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Mission et traduction dans l'ordre des dominicains espagnols au XVIe siècle

Bueno García, Antonio

Abstract

Departamento de Filología Francesa y Alemana

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AUC(EUR DE LATRADUCTOLOGIE Hommage á Michel Ballard Couverture: Xavier Froissart, Babel CitylBabel City, huile sur toileloil on canvas, 100 x 100 cm,2010, ryww.xavierfroissart.com. @ Artois Presses Université, 2019 9, rue du Temple BP 10665, 62030 Arras Cedex ISBN : 978-2-84832-332-9 .a ISSN: 1285-9273 En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralemenf ou partiellement le présent ouvrage sans autorisation de l'éditeur ou du Centre frangais d'exploitation du droit de copie (6 bis, rue Gabriel Laumain, 75010 Paris). Livre imprimé en France Traductologie AUCGUR DE LATRADUCTOLOGIE Hommage á Michel Ballard Étud"t réunies par Lieven D'hulst, Mickaél Mariaule et Corinne Wecksteen-Quinio ARTOIS PRESSES UNIYERSITÉ Ouvrage publié avec le concours du laboratoire Textes et Cultures (EA 4028), de I'Université d'Artois et d'Arras Université. coMrrÉ Éurronr¡, D'ARTOIS PRESSES UNIVERSTTÉ Le Président de I'Université : Pasquale MavMoNn, président du Comité éditorial Les Présidents honoraires de I'Université : Alain LorrrN t, Président honoraire du Comité éditorial Jean-Jacques Pormr, Président honoraire du Comité éditorial, Recteur de l'Académie de Lille Christian MonzEwsrr, Président honoraire du Comité éditorial Francis MencorN, Président honoraire du Comité éditorial Le directeur des Publications : Christian Monzpwsrr Les directeurs de collection : Artoithéque : Mireille Drueurps Cahiers Henri Bosco: Christian Monzpwsrr Confucius: Siyan JrN et Sandrine Mencs¡.Np Cultures sportives : Williams Nuyr¡Ns Droit et Sciences économiques: Fanny Vesspun-LeN4sny Éducation, formation et lien social: Jean-Frangois Gouaer Éndes des Faits Religieux: Charles Coursr et Olivier Rora Érud"t linguistiques: Jan Go¡s et Carmen PnruRA-TREsMoNrANr Série Didactique des langues : Jean-Marc MeNcu.NrB Étud"t littéraires : Qlaudine NÉprrBc Série Corps et voix : Sandrine Lp Pons et Pierre LoNcuBNrssB Série Enfance : Anne BrssoN Série Maniére de critiquer : Claudine NÉtsr¡c Géographie : Jéróme LacprsrB Graphé : Jean-Marc V¡ncnuyssE, Histoire: Olivier Tonr Lettres et civilisations étrangéres: Évelyne JacquruN Série Cinémas : Julie Assoury Traductologie : Lieven D'Hursr et Corinne WrcrsrnnN-euntro chargée de mission i la politique de la recherche en Lettres et sciences humaines : Anne-Gaélle Wesrn Vice-président de la commission de recherche : É.ic MoNprret Directrice du Service Commun de Documentation de l'université d'Artois : Corinne Lenroxo PersonnaHtés extérieures : Léon Azerrru.¡tnN, Directeur de l'Agence régionale du Livre et de la Lecture (AR2L Hauts-de-France) - Site d'Arras Gérard Bersren, Président et co-fondateur de l'Université pour tous de l'Artois Xavier BoNracn, Professeur á l'Université de Picardie Jules Verne Dominique RABArÉ, Professeur á l'Université Paris Vll-Diderot Jean-Marie Var-nNtnl, Professeur, Institut Universitaire de France etAcadémie allemande de littérature MISSION ET TRADUCTION DANS L'ORDRE DES DOMINICAINS ESPAGNOLS AU xvl'stücln' Antonio Bueno García (Jnivers ité de Valladolid, Espagne Avant-propos es missionnaires et les indigénes du Nouveau Monde ont dü viwe quelque chose d'identique á l'esprit de la Pentecóte. En effet, ils ont réussi á se comprendre méme s'ils ne partageaient ni le§ mémes langues ni les mémes cultures et qu'ils avaient encore moins conscience de leur existence mutuelle. En réalité, le contexte dans lequel s'est produite cette rencontre ne semble pas non plus trés différent de celui qui est raconté dans les Actes des Ap^tres.Les ordres mendiants, qui avaient lu le jour au XIII' siécle, tel un appel de l'§vangile et en réaction á gne période de crise et d'incrédulité religieuse, étaient au XVI" siécle en pleine réforme des abus, appelant á un retour au sens authentique de l'Évangile et aux temps apostoliques au sein des couvents. Les hommes de la nouvelle église, avantla découverte du Nouveau Monde, ont vu dans ces terres un nouveau défi et un véritable scénario á travers lequel ils transmettraient les valeurs du christianisme. 