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Tecnologia y Cadenas Operativas Liticas U.A.B., 15-18 Enero 1991 Treballs d'Arqueologia, I, 1991 L'APPROVISIONNEMENT EN MATIERES PREMIERES DANS LES SYSTEMES DE PRODUCTION LITfflQUE: LA DIMENSIÓN SPATIALE DE LA TECHNOLOGIE Jean-Michel GENESTE1 RESUME L 'approvisionnement en matierex premieres et lew di/fus ion dans tes syslerr.es de produclion l'ahique: une definit ion de l'espace par la technologie. - L'acquisition de la matiire premiére constitue inéluctablement la premiére séquence de touse chaSne opératoire de production lithique. L'intérét le plus ¿vident des ¿tudes sur l'approvisionnement en matiires premieres el leur diffusion reside dans leurs impUcations spatiales qui, dès ce stade de l'analyse, vont conditionner en partie l'interpritation des atares données. D'oü l'intérét méthodologique à intégrer le plus précocèment possible ces données technologiques econòmiques et spatiales à celles des autres domaines concourant à l'interpritation pluridisciplinaire des ensembles archéologiques. L 'approvisionnement ne peut itre envisagé sans ríjírence à ses diverses interconnexions avec le systeme social et culture! auquel it est profondèment integré. Du fa'n des nombreuses interrelations fonctionneües existant entre ¡es divers sous-systèmes de la subsisiance, de la technologie et enfin de l'économie, son anafyse est rendue complexe. II est d'abord dicrit systématiquement du seul point de vue de la subsisiance et de l'accés aux ressources environnementaies afin de definir des terriíoires d'approvisionnement et de diffusion des maneres premieres. Sont ensuite discutées les impUcations econòmiques et sociales découlant de la mise en evidence de comportements technologiqques spatialement structurés relatifi à l'acquisition, la consommation des matiéres premieres et pouvant allerjusqu 'à de réelles stratégies organisées dans l'espace de subsisiance. Une breve perspective diachroniaue sur le Paléolithique d'Europe occidentale met l'accent sur l 'adaptation étroite et tres précoce des contraintes de l 'approvisionnement aux conditions matérielles de subsisiance des groupes humains au cours du Pleistocéne. ABSTRACT Raw material procúremela and diffusion withln Vahic production systems as a means to determine space through technology. - Raw material procurement ineluctably constituïes thefirst stage on any processing séquence of líihic production. The most conspicuous advantage ofthe studies dealing with raw material procurement and spatial diffusion Ues en their spatial impUcations which wiU partly condition the interpretation of the complementary datas as earty as this first stage of the anafysis. Henee, it is interesting from a methodological point ofview to intégrate as earty as possible these technologicai, econòmic and spatial datas to the otherfields ones going to the putridiscipUnary interpretation of archaeological assemblages. Procurement cannot be considered without referrin to its various interconnections with the social and cultural system in which it is tightty interwoven. Consequentty, the numeróos functional interrelationships between the various subsystems of subsistence, technology and at last economy makes procurement anafysis complex. First ofaü, procurement is systematicaüy describedfrom the single point ofview of subsistence and access to environmental resources in order to aefine raw material procurement and diffusion territories. Then, the discussion wiU tum to the econòmic and social impUcations deriving from the spatiaity structured technologicai behaviours that have been evidence and which concern raw material acquisition and consumption and can even reveal genuíne strategies organised within the subsistence área. A short diachronic view of West Europe PaleoÜthic cases emphasizes the strict and very earty adaptation of procurement consiraints to material susbsistence condiúons by human groups during the Pleistocéne. Direction des Antiquitéi Prehistòriques d'Aquiuine, 6 bis cours de Gourgue. 33074 Bordesux Cedex. France
INTRODUCTION L'approvisionnement en matières premieres est tres souvent reduït, dans les études qui lui sont consacrées, à la seule origine spatiale des roches utilisées. Ce phénomène est bien compréhensible puisque l'appréhension de l'espace, pour les períodes de la préhistoire ancienne, ne peut guère ètre envisagé que par ce biais ainsi que par cel ui, moins ai sé parce que plus rare, de la diffusion des matières minerales spéciñques, des coquillages, fossiles ou non, et de la production symbolique: thèmes artístiques et oeuvres d'art. Ainsi, les vestiges lithiques, bien avant d'ètre interpretés d'un point de vue technologique ou fonctionnel, sont-ils tout d'abord investís par l'archéologue de cette intéressante capacité à matérialiser les déplacements dans l'espace des hommes qui les ont employés. Si ces données sont indispensables à l'étude des terríroires de subsistance, de la mobilité et, plus largement, des modes d'occupation du sol et de peuplement (Bahn, 1983; Gamble, 1986; Larick, 1983; Mauger, 1985 par exemple), l'approvisionnement en matières premieres lithiques et sa diffusion constituent un domaine qui demeure intimement lié aux approches technologiques (Ericson etPurdy, 1984; Geneste, 1985; Perles, 1981; Svoboda, 1983) et econòmiques ou sociales (Earle et Ericson 1977; Ericson et Earle 1982; Perles, 1985; Pires-Ferreira, 1976; Renfrew, 1975; 1977; 1984; Torrence, 1986, par exemple). II n'en demeure pas moins vrai que c'est gràce à cette aptitude de la technologie lithique à accompagner, depuis les origines, l'homme dans ses activités et ses déplacements et done à jalonner une partie de sa mobilité (Binford, 1979; 1982) qu'une veritable archéologie de l'espace a pu voir le jour. L'analyse technologique, par la méthode des chames