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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 5, Octobre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 5534 EFFETS DES INVESTISSEMENTS PUBLICS SUR LE BIENÊTRE-SOCIAL DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT Rodrigue Noutaï HONKPEHEDJI * Doctorant Faculté des Sciences Économiques et de Gestion (FASEG) Laboratoire de Recherche en Economie de Saint-Louis (LARES) Université Gaston Berger de Saint-Louis– Sénégal (UGB) Cheikh Tidiane Ndiaye Enseignant chercheur, Professeur titulaire en sciences économiques Faculté des Sciences Économiques et de Gestion Laboratoire de Recherche en Economie de Saint-Louis (LARES) Université Gaston Berger de Saint-Louis – Sénégal (UGB) Jude Eggoh Enseignant chercheurP, Professeur titulaire en sciences économiques Faculté des Sciences Économiques et de Gestion Université d’Abomey-Calavi Résumé : Cet article évalue les effets des investissements publics sur le bien-être social dans les pays en développement à travers trois indicateurs : l’espérance de vie à la naissance, le taux brut d’achèvement du premier cycle de l’enseignement secondaire et le taux d’emploi. La régression en panel dynamique à effets de seuils et la régression quantile sont utilisées comme approches méthodologiques. Les résultats révèlent l’existence de seuils significativement différents de zéro à partir desquels l’accroissement des investissements publics a un effet négatif sur l’éducation et l’emploi. En revanche ses effets sur l’espérance de vie est hétérogéne : positifs dans les pays en développement à forte longévité et négatif dans ceux à faible espérance de vie. Ces résultats suggèrent la mise en œuvre de politiques d’investissement plus ciblées, prenant en compte les niveaux de saturation et les contraintes structurelles qui limitent l’efficacité de nouvelles injections de fonds. Mots clés : efficacité sociale - investissement public - bien-être social.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5535 Abstract This chapter aims to assess the effect of public investment on social well-being in developing countries. To this end, three indicators are used to measure social well-being: life expectancy at birth, the gross completion rate of lower secondary education, and the employment rate. Dynamic panel threshold regression and quantile regression are used as methodological approaches for this evaluation. The results from these approaches reveal the existence of thresholds significantly different from zero, beyond which an increase in public investment has a negative effect on education and employment. Moreover, the effects of public investment on life expectancy are heterogeneous. An increase in public investment raises life expectancy in countries with already high levels of life expectancy but has no significant effect in countries with low life expectancy. Consequently, the findings suggest the implementation of more targeted investment policies that consider saturation levels and structural constraints limiting the effectiveness of new funding injections. Keywords : Social efficiency - public investment - social welfare. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17304118 1. Introduction Le regain d’intérêt pour le rôle des investissements publics dans l’économie remonte aux travaux de Romer (1990) et de Barro (1991) dans le cadre du développement de la théorie de la croissance endogène. Plus récemment ces perspectives continuent d’influencer les politiques économiques des Etats. Ces stratégies économiques incitent souvent les gouvernants à privilégier les investissements publics notamment dans le développement du capital humain afin de stimuler la croissance économique et réduire la pauvreté. En effet, les investissements publics représentent un outil crucial pour soutenir la productivité et corriger les imperfections du marché, qu’il s’agisse des externalités liées au capital humain (Lucas, 1988 ; Azariadis et Drazen, 1990 ; Romer, 1990) ou celles relatives au marché du crédit (Galor et Zeira, 1993). Ils sont également perçus comme source de création d’emplois et de réduction des inégalités (Glomm et Ravikumar, 1992 ; Eckstein et Zilcha, 1994 ; Zhang, 1996). Cependant, cette dynamique soulève un enjeu majeur. Bien que les investissements publics dans les pays en développement favorisent la croissance économique et contribuent à la baisse de la pauvreté, ils ne garantissent pas toujours une réduction des inégalités sociales (Banque mondiale, 2022). Conscients de cet état de chose, les gouvernants commencent progressivement à opter pour des
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5536 investissements publics à fort impact sur l’amélioration du bien-être social. Ainsi, le bien-être social qui inclut non seulement les avantages sociaux matériels mais aussi immatériels devient un indicateur crucial de l’efficacité des investissements publics (Anikina et al., 2015 ; Yebetchou Tchounkeu, R. A., 2024). Il reflète le niveau de satisfaction, de prospérité et de qualité de vie des citoyens, un domaine où les investissements jouent un rôle primordial. D’ailleurs, la théorie de la croissance endogène, notamment le modèle de Barro (1990), montre que certaines dépenses publiques productives peuvent stimuler la croissance économique à condition qu’elles soient efficaces et bien ciblées. A cet effet, les investissements publics dans les secteurs sociaux apparaissent essentiels pour améliorer le bien-être collectif et contribuer à la croissance par la demande (Siregar, 2019). Ainsi, les investissements publics en santé et en éducation souvent qualifiés de « dépenses sociales » jouent un rôle clé dans l’amélioration du bien-être social. En tant que tel, ils présentent des défis d’ordre social et structurel, notamment dans les pays en développement. Par ailleurs, ils peuvent influencer le bien-être social et ceci à travers plusieurs canaux. Par exemple, un investissement massif dans les secteurs tels que ceux des infrastructures, de la santé, de l’éducation, de la protection sociale et de l’emploi peut