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Le regard qui pénètre le monde: pouvoir et sacralité au Maroc (XVIe et XVIIe siècles)

Rodríguez Mediano, Fernando

Abstract

Peer reviewed

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LE REGARD QUI PÉNETRE LE MONDE: PO WOIR ET SACRALITÉ AU MAROC (XVIe ET XVII' SIECLES) FEILYAND~ R. MEDIANO C.S.I.C., Madrid Dans les pages qui suivent, je vais aborder le sujet du pouvoir sacré u point de we de la communication. Mon but est de signaler quelques Iéments rhétoriques communs au langage politique et au langage reliieux. Pour y arriver, je vais essayer de mettre l'accent sur le problime de la réception du discours, problime qui a mon avis est fondamental poui élucider les limites de la sacralisation du pouvoir, celle-ci concue comme l'établissement de la continuité politique. Pour arriver a ce but, je vais faire la comparaison entre le sultan sa'dien &mad al-Mansür, mort en 1603, et sidi Ahmad Ibn 'Abd AllClh Ma'an, saint marocain du xvrre siecle dont la vie est raconteée par 'Abd alSalam al-Qádiri dans son hagiographie intitulée al-Maqjad al-ahmad '. Dans la page 32 du Maqspd, 'Abd al-Salim al-Qadiri fait une description physique de sidi mmad Ibn 'Abd Allih Ma'an. Notre auteur nous dit que le saint était ad'une couleur blanche mélangée de rouge, fort, de cbair ferme. Ses yeux et ses cheveux sont noirs, quoique non excesivement. Son nez est belle. Sa barbe est fournie et proportionnée, et elle a un aspect juvenil, bien qu'il ne la teigne pas. Sa tete est grande; son visage, beau et rond; sa carrure, épaise. 11 a une taille moyenne, et une allure éminente. Son aspect est proportionné, un peu penché (amyal), et sa poitrine et son ventre sont plats. Ses jambes sont longues (sá'il al-a.traf). Ses chevilles sont épaises, bien tournées, et ses pieds et ses talons sont lisses, sans gercures. 11 marche tres vite, et personne ne peut suivre ses pas l...] Sa voix est baute et claireLe but de ce texte n'est pas, semble-t-il, simplkment descriptif. Dans la conception d'al-Qidiii, I'aspect extérieur est la représentation de Ai-Maq~ad al-ahrnnd fi l-fa'?$ bi-sayyidi-nó Ibn 'Abd Alljh Ahmad, éd. lit., Fes, 135211937, Sur 'Abd al-Salim al-Qadiri, moit en 1968, cfr. Lévi-Provencal, E., LES hhistorienx des choifa, Paris, 1922,276 el SS. 474 FERNANDO R. MEDIANO LE REGARD QUI PENETRE LE MONDE 475 l'intérieur spirituel, et la beauté physique est le rene ertaines personnes, notamment des souverains et des prophetes. ne. En fait, le terme ~beautén, al-juma< est utilisé e islamique, l'exemple le plus saillant est celui du prpbeauté extérieure, soit la plénitude de Dieu dans Yu te Muhammad, marqué physiquement par le signe de la prophétie 6, te relation entre l'extérieur et l'intérieur apparait expli out la naissance fut anticipée aussi par de reves prémonitoires. mée dans le Maqlaqsad selon al-Qádiri, l'aspect visible a relation entre le physique et l'exercise du pouvoir politique est Ahmad Ibn Abd Alláh était aussi spécial et caractéristi citement exprimée dans les Akküm su.niyya d'al-Máwardi, qui que sa connaisance profonde. des mysteres divins ( la récapitulation des défauts qui emptchent I'acces d'une personne sirri-hi 1-rabbüno 2. Quelques pages avant, une anecdot imamat ou qui menent i la déchéance d'un sultan: la perte de la raisidi Mahammad Ma'an, le pere de sidi Ahmad, &aire 1 , la perte de la vue, la surdité et le mutisme, la mutilation des pieds vine et presque miraculeuse de la beauté physique: sont des obstacles pour l'acces