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Annales du patrimoine, Mostaganem

Abbassa, Mohammed

Abstract

Annales du patrimoine/Hawliyyat al-Turath (ADP) (Annals of Heritage) is a trilingual academic journal published with the participation of researchers in literature, languages and humanities. The journal is devoted to different areas of heritage: literature, language, spirituality, philosophy, art. It appears in Arabic, French and English once a year and distributed exclusively online. A scientific committee evaluates articles submitted to the editors. The review includes a thematic renewed each number and variable items.Annales du patrimoine/Hawliyyat al-Turath was established in 2004 at the University of Mostaganem (Algeria) in two editions, paper and electronic.Annales du patrimoine/Hawliyyat al-Turath is freely available online in open access and all items are available in pdf format. You can freely download and use the texts, but the reference must be indicated.

Full text

ثاﺮﺘﻟا تﺎﻴﻟﻮﺣ ﺔﻠﺠﻣ Revue Annales du Patrimoine P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945 Hawliyyat al-Turath, University of Mostaganem, Algeria N° 25, September 2025 L’impact de la traduction sur le développement scientifique du monde arabo-musulman Theimpactoftranslationonthescientificdevelopmentofthe Arab‐Muslimworld Dr Baïdy Sall Ba Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal [email protected] Reçu le : 11/6/2025 - Accepté le : 13/8/2025 25 2025 Pour citer l'article :  Dr Baïdy Sall Ba : L’impact de la traduction sur le développement scientifique du monde arabo-musulman, Revue Annales du patrimoine, Université de Mostaganem, N° 25, Septembre 2025, pp. 27-48. http://annalesdupatrimoine.wordpress.com *** Revue Annales du patrimoine, N° 25, 2025, pp. 27 - 48 P-ISSN 1112-5020 / E-ISSN 2602-6945 Reçu le : 11/6/2025 - Accepté le : 13/8/2025 [email protected] © Université de Mostaganem, Algérie 2025 L’impact de la traduction sur le développement scientifique du monde arabo-musulman Dr Baïdy Sall Ba Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Sénégal Résumé : Ce contenu examine l’évolution du mouvement de traduction durant les époques omeyyade et abbasside, en soulignant son rôle crucial dans le développement de la civilisation islamique. Pendant la période omeyyade, la traduction était plutôt limitée, touchant principalement des domaines comme la médecine et l’astronomie et étant réalisée par des savants chrétiens orientaux, En revanche, l’ère abbasside marque un tournant significatif avec la mise en place d’institutions comme Bayt al-Hikma. Cela a conduit à une activité de traduction intense, favorisant l’accès aux œuvres grecques, perses et indiennes. Le mouvement de traduction a été stratégique pour l’essor scientifique et intellectuel du monde musulman. Il a reposé sur des institutions puissantes, un soutien politique actif et des objectifs civilisationnels clairs. Loin d’être de simples transmetteurs, les savants arabes ont enrichi, restructuré et diffusé le savoir ancien, en créant un véritable âge d’or scientifique. Mots-clés : Traduction, abbasside, omeyyade, civilisation, sciences o The impact of translation on the scientific development of the Arab-Muslim world Dr Baïdy Sall Ba Cheikh Anta Diop University of Dakar, Senegal Abstract: This content examines the evolution of the translation movement during the Umayyad and Abbasid eras, highlighting its crucial role in the development of Islamic civilisation. During the Umayyad period, translation was rather limited, affecting mainly fields such as medicine and astronomy and being carried out by Eastern Christian scholars. In contrast, the Abbasid era marked a significant turning point with the establishment of institutions such as Bayt al-Hikma. This led to intense translation activity, facilitating access to Greek, Persian and Indian works. The translation movement was strategic for the scientific and intellectual development of the Muslim world. It was underpinned by powerful institutions, active political support and clear Dr Baïdy Sall Ba - 28 - Revue Annales du patrimoine civilisational objectives. Far from being mere transmitters, Arab scholars enriched, restructured and disseminated ancient knowledge, creating a veritable scientific golden age. Keywords: