il transgressait l’horizon d’attente). La réponse s’imposait probablement d’elle-même aux lecteurs: il leur était évident que l’écart par rapport aux formules d’adresse habituelles et à l’original résultait de l’effort visant à composer l’acrostiche en question. Autrement dit, au début de l’exorde, ou de l’acrostiche (à la position précédant son nom), l’auteur tenait à avoir la lettre B (< baccalaureus), mais il ne trouva pas de synonyme lituanien approprié de l’adjectif allemand Frommer ou du tchèque Milý, qui aurait fourni les allusions nécessaires17. 4. Ainsi, en composant l’introduction de l’exorde lituanien — c’est-à-dire la combinaison initiale de deux lettres, BJ, qui entre dans la composition de l’acrostiche et correspond à un fragment de la relation tchèque de 1547 ƒ, M. Mažvydas a dû s’inspirer de la partie appellative du paratexte, caractéristique des livres imprimés de cette époque. Cette unité structurelle de l’organisation des livres, que faute de terme plus adéquat nous avons appelée invocation au lecteur, informait de manière concise, attrayante et imagée sur l’ouvrage (souvent sous la forme d’un quatrain sur la page de titre), captait l’attention du lecteur et, enfin, l’incitait à acquérir le livre. Il convient de souligner que cette catégorie de textes comprend également tous les parallèles qui avaient auparavant été rapprochés, sur le plan textologique, du distique de M. Mažvydas. En 1983, Anatolijus Nepokupnas attira l’attention (Nepokupnas 1983: 173; 1994: 71–72) sur un dictionnaire manuscrit de langue russe et publia ce poème: Einn Russich Buch bin ich genannt, / Im deutschen Lanndt ganz unbekandt / Der mich hatt geschrieben den Lasse gott / Frolich Leben unnd sterben Amen. p. / Hilff got was ich beginne / Einn selig ende ich gewinne / Der dies hatt geschrieben / Got gebe ihm nach gottes willen zu Leben / Ahier Auff dieser erden / Das seine sehll gott zu theil werde / Thomas Schroue Ist ehr genant / Das er got musse werden bekannt. / Amen, Anno Domini / 1546 (cote: MS. slav. quart. 18; cité d’après: Glück, Pörzgen 2009: 157), composé en haut-allemand et conservé aujourd’hui à la Bibliothèque Jagellonne de Cracovie (avant la guerre: Staatsbibliothek zu Berlin Preußischer Kulturbesitz). Le slaviste ukrainien reprit une ancienne thèse de Michailo 17 On peut aussi imaginer, à notre époque, un mécanisme de combinaison similaire, fondé sur une allusion à un texte littéraire connu de tous. En imitant la cryptographie de M. Mažvydas, l’auteur de l’article aurait pu « signer » à la place de son nom et de son prénom, par exemple, de cette manière ingénieuse: Montego Bay, Montego Bay, je travaille comme baltiste dans la capitale tchèque. L’avantage serait encore plus grand si, à la place de l’attendu Montego Bay, figurait une expression du type Habana drive, qui indiquerait le titre universitaire et faciliterait l’identification de la personne. 36 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL La conclusion de l’étude d’Alekseïev, selon laquelle la copie de l’œuvre avait été réalisée pour les besoins de l’édition (Алексеев 1951: 108). À son avis, la source linguistique était destinée à être publiée en 1546, et l’ouvrage devait s’ouvrir sur un texte correspondant à l’invocation « lis ». M. Alekseïev a tout à fait justement identifié l’invocation (qu’il appelait стихотворное напутствие) (Алексеев 1951: 108) dans le premier quatrain: Un livre russe, je suis nommé, dans le pays allemand tout à fait inconnu. Celui qui m’a écrit, que Dieu le laisse vivre joyeusement et mourir. Amen. Ce quatrain est rapproché et dérivé, sur les plans typologique et génétique, des quatrains d’invocation de C. Schnaus et d’autres éditeurs de l’époque. En 1947, examinant une source possible du distique, Vincas Mykolaitis-Putinas indiqua (Mykolaitis 1962: 197) un autre quatrain publicitaire, brièvement mentionné dans une note par Paulius Tschackertas à propos de l’activité de Hans Weinreich (Tschackert 1890: 92). Rudolph Reicke en donna en 1861 une description beaucoup plus détaillée de l’ouvrage Das Vater | unser... | Herr (VD16 B 5441) (Reicke 1861: 199–201), et c’est d’après lui que le quatrain est cité ici: À Königsberg, Hans Weynech m’imprima avec grand soin, près des marches du château, dans la vieille ville. Que celui qui en a