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Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku „jog“

Artūras Judžentis

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ARTŪRAS JUDŽENTIS Institut de langue lituanienne À PROPOS DES PROPOSITIONS SUBORDONNÉES CAUSALES AVEC LA CONJONCTION jog L’article examine les propositions subordonnées causales des phrases complexes à subordination introduites par la conjonction jog: il passe en revue leur emploi depuis les premiers écrits lituaniens jusqu’à nos jours, montre l’évolution de leur codification dans la langue standard, met en évidence les critères de codification et présente les arguments en faveur d’une codification positive. 1. DONNÉES DES ÉCRITS ANCIENS ET DES DIALECTES 1.1. Heinrich Johann Lysius a traduit ainsi, dans le manuscrit Petit Catéchisme (1719), l’extrait de Martin Luther sur la création de la femme: Et le Seigneur Dieu fit une femme à partir de la côte qu’il avait prise à l’homme, et la lui amena. Alors l’homme dit: « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair. » C’est pourquoi elle sera appelée femme, car elle a été tirée de l’homme. LyK 4514–17 Dans cette traduction, l’attention est attirée non seulement par le néologisme vyrienė, mais aussi par la proposition subordonnée causale introduite par la conjonction jog, qui exprime le motif de cette dénomination. En choisissant cette conjonction, Lysius ne se démarquait pas des autres auteurs et traducteurs de Prusse-Orientale de l’époque. La conjonction jog et ses diverses variantes étaient déjà employées dans ces phrases par Martynas Mažvydas (cf. Hermann 1912: 8, 12; Drotvinas 1964: 21 s.; Urbas 1996: 175), par exemple: Tu ßmagau turi garbinti Diewa / Jag tawe taip gerai gis papeneia MžK 122(76)10–11 De telles propositions circonstancielles causales étaient employées par Baltramiejus Vilentas (cf. Hermann 1912: 25), Jonas Bretkūnas (cf. Leskien 1903: 106; Hermann 1912: 28; Kibil d aitė 2001: 136 s.) et d’autres (cf. Bezzenberger 1877: 266; Hermann 1912: 67). Le fait que l’emploi de la conjonction jog dans les propositions subordonnées causales A. JUDŽENTIS. Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku jog 77 Que dans les propositions, il s’agissait d’un phénomène normatif de la variété occidentale de l’ancienne langue écrite lituanienne, comme le confirme la Grammatica Lithuanica de Danielius Kleinas (1653), où il figure aux côtés d’autres conjonctions exprimant des rapports de cause (cf. PLKG 1957: 142). Les propositions subordonnées de ce type étaient également largement employées dans les écrits rédigés et publiés dans le grand-duché de Lituanie. On les trouve dans le catéchisme de Mikalojus Daukša1 et dans la Postilė (voir Hermann 1912: 32, 36; Drotvinas 1964: 21t), par exemple: M. Comment donc mourut Dieu, et non l’homme? Mo. Il mourut en homme, comme homme / iog Dieu, en tant que Dieu, ne pouvait jamais mourir ni souffrir de nouveau. DK 3414–20 Ces propositions causales étaient également employées par d’autres représentants de la variété centrale de l’ancienne langue écrite: Simonas Vaišnoras (voir Michelini 1991: 224), les auteurs de Knygos nobąžnystės krikščioniškos (voir Drotvinas 1964: 21t), Samuelis Boguslavas Chylinskis (voir Drotvinas 1964: 21t). Dans la variété orientale de l’ancienne langue écrite, les propositions subordonnées circonstancielles de cause introduites par la conjonction jog sont attestées dans la traduction du catéchisme de Ledesma de 1605 (Hermann 1912: 41) et dans les Evangelijos bei epistolų de Jonas Jaknavičius, cf.: J’ai apporté quelques mots nouveaux, inconnus jusqu’ici, tirés du Cathechijmo traduit par le très révérend seigneur Mikalóius Dáukßa, chanoine de l’Église de Samogitie, iog et il l’a traduit en samogitien. LK A214–12 Et elle mit au monde son fils premier-né, l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car iog il n’y avait pas de