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Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy

Alisa Stunžaitė

Abstract

The primary objective of this study is to provide insights into the metonymic patterns exhibited by drymonyms within present-day Vilnius County. The research focuses on a selection of 696 names extracted from a total of 787 officially functioning drymonyms found in the territory of Vilnius County. Data for the study were collected from various sources, including printed materials, electronic resources, and interactive maps. The research findings underscore the prevalence of metonymic thinking in forming drymonyms. Three distinct metonymic models emerged from the analysis: PLACE FOR THE PLACE, SALIENT FEATURE FOR THE PLACE, and PERSON FOR THE PLACE. The PLACE FOR THE PLACE model proved highly productive, yielding 570 drymonyms. The SALIENT FEATURE FOR THE PLACE model was linked to 100 drymonyms. The PERSON FOR THE PLACE model influenced the naming of 26 drymonyms.

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ALISA STUNŽAITĖ Institut de la langue lituanienne Identifiant ORCID: orcid.org/0000-0002-4816-2629 Domaines de recherche: toponymie, onomastique cognitive, sémantique cognitive. DOI: doi.org/10.35321/all89–11 ÉCLAIRER LA DRIMONYMIE DU COMTÉ DE VILNIUS: LE CAS DE LA MÉTONYMIE Analyse de la drimonymie du comté de Vilnius: le cas de la métonymie ANNOTATION L’objectif principal de cette étude est d’apporter un éclairage sur les schémas métonymiques que présentent les drimonymes dans le comté de Vilnius actuel. La recherche porte sur un échantillon de 696 noms extraits d’un total de 787 drimonymes officiellement en usage sur le territoire du comté de Vilnius. Les données de l’étude ont été recueillies auprès de diverses sources, notamment des documents imprimés, des ressources électroniques et des cartes interactives. Les résultats de la recherche soulignent la prévalence de la pensée métonymique dans la formation des drimonymes. Trois modèles métonymiques distincts se sont dégagés de l’analyse: LIEU POUR LE LIEU, TRAIT SAILLANT POUR LE LIEU et PERSONNE POUR LE LIEU. Le modèle LIEU POUR LE LIEU s’est révélé très productif, donnant 570 drimonymes. Le modèle TRAIT SAILLANT POUR LE LIEU était associé à 100 drimonymes. Le modèle PERSONNE POUR LE LIEU a influencé la dénomination de 26 drimonymes. MOTS-CLÉS: comté de Vilnius, drimonymes, métonymie, modèles métonymiques, onomastique cognitive. ANNOTATION Cette étude vise à déterminer quels modèles métonymiques dominent dans la drimonymie du comté de Vilnius. 787 drimonymes ont été recueillis à partir de sources écrites et électroniques ainsi que de cartes interactives pour l’étude. Les résultats de la recherche ont révélé la nature métonymique de 696 drimonymes du comté de Vilnius. Lesdits 236 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy noms sont associés aux modèles métonymiques suivants: LIEU À LA PLACE DU LIEU, TRAIT SAILLANT À LA PLACE DU LIEU et PERSONNE À LA PLACE DU LIEU. Le modèle très productif selon lequel 570 drimonymes ont été formés est LIEU À LA PLACE DU LIEU. Le modèle métonymique TRAIT SAILLANT À LA PLACE DU LIEU est associé à 100 drimonymes. Selon le modèle PERSONNE À LA PLACE DU LIEU, 26 forêts du comté de Vilnius ont été nommées. MOTS-CLÉS: comté de Vilnius, drimonymes, métonymie, modèles métonymiques, onomastique cognitive. INTRODUCTION Les noms propres, resp. les toponymes, constituent une partie intégrante de la langue, au même titre que toute autre unité lexicale. Contrairement aux mots ordinaires, les noms sont chargés de connotations et d’implications sémantiques distinctes. Bien que certains noms propres puissent sembler initialement remplir des fonctions purement référentielles, leur examen à travers le prisme de l’onomastique cognitive révèle leur importance narrative intrinsèque. Ces désignations émergent de l’interaction entre les individus et des lieux spécifiques, leur conférant une portée substantielle, en particulier pour leurs usagers (Ainiala, Östman 2017: 5). De fait, les noms ont la capacité de susciter des souvenirs, des fantasmes, des compétences linguistiques et des réactions émotionnelles (Nyström 2016: 40). En outre, ils peuvent déclencher certains processus cognitifs en enrichissant le contenu d’un toponyme (Berezovič 1991: 75; Langendonck 2013). Par conséquent, les noms transcendent le simple statut d’étiquettes; ils revêtent au contraire une profonde importance culturelle, accroissant la valeur globale de la langue qui les emploie. Selon les postulats de la linguistique cognitive, la signification des onyms n’émerge pas isolément; elle est au contraire construite. En d’autres termes, elle suit le processus de conceptualisation, qui englobe une multitude de facteurs dépassant les concepts connus préexistants et les expériences personnelles uniques d’un individu (Langacker 2006: 30; Boldyrev 2016: 32). Le concept présente une multidimensionnalité et peut être comparé à une image caractérisée par des frontières indistinctes (Lakoff, Johnson 1980: 3; Gudavičius 2011: 109, 112–113). Toutefois, une interprétation erronée peut consister à assimiler un concept au sens d’un mot (Kerevičienė 2009: 5). Le sens lexical constitue le point de départ du décodage du concept. Il ne faut cependant pas oublier que les concepts sont des entités abstraites. Ils nécessitent un mode de manifestation et, à ce stade, la langue sert de principal moyen d’expression. De même que les sens des mots sont conservés dans les dictionnaires, les concepts trouvent leur demeure dans le lexique mental. Dans ce réservoir cognitif est stocké l’ensemble des connaissances accumulées au cours de la vie d’un individu. Par conséquent, tous les obstacles concevables Straipsniai / Articles 237 ALISA STUNŽAITĖ qui entravent la compréhension peuvent être délimités avec précision, puis formulés au moyen de la langue, le contenu conceptuel s’alignant sur les significations associées à certains mots (Karpenko, Golubenko 2015: 286; Nyström 2016: 43). Le processus de conceptualisation s’accomplit par divers mécanismes de la pensée. L’un de ces mécanismes, largement étudié au cours de la