opératoires, joue ici un ròle éminent dans la mise en évidence des comportements econòmiques, à l'égard de l'acquisition et de la distribution spatiale des matières premieres, dans les systèmes de production lithique. LE CADRE CONCEPTUEL: LES SYSTÈMES TECHNOLOGIQUES DE PRODUCTION LITHIQUE De tous temps à jamáis, l'homme parcourt les terrítoires à la recherche de subsistance, accompagné de son équipement qu'il abandonne au fur et à mesure de son renouvellement, jalonnant ainsi l'espace des vestiges de sa technologie. C'est sur l'invariance de ce comportement que peut ètre défmie une méthodologie archéologique d'analyse de l'espace fréquenté par les groupes humains prehistòriques. A travers l'origine des matières premieres et leur diffusion dans la production lithique, c'est finalement l'espace de la technologie qui est analysé. L'approvisionnement ne peut étre envisagé sans référence aux divers champs du système culturel auxquels il s'intègre méthodologiquement. Du fait des interrelations entre les trois principaux sous-systèmes de la technologie, de la subsistance et de l'économie ou du social dont il relève en partie, son analyse reflète une relative complexité (Fig. la). Si l'acquisition proprement dite des ressources lithiques relève bien du domaine de la subsistance, sous l'effet d'un fort determini: me environnemental, et si 1' interpretaron économique des comportements technologiques d'approvisionne-ment, en fonction des besoins en produïts lithiques, relève du domaine économique et social par extensión, il n'en demeure pas moins que l'essentiel de l'approvisionnement s'inscrit pleinement dans le cadre d'une technique de production dont il n'est que le premier terme, la première séquence. En conséquence, l'essentiel de la méthodologie d'analyse sera fondé sur la technologie (Fig. lb). Celle-ci fournit, en effet, a travers la 2
<:?^ V G/^ SYSTEME DE PRODUCTION ECONOMIQUE TECHNIQUES D'ACQUISITION Approvisionnement TECHNIQUES DE FABRICAT ION TECHNIQUES DE CONSOMMATION Diffusion PRODUCTION LITHIQUE B Hg. 1.- Relationa au aein du système cultural entre les soua-systèmes de la subsistance, de la technologie et de l'econòmic intervenant dans Tétude de l'approvisionnement. Cet différents champa conditionnent la dynamique du discoun el la nature dea implicalions spaliales, environnementates et econòmiques dea donnéei technologiques obtenues au couri de l'analyse. 3
notion de chatne opératoire un outil d'approche objective et quantiñable des paràmetres du processus de fabrication irreversible qui concerne la transformation de la matière première dans le temps et l'espace, depuis son concept d'exploitation à son abandon, en passant par l'acquisition, la production et la consommation de celle-ci sous forme d'outillage (Creswell, 1983; Leroi-Gourhan 1964; 1971) (Fig. Ib et Fig. 10). Le modele d'intégration du système technologique au système culturel correspond à une conception commune, aussi bien à des archéologues technologues des industries (Bordes, 1950, par exemple) qu'à des théoríciens de l'arehéologie sociale (Renfrew, 1984, par exemple). Toute production húmame, lithique à fortiori, serait au moins en partie le fruit: 1.- d'une réponse momentanée dans le temps et l'espace à des necessités biològiques de subststance; 2.- d'une tradition technologique; 3.- éventuellement des qualités de la matière première accessible (ce demier point pour F. Bordes seulement). Dans l'exposé qui suit, les ensembles lithiques archéologiques seront considerés comme l'expression d'une production lithique par un système technologique donné. L'acquisition proprement díte sera tout d'abord envisagée dans le cadre de la subsistance, comme une ressource environnementale, avant d'étre considérée dans ses modalités techniques, d'un point de vue économique. Enfin, la circulation des matières premieres parait indissociable de l'approvisionnement lui-méme, puisqu'il s'agit de la distribution spatiale de la production elle-méme sur les lieux de la consommation, c'est-à-dire de l'utilisation jusqu'à l'abandon final (Leroi-Gourhan, 1964; 1971). C'est done à travers cette ultime phase du processus de production lithique que l'on peut acceder aux dimensions spatiales les plus en aval de l'approvisionnement et disposer alors des éléments d'approche d'une étude dynamique des systèmes technologiques. LES RESSOURCES ENVIRONNEMENTALES Structure des ensembles lithiques Un ensemble lithique est composé de la totalité des artefaets en roches dures recueillis dans un niveau archéologique. Sur la base de sa constitution pétrologique, cet ensemble peut étre subdivisé en un certain nombre de sous-ensembles, individualisés par le type de matière mineral utilisé pour la fabrication de l'industrie. A ce stade de l'analyse, chacun de ees ensembles est censé correspondre à une seule source de matières premieres dont l'origine reste à déterminer. Une relecture de ees données pétroarchéologiques (Masson, 1981), dans le cadre de leur posilion microstratigraphique, au sein des niveaux archéologiques, peut localiser stratigraphiquement ees différents ensembles, les uns par rapport aux autres. Ainsi, il est parfois possible de distinguer des nappes d'apports différents et de les situer chronologiquement. Ces informations seront du plus haut intérét pour établir la succession dans le temps des introductions de matières premieres de provenances diverses. C'est le cas du silex rouge de Pincevent (Leroi-Gourhan et Brézillon, 1965) mais c'est aussi une démarche employée dans d'autres sites (Morala, 1990). 4