Translation, Abbasid, Umayyad, civilisation, sciences o Introduction : Cette recherche composée de trois axes traite d’abord les débuts du mouvement de traduction, mettant en lumière l’émergence de ce mouvement à travers l’histoire, depuis que l’humanité a commencé à développer des langues et à interagir avec la diversité des cultures et des civilisations. Ensuite aborde la traduction aux époques omeyyade et abbasside, proposant une brève présentation du mouvement de traduction, tout en mettant l’accent sur la traduction d’ouvrages vers l’arabe sous le patronage des califes et des sultans au cours de ces deux périodes. La recherche s’intéresse enfin à la nature des sciences traduites, traitant des différentes dimensions du mouvement de traduction. Nous y avons distingué deux orientations : la traduction des sciences médicales et astronomiques, ainsi que la traduction des ouvrages de mathématiques et de philosophie. 1 - Les débuts du mouvement de la traduction : La traduction était déjà pratiquée au Proche-Orient dès le troisième millénaire avant J.-C., comme en témoignent des documents sumériens traduits en akkadien. Cependant, de telles généralisations sur tous les aspects de la vie culturelle doivent être prises avec prudence : elles ne doivent pas dépasser une valeur purement descriptive. Dans le cadre de notre sujet, bien qu’il soit certain que des œuvres grecques profanes aient été traduites vers les langues du Proche-Orient - y compris l’arabe - avant l’avènement des Abbassides, ces premières traductions ne suffisent pas à expliquer, à elles seules, l’ampleur du mouvement de traduction ultérieur. Celui-ci ne peut pas être interprété comme une simple L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 29 - N° 25, Septembre 2025 continuité d’une pratique antérieure, mais comme une entreprise nouvelle, dotée de ses propres motivations et finalités. Chaque activité de traduction répond à des raisons et à des objectifs spécifiques, qu’il convient d’étudier dans leur contexte particulier. Ainsi, les sections suivantes n’ont pas pour vocation de retracer l’histoire de la traduction dans sa totalité, mais de se concentrer sur un moment-clé : le début du mouvement de traduction et de transmission du savoir dans la civilisation arabomusulmane. Ce mouvement a permis aux Arabes et aux musulmans d’avoir accès aux savoirs de l’Antiquité et aux textes majeurs des civilisations antérieures, posant ainsi les fondations d’un essor scientifique et culturel durable(1). Conscients de l’importance de ce transfert de connaissances, les savants, les califes et les penseurs musulmans ont compris qu’une culture ne pouvait se développer en se fondant sur une seule langue. C’est dans cet esprit que furent créées des bibliothèques et des maisons de la sagesse, dotées de départements spécialisés dans la traduction. Ces institutions peuvent être considérées comme de véritables centres de documentation, au sens moderne du terme, fournissant des informations accessibles en plusieurs langues à tous ceux qui en avaient besoin(2). Le contact des Arabes avec d’autres nations, à la suite des conquêtes, les mit en relation avec des peuples ayant connu des expériences civilisationnelles diverses à travers les âges, ce qui entraîna un brassage culturel important. Les idées et les goûts arabes se sont mêlés à ceux des autres civilisations, contribuant ainsi à l’essor et au développement de la civilisation islamique. Ce mélange donna naissance à une civilisation raffinée, qui prit sa forme définitive et s’épanouit notamment à l’époque abbasside, puis andalouse(3). Par ailleurs, la base sociale du monde arabe s’est élargie considérablement, s’étendant du Golfe à l’Atlantique, en raison Dr Baïdy Sall Ba - 30 - Revue Annales du patrimoine de ces contacts et de l’échange culturel avec d’autres civilisations. Ce processus fut favorisé par la communication, le commerce, et le transfert de savoirs(4). Les Arabes commencèrent alors à s’intéresser aux civilisations étrangères, et à diffuser leur propre culture dans les régions conquises. C’est ainsi que le travail de traduction prit son essor, notamment parmi les intellectuels et les penseurs arabes, qui entreprirent de traduire un large éventail de savoirs : des sciences exactes aux sciences théoriques, en passant par l’astronomie – essentielle, par exemple, pour déterminer les