dernière décennie, est la théorie de la métaphore conceptuelle (Gibbs 1994: 123–124; Croft 2000: 197; Lakoff, Johnson 1980: 4), qui dépasse le cadre de cet article. La présente recherche se concentrera plutôt sur la manifestation de la pensée métonymique telle qu’elle apparaît dans la toponymie, resp. la drimonymie. Pour commencer, il est essentiel de clarifier le concept même de métonymie. La pensée métonymique constitue un aspect éminent de la cognition humaine; elle met en lumière les subtilités de l’usage de la langue, de la compréhension et de diverses interactions cognitives (Gibbs 1999: 61, 66). Pour l’essentiel, la métonymie sert d’outil cognitif et linguistique pour représenter les catégories universelles présentes dans l’esprit humain; elle implique une manière de comprendre un objet à partir de son association avec un autre, en particulier lorsque les deux objets coexistent dans un même domaine (Kövecses, Günter 1999: 21; Kerevičienė 2009: 14–15). Cela implique que la proximité et la connexité d’un objet sont largement prises en compte. Le transfert des noms s’effectue entre des objets liés de diverses manières: spatialement, situationnellement, structurellement, historiquement, etc. Selon Jurij Karpenko (1980: 49), toute aire toponymique est par nature prédisposée à dépasser ses limites, principalement par la migration des noms propres, les formations fondées sur l’analogie et d’autres processus toponymiques plus subtils. Partant de l’idée que les onyms peuvent être analysés à travers le prisme d’autres noms, les recherches savantes se sont attachées à expliciter les modèles courants de dénomination métonymique. Aujourd’hui, les représentants de l’onomastique cognitive ne doutent pas que la métonymie soit effectivement l’un des principaux moyens de formation des noms (Langendონck 2007: 4; Rapa 2019: 38). À cet égard, Katalin Reszegi (2022) a identifié plusieurs modèles à partir de recueils toponymiques à l’échelle nationale. Ces modèles comprennent le schéma LIEU POUR LE LIEU, fondé sur les relations spatiales, ainsi que d’autres schémas comme PERSONNE POUR LE LIEU, VÉGÉTATION POUR LE LIEU, ANIMAL POUR LE LIEU, etc. Il convient de noter que Pierre Arnaud (2022) est parvenu à des conclusions analogues; toutefois, il a choisi d’adopter une désignation plus englobante, à savoir TRAIT SAILLANT POUR LE LIEU, qui comprend certains schémas observés dans la dénomination métonymique. Étant donné le potentiel perçu de la métonymie comme source productive dans le domaine toponymique, il a été décidé d’entreprendre un examen approfondi du système toponymique de la Lituanie, en se concentrant sur la classe des drimonymes du comté de Vilnius. 238 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy La présente étude préconise d’adopter une interprétation complète des drimonymes, conformément à la tradition est-européenne. Ce type de toponyme désigne les noms associés aux espaces boisés, tels que les forêts, les pinèdes et toute autre zone couverte de bois (Nikonov 1966: 124; Superanskaja 1973: 186; Podol’skaja 1988: 57). Dans les recherches onomastiques régionales, le terme équivalent miško vardas, qui signifie forest name, est couramment employé (Sviderskienė 2006; Mickienė 2019) et sera également utilisé de manière interchangeable avec le terme drymonym. Le domaine de la drimonymie lituanienne n’a pas encore fait l’objet d’un examen exhaustif. Il ne fait aucun doute que les contributions substantielles d’Ilona Mickienė (2001, 2004, 2006, 2011, 2012, 2018, 2019) revêtent une importance incontestable. Pendant près de deux décennies, ses recherches ont été consacrées à l’étude de l’aspect dérivationnel des drimonymes dans le nord de la Lituanie. Bien que Renata Endzelytė (2003, 2005), Nerija Bartkutė (2006, 2008) et Dalia Sviderskienė (2006) aient réalisé quelques analyses épisodiques limitées, il est essentiel de noter qu’aucune de ces études n’a abordé la question des drimonymes dans la perspective de l’onomastique cognitive. Toutefois, la mise en œuvre de cette approche alternative pourrait enrichir le paradigme des études onomastiques lituaniennes, car elle pourrait révéler les aspects narratifs que recèlent les onyms. En d’autres termes, l’approche cognitive pourrait éclairer la manière dont des idées et des expériences complexes s’impriment dans la toponymie locale. Les drimonymes peuvent révéler des particularités de pensée intrigantes, inhérentes à leur structure. Par conséquent, l’objectif de la présente recherche est d’identifier les modèles métonymiques reflétés dans les drimonymes du comté de Vilnius actuel. Le matériel et les sources de la recherche comprennent 696 drimonymes fondés sur la métonymie, qui constituent l’objet de la présente étude. Ces onyms ont été soigneusement sélectionnés à partir d’un corpus de 787 drimonymes actuellement en usage officiel dans les limites géographiques du comté de Vilnius. La collecte des données s’est appuyée à la fois sur des références et des sources électroniques et imprimées.¹ Ont été exclus de la recherche les drimonymes dont la nature est intrinsèquement ambiguë. Ces noms peuvent avoir été influencés par des appellatifs polysémiques, ou par un appellatif et/ou des noms propres. L’inclusion de tels cas pourrait introduire des variations liées aux modèles métonymiques et, par conséquent, influer sur les résultats de l’étude. Il a donc été décidé d’analyser les drimonymes à sémantique claire. Pour élucider l’origine des drimonymes fondés sur des appellatifs, les dictionnaires des langues lituanienne, polonaise, russe et biélorusse ont servi de références essentielles. ¹ Les principales sources de collecte du matériel de recherche étaient: le Portail d’information spatiale de la Lituanie (GP), l’Onomasticon des forêts de Lituanie (LMV) et le Dictionnaire des noms de lieux lituaniens (LVŽ I, II, III, IV); voir également Sources et références des drimonymes. Straipsniai / Articles 239 ALISA STUNŽAITĖ Une approche exhaustive a été adoptée pour les drimonymes dérivés de noms de personnes, en recourant à des sources électroniques et imprimées à des fins de vérification.