au pouvoir, et ils implideinandait sidi Mahammad s'il avait vu le prophete la déchéance d'uu imam. 11 y a d'autres défauts dont saint répondit: «Oui, je l'ai vu et il a mis ses mains S l'exercise de l'imüma n'est pas l'objet d'un consensus: pour qa que tous ceux qui me voient m'aimentn 3. ions physiques d'aspect désagréable, bien que sans La description physique est aussi une technique narr tricité, comme le nez mutilé, peuvent provoquer, selon habituelle dans le chroniques dynastiques arabes, rtaines auteurs, la destitution d'un imüm, car un aspect répugnant imhistorique autour de la continuité temporelle des sultans s tion du respect dü a la personne de I'imüm, et par conque sultan ouvre une nouvelle période chronolog uant la perte de la disposition des sujets a la obéissance '. de s'ouvre avec la description du sultan, qui Évidemment, l'intention du texte d'al-Máwardi est fondamentaletition, un caractere structurel. Du sultan Ahm ent pragmatique, des qu'il essaie de codifier les caractéristiques al-Ifráni nous donne la description suivante: x hysiques indispensables dont un imüm a besoin pour exercer ses foncprince: d'une taille élevée, de large carrure, les joues pl ions de chef de la communauté, juge souverain, général de l'armée et vertes d'une teinte jaunitre, brun, les cheveux eligion. Dans ce sens, al-Máwardi s'écarte des descriples dents bien plantées et les incisives fort brillantes. hmad al-Mansür et de sidi Ahmad Ibn 'Abd Alláh ble était de forme réguliere, son ahord était affable, ent Stre plut6t des constructions discursives élaborées cieuses et son maintien élégantn 4. Un peu p partir de stéréotypes culturels et dont la valeur est donc essentiellequ'al-Mansür portait des son enfance sur son corps les sig (makhü'il al-khilüfa), et que ces signes furent interprétés Pour mieux coinprendre le sens de cette construction, il faut partir saints visionnaires, qui prévirent la grandeur du futur s xprimée explicitement dans le texte Cal-Maqsad, ces signes, la vie de celui-ci fut balisée par un ensemble de la relation étroite et nécessaire entre l'extérieur et oniriques, de reves prémonitoires, qui soulign l'intérieur, entre I'apparent et le caché. Cette idée, évidemment tres récaractere surnaturel, la gloire Cal-Mansür 5.1 pandue, fonde la science physiognomique, appelée en arabe 'ilm al-fisant de l'universalité du topos des marques ph rasa. La firasa arabe semble avoir une double origine S. D'un caté, elle "uur la description pliysique de Muhammad, et sur laforme et le placement de ce Al-Qadi~i, Maq~ad 32. ceau de la prophétien, cfr. Schimmel; A,, And Muhammad ir His Messenger. The VeneId, 12. tion oftheprophei in Isiamici'ieQ!, Chape1 Hill el Londres, 1985, 34 et SS. Al-Ifrini, A'uzhat al-hadi bi-akhbür niulük al-qa ' Al-Miwardi, Les statuti gouvernementaux ou r2gles de droit public et administrai$ O. Houdas,Paris, 1888-9,78-9, trad. 140. d. francaise d'E. Fagnan, Alger, 1915, 34 et SS. Cfr. aussi Sourdel, D., «Le cas de déOn devrait étudier ces signes comme partie de tout un programme pr héance du calife., Mélanges E R. Labnnde Etudes de civilisucion médiévale, Poitiers, que et historiographique de «divinisation» de la figure d'Ahmad al-Man~ü 974. C'est J. Dakhlia qui a attiré man attention sur ce passage Cal-Máwardi. de M. García-Arenal dans ce meme dossier. 