systématiquement affecter les conditions de vie de la population. En effet, des investissements publics réalisés dans ces secteurs peuvent améliorer l’accès aux services sociaux de base et renforcer l’espérance de vie ainsi que les compétences des populations. Ils contribuent également à réduire la vulnérabilité des groupes défavorisés, à générer des opportunités économiques et à élever le niveau de vie de la population. A cette fin, plusieurs auteurs montrent que les investissements publics peuvent réduire les inégalités et améliorer le bien-être social (Piketty, 2014 ; Yang et al, 2022 ; Scandizzo et Pierleoni, 2020). Dans ce sens, Scandizzo et Pierleoni (2020)ont démontré que les projets de développement bien sélectionnés et correctement exécutés, améliorent la production et le bien-être social grâce aux investissements publics. Pour ces auteurs, les investissements publics notamment dans les secteurs sociaux constituent un instrument de choix de politique économique pour améliorer le bien-être social de la société. De même, selon Stiglitz (2012), les investissements publics peuvent favoriser un développement économique inclusif lorsqu’ils sont bien ciblés. Piketty (2014) quant à lui, met en avant le rôle des investissements publics dans certains secteurs sociaux pour la réduction des inégalités. Dans le même esprit, Heckman (2006) confirme l’impact positif des investissements publics dans la petite enfance et l’éducation sur le développement des compétences et la réduction des inégalités.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5537 En revanche, certains travaux montrent que les investissements publics peuvent avoir des effets négatifs sur les conditions de vie de la population. Dans ce sens, Barro (1990) ; Tanzi et al. (2001) et Rajan et al. (2003) démontrent que les investissements publics peuvent avoir des effets négatifs sur le bien-être social en raison entre autres, d’une mauvaise gestion ou d’un niveau d’endettement excessif. Kydland et Prescott (1977) développent la théorie de l’incohérence temporelle selon laquelle les politiques économiques optimales annoncées aujourd’hui peuvent ne pas être respectées demain. De ce fait, les décideurs ont souvent intérêt à dévier de leurs engagements une fois que les agents économiques ont ajusté leur comportement. Selon Acemoglu et al. (2012), les investissements publics sont souvent détournés à des fins politiques ou clientélistes dans des contextes de mauvaise gouvernance, ce qui nuit à la redistribution et au bien-être social. Rajan et al (2003), en analysant l’effet des investissements publics mal orientés, concluent que la mauvaise gouvernance peut favoriser des groupes d’intérêts au détriment de l’ensemble de la population, ce qui aggrave les inégalités et nuit au bien-être social. FMI (2018) montre qu’une forte augmentation des dépenses d’investissements publics, couplée à une mauvaise gestion peut conduire à un endettement insoutenable et à des crises économiques, affectant ainsi négativement les services sociaux de base. En définitif, le lien entre investissements publics et bien-être social reste marquée par une certaine ambiguïté dans la littérature économique. Ceci, en raison des résultats empiriques parfois contradictoires des travaux antérieurs, notamment dans les pays en développement. Ainsi, une question centrale s’impose : Quels sont les effets des investissements publics sur le bien-être social dans les pays en développement ? Le présent article vise à répondre à cette interrogation en appréciant les effets des investissements publics sur le bien-être social. Cet article a pour intérêt principal de garantir une allocation optimale des ressources publiques pour une amélioration de la qualité de vie des populations. Une telle analyse permet d’orienter les politiques publiques et de renforcer la gouvernance des investissements publics afin qu’ils contribuent davantage à la construction d’une société plus équitable et plus prospère dans les pays en développement. Le reste de l’article est organisé ainsi qu’il suit. La première section est consacrée à la revue de littérature. La deuxième section expose la méthodologie et les données utilisées. La troisième section présente les résultats empiriques et la quatrième section est réservée à la conclusion et aux implications de politiques économiques.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5538 2. Cadre théorique et empirique 2.1. Cadre théorique Les recherches de Musgrave (1969) font partie des travaux séminaux ayant traité de l’importance des investissements publics à travers sa théorie des dépenses publiques. Pour lui, à de faibles niveaux de revenu par habitant, la demande de services publics s’affaiblit car les revenus sont consacrés à satisfaire les besoins primaires. Selon l’auteur, lorsque le revenu par habitant dépasse ces seuils, la demande de services comme la santé, l’éducation et les transports augmente. Le gouvernement est souvent alors amené à augmenter ses dépenses dans ces domaines. Toutefois, à des niveaux de revenu par habitant plus élevés, comme dans les pays développés, la croissance du secteur public ralentit, les besoins essentiels étant déjà couverts. Ainsi, les investissements publics constituent l’un des moyens les plus efficaces pour améliorer le capital humain (Anand et Kanbur, 1993). Dans cette logique, Lucas (1988) indique que l’accumulation du capital humain est essentielle pour le développement économique. Il souligne également que les investissements publics peuvent jouer un rôle clé dans le processus d’amélioration du bien-être en renforçant le capital humain. Dans le même sens, Romer (1990) introduit dans son modèle de croissance endogène et souligne que le capital humain est un moteur de la croissance économique. Ce dernier met également l’accent sur l’importance des investissements publics pour le développement des compétences qui à terme, améliore le bienêtre social. Ces travaux sont complétés par celui de Barro (1991), qui établit un lien entre les investissements publics, la croissance économique et le capital humain. Il démontre à partir de