envie vienne m’acheter. Le bibliothécaire de Königsberg remarqua que le quatrain était imprimé tout à la fin du livre, au recto du dernier feuillet. Le chercheur examina la question de la datation du livre, sans toutefois parvenir à une conclusion ferme, contrairement à G. Ch. Pisanskis. Les autres hypothèses en faveur de 1524–1525 reposaient sur une argumentation faible, notamment sur l’idée que l’imprimeur, qui venait d’arriver à Königsberg, devait faire connaître son activité et son programme éditorial. Une fois l’imprimerie « réputée », c’est-à-dire dans tous les livres ultérieurs parus après 1525, il n’aurait plus utilisé ce quatrain. Mais on peut tout aussi bien envisager les choses autrement: il aurait pu publier le quatrain bien plus tard, lorsque le projet éditorial initial, encore incertain, avait porté ses fruits, et que les habitants de Königsberg avaient commencé à se rendre à l’imprimerie même pour acheter des livres (l’imprimerie ayant apparemment commencé à développer davantage la distribution des livres et la fonction de librairie). La position où figure l’invocation soulève également des questions. R. Reicke décrivit un exemplaire de la Bibliothèque royale et universitaire de Königsberg, dans lequel, à la fin, Straipsniai / Articles 37 ILJA LEMEŠKIN c’est-à-dire après l’invocation (!), comportait encore deux chants. Le bibliothécaire, contestant la conclusion du professeur de Gdańsk Michael Ch. Hanow, établit que ces chants formaient une partie distincte, qui se différenciait nettement de la première partie également par le papier. Il ne reste qu’à regretter que nous ne disposions plus aujourd’hui d’exemplaires ni de Gdańsk ni de Königsberg. Une analyse plus détaillée du cahier, dans le cas contraire, aiderait à éclaircir une question que R. Reicke n’a malheureusement pas abordée: le quatrain ne pouvait-il pas en réalité appartenir à une autre unité du recueil factice, qui comprenait les chants: 1) O Jesu Christ, deyn nam der ist, 2) Eyn geystlich lied von | den sieben worten die Got der Herr | sprach am stammen des hey-| gen Creutz (Reicke 1861: 201–202)? Il faut donc envisager sérieusement la possibilité que le quatrain ne terminât pas le Pater noster de Mathias Bienwald, mais ouvrît un petit recueil poétique non identifié et non conservé. Dans ce dernier cas, le quatrain serait le seul élément liminaire (ouvrant le livre) à présenter des traits communs avec l’invocation de C. Schnauss de 1546: Kauff mich – ich mich wer lust zu kauffen hat. Enfin, gardons à l’esprit que les éditeurs et imprimeurs expérimentés, exerçant leur métier depuis longtemps, se distinguaient par une certaine spécificité et une certaine constance dans leurs éléments liminaires; l’invocation, en tant que sorte de marque commerciale, avait donc tendance à se répéter. Le petit poème en vers utilisé sporadiquement par H. Weinreich n’est caractéristique de cet imprimeur ni par sa forme ni par son contenu. L’affirmation de Levas Vladimirovas selon laquelle « des strophes semblables se trouvent également dans d’autres premières publications de H. Weinreich » (Vladimirovas 1979: 324) ne correspond malheureusement pas à la réalité (du moins au vu des sources actuellement disponibles). En examinant les imprimés tchèques de la première moitié du XVIe siècle, nous constatons que les invocations créées par différents éditeurs ne sont pas uniformes. L’appel liminaire de Mikuláš Konáč se distingue par une remarquable cohérence stylistique et une grande originalité, et d’autres éditeurs s’en sont inspirés. Cet humaniste de Prague publia environ 50 ouvrages entre 1507 et 1528. Dans ses adresses pragmatiques aux lecteurs, qui ouvrent et clôturent le texte principal, il écrit le plus souvent en vers, sans pour autant négliger les acrostiches (par ex.: Knihopis ČD 427). L’éditeur distingue aussi typographiquement les invocations et les autres parties liminaires qui encadrent le texte principal, c’est-à-dire qu’il utilise des caractères d’une autre taille; mais, contrairement à C. Schnauss, il s’adresse toujours au lecteur en son propre nom (et non au nom du livre). L’usage de ses invocations suit une régularité notable: au début, les mots Máš tu, Čechu milý..., « voici pour toi, cher Tchèque… », présentent le livre et semblent le remettre entre les mains du lecteur; à la fin de l’ouvrage, il souhaite bonne chance avec měj se dobře, « porte-toi bien ». Cette formule récurrente a été relevée 18 fois dans ses livres. 