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Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas

Jolita Urbanavičienė; Jana Taperte

Abstract

    Straipsnyje pristatomas dabartinių baltų kalbų virpamųjų sonantų – lie. [r], [rj] ir la. [r] – formančių tyrimas, kuriuo siekiama palyginti prevokalinėje (<R>VR), intervokalinėje (V<R>V) ir postvokalinėje (RV<R>) pozicijose ištartų sonantų F1, F2, F3 ir F4 formantes, ištirti jų kitimą skirtingų balsių kontekste, išryškinti [r] ir [rj] formančių skirtumus lietuvių ir latvių kalbose bei nustatyti tų skirtumų statistinį reikšmingumą. Tyrimas rodo, kad pagal apibendrintas pirmųjų dviejų formančių reikšmes la. [r] užima tarpinę padėtį tarp nepalatalizuoto lie. [r] ir palatalizuoto lie. [rj]. Pozicija skiemenyje statistiškai reikšmingą įtaką daro lietuvių kalbos virpamųjų sonantų pirmajai formantei, o latvių kalboje – visoms keturioms formantėms. Nustatyta, kad gretimų balsių kontekstas dabartinių baltų kalbų virpamųjų sonantų formantėms daro panašią įtaką: pirmoji formantė susijusi su greta esančio balsio pakilimu, o antroji ir tolesnės formantės priklauso nuo gretimo balsio eilės.

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JOLITA URBANAVIČIENĖ Institut de langue lituanienne Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0002-5514-2263 Domaines de recherche: phonétique expérimentale, acoustique de la parole, phonologie, lexicographie, géolinguistique, sociolinguistique. JANA TAPERTE Institut de langue lettone de l’Université de Lettonie Identifiant ORCID: orcid.org/0009-0009-1723-0666 Domaines de recherche: phonétique expérimentale, acoustique de la parole, phonologie. DOI: doi.org/10.35321/all88-05 LES FORMANTS DES SONANTES VIBRANTES DES LANGUES LITUANIENNE ET LETTONE DANS DIFFÉRENTES POSITIONS: ÉTUDE ACOUSTIQUE ET STATISTIQUE Trilles lituaniens et lettons: étude acoustique et statistique de la structure formantique RÉSUMÉ L’article présente une étude formantique des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines – lituanien [r], [rʲ] et letton [r] – visant à comparer les formants F1, F2, F3 et F4 des sonantes prononcées en position prévocalique (<R>VR), intervocalique (V<R>V) et postvocalique (RV<R>), à étudier leur variation dans le contexte de différentes voyelles, à mettre en évidence les différences entre les formants de [r] et de [rʲ] en lituanien et en letton, et à déterminer la significativité statistique de ces différences. L’étude montre que, selon les valeurs moyennes des deux premiers formants, le letton [r] occupe une position intermédiaire entre le lituanien [r] non palatalisé et le lituanien [rʲ] palatalisé. La position dans la syllabe exerce une influence statistiquement significative sur le premier formant des sonantes vibrantes du lituanien, tandis qu’en letton elle agit sur les quatre formants. Il a été établi que le contexte des voyelles adjacentes exerce une influence similaire sur les formants des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines: le premier formant est lié à l’aperture de la voyelle adjacente, tandis que le deuxième formant et les suivants dépendent de l’antériorité ou de la postériorité de la voyelle adjacente. 100 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas des sonantes exerce une influence similaire: le premier formant est lié à l’aperture de la voyelle adjacente, tandis que le deuxième formant et les formants suivants dépendent de l’antériorité ou de la postériorité de la voyelle adjacente. MOTS-CLÉS: langues baltes, sonante vibrante, formants, significativité statistique, position dans la syllabe, vélarisation, palatalisation. RÉSUMÉ L’article porte sur la structure formantique des trilles dans les langues baltes contemporaines – lituanien [r], [rʲ] et letton [r]. Il vise à comparer la structure formantique des trilles (F1, F2, F3 et F4) en positions prévocalique (<R>VR), intervocalique (V<R>V) et postvocalique (RV<R>), ainsi que sa variation dans le contexte de différentes voyelles, à mettre en évidence les tendances de la dynamique des formants en lituanien et en letton et à déterminer la significativité statistique des différences. L’étude montre que, selon les valeurs moyennes des deux premiers formants, le letton [r] occupe une position intermédiaire entre le lituanien [r] non palatalisé et le lituanien [rʲ] palatalisé. La position dans la syllabe exerce une influence statistiquement significative sur le premier formant des trilles en lituanien et sur les quatre formants en letton. Selon les résultats, le contexte des voyelles adjacentes exerce une influence similaire sur les formants des trilles dans les deux langues: le premier formant est lié à l’aperture de la voyelle adjacente, tandis que le deuxième formant et les suivants dépendent de l’antériorité ou de la postériorité de la voyelle adjacente. MOTS-CLÉS: langues baltes, trilles, formants, significativité statistique, position dans la syllabe, vélarisation, palatalisation. 1. ÉTAT DE LA RECHERCHE SUR LES SONANTES VIBRANTES DES LANGUES BALTES CONTEMPORAINES Comparativement aux autres groupes de sonantes, les sonantes vibrantes ont été relativement peu étudiées dans les travaux de phonétique expérimentale lituaniens et lettons. On trouve des connaissances générales sur les caractéristiques articulatoires et spectrales des sonantes vibrantes [r] et [rʲ] dans les principaux ouvrages de phonétique; il convient de mentionner Grammaire de la langue lituanienne (Ul vydas et al. 1965), ainsi que les travaux d’Elzė Mikalauskaitė (1975), Valerija Vaitkevičiūtė (2001), Antanas Pakerys (2003) et Asta Kazlauskienė (2018). La durée et les caractéristiques spectrales de toutes les consonnes du lituanien standard ¹ L’article utilise les symboles de l’Alphabet phonétique international (API). Le choix des symboles repose sur la décision protocolaire n° PN-14 (k–25) de la Commission nationale de la langue lituanienne, en date du 8 juillet 2021, qui présente des recommandations concernant l’adaptation de l’API à la notation des unités sonores du lituanien standard. Voir plus en détail: https://vlkk.lt/vlkk-nutarimai/protokoliniai-nutarimai/rekomendacija-del-tarptautines-fonetines-abėceles-pritaikymo-bendrinės-lietuviu-kalbos-garsiniams-vienetams-zymeti. Straipsniai / Articles 101 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE ont été étudiées instrumentalement dans la thèse de Sigita Dereškevičiūtė, Caractéristiques acoustiques des consonnes lituaniennes (2013). Elle a établi que le spectre des sonantes vibrantes [r] et [rʲ] est diffus, c’est-à-dire que