1 Travaitr effectué dans le cadre du projet R & D du Gouvernement espagnol Réf. FFI2O14-5}140-P « catalogage et étude des traductions des Dominicains espagnols et latino-américains ». 40 ANTONIO BUENO GARCÍA 1. L'ordre dominicain 1. 1. Identité dominicaine L ordre des Pr6cheurs a marqué une nouveauté radicale au moment de sa fondation en1216, il y a 800 ans, par l'Espagnol Domingo de Guzman Garcés (que nous nommerons désormais Saint Dominique de Guzman). Les nouveaux moines << prédicateurs » étaient destinés á précher la parole de Dieu pour le salut des hommes2, incluant la dévotion á la Sainte Vierge du Rosaire comme un moyen d'orienter les ámes vers Jésus. Du point de vue dominicain, la táche apostolique est, comme I'a noté Hinnebusch, « d'étudier, d'enquéter et de découvrir de meilleures formes plus efficaces et plus modemes de diffirser le message de l'Évangile » (2000 : 9). Le surnom de << Dominicains >» (dominus canis) - les chiens de Dieu - résume également son esprit et sa nature. La prédication est leur mission par excellence mais aus§i leur devoir. Cependant, pour imiter la vie du Christ et celle des apótres, seuls les hommes matures et bien préparés devaient étre envoyés. La quéte de la vérité nécessitait une solide formation. Ainsi, pour intégrer l'Ordre, il n'était pas tellement important de pouvoir s'appuyer sur de solides ressources matérielles ou de se prévaloir d'une bonne origine sociale. Le critére était principalement intellectuel : ne pouvaient accéder á l'Ordre que ceux qui savaient le latin, c'est-á-dire ceux qui avaient acquis une formation académique préalable. Le résultat final de cette sélection et l'accent mis sur les études philosophiques de l'institution et en particulier sur la théologie firent que l'Ordre devint un véritable centre d'apprentissage ou institut de chercheurs. Depuis le début, les étudiants ont toujoursjoui, par rapport á leurs camarades, de dispenses de I'observance du culte et de certaines activités communautaires. 1.2. Les Dominicains et le Nouveau Monde La mission dominicaine en Amérique commence lei 1l février 1509, lorsque le roi d'Espagne accorde la permission á l'Ordre de transférer quinze moines vers les Indes á destination de f ile dite l'Hispaniola (future ile de Saint-Domingue). Si Frére Dominique de Mendoza avait été le promoteur de la campagne, ll a été remplacé par Frére Pierre de Cordoue, le premier ayant été appelé á Rome pour finaliser les démarches devant le Maitre Général de l'Ordre, Frére Thomas de Vio Cayetano3. Les quinze religieux étaient divisés en trois groupes qui ont embarqué á quelques mois d'intervalle, entre 1510 et 1511. Á bord du premier navire voyagérent quatre fréres de San Esteban: Pierre de Cordoue, Antoine Montesinos, Bernard de Santo Domingo et le laic Dominique de Villamayor, qui est retourné en Espagne peu aprés. La deuxiéme 2 Voir la Préface des Constitutions du Chapitre de 1220. 