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Résumé à l'intention des décideurs politiques du premier rapport d'évaluation méditerranéen sur les changements climatiques et environnementaux dans le bassin méditerranéen - Situation actuelle et risques pour l'avenir

MedECC

Abstract

Le MedECC Le MedECC (experts du changement climatique et environnemental en région méditerranéenne) est un réseau indépendant de scientifiques fondé en 2015. Il évalue les meilleures connaissances scientifiques disponibles sur le changement climatique et environnemental et les risques associés dans le bassin méditerranéen afin de les rendre accessibles aux décideurs, aux parties prenantes et à la population. Les experts du MedECC contribuent individuellement sans contrepartie financière. Les scientifiques du MedECC sont issus de 35 pays, dont 19 sont des Parties contractantes à la Convention pour la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée (Convention de Barcelone) et 23 sont membres de l’Union pour la Méditerranée. Le Secrétariat de la Convention de Barcelone – PNUE/PAM, via son Centre d’activités régionales Plan Bleu, et le Secrétariat de l’Union pour la Méditerranée travaillent en partenariat afin de soutenir le MedECC et contribuer à l’établissement d’un processus d’évaluation scientifique solide et transparent. Les rapports du MedECC sont préparés à l’intention des décideurs et d’un public plus large. Ils sont élaborés uniquement sur la base de critères scientifiques ; les auteurs des rapports du MedECC sont donc seuls responsables de leur validité. Les connaissances disponibles sur les risques étudiés par le MedECC présentent certaines lacunes importantes, souvent dues à des systèmes de surveillance et une capacité de recherche scientifique limités ; elles ont été indiquées le plus clairement possible. Malgré les meilleurs efforts, des erreurs et des omissions restent possibles. Le présent rapport - Premier Rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MAR1)Le MedECC a préparé le premier Rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MAR1) sur l’état des lieux actuel et les risques attendus en matière de changement climatique et environnemental dans le bassin méditerranéen. Le rapport inclut un résumé à l’intention des décideurs (RID), avec les messages clés du MAR1. Une première version du MAR1 préparée en 2019 a fait l’objet d’un examen par les pairs. Une deuxième version du rapport, révisée en tenant compte des commentaires de l’examen, et fourni maintenant avec un RID, a été largement commentée par les autorités, les décideurs et les parties prenantes en 2020. La consultation avait en particulier pour but de vérifier que les conclusions du MAR1, telles que présentées dans le RID, sont parfaitement compréhensibles et sans ambiguïté. Les projets des chapitres, également fournis avec le RID en cours d’examen, ont servi uniquement à des fins d’informations contextuelles et ne faisaient pas partie de l’examen. À l’issue de la consultation des parties prenantes, 453 commentaires ont été reçus pour le RID et ont permis de réviser ce qui était possible. L’examen par les parties prenantes a été conclu par une session plénière en ligne qui a eu lieu le 22 septembre 2020. Le rapport du MAR1 a été publié en Novembre 2020.