les zones de concentration de l’énergie sont réparties sur une large bande de fréquences et que l’énergie s’intensifie dans la région des fréquences moyennes (2000–4000 Hz) (Dereškevičiūtė 2013: 136–137). Il a également été établi que la sonante vibrante palatalisée [rʲ] se caractérise par des fréquences plus élevées que [r] non palatalisé, cf.: [r] = 1300–1700 Hz, [rʲ] = 1700–2000 Hz. Les résultats de l’analyse de la durée réalisée par S. Dereškevičiūtė ont montré que, parmi toutes les consonnes lituaniennes, les sonantes vibrantes sont les plus brèves2 (Dereškevičiūtė 2013: 138). Dans la monographie scientifique de Rytis Ambrazēvičius et Asta Leskauskaitė, Caractéristiques acoustiques des consonnes: palatalisation et voisement (Ambrazēvičius, Leskauskaitė 2014), les auteurs ont étudié, parallèlement à d’autres consonnes, les caractéristiques acoustiques des sonantes vibrantes et ont établi que l’un des principaux indices de la palatalisation est constitué par les locus de F2, tandis que le voisement des consonnes doit être interprété de manière complexe: il n’existe pas d’indice distinctif unique, fiable dans tous les cas, permettant de distinguer les consonnes sourdes des consonnes sonores. Dans les monographies collectives de la série Corpus sonore des langues baltes au début du XXIe siècle, publiées en 2019 par l’Institut de langue lituanienne et l’Institut de langue lettone de la LU, une première tentative de comparaison des sonantes vibrantes lituaniennes et lettones a été menée: la monographie Étude instrumentale de l’interaction des voyelles et des sons contient des exemples de spectrogrammes dynamiques de sonantes vibrantes (voir Jaroslavienė, Grigorjevs, Urbanavičienė, Indričānė 2019: 52–53, fig. 6.41–6.48), tandis que la monographie Étude instrumentale des consonnes présente les valeurs des formants des consonnes vibrantes dans le contexte de différentes voyelles, en position prévocalique dans des séquences CVC (Urbanavičienė, Indričānė, Jaroslavienė, Grigorjevs 2019: 206–220). Les premières études instrumentales des sonantes vibrantes lettones sont associées à Elmārs Liepa, qui a mesuré la durée des sonantes (Liepa 1970) et a également analysé les caractéristiques phonétiques de la sonante vibrante [r] dans le contexte de consonnes sourdes (Liepa 1957). Dans leur ouvrage Méthodes d’étude et de visualisation de la phonétique I, Dace Markus et Juris Grigorjevs (Markus, Grigorjevs 2002) ont étudié la structure formantique des sonantes vibrantes lettones, la durée des phases de fermeture et d’ouverture, ainsi que les transitions formantiques. J. Grigorjevs, s’appuyant sur les données de cinq informateurs, a analysé les caractéristiques acoustiques de la sonante lettone [r] prononcée dans des séquences CVC symétriques (Grigorjevs 2012). De 2012 à 2016, l’Institut de langue lettone de la LU a mené le projet « Acoustic characteristics of the sound system of Standard ² Au cours de l’étude, S. Dereškevičiūtė a établi que, comparativement aux autres classes de consonnes, les sonantes sont les plus brèves; leurs rapports de durée, classés par ordre décroissant, sont les suivants: affriquées: occlusives: fricatives: sonantes = 2: 1,6: 1,5: 1. Selon l’auteure, les occlusives et les affriquées comportent plusieurs phases de production, la durée de la friction est importante pour l’articulation des fricatives, tandis que, lors de l’articulation des sonantes, la position des organes de la parole change rapidement et de manière variée (Dereškevičiūtė 2013: 138–139). 102 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas Latvian by age groups » (dirigé par J. Grigorjevs), au cours duquel ont été comparées les sonantes [l, ʎ, m, n, ɲ, r] prononcées par des informateurs de différents groupes d’âge (5–15 ans, 16–39 ans, 40–59 ans, 60–80 ans), leurs caractéristiques spectrales dans les séquences RVR (sonante – voyelle – sonante) et VRV (voyelle – sonante – voyelle), en positions prévocalique et postvocalique (voir Taperte 2013; 2014; 2014a; 2015; Čeirane, Indričāne, Taperte 2014). L’examen des recherches menées sur les sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines permet de constater que, d’une part, les sonantes vibrantes des langues baltes sont étudiées régulièrement et sous différents angles, mais que, d’autre part, les sonantes vibrantes lituaniennes et lettones sont habituellement étudiées avec les autres sonantes, sans tenir compte de leurs caractéristiques articulatoires et acoustiques différentes, sans appliquer de méthodologies distinctes aux différentes classes de sonantes; les études comparatives des sonantes vibrantes lettones et lituaniennes sont presque inexistantes, et les caractéristiques acoustiques des sonantes vibrantes prononcées dans différentes positions n’ont pas encore été analysées³ L’objet de la présente étude est constitué par les sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines, prononcées en positions prévocalique (<R>VR), intervocalique (V<R>V) et postvocalique (RV<R>). L’objectif de l’article est d’analyser les valeurs des formants F1, F2, F3 et F4 des sonantes vibrantes, de comparer leurs différences dans le contexte de différentes voyelles, d’établir la significativité statistique de ces différences et de mettre en évidence les tendances de la dynamique des formants en lituanien et en letton. L’étude s’articule autour des tâches suivantes: 1) examiner les caractéristiques articulatoires et acoustiques des sonantes vibrantes des langues baltes ainsi que leur statut phonologique; 2) déterminer les valeurs des formants F1, F2, F3 et F4 des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines – lituanien [r, ř] et letton [r] – en positions prévocalique, intervocalique et postvocalique; 3) comparer les valeurs des formants des sonantes vibrantes dans le contexte de différentes voyelles; 4) étudier la significativité statistique des différences entre les formants au moyen d’une analyse de variance à un facteur et du test de Bonferroni; 5) déterminer les facteurs responsables des variations des formants. L’étude repose sur les données d’informateurs masculins. 