Determinación des sources de matières premieres Bien que cet aspect technique de l'analyse n'entre pas dans le cadre de cet exposé, il convient de rappeler ici que les matéríaux lithiques sont le plus souvent identiñés par les méthodes de la pétroarchéologie (Masson 1981) qui font appel tant à des méthodes de détermination pétrographiques qa'a des analyses chimiques. Petrographie Les méthodes d'analyse clàssiques de la petrographie, qu'elles soient macroscopiques ou microscòpiques, sont basées sur l'analyse des caracteres épigéniques des silex et autres roches sédimentaires. En effet, dans les roches siliceuses, outre la structure genérale de la roche identique à celle de la roche mere, c'est le contenu en fossiles de la roche mère que est encoré visible après silicification. L'approche naturaliste de la paleontològic et de la micropaléontologie, visant à identifier les fossiles animaux et végétaux contenus dans les roches, est la plus usitée dans le domaine de la détermination de routine des accidents siliceux. A partir de ees informations concemant la structure de la roche, son mode de formation et son contenu biologique, il est possible d'isoler un type de silex dont on peut parfois connaítre l'áge stratigraphique géologique. Ainsi, par exemple, en Aquitaine septentrionale, une succession d'études de ce type a permis de disposer d'une bonne connaissance de l'origine sédimentaire des roches siliceuses (Briker, 1975; Demars, 1980; 1982; Morala, 1980; SéronieVivien, 1987). Autres analvsis de laboratoires Des analyses physiques, et surtout chimiques, permettent éventuellement de déterminer la composition de la roche elle-méme en éléments-traces par exemple. Dans le cas des roches azolques et aphytiques, cet ensemble de méthodes permet d'obtenir une détermination plus ou moins precise du type de roche (Luedtke, 1978; 1979). La méthode de densimétrie peut étre utilisée, elle est tres simple. Par contre, d'autres techniques plus lourdes font appel à des procedes sophistiqués et plus o moins adaptés à l'enjeu archéologique. Citons: la diffractométrie des rayons X, l'activation neutroniques, l'absorption atomique, la thermoluminescence, les analyses géochimiques (Earle et Ericson, 1977). Elles permettent des déterminations spécifiques et ne sont utilisées que dans le cas de problemàtiques bien precises (Pires-Ferreira, 1976): par exemple, la détermination des sources d'obsi-diennes dans le Néolithique du Proche-Orient (Renfrew et al., 1968). La microscopie électronique permet, en outre, de connaítre la diagénèse de la roche. Origine de la roche Une fois le type de silex identifié, la recherche de l'origine géographique de la roche se fait sur la base de la géologie régionale qui localise les affleurements du substratum d'áge et de type idèntiques à l'échantillon. Ce type d'approche est le plus couramment utilisé depuis quelques années. II foumit des identifications de matière première de l'ordre de 80 % des objets. La détermination de l'origine exacte fait appel à des données gítologiques encoré plus precises qui permettent de localiser, dans un étage géologique ou une formation sédimentaire, un faciès précis, par comparaison de la pièce archéologique à un échantillon prélevé dans la formation en place. De veritables lithothèques gérant un corpus de données assez vastes sur les ressources de regions entières, le plus souvent, des bassins sédimentaires (Bassin Aquitain, Bassin Parisién), se sont, à cet effet, constituées récemment. Le mode d'identification de la source de matière première et sa localisation dans un environnement relèvent, pour l'essentiel, d'une 5
approche naturaliste. 11 est cependant important de connaitre le mode d'identification exact de la source et de savoir si celle-ci a été déterminée par rapport à l'étage géologique, ou, plus précisément, au niveau du gíte. Dans le premier cas, l'information sur l'orígine d'un sílex utilisé sera juste à un niveau regional ou interrégional, dans le second cas, on dispose d'un traceur lithique particulièrement précis, comme il en existe peu, mais qui est du plus baut intérèt pour suivre exactement les déplacements des groupes humains, par exemple le silex zoné du Bergeracois (Demars, 1982; Morala, 1980) ou le jaspe de Fontmaure (Bordes et Sonneville-Bordes, 1954). Cartographie des ressources environnementales La représentation graphique des origines de types de matières premieres constituant un ensemble lithique est généralement communiquée sous forme cartographique oü figure l'orígine géologique globale (étage) ou precise (gite). La diffusion de la matière première, depuis la source pétrographique jusqu'à son lieu d'abandon, est figurée d'un trait ou d'une fleche rectiligne (Demars, 1980). L'expression d'une distance d'origine est immédiatement sensible dans ce mode de représentation. Cependant, ce type de tracé est conventionnel car il réduit le déplacement à une diffusion linéaire minimale, sous forme du plus court trajet rectiligne reliant deux points de l'espace: source et site archéologique (Fig. 2). ECONOMIE DE L'APPROVISIONNEMENT C'est l'analyse, sur des bases quantitatives et descriptives, de l'introduction des matières premieres en provenance des sources localisées qui autoríse l'accès à des conceptions econòmiques de l'approvisionnement. Acquisition de la matière première Accessibilité des sources 4.1.1.1 Nature des gites Au moment de la confrontation des types de silex aux ressources geològiques regionales, il est nécessaire de discuter la nature des gites exploités afín de tenter de les identifier le plus précisément possible. En outre, il est impératif de tenter de détenniner par l'état d'alteration des surfaces naturelles du silex la nature du gite (état de son cortex, état de ses surfaces de fractures naturelles, fragmentation consécutive aux chocs thermiques). Selon leur accessibilité, plusieurs types de gites son décrits. Le silex peut étre trouvé in situ dans la rochemère ou dans une formation de démantèlement de celle-ci: éboulis et dépót de pente en place, au pied d'un affleurement (falaise, berge de cours d'eau...). Mais il peut ètre, aussi, en position secondaire, dans des altérites anciennes rendues accessibles par l'érosion ou dans des formations fluviátiles qui ont pu, elles-mèmes, étre l'objet d'un remaniement ultérieur à leur dépót... On comprend l'intérèt de la connaissance de ce type de formations secondaires pour la localisation exacte des sources car, bien que concernant des types de matières premieres idèntiques, elles peuvent ètre discordantes et différentes des formations en place. C'est, par exemple, le cas de la diffusion de certains matériaux le long des vallées, une partie du parcours avant pu se faire par voie naturelle, dans le lit des cours d'eau, mais, dans ce cas, le cortex est érodé comme celui d'un galet. Le type de gite conditionne, par là-méme. le coüt de l'acquisition et l'arsenal de connaissances environnementales et techniques mis en oeuvre pour 6
