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L'antiquité tardive se continuant dans un monde médiéval. Un exemple: le Palais de Dioclétien à Split

Marín, Emilio

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Marín, Emilio

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L'ANTIQuITÉ TARDIVE SE CONTINUANT DAMS UN MONDE MEDIEVAL. UN EXEMPLE: LE PALAIS DE DIOCLETIEN A SPLIT Emilio Marin La ville de Split a eu la chance de trouver son berceau dans la résidence de Dioclétien' dans un site particuliirement favorable de 1'Adriatique centrale. Le Palais, dont la construction fut commencée P la fin du 1116 siicle et terminée au début du Ive, a subi de changements par raport h son état primitif. En forme de quadrilatire irrégulier, le Palais est entouré de murs massifs qui, h cause de la déclivité du terrain sont plus haurs au sud qu'au nord. L'une de deux voies principales de comunication relie la porte orientalc du Palais P I'occidentale et I'autre va de la porte septentrionale au Pérystyle, d'oc on descend dans la partie souterraine. Dans la partie sud se trouve le Mausolée de Dioclétien, le Temple, le Péristyle et les appartaments privés de llEmpereur, dont la disposition et la forme nous sont maintenant connues grke P celles qui y correspondent dans les substructions du Palais et griice les resultats des investigations archéo- - logiques récentes. Le Palais, dont 1'Empereur n'allait pas jouir tris longtemps, devint une agglomération typique de Basse Antiquité et Iégua ainsi P I'histoire un héritage antique. Dans des conditions essentiellement différentes, dues 2 I'arrivée de peuples nouveaux, surtout apris la chute de Salone 1 F. BULIC. LJ. KARAMAN. alal la cara Dioklec~ana u Splitu, Zagreb, 1927; F. BULE. LJ. KARAMAN. Kaiser Diokletians Palast in Split, Zagreb, 1929; J. MARASOVIC. T. MARASOVIC. ~ioklectjanovapala&, Zagreb, 1968; J. MARASOVIC. T. MARASOVIC. SH. MCNALLY.~. WILKES. Diocletian 'J Palace, Report on Joint Excavations in Southeast Quarter I, Split, 1972; SH. MCNALLY. J. MARASOVIC. T. MARASOVIC. Diocletian i Palace, Report on Joint Excavations 11, Split. 1976; N. DUVAL, nLa place de Split dans I'architecture aulique du BasEmpires. Urbs 4. 1961-1962, Split. 1065. 67 sqq. -la métropoledans la seconde décennie du VII? s., la ville i I'intérieur du Palais continue 3. vivre dans une vision vague et incertaine du futur, voilée, de plus, par la connaissance des changements considérables qui sont apparus dans la société et I'espace environnants2. Les nouveaux venus qui s'installent i la périphérie de la Salone abandonnée, trouvent devant eux un imposant Palais, dans lequel avaient dEj3. cherché asile les plus proches voisins établis autour des remparts, ainsi que certains habitants de Salone et, en général, de la région salonitaine3. I1 est certain que, mkme auparavant, ils avaient commencé i pénétrer dans ce vaste ensemble, abandonnant la métropole en décadence. L'ancienne population maintenant concentrée 3. I'intérieur du Palais de Dioclétien -population qui s'était familiarisée avec le cosmopolitisme antiquene pouvait sans doute se permettre de rester longtemps isolée entre des murailles. Ayant surmonté les premiers conflits réciproques et I'inconnu -ce qui, malheureusement nous est resti caché par le secret historique durant presque deux siklesla population du palais et les Croates environnants ont commencé pour des siscles une vie complexe, creant ainsi une culture autant croate qu'internationale, au sens propre du mot. La totalité d'une vie d'Antiquité tardive et la structure meme du tissu du palais4 en furent la base et I'héritage; d'une certaine facon, cette structure a, dans ses principales dispositions, continu6 dans I'histoire du haut Moyen ge et, en général, de celle du Split médiéval', formant ainsi le gage de la prospérité intérieure de sa ville. Cet ensemble fut ainsi la raison principale de I'acheminement continu des Croates vers ce Palais, depuis le début de leur histoire en Adriatique centrale, déterminant une cohabitation permanente de différentes structures d'abord sociales -car elles se sentaient davantage et étaient plus essentiellespuis ethniques, sur cet espace. 2 CF. E. MARIN. Kasnoantirki kontinuitet u srednjovjekovnom SplitulRiassunto: La tradizione dell'Antichit2 tarda nello Spalato medievalel, Latina et Graeca V, Zagreb. 1975. 