Quand la Russie écrivait en française: Influences de la culture française dans la littérature russe du XIXe siècle
Abstract
Departamento de Filología Francesa y Alemana
Full text
QUAND LA RUSSIE ÉCRIVAIT EN FRANÇAIS : Influences de la culture française dans la littérature russe du XIXe siècle TRABAJO FINAL DE GRADO TUTOR: JAVIER BENITO DE LA FUENTE CURSO 2018-2019 AUTOR: Javier Akhtari Blanco
RESUMÉ Cette étude a un intérêt primordial : la recherche d’un lien commun entre la littérature russe du dix-neuvième siècle et la culture française. À travers l’histoire de la grande nation slave, de ses littérateurs, et de sa liaison avec la langue de Molière on vise à dépeindre une envoûtante connexion culturelle qui n’est pas, à notre avis, très souvent traitée en dehors de certains cercles académiques. Les aspects fondamentaux de ce lien franco-russe passent par la figure de Pierre le Grand, premier empereur de la Russie, jusqu’à Tolstoï et la comtesse de Ségur pendant la deuxième moitié du dix-neuvième, ce tardif siècle d’or de la littérature russe et vrai sommet des relations entre la langue française et ce peuple slave aux mœurs si étranges. Pourquoi, comment et quand ce regard russe s’est-il tourné vers la France? Mots clés : littérature russe, Pierre le Grand, Louis XV, Catherine II, français, langue française, Tolstoï, Pouchkine, Ségur, culture, essor, empire, goût. Este estudio tiene un interés primordial: la búsqueda de un nexo común entre la literatura rusa del siglo diecinueve y la cultura francesa. A través de la historia de la gran nación eslava, de sus literatos, y de su conexión con la lengua de Moliere, nuestra misión es retratar una cautivadora conexión cultural que, según nuestra opinión, no es muy a menudo abordada fuera de algunos círculos académicos. Los aspectos fundamentales de este nexo franco-ruso pasan por la figura de Pedro el Grande, primer emperador de Rusia, hasta Tolstoi y la condesa de Segur durante la segunda mitad del diecinueve, ese tardío siglo de oro de la literatura rusa y verdadera cumbre de las relaciones entre la lengua francesa y este pueblo eslavo de costumbres tan dispares. ¿Por qué, cómo, y cuándo se posó la mirada rusa sobre Francia? Palabras clave: literatura rusa, Pedro el Grande, Luis XV, Catalina II, francés, lengua francesa, Tolstoi, Pushkin, Segur, cultura, auge, imperio, gusto.
TABLE DE MATIÈRES Avant-propos……………………………………………………………………………………………1 Sur l’âme russe…………………………………………………………………………………………3 Pierre Ier le Grand……………………………..…………………………………………….….…..7 Essor de la littérature russe…………………………………………………………….…..….13 Littérature russe avant le XIXe siècle………………………………..…………...14 Le siècle d’or : poésie et roman, génie littéraire hors du commun....17 Le roman russe : le goût du français, en petites doses………...……..…29 Conclusion………………………………………………………………………………………………39 Bibliographie…………………………………………………………………………………………..43 Annexes………………………………………………………………………………………………….47
1 AVANT-PROPOS Pendant longtemps la Russie était considérée comme un pays mystérieux, lointain, plus proche de l’Orient et de l’Asie que de l’Europe, aux mœurs bizarres et obscurs, et foyer de cultures exotiques. Cette notion erronée a néanmoins un côté véridique : la Russie n’est ni l’Europe ni l’Asie ; elle est plutôt un point d’union entre ces deux mondes. Nous avons, en tant qu’étrangers, regardé dans le passé la Russie avec une sorte de méfiance et mystère, et seul le témoignage des voyageurs et les nouvelles dans les journaux n’ont pas été suffisantes pour calmer notre envie de connaître ce pays toujours lointain et difficile à explorer. La Russie, pays chrétien suivant la doctrine orthodoxe, fut naguère le royaume des Grands Princes de Novgorod et Kiev, de Gengis Khan et ses mongoles, ainsi que de sa descendance, des Grands Princes de Moscou, puis des plusieurs dynasties depuis 1547 (en 1547 le terme Tsar1 fut adopté par Ivan IV Vassilievitch, plus connu comme Ivan le Terrible, premier chef de la dynastie Riourik) telles que – en ordre chronologique, les Riourik, les Godounov, et finalement la célèbre Maison Romanov, laquelle a régné depuis 1613, fondée par Michel Fiodorovitch Romanov (Michel 1er) jusqu’à 1917 (Nicolas II) avec l’abolition de la monarchie lors de la Révolution Russe. On attribue souvent aux russes un caractère de peuple difficile, dur, buveur, grossier, belliqueux… Cette « âme russe » si difficile à dévoiler ne peut pas être expliquée à travers le mensonge et les stéréotypes, car l’âme russe se trouve plutôt dans les arts et l’Histoire, dans les mœurs de son peuple et ses traditions. Le but de cet étude n’est pas de raconter toute l’histoire de la Russie, depuis sa fondation jusqu’à la chute de l’Empire ; il s’agit non plus de parler de toute la monarchie, des dynasties, des complots, des guerres, des conflits nobiliaires, etc. Tout cela peut être 1 Après la chute de Constantinople en 1453 la Russie s’est perçue à soi-même comme l’héritière naturelle de l’esprit et le pouvoir de l’empire romain d’orient. Le terme Tsar est une récréation, une dérivation du terme latin Caesar, surnom de la famille Julia. L’adoption de ce terme par les monarques russes n’est pas aléatoire ; plusieurs empires ont essayé tout au long de l’histoire de reprendre cet héritage romain en adoptant le terme. C’est aussi le cas des empereurs germaniques, les Kaisers. Par conséquent le terme « Tsar » est un symbole du pouvoir que les monarques russes se sont attribuées à eux-mêmes pour légitimer leur pouvoir et leur destin comme chefs du « vrai grand empire moderne », une Rome, une Constantinople en Russie, ayant Moscou pour foyer de leur pouvoir, puis Saint Pétersbourg.
2 bien expliqué, si l’on est intéressé, à travers le vaste nombre d’études, livres, et documents, textuels et audio-visuels, que l’on peut trouver soit dans une bibliothèque soit dans l’internet. L’objectif principal est d’approfondir dans l’étude des liens qui établirent deux cultures auparavant très éloignées : la culture russe et la culture française. Ces deux pays, ces deux cultures établirent lors du règne de Pierre Ier « Le Grand » en Russie et celui de Louis XV en France une relation qui bâtira pour l’avenir les piliers et la base de la culture et la grande société russe. Le cadre spatio-temporel de notre étude part donc du règne de Pierre Ier de Russie, à la fin du dix-septième siècle, jusqu’au dix-neuvième siècle, y compris, tandis que l’espace dans lequel se développe cette recherche est compris entre la France et la Russie. Il est toujours étonnant, même de nos jours, de trouver deux pays si différents en ce qui concerne leurs habitants, leur société, leurs mœurs, leurs marchés… Mais qui ont néanmoins vécu une période d’enrichissement culturel, d’échanges intellectuels si riche que celle-ci. Face à cet étonnement on vise en outre à rechercher plus concrètement dans la littérature russe du XIXe siècle les « traits littéraires » de cette influence française ; Cette littérature qui est tant russe que française, et dans laquelle on tentera de voir tout ce que la culture française a apporté de bon à la grande littérature russe du XIXe siècle.