mmmmmmm¿ Prima ¡re Tertiaire Lacustre Jurassique ' 1 Permotrias I I ( rólacp • MP6 Hettanqien • MP'J Berqprac •$(• MP7 Ligérien X Divers Jurassique # Divers Crétacé A Duers Turonien Fíg. 2 - Sources des matières premieres Hthiques utilisées dans une sene de sites moustériens du Bassin Aquitain septentrional. Les giles de matériaux onl été préalabletnent indcnlifiés dans les formalions geològiques du substratum á l'affleurement Un Irait maténslise la diffusion de la matière première depuis sa source jusqu'à l'emplacement de sa découverte archcologique. Ce mode de représentation graphique de l'approvisionnement par la méthode du plus court trajet linéaire est le plus usité. Les números correspondent aux gisements suivants: 1: Tabaterie, Sandougne, La Gonterie (Dordogne); 2: Tabaterie, abri Brouillaud, La Gonterie (Dordogne); 3: Le Roc, Paussac-et-Saint-Vivien (Dordogne); 4: Fonseigner, Bourdeilles (Dordogne); 5: Les Festons, Bramóme (Dordogne); 6: Coursac (Dordogne); 7: Le Moustier, abri inférieur (Dordogne); 8; Le Dau, Saint-André-d'Allas (Dordogne); 9: grotte Vaufrey, cénac-ct-Saint-Julien (Dordogne), d'après Geneste, 1985: 501. 7
acceder à la matière premiare. Ainsi, une roche qui n'est plus à l'affleurement, implique la recherche de paléoaffleurements, ou bien une explotation souterraine. Le dérochage d'un banc de silex, au sein d'une roche calcaire compacte, ne représente pas le méme type d'investissement que la collecte de rognons ou de galets, dans une coulée de solifluxion ou une plage, etc. L'état de la roche brute sera confronté à la nature exacte des données regionales, afín de préciser un certain nombre de enteres reflétant les conditions d'accès aux matériaux employés. Les plus significatifs seront determinés en fonction d'une problématique spécifique au site, à son environnement et à la nature des ressources. Le type d'extraction est important à prendre en compte (surface, puits, mines, etc.) et à examiner, en fonction des característiques du matériau évoquées plus haut. Característiques de la matière premiére. - Morphologie: la nature de l'affleurement et sa morphologie (banc continu, dalles, rognons lisses ou anastomosis), le volume des blocs, etc. sont à prendre en compte dans l'examen des modalités d'aequisition et de transport choisies en fonction des contraintes imposées par Penvironnement. - Le volume des elements naturels peut imposer une fragmentation sur place par des procedes parfois complexes: problemes des bancs continus. Dans d'autres cas, celui des coulées de silex gélifractés, par exemple, c'est l'inverse: la matière premiére est toujours présente sous forme de fragments hétérogènes. - Qualité: la qualité de la matière premiére peut constituer une contrainte dans les cas de médiocrité ou d'hétérogéneité généralisée, en interdisant parfois, ou en restreignant l'utilisation de procedes et méthodes spécifíques à une production déterminée. Le determinisme imposé par la qualité de la matière premiére n'est pas le mème pour tous les systèmes technologiques de production. Aussi, malgré le fait qu'il soit beaucoup plus performant et aisé sur d'excellents silex de la craie que sur des roches grenues, par exemple, lae débitage Levallois est attesté sur tous types de silex, mais aussi sur calcaire, basalte, gres, quartzite et mème quartz fílonien. Par contre, la retouche à la pression rencontrera des limites dans des textures trop hétérogènes par exemple. Ces enteres de qualité, de morphologie et de volume ont pu constituer des opportunités ou des contraintes dont les groupes humains ont su tirer partí en y adaptant leurs stratégies de fabrícation. Certains groupes acheuléens ont, par exemple, su tirer partí de l'exploitation de blocs de silex gélifractés, dans les colluvions et alientes de bas de versants, en adaptant leur outillage à la morphologie de certains congélifracts. Tres tot, dans le processus d'identification de l'objectif final d'une production lithique, les hommes ont adopté des choix qui doivent ètre décelés dès les etapes de l'accès à la matière premiére. Pour ces raisons, une analyse, la plus détaillée possible, des conditions de gites et des éventuelles options d'aequisition doit ètre tentée par la technologie, puis confortée de maniere interdisciplinaire. Modes d'exploitation. Si la méthode d'analyse préconisée plus haut peut ètre appliquée à tous les matériaux d'un ensemble lithique, une étude plus precise des méthodes d'exploitation ne peut avoir lieu que par l'étude archéologique des gites eux-mèmes. En complement utile des données accessibles de maniere indirecte sur les approvisionnements qui ont été diffusés à distance, les gites eux-mèmes et leurs environs recèlent parfois des témoignages technologiques directs des modes d'exploitation archéologiques des matières premieres. Ces vestiges technologiques sont souvent à mettre en relation complémentaire les uns avec les autres. C'est S