cette relation que les investissements publics dans l’éducation et la santé stimulent la croissance économique à travers l’amélioration de la productivité du travail. De même, les investissements dans le secteur de la santé constituent un pilier fondamental du bien-être social car elle conditionne directement la productivité et la qualité de vie des individus (Grossman, 1972). D’un autre côté, les investissements dans l’éducation sont reconnus comme l’un des vecteurs essentiels du bien-être social, car elle accroît les capacités individuelles, l’employabilité et la participation citoyenne (Becker, 1964). Pour Keynes (1936), les investissements publics non seulement peuvent stimuler la demande globale et réduire le chômage mais également jouent un rôle crucial dans l’amélioration du bien-être de la communauté. Amartya Sen (1999) quant à lui, estime que les investissements publics restent un élément indispensable pour le renforcement des capacités des individus et améliorent leur qualité de vie. De son côté, Aschauer (1989) estime que les investissements publics en infrastructures améliorent la productivité et le bien-être social en facilitant l’accès aux services de base.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5539 En revanche, Alesina et al (1996), démontrent-ils que des dépenses publiques excessives et inefficaces peuvent générer des crises budgétaires, obligeant ainsi les gouvernants à procéder à des ajustements fiscaux qui affectent négativement les services sociaux. Dans le même sens, Easterly et al (1993) montrent que les investissements publics mal orientés peuvent entraîner des distorsions économiques et des inefficacités sociales. A travers ses travaux, Friedman (1962) critique l’intervention excessive de l’Etat dans l’économie et soutient que des investissements publics trop importants créent des effets pervers sur le bien-être social. Krueger (1990) explique également qu’une mauvaise orientation des investissements publics peut favoriser la corruption et la rente, réduisant ainsi leur impact positif sur le bien-être social. Par conséquent, ces différents travaux posent les bases théoriques d’une analyse de l’effet des investissements publics sur l’amélioration du bien-être social. 2.1. Cadre empirique 2.2.1. Investissements publics et bien-être en santé dans le secteur de la santé, Ruzima et Veerachamy (2023) ont identifié ce dernier comme l’un des deux principaux vecteurs qui peut renforcer le capital humain, stimulant ainsi le développement social. De même, Black et Rothstein (2021) montrent que des dépenses publiques accrues dans les soins de la petite enfance peuvent améliorer directement le bien-être des familles. De plus, des recherches menées par Edeme et al. (2017) et Boachie et al. (2018) montrent que l’augmentation des dépenses en soin de santé réduit la mortalité et améliore l’espérance de vie, ce qui a un impact direct sur la qualité de vie des individus. Ces résultats sont renforcés par Yang et al. (2022), qui attestent que les investissements publics en santé ont des effets positifs sur le bien-être social. Aussi, Ayenagbo (2024) conclut-il que les investissements directs étrangers dans la santé contribuent à améliorer l’état de santé général et à augmenter l’espérance de vie de la population. De leur côté, Anyanwu et Erhijakpor (2009) notent à partir d’un panel de 47 pays africains que l’augmentation de l’investissement public en santé est corrélée à une réduction significative de la mortalité infantile. En utilisant la régression avec variables instrumentales et des tests d’hétérogénéité pour étudier l’impact de la santé mentale sur les habitudes d’investissement en matière de santé, Wang et al. (2025) révèlent qu’une meilleure santé mentale augmente significativement les dépenses de santé, avec des effets plus marqués chez les ménages à faibles revenus. Dans ce sens, Troxel et al. (2025) indiquent que le réinvestissement dans les quartiers pourrait servir d’intervention politique pour atténuer les inégalités en matière de sommeil et autres disparités de santé. De même, Yebetchou Tchounkeu, (2024) à travers ses travaux sur la relation entre l’efficacité de la santé et le bien-
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5540 être social en considérant un panel de 102 provinces italiennes, trouve des résultats positif. En effet l’auteur conclut qu’un système de santé efficace et responsable a des effets positifs sur le bien-être social notamment dans les zones où l’environnement économique est favorable. 2.2.2. Investissements publics et bien-être éducatif Dans la littérature économique, il est largement démontré que les investissements publics dans l’éducation favorisent l’accumulation de compétences et d’expertise adaptées au marché du travail. Ils contribuent ainsi au renforcement du développement humain. Selon Agueny & Ragbi (2024), une augmentation des dépenses publiques dans l’éducation au Maroc réduit le taux d’abandon scolaire. En outre, Schiff (2020) montre que les subventions de l’Etat dans l’éducation, améliorent le bien-être des résidents du pays, empêchant ainsi la fuite des cerveaux. De même, selon Lian et al, (2024), l’investissement dans l’éducation génère d’importants bénéfices économiques et sociaux tout en renforçant l’équité. A ce titre, ils suggérèrent un accroissement de l’investissement public dans l’éducation. Dans la même logique, Ruzima et Veerachamy (2023) révèlent que l’augmentation des investissements dans ces secteurs renforce le capital humain, stimulant ainsi le développement social. Pour Mehrotra (2017), l’investissement public dans l’éducation améliore significativement la qualité de la maind’œuvre et la productivité. En revanche, la littérature économique met également en évidence certains effets parfois négatifs de l’investissement public en éducation. Dans ce sens, Ruzima & Veerachamy (2023) révèlent que les investissements publics en matière d’éducation ont un effet négatif à long terme sur le développement humain en Inde. Pour Djissa (2021), les investissements dans les secteurs de l’éducation et de la santé dans les pays