2. MATÉRIEL EMPIRIQUE Au cours de l’étude, les sonantes vibrantes lituaniennes et lettones prononcées dans des syllabes isolées de type RVR ont été analysées: ici, R désigne le lituanien [r, ř] et le letton [r], tandis que V désigne la voyelle brève ³ Afin de pallier l’insuffisance des études comparatives systématiques sur les sonantes des langues baltes, un projet de recherche scientifique intitulé « Corpus sonore des langues baltes contemporaines au début du XXIe siècle: étude acoustique et perceptive comparative des sonantes » (BaltSon, n° d’enregistrement S-LIP-21-7) a été mené à l’Institut de langue lituanienne en 2021–2022. Le projet a été soutenu par le Conseil lituanien de la recherche. La responsable du projet était la docteure Jolita Urbanavičienė. Straipsniai / Articles 103 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE ou la voyelle longue: lituanien [i, iː, eː, ε, æː, e, αː, ɔ, ɒ, o, oː, ʊ, ʊ, uː uː] et letton [i(ː); e(ː); æ(ː); a(ː); ɔ(ː); u(ː)]⁴. Au total, 30 séquences lituaniennes et 24 séquences lettones ont été analysées: lituanien: rir [rʲir], iri [irʲi]; rer [rʲe r], ere [erʲe]; rar [rer], ara [ærə]; ror [rɔr], oro [ɔrɔ]; rur [rur], uru [ʊrʊ]; ryr [rʲirʲ], yry [irʲiʲ]; rēr [rʲeːr], ēre [erʲeː]; rer [rʲæːr], ere [æːrʲæː]; rar [raːr], ara [αrαː]; ror [roːr], oro [ɔrɔː]; rūr [ruːr], ūrū [uːruː]; rior [rʲɔr], iorio [ɔrʲɔ]; rior [rʲoːr], iorio [oːrʲoː]; riur [rʲʊr], iuriu [ʊrʲʊ]; riūr [rʲuːr], iūriu [uːrʲuː]; letton: rir [rir], iri [iri]; rer [rer], ere [ere]; rer [rær], era [ærə]; rar [rar], ara [ɑrɑ]; ror [rɔr], oro [ɔrɔ]; rur [rur], uru [uru]; rīr [rīr], īrī [īri]; rēr [reːr], ēre [eːre]; rēr [ræðr],ērā [æːrɑ]; rār [rɑːr], ārā [ɑːrɑː]; ror [rɔːr], oro [ɔrɔː]; rūr [ruːr], ūru [uːruː]. Trois positions ont été étudiées: prévocalique (<R>VR), intervocalique (V<R>V) et postvocalique (RV<R>). Les séquences étudiées ont été prononcées par 12 informateurs masculins⁵: 6 locuteurs natifs lituaniens et 6 locuteurs natifs lettons (âgés de 21 à 42 ans). Les informateurs sont originaires de différentes régions de Lituanie et de Lettonie et parlent la langue standard. Même si le dialecte maternel exerce une influence sur leur langue, les caractéristiques dialectales sont neutralisées lorsque les données de tous les informateurs sont réunies. Chaque informateur a prononcé chaque séquence trois fois, avec une intonation neutre et à un débit normal (la vitesse d’élocution et l’intonation comptent parmi les facteurs déterminant l’apparition des allophones de [r], voir Ladefoged 2003: 149). Au total, environ 1458 séquences RVR ont été étudiées: 810 en lituanien et 648 en letton. Les valeurs des formants ont été mesurées au moyen du programme Praat (Boersma, Weenink 2018), les données obtenues ont été traitées avec Microsoft Excel (v. 13, Microsoft Corporation) et les calculs statistiques ont été effectués avec SPSS (v. 22, IBM Corporation). 3. MÉTHODOLOGIE DE MESURE DES FORMANTS Dans le programme Praat, après ouverture du segment RVR étudié *.wav formantų, on sélectionne la commande View&Edit; après activation, l’oscillogramme du segment sélectionné apparaît à l’écran dans la partie supérieure et le spectrogramme dans la partie inférieure. Sur la base de ces représentations ⁴ Il convient de noter que, conformément aux principes de l’Alphabet phonétique international, des signes différents sont utilisés pour transcrire les voyelles lituaniennes et lettones; voir plus en détail Jaroslavienė, Grigorjevs, Urbanavičienė, Indričānė 2019: 17. ⁵ Les enregistrements sonores du projet « Corpus sonore des langues baltes contemporaines au début du XXIe siècle: étude acoustique et perceptive comparative des sonantes » (BaltSon, n° d’enregistrement S-LIP-21-7) ont été utilisés pour l’étude décrite dans l’article. Les enregistrements des deux langues ont été réalisés à l’aide d’un enregistreur numérique portable haute résolution Tascam DR-100MK II et d’un microphone serre-tête AKG C 520. Le taux d’échantillonnage du signal sonore est de 44,1 kHz et la quantification de 16 bits. 104 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas on repère la portion stable de la sonante vibrante (voir fig. 1) et l’on sélectionne la commande Formant – Formant listing, qui fournit les valeurs numériques des formants F1–F4 de l’intervalle sonore sélectionné. FIG. 1. Oscillogramme (en bas) et spectrogramme (en haut) du segment letton [rɪr] dans la fenêtre du programme Praat Dans la liste générée, on sélectionne les formants du milieu du son: on retient la valeur formantique médiane, et non la moyenne des formants de la portion sonore stationnaire. Toutes les valeurs formantiques médianes obtenues, arrondies à 10 Hz près, sont transférées dans Excel. Dans ce programme, on calcule: 1) la moyenne des réalisations de chaque informateur; 2) la moyenne de la sonante de tous les informateurs prononcée dans la même position; 3) la moyenne de la sonante prononcée par tous les informateurs dans le contexte de la même voyelle. À partir des données obtenues, des graphiques ont été tracés et des analyses statistiques ont été réalisées dans SPSS: analyse de variance à un facteur ANOVA, test de Bonferroni et calculs post hoc. L’analyse de variance à un facteur ANOVA est utilisée lorsqu’il faut évaluer l’écart entre les moyennes des échantillons et la moyenne générale, et déterminer s’il existe entre elles une différence statistiquement significative (Čekanavičius, Murauskas 2004). Lorsqu’il est établi que les moyennes des échantillons comparés diffèrent de manière statistiquement significative, des tests supplémentaires doivent être effectués afin d’identifier les échantillons qui diffèrent concrètement. À cette fin, le test de Bonferroni utilisé dans cet article a été choisi parmi les critères post hoc disponibles dans le programme SPSS. Lors du test de Bonferroni, deux échantillons indépendants (par exemple, prévocalique et intervocalique, prévocalique et postvocalique, intervocalique et postvocalique 6 Le critère de Bonferroni ne s’applique pas lorsqu’il y a beaucoup d’échantillons, car, dans ce cas, une différence statistiquement significative entre les moyennes n’est pas détectée, même si les moyennes réelles des échantillons diffèrent (Čekanavičius, Murauskas 2002). Straipsniai / Articles 105 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE des positions) sont comparés au moyen du test de Student. Les paires diffèrent significativement si le niveau de signification p < 0,05; elles ne diffèrent pas de manière statistiquement significative si p ≥ 0,05 (pour plus de détails sur les résultats des analyses statistiques, voir la section « Résultats »). 