Full text

1CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MEDITERRANÉEN Situation actuelle et risques pour le futur Premier rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MAR1) Résumé à l'intention des décideurs par MedECC (Mediterranean Experts on Climate and environmental Change) CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC Edité par Wolfgang Cramer MedECC Coordinator CNRS, France Institut Méditerranéen de Biodiversité et d'Écologie marine et continentale (IMBE) Katarzyna Marini MedECC Science Officer MedECC Secretariat Plan Bleu Joël Guiot MedECC Coordinator CNRS, France Centre Européen de Recherche et d’Enseignement des Géosciences de l’Environnement (CEREGE) XICLIMATE AND ENVIRONMENT CHANGE IN THE MEDITERRANEAN BASIN | MedECC RÉSUMÉ À L'INTENTION DES DÉCIDEURS Texte comme approuvé à l’occasion de la Session Plénière du 22 septembre 2020 Rédacteurs : Wolfgang Cramer (France), Joël Guiot (France), Katarzyna Marini (France), Brian Azzopardi (Malte), Mario V Balzan (Malte), Semia Cherif (Tunisie), Enrique Doblas-Miranda (Espagne), Maria dos Santos (Portugal), Philippe Drobinski (France), Marianela Fader (Allemagne), Abed El Rahman Hassoun (Liban), Carlo Giupponi (Italie), Vassiliki Koubi (Grèce/Suisse), Manfred Lange (Chypre), Piero Lionello (Italie), Maria Carmen Llasat (Espagne), Stefano Moncada (Malte), Rachid Mrabet (Maroc), Shlomit Paz (Israel), Robert Savé (Espagne), Maria Snoussi (Maroc), Andrea Toreti (Italie), Athanasios T. Vafeidis (Allemagne/Grèce), Elena Xoplaki (Allemagne) Citation suggérée de ce document : MedECC 2020 Résumé à l’intention des décideurs. Dans : Changement climatique et environnemental dans le bassin méditerranéen – Situation actuelle et risques pour le futur. Premier rapport d’évaluation sur la Méditerranée [Cramer W, Guiot J, Marini K (eds.)]. Union pour la Mediterranée, Plan Bleu, UNEP/MAP, Marseille, France, 35pp. 5CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC Table des matières Synthèse: Changement climatique et environnemental dans le bassin méditerranéen .........................................................6 Contexte et conclusions principales du Premier Rapport d'Évaluation sur la Méditerranée ..................... 9 1. Contexte de l’évaluation ........................................................................................................................................................................... 9 2. Facteurs du changement environnemental dans le bassin méditerranéen .......................................................9 2.1 Changement climatique .................................................................................................................................................................9 2.2 Pollution ..................................................................................................................................................................................................13 2.3 Changements d’utilisation des terres et de la mer ...................................................................................................15 2.4 Espèces non-indigènes .................................................................................................................................................................15 3. Ressources ......................................................................................................................................................................................................16 3.1 Eau ..............................................................................................................................................................................................................16 3.2 Alimentation..........................................................................................................................................................................................19 3.3 Énergie .................................................................................................................................................................................................... 20 4. Écosystèmes .................................................................................................................................................................................................. 23 4.1 Écosystèmes marins ...................................................................................................................................................................... 23 4.2 Écosystèmes côtiers....................................................................................................................................................................... 25 4.3 Écosystèmes terrestres ............................................................................................................................................................... 26 5. Société ............................................................................................................................................................................................................... 28 5.1 Développement .................................................................................................................................................................................. 28 5.2 Santé humaine ................................................................................................................................................................................... 30 5.3 Sécurité des personnes ............................................................................................................................................................... 32 6. Gestion des risques futurs et amélioration de la résilience socio-écologique en Méditerranée ............................................................................................................................ 33 RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 6CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC Pratiquement toutes les sous-régions continentales et marines du bassin méditerranéen sont impactées par les récents changements anthropiques dans l’environnement. Les principaux facteurs de changement incluent le climat (température, précipitations, courants atmosphériques, évènements extrêmes, hausse du niveau de la mer, température, salinité et acidification de l’eau de mer), la croissance démographique, la pollution, les pratiques non durables d’utilisation des sols et de la mer, et les espèces non-indigènes. Dans la plupart des régions, les écosystèmes naturels et les moyens de subsistance des humains sont affectés. A cause des tendances mondiales et régionales de ces facteurs, les impacts seront exacerbés dans les décennies à venir, en particulier si le réchauffement climatique dépasse le niveau préindustriel de 1,5 à 2 °C. Des efforts accrus sont nécessaires pour s’adapter aux changements inévitables, atténuer les facteurs de changement et accroître la résilience. En raison des émissions anthropiques de gaz à effet de serre, la rapidité du changement climatique dans le bassin méditerranéen, historique et projeté par les modèles climatiques, est