21 sqq; T. MARASOVIC. <<La vivienda altomedieval en Spalato,, Boletin del Serninano de Estudios de Arte y Arqueología XXXI, Valladolid, 1965; SH. MCNALLY, aDiocletian's Palace: Split in the Middle Agesn, Archaeology, October 1975, Vol. 28, no 4, 248 sqq. 3 Z. VINSKI. %Les autochtones de la Basse Antiquité dans la région salonitaine d'apres I'héritage archéologique du substratum anteslavu. Diputatzones Salonitanae 1970. Split. 1975, 102 sqq. * LJ. KARAMAN. Opo~ecima srednjevjekounog Splita do godine 800, Serta Hoffilleriana. Zagreb, 1940, p. 420. 5 Cf. E. MARIN. O. c. -126- La chance de I'histoire croate du point de vue culturel a été dans le fait que cette cité antique se soit conservée parmi quelques autres%ien que ces villes aient toujours constitué un probleme pour la politique croate. Par bonheur, dans cette ville romane allait continuer la tradition chrétienne de la Basse Antiquité qui, plus tard, et dans de nouvelles conditions sociales, serait toujours intelligemment maintenue7. Dans une symbiose romano-slave cette ville devenait de plus en plus croate; i1 n'est donc pas étonnant que la Renaissance croate y soit née et que ccle pere de la littérature croaten -Marulusy ait vu le jour8. Si la culture ne connait pas de frontiires politiques, alors Split, tout en étant un corps longtemps étranger, dans le sens politique, 2 1'Etat croate, a, malgré tout, joué un r81e important dans celle de ce pays. Et la grandeur d'une nation est dans I'acceptation des plus hautes valeurs culturelles de son prédécesseur comme de celles du participant 2 son propre destin. A Le rapport de vie entre I'architecture du Palais -en tant qu'oeuvre artistiqueet de ses habitants est un facteur tres important dans la formation de la ville de Split. Une oeuvre artistique est d'autant plus grande que dure plus longtemps sa réalisation dans la vie. C'est pourquoi, bien qu'étant un produit de suppositions sociales et personnelles concretes, elle n'a pas uniquement le caractere d'un fait historique si elle vit dans l'espace et le temps. Par son existence meme, elle crée et enjambe des époques. L'architecture, mieux, I'art de construire une ville comme I'une des créations artistiques, se réalise peut-@tre le plus clairement possible par 12, précisément dans la vie quotidienne des citadins. La signification du Palais de Dioclétien est donc plus grande, car sa vie a dépassé les frontieres de I'Antiquité tardive et s'est continuellement réalisée dans une rencontre avec un nouveau monde médiéval. La cité dans le Palais portait en soi une tradition permanente dans les éléments essentiels de son espace. Dans une certaine mesure, chaque oeuvre humaine s'inttgre dans le cercle culturel de son histoire. En conséquence, elle est, vue dans son en- "F. C. JIKE~EK. Die Romanen in den Stadten Dalmatiens wahrend des Mittelahers, Wicn I. 1901, 11. 1903, 111. 1904. 7 E. DYGGVE. Hiho? of Salonitan Christianity, Oslo. 1951, 125 sqq; N. CAMBI. cThe cult of the Blessed Virgin Mary at Salona and Split from the fourth till the eleventh century in the light of archaelogical evidence~. Acta congr. Mariologici - Mananiintern. <De Cultu Mariano Saeculis VI-XIu, Vol. V, Romae, 1972, p. 60, 70 sq. 8 Cf. E. MAKIN. <<Od antike do Marulica (MatuliCcv rukopis o solinskim natpisima),,, I Summary: From Antiquity to Marulusl. Ziua antika - Antiquité Vivante XXVlII I, Skopl- ]e. 1977. 205 sqq. semble, également présente dans chaque création nouvelle, avec unc quantité et une qualité definies de substance propre. De cette fason, au cours d'un long processus, se déroule l'histoire artistique dans une suite infinie de traditions et de créations. Le Palais-ville de fason P oublier ce qu'il fallait oublier et P garder ce qui était essentiel, étant un foyer oi3 i1 fallait pouvoir respirer. I1 a conservé la conception essentielle de I'aire fondamentale dont la conditio sine que non est la continuité de la population. Non pas dans un sens d'exclusivité mais dans une coopération permanente des Croates -nouvellement installésP la réalisation de la suite de traditions er de créations ci-dessus mentionnées. Par la symbiose romano-slave9 se transmettait vraiment aux Croates cette continuité de population, comme notion, et cette conception d'habitat, comme fait. Ainsi, 2 notre avis, les Croates, devenant les nouveaux habitants du Split mEdiéval, se trouvirent ttre les porteurs de sa continuité de 1'Antiquité tardive. Cependant, le Split médiéval avait un intértt certain P souligner continuellement son héritage antique. Dans tout ceci, dirions-nous, existe la substance de