3 Voir Ramón Herniíndez 1985 : 57-93. MISSION ET TRADUCTIONDANS L'ORDRE DES DOMINICAINS ce qui concerne le systéme de numérotation, il était vigésimal, comme dans les langues de nombrerx peuples primitifs, et les Indiens préféraient compter en castillan (étant donné qu'il était difficile de compter au-delá de dix avec les mains). Les Dominicains ont appris les langues indigénes au milieu des autochtones, dans les maisons de leurjuridiction ou « vicariats des Indiens » et ils ont transmis leurs savoirs aux expéditions suivantes moyennant des legons ou travaux écrits, comme on verra ci-aprés. Au cours de ses visites des couvents, le Provincial ne manque pas l'occasion de donner aux fréres des ordres ayatt trait au bon fonctionnement du couvent. Dans la disposition 56, on lit textuellement: << J'ordonne que frére Jean de Torres rédige un art et un vocabulaire de la langue guatémaltéque22 et utlatéque23 dans un délai de quatre mois, en vertu de la sainte obéissance ». Comme le signale Remesal en 1549, << en visitant le couvent de Saint-Dominique, le Pére Thomas de la Torre avait ordonné l'organisation, au bénéfice des religieux, d'une conference quotidienne sur la langue du pays >>2a . En 1 5 62, on en arrive á qualifi er de péché mortel le retour en Espagne des religieux connaissant la langue des indigénes25. Et lors du Chapitre provincial de 1564, il est ordonné aux supérieurs des maisons d'obliger les religieux connaissant les langues du pays á composer des arts et des vocabulaires et á laisser leurs travaux et leurs manuscrits dans les bibliothéques des couvents26. Enfin, le Chapitre du Guatemala de 1572 fait observer en outre qu'<r aucun religieux qui vient d'Espagne, aussi savant et dévot qu'il puisse paraitre, ne poura confesser ou précher avant de connaitre quelque langue de cette province »27. 5. L'auteur collectif L'un des aspects intéressants de la littérature monastique est la présence d'auvres collectives. On a beaucoup écrit sur la paternité du fameux seÍnon d'Antoine de Montesinos contre l'esclavage et les abus envers les Indiens, .) un sefinon qui provoqua la confusion au sein de l'Ordre lui-méme, volre un scandale politique. C'est la veille du dimanche 2l décembre 1511 que tout s'est déroulé: les huit membres de la congrégation se sont rassemblés dans le Chapitre, ils ont tous préparé et signé un « seÍnon » contre l'esclavage, dont on a commandé la lecture á Frére Antoine Montesinos « sous le précepte formel et en vertu de la sainte obéissance ». Ce sermon intitulé « Advent » 22 Cette langue était appelée le cakchiquel. 23 Remesal, o.c. II, BAE 196, Madrid 1964,144. 24 Idem:478. 25 Voir Medina 1992 :89. 26 lbidem. 27 ldem,I, BAE 175, 48-419. 47 48 ANTONIO BUENO GARCIA a produit un tel esclandre dans la société coloniale toute-puissante, qui devait précisément sa richesse á l'exploitation des esclaves des populations autochtones, que le vice-roi Diego Colomb s'est rendu immédiatement chez le Frére Pierre de Cordoue dans le couvent dominicain pour exiger l'expulsion de Frére Antoine Montesinos ou la rétractation de celui-ci la semaine suivante en donnant un seÍnon plus doux et apte á calmer les esprits. Cependant, á la grande surprise des présents, le dimanche suivant, le discours prenait un tour encore plus belliqueux. Dans les ceuwes écrites, l'auteur collectif constitue également une pratique courante. Dans la Doctrina cristiana para instrucción e información de los indios por manera de historia (Doctrine chrétienne pour l'instruction et l'information des Indiens par le biais de l'histoire), imprimée au Mexique en 1544 et due á Frére Pierre de Cordoue, on lit ceci : << compuesta por el mismo reverendo padrefray Pedro de Córdobq... y por otros religiosos doctos de la misma Ordery» (composée par le révérend Frére Pierre de Cordoue... ainsi que par d'autres religieux savants de l'Ordre). Il en va de méme pour la Doctrina christiana en lengua Española y Mexicana: hecha por los religiosos de la orden de sancto Domingo (Doctrine chrétienne en langues