4. CARACTÉRISTIQUES ACOUSTIQUES ET ARTICULATOIRES DES SONANTES VIBRANTES Les ouvrages de phonétique soulignent que les sonantes vibrantes (ou battantes) se caractérisent par la vibration d’un organe actif de la parole contre un autre organe, passif, sous l’effet de conditions aérodynamiques (Ladefoged, Maddieson 1996: 217). L’obstacle articulatoire des sonantes vibrantes est variable: « la pointe de la langue, en vibrant, heurte tantôt les alvéoles [...], tantôt s’en détache de nouveau [...] » (Pakerys 2003: 72). Lorsque la pointe de la langue touche les alvéoles, une phase de fermeture se forme; lorsqu’elle s’en éloigne, une phase d’ouverture se produit (Ladefoged, Maddieson 1996: 218). De telles vibrations peuvent être au nombre d’une ou deux en lituanien standard, par exemple (Girdenis 2003: 25), de deux ou trois en letton standard (Laua 1997: 48), et atteindre cinq dans les dialectes lituaniens⁷ (Mikalauskaitė 1975: 53). Selon le nombre de vibrations (ou de battements), l’Alphabet phonétique international distingue les vibrantes simples (angl. Tap or Flap) et les vibrantes multiples (angl. Trill) (IPA 2015)⁸. Les sonantes vibrantes lituaniennes et lettones sont considérées comme des vibrantes multiples; toutefois, le nombre de vibrations de la langue n’est pas élevé et ne dépasse pas 2–3 vibrations (Švageris 2022: 59)⁹. La première vibration est légèrement plus longue que les vibrations suivantes (Ladefoged, Maddieson 1996: 218). Le nombre de vibrations dépend de plusieurs facteurs: de l’intonation (un ton emphatique augmente le nombre de vibrations), des voyelles adjacentes (le [r] situé à côté de voyelles arrondies comporte davantage de vibrations), de l’accent mélodique (le [r] à intonation descendante est prononcé avec davantage de vibrations¹⁰), du dialecte (le [r] prononcé par les Hauts-Lituaniens orientaux comportera davantage de vibrations que, par exemple, le [r] des Hauts-Lituaniens occidentaux) (Mikalauskaitė 1975: 53). On a observé qu’en fin de mot le nombre de battements de la pointe de la langue est plus élevé qu’en début de mot ⁷ Toutefois, comparativement à d’autres langues (polonais, russe), le [r] et le [r̥] lituaniens sont plus faibles (Mikalauskaitė 1975: 53). ⁸ Dans d’autres langues, on trouve également la rétroflexe [ɽ] (par exemple en anglais) et l’uvulaire [ʀ] (par exemple en français) (IPA 2015). ⁹ Selon E. Švageris, « le faible nombre de battements est probablement conditionné par des raisons phonologiques [...]. Pour ce paramètre, aucun autre son ne s’oppose à la sonante vibrante lituanienne; par conséquent [...] l’interprétation du son ne change pas, que nous l’articulions avec 1–2 ou avec 4–5 battements » (Švageris 2022: 59). ¹⁰ Dans les diphtongues accentuées à intonation descendante, les sonantes s’allongent jusqu’à devenir mi-longues, par exemple: pirštas [²pʲirʲt͡s], viršti [²u̯irʲsʲti] (DLKG 2005: 29). 106 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas initiale (Vaitkevičiūtė 2001: 114). Lors de la prononciation du [r] non palatalisé, la pointe de la langue vibre également plus fortement que lors de la prononciation du [rʲ]. Il reste toutefois que des données objectives sur les langues baltes font encore défaut pour confirmer la plupart de ces affirmations: aucune étude instrumentale n’a été réalisée, ou bien les études existantes ont été menées à l’aide de technologies désormais obsolètes11. 2 FIG. Spectrogrammes de la sonante vibrante [r]: spectre de quatre vibrations (à gauche) et spectre d’une vibration (à droite) L’articulation du [rʲ] palatalisé nécessite des conditions aérodynamiques supplémentaires: la pointe de la langue est non seulement rapprochée des alvéoles afin de produire la vibration, mais sa partie médiane est également relevée, et les côtés de la partie médiane de la langue touchent davantage les bords du palais dur que lors de la prononciation du [r] (Mikalauskaitė 1975: 54; Ladefoged, Maddieson 1996: 221; Vaitkevičiūtė 2001: 114). L’articulation plus complexe du [rʲ] palatalisé entraîne un nombre de vibrations inférieur à celui observé lors de la prononciation du [r] non palatalisé. V. Vaitkevičiūtė a également observé un degré de voisement moindre de la consonne [rʲ], ce qui peut s’expliquer par les particularités articulatoires de [rʲ]: « en touchant le palais, la langue crée un obstacle que l’air expiré des poumons franchit en produisant davantage de bruits de friction que lors de la prononciation du [r] » (Vaitkevičiūtė 2001: 114). Dans la langue lettone de Courlande occidentale et dans le letton parlé à l’étranger, un [rʲ] palatalisé est conservé comme variante facultative du phonème /r/ (voir LVG 2013: 68; Markus, 11 Des données expérimentales sur les sonantes vibrantes des langues baltes sont notamment fournies par les radiographies et palatogrammes d’Elzbieta Mikalauskaitė (1975: 157–158, 176) et d’Alise Laua (1997: 48–49). Malheureusement, ceux-ci ont été réalisés vers le milieu du XXe siècle. Straipsniai / Articles 107 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE Auzina 2013: 19), qui diffère du [r] de la langue standard par ses valeurs formantiques: le premier formant du [rʲ] palatalisé est plus bas, tandis que les autres formants sont plus élevés que ceux du [r] non palatalisé, cf.: F1 [r] – ~500 Hz, [rʲ] – ~350–400 Hz; F2 [r] – ~1350 Hz, [rʲ] – ~1750–1800 Hz; F3 [r] – ~2000–2500 Hz, [rʲ] – ~2500–3000 Hz (LVG 2013: 68). Selon l’organe actif de la parole (voir tableau 1), les sonantes vibrantes lituaniennes et lettones doivent être considérées comme apicales, et selon l’organe passif comme alvéolaires (Mikalauskaitė 1975: 53–54; Pakerys 2003: 73; Bacevičiūtė 2008: 59; Kazlauskienė 2018: 57; Laua 1997: 48; LVG 2013: 68). Dans le contexte des langues du monde, les sonantes vibrantes baltes peuvent être classées parmi les vibrantes alvéolaires apicales12 (dont l’articulation fait intervenir la pointe de la langue). Le letton ne possède qu’une seule sonante vibrante, tandis qu’en lituanien les sonantes vibrantes qui diffèrent du point de vue de la palatalisation ont le statut de phonèmes autonomes: /r/ et /rʲ/ (voir plus en détail la section « Interprétation phonologique des sonantes vibrantes »). TABLEAU 1. Classification des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines Les deux sonantes vibrantes lituaniennes [r] et [rʲ] sont classées parmi les alvéolaires selon leur lieu d’articulation. Leur principale différence articulatoire réside dans le fait que, lors de la prononciation du [rʲ] palatalisé, la partie médiane de la langue s’élève légèrement vers le palais, ce qui modifie la forme de la cavité buccale (voir fig. 3–4, cf. Pakerys 2003: 74). 