² Méthodologie de recherche. La présente recherche s’inscrit dans la tradition de l’onomastique cognitive, qui affirme la signifiance inhérente de tous les noms. Le cadre analytique utilisé pour examiner les drimonymes est adapté de la proposition de Nicola Dobrić (2010), qui consiste à étudier la conceptualisation de ces onyms au moyen des domaines source et cible, représentés comme suit: source → structure conceptuelle → domaine. Toutefois, puisque notre attention porte exclusivement sur l’étude des modèles métonymiques, nous simplifions le modèle de réalisation du contenu conceptuel en source → cible, en mettant en évidence le transfert du concept d’une entité à une autre. Certains cas étudiés nécessitent une explication plus complète; nous employons donc les modèles de recherche introduits notamment par Aleksandras Vanagas (1981), Sviderskienė (2016, 2017, 2019, 2022), Ilona Mickienė, Rita Baranauskienė (2019), Pavel Skorupa (2019, 2021, 2021a, 2023). Dans la présente étude, l’analyse des drimonymes s’effectue à travers trois modèles métonymiques génériques: I. LIEU POUR LE LIEU, II. TRAIT SAILLANT POUR LE LIEU et PERSONNE POUR LE LIEU, qui sont ensuite subdivisés en modèles plus spécifiques. 1. MODÈLE MÉTONYMIQUE: LIEU POUR LE LIEU Le modèle métonymique LIEU POUR LE LIEU est bien établi dans le domaine onomastique sous le nom de transonymisation, qui désigne le transfert d’onyms d’une classe à une autre (Podol’skaja 1988: 87). Cette définition exhaustive englobe diverses possibilités d’interaction entre noms propres, soulignant ainsi une compréhension large de l’essence du phénomène. D’un point de vue cognitif, ce type de transition peut être classé comme une métonymie. Cela implique que la proximité et la contiguïté des objets sont largement prises en compte. De tels noms contribuent également à une meilleure compréhension de la relation entre les différents objets toponymiques, ce qui permet de reconnaître aisément la manifestation de la pensée métonymique (Markert, Nassim 2006: 2; Reszegi 2012: 5). Le présent article propose de distinguer deux domaines cibles dominants: les établissements humains et les éléments aquatiques. Toutefois, ce modèle est couramment ² Voir les références. 240 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy associé aux traits saillants du lieu.³ Le présent article distingue les drimonymes motivés par d’autres onyms, qui les rattachent à un lieu spécifique, de ceux motivés par des formes appellatives les associant aux traits saillants du lieu. Les drimonymes qui relèvent des catégories fondées sur d’autres onyms sont analysés ci-dessous. 1.1. Établissement humain pour la forêt La plupart des drimonymes identifiés dans le comté de Vilnius trouvent leur origine dans les établissements humains voisins. Compte tenu de l’ampleur de cette recherche, seuls les exemples les plus prototypiques et les plus remarquables sont présentés ici. Au total, 546 drimonymes suivent ce schéma métonymique. Selon Reszegi (2022: 209), un nouveau nom peut apparaître en désignant un espace plus vaste; le nouveau nom entretient un rapport étroit avec le sens originel du nom qui l’a inspiré. Étant donné la nature synthétique de la langue lituanienne, dans laquelle les unités lexicales changent de forme par flexion, les noms nouvellement formés sont généralement représentés au génitif (lituanien Kilmininko linksnis), qui peut exprimer une grande variété de relations, notamment la possession/propriété (Vaičienė 214: 320). Ces drimonymes comportent également un élément lexical supplémentaire, miškas, qui se traduit par forest. On peut donc observer les métonymies suivantes: Avižonys (Šr D) → Avižonių miškas (Šr D), Bagotėliai (El D) → Bagotėlių miškas (El D), Būikos (Šlčn D) → Būikų miškas (Šlčn D), Gelėdnė (Švčnč D) → Gelėdnės miškas (Švčnč D), Girulaičiai (V D) → Girulių miškas (V D), Kakarieka (Ukm D) → Kakariekos miškas (Ukm D), Semeliškės (El D) → Semeliškių miškas (Trak D), et autres. Une relation comparable apparaît dans certains drimonymes, où le deuxième élément lexical possède une signification sémantique plus précise. À titre d’illustration, considérons les exemples suivants: Barsūniškės (El D) → Barsūniškių eglynas (El D), où le mot lituanien eglynas désigne une « forêt de sapins », fournissant ainsi une information précise sur l’espèce végétale. Dans un autre cas, Beliōnys (Švčn D) → Belionių šilėlis (Švčn D), le deuxième élément, en lituanien šilas, désigne « une forêt de conifères hauts et droits, notamment de pins, poussant dans les dunes de sable ». En outre, le suf. lit. -el⁴ exprime ici éventuellement l’idée de petitesse; le mot indicateur šilėlis révèle la végétation dominante caractéristique du lieu. ³ Cf. Arnaud 2022. ⁴ Cf. Urbutis 2009: 330. Straipsniai / Articles 241 ALISA STUNŽAITĖ Dans un autre exemple illustratif, la transformation toponymique Šešuoliai (Ukm D) → Šešuolių giria (Ukm D) emploie le mot lituanien giri̇̀ pour transmettre la notion de « grande forêt », soulignant ainsi efficacement l’étendue de la zone boisée. De même, dans le cas de Batėnai (MIt D) → Batėnų girėlė (Ukm D), le suf. lit. -elis ajouté au mot indicateur exprime l’affection. Les deuxièmes éléments lexicaux de ces drimonymes reflètent clairement le type de forêt. Dans Januvka (V D) → Janūv̇kos raistel̇is (El D), le mot lituanien raistel̇is, diminutif de raistas signifiant « un lieu spongieux couvert de buissons ou d’arbres, un marais », fournit davantage de détails sur le paysage. En outre, le suffixe lituanien -el exprime ici l’idée de petitesse ou d’affection.5 Un exemple intrigant de deuxième élément lexical se trouve dans Gudėliai (Šlčn D) → Gudėlių kelias (Šlčn D), où le lituanien kelias est associé au sens de road. En examinant la carte, il devient manifeste que cet indicateur ne présente aucune particularité, puisqu’il est évident que la route menant à Gudėliai traverse cette zone boisée. Une autre illustration remarquable se trouve dans Naujienos (Trak D) → Naujienų sala (Trak D), où le lituanien salà signifie « une étendue de terre entourée d’eau ». Le choix de cet indicateur particulier pourrait s’expliquer par l’observation selon laquelle, après un examen attentif des environs, il apparaît que des cours d’eau, notamment la