de l’UEMOA n’ont pas d’effet significatif sur le développement humain, ni sur le taux brut de scolarisation primaire, pas non plus sur le taux de mortalité des enfants de 5 ans. De même, les travaux de Kalindi (2025) sur les dépenses liées à la politique « Éducation pour tous » en Afrique subsaharienne révèlent une baisse de la qualité de l’éducation dans les pays concernés. Plusieurs autres auteurs ont également abordé le travail de l’implication des investissements publics sur le bien-être de la population en considérant à la fois le secteur de la santé et celui de l’éducation. Par exemple, Black et Rothstein (2021) insistent sur le fait qu’un soutien public combiné dans les domaines de la santé et de l’éducation favorise la réduction des inégalités sociales et renforce la résilience des ménages face aux chocs économiques. Les travaux de Chakraborthy (2004), portant sur 14 pays développés et en développement, analysent la relation entre les dépenses de santé et d’éducation et le développement humain à partir de données de
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5541 panel. Pour Gupta et al. (2008), les investissements publics dans l’éducation et la santé favorisent le développement économique en Afrique subsaharienne. Dans cette logique, Hassan et al, (2019) montrent que les investissements publics en éducation et en santé sont directement corrélés à l’amélioration des indicateurs de développement humain au Pakistan. Plus encore Kumbhakar et Tsionas (2020) constatent que les investissements publics dans l’éducation et la santé renforcent le développement du capital humain à long terme en Afrique subsaharienne. Au Bangladesh, Khandker et Samad (2022) concluent que les investissements publics efficaces en santé et en éducation améliorent considérablement la mortalité infantile et les taux d’alphabétisation. 2.2.3. Investissements publics et bien-être et emploi Contrairement à la santé et à l’éducation qui renforcent directement le capital humain, l’emploi en est l’aboutissement pratique, traduisant l’intégration des individus dans la vie économique et sociale (Atkinson, 1999). L’emploi est également reconnu comme un levier central du bienêtre multidimensionnel. L’OCDE (2020) tout comme le PNUD (2022) soulignent que l’accès à un emploi décent permet non seulement de générer des revenus, mais aussi de renforcer la dignité, la cohésion sociale et la stabilité des ménages. Enfin, dans le contexte des pays en développement, marqués par un chômage élevé et une forte prévalence de l’emploi informel, l’emploi représente une mesure dynamique, reliant la croissance économique aux perspectives sociales et à la réduction de la pauvreté (Ruzima & Veerachamy, 2023). Par ailleurs, l’analyse de l’influence des investissements publics sur le bien-être social est appréciée pour certains travaux à travers la relation entre les investissements publics et l’emploi. Par exemple, Buchheim et Watzinger (2023) montrent que le programme d’investissements publics allemand sur l’emploi au niveau de plusieurs divisions administratives crée d’emplois. Aussi, Jakovljevic et al. (2020) notent que les investissements publics dans le capital humain améliorent l’accès au marché de l’emploi. Abouelfarag et Qutb (2021) révèlent que l’augmentation des investissements publics entraîne une augmentation du taux de chômage à long terme en Egypte. Ils montrent également que les dépenses discrétionnaires et non discrétionnaires augmentent la croissance du chômage d’environ du même coefficient. Aussi, dans le contexte du taux de pauvreté élevé en Indonésie, Akhmad et al. (2022) cherchent-ils à apprécier les efforts du gouvernement pour la réduction de la pauvreté et le taux de chômage dans la province de Sulawesi du Sud à travers les dépenses publiques. Les auteurs ont fait une analyse à l’aide de modèles économétriques avec un système d’équations simultanées. Les
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5542 résultats issus de ce modèle révèlent qu’une hausse des dépenses d’investissement a un effet positif sur la croissance économique, ainsi que sur la réduction de la pauvreté et du chômage. 2.2.4. Investissements publics et inégalité sociale En s’intéressant particulièrement aux inégalités de revenus, Zhang et Fan (2004) montrent que les investissements publics contribuent à la croissance de la production dans les secteurs agricole, rural et non agricole. Cependant, leurs contributions aux inégalités régionales diffèrent selon le type d’investissements et la région dans laquelle ils sont réalisés (Fournier et Johansson, 2016 ; Kosor et al, 2019). Tous les types d’investissements dans la région occidentale la moins développée réduisent les inégalités régionales tandis que les investissements supplémentaires dans les régions côtières et centrales aggravent les inégalités régionales. De plus, les investissements dans l’éducation rurale ainsi que dans la recherche et le développement agricoles dans la région occidentale ont les effets les plus marqués et les plus positifs sur la réduction des inégalités régionales. Dans cette perspective, Fournier et Johansson (2016) ont analysé l’effet de la taille et de la composition des dépenses publiques sur la croissance à long terme et les inégalités dans les pays de l’OCDE. À l’aide de la méthode des moments généralisés appliquée à un panel de pays, leurs résultats montrent que la composition des dépenses publiques, intégrée au modèle de base, révèle que certains postes d’investissement dans l’éducation stimulent la croissance potentielle. Par ailleurs, les résultats de cette recherche indiquent qu’une augmentation de la taille du gouvernement, des prestations familiales ou des subventions contribue à réduire les inégalités. Ces différents travaux mettent en évidence les risques et les effets négatifs potentiels des investissements publics sur le bien-être social, notamment lorsqu’ils sont mal planifiés, mal gérés ou financés de manière non soutenable. Cependant, ils ne remettent pas en cause le rôle des investissements publics en général mais insistent plutôt sur la nécessité d’une gouvernance efficace et d’une allocation judicieuse des ressources pour éviter ces effets pervers. Dans ce cadre, Ouertani et al, (2018) à partir du bootstrap DEA appliqué aux données de l’Arabie Saoudite, montrent qu’en moyenne, les dépenses publiques sont inefficaces. Ce qui implique que l’Arabie Saoudite peut améliorer ses performances en matière de santé, d’éducation et d’infrastructure sans augmenter les dépenses. Mohanty et Bhanumurthy (2018) ont évalué l’efficacité des dépenses publiques dans le secteur social, notamment dans la santé et l’éducation, au sein des États indiens. Leurs résultats montrent que les Etats utilisent leurs ressources de manière plus efficace dans l’éducation que dans la santé ou l’ensemble des dépenses sociales. Cette recherche suggère également que la qualité de la gouvernance et la