3 SUR L’AME RUSSE Qu’est-ce que l’âme russe ou l’âme slave? Il s’agit d’un terme assez complexe à définir, lequel provoque des confusions parmi les étrangers. Il est plus facile de donner une acception de cette âme si l’on s’appuie sur la littérature russe. À propos de l’âme russe le philosophe russe Nikolaï Berdiaïev (1874-1948) disait : Une tâche infiniment difficile qui fait face au peuple russe est celle consistant à concevoir et organiser son vaste territoire. L'immensité de la terre russe, l'absence de frontières et de limites se sont exprimées dans la structure de l'âme russe. Le paysage de l'âme russe correspond au paysage de la terre russe : la même infinitude, la même absence de forme, la même recherche d'infini, la même largeur.2 En lisant cette célèbre citation de Berdiaïev on repère la comparaison entre la géographie de la Russie et l’âme de son peuple. L’énorme extension du territoire russe a toujours dessinée des frontières très éloignées les unes des autres, dans lesquelles ont habité, et habitent, des gens aux mœurs, religion, et bien sûr race complétement différents ; malgré l’immensité de cet espace géographique il semble que cette âme russe est partagée par tous : un esprit de découverte ; et comme Berdiaïev constate, il s’agit d’un peuple infini et sans forme, comme ses frontières, comme son espace géographique3. Cette géographie infinie comporte deux mondes : l’Europe et l’Asie. La plupart de la population russe habite la frange européenne, qui ironiquement implique seulement le 30% de son territoire à-peu-près, tandis que le 70% restant, la partie asiatique, a été toujours dépeuplée ; cette zone de toundra, inhospitalière et morne, resta, jusqu’à la construction du Transsibérien dans le XXe siècle, la Russie oubliée. 2 Russia Beyond, R. B. (2017, 27 décembre). Dix citations de grands écrivains sur le mystère de l'âme russe. 3 Il faut bien constater que la surface de la Russie était à cette époque de 22,4 millions km². Il s’agissait du pays le plus vaste du monde. Cette surface est de nos jours bien moins vaste ; la fin de l’URSS aux années quatre-vingt-dix (1990-1991) supposa l’indépendance des quinze Républiques Soviétiques : Ukraine, Biélorussie, Géorgie, Arménie, Kazakhstan, Lettonie, Moldavie, Estonie, Lituanie, Kirghizstan, Tākestān, Ouzbékistan, Turkménistan, et Azerbaïdjan. En tout, plus de 5,2 millions km² perdus. Cependant la Russie reste actuellement la nation la plus grande du monde entier.
10 construction de bateaux. Deuxièmement il visite Londres, où il sera surpris par la culture et les progrès faits par les anglais dans le domaine scientifique. De retour il passe par l’Allemagne, Vienne et finalement la Pologne. À son retour en Russie Pierre Ier le Grand accord une attention particulière aux affaires internes de la nation. Influencé par son tour européen, il décide de moderniser la Russie pour la rapprocher d’Occident. Cette période de reformes est compris entre 1700 et 1715. Il commencera par réorganiser l’administration, dont le fonctionnariat sera divisé en 15 couches ou niveaux, le 15e étant le plus bas et les premiers étant réservés aux aristocrates, à la nouvelle noblesse, issue des rangs militaires et des civils riches, comme les marchands ; secteur qui gagnera de l’importance lors du règne de Pierre Ier. Les éternelles et inébranlables coutumes et manières de la cour seront éradiquées : la mode imposée par le monarque suppose l’adoption des tenues au style occidental, le rasage de la barbe et l’introduction du tabac. D’un autre part, l’ancien calendrier sera supprimé. On adopte le calendrier chrétien « julien ». Néanmoins, le chef d’œuvre du monarque fut la construction d’une nouvelle capitale pour la Russie en 1706 : Saint-Pétersbourg. Ce projet pharaonique fut achevé en 1712. Saint-Pétersbourg restera la capitale de l’empire Russe jusqu’à 1917, année de la révolution d’Octobre. En conclusion, toutes ces reformes rapprocheront certes la Russie de Occident. Ici demeure la vraie importance du travail fait par le tsar. Le deuxième voyage de Pierre Ier le Grand est pour nous d’un grand intérêt : il s’agit du voyage du tsar en France. Pour le tsar la France était le foyer de la culture occidentale, une nation à imiter et à laquelle il a toujours voulu rendre visite. Pourtant sous le règne de Louis XIV le roi soleil (1643-1715) et lors de son premier voyage en Occident (1695-1699) sa visite en France est interdite par le roi. Louis XIV méprisait le peuple russe de toutes ses forces, puisque selon le témoignage de Saint-Simon : « il déclina honnêtement sa visite de laquelle il ne voulut point s'embarrasser », Pierre n'étant que le souverain « d'une nation méprisée et entièrement ignorée pour sa barbarie. ». 10 Remarquons la réitération du mot « barbarie », ce qui rend compte, 10 Duc de Saint-Simon, Mémoires.
11 comme on avait bien constaté avant, du stéréotype qui était accordé depuis longtemps au peuple russe. Le tsar parvint toutefois à faire sa visite en France, son deuxième voyage en Occident, dans l’année 1717. Louis XIV mort, un très jeune Louis XV devient roi des français, à l’âge tendre de 5 ans. Cette nouvelle situation facilite l’arrivée de Pierre Ier en France. Le tsar est finalement arrivé à Dunkerque le 21 avril 1717, reçut avec tous les honneurs et une réception grandiose. Son itinéraire passe par Amiens puis Beauvais, pour finalement arriver à Paris, où il sera reçu par Louis XV, âgé de 7 ans, à Versailles. La légende nous raconte que, lorsque les souverains aller effectuer ses salutations protocolaires, l’énorme monarque russe prit l’enfant-roi dans ses bras pour l’embrasser chaleureusement. Ce manque de protocole peut être un autre facteur plus dû auquel la légende du « russe barbare » continuait à s’installer dans l’imaginaire collectif européen. Pierre Ier s’est émerveillé devant la splendeur de la capitale française et ses monuments, ainsi qu’il prend bonne note de tout ce qu’il voit. Ce voyage inoubliable marquera à jamais le monarque russe, qui reviendra en Russie trois mois après pour continuer avec ses réformes. Le goût russe pour la culture française est né en ce moment, lors du retour de Pierre Ier. Dès lors l’importance de la langue française se remarque dans l’aristocratie, dans la haute société russe, qui devient en quelque sort « francophile ». Le français devient la langue des élites, la langue de culture, en dépit du russe, une langue pas suffisamment sophistiquée. Néanmoins pendant cette époque 4500 mots environ font leur entrée dans la langue russe, majoritairement provenant des langues occidentales. En outre, la grande aristocratie russe considérait la langue française comme élégante et délicate, une langue plus convenable à la nouvelle cour de Pierre Ier, une cour occidentalisée et aux nouveaux mœurs. Les enfants des bourgeois et aristocrates russes seront également éduqués en français depuis l’enfance, et dans les salons la langue de procédure restera le français pour longtemps. En 1721 le tsar est couronné premier empereur des russes. Ce fait servira à agrandir la légende de celui qui fut pour les uns le grand homme dont la Russie avait besoin et pour les autres un tyran, un dictateur fou exempté de toute empathie envers