rivière Grãžupis et de plus petits ruisseaux, encerclent la forêt. Un indicateur parallèle, salà, est également observé dans Til̇tai (Trak D) → Ti̇ltų salà (Trak D), où la forêt est également entourée de cours d’eau. Il convient de noter que ces deux drimonymes se trouvent dans les limites du même district, ce qui peut suggérer une particularité culturelle du processus de dénomination, compte tenu de l’absence de tels indicateurs dans les autres districts du comté de Vilnius. Certains drimonymes présentent l’emploi de marqueurs doubles, voire triples, comme l’illustre Antakalnis (V D) → Antakalnio šilo miško párkas (V D). Dans ce cas, le toponyme fournit des détails supplémentaires sur la végétation dominante: le lituanien šilas exprime le concept d’« une forêt de conifères hauts et droits, notamment de pins, poussant dans les dunes de sable », tandis que le lituanien párkas désigne un « parc », ce qui implique la fonction récréative attribuée à la forêt. Fait remarquable, une convention de dénomination récurrente, dans laquelle le deuxième élément lexical est párkas, apparaît comme une tendance répandue dans les zones urbaines. Cela ressort des nombreux drimonymes du territoire de la municipalité de Vilnius comportant cet élément précis. Par exemple, Bukčiai (V D) → Bukčių miško párkas (V D), Gariūnai (V D) → Gariūnų miško párkas (V D), Fabijoniškės (V D) → Fabijoniškių miško párkas (V D), et plusieurs autres exemples illustrent ce schéma. 5 Ibid. 242 Acta Linguistica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy Il convient de souligner que certains drimonymes associent plusieurs établissements humains à un élément lexical spécifiant, notamment miškas (forêt). Ces onyms composites impliquent une relation spatiale de proximité avec les deux établissements: Nerāvai (V D), Grigiškės (V D) → Nerāvų-Grigiškių miškas (V D), Vaišėtai (Šlčn D), Trėbuškės (Šlčn D) → Vaišėtų-Trėbuškių miškas (Šlčn D). Dans ce contexte, il convient de relever la présence de drimonymes comportant plusieurs marqueurs, à l’instar des modèles examinés précédemment. Des doubles marqueurs tels que miško párkas peuvent être observés dans des noms de forêts comme Višoriai (V D), Bajõrai (V D) → Višõrių-Bajõrų miško párkas (V D). À l’inverse, certains drimonymes comportent le nom de l’établissement humain sans son marqueur associé. Dans ces cas, ces drimonymes fonctionnent comme des éléments unificateurs de l’espace, impliquant une affiliation commune aux deux zones habitées. Pour illustrer ce phénomène, on peut considérer les exemples suivants: Mažosios Sėlos (Šlčn D), Didžiosios Sėlos (Šlčn D) → Sėlių miškas (Šlčn D), Naujosios Rakliškės (Šlčn D), Senosios Rakliškės (Šlčn D) → Rakliškių miškas (Šlčn D). La corrélation métonymique reliant l’établissement humain et la forêt devient manifeste dans les drimonymes qui emploient le préfixe lituanien pa-. Ce préfixe confère traditionnellement une notion de proximité par rapport à l’objet désigné par le terme principal (LKG I 424). Par conséquent, ces drimonymes impliquent une localisation à la périphérie de la zone habitée. Les exemples suivants illustrent ce phénomène: Lentvaris (V D) → Palentvario miškas (V D), Dailidžiai (Šr D) → Padailidžių miškas (Šr D). L’application du modèle métonymique ÉTABLISSEMENT HUMAIN POUR LA FORÊT permet d’entrevoir la trajectoire historique du développement du pays. On peut s’attendre à ce que certains établissements humains gagnent en importance, tandis que d’autres disparaissent progressivement. Les établissements humains qui ont disparu des cartes géographiques du comté de Vilnius subsistent à travers les drimonymes qu’ils ont autrefois motivés. Ces établissements ont pu connaître des changements dans leurs noms officiels, comme le montre l’exemple de Gailiškė (Švčn D) → Gailiškės miškas (Švčn D), Ivučizna (Trak D)⁶ → Ivučiznos miškas (Trak D), ou avoir été supprimés, comme Plačiavėlė (Ukm D) → Plačiavėlės miškas (Ukm D). On peut observer un cas intrigant de ce modèle métonymique, illustré par l’exemple Šveičārai (V D) → Šveičārijos miškas (V D). Dans cet exemple particulier, le toponyme de l’établissement humain, Šveičārai, dérive du nom de la nation, the Swiss. En revanche, le drimonyme, Šveičārijos miškas, repose sur le nom du pays, Switzerland. Cette illustration ⁶ Désormais Barbõriškės (Trak D). Straipsniai / Articles 243 ALISA STUNŽAITĖ suscite des réflexions intrigantes, potentiellement fondées sur l’analogie paysagère. Il est important de reconnaître que la Suisse est réputée pour sa topographie montagneuse, une caractéristique qui contraste avec l’absence de chaînes montagneuses importantes en Lituanie. Néanmoins, la zone boisée en question est située sur un terrain vallonné, ce qui fait écho à des urbanonymes locaux tels que Aukštōji str., connotant High Street. Après un examen attentif, il apparaît clairement que la métonymie fondée sur les établissements humains constitue une source productive de motivation pour les drymonymes lituaniens. Il est possible de déchiffrer les corrélations spatiales entre les éléments topographiques et de mettre au jour les manières nuancées dont certains marqueurs fournissent des informations précieuses sur les caractéristiques des forêts et les traits particuliers du paysage, en recourant au modèle ÉTABLISSEMENT HUMAIN POUR LA FORÊT. Les drymonymes issus d’établissements humains jouent un rôle particulier de gardiens de la mémoire historique. Ils signalent l’existence d’anciennes zones habitées et condensent l’essence de ces lieux disparus. Ce phénomène souligne l’interaction complexe entre l’expression linguistique et l’histoire culturelle et géographique de la région, mettant en lumière les différentes strates de sens intégrées dans les toponymes. 