place pour eux dans l’auberge. JE 913–19 Tokius sakinius vartojo ir Konstantinas Sirvydas (Hermann 1912: 44; Drotvinas 1964: 21t). Šalutinį priežasties sakinį su šiuo jungtuku randame trečiajame Dictionarium trium linguarum leidime (1642): Muscle dans le corps des animaux et de l’homme. Musculus. Une partie du corps appelée « pehełe » / jog est la partie charnue de la cuisse, souvent blessée. SD3 183 Eduardas Hermannas a observé que, dans la variété orientale de la langue écrite, la conjonction jog était le plus souvent employée dans les propositions circonstancielles de cause, tandis que, dans les écrits des auteurs de Prusse-Orientale, elle apparaissait dans les propositions explicatives (1912: 67). 1 D’ailleurs, près d’un tiers de toutes les propositions subordonnées de cause introduites par cette conjonction n’ont pas d’équivalent dans l’original polonais (cf. Judžentis, Pajėdienė 2006: 32). 78 KALBOS KULTŪRA | 82 Ainsi, les propositions subordonnées circonstancielles de cause introduites par la conjonction jog constituent une caractéristique typique de la phrase complexe dans les anciens écrits lituaniens, un phénomène normatif de la langue écrite de l’époque. De telles propositions étaient employées non seulement dans les textes traduits, mais aussi dans les textes originaux (cf. les phrases citées du traducteur anonyme du catéchisme de Ledesma et de K. Sirvydas); elles ont vraisemblablement été reprises de la langue parlée2. En ancien lituanien, la conjonction jog et ses diverses variantes figuraient parmi les moyens de liaison les plus largement employés dans les phrases complexes à subordination; elle reliait la proposition principale non seulement à des subordonnées de cause, mais aussi à des subordonnées explicatives, déterminatives (de conséquence), voire finales (Hermann 1912: 67–68; Ambrazas 2006: 468, 482). E. Hermann ne doutait pas que, dans ses trois premiers sens, elle ait été autrefois employée dans toute la Lituanie3. Il est vrai que, même en ancien lituanien, les phrases avec cette conjonction ne constituaient pas le type dominant de subordonnées de cause: dès cette époque, on y employait les variantes des conjonctions nes et kadangi, et la conjonction kad. s’y introduisait également. Les propositions subordonnées de cause introduites par la conjonction jog ont également été employées à des époques plus tardives. On peut en trouver dans le Ziwate (1759), écrit dans le dialecte de Kretinga, par exemple: Jezufas jog buwa dydey fukuttas, nuwargintas, tąnkiey puldynieje anamy kelie Z 187, 26–188, 1; Ką padarey, jog tawęs tawa žmones teyp dydey neapkient: jog wyly fufybuntawojy ant tawęs, nor tawi numariti ant kriziws Z 20822–25 De telles phrases étaient également employées par Kiprijonas Lukauskas dans ses sermons manuscrits de la fin du XVIIIe siècle, par exemple: Tay wis tikiu stipray yr iszpazistu diel to, jog tu tay apreyszkie. Kursay efs’i Teysibiu nesutwertu LP 5712–13 On en trouve aussi dans les prières et les actes de foi du manuel élémentaire de Kajetonas Nezabitauskis, Naujas mokslas skaitymo (1824): Diewe geriausis! nupuolau, gayluose ysz szyrdies, <...> diel to, jog asz tawi, kuris esi patsay sawiey tykra gierybe, užrustynau NE 3826–31 2 On ne saurait partager l’opinion exprimée par Jonas Palionis dans son Lietuvių literatūrinės kalbos istorijoje au sujet des phrases subordonnées comportant une proposition de cause introduite par la conjonction jog et divers corrélats dans la proposition principale: « on peut penser qu’elles étaient de nature occasionnelle et qu’elles sont apparues sous l’influence des originaux polonais » (1979: 70). Cette idée a disparu de la deuxième édition du manuel — l’auteur y a probablement renoncé (cf. 1995: 75). 3 Cf.: « Je ne doute pas que la signification consécutive, tout comme la signification causale et explicative, ait autrefois été répandue dans toute la Lituanie » (1912: 68). A. JUDŽENTIS. Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku jog 79 Les exemples d’emploi de la conjonction jog dans les propositions subordonnées de cause donnés dans le Dictionnaire de la langue lituanienne (LKŽ IV 352) proviennent de la troisième édition du dictionnaire de K. Sirvydas (voir la phrase citée), des écrits de Laurynas Ivinskis et de Jonas Jablonskis; des renvois sont également donnés au dictionnaire de Pilypas Ruigys (1747), aux Beiträge d’Adalbert Bezzenberger (1877) et aux écrits d’Ambraziejus Pabrėža. L’emploi de la forme jogei au sens causal est illustré par une phrase tirée des écrits de Motiejus Valančius. Après avoir étudié de manière approfondie la littérature de fiction de la seconde moitié du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, Julija Žukauskaitė a établi que Simonas Daukantas, Motiejus Valančius, Laurynas Ivinskis, Juozapas Dovydaitis, Žemaitė, Vaižgantas, Petras Cvirka et d’autres avaient employé la conjonction jog dans des propositions subordonnées de cause (Žukauskaitė 1960: 47–49). L’auteure affirme que « dans les écrits de nos classiques, la conjonction jog est rarement employée » (ibid., 33) et qu’elle est « très fréquente uniquement dans les écrits » (35), mais qu’autrefois « la conjonction usuelle jog était employée beaucoup plus largement[,] que kad » (34), et que « [l]es écrivains samogitiens ayant écrit autrefois emploient eux aussi la conjonction jog plus souvent que kad » (33). 1.2. Les données sur les propositions subordonnées de cause employées dans les dialectes avec la conjonction jog sont rares. Il convient de noter que la syntaxe de nos dialectes, contrairement à la phonétique et à la morphologie, est généralement peu décrite. Dès la grammaire d’August Schleicher, on trouve la remarque selon laquelle cette conjonction est caractéristique de la langue et des écrits anciens; dans la langue parlée alors en Lituanie mineure, elle était déjà peu employée: « jet wird es in der gewöhnlichen sprache wol wenig mer gebraucht » (Schleicher 1856: 332). Le LKŽ n’illustre pas par des exemples dialectaux l’emploi de la conjonction jog au sens de car ni de puisque. Juozas Senkus mentionne lui aussi, bien que cet emploi de la conjonction pour exprimer la cause soit rare, un exemple dans son article « Kapsų ir zanavykų tarmių jungtukas, jaustukas ir ištiktukas », mais il donne un exemple de phrase explicative (cf. 1961: 111). J. Žukauskaitė ne fournit pas non plus d’exemples dialectaux dans son article sur la conjonction jog de la langue littéraire, mais, selon elle, « dans la langue vivante, jog pourrait encore être employé aujourd’hui avec ce sens [causal]. Les chants recueillis par A. Juška et les contes de J. Basanavičius le montrent: certains jog correspondent tout à fait à la conjonction puisque de la langue littéraire » (Žukauskaitė 1960: 47). La remarque de l’autrice sur la « confusion » entre la conjonction jog et la particule juk dans certains dialectes est également importante (ibid., 50). Il est possible qu’une phrase relevée avec la conjonction jog-geis dans un conte recueilli à la fin du XIXe siècle dans les environs de Raseiniai par Mečislovas Davainis-Silvestraitis soit également considérée comme une subordonnée de cause, cf.: 80 KALBOS KULTŪRA | 82 Qu’allez-vous donc pleurer et vous lamenter ici? Puisque, sans doute, nous sommes perdus à jamais, jog eis ce qui sort du sac périt DSP 143 C’est précisément dans les dialectes samogitiens et les dialectes aukštaitiai du Nord que les propositions subordonnées de cause avec la conjonction jog ou ses variantes ont pu se maintenir le plus longtemps. Le fait que les propositions subordonnées de cause avec la conjonction jog ne trouvent (ou presque pas) d’ancrage dans les dialectes actuels ne saurait constituer un argument décisif contre leur codification: les propositions subordonnées de but avec la conjonction idant, les propositions de cause avec kadangi, etc., sont également peu usitées dans les dialectes actuels, mais elles sont considérées comme adaptées à la langue standard pour des raisons de pertinence stylistique et fonctionnelle. 