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5549 Tableau 2 : Statistiques descriptives Variables Obs Mean Std, Dev, Min Max Espérance de vie 8223 59,888 10,732 11,995 80,839 Education (%) 1100 48,721 26,616 0 99,978 Emploi (%) 3967 40,069 21,701 1,165 92,482 Investissement public (% du PIB) 4992 21,571 8,964 -2,424 93,547 Revenu par tête (% du PIB) 7005 2728,619 2638,468 122,517 23049,426 Crédits à l’économie (% du PIB) 946 53,345 36,287 4,846 203,53 Numérisation de l’économie 1402 475,774 4092,161 0 132241,64 Taux d’inflation (déflateur du PIB) 4284 47,437 552,964 -31,566 26765,858 Corruption (%) 3091 -0,554 0,616 -1,937 1,618 État de droit (%) 3129 -0,563 0,669 -2,591 1,271 Urbanisation (%) 8320 39,199 20,107 2,077 92,463 Source : Auteur, 2024 Les résultats présentés dans le Tableau 2 indiquent un taux moyen d’investissements publics de 21,57 % du PIB. Quant aux variables du bien-être social, on note qu’en moyenne 48,7 % des individus de plus de 25 ans ont au moins achevé l’enseignement secondaire du premier degré. L’écart type de 26,6 dénote une forte variabilité dans la proportion d’individus ayant complété l’enseignement secondaire du premier degré. Cette forte dispersion indique l’existence d’inégalités dans l’accès à l’éducation secondaire. En ce qui concerne l’emploi, il en résulte un taux moyen d’emplois de 40 % dans l’ensemble des pays de l’échantillon. La forte dispersion autour de la moyenne telle que révélée par un écart type de 21,7 indique des disparités significatives dans l’emploi. Ce résultat suggère des différences dans les opportunités d’emplois entre les pays étudiés. Pour la santé, l’espérance de vie à la naissance reste relativement basse et s’affiche à 60 ans environ en dessous de la moyenne mondiale qui est de 73 ans en 2023 (WDI, 2024). Ceci signifie que les populations des pays de l’échantillon ont tendance à vivre moins longtemps que la moyenne mondiale. On note également une forte disparité de l’espérance de vie à la naissance d’un pays à l’autre avec un âge minimum de 12 ans environ et une valeur maximum de 81 ans environ. 5.1. Résultats d’estimation du modèle à effets de seuils Les tableaux 3, 4 et 5 présentent les résultats du modèle à effets de seuils des investissements publics. Avant toute interprétation des résultats, il est important de s’assurer de la validité
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5550 globale du modèle. Les résultats montrent tout d’abord, qu’il existe un seuil d’investissements publics pour chacun des trois modèles. Plus précisément, mes seuils estimés s’établissent à 22,29 % dans les modèles relatifs à la santé et à l’emploi et 20,30 % dans le modèle de l’éducation De plus, ces seuils sont statistiquement significatifs au seuil de 1 %. La significativité de ces seuils confirme l’existence d’une relation de non-linéarité entre les investissements publics et les variables sociales telles que l’espérance de vie, l’éducation et l’emploi. En conséquence, les résultats du modèle à effets de seuils peuvent être interprétés. Il est important de noter que les tableaux 3 , 4 et 5 présentent les résultats pour chaque variable explicative, selon que le modèle soit en régime faible (lorsque le niveau d’investissements publics est en deçà du seuil déterminé) ou en régime élevé (lorsqu’il est au-delà de ce seuil). Les résultats révèlent que lorsque les pays se trouvent en faible régime, les investissements publics améliorent le bien-être social. En particulier, les investissements publics ont des effets positifs sur l’éducation et l’emploi. En effet, une hausse des investissements publics de 1 % entraine une amélioration du taux d’achèvement du premier cycle du secondaire de 0,489 % pour des niveaux d’investissements publics inférieurs à 20,30 %. De même, un accroissement des investissements publics de 1% entraine une augmentation du taux d’emploi de 0,06 % pour des niveaux d’investissements publics inférieurs à 22,29 % du PIB. Ces résultats s’alignent avec la théorie keynésienne de l’intervention publique à travers l’effet multiplicateur. Cette théorie repose sur l’idée selon laquelle une augmentation des dépenses publiques stimule la demande globale et relance l’économie en période de sous-emploi ou de récession. Ainsi, lorsque le gouvernement augmente les investissements publics, cela génère des effets directs sur les secteurs ciblés et des effets multiplicateurs indirects sur les autres secteurs de l’économie. Ces résultats sont égalementen accord avec les conclusions de Ashe et al. (2019), qui montrent que l’augmentation des investissements publics génère non seulement davantage d’emplois, mais de façon plus équitable et plus durable. En revanche, pour des niveaux élevés (supérieurs aux seuils estimés), les résultats indiquent que les investissements publics ont des effets négatifs sur l’éducation et l’emploi. Ainsi, une hausse des investissements publics de 1 % entraine une baisse du taux d’achèvement du premier cycle secondaire de 1,2 % lorsque l’investissement public dépasse les seuils de 20,3 % du PIB. De même, un accroissement des investissements publics au-delà de 22,29 % du PIB réduit le taux d’emploi de 0,13 %. Ces résultats sont contraires à nos hypothèses selon lesquelles l’accroissement des investissements publics génère des externalités positives sur la santé, l’éducation et l’emploi. Toutefois, ceci peut s’expliquer par plusieurs raisons. D’abord, les
