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Le héros dans la chanson de geste: l’exemple de La Chanson de Roland

Benito Pérez, Santiago

Abstract

Departamento de Filología Francesa y Alemana

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GRADO EN LENGUAS MODERNAS Y SUS LITERATURAS TRABAJO FIN DE GRADO Le héros dans la chanson de geste: l’exemple de La Chanson de Roland Presentado por: Santiago Benito Pérez Dirigido por: Emma Bahillo Sphonix-Rust Año 2019 DECLARACIÓN PERSONAL DE NO PLAGIO D. Santiago Benito Pérez, con N.I.F.: 71187250L, estudiante del Grado en Lenguas Modernas y sus Literaturas en la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Valladolid, curso 2018/2019, como autor/a de este documento académico, titulado: Le héros dans la chanson de geste: l’exemple de La Chanson de Roland y presentado como Trabajo de Fin de Grado, para la obtención del Título correspondiente, DECLARO QUE es fruto de mi trabajo personal, que no copio, que no utilizo ideas, formulaciones, citas integrales o ilustraciones diversas, extraídas de cualquier obra, artículo, memoria, etc. (en versión impresa o electrónica), sin mencionar de forma clara y estricta su origen, tanto en el cuerpo del texto como en la bibliografía. Así mismo, que soy plenamente consciente de que el hecho de no respetar estos extremos es objeto de sanciones universitarias y/o de otro orden legal. En Valladolid, a 15 de julio de 2019. Fdo.: ________________________________ INDEX RÉSUMÉ .................................................................................................................. 1 RESUMEN ............................................................................................................... 2 INTRODUCTION ................................................................................................... 3 CHAPITRE 1 Notions générales……………..………………………………..….. 8 CHAPITRE 2 Le Héros…………...…………………………………………...…. 14 CHAPITRE 3 Le portrait du héros dans la Chanson de Roland………………..19 CHAPITRE 4 Le domaine spatial……………..………. …………………………21 CHAPITRE 5 L’importance du symbolique…………………………….………...29 CONCLUSIONS…………………………………………………………………… 30 BIBLIOGRAPHIE ………………………………………………………….……….33 1 RÉSUMÉ La figure du héros littéraire au Moyen Âge est utilisée pour rassembler et représenter les valeurs et caractéristiques propres à une société donnée de manière symbolique, dont le féodalisme, la guerre et la religion, et de cette façon les renforcer et établir un sentiment d’appartenance à une nation ou un groupe à travers ce personnage collectif à qui tous les individus peuvent s’identifier. On présente ensuite une étude littéraire et théorique de cette figure. On part de l’analyse de la Chanson de Roland et de son personnage éponyme pour établir ses principales caractéristiques ainsi que celles de la propre chanson de geste et l’espace dans lequel elle se déroule en vue de séparer les éléments propres à cette œuvre et garder ceux qui peuvent être communs au personnage du héros en général. Comme technique de séparation de ces deux grands types d’éléments on a décidé d’argumenter sur la base d’auteurs spécialisés dans la civilisation et la littérature du Moyen Âge comme Marc Bloch, Jacques Le Goff ou Georges Duby ainsi que sur la base d’études universitaires axés sur la figure de Roland comme Substratos míticos en el Cantar de Roldán ou sur l’espace comme Le sentiment de la nature dans la Chanson de Roland. Quelques considérations à propos du vers 814, sans oublier plusieurs dictionnaires littéraires et historiques. On s’est toujours efforcé de remettre tout cela en perspective historique et de mener une étude littéraire à l’obtention des conclusions les plus détaillées et exactes. 2 RESUMEN La figura del héroe literario en el Medievo se utiliza para reunir y representar los valores y el carácter propios de una sociedad determinada de forma simbólica, entre ellos el feudalismo, la guerra y la religión y, de esta forma, fortalecerlos y establecer un sentimiento de pertenencia a una nación o un grupo a través de este personaje colectivo con el que todos los individuos se identifican. A continuación se muestra un estudio literario y teórico de esta figura. Se parte del análisis del Cantar de Roldán y su personaje homónimo para establecer sus principales características, así como las del propio cantar de gesta y el espacio en el que tiene lugar para separar los elementos propios de esta obra y conservar los que pueden ser comunes a la figura del héroe en general. Como técnica de separación de esos dos grandes tipos de elementos se decidió argumentar sobre la base de autores especializados en materia de civilización y la literatura de la Edad Media como Marc Bloch, Jacques Le Goff o Georges Duby, así como a partir de estudios universitarios centrados en la figura de Roldán como Substratos míticos en el Cantar de Roldán o en el espacio como Le sentiment de la nature dans la Chanson de Roland. Quelques considérations à propos du vers 814, sin olvidar varios diccionarios literarios e históricos. Siempre nos hemos centrado en darle a todo esto una perspectiva histórica y llevar a cabo un estudio literario para la provisión de los resultados más amplios y exactos posibles. 