horaires du jeûne, de la prière et du pèlerinage. Ils s’intéressèrent aussi aux sciences appliquées, indispensables à la santé des populations, à la prévention des maladies et des épidémies(5). Ce mouvement de traduction et d’appropriation des savoirs fut si fructueux qu’il permit aux penseurs arabes d’accumuler un riche patrimoine scientifique et intellectuel. Progressivement, ils se tournèrent vers la philosophie, notamment dans le but de défendre la foi islamique en comprenant les arguments de leurs adversaires et en y répondant avec des outils intellectuels solides(6). Il convient de souligner que le mouvement de traduction et de transmission ne s’est pas développé indépendamment de conditions objectives. Il s’est construit à travers une succession de phases, chacune marquée par des caractéristiques propres. Il ne s’agit donc pas d’une simple chronologie linéaire, abstraite de ses contextes épistémologiques : chaque étape a été déclenchée par une crise ou un besoin spécifique, donnant lieu à une dynamique particulière. Contrairement à d’autres civilisations où ce processus fut plus spontané ou informel, l’intérêt des Arabes pour la transmission du savoir s’est concrétisé par la fondation de maisons de traduction et d’institutions savantes, généreusement L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 31 - N° 25, Septembre 2025 financées par les califes, les ministres et les notables(7). Dans le Levant islamique, le mouvement de traduction s’est étendu sur environ quatre siècles - du Ier jusqu’au milieu du IVe siècle de l’hégire -, traversant différentes étapes de maturation et d’aboutissement. Ainsi, la pratique de la traduction au premier siècle de l’hégire différait considérablement de celle des siècles suivants. Ces différences tiennent à plusieurs facteurs : la culture et le niveau d’instruction des traducteurs, leur connaissance du contenu à traduire, leur maîtrise des langues sources et cibles, le nombre de langues qu’ils connaissaient, le contexte intellectuel et institutionnel dans lequel ils évoluaient, ainsi que les sources auxquelles ils avaient accès. Tous ces éléments contribuaient à façonner la qualité et les caractéristiques spécifiques de la traduction à chaque époque(8). Les travaux des spécialistes ont établi que ce mouvement scientifique actif s’est développé en quatre grandes étapes : Première étape : le processus initial de transfert des savoirs, qui a débuté sous la dynastie omeyyade et s’est poursuivi pendant environ soixante ans. Cette phase marque les premiers efforts de traduction dans le monde islamique. Deuxième étape : la période allant du califat d’al-Mansûr jusqu’à la mort de Hârûn al-Rachîd. Cette époque fut marquée par l’émergence de traducteurs brillants tels que Jorjis ibn Bukhtishu‘, Ibn al-Muqaffa‘, et Yûhanna ibn Isḥȃq (Jean fils d’Isaac). Troisième étape : la phase de prospérité intellectuelle, dominée par les traductions de Hunayn ibn Isḥȃq et de son école, qui jouèrent un rôle fondamental dans la structuration du savoir scientifique et médical en langue arabe. Quatrième étape : la période allant du début du IVe siècle de l’Hégire jusqu’au milieu du V e siècle. Elle vit l’essor de nouveaux traducteurs réputés, parmi lesquels Abû Bichr Mattȃ ibn Dr Baïdy Sall Ba - 32 - Revue Annales du patrimoine Yûnus, Sulaymȃn al-Sijistȃnî, Abû ‘Uthmȃn al-Dimachqî et Abû ‘Ali ‘Isȃ ibn Zarʻa(9). L’importance de la traduction dans l’histoire du transfert des savoirs réside dans le fait qu’elle représente la phase inaugurale du développement scientifique au sein de la civilisation musulmane. Les œuvres traduites durant ces premières étapes ont constitué les fondations intellectuelles sur lesquelles se sont construites les disciplines scientifiques, philosophiques et médicales de l’Islam. 