espagnole et mexicaine : faite par I'ordre religieux de Saint-Domingue),1548. L'écriture en groupe, le partage des idées et la responsabilité solidaire sont des caractéristiques de certaines communautés, telle la congrégation religieuse' 6. La production traductographique et linguistique 6.1. Catéchismes, arts, grammaires et vocabulsires Il est totalement impossible d'établir un inventaire complet des travaux de linguistique et de traduction écrits par les Dominicains, étant donné que beaucoup ont été perdus, cependant que d'autres ont pu nous parvenir sous forme matérielle ou moyennant la référence á un auteur. Voici un recensement systématique issu des travaux de Miguel Angel Medina et dé José Simon Díaz. Ces cuvres et d'aütres encore, qui ont pu étre localisées dans les archives et les bibliothéques, font déjá partie de notre catalogue d'ceuwes lexicographiques et de traduction des Dominicains2s. Caraibes Frére Dominique de Yico'. Vocabulario de la lengua general de la isla de Santo Domingo (date inconnue). -, Vocabulario de la lengua de la isla de Santo Domingo (date inconnue). 28 Gouvemement d'Espagrre, ministére de l'Économie et de la Compétitivité, Projet R & D Réf. FFI2014-59140-P, « Catalogage et étude des traductions des Dominicains espagrrols et latino-américains >». http://traduccion-dominicos.uva.es. MISSION ET TRADUCTION DANS L'ORDRE DES DOMINICAINS 49 Nouvelle Espagne Frére Frangois Alvarado, Vocabulario en lengua mixteca, hecho por los Padres de la Orden de Predicadores que residen en ella, y últimamente recopilado y acabado por el P. ..., vicario de Tamagulapam de la misma Orden. En casa de Pedro Balli, México 1593. Frére Dominique d'Ara, Vocabulario de la lengua tzendal, según el orden de Copanabastla, ms. I5T l.Impreso en México en 1986. -, Arte de la lengua tzendal. Impreso en México en 1986. Frére Marcos Benito, Arte de la lengua mije (date inconnue). Frére Bernard Bejarano, Vocabulario de la lengua mije (date inconnue). Frére Frangois Cepeda, Arte de los idiomas chipaneco, zoque, tzendal y cinancantseco, México I 560. Frére Jean de Cordoue, Yocabulario en lengua zapoteca, hecho y recopilado por el muy reverendo padre... de la Orden de Predicadores, que reside en esta Nueva España. Con licencia. Impreso por Pedro Charte y Antonio Ricardo. En México. Años de 1587. -,Gramáticazapoteca, compuestapor el muy reverendo Padre... de la Orden de Predicadores de esta Nueva España. En México, en casa de Pedro Balli, año de 1578. Frére Pierre de la Cueva, lrte de la lengua zapoteca. Escrito entre 1551 y 1615. Frére Antoine Davila : Arte para saber la lengua mexicana, reduciendo sus elegancios a método. Frére Pierre de Feria, I/ocabulario en lengua zapoteca (1578). -, Arte en lengua zapoteca. (1578) Frére Louis de Guzman, Yocabulario y arte de gramática de la lengua chichimeca. §ous ne savons pas si l'ouwage a été terminé.] Frére Marc Martinez, Arte de la lengua utlateca, muy bien ordenada (date inconnue). Frére Jéróme Morono, Arte de la lengua zqpoteca (date inconnue). Frére Antoine del Pozo, Arte de la lengua zapoteca (date inconnue). Frére Antoine de 1os Reyes, ArÍe de la lengua mixteca, compuesta por el P. ..., yicario de Tbpuzcukulula.En casa de Pedro Balli, México 1593. Frére Diego del Río, Diccionario en lengua mixteca (date inconnue). Frére Dominique de Santa María, Arte y Gramática de la lengua mixtecq. [D'aprés Ricard, elle s'intitulait: Doctrina Cristiana y Arte de la lengua mixteca (1550), voir Ricard 1986:431-434.1 Amérique centrale Frére Dominique de Yico, Artes y Vocabularios de siete lenguas (date inconnue). -, Vocabulario de la lengua Cakchiquel (date inconnue). Frére Thomas de Cardenas, Arte de la lengua cachí (date inconnue). 