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The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries

Lia Karosanidze

Abstract

    The Georgian terminology work has its own long history but it has not been yet studied thoroughly. The basic principles of the Old terminology work followed by the medieval scholars, namely: deep and thorough knowledge of the main notion denoted by a term to render it properly; avoid the norms which are not natural for the Georgian language; try to learn thoroughly the structures of both languages and make them closer, to determine the rules which those languages follow, find right correspondences and not to make mechanical calques; create the Georgian terms with Georgian roots and Georgian derivative means; give precise and trustful definitions. The theories of the old Georgian translators are actual and important up today.

Full text

doi.org/10.35321/term26-11 Les principes fondamentaux du travail terminologique des traducteurs géorgiens anciens aux Xe–XIe siècles LIA KAROSANIDZE Institut de linguistique Arn. Chikobava à l’Université d’État Ivane Javakhishvili de Tbilissi, Géorgie RÉSUMÉ Le travail terminologique géorgien possède une longue histoire, mais il n’a pas encore été étudié de manière approfondie. Les principes fondamentaux du travail terminologique ancien suivis par les érudits médiévaux étaient les suivants: connaître profondément et minutieusement la notion principale désignée par un terme afin de la rendre correctement; éviter les normes qui ne sont pas naturelles en géorgien; s’efforcer de bien comprendre les structures des deux langues et de les rapprocher, déterminer les règles qui les régissent, trouver les équivalences justes et éviter les calques mécaniques; créer des termes géorgiens à partir de racines géorgiennes et au moyen de procédés dérivationnels géorgiens; fournir des définitions précises et fiables. Les théories des anciens traducteurs géorgiens restent actuelles et importantes jusqu’à aujourd’hui. MOTS-CLÉS: terminologie, anciens traducteurs géorgiens, ancienne terminologie géorgienne, terminologie grammaticale, Denys le Thrace. ANNOTATION L’histoire de la terminologie géorgienne est ancienne, mais elle n’a pas été étudiée de manière approfondie. Les principaux principes de la terminologie ancienne appliqués par les savants médiévaux étaient les suivants: examiner minutieusement l’essence de la notion désignée par un terme afin de pouvoir la rendre correctement; éviter les normes inhabituelles en géorgien; s’efforcer de comprendre le mieux possible les structures des deux langues et de les rapprocher, déterminer les règles propres à ces langues, rechercher des équivalents appropriés et ne pas créer de calques, créer des termes géorgiens à partir de racines géorgiennes et au moyen de procédés dérivationnels géorgiens, et fournir des définitions précises et fiables. Les conceptions théoriques mises en œuvre par les anciens traducteurs géorgiens restent actuelles et importantes aujourd’hui encore. MOTS-CLÉS: terminologie, traducteurs de l’ancien géorgien, ancienne terminologie géorgienne, terminologie grammaticale, Denys le Thrace. 228 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries INTRODUCTION Toute l’histoire de la langue géorgienne, avec son niveau de compétence scientifique et grammaticale, montre que des recherches terminologiques permanentes et ciblées ont toujours été menées. Parallèlement à l’événement historique que fut l’adoption du christianisme comme religion officielle en Géorgie, il devint nécessaire de mener des travaux scientifiques sur la terminologie géorgienne, en même temps que s’imposait l’exigence de traduire habilement la littérature chrétienne dans une langue scientifique appropriée. Le développement de l’alphabétisation et des compétences générales a naturellement rendu nécessaire une lexicographie bien développée, sans laquelle le travail de traduction aurait été impossible. À mesure que le travail de traduction progressait, il devint à son tour nécessaire de résoudre les problèmes liés au développement de recherches terminologiques continues et à la compilation des dictionnaires nécessaires. Les ecclésiastiques géorgiens qui traduisaient dans les monastères avaient reçu leur formation principalement en Grèce. Leur connaissance approfondie de la théologie et leurs compétences en traduction ont permis de produire des traductions de grande qualité et, dans l’ensemble, un travail terminologique de haut niveau. L’étude des méthodes de travail terminologique montre clairement que la méthodologie choisie par les auteurs et les traducteurs géorgiens ne diffère pas du travail terminologique défini par les normes modernes. 