Utilisation des réseaux sociaux pour faire face aux catastrophes naturelles - Comprendre les pratiques et les besoins
Abstract
Ce document présente les principaux résultats d’une enquête par questionnaire réalisée dans le cadre du projet de recherche RéSoCIO, dans le but d’améliorer la compréhension des besoins des praticiens de la gestion de crise en matière de veille sur les réseaux sociaux en cas de de survenue de catastrophes naturelles à cinétique rapide.
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Utilisation des réseaux sociaux pour faire face aux catastrophes naturelles Comprendre les pratiques et les besoins
AVERTISSEMENT Certaines illustrations contenues dans ce document ont été réalisées par des algorithmes d’intelligence artificielle. Document mis à disposition par le projet RéSoCIO selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
Utilisation des réseaux sociaux pour faire face aux catastrophes naturelles Comprendre les pratiques et les besoins
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles Ce document présente les principaux résultats d’une enquête par questionnaire réalisée dans le cadre du projet de recherche RéSoCIO, dans le but d’améliorer la compréhension des besoins des praticiens de la gestion de crise en matière de veille sur les réseaux sociaux en cas de de survenue de catastrophes naturelles à cinétique rapide. 4 Une réalisation du projet RéSoCIO BRGM (coordinateur du projet) – En tant que service géologique national, le BRGM répond à ses missions en matière de réduction du risque de catastrophes par des activités de recherche appliquée depuis la caractérisation des aléas jusqu’à la modélisation des pertes et l’appui à la gestion de crise. IMT Mines Albi – Le Centre Génie Industriel d’IMT Mines Albi développe des outils d’aide à la décision basés sur des technologies d’Intelligence Artificielle, notamment dans le champ de la gestion de crise. Université Paris Dauphine – Le laboratoire DRM de Paris Dauphine étudie les dynamiques organisationnelles et l’apport des nouvelles technologies en situation de crise. PREDICT - Services - Entreprise spécialisée dans l’accompagnement des usagers (collectivités locales, entreprises et particuliers) dans l’anticipation et la mise en oeuvre des actions de sauvegarde. En partenariat avec : VISOV – Association agréée de sécurité civile qui constitue la première communauté virtuelle francophone de volontaires numériques en gestion d’urgence (sécurité civile). Elle promeut l’utilisation accrue des Médias Sociaux en Gestion d’Urgence (MSGU). Avec le soutien de : Agence Nationale de la Recherche (ANR) – Le projet RéSoCIO est financé par l’ANR dans le cadre de l’appel à projets «Science avec et pour la société» (SAPS), qui soutient les recherches collaboratives à fort ancrage sociétal. Contrat ANR-20-CE39-0014 Utilisation des réseaux sociaux pour faire face aux catastrophes naturelles Comprendre les pratiques et les besoins
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles Avant-propos 5 a gestion de crise suppose en premier lieu de pouvoir acquérir une bonne compréhension de la situation : origine, intensité, évolutions possibles, ampleur des pertes, etc. C’est ainsi que les réseaux sociaux se sont progressivement fait une place comme source d’informations permettant de construire (ou à tout le moins de raffiner) une connaissance situationnelle, par l’analyse du grand nombre de contenus échangés par les utilisateurs des plateformes telles que X (ex. Twitter), Facebook, Instagram, etc. Ceci est tout particulièrement vrai pour les catastrophes naturelles dites « à cinétique rapide », qui viennent impacter de larges territoires en quelques heures ou quelques secondes seulement : à fortiori lorsque ces phénomènes sont imprévisibles, tels que les séismes. Surpris par ces événements soudains, des impliqués et des témoins directs partagent immédiatement et spontanément du contenu sur les réseaux sociaux : descriptifs des effets constatés, photos de bâtiments endommagés, vidéos de routes submergées, etc. Pour peu que ces données soient convenablement repérées parmi les millions de « posts » envoyés chaque minute, puis analysées et contextualisées, elles peuvent apporter de précieux renseignements. Ce travail de fourmi est généralement assuré manuellement par des équipes dédiées aux « médias sociaux en gestion d’urgence » (MSGU), le plus souvent constituées en France des bénévoles de l’association VISOV, et parfois spécialement constituées au sein des organisations. Cette approche a largement prouvé son efficacité, comme en témoigne l’obtention par VISOV d’un agrément national de sécurité civile. Le travail de