le caractère parfois extrèmement ténu des seríes archéologiques qui y sont abandonnées qui tend à faire négliger ce type de site d'exploitation des matières premieres par les archéologues, notamment pour les períodes paléolithiques. Les ensembles archéologiques y sont monòtones, tres spécifíques et essentiellement d'ordre technologique, les outillages en sont pratiquement absents et les déchets constituent l'essentiel du matériel sur des superficies parfois immenses. Là sont pourtant les réponses à bien des comportements observes dans les sites d'habitats plus prestigieux... Diffusion de la matière première et circulation des groupes humains Diffusion de la matière première: analyse quantitative Méthodes d'analvse de la distribution spatiale de la matière première: C'est par rapport à l'ensemble lithique global, constitué de tous les types de matières premieres que l'on exprime la fréquence d'une matière première: le sílex calcédonieux tertiaire représente 20 % des matières premieres exploitées... II faut toutefois mentionner que, selon le type de quantification utilisé, le resultat peut ètre différent d'un point de vue comparatif. Ainsi, souvent, l'expression numérique peut ètre inversement proportionnelle à l'expression pondérale, comme le prouve l'exemple de la figure 3. En fonction de ce problème, il est nécessaire de préciser la nature des données utilisées et et, soit employer toujours le mème mode d'expression dans une démarche, soit fournir les deux modes d'expression, ce qui est préférable, car ils sont complémentaires. Le nombre d'artefacts correspond mieux à un niveau fonctionnel et à la finalité d'une production, car un objet correspond à un outil, alors que l'expression pondérale est inutilisable si l'on ignore le poids moyen d'un artefact (ce qui rend la communication complexe si l'on veut ètre précis!). Seúl intérèt de l'expression pondérale, elle exprime parfois mieux la réalité volumétrique de la production lithique. Certains auteurs utilisent préférentiellement des données numèriques (Demars, 1982; Morala. 1980) alors que d'autres exploitent plutót des données pondérales (Chadelle, 1983). Malgré cela, les deux modes d'expression se completem utilement: dans la figure 3, il est evident que la matière première de la première colonne de gauche correspond à des objets volumineux mais peu nombreux (en effet, il s'agit de galets de quartz exploités) alors que la deuxième colonne correspond à un débitage d'assez petits nodules (sílex noir du Sénonien). Les modes de distribution spatiale de la matière première: L'investigation quantitative des modes de distribution spatiale d'une matière première, depuis sa source en direction des lieux d'utilisation, a fait l'objet de nombreuses approches assez détaillées (Earle et Ericson, 1977; Ericson et Earle, 1982; Renfrew, 1977) mais, dans la plupart des cas, appliquées a l'étude des échanges plutót qu'à l'acquisition directe en contexte paléolithique par exemple. Plusieurs types de courbes ont été décríts et modélisés. En effet, l'expression graphique et mathématique de la distribution des matières premieres dans 1'espace est conforme a un modele tres general, bien connu des géographes: la fréquence de rencontre d'un produit ou d'un évènement diminue avec la distance depuis sa source. En 1968, alors qu'il travaillait sur des documents concernant l'obsidienne du Proche-Orient, Renfrew (Renfrew et al., 1968) observa qu'une relation approximativement lirtéaire était obtenue en corrélant le pourcentage d'obsidiennesdans l'ensemble lithique global, sur une échelle logaríthmique à la distance de sa source, sur une échelle linéaire, ce qui implique une diminution exponentielle (Fig. 4-A). 9
couche IV couche V couche VI 'couche Vil couche VIII 9 / 9 0 20 km / i_ . 1 /7 Fíg. 7 - Origines lilhostraligraphique el spatíale des aources de matéríaux exploitées par les Mouatériena de la grotte Vaufrey. Les cercles concèntriques corresponden! à des zones d'exptoítation différenticlle des matières premieres. Les approviaionnementa aont a peu prea identiquea et reflètent lea potentialités environnementales de la región, illustrant la notion de specificite" fonctionnelle dea emplacementa au sein des terrítoirea de subsisunce. D'après Geneate, a paraïtre (2). 16
La chaine opératoire est un processus irreversible, d'oü son intérét méthodologique. Chaqué étape, dans la chaine opératoire, se situé par rapport à l'étape precedente et conditionne, a son tour, la suite du processus, d'oü l'idée de chaine. De là, une notion de prédétermination, introduite dans le processus deréalisation technique, si utile en archéologie, parce que définissant un ordre irreversible, une hiérarchie et une ordonnance dans le temps d'actions humaines passées. On comprend, des lors, son intérét dans l'approvisionnement et la diffusion spatiale de la technologie lithique. Un seul ou plusieurs types de chaines opératoires peuvent regir le mode de transformation de la matière, en fonction de la finalité fonctionnelle de la production, c'est-à-dire l'objectif des tailleurs. La finalité d'une chaine opératoire résidant à la fois dans la nature et la quantité de l'outillage lithique produit, la production peut done s'entendre en termes d'outil fini (exemple: production de bifaces) ou en termes de support d'outil (exemple: production de lames). Ce schéma de lecture stríct permet d'accéder à la distríbution spatiale d'activités technologiques, chronologiquement situées les unes par rapport aux autres et de suivre dans l'espace, l'organisation et le déroulement d'une chaine opératoire. II est ainsi concevable de reunir, à travers l'espace, des assemblages lithiques et des productions à leurs sources éloignées (Chadelle 1983; Ceneste 1985; Pélegrin 1986; Perles 1979, 1981, 1985; Tixier et al. 1980). Si l'approvisionnement releve plutdt des techniques d'acquisition, il n'en demeure pas moins que sa transformation technoiogíque et sa diffusion