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5551 investissements publics peuvent évincer les investissements privés (Barro, 1974). En effet, lorsque le gouvernement emprunte pour financer des projets publics, cela peut conduire à une augmentation des taux d’intérêt, rendant le financement plus coûteux pour les entreprises privées. Ce qui pourrait freiner la création d’emplois dans le secteur privé. Celui-ci étant reconnu comme le moteur principal de création d’emplois dans les économies en développement, ce mécanisme peut contribuer à terme à une réduction des opportunités d’emploi sur le plan national. Ensuite, l’effet négatif des investissements sur l’emploi pourrait s’expliquer à travers l’effet de substitution (Pritchett, 2000). En effet, si l’investissement public crée directement des emplois dans des secteurs où le secteur privé est également actif, cela pourrait entraîner un effet de substitution. Les travailleurs pourraient être attirés par les emplois publics, souvent perçus comme plus stables dans le contexte des pays en développement. Cette situation pourrait réduire la main-d’œuvre disponible pour le secteur privé. Ces résultats sont similaires aux conclusions de Kállay et Takács (2023) qui ont montré que les subventions publiques au secteur privé peuvent nuire au bien-être social dans certaines circonstances du fait que les projets d’investissements sont mal orientés. Enfin, le manque d’efficacité des investissements publics enregistré pourrait aussi s’expliquer par des contraintes d’ordre politique et administratif du fait de la mauvaise allocation des ressources (Pritchett, 2000). En effet, les investissements publics éducatifs dans les pays en développement sont souvent concentrés sur l’élargissement de l’accès à l’éducation (par exemple en construisant davantage d’écoles ou en augmentant les effectifs) sans accorder la même importance à la qualité de l’enseignement qui devrait se focaliser sur la formation des formateurs, le matériel didactique.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5552 Tableau N° 3 : Modèle à effets de seuils de l’investissement public sur la santé Variable dépendante : Espérance de vie Coefficient Std, err, z P>z [95% conf interval] Régime faible de l’investissement public Retard (var, dépendante) 0,738 0,073 10,13 0,000 0,595 0,880 Investissement public -0,009 0,006 -1,43 0,152 -0,02 0,003 Revenu par tête 0,096 0,015 6,61 0,000 0,068 0,125 Crédits à l’économie -0,013 0,006 -2,3 0,021 -0,025 -0,002 Numérisation de l’économie -0,002 0,001 -4,22 0,000 -0,004 -0,001 Inflation -0,003 0,001 -2,3 0,021 -0,006 -0,000 Corruption -0,328 0,103 -3,18 0,001 -0,53 -0,126 État de droit 0,291 0,084 3,46 0,001 0,126 0,456 Urbanisation -0,162 0,059 -2,76 0,006 -0,277 -0,047 Education 0,001 0,001 1,26 0,209 -0,001 0,003 Emploi -0,041 0,012 -3,29 0,001 -0,065 -0,016 Constante 0,066 0,2 0,33 0,74 -0,326 0,458 Régime élevé de l’investissement public Retard (var, dépendante) -0,098 0,051 -1,93 0,054 -0,198 0,002 Investissement public 0,013 0,009 1,44 0,15 -0,005 0,030 Revenue par tête 0,017 0,005 3,11 0,002 0,006 0,027 Crédits à l’économie -0,003 0,007 -0,42 0,673 -0,017 0,011 Numérisation de l’économie 0,002 0,001 1,82 0,069 0 0,004 Inflation 0,007 0,001 5,9 0,000 0,005 0,009 Corruption 0,665 0,102 6,54 0,000 0,466 0,864 État de droit -0,434 0,154 -2,81 0,005 -0,736 -0,131 Urbanisation 0,022 0,01 2,34 0,019 0,004 0,041 Education -0,003 0,002 -1,71 0,087 -0,006 0,000 Emploi 0,018 0,005 3,8 0,000 0,009 0,028 Seuil investissement public 22,291 2,286 9,75 0,000 17,811 26,770 Source : Auteur, 2024
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5553 Tableau N° 4 : Modèle à effets de seuils de l’investissement public sur l’éducation Variable dépendante : Education Coefficien t Std, err, z P>z [95% conf interval] Régime faible de l’investissement public Retard (var, dépendante) 0,01 0,059 0,17 0,862 -0,106 0,126 Investissement public 0,484 0,187 2,59 0,01 0,118 0,85 Revenu par tête -0,153 0,357 -0,43 0,668 -0,852 0,546 Crédits à l’économie -1,73 0,507 -3,41 0,001 -2,725 -0,736 Numérisation de l’économie 0,127 0,029 4,45 0,000 0,071 0,183 Inflation -0,036 0,026 -1,39 0,164 -0,088 0,015 Corruption 5,301 1,94 2,73 0,006 1,499 9,104 État de droit 12,091 3,588 3,37 0,001 5,059 19,124 Urbanisation 1,372 0,706 1,94 0,052 -0,012 2,755 Emploi -0,2 0,302 -0,66 0,509 -0,792 0,393 Espérance de vie -0,891 2,006 -0,44 0,657 -4,823 3,04 Constant 10,515 5,82 1,81 0,071 -0,892 21,922 Régime élevé de l’investissement public Retard (var, dépendante) -0,131 0,066 -1,99 0,047 -0,259 -0,002 Investissement public -1,194 0,249 -4,79 0,000 -1,683 -0,705 Revenu par tête 0,254 0,18 1,41 0,158 -0,098 0,606 Crédits à l’économie 1,698 0,534 3,18 0,001 0,652 2,745 Numérisation de l’économie -0,148 0,038 -3,91 0,000 -0,223 -0,074 Inflation 0,094 0,043 2,19 0,029 0,01 0,178 Corruption -6,789 3,971 -1,71 0,087 -14,572 0,994 État de droit -15,436 4,317 -3,58 0,000 -23,897 -6,975 Urbanization -0,145 0,392 -0,37 0,712 -0,912 0,623 Emploi -0,584 0,176 -3,31 0,001 -0,929 -0,238 Espérance de vie -2,137 1,165 -1,83 0,067 -4,42 0,147 Seuil investissement public 20,303 1,442 14,08 0,000 17,477 23,13 Source : Auteur, 2024