MSGU ne se limite cependant pas aux seules fins de renseignement, et consiste également à utiliser les réseaux sociaux pour informer plus largement et de manière très rapide la population, ainsi que pour détecter et réagir à la publication de fausses informations et de rumeurs. Avec l’objectif de pouvoir mieux outiller les équipes MSGU, un champ important de recherche appliquée s’est développé autour de l’extraction automatique d’informations des messages publiés sur les réseaux sociaux. En effet, le recours à des techniques de traitement automatique du langage (TAL) et d’intelligence artificielle (IA) permettent de traiter de grandes quantités de données en continu, et de les « enrichir ». Comme s’est attelé à le faire l’équipe du projet RéSoCIO, cela consiste par exemple à associer une géolocalisation à chaque post, de sorte à permettre une représentation et un traitement cartographique, où à distinguer les messages selon les informations qu’ils contiennent (mention de dommages, de victimes ou de disparus, qualification de l’intensité d’un phénomène, etc.). Cette multiplication des études consacrées à la veille sur les médias sociaux en appui à la gestion de crise a conduit à produire une importante littérature scientifique visant à outiller les praticiens, et ainsi à répondre à leurs besoins. Paradoxalement, ces besoins demeurent rarement explicités, et sont le plus souvent postulés sans être questionnés. Si l’on considère la grande variété des prati - ciens intervenant dans la gestion des catastrophes naturelles (faisant intervenir à la fois différents types de primo-intervenants, des autorités locales, des associations, etc.), il est pourtant manifeste que leurs besoins sont variés, et évolutifs au cours des différentes phases de développement des événements (vigilance / réponse / post-événement). Pour cette raison, nous avons souhaité procéder à une évaluation des besoins, via la réalisation d’une enquête par questionnaire internet. Terminologie : Dans la suite du document, nous utilisons de manière indifférenciée les termes de « réseaux sociaux » (plutôt utilisé par la communauté scientifique) et de « MSGU » (plutôt utilisé par la communauté opérationnelle francophone). L
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 6 Profil des répondants L’enjeu de l’enquête menée dans le cadre du projet RéSoCIO était d’aider à mieux cerner les besoins des acteurs de la sécurité civile impliqués dans la gestion opérationnelle des catastrophes naturelles, depuis les collectivités locales jusqu’aux cellules de crises du niveau national. Sans prétention à l’exhaustivité ni même à la représentativité, l’objectif était donc de collecter des points de vue variés, de sorte à questionner la vision très « monolithique » des besoins présentée dans la grande majorité des travaux scientifiques consacrés au sujet de la veille sur les réseaux sociaux. La discussion proposée dans ce document repose donc en grande partie les réponses obtenues entre juin et décembre 2024 auprès d’un panel d’une quinzaine de praticiens représentant : 4 entités nationales ; 1 Etat major interministériel de zone ; 1 préfecture ; 3 SDIS ; 2 collectivités locales ; 1 organisme technique et scientifique. Ces éléments sont par ailleurs discutés et mis en perspective au regard de l’expérience opérationnelle acquise par les membres de l’association VISOV, ainsi que de l’expérience scientifique des partenaires du projet RéSoCIO.
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles Perceptions de la veille sur les réseaux sociaux et des MSGU 7 De manière unanime, les acteurs de la sécurité civile considèrent d’abord les réseaux sociaux comme un canal supplémentaire leur permettant de diffuser des informations auprès des populations. • Le schéma dominant demeure celui d’une communication très descendante, sans que soit réellement considérée l’opportunité d’une communication « bidirectionnelle » marquée par des échanges avec ces populations. La très grande majorité des répondants considère les réseaux sociaux comme une source utile d’informations à prendre en compte dans les activités de veille. De l’utilité des réseaux sociaux en gestion des catastrophes naturelles Parmi ces plateformes, lesquelles vous semblent utiles pour … ? Deux plateformes de réseau social se démarquent largement dans l’utilité que perçoivent les acteurs de la sécurité civile de leur usage : X (ex. Twitter) et Facebook • X est largement nettement privilégié lorsqu’il s’agit de réaliser des activités de veille, ainsi que pour la dissémination d’informations aux populations, et est également perçu comme un outil efficace pour engager des échanges avec elles.