1.2. Élément aquatique pour la forêt Les étendues d’eau revêtent une importance immense dans les activités humaines et apparaissent donc comme des éléments marquants d’une région géographique. Leur rôle essentiel dans la configuration du paysage et l’influence exercée sur les établissements humains en fait des composantes intégrales de la trame toponymique locale. Historiquement, les étendues d’eau ont servi de sources de subsistance, de voies commerciales et de lieux d’importance culturelle, devenant ainsi des points focaux des établissements et des activités humaines. Ces noms donnent un sens au lieu et servent de liens entre l’étendue d’eau et les autres entités toponymiques des environs (Reszegi 2022; Skorupa 2023: 231). En conséquence, la nomenclature toponymique crée une interconnexion sémantique qui permet de mieux comprendre les relations spatiales et le paysage culturel de la région. Bien que l’on puisse soutenir que les rivières, les lacs et les étangs fonctionnent souvent comme des éléments saillants d’un lieu, il convient ici de citer Vanagas (1981: 35), compte tenu de son observation pertinente selon laquelle les rivières, parmi les différents éléments géographiques, peuvent servir de marqueurs distinctifs d’un lieu lorsqu’elles présentent des caractéristiques particulières dans le contexte géographique plus large. Il a été délibérément décidé d’inclure les drymonymes qui s’inspirent d’autres toponymes dans le cadre métonymique général de LIEU POUR LE LIEU, c’est-à-dire plutôt ÉLÉMENT AQUATIQUE POUR LA FORÊT 244 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy que de relier simplement ces noms de forêts aux éléments saillants de la zone géographique qu’ils représentent. Ainsi, dans les limites du comté de Vilnius, 24 drymonymes tirent leur origine de la proximité d’éléments aquatiques. Il importe de souligner que ces drymonymes précis s’inspirent exclusivement d’hydronymes, sans qu’aucune influence éventuelle de régions voisines portant des appellations identiques soit prise en compte. Considérons les exemples les plus marquants. Compte tenu de l’absence de mers adjacentes dans le contexte géographique du comté de Vilnius, les drymonymes fondés sur des hydronymes sont généralement associés aux étendues d’eau présentes dans les environs. Ainsi, les drymonymes motivés par des lacs, comme l’illustrent des toponymes tels que Rašià (Švčn D) → Rašiõs miškas (Švčn D), Skrebỹs (Trak D) → Skrebio miškas (Trak D), Žīrnajai (Ukm D) → Žīrnajų miškas (Ukm D), et ceux issus de noms de rivières, comme Šalčià (Šlčn D) → Šalčiõs miškas (Šlčn D), Šventėlė (Švčn D) → Šventėlės miškas, Versekà (Šlčn D) → Versekõs miškas (Šlčn D), (Švčn D), constituent des schémas fréquents dans cette région. Comme le montrent les exemples ci-dessus, les drymonymes issus d’hydronymes suivent une structure conventionnelle, se présentant au cas possessif et incorporant un élément lexical adjoint miškas. Toutefois, à l’instar du phénomène observé dans le modèle métonymique ÉTABLISSEMENT HUMAIN POUR LA FORÊT, une tendance parallèle est discernable ici: certains onyms ont modifié leur forme tout en conservant leur origine dans des éléments aquatiques. Prenons, par exemple, le cas de Vėrniė (Trak D) → Miškas Pāverknė (Trak D), où la construction morphologique du drymonyme emploie le préfixe lituanien pa-, qui exprime généralement l’idée d’une position périphérique.⁷ Cependant, un examen cartographique plus attentif révèle que la rivière traverse la forêt. Par conséquent, la connotation sémantique du préfixe lituanien pa pourrait être associée au fait de passer à travers, puisque, dans le cas présent, la rivière coule à travers la forêt. Un autre exemple notable est le drymonyme Jūodupės raištas (Ukm D), très probablement dérivé du potomonyme Jūodupis (Ukm D). Ce cas est intéressant pour plusieurs raisons. Premièrement, il présente une apparente incongruité de genre grammatical: le drymonyme provient clairement d’une forme féminine, tandis que le potomonyme adopte une forme masculine. Cette discordance de genre peut être attribuée aux différents contextes linguistiques dans lesquels les onyms ont été forgés, ce qui suggère des origines linguistiques distinctes. Deuxièmement, il remplace le marqueur couramment employé miškas par le terme plus précis raistas, qui peut être associé à « un lieu humide couvert d’arbustes ou d’arbres, un marécage » (LKŽe). Cet ajout ⁷ Cf. LKG I 424. Straipsniai / Articles 245 ALISA STUNŽAITĖ fournit un éclairage supplémentaire sur le paysage de la zone. En outre, la modification de la forme dans le drymonyme mérite un examen. Alors que la langue lituanienne emploie généralement ūpė [rivière], l’hydronyme source repose sur une autre forme, upis [rivière]. Comme l’explique Vanagas (1981: 51), il existe une possibilité théorique que le potonyme ait initialement dérivé de la forme de genre ūpė. En conséquence, Juōdupis pourrait signifier un changement de terme. Ainsi, le drymonyme pourrait être lié à l’évolution de l’emploi d’une forme lexicale. En tant que composantes les plus anciennes des entités toponymiques, les éléments aquatiques jouent un rôle fondamental dans la motivation et la structuration de l’ensemble des données toponymiques. Les drymonymes, malgré leur nature particulière, s’inscrivent dans cette tendance. Toutefois, il est évident que, si les hydronymes occupent une place importante dans ce contexte, ils ne constituent pas la source principale de création des drymonymes. Généralement, les drymonymes qui proviennent d’hydronymes suivent un cadre classique. Dans cette représentation conventionnelle, le nom de l’étendue d’eau est intégré au cas possessif et complété par un marqueur supplémentaire indiquant la nature de l’objet. Ce schéma est constant, à de rares exceptions près. 2. MODÈLE MÉTONYMIQUE: ÉLÉMENT SAILLANT POUR LE LIEU Bien qu’elle constitue une source productive pour la dénomination, la métonymie peut parfois se manifester avec une importance égale à tous les niveaux des onyms. Le processus de création des noms de lieux implique souvent l’utilisation de formes appellatives. Ce schéma est particulièrement évident dans le domaine de la toponymie lituanienne, et des chercheurs tels que Vanagas (1981: 20), Sviderskienė (2016, 2017, 2019, 2022), Mickienė (2018) et Skorupa (2021, 2021a, 2023) ont longuement étudié cet aspect. Le présent article établit une distinction entre les métonymies fondées sur des onyms, correspondant au modèle conceptuel LIEU POUR LE LIEU, et les métonymies fondées sur des appellatifs, rattachées au modèle ÉLÉMENTS SAILLANTS POUR LE LIEU. Cette partie se consacre explicitement à l’analyse de cette dernière approche. 