8 Fahd, T., La divination arabe, Paris, 1987,369 et SS. 476 FERNANDO R. MEDIANO LE REGARD QUI PENETE LE MONDE 477 est liée a la qiyáfa, traditionelle science d ues concoit cette science comme une technique que le maitre doit blir la véracité des liens de parentesque en cas loyer pour mieux connaitre et guider ses disciples. Pourlui, comme d'un enfant (qiyüfat al-bashar), et aussi a la tradition mystique musulmane, l'intuition physiognomique pour trouver le chemin correct, les animaux t de Dieu, et la perspicacité de l'observateur n'est que la lumiere dihar). D'un autre caté, le 'ilm al-@sa recue 1'' «dans l'oeil de la perception du croyantn 12. L'objet de cette perphysiognomonie grecque. Nous savons, par e on est la plus parfaite création de Dieu, i'homme, qui a été créé sephysiognomique de Polémon de Laodicée fut n modele d'armonie et d'équilibre. Le résultant final et parfait de rxe siecle, car elle parait avoir été utilisée par lbn création divine est décrit par Ibn 'Arabi lui-meme dans les termes pour son livre Juma1 ahkám al-fírasa. D'autre nts: ~Apparait donc le corps nouveau, dans sa forme la plus équilifirüsa arabe, comme le Kitüb al-firüsa de Fakhr al-d , dans son structure harmonique, ni démésurée ni courte, sa chair tüb a~-si~üsaji 'ilm al-firüsa de Shams al-din Muham osse ni maigre, blanc avec assez d'impregnation en rouge Dimashqi, sont influencées par des certains aspects e, les cheveux excellents, ni raides ni frisés, et la coloration chade I'oeuvre d'Hippocrate, et par la physi~gnomoni~ ciale négritude; le visage régnlier, les yeux d'une profontotelique 9. bscurité pondérées, la tete importante, pendulaires les Dans ce sens, l'exemple le plus célebre est peutes avec le cou, le tronc parfait, sans des embonpoints sirr al-asrür, un miroir de princes originalement attri e thorax, la voix transparente, ni creuse ni claironnante, son traducteur en arabe, Yahya b. al-Batriq. Cette cier son épaisseur et sa finesse; aimable, généreux; aussi 'Ilm al-siyüsa jitadbir al-riyüsa, développe une th avarder, mais non plus silencieux [...]; visé au biliaire et vernement a travers les conseils qu'Aristote ; les yeux dénotant de la joie et du contentement; une xandre, et l'un de ses chapitres est dédié a la science p rmale avidité de richesse, sans prétendre juger ni s'imposer a personCe livre est le Secremm secretorum lo, dont la diffusion e; ni pressé ni lentn 13. diévale fut énorme grace a ses traductions en h Cette description a trait, d'abord, aux caracteres élaborés par la francais, en catalan ... La traduction castillane date ysiognomie grecque 14. Puis, il reprend une longue tradition musultitre de Poridat de las poridades ". Dans ce 1 ane dont le modele premier est le prophete Muhammad 15. 11 faut redécrite comme un instrument politique grice auquel blace de cette description avec celle, déja citée, connaitre et sélectionner ses sujets a trave d Allih Ma'an. Cette ressemblance est la preuve de la science physiognomique a donc un double penchant: ntinuité chronologique d'une constmction culturelle qui codifie les de l'observateur, celui-ci arrive a dévoiler la v roportions équilibrées de la couleur de la peau, de la tete, de la mesuintuition spéciale et a sa connaissance des techniques s cette science; du p0int de vue de I'observé, on construit 12 Sur l'origine divine de la perspicacité physiognomique, cfr. aussi al-Tadili, al-Tadele archétipique, parfait, utiiisé comme i'unit aivwux trad. franqaise de Maurice de Fenoyl, Regard sur le temps des soufs. Vie des de hiérarchisation physiologique des hommes. intsdu SudMaiocain des Ve, me, VZZesi&clesdeI'Hégire, Casablanca, 1995,64. Viguera, M. J., Dos cartillas defisiognómica, Madrid; 1977,41-2. On pourrait dire aUtant de la firüsa appliquée, pas 14 Voili la description qui fait Polémon de Laodgée de I'homme de science: m& a la mystique. Ibn 'Arabi, par exemple, dans ses éc L'hamme qui aime la science est de stature madérée et droiie, la coloration de sa peau ée de rouge, il a les cheveux ondulés, a reflet blond, souples, ni crépus raides. 