Connaissances et savoir-faire : comment analyser un processus technique en prehistoire introduction
Abstract
Karlin, Claudine
Full text
Tecnología y Cadenas Operativaí Líticai U.A.B., 15-18 Enero 1991 Treballi d'Arqueologia, 1, 1991 CONNAISSANCES ET SAVOIR-FAIRE: COMMENT ANALYSER UN PROCESSUS TECHNIQUE EN PREHISTOIRE INTRODUCTION Claudine KARLIN1 En 1986 P. Bodu, J. Pélegrin et moi-méme avions entrepris une reflexión dans un article destiné à un ouvrage collectif d'ethnologues ¡es chatnes opératoires: pourquoi faire?. Depuis la rédac-tion de cet article (sous presse) nous avions, les uns et les autres, plus utilisé ce concept dans l'étude de nos matériels que poursuivi une recherche théori-que. L'occasion m'est donnée de faire le point et, peut-étre, d'aller plus loin car, comme l'écrivait André Leroi-Gourhan, L'effon fait pour definir les mots est à quelque degré le témoin d'une reflexión sur ce à quoi ils donnent existence. J'ai utilisé pour ce faire un article de M.N. Chamoux (1978) ainsi que des articles de cet ouvrage à paraitre au quel nous participions, en particulier celui de B. Martinelli ainsi que l'introduction rédigée par H. Balfet. Sans oublier les notes et discussions des chercheurs du labo-ratoire de Technologie lithique avec lesquels nous entretenons une relation privilégiée. Puisqu'il m'a été demandé d'écríre ce qui, au départ, n'était qu'un exposé, j'associe à ce texte mes collègues cités précédemment, à qui ces lignes doivent beaucoup et qui, parfois, reconnaitront leurs mots pour le diré. Qu'ils soient remerciés de cette collaboration. Première partie CHEZ LES PREHISTORIENS Histoire des idees La préhistoire, depuis ses debuts au siècle dernier, a consacré l'essentiel de ses efforts à établir un cadre chrono-culturel. Cet objectif prioritaire a focalisé l'intérèt sur les témoins dont la valeur íntentionnelle, et de ce fait la charge culturelle, était la plus claire et la plus immédiatement accessible par l'observation directe: outils façonnés ou retouchés, objets decorés. Plus récemment les bases de la typologie, fondement de l'approche dite culturelle, furent précisées et élargies par F. Bordes (1961): - príse en compte qualitative et quantitative des sèries lithiques permettant leur comparaison globale. - príncipes d'une typologie morpho-technique cherchan!, par une hiérarchie adaptée des caracteres, à approcher la conception de l'outil, c'est 1 diré sa valeur culturelle. ' 38, Gran Avenue. Villa du Prf. 93310. Le Pré Si. Gervaia. France. 99
Grice a ces recherches, les grands traïts d'une histoire des industries de l'Age de la Pierre sont aujourd'hui connus, tout au moins pour l'Europe occidentale. Mais ce faisant, l'étude des industries prehistòriques se restreignait pour l'essentiel à la description et au classement d'une fraction seulement des témoins, certes les plus manifestes, tandis qu'elle ignorait une interpretaron plus genérale des activités techniques dans lesquelles ees témoins s'inserent. En effet, ainsi perçu et quoique reconnu córame produit d'une activité technique, le vestige archéblogique ñge le temps bref de son histoire en un moment unique: celui oü se sont arrétées ses transformations dues à la fabrication, aux réaménagements ou à l'utilisation. Pourtant, des le XIX siécle, des auteurs se sont interessés a certains processus techniques, s'aidant pour les comprendre d'observations ethnographiques. Ainsi J. Evans met en relation des 1872 du matériel archéologique européen avec des processus de fabrication observés chez des indiens d'Amérique et des esquimaux. De son cote, Boucher de Perthes, en 18S7, donne une description techno-logique de l'éclat Levallois, tandis que V. Commont en 1909 décompose les gestes de ce mode de débitage (Boèda, ...). Mais parce que, a ce moment de l'histoire des idees, l'intérèt est focalisé sur le produit rejeté et non sur le processus technique dont il est l'aboutissement, ees démarches resten! individuelles, l'ensemble des préhistoriens demeurant trop absorbes dans l'étude, indispensable il est vrai, des stratigraphies. II y a k peine plus d'une trentaine d'années que la Préhistoire, avec en particulier A. Leroi-Gourhan, a élargi ses objectifs: les activi-tés techniques dont les objets sont les témoins matériels deviennent un champ de recherche: ayant dans ses grandes lignes maítrisé le temps long de la chronologie, la préhistoire peut intègrer dans sa problèmatique le temps bref du quotidien. Cadre actuel de la recherche Deux facteurs concourent à permettre le développement de cette approche différente: - Le progrés des techniques de fouille conduit à augmenter le nombre de signifiants dont chaqué témoin est porteur en mème temps que sont prises en compte des données nouvelles (aires d'activités, structuration de l'espace, etc.). - Le progrés de disciplines voisines dont les objectifs convergent pour permettre une meilleure connaissance du biotope, autorise à replacer peu à peu un groupe humain dans son milieu et à évoquer son adaptation à ce milieu. S'il y a progrés dans ees domaines méthodologiques c'est parce que le champ des préoecupations a évolué. II y a entre les deux une evidente relation dialectique que traduit cet adage On ne répond qu 'ata qüestions qu 'on se pose. Soyons plus précis quant aux transformations de nos méthodes d'approche: Vestiges retenus Autrefois n'étaient retenus pour observation que les fragments d'un certain volume, de préférence retouchés, ce qui n'excluait pas quelques collectes de déchets bruts de taille, généralement de bonne dimensión. Maintenant les déchets les plus petits peuvent étre identiñés et témoignent de gestes ou de moments particuliers: une chute de burin, une esquille de retouche de grattoir, etc. En mème temps sont retenus non seulement des objets individualisés comme un nucléus, un bois de renne scié, une lame brute de débitage, mais aussi des ensembles abordes dans leur aspect collectif comme un foyer, un amas de restes de fabrication, etc. Une nappe de minúscules esquilles de sílex est enregistrée comme témoin d'un poste de taille. 100
Ainsi, au travers d'une première relation dialectique observation / données connues, une lecture de la valeur technologique des objets est effectuée des la fouille et peut en guider le déroulement. Structuration de l'esnace par les activités techniques Dès la fouille, une structuration de l'espace est perceptible. L'identification technologique de chaqué objet interagit avec l'analyse de sa position spatiale. Cela nécessite d'accorder des valeurs différentes au fait d'abandon à partir d'une relation objet abandonné / lieu d'abandon. - Les lamelles à dos, ahondantes, sur les sites de chasse magdaléniens du Bassin Parisién, au poste technique polyvalent principal pres du foyer, ont été abandonnées, après usage, sur le lieu mème oü elles avaient été à la fois fabriquées et fixées à des fúts de sagaie: la valeur cié de cette relation est done fabrica tion. - De grandes lames à dos naturel brut associées, dans une zone relativement vide, à des vestiges de cotes ou de vertebres suggèrent une zone de boucherie, ce qui conduït à attribuer à l'abandon une valeur utilisation. - Enñn, mèlées à une vidange de foyer, des pièces diverses ne peuvent ètre interprétées que comme rejetées par nettoyage. Les remontares Les remontages, par rapprochement des fragments d'un mème objet (Fig. la), remettent en relation des elements dispersés. Lorsqu'il s'agit d'une fracturation volontaire, ees raccords restituent l'agencement d'enlèvements successifs en en révélant l'ordre d'obtention. De ce fait chaqué fragment, de par sa liaison avec le fragment qui l'a precede et celui qui lui succède, s'inscrit de façon dynamique dans un procés de fabrication. L'observation de plusieurs remontages d'ensembles lithiques taillés au mème endroit dans un court laps de temps met en évidence des constantes qui permettent de construiré le processus technique; les différences relèvent, quant à elles, des contraintes techniques, des característiques spécifiques à chaqué auteur, des intentions différentes reparables gràce aux produits sélectionnés. La tracéologie La reconnaissance des traces d'utilisation vient ouvrir une dimensión nouvelle: celle des intersections du processus technique lithique avec des processus techniques à l'origine de restes plus rares, (témoins osseux façonnés, etc.), ou mème absents, qu'ils aient été emportés du site ou qu'ils aient disparu, (bois de renne travaillés, bois vegetal, peaux préparées, viande, etc.). L'expérimentation L'expérímentation ne se contente pas d'ètre la reproduction plus ou moins pertinente d'une activité disparue. Elle sert de référence à l'identification des techniques. Ainsi en est-il de la pratique modeme de la taille des roches dures qui permet, par exemple, en s'aidant éventuellement des remontages, de reconnaitre et d'interpréter la méthode mise en oeuvre, choisie parmi d'autres modalités possibles. Des tests expérímentaux aident à vérífier ou infirmer des hypothèses d'interprétation dynamique comme la répartition au sol des produits de taille en rapport, entre autres, avec la gestuelle et les techniques. Ils servent aussi d'éléments de référence pour l'identification des micro-traces.