12 R. Ambrazēvičius et A. Leskauskaitė (2014: 165) classent le [r] lituanien non palatalisé parmi les vibrantes alvéolaires ou post-alvéolaires apicales, tandis que le [rʲ] palatalisé est classé parmi les vibrantes alvéolaires ou post-alvéolaires apicales ou laminales. A. Laua (1997: 48) classe la vibrante lettone [r] parmi les apicales, tandis que la « Grammaire de la langue lettone » la classe parmi les laminales, c’est-à-dire celles dont l’articulation met en jeu la partie antérieure de la langue (LVG 2013: 62). 108 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas FIG. 3. Activité des organes de la parole lors de la prononciation de la sonante vibrante lituanienne non palatalisée [r]¹³ FIG. 4. Activité des organes de la parole lors de la prononciation de la sonante vibrante lituanienne palatalisée [rʲ] La prononciation relativement précise du [r] non palatalisé et du [rʲ] palatalisé pose des difficultés tant aux locuteurs de la langue maternelle (L1) qu’aux utilisateurs d’une langue seconde (L2). Les enfants ont souvent tendance à remplacer les sonantes vibrantes par des sonantes latérales plus faciles à articuler (Borden et al. 1994: 116–117) ou prononcent [r] non palatalisé dans toutes les positions. Par exemple, les recherches de Maria-Josep Solé (2002) montrent que les sonantes vibrantes (avec les sifflantes) constituent le dernier groupe de sons que les enfants apprennent à prononcer; certains locuteurs natifs ne parviennent d’ailleurs jamais à les articuler correctement en raison de la vibration de la pointe de la langue, qui exige une position, une tension et des conditions aérodynamiques adéquates des organes de la parole (Solé 2002: 656). On peut supposer que c’est précisément cette complexité du mécanisme vibratoire qui a favorisé l’apparition de diverses variantes des sonantes vibrantes, par exemple: le son vibrant est produit non pas en faisant vibrer la langue, mais en la faisant simplement toucher une fois les alvéoles; une assibilation se produit, etc. (Scobbie 2006; Solé 2002; Vásquez Carranza 2006). Les phases de fermeture et d’ouverture des sonantes vibrantes sont visibles sur les spectrogrammes (voir fig. 5–8): les zones claires indiquent la phase de fermeture, qui rappelle l’occlusion des consonnes occlusives, lorsque les formants sont presque indistincts, tandis que les zones sombres indiquent la phase d’ouverture, durant laquelle la structure formantique et la concentration de l’énergie sont visibles sur le spectrogramme (Ladefoged, Maddieson 1996: 217; Ladefoged 2003: 150; Dereškevičiūtė 2013: 50–51). Dans la phase d’ouverture, les formants des sonantes vibrantes rappellent la structure formantique de la voyelle antérieure fermée [i] (Švageris 2022: 61). Les études menées dans d’autres langues montrent que les intervalles de fermeture et d’ouverture durent chacun environ 25 ms (Ladefoged, Maddieson 1996: 218). ¹³ Voir une représentation animée de l’activité des organes de la parole dans TARTIS (accessible en ligne: http://tartis.vdu.lt/fonetika-ir-tartis/igudziu-tobulinimas/garsu-ypatybes/). Straipsniai / Articles 109 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE FIG. 5. Lituanien [riːr] prononcé isolément (voix masculine¹⁴) FIG. 6. Lituanien [rɑːr] prononcé isolément (voix masculine) Les recherches ont enregistré l’influence des voyelles adjacentes sur la dynamique des formants des sonantes vibrantes (Grigorjevs 2012: 286–287, voir fig. 9). Il a été établi qu’en letton, la valeur du premier formant de [r] est la plus basse à proximité des voyelles fermées [i, u], moyenne dans le contexte des voyelles d’aperture moyenne [e, ɔ], tandis qu’à proximité des voyelles ouvertes [æ, a], le formant F1 de la vibrante [r] est le plus élevé. La valeur la plus basse du deuxième formant est relevée à proximité des voyelles postérieures [ɔ, u] (car la labialisation abaisse la fréquence de F2), et la plus élevée à proximité des voyelles antérieures [i, e]. Aucune corrélation manifeste n’a non plus été établie entre la fréquence du formant F3 et la qualité des voyelles adjacentes, tandis que le formant F4 varie de manière analogue à F2: sa valeur diminue régulièrement dans le contexte des voyelles arrondies. ¹⁴ Les spectrogrammes ont été tracés dans le logiciel PRAAT, à partir des enregistrements sonores du projet « Corpus des langues baltes contemporaines au début du XXIe siècle: étude acoustique et perceptive comparative des sonantes » (BaltSon, no d’enregistrement S-LIP-21-7). 110 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas FIG. 7. Lat. [rir] prononcé isolément (voix masculine) FIG. 8. Lat. [rar] prononcé isolément (voix masculine) L’influence des voyelles adjacentes sur les sonantes vibrantes du lituanien n’avait jusqu’à présent pas été analysée; il s’agit de l’un des objectifs de la présente étude. Straipsniai / Articles 111 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE FIG. 9. Spectre LPC des formants F1–F4 de la sonante vibrante [r]¹⁵ dans le contexte de différentes voyelles: données lettones agrégées (Taperte 2016) 5. INTERPRÉTATION PHONOLOGIQUE DES SONANTES VIBRANTES Les sonantes vibrantes non palatalisée et palatalisée du lituanien contrastent comme phonèmes distincts en position devant les voyelles postérieures (voir tableau 2), p. ex.: trūko [ˈtrʊkɔ]: triūko [ˈtʲrʲʊkɔ]; tvarūs [tʊəˈrʊs]: tvariūs [tʊəˈrʲʊs]. Dans les autres positions, l’opposition entre les sonantes vibrantes non palatalisée et palatalisée est neutralisée: devant les voyelles antérieures et devant les autres consonnes palatalisées ou /j/, le phonème /rʲ/ est réalisé, p. ex.: rýtas [ˈrʲiːtɛs], bérti [ˈbʲæːrʲtʲ]; devant les consonnes non palatalisées et en finale de mot, l’allophone du phonème /r/ est prononcé, p. ex.: rãtas [ˈrɑːtɛs], dár [ˈdɑr]. TABLEAU 2. Distribution et interprétation phonologique des sonantes vibrantes du lituanien Sonantes vibrantes du lituanien | Positions | Phonèmes [r] | [−Vᵘ] + | [−Vⁱ] | [−C] + | [−Cʲ] | [−#] + | /r/ [rʲ] | [−Vᵘ] + | [−Vⁱ] + | [−C] | [−Cʲ] + | [−#] | /rʲ/ ¹⁵ Le dessin de la coupe spectrale LPC (ang. Linear Predictive Coding) met en évidence les fréquences caractéristiques des sons (les formants si les sons sont périodiques) ou la répartition générale de l’énergie dans le spectre (si les sons sont apériodiques) (Johnson 2003: 100). 112 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas En letton, les sonantes vibrantes sont représentées par l’unique phonème /r/, qui n’a pas de corrélat palatalisé. Il en est ainsi parce que « les consonnes lettones, premièrement, ne sont pas influencées par la voyelle qui les suit – les consonnes se prononcent de la même manière devant les voyelles antérieures et postérieures; deuxièmement, le letton n’oppose pas les consonnes dures et molles devant les voyelles postérieures » (Kabelka 1987: 68); il n’existe donc pas en letton d’opposition entre consonnes palatalisées et non palatalisées (voir aussi LVG 2013: 75–79). Le /rʲ/ letton conservé dans les dialectes est évoqué dans la section « Caractéristiques acoustiques et articulatoires des sonantes vibrantes ». 