12 son peuple. Les travaux effectués furent repris par la plus importante parmi ses successeuses, Catherine II, impératrice, surnommée Catherine la Grande. Mais, même après la mort de l’empereur, cette vision stéréotypée du « russe barbare » dont on avait parlé continue d’être enracinée dans l’esprit des européens. À ce propos le diplomate français Marie-Daniel de Corbéron, destiné en Russie, donne le témoignage suivant : Plus j’étudie cette nation, et plus je la trouve difficile à définir. C’est un composé d’êtres si peu assortis les uns aux autres, entre lesquels on ne trouve point la gradation des nuances, et où vous ne pouvez saisir le progrès et la marche de leurs idées, de leurs principes, de leurs systèmes ! Vous voyez au premier coup d’œil un peuple de barbares et une noblesse éclairée, instruite, qui a des manières polies, engageantes ; à l’examen, vous vous apercevez que cette même noblesse n’est au fond que ces mêmes barbares habillés, décorés, et ne différant de la partie brute de la nation qu’à l’extérieur.11 C’est-à-dire que la conception du « russe barbare » n’était pas seulement accordée aux moujiks, aux gens ordinaires, mais aussi à cette noblesse qui essayait de toutes ses forces se débarrasser de cette notion. La Russie héritée après la mort de Pierre Ier le Grand sera divisée à jamais en deux mentalités opposées : celle d’un nationalisme russe inhérent et la tendance à regarder vers l’Occident. Cette deuxième tendance concorde avec l’ambition de Pierre Ier le Grand. Une ambition qui restera lettre morte lors des terribles événements de la Révolution Bolchevique et la postérieure ascension au pouvoir de Staline et la création de l’URSS. 11 De Grève, C. G. Claude. (1990). Le voyage en Russie. Anthologie des voyageurs français aux XVIIe et XIXe siècles. Page 808
13 ESSOR DE LA LITTÉRATURE RUSSE – XIX SIÈCLE – LE SIÈCLE D’OR DE LA LITTÉRATURE RUSSE Le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire.12 13 Contrairement aux autres grandes littératures, comme c’est le cas de la littérature anglaise, espagnole, française, italienne, allemande, etc., la littérature russe vécut son essor bien plus tard ; jusqu’au XIXe siècle elle était peuplée d’auteurs mineurs, et peu connus à l’étranger. De la même façon que le pays slave était perçu comme lointain et mystérieux, sa littérature restait en quelque sort une inconnue pour l’Europe. Lorsqu’on parle de littérature russe en général plusieurs noms viennent à notre esprit tout de suite : Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, Tourgueniev, Lermontov, Pouchkine, Gorki, Tchekhov, Nabokov, Pasternak, Soljenitsyne, Cholokhov, etc. et d’autres moins connus, mais aussi importants dans la genèse et l’évolution de cette grande littérature : 12 Lev Tolstoï. 13 Lev Tolstoï dans un fauteuil rose, 1909, huile sur toile d’Ilia Repine (1844-1930). Ilia Iefimovitch Repine est probablement le plus grand peintre du mouvement réaliste russe, lequel coïncida avec le grand essor de la littérature russe au XIXe siècle. Repine gagna son statut de grand maître de la peinture réaliste russe grâce surtout à ses nombreux portraits et scènes des grandes célébrités de son temps. D’autres grands peintres comme le portraitiste Valentin Serov (1865-1911) ou le paysagiste Isaak Lévitan (1860-1900), héritier de la grande école paysagiste hollandaise du XVIIe siècle, accorderont à la peinture russe une nouvelle splendeur dans ce magnifique XIXe siècle russe.
14 Gontcharov, Maïakovski, Anna Akhmatova, Joukovski, Vassili Grossman, Boulgakov, Tsvetaieva, Tioutchev, Lesskov, Kropotkine, Ivan Krylov, Baratynski ou Fet. Mais on ne vise pas à faire liste d’auteurs, on cherche à jeter les bases de l’essor de cette littérature du XIXe. Pour cela il faut établir le panorama de la littérature russe avant le XIXe siècle. Littérature russe avant le XIXe siècle. Le Codex de Novgorod est le premier texte littéraire originel slave qu’on connait, datant des premières années du XIe siècle. Écrit en slavon ecclésiastique, il présente 75 psaumes et quelques passages de l’Apocalypse de saint Jean. Deuxièmement, avec l’abandon du slavon ecclésiastique la littérature médiévale russe se tourne vers les épopées orales ou bylines, dont la plus célèbre reste de nos jours L’Expédition d’Igor contre les habitants de Poloutz, poème épique composé autour du début du XIIe siècle. Le grand peintre et illustrateur russe Ivan Bilibine (1876-1942) illustrera au grand succès cette grande épopée slave. Voici un exemple de son travail : En effet, la vague mongole dans le XIIIe siècle efface tout espoir développateur d’une littérature slave écrite. Depuis le XIIIe siècle jusqu’au XVIe siècle – pendant que les cultures occidentales produisaient de grands chefs d’œuvre tels que : La Célestine (1499. Vrai chef d’œuvre espagnol de la transition vers la Renaissance), les Poèmes de l’infortune de Rutebeuf : « Que sont mes amis devenus, que j’avais de si près tenus, et tant aimés… », La Divine Comédie ou Les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, au
15 XIVe siècle ; la littérature russe, ou plutôt slave restera dans le presque complet abandon. La création de l’imprimerie, le plus grand avancement technique du XVe siècle, arrive finalement en Russie sous le règne d’Ivan Le Terrible en 1564 dans la ville de Moscou, plus d’un siècle après son invention ! Les premières grammaires slaves sont imprimées, ainsi que se produit une curieuse renaissance des hagiographies, comme c’est le cas des Vies de Saints et d’Archimandrites de l’évêque moscovite Macarius. Ce retard culturel et technique, face à un Occident qui était déjà immergé dans un complet essor renaissant ainsi que l’art du roman commence à prendre forme sous le signe des géants littéraires comme Rabelais et son cycle romanesque Gargantua et Pantagruel, porte témoignage du fossé entre la littérature russe-slave et occidentale. Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle l’Académie de Moscou est fondée ; on enseigne des arts libéraux comme la grammaire, la dialectique et la rhétorique, suivant le schéma classique du Trivium, et d’autres matières telles que la philosophie scolastique, écrite principalement par théologiens suivant la philosophie grecque classique, en concret Platon et Aristote, ce qui confrontait directement le Rationalisme de Descartes. Pendant le XVIIe on est témoin de la lutte entre le nouveau théâtre de Siméon de Polocz : Nabuchodonosor et L’enfant prodigue, qui triomphèrent parmi l’aristocratie russe, et l’interprétation des passages de la Bible par les étudiants de l’université de Kiev. Le XVIIIe siècle arrive finalement, vraie antichambre de l’essor de la littérature russe. Le grand issu de la littérature russe se trouvait dans sa base : la langue russe. Le manque d’une vraie production littéraire et de grands auteurs qui renouvelèrent la langue peuvent être les causes de ce problème. Le règne de Pierre Ier supposa pour la Russie une grande révolution dans le domaine culturel ; un grand nombre d’œuvres occidentales sont traduites au russe. La haute société russe commence à admirer cette vaste littérature européenne et trouve ses référents littéraires en auteurs comme Voltaire, Montesquieu, Jonathan Swift, Daniel Defoe, Kleist, ou Novalis. Néanmoins le règne de Pierre Ier le Grand ne connaîtra ni des grands auteurs ni une révolution dans la littérature nationale. Il faudra attendre aux respectifs règnes d’Elisabeth I (1741-1762), surnommée La Clémente, et Catherine II (1762-1796) pour