1520 m. leidinyje Mistra Jana Husy kazatele, slauhne dědice českého, Dvanácti článku víry křesťanské obecné, desí Božích přikázaní a modlitby Páně Očenáš etc. vykládové každému spasení žádajícímu křesťanu nepotřebnější. (V Praze, Mikuláš Konáč z Hodiškova 1520) (Knihopis ČD 326), à côté de son souhait, l’éditeur publie une remarque pratique indiquant où acheter le livre à bon marché: 38 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI « Achetez-moi et lisez-moi ». Les premiers acrostiches imprimés du GDL Que vous vous portiez bien et que, grâce à ces petits livres, vous vous instruisiez vous-mêmes, que vous instruisiez vos élèves, afin de ne pas être trompés et châtiés par Balaam à cause des ânesses. N’achetez pas ces livres dans la grande ville de Prague. « Portez-vous bien et, en vous guidant vous-mêmes à l’aide de ces petits livres, prenez soin de vos élèves, afin de ne pas être punis comme Balaam avec son ânesse. Dans la grande ville de Prague, ces petits livres s’achètent à bon marché. » Dans le cadre des éléments liminaires, l’éditeur compose parfois des quatrains artistiquement saisissants, qui ne manquent pas des impératifs habituels et d’autres procédés incitatifs (publicitaires). Par exemple, l’invocation de 1514: K Cžtenaržy. Nechceffli hlúpy na fwětie zwolati Nebýwázy fkipy Múdrofti zgednati Cžtiž Mudrce fobie a nebudels robie Prawint yá tobie. (Knihopis 1371) « Et toi, lecteur. Si tu veux rester sot au monde, ne sois pas avare de sagesse à acquérir¹⁸. Lis avec sagesse et tu ne seras pas un enfant; je te le dis. » Les contemporains et les successeurs de M. Konáč n’étaient pas aussi inventifs, mais leurs formules d’invocation et leurs caractéristiques stylistiques demeurent également assez constantes. Bien entendu, on trouve de nombreux apostrophes au lecteur / acheteur, ainsi que des impératifs adaptés à la situation: en 1533, Mėj se dobre, čti a sud, uprímý čtenáři « Porte-toi bien, lis et juge, lecteur sincère » (Knihopis 663); en 1533, Protož kdožkoli miluješ pravú teologii, čti, roznevej a potom sud « Ainsi, qui que tu sois, si tu aimes la vraie théologie, lis, examine et juge ensuite » (Knihopis 1709); en 1541, Protož kdož by chtěl rad bludy a faleš te skutý poznati, čti sobě tuto knižku, jenž se počina štastně « Ainsi, qui voudrait connaître les erreurs et les mensonges de cette secte, qu’il lise ce petit livre, qui commence heureusement » (Knihopis 704), etc. Une invocation formulée de manière générale, c’est-à-dire convenant à n’importe quel ouvrage, fonctionne de concert avec des éléments d’adresse adaptés sémantiquement à une œuvre précise, comme le faisait C. Schnauss. Citons à titre d’exemple le dictionnaire trilingue publié vers 1535 par Jodocus Gutknecht: Vokabular latěně, česky a německy každému mladému i staremu velmi potrebny a užitečny. Vocabu­laris rerum [Nürnberg, (Jodocus Gutknecht) vers 1535] (Knihopis 1891): 18 C’est-à-dire: « ne sois pas avare quand tu achètes un livre ». Straipsniai / Articles 39 ILJA LEMEŠKIN Si tu veux connaître trois langues célèbres et épargner argent et peine sans quitter ton foyer, tu as maintenant la connaissance et le livre. Lis donc pour toi-même et tu verras avec gratitude ce qui t’a été écrit brièvement, car sans parole et sans réflexion, l’homme n’est rien. « Si tu veux apprendre trois langues célèbres et économiser de l’argent et des soucis sans nuire à ton foyer, tu as maintenant la connaissance et le livre. C’est pourquoi lis pour toi-même et médite avec gratitude sur ce qui t’est brièvement écrit, car sans parole et sans compréhension, l’homme n’est rien. » Cette cohérence et ces caractéristiques stylistiques constantes sont sans aucun doute propres également à la littérature de K. Burg lui-même et à l’éditeur C. Schnauss, qui adapte ici le type d’innovation examiné19 en fonction de besoins spécifiques: a) 1550: Du nouvel=|| Abgot né à Babel. Un écrit=|| qui, par les marchands de Ro=||dis, fut porté comme une vérité à Venise et en Italie || puis, plus tard, de Rome, le dernier jour de décembre || 49, et de Venise, le 9 janvier || de cette année cinquantième, etc.|| Écrit aux marchands d’Au=||gsbourg. 