1. CENTRES ÉDUCATIFS ET SCIENTIFIQUES DE LA GÉORGIE ANCIENNE Le niveau des travaux scientifiques menés dans un pays dans des domaines tels que la terminologie, la traduction et la lexicographie dépend de la stabilité politique de ce pays et de son aspiration au développement culturel. Tout au long de son histoire, l’éducation a toujours été le principal point de repère. Les rois géorgiens n’ont jamais possédé de palais somptueux, mais force est de constater qu’il existe peu de pays qui aient compté autant de centres éducatifs, à l’intérieur de leurs frontières comme au-delà, que la Géorgie en possédait à cette époque. Dès l’introduction du christianisme, aux Ve–VIe siècles, des écoles élémentaires apparurent en Géorgie, où l’on enseignait avant tout la Bible et où l’on formait des ecclésiastiques. Ces écoles devinrent particulièrement populaires à partir du moment où les Géorgiens se familiarisèrent avec l’école byzantine. Il est bien connu que la Géorgie entretenait des liens étroits avec Byzance depuis le Xe siècle, lorsque s’amorça un puissant mouvement culturel et édu- Terminologija | 2019 | 26 229 catif. C’est précisément à cette époque que commença la grande renaissance culturelle et éducative. De nombreux Géorgiens, surtout issus de familles nobles, se rendaient temporairement à Byzance pour y recevoir une bonne éducation, ou parfois y restaient toute leur vie. Plus tard, au XIe siècle, Constantin Monomaque fonda l’Académie, qui devint un lieu d’études pour certains des meilleurs penseurs scientifiques du monde de cette époque. Le mouvement culturel et éducatif franchit les frontières de Constantinople et de Byzance dans son ensemble et engloba ceux que l’on appelait alors les « barbares chrétiens », en mobilisant leurs forces créatrices vives. De nombreuses personnes créatives venues d’Orient ou d’Occident se rendaient à Constantinople. Elles y assimilaient sa culture et contribuaient à son essor et à son développement. La Géorgie ne pouvait pas faire exception à ce processus, et n’en fit effectivement pas: aux IXe–Xe siècles, elle rencontrait souvent la culture grecque à ses marges, tandis qu’aux Xe–XIe siècles, elle se retrouva soudain au cœur de la culture byzantine, grâce à Iviron, Petritsoni et à d’autres monastères. La Géorgie pouvait désormais observer directement les processus qui intéressaient toutes les nations chrétiennes (Kekelidze 1960: 61–66). Les savants qui devinrent les figures de proue des processus culturels et éducatifs de cette période avaient tous fait leurs études dans cette Académie. Les Xe–XIe siècles furent marqués par une réalisation historique de première importance: la fondation et l’établissement de centres éducatifs et scientifiques dans les académies de Gelati et d’Iklato. Ces deux centres étaient de puissants pôles d’enseignement supérieur où l’on enseignait et étudiait notamment des disciplines scientifiques telles que la philosophie, l’histoire, la rhétorique et la grammaire, ainsi que la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie, la musique et la médecine. On y enseignait aussi des métiers artisanaux tels que la forge, la céramique, la viticulture et la vinification (Tevzishvili 1938: 45). L’académicien S. Kaukhchishvili soutenait que Art of Grammar de Dionysius Thrax était connu dans les écoles grammaticales en activité en Géorgie. Kaukhchishvili fondait son opinion sur le fait que le Shatberdi Codex fut écrit au Xe siècle et que ce livre comprenait certaines thèses rédigées par Diomède, grammairien de l’Art of Gramma de Dionysius Thrax, et que le chapitre consacré à l’alphabet grec avait été rédigé conformément à celles-ci (Kaukhchishvili 1923: 178–184). De nombreux textes de genres différents sont réunis dans la Shatberdi Collection: des textes théologiques, historiques, grammaticaux et autres. La fi- 230 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries L’objectif de ce manuel aux multiples facettes est unique: son compilateur souhaitait rassembler des ouvrages scientifiques qui, à son avis, avaient une certaine portée pédagogique générale. La Collection de Shatberdi contient des textes didactiques dans des domaines tels que la chronologie, la grammaire, les sciences naturelles, la théologie et d’autres encore. Cette collection est la plus représentative parmi les manuscrits de ce type. Elle témoigne du niveau de connaissances et des centres d’intérêt de l’époque, ainsi que de la couche sociale au sein de laquelle elle a été créée et à laquelle elle était destinée (Shatberdi 1979: 9). Une fonction particulière, appelée « maître des maîtres » [modzghvart-modzgh-vari], qui existait en Géorgie au XIe siècle, reflète également l’importance accordée à l’éducation dans le pays. Selon la juridiction de la Cour d’État géorgienne de l’époque, cette fonction était plus honorifique que la charge religieuse de catholicos. La personne qui l’occupait résidait à Gélati et dirigeait toutes les questions et tous les processus liés à l’éducation. Au sens moderne du terme, elle occupait le poste de ministre de l’Éducation. Ce respect montre toute l’attention portée aux processus éducatifs en Géorgie à cette époque. 