3 INTRODUCTION Tout au long de l’histoire, une diversité de groupes sociaux a toujours existé et coexisté, en produisant d’innombrables relations de toutes sortes, notamment d’affinité et de confrontation. C’est le cas de la noblesse classique et les hommes se présentant comme des membres d’une familia, c’est-à-dire des serviteurs groupés autour d’un maître, qui resteront dans l’histoire comme des chevaliers, une nouvelle aristocratie qui sera renforcée avec le temps. De cette façon, on assiste à la création de personnages appartenant à cette élite à mi-chemin entre la réalité et la légende, laissant des figures emblématiques telles que Siegfried en Allemagne, Igor Sviatoslavitch en Russie, Rodrigo Díaz de Vivar en Espagne ou Roland en France. Au moment de l’apparition des chansons qui nous racontent leurs exploits entre la fin du XIe siècle et le XIIe siècle, les chevaliers jouissaient d’une notoriété importante dans la société de l’époque, même quand ils ont dépassé la condition de noble (Duby). C’est pourquoi on s’intéresse à la figure de Roland, qui incarne toutes les conditions pour être considéré un homme au sommet de la pyramide de la société féodale, car en plus d’être chevalier aussi il est noble. C’est la figure du noble qui, au premier âge féodal, est monté en puissance à cause des troubles des États et la généralisation des liens personnels et vassaliques, devenant ainsi une classe suprématiste dans la hiérarchie médiévale (Bloch). Selon Le Goff (2005), Roland est un préfet de la marche de Bretagne qui est rapidement devenu le neveu de Charlemagne, ce qui n’a pas empêché la théorie de la paternité du roi des Francs à la suite d’une relation incestueuse avec sa sœur qui n’a jamais cependant été considérée comme la véritable lien de parenté entre les deux. Son histoire a à voir avec les campagnes militaires de Charlemagne en Espagne, où l’empereur a déployé son armée pour combattre l’hérésie des sarrasins, particulièrement ceux de Saragosse, qui proposent à Charles une paix trompeuse. Face à cette situation, Roland fait sa première intervention en faisant preuve de son caractère belliciste quand il recommande l’attaque contre la ville espagnole (Le Goff, 2005). Roland, on le verra, est une figure à mi-chemin entre la légende et l’histoire. Il s’agit donc d’un personnage très bien encadré dans la société historique de l’époque, 4 même s’il est aussi fortement marqué par des composants mythiques que l’on commentera et qui font de lui l’un des personnages historiques et littéraires les plus riches et intéressants de la France. En ce qui concerne l’importance de Roland dans la littérature française, on ne peut pas nous limiter à la chanson objet de notre étude car, bien qu’elle soit une référence essentielle, on ne pourrait pas se permettre d’ignorer l’étendue considérable de Roland hors de sa chanson éponyme. En fait, la Chanson de Roland est considérée comme l’œuvre fondatrice de la littérature en français et son héros comme le premier exemple d’une culture et d’une identité française qui commençaient à se construire au Moyen Âge (Le Goff, 2005) Revenant à la question de la parenté avec Charlemagne, bien qu’il ne soit pas considéré comme le père biologique de Roland, il répond aux compétences parentales en tant que figure d’autorité, de pouvoir ou d’alimentation bien mieux que Ganelon, le beau-père du héros. La relation affective entre l’oncle et le neveu est beaucoup plus solide que celle avec son beau-père, dont les références sont quasiment inexistantes, ce qui apparaît dans la plupart des légendes médiévales, où le développement de la relation parent-enfant est incompatible avec la relation oncle-neveu (Aramburu et Ruiz). Cette habitude étant si largement suivie dans la littérature épique du Moyen Âge, c’est facile de penser que ce traitement si particulier de la figure de l’oncle a des bases historiques et anthropologiques. A. R. Radcliffe-Brown confirme que quatre types de relations entre oncle et neveu peuvent être données : bien l’oncle prend le contrôle de la relation, comme c’est le cas ici, ou c’est le neveu qui le fait ; mais d’un autre côté, si le père est gentil, c’est l’oncle qui représente la dureté et la discipline ou à l’inverse (Aramburu et Ruiz). Il convient de tenir compte des réseaux d’obéissances auxquels est soumis l’individu médiéval influent de manière significative dans sa description, en raison du poids de la collectivité. En fait, quel que soit le groupe auquel il appartient, celui-ci est prédominant: le héros n’est jamais représenté avec ses particularités (Le Goff, 1977). Précisons cependant que Roland ne nous est pas présenté comme un seigneur féodal, qui a acquis une notoriété importante à partir du IXe siècle, bien que la figure de son ami Olivier laisse entrevoir un éventuel lien de vassalité, que l’on verra plus tard. (Bloch) 5 Pour qu’un chevalier comme Roland acquière la qualité de héros, il a besoin de surmonter une série d’épreuves qui devraient lui permettre de démontrer ses vertus. (Martin). C’est la chanson de geste, un sous-genre littéraire que l’on abordera plus tard, et qui est lié aux événements qui sont survenus au cours du règne de la dynastie carolingienne ou, d’une façon exceptionnelle, à celui des Capétiens, qui nous permet une connaissance profonde de cette figure (Gauvard, de