2 - La traduction aux époques omeyyade et abbasside : Le mouvement de traduction s’est manifesté progressivement sous les Omeyyades, mais c’est véritablement à l’époque abbasside qu’il connut son apogée. Durant la période omeyyade, les efforts de traduction étaient encore sporadiques, souvent limités à des domaines pratiques tels que la médecine ou l’astronomie, traduits essentiellement depuis le grec ou le syriaque par des savants chrétiens orientaux. Ces premiers travaux ont jeté les bases d’un intérêt croissant pour le savoir étranger. Sous les Abbassides, en particulier à partir du califat d’alMansur (754–775), le mouvement de traduction s’est structuré et intensifié. Les califes abbassides ont compris l’importance stratégique de l’acquisition du savoir pour asseoir leur pouvoir et renforcer la civilisation islamique. Ils ont ainsi fondé des institutions spécialisées, telles que Bayt al-Hikma (la Maison de la Sagesse), à Bagdad, qui devint un véritable centre de traduction et de recherche scientifique. Les califes, les vizirs et les notables finançaient généreusement les travaux de traduction, encourageant les savants à traduire les grandes œuvres philosophiques, médicales, mathématiques et scientifiques issues du patrimoine grec, perse, syriaque et indien. Parmi les traducteurs les plus éminents de cette époque, on compte Hunayn ibn Isḥȃq, al-Kindî, Thȃbit ibn L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 33 - N° 25, Septembre 2025 Qurra et bien d’autres, qui ont non seulement traduit les textes anciens, mais les ont aussi commentés, corrigés et enrichis. Cette dynamique a favorisé une véritable renaissance intellectuelle dans le monde islamique, marquée par une appropriation critique des savoirs antiques et par le développement de nouvelles branches du savoir. Le mouvement de traduction aux époques omeyyade et abbasside ne se limitait pas à un simple transfert de textes ; il s’agissait d’un véritable processus de transformation culturelle, scientifique et philosophique, qui a permis à la civilisation islamique de devenir l’un des foyers majeurs du savoir universel pendant plusieurs siècles. 1. La traduction à l’époque omeyyade : L’état de la langue et de la littérature à l’époque omeyyade a profondément évolué par rapport à celui de la période de la Jahiliyya (l’époque préislamique). Les styles littéraires se sont affinés, le langage frivole et les expressions dissonantes ont été progressivement écartés, traduisant ainsi une transformation globale de la vie sociale, religieuse et politique des Arabes à cette époque(10). Le premier Arabe musulman à avoir manifesté un réel intérêt pour la transmission des savoirs étrangers vers la langue arabe fut Khȃlid ibn Yazîd ibn Mu‘ȃwiya (mort en 85 de l’Hégire / 704 ap. J.-C.). Surnommé parfois "le philosophe des Omeyyades", il est considéré comme un précurseur du mouvement de traduction(11). Il fit venir en Syrie un groupe de philosophes grecs, résidant alors en Égypte et parlant l’arabe. Il leur ordonna de traduire en arabe des ouvrages techniques et scientifiques rédigés à l’origine en grec. Parmi eux se trouvait un moine byzantin nommé Marianus, à qui Khȃlid demanda de lui enseigner les fondements de l’alchimie. Une fois ces connaissances acquises, Khȃlid ordonna leur traduction en arabe. Cette tâche fut confiée à un homme Dr Baïdy Sall Ba - 34 - Revue Annales du patrimoine nommé Isṭifȃn al-Qadîm (Estefan l’Ancien), qui réalisa les premières traductions connues dans le monde islamique. Ces textes concernaient des disciplines telles que la médecine, l’astronomie, la logique, l’alchimie et les techniques artisanales. Ainsi, le premier transfert de savoirs d’une langue étrangère vers l’arabe dans la civilisation islamique est attribué à Khȃlid ibn Yazîd(12). Il supervisa la traduction de plusieurs ouvrages, posant les fondations d’une tradition intellectuelle qui prendra toute son ampleur à l’époque abbasside. En parallèle, sous le règne de ‘Abd al-Malik ibn Marwȃn, des réformes administratives furent entreprises, notamment la traduction des registres fiscaux (Diwȃn) de l’Égypte, qui étaient rédigés en grec et en copte, vers l’arabe(13). Cette réforme fut concrétisée sous le califat de Al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik, marquant un tournant vers l’arabisation des institutions étatiques(14). Sous le règne des Omeyyades, plusieurs ouvrages furent traduits, en complément des efforts déjà amorcés sous Khȃlid ibn Yazid. D’après al-Qurachî, citant Ibn al-Nadîm, Masarjawiya traduisit, à la demande du calife ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz (règne : 98–101 H), un ouvrage intitulé Hȃrûn le Prêtre. Selon Ibn Abî Uṣba‘a, reprenant les propos d’Ibn Jaljal, Masarjawiya fut actif comme traducteur sous les Omeyyades, contribuant à transférer plusieurs ouvrages vers l’arabe. Le calife ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz découvrit ce manuscrit dans les bibliothèques et ordonna qu’il soit conservé dans sa propre chapelle, signe de l’estime portée à ce savoir étranger(15). Par ailleurs, le premier ouvrage médical connu ayant été traduit en arabe remonte au califat de Marwȃn ibn al-Ḥakam. Il s’agit du Kanach d’Ahren al-Qass ibn ‘Ayn, contenant une trentaine d’articles médicaux. Cette œuvre fut traduite de l’araméen vers l’arabe par Masarjawiya, médecin à Bassora, qui y ajouta deux chapitres supplémentaires(16). L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 41 - N° 25, Septembre 2025 fondamental dans les débuts du mouvement de traduction scientifique dans le monde islamique. Utilisée à des fins religieuses (calcul du calendrier lunaire, horaires de prière, détermination de la qibla), administratives et astrologiques, elle suscitait un grand intérêt de la part des califes, savants et astrologues. Sous le règne du calife ʻUmar ibn ʻAbd al-ʻAzîz, on raconte qu’il découvrit dans certaines bibliothèques un livre intitulé Ahran ibn Mubin. Il ordonna qu’il soit extrait et placé dans sa salle de prière, puis pria Allah durant quarante jours avant de le rendre accessible au public, convaincu de son utilité pour les musulmans. Ce geste symbolique montre à quel point les textes anciens, même avant d’être traduits à grande échelle, étaient traités avec révérence et prudence(33). Au début de l’époque abbasside, les traductions d’ouvrages astronomiques commencèrent à se systématiser. L’orientaliste Nanlino affirme que le livre Hukm al-Shajar de Markash al-Hakim pourrait avoir été l’un des premiers textes traduits en arabe, ouvrant la voie à un long processus de transfert de connaissances dans le domaine céleste(34). Le calife Abû Ja‘far al-Manṣûr (mort en 158 H / 775 J.-C.), soucieux d’intégrer les savoirs anciens dans la culture islamique, fut le premier calife à s’entourer d’astrologues et à faire traduire d’anciens traités arabes et non arabes d’astronomie et d’astrologie. Il considérait ces sciences comme des outils d’aide à la gouvernance, selon une tradition inspirée des Perses et des Grecs. Ce mouvement atteignit son apogée sous le règne du calife al-Ma’mûn, fils de Hȃrûn al-Rachîd. Passionné par les étoiles et les sciences exactes, il fonda des observatoires, initia des relevés astronomiques, et ordonna la traduction des principaux traités grecs, indiens et persans relatifs à l’astronomie. Il s’inspira des pratiques des anciens rois de Perse, qu’il admirait pour leur Dr Baïdy Sall Ba - 42 - Revue Annales du patrimoine érudition. La Maison de la Sagesse de Bagdad devint alors un centre de recherche astronomique de renommée mondiale. Cette convergence entre spiritualité, science et politique fit de l’astronomie une discipline centrale du projet intellectuel de l’Etat abbasside, et la traduction en fut l’outil indispensable(35). 3. Traduction des livres de mathématiques et de philosophie : Les anciens Arabes n’avaient qu’une connaissance limitée des mathématiques, se contentant souvent des bases. Ce domaine avait été bien plus développé chez les Indiens, notamment en arithmétique, ainsi que chez les Grecs, qui abordaient les mathématiques sous une forme géométrique sophistiquée. Les anciens Egyptiens, quant à eux, maîtrisaient déjà certaines notions d’algèbre. Toutefois, c’est aux Arabes que l’on doit un véritable essor des sciences mathématiques dans le monde médiéval, notamment en les systématisant, en les enrichissant et surtout en les transmettant à l’Occident. Leur plus grande contribution fut l’introduction du système décimal fondé sur l’usage du zéro, qu’ils ont transmis depuis les Indiens. Ce système révolutionna le calcul, remplaçant les anciennes méthodes fondées sur les lettres ou les chiffres romains. L’Europe ne connut cette méthode de calcul qu’à travers les savants arabes, vers le Ve siècle de l’ère chrétienne, comme en témoigne l’origine arabe du mot "zéro" (de l’arabe ṣifr). Ainsi, par leur rôle de médiateurs entre les anciennes civilisations et l’Europe, les Arabes ont ouvert la voie à l’essor des mathématiques modernes(36). Le calife al-Ma’mûn joua un rôle fondamental dans le transfert du savoir grec vers le monde musulman. Il envoya une expédition officielle dans l’Empire byzantin (Rome d’Orient) afin d’y rechercher des manuscrits grecs