La technologie en préhistoire Dans ce contexte, la restitution de la dimensión diachronique des occupations prehistòriques devient une préoccupation majeure. Le domaine des techniques est le champ privilegié de cette démarche puisque ce sont elles qui ont pollué l'espace occupé de déchets qui constituent l'essentiel des données tangibles. Ces activités techniques mettent en oeuvre des processus de transfonnation de la matière. Celles liées à l'exploitation des matériaux lithiques sont particulièrement favorables du fait du caractère impérissable de la pierre, de l'abondance des produïts obtenus, qu'ils soient voulus ou déchets, enfin de la nature mème du phénomène de fracturation volontaire et organisée qui marque de stigmates spéciñques les produïts obtenus par la succession des gestes techniques. Mais se pose la nécessité de trouver des outils méthodologiques et conceptuéis qui permettent ce type d'analyse. Si les préhistoriens investissent aujourd'hui le champ de la technologie, les ethnologues se sont depuis plus longtemps attachés à cette science des activités humaines ou des forces productives comme dit A. Haudricourt (1964, 1968). Travaillant sur le fait technique, ils conduisent une reflexión qu'il nous a paru nécessaire d'assimiler. CHEZ LES ETHNOLOGUES L« Savoir-Faire technique Ou'est ce que le savoir-faire technique La mise en oeuvre d'un processus technique s'appuie sur un ensemble de savoirs humains et de connaissances, à la fois conscients et inconscients, gestuels et intellectuels, collectifs et individuéis. Ils dependent des rapports des hommes entre eux comme des rapports des hommes avec les lois de la matière. C'est le savoir-faire. Dans les techniques non-industrielles les moyens de travail (outil), sont plus simples que dans les techniques industrielles. mais les taches humaines individuelles sont au moins aussi complexes. C'est la maniere de se servir de l'outil qui est importante plus que l'outil lui-méme: elle traduit les connaissances techniques conscientes ou non du travailleur, et s'incarne dans les gestes qu'il effectue au cours du travail, c'est i diré dans les savoir-faire techniques. Qu'y a-t-il de plus simple qu'un percuteur, galet naturel? Mais quelle somme de connaissances pour que ce galet aboutisse là oü il faut, comme il faut quand il faut et que naisse de cette percussion une lame de silex. D'une certaine facón le progres technique moderne a tendu à simplifier ou appauvrir toujours plus les taches des exécutants: que l'on se souvienne des Temps modernes oü Charlot visse ses boulons dans un geste indéñniment répété. Deux tvpes de savoir-faire M.N. Chamoux (1978), s'appuyant sur Y. Barel, propose de distinguen - Un savoir-faire incorporé: il est indissociable d'individus ou de groupes concrets parce que resultat de leur apprentissage personnel, de leur expérience, de leur habileté. II n'est pas analysable jusqu'au bout: le travailleur sait faire, mais il ne sait pas complètement comment il sait. La transmission de ce savoir-faire ne passe généralement pas par l'enseignement, mais par l'apprentissage, c'est-à-dire la reproduction plus ou moins à l'identique d'individus ou de groupes au cours du travail lui-méme. Le support du savoir-faire incorporé est humain et biologique. - Mais quand le savoir-faire est analysable et décomposable jusqu'au bout, le savoir et le faire peuvent se déconnecter. Le savoir peut s'incorporer alors dans un support non humain (livre, etc). C'est un savoir-faire algoríthmé. 102
Si les préhistoríens ne sont pas concernes par le second, il paraissait important de prendre conscience de la nature du premier, justement dans son opposition au second. Savoir-faire et savoir-dire Le savoir-dire traduit une partie consciente des connaissances et du savoir-faire. II peut servir d'une part à la transmission du savoir-faire, d'autre part à l'integrat ion du dómame technique aux autres domaines de la vie sociale Dans les savoir-faire logarithmés, le savoir-dire tient une place importante puisqu'il permet de séparer le savoir du faire. Mais quelle que soit la possibilité de formulation complete ou non des savoir-faire, les groupes humains parviennent à les transmettre. En effet on constate que le savoir-dire tient une place relative dans la transmission. De nombreux ethnologues racontent que lorsqu'ils ont demandé à apprendre une technique, la méthode a consiste à les faire assister, à cote de l'acteur, au déroulement des opérations. Ainsi P. Sagant (1987) raconte que son informateur népalais , à qui il tentait d'apprendre k nager, refuse ses explications en disant: ce n 'est pas comme ça qu'on apprend chez nous, montre, je regarde, j'essaye. L'important parait bien ètre non de savoir diré mais de montrer comment on fait. Mème lorsqu'une adulte, dit l'ethnologue, guide l'apprentissage en enumerant le détail des opérations au fur et à mesure que le jeune les effectue, il ne met pas la main à la pàte et ne guide pas les gestes de l'apprenti qui replique ce qu'il a vu faire. Le diré est bien un support de la connaissance technique mais il joue un role secondaire dans la transmission. Le vocabulaire traduit la place des différentes techmques dans le système économique, social ou symbolique. Ainsi les pygmées Aka, étudiés par S. Bahuchet (1983), possèdent 7 verbes pour exprimer la collecte, IS pour représenter la chasse et seulement 2 pour l'agrículture qu'ils ne pratiquent pas. La richesse en termes se rapportant au fer, bien que produit par des étrangers, indique son importance au sein de la société Aka (5 à 7 termes selon les localités) alors qu'il n'y en a qu'l pour désigner une matière à l'usage aussi diversifié que le bois (bois / matière = arbre / aubier). Par ailleurs, l'ethnologue remarque que, dans l'examen des chaínes opératoires, des différences peuvent apparaítre entre les séquences reconnues par l'observateur et celles que nomment les acteurs: des gestes sont laissés sous silence parce qu'allant de soi, tandis que sont nommées des actions considérées comme importantes; F. Cousin (sous presse) note qu'au Rajasthan, dans la fabrication du pain, des etapes peuvent ètre identiñées par leur resultat sans ètre nommées elles-mème. Ainsi, la diversité du vocabulaire, son degré de precisión et l'étendue des notions laissées sous silence sont au tant de révélateurs non seulement de la fréquence et du caractère usuel ou habituel des techmques, mais aussi de la façon dont elles sont intégrées dans le système social. Si nos prehistòriques ne sont plus là pour diré, le travail que nous effectuons sur leurs techmques concour, de façon indirecte, à une reflexión sur leur langage. Savoir-faire et faire - Les descriptions techmques aboutissent souvent à des modes d'emploi. Pour marquer la dualité entre le plan des modes d'emploi et celui de la mise en oeuvre concrete, on parle dans le second cas de pratiques techniques. Cette notion, mieux que le mot technique, permet de faire la différence entre les processus techniques concrets et le discours technique (mise en algoríthme par l'observateur ou le groupe indigène), entre la réalité technique et les discours sur la technique par les acteurs. 103