ultérieure en conditionnent l'interprétation, puisqu'elles exprimen! une finalité fonctionnelle et spatiale. Une étude de l'approvisionnement limitée aux seuls aspeets de l'acquisition de la matière première est réductrice et autorise mal l'accès à l'économie de la matière première et a ses implications technologiques et fonctionnelles. Modalités technologiques de l'acquisition et de la diffusion des matières premieres: La plupart des exemples qui suivent sont empruntés au Paléolithique moyen et supérieur d'Aquitaine septentrionale. Dans les períodes anciennes, comme le Paléolithique moyen, on observe de maniere immuable que la quantité de ñutieres premieres déplacées varíe tres rapidement avec la distance. Ainsi, 70 à 99 % des matériaux proviennent de l'environnement local (quelques kilomètres), les autres types provenant de sources distantes de, parfois, 100 km. Si la distance a tres vite conditionne la capacité de transport des hommes, il semble aussi que ce facteur contraignant ait contribué à l'adoption précoce de stratégies spécifiques d'introduction des matières premieres dans les sites (Fig. 3 et 9). Si l'on examine la structure technoiogíque de chacun des ensembles lithiques d'origine différente, identi fiés dans un territoire d'approvisionnement et que l'on en reconstitue la chaine opératoire, il apparait que cette structure varíe elle aussi avec la distance de la source. En conséquence, une adaptation technoiogíque est bien liée à la distance et à l'abondance de l'approvisionnement. Le territoire global d'approvisionnement en matériaux lithiques, qui est determinable pour chaqué ensemble lithique archéologique, peut ¿tre subdivisé en plusieurs espaces (fig. 9), selon la nature tecbnologique des matériaux qui en proviennent (intensité de l'acquisition et structure technoiogíque de la chaine opératoire de la production représentée: figure 10) et selon I'intensité de l'exploitation et de la consommatíon effective des produits (fig. 11). 17
Hg. 8 - Viríabililé des tcrrítoirei d'approvisionnemcnt et de diffusion des malières premieres lithiques dans le Moustéríen d'Aquilaine septentríonale. Légcnde des gisemcnls idcniique à la figure 2. 18
Hg. 9 - Structure du territoirc d'approvisionnementet de diffusion des ñutieres premieres lithiques de l'occupationdu niveau D supéríeur du Mousténen de Tradition Acheuléenne de Fonseigner. Les cercles concèntriques correspondent à une zonatíon ¿conomique du milieu, sous-tendue par des modes de fréquentation de Fespace et des exploitations des matériaux diiTérentt. 19
Implications econòmiques. Modes d'exploitation des ressources: une zonation économique du milieu de subsistance (Geneste 1988). - La zone proche des sites (0 à 5 km.): une fréquentation maximale de l'espace. Les matériaux qui proviennent de quelques kilomètres des sites, seulement, ont parfois été l'objet d'un stockage intentionnel, comme à la grotte Vaufrey dans la couche VIII (moustéríen rissien). Dans ce cas, la totalité du processus de débitage a lieu dans l'habitat, ainsi que l'attestent plusieurs remontages lithiques. Les produits de la mise en forme des blocs, ainsi que tout le cortège des déchets de débitage, sont presents. Le taux de transformation en outils est de 1 à 5 % máximum (Fig. 12). Le rendement est done faible mais il est adapté à un certain coút de transport: de grosses quantites sont transportées sur de courtes distances (Fig. 11). Alors, Is activités technologiques de débitage sont organisées dans le site en fonction des ressources disponibles dans l'environnement immediat du lieu de résidence. De semblables observations ont été faites dans d'autres regions, à propos des activités technologiques des Néandertaliens. Ainsi, A. Tavoso, après avoir demontre l'existence de plusieurs modes de gisement des assemblages lithiques moustériens en Languedoc, observe que l'essentiel des roches utilisées provient d'un secteur de 10 à 20 km. qui était freqüentment parcouru par les hommes (Tavoso, 1984). Dans les niveaux moustériens de type Quina du gisement de Marillac en Charente, L. Meignen observe que 80 à 92 % des silex proviennent du proche environnement et qu'ils ont supporté entre 20 et 22 % de l'outillage retouché (Meignen, 1988). Dans une sèrie de gisements moustériens de plein air du sud de la Dordogne et du Lot-et-Garonne, A. Turq a pu mettre en évidence un comportement analogue (Turq, 1989). Cette possible organisation économique de l'approvisionnement serait i rapprocher d'un modèle ethnoarchéologique proposé par L. Binford, pour des groupes de chasseurs-collecteurs dont la morphologie sociale varíe selon l'état des ressources au cours de l'année (Binford, 1982). L'espace ainsi défíni pouvait ètre fréquenté tres régulièrement pour la collecte de ces ressources naturelles et ètre ainsi l'objet d'allers et retours lors des activités de subsistance. - La zone la plus éloignée du site (30 à 80 km.): une fréquentation occasionnelle. Les matériaux les plus rares proviennent sporadiquement des sources les plus périphériques des territoires. Leur exploitation n'est attestée que par l'abandon de quelques dizaines ou centaines d'objets seulement pour les ensembles lithiques les plus volumineux. Le mode d'introduction de ces objets est tres spéciñque: les chaínes opératoires ne sont jamáis représentées que par leur stade terminal ou par des produits bruts isolés. Parfois, ce ne sont que des outils retouchés sur des produits de plein débitage. Les nucleus sont toujours absents (Fig. 11 B). La consommation de la matière première est toujours plus élevée dans ces cas. Elle atteint 75 à 100 % (Fig. 12). Le róle fonctionnel de ces objets est souvent tres affirmé; ils sont parvenus à un stade avancé de ravivage. Ce phénomène, assez evident en Périgord (Chadelle, 1983; Rigaud, 1982), a été retrouvé plus au sud dans les sites moustériens de l'Agenais, notamment dans le Moustéríen de Tradition Acheuléenne du gisement de La Plane (Turq, 1989). - Une zone de passage intermédiaire diversement fréquentée (5 à 20 km.). Les matières premieres exploitées sur les sources situées dans une zone comprise entre 5 et 20 km. sont représentées dans les sites sous forme de chaines opératoires tres discontinues. On y observe 20