précieux. Parmi les membres de cette mission figuraient des savants renommés tels qu’alHajjȃj ibn Maṭar, John ibn Parekh et Salam, le gardien de la célèbre Maison de la Sagesse (Bayt al-Hikma). De leur côté, les L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 43 - N° 25, Septembre 2025 Banû Shakir – Muhammad, Ahmad et al-Hasan – envoyèrent également une délégation, dont le plus éminent représentant était Hunayn ibn Isḥȃq, pour rassembler des manuscrits rares. Ces efforts permirent de ramener une vaste collection d’ouvrages, notamment sur l’arithmétique, enrichissant considérablement le corpus scientifique arabe(37). La philosophie, terme d’origine grecque signifiant (amour de la sagesse), désignait dans l’Antiquité bien plus qu’une simple quête de savoir abstrait. Elle englobait diverses disciplines telles que les mathématiques, la médecine, l’astronomie et même la musique. Ce large champ de la connaissance n’était pas connu des Arabes aux débuts de l’islam. Il ne pénétra le monde islamique que tardivement, précisément au cours de la première époque abbasside, grâce à l’intensification du mouvement de traduction(38). Les manuscrits grecs, notamment ceux des philosophes comme Aristote et Platon, étaient largement répandus dans des centres intellectuels tels qu’Alexandrie, Antioche et Harran. C’est dans ce contexte que le calife al-Ma’mun joua un rôle déterminant : convaincu de la valeur du savoir grec, il ordonna la traduction, la collecte et l’analyse de ces œuvres philosophiques. Cela permit l’introduction systématique de la philosophie grecque dans la pensée islamique(39). Dès le règne d’Abu Jaʻfar al-Manṣûr, des traductions importantes apparurent, notamment d’ouvrages majeurs de philosophie logique et morale. Parmi les figures clés de ce mouvement, Hunayn ibn Isḥȃq se distingue comme l’un des pionniers dans la traduction et la révision des textes philosophiques. Il fut le premier à traduire et à restructurer de manière rigoureuse plusieurs œuvres d’Aristote, notamment la Sophistique, compilée dans l’ensemble connu sous le nom de Logique d’Aristote(40). Par son travail de clarification, Hunayn ne s’est pas limité à la traduction littérale ; il a introduit une Dr Baïdy Sall Ba - 44 - Revue Annales du patrimoine terminologie philosophique arabe, facilitant ainsi l’appropriation de la pensée grecque par les savants musulmans. Ce mouvement de traduction a profondément influencé la pensée islamique, nourrissant non seulement la philosophie proprement dite, mais aussi la théologie rationnelle (kalâm), la logique, et même les sciences naturelles. Il a ouvert la voie à des penseurs majeurs comme al-Kindî, al-Fȃrȃbȃ, Avicenne (Ibn Sîna) et Averroès (Ibn Ruchd), qui ont non seulement compris les Grecs, mais ont contribué à les dépasser(41). En 803, le calife al-Ma’mûn, fils de Hȃrûn al-Rachîd, fonda une académie spécialisée pour les traducteurs, connue sous le nom de Bayt al-Hikma (Maison de la Sagesse), dans le but de transférer l’héritage grec, en particulier philosophique, vers le monde arabe. Cette institution devint un centre intellectuel majeur, où les plus grands savants et traducteurs traduisirent, commentèrent et enrichirent les œuvres philosophiques grecques, notamment celles d’Aristote, de Platon et des néoplatoniciens(42). La diffusion de la philosophie grecque via la langue arabe permit non seulement un dialogue entre cultures, mais aussi l’émergence d’une philosophie islamique autonome. Des penseurs comme Yaḥyȃ al-Nahȃwî traduisirent et débattirent des grandes questions philosophiques, comme l’éternité du monde, introduisant ainsi la pensée grecque dans le débat théologique musulman. Conclusion : Le mouvement de traduction représente l’un des vecteurs les plus essentiels de la transmission du savoir, et constitue un pilier fondamental de la civilisation arabo-islamique. Ce qui nous est parvenu des diverses sciences grâce à ce mouvement mérite une attention particulière, tant pour la richesse des contenus transmis que pour les efforts remarquables de ceux qui en furent les artisans. Cette recherche se veut une contribution théorique à L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 45 - N° 25, Septembre 2025 la compréhension de l’émergence du mouvement de traduction et de son rôle dans l’enrichissement culturel et scientifique du monde islamique. Elle met en lumière le transfert de connaissances issues de civilisations et de langues variées, touchant à des disciplines aussi diverses que les sciences naturelles, les mathématiques, la philosophie, la médecine, la physique ou encore l’astronomie. Notes : 1 - Gutas Dimiti: Al-fikr al-yûnȃnî fî al-thaqȃfa al-ʻarabiyya, Markaz dirȃsȃt alwaḥda alʻarabiyya, Beyrotuh, 1993, p. 57. 