- C'est une chose que de posséder une technique, une autre chose que de la pratiquer effectivement. Pour M.N. Chamoux il existe done une competente technique et des performances techniques. Dans les savoir-faire incorpores, il existe une compétence sans performance (on sait faire mais on ne fait pas) et une compétence avec performance (on sait faire et on fait) La conclusión est que l'absence du faire n'est pas signiñcative de l'absence du savoir-faire. Extensión du savoir-faire Le méme auteur met en évidence un autre type de variations: les différences d'extension. Tous les savoir-faire ne sont pas transmis à tout le monde. Si les uns, savoir-faire généraux, sont bien communiqués à tous, d'autres, savoir-faire particuliers, ne sont transmis qu'à certaines personnes. Ces demiers se referent à différents cas d'activités de spécialistes individuéis ou collectifs. Dans une population certains sous-groupes preexistent à ceux determinés par les variations du savoir-faire: ainsi en est-il de la división hommes/femmes. II existe des savoir-faire généraux et particuliers masculins, des savoir-faire généraux et particuliers féminins. Toutes ees observations se résument par le schéma suivant: Savoir-Fairc Compétence avec performance Compétence tana performance S.F.G. S.F.P. S.F.G. S.F.P. M F M F M F M F 104 Exemple M.N. Chamoux ¡Ilustre son propos par des exemples pris dans une population qu'elle étudie, les Nahua du Mexique. Ainsi l'agriculture est une activité masculine par excellence. Des rites le soulignent symboUquement puisqu'on dépose dans le cercueil d'un homme des instruments aratoires en miniature. Les hommes pratiquent l'agriculture, décident des opérations à effectuer, des moments opportuns. Les femmes n'interviennent que dans 3 opérations: l'épandage de l'engrais, le repiquage des plans et la récolte. L'argument justificatif est que les femmes sont trop faibles, argument repris par les intéressées. Mais il se révèle à l'enquéte que les femmes détiennent une part de compétence technique au-delà des taches qui leur sont habituellement confiées. Elles peuvent donner des détails pertinents sur les chaines opératoires, en expliquer les diffícultés, en préciser les techniques et, en cas de nécessité (absence d'homme), elles font. Quant à l'argument faiblesse, il leur est attribué des travaux plus pénibles comme, par exemple, le portage simultané de bois et d'enfant. La división du travail n'est done pas fondee sur une división des compétences, sur une différence réelle du savoir-faire. L'agriculture, qui est affirmée par le système de représentation comme un savoir-faire general masculin, est en réalité un savoir-faire general pour tous. A l'inverse, la fabrication des galettes de mais est un savoir-faire general féminin. Les hommes trouvent cocasse l'idée de les faire mais, en réalité, savent faire mieux sans doute que des femmes de la ville. lis sont done competents méme s'ils évitent de le montrer. Ainsi, contrairement aux apparences la división du travail ne repose pas obligatoirement sur une división des compétences. Elle n'est parfois qu'une
división des taches entre groupes à savoir-faire communs. Sur le plan symbolique, c'est le tissage, activité féminine, qui est opposée à l'agrículture de façon symétrique et inverse; on met une miniature de métier à tisser dans le cercueil d'une femme. L'idéologie indigène fait du tissage un savoir-faire general féminin. Mais cette opposition symbolique ne correspond pas à une opposition homologue en terme de savoir-faire. Que le tissage, savoir-faire généralisé féminin dans l'idéologie, ne soit aujourd'hui qu'un savoir-faire particulier féminin traduit, sans doute, une évolution des activités féminines: les femmes s'investissent plus dans la culture maraichere, immédiatement rentable et de ce fait pratiquent moins le tissage; autrefois le statut symbolique et la place réelle de ce dernier devaient coïncider et traduiré un savoir-faire general féminin. II semble, néanmoins, n'avoir jamáis été un savoir-faire general pour tous. Par contre le statut symbolique de l'agrículture, savoir-faire general masculin, n'aurait jamáis correspondu aux pratiques qui en font un savoir-faire general de tous. Transmission du savoir-faire Que la méthode d'apprentissage puisse étre la méme pour toutes sortes d'activités techniques peut sembler contradictoire avec le fait que certains savoir-faire sont particuliers et d'autres généraux. Les mecanismes qui produisent les différences d'extension se situent dans des différences de réseaux de transmission, de canaux d'incorporation, non dans la méthode de transmission elle-méme. Deux modes de transmission II y a deux types de transmission: la transmission par imprégnation et la transmission par maitre (informel ou institué). Qu'ils soient généraux ou particuliers, les savoir-faire dependent de l'un ou l'autre. L'apprentissage par imprégnation. II suppose: - un entrainement corporel et intellectuel commun à tous les membres du groupe: gestes, postures, modes de perception de la matière, langage, etc. Cet entrainement se rattache à ce qu'on appelle généralement la Culture. - la répétition par l'observation des différentes techniques et de l'expérimentation des gestes. Les savoir-faire ainsi transmis sont communs à tous les membres du groupe. lis sont si intimement inscrits dans le corps et l'esprít de ceux qui les détiennent qu'ils peuvent n'ètre méme pas perçus comme des savoir-faire mais commes des dispositions naturelles. L'absence de cloisonnement dans la vie quotidienne entre hommes et femmes, jeunes et vieux, l'absence de lieux reservés ou interdits est une des conditions de ce mode de transmission. Par simple observation les enfants enregistren! inconsciemment des gestes, des séquences de chames opératoires. C'est la période d'apprentissage passif méme si certaines taches sont demandées. Puis, vers une tranche d'Sge qui pourrait se situer entre 10/12 ans, les enfants commencent à s'exercer aux taches de leur sexe, entrant alors dans la phase d'apprentisage actif. L'entourage n'intervient guère dans ce processus, sauf pour décider à partir de quel moment l'enfant est assez grand, assez fort pour entrer dans la phase active en commençant à remplir telle ou telle tache. Ce mode d'apprentissage est analogue à celui du langage. L'autonomie complete de l'individu se situé vers les 15/16 ans. 105
Pendant toute l'enfance, concluí M.N. Chamoux, filles et garçons observent l'ensemble des gestes et séquences dans les techniques familiales sans que s'établisse de relation caractérisée d'enseignant i enseigné, de maitre à élève. P. Sagant note que chez les Naga de l'Assam, cette període, que nous pourríons désigner par le temps du maternage, s'arrète vers 6/8 ans. A l'approche de l'adolescence les enfants sont conduits 1 reproduiré le modèle indigène de la répartilion sexuelle du travail. Les filles demeurent sous la tutelle de la mère tandis que les garçons s'affranchissent du cadre domestique. Ainsi s'élabore et se transmet un lot de compétences communes à tous, indépendamment des performances techniques modelées, elles, par la visión indigène de la división du travail. Les différences, ajoute l'ethnologue, dans les réalisations par un sexe ou un groupe de taches attribuées à l'autre sexe ou l'autre groupe sont quantitatives, anàlogues aux variations d'habileté et de rapidité entre individus qu'on observe dans toutes les pratiques techniques. Elles ne seront pas qualitatives, c'est à diré opposant un savoir-faire à une ignorance. L'apprentissage par enseignement. La transmission par maitre correspond aux cas ou s'établit une relation pédagogique plus voulue et plus systématique. Elle peut ou non impliquer le recours au verbalisé, écrit ou parlé. Elle peut s'établir aussi bien lorsque le maitre est informe! (quiconque guide l'apprentissage d'une technique, voisin, parent) qu' institutionnalisé (professeur, patrón). Le choix entre les deux modes de transmission Certains savoir-faire possèdent