2.1. Type de forêt pour la forêt Reszegi (2022) souligne que cela pourrait être associé au modèle métonymique LIEU POUR LE LIEU, puisque les formes appellatives décrivent et désignent le lieu. En effet, il est largement reconnu que de tels toponymes transmettent intrinsèquement 246 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy des attributs distinctifs du lieu, éclairant les caractéristiques particulières de la forêt. Au total, cette catégorie comprend 36 drymonymes. Les recherches antérieures ont étudié la motivation de la plupart des drymonymes relevant de la catégorie des types de forêts.⁸ Toutefois, pour illustrer le modèle métonymique, le présent article analysera quelques drymonymes qui n’ont pas été étudiés auparavant. L’un de ces exemples est le drymonyme Lužynė (Šr D), qui provient potentiellement du terme lituanien lūža, désignant « un fourré dense d’arbres et de végétation entrelacés, ou une zone boisée défrichée » (LKŽe). Ce choix de nom renseigne sur l’état de la forêt au moment de la création du nom, apportant ainsi un éclairage supplémentaire sur sa condition; la structure conceptuelle est donc représentée par Lith. lūža → Lužynė (Šr D). Un autre exemple intéressant, dans la catégorie des drymonymes liés aux types de forêts, se trouve dans Margai (Šr D). Cet onym tire probablement sa motivation du lituanien Lith. márgas, -à, qui signifie « divers, mélangé, hétérogène » (LKŽe). Par conséquent, ce choix de nom exprime l’idée que la forêt est composée de différentes espèces d’arbres. Au cours de l’étude, il est apparu que la végétation de la forêt est diverse, comprenant des feuillus et des conifères. La structure conceptuelle peut donc être formulée ainsi: Lith. margai → Margai (Šr D). Toutefois, une autre source de motivation est également plausible, puisque le drymonyme pourrait avoir été influencé par le lituanien Lith. márgas, signifiant « une unité de mesure des terres » (LKŽe), ce qui rattacherait le drymonyme en question aux pratiques de mesure des terres. Le cadre conceptuel reste identique: Lith. margai → Margai (Šr D). 2.2. Élément paysager pour la forêt La présente catégorie décrit la forêt en l’inscrivant dans le contexte du paysage environnant, la désignant ainsi comme un attribut marquant de la zone. Il apparaît donc clairement que les drymonymes peuvent exprimer des informations sur la nature du terrain, indiquant s’il est marécageux, plat, ponctué de dunes de sable ou caractérisé par d’autres irrégularités topographiques. De tels toponymes offrent une représentation transparente de la couche primaire du concept. Parallèlement, ces noms peuvent être associés à un processus de catégorisation. Naturellement, les individus ont cherché à s’orienter dans leur environnement en identifiant ses éléments définitoires — en attribuant un sens au paysage. Le comté de Vilnius compte 35 drymonymes fondés sur le concept de paysage. ⁸ Cf. Stunžaitė 2022. Straipsniai / Articles 247 ALISA STUNŽAITĖ La méthode la plus efficace pour transmettre les caractéristiques distinctives d’un paysage consiste à nommer un élément proche remarquable en fonction de ses attributs. Cette logique apparaît dans le drymonyme du plus grand et du plus ancien parc de Vilnius, appelé Vingis (V D), qui tire son nom de la boucle de la rivière Neris. Le terme vingis se traduit par loop en anglais. Il convient de noter que le parc est bordé sur trois côtés par les eaux de la rivière Neris, ce qui montre un alignement conceptuel clair: Lith. vingis → Vingis (V D). Les attributs topographiques de la région sont encapsulés dans le drymonyme Kapinių miškas (ŠĮčn D), qui tire sa motivation du terme lituanien kāpinės, signifiant cemetery. Cette association est fondée, puisqu’un cimetière se trouve à environ 700 mètres du lieu. Toutefois, selon les données officielles de la municipalité de Šalčininkai,⁹ le cimetière voisin n’a été établi qu’en 2009. Néanmoins, puisque l’élément forestier appartient à une couche plus ancienne des données toponymiques, il est plausible qu’un cimetière se soit trouvé à proximité à un moment donné. Ainsi, le passage d’une caractéristique paysagère au drymonyme est réalisé: Lith. kāpinės → Kapinių miškas (ŠĮčn D). 2.3. Végétation pour la forêt Dans ces drymonymes, la notion de végétation dominante revêt une importance particulière. Souvent, l’espèce prédominante caractérise non seulement le lieu, mais indique aussi une source potentielle de bois, de matières premières ou d’autres matériaux susceptibles d’en être tirés. De tels noms peuvent également porter des connotations culturelles. Par exemple, l’importance des bouleaux et des tilleuls dans la culture lituanienne est indéniable. Ces types d’arbres étaient associés à des pouvoirs mystiques: les tilleuls étaient considérés comme sacrés, tandis que la sève de bouleau était réputée posséder des propriétés curatives ou magiques (Klimka 2011: 26–29). Par conséquent, les forêts où ces arbres revêtaient une signification culturelle pouvaient souligner leur rôle essentiel au sein de la communauté. Ainsi, la portée symbolique de ces arbres pouvait faciliter un lien entre les traditions culturelles et l’environnement forestier lui-même. Au total, 24 drymonymes illustrent le modèle métonymique VÉGÉTATION POUR LE LIEU. La mention des bouleaux est particulièrement remarquable, car il peut être surprenant de constater que, dans le comté de Vilnius, au moins 7 forêts tirent leur nom du lituanien Lith. bērzas signifiant birch. Ces drymonymes comprennent Beržynas (ŠĮčn D, Ukм D, Ukм D), Beržynė (Švnč D), Beržynėlis (Šr D), Beržytė (Ukм ⁹ Cf. https://www.salcininkai.lt/data/public/uploads/2023/01/kopija-kapines-sarasas.pdf. 248 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy D), et Berželiai (Ukm D). Bien que ces formes présentent des variations flexionnelles, ces différences n’affectent pas leur représentation conceptuelle. Elles fournissent seulement des informations supplémentaires.10 Elles expriment toutes la végétation dominante qui, dans le cas présent, renvoie aux bouleaux: Lith. beržas → Beržynas (Šlčn D, Ukm D, Ukm D), Beržynė (Švčn D), Beržynėlis (Šr D), Beržytė (Ukm D), Berželiai (Ukm D). De manière générale, dans les drymonymes lituaniens, il existe une tendance marquée à refléter les espèces végétales dominantes, comme le montrent des exemples tels que Lith. liepynas [forêt de tilleuls] → Liepynas (El D), Lith. bruknynė [zone où poussent des airelles rouges] → Bruknynė (Šlčn D), Lith. eglȳnas [sapinière] → Eglynėlis (Švčn D), ainsi que des cas analogues. 