2 - Yûsuf Zidȃn: Al-tarjama fî al-turȃth al-ʻarabî, Markaz dirȃsȃt al-waḥda alʻarabiyya, Beyrouth, p. 22. 3 - Ibrȃhîm Salmȃn Al-Kurawî et ʻAbd al-Tawwȃb Charaf al-Dîn: Al-marjiʻ fî alḥaḍȃra al-islȃmiyya, Manchûrȃt dhȃt al-Salȃsil, al-Kuwayt, 1987, t.2, p. 473. 4 - Khalîl Ibrȃhîm Al-Samrȃnî: Dirȃsȃt fî tȃrîkh al-fikr alʻarabi, Wazȃra altaʻlîm al-ʻȃlî wa al-bahth al-ʻilmî, Jȃmiʻa Mossoul, 1986, p. 11 5 - Najîb ʻAbd al-Rahmȃn Hakamet: Tȃrîkh al-ʻulûm, Dirȃsȃt fî tȃrîkh al-ʻulûm hind al-ʻarab, Mossoul, 1977, p. 15 6 - ʻIṣȃm al-Dîn Muhammad Ali: Bawȃkir al-thaqȃfa al-islȃmiyya wa ḥaraka alnaql wa al-tarjama, Mancha’a al-maʻȃrif bi al-askandariyya, Miṣr, 1986, p. 27. 7 - Rihȃm Zaʻrab: Al-tarjama fî al-thaqȃfȃt, Chaẓȃyȃ adabiyya, 2006, p. 2. 8 - Yûsuf Hibî: Ḥanîn ibn Isḥȃq, Dȃr al-ḥurriya li al-ṭibȃʻa, Baghdad, 1974, p. 27. 9 - Rachîd Al-Jamîlî: Ḥaraka al-tarjama fî al-machriq al-islȃmî fî al-qarnayn althȃlith wa al-rȃbiʻ al-hijrî, Dȃr al-chu’ûn al-thaqȃfiyya al-ʻȃmma, Baghdad, 1986, p. 27. 10 - Muhammad ʻAlî Abû Rayyȃn: Tȃrîkh al-fikr al-falsafî fî al-islam, Dȃr almaʻrifa al-jȃmiʻiyya, al-Iskandariyya, 1986, p. 89. 11 - Ahmad Farîd Rifȃʻî: ʻAṣr al-Ma’mûn, Maṭbaʻa dȃr al-kutub al-miṣriyya, Le Caire, 1928, p. 45. 12 - Al-Imȃm Chams al-Dîn Muhammad ibn Ahmad ibn ʻUthmȃn Al-Dhahabî: Sayr aʻlȃmu al-Nubalȃ’, Mu’asasa al-risȃla, Beyrouth, 2001, t.11, p. 382. 13 - Ibrȃhîm Salmȃn Al-Kurawî: op. cit., p. 479. 14 - Abû al-Faraj Muhammad ibn Yaʻqûb Isḥȃq Ibn al-Nadîm: al-fihrist, Ṭaharȃn, 1971, p. 254. 15 - Hasan Ibrahîm Hasan:Tȃrîkh al-islȃm al-siyȃsî wa al-dînî wa al-thaqȃfî wa al-ijtimȃʻî , Maṭbaʻa al-Salla al-Muhammadiyya, Beyrouth, 1964, p. 345. 16 - ʻIṣȃm al-Dîn Muhammad Ali: op. cit., p. 9. Dr Baïdy Sall Ba - 46 - Revue Annales du patrimoine 17 - Tawfîq Sulṭȃn Al-Yûzbakî: Tȃrîkh ahl al-dhimma fî al-ʻirȃq, Dȃr al-ʻulûm li al-ṭibȃʻa wa al-nachr, Beyrouth, 1983, p. 405. 18 - Rachîd Al-Jamîlî: op. cit., p. 76. 19 - O’Leary de Lacy : La pensée arabe et sa place dans l’histoire, trad. Ismael al-Bayṭȃr, Dar al-kutub al-abbasi, Beyrouth, 2009, t.1, p. 93. 20 - Ibrȃhîm Muhammad Al-ʻAdawî: Al-dawla al-islȃmiyya wa imbrȃṭûriyya, Maktaba al-Injlu al-miṣriyya, Le Caire, 1958, p. 170. 21 - Abul ʻabbȃs Ahmad ibn Qȃsim ibn Khalîfa ibn Yûnus al-Saʻdî al Khazrajî Ibn Abî Usaybiʻa: ʻUyûn al-inbȃ’ fî ṭabaqȃt al-aṭibbȃ’, Beyrouth, 1965, p. 260. 22 - O’Leary de Lacy : Le déplacement des sciences en Arabie, trad. Mett Yeytûn et Yaḥyȃ al-Thaʻȃlibî, Baghdad, 1958, p. 123. 23 - Zidȃn Jurjî: Tȃrîkh al-tamaddun al-islȃmî, Maṭbaʻa al-Qȃhira, Miṣr, 1972, p. 123. 24 - Ibn Abî Usaybiʻa: op. cit., p. 260. 25 - Abû Uthmȃn ʻAmru ibn Baḥr Al-Jȃḥiẓ: Rasȃ’il al-Jȃḥiẓ, Maṭbaʻa al-sunna almuhammadiyya, al-Qȃhira, 1964, p. 308. 26 - Jamȃl Abû al-Ḥasan ʻAlî ibn Yûsuf Al-Qafaṭî: Tȃrîkh al-ḥukamȃ’, Maktaba al-Muthannȃ, Baghdad, 1989, p. 219. 27 - Carl Brockelmann : L’histoire des peuples islamiques, trad. Nabîh Amîn Fȃris et Minbar al-Baʻlabakî, Dȃr al-ʻilm li al-malȃyîn, Beyrouth, 1981, t.9, p. 209. 28 - Zakî Muhammad Hasan: Turȃth al-islam, Maṭbaʻa lajna al-ta’lîf wa altarjama wa al-nachr, Le Caire, 1928, p. 98. 29 - Ranna Ṣalȃh Ṭȃqa: Al-ʻalȃqȃt al-diplomasiyya bayn al-ʻabbȃssiyyîn wa albîzanṭîyyîn, Jȃmiʻa Mossoul, 1999, p. 121. 30 - Ibrȃhîm Salmȃn Al-Kurawî: op. cit., p. 274. 31 - Al-Qafaṭî: op. cit., p. 57. 32 - Salmȃn Sȃlim Juwayʻid Al-Sarȃyira: Tȃrîkh madîna Dimachq li ibn ʻAsȃkir, Jȃmiʻa al-Urduniyya, 1997, p. 14. 33 - Ibrȃhîm Salmȃn Al-Kurawî: op. cit., p. 294. 34 - Al-Baʻlabakî: Munîr al-islȃm wa al-ʻarab, Dȃr al-ʻilm li al-malȃyîn, Beyrouth, 1962, p. 261. 35 - Muhammad Asʻad Aṭlas: Tȃrîkh al-ʻArab, Dȃr al-Andalus li al-ṭibȃʻa wa alnachr wa al-tawzîʻ, 1979, t.3, p. 234. 36 - Ahmad ibn Isḥȃq Al-Yaʻqûbî: Machȃkil al-nȃs li zamȃnihim, Dȃr al-Kitȃb aljadîd, Beyrouth, 1962, p. 23. 37 - ʻAbd al-Munʻim Mȃjid: Tȃrîkh al-haḍȃra al-ʻarabiyya al-islȃmiyya fî al-ʻuṣûr al-wusṭȃ, Maktaba al-anjlû al-miṣriyya, al-Qȃhira, 1973, p. 220. 