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Šešioliktoji Jono Jablonskio konferencija

Vilma Zubaitienė

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SEIZIÈME CONFÉRENCE JONO JABLONSKIO Le 3 octobre 2008, la 16e conférence Jono Jablonskio, intitulée « Recherches sociolinguistiques sur la langue lituanienne », s’est tenue à l’Université de Vilnius. La conférence a été organisée par des chercheurs de la section de culture linguistique de l’Institut de langue lituanienne et du département de langue lituanienne de l’Université de Vilnius. Sept communications ont été présentées, portant sur les recherches sociolinguistiques actuellement menées dans diverses institutions, leur caractère novateur, leur méthodologie, leurs objectifs et leurs résultats. Dans sa communication « Usage des langues et identité nationale dans les villes lituaniennes », Meilutė Ramonienė (Université de Vilnius) a présenté le projet « Villes et langues », mené en 2007–2008 avec le soutien du Fonds national pour la science et les études, par un groupe de chercheurs des universités de Vilnius et Vytautas Magnus et de l’Institut de langue lituanienne, en collaboration avec des collègues des Pays-Bas et de Grande-Bretagne. L’objectif principal du projet était d’analyser, dans les grandes villes lituaniennes (Vilnius, Kaunas et Klaipėda), les relations entre les langues utilisées, les autres variétés linguistiques et l’identité nationale, ainsi que les perspectives de préservation de cette identité. Il s’agissait également d’étudier les langues utilisées à la maison par les habitants des grandes villes, de déterminer les langues ou variétés linguistiques dominantes et les autres langues ou variétés utilisées, les choix d’usage et la vitalité de ces usages, les tendances relatives à l’emploi de la langue parlée et écrite, ainsi que les compétences et pratiques linguistiques des répondants dans les sphères publique et privée, selon leur secteur professionnel et leur groupe ethnique. Des enquêtes quantitatives ont été menées auprès d’élèves (âgés de 8 à 10 ans) et de répondants adultes, à l’aide d’un questionnaire élaboré à cet effet. Rita Miliūnaitė (Institut de langue lituanienne) a présenté une nouvelle manifestation électronique de la langue: la langue des journaux en ligne, ou blogues. Comme l’a expliqué l’intervenante dans sa communication « La place de la langue des blogues dans le schéma des usages contemporains », celle-ci a ceci de particulier qu’elle est produite sans intermédiaire et n’est pas spécialement régulée de l’extérieur par qui que ce soit; pourtant, les textes qui y sont écrits sont Šešioliktoji Jono Jablonskio konferencija 319 publics et accessibles à tous. Les blogues lituaniens sont apparus sur Internet autour de l’an 2000; l’étude de leurs formes d’expression permet donc de tirer des conclusions sur les usages réels de la langue contemporaine. Selon son domaine d’emploi, la langue des blogues peut être considérée comme une forme particulière de communication électronique; du point de vue de ses caractéristiques linguistiques (forme d’expression, ouverture au public, style d’usage), elle relève du genre de l’usage public libre électronique, où apparaissent constamment de nouvelles tendances et évolutions linguistiques. Regina Koženiauskienė (Université de Vilnius) a parlé des modifications phraséologiques — de l’emploi de phraséologismes occasionnels dans les textes parlés et écrits de politiciens, juristes, journalistes et concepteurs publicitaires (« Discours phraséologique contestable: manipulations et possibilités de jeux de langage »). Un tel usage vise non pas à transmettre des informations, mais à rendre la compréhension plus difficile, pour diverses raisons: attirer l’attention des lecteurs, contourner la loi (par exemple, dans la publicité pour l’alcool) ou éviter qu’une déclaration, tout en portant un jugement négatif sur une personne, ne puisse servir de fondement à une accusation d’injure. Ce sont surtout les idiomes injurieux et obscènes, comportant une allusion non conventionnelle, qui retiennent l’attention; ils peuvent parfois nécessiter une expertise linguistique. Dans la communication de Daiva Aliūkaitė (Faculté des humanités de Kaunas de l’Université de Vilnius), intitulée « L’intelligibilité de la parole dialectale: étude des attitudes », les données de l’étude « Évaluation de la parole dialectale », menée de 2004 à 2006, ont été analysées. Le questionnaire de l’étude a été élaboré selon la méthodologie de la dialectologie perceptive. L’étude a été réalisée dans plusieurs régions ethnographiques de Lituanie. En remplissant le questionnaire, les participants choisissaient parmi les évaluations proposées: la parole dialectale est totalement incompréhensible; presque incompréhensible; partiellement compréhensible; facilement compréhensible. La parole dialectale n’était considérée comme totalement incompréhensible que par 2 à 3% des