2. USAGE ACTUEL Des exemples d’emploi actuel des propositions subordonnées de cause avec la conjonction jog ont été recherchés dans le Corpus de la langue lituanienne contemporaine (http://donelaitis.vdu.lt). Dans les parties du corpus consultées — « Presse nationale », « Mémoires » et « Presse de vulgarisation » —, 24 phrases de ce type ont été trouvées, soit environ 4% de tous les exemples de cette conjonction présentés dans ces parties (voir le tableau 1). Par exemple, dans la partie « Presse nationale », 7 des 194 propositions subordonnées contenant cette conjonction expriment la cause. La comparaison avec les propositions complétives, l’un des principaux types d’emploi de la conjonction jog présentés dans les ouvrages normatifs, montre que ce chiffre n’est pas faible: seuls 2 exemples de ce type ont été trouvés dans cette partie du corpus. Dans la partie « Mémoires », pas moins de 14 des 196 exemples d’emploi de la conjonction jog peuvent être considérés comme comportant une proposition subordonnée de cause (4 d’entre eux sont probablement parvenus dans le corpus par le biais de citations tirées d’écrits anciens; ils ne seront pas cités ci-après). Dans la partie « Presse de vulgarisation », la proportion est quelque peu différente: on y a trouvé 3 propositions subordonnées de cause et 9 propositions complétives. TABLEAU 1. Propositions subordonnées avec la conjonction jog dans le Corpus de la langue lituanienne contemporaine Partie du corpus Presse nationale Mémoires Presse de vulgarisation Propositions explicatives 184 176 185 Propositions complétives 2 6 9 Propositions de cause 7 14 3 A. JUDŽENTIS. Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku jog 81 Suite du tableau 1 Partie du corpus Périodiques républicains Mémoires Périodiques populaires Propositions de but 1 0 2 Nombre total d’exemples examinés 194 196 199 Périodiques républicains4 Vėliau I. M. jam sakė, kad vėl priekaištaujama dėl to, jog buvo tartasi nušauti, o ne sprogdinti; Beveik nebūna atvejų, kai mūsų klientas buvo nusivylęs dėl to, jog ilgai reikia laukti pinigų; Ir visada galima reikšti nepasitenkinimą Vyriausybės ar Seimo nutarimais. Ne dėl to, jog jie aiškiai klaidingi, bet todėl, kad atseit galėtų būti geresnis variantas; Tada lengviausia už širmos pasodinti “temai parengtą” artistą (-ę). Juo labiau jog kai kurių neišlindimas iš už širmos laidos gale yra beveik neišvengiamas; Dabar pasijutome pavargę ir pradėjome nerimauti dėl to, jog nežinome, ar teisinga kryptimi einame, kiek jau nuėjome, o gal trypčiojame vietoje; V. J. buvo pažadėjęs sumokėti 2 tūkst. JAV dolerių už tai, jog parūpino “darbą”; Dabar jau galima teigti, kad didžiausią džiaugsmą dėl to, jog pateko į ketvirtfinalį, patyrė Turkijos, Rumunijos ir Ispanijos rinktinių gerbėjai. Mémoires En 1945, une enseignante de la RDA fut licenciée parce qu’elle avaitosé lire en classe des épisodes de Fifi Brindacier; Le petit Vilhelmas Ulsonas grandit depuis déjà huit ans dans l’appartement de sa tante Edla et de son oncle Sixten, à Stockholm; il n’est ni aimé ni désiré. Peut-être est-ce parce que lesparents adoptifs auraient préféré prendre une fille à l’orphelinat plutôt qu’un garçon, mais ils n’en ont pas obtenu... D’autre part, les critiques, comparant Fifi à d’autres héros libres, remarquent sa singularité et sa supériorité avant tout parce qu’elleest « forte, joyeuse et fondamentalement heureuse »; Voilà que Mijo se demande sans cesse et répond lui-même pourquoi la terre, la grotte et les arbres l’aident — peut-être parce qu’ilsils détestaient tous Kat... Peut-être est-ce parce que soncaractère fantastique et conventionnel est tout à fait manifeste, ou peut-être parce qu’ilest de sexe