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles • Facebook apparait est généralement cité en 2 e position, et est même privilégié pour échanger avec les populations. Parmi les autres plateformes : • Instagram apparaît pour la veille pour la recherche de photos ainsi que comme vecteur d’informations descendantes. • Snapchat apparaît est cité par certains comme utile pour les activités de veille, par sa capacité à rechercher des contenus géolocalisés (Snapmap). S’agissant du processus de veille sur les réseaux sociaux, que pensez-vous des affirmations suivantes ? Pour la veille sur les réseaux sociaux, une importance comparable est portée à tous les types de contenus (textes / images / vidéos), avec une légère préférence pour les images et les vidéos. Lorsqu’un post contient plusieurs de ces contenus, ils ne sont considérés comme indissociables que par la moitié des répondants. Une analyse plus fine des réponses obtenues ne permet pas de dégager des tendances en fonction du type d’entités auxquelles appartiennent les répondants, mais souligne en revanche que ce sont les profils les plus expérimentés dans la pratique des MSGU qui ont tendance à privilégier une analyse conjointe de tous les contenus d’un post. Le point de vue de VISOV « L’image (photo et vidéo) est le premier besoin en veille MSGU, quelle que soit la crise. Viennent ensuite les témoignages, puis la recherche d’infox. » 8 Le point de vue de l’équipe RéSoCio « À chaque fois que nous leur avons demandé de décrire le type de post qu’ils recherchent en priorité sur les réseaux sociaux, les praticiens que nous avons rencontrés ont mis en avant des images prises sur le vif, avec idéalement un texte venant décrire l’image est la contextualiser. Cela souligne d’une part l’importance de l’image, et d’autre part, celle de la bonne interprétation de cette dernière grâce au texte. »
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles Votre organisation dispose-t-elle de sa propre équipe « VOST » en charge de la prise en compte des réseaux sociaux pour la ges tion de crise, ou d’une collaboration avec l’association VISOV ? 4 entités conventionnées avec VISOV (dont 3 SIS) + 1 entité qui envisage de signer une convention 4 VOST internalisés (dont un avec également convention VISOV) • Une pratique à tous les niveaux : 2 entités nationales, 1 SIS, 1 collectivité locale • Des équipes de taille variable, entre 2 et 10 personnes • Une dynamique difficile à maintenir dans la durée : un SIS signale avoir eu son propre VOST par le passé mais n’avoir pas pu le maintenir Quelles pratiques ? Quels besoins ? Utilisez-vous au sein de votre organisation les réseaux sociaux en cas de crise, et disposez-vous de procédures pour encadrer cet usage ? Un usage assez large des réseaux sociaux en cas de crise, encore souvent mené sans procédure dédiée • L’usage le plus cadré est celui de l’information aux populations, qui relève souvent d’une planification dédiée 9 Le point de vue de VISOV « Si certaines structures disposent de leur propre VOST en interne, la maintenir dans le temps, au gré des mutations et changements d’équipes, reste un réel défi. Le nombre de services conventionnés continue d’augmenter, les besoins en formation ou en animation MSGU lors d’exercices de sécurité civile également. »
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 16 Le point de vue de l’équipe RéSoCio « La survenue de l’événement – qui marque le début de la phase de l’urgence – se traduit généralement par une explosion du nombre de messages échangés sur les réseaux sociaux : cette augmentation est d’autant plus nette que le phénomène est imprévisible et soudain, et qu’il surprend la population. Avec des dizaines voire des centaines de messages postés chaque minute, attention à la surcharge informationnelle ! D’autant qu’il devient difficile de faire le tri, puis de construire et de maintenir une vision cohérente de la situation. Spécifiquement entraînés, des modèles d’IA peuvent être très performants dans ces tâches de filtrage, d’extraction d’information et de cartographie. » Pic d’activité sur Twitter au moment du séisme du Teil du 11 novembre 2009 (nombre de tweets mentionnant des termes associés au champ lexical des séismes) Le point de vue de VISOV « Alors que les canaux institutionnels traditionnels de remontée d’informations peuvent être perturbés, saturés (et parfois localement inopérants), beaucoup d’informations transitent sur les réseaux sociaux, dont certains partagés par des témoins directs des événements. Elles viennent alors compléter les remontées d’informations disponibles via d’autres canaux opérationnels, ou dans les médias locaux. »