6. RÉSULTATS 6.1. Les formants des sonantes vibrantes des langues baltes dans différentes positions RVR / VRV Au cours de l’étude, on a comparé la variation des valeurs des formants F1–F4 des sonantes vibrantes dans différentes positions: le [r] lituanien et letton en positions prévocalique, intervocalique et postvocalique, tandis que le [rʲ] lituanien a été étudié en positions prévocalique et intervocalique. Le tableau (voir tableau 3) et les figures (voir fig. 10–12) présentent les données agrégées des informateurs, arrondies à 10 Hz près. TABLEAU 3. Valeurs agrégées des formants F1–F4 des sonantes vibrantes [r] / [rʲ] des langues baltes en positions prévocalique (PRE), intervocalique (INTER) et postvocalique (POST): données masculines16 16 Les données de l’étude n’ont pas été normalisées, puisque les données comparées concernaient un seul sexe – des hommes – et que l’attention s’est surtout portée non sur les valeurs précises des formants, mais sur les tendances de variation, qui sont bien visibles lors de l’examen de données non normalisées. Straipsniai / Articles 113 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE FIG. 10–12. Valeurs moyennes des formants F1–F4 des sonantes vibrantes [r] / [rʲ] des langues baltes dans différentes positions: données masculines Le formant F1 du [r] lituanien non palatalisé et du [rʲ] palatalisé diffère d’environ 100 Hz en positions prévocalique et intervocalique – dans les deux cas, le premier formant de [r] est plus élevé que celui de [rʲ]. Les différences encore plus importantes entre les deux sonantes vibrantes apparaissent surtout dans la comparaison des formants F2–F4. Le F2 de la sonante palatalisée [rʲ] est nettement plus élevé que celui du corrélat non palatalisé – la différence augmente particulièrement en position intervocalique (fig. 11), lorsque [rʲ] se trouve entre deux voyelles antérieures, qui renforcent la palatalisation secondaire. Des différences entre [r] et [rʲ] sont également relevées dans les régions des formants F3–F4 – dans les deux cas, les formants plus élevés sont caractéristiques du [rʲ] palatalisé. Les valeurs des fréquences de F3, F4 et des formants supérieurs sont davantage déterminées, non par les caractéristiques phonétiques ou les traits distinctifs des sons (comme dans le cas de F1 et F2), mais par l’intonation, les caractéristiques vocales individuelles ainsi que les sons adjacents (Zinder 1979: 176; Girdenis 2003: 222); c’est pourquoi la section suivante comparera les formants des sonantes vibrantes des langues baltes dans le contexte de différentes voyelles. La comparaison des valeurs des formants du [r] lituanien et letton montre que la sonante lettone se caractérise par une valeur de F1 plus élevée, et donc par une vélarisation plus importante. D’après les valeurs du formant F2, le [r] letton occupe une position intermédiaire entre le [r] lituanien non palatalisé et 114 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas le [rʲ] palatalisé, cf.: en position prévocalique, F2 du [r] lituanien = 1240 Hz, F2 du [r] letton = 1450 Hz, F2 du [rʲ] lituanien = 1750 Hz. On peut affirmer que, du point de vue de la palatalisation, le [r] letton est prononcé « plus mollement » que le [r] lituanien, mais « plus durement » que le [rʲ] lituanien. Afin de déterminer si les formants F1–F4 des sonantes vibrantes des langues baltes diffèrent selon les positions (prévocalique, intervocalique et postvocalique) et si ces différences sont statistiquement significatives, une analyse de variance à un facteur ANOVA a été réalisée dans l’environnement SPSS (voir tableau 4). Les résultats de l’étude de la sonante vibrante non palatalisée [r] du lituanien ont montré que les valeurs des formants F1 et F4 dépendent particulièrement de la position – leurs différences sont statistiquement significatives (les niveaux de signification des différences sont respectivement p = 0,006 et p < 0,001). Dans différentes positions, les formants F1 et F3 de la sonante vibrante palatalisée [rʲ] du lituanien varient également de manière statistiquement significative (la valeur de p est respectivement p < 0,001 et p = 0,041). L’examen des formants de la sonante vibrante [r] du letton dans différentes positions a établi que les valeurs de tous les formants dépendent statistiquement de manière significative de la position; les valeurs du formant F2 sont celles qui diffèrent le moins significativement (voir tableau 4). TABLEAU 4. Résultats de l’analyse de variance à un facteur des formants F1–F4 des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines (les formants pour lesquels des différences statistiquement significatives ont été enregistrées lors de la comparaison sont indiqués en gris) Formant | Langue lituanienne | Langue lettone [r] | [rʲ] | [r] valeur de p | valeur de p | valeur de p F1 | 0,006 | < 0,001 | < 0,001 F2 | 0,095 | 0,358 | 0,022 F3 | 0,189 | 0,041 | < 0,001 F4 | < 0,001 | 0,345 | < 0,001 À l’aide du test de Bonferroni (cf. Čekanavičius, Murauskas 2004), une comparaison post hoc des formants F1–F4 du [r] lituanien et letton a été effectuée à l’intérieur de groupes comparés spécifiques, c’est-à-dire en positions prévocalique, intervocalique et postvocalique. Les résultats du test ont montré que les valeurs du formant F1 du [r] lituanien non palatalisé diffèrent de manière statistiquement significative entre les positions prévocalique et postvocalique (p = 0,012), ainsi qu’entre les positions intervocalique et postvocalique (p = 0,020), tandis que les différences de F1 entre les positions prévocalique et intervocalique ne sont pas significatives. Aucune différence significative n’a été établie entre les valeurs des formants F2 et F3 du [r] lituanien, alors que le formant F4 diffère significativement dans toutes les positions (niveau de signification p < 0,001), sauf entre les positions intervocalique et postvocalique. Straipsniai / Articles 115 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE Les résultats de l’étude post hoc de la sonante vibrante [r] lettone montrent des différences statistiquement significatives du formant F1 dans toutes les positions (le niveau de signification est égal à p < 0,001), sauf entre les positions intervocalique et postvocalique (p = 0,812). Des différences significatives du formant F2 ne