50 ANTONIO BUENO GARCIA Frére Benoit Villacañas, Arte y vocabulario de la lengua cachiquel (date inconnue). Frére Jean de Samaniego, Arte de la lengua mexicana que se habla en la provincia de San salvador (date inconnue). Frére Pierre Morán, Vocabulaire des noms de la langue du Pokoman (date inconnue). Frére Frangois de Viana, Art majeur de la langue principale de Coban (date inconnue). -, Gramática de la lengua quiché. Gramáfica de las lenguas quiché, caqchiquel y sutojil (date inconnue). -, Tbsoro de las tres lenguas (date inconnue). Pérou et Équateur Frére Benoit de Jarandilla, Gramáticay Vocabulario en la lengua de los indios del valle de Chibama. (Le travail n'a pas été publié). Frére Thomas Duran et Ribera, Catecismo y Doctrina cristiana, con curioso Arte y Vocabulario y sermones (date inconnue). Évangélisateurs de Chucuito, Artes, I/ocabularios... en lengua aymara (date inconnue). Frére Dominique de Santo Tomas, Gramática o arte de la lengua general de los indios de los Reynos del Peni. Nuevamente compuesta por el Maestro... de la Orden de S. Domingo, morador en dichos Reynos.Impresa enValladolid, porFrancisco Femández de Córdoba, impresor de laM.R. Conprivilegio... Acabóse a diez días del mes de henero año 1560. I Lexicón o Vocabulario de la lengua original del Perú, compuesto por el Maestro... de la orden de S. Domingo, S. Dominicus Praedicatorum dux.Impreso en Valladolid, por Francisco Fernández de Córdoba, impresor de la M.R. Con privilegio... Acabóse a diez días del mes de Henero. Año de mil y quinientos y sesenta. 6.2. Traductiot,ts ' Les vocabulaires, les arts, les grammaires et les autres ouwages écrits dans des langues indigénes accordent une place substantielle á la traduction, raison pour laquelle nous les présentons ensemble. Parallélement, des traductions stricto sensu ont également été faites, et il n'est pas facile coÍlme dans le cas précédent de les répertorier parce qu'elles n'ont pas toujours été conservées. Nous avons listé ci-dessous quelques traductions célébres : Frére Bernard d'Albuquerque, Catecismo o tratado de la Doctrina cristiana. Frére Marc Benito, Devocionario manual de los misterios del rosario en idioma mije. Frére Diego de Carranza, Doctrina Cristiana en lengua chontal. Frére Pierre de Cordoue, Doctrina cristiana para instrucción e información de los Indios por manera de historia. MISSION ET TRADUCTION DANS L'ORDRE DES DOMINICAINS 5I -, Réimpression de la Doctrina... que compuso fray Pedro de Córdoba en la Española, 1544. Frére Jean d'Estrada ou de la Magdalena, Escala Espiritual de San Juan Clímaco [premier oul.rage sorti des presses d'Esteban Martín du Mexique en 1535, utilisé surtout par les novices dominicains]. Frére Pierre de Feria, Confesionario Zapoteco. -, Doctrina Cristiana en lengua zapoteca. -, Doctrina Cristiana en lengua castellana y zapoteca. -, Confesionario en lengua zapoteca. Frére Alejo García, Calendario Perpetuo (date inconnue). Frére Benoit Hemandez, Doctrina en lengua mixteca, 1567. Frére Jér6me Moreno, El símbolo de San Atanasio (traducido a la lengua zapoteca) / Evangelios y epístolas de San Pablo, traducidos a la lengua zapoteca (date inconnue). Frére Diego de Santa Maria, Doctrina en mixteco. Frére Frangois de Viana, Arte mayor de la lengua de Cobán, de Fray Dionisio de Zlúfliga, traduit en castillan (date inconnue). Frére Frangois de Viana et Frére Gonzales Ximeno, Sermones en lengua Pokonchi por el padrefray Francisco de Wana, y el padrefray Gonzales Ximeno, arreglados por el padrefray Dionisio de Zúñiga, 1550. Frére Dominique de Yico, Sermonario en Cakchiquel (date inconnue). Frére Frangois Ximénez, El Perfecto Párroco, en langues quiché, cakchiquel et sutojil (date inconnue). -, Tesoro de las tres lenguas (quiché, cakchiquel et