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 17 Exemples d’informations extraites des réseaux-sociaux qui pourraient avoir un fort impact pendant la phase du post-événement Images, vidéos, témoignages de la population Images du début de l’événement Description des impacts socio-économiques de l’événement Encore XXX foyers privés d’eau dans le secteur de YYY Recensement des personnes touchées Description de la perception de la gestion de la crise Évocation d’un retour à une situation stabilisée, remerciements, hommages, critiques Les réseaux sociaux, pour quoi faire ? Pendant la phase du post-événement, à quel point la veille sur les réseaux sociaux vous semble utile pour … Veille sur les réseaux sociaux pendant la phase du post-événement Lorsque la phase de l’urgence est passée et que la situation est connue et maîtrisée, il s’agit pour les autorités d’entamer le relèvement du territoire. Dans ce contexte, les répondants pointent que les réseaux sociaux peuvent être utiles pour :
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 18 Pendant la phase du post-événement, vers quelles plateformes vous dirigeriez-vous par ordre de priorité ? Le point de vue de l’équipe RéSoCio « La phase du post-événement se traduit souvent par une réduction significative du rythme de publication de messages sur les réseaux sociaux, avec au contraire des publications plus longues et informatives publiées via des groupes auto-constitués après l’événement. » Le point de vue de VISOV « En sortie de crise, les informations gravitent en majorité autour de la parole publique (administrations, opérateurs…). Cependant, il reste intéressant de veiller pour “prendre le pouls” de la situation et de la perception par la population.” »
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 19 Si vous disposiez demain d’un outil de veille automatique des réseaux sociaux, que pensez-vous des fonctionnalités suivantes ? Vers une veille automatisée 1. Cartographier les informations géolocalisables 2. Établir des résumés de groupes de messages 3. Permettre d’appliquer des filtres à la volée Les principales fonctionnalités à déléguer aux algorithmes :
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 20 En référence à vos réponses aux questions précédentes, sous quel format souhaiteriez-vous avoir accès à ces informations ? Le point de vue de l’équipe RéSoCio « Aussi performant que puissent être des outils de veille automatisée des réseaux sociaux, leur intégration en cellule de crise peut venir perturber celles-ci. Il est donc nécessaire de prendre en compte non seulement les compétences à développer pour utiliser ces outils, mais également les potentielles perturbations des dynamiques organisationnelles. » Le point de vue de VISOV « L’intégration de la veille des réseaux sociaux au sein de la cellule de crise nécessite, quelle qu’en soit la source (outil dédié ou VISOV), une organisation en conséquence. Pour faire simple, il reste nécessaire qu’une personne suive la veille pour que les remontées servent au gestionnaire de crise et que les équipes soient formées » Si une nette majorité des répondants semble intéressée à pouvoir faire manipuler les données des réseaux sociaux directement par leurs équipes, certains souhaitent quexcette veille soit totalement confiée à une structure tierce (ex. VISOV). Dans la perspective d’une utilisation directe, beaucoup sont intéressés par la perspective de pouvoir utiliser un outil dédié à la veille sur les réseaux sociaux, alors que certains privilégient l’option d’une intégration à leurs propres outils métiers via le recours à des API. Visualiser les mots-clés les plus utilisés Disposer de divers statistiques Évaluation de la crédibilité de l’émetteur de chaque post Y a-t-il d’autres fonctionnalités dont vous souhaiteriez disposer ? Lesquelles ?