11 a une taille moyenne, et ses os plats sont lourds. il n'a ni trop de graisse sur Maurad, Y.; La phiriognomonie arabe et le Kitab nl-fi8sa de Fa e corps ni trop peu [...]; le visage grand sans aucune saillie, la chair tenue, non épaisse, Paris, 1939. yeux humides, d'un éclat bleu foncé, inondés de joien, apd Fahd, T., La physiognolo Sur cet ouvrage, cfr. Pseudo-Aristotle the Secrets of secrets, Warbur veys IX, Londres, 1982. '5 Sur le modele physique du ~rophete Muhammad, cfr. Schimmel, A., And Mu- " Ed. Lloyd A. Kasten, Madrid, 1957. ammad ir HisMessenger, 34 et SS. 478 FERNANDO R. MEDIANO LE REGARD QUI PENETRE LE MONDE 479 re des membres et du timbre de la voix. Le déssac tre interprétés. Cette idée nous mene a ce qui est, a mon avis, l'esentre la description de sidi &mad Ibn '~bd ~11 central ou le politique et le sacré se rencontrent. parfait d'Ibn 'Arabi est peut étre la référence 1 est bien connu que l'un des faits les plus remarquables du sultanat saint de Fes, qni peut etre interprétée comme mad al-Mansür fut la conquéte des bilüd al-Südün. Cette conquete, khuwa, les saints qui font des longues déplace 'inspiration mahdiste a été déja soulignée 17, se heurta a l'opposiNous avolis do~ic la construction de deux port e qnelques secteurs de la société marocaine, du fait qu'il s'agissait al-MansÜr et $Abad Ibn'Abd Allih, élaborés se e agression contre un royaume qui appartenait a la dür al-lslüm. discours aux résonances politiques et mystiqnes. la Chronique anonyme, par exemple, on tronve le texte suivant: sidi mmad renvoie aun modele séculaire de l'ho psendo-juristes (al-mutafaqqiha), les officiers, les soi-disant docattaché a la tradition physiognomique arabe. On po ('ulamü'al-qihir) et les syndics vinrent le [amad al-Mansürj fklicelui Cmmad al-Mansür, dont le portrait est renfor i l'occasion du massacre de musulmans, du butin fait sur eux, de la prophétique aux signes de la khilüfa. Cependant, un ction en esclavage de leurs enfants; et lui-méme, tres satisfait, en Clzrofzique anorzynze sa'dienrze parait démentir la igna la plus grande joie!» '8. consfruction. Cette chronique du xvne siecle est d'ins L'un des musulmans réduits en esclavage par al-Mansür fut le saanti-sa'dienne, et l'un de ses passages est consacre t de Tombouctou Ahmad Bibi, le célebre auteur du Nayl al-ibtihüj. d'amad al-Mansür: «II avait le teint brun, les yeux ns la littérature sur cette époque, Ahmad Bábi est le symbole le plus orbites, la barbe épaisse, des scarifications sur la jo lant de l'act de tyrannie commis par al-Mansür en conquérant les biépais et la voix forte; un défaut de pronontiation lui fais al-Südün Les sources racontent avec un horreur évident comment en m '6. ad Bibi et sa famille furent chargés de chaines, déportés a MarraLa différence entre ces deux descriptions est bien et emprisonés pour un an. Finalement, le savant de Tombouctou commentaire: l'allusion au défaut de pronontiation $ is en liberté, et améné au palais d'Ahmad al-Mansür. La Nuzhat alpeut étre une référence au Coran (47, 30-32): «Et s d'al-Ifrini relate la scene de la rencontre entre Ahmad Bib.5 et le Nous te les [les faux musulmans] ferons voir; tu les re an: ~Lorsqu'apres avoir