Libera, Zink). Parmi toutes ces chansons, plusieurs ont pour thème principal la croisade contre les infidèles musulmans, comme c’est le cas de l’œuvre qui nous occupe, mais ce n’est pas la seule thématique traitée par les chansons de geste, car la principale caractéristique parmi les diverses acceptions possibles du terme geste au Moyen Âge a à voir avec l’héroïcité et la guerre : « exploits héroïques, [...] histoire relatant ces exploits, lignage héroïque, ensemble de textes relatant les exploits d’un même héros ou d’un même lignage » (Gauvard et al., p. 254), c’est pour cela que plus de 80 témoignages écrits en dehors du cycle des croisades sont conservés sous forme de chansons de geste. La longueur de ces compositions varie entre les 900 vers du Pèlerinage de Charlemagne et les 20.000 de Tristan de Nanteuil. L’époque de production des chansons de geste s’étend de la fin du XIe siècle jusqu’au XVe siècle en donnant lieu au cours des siècles à des adaptations en prose des œuvres et cycles les plus appréciés par le public (Gauvard et al.). Maintenant que l’on connaît l’existence de tant de chansons de geste si variées, il faut préciser que la figure de Roland n’est pas uniquement présente dans la Chanson de Roland. Les œuvres dans lesquelles l’incomparable personnage de Roland apparaît sont nombreuses, tant au Moyen Âge que dans les siècles suivants (Le Goff, 2005). Bien que la question de cette étude soit la Chanson de Roland, il convient s’expliquer brièvement certaines des chansons de geste qui ont choisi la figure de Roland, afin de mieux comprendre l’ampleur de ce personnage. Pour cela on se concentrera sur Aspremont et Girart de Vienne. L’importance de la Chanson d’Aspremont réside dans la jeunesse de Roland, où il apparaît comme un enfant considéré trop jeune pour lutter et qui échappe sa surveillance pour joindre l’armée impériale (Gauvard et al.). 6 Pour ce qui est de Girart de Vienne, il situe également le récit de la jeunesse d’un Roland, cette fois un peu plus mature, ainsi que le début de l’amitié entre le neveu de Charlemagne et Olivier, grâce à l’intercession divine au milieu d’un combat entre les deux chevaliers qui débouche sur la promesse de mariage entre Roland et Alde, la sœur d’Olivier (Gauvard et al.). En outre, on a remarqué que la figure de Roland est vraiment secondaire dans ces chansons, au profit de son oncle, par rapport à la Chanson de Roland. Il est également curieux de voir la transformation de la figure de Charlemagne, surtout dans cette dernière chanson où l’empereur franc et son armée ne sont pas les personnages principaux, mais plutôt l’antagoniste du véritable héros de cette œuvre : Girart de Vienne. Le roi franc nous est présenté en tant que souverain orgueilleux, incapable d’accepter et réparer l’affront que sa femme a infligé à Girart (Gauvard et al.). Charlemagne se montre, en fait, injuste avec son fidèle écuyer auquel il avait remis la seigneurie de Vienne et Dauphiné. C’est Girart qui montre sa magnanimité en s’humilient devant un roi vaincu en combat, et dont la réputation a diminué par l’éclat d’une guerre injuste (Gauvard et al.). En raison de la petite place que, comme on l’a bien vu, l’on accorde à Roland dans les autres chansons de geste de l’époque, plus ciblées dans le développement d’autres personnages, on a choisi de se nourrir d’une source plus exhaustive de données sur ce héros. Dans la Chanson de Roland, les paramètres du héros qui seront appliqués après à d’autres personnalités héroïques comme Girart de Vienne lui-même, sont déjà établis. Roland n’est plus présenté comme un enfant ou comme un jeune chevalier qui, pour être franc, était déjà assez mature et estimé en tant que guerrier dans le Girart de Vienne. C’est cependant dans cette chanson qu’il est pourvu de la dignité héroïque en apparaissant comme personnage principal et représentant des valeurs d’une communauté, ainsi que pour sa mort en sacrifice, pour la dignité, la gloire et l’honneur de son pays ainsi que son souverain. Quand on parle de défense des valeurs de la communauté, l’exemple par excellence est l’opposition interreligieuse. 13 Tableau 1.1 : Théories de l’origine de la Chanson de Roland Théorie des cantilènes Théorie individualiste Théorie néotraditionaliste Origine Les événements héroïques euxmêmes La collection de textes origin aux La Vita Karoli Auteur Tradition orale Turold Tradition orale (Éginhard) Précurseurs Cantilènes Création originale « Chants de nouvelles », Vita Karoli Œuvre théorique majeure Histoire poétique de Charlemagne , Gaston Paris Les légendes épiques , Joseph Bédier La Chanson de Roland et la tradition épique des Francs , Ramón Menéndez Pidal Source : Élaboration ad hoc 14 CHAPITRE 2. LE HÉROS En partant du principe que l’on considère Roland comme un héros (Le Goff, 2005), il convient de savoir quels sont les références historiques et littéraires objectives qui encadrent Roland dans ce rôle. Comme point de départ, on prendra en compte le sens primitif du terme héros dans l’antiquité gréco-latine comme un personnage hors du commun, le plus souvent pour son courage et ses victoires, qui ne lui permettaient cependant pas d’accéder au statut de dieu ou demi-dieu (Le Goff, 2005). Au niveau littéraire, et selon le Dictionnaire du Littéraire d’Aron, Saint-Jacques