1550 (C.S.A.) (VD16 ZV 30501) Achète-moi, ô pieux chrétien, en toute fidélité; que la peine de lire ne te rebute pas. Car cela te concerne grandement, à cause de la ruse de Satan. b) 1550: Nouvelle=|| nouvelle.|| Du nouvel Abgot né à Babel. Un écrit=|| qui, par les marchands de Rhodes, fut porté comme vérité à Venise et en Italie,|| puis, plus tard, de Rome, le dernier jour de décembre|| 49, et de Venise, le 9 janvier|| de cette année cinquantième, etc.|| Écrit aux marchands d’Au=gsbourg. (C.S.A.) (VD16 ZV 13960) Achète-moi, ô pieux chrétien, en toute fidélité; que la peine de lire ne te rebute pas. Car cela te concerne grandement, à cause de la ruse de Satan. 19Dans les livres de C. Schnauss, on trouve d’autres innovations typologiques, dont le contenu est adapté à d’autres publications, par exemple: Un autre récit en chanson/ || Que l’homme mette toute son espérance et || sa confiance éternellement et uniquement en Dieu || [etc. C’est en toi seul, Seigneur || Jésus-Christ. (1550, VD16 S 3184); La parole du SEIGNEUR demeure éternellement / || Nous la laisserons régner. || Qu’elle nous édifie désormais dans l’amour et la joie / || et nous conserve dans la constance. ([1552], VD16 S 3174); Avec l’aide de Dieu: jaune, noir, vert et blanc/ || Gardez le prix en Saxe et en Hesse. || Dieu accordera sa grâce dans la joie / Lui donnera paix et longue vie. (1555, VD16 S 3167); Je n’ai ni beaucoup d’or ni d’argent/ || Je suis redevable de ce que Dieu me donne || pour servir chacun avec cela. || Tant que je vis et peux servir. (1564, VD16 S 3168). 40 Acta Linguistica Lithuanica LXXVI „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spausdinti LDK akrostichai FIG. 13. Page de titre de la publication de C. Schnauss de 1550 Von dem newgebornen Abgott zu Babel Straipsniai / Articles 41 ILJA LEMEŠKIN c) 1555: Etwas neus: || Ein sehr andechtige Predig/ welche || der heylig Weyhbijchhoff zu Bamberg || in eygner person bey S. Mertin/ mit seufftzen und threnen gethan hat am Palmen Sontag im 1555 jare/ von dem || seligen Einreiten unsers lieben Herrn vnd Heylands || Jhesu Christi/ zu Jherusalem geschehen [et]c. || Auch dabey des H. Mans vberauß || wunderbarlicher Treume zwene/ auß || welchen mann künstlich Kochen vnd Lachen lernen mag [et]c. || Endtlich aber/ Ein wunderliche schöne Historia von dem || Palmweihen/ durch des Weihbijchoffs Leutenampt [et]c. (mei N. der heißt C. Schnaub; Laus Deo Omnipotenti/ Anno 1555 Adij 3 May) (VD16 S 3166) (fig. 14). À la louange et à la gloire du Dieu très-haut, au dépit du diable et de sa troupe. Achetez-moi et aimez-moi (ô) pieux chrétien, apprenez ce que sont votre consécration et votre sermon Ainsi, le vers de quatre pieds des quatrains invocatoires Fromer Christ Kauff vnd lieb mich in Treuen C. Schnausso a, d’après les sources accessibles, été utilisé pour la première fois dans la relation de 1546 sur le Diable et le pape – Pasquillus. New Zeyttung Vom Teuffel ([Coburg], 1546). La personnification du livre découle de l’anonymat apparent de son auteur (de même que dans le catéchisme de 1547). La phrase citée ci-dessus a ensuite été modifiée à plusieurs reprises et réutilisée sous différentes formes, adaptées aux nouvelles publications. Les livres où l’on trouve un motif identique ou similaire Fromer Christ Kauff vnd lieb mich in Treuen – Kauff mich O fromer Christ in trewen – Kauff vnd Lieb mich (O) frommer Christ ne sont pas tous recensés ici. On ne peut exclure que C. Schnauss ait utilisé ce modèle poétique dans des publications antérieures qui nous sont encore inconnues ou qui ne nous sont pas parvenues. Il est également possible que cette structure ait été employée avant C. Schnauss. L’invocation au lecteur ici étudiée fut publiée sans changements importants jusqu’au début du XVIIe siècle. Les éditions ultérieures (par ex.: 1580, VD16 ZV 11492; 1600, VD17 14:68686C; 1605, VD17 3:019348C) témoignent de la popularité exceptionnelle de la relation. En 1546, les protestants lisaient et diffusaient avec ferveur cette satire politique, qui réagissait aux événements les plus actuels de la guerre de Smalkalde. Toute l’Europe occidentale suivait alors ces événements. Cinquante ans plus tard, l’actualité de l’époque n’était plus aussi intéressante ni compréhensible, mais le lecteur continuait de satisfaire ses besoins littéraires grâce à la forme attrayante du dialogue humaniste. Les nouvelles éditions sont accompagnées d’une gravure représentant les personnages intemporels de la relation: le pape et le diable (fig. 15). 