2. L’ÉCOLE TERMINOLOGIQUE GÉORGIENNE ANCIENNE Aux Xe–XIIe siècles, alors que la Géorgie était politiquement unie et puissante, la conscience nationale s’est accrue. Celle-ci se manifeste généralement dans le processus de traduction et dans ses traits caractéristiques. Lorsqu’ils traduisaient les livres ecclésiastiques, les traducteurs géorgiens les accompagnaient de commentaires; ils ne traduisaient pas littéralement, mot à mot, mais de manière créative. Ils rattachaient le contenu traduit à leur Église et à ses traditions, ou y ajoutaient des éléments hérités des traditions des siècles précédents. Parfois, les textes étaient abrégés ou, au contraire, développés à l’aide de matériaux hérités d’expériences et de traditions antérieures; ils faisaient ainsi l’objet d’une sorte de travail éditorial. C’est pourquoi certains écrits traduits du grec, qu’ils soient religieux ou autres, étaient considérés comme des écrits géorgiens, et non comme des traductions. Il convient également de noter que les relations géorgiano-byzantines n’étaient pas unilatérales. La littérature géorgienne a, à son tour, influencé et enrichi, d’une certaine manière, la littérature byzantine: 1. Certains écrits et textes byzantins ne sont conservés qu’en géorgien, les textes grecs originaux ayant été perdus; ils Terminologija | 2019 | 26 231 ne peuvent donc être lus que dans leur traduction géorgienne; 2. Certains écrits géorgiens anciens conservent des informations sur des auteurs byzantins anciens qui apportent des éléments nouveaux ou proposent un nouvel éclairage sur leur vie et leur œuvre; 3. La littérature traduite en vieux géorgien conserve des informations même sur des auteurs peu connus dans l’histoire de la littérature byzantine; 4. Les ouvrages traduits par les traducteurs géorgiens anciens ont enrichi la littérature byzantine grâce aux textes traduits du vieux géorgien; 5. Des écrivains géorgiens ont même composé certains ouvrages directement en grec (Kekelidze 1960: 55–56). Le développement de l’alphabétisation a lui-même rendu nécessaire le travail lexicographique. Il fallait mener des activités de traduction. À leur tour, celles-ci exigeaient fortement la compilation de dictionnaires explicatifs, bilingues et encyclopédiques; le besoin était urgent. Chaque traducteur, et même les copistes, devait connaître à fond le lexique géorgien et les règles de dérivation des mots, tout autant que les auteurs de textes originaux. Nous chercherons donc les racines de la lexicographie géorgienne dans les écrits des traducteurs géorgiens de l’Antiquité. Sans aucun doute, le premier lexicographe géorgien, au sens strict du terme, a dû être le premier auteur-traducteur. Les scholies et les commentaires marginaux ajoutés aux anciennes œuvres de traduction nous fournissent de précieuses notes lexicographiques. Historiquement, le développement culturel et éducatif de la Géorgie était lié aux grandes réussites des personnalités historiques du pays œuvrant dans les domaines scientifique et culturel. Parmi elles figurent les fondateurs du monastère athonite d’Iviron: Ioane Mtatsmindeli (920–1005) et Eqvtime Mtatsmindeli (955–1028), ainsi que Giorgi Mtatsmindeli (1009–1065), qui ont contribué à l’établissement de normes et de pratiques scientifiques reconnues pour leur époque. Il importe également de souligner l’œuvre d’Ephrem Mtsire, philologue et philosophe géorgien de la seconde moitié du XIe siècle, qui a élaboré des théories de la traduction; celle d’Ioane Petritsi (XIe–XIIe siècles), fondateur de l’École de Petritsoni; et celle d’Arsen Ikaltoeli, premier recteur de l’Académie d’Ikalto. En examinant les documents les plus anciens et les œuvres des savants mentionnés, nous constaterons qu’ils possédaient une solide formation en lexicographie. Les œuvres d’Ephrem Mtsire et d’Ioane Petritsi témoignent du très haut niveau d’instruction et des compétences scientifiques de leurs auteurs. Leurs œuvres originales 232 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries Les travaux et les traductions représentent des modèles de travail approprié sur le lexique géorgien, son étude et son développement. Ces travaux constituent une sorte de manuel lexicographique, riche en terminologie nouvelle. Le niveau atteint par le travail terminologique est un indicateur direct du degré de développement de toute branche scientifique. Une terminologie développée est une condition préalable au développement et à l’épanouissement d’une branche scientifique. La terminologie nécessite un travail systématique d’enrichissement et d’amélioration, qui permet de disposer de travaux scientifiques originaux ou traduits, riches sur le plan scientifique et valides. La terminologie scientifique et philosophique s’est développée au fil des siècles. Les termes désignant des notions relevant de différentes branches de la philosophie, de la théologie ou des sciences naturelles sont souvent employés dans des écrits de genres divers, mais ils ont été créés à des époques différentes par des auteurs différents; il était donc nécessaire d’établir des systèmes terminologiques cohérents pour les différentes disciplines. Les règles