sutojil) (date inconnue). Frére Jean de Zumárraga et Frére Dominique de Betanzos, Declaración y exposición de la Doctrina Cristiana en lengua española y mexicana (édition identique á l'antérieure mais avec des ajouts, 1548). Il existe d'autres couvres oü la participation des Dominicains semble trés probable, mais il n'est pas facile de le démontrer comme, par exemple, pour le Confessionario para los curas de indios: con la instrucion contra sus ritos y exhortacio para ayudar a bien morir y summa de sus priuilegios y forma de impedimentos del matrimonio / compuesto y traduzido en las lenguas quichua y aymara por autoridad del Concilio Prouincial de Lima del año de 1583. L'ouwage de Frére Frangois Ximénez, ksoro de las tres lenguas (quiché, cakchiquel, sutojil), cité ci-dessus, contient des documents indigénes trés importants avec la traduction en castillan, comme le célébre livre sacré des Quichés Popol Buj, découvert par Ximénez dans le village de Saint-Thomas Chichicastenangoze. 2e Voir Ximéne z, 1931, Historia de la Provincia de san hcente de Chiapa y Guatemala de la Orden de Predicadores, III, Guatemala Introd. de A. Mencos, XXMII-XXIX; Medina 1992:105-106. 52 ANTONIO BUENO GARCÍA Les niveaux d'éducation sur le continent européen ne pouvant étre comparés á ceux de l'Amérique du XVI" siécle, nous devons prendre en compte la variation des volumes de traduction publiés de continent á continent. En effet, dans l'espace occupé par le sud de l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay et une partie de la Bolivie, seuls quatre liwes ont été publiés durant les trois siécles coloniaux : trois en latin et une traduction frangaise3o. Les seuls livres auxquels avaient accés les indigénes étaient ceux produits par les missionnaires, et donc leur seul contact écrit avec la culture et la civilisation européenne porte ce signe distinctif. Mais on ne dewait pas penser que ces travaux connaissaient une divulgation aisée, bien au contraire. En Amérique, le zéle inquisitorial est venu powsuivre au plus profond les textes religieux ainsi que les vocabulaires. Quand, aprés 1559, l'Inquisition interdit en Espagne la traduction des Ecritures et d'autres textes en castillan, beaucoup de ces manuels (contenant des passages de la Bible dans certaines langues déjá disparues) ont été détruits. Pour éviter toute confusion parryri les Indiens et « á cause d'erreurs de traduction >», le Premier Concile mexicain de 1555 ordonna de rassembler « tous les sermons dans les langues indiennes qu'ils possédaient, dans l'espoir de leur en fournir plus tard d'autres nouveaux et ajustés á leur esprit. Chaque copie rendue á un Indien devait étre signée par le prétre qui l'a mise dans leurs mains >>3r. Les lois sur les Indiens de 1574, 1515 et 1584 viendront renforcer ces mesures' L'obsessionde l'idolátrie etde l'hérésie sera aussi forte dans lapolitique de Philippe II, qui interdit de narrer ou de commenter les coutumes des Indiens ; il interdit aussi la traduction des Écritures dans les langues des indigénes et tous les ouvrages écrits par les Franciscains ; Frére Alonso Montufar, chargé des fonctions d'Inquisiteur devant le Saint-Office, a officiellement interdit la vente de ces cuwes et a ordonné de recueillir tous les volumes. Certains traducteurs ont substitué des mots castillans ou latins á des termes difficiles. I1 convient de noter que beaucoup de ces muvres, écrites au XVI" siécle, ont fait l'objet d'une publication bien plus tard. Ainsi,la Historia eclesiastica indiana du Dominicain Frére Gerónimo de Mendieta, écrite á la fin du XVI" siécle, a été fiubliée pour la premiére fois au Mexique en 1870 ; elle contient des observations importantes tirées de sources originales sur la vie du Mexique préhispanique, ayant