5. Le catéchisme en lituanien imprimé en caractères gothiques en 1547 se termine au f. 20r. À partir du f. 20v commence une œuvre nouvelle par son genre et sa paternité: PRADESTYSE giełfmes schwentas. Le catéchisme se clôt sur un fragment en prose, Upaminagimas, dans lequel M. Mažvydas s’adresse de nouveau aux « frères et sœurs », leur demandant humblement 42 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spaudinti LDK akrostichai FIG. 14. Page de titre de la publication de C. Schnauss de 1555 Etwas neus: Ein sehr andechtige Predig... Straipsniai / Articles 43 ILJA LEMEŠKIN FIG. 15. Édition du début du XVIIe siècle de la relation de C. Schnauss Newe Zeitung/ || Vom Teuffel uñ Bahst/ || wie sie untereinander Gesprech halten / || kurtzweilig vnnd sehr luftig zu lesen ([1605]) (VD17 3:019348C), page de titre à recevoir le « bref enseignement » et à le retenir. Upaminagimą est couronné par une brève note, Gals, qui trace une démarcation entre les différentes parties de l’édition de 1547. Au bas de la même feuille (f. 20r) figure un séduisant quatrain, Skaititiaip, qui correspond aux quatrains invocatoires de C. Schnauss et d’autres éditeurs: Upaminagimas. PRaſchau aſch jus Letuwinikus ir ſße=maiczius miloſius bralius ir ſeſeris, preg=tam ir upaminaui jus per Pāną Ieſuſą Chriſtuſą at pirtkagi bei iſſanitagi muſu idant ta trumpa maſſla iſchmaktumbet ijr wiſada atmintumbet, ſunus iſuſu ir ſchei=mina turit iſchmakiti. A iſchguldimo pla=teſnia iſch kazanes ir patam iſch dideſnia katechiſmuſa makikietele. A ſchitą mana darba ijr prakaita uſz gier preimtumbet praſchau. Gals. Skaititiaip. Cher frère, en lisant ceci, sache que ma langue a maintenant failli. C’est pourquoi, si tu y trouves quelque erreur, corrige-la sans querelle ni envie. 44 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spaudinti LDK akrostichai FIG. 16. Fin du Catéchisme de M. Mažvydas (f. 20r) Straipsniai / Articles 45 ILJA LEMEŠKIN Le quatrain textuel par créé par M. Mažvydas figure à la fin du colophon du Catéchisme et correspond à l’invocation habituelle du contenu ad lectorem. Du point de vue formel, on remarque un lien intéressant entre la préface lituanienne et la fin du Catéchisme: les unités qui encadrent le texte principal — toutes les deux, et elles seules! — sont versifiées de la même manière. On relève encore un autre trait unificateur important: le quatrain final et la préface commencent par un distique autonome (c’est-à-dire achevé par un point), qui présente la même combinaison de lettres BJ. Que cette coïncidence ne soit pas fortuite ressort de la comparaison des deux premiers vers: BRMais chers frères, achetez-moi et lisez-moi / Jcar, en lisant ainsi, vous comprendrez. Bralau milaſis, ſkaitidams tatai ſzinaſy / Jag taſſai lieſzuwis dabar reiſchkiefy. Les passages cités commencent par des apostrophes au pluriel et au singulier, qui s’ouvrent sur le même lexème BRalei / Bralau, puis par les participes présents au pluriel et au singulier ſkaitidami / ſkaitidams ainsi que par le pronom tatai. On a l’impression qu’un distique a été composé en tenant compte de l’autre. Étant donné la source imprimée du distique de la préface, il faut penser que l’invocation finale a modifié le distique de la préface, et non l’inverse. Les rapprochements énumérés peuvent s’expliquer de deux façons. Premièrement. Les deux premiers vers du quatrain Skaititaiap ont d’abord été écrits et destinés à la préface, au début du livre. La préface lituanienne aurait alors pu se présenter à peu près ainsi: *Bralau milaſis, ſkaitidams tatai ſzinaſy / Jag taſſai lieſzuwis dabar reiſchkiefy. Makſla ſchito tewai [tavo] trakſzdawa tureti. Ale to negaleia ne wenu budu gauti. Regiety to nareia ſawa akimis / Taipyr ilchgirſti ſawa auſimis. Jau nu ka tewai nakada nereg eia / Nu ſchitai wiſs [tavimp] ateia. Et ainsi de suite. Plus tard, M. Mažvydas imagina un début de préface plus approprié, auquel il ajouta des impératifs sur le modèle de C. Schnauss. Le fragment versifié auparavant fut supprimé, mais il était dommage de ne pas l’utiliser ailleurs. Deuxièmement. Le