des característiques qui semblent limiter ou au contraire favoríser la transmission par imprégnation. Parfois la simple observation d'une technique permet la captation d'un savoir-faire et sa reproduction. Mais dans d'autres cas, sans doute les plus nombreux, la partie visible d'un savoir-faire ne contient pas la totalité de l'information nécessaire à la transmission. Une relation pédagogique spécifique devient alors nécessaire. Elle s'impose pour l'apprentisage de certains coups de mains et gestes mais aussi pour l'élaboration de certaines categories de perception et d'outillage mental. Par ailleurs, selon qu'il y a appropríation exclusive ou non d'un savoir-faire par un groupe d'acteurs, la transmission se fera par l'un ou l'autre mode. Les deux phénomènes peuvent jouer seuls ou conjointement pour détenniner le mode de transmission dans un cas concret. Savoir-faire spécialisé transmis par imprégnation. Se demandant si les savoir-faire spécialisés, supposés plus difficiles -ce qui est une notion floue, exigent un maitre pour leur transmission, M.N. Chamoux observe qu'ils peuvent tout anssi bien passer par P imprégnation lorsque sont remplies les deux conditions nécessaires: fond commun culturel des gestes et expériences, observation fréquente. Elle donne en exemple le savoir-faire particulier du charcutier dont toute la famille, parce qu'elle participe au travail, sait faire. Ce qui maintient à Petat de savoir-faire particulier les activités de charcuteríe, c'est leur faible diffusion et leur faible base de reproduction: la nécessité d'un capital pour avoir les betes à abattre limite le groupe détenteur du savoir-faire. Ce n'est done pas toujours l'existence de difficultés d'ordre technique qui placent un savoir-faire dans les mains de spécialistes, mais des obstacles d'ordre social ou économique. Selon qu'il aura accés ou non à l'observation répétée de chaines opératoires completes, un individu accederá ou non par imprégnation à la compétence technique. Dans 106
l'hypothèse ou l'individu a pu acquérír la compétence nécessaire, il ne réalisera la performance que si certaines conditions extra-techniques sont remplies. Ainsi ce n'est pas toujours une croissance des exigences techniques qui conditionne la spécialisation mais une exigence autre, par exemple économique pour le charcutier; cette exigence conditionne la performance, la quelle conditionne la répétition qui conditionne à son tour l'imprégnation. Savoir-faire spécialisé transmis par un maitre. M.N. Chamoux cite le tissage comme exemple de savoir-faire particulier necessitant un maitre. L'ethnologue suppose la nécessité d'un enseignement à cause de difficultés inherentes à cette pratique: ainsi le corps entier est actif qui assure la tensión des fils, l'ourdissage demande une grande concentration, etc. Savoir-faire general transmis par un maitre. Le premier obstacle à la transmission par imprégnation est le défaut de répétition de l'observation lorsqu'il s'agit de techniques rarement mises en oeuvre, comme la construction d'une maison, ou de techniques freqüentes mais que certains ont rarement l'occasion d'observer, comme la chasse pour les femmes ou, à l'inverse, certaines préparations culinaires pour les hommes. Le deuxième obstacle est la nécessité d'entrainements corporels et intellectuels spéciaux. M.N. Chamoux développe l'exemple de la broderíe, savoir-faire general féminin chez les Nahuas. Vers 11 ans, les fillettes s'essaient i broder. La mere ou la soeur ainée montrent comment on fait, beaucoup plus qu'elles ne disent, ainsi que nous le notions précédemment. Puis la ñllette essaie de reproduiré les gestes et les resultats qu'elle a vus. La mere ou la soeur n'effectuent pas de surveillance constante et corrigent tres rarement elles-mémes le resultat. Simplement, de temps à autre, elles regardent, critiquent ou approuvent d'un geste, d'un mot, d'une plaisanterie, jamáis par de longues phrases. Entre les interventions des adultes, la ñllette affronte, comme elle peut, les résistances de la matière. Peu importe le temps mis à parvenir à un resultat proche de celui désiré. Peu à peu le savoir-faire s'incorpore. Précisons que la technique employée requiert des entrainements spéciaux communs à tous les travaux de broderie ainsi que d'autres spécifiques i l'utilisation d'un style géométrique de motifs: par exemple la nécessité d'un entrainement mental abstrait car le dessin n'est pas pré-effectué. Conclusión Le fait de rendre compte du travail de M.N. Chamoux, et de rechercher d'autres enqètes d'ethnologues n'a pas pour objectif d'offrir des recettes aux amateurs de comparatisme ethnologique. Si toute cette analyse du savoir-faire et ces observations nous paraissent devoir intéresser les préhistoriens, c'est que, mème si elles s'appuient sur l'étude de populations sédentaires ou de nòmades en forèt tropicale, elles montrent bien la complexité du savoir-faire et l'étroite relation qui existe entre ce savoir-faire et le système économique et social dans lequel il s'insère. Or, aujourd'hui, les progrés méthodologiques des préhistoriens vont de pair avec une évolution des problemàtiques: l'objet étudié devient element d'un processus technique, lui-mème element du système technique d'un groupe dans un site donné. II y a done là convergence, dans les préoccupations, entre l'ethnologue et le préhistorien. Mais le premier trouve un sens implicite aux démarches techniques, ne serait-ce que par l'observation d'une pratique technique dont la mise en oeuvre inscrit son déroulement dans le temps, alors qu'en revanche pour le préhistorien il n'y a pas de sens implicite avant une reconstruction née de l'interprétation des témoins 107
bruts, prèts à ètre façonnés en outil pour repondré à un besoin futur non encoré precisé: la réalisation est indépendante de l'utilisation. Dans le second cas le projet qui absorbe toute l'attention de l'acteur est la tache à accomplir (grattage d'une peau, préparation d'une sagaie ) et la fabrícation des outils nécessaires n'est qu'un passage obligé. Au premier projet répondent des cnaines opératoires particulièrement soignées et complexes dont les produïts obéissent à des standarts précis. Au second répondent des chaines opératoires plus opportunistes dont les produits sont irréguliers et ñnalisés. A ce niveau, la mise en évidence des différences a une signification techno-économique et vraisemblablement sociale si, comme nous le pensons, ce ne sont pas les mémes groupes d'individus qui réalisent l'un et l'autre mode de taille. Un des elements essentiel de la dextéríté technique est la possession des connaissances et l'expéríence due à la pratique technique. Tous les tailleurs n'en n'étant pas au méme point de savoir-faire, on aura des niveaux de technicité différents qui seront observables dans les réalisations, non seulement au niveau de l'habileté motríce mais aussi de la maitrise des concepts. Par ailleurs, intervient, bien sur, l'originalité de chaqué individu qui marque de sa personnalité sa production. Nous aborderons plus largement cette idee dans la paragraphe sur les connaissances. L'espace Cet ordre de fait n'a pas été explicitement prís en compte par Lemonnier. Mais d'autres l'ont utilisé en particulier pour identifier une étape. H. Balfet observe qu'il peut y avoir unité de lieu, comme par exemple dans la cuisine autour des fourneaux, mais aussi alternance comme dans la tannerie oü sont utilisés atelier et lieu de séchage, ou encoré succession pour des activités par déñnition itinerantes comme la chasse. Au-delà de cet aspect délimitatif, ajoute l'ethnologue, les