élaborées et utilisées par les savants grecs servaient de modèle aux traducteurs géorgiens, même si ceux-ci ne les suivaient jamais aveuglément. Le premier nom que l’on rencontre en parcourant la longue histoire de la création et du développement de la terminologie géorgienne est celui de Giorgi Mtatsmindeli, l’un des religieux et traducteurs géorgiens. La comparaison de ses traductions avec toutes les autres révèle l’ampleur et l’importance de sa contribution au développement de la terminologie géorgienne des sciences philosophiques et naturelles. Contrairement aux cas où les notions sont rendues par des périphrases, Giorgi Mtatsmindeli propose des termes en un seul mot. Il reprend souvent la construction des termes grecs, mais applique les règles géorgiennes de formation des mots et rend en géorgien le contenu notionnel du terme grec. Ephrem Mtsire accordait une importance particulière à la traduction exacte d’un terme. Cela ressort du fait qu’il jugeait nécessaire d’indiquer l’explication des mots dans les marges des manuscrits, afin d’aider le lecteur à trouver le terme voulu. Les savants du vieux géorgien abordaient la question avec un grand sens des responsabilités: ils prenaient en compte l’étymologie des lexèmes grecs, en étudiaient soigneusement le sens et en donnaient des équivalents géorgiens exacts, fondamentaux ou contextuels. Ioane Petritsi, savant, a joué un rôle particulier dans la création de la terminologie philosophique géorgienne; il a défini ses méthodes de travail terminologique: il a créé une terminologie scientifique fondée sur la langue populaire Terminologija | 2019 | 26 233 matérielle, tout en estimant que ces termes devaient se distinguer du lexique courant par leur forme et leurs procédés dérivationnels. Ioane Petritsi excluait absolument les formes mixtes, c’est-à-dire l’intégration de dérivés grecs et de racines géorgiennes. Cela exigeait un courage scientifique: il fallait offrir de vastes possibilités aux moyens de dérivation géorgiens, très riches et polyvalents; faire connaître et reconnaître leurs capacités aux utilisateurs; montrer la puissance du géorgien non seulement comme langue de poésie, mais aussi comme langue polyvalente adaptée au travail scientifique; enfin, de nombreuses formes archaïques seraient consolidées, tandis que des formes lexicales vivantes et prometteuses trouveraient également leur place dans la terminologie. Le fait le plus important est que les traducteurs géorgiens de cette époque maîtrisaient remarquablement la structure grammaticale, le lexique et le système de formation des mots du géorgien; ils s’efforçaient d’enrichir la langue géorgienne de mots et d’expressions nouveaux. Les traducteurs du vieux géorgien faisaient preuve d’une vaste connaissance de la lexicographie, de ses traditions et de l’abondant matériau réuni dans les travaux lexicographiques grecs et byzantins. Alexandre Glonti, lexicographe géorgien renommé du XXe siècle, a cité les travaux scientifiques du lexicographe géorgien Ephrem Mtsire parmi les sources de la lexicographie géorgienne, aux côtés des œuvres de grands savants géorgiens tels qu’Ioane Petritsi, Ekvtime Mtatsmindeli et Giorgi Mtatsmindeli, entre autres. Le premier dictionnaire explicatif géorgien connu a été compilé par Ephrem Mtsire. Il est inclus en introduction à la traduction géorgienne des psaumes. « La partie centrale de l’introduction au recueil des psaumes traduit en géorgien peut être considérée comme le premier dictionnaire compilé en Géorgie » (Glonti 1955: 35–37). Du point de vue du travail terminologique, le rôle de l’école du monastère de Gelati est particulier dans l’histoire du développement de la langue littéraire et scientifique géorgienne. Les traditions culturelles antiques et chrétiennes se sont rencontrées à Gelati. C’est là que s’est élaboré un système bien structuré de terminologie philosophique et théologique géorgienne. L’Académie de Gelati était un centre éducatif typique du Moyen Âge, où la pensée intellectuelle byzantine de l’époque de la Renaissance poursuivait son développement en s’appuyant sur les traditions géorgiennes. Cette école se situait dans le courant principal que le monde européen tout entier allait suivre peu après (Melikishvili 1999). Les écrivains de l’école de Gelati ont laissé les changements qui se produisaient dans la langue vivante pénétrer leur théorie et leur pratique de la traduction, faisant ainsi de la lan- 2 3 4 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries rendre la langue plus facile et plus compréhensible pour les gens ordinaires. Peu à peu, le style linguistique de Gelati, dit Gelaturi, s’est clairement développé, et sa base linguistique théorique a été créée par Ioane Petritsi. Dans ce style d’écriture, nous percevons une audace créative et une vaste étendue de connaissances, des compétences linguistiques créatives, une pensée esthétique, ainsi que des connaissances en philosophie et en théologie — le tout en harmonie. Nous devons être reconnaissants à