I'événement historique autour de I'ancien Palais de Di~clétien'~. Dans le Palais mtme, le patrimoine a été plus rigoureusement conservi que ce I'on pense généralement, surtout au début du Moyen Age. Ce n'est que plus tard, logiquement, par un manque d'espace de plus en plus grand, qu'ont été effec.tuées des interventions dans le tissu du Palais-ville. I1 n'y a donc pas eu, dans le Palais, de rupture brutale P la limite ccclassique~ de 1'Antiquité et du haut Moyen Wge. Mtme plus tard a existé un ordre communal, ont existé des normes de construction. La ville a protégé, dans son statut", les principes vitaux de communications, de collectivité, d'esthétique12 et de tradition13. Elle a mtme cherché P diriger sa vie dans ce sens. 9 D. B~ozovlc. Doseljenje Slauena i njihoui dodirisa starosjediocima u sujetlu linguisti:- Lih istra$iuanja, Akademija Bosne i Hercegovine, Posebna izdanja XII. Centar za balkanologka ispitivanja 4, Sarajevo, 1969, 129 sqq; P. SKOK. Pojaue uu/garno-latinskogajezika nu nat;bisima n'mshe prouincije Dalmaczje, Zagreb, 191 5, p. 10; M.G. BARTOLI. Das Dalmatische I, 11, Schriften der Balkankomm., Wien, 1906; R. KATICIC, Opseg pouzjesti hruatskog jezika, Hruatshi znanstueni zbornik 1, 197 1, p. 4 1; V. NOVAK. P. SKOK. Supetarski Lartular, Zagreb 1952. pp. 235, 257, 259, 261, 267, 279 sq. 10 Cf. A.P. VLASTO. The Entry of the Slaus into Chnstendom, An Introduction to the Medieval Histoq of the Slaus, Cambridge, 1970, 187 sqq; G. NOVAK. Pouzjest Splita I, Split, 1957; N. KLAIC. Pouzjert Hruata u ranom srednjem uijeku, Zagreb. 197 1. " J.J. HANEL, Statuta et leges ciuitatis Spalati, Zagrabiae, 1878. 12 Statuta, p. 15, c. 18: xItem statutum et ordinatum est, quod nullus presumat accipere lapides alicuius ecclesiae, aptos ad murandum, uel ad laborerium faciendumu. Statzita, L'Antiqaité tardive se continaant dans un monde médiéval: Mausolie de Dioclétien, cathédrale da Split médiéval: Nous pouvons dire, pour terminer, que, du point de vue sociologique, i1 n'y a pas eu de grand bond depuis le Palais du Bas-Empire -dans sa phase terminalejusqu'ii la ville de Split du haut Moyen Age. p. 172, c. 80: altem statutum et ord~inatum est, quod nullus presurnat rumpere murum ciuitatis Spalati, uel palatij communis. Et qui contra fecerit, puniatur in centum libris et claudat suis expensis dictum murum sicut ante fuerat. Et potestas et curia dicte ciuitatis non possit alicui dare licentiam contra formam presentis statuti. Et nulli sit licitum aperire portam uel fenestram dicte ciuitatis~. Statuta, p. 194, c. 1: <(. . . in generali consilio . . . quatuor suprastantes, uidelicet unum suprastantem in quolibet quarteri0 dicte ciuitatis, quorum officium sit aptare et aptari facere uias publicas, fontes et pontes tam in ciuitate quam extra ciuitatem ad expensas illorum, qui ea facere debent secundum formam presentium statutorum.. Statuta, p. 195, c. 4: &em statutum et ordinatum est, quod nullus ponat limitare in uia publica uel aliud, quod uiam impediat~. Statuta, p. 195, c. 6: altern statutum et ordinatum est, quod nullus ponat solarium nec ligna supra uiam publicam, nec projicijat stercora, nec aquam, nec aliud in uiam publicamr. Statuta, p. 196, c. 10: rltem statutum et ordinatum est, quod rector uel iudices, qui pro tempore fuerint, faciant fieri suo tempore hedificia in muro burgi, siue in ciuitate, uel extra ciuitatem et ubicumque opportunum esse uidebitur; cum consilio tamen et expensis communitatis serundum possibilitatem ciuitatis)>. Statuta, p. 197, c. 13. sItem statutum et ordinatum est, quod potestas teneatur ire per ciuitatem et burgum in capite cuiuslibet mensis cum iudicibus et alijs nobilibus ad uidendum, si essent aliqua loca ab aliquo occupata, uel hedificium male positum ita, quod communitas, quod suum est, in se recipiat et male ordinata emendet~. '3 Statuta, p. 3: <<Sciendum est igitt~r, quod ciuitas Spalatina traxit originem a famosa et nobili ciuitate Salona. .. Post destructionem autem Salone principes, comites, barones, milites et alij nobiles dicte ciuitatis Salone in insulis fugientes accesserunt prudentrr ad palatium Spalatinum et ibi postmodum habitauerunt. Ex quibus Salonitanis ciuibus nati sunt Deo auctore successiuis temporibus nobiles Spalatini. Et ideo uero sunt nobiles et uera fama nobilitatis eorum, quum ortum a nobilibus habuerunt, sicut Veneri. Paduani et alij quam plures nobiles habuerunt eorum antiquam originem a Troyanis et alijs nobilibus huius orbisz.