début de l’invocation Skaititaiap fut créé sur le modèle du distique antérieur, c’est-à-dire celui de la préface, car la combinaison de lettres BJ était redevenue pertinente pour l’auteur. Cela signifierait que le quatrain qui clôt le Catéchisme se compose d’un petit 46 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spausdinti LDK akrostichai acrostiche. Les lettres BJ, développées en Baccalaureus Juris, désigneraient le même bachelier en droit, M. Mažvydas (comme dans l’acrostiche du prologue précédent). L’abréviation TP, largement répandue dans le latin médiéval, représenterait à son tour le groupe de mots Titul[m] Posuit, « il a apposé le signe de la croix » (Cappelli 1928: 517). Ainsi, la combinaison de lettres du paratexte final B–J–T–P correspondrait au latin Baccalaureus Juris Titulum Posuit, « le bachelier en droit a apposé le signe de la croix », autrement dit « M. Mažvydas a béni ». Un acrostiche de ce contenu et de cette fonction conviendrait parfaitement à cet endroit, puisque l’auteur y achève son œuvre et « prend congé ». Rappelons que M. Mažvydas connaissait les acrostiches placés à la fin d’un livre. Il s’est présenté de manière similaire dans l’ouvrage Forma Chrikſtima. Depuis l’époque de Jan Safarewicz, l’opinion selon laquelle l’acrostiche de 1559 serait imparfait s’est malheureusement imposée: « Akrostych nie jest doskonały: po imieniu Martinus stoi jeden jeszcze wiersz, zaczynający się od S–, tak samo po nazwisku Maswidas ukazuje się jeszcze M– » (Safarewicz 1946: 65). Le chercheur polonais a tenté d’expliquer les lettres « surnuméraires » <S> et <M> par le fait que, contraint par la forme versifiée — des strophes de 9 vers —, M. Mažvydas n’aurait pas réussi à maîtriser l’original. Cette explication nous paraît peu convaincante, car les acrostiches ne comportent pas d’éléments non systématiques, c’est-à-dire de lettres non motivées qui viendraient perturber le texte, rigoureusement structuré à la verticale. La dernière pièce traduite, Giefme duchauna / ape muſu S. Chrikſta fuguldīta nūg D. Mart. Luthe-ra (f. CIIIr–CVv), s’achève sur trois strophes de même longueur, dont deux (l’avant-dernière et celle qui la précède) indiquent le nom et le prénom du traducteur et créateur du livre, mais pas seulement: M-A-R-T-I-N-V-S-S – M-A-S-W-J-D-A-S-M. Cette petite pièce combinatoire se lit (voir, par exemple, l’insertion d’une cryptogramme par C. Schnauss en 1546) comme MARTINVS-MASWJDAS–SM, c’est-à-dire Martinus Maswid[iu]s significamus, « [nous] désignons / signifiions Martynas Mažvydas » (pluralis auctoris / modestiae en combinaison avec l’abréviation SM du latin médiéval; à propos de cette dernière, voir Cappelli 1928: 354). Cela correspondrait au « M. Mažvydas a béni » du Catéchisme. La strophe suivante (la dernière dans l’ordre) apporte enfin l’« expression » verbale de M. Mažvydas, c’est-à-dire ce qu’il « signifie » brièvement au lecteur sous la forme d’une courte prière: Diewui Tewui ſchlowe dūkem Ir Jheſu Chriſtu garbinkem Bei Dwaſſe ſchwenta laupſin=kem Wienam Diewui dekawokem Kurs iſtates eſt Chriſkſtima Ant ghreku aptźiſtighima Bei amſzina iſchganima Nūg Chriſtaus apſſadeta Jem buk amſzina garba. Amen. Straipsniai / Articles 47 ILJA LEMEŠKIN On pourrait donc conclure que l’ouvrage de 1547 contient probablement deux acrostiches inscrits en latin dans le paratexte versifié lituanien du livre. L’acrostiche qui clôt le Catéchisme prolongeait et développait sémantiquement celui du prologue: B-J-M-A-R-T-J-N-V-S-M-A-S-V-J-D-J-V-S – <le texte du Catéchisme> – B-J-T-P, « le bachelier en droit Martynas Mažvydas < – > le bachelier en droit a béni ». Ainsi, au sein de cette compilation anonyme, le compilateur a délimité sa part d’auteur. Le recours aux ressources du latin pour réaliser ces petites pièces combinatoires montre qu’elles ne s’adressent pas à un simple paysan. L’« utilisateur » ordinaire du Catéchisme — le Lituanien qui lit, écoute, chante et apprend l’écriture ainsi que les vérités religieuses élémentaires — ne les aurait ni remarquées ni appréciées. Les acrostiches s’adressent à un lecteur professionnel, à un homme des livres, et avant tout aux prêtres de diverses doctrines. Nous sommes enclins à penser que le procédé expressif employé est étroitement lié au prologue du catéchisme de 1547, adressé