masculin, l’image de Karlsson a suscité beaucoup moins d’hostilité pédagogique que Fifi, bien qu’ils aient par ailleurs de nombreux traits communs; Certains médecins de mon enfance et de mon adolescence taisaient les faits désagréables concernant le diabète « pour mon bien », parce qu’ilsils pensaient que je n’étais pas capable de faire face aux faits amers; Oui, il y a des arguments. Et pas seulement parce qu’lepersonnage principal est une fille; Ces histoires sont particulièrement fascinantes parce qu’deslecteurs d’âges différents peuvent y trouver des choses tout à fait différentes; [Et ce personnage est probablement très attirant pour les lecteurs aussi, surtout parce qu’ilil suscite la joie de se reconnaître en lui. 4La langue des exemples tirés d’Internet n’a pas été corrigée. 82 KALBOS KULTŪRA | 82 Presse populaire [N]e fait pas mention du « Viagra », qui, semble-t-il, pourrait aujourd’hui résoudre ses problèmes. Peut-être ne sait-elle pas très bien que celui-ci existe? Ou peut-être parce que jog on ne vit pas deux fois; mais je n’ai jamais pensé que c’était parce que jog il avait bu; je ne vous ai délibérément pas raconté tout le déroulement du traitement. Ce n’est pas seulement parce que jog je respecte des règles d’éthique non écrites. Les exemples cités permettent de dégager plusieurs caractéristiques des propositions subordonnées de cause introduites par la conjonction jog. Premièrement, elles marquent des relations de cause à effet ou entre une affirmation et son fondement logique. Deuxièmement, dans la phrase complexe, elles suivent le plus souvent la proposition principale. Troisièmement, elles sont corrélées, dans la proposition principale, à des mots tels que: le plus souvent pour cette raison, plus rarement c’est pourquoi ou pour cela. Ces mots corrélatifs précèdent généralement la conjonction et mettent en évidence la fonction syntaxique de la proposition subordonnée. Les limites des phrases dépourvues de mots corrélatifs ne sont pas toujours nettes et peuvent être interprétées de diverses façons (cf. la phrase citée D’autant plus que quele fait que certains ne sortent pas de derrière le rideau à la fin de l’émission est presque inévitable). Ces caractéristiques des phrases examinées peuvent s’expliquer par la polysémie et la multifonctionnalité de la conjonction jog en lituanien contemporain (cf. l’emploi, dans des phrases correspondantes, de son synonyme, la conjonction que). L’emploi de la conjonction jog dans les propositions subordonnées a été examiné en 2003 par la sous-commission de la Commission d’État de la langue lituanienne. Il est regrettable jog que les décisions de la réunion se soient limitées à une déclaration générale selon laquelle « [l]es conjonctions idant et jog sont assez archaïques et doivent donc être employées avec discernement ». La sous-commission « s’inquiétait de ce que jog, idant, bei soient employés trop souvent et sans justification » (« Nouvelles des sous-commissions », 2003 02 04, préparé par Aistė Pangonytė, www.vlkk.lt). Les inquiétudes de la sous-commission semblent trouver une explication dans l’opinion de Rita Miliūnaitė, selon laquelle la conjonction jog est caractéristique « du style écrit, de la langue livresque, en particulier de la langue scientifique, où l’on emploie beaucoup de phrases subordonnées et coordonnées » (2006: 147)⁵. Cette définition du domaine d’emploi et du style de la conjonction jog ne convient pas, du moins, aux propositions subordonnées de cause de la langue contemporaine. Dans la partie « Documents d’État de la République de Lituanie » du corpus de la langue lituanienne contemporaine, on n’a trouvé aucune phrase de ce type, et dans la partie « Traductions de littérature philosophique », une seule. On peut aisément constater, en consultant Internet, que les propositions subordonnées de cause introduites par la conjonction jog sont assez largement employées dans les registres informels de la langue contemporaine 5Jonas Palionis partageait un avis similaire sur les propositions subordonnées de cause introduites par la conjonction jog dans les anciens écrits lituaniens: selon lui, elles ont « [n]on seulement une nuance archaïque, mais aussi livresque » (1979: 70). A. JUDŽENTIS. Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku jog 83 le moteur de recherche Google. En saisissant dans le champ de recherche les mots « dėl to jog » ou « todėl jog », nous trouverons de nombreuses phrases qui nous intéressent, non seulement dans la presse périodique, mais aussi sur des sites de discussion, des forums, des blogs, etc. En voici quelques exemples: Quel membre du groupe a perdu son emploi parce qu’il ne voulait pas se faire couper les boucles? www.superma-ma.lt/.../index.../t352404-400.html; tada uzmesk i kita vieta taip pat irgi pora turetum spet istraukt, o taip yra todel jog prisistato lydziukas i ta vieta kur judesys yra http://www.biteplius.lt/lt/2club.main (options « Moi et les autres », « Club des pêcheurs », sujet « Pêche au brochet avec un poisson-appât vivant »). Tout cela montre que le domaine d’emploi des propositions subordonnées causales introduites par la conjonction jog est vaste dans la langue actuelle; elles sont assez souvent employées dans des genres discursifs informels, proches non seulement de la langue écrite, mais aussi de la langue parlée (à leur sujet, voir Miliūnaitė 2008). La diffusion de cet emploi peut sans doute aussi s’expliquer par une certaine recherche de systématicité: la synonymie des conjonctions kad et jog dans les propositions explicatives, ainsi que dans les propositions complétives, beaucoup plus fréquentes, favorise et encourage l’emploi de la conjonction jog également dans les propositions subordonnées causales. 3. ÉTUDES DE LA NORME ET ÉVOLUTION DE LA CODIFICATION6 En examinant la question de l’orthographe de la conjonction jog, Jonas Jablonskis cita dès 1893 une proposition subordonnée causale introduite par cette conjonction (tirée d’un catéchisme de 1598) (voir Balčikonis, éd. 1935: 23). La grammaire de 1901 donne plusieurs exemples de propositions complétives (ou consécutives) et explicatives introduites par la conjonction jog (et ses variantes juog, juogei) (Jablonskis 1957: 157). L’emploi de cette conjonction dans les propositions subordonnées est décrit plus en détail dans Lietuvių kalbos sintaksėje (1911): cet ouvrage fournit des exemples d’emploi correct de jog dans les propositions sujet (1957: 491), prédicatives (ibid., 492), complétives (493), relatives (495), causales (500) et circonstancielles de manière (506). L’emploi de la conjonction jog dans les phrases complexes et ses relations avec la conjonction kad ont également été brièvement abordés par Antanas Salys et Leonardas Dambrauskas-Dambriūnas. Dans la rubrique « questions de langue maternelle » de Gimtosios kalbos, répondant à la question de savoir quand employer kad et quand jog pour relier des propositions, A. Salys recommande ce dernier 6Rita Miliūnaitė a brièvement passé en revue les recommandations concernant l’emploi des conjonctions de subordination jog et kad (voir 2003: 199–200). 84 KALBOS KULTŪRA | 82 vartoti, „kur sakin yje daug kad susigrūda“ (GK₁ 1938, 9: 138 = Jonikas, red. 1979: 261). Ten pat jis duoda ir šio jungtuko vartojimo aiškinamuosiuose ir priežasties sakiniuose pavyzdžių. Tokios vartosenos nepeikia, tik pastebi, kad „dabar visuose šiuose sakiniuose paprastai linkstame vartoti vien kad“ (ten pat). Beveik tuo pačiu metu L. Dambrauskas-Dambriūnas Kalbos patarėjuje rašė, kad jungtukai jog ir kad yra vienos reikšmės, tik pastarasis vartojamas dažniau (KP 1939: 58). Panašiai jo rašoma ir čikagiškės Gimtosios kalbos klausimų kraitelėje: „Jungtukai k a d ir j o g dažnai savo reikšme neskiria ir daugeliu atvejų gali būti vartojamas vienas arba antras tame pačiame sakiny“ (GK₂ 