Ioane Petritsi et à son école pour la terminologie philosophique existant en géorgien, fondée principalement sur des bases et des racines d’origine géorgienne, alors que, dans les langues européennes, ces termes ont surtout des racines grecques ou latines. Du point de vue philosophique, la langue hellénique était riche et Ioane Petritsi a tenté d’égaler ses possibilités lexicales et grammaticales en géorgien, non pas en traduisant mécaniquement les termes, mais en créant et en établissant une terminologie géorgienne capable de restituer l’essence des termes philosophiques (Glonti 1983: 75). La précision terminologique a toujours été particulièrement importante lors de la traduction des ouvrages théologiques. Il est certain que les traducteurs géorgiens connaissaient les accusations portées contre Ioane Italos par le tribunal. L’une de ces accusations concernait son manque de précision à l’égard de la terminologie prescrite par l’Église. On lui reprochait de ne pas employer exactement les expressions que les clercs avaient établies pour les textes religieux orthodoxes (Melikishvili 1999: 23). Les traducteurs géorgiens étaient confrontés à deux problèmes majeurs: d’une part, il était clair que s’écarter des règles de la langue grecque et de la terminologie qu’ils avaient définie pouvait être considéré comme une hérésie; d’autre part, une traduction strictement littérale aurait protégé le traducteur des accusations, mais aurait pu porter atteinte au caractère propre de la langue géorgienne en lui imposant des formes étrangères à sa grammaire. L’un des problèmes rencontrés par les traducteurs géorgiens concernait les articles. Le géorgien n’a pas d’article. L’emploi du mot « Dieu » sans article suscitait une réaction négative chez les clercs et les spécialistes grecs, qui accusaient les traducteurs géorgiens d’hérésie. Ce fut donc une voie difficile que les anciens traducteurs géorgiens parvinrent à parcourir avec succès. Les traducteurs géorgiens de la littérature chrétienne respectaient les dogmes religieux tout en s’opposant résolument aux influences grammaticales d’autres langues (Karosanidze 2017: 104). Terminologija | 2019 | 26 235 3. LES TERMES GRAMMATICAUX GÉORGIENS AU XIe SIÈCLE La formation reçue en Grèce comprenait naturellement aussi des connaissances grammaticales. C’est précisément l’étude approfondie de la pensée grammaticale grecque et l’examen de la grammaire géorgienne sous cet angle qui sous-tendent les travaux des savants géorgiens des Xe–XIe siècles et les caractérisent. Il est clair que les Xe–XIIe siècles sont aujourd’hui considérés comme marquant le début de l’histoire de la pensée grammaticale géorgienne uniquement parce qu’aucun ouvrage antérieur n’a encore été découvert. Le patrimoine littéraire géorgien, composé d’œuvres traduites et originales, témoigne clairement d’une vaste expérience et de connaissances approfondies; la pensée grammaticale géorgienne, en tant que branche des sciences, fait naturellement partie de ce patrimoine. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer avec certitude que l’Art of Grammar de Dionysius Thrax, supposé être le fondement de la pensée grammaticale paneuropéenne, devait être bien connu dans la littérature géorgienne ancienne, soit dans sa version originale, soit par l’intermédiaire de commentaires. Bien que nous ne disposions pas d’une traduction intégrale du texte, plusieurs faits permettent d’affirmer que les théories grammaticales grecques n’étaient pas étrangères aux savants géorgiens et que leur pratique philologique comportait les connaissances requises par le système éducatif byzantin de l’époque (Karosanidze 1998: 15). Bien que certaines informations de nature grammaticale restent à découvrir et à attester dans la littérature géorgienne, les documents déjà réunis permettent de se représenter le niveau des connaissances grammaticales des traducteurs géorgiens de l’Antiquité. La linguiste géorgienne Mzekala Shanidze rattache à l’école littéraire d’Ephrem Mtsire le plus ancien traité grammatical géorgien original (dont les manuscrits remontent aux XIIe–XIIIe et XIVe siècles, th–6, sh–312), intitulé About Articles. C’est l’un des monuments écrits les plus importants, qui atteste que les débuts de la pensée grammaticale géorgienne remontent aux VIe–VIIe siècles et prouve de manière décisive que les recherches linguistiques des XVIIe–XVIIIe siècles portaient sur les traditions linguistiques présentes en Géorgie aux Xe–XIe siècles, elles-mêmes liées aux traditions linguistiques grecques. Bien que ce traité ait été rédigé pour répondre à un besoin pratique apparu lors de la traduction d’un texte religieux, About Articles constitue en soi un ouvrage scientifique indépendant. C’est un traité religieux original 236 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries écrit par l’auteur géorgien, dans lequel une question de grammaire est abordée et où les questions de grammaire grecque et géorgienne sont examinées et comparées (Shanidze 1990: 