une haute valeur traductologique á cause de nombreuses références linguistiques et culturelles. Frére Diego Duran est I'auteur dominicain de l'un des premiers ouvrages sur divers aspects de la société mexica, la Historia de las Indias de Nueva España y Islas de Tierra Firme (appelée parfois Code Duran), comportant des dessins, des études de langue, des mflhes, des légendes, des dieux, des rites funéraires, des passages relatifs á la culture, á la gastronomie, et á l'organisation sociale et politique. ce code a fait l'objet d'une traduction littérale par le Mexicain José Fernando 30 Voir Gargatagli200l :4 31 ldem:26. MISSION ET TRADUCTION DANS L'ORDRE DES DOMINICAINS 53 Ramirez, qui lui acédé sonnom, le Code Ramirez, publié en 1867-1880 au Mexique. L'cuvre de Frére Bartolomé de las Casas, Apologética historia de las Indias, a été écnte également au XVI" siécle mais elle n'a été publiée qu'en 190432. 7. La traduction intersémiotique Comme I'indique McAnfrews (cité dans Horcasitas 2004 :215),les fréres utilisaient pendant leurs señnons des dessins ou de grands tableaux peints pour expliquer leur théme s'ils n'étaient pas experts dans la langue indigéne. Ils préparaient également d'autres aides visuelles pour le seÍnon : ainsi, quand le prétre parlait de la crucifixion et de la mort de Jésus Christ, la poitrine de l'image de la croix était perforée avec une lance et de l'eau rouge en suintait, simulant du sang. Pour la féte de l'Ascension, l'image de Jésus Christ était élevée avec des cordes jusqu'au ciel (McAnfrews, cité dans Horcasitas 2004 : 215). La danse et le théátre sont des moyens privilégiés de représentation symbolique qui dorurent sens au texte. La danse est mouvement, énergie et stimulant et fait partie de notre vie quotidienne comme un symbole de plaisir et comme rituel de vénération. Dans les différentes cultures, la danse est associée aux cérémonies d'initiation, aux rites de fertilité, á la pluie, á la guerre et á la mort. La danse est pratiquée durant les fétes de la moisson et pendant la guerre pour créer un état de frénésie. Un grand nombre de danses actuelles est développé á partir des anciens rituels, et plusieurs danses folkloriques européennes ont leurs racines dans les rituels de printemps des Grecs et des Romains. Le théátre, avec des attitudes et des gestes plus contrdlés, nous offre une représentation symbolique du monde oü nous vivons. Le public éfait en majorité composé d'Indiens et des milliers d'entre eux ont également joué comme acteurs de ces scénes. Nous ne sawions dire si le chiffre de 50 000 travailleurs et de 80 000 spectateurs donné par le Pére De las Casas pour lapiécp de l'lssomption estvraiment exact. Au cours duXVI" siécle, on recense des représentations dans 34 langues américaines: guarani, tupi, aymara, quechua, pipil, chorotega-mangue, quiche, ixil, cakchiquel, kekchi, 32 Un exemple de 1a fagon dont le passage du temps modifie 1a perception des muvres et la traduction se trouve dats l'Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, de Bemardino de Sahagún (1938). L'auteur, un Franciscain, fut le premier á chercher des « informateurs » du pays, des personnes ágées qui connaissaient l'histoire des ancétres. Ces derniers lui ont dicté des textes sur les dieux et 1es déesses, les mlthes, la philosophie morale, la rhétorique, la vie sociale, les formes de gouvemement et du commerce, arts et métiers (qui a flnalement constitué un « dictionnaire en action »). Selon les éditeurs frangais (Jourdan et Simon), il a ensuite réuni tout ce matériel avec des experts des trois langues (latin, espagnol et nahuatl), qui ont édité et écrit tout le texte en nahuatl. Sahagún a traduit le tout en castillan, un travail colossal qui couvre douze volumes correspondant á quarante années de travail (voir Gragatagli 2007 : 6). 