sont relevées que dans la comparaison des positions prévocalique et postvocalique (p = 0,021); dans les autres cas, la valeur de p dépasse le seuil de 0,05 et n’indique pas de différence significative. Les données des formants F3 et F4 diffèrent également de manière significative dans toutes les positions (p < 0,001), sauf entre les positions prévocalique et intervocalique – les différences entre les formants dans ces positions sont égales à p = 0,112 (pour le formant F3) et à p = 0,350 (pour le formant F4). Ainsi, en résumant les résultats de l’analyse de variance à un facteur des formants F1–F4 des sonantes vibrantes du lituanien et du letton, on peut affirmer que, dans toutes les positions, le premier formant des sonantes vibrantes [r] des deux langues diffère significativement: le F1 du [r] letton est plus élevé et est associé à un degré de vélarisation supérieur à celui du F1 du [r] lituanien. Des différences des formants F3 et F4 ont également été enregistrées; elles sont liées au contexte des voyelles adjacentes et méritent d’être examinées plus attentivement. 6.2. Les formants des sonantes vibrantes des langues baltes dans le contexte de différentes voyelles Les valeurs des formants F1–F4 de la sonante vibrante non palatalisée [r] du lituanien ont été étudiées dans le contexte des voyelles postérieures [ɒ, ɑː, ɔ, oʊ, ʊ, u], tandis que la sonante palatalisée [rʲ] a été étudiée non seulement devant les voyelles antérieures, mais aussi devant les voyelles postérieures avancées [ɪ, ï, ɛ, e, æ, ɒ, ø, ʏ, y]. La sonante vibrante [r] du letton a été analysée tant devant les voyelles postérieures [ɑ(ː); ɔ(ː); u(ː)] que devant les voyelles antérieures [i(ː); e(ː); æ(ː)], puisqu’elle est indifférente à la palatalisation. Les résultats de l’étude, représentés aux fig. 13–15, montrent que la valeur du premier formant F1 du [r] lituanien est plus basse devant les voyelles fermées [ʊ, u] et plus élevée devant les voyelles d’aperture moyenne et ouvertes [ɔ, oː, ɛ, a]. La courbe des valeurs du premier formant F1 du [r] letton varie de manière analogue: à proximité des voyelles fermées [i, u], F1 est le plus bas; dans le contexte des voyelles d’aperture moyenne [e, ɔ], il est moyen; et à proximité des voyelles ouvertes [æ, a], le formant F1 de la vibrante [r] est le plus élevé (cf. les résultats analogues de J. Grigorjevs (2012: 286–287)). Les valeurs de F1 du [rʲ] palatalisé lituanien sont inférieures à celles des équivalents non palatalisés et n’atteignent pas 500 Hz. Des valeurs plus basses de F1 de la sonante vibrante [rʲ] sont également relevées devant les voyelles fermées, y compris avancées, tandis que les valeurs plus élevées apparaissent devant les voyelles ouvertes [ɛ, æ]. Il convient de noter qu’en position intervocalique, le premier formant de [rʲ] est plus bas qu’en position prévocalique: l’entourage de voyelles antérieures abaisse davantage F1 (voir fig. 14). 116 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas FIG. 13. Formants de la sonante vibrante non palatalisée [r] du lituanien dans le contexte de différentes voyelles: données masculines FIG. 14. Formants de la sonante vibrante palatalisée [rʲ] du lituanien dans le contexte de différentes voyelles: données masculines FIG. 15. Formants de la sonante vibrante [r] du letton dans le contexte de différentes voyelles: données masculines Straipsniai / Articles 117 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE Le deuxième formant des sonantes vibrantes [r] et [rʲ] du lituanien diffère considérablement: chez le [r] non palatalisé, il se situe dans la plage de 1240–1310 Hz, tandis que chez le [rʲ] palatalisé, il se situe dans la plage de 1750–1860 Hz (voir tableau 3, fig. 13–14). Le F2 du [r] non palatalisé est plus bas devant les voyelles arrondies [o, u, ɔ, o̞] et plus élevé devant les voyelles non arrondies [e, ɑ] – ce qui montre que l’arrondissement abaisse la valeur de F2. Même devant les voyelles postérieures avancées [ɤ, ɯ, ə, ɞ], la valeur de F2 de la sonante vibrante [rʲ] est plus basse que devant les voyelles antérieures [ɪ, i, e̞, ɛ, æ̞] (fig. 14). En letton, comme en lituanien, la valeur la plus basse du deuxième formant de la sonante vibrante [r] est relevée à proximité des voyelles postérieures [ɔ, u], et la plus élevée à proximité des voyelles antérieures [i, e] (voir fig. 15). Il convient de remarquer que, selon la valeur de F2, la sonante vibrante [r] lettone occupe une position intermédiaire entre le [r] lituanien non palatalisé et le [rʲ] lituanien palatalisé: son deuxième formant varie dans la plage de 1400–1450 Hz. La dynamique du troisième formant, tant en lituanien qu’en letton, reproduit la trajectoire du deuxième formant: devant les voyelles antérieures, les valeurs de F3 sont plus élevées, tandis que devant les voyelles postérieures, elles sont plus basses (voir fig. 13–15). Le quatrième formant se caractérise par une plus grande variabilité de ses valeurs dans les différentes positions. La valeur de F4 du [r] lituanien varie particulièrement (voir fig. 13), cf.: 3270 Hz en position prévocalique, 3610 Hz en position intervocalique et 3720 Hz en position postvocalique (voir tableau 3). On pourrait affirmer qu’il n’existe pas de corrélation manifeste entre la fréquence du formant F4 et la qualité des voyelles arrondies. Cependant, le formant F4 du [r] letton et du [rʲ] lituanien palatalisé varie de manière plus régulière: il diminue systématiquement dans le contexte des voyelles arrondies (dans le cas du letton) et des voyelles arrondies postérieures avancées (dans le cas du lituanien). L’étude des formants des sonantes vibrantes des langues baltes dans le contexte de différentes voyelles a montré que la dynamique du premier formant est influencée par l’aperture de la voyelle suivante (devant les voyelles fermées, F1 s’abaisse; devant les voyelles ouvertes, il s’élève), tandis que la trajectoire du deuxième formant et des formants suivants dépend de la série de la voyelle suivante (les voyelles postérieures abaissent le formant F2, les voyelles antérieures l’élèvent). Il convient de remarquer que les voyelles postérieures avancées élèvent moins le formant F2 que les voyelles antérieures. Les résultats de l’étude réalisée, qui montrent la variation des formants des sonantes vibrantes [r], [rʲ] du lituanien et du letton dans différentes positions et dans le contexte de différentes voyelles, sont récapitulés dans le tableau 5: 118 Acta Linguistica Lituanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas 5. TABLEAU. Les formants F1–F4 des sonantes vibrantes des langues baltes contemporaines dans différentes positions Straipsniai / Articles 119 JOLITA URBANAVIČIENĖ, JANA TAPERTE CONCLUSIONS 1. La comparaison des valeurs agrégées des formants (voir tableau 5) a établi que la valeur la plus élevée du formant F1 caractérise le [r] lituanien et est associée à la vélarisation, tandis que la valeur la plus basse du formant F1 a été établie pour le [rʲ] lituanien, auquel la vélarisation n’est pas caractéristique. La valeur la plus élevée du formant F2 a été calculée pour le [rʲ] lituanien et s’explique par la palatalisation secondaire, tandis que le formant F2 le plus bas caractérise le [r] lituanien non palatalisé. L’étude a confirmé que la structure des deux premiers formants du [r] letton est proche de celle du schwa [ə], cf.: F1 = 510 Hz, F2 = 1430 Hz (voir LVG 2013: 68), tandis que les formants des sonantes vibrantes du lituanien sont polarisés en raison de la palatalisation existant en lituanien. 