été rendu a la liberté, Ahmed Baba se préphysionomie; tu les reconnaitras aussi d'apres leurs la ta au palais de Elmansour, il remarqua que ce prince restait caché al-qawl].» ¡&re un rideau flottant, qui le séparait du public, quand il donnait J'ai déja cité le texte d'al-Miwardi qui affirme qu ience: "Dieu, qu'il soit béni et exalté, dit alors le cheikh, a déclaré physiques peuvent impliquer la déchéance d'un sultan. s le Coran qu'aucun etre humain ne pouvait communiquer avec l'argumentation d'al-Máwardi semble étre invertie: ce n' u autrement que par la révélation ou en demeurant caché derriere mité corporelle qui fait diminuer la prédisposition des oile 19: vous imitez donc le Maitre des maitres; mais si vous avez a sance, mais c'est le mépris de eenx-ci qui fait la récré parler, venez vers moi et écartez ce rideau» Ahmad al-Mansür rephysique du sultan a travers une inversion rhétorique a efectivement le rideau et se rapprocha d'Ahmad Bábi, qui critiqua pas le recours a l'ironie ni a la caricature. rement la conquéte des bilüd al-Südün et la captivité de lui-meme et De cette petite incursion dans la sphere de la phys voudrais mettre en relief cette conceptioil du monde L'usage du voile (sitr ou hijüb) dans le cérémonial courtisan est asment divisé en deux parties, la surface et la vérité ca l'acces a celle-ci eSt possible grke a quelques signes " Cfr. le travail de M. Garcia-Arenal dans ce dossier. Chronique anonyme, 417-8. l9 Co111~1i 42, 50-1. l6 Tai%kh al-dawla al-sddiyya al-dar'iyya al-tigmadortiyya, ed. G. Co zWAl-áni, Nuzhq 97, trad. 190. Je suis ici la traduction de Houdas. Le texte arabe, 64; trad. francaise E. Fagnan, Exci.aics inédits relatifs au Maghreb, Alger, 19 r parler du rideau, utilise les termes h@b, shamla masdüla et sitr. 480 FERNA~VO R. MEDIANO LE REGARD QUI P~N~TRE LE MONDE 481 sez répandu dans tout le monde arabo-musulman, espace caché. A la fin de. ce processus, la parole du saint se constivaux out démontré son existance chez les umaqya en parole médiatrice. En fait, un certain nombre de termes rélatifs les Fatimides ou les Ottomans, tout en étudimt sa et balisent l'itinéraire spirituel de sidi Ahmad, et ils construisent rémonials sasanide et byzantin 21. On pourrait di mp sémantique qui renvoie au lexique technique de la mystique l'occultation du souverain derriere un voile est la ulmane. Une petite révision de ce lexique te1 qu'il apparait dans le cessus d'organisation du symbolisme cérémoniel spdpeut nous aider a préciser un peu le sens de l'occultation et du souverain du contact avec ses sujets pour finale et, et le r6le qu'ils jouent par rapport la médiation religieuse. meme temps, le rituel devient l'expression de 1' es termes les plus utilisés dans le Maqpd sont ceux qui dérivent confiits. La croissante complexité du cérémonial racine (ghyb], qui a le sens de ((disparaitre,,, «se cachertr, (&re casement du personnel de la court et de la bureaucrati , appartenir au monde invisible*, et aussi de «s'évanouir>~, ~perdre la tuel, chacun se place selon son rang par rapport a ons. Ainsi, ghayb et ghayba désignent un espace inaccessible a la raicentral, secret, invisible, qui est le sultan caché. 