16 connaître un vrai essor culturel et scientifique dans la Russie. Elisabeth Ière créa l’Académie des Arts et l’Université de Moscou en 1756, en tant que Catherine II ordonna la création de l’École des Mines vingt ans après. Avec la parution de la Grammaire de Lomonosov (1711-1765) le slave ancien et le russe se séparent ; le deuxième prévaut face au slave, une langue déjà obsolète et pas adéquate pour l’époque moderne. Lomonosov centrera en outre sa production littéraire dans le domaine poétique, établissant les règles du rythme et des éléments poétiques de la nouvelle poésie qu’il visait à créer pour ce « nouveau russe ». Il écrit les premiers œuvres vraiment importantes en russe moderne, comme ses Psaumes ou l’Epître sur le verre. Ses efforts réformateurs et son génie littéraire, chose forte inusuelle dans une nation qui manquait des référents littéraires, lui valurent le surnom de « père de la littérature russe moderne ». Dès lors, la poésie russe vit un premier essor sous la houlette du compte Khvostov et sa poésie lyrique, de Bogdanovitch (Psyché), ou Dolgorouki avec ses Odes. Finalement, le zénith de la poésie du XVIIIe siècle est atteint par Derjavine (1743-1816) et son célèbre Hymne à Dieu, premier vrai chef d’œuvre universel russe. Voici les premières deux strophes du poème: 1. 0 toi dont l'existence absolue, immuable, De vie et de splendeur remplit l'immensité; Unique en ton essence et trois fois adorable, Seul traversant les temps en ton éternité, Être pur, être saint ! Qui, toujours invisible, Idanifestes partout taforce irrésistible, Que ne borne aucun jour, que ne fixe aucun lieu; Dont l'ineffable amour embrasse la nature, La guide, la soutient, l'embellit et l'épure; Auteur de l'univers, toi que nous nommons DIEU! 2. Quand mon esprit pourrait, par un effort sublime, Compter les feux du ciel, les sables des déserts, Et, plongeant dans les flots de l'orageux abîme, Mesurer d'un regard la profondeur des mers;
17 En toi, Seigneur, en toi, ni nombre ni distance! Les chœurs des séraphins, issus de ton essence, Devant ta majesté s'arrêtent confondus; Et, si jusque vers toi s'élève une pensée, Sous tes vives clartés elle tombe éclipsée, Coiume au milieu d'un siècle un instant qui n'est plus! Pourtant, le problème demeurait dans le fait que la langue russe produisait une littérature dites « dure » et trop rechargée dans le style, ce qui donnait l’impression d’artificialité dans la création littéraire. Tous les auteurs dont on vient d’en parler restent encore peu connus en dehors des frontières russes, et l’impression d’une littérature qui était à ses balbutiements est en vrai une réalité difficile à changer. Le siècle d’or : poésie et roman, génie littéraire hors du commun. La Russie du XIXe siècle était encore un empire féodal, où le moujik, vrai force de travail de la nation, pourrait être comparé, en ce qui concerne ses droits, à un esclave égyptien de l’époque des grands pharaons. Dans ce contexte une autre classe sociale, bien moins nombreuse, fleurissait appuyée sur des valeurs culturelles pas proprement russes, mais françaises. Ces valeurs et surtout le goût pour une langue au grand style, une langue raffinée, c’est-à-dire le français, s’imposent dans la cour des empereurs et dans les grands salons de Saint Pétersbourg, à la vraie image des salons français. Mais il ne faut pas se tromper : le français est une langue réservée aux élites russes, qui se font le plaisir de bavarder en français à tout moment ; c’est le grand signe d’intellectualité entre eux. Les hommes de lettres russes ne restent pas indifférents à cette tendance non plus ; issus en général de milieux aisés, ils sont éduqués en français dans une large mesure. Quand on parle de l’essor d’une littérature on fait normalement référence à un grand nombre de causes sociales, économiques et historiques qui transforment une nation ainsi que sa littérature. Pourtant la littérature russe, comme toujours, est l’exception à la règle. Un seul homme se montrera à la hauteur des autres grandes littératures occidentales, renouvelant la langue et la littérature à des niveaux jamais atteints en Russie. Cet homme est Aleksandr Sergueïevitch Pouchkine (1799, Moscou –
18 1837, San Pétersbourg), le plus grand génie des lettres slaves. Si l’Espagne avait déjà vécu son siècle d’or avec Cervantès et le binôme Gongora-Quevedo, l’Angleterre avec Shakespeare et Milton, l’Allemagne avec Goethe et Schiller, et la France avec Montaigne, Rabelais et La Pléiade, la Russie allait finalement entamer son siècle d’or grâce au génie de Pouchkine. On peut constater donc qu’il existe, sans peur de dépasser les bornes, un avant et un après Pouchkine dans la littérature russe. Aleksandr Pouchkine – Александръ Сергѣевичъ Пушкинъ, était né dans une des familles le plus anciennes de la noblesse moscovite. La famille Pouchkine était pourtant ruinée et éloignée de la grande cour russe lors de la naissance d’Aleksandr. Sa mère, surnommée la belle créole14, était la petite-fille de Abraham Hannibal, un prince africain d’origine abyssinienne offert à Pierre le Grand. Cette ascendance si exotique s’est manifestée sur le visage de l’écrivain : aux cheveux bruns presque crépus, larges narines, la peau luisante et naturellement bronzée et lèvres charnues et grosses, il ne faisait pas partie de le stéréotype d’homme slave ; la seule exception, des profonds yeux vert sapin, hérités de son père. De son père il héritera en outre une bibliothèque concernant 4000 volumes, dont plus de la moitié en français. L’enfant Aleksandr avale des livres comme s’il s’agissait de sa nourriture préférée. En 1811 à l’âge de 12 ans il entre dans l’exclusif lycée Tsárkoye Selo – qui sera renommé Lycée Pouchkine après sa mort – crée par l’empereur Alexandre Ier pour éduquer les fils des grands familles aristocrates. Le jeune Pouchkine se fait publier, à l’âge de 14 ans, son épître À l’ami poète dans la revue Le Messager de l’Europe. Encouragé par ses professeurs il publiera, dans cette même revue, d’autres poèmes où les premiers signes du romantisme russe s’aperçoivent, ainsi que la forte influence de la poésie française qu’il avait lue dans la bibliothèque de son père. Un bon exemple de cette poésie « francophile » est Une rose (1815) : Où est notre rose ? Mes amis! La rose déjà fanée, Enfant du matin ! … Ne dites pas: La faute à la jeunesse, ne répétez pas : Toute joie doit dépérir dans l’âme, Dîtes-vous : Je suis désolé ! Désolé ….. 14 En français originalement.
