Naudinga žymaus mūsų kraštiečio knyga
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LIETUVIŲ KALBOTYROS KLAUSIMAI, XXX (1993)
PERIFERINĖS LIETUVIŲ KALBOS TARMĖS
UN LIVRE UTILE D’UN CÉLÈBRE COMPATRIOTE
Récemment, une cargaison de livres accompagnée de dédicaces en lituanien est arrivée de Moscou, envoyée par le linguiste, slaviste et éminent spécialiste de la langue bulgare Grigorij Venediktov, docteur ès lettres (« La langue littéraire bulgare à l’époque du Renouveau »1 et « Études bulgaristiques »2), à des linguistes lituaniens (plus précisément à l’historien de la langue, le Dr A. Sabaliauskas).
Des deux livres, le premier est plus intéressant et plus accessible à notre lecteur, mais le second, plus exotique, écrit en bulgare, mérite aussi l’attention. L’auteur lui-même le présente ainsi dans une carte postale accompagnée de vœux pour la nouvelle année: « Je n’ai reçu de Bulgarie que quelques exemplaires du livre « Българистични студии ». Celui que je vous envoie est peut-être le seul dans ma patrie, la Lituanie. Votre G. Venediktov ».
Ce savant, qui parle et écrit joliment le lituanien, est né et a grandi dans le nord de la Lituanie, non loin d’Obeliai; il a fréquenté l’école primaire locale, puis, dans les années cinquante, a terminé ses études secondaires à Vilnius. C’est pourquoi, plaisantant, l’auteur dit avoir appris le lituanien d’abord, et le russe ensuite. Après avoir achevé ses études de slavistique à l’Université de Moscou, il s’est consacré aux études bulgares. G. Venediktov est aujourd’hui l’auteur de nombreux livres et l’un des plus éminents spécialistes de l’histoire de la langue bulgare dans l’ancienne Union soviétique. Ses recherches portent sur les problèmes de formation et de normalisation de la langue bulgare commune durant la période du Renouveau national. Il a déjà examiné bon nombre de ces problèmes dans son recueil d’articles « De l’histoire de la langue littéraire bulgare contemporaine »3.
La Lituanie et la Bulgarie sont liées par de nombreux parallèles historiques ainsi que par d’autres relations directes ou indirectes. Toutes deux sont des États d’Europe centrale et, au XIXe siècle, toutes deux ont commencé à s’affranchir du joug étranger: les Bulgares, de la domination turque et de l’oppression spirituelle grecque, et les Lituaniens, de la Russie tsariste et du joug spirituel polonais. De même qu’en Lituanie le polonais était considéré comme la langue des sciences, de la littérature et de la religion, en Bulgarie le grec remplissait la même fonction. Le patriarche du Renouveau national lituanien, J. Basanavičius, a profondément marqué la culture du renouveau des deux peuples, bulgare et lituanien. Dès 1825, l’éminent chercheur de la langue et du folklore bulgares J. Venelin tenta également de dénombrer les habitants de Lituanie en fonction de leur nationalité. Lors des combats de 1877-1878 pour la libération de la Bulgarie du joug turc, de nombreux Lituaniens tombèrent dans les rangs des Russes et des Bulgares. On le voit dans
1 Венедиктов Г. К. Болгарский литературный язык эпохи возрождения. Проблемы и выбора диалектной основы. М., "Наука", 1990. 206 с.
2 Венедиктов Г. Българистични студии. София. 1990. 242 с.
3 Венедиктов Г. К. Из истории современного болгарского литературного языка. София. 1981. 270 с.
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les noms des défenseurs du passage des Balkans à Šipka, ainsi que les livres de prières lituaniens conservés au musée de Šipka4.
Outre les parallèles entre l’histoire des peuples lituanien et bulgare, il existe aussi de nombreuses divergences, dues aux circonstances particulières de leur évolution. Rappelons que la Bulgarie est le berceau de l’ancienne langue liturgique slave, également appelée ancienne langue bulgare. Au IXe siècle, les évangélisateurs de la Bulgarie, les moines grecs Cyrille et Méthode, adaptèrent les caractères à la langue bulgare.
Après avoir enduré près de cinq siècles d’oppression turque, les Bulgares développèrent plus tôt une résistance à celle-ci et se soulevèrent pour défendre leur langue maternelle et leur liberté. Le même empire tsariste, qui aspirait à gouverner l’ensemble du monde slave et avait aidé les Bulgares à se libérer du joug turc, s’était réservé le droit de protéger une grande partie de la Bulgarie tout en continuant d’étouffer le peuple lituanien.