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 21 Besoins utilisateurs : de grandes tendances Vers quelles plateformes se tournent spontanément les acteurs de la gestion de crise en cas de survenue d’une catastrophe naturelle ? Face aux catastrophes naturelles, le trio de tête des plateformes de réseaux sociaux mises en avant par les répondants à notre enquête reste inchangé qu’il s’agisse des phases de vigilance, d’urgence, ou du post-événement : 1. X, dont le principe de messages courts est propice au partage immédiat d’informations prises sur le vif au plus près des événements. Bien que X soit centrée sur des contenus textuels, cette plateforme permet également le partage de photos et de vidéos. En revanche, les posts publiés sur X ne sont pas géolocalisés. Jusqu’en 2023, la veille sur Twitter était « facilement » automatisable grâce à des API gratuites : devenu X, cette fonctionnalité très appréciée a disparue. Inversement, VISOV souligne que de plus en plus de comptes « robotisés » ou gérés par des IA gravitent sur X et viennent renforcer le bruit de fond. 2. Facebook, qui permet de recenser beaucoup de témoignages (avec ou sans image) au travers des groupes publics (ex. « Tu es de telle commune si... », groupes locaux, etc.) et des pages comme les pages météo ou d’infos routières. Les veilles effectuées par VISOV révèlent que l’information est de plus en plus intéressante sur Facebook, bien que ce réseau social nécessite une veille plus fouillée au regard de l’algorithme de la plateforme. Les publications y sont moins « polluées » que sur X. 3. Instagram, où l’on va principalement chercher de l’image. Cependant, hors secteurs et périodes de forte activité touristique, l’expérience de VISOV souligne que peu d’information utile y gravite en masse. Discussion
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 22 De grands profils utilisateurs Si les informations recherchées lors de la veille sur les réseaux sociaux varient selon le type d’utilisateurs en fonction notamment de leurs missions et responsabilités, les fonctionnalités nécessaires sont en revanche assez similaires. Les principales différences proviennent d’une part de la résolution spatiale à laquelle les informations sont recherchées (les acteurs locaux et opérationnels ayant besoins de plus de précision), et d’autre part sur les modalités d’usage d’outils de veille (l’intégration dans un outil métier via des API requérant par exemple plus de moyens et de technicité que le recours à un outil en ligne). FONCTION National Zonal Départemental Local Préfecture SIS Collectivité Extraction d'information Géolocalisation de l'information + + ++ +++ +++ (Au moins à la commune) (Le plus précisément possible) Reconnaissance d'entités ++ ++ +++ +++ ++ Estimation des impacts + ++ +++ +++ +++ Analyse des images + + ++ +++ +++ Analyse Regroupement des posts et production de résumés ++ ++ +++ +++ + Détection d'événements + + ++ +++ + Outil de veille automatisée Outil dédié ++ ++ +++ ++ +++ API ++ + +++ +
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 23 Apports potentiels de la technologie explorés par le projet RéSoCIO Les travaux menés dans le cadre du projet RéSoCIO visaient à démontrer l’apport potentiel des réseaux sociaux en appui à la gestion opérationnelle des catastrophes naturelles, en particulier pour la remontée d’informations depuis le terrain. Particulièrement adaptée aux phénomènes à cinétique rapide qui peuvent prendre de court les autorités, cette voie de recherche constitue un moyen d’éclairer les gestionnaires de crise avec des informations consolidées, tout en veillant à réduire la charge informationnelle des utilisateurs, via des filtres personnalisés. Cela consiste essentiellement à extraire un maximum d’informations des posts publiés sur les réseaux sociaux, que ce soit post à post pour – par exemple – extraire des éléments de géolocalisation, ou par groupe de posts pour détecter des événements ou générer des résumés. Extraction automatique d’informations contenues dans les messages postés sur la plateforme X, telle qu’explorée par le projet RéSoCIO # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 À l’échelle de groupes de posts Classification Reconnaissance d’entités nommées et alignement avec bases de connaissance Géolocalisation Identification des messages pertinents Analyse couplée texte/ images Organisations ... Détection d’événements Génération de résumés À l’échelle de chaque post # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 # Post 21/108 Personnes Infrastructures Description de l’intensité du phénomène et de ses effets Extraction Extraction d’informationsd’informations