19 Et regardez le lys comme il fleurit.15 On peut retrouver des vraisemblances avec Ronsard et son célèbre Mignonne, allons voir si la rose (1545) : A Cassandre Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil. Las ! Voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las ! Las ses beautez laissé cheoir ! Ô vrayment marastre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir ! Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez vostre jeunesse : Comme à ceste fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté. Pouchkine admirait surtout la poésie d’Évariste de Parny (1753-1814), et plus concrètement ses Poésies érotiques (1778). Dans ce morceau du poème Le revenant on ressent cette influence de la tradition poétique française, présent à travers le vers court 15 Artgitato, A. (2016, 2 diciembre). LA POESIE D'ALEXANDRE POUCHKINE - поэзия Александра Пушкина • ARTGITATO
26 Le romantisme russe, déjà consolidé grâce à cette poésie aux goûts français, s’ouvre à des nouvelles voies avec l’ukrainien Nikolaï Gogol (1809-1852). Gogol se consacre au conte et dans une moindre mesure au roman et au théâtre ; pour la première fois un auteur russe ne se consacrera pas à la poésie pour réussir dans la littérature nationale, dans laquelle ce genre littéraire était perçu comme le majeur, le plus réputé. L’importance de Gogol repose sur le fait qu’il sert comme lien entre le romantisme Pouchkinien et Lermontovien et la nouvelle vague littéraire du dixneuvième : le réalisme. Nikolaï Gogol est considéré comme le premier auteur réaliste russe, le maître du récit court et le père littéraire des grands romanciers réalistes russes : Ivan Tourgueniev, Ivan Gontcharov, Lev Tolstoï et le père de même du réalisme psychologique, Fiodor Dostoïevski. Gogol, même s’il s’éloigne du romantisme, fut un grand ami de Pouchkine. Les deux hommes de lettres se sont connus en 1831 à l’université de Saint Pétersbourg, où Gogol était professeur d’Histoire. Cette amitié romantique-réaliste engendrera des projets tels que le recueil de nouvelles courtes Les Soirées du hameau près de Dikanka, ensemble de contes et nouvelles de style comique et fantastique inspirées de la littérature populaire russe, lesquelles connaîtront un grand succès et ouvrirent la voie de la célébrité à Gogol. Après ces premiers projets littéraires Gogol publie en 1836 L’inspecteur, comédie satirique qui critique la terrible et inefficace bureaucratie russe. Avec cette œuvre l’écrivain slave entre pleinement dans le courant réaliste mais il gagne aussi le bannissement, moment qu’il profite pour s’installer à Rome. À Rome il écrira la première partie de son chef d’œuvre Âmes mortes (1842), premier roman moderne russe, dans lequel Gogol, s’appuyant toujours sur la satire, dénonce la grave situation des moujiks et rend compte de l’inaptitude et l’absurde de la Russie féodal. L’année 1842 est prolifique du point de vue littéraire, non seulement il rédige Âmes mortes, mais aussi son célèbre conte fantastique Le Manteau. L’importance et le poids de Gogol dans l’évolution de la littérature russe on la retrouve dans ce mélange du réalisme critique et folklore et fantaisie, sans perdre néanmoins cette essence de l’expression simple, ce « motto » pouchkinien : « dire beaucoup avec le moins possible ». Cette expression littéraire héritée de Pouchkine et
27 se mélange réaliste-fantastique se perçoivent très facilement alors qu’on lit un de ses contes. Par exemple dans cet extrait de Le Nez (1835) : — Aujourd’hui, Prascovia Ossipovna, je ne prendrai pas de café, dit Ivan Iakovlevitch, je préfère à la place manger un pain avec un oignon. Pour dire la vérité, Ivan aurait bien voulu goûter de l’un et de l’autre, mais il savait la chose complètement impossible, car Prascovia Ossipovna n’admettait pas de tels caprices. — Mange du pain, imbécile, pensa la femme en elle-même ; il me restera davantage de café... Et elle jeta un pain sur la table. Ivan Iakovlevitch passa, par convenance, un frac sur sa chemise, et, s’étant installé devant la table, prit du sel, prépara deux têtes d’oignons, saisit un couteau, et, avec une mine significative, se mit à couper le pain. Il le coupa en deux moitiés, regarda le milieu, et à son étonnement, distingua quelque chose de blanchâtre. Ivan Iakovlevitch gratta soigneusement avec son couteau, et tâta du doigt. « C’est ferme ! se dit-il en lui-même ; qu’est-ce que c’est que cela ? » Il fourra ses doigts et retira — un nez ! Ivan Iakovlevitch laissa tomber ses bras ; puis il commença à se frotter les yeux et retâta du doigt ; c’était bien un nez, un véritable nez, et encore, lui sembla-t-il, un nez ayant une tournure connue. La frayeur se peignit sur le visage d’Ivan ; mais cette frayeur n’était rien auprès de l’indignation qui saisit son épouse. — Où as-tu coupé ce nez, animal ? Se mit-elle à crier avec colère. Fripon ! ivrogne ! Je te dénoncerai moi-même à la police ! Quel brigand ! Voilà déjà trois messieurs qui m’ont dit que lorsque tu rases, tu tires tellement sur les nez que tu les arraches presque ! Mais Ivan Iakovlevitch n’était plus ni mort ni vivant, car il venait de reconnaître que ce nez n’était autre que celui de l’assesseur de collège Kovalev, qu’il rasait le mercredi et le dimanche. — Tais-toi, Prascovia Ossipovna, dit-il, je vais l’envelopper dans un linge et le mettre dans un coin, pour qu’il y reste quelques jours ; ensuite, je l’emporterai. — Et je n’y consens pas ! Que je permette de placer un nez coupé dans la chambre ! Biscuit roussi ! Il ne sait que repasser son rasoir, et n’est pas capable de terminer sa tâche vite et entièrement ! Coureur, chenapan ! Crois-tu que je vais pour toi m’attirer des histoires avec la police ? Ah ! Tu es un propre-à-rien, une bûche stupide ! Regardez-le ! Voyez ! Emporte cela où tu veux ! Que je n’en entende plus jamais parler.24 Dans cet extrait on voit très clairement le registre, qui représente fidèlement le langage réel, signe réaliste, et la simplicité dans l’expression, signe Pouchkinien – pas comme la langue de Derjavine et d’autres contemporains, qui était en somme un exercice de style hyperbolique – ainsi que le fantastique dans la perte « magique » du nez. Ce sera toujours un signe du style gogolien, cette fantaisie qui s’approche du surréalisme américain de Poe, mais qui se transforme toujours en satire, puisque le but définitif des récits gogoliens c’est de rendre compte et critiquer à travers la satire, une 24 Bibliothèque russe et slave. (s.f.). Gogol - Le Nez (1835). 1er chapitre.
28 « satire macabre ». Gogol en outre s’anticipera au réalisme ironique-critique de Gustave Flaubert et plus tard des contes de Guy de Maupassant s’appuyant sur cette satire surréaliste dans laquelle il fait la critique d’une société sous-développée. Le destin de Gogol sera aussi macabre que ses contes : une crise spirituelle le mène à aller en pèlerinage en Jérusalem, et à son retour il défendra les idées de l’église orthodoxe jusqu’au point de devenir paranoïaque ; dans une de ses crises il brûla le manuscrit unique du deuxième partie de Âmes mortes en même temps qu’il s’est convaincu du suivant : ses pêchés devaient être expiés à travers le jeûne comme pénitence ; il s’est laissé tuer de faim et il mourra le quatre mars 1852. Il avait seulement quarante-deux ans. La propre immolation de Gogol, Huile sur toile d’Ilya Repine, 1909 Dans ce « ténébreux » tableau d’Ilya Repine on voit sous le bras gauche de Gogol le manuscrit d’Âmes mortes, et près de lui la cheminée dans laquelle il le jettera, et de l’autre côté un enfant qui désespéré veut, peut-être, empêcher le mort-vivant de brûler le précieux manuscrit. L’autre élément qui peut nous étonner sont ces yeux à orbites fantasmagoriques qui semblent d’être plus dans l’au-delà que dans ce monde, extasiés et signalant le délire extrême de l’auteur ukrainien. C’était Gogol la véritable âme morte de sa vie ?