aux mêmes « pasteurs et serviteurs de l’Église de Lituanie ». Dans la dédicace et le prologue en latin, M. Mažvydas critique vivement le Grand-Duché de Lituanie et l’ensemble de son clergé catholique, qui « protège » le peuple des Saintes Écritures (C. Schnauss en parle également). L’acrostiche latin est directement rattaché à la dédicace et au prologue latin; on ne peut donc affirmer que le prologue n’était pas signé. Au XVIe siècle, une personne sachant lire le latin et maîtrisant la poésie combinatoire n’était pas prisonnière d’une pensée atomiste (elle ne séparait pas les sources selon la langue et ne les « faisait pas mijoter dans leur propre jus » comme objets d’étude lituanistes ou « étrangers »). Elle était donc capable non seulement de lire l’acrostiche latin qui suit, mais aussi de le relier aux éléments paratextuels latins qui l’entourent ou se trouvent ailleurs. Cette « signature » savante achevait comme il se doit le prologue latin. Après avoir vivement critiqué les prêtres catholiques, M. Mažvydas signe de manière appropriée: par l’abréviation BJ, il montre qu’un auteur aussi sévère n’est pas né de la dernière pluie. Il est en droit de tenir un discours sévère à l’égard des prêtres éloignés de la véritable Église, puisqu’il connaît lui-même les canons de l’Église. Bachelier en droit canonique, B. J. Martinus Masvidius rappelle dans son prologue l’organisation de l’Église chrétienne primitive; il promet de ne pas aborder (ce qui signifie qu’il le pourrait en principe) « les questions religieuses les plus secrètes et controversées », etc. En s’adressant à un lecteur averti, M. Mažvydas ne s’est pas limité à la combinatoire dans le paratexte de son livre. L’auteur n’a pas non plus évité les allusions littéraires subtiles. Il l’a fait en tenant compte des « best-sellers » protestants les plus en vogue de l’époque, en l’occurrence d’une relation particulièrement populaire — à en juger par le nombre d’éditions de 1546 et celui des exemplaires conservés — sur le pape et le Diable. La personnification du livre, en 1546, sembla utile et commode à C. Schnauss pour publier un ouvrage « anonyme », car le Pasquino fictif dissimulait le véritable auteur, qui ne pouvait promouvoir l’ouvrage sous son propre nom (comme auteur et/ou éditeur). Cette tâche fut confiée avec succès au livre lui-même, qui se met soudain à parler au lecteur. 48 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII „Pirkit mane ir skaitykit“. Pirmieji spaudinti LDK akrostichai Sur la page de titre du catéchisme de 1547, le créateur du livre n’est pas non plus mentionné. Il est tout à fait possible que le Catéchisme soit devenu une publication anonyme sous l’influence de la publication de C. Schnauss. Il semble qu’il existe un lien étroit entre l’anonymat supposé des publications de C. Schnauss et de M. Mažvydas et la personnification du livre. M. Mažvydas a repris de manière créative l’invocation à caractère publicitaire, et plus précisément la formulation centrale du quatrain d’invocation Fromer Christ Kauff und ließ mich, au début de la préface lituanienne, puis plus loin, en développant le motif du livre « parlant ». Après avoir adapté l’invocation au lecteur en lituanien, il a composé, selon le même modèle allemand ou/et tchèque du quatrain d’invocation (en tenant également compte du début de sa préface lituanienne), une brève pièce versifiée finale Skaiti- taip. Lorsque nous évoquons la ou les sources possibles, nous employons délibérément le pluriel. Il ne semble pas y avoir de raison de penser que, lorsqu’il rédigeait le Catéchisme, M. Mažvydas ne connaissait pas l’allemand ou ne pouvait pas puiser dans les relations allemandes de C. Schnauss. L’interprétation de la lettre II de M. Mažvydas (au plus tard de février 1549), qui continue de déterminer l’opinion traditionnelle, nous semble trop radicale, littérale et détachée du contexte plus large de la lettre. Dans sa lettre adressée au duc Albrecht, l’expéditeur demande à être nommé pasteur à Labiau ou à Ragnit. Selon M. Mažvydas, la première paroisse lui conviendrait moins, car il ne connaît pas du tout l’allemand (non calleo aliquantulum Germanice; traduction de M. Ročka: « je ne parle pas du tout allemand »). Il faut comprendre qu’un grand nombre d’Allemands vivaient déjà alors à Labiau, et