11 fau et aux sens, et qui reste caché au-déla la réalité apparente du monque le terme hüjib (qu'on traduit d'habitude pour «ch 1 s'agit du mystere divin, dont la connaissanse partiale est possible du voile, h*b, qui occultait le souverain 22. uement a travers la révélation coranique ou I'union mystique (en 11 est évident que le cérémonial courtisan n'est ,les saints sont parfois appelés rija1 al-ghayb) 23. pressiou symbolique d'un ordre social, mais il met On peut dire que la racine {ghyb] est utilisée dans un double sens, ample gamme de moyens expressifs qui visent a éton tactiquement marqué par les prépositions qui la modifient @ ou suader ... Mais ce n'est pas mon intérit ici d'analyser : d'nn cate, elle désigne i'éloignement du monde et du contact avec ques qui composent le texte de la cérémonie. Je vou ens, et c'est ainsi que le Maqsad dit, en parlant d'une des soeurs de ment souligner un élément qui est explicit dans le réci i .mad Ibd 'Abd Allah, que ses extases mystiques xl'éloignaient du entre Ahrnad Bibá et Ahmad al-Mansür, et qui est a te des filles de son sexen (ghayyaba-hü 'an banát jinsi-hÜ) 24. D'un pour comprendre les points de coincidente et de cona tre caté, cette racine exprime l'acces 2 l'espace caché de la divinité. gage politique et le religieux. 11 s'agit que tous les exemple, en parlant de sidi Ahmad, le Maqsad dit que ason occultas'approprier de l'espace de la médiation. Au niveau du on avait lieu parfois dans l'unicité divine, et parfois dans le Proption veut dire faire possible la traduction entre la commun ten, ghaybatu-hu L..[ türatan taqaú fi 1-tawhid wa-türatan fi 1-NabiZS. pace ou entité qui restent par définition cachés et inintellig demier sens de la ghayba révele un haut dégre d'intimité avec le didiation implique, donc, le control du secret, et c'est justem ui rappele l'amicitia qui définit le rapport entre les hommes et les ce qui fonde la légitimité du discours médiateur. dans le lexique chrétieu, et qui constitue un modele de relation Dans le récit hagiographique du Maqsad, le secret p ec le sacré. Dans les paroles de sidi Muhammad MaCan, «si le Propcentrale. L'acces de sidi Ahmad Ibn 'Abd Allih Ma'an a 1' te se soustrayait de ma vue (law ghüba 'armo la durée d'un cillemenf que avec Dieu, et aussi a la direction de la züwiya, est décn neme compterais pas dans le nombre des musulmans» 26. sorte comrne la rupture des voiles succesifs qui s'interposen Un autre groupe de termes est attaché au mot sirr (pl. asrür), «seet», ~secretsn. Dans la mystique musulmane, ces termes désignent le 2' Cfr. Sourdel, D., «Questions de cérémonial 'abbaside,,, Revue des ~~ ~~~~ ques, XXVIII (1960), 171-148; Canard, M., *Le cérémonial fatimite et byzantin. Essai de comparisonn, Byzantion, XXI (1951), 355-420; Barceló, 'j Pour le sens de ghayb dans le Coran, cfr. Gaudefcoy-Demombynes, M., «Le sens patente: el ceremonial omeya o la escenificación del poder., dans Estmcrir substantif gayh dans le Corann, Mélanges Louis Massignon, Damasco, 1957, 11, 245delpoder en la historia, Salamanca, 1991, 51-71; Necipoglu, G., A~chifecture, and Power. The Topkap~ Palace in the Fifteenth and Sixteenth Cenrunes, 2' Al-Qádiri, Maq~aG 27. Londres, 1991; Sanders, P., Ritual, Politics and the City in Fatimid Cairo, Alh lZ Sourdel, D., EP, sub voce. 484 FERNANDO R. MEDIANO LE REGARD Qui PENETRE LE MOi\?