29 On peut constater donc qu’au moment de la mort de Gogol tous les trois, les plus grands hommes de lettres que la Russie avait connu, étaient morts en des circonstances fort tristes : Pouchkine et Lermontov tués lors d’un duel, âgés de 37 (1837) et 26 ans (1841) respectivement, et Gogol, qui s’est immolé. Par conséquent, les trois génies qui avaient porté la littérature russe à son siècle d’or laissèrent un grand vide, un vide qui fut rempli miraculeusement par d’autres trois hommes au génie incommensurable. Le roman russe : le goût du français, en petites doses Après la mort tragique de Gogol le roman russe s’affirme comme le pilier essentiel de la littérature nationale. Les influences françaises de Pouchkine et Lermontov n’apparaissent pas si fortement dans l’œuvre de Gogol, qui suit plutôt la tradition orale folklorique ukrainienne ; par conséquent on peut constater qu’en Gogol se produit une rupture dans la continuation de ce goût français. Par contre, le grand triumvirat du roman russe reprendra ce goût pour le français : Tolstoï, Tourgueniev et Dostoïevski. Comme curiosité, ce dernier, avant de devenir romancier, avait traduit Eugénie Grandet en 1844. Cette traduction fut l’élément déclencheur définitif de la carrière littéraire du grand romancier moscovite. Ces trois écrivains consacreront leurs vies à l’étude de l’homme, abandonnant les problèmes stylistiques de la langue littéraire russe, déjà résolus par Pouchkine, ainsi que la satire, genre cultivé excellemment par Gogol, pour finalement centrer leurs efforts dans la chronique de la société russe de leur temps, de leurs mœurs, mais aussi de l’individu, de la morale et la place de l’homme dans leur siècle. Eugène-Melchior de Vogüé (1848-1910), critique littéraire niçois et grand introducteur de la littérature russe en France, publia en 1886 Le Roman russe, essai critique fort subjectif dans lequel il rend compte de la littérature russe et son développement depuis le Moyen Âge jusqu’au roman Tolstoïen. Il relie chacune des trois vedettes des lettres russes à un peintre français, établissant une nouvelle connexion culturelle et spirituelle russo-française: Il y a des liens secrets entre toutes les formes d’art nées à la même heure ; l’inclination qui porta ces écrivains russes à l’étude de la vie réelle, et l’attrait qui ramenait, vers la même époque, nos grands paysagistes français à l’observation de la nature, semblent découler du même sentiment. Corot, Rousseau, Millet donneraient une idée assez exacte de la tendance commune et des nuances personnelles dans les trois talents que nous déchiffrons ; la préférence que l’on garde à l’un de ces peintres préjuge le goût que l’on ressentira pour l’un de ces
30 romanciers. Je ne voudrais pas forcer la comparaison, mais elle est encore le seul moyen de mettre vite l’esprit à l’aise dans l’inconnu : Tourguéneff* a la grâce et la poésie de Corot ; Tolstoï, la grandeur simple de Rousseau ; Dostoïevsky*25, l’âpreté tragique de Millet.26 Il est vrai que l’idée exposée par Vogüé « la préférence que l’on garde à l’un de ces peintres préjuge le goût que l’on ressentira pour l’un de ces romanciers » est un peu exagérée ; on peut néanmoins relier des adjectifs comme « tragique » à Dostoïevski, « grandeur » à Tolstoï, ou « grâce » à Tourgueniev sans risquer d’être prétentieux, et ces mêmes adjectifs sont en même temps reliés à ces paysagistes français. En outre, Vogüé établit une comparaison entre ces romanciers et les poètes nationaux : « La génération de poëtes de 1820 avait puisé son inspiration dans le sentiment de la personnalité ; la génération de romanciers de 1840 trouva la sienne dans le sentiment humain, dans ce qu’on pourrait appeler la pitié sociale. »27 Ceci est la vraie différence entre ces deux générations de génies russes. La deuxième génération – Tolstoï, Tourgueniev et Dostoïevski – est le fidèle reflet de l’essor réaliste occidental dans le roman et la peinture, ayant pour maîtres Dickens, Balzac, Galdós, Clarin, et aussi nos vedettes russes. Pour la première fois la littérature russe n’est pas en retard en ce qui concerne le développement de sa littérature. Cette littérature, réaliste bien évidemment, se différencie de tous ces autres réalismes occidentaux dans l’analyse psychologique que ces auteurs font des personnages, où le sentiment est le pilier du discours narratif, et donnant moins d’importance aux descriptions de l’espace et du plan physique. Cette « pitié sociale » dont Vogüé parle est en vrai la grande préoccupation d’une génération 25 Ancienne façon de transcrire leurs noms au français 26 Bibliothèque russe et slave. (s.f.-b). Vogüé - Le Roman russe. Chapitre V 27 Bibliothèque russe et slave. (s.f.-b). Vogüé - Le Roman russe. Chapitre IV
31 d’écrivains qui n’ignorait pas les grands problèmes d’une Russie de plus en plus affaiblie par une monarchie perçue par plusieurs individus comme inutile et démodé. De surcroît, ces écrivains russes, comme on avait bien constaté avant, reprennent le goût pour le français. Une seule ville se présentera comme le foyer de ce goût pour l’art de vivre français et de la langue de Molière : Saint Pétersbourg. À l’image des salons parisiens, où l’aristocratie s’abandonna aux plaisirs de l’époque, les nouveaux salons de Pétersbourg sont le foyer culturel des grandes familles aristocrates russes, des artistes – lesquels proviennent très souvent de ces familles moscovites ou pétersbourgiennes – et en gros de toutes les personnes qui ont un poids et une voix dans la vie culturelle de la ville de Pierre le Grand ; on s’habille comme les grandes dames françaises, on organise des bals, on attend les concertos de piano avec expectation, on débat sur la couronne mais aussi sur les modes européennes, en somme, on vie à l’européenne. Dans ces salons, qui étaient si magnifiquement dépeints par Tolstoï dans Anna Karénine (1877), la langue employée était certes le français. Tolstoï rend compte très clairement de cette francophilie – on sait bien que les familles riches avaient pour habitude d’embaucher des institutrices françaises pour que leurs enfants apprennent le français depuis l’enfance, et dû à ce fait plusieurs de ces enfants, comme Tolstoï à son époque, étaient parfaitement bilingues – dans cet extrait de Anne Karénine : -¿A qué vienes, Tanya? –preguntó Darya Aleksandrovna en francés a la niña que había entrado. -¿Dónde está mi pala, mamá? -Te estoy hablando en francés y tú tienes que hacer lo mismo. La niña quiso decirlo en francés, pero había olvidado cómo se decía “pala” en esa lengua; la madre se lo dijo, y luego le dijo en francés dónde debía buscar la pala. Y esto produjo en Lyovin una impresión desagradable. […] “¿Y por qué habla francés con los niños? –se preguntaba-. ¡Qué artificial y falso es eso! Y los niños lo notan. Aprenden el francés y olvidan la sinceridad” […] no obstante, creía necesario enseñar francés de ese modo a sus hijos aun a costa de la sinceridad.28 Tolstoï était donc conscient de cette tendance russe à propos de l’enseignement du français aux enfants, qui étaient forcés à apprendre une langue qui marqua la ligne 28 Tolstói, L. T. Lev. (2013). Anna Karenina. Tercera parte, capítulo 10, página 385