et Viala, il s’agit d’un personnage reconnaissable pour être la figure principale de l’ouvrage à laquelle il donne parfois son nom, et parce que c’est lui qui est chargé de défendre les valeurs en vigueur. Dans ce contexte, le héros reçoit sa dignité par les combats dans lesquels il a donné gloire à son peuple. Cependant au Moyen Âge, le héros issu de la mythologie est acceptée car sa figure provient d’un mélange d’Histoire et légende produite par la popularisation des chansons de geste, qui cherchaient à transmettre les valeurs médiévales (Aron et al.). Déjà sur le plan historico-social, on doit oublier la notion du héros, qui n’existait pas, et chercher un équivalent dans les figures du noble et du chevalier. Selon Duby, tous les nobles étaient libres et leurs qualités et titres étaient transmis par le sang, c’est le cas de Roland, qui était comte. À cette noblesse s’opposaient cependant des hommes appartenant à une familia, c’est-à-dire un groupe de serviteurs constitué autour d’un maître. Ce sont les chevaliers que l’on avait déjà évoqué dans notre introduction, qui formeront la base de la figure de héros construite au Moyen Âge, et qui gardent le sens original du terme en tant que personnage extraordinaire connu pour ses exploits guerriers. Au début du XIIe siècle, moment de la rédaction de la Chanson de Roland, la coexistence de la noblesse et la chevalerie n’était plus impensable, en fait le héros Roland détenait ces deux aspects. 15 Au tableau 2.1 on dresse un classement des nomenclatures utilisées pour mentionner Roland. On n’y mentionne pas tous ses surnoms, puisque ce serait très complexe de faire un classement de cette envergure, mais nous reprenons les éléments les plus pertinents, les parties dans lesquelles ils apparaissent, ainsi que le nombre de fois qu’ils sont mentionnés. Tableau 2.1 : Dénominations rolandiennes La trahison (Vers 1813) La défaite (Vers 8142396) La victoire (Vers 23973674) La justice (Vers 3675 - 4002) Total Cunte/Quens 15 37 4 0 56 Barun 7 3 2 0 12 Chevaler/Cevaler 4 4 3 0 11 Seignur 5 2 1 1 9 Proz /Riches 2 3 1 0 6 Héros 0 0 0 0 0 Source : Élaboration ad hoc À la vue de ce tableau on est contraint de reconsidérer le poids de la figure du héros, qui n’est pas dûment consignée dans la chanson de geste française. En revanche, d’autres dénominations sont indiquées bien plus assidûment. C’est pourquoi il convient de se référer à l’introduction de Héros & merveilles du Moyen Âge, de Jacques Le Goff (2005), où on constate que le terme « héros », provenant de la culture grecque, disparaît pleinement avec l’arrivée du Moyen Âge et du christianisme en Occident. Cet auteur remarque cependant que « le terme qui, dans le langage médiéval, se rapproche le plus 16 en ancien français de ce que je veux désigner ici (le héros) est le terme de preux » (Le Goff, 2005, p. 7). Ainsi ce mot est-il présent de manière très importante dans la Chanson de Roland, et confirme de ce fait très fortement la théorie de Le Goff, c’est-àdire ce terme désigne le protagoniste du récit, ou l’un des autres personnages possédant cette caractéristique. Ainsi trouve-t-on, parmi les six reprises dans lesquelles Roland est cité, les vers 986 et 987 « Se trois Rollant li proz enmi ma veie, se ne l’asaill, dunc ne faz jo que creire », mais aussi le vers 3180 « Dist Baligant : « Oïl, car mult est proz » », en référence à Charlemagne, et même les vers 1593 et 1594 « Grandonie fut e prozdom e vaillant e vertuus e vassal cumbatant » pour désigner un sarrasin, mais il s’agit d’une exception. Puis, on pourrait éventuellement ajouter que le terme preux ou proz est uniquement réservé aux personnages positifs, et ne peut l’être à des personnages avec des nuances négatives, ou à quelques exceptions près. Cependant, cette acception, à l’instar de d’autres appellations appartenant à la catégorie de l’adjectif, ont peu d’importance par rapport aux titres officiels et nobiliaires comme cunte ou barun. Le terme chevalier n’est pas non plus l’un des termes les plus employés, ce qui est frappant compte tenu de l’importance de cette condition à l’époque où cette chanson a été écrite. On convient donc que le terme héros est un anachronisme au sein du Moyen Âge, mais qui est utilisé par les auteurs qui ont suivi et fait de la littérature médiévale pour faire référence à cette figure chevaleresque, noble et guerrière à la fois, si importante sur tous ses aspects. Il n’y a donc pas un mot tout à fait équivalent dans le langage utilisé par les contemporains du manuscrit d’Oxford. Pour cette même raison, on se permettra d’utiliser le mot héros pour faire référence aux natures divergentes de cette figure. x Le héros mythique : Mythos signifiait initialement conte et visait à regrouper tout ce qui est essentiel dans la vie de l’homme et sa compréhension du monde. Le mythe prend différentes formes et évolue à travers les siècles grâce aux contributions du groupe, dont les préoccupations les plus profondes varient. Le héros constitue à cet égard un mythe pour la société médiévale puisque, comme on l’a déjà dit, cette figure incarne les valeurs prédominantes guerrières, religieuses et féodales du Moyen Âge. Cette conception particulière du héros suppose 17 un abandon de la figure historique pour accepter à l’époque, comme