2.4. Faune pour la forêt Les drymonymes de ce modèle métonymique comportent principalement des zoonymes, signalant la présence prédominante de certaines espèces animales dans les zones concernées. En substance, ils confèrent un sens au concept de faune. Au-delà de cela, ces onyms peuvent transmettre des implications supplémentaires. Historiquement, les forêts n’étaient pas uniquement des lieux de loisirs et d’air frais, mais aussi des espaces actifs d’activités économiques et de subsistance. Les animaux chassés dans ces forêts fournissaient de la nourriture, de la fourrure et diverses ressources. Par conséquent, ces noms offrent des indications précieuses sur le potentiel de la forêt en matière de ressources. Seuls 4 drymonymes relèvent de cette catégorie. Considérons l’exemple d’un drymonyme pouvant remplir une double fonction: d’une part, il sert d’indicateur d’avertissement; d’autre part, il représente la concentration d’animaux dans la zone. Il s’agit de Gyvatynė (V D), dérivé du lituanien Lith. gyvatynas, gyvatynė « un lieu rempli de serpents » (LVŽ III 216). Ce drymonyme avertit donc d’une forte probabilité de rencontrer des serpents. Historiquement, les serpents servaient à des fins multiples; ils étaient frits, bouillis, séchés et même utilisés à des fins médicinales (TLE I 629). Il ne faut pas négliger non plus que la mythologie lituanienne s’articule également autour des serpents, en particulier autour du Žaltys [couleuvre], perçu comme représentant des énergies chtoniennes et vitales, et comme un esprit domestique bienveillant et protecteur (VLEe). La représentation conceptuelle du transfert métonymique pourrait être formulée ainsi: Lith. gyvatynė → Gyvatynė (V D). 10 Voir Stunžaitė 2022. Straipsniai / Articles 249 ALISA STUNŽAITĖ 2.5. Finalité pour la forêt Cette catégorie présente un certain degré d’ambiguïté, car il est difficile d’établir un modèle métonymique précis qui rende compte de l’essence des drymonymes qui y sont rattachés. L’ambiguïté réside dans le concept motivant. Il n’est pas surprenant que les forêts aient historiquement et actuellement servi de lieux de cueillette de baies et de champignons et d’acquisition de diverses ressources. La chasse est depuis longtemps une activité appréciée des Lituaniens, d’abord pratiquée pour assurer la subsistance, puis devenue une activité de loisir. L’un des drymonymes du comté de Vilnius incarne ce concept et pourrait relever du modèle métonymique FAUNE POUR LA FORÊT. Cela s’explique par le fait que la présence d’animaux aurait entraîné des activités de chasse dans la forêt. De plus, puisque ce drymonyme précis, Medžiōklės miškas (Trak D), ne contient pas de zoolexème, il a été attribué à une catégorie distincte qui en saisit plus exactement l’essence. Ce drymonyme dérive du lituanien Lith. medžiōklė, signifiant hunting, est employé au cas possessif, ce que reflète la terminaison lituanienne -ės; comme s’il indiquait la fonction de cette forêt, il exprime le transfert conceptuel suivant: Lith. medžiōklė → Medžiōklės miškas (Trak D). Le modèle métonymique ÉLÉMENT SAILLANT POUR LA FORÊT peut être davantage précisé en mettant l’accent sur l’élément particulier qui mérite l’attention. Dans cette catégorie, certains drymonymes présentent des liens sémantiques clairs et directs. Toutefois, l’examen de l’évolution conceptuelle d’une forme appellative vers un drymonyme peut révéler des informations supplémentaires. En substance, ce modèle met en évidence un attribut propre à la forêt et l’encapsule dans le drymonyme. Si le lien immédiat entre l’élément et la forêt est évident, l’étude du cheminement allant du terme descriptif originel au drymonyme final peut fournir une compréhension contextuelle plus approfondie. Ce processus éclaire le raisonnement qui a conduit à sélectionner cet attribut particulier pour l’associer à la forêt, et peut révéler des considérations culturelles, historiques ou pratiques. 3. MODÈLE MÉTONYMIQUE: PERSONNE POUR LE LIEU Ces noms rendent souvent compte de l’importance des individus dans la formation des aspects historiques, culturels et identitaires d’une région. Ils servent à rendre hommage et à commémorer ceux qui ont joué un rôle déterminant dans l’évolution de la société. Ces noms peuvent honorer des pionniers, des propriétaires de la région ou toute personne ayant contribué de manière substantielle à la communauté locale. L’origine de ces 250 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX Unraveling Vilnius County Drymonymy: the Case of Metonymy noms ne soulève aucune question, puisqu’ils indiquent directement la concentration de personnes dans des zones précises. Néanmoins, ces noms offrent des aperçus intéressants du point de vue de l’onomastique cognitive, en raison de leur modèle de conceptualisation moins évident et plus complexe. Pour comprendre les motivations à l’origine de ces drymonymes, il est essentiel d’examiner le concept sous-jacent qu’ils encapsulent. Cela implique une analyse minutieuse de chaque cas particulier, car les motivations peuvent varier considérablement. Cependant, ce qui demeure constant dans tous les toponymes anthroponymiques, c’est l’implication qu’un individu ou un groupe d’individus revêtait une certaine importance. Par exemple, comme le note Santa Rapa (2019: 39), les noms des gardes forestiers peuvent rester encapsulés dans les drymonymes. Dans cet article, plutôt que d’examiner les raisons possibles de la création de ces noms, l’objectif sera de présenter une vue d’ensemble des drymonymes fondés sur des noms de personnes. Au total, 26 noms de forêts relèvent de cette catégorie, provenant exclusivement d’anthroponymes et suivant le modèle métonymique PERSONNE POUR LA FORÊT. Les drymonymes qui reflètent généralement l’accumulation de personnes en un même