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5554 Tableau N° 5 : Modèle à effets de seuils de l’investissement public sur l’emploi Variable dépendante : Emploi Coefficient Std, err, z P>z [95% conf interval] Régime faible de l’investissement public Retard (var, dépendante) 0,440 0,070 6,280 0,000 0,302 0,577 Investissement public 0,062 0,030 2,060 0,039 0,003 0,120 Revenu par tête -0,386 0,065 -5,920 0,000 -0,514 -0,258 Crédits à l’économie -0,003 0,016 -0,160 0,872 -0,034 0,029 Numérisation de l’économie -0,010 0,003 -3,650 0,000 -0,016 -0,005 Inflation 0,003 0,003 1,240 0,215 -0,002 0,009 Corruption -1,297 0,373 -3,480 0,001 -2,029 -0,566 État de droit -0,498 0,310 -1,610 0,108 -1,106 0,110 Urbanization 0,189 0,219 0,860 0,387 -0,240 0,618 Education 0,032 0,012 2,730 0,006 0,009 0,055 Espérance de vie 0,258 0,197 1,310 0,190 -0,128 0,645 Constant 3,739 0,953 3,920 0,000 1,872 5,607 Régime élevé de l’investissement public Retard (var, dépendante) -0,067 0,022 -3,040 0,002 -0,110 -0,024 Investissement public -0,130 0,041 -3,160 0,002 -0,211 -0,049 Revenu par tête 0,046 0,024 1,910 0,056 -0,001 0,094 Crédits à l’économie -0,034 0,019 -1,800 0,072 -0,071 0,003 Numérisation de l’économie -0,003 0,005 -0,700 0,483 -0,012 0,006 Inflation -0,004 0,005 -0,850 0,396 -0,013 0,005 Corruption -0,248 0,766 -0,320 0,746 -1,748 1,253 État de droit 1,008 0,611 1,650 0,099 -0,189 2,206 Urbanisation -0,023 0,049 -0,460 0,646 -0,119 0,074 Education -0,042 0,010 -4,360 0,000 -0,061 -0,023 Espérance de vie -0,745 0,225 -3,310 0,001 -1,185 -0,304 Seuil investissement public 22,291 2,384 9,350 0,000 17,619 26,962 Source : Auteur, 2024 5.1. Analyse de robustesse Cette section a pour but de faire une analyse de robustesse des résultats du modèle du panel dynamique à effets de seuils. Cela consiste à examiner la mesure dans laquelle les résultats sont robustes à l’hétérogénéité du bien-être social au sein de l’échantillon. La régression quantile a été utilisée pour tester l’existence de disparités dans les effets d’investissements publics sur la santé, l’éducation et l’emploi. La régression quantile permet de tester l’hypothèse nulle selon laquelle les effets d’investissements publics varient avec le niveau d’emploi, d’éducation et l’espérance de vie. Les estimations sont réalisées en considérant les déciles (d1 à d9). Les résultats de la régression sur les déciles sont présentés dans les Tableaux 6, 7 et 8. Il ressort de ces résultats que l’effet des investissements publics sur l’espérance de vie varie en fonction du
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5555 niveau de celle-ci dans les pays considérés. En particulier, les investissements publics n’ont aucun effet significatif sur l’espérance de vie dans les pays où celle-ci est faible, comme le montrent les coefficients non significatifs du premier au quatrième décile. Cependant, l’accroissement des investissements publics augmente l’espérance de vie pour des pays ayant une espérance de vie élevée, notamment à partir du cinquième décile. Ces résultats pourraient s’expliquer par plusieurs manières. Premièrement, l’effet positif des investissements publics dans les pays ayant une espérance de vie élevée confirme la théorie du capital humain de Becker (1964). Cette théorie démontre que les investissements dans le capital humain augmentent la productivité et le bien-être à long terme. Dans les pays où l’espérance de vie est élevée, les investissements publics agissent donc comme des amplificateurs des gains en capital humain. Cela est dû au fait que les populations bénéficient déjà d’une meilleure éducation et d’une infrastructure de santé fonctionnelle. Les résultats confirment ceux de Reynolds et Avendano (2018) qui indiquent qu’une hausse d’investissements publics de 1 % dans les secteurs sociaux augmente l’espérance de vie de 0,3 % aux États-Unis. Ils rejoignent en outre les conclusions de Linden et Ray (2017). Ces auteurs soutiennent que l’augmentation du niveau des investissements publics augmente l’espérance de vie. En revanche, les pays ayant une faible espérance de vie sont souvent confrontés à des contraintes structurelles, notamment des systèmes de santé sous-développés, une faible infrastructure sociale, et des conditions économiques précaires. Ces contraintes peuvent réduire l’efficacité des investissements publics, car les besoins de base (accès aux soins de santé primaires, alimentation, éducation de base) ne sont pas encore satisfaits (Birdsall et al, 1993). Par ailleurs, la loi des rendements décroissants énonce que les premiers investissements dans un domaine (par exemple, la santé) produisent les rendements marginaux les plus élevés. Cependant, dans les pays à faible espérance de vie, les gains initiaux pourraient être limités par l’inefficacité institutionnelle ou l’absence de synergies entre différents secteurs d’investissement (Rajkumar et Swaroop, 2008). Les résultats s’alignent sur les conclusions de Kabir (2008). Ce dernier utilise un large échantillon de 91 pays à faible revenu et conclut que les investissements publics dans le domaine de la santé n’ont aucun effet significatif sur l’espérance de vie. Très récemment, Arize et al, (2024) ont examiné l’effet des dépenses publiques sur la santé en utilisant les données de 45 pays d’Afrique subsaharienne (ASS) couvrant la période 1960-2022. L’analyse utilise le modèle autorégressif à retard échelonné (ARDL) comme principale technique d’estimation. Il ressort de ce modèle que les mauvais résultats en matière de santé ne sont pas uniquement dus à des allocations budgétaires inadéquates. Plus précisément, ils montrent l’existence d’une relation de cointégration et un fort ajustement des résultats en matière de santé découlant des chocs et de la dynamique non seulement des dépenses de santé, mais aussi de l’efficacité des pouvoirs publics. Quant à l’effet des investissements publics sur l’éducation et l’emploi, les résultats montrent qu’il n’est pas influencé par l’hétérogénéité des taux d’éducation et d’emploi entre les pays.