une croyance aveugle une nouvelle entité enveloppée dans un ensemble d’éléments mythiques qui, bien qu’ils ne soient pas de caractère réel mais symbolique, acquièrent leur pleine signification quand ils apparaissent de façon articulée dans le cadre, par exemple, d’une chanson de geste (Aramburu et Ruiz). Pour la chanson qui nous occupe, les trois fonctions que selon Aramburu et Ruiz sont l’administration du sacré, la défense et la nourriture, sont divisés en trois figures héroïques différentes : celles de l’évêque Turpin, Roland et Olivier respectivement, ce qui n’empêche pas l’une d’elles de saillir. On peut donc conclure que la principale valeur médiévale exalté par ce héros et celle de la chanson est l’esprit guerrier. x Le héros chrétien : Le héros chrétien est avant tout une figure requise par le contexte historique dont on parle, où toute la création est composée d’éléments interdépendants, et où Dieu détient tout le pouvoir pour intercéder en faveur des hommes qui le réclament (Martin). C’est pourquoi les fonctions des milites ont été étendues à la fin du XIe, passant d’exécuter les ordres des principes à défendre la foi catholique chrétienne en tant que milites Christi, ordonnés par l’Église pour accomplir cette fois un rôle moral et d’évangélisation dans le contexte des croisades (Martin). Il en résulte que la défense du christianisme demeure au-dessus de la gloire guerrière que représente une victoire militaire, car il est apparemment préférable d’obtenir la conversion de sarrasins, notamment celle de leur roi aux vers 102, 189 ou 431, ce qui éviterait la destruction de leur ville. x Le héros féodal : Le héros est vassal en tant que serviteur et protecteur du roi. Cette condition l’oblige à aider militairement son seigneur (Bloch). L’activité guerrière du héros médiéval est aussi en partie obligée par les liens personnels de supériorité et d’infériorité). À travers le contrat vassalique, le vassal reste uni à son seigneur, demeurant de cette façon obligé à participer à l’administration, à la justice et à l’armée seigneuriale en échange d’un fief ou d’une seigneurie, un comté dans le cas de Roland (Le Goff, 1977). On promet de fait à Roland la moitié de l’Espagne comme fief aux 472, 473, ce qui témoigne la confiance et la valeur que Charlemagne accorde à son neveu. Toutefois, en cas de trahison de sa 18 part, le droit vassalique lui permettrait de confisquer ce nouveau territoire dont Roland ne prendra jamais possession définitive. Toutes ces notions de héros médiéval ont un élément essentiel en commun : leur composante guerrière, devenant l’aspect le plus important et visible de ce personnage. Il ne faut pas oublier le caractère moral et collectif d’un personnage qui doit mettre son agressivité au service du Bien, notamment à partir de la fin du XIe siècle avec l’apparition de l’adoubement par lequel on lui ordonnait de défendre la foi chrétienne (Martin). 19 CHAPITRE 3. LE PORTRAIT DU HÉROS DANS LA CHANSON DE ROLAND De nos jours, l’individu est le centre de toute société, chacun est guidé par ses propres intentions, passions, objectifs...etc. Mais, comme chacun sait, ce n’est pas vraiment le cas au Moyen Âge. De même que dans la société, dans la littérature les individus ne sont pas représentés avec leurs singularités et leurs caractères propres, ni morales ni physiques, ce qui peut surprendre si on n’a pas procédé à une observation plus détaillée. La description physique de chaque personnage correspond au type propre de son rang ou catégorie sociale (Le Goff, 1977). On peut actuellement trouver dans n’importe quelle œuvre des nombreux personnages singuliers et individualisés, mais pas dans la littérature du Moyen Âge. Cela est dû au fait que les individus n’existaient pas à l’époque, et la représentation de personnalités individuelles était donc impensable, principalement pour l’absence de liberté (Carmona). La Chanson de Roland ne nous présente pas un portrait du héros à proprement parler parce qu’elle ne décrit pas de manière individuelle aucun des personnages de la geste, mais ils sont tous prototypiques. Ce qui est connu de la figure du héros littéraire du début du Moyen Âge nous vient d’une analyse profonde de ses actes, et non pas de la description des auteurs contemporains. Des personnages secondaires de la Chanson de Roland et qui, comme on l’a déjà vu, incarnent deux des fonctions du héros, on ne sait presque rien, notamment de Turpin. De l’évêque, on ne connaît que sa provenance : « Turpins de Reins en est levet del renc » (vers 264), « Turpins de Reins tut sun escut percet « (vers 2077), « Turpins de Reins, quant se sent abatut, de IIII espiez par mi le cors ferut, isnelement li ber resailit sus » (vers 2083-5) ; et sa valeur à la bataille : « Li arcevesques plus de mil colps i rent « (vers 1414), « Tel coronet ne chantat unches messe ki de sun cors feïst tantes proëcces » (vers 1563-4), « L’arcevesque est mult bon chevaler » (vers 1673). La description d’Olvier est légèrement plus riche que celle de Turpin, mais seulement en raison de sa complémentarité avec Roland. En fait, une de ses références les plus souvent utilisées est en tant que camarade du héros : « « Sire », dist Guenes, 20 « ço ad tut fait Rollant : ne l’aimerai a trestut mun vivant, ne Oliver, por ço