répondants. La majorité des répondants (plus de 60%) estimaient qu’elle était partiellement compréhensible. Dans leurs commentaires, ils soulignaient que les formes dialectales sont compréhensibles lorsqu’elles ressemblent à la langue standard, à la parole de la personne qui les évalue ou à celle qu’elle entend dans son entourage. Laura Simanavičienė (Université Vytautas Magnus) a posé la question: « Les hommes et les femmes posent-ils des questions différemment? » (tel était également le titre de la communication qu’elle a préparée avec I. Balčiūnienė). Jusqu’à présent, les études des différences linguistiques entre hommes et femmes se sont le plus souvent limitées à l’analyse de la langue écrite ou de la langue orale publique (émissions de télévision, communications). À l’Université Vytautas Magnus 320 KALBOS KULTŪRA | 81 La création, entre 2006 et 2008, du corpus de langue parlée lituanienne a rendu possible l’analyse de conversations spontanées naturelles. L’objectif de l’étude était d’analyser les phrases interrogatives employées dans la langue spontanée et de déterminer en quoi la structure de ces phrases diffère dans le parler des hommes et des femmes. Il s’agissait de vérifier trois hypothèses: 1) les hommes et les femmes suivent des stratégies différentes pour faire progresser la conversation; les questions devraient donc être plus fréquentes dans le parler des femmes que dans celui des hommes; 2) au cours d’une conversation, les femmes accordent davantage d’attention à la manifestation d’une proximité avec leur interlocuteur; il est donc probable que les questions fermées soient plus fréquentes dans le parler des femmes, tandis que les phrases interrogatives partielles le seraient davantage dans celui des hommes; 3) les femmes devraient employer plus souvent que les hommes des phrases interrogatives contenant les particules ane, taip en fin de phrase, qui montrent que le locuteur tient compte de l’opinion de son interlocuteur. Les résultats de l’étude n’ont pas infirmé ces hypothèses, mais les participants à la conférence ont soulevé des questions quant à la précision de la méthodologie et à la représentativité des données sélectionnées. Mantrimas Danielius (Université de Vilnius, Collège de Vilnius) a étudié la langue des signes lituanienne (« L’influence de la langue lituanienne sur la langue des signes lituanienne »), langue autonome utilisée par plus de 6 000 personnes sourdes en Lituanie, dotée d’une expression qui lui est propre et entièrement différente. La langue des sourds diffère de la forme de communication littérale utilisée par les personnes devenues sourdes et les entendants, appelée communication signée: lorsqu’on parle lituanien, on accompagne la parole de gestes. L’intervenant a passé en revue les différentes façons dont la langue lituanienne influence cette langue des signes visuelle, dont le mode d’expression est tout autre. Selon lui, l’une des influences de la langue lituanienne sur la langue des signes les plus importantes et les plus manifestes réside dans les mouvements articulatoires des lèvres. Par ailleurs, sous l’influence du lituanien, l’ordre des constituants S–O–V, caractéristique de la langue des signes, est de plus en plus souvent remplacé par l’ordre S–V–O; l’épithète et les prépositions sont placées avant le nom, etc. Un autre mode d’interaction très répandu entre la langue des signes et le lituanien est l’emprunt de mots. Les mots épelés à l’aide de l’alphabet manuel — généralement des noms de personnes, des toponymes et des noms de nouveaux objets — sont employés dans la langue des signes lituanienne comme des éléments étrangers, mais sont très rapidement remplacés par des signes. Dans sa communication intitulée « Le lexique propre à la langue parlée: usage et rapport avec les dictionnaires de la langue lituanienne », Giedrius Tamaševičius (Institut de langue lituanienne) a analysé les résultats d’une étude du lexique caractéristique de la langue parlée. Les mots destinés à l’enquête par questionnaire ont été sélectionnés dans le corpus de langue parlée lituanienne. L’objectif de l’étude était de déterminer dans quelle mesure certains mots propres à la langue parlée ou relevant de l’argot sont répandus parmi les différents groupes d’âge et chez les répondants des deux sexes — Šešioliktoji Jono Jablonskio konferencija 321 les mots classés dans cette catégorie. Selon l’intervenant, de telles études devraient inciter à examiner la possibilité d’inclure dans les dictionnaires les mots ou les sens les plus fréquemment employés propres à la langue parlée. À la fin de la conférence, les participants ont échangé leurs opinions et leurs conseils sur la conduite des études sociolinguistiques et ont réfléchi au thème que pourrait avoir la conférence Jono Jablonskio de l’année suivante. Reçu le 7 décembre 2008 VILMA ZUBAITIENĖ Vilniaus universitetas Universiteto g. 5, LT-01513 Vilnius [email protected] 322 KALBOS KULTŪRA | 81