En lisant les travaux de G. Venediktov sur la formation de la langue bulgare commune à l’époque du Renouveau national, nous pouvons trouver de nombreuses analogies — mais aussi des différences — avec l’histoire du mouvement national lituanien. Jusqu’au début du XIXe siècle, les ouvrages à contenu religieux, écrits dans l’ancienne langue liturgique slave (ou ancienne langue bulgare), prédominaient. Les premiers textes de littérature profane apparurent à la fin du XVIIIe siècle; à partir du début du XIXe siècle, les livres profanes écrits dans les dialectes de la langue bulgare contemporaine (orientaux ou occidentaux) se firent de plus en plus nombreux. Ils éveillaient tous activement la conscience nationale bulgare et soulignaient la nécessité de la langue maternelle. Parallèlement, les travaux linguistiques se multipliaient et un débat était engagé sur les fondements de la future langue bulgare commune. En 1835 parut la première grammaire imprimée de la langue bulgare, due à N. Pilski. La même année, la première école enseignant dans la langue maternelle ouvrit ses portes à Gabrovo. En 1844 commença la publication du premier journal bulgare. En 1865 parut à Saint-Pétersbourg le premier dictionnaire bulgare, préparé par N. Gerov. Le mouvement national connut son essor le plus intense de 1860 à 1878. En 1869 fut fondée la Société bulgare des amis des sciences, à laquelle appartint plus tard aussi notre J. Basanavičius. Après que la Bulgarie eut conquis une large autonomie, une université fut fondée en 1888.
Selon les recherches de G. Venediktov, la langue bulgare commune s’est en fait formée durant les deuxième et troisième quarts du XIXe siècle, sur la base du dialecte oriental (ou balkanique), car c’est de cette région que venait la majorité des écrivains.
Le livre de G. Venediktov ici présenté, « La langue littéraire bulgare à l’époque du Renouveau (Problèmes de normalisation et de choix du fondement dialectal) », est d’une grande richesse documentaire. Le premier chapitre du livre examine principalement les manifestations du mouvement national bulgare et les conditions préalables à la formation de la langue commune, ainsi que les premières orientations et tendances de sa normalisation. Il traite séparément de la tentative de G. Rakovski d’élaborer une conception d’une langue commune archaïsante (comportant de nombreux éléments de l’ancienne langue liturgique slave), ainsi que des controverses sur la manière dont les Bulgares eux-mêmes devaient se désigner, c’est-à-dire sur l’ethnonyme « Bulgare, Bulgares ».
4 Pour des fragments de souvenirs consignés pendant cette guerre, voir Les dialectes de la langue lituanienne. Chrestomathie. V., « Mintis », 1970, p. 335.
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Le deuxième chapitre du livre est principalement consacré à l’évolution des phénomènes les plus importants de la grammaire de la langue bulgare standard, en particulier aux divers morphèmes et particules rappelant l’article, aux différents cas, ainsi qu’à l’orthographe et à l’emploi des mots de même origine.
La troisième partie, qui représente la moitié du livre, est consacrée aux problèmes posés par le choix de la base dialectale de la langue bulgare standard à l’époque du Réveil national. Elle présente d’abord les classifications des dialectes de l’époque: les dialectes bulgares orientaux (également appelés bulgares des hautes terres, ou balkaniques — Bulgarie orientale et centrale et Thrace) et les dialectes bulgares occidentaux (parfois appelés bulgares des basses terres, ou macédoniens et shopes — sud et ouest de la Bulgarie, ou Macédoine). Sont ensuite examinés les débats qui ont eu lieu sur le choix de la base de la langue standard et les différents critères. La plupart des participants défendaient une base monodialectale pour la langue standard. Certains défendaient les dialectes bulgares orientaux, d’autres les dialectes occidentaux, tandis que d’autres encore proposaient une synthèse de ces dialectes. L’auteur examine méthodiquement les arguments pour et contre de tous ces courants. Si le bulgare s’est formé sur la base des dialectes bulgares orientaux, c’est en raison du nombre d’auteurs qui écrivaient dans ce dialecte et de la quantité de livres publiés, six fois supérieure à celle des auteurs des régions bulgares occidentales.
Le livre est écrit de manière intéressante et novatrice, sans clichés idéologiques désuets. Par la richesse de sa documentation et sa méthodologie, l’ouvrage de G. Venediktov est précieux tant pour les historiens de la langue lituanienne que, plus généralement, pour tous les chercheurs de la culture du Réveil national lituanien. Il permet de porter un regard plus large et plus approfondi sur l’évolution dramatique de la culture de notre pays.
Aloyzas Vidugiris