>E 485 L'un de moyens expressifs qui fait plus clairement rce que le premier voile du réel est son nom. C'est ainsi qu'Ibn Khallation avec le secret qui partagent la language politiqu ides prirent des surnoms tels que As-Saffi, est le saj', la prose rimée. Le saj', on le sait, est univers -Mahdi, Al-Hidi, Ar-Rashid, etc. De la sorte ils «couvdans la littérature arabe, et son origine est Iiée, semble-t-il, nt» leurs noms véritables et les empkchaient ainsi d'etre profanés ~ressif rhytmique et rimé propre de la parole prophétiq les insultes du vulgairen 39. yépoque préislamique. Cette liaison est fortement resse on du sultan, le mystere divin, la nature voilée: tout parle point qu'un savant spécialement rig~ureux comme e vérité cachée. C'est pour cela que la traduction, le commentaire, de démontrer que le saf n'était pas utilisé dans le c créent l'espace commun ou le religieux et le politique ment difficile a accomplir 35. incident, et ou l'autorité des deux discours se fonde. Je voudrais poPar rapport au sujet de ce travail, je voudrais soul paralelles et tres caractéristiques du saj'. Le premier En 1578, Ahmad al-Mansür a commencé a bitir son pdais royal, dans la correspondance oficielle courtisane, qui -~~dí' 40. Son but était de laisser une trace ineffacable de sa gloire, des longues périodes de prose rimée, qui présentent au snl ssion du poete, ~lorsque les princes veuient rapcon hyperboliquement élogieuse. Le déuxieme est rem gloire, ils le font par le langage des monuments saj' dani les textes hagiographiques comme le Ma En effet, le palais est un langage, et sa construcdans la caractérisation spirituelle des saints. au développement du cérémonial courtisan 42. A mon avis, le saj' a deux fonctions. D'un caté, il stm -BadT d'al-Mansür, al-Ifrini nous offre une longue description, travers les marques produites par la rime, qui établ on des poemes gravés sur les murs du palais. pairs de concepts liés ainsi presque nécessairement par u ns les coupoles, par exemple, les références astrologiques sont nomguistique de ((rémotivation de l'arbitraire~ 36. La rime s Gémeaux a mon cou, en guise du collier. Sur constante de mots qui renforcent, i partir de ress iades, pareilles a une riviere de perles que ques et morphologiques, leur capacité expressive ( 43. La comparaison coupole/ciel est tres bien Yüb/qulÜb, awliyü~wfiyÜ>. L'un de ces pairs lexiques les pl airement le caractere du palais comme centre. anwür/asrür 37, dont le rapport étroit met en évidence le c adí' est presenté comme supérieur aux autres palais célebres de ble de l'occulte dans le monde religieux, qui estala fois se est de ~briller a leur horizon durant des nation. gloire d'al-Mansür, ,<le prince qui, par son Le deuxieme fonction de la prose rimée fait allusion a s étoiles Castor et Pollux, et qui s'abrite sous fattah Kilito appelait, en étudiant le genre maqümát dans dais d'un tr6ne dominant Arcturus* 45. arabe, .la poétique du voilen 38: comme le monde, le texte c rité profonde qu'il faut déchiffer fravers cet effort d'inte re universelle (al-Muqaddima), trad. V. Monteil, est la lecture. Comme un bédouin qui trouve le chemin co n, cfr. aussi Sublet, J., Le voile du nom. Essai sur ~rétant les signe~ de la natUre, grke i cette techni Sur ce palais, cfr. Aimes, G., «Le palais #El-Bedi' a Marrakech et le mausolée des al-atha~ fe lecteur pénetre ce qu'ii a IU en reievant a Saadiensu, Archives Berbkres, 3 (1918), 53-64; Koehler. H., «La Kasha saadienne rrakech d'apris un plan manuscrit de 1585n[ Hespéris, XXVII (1940), 1-20; Meu- ., «Le grand Riad du palais du Badi selon le plan puhlié par Windusn, Hespéru; Kilito, A., Les Séances Récits et coda culturels chez Hamadhani lV(1957), 129.134. 1983,89 et. u. 299. Ai-Ifrini, Nuzha, 103, trad. 179. '"abbri, P., «La Babel feliz. Babelix, Bahelux [...] ex Babele Lux», '2 Necipaglu, G., Architecture, Ceremonial andpower. signos, Barcelona, 1995, 139. '"1-Ifráni, Nuzlza, 104, trad. 182. " En fait, on trouve déja ce pair dans la prémiire ligne du Mapd Id, 107, trad. 185. " Kilito, A., Les Séances, 84 et ss. Id, 108, trad. 186. 