32 entre les cultivés et les « analphabètes culturels ». Tout au long des quelques milles pages du roman le lecteur peut se heurter sans arrêt avec de courtes phrases, mots, noms ou paragraphes en français, preuve irréfutable de cette francophilie : «Honni soit qui mal y pense ! »29 Exhorte Oblonski en français à Wronski lors d’une conversation sur Anne, faisant preuve de son excellent et raffiné français. Cependant on voit clairement que l’emploi du français parmi l’aristocratie n’est plus qu’une démonstration du niveau culturel, voire un choix conversationnel, qui prouve la culture d’une certaine personne dans cette société francisée. Tolstoï subira différentes étapes créatrices et spirituelles – étroitement reliées – , mais une des constantes dans son œuvre romanesque sera toujours l’emploi du français. Dans sa nouvelle La Mort d’Ivan Ilitch30 (1884-1886) on compte onze phrases en français dans les 91 pages du texte. Par exemple: «Iván Ilich era le phénix de la famille, como decía la gente »31. « Era notablemente reservado […] correcto y bon enfant […] Todo ello podría colocarse bajo la conocida rúbrica francesa: il faut que jeunesse se passe. »32 Dans certains cas ce n’est pas un personnage qui parle français, mais l’auteur depuis sa position de narrateur en troisième personne, qui utilise le français dans son propre discours narratif. Ivan Tourgueniev (Orel, 1818 – Bougival, France, 1883) est un très bon exemple, pour l’intérêt de cette étude (et en général), du francophone russe : il parlait français, on dit souvent, presque à la perfection et de tous les écrivains russes du dix-neuvième siècle c’est celui qui garde la relation la plus étroite avec la France et sa culture. L’écrivain russe était un grand voyageur, et comme pour la grande partie de ces compatriotes slaves, les voyages avaient pour destin l’Europe occidentale. On ne vise néanmoins à analyser et rendre compte de ces nombreux voyages mais on voudrait plutôt jeter un coup d’œil dans une grande amitié franco-russe : Tourgueniev et Flaubert. 29 Tolstói, L. T. Lev. (2013). Anna Karenina. Primera parte, capítulo 17, página 95 30 La Mort d’Ivan Ilitch est inspirée en un fait réel : Ivan Ilitch Metchnikov, magistrat à Tula, était mort d’un terriblement douloureux cancer abdominal en 1881. L’un des frères du malade raconta l’histoire à Tolstoï, qui très ému, se décida à écrire cette étonnante nouvelle moralisatrice. Tolstoï chercha souvent l’inspiration pour ces romans dans les faits réels de la vie quotidienne. 31 Tolstói, L. T. Lev. (1993). La muerte de Iván Ilich. Capítulo 2, página 29 32 Tolstói, L. T. Lev. (1993). La muerte de Iván Ilich. Capítulo 2, página 31
33 Tourgueniev est le meilleur exemple de cette âme nomade russe, pas à cause du bannissement qu’il soufra aux années 50 – dans ce cas on parle plutôt avec l’euphémisme « exile forcé » –, dont on a déjà analysé sa nature, mais parce qu’à partir d’un moment donné il ne retournera plus en Russie. Visant à s’éduquer mieux il parcourra l’Europe : Berlin, Rome, etc. pour finalement arriver à Paris à la fin des années 40, où il connaîtra Mérimée (1803-1870), avec lequel il établira une très bonne relation d’amitié ainsi qu’une productive relation professionnelle : ils traduiront ensemble plusieurs poèmes de Pouchkine au français et certaines de ses lettres. Cette relation avec Prosper Mérimée sera la première amitié de plusieurs avec les hommes de lettres et artistes français. À son retour en Russie il écrira Mémoires d’un chasseur (1852), œuvre dans laquelle il dépeint la Russie des paysans qui, supposément, influença le futur tsar Alexandre II (1856-1881) dans sa décision d’abolir le servage le 19 février 1861. La Russie était à ce moment le seul empire dites moderne qui continuait la tradition médiévale féodale. Flaubert et Tourgueniev se sont connus en 1863 lors d’une soirée littéraire à Paris. L’impression que Flaubert provoqua en l’homme de lettres russes nous est avouée par Jean Bruneau : Il fit la connaissance le 28 février 1863, à un dîner de littérateurs, au café Magny, rue Mazet. […] Il découvrait justement en Flaubert une nature complète, un esprit érudit et universel, ouvert à tous les arts, chez qui l’expérience était confortée par les lectures les plus variées, le talent par la spontanéité, le style par la bonté, qui est la source pure de toutes les grandes œuvres.33 Flaubert à son tour pensa ce qui suit du romancier russe : Un mois après leur heureuse rencontre au café Magny, qui allait sceller à jamais leur amitié, Flaubert écrivait aux frères Goncourt : « J’ai là tous les livres de Tourgueneff. Il a bien du talent, cet homme-là ! Ce qui me plait en lui, c’est une distinction et une poésie permanentes. » Flaubert s’était mis à lire du Tourguéniev avec l’entrain que l’on connaît.34 33 Flaubert, G., Tourguéniev, I. S., & Zviguilsky, A. (1989). Gustave Flaubert-Ivan Tourguéniev: correspondance. Page 13 34 Flaubert, G., Tourguéniev, I. S., & Zviguilsky, A. (1989). Gustave Flaubert-Ivan Tourguéniev: correspondance. Page 14
34 Après ces premières impressions personnelles les deux romanciers établirent une enrichissante relation épistolaire dont on compte 235 lettres, 140 de Flaubert et 95 de Tourgueniev. On avait expliqué que l’homme de lettres russe parlait, et écrivait bien sûr, parfaitement la langue de Molière, voici un extrait d’une de ses lettres adressées à son cher ami Flaubert, laquelle date du 30 janvier 1870 : Mon cher ami, Dans le premier numéro d’une revue russe qui paraît à St-Pétersbourg – et qui se nomme le « Messager russe »35 (c’est comme qui dirait la « Revue des Deux Mondes » de la Russie) – il y a un énorme article sur votre livre […] –On l’analyse par le menu et l’on raconte tout le sujet – on loue beaucoup et l’auteur et son œuvre ; – cet article a pour titre : « La nouvelle société française ». […] Dites mille choses de ma part à Mme Sand, à Ducamp et tutti quanti ; – je vous serre la main de toute la force de mon amitié.36 Les comparaisons entre l’œuvre de Gustave Flaubert et Ivan Tourgueniev ont été toujours présentes dans les cercles académiques ; il est bien évident que les deux écrivains s’admiraient mutuellement, et les deux sont, au bout de compte, maîtres du réalisme. En fait, le chef d’œuvre de Flaubert, Madame Bovary (1856), est plutôt comparé à un autre chef d’œuvre universel : Anna Karénine (1887). La relation épistolaire entre ces deux maîtres du roman est en effet une des plus productives et intéressantes de l’histoire de la littérature et elle est en somme tout un récit littéraire de premier ordre, comme celle de Stefan Zweig et son grand ami Joseph Roth, ou celle de Boris Pasternak, Marina Tsvetaieva et Rilke l’été 192637. Les deux amis échangèrent leurs opinions sur leurs œuvres et leurs projets, leurs amitiés communes, leurs passions et leurs inquiétudes les plus profondes ; il est néanmoins intéressant de remarquer que ce sera toujours Tourgueniev qui visitera Flaubert. Le rouennais n’irai jamais en Russie, malgré l’insistance de son bon ami. Ce fait, qui semble peu important, peut nous conduire à formuler une certaine hypothèse : les influences culturelles qu’on vient d’analyser tout au long de notre étude vont toujours dans le même sens, depuis la 35 Le Messager russe est considéré comme la plus importante et célèbre des revues littéraires des lettres slaves. Créée par Mikhaïl Katkov (1818-1887) en 1856, elle était le canalisateur et le moteur des nouveaux courants de pensée en Russie ainsi qu’un grand diffuseur de littérature nationale ainsi qu’européenne. 36 Flaubert, G., Tourguéniev, I. S., & Zviguilsky, A. (1989). Gustave Flaubert-Ivan Tourguéniev: correspondance. Pages 88-89 37 Pour en savoir plus : Cartas del verano de 1926, Minúscula.