13–14). L’auteur explique au lecteur géorgien l’essence et la fonction de l’article en grec, en ajoutant quelques remarques utiles sur la nature et les particularités de la langue géorgienne; il donne également quelques exemples afin de clarifier les questions grammaticales: « Car notre langue ne possède pas d’articles placés devant les noms; ainsi, si l’on traduit l’article grec, “ὁ θεός”, on le rend par “Dieu”. En effet, notre langue ne comporte pas d’article, et il est impossible de le traduire, puisqu’il n’existe pas: l’article se place devant le nom, l’embellit et lui confère du respect, car il lui est accordé. » « Comme notre langue ne possède pas d’article à placer devant les noms, lorsqu’on veut traduire un nom grec qui a un article (ὁ θεός), il faut le traduire par « theos » — « Dieu ». L’article précède le nom et souligne l’importance et le caractère particulier de ce nom, mais notre langue ne connaît pas cette particularité » (Shanidze 1990: 134, 6). Le traité contient des termes désignant le genre, le cas, le nombre et d’autres catégories grammaticales. მამალი (mamali « masculin »), დედალი (dedali « féminin ») et შუა (shua « moyen »). Ces termes géorgiens correspondent aux termes grecs. Cinq cas sont distingués pour les articles grecs: • ადვილობითი (advilobiti « nominatif ») • შობილობითი (shobilobiti « génitif ») • მიცემითი (mitsemiti « datif ») • მიზეზობითი (mizezobiti « causatif ») • წოდებითი (tsodebiti « vocatif ») L’ordre et les noms des cas du nom sont exactement les mêmes que dans la Grammaire de Dionysius Thrax. a) ადვილობითი (advilobiti « simple ») – Dans l’Art of Grammar de Dionysius, trois noms sont donnés pour le premier cas: ὀρθή, ὀνομαστική, εὐθεῖα (Uhlig 1883). Dans les sources écrites en vieux géorgien, on trouve les termes suivants pour le premier cas: ადვილობითი (advilobiti, simple) dans About Articles; ევთა (evtia) et ორთი (orti) (dans les traductions géorgiennes des œuvres d’Ammonius d’Hermias); საწყრელო (sawrfelo) dans la Grammaire de Zurab Shanshovani. Terminologija | 2019 | 26 237 (XVIIIe siècle); წრფელობითი (wrfelobiti) et სახელობითი (saxelobiti « nominatif ») dans la grammaire d’Anton Ier (XVIIIe siècle) (Karosanidze 1998: 23). Parmi ces termes, ადვილობითი (advilobiti « simple ») mérite quelques explications. Dans la littérature spécialisée, le terme grec εὐθεῖα est généralement traduit par « cas direct », et ὀρθή signifie la même chose: « direct » ou « franc ». Ainsi, parmi les trois dénominations du premier cas — ὀρθή, εὐθεῖα, ὀνομαστική —, deux, ὀρθή et εὐθεῖα, ont le même sens, ce qui me paraît quelque peu surprenant. Dans les sources grecques, εὐθεῖα signifie principalement « direct », « simple » et « pertinent ». Dans les traductions géorgiennes d’Ammonius Hermiae, chef de l’école alexandrine (Ve–VIe siècles), ce cas a le sens de « propre ». Toutefois, le traducteur ne traduit pas le terme ევთია (εὐθεῖα) et le transcrit seulement comme nom du premier cas. Les principaux sens de ce mot sont également attestés dans les matériaux du dictionnaire historique gréco-géorgien. En outre, dans l’Évangile selon Luc, εὐθεῖα est traduit par « facile » dans l’expression ἔσται τὰ σκολίᾶ εἰς εὐθεῖαν, qui signifie « rendre facile ce qui est difficile » (Karosanidze 2017: 65). Dans les commentaires consacrés aux cas du nom dans l’Art of Grammar de Denys le Thrace, le terme εὐθεῖα est rattaché au mot εὐθύτατος, qui est le degré superlatif des adjectifs εὐθύς || εὐθεῖα et possède plusieurs sens (Scholia 1901: 545–546). Les commentaires comportent plusieurs passages intéressants qui permettent de supposer que ce mot grec a précisément le sens présumé en géorgien (à savoir « simple » et « facile »). I. Héliodore avance que εὐθεῖα est le premier cas parce qu’il n’a pas de forme grammaticale, tandis que les cas suivants, formés à partir de lui, en ont une (Scholia 1901: 546–547). II. Stephan goes on to say that in the εὐθεῖα case a noun is unextended (Scholia 1901: 549). Il convient ici de relever l’explication du cas rectus par Anton Ier: “ესე წრფელობითი ესე პირველსა ადგილობასა მინა არს უუცვალებელადი და დავანინავს რომლისამე ყოფისას არსებასა მარტივად, მაგალითად, ცხოველი, კაცი, ფარნავაზ და სხუანი”. « … rectus occupe toujours la première place et est invariable; il désigne simplement tout être ou toute chose, par exemple un animal, un homme, Parnavaz, etc. (Anton I 1885: 134). » 238 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries Ainsi, lorsqu’un nom est au cas rectus, il désigne un objet quelconque dans son état initial, de manière exacte, directe et simple. Gaioz Rector (XVIIIe siècle) explique le premier cas à peu près de la même façon: «ოდეს ლექსი მარტივად და წრფელად წარმოადგენს ნივთს, ლექსი იგი წოდებული წრფელობითად...» « Lorsqu’un mot représente simplement et directement un objet, il est au cas rectus » (Gaioz Rector 1970: 157). Selon les commentaires des exégètes de Art of Gramma et les explications fournies par plusieurs linguistes géorgiens, le nom au cas εὐθεῖα est simple et non étendu.1 