lieux informent utilement en particulier par la proximité ou non avec l'habitation, leur affectation permanente, saisonnière ou libre à telle activité, la présence d'aménagements spécialisés. Certaines activités intègrent à part entière la notion de déplacement: ainsi filage ou tricot accompagnent la garde des troupeaux. Le territoire En préhistoire un premier niveau est accessible par Identification de l'orígine des matériaux minéraux étrangers à un site. Celle-ci permet de reconnaitre quelques points du territoire freqüentés directement (déplacement) ou indi rec te ment (échange). Ainsi la confrontaron des données obtenues sur les divers sites magdaléniens du Bassin Parisién conduit M. Mauger (1985) à montrer l'unité d'une región pour l'instant reconnue sur environ cent soixante dix kilomètres du nord au sud et cent vingt d'est en ouest. D'autres préhistoríens ont suivi des matériaux lithiques sur des centaines de kilomètres mettant ainsi en évidence de veritables circuits. Le camnement Aux différentes haltes qui marquen! le territoire parcouru pendant un eyele de nomadisme correspondent, en fonction des stratégies d'approvisionnement, des activités différentes auxquelles sont consacrés des temps et des attentions différents. II est done nécessaire d'analyser un processus technique selon la place qui lui est accordée a l'endroit et au moment oü il est mis en oeuvre. Lors d'une halte proche d'une source de matière première, oü va se refaire le stock de lames à utilisation différée, la taille du sílex tiendra une place importante: ainsi en est-il à Etíolles, autre site magdalénien du Bassin parisién. Lors d'une halte destinée a pourvoir le groupe en viande, comme à Pincevent, l'objectif principal sera la chasse, alors que la taille ne sera 114
qu'une activité opportuniste. Les característiques du processus seront done différentes selon la fonction des lieux occupés Les différentes unités d'oecupations installées sur le mème sol ont été liées entre elles par des remontages à longue distance réalisés à Pincevent par P. Bodu (1987). Ces raccords montrent, d'une part que les moments successifs d'une mème chaine opératoire ou d'un mème cheminement technique peuvent se dérouler en différents endroits et, d'autre part, que certains types de produits circulent a travers le campement. L'analyse du processus de taille permet done de mettre en évidence un systeme de relation à l'intéríeur du campement et confirme la spécificité technique de certaines unités, lieux d'activité spécialisée, distinctes des unités domestiques, lieux de vie quotidienne. Cela conduit à attríbuer des significations différentes aux chaines opératoires selon les endroits oü elles avaient été réalisées. L'habitation Pour l'essentiel, l'exécution d'un ensemble de chaines opératoires se déroule dans une unité de lieu qui peut ètre l'endroit oü vit et travaille le tailleur. Par voie de conséquence, la maniere dont les déchets se répartissent sur le sol traduït une organisation de l'espace par le processus technique observé. La nature particulièrement polluante de l'activité de taille fait de cette étude spatiale un bon élément d'approche du mode de gestión de l'espace oceupé: localisation des postes de taille, des zones de rejet, circulation des produits (Fig. Id). Ainsi l'espace, à Etiolles, parait organisé de facón assez contraignante par des enteres techniques: c'est la taille, activité príncipale, qui structure ce qui pourrait ètre assimilé à un atelier. A Pincevent, au contraire, une absence de spécialisation des lieux, nórmale si l'on considere les courts laps de temps accordés à l'activité de taille, laisse place à une organisation apparemment plus domestique, i moins qu'elle ne soit régie par des impératifs cynégétiques, beaucoup plus difficiles à mettre en évidence. Le temps H. Balfet souligne l'importance de l'élément temps dans la réalisation du processus technique. Elle analyse des situations oü des opérations peuvent ètre menees conjointement par différents acteurs entraínant un gain de temps et done une augmentation de la production. Elle différencie des temps actifs oü l'on fait, et des temps passifs oü le processus se poursuit sans intervention de l'agent comme dans les cas de trempage ou de séchage. Enfin la question de 1'interruption ou des poses dans l'action technique retient son attention. Elle distingue: - les étapes oü toute pause est impossible, celles oü l'action se déroule en continu, sauf accident, comme une cuisson de poteríe une fois le four allumé, - les étapes oü le travail peut ètre interrompu sans dommage, pour des raisons conjoncturelles ou de repos, - celles enfin oü une interruption est obligatoire pour une raison technique ou autre; l'action est alors différée lorsqu'il s'agit, par exemple, de la préparation de matériaux par avance, en vue d'une opération ultérieure. Temps consacré à un processus technique En ce qui concerne le temps préhistoríque, qu'il est pour l'instant impossible de quantifier de facón precise, le préhistorien cherche à évaluer des fourchettes de temps nécessaires au déroulement de chacun des processus. Ainsi, si précieux soit le sílex par sa valeur de témoin abondant et impénssable, la mise en oeuvre d'une chaine opératoire de taille peut n'occuper, lorsqu'il n'y a pas spécialisation de la production, qu'un temps d'activité bref, voire tres 115
bref. A Etiolles, sans doute a-t-il fallu de longues heures de travail pour exploiter la masse de matière première mise en oeuvre, qui pour certaines imités représente quelques centaines de kilos, méme si plusieurs tailleurs ont oeuvré en mème temps. A Pincevent il a suffi peut-étre d'une quinzaine d'heures pour exploiter les trente kilos trouvés dans l'une des unités d'habitation, temps qu'il faut partager entre plusieurs individus. Ce càlcul rend bien compte de l'importance toute relative de cette pratique technique dans l'activité globale du groupe méme si l'on admet que l'occupation de Pincevent n'a duré que quelques semaines. Cette réalité est oblitérée par la force signifïante de ce témoin. Ainsi le temps consacré à une activité technique sur un site dépend de la fonction de la halte en relation avec sa place dans le cycle de nomadisme. La, le groupe consacre l'essentiel de ses forces productives a la fabrícation des supports laminaires, choisissant pour cela de s'installer pres d'un gite. Ici, se consacrant à la chasse et l'exploitation des ñutieres animales, le groupe puise dans le stock existant et se contente d'une faible production lócale. Plus loin, comme i Marsangy, site magdalénien des bords de l'Yonne, c'est à la préparation d'un outillage qu'il parait avoir consacré son temps. Ailleurs peut-étre, occupé à des échanges sociaux, ne laissera-t-il pas trace d'activité de taille. Une image réelle de la place du processus dans le système technique implique done l'analyse de ces varíations sur tout le cycle comme la príse en compte des previsions qui, par les lames réalisées à un endroit pour étre utilisées ailleurs, lient les différents moments d'exécution en un seul et mème processus. Ce travail suppose une étude régionale que tente les equipes travaillant sur différents sites du Magdalénien dans le Bassin-parísien qui, pour n'étre pas stnctement contemporains, présentent un certain nombre de points commutis autorísant cette démarche. Organisation du temps II est possible de s'interroger sur la façon dont les Magdaléniens organisaient dans le temps d'une halte, en fonction de leurs besoins immediats ou programmés, la mise en oeuvre des différentes activités techniques. On