1960, 4: 75), tačiau aiškinamuosiuose sakiniuose siūlo teikti pirmenybę jungtukui kad. C’est Julija Žukauskaitė qui a étudié et décrit le plus en détail l’emploi de la conjonction jog dans la langue standard, dans des travaux rédigés au cours des années 1960. Dans l’article mentionné sur la conjonction jog de la langue littéraire lituanienne (1960), elle affirme que les phrases complexes introduites par les conjonctions kad et jog diffèrent par « la sonorité des mots qu’elles relient » et par leurs nuances stylistiques: l’emploi de la conjonction jog « confère à la pensée de la phrase un certain caractère déclaratif » (ibid., 34–35). L’auteure conclut: « [l]a conjonction jog s’emploie dans les propositions subordonnées sujet, prédicatives, complétives, relatives, circonstancielles de manière et, occasionnellement, causales » (ibid., 35). Après avoir examiné séparément l’emploi de cette conjonction dans les propositions subordonnées causales, J. Žukauskaitė parvient à la conclusion suivante: « [d]ans la langue littéraire lituanienne contemporaine, nous n’introduisons généralement pas les propositions subordonnées circonstancielles de cause par la conjonction jog. Mais dans la langue vivante, jog pourrait encore être employé avec ce sens » (ibid., 47). L’auteure montre ensuite comment les linguistes eux-mêmes ont restreint l’emploi de la conjonction jog dans la langue standard: les propositions subordonnées causales introduites par cette conjonction dans l’édition de 1948 des œuvres de Žemaitė ont été systématiquement remplacées, dans l’édition de 1956, par des propositions introduites par les conjonctions kad ou nes (ibid., 47–48). Dans Dabartinės lietuvių kalbos sintaksėje, Jonas Balkevičius ne mentionne pas du tout la conjonction jog dans le chapitre consacré aux propositions subordonnées causales (1963: 362–363). J. Žukauskaitė commence un autre article consacré à l’emploi de la conjonction jog par la phrase suivante: « Dans les dialectes, la conjonction jog n’est plus guère employée » (1968: 21). Cela permet de penser que l’auteure savait que cette conjonction était autrefois plus répandue dans les dialectes qu’aujourd’hui. Dans la Grammaire de la langue lituanienne (LKG 1971: 675–677), elle résume ainsi l’usage des conjonctions jog et kad: « [l]es conjonctions jóg et kàd n’ont le même sens que dans certains cas. La seconde est plus fréquente et peut s’employer avec des sens qui ne sont pas propres à la conjonction jóg » A. JUDŽĖNTIS. Dėl šalutinių priežasties sakinių su jungtuku jog 85 (ibid., 677). Parmi les traits qui ne sont pas caractéristiques de la conjonction jog, J. Žukauskaitė mentionne notamment la valeur causale (ibid.)7. C’est sans doute précisément la codification négative susmentionnée de son emploi dans les propositions subordonnées causales qui a déterminé le sort de ce type d’emploi de la conjonction jog dans les travaux descriptifs et normatifs ultérieurs, au deuxième tome de la Lietuvių kalbos gramatikos. Dans l’article programmatique de Vytautas Ambrazas, « Les types structurels des phrases subordonnées en lituanien » (1972), paru un an plus tard, les propositions subordonnées causales avec la conjonction jog ne sont déjà plus mentionnées. Le manuel universitaire Lietuvių kalbos morfologija reprend la recommandation de J. Žukauskaitė sur l’emploi des conjonctions jog et kad (cf. Jakaitienė, Laigonaitė, Paulauskienė 1976: 235), mais précise en note que « [d]ans les écrits plus anciens, la conjonction jog est aussi employée pour exprimer des rapports de cause » (ibid.). Dans le troisième tome de la Lietuvių kalbos gramatikos (LKG 1976: 867), les propositions subordonnées causales avec la conjonction jog ne sont mentionnées que brièvement et en petits caractères8. Les ouvrages de grammaire ultérieurs ne mentionnent plus du tout les propositions subordonnées causales avec la conjonction jog (voir Sirtautas, Grenda 1988: 