ACQUISITION Pitase Type ¿E PRODUCTION Sui" Ï5|Í 3u<o t/i u _i fi T A G E RESIDUS - MJCLEUS 4 19 i 7II » ho ti[i;|i3ltt|t 33* COMSOMMATION 3 22T23 Fia. 10 - Rappel de la structure analytique et du phaeage d'une chaine opératoire de production d'un outillage lithique. La numération dea typea renvoi à une líate de deacripteura technologiquea (Geneate 1985: 250). une distorsión technologique due à l'absence des l'autre au-delà de 25 km. (Fig. 9 à 12). nucléus et des déchets des phases de préparation du débitage, ainsi que par un excés occasionnel de produïts retouchés. Ces assemblages particuliers révèleraient des choix variables selon les besoins. La transformation des produïts en outillage retouché est de l'ordre de 20 % la plupart du temps. Dans certains cas, les blocs auraient été préalablement mis en forme avant leur transport, (fig. 1 lb). Stratégies d'exploitation ou état opportuniste?: L'hypothèse de l'existence d'une démarche consciente que l'on pourrait rapporter à celle d'un concept économique d'exploitation des ñutieres premieres peut ètre soutenue gràce à l'observation de plusieurs niveaux de prédétermination technologique qui se completem et se renforcent tout au long d'une chaine opératoire de débitage. Dans certains sites, l'exploitation sélective de sources diversement éloignées permet de distinguer des espaces plus exploités ou plus freqüentés que d'autres. Cette situation est evidente dans la couche VII de la grotte Vaufrey oü les matières premieres semblent provenir de deux zones: l'une située jusqu'à 6 Icm. de l'habitat, La plupart du temps, l'environnement apparait divisé en deux zones d'inégales valeurs. Un espace domestique élargi, contigu 1 l'habitat et un espace parcouru qui peut, lui-mème, ètre subdivisé entre l'espace intermédiaire ou voisin, fréquenté pour des motifs variés et l'espace éloigné rarement fréquenté. Dans l'espace voisin, les modes d'exploitation peuvent ètre de deux types: l'un adapté à un transport long et une découverte occasionnelle, l'autre adapté à une collecte volontaire, avec des possibilités de sélection technologique de la matière première. La fragmentaron dans l'espace des etapes de la chaine opératoire ne serait qu'une démarche visant à reduiré le coüt énergétique du transport de la matière première. Interprétation économiaue des stratégies d'approvisionnement: Coflt de la production lithique: Des comportements technologiques relevant d'une réelle conception économique de la gestión de la matière première et de la production de l'outillage lithique semblent done pouvoir ètre mis en évidence. II convient d'interpréter ces resultats dans le cadre spatial que lui confère ce type d'étude. 21
WURM Fonseigner E i; n . -D » . a> 1 '"• W 5 . T^^^^^^^ Ua «. _ {•: ;: Pkise T^^^^^^^ Ib 1 ¡C 3 Typ« ;] : ,|. . , • . ,'t itltilalulwlwfcl·li·labi ala i 50 £ '» i s »• 1 -o 1 lO M - 1 ai •a 1 «- -0) J O u M Ptau ib 2c I ijp« ;i,i.i.i.i.i.M.ui. 'I|'Í|I)|M|B1»|IT »|»|II|II n\n A o. PtliS! iiiil·i.i.i'i'R· «*>." fe ) Fig. 11 -Influence de la distance d'approvisionnement sur les modalités technologiques de déplacement de la production lithique. La vanabilité des chaines opératoires représentées dans les sites est direclement liée au coút de l'acquisition de la matière première, lui-mème en relation avec le mode de fréquentation de l'espace. Les palliers de 5 et 15 km. sont régulièrement attestés comme limites spatiales dès le Paléolithique moyen. D'après Geneste, & paraitre (1). 22
En effet, selon le point d'observation ou d'enregistrement d'une production lithique qui s'étale dans l'espace sur une certaine durée, une distorsión certaine apparait dans la représentation d'une mème chaine opératoire. Cette distorsión est exprimée principalement par les paràmetres suivants: - le degré d'élaboration technologique d'un ensemble de produits lithiques, c'est-à-dire sa complexité, exprimée par la place des produits dans une chaine opératoire, - l'intensité de la production: son abondance, sa fréquence, son volume, son nombre d'artefacts, - l'ampleur de la diffusion spatiale: distance par rapport à la source de matière première de l'emplacement oü est observé l'ensemble lithique. La combinaison de ees différents facteurs met en évidence un phénomène qui est, lui-mème, un corollaire technologique et économique du principe general de diffusion d'un produit. En effet, la conception économique de la diffusion des matières premieres et de la production lithique qu'elles alimentent et que leur est associée apparait toujours comme une fonction de la distance, mais adaptée au coút de son aequisition d'une part, et à la nature des besoins d'autre part. Deux notions entrent en compte: la mobilité de la résidence inherente aux groupes concernes et la nécessité d'une conception anticipée des besoins qui en découlent. Schématiquement, le rdle des paràmetres evoqués plus haut, dans la variabilité d'un ensemble lithique, du point de vue de son approvisonnement et de sa structure technologique, est exprimé dans la figure 13. II ne s'agit là que d'une expression forcément réductrice d'un phénomène beaucoup plus complexe mais qui peut ètre analysé de maniere dynamique et systémique par ces trois types de paràmetres, technologiques et spatiaux. Ainsi, en terme de coút énergétique, le meilleur rendement est toujours obtenu en ne transportant que des produits elaborés et à haut degré de prédétermination. Par conseqüent, en fonction du coút de l'acquisitionet