distingue pour cela des moments en utilisant les recouvrements et les micro-stratigraphies: la superposítion d'une nappe d'os sur un amas de silex laisse supposer que la taille a précédé au moins le traitement et la consommation des animaux abattus, si ce n'est la chasse elle-mème. On utilise aussi les remontages qui assemblen! des sèries dans un ordre chronologique: la structuration d'un amas de taille permet de situer l'exécution de plusieurs ensembles de débitage les uns par rapport aux autres. Tout ce travail permet d'évoquer non une durée quantiñée mais une ordonnance des séquences repérées. Ainsi, gràce à des réfections du foyer, M. Julien a pu isoler trois séquences dans l'occupation d'une des habitations de Pincevent: à chacune correspondent quelques débitages. Nous pouvons done en deduiré que l'activité de taille, méme fugace, se déroulait tout au long de l'occupation, vraisemblablement en fonction des besoins. Temps continu / discontinu dans l'exécution d'une chaine opératoire Certaines coupures dans les réalisations techniques se répètent d'une chaine opératoire à l'autre et sont fáciles à mettre en évidence lorsqu'elles s'accompagnent de changement de lieu; elles necessiten! que l'on s'interroge aussi sur le changement d'acteur possible. II peut, par exemple, y avoir interruption entre la préparation d'un rognon de silex et le débitage des lames; cette interruption 116
existe, sans ètre automatique, daus une production domestique comme à Pincevent; elle a été institutionalisée par certaines cultures qui ont développé une production de blocs preparés, circulant ensuite prèts à ètre exploités pour une production de lames. Se répètent aussi des absences systématiques de coupure. II n'y a jamáis d'interruption entre la préparation d'un éperon -petite protubérance dégagée sur le bord du plan de frappe afín d'accrocher le percuteur de façon preciseet l'extraction de la lame qu'il prepare, ces deux gestes techniques différents étant complètement associés dans une mème perception du produït à venir. On peut se demander si les aléas d'une production domestique relativement soumise aux contreintes des matières premieres ne conduisent pas à limiter ces discontinuités et à favoriser une relation étroite entre l'acteur et le déroulement de toute la chaíne opératoire, depuis l'élaboration de la stratégie opératoire conceptuelle jusqu'à la réalisation du projet. Une production artisanale tendrait, elle, à les institutionaliser en standardisant la production, en se dégageant des contraintes de la matière première et en favorisant l'utilisation d'acteurs successifs. Les acteurs Identité individuelle des acteurs : à la recherche des auteurs On constate que des phénomènes psychomoteurs, dont on peut pour un individu admettre la stabilité et l'originalité, affectent tout savoir-faire manuel: en marquant la spécifícité de chacun, ils différencient les individus les uns par rapport aux autres. Si l'ethnologue peut observer des modes de faire spécifíques à chaqué acteur, il cherche néanmoins a dégager les constantes pour construiré une interprétation du processus technique qui traduise la spécifícité culturelle du groupe. Le préhistorien, qui n'a pas les acteurs, a d'abord, lui aussi, construit son schéme technique, traduction du patrimoine commun des tailleurs étudiés. Mais, estimant qu'il est possible de reconnaítre sur des lots d'artefacts des signatures distinctes, il cherche, aujourd'hui, comme l'a entreprís S. Ploux (1989), à identifier chaqué auteur en repérant sa production. Ce travail ouvre des voies nouvelles pour une reflexión sur la composition du groupe disparu et un partage des taches vraisemblables. Identité sociale des acteurs II est, tout d'abord, nécessaire de s'interroger sur l'identité du ou des acteurs. Observant un groilpe de pygmées Aka, S. Bahuchet (1986) constate, entre autre, que la femme adulte construit la hurte, fait la cuisine, tresse sa hotte; les fíllettes vont a plusieures chercher de l'eau ou péchent en écopant des marígots; l'homme adulte construit l'ameublement, fabrique des outils et des armes; les vieillards font des cordes, construisent des pièges, localisent les nids d'abeilles. Cette répartition entre groupes d'acteurs différenciés par leur sexe, leur age, ou tout autre critère, doit aussi marquer l'activité technique des groupes prehistòriques. On peut conduiré cette reflexión à l'intéríeur d'un mème processus. Si le processus de taille à Pincevent répond à deux objectifs différents, chacun pourrait étre réalisé par des groupes d'individus distincts, les uns maitrisant parfaitement les techniques de taille, les autres les pratiquant de facón plus aléatoire mais suffísamment efñcace pour le propos. Ces groupes cernes, il reste bien sur à les identifier, mais là nous n'en sommes qu'aux hypothèses... Nombre d'acteurs La présence d'un ou plusieurs acteurs peut ètre 117
imposée par la spécificité d'une chaíne opératoire: dans une forge il y a obligatoirement celui qui agit sur le metal et celui qui actionne le soufflet pour entretenir le feu. Elle peut étre imposée par des impératifs de production et est, alors, liée au facteur temps: une production de céramique peut étre répartie entre les 2 ou 3 membres de l'atelier ou n'ètre qu'entre les mains d'un seul potier qui devra s'acquitter successivement des taches ou adapter sa production. Elle implique, de toute facón, une división du travail et oblige à examiner le role de chacun dans l'éxecution. Lorsqu'elle est obligatoire elle implique une répartition des taches entre les membres de l'unité de travail. Lorsqu'elle est inhabituelle, H. Balfet distingue l'intervention d'acteurs temporaires qui peuvent étre embauchés ponctuellement comme spécialistes ou participen! au titre d'une entre-aide plus ou moins codiñée. Dans ce dernier cas, l'entraide peut ètre possible, souhaitée done socialement valorisée et codiñée pour les taches longues et repetitives, ou encoré obligatoire, le nombre de bras nécessaire excédant celui de l'équipe nórmale. La présence d'acteurs secondaires est un mode d'apprentissage qu'il convient de prendre en compte. Ainsi lorsque S. Bahuchet note qu'un pygmée adulte et son fils chassent a l'arc ou péchent ensemble, peut-on voir là un mode de transmission du savoir plus que la nécessité d'étre plusieurs pour réaliser une activité, méme si ces deux éléments peuvent aussi se conjuguer. Role des acteurs L'agent peut avoir une présence active totale lorsqu'une attention maximale est requise ce qui est le cas dans l'activité de taille; plus distante, presque passive pour une simple surveillance ou méme mutile lorsque l'action se prolonge en son absence pour un temps definí ou non, comme la cuisson dans la cuisine ou le fumage d'une viande en vue de sa conservaron. L'importance de son role peut n'ètre pas lié à sa présence. Dans certains cas un agent aura une participation à l'action proprement technique d'apparence minime, sans commune mesure avec son role réel de decisión: la présence du bosna, propriétaire du matériel (pirogues et filets) et responsable de la gestión dans un processus de peche, au Togo observé par B. Martinelh, peut étre désapprouvée pendant le déroulement des opérations. Un agent peut ainsi étre absent d'une chaine opératoire mais present dans une chaine d'amont et/ou d'aval et done étre integré dans le cheminement technique: chez les pygmées Aka le propriétaire du gibier est le propriétaire du filet méme si ce n'est pas lui qui a tendu le filet; S. Bahuchet note que l'accent parait étre mis sur le travail que représente la