35 France vers la Russie, et pas à l’inverse. Il faudra attendre la traduction d’Anna Karénine en français en 1886 (neuf ans d’attente), paru dans la maison d’édition Hachette pour qu’une œuvre russe provoque une vraie révolution littéraire dans le monde des lettres universelles. En fait, même si Tourgueniev avait établi la plus grande relation littéraire entre ces deux cultures –, c’était Tolstoï qui depuis le bureau de sa ferme, Iasnaïa Poliana, bouleversa les fondements, non seulement du roman, mais de l’analyse de la condition humaine. La francophilie de Tourgueniev est présente évidemment dans ses œuvres, comme c’est le cas de Rudin (1856), son premier roman, où il dépeint un archétype très récurrent dans la littérature russe du dix-neuvième siècle : « l’homme superflu »38. « L’homme superflu » c’est un homme raffiné, cultivé, attirant et riche qui souffre d’un grand dédain pour l’activité sociale, un sort de paresseux poussé à bout qui refuse de s’occuper de ses affaires, qui ne sort pas du lit, qui ne montre le moindre intérêt pour la vie, pour le « dehors », vivant dans une léthargie constante. Ce personnage si curieux, étant un homme raffiné, cohabite avec des personnalités de la haute société, une haute société où le français est la langue de préférence : – Ah !, la cloche du dîner ! – exclamó mademoiselle Boncourt–. Rentrons. « Quel dommage! –pensó para sus adentros la vieja francesa, mientras subía la escalinata de la terraza detrás de Volíntsev y Natalia–, quel dommage que ce charmant garçon ait si peu de ressources dans la conversation…39 De même que Tolstoï et Tourgueniev, la relation de Dostoïevski avec la langue française est très étroite : sa traduction d’Eugénie Grandet en russe à l’âge très jeune de 23 ans fait preuve de son intérêt pour la langue et la culture française ; puis aux années soixante il fera son célèbre tour en Europe, pendant lequel il visitera les grandes villes européennes : Berlin, Paris, Vienne, Florence, Turin, Londres… Le français de Dostoïevski 38 Le concept « homme superflu » a son meilleur exemple dans le célèbre roman d’Ivan Gontcharov (18121891), Oblomov (1859). Ce long roman dépeint à la perfection cet archétype de la littérature russe. Oblomov ne sort pas du divan, où il passe son temps à dormir, à rêver intensément, à manger et à penser à ses affaires ; seulement l’amour pour une jeune dame lui poussera à reprendre son activité, tant sociale que professionnelle. Oblomov, et tous ces hommes superflus, mène une lutte intérieure très forte, hésitant entre le dédain absolu envers le monde – un dédain innocent et enfantin, et un désir naïf pour achever ses rêves. 39 Turguenev, I. S., (2014). Rudin. Página 42
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43 BIBLIOGRAPHIE Œuvres De Grève, C. G. Claude. (1990). Le voyage en Russie. Anthologie des voyageurs français aux XVIIe et XIXe siècles. (2ª ed.). Paris, France: ÉDITIONS ROBERT LAFFONT. Dostoievski, F. D. (2013). Los hermanos Karamázov (3ª ed.). Barcelona, España: Alba Flaubert, G., Tourguéniev, I. S., & Zviguilsky, A. (1989). Gustave Flaubert-Ivan Tourguéniev: correspondance (5ª ed.). Paris, France: Flammarion. Fumaroli, F. M. (2001). Quand l'Europe parlait français. Paris, France: Éditions de Fallois. Porché, F. (1925). Qu’est-ce que l’Ame slave ? Paris, France : Chez Madame Lesage, 1925. 45 p. (Le Sage et ses amis). Tolstói, L. T. Lev. (2013). Anna Karenina (2ª ed.). Madrid, España: Alianza Editorial. Tolstói, L. T. Lev. (1993). La muerte de Iván Ilich. Jadzhí Murat (5ª ed.). Madrid, España: Alianza Editorial Turguenev, I. S., (2014). Rudin. Barcelona, España: Alba. Sources internet 1 citations de Pierre Ier de Russie, dit Pierre le Grand - Ses plus belles citations. (s.f.). https://dicocitations.lemonde.fr/auteur/8291/Pierre_Ier_de_Russie_dit_Pierre_le _Grand.php Artgitato, A. (2016, 2 diciembre). LA POESIE D'ALEXANDRE POUCHKINE - поэзия Александра Пушкина • ARTGITATO. http://artgitato.com/poesie-dalexandrepouchkine Artgitato, A. (2017, 7 aout). LE RÊVEUR POÈME D'ALEXANDRE POUCHKINE (1818) Мечтателю • ARTGITATO. http://artgitato.com/le-reveur-poemedalexandre-pouchkine-1818/
44 Bibliothèque russe et slave. (s.f.). Gogol - Le Nez. https://bibliotheque-russe-etslave.com/Livres/Gogol%20-%20Le%20Nez.htm Bibliothèque russe et slave. (s.f.-b). Vogüé - Le Roman russe. https://bibliotheque-russeet-slave.com/Livres/Vogue%20-%20Le%20Roman%20russe.htm Contributeurs aux projets de Wikimédia. (2015, 30 mai). Nouveaux Contes de fées/La Petite Souris grise - Wikisource. https://fr.wikisource.org/wiki/Nouveaux_Contes_de_f%C3%A9es/La_Petite_So uris_grise Contributeurs aux projets de Wikimédia. (2017, 10 février). Si j’en crois mon espérance (Lermontov)-Wikisource. https://fr.wikisource.org/wiki/Si_j%E2%80%99en_crois_mon_esp%C3%A9ran ce_(Lermontov) Contributeurs aux projets de Wikimédia. (2018, 11 novembre). Poème de Pouchkine, écrit en français. https://fr.wikisource.org/wiki/Dis_moi,_pourquoi_l%E2%80%99Escamoteur Contributeurs aux projets de Wikimédia. (2009, 8 novembre). Sur la mort du prince Mestscherski. https://fr.wikisource.org/wiki/Sur_la_mort_du_prince_Mestscherski DERZHAVIN INSTITUTE. (2017, 17 mars). Savez-vous qui est G. R. Derjavine? https://derzhavin.com/fr/pages/909/66/ Dix citations de grands écrivains sur le mystère de l'âme russe. (2017, 27 décembre). https://fr.rbth.com/art/79766-citations-grands-ecrivains-sur-mystere-ame-russe Glehello, D. G. (2019). Poésie : Le revenant. https://www.poesie-francaise.fr/evariste-deparny/poeme-le-revenant.php Lettre à Nicolas II - Wikisource. (2013, 27 février). https://fr.wikisource.org/wiki/Lettre_%C3%A0_Nicolas_II Le bonheur est une allégorie, le malheur est une histoire. Citation Leon Tolstoi. (s.f.). https://citations.ouest-france.fr/citation-leon-tolstoi/bonheur-allegorie-malheurhistoire-111349.html
45 Ouvrages consultés Cowles, V. C. (s.f.). Los Romanov. Barcelona, España: Noguer. Daschkoff, D., & Pontremoli, P. P. (1989). Mémoires de la princesse Daschkoff. Dame d'honneur de Catherine II, impératrice de toutes les Russies (2ª ed.). Mesnil-surl'Estrée, France: Mercure de France. Rebón, M. R. (2018). En la ciudad líquida (Ed. rev.). Barcelona, España: Caballo de Troya. Tolstói, S. T. (2010). Diarios (1862-1919). Barcelona, España: Alba. Troyat, H. T. (1998). Terribles Tsarines. Paris, France: Grasset & Fasquelle. Tsvietáieva, M. T., Pasternak, B. P., Rilke, R. M. R., & Azadovski, K. A. (2012). Cartas del verano de 1926. Barcelona, España: Minúscula.
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47 ANNEXES 1. Généalogie de la maison Romanov (1613-1917)
48 2. *En référence à la rencontre de Pouchkine avec son admiré Derjavine, laquelle le jeune poète avait registré dans son journal, on présente ce tableau d’Ilia Repine de 1911, lequel portraite cette célèbre rencontre au lycée Tsárskoye Seló, où Pouchkine étudiait : 3. Caricature du tsar Nicolas II (1894-1917) :
49 4. Photo de « famille » datant de 1913 faite à Berlin qui montre les vraisemblances entre Nicolas II et le roi d’Angleterre George V (1910-1936). Les deux monarques étaient cousins : 5. Ilia Repine fut, non seulement un grand portraitiste et paysagiste, mais aussi un peintre doté d’une excellente imagination ; un des meilleurs exemples de son étape « exotique » c’est Sadko, huile sur toile datant de 1876 :
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