qu’il est si cumpainz » » (vers 322-4), « Ço dist Rollant : « Oliver, compaign, frere, Guenes li fels ad nostre mort juree » » (vers 1456-7), « Li quens Rollant apelet Oliver : « Sire cumpaign, se l volez otrïer, li arcevesque est mult bon chevaler, n’en ad meillor en tere ne suz cel » » (vers 1671-4) ; sa bravoure sur le champ de bataille est également relaté : « Mult par est proz Oliver, sis cumpainz » (vers 559), « E Oliver de ferir ne se target » (vers 1345). Roland n’est pas différent et nous est présenté en tant que neveu de Charlemagne : « Quar ço vos mandet Carles, ki France tient, que recevez la lei des chrestïens ; demi Espaigne vus durat il en fiet, l’altre meitet avrat Rollant, sis niés : mult orguillos parçuner i avrez ! » (vers 470-4) ; aussi en tant que comte :« Li quens Rollant a l’enseigne fermee » (vers 707), « Li quens Rollant est muntet el destrer » (vers 792), « Li quens Rollant par mi le champ chevalchet » (vers 1338) ; mais aussi comme compagnon d’Olivier : « Cumpaign Rollant, kar sunez vostre corn » (vers 1051) ; et bien évidemment comme un très courageux homme d’armes : « Li quens Rollant fut noble guerrer » (vers 2066). Le seul personnage qui, comme par hasard, se développe un tant soit peu est celui de Charlemagne. Le roi est représenté comme un personnage orgeuilleux : « Carles verrat sun grant orguill cadeir » (vers 578), « Veüd avum li orguillus reis Carles » (vers 3132) ; mais aussi faible en quelque sorte : « Vindrent a Charles, ki France ad en baillie : ne s poet guarder que alques ne l’engignent » (vers 94-5) ; il représente la justice et la sagesse : « « Ultre, culvert ! Carles n’est mie fol, ne traïsun unkes amer ne volt » » (vers 1207-8) ; il est également la seule figure compatissante de la chanson qui préfère le bien-être de son peuple à la gloire : « Si l’orrat Carles, si returnerat l’ost » (vers 1052) ; et bien sûr, il est un grand chevalier : « Par grant irur chevalchet li reis Charles » (vers 1842). Pour cette raison, et à l’exception de Charlemagne, on ne peut pas parler de l’existence du portrait du héros car, comme on l’a vu, ils sont tous étoffés, ce qui rend impossible la reconstruction détaillée de cette figure, si ce n’est pas à travers l’étude complète et approfondie de ses actions. Il faudra attendre le XIIe siècle pour assister au développement du milieu urbain, entraînant le renforcement de la monarchie et l’Église, qui favorisera un changement de mentalité avec des conséquences littéraires, qui 21 apparaîtront dans la seconde moitié du siècle sous la forme de figures héroïques bien définies, parmi d’autres caractéristiques (Carmona). CHAPITRE 4. LE DOMAINE SPATIAL Dans cette section on décrira étape par étape les éléments essentiels de l’espace dans la Chanson de Roland, à des fins d’identification des détails de chaque territoire décrit dans la chanson, en octroyant la même importance aux espaces propres des Francs qu’à ceux des Sarrasins. L’espace joue un rôle essentiel, car il influe de façon directe sur le richesse symbolique de la chanson, malgré son traitement schématique et, à première vue, superficiel. Comme l’œuvre d’un sculpteur roman, plus intéressé par l’abstraction de la réalité que par sa minutieuse représentation réaliste. En fait, on verra que cette réalité est parfois très loin de nous rappeler l’espace physique qu’elle veut représenter (Aramburu et Ruiz). L’étude des questions touchant l’espace comme milieu où le personnage du héros se développe est pertinent, parce que ses liens avec lui sont particulièrement forts à cette époque, ce qui se traduit par un sentiment d’appartenance et de symbiose avec le monde, non pas seulement pour le héros, mais pour tous les personnages éminents de la chanson (Carmona). Pour une meilleure compréhension, on présente le tableau 4.1 qui est un schéma des lieux les plus importants. Tableau 4.1 : L’espace La douce France La claire Espagne Aix Saragosse L’arbre Source : Substratos míticos en el cantar de Roldán Toutefois, il convient de comprendre d’abord l’importance de l’espace pour l’homme dès les premières sociétés. À cette fin, on va compter sur la vision de l’essai Substratos míticos en el Cantar de Roldán, d’Aramburu et Ruiz, comme principale source. 22 Les hommes à l’ère archéenne ont été considérés une personnalisation du chaos qu’il fallait maîtriser, en commençant par la prise de possession de l’espace, qui devient leur pays, un élément extérieur mais puissant qui arrive à calmer ce chaos. À l’intérieur de ces frontières, tout devient prévisible, contrôlable, alors qu’à l’extérieur l’homme n’est pas capable de survivre. Cette terre que l’homme a faite sienne est depuis lors un endroit sûr qui l’accueille et le protège de l’immense danger que représente pour lui l’espace indéterminé. Il convient de noter que la terre est ce qui empêche l’homme de devenir un être dispersé, sans aucun sentiment d’appartenance ni identité (Aramburu et Ruiz). La terre constitue également un point d’accès à l’énergie primordiale, ou même aux dieux. La forme de les atteindre est par les ventres névralgiques du pays : la caverne, le temple, la ville ou l’arbre cosmique parmi d’autres, qui constituent le centre du monde, point de référence des deux dimensions spatiales fondamentales : x La dimension horizontale : Elle correspond à la zone d’habitation organisée, le milieu clos, intérieur, protégé dans lequel toutes les relations sociales sont menées. x La dimension verticale : Elle correspond à un espace cosmique ouvert par un arbre dont l’extrémité supérieure rejoint le ciel, tandis que l’extrémité inférieure touche l’enfer (Aramburu et Ruiz). Dans la période historique dans laquelle s’encadre la Chanson, on nous présente des aspects dans lesquels les femmes et les hommes agissent ou se comportent selon les conclusions tirées d’abstractions mystiques basées sur des mythes christianisés, en outre ces conceptions se glissent dans le domaine littéraire. Le résultat de cela est que le monde médiéval apparaît fortement polarisé (Aramburu et Ruiz, p. 15). « Cada una de las tres partes del mundo medieval conocido tiende –siglos XI y XII, en particulara clasificarse según un criterio religioso: Europa, la cristiana; África, la pagano-musulmana; Asia, la pagano-mitológica. El centro de ese mundo era Jerusalén » (Aramburu et Ruiz, p. 15). La mentalidad literaria medieval de Fernando Carmona établit une différence plus accentuée entre les continents africain et européen, qui constitue la dichotomie s’articulant autour de la problématique de la chanson : 29 CHAPITRE 5. L’IMPORTANCE DU SYMBOLIQUE L’époque historique qui nous occupe, de la fin du XIe siècle au XV siècle, est une période où absolument chaque aspect de la société et, prenant comme point de repère la littérature, est entouré d’une symbolique qui permettait aux sens de comprendre la réalité à travers sa signification. Toute connaissance individualisée se traduit par une pluralité de significations (Carmona). Au Moyen Âge, lorsqu’on écrivait une œuvre ou on chantait une chanson, l’auteur n’informait jamais des intentions théoriques ou didactiques de son travail, car le symbole était quelque chose de vraiment présent et intégré dans le système de pensée des personnes de l’époque et que ce n’était pas nécessaire. En fait, les langues occidentales modernes ne disposent pas des éléments pertinents pour décrire et définir la large notion que l’on avait du symbole au Moyen Âge (Le Goff et Schmitt). Par ailleurs, les formes de cacher la réalité derrière des apparences trompeuses sont multiples : naturelle, formelle, structurale, graphique, plastique, ou même magique, ce qui, de pair avec les nouveaux modes de pensée de notre époque, si différents de ceux du Moyen Âge, rendent parfois ces symboles difficiles à déchiffrer. Par exemple, pour nous, le bleu est une couleur froide, cela est incontestable. Cependant, pour les hommes et femmes du Moyen Âge, la couleur bleue représente le ciel, l’air, et l’air est sec et, donc, chaud (Le Goff et Schmitt). C’est pourquoi la lecture et l’interprétation des textes médiévaux nécessite de connaissances préexistantes et d’une contextualisation efficace de l’œuvre. Quiconque ayant lu la Chanson de Roland et n’ayant vu qu’un récit de guerre, n’a compris qu’environ 20% de l’implicite qu’elle contient. 30 CONCLUSIONS L’objectif principal de notre travail était de déterminer le poids de la figure du héros à partir de la Chanson de Roland. En plus, pour parvenir jusqu’au personnage pur du héros, on l’a dépouillé de tous les éléments à caractère historique ou littéraire, dont on a également révélé d’importantes découvertes. À travers cette étude de la Chanson de Roland, on a constaté que le sens classique et étymologique de héros désigne une personne hors du commun et admirable, par ses exploits guerriers et son courage dans le combat, ce qui ne lui permettait cependant pas de jouir du statut de demi-dieu. Dans le cadre de la société féodale du Moyen Âge, le terme héros n’est plus utilisé. Le chevalier devient la figure la plus proche de la conception originelle du héros classique à cette époque. Dans la littérature l’adjectif le plus employé pour désigner les figures héroïques est proz. Les chevaliers ont obtenu une notoriété importante dans la société médiévale. Entre la fin du XIe siècle et le XII siècle, la figure du chevalier s’est élevé en dépassant même le statut des nobles qui, en grande partie, ont décidé de prendre les armes pour conserver leurs privilèges et rester en haut de la société, car les deux catégories, qui sont nées liées ont fini par se séparer en restant indépendantes l’une de l’autre. Cependant, la noblesse subsistera au cours des siècles comme un ajout supplémentaire à la dignité du chevalier, qui n’avait plus besoin d’être de famille noble pour être ordonné chevalier, et consacre toute sa vie à la défense de son roi ou seigneur, son territoire et, bien sûr, sa religion, ce qui le permettait de bénéficier d’une mission sacrée. L’histoire du héros littéraire médiéval est profondément liée à ses titres nobiliaires et surtout à son lignage et la relation établie entre ses ascendants et luimême, qui marque le caractère et la personnalité de cette figure qui évolue le long des siècles. Roland est considéré le premier héros de l’histoire et la littérature françaises, bien que sa figure soit très symbolique et légendaire et qu’elle se mélange avec le personnage historique qui est véritablement décédé pendant la bataille de Roncevaux. 