lieu se caractérisent par l’emploi de formes plurielles dérivées des patronymes motivants. Un exemple illustratif est Kiškėnų miškas (Švčn D), que l’on croit inspiré du patronyme lituanien Lith. Kiškėnas (PDBe). Cette corrélation gagne en validité du fait que le patronyme lituanien Lith. Kiškėnas est attesté dans la même zone géographique, plus précisément dans la circonscription de Kaltanėnai, où se situe la forêt Kiškėnų miškas (Švčn D). Le transfert du patronyme dans le drymonyme est donc Lith. Kiškėnas → Kiškėnų miškas (Švčn D). De même, on peut citer l’exemple de Mikáiliškių miškas (Trak D). Ici, le drymonyme repose sur le patronyme polonais Michajło, Michał (SSNO III 448–449), le biélorusse Міха́йло, Міха́йла Михаил (Biryla 1966: 121) et le lituanien Mikáilas (PDBe). Il pourrait donc être représenté ainsi: pol. Michajło, Michał, biél. Міха́йло, Міха́йла Михаил, lith. Mikáilas → Mikáiliškių miškas (Trak D). Toutefois, il convient de noter qu’il existe également des représentations au singulier. Par exemple, le patronyme polonais Lisowski (SSNO III 270), le russe Лисовский et le biélorusse Лісоўскі, Лысеўскі (Biryla 1969: 253) sont transférés dans Lešovskio miškas (Šr D). Cette transition peut être représentée comme suit: pol. Lisowski, rus. Лисовский, biél. Лісоўскі, Лысеўскі → Lešovskio miškas (Šr D). Cet alignement de drymonymes au sein d’une localité donnée suggère une motivation possible de dénomination fondée sur le lien de la personne avec le paysage. Affirmer que tous ces drymonymes, ou tout autre toponyme, reposent uniquement sur le concept de propriété sans analyse complémentaire des registres et d’autres documents serait une assertion audacieuse. La présente recherche adopte le modèle métonymique PERSONNE POUR LE LIEU afin de mieux illustrer sa productivité et son importance et d’éviter une mauvaise interprétation des données. Straipsniai / Articles 251 ALISA STUNŽAITĖ CONCLUSIONS Les résultats de cette recherche font ressortir plusieurs points essentiels: 1. La métonymie, mécanisme cognitif important, joue un rôle central dans la formation des drymonymes. Elle est attestée dans 696 drymonymes officiellement reconnus au sein du comté de Vilnius, soit une part substantielle du total de 787 drymonymes. 2. Trois grands schémas métonymiques ont été identifiés: LIEU POUR LE LIEU, ÉLÉMENT SAILLANT POUR LE LIEU et PERSONNE POUR LE LIEU. • Le modèle métonymique LIEU POUR LE LIEU peut être précisé en deux modèles distincts: ÉTABLISSEMENT HUMAIN POUR LA FORÊT, qui englobe les noms des zones habitées environnantes, domine avec 546 occurrences et constitue le schéma le plus fréquent dans la conceptualisation des drymonymes. Le second modèle, ÉLÉMENT AQUATIQUE POUR LA FORÊT, représente les noms des étendues d’eau proches et a contribué à la formation de 24 drymonymes. • Le modèle métonymique ÉLÉMENT SAILLANT POUR LE LIEU peut être subdivisé en cinq modèles particuliers: TYPE DE FORÊT POUR LA FORÊT, ÉLÉMENT PAYSAGER POUR LA FORÊT, VÉGÉTATION POUR LA FORÊT, FAUNE POUR LA FORÊT et FINALITÉ POUR LA FORÊT. Ces sous-catégories sont représentées respectivement par 36, 35, 24, 4 et 1 drymonymes. • Le modèle métonymique PERSONNE POUR LE LIEU a été précisé en PERSONNE POUR LA FORÊT. Il est important de noter que cela n’implique pas nécessairement la propriété; il indique plutôt un lien entre la personne et la forêt. Au total, 26 drymonymes relèvent de ce modèle. Dans l’ensemble, les résultats mettent en lumière l’interaction complexe entre la langue, le paysage et les activités humaines dans le comté de Vilnius, révélant la riche trame des significations inscrites dans les noms de ses forêts. 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Atlikus tyrimą nustatyti dominuojantys modeliai: VIETA VIETOJ VIETOS, IŠSKIRTINĖ YPATYBĖ VIETOJ VIETOS IR ŽMOGUS VIETOJ VIETOS. 570 drimonimų yra siejama su metoniminiu modeliu VIETA VIETOJ VIETOS, jį sukonkretinus, paaiškėjo, kad drimonimų susiradymą dažniausiai inspiravo gyvenvietės (546) ir vandens telkiniai (24). 100 miškų vardų motyvacija grindžiama metoniminio modelio IŠSKIRTINĖ YPATYBĖ VIETOJ VIETOS. Minėtinos šios tyrimo patvirtintos išskirtinės ypatybės: miško tipas (36), kraštovaizdis (35), augmenija (24), gyvūnija (4) ir miško Straipsniai / Articles 257 ALISA STUNŽAITĖ paskirtis (1). Apie žmonių santalką miškingose vietovėse galima spręsti iš 26 Vilniaus apskrities drimonimų, jie siejami su žmogus vietoj vietos, t. y. žmogus vietoj miško, metoniminiu modeliu. Kadangi šis tyrimas buvo vykdomas kognityvinės onomastikos lygmeniu, jame laikomasi nuostatos, kad visi vardai turi reikšmę. Analizuotų drimonimų konceptualizavimo modelis buvo atskleistas adaptavus Nikolas Dobričiaus (2010) modelį, pagal kurį autorius siūlo numatyti koncepto kelią per šaltinio ir tikslo sritis, iš kurių šaltinis – apeliatyvas arba tikrinis žodis, o tikslas – onimas, šio tyrimo atveju – drimonimas. Taigi straipsnyje nagrinėjamų vardų konceptai atvaizduojami remiantis šia schema: apeliatyvas / tikrinis žodis → drimonimas. Panašią schemą vykdomuose tyrimuose taiko ir Vengrijos mokslininkė Katalina Reszegi (2022). Kadangi metonimijos apraiškų randama apeliatyvuose, tikimasi, kad metoniminis mąstymas būdingas ir tikriniams žodžiams. Juk metonimija yra kognityvinė ir lingvistinė priemonė universalioms kategorijoms formuotis žmogaus sąmonėje, kurios vėliau gali būti atspindėtos kalboje. Metonimija apima vieno objekto sampratos modelį susiedama jį su kitu, ypač tada, kai abu objektai egzistuoja toje pačioje paradigmoje (Kövecses, Günter 1999: 21; Kerevičienė 2009: 14–15). Toponimija ir yra būtent ta sritis, kuri parodo, kad objektai koegzistuoja, kad dėl įvairių priežasčių jai būdingas polinkis peržengti savo pačios ribas, iškaitant vardų migraciją tarp objektų klasių bei analogiją pagrįstų darinių (Karpenko 1980: 49). Metoniminiai procesai yra labai svarbūs ir įdomūs, kadangi jie atskleidžia glaudų žmonijos suvokimo, vietovės ypatybių, kalbos bei vardo formavimosi mechanizmų ryšį. Įteikta 2023 m. rugpjūčio 21 d. ALISA STUNŽAITĖ Lietuvių kalbos institutas Petro Vileišio g. 5, LT–10308 Vilnius, Lietuva alisa.stunzaitė@vilniustech.lt 258 Acta Linguistica Lithuanica LXXXIX