qu’il n’aurait pas été en mesure de leur apporter un accompagnement spirituel approprié. L’aptitude d’un pasteur était et demeure évaluée selon sa capacité à lire non pas un livre, mais un sermon. En raison de défauts de prononciation, un pasteur étranger devenait souvent la cible de moqueries (rappelons la polémique philologique de 1706). Faute des compétences orales nécessaires, M. Mažvydas prie discrètement le duc de le nommer dans une paroisse lituanienne, même si, faute d’autre solution, il irait aussi à Labiau (c’est-à-dire qu’il serait contraint d’y exercer son ministère comme il le pourrait, sans pratique suffisante de la langue, et en allemand?). La lettre traite donc du ministère pastoral, c’est-à-dire de la lecture des sermons, et non d’une simple conversation quotidienne ni d’une compréhension générale de la langue. La maîtrise d’une langue, hier comme aujourd’hui, est une notion vaste, et il faut tenir compte de sa fonction. En 1549, M. Mažvydas, eruditus, lisait probablement couramment l’allemand, le polonais, le tchèque, le ruthène, le prussien, etc., mais, arrivé en Prusse pour prêcher, il était capable de le faire dans sa langue maternelle. Les éléments analysés dans cet article confirment également une certaine connaissance de l’allemand et/ou du tchèque. 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Les premiers acrostiches imprimés dans le Grand-Duché de Lituanie RÉSUMÉ En tant qu’éditeur poursuivant la tradition de l’imprimerie dans le Grand-Duché de Lituanie (GDL), Martynas Mažvydas aurait dû tenir compte du Petit livre de voyage de Francisk Skorina. Les livres de Mažvydas et de Skorina comparés dans cet article ont un format uniforme et des objectifs similaires. Les deux livres, qui furent les premiers imprimés dans le GDL, décrivent les circonstances de leur origine, c’est-à-dire leurs liens avec le compilateur, l’auteur et l’éditeur, au moyen d’acrostiches — un procédé subtil de poétique combinatoire. Le paléotype ruthène de 1522 témoigne de deux principes de composition de l’acrostiche: alphabétique et personnel. Dans la préface lituanienne, Mažvydas a utilisé un acrostiche personnel. La comparaison avec l’acrostiche ruthène montre que sa position avant le nom et sa fonction de représentation exigeaient un titre universitaire. La combinaison de lettres BJ formée par les deux premiers vers de la préface révèle le titre universitaire conféré: baccalaureus juris, « bachelier en droit ». En composant le premier couplet de la préface lituanienne, Mažvydas s’est référé à la source imprimée de 1546 — une relation satirique de Schnauss sur le diable et le pape, dans laquelle le livre s’adressait au lecteur de la manière suivante: Fromer Christ Kauff und ließ mich (ou à sa traduction tchèque de 1547, où l’on employait les formes plurielles pertinentes: Milij Krześtiane Kupugte a cztiete mne). L’écart par rapport à l’original observé dans l’adresse (Fromer Christ/ Milij Krześtiane, mais BRalei ſeferis) s’explique par la tentative de composer un acrostiche. L’auteur voulait placer la lettre B (< baccalaureus) au début de la préface, c’est-à-dire de l’acrostiche, et avant le nom. Un acrostiche figure à la fin du Catéchisme, à l’emplacement d’un colophon: la combinaison de lettres du dernier quatrain B-J-T-P correspond au latin Baccalaureus Juris Titulum Posuit, « le bachelier en droit a tracé le signe de la croix », ce qui signifie que « Mažvydas a donné sa bénédiction ». En rédigeant le début de l’acrostiche, l’auteur a tenu compte d’une partie du paratexte de type appellatif caractéristique des livres de l’époque: l’invocation au lecteur, qui prenait souvent la forme d’un quatrain sur la page de titre. Le quatrain de Schnauss datant de 1546, qui a également influencé Mažvydas, a gagné en popularité parmi les protestants en 1546–1547. Cette relation destinée aux protestants les informait de la fin de la guerre de Smalkalde, c’est-à-dire du conflit entre protestants et catholiques. Le grand nombre d’éditions publiées en 1546 et les exemplaires conservés montrent que le texte a été lu dans toute l’Europe protestante. Reçu le 8 décembre 2017. ILJA LEMEŠKIN Institut de langue lituanienne Petro Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius, Lietuva [email protected] 52 Acta Linguistica Lithuanica LXXVII