31 Le genre littéraire le plus utilisé pour réciter les exploits guerriers du héros médiéval est la chanson de geste qui est, en fait, un sous-genre. Les longs vers à longueur variable mais normalement décasyllabes, d’abord assonancés, puis rimés, ont été choisis pour développer d’une façon orale ce personnage le long du Moyen Âge dans un type de strophe qui deviendra une icône de cette époque. Les chansons de geste ont popularisé la figure du héros médiéval qui, à l’époque, n’avait vraiment pas beaucoup à voir avec l’ancien héros gréco-latin. La guerre reste la principale accréditation de ce nouveau héros, mais le regard du peuple vers lui change profondément. Il n’est plus un personnage mythologique près de la dignité de demidieu, mais une personne normale qui avait en plus une forte composante légendaire. Le peuple médiéval accepte ce personnage avec ces traits symboliques et le prend pour une figure réelle et historique, tout comme dans l’antiquité, mais en sachant qu’il ne s’agit pas d’un personnage tout à fait historique. Le héros ancien et le héros médiéval ne sont pas donc des personnages équivalents, mais très proches. Le héros médiéval n’est pas un personnage renfermé dans le cadre d’une seule œuvre littéraire, mais il dépasse toutes les frontières d’espace, de temps et de hiérarchie pour apparaître dans d’autres textes bien plus tardifs, qui peuvent se dérouler dans d’autres pays plus ou moins lointains où ce même héros peut recevoir un traitement très différent à celui qu’il recevait dans son œuvre originale. La figure du héros évolue hors de son contexte principal en se nourrissant d’éléments différents propres à d’autres époques ou même à d’autres cultures. L’Aspremont et Girart de Vienne sont deux exemples de cette évolution particulière du héros hors sa chanson originelle, où son importance est mineure et ses traits moins définis ; mais il est aussi remarquable le cas du Orlando innamorato de Boiardo ou du Orlando furioso de l’Arioste avec environ trois siècles de différence, produits et encadrés dans un autre pays et où le personnage du héros Roland n’est pas reconnaissable. Une des raisons principales de l’évolution héroïque le long des siècles et à travers les pays et cultures est l’oralité. Les premières manifestations culturelles du héros n’étaient pas écrites, mais orales, ce qui favorisait la transformation et la variation du caractère du héros. Chaque jongleur chantait la chanson de geste à sa manière et, pour cette raison, on a conservé plusieurs manuscrits de la même œuvre littéraire qui ajoutent ou suppriment des parties importantes de l’histoire pour des critères personnelles. C’est pourquoi ce personnage a été capable de muter et même de changer 32 les valeurs qu’il incarnait pour représenter une autre société bien différente à celle qu’il devait défendre à l’origine. Le caractère du héros provient du succès aux épreuves épiques et belliqueuses qui lui permettent de démontrer ses vertus. La dernière des épreuves à laquelle le héros doit se soumettre est sa propre mort, qui lui confère de façon définitive son statut. Le héros médiéval n’est pas un personnage individuel, mais collectif. Il incarne les valeurs propres à une société dans le but de représenter à tous les individus qui la composent. C’est pourquoi l’identité individuelle du héros est effacée en faveur d’une collectivité que, le plus souvent, est fondée sur une fervente défense de la foi chrétienne contre les sarrasins. Ces infidèles incarnent à leur fois la société opposée, également constituée de personnages dépourvus d’individualité afin de supprimer toute différence personnelle, mais qui perpétuent la foi de Mahomet. Cette opposition culturelle, dans laquelle la seule option valable est la chrétienne, constitue le sujet principal des premières chansons de geste en français, influencées par l’instauration de l’adoubement qui, à ce moment-là, commençait à accorder une mission spirituelle et morale aux chevaliers du Moyen Âge, ce qui est inévitablement resté reflété dans la littérature de l’époque, en imprégnant la figure littéraire et fictive du héros littéraire des traits historiques du chevalier médiéval. Le héros au Moyen Âge a trois natures différentes qui coexistent à l’intérieur de lui : le héros mythique, le héros chrétien et le héros féodal. Le héros mythique est conçu, comme tous les mythes, pour expliquer quelque chose d’une façon simple et symbolique, donc il n’est pas une figure historique ni même réelle. Le héros chrétien a une valeur morale de défense de la foi et devient plutôt missionnaire que guerrier au service de l’Église. Finalement le héros féodal est un héros historique, plus proche du chevalier que du héros gréco-latin, qui reste au service de son roi ou seigneur et l’aide militairement pour des raisons vassaliques. 33 BIBLIOGRAPHIE Anonyme (2003). Chanson de Roland / Cantar de Roldán y el Roncesvalles navarro / texto original, traducción, introducción y notas por Martín de Riquer. Barcelona : Acantilado. Aron, P., Saint-Jacques, D., Viala, A. (2004). Le dictionnaire du Moyen Age. Paris : Presses Universitaires de France. Aramburu, F. ; Ruiz, R. (1986-1987). 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Le sentiment de la nature dans la « Chanson de Roland » : quelques considérations à propos du vers 814 in Revista de Literatura Medieval, 22, p.