169–170; Labutis 1994 II: 69–70; DLKG 1994: 689). Les ouvrages consacrés à l’usage pratique de la langue suivent la codification établie par les grammaires normatives. Ainsi, les Kalbos praktikos patarimuose donnent des exemples d’emploi correct de la conjonction jog dans les propositions subordonnées complétives, prédicatives et circonstancielles de manière, mais ne mentionnent pas les propositions subordonnées causales (KPP1 1976: 117; KPP2 1985: 123). Dans le troisième fascicule des Kalbos patarimų, après avoir signalé que l’emploi de cette conjonction dans les propositions subordonnées finales est déconseillé, son emploi est présenté comme correct pour relier des propositions subordonnées sujet, complétives et consécutives (KP S 2003: 28), tandis que les propositions subordonnées causales ne sont pas évoquées. Les publications destinées à l’école et au grand public consolident également la norme codifiée. Dans son ouvrage Kalbos kultūra visiems (2003), Jonas Šukys affirme que la conjonction jog est souvent synonyme de la conjonction kad. Toutefois, la conjonction jog ne s’emploie pas avec le mode conditionnel. Dans le Lietuvių kalbos žinynas, la conjonction jog n’est mentionnée ni dans la section des propositions subordonnées circonstancielles de but, ni dans celle des propositions subordonnées circonstancielles de cause (LKŽin 2007: 275, 277). 7 L’auteure se contredit lorsqu’elle écrit plus loin, sur la même page et en petits caractères, que « [d]ans les dialectes et les écrits anciens, la conjonction jóg est employée pour marquer un rapport de cause » (LKG 1971: 677), ainsi que d’autres sens. 8 Cf.: « Dans les dialectes, les écrits plus anciens et, occasionnellement, la littérature, on trouve des propositions causales avec la conjonction jog. Le mot corrélatif employé dans de telles propositions est également dėl to » (LKG 1976: 867). Trois exemples de cet emploi sont donnés: tirés du LKŽ, de contes recueillis par Jonas Basanavičius et des écrits de Simonas Daukantas. 86 KALBOS KULTŪRA | 82 L’évolution de la codification des propositions subordonnées causales avec la conjonction jog peut se résumer brièvement ainsi: au début et au milieu du XXe siècle, elles étaient codifiées comme des phrases normatives, bien que moins fréquentes (dans la langue parlée); à la fin du siècle dernier (après le troisième tome de la LKG), les ouvrages descriptifs, normatifs et pédagogiques ne les mentionnent plus du tout, comme si elles n’étaient plus employées. CONCLUSIONS Les propositions subordonnées causales avec la conjonction jog constituent un type propre, non emprunté, de phrase complexe à subordination. Elles sont employées sans interruption du XVIe siècle jusqu’à nos jours dans des écrits reposant sur diverses bases dialectales. Elles sont probablement passées dans les écrits anciens depuis la langue parlée. Employées comme synonymes des phrases avec la conjonction kad, ces phrases sont également assez répandues dans le lituanien contemporain. Elles sont caractéristiques de la langue de la presse périodique, de la littérature et des genres oraux informels. Depuis la fin du XXe siècle, les propositions subordonnées causales avec la conjonction jog ne sont plus mentionnées dans les ouvrages descriptifs, normatifs et pédagogiques de grammaire. L’usage de ces propositions dans la langue ancienne et contemporaine constitue un fondement suffisant pour envisager leur codification positive dans la langue standard. Il est nécessaire de continuer à étudier et à décrire ces phrases dans de nouveaux ouvrages de grammaire. ŠALTINIAI DK – Mikalojaus Daukšos 1595 metų katekizmas. Parengė Vida Jakštienė ir Jonas Palionis, Vilnius: Mokslo ir enciklopedijų leidykla, 1995. DSP – Pasakos, sakmės, oracijos. Surinko Mečislovas Davainis-Silvestraitis, Vilnius: Vaga, 1973. GK1 – Gimtoji kalba, Kaunas, 1933–1941. 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