fabrication d'un filet et, en corollaire, l'acteur de la chasse n'est pas bénéficiaire direct de sa production puisque il a méme interdicción absolue de consommer l'animal qu'il a lui-méme rué de cette facón, en revanche, il aura accés à la viande par son intégration dans une autre chaíne de partage ou de distríbution. On vott, dans ees exemples, la nécessité de bien choisir le niveau d'analyse: le villageois Ngando sera present dans la chaine de fabrication du filet et dans celle du partage du gibier mais absent de la chaine opératoire de chasse entièrement conduite par le pygmée Aka. C'est dans le cheminement technique que la relation qui unit ces deux acteurs complémentaires devient signifiante. Les connaissances L'ethnologue ne saurait se contentor du savoir-dire pour analyser des connaissances techniques car les acteurs n'expriment que leur conception de leur propre technologie. II est done nécessaire d'élaborer d'autres enteres d'interpretaron. Le préhistorien, pour sa part, n'aborde cet ordre de fait que par déduction, éventuellement controlée par l'analogie experiméntale. Plusieurs types de connaissances peuvent étre distingues. 118
La connaissance du milieu naturel Elle est perçue à travers l'exploitation de ses ressources et leur sélection ¿ventuelle. Le choix du site exprime ainsi le projet ou une hierarchie des projets d'activités. Nous avons vu les Magdaléniens d'Etiolles venir exploiter régulièrement un gite de matière première exceptionnelle tant par sa qualité que par la dimensión des rognons qu'il offrait. A l'inverse les Magdaléniens de Pincevent se sont contentées d'une matière première lithique de qualité mediocre mais d'accès facile que leur offrait un territoire favorable à la chasse puisqu'on peut supposer que le flux migrant des rennes dispersés dans une vallée largement ouverte se concentrait pour traverser un passage étroit. Mais les uns comme les autres, à un moment de leur periple, allaient s'approvisionner dans les gites de silex tertiaires du centre du Bassin Parisién. Ces différentes spécialisations sont complémentaires dans une stratégie d'approvisionnement adaptée aux besoins du groupe et au sein, d'un cycle regional de nomadisme annuel que tente d'évoquer M. Julien (1989). Les connaissances techniques Pour le travail des roches dures que nous avons choisi comme exemple, les connaissances techniques sont complexes et nombreuses. C'est dans leur mise en jeu coherente au cours du déroulement de la chaine opératoire qu'elles montrent leur subtilité et, tres tót au cours de la Préhistoire, un haut degré de conscience technique. Les contraintes propres à la taille obligent l'acteur à raisonner constamment: lois de la fracture, nécessité permanente d'une adéquation du geste avec une évaluation des modalités possibles dans un enchainement de prédétermination. Une approche analytique du raísonnement technique rend compte d'abord des concepte, images mentales de formes geomètriques idéales qui guident le tailleur d'étape en étape. Par ailleurs, en permanence, le tailleur evalué la situation présente et opte, choisissant dans un registre de modalités d'action dont il dispose pour progresser entre chaqué étape, pour celle a la fois souhaitable selon sa motivation et possible selon les contraintes. Cette decisión, qui suppose la construction et l'estimation mentale des suites possibles, releve du savoir-faire idéatoire, tandis que la bonne réalisation des gestes suppose un savoir-faire moteur (Fig. 4). Les connaissances font done intervenir des notions de concepts, d'intentions, d'évaluation des contraintes, de préférences parmi des modalités equivalentes, de decisions techniques. J. Pélegrin propose d'appeler schéma opératoire conceptué! l'ordre des concepts et des préférences, avec ce qu'ils récèlent de connaissances mises en jeu qui guident l'acteur dans une stratégie adaptée à son ou ses projets et à la matière première utilisée. Si la notion définie est indiscutable, sa denominación pose problème dans la mesure oü nous avons choisi d'attribuer un sens précis au schéma opératoire comme nous l'indiquons plus loin; peut-étre pourrait-on utiliser le terme de stratégie opératoire conceptuelle ? Le préhistorien doit observer la chaine opératoire réalisée mais aussi déduire les concepts et les connaissances par une analyse des intentions et des modalités exercées qui tiennent compte des contraintes. C'est à ce niveau de precisión de l'analyse, bien au-delà d'une logique technique finaliste qui ne ferait que justifier a posteriori la constataron de son bon fonctionnement, que peut se percevoir, dans les concepts et préférences, la tradition technique du groupe et sa valeur culturelle. Variabilité des niveaux de connaissance Mais ce domaine des connaissances n'est pas un tout uniforme. En particulier une progression dans la maitrise opératoire et conceptuelle se traduit par des savoir-faire différents. Trois niveaux ont été mis en évidence à Etiolles par N. Pigeot (1988). Une 119
recherche analogue a été conduite à Pincevent oü S. Ploux (1989) a elaboré une grille de lee ture pour analyser ees trois niveaux a travers l'observation du Savoir, du Savoir-faire, du Pouvoir-faire et enfin du Faire. (Fig. 5) II ne nous échappe pas que cette división est élémentaire, néanmoins elle est un premier moyen d'approcher l'identifícation des acteurs. - Le premier niveau, celui des bons tailleurs, est marqué par une adéquation entre le projet, les schémas conceptuéis et l'exécution. II implique un investissement personnel du tailleur, sans doute favorisé par le groupe. - Le deuxième rassemble des tailleurs moyens; si quelques uns peuvent étre en phase ñnale d'apprentissage, beaucoup n'utilisent la taille que comme un passage obligé pour se faire des outils nécessaires à la tache qui retient toute leur attention: redresseur de sagaie par exemple dont la fabrication nécessite des burins, des bees et des alésoirs. La taille qu'iEnfin le dernier niveau regroupe des ensembles dont l'objectif ne parait pas étre une production utilisable, mais bien plutot l'apprentissage des gestes et des concepts. Variabilité individuelle des connaissances Chacun de ees trois niveaux ne contitue pas obligatoirement un ensemble homogène. En effet, à partir de l'étude de la stabilité des caracteres dus aux spéciñcités psycho-motrices, S. Ploux estime qu'il devient loisible de regrouper des produc tions marquées par les mèmes stigmates, resultat tout autant de la pratique technique mis en oeuvre que du processus psychomoteur qui la sous-tend. Ainsi l'étude d'une unité d'habitation de Pincevent à partir de ees enteres a-t-elle conduït à identifier - un tres bon tailleur, caractérisé par une approche systématiquement stratégique, - un, ou peut-étre deux, tailleurs opportunistes, - un tailleur debutant; pendant la phase d'acquisition du savoir et du savoir-faire, la stabilité psychomotrice est aléatoire et il reste à déterminer si les différences observées relèvent de l'évolution d'un méme adolescent avant progressé pendant l'occupation, ou sont dues à la présence de deux jeunes à habileté différente. enfin un jeune enfant en phase d'imprégnation. Schéma Le schéma traduit graphiquement une activité technique: c'est un outil d'analyse conçu par l'observateur qu'il soit ethnologue ou préhistorien. H. Balfet l'estime simpliñeateur par définition, imposant plus encoré que l'analyse qu'il resume que l'on soit tres clair quand à ce qui en est attendu. Chacun 1'invente ou l'adapte pour rendre compte le mieux possible des interventions et articulations qui se sont révélées au long du processus technique étudié, pour aussi lui permettre de repondré à des objectifs différents: on peut chercher à lui faire prendre en compte des problemes d'acteurs, de lieux, de temps, de discontinuités ou d'attentions particulières. II peut encoré avoir des objectifs analytiques ou comparatifs. Nous proposons de différencier le schéma technique qui renvoie au schème technique et traduit done un modele abstrait et le schéma opératoire qui renvoie lui à la chaine opératoire et permet la lecture d'une activité réalisée et observée. Mais, pour H. Balfet, le schéma n'est qu'un adjuvant. Le principal outil d'analyse reste le découpage effectué jusqu'au niveau jugé significad f de ce qu'on veut montrer avec la recherche au long du déroulement de ces étapes de tout ce qui s'y accroche de choix, decisions, rapports sociaux, variantes. 120