38 - ʻAbd al-Raḥmȃn Badawî: Mawsûʻa al-ḥaḍȃra al-ʻarabiyya al-islȃmiyya, Almu’asasa al-ʻarabiyya li al-dirȃsȃt wa al-nachr, Beyrouth, 1995, p. 8. L’impact de la traduction sur le développement scientifique - 47 - N° 25, Septembre 2025 39 - Ibrȃhîm Salmȃn Al-Kurawî: op. cit., p. 121. 40 - ʻAbd al-Munʻim Mȃjid: op. cit., p. 212. 41 - Ahmad Ismȃʻîl Abd-Allah Al-Jabûrî: ʻAlȃqa al-khilȃfa al-ʻabbȃsiyya bi alʻulamȃ’ fî al-ʻaṣr al-ʻabbȃsî al-awwal, Jȃmiʻa Mossoul, 1997, p. 113. 42 - ʻAbd al-Raḥmȃn Badawî: op. cit., p. 9. Références : 1 - Abû Rayyȃn, Muhammad ʻAlî: Tȃrîkh al-fikr al-falsafî fî al-islam, Dȃr almaʻrifa al-jȃmiʻiyya, al-Iskandariyya, 1986. 2 - Al-ʻAdawî, Ibrȃhîm Muhammad: Al-dawla al-islȃmiyya wa imbrȃṭûriyya, Maktaba al-Injlu al-miṣriyya, Le Caire, 1958. 3 - Al-Baʻlabakî: Munîr al-islȃm wa al-ʻarab, Dȃr al-ʻilm li al-malȃyîn, Beyrouth, 1962. 4 - Al-Dhahabî, al-Imȃm Chams al-Dîn Muhammad ibn Ahmad ibn ʻUthmȃn: Sayr aʻlȃmu al-Nubalȃ’, Mu’asasa al-risȃla, Beyrouth, 2001. 5 – Ali, ʻIṣȃm al-Dîn Muhammad: Bawȃkir al-thaqȃfa al-islȃmiyya wa ḥaraka alnaql wa al-tarjama, Mancha’a al-maʻȃrif bi al-askandariyya, Miṣr, 1986. 6 - Al-Jabûrî, Ahmad Ismȃʻîl Abd-Allah: ʻAlȃqa al-khilȃfa al-ʻabbȃsiyya bi alʻulamȃ’ fî al-ʻaṣr al-ʻabbȃsî al-awwal, Jȃmiʻa Mossoul, 1997. 7 - Al-Jȃḥiẓ, Abû Uthmȃn ʻAmru ibn Baḥr:Rasȃ’il al-Jȃḥiẓ, Maṭbaʻa al-sunna almuhammadiyya, al-Qȃhira, 1964. 8 - Al-Jamîlî, Rachîd: Ḥaraka al-tarjama fî al-machriq al-islȃmî fî al-qarnayn al-thȃlith wa al-rȃbiʻ al-hijrî, Dȃr al-chu’ûn al-thaqȃfiyya al-ʻȃmma, Baghdad, 1986. 9 - Al-Kurawî, Ibrȃhîm Salmȃn et ʻAbd al-Tawwȃb Charaf al-Dîn: Al-marjiʻ fî alḥaḍȃra al-islȃmiyya, Manchûrȃt dhȃt al-Salȃsil, al-Kuwayt, 1987. 10 - Al-Qafaṭî, Jamȃl Abû al-Ḥasan ʻAlî ibn Yûsuf: Tȃrîkh al-ḥukamȃ’, Maktaba al-Muthannȃ, Baghdad, 1989. 11 - Al-Samrȃnî, Khalîl Ibrȃhîm: Dirȃsȃt fî tȃrîkh al-fikr alʻarabi, Wazȃra altaʻlîm al-ʻȃlî wa al-bahth al-ʻilmî, Jȃmiʻa Mossoul, 1986. 12 - Al-Sarȃyira Salmȃn Sȃlim Juwayʻid: Tȃrîkh madîna Dimachq li ibn ʻAsȃkir, Jȃmiʻa al-Urduniyya, 1997. 13 - Al-Yaʻqûbî, Ahmad ibn Isḥȃq: Machȃkil al-nȃs li zamȃnihim, Dȃr al-Kitȃb al-jadîd, Beyrouth, 1962. 14 - Al-Yûzbakî, Tawfîq Sulṭȃn: Tȃrîkh ahl al-dhimma fî al-ʻirȃq, Dȃr al-ʻulûm li al-ṭibȃʻa wa al-nachr, Beyrouth, 1983. 15 - Aṭlas, Muhammad Asʻad: Tȃrîkh al-ʻArab, Dȃr al-Andalus li al-ṭibȃʻa wa alnachr wa al-tawzîʻ, 1979. 16 – Badawî, ʻAbd al-Raḥmȃn: Mawsûʻa al-ḥaḍȃra al-ʻarabiyya al-islȃmiyya, Almu’asasa al-ʻarabiyya li al-dirȃsȃt wa al-nachr, Beyrouth, 1995. Dr Baïdy Sall Ba - 48 - Revue Annales du patrimoine 17 – Brockelmann, Carl : L’histoire des peuples islamiques, trad. Nabîh Amîn Fȃris et Minbar al-Baʻlabakî, Dȃr al-ʻilm li al-malȃyîn, Beyrouth, 1981. 18 - De Lacy, O’Leary : La pensée arabe et sa place dans l’histoire, trad. Ismael al-Bayṭȃr, Dar al-kutub al-abbasi, Beyrouth, 2009. 19 - De Lacy, O’Leary : Le déplacement des sciences en Arabie, trad. Mett Yeytûn et Yaḥyȃ al-Thaʻȃlibî, Baghdad, 1958. 20 – Gutas, Dimiti: Al-fikr al-yûnȃnî fî al-thaqȃfa al-ʻarabiyya, Markaz dirȃsȃt al-waḥda alʻarabiyya, Beyrotuh, 1993. 21 – Hakamet, Najîb ʻAbd al-Rahmȃn: Tȃrîkh al-ʻulûm, Dirȃsȃt fî tȃrîkh al-ʻulûm hind al-ʻarab, Mossoul, 1977. 22 – Hasan, Hasan Ibrahîm:Tȃrîkh al-islȃm al-siyȃsî wa al-dînî wa al-thaqȃfî wa al-ijtimȃʻî , Maṭbaʻa al-Salla al-Muhammadiyya, Beyrouth, 1964. 23 – Hasan, Zakî Muhammad: Turȃth al-islam, Maṭbaʻa lajna al-ta’lîf wa altarjama wa al-nachr, Le Caire, 1928. 24 – Hibî, Yûsuf: Ḥanîn ibn Isḥȃq, Dȃr al-ḥurriya li al-ṭibȃʻa, Baghdad, 1974. 25 - Ibn Abî Usaybiʻa, Abul ʻabbȃs Ahmad ibn Qȃsim ibn Khalîfa ibn Yûnus alSaʻdî al Khazrajî: ʻUyûn al-inbȃ’ fî ṭabaqȃt al-aṭibbȃ’, Beyrouth, 1965. 26 - Ibn al-Nadîm, Abû al-Faraj Muhammad ibn Yaʻqûb Isḥȃq: al-fihrist, Ṭaharȃn, 1971. 27 - Mȃjid, ʻAbd al-Munʻim: Tȃrîkh al-haḍȃra al-ʻarabiyya al-islȃmiyya fî al-ʻuṣûr al-wusṭȃ, Maktaba al-anjlû al-miṣriyya, al-Qȃhira, 1973. 28 - Rifȃʻî, Ahmad Farîd: ʻAṣr al-Ma’mûn, Maṭbaʻa dȃr al-kutub al-miṣriyya, Le Caire, 1928. 29 - Ṭȃqa, Ranna Ṣalȃh: Al-ʻalȃqȃt al-diplomasiyya bayn al-ʻabbȃssiyyîn wa albîzanṭîyyîn, Jȃmiʻa Mossoul, 1999. 30 - Zaʻrab, Rihȃm: Al-tarjama fî al-thaqȃfȃt, Chaẓȃyȃ adabiyya, 2006. 31 - Zidȃn, Jurjî: Tȃrîkh al-Tamaddun al-islȃmî, Maṭbaʻa al-Qȃḥira, Miṣr, 1972. 32 - Zidȃn, Yûsuf: Al-tarjama fî al-turȃth al-ʻarabî, Markaz dirȃsȃt al-waḥda alʻarabiyya, Beyrouth. o