du transport de la matière première, la représentation technologique d'une production lithique subit une distorsión. Celle-ci se traduit toujours par une surepréntation des stades terminaux d'une phase opératoire, proportionnelle à l'augmentation de la distance de diffusion. Ce comportement s'observe tres tót au Paléolithique; il est d'abord spontané dans son application. Ce n'est que plus tard, vers le milieu du Paléolithique moyen, que la variabilité des comportements technologiques offre matière à la distinction de réelles stratégies. Les tendances evolutives finales qui régissent la productivité d'un système tendent à sélectionner des solutions susceptibles d'améliorer l'ensemble de ses divers aspeets (aequisition, production, consommation, coút, besoins, transport...) et done sa productivité et son rendement. Cette tendance à équilibrer les coüts que l'on peut qualifier d'économie de la production lithique s'observe, soit dans un mème ensemble lithique, entre les différentes sources de matière première, soit entre différents ensembles lithiques, repartís dans l'espace mais provenant d'une mème source de matières premieres. Implications econòmiques et structures des sociétés: Emplacements stratégiques et spécificité fonctionnelle des sites: Sans entrer dans le debat concemant la signification culturelle, technique ou fonctionnelle des assemblages lithiques, il est néanmoins evident que leur structure technologique peut indiquer des faciès 23
PALEOLITHIQUE SUPERIEUR ANCIEN MOUSTERIEN WURM1EN Fig. 12 -La consommation ou utilisation dei supports (pourcenuge de aupports retouchés) par npport au coút de rapproviaionnemcnt (¿loïgnemcnt de la source) montre une étroite idaptation des besoina au coút de la production. Traït plein maigre: pourcenUges de chacuen des diferentes source» conatituant un enaemble lithique. Traït plein gras: pourcenuge des produïu retouchés pour chaqué source de matière première pour la mime sèrie d'enaembles lithjques. D'après Geneate, i paraítre (2). 24
fonctionnels spéciñques. Ainsi, les chaínes opératoires completes (Fig. lla et 13a) peuvent correspondre à des activités d'acquisition et de production. Les premieres, seules, se traduisent par des bistogrammes tres spéciñques, avec laphase 0 bien representés, puis seulement le debut de la phase 1: ces faciès d'acquisition correspondent aux sites d'extraction, en general, implantes sur des gites de matières premieres. Les chaínes opératoires qui montrent un desequilibre entre la production et la consommation en faveur de la seconde, correspondent à des faciès de consommation d'outillage (Fig. 11c et 13c). Ceux-ci sont généralement découverts à une certaine distance des sources, sinon loin d'elles. Divers faciès intermédiaires correspondent à des activités mixtes ou complexes oü production proprement díte et consommation ont eu lieu dans des proportions diverses et i des distances généralement voisines (Fig. 11b et 13b), en tous cas, pas tres éloignées des sources (Geneste, 1985). Cette complementante technologique intersite correspond bien au méme modele que celui de la diffusion spatiale des matières premieres et de leur production. De tels sites, aux activités technologiques spécialisées, dont la finalité fonctionnelle ne peut erre déduite que d'une démarche interdisciplinaire, sont mis en évidence des le Paléolithique inférieur et moyen mais sont surtout bien reconnus au cours du Paléolithique supérieur (Bordes et Sonneville-Bordes. 1970; Kozlowski, 1981). Directement lies à l'étude des données technologiques relatives à l'approvisionnement et à ses conséquences spatiales, plusieurs domaines sont susceptibles d'interférer, soit en foumissant des données complementares, soit au contraire en utilisant des elements d'investigations dans leur propre champ. Ces domaines sont bríèvement rappelés: - Mobilité de la résidence. Elle est sous-jacente aux contraintes de l'approvisionnement, à sa diffusion mais, surtout, elle peut étre réévaluée fructueusement de maniere dynamique en utilisant l'apport de l'appoche économique, spatiale et la complementante fonctionnelle intersite dans l'espace regional (technologique, typologique, fonctionnelle, subsistance, échanges). - Modes d'explotation du milieu. Les stratégies de subsistance en fonction des milieux, des technologies et des déplacements peuvent ètre apprénendées sur les bases des modes de fréquentation de l'espace. Nous avons déjà évoqué, plus haut, cet aspect de la zonation économique du milieu qui nous fait assujettir tres fortement les modes d'acquisition des ressources lithiques à ceux de la subsistance en general (charognage, cueillette, activités organisées). La discussion de ces aspeets relève d'un champ beaucoup plus vaste que celui de la technologie lithique, bien que celle-ci soit encoré, pour ce domaine, d'un apport irremplaçable, du fait de son caractère concret (Bahn, 1983; Binford, 1982; Gamble, 1986; Larick, 1983; Villa, 1981). - Organisation spatiale intrasite. La distribution des vestiges lithiques de l'approvisionnement, au sein mème de l'espace domestique des habitats, permet de mettre en évidence des elements d'organisation spatiale des activités technologiques. Ce type d'approche, s'il est maintenant devenu courant au Paléolithique supérieur (Leroi-Gourhan et Brézillon, 1965), est encoré plus prometteur pour le Paléolithique inférieur et moyen (Rigaud et Geneste 1988). Anticipation des besoins: L'adoption de stratégies qui visent à rentabiliser la consommation par rapport au coflt de la production, au-delà de l'espace domestique jusque dans un espace regional vaste et a travers un temps de déplacement assez long, peut ¿tre consideré comme le témoin de l'émergence d'une réelle conception anticipée des besoins. L'existence de stocks de 25
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