486 FERhhAl\'DO R. MEDIANO LE REGAD Q~TI PENETRE LE MONDE 487 Je ne veux pas étudier ici le paralelle entre la fonda secret de yautorité; la construction du pala¡$, s~mbole 'osmila fondation de la ziwiya, qui est, dans le cas d'ilhmad et théatre des répresentations dramatiques du pouvoir. yun des éléments structurants du récit. Dans les deux ar des échecs succésifs, ces éléments rhétoriques parlent de l'impossiest le théatre des rituels d'identification collective et d é de construire la sacralité du pouvoir. Ou, pour mieux dire$ ils 'Ont du pouvoir. Je voudrais tout simplement rappeler le éléments taller et de retour, qui peuvent etre utilisés #une fa$o' dWmad al-Mansür: en 1710-1, il fut détru ue, paree que la contestation emploie les memes arguments que fonda son propre palais a Mekn&s:Tous les b$timents essaient de sacrdiser le pouvoir. La mordité peut &e tic du complexe d'al-Badl fui-ent démolis, et «il n'y eut termes employés par al-Ifrini: l'éternité, la transcendance, lle du Maroc qui ue recut queíques débris du Bedi',, 46, nt @a Dieu. Le signe le plus occulte, et par conséquant Quelques signes avaient anticipé la mine future plus i,rai, la disparition du palais, et aussi yirrévocable fugalais. Un bahIülavait prédit i al-Mansür lui-meme que d rai dans yavenir qu'un tas de terre. Cependant, le signe tif était occuíte dans le nom d'al-Badi lui-meme, médiration sur la petite valeur des choses m0 RESUMEN le pouvoir, qui appartiennent a Dieu seul, al-Ifráni n que la vdeur mumérique des íettres du mot <<a]-Bad centra en la comparación entre el sultán marroqu,' mmad c'est-a-dire, justement le nombre d'ans qui s'écoulerent arito de Fez Ahniad Ibn 'Abd Allih Ma~an. A de .e?a intenta subrayar el carácter comunicativo de la, sacrali'acio? tion du palais et sa destruction 47. Un signe secret, a en la utilización de determinados recursos auasait des son origine la splendeur extraordinaire du e esos recursos en el caso de amad d-MansÜr demuestra la tions de durée, d'éternité et de transcendance. el poder, teniendo en cuenta especialmente punto de CeEe anecdote illumine les intentions de ce tr de la recepción del discurso. propos d'étudier l'emploi de quelques éléments aux langages politiques et religieux. Cette étude dre Vespace ou coincident ces deux langages, et aussi ABSTRACT conflit. La possibilité de créer et de controler *cerned with the comparison between the moroccan sult!u l'autorité de la parole. La construction de cet espace ut and the 17th century Fisi saint -ad Ibn culturels pertinents qui peuvent justifier et faire intelligi is comparison, it is intented to emphasize the co"'?u7icatidonné. J'ai montré quelques-uns de ces éléme ve ,-haracter of the sanctification of political power based on the applicatron ment leur but eSt de Iégitimer un discours fondé sur Ia g specific rhetorical means. The analysis of some of these means ? the case Cependant, l'un des problemes du pouvoir concu co al-~ansür demonstrates the difiiculties of sanctiSing politrcal POwer' especially when one considers it from the vantage point the receptiou communication est celui de la réception. L'acceptatio such a discourse. détermine son validité et sa propre possibilité. Dans d'Ahmad al-Maiisür me seiiible exemplaire..Dans les sés, les efforts d'al-Mansür pour construire sa propre s ~~~ ~ ~ ~ jours contestés: I'élaboration d'un aspect physique qui r tion intérieure; l'occultation cérémonielle qui fonde s " Id., 113, trad. 193. '' Id, 114, trad. 195.