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 24 Plateforme de démonstration RéSoCIO, intégrant les différentes fonctionnalités d’analyse des tweets développées dans le cadre du projet La problématique de l’accès à la donnée Comme l’a démontré le projet RéSoCIO, le principal frein à la pleine utilisation d’outils automatisés de veille sur les réseaux sociaux en appui à la gestion de crise n’est plus d’ordre méthodologique. A l’heure où toutes les grandes plateformes monnayent à prix d’or leurs données, l’enjeu est désormais de garantir un accès en temps-réel à ces données pour les outils à finalité de sécurité civile. L’humain, plus que jamais au centre du jeu L’automatisation ne doit pas être perçue comme antinomique avec une analyse manuelle telle que celle réalisée par les équipes de VISOV, mais est au contraire complémentaire : elle peut venir outiller les équipes VOST, de sorte à déléguer certaines tâches très fastidieuses telle que la géolocalisation, pour se concentrer sur des tâches plus essentielles, telle que la vérification de l’information. Quelle intégration de l’outil en cellule de crise ? Une série de « designs expérimentaux » ainsi qu’un exercice de crise ont été organisés dans le cadre du projet RéSoCIO, visant à observer l’utilisation d’outils de veille automatisée des réseaux sociaux au sein des cellules de crise, et à anticiper les conditions facilitant leur bonne intégration. A cette fin, la plateforme opérationnelle de gestion des évènements hydrométéorologiques Wiki PREDICT de PREDICT Services a été enrichie d’un module de visualisation cartographique et de filtrage des tweets. Exploration par mots-clés Exploration temporelle des posts Exploration spatiale des posts Reconnaissance d’entités nommées Génération de résumés sur les posts sélectionnés Filtrage de posts à la volée selon des thèmes prédéfinis © IMT-Albi
Réseaux sociaux • Gestion des catastrophes naturelles 25 Il ressort de ces expérimentations que cette intégration d’une veille automatisée des réseaux sociaux en cellule de crise ne revêt pas seulement une dimension technique, mais bien sociotechnique et organisationnelle. Le prototype testé a dans l’ensemble permis une meilleure compréhension de la situation sous contrainte du temps, tout en facilitant le recoupement entre les informations issues du terrain et partagées sur les réseaux sociaux, et celles partagées via les canaux institutionnels. En ce sens, la veille automatisée permet de capter davantage d’informations qui peuvent être recoupées par les utilisateurs avant, pendant et après la survenue d’un événement, et constitue un moyen de réagir plus rapidement à une situation critique. Toutefois, l’usage d’outils de veille sur les réseaux sociaux nécessite une aisance technique à leur manipulation, ainsi qu’une maîtrise des flux d’informations associés, faute de quoi il peut générer un risque important de surcharge informationnelle. Aussi, l’utilisation de ces outils doit être anticipée et testée. L’analyse des données issues des réseaux sociaux implique donc l’adoption par les organisations utilisatrices de bonnes pratiques, qui vont de l’acculturation des acteurs à la notion de données, la formation aux nouveaux outils de veille, la mobilisation de méthodes de recoupement, ou encore les modalités de gestion d’une charge cognitive élevée. Enfin, un travail collectif d’acculturation aux données circulant sur les réseaux sociaux s’avère nécessaire. Il est important que les membres des organisations utilisatrices ne tombent pas dans une appréhension candide des données, car il reste nécessaire de discerner les images et messages trompeurs ou générés par de l’intelligence artificielle, de ceux porteurs de vraies informations. En effet, la qualité des inférences produites à partir de l’analyse des données circulant sur les réseaux sociaux ne dépend pas seulement des algorithmes, mais plutôt des savoirs-faires développés au sein de l’organisation en amont de l’évènement. À l’inverse, il est essentiel que les utilisateurs ne restent pas dans une défiance systématique à l’égard des réseaux sociaux, dont les données ne se limitent pas aux fake-news. En d’autres termes, l’intégration d’une analyse des réseaux sociaux au sein des cellules de crise représente une occasion pour les organisations de faire un bilan de leur propre rapport aux informations et données externes. Portfolio de l’exercice de crise réalisé à l’ENSOSP dans le cadre du projet RéSoCIO