LES SYSTEMES Nous avons utilisé ici le concept de schème technique pour structurer nos connaissances d'une technique donnée, essentiellement à partir des interactions entre les elements qui interviennent dans (cette) technique. C'est un préliminaire pour le préhistorien qui doit, nous 1'avons dit, interpréter les relations techniques des différentes classes d'objets ou des différents objets pour les identifier. Le Systeme technique Nous avons aussi utilisé les interactions existant entre diverses activités techniques pour non seulement confírmer 1'identifícation de certains elements d'un processus technique, mais encoré pour évoquer les composantes du systeme technique, c'est à diré l'ensemble articulé des différents processus technique, quoique ce champ d'étude soit, dans l'état de nos connaissances, plus delicat à aborder. En effet, ne nous est directement accessible que le processus lithique, parfois celui qui transforme les matières osseuses, exceptionnellement celui qui touche les fibres vegetales; d'autres nous demeurent encoré totalement innaccessibles. Par chance le lithique est en intersection avec un grand nombre des autres processus de transformation ou de fabrícation. C'est en particulier l'étude des micro-traces qui peut, comme on l'a vu, permettre d'aborder ce niveau d'analyse. A Pincevent, par exemple, un fa'r d'outils différents, buríns + bees + alésoirs, provenant d'un méme nucléus a pu servir, semble diré Pobservation au microscope, à fabriquer un báton percé sans doute emporté (Fig. Id). La localisation et le degré d'mtensité des traces témoignent, elles, de la facón dont a été menee la fabrícation. Systeme technique/organisation sociale Les interactions entre le systeme technique et les autres composantes de l'organisation sociale sont, pour le préhistorien, encoré plus tenues mais, si l'on songe qu'elles paraissaient totalement hors d'atteinte il n'y a pas si longtemps, on peut espérer faire progresser nos connaissances en ce dómame. C'est ainsi qu'à Etiolles une hiérarchie des qualiñcations semble regir la distríbution des postes de travail.: les maitres d'oeuvre s'installent pres des foyers, repoussant vers la péríphéríe les apprentis. A Pincevent une lecon a pu étre mise en évidence : un adolescent s'est installé en péríphéríe de l'habitation pour s'entrainer; le bon tailleur, en passant, lui a fait une démonstration de l'organisation du volume; il semble que l'on puisse repérer les ensembles taillés avant cette explication et ceux qui l'ont suivi. L'identifícation de tres jeunes enfants conduit à s'interroger sur la nature des cellules et a y voir des structures familiales; des hypotheses sur leur composition étant, nous l'avons vu, possible, il convient alors de s'interroger sur la répartition du travail entre les différents membres de l'unité. Mais c'est aussi l'identiñcation de la fonction des différentes unités qui composen! le campement magdalénien de Pincevent: unités domestiques, unités techniques, unités sociales, structures témoins d'activités enfantines. Dans ce cadre du campement commencent à étre abordées les relations des unités entre elles. Et ce ne sont là que quelques unes de toutes les qüestions qui deviennent abordables à partir de l'analyse du processus technique de taille. CONCLUSIÓN Du fait de la nature extrèmement tenue de ses données, la recherche préhistoríque a poussé le développement de ses méthodes, devenues aujourd'hui les méthodes quotidiennes de presque tous les archéologues. Pour les mémes raisons elle a favorísé l'étude de l'environnement et l'archéométrie qui, petit à petit, entrent dans les préoccupations des autres archéologies. Pour les mèmes raisons encoré, il n'est 121
pas exclu que le préhistoríen, empruntant à l'ethnologue un outil conceptuel, soit amené à le lui restituer smgulièrement adapté. Les phénomènes techniques sont des phénomènes sociaux à part entière. Mais, alors que l'ethnologue assiste directement au fait social à travers l'ensemble des activités techniques -ou autres-, et se trouve ainsi confronté à l'intrication d'acteurs non neutres (fait subjectif) et de matériaux en transformation (fait objectif), le préhistoríen n'aperçoit que les restes partiels et inánimes du fait technique à l'état pur, hors de toute présence humaine. Avant toute interprétation il doit done reconstituer la succession des gestes. C'est pour cela que les concepts de processus technique, de schème technique et chaine opératoire, que les technologues utilisent pour systématiser ou reduiré leurs observations, servent aux préhistoriens de trames sur lesquelles ils peuvent ordonner leur lecture de données si fragmentaires. Alors réapparaissent, sonant de l'anonymat, les auteurs mémes de ces gestes qui trahissent projets et competente, idees communes ou oríginalité. BIBLIOGRAPHIE AUDOUZE, F.; CAHEN D.; KEELEY L.H. et SCHMIDER B. (1981): Le site Magdalénien du Buisson Campin à Verberie. Gallia Préhistoire t. 34 (1): 99-143 AUDOUZE, F. (1987): Des modeles et des faits, le modèle de A. Leroi-Gourhan et L. Binford confrontés aux resultats recents. In Bull. de la S.P.F., Hommage à A. Leroi-Gourhan, t.84/112: 343-352. AUDOUZE, F. (1987): The Paris Basin in Magdalenian Times. The Pleistocène Old World. Regional perspectives Ed Soffer O., SAA Symposium, Denver 1985, N.Y.: 183-200. BAHUCHET, S. (1983): Langage, discours et techniques des pygmées Alca de Centrafrique. Techniques et Culture 1. Janvier-Juin. Actes de la table ronde "Technologie culturelle", 1982, ed. MSH, Paris: 101-117. BAHUCHET, S. (1986): Les pygmées Aka et laforèt centrqfricaine. Ethnosciences 1, ed. CNRs, Paris: 638 PBALFET, H. (sous presse): Des chaines opératoires, pourquoi faire: introduction. In Des chaines opératoires pourquoi faire'?, ed. H. Balfet, CNRS, Paris. BORDES, F. (1961): Typologie du Paléolithique ancien et moyen. Bordeaux: Université, 2 volumes, 85 p. = 108 pi., (Publications de l'Institut de Préhistoire de l'Université de Bordeaux, Mémoire; 1), 2è ed. CNRS, 1967. BODU, P. et JULIEN, M. (1987): La vie des Magdaléniens à Pincevent. In Apperçu sur l'actualité de la recherche préhistorique en He de France, Joumées archéologiques d'He de France, Saint-Denis, Dir. Rég. des Aff. Cuit. de Paris/Ile de France: 11-19. BODU, P.; KARLIN, C. et PLOUX S. (1990): Who's who ? The Magdalenian flintknapper of Pincevent, France. In The big puzzle. International symposium on refitting stone artefacte, Monrepos, Neuwied 1987. Studies in Modem Archaeology, vol. 1, Bonn: 143-163. CHAMOUX, M.N. (1978): La transmission des savoir-faire: un objet pour l'ethnologie des techniques. In Techniques et Culture. Bulletin del'équipe de recherche 191, 3, CNRS: 46-83. 122
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