54 ANTONIO BUENO GARCÍA achi, chorti maya, zoque, totonaques, tabasco chontal, cuitlatec, zapotéque, mije, mixtéque, chocho, nahuat, otomi, matlatzinca, pame, tarasque, cora, mayo, yaqui, tarahumara, tepehuan, algonquien, chinook et snohomish33. Pour conclure: réussites et échecs L activité missioruraire des Dominicains a bénéficié de « succés », gráce aux connaissances qu'ils avaient acquises sur les Indiens, et gráce á leur aptitude á surmonter les défis constitués par l'étude des langues, des coutumes et de la mentalité des Indiens ; la défense des droits des Indiens, que prenaient en charge les Dominicains gráce á Las Casas et Vitoria, a permis de voir des étres naturels ayant une áme et des sentiments, mais les Dominicains ont fini par étre victimes de leurs propres convictions, qui leur ont joué un mauvais tour. Les Dominicains avaient pénétré l'áme et la mentalité des Indiens, mais ils n'avaient pas suffisamment mesuré la réaction de ces derniers. « L'émergence continue de l'idolátlie a démontré laprécante des gains qu'ils ont faits dans l'évangélisation »3a. Citons une nouvelle fois Maria Teresa Pita : Cette constatation est peut-étre l'échec de la premiére génération de missionnaires. Dans une société polythéiste I'acceptation d'un dieu de plus ne comportait aucun probléme, surtout s'il s'est avéré le plus puissant. Le probléme s'est posé lorsqu'il fallait bannir de son esprit les nombreux dieux qui, compte tenu de leur caractére terriflant, pouvaient riposter si leurs cultes étaient négligés par le nouveau dieu.35 Les méthodes d'autorité mises en cuvre (et courantes aussi dans la société espagnole et dans la société européenne de l'époque) comprenaient du chantage moral, affectif et méme du chantage physique, un chantage qu'on justifiait par la nécessité d'imposer des lignes direckices á un groupe qui, par sa nature, était <<plus propre á éhe gouverné qu'á gouverner >>36 ; elles ont produit des effets contraires. Parvenues aux oreilles de la Qour, elles ont dü étre reconsidérées par les fréres. Il n'en va pas autrement pour I'aspect religieux, les générations postérieures de missionnaires ayant cherché á reconstituer les anciennes visions du monde pour s'attaquer aux racines du probléme : la prise en considération de la théologie des religions indigénes. Gráce á leur action éducative globale, les missionnaires ont introduit les Indiens á de nouvelles formes de connaissance et d'organisation sociale et productive qui ont transformé leur agriculture, leur industrie, etc. I1 ne fait aucun doute que les prédicateurs ontjoué un r6le culturel 33 Voir Horcasitas 2004 :32. 3a lbidem. 3s voir Pita 1992 :228. 36 voir Pita 1992 :22i. MISSION ET TRADUCTION DANS L'ORDRE DES DOMINICAINS 55 important, méme si cela peut étre vu autrement. Le fait que les Dominicains s'étaient opposés initialement á l'éducation intellectuelle des indigénes ne signifie pas leur insouciance vis-á-vis d'eux, peut-étre faudrairil chercher la cause dans le zéle profond avec lequel cet ordre se représentait la sagesse et la vérité, sa vérité. Avec la force de leurs convictions, de la connaissance et de l'expérience pratique des méthodes d'évangélisation qui avaient été utilisées, ils auraienl sans doute pu recommencer á nouveau, avec plus de chances de succés. Bibliographie ALVAR Manuel,1977, « La gramática Mosca de Fray Bernardo de Lugo »», Thesaurus, Boletín del Instituto Caro y Cuervo, t. XXXII, n'3, p. 461-500. BARRADO José, O.P. y HERNÁNDEZ Ramón, lgg3, <<Misioneros dominicos extremeños en América y Filipinas »», Archivo Dominicano, XIY p. 117 -143. BURGOA Francisco de. 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