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5556 Tableau N° 6 : Effet de l’investissement public sur la santé (Régression quantile) Variable dépendante : Espérance de vie Déciles 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 Investissement public 0,020 0,018 0,017 0,015 0,014 0,013 0,013 0,012 0,011 Ecart type 0,022 0,017 0,013 0,010 0,008 0,007 0,007 0,008 0,010 P-value 0,380 0,296 0,216 0,129 0,068 0,049 0,064 0,123 0,268 Revenu par tête 0,032 0,030 0,028 0,027 0,025 0,024 0,024 0,023 0,021 Ecart type 0,024 0,019 0,015 0,011 0,008 0,007 0,007 0,008 0,011 P-value 0,192 0,110 0,053 0,015 0,003 0,001 0,001 0,006 0,042 Crédits à l’économie -0,014 -0,012 -0,010 -0,008 -0,007 -0,006 -0,005 -0,004 -0,002 Ecart type 0,026 0,020 0,016 0,012 0,009 0,008 0,008 0,009 0,011 P-value 0,587 0,555 0,521 0,479 0,453 0,476 0,564 0,692 0,851 Numérisation de l’économie -0,009 -0,008 -0,007 -0,006 -0,005 -0,004 -0,003 -0,003 -0,002 Ecart type 0,004 0,003 0,003 0,002 0,002 0,001 0,001 0,001 0,002 P-value 0,039 0,022 0,012 0,004 0,002 0,002 0,010 0,060 0,297 Inflation -0,010 -0,009 -0,007 -0,006 -0,005 -0,004 -0,003 -0,003 -0,002 Ecart type 0,005 0,004 0,003 0,002 0,002 0,002 0,002 0,002 0,002 P-value 0,060 0,040 0,026 0,014 0,009 0,013 0,043 0,163 0,503 Corruption 0,024 -0,035 -0,078 -0,122 -0,159 -0,189 -0,215 -0,242 -0,277 Ecart type 0,280 0,215 0,168 0,127 0,098 0,085 0,085 0,096 0,122 P-value 0,930 0,872 0,642 0,337 0,104 0,027 0,012 0,012 0,023 État de droit -0,136 -0,117 -0,104 -0,090 -0,079 -0,070 -0,061 -0,053 -0,042 Ecart type 0,231 0,177 0,139 0,104 0,081 0,070 0,070 0,079 0,101 P-value 0,557 0,507 0,455 0,387 0,329 0,323 0,384 0,503 0,676 Urbanisation 0,332 0,308 0,291 0,273 0,258 0,247 0,236 0,226 0,211 Ecart type 0,075 0,057 0,045 0,034 0,026 0,023 0,023 0,026 0,033 P-value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 Emploi -0,038 -0,039 -0,041 -0,042 -0,043 -0,044 -0,044 -0,045 -0,046 Ecart type 0,033 0,025 0,020 0,015 0,011 0,010 0,010 0,011 0,014 P-value 0,246 0,114 0,038 0,005 0,000 0,000 0,000 0,000 0,001 Education -0,013 -0,013 -0,012 -0,012 -0,012 -0,012 -0,012 -0,012 -0,012 Ecart type 0,020 0,015 0,012 0,009 0,007 0,006 0,006 0,007 0,009 P-value 0,522 0,409 0,298 0,171 0,079 0,045 0,047 0,080 0,172 Source : Auteur, 2024
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5557 Tableau N° 7 : Effet de l’investissement public sur l’éducation (Régression quantile) Variable dépendante : Education Déciles 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 Investissement public -0,083 -0,068 -0,061 -0,053 -0,046 -0,039 -0,035 -0,031 -0,021 Ecart type 0,374 0,231 0,262 0,352 0,460 0,565 0,635 0,706 0,881 P-value 0,824 0,769 0,817 0,881 0,921 0,945 0,956 0,965 0,981 Revenu par tête 0,200 0,192 0,189 0,185 0,181 0,178 0,176 0,174 0,169 Ecart type 0,483 0,299 0,338 0,455 0,594 0,730 0,820 0,912 1,138 P-value 0,679 0,520 0,577 0,685 0,760 0,807 0,830 0,848 0,882 Crédits à l’économie 0,050 0,038 0,033 0,027 0,022 0,017 0,014 0,010 0,003 Ecart type 0,503 0,311 0,352 0,474 0,619 0,761 0,855 0,950 1,185 P-value 0,921 0,902 0,926 0,955 0,972 0,983 0,987 0,991 0,998 Numérisation de l’économie 0,046 0,042 0,040 0,038 0,036 0,034 0,033 0,032 0,029 Ecart type 0,108 0,067 0,076 0,102 0,133 0,163 0,183 0,204 0,254 P-value 0,667 0,529 0,596 0,710 0,788 0,835 0,858 0,877 0,910 Inflation 0,001 -0,004 -0,006 -0,008 -0,010 -0,012 -0,013 -0,014 -0,017 Ecart type 0,117 0,072 0,082 0,110 0,143 0,176 0,198 0,220 0,275 P-value 0,995 0,961 0,946 0,944 0,946 0,948 0,949 0,950 0,952 Corruption 0,571 0,303 0,177 0,042 -0,083 -0,195 -0,266 -0,338 -0,510 Ecart type 3,157 1,953 2,210 2,976 3,886 4,775 5,365 5,964 7,439 P-value 0,856 0,877 0,936 0,989 0,983 0,967 0,960 0,955 0,945 État de droit -0,126 -0,093 -0,078 -0,062 -0,047 -0,033 -0,024 -0,016 0,005 Ecart type 2,951 1,825 2,066 2,782 3,633 4,463 5,015 5,575 6,954 P-value 0,966 0,959 0,970 0,982 0,990 0,994 0,996 0,998 0,999 Urbanisation -0,462 -0,359 -0,311 -0,260 -0,212 -0,169 -0,142 -0,115 -0,049 Ecart type 1,223 0,756 0,856 1,153 1,506 1,850 2,078 2,311 2,882 P-value 0,706 0,635 0,716 0,822 0,888 0,927 0,946 0,960 0,987 Emploi 0,072 0,010 -0,019 -0,050 -0,079 -0,105 -0,121 -0,138 -0,177 Ecart type 0,726 0,449 0,508 0,684 0,894 1,098 1,234 1,371 1,710 P-value 0,921 0,982 0,971 0,942 0,930 0,924 0,922 0,920 0,917 Espérance de vie -0,528 -0,396 -0,334 -0,268 -0,207 -0,152 -0,117 -0,081 0,003 Ecart type 1,579 0,976 1,105 1,488 1,943 2,388 2,683 2,982 3,720 P-value 0,738 0,685 0,762 0,857 0,915 0,949 0,965 0,978 0,999 Source : Auteur, 2024
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 5558 Tableau N° 8 : Effet de l’investissement public sur l’emploi (Régression quantile) Variable dépendante : Emploi Déciles 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 Investissement public 0,010 0,006 0,003 0,000 -0,003 -0,006 -0,009 -0,011 -0,015 Ecart type 0,024 0,018 0,016 0,015 0,018 0,022 0,026 0,030 0,036 P-value 0,671 0,731 0,836 0,998 0,851 0,771 0,728 0,706 0,687 Revenu par tête -0,187 -0,189 -0,191 -0,193 -0,195 -0,197 -0,199 -0,201 -0,203 Ecart type 0,028 0,022 0,019 0,018 0,021 0,026 0,032 0,037 0,044 P-value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 Crédits à l’économie -0,111 -0,103 -0,097 -0,090 -0,083 -0,077 -0,071 -0,067 -0,060 Ecart type 0,028 0,022 0,019 0,018 0,021 0,026 0,032 0,037 0,044 P-value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,003 0,024 0,068 0,167 Numérisation économie -0,029 -0,027 -0,025 -0,023 -0,022 -0,020 -0,019 -0,017 -0,016 Ecart type 0,006 0,004 0,004 0,004 0,004 0,005 0,006 0,007 0,009 P-value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,003 0,018 0,072 Inflation 0,000 0,002 0,004 0,006 0,008 0,009 0,011 0,012 0,014 Ecart type 0,007 0,005 0,005 0,004 0,005 0,006 0,008 0,009 0,011 P-value 0,978 0,669 0,382 0,194 0,143 0,145 0,160 0,173 0,191 Corruption 0,849 0,688 0,558 0,418 0,277 0,149 0,029 -0,071 -0,206 Ecart type 0,296 0,229 0,195 0,191 0,223 0,273 0,330 0,382 0,455 P-value 0,004 0,003 0,004 0,029 0,216 0,584 0,931 0,852 0,651 État de droit 0,411 0,411 0,410 0,410 0,410 0,409 0,409 0,409 0,409 Ecart type 0,328 0,253 0,215 0,211 0,247 0,302 0,366 0,423 0,504 P-value 0,210 0,105 0,057 0,052 0,097 0,175 0,263 0,333 0,417 Urbanization -0,282 -0,288 -0,293 -0,299 -0,304 -0,309 -0,314 -0,318 -0,324 Ecart type 0,078 0,060 0,051 0,050 0,058 0,072 0,087 0,100 0,119 P-value 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,000 0,001 0,007 Education -0,018 -0,019 -0,019 -0,019 -0,020 -0,020 -0,021 -0,021 -0,021 Ecart type 0,021 0,016 0,014 0,014 0,016 0,019 0,024 0,027 0,033 P-value 0,391 0,254 0,171 0,154 0,213 0,300 0,383 0,444 0,513 Espérance de vie -0,194 -0,208 -0,219 -0,230 -0,242 -0,253 -0,263 -0,271 -0,282 Ecart type 0,103 0,079 0,067 0,066 0,077 0,095 0,115 0,132 0,158 P-value 0,058 0,009 0,001 0,001 0,002 0,008 0,022 0,041 0,074 Source : Auteur, 2024
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