2. La position dans la séquence ([R]VR – V[R]V – RV[R]) influence la structure des formants des sonantes vibrantes des langues baltes. En lituanien, le premier formant dépend particulièrement de la position, tandis que le deuxième formant y est le plus indifférent. En letton, la position prévocalique, intervocalique et postvocalique de la sonante [r] exerce une influence statistiquement significative sur les quatre formants. Les résultats de l’étude permettent d’affirmer que les formants des [r] et [rʲ] lituaniens varient de manière similaire lorsqu’on compare les positions [R]VR – V[R]V – RV[R]: F1 s’abaisse, F2–F4 s’élèvent; les formants du [r] letton sont les plus élevés en position prévocalique et les plus bas en position postvocalique. 3. Le contexte des voyelles adjacentes exerce une influence similaire sur la variation des formants des sonantes vibrantes du lituanien et du letton: le premier formant est lié à l’aperture de la voyelle adjacente (devant les voyelles fermées, F1 s’abaisse; devant les voyelles ouvertes, il s’élève), tandis que le deuxième formant et les formants suivants dépendent de la série de la voyelle adjacente (les voyelles postérieures abaissent le formant F2, les voyelles antérieures l’élèvent). Les données du formant F4 du [r] lituanien sont les seules à ne pas confirmer ces corrélations. L’étude a montré que les voyelles postérieures avancées élèvent moins le formant F2 du [rʲ] lituanien que les voyelles antérieures adjacentes. Les résultats de l’étude montrent que, selon les valeurs agrégées des formants, le [r] letton occupe une position intermédiaire entre le [r] lituanien non palatalisé et le [rʲ] lituanien palatalisé, et cette conclusion concorde avec les résultats d’études sur les consonnes d’autres langues baltes17. L’étude a établi qu’une position différente (prévocalique, 17 Cf. les conclusions des études sur les niveaux de locus des consonnes des langues baltes, selon lesquelles « les consonnes occlusives palatalisées du lituanien se situent, d’après les valeurs des locus de F2, dans la partie supérieure du plan de coordonnées, les non palatalisées dans la partie inférieure, tandis que les consonnes occlusives du letton se situent exactement au centre. De telles valeurs des locus de F2 peuvent être justifiées du point de vue articulatoire: l’articulation des consonnes lettones occupe des positions centrales, tandis que l’articulation des consonnes lituaniennes se caractérise par une certaine polarisation selon la présence ou l’absence du trait articulatoire supplémentaire » (Jaroslavienė, Grigorjevs, Urbanavičienė, Indričāne 2019: 190). 120 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas intervocalique, postvocalique) agit différemment sur les formants des sonantes vibrantes du lituanien et du letton: lorsqu’on compare les positions [R]VR – V[R]V – RV[R], les formants du [r] letton s’abaissent, tandis que ceux des [r] et [rʲ] lituaniens s’élèvent (à l’exception de F1). Cependant, le contexte des voyelles adjacentes exerce une influence similaire sur la structure formantique des sonantes vibrantes des langues baltes. 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The data of 12 male speakers (6 native Lithuanian speakers and 6 native Latvian speakers aged 21–42) were analyzed; in total, 1458 realizations (810 Lithuanian and 648 Latvian) were studied. Formant values were measured using Praat, the obtained data were processed using Microsoft Excel, statistical analysis was performed using SPSS. The following trends in the structure of F1–F4 have been determined: 1. According to the formant data, Lat. [r] occupies an intermediate position between non-palatalized Lith. [r] and palatalized Lith. [rʲ], and this conclusion correlates with the results of other studies of consonants in the Baltic languages. 2. Lith. [r] has the highest F1 value, which is associated with velarization, and the lowest F1 value is found in Lith. [rʲ]. Lith. [rʲ] has the highest F2 value, which can be explained by secondary palatalization, while the lowest F2 is characteristic of non-palatalized Lith. [r]. Lat. [r] occupies an intermediate position between non-palatalized Lith. [r] and palatalized Lith. [rʲ]. 3. In Lithuanian, F1 values mainly depend on syllable position, and F2 values are the least variable. In Latvian, the syllable position of [r] has a statistically significant effect on all four formants. 124 Acta Linguistica Lithuanica LXXXVIII Lietuvių ir latvių kalbų virpamųjų sonantų formantės skirtingose pozicijose: akustinis ir statistinis tyrimas 4. Vowel context has a similar effect on formant structure of trills both in Lithuanian and Latvian: F1 is related to the height of the adjacent vowel (F1 lowers before high vowels, rises before low ones), while F2, F3, F4 depend on the backness of the adjacent vowel (F2 is lower in the context of back vowels and is higher in the context of front vowels). These correlations were not confirmed only for the Lith. [r] F4 formant data. 5. It was confirmed that syllable position affects the formants of the Lithuanian and Latvian trills differently: when comparing the <R>VR – V<R>V – RV<R> positions, the formant frequencies of Lat. [r] descend, while the formant frequencies of Lith. [r] and [r]ʲ], on the contrary, ascend (except F1). Įteikta 2022 m. spalio 26 d. JOLITA URBANAVIČIENĖ Lietuvių kalbos institutas Petro Vileišio g. 5, LT-10308 Vilnius, Lietuva jolita.urbanavič[email protected] JANA TAPERTE Latvijas universiteto Latvių kalbos institutas Kalpaka bulvaris 4, LV-1050 Ryga, Latvija [email protected] Straipsniai / Articles 125