Nous pouvons donc conclure que le terme grec εὐθεῖα repose sur des caractéristiques telles que « simple, facile », et que le terme grammatical géorgien ancien ადვილობითი (advilobiti « simple », « facile »), associé au grec εὐθεῖα, restitue avec précision le sens du terme grec original. C’est précisément sur la base du traité grammatical géorgien ancien que nous pouvons traduire ainsi les termes désignant les trois premiers cas dans la traduction géorgienne de Art of Gramma de Dionysius Thrax: ὀρθῆ, ὀνο-μαστική, εὐθεῖα – წრფელობითი (tsrpelobiti « absolutif »), ადვილობი-ბითი (advilobiti « simple ») et სახელობითი (sakhelobiti « nominatif »). Cela, bien que dans les traductions russe, allemande et anglaise, ces deux termes soient rendus par un seul terme, probablement selon la tradition latine1. b) შობილობითი (Shobilobiti « génitif ») Dans le traité de grammaire géorgien ancien, deux termes sont employés pour le deuxième cas (génitif): ნათესაობითი (natesaobiti « parenté ») et son synonyme შობილობითი (shobilobiti « génitif ») (Shanidze 1990: 134). Il est évident que les deux termes proviennent du terme grec. Nous pensons que l’origine du terme géorgien შობილობითი (shobilobiti « génitif ») reflète le jugement des commentateurs du traité de Dionysius Thrax sur l’étymologie du grec γενική: on l’appelle γενική (génitif) parce qu’il est génératif, qu’il engendre et qu’il est le cas mère des cas obliques (...ὅτι γένεσίς ἐστι ταῖς ἄλλαις πτώσεσι καὶ τῶν λοιπῶν πλαγίων μήτηρ) (Scholia 1901: 184) (cf. le terme russe родительный). Nous 1 La traduction géorgienne de Art of Grammar de Dionysius Thrax a été publiée pour la première fois dans notre ouvrage Art of Grammar de Dionysius Thrax and the Old Georgian Grammatical Thought (1998, 2000); sa version révisée a été publiée dans l’ouvrage Antique and Byzantine Theories about the Language and Georgian Grammatical Thought (2017). Terminologija | 2019 | 26 2 3 9 On trouve cette explication dans les commentaires d’Heliodor, ce qui confirme une fois encore que les savants géorgiens connaissaient parfaitement les théories grammaticales en vogue à Byzance. c) მიცემითი (Mitsemiti « datif ») Dans presque toutes les langues, le troisième cas porte un nom correspondant au latin Dative, en rapport avec le verbe « donner » (lat. dativus (date « donner »); en géorgien, მიცემითი (mitsemiti) – le verbe მიცემა (mitsema « donner »); en russe, дательный (давать « donner »). Les scholiastes du traité de grammaire de Thrax expliquent que δοτικη dérive du verbe δίδωμι (« donner »), par exemple: « δίδωμι τῷ φίλῳ » (« Je le donne à mon ami ») – dans cette phrase, τῷ φίλῳ est au datif (Scholia 1901: 184). L’auteur du traité de grammaire géorgienne explique naturellement le terme მიცემითი (mitsemiti) comme la traduction exacte en géorgien du terme grec: “მიცემითი ამისთვის ეწოდების ლექსსა მას, რამეთუ ეტყოდი ვისმე, ვითარედ: „ვის მისცემ ამას რასამე?“ და მან გრქუას, ვითარედ „ღმერთსა“.” On donne à ce cas le nom de datif parce qu’on peut imaginer une phrase dans laquelle on vous demande: « À qui donneras-tu ceci? », et où la réponse serait: « À Dieu » (Shanidze 1990: 135–136, 10). d) მიზეზობითი (mizezobiti « causatif ») Il existe différentes opinions quant à l’origine du nom de ce cas. Le terme αἰτιατική est considéré, d’une part, comme étant lié au verbe αἰτιάομαι « accuser » (ce que reflète le nom latin du cas – accusare – accusativus, et de même en russe Винительный падеж); d’autre part, il est rattaché au mot αἰτιατόν « cause » (comme l’atteste le traité About Articles, ainsi que, comme on le verra ci-dessous, la traduction géorgienne du traité d’Ammonios (Hermeiae) About ten Categories). L’opinion la plus répandue parmi les scholiastes est que le terme en question doit être compris comme étant lié au mot αἰτιατόν « cause » et traduit en conséquence. Dans son ouvrage Essays on Classical Philology, Alfred Gudeman retrace l’histoire des termes latins et grecs et examine en détail la traduction des termes grecs en latin. Selon lui, traduire αἰτιατόν en latin par Accusativus est incorrect; il aurait fallu le traduire par Causativus (Gudeman 1909: 230–232). Gustav Uhlig, l’éditeur de l’Art of Grammar de Dionysius Thrax, partage le même avis (Uhlig 1883: 32). Ainsi, au vu des opinions exprimées par Alfred Gudeman et Gustav Uhlig, nous pouvons conclure que le terme géorgien მიზეზობითი 240 Lia Karosanidze The Main Principles of the Terminology Work of Old Georgian Translators in the 10th–11th Centuries (mizezobiti « causatif ») correspond plus précisément au terme grec original. Si ces savants avaient connu le terme géorgien à l’époque, ils auraient pu le mentionner comme la plus ancienne traduction du terme grec, à l’appui de leurs propres vues. En nous fondant sur les écrits des traducteurs de l’ancienne époque, nous avons également employé le terme მიზეზობითი (mizezobiti « causatif ») (causatif) pour correspondre au grec αἰτιατική. Il convient également de souligner que l’auteur du traité avait découvert la distinction formelle entre le grec αἰτιατική et le datif et avait démontré qu’il n’existe pas de différence de ce type entre les formes géorgiennes correspondantes: “რამეთუ ბერძულად განყოფილებანი აქუს მიცემითსა და მიზეზობითსა, ვითარცა ზემო თვით იგი ლექსნი გვიჩენიან, ხოლო ქართულად ერთ ლექსად ითხუმის, დაღაცათუ ძალი ორი აქუს”. « En grec, le datif et l’accusatif ont deux formes distinctes, mais, comme on l’a montré plus haut, en géorgien, une seule forme remplit deux fonctions syntaxiques »... (Shanidze 1901: 73). e) Le cinquième cas est appelé წოდებითი (wodebiti « vocatif »), ce qui correspond exactement au terme grec κλητική. En conclusion, ce bref traité de grammaire est important pour comprendre l’histoire et le développement de la pensée grammaticale géorgienne, car il fut le premier à comparer les systèmes grammaticaux grec et géorgien et à formuler les observations suivantes: 1. Le géorgien n’a pas d’article; 2. Le géorgien n’a pas de nombre duel; 3. Les cas du nom grec au datif et au causatif n’ont qu’une seule forme correspondante en géorgien. Cependant, la meilleure preuve de la grande valeur scientifique de la grammaire géorgienne du XIe siècle réside dans le fait que cet ouvrage a préservé la terminologie grammaticale du vieux géorgien au fil des siècles, et que cette même terminologie est encore employée aujourd’hui (Karosanidze 2017: 104–109). L’étude approfondie de la terminologie du vieux géorgien montre que le processus de recherche scientifique, de traduction et de terminologie mené par les traducteurs du vieux géorgien reposait sur une méthodologie rigoureuse, qui peut encore être mise à profit avec succès, à certains égards, de nos jours. Le programme spécialisé des banques de termes géorgiennes modernes nous donne la possibilité d’étudier Terminologija | 2019 | 26 2 4 1 étudier plus en profondeur les problèmes (Georgian Term Bank 2018); déterminer les modèles du travail terminologique, observer les correspondances gréco-géorgiennes et la méthodologie utilisée par les anciens traducteurs géorgiens, afin que la méthodologie de l’ancienne école terminologique géorgienne devienne plus familière aux linguistes modernes. C O N C L U S I O N Lorsqu’on étudie l’histoire terminologique des domaines religieux, philosophiques, grammaticaux et autres de l’ancienne Géorgie, on constate que les principes fondamentaux du travail terminologique suivis par les érudits médiévaux étaient les suivants: connaître profondément et pleinement la notion principale désignée par un terme afin de la rendre correctement; éviter les normes qui ne sont pas naturelles à la langue géorgienne; s’efforcer d’étudier en profondeur les structures des deux langues et de les rapprocher, déterminer les règles auxquelles elles obéissent, trouver les correspondances appropriées et éviter les calques mécaniques; créer des termes géorgiens à partir de racines géorgiennes et au moyen de procédés dérivationnels géorgiens; donner des définitions précises et fiables. Enfin, on peut dire que la terminologie philosophique, grammaticale ou religieuse de l’ancienne Géorgie est non seulement extrêmement importante et intéressante, mais que, surtout, les principes et les méthodes du travail terminologique employés par les anciens traducteurs géorgiens restent utiles et pertinents aujourd’hui. REFERENCES Anton I. 1885: Georgian Grammar, Tbilisi. Gaioz Rector 1970: Georgian Grammar. E. Nikolaishvili (ed.). Georgian Term Bank 2018: Karosanidze L., Ujmajuridze Ir., Jgerenaia E. The Georgian Terminological Database (Electronic Resources for the Corpus of Terminology). Terminological Issues. Ed. L. Karosanidze, TSU Publishing House. Available at: http://termbank.ge/wp-content/uploads/2018/02/term2014.pdf. The Georgian Language, Encyclopedia 2018: “National Literature” 2008, Tbilisi. Glonti A. 1955: History of Georgian Lexicography, The Studies I, Tbilisi: Sabchota Sakartvelo. Glonti A. 1983: Issues of the Georgian Lexicography, Tbilisi: Sabchota Sakartvelo. 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Tik taip galima svetimas, kitoje aplinkoje sukurtas sąvokas patikimai perteikti atitinkamų žodžių darybos galimybių turinčia gimtąja kalba. Gruzinų terminologijos ar kalbos istorijos sričių tyrėjai sutaria, kad X–XII a. naujų terminų daryba buvo produktyvus ir pažengęs procesas ir mes iš tų laikų patirties galime daug ko pasimokyti. Minimasis laikotarpis išsiskiria tuo, kad Bizantijos kultūra, laikoma visų Europos šalių kultūros, mokslo ir terminologijos pagrindu, į gruzinų kalbą buvo perkeliama vertėjams nepamirštant pagrindinių savos kalbos ypatybių. Derinti graikų ir gruzinų kalbų ypatybes – toks buvo mokslinis gruzinų vertėjų ir filologų dirbto darbo principas. Tas požiūris lėmė, kad Bizantijos kultūrą Gruzija skleidė išsaugodama savąją. Senosios gruzinų kalbos vertėjų taikytos teorijos aktualios bei svarbios ir šiandien. Gauta 2019-08-10 Lia Karosanidze Mitskevichi str.18, fl. 10, Tbilisi, Georgia E-mail [email protected] Terminologija | 2019 | 26 243