supérieure aux tendances mondiales. Les températures moyennes annuelles sur terre et sur mer dans le bassin méditerranéen sont 1,5 °C supérieures à celles de l’époque préindustrielle et elles devraient augmenter d’ici à 2100 de 3,8 à 6,5 °C pour un scénario de forte concentration de gaz à effet de serre (RCP8.5) et de 0,5 à 2,0 °C pour un scénario compatible avec l’objectif à long terme de l’Accord de Paris dans le cadre de la CCNUCC pour maintenir la température mondiale bien en-dessous de +2 °C au-dessus du niveau préindustriel (RCP2.6). Sur terre et sur mer, la durée et les températures maximales des épisodes caniculaires s’intensifieront. Malgré de fortes variations régionales, les précipitations estivales baisseront vraisemblablement de 10 à 30 % dans certaines régions, avec pour conséquence l’intensification des pénuries d’eau, la désertification et la baisse de la productivité agricole. Il est virtuellement certain que le réchauffement des eaux de surface se poursuivra au XXIe siècle, de 1 à 4 °C selon le scénario (faibles ou fortes émissions de gaz à effet de serre) et il est vraisemblable que les eaux profondes de la Méditerranée vont se réchauffer plus que les autres océans du monde. L’augmentation des concentrations de dioxyde de carbone (CO2) provoque l’acidification de l’eau de mer et cette tendance se poursuivra. Le niveau moyen de la mer Méditerranée a augmenté de 6 cm au cours des 20 dernières années. Cette tendance va vraisemblablement s’accélérer (avec des différences régionales) à un taux mondial de 43 à 84 cm jusqu’en 2100, mais vraisemblablement de plus d’un mètre si la calotte glaciaire dans l’Antarctique se déstabilise davantage. La plupart des impacts du changement climatique sont exacerbés par d’autres problèmes environnementaux, comme le changement d’utilisation des sols, l’augmentation de l’urbanisation et du tourisme, l’intensification de l’agriculture, la surpêche, la dégradation des sols, la désertification et la pollution (de l’air, des sols, des rivières et des océans). Le dioxyde de souffre (SO2) et l’oxyde d’azote (NOx) ont récemment augmenté fortement, principalement à cause de l’activité maritime. Les concentrations d’ozone troposphérique (O3) augmentent en raison de la pollution et du réchauffement et les épisodes de hauts niveaux seront plus fréquents à l’avenir. Le transport des poussières sahariennes est également susceptible d’augmenter. La mer Méditerranée est fortement polluée par de multiples substances telles que le plastique, les contaminants émergeants, les métaux lourds, les bactéries fécales et les virus, dont la quantité devrait augmenter à l’avenir. La mer Méditerranée est envahie par de nombreuses espèces non-indigènes provenant en particulier de la mer Rouge, mais également du détroit de Gibraltar, du transport maritime et de l’aquaculture. Sur terre, des espèces nonindigènes sont particulièrement présentes dans les régions à fort développement infrastructurel et commercial, y compris des nuisibles phytophages introduits accidentellement et qui provoquent des dégâts dans les cultures et les forêts. Ces tendances devraient se poursuivre dans le futur. L’agriculture est la plus grande consommatrice d’eau dans la région Méditerranée. Le changement climatique, associé à des facteurs démographiques et socio-économiques, impacte les ressources hydriques, ce qui réduit la recharge des eaux de ruissellement et souterraines ainsi que la qualité RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS Synthèse : Changement climatique et environnemental dans le bassin méditerranéen 7CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC de l’eau et augmente les conflits entre utilisateurs, la détérioration des écosystèmes et la salinisation des eaux souterraines dans les aquifères côtiers. La demande d’irrigation devrait augmenter de 4 à 18 % d’ici à 2100. Le changement démographique, notamment la croissance des grands centres urbains, pourrait accroître cette demande de 22 à 74 %. Il y a un potentiel d’amélioration de l’efficacité de l’utilisation et de la réutilisation de l’eau. D’autres adaptations importantes consistent à changer de pratiques agricoles et à favoriser le régime méditerranéen traditionnel, la production locale et la réduction des déchets alimentaires. Le changement climatique, les évènements extrêmes plus fréquents et intenses ainsi que l’augmentation de la salinisation des sols, de l’acidification des océans et de la dégradation des terres impactent fortement les activités de production terrestres et de produits de la mer. Le rendement des récoltes devrait baisser dans les décennies à venir dans la plupart des zones actuelles de production et pour la plupart des cultures agricoles. Cette situation sera potentiellement aggravée par les nuisibles et les pathogènes émergents. Recourir à des méthodes agro-écologiques en tant que pratiques et gestion agricoles présente un potentiel d’adaptation important, le stockage accru du carbone dans les sols offrant également un potentiel important en matière d’atténuation du changement climatique. Les pratiques de pêche non-durables, les espèces non-indigènes, le réchauffement, l’acidification et la pollution de l’eau menacent la production alimentaire marine et peuvent affecter la répartition des espèces et engendrer, d’ici à 2050, une extinction locale de plus de 20 % des poissons et invertébrés marins exploités. Une gestion plus rigoureuse de la pêche professionnelle en Méditerranée sera nécessaire pour s’adapter. La durabilité du secteur alimentaire méditerranéen (terrestre et marin) dépend également de la croissance démographique, du comportement des consommateurs régionaux (régime alimentaire) et des marchés alimentaires mondiaux (qui peuvent être affectés par une crise environnementale ailleurs). La surpêche, le réchauffement, l’acidification et la multiplication des espèces non-indigènes provenant des eaux tropicales impactent également les écosystèmes marins et leur biodiversité. Les conséquences attendues incluent les pullulations de méduses, de mucilage et d’efflorescences algales, la réduction des stocks de poissons exploités par la pêche professionnelle et une perte générale de la biodiversité due à l’altération physiologique et écologique de la plupart des organismes marins. Il est possible d'atténuer ces impacts en améliorant la conservation à l’intérieur et au-delà des aires marines protégées, en recourant à des pratiques de pêche plus durables et en réduisant la pollution agricole, urbaine et industrielle. Dans les systèmes côtiers, la hausse du niveau de la mer impactera la plupart des infrastructures, les aquifères, les cultures côtières, le patrimoine mondial et les autres sites protégés, notamment dans les deltas et estuaires fluviaux. L’augmentation des flux de nutriments vers la mer augmente le nombre et la fréquence des proliférations de plancton et des pullulations de méduses avec des impacts négatifs sur la pêche professionnelle, l’aquaculture et la santé humaine. Les divers niveaux d’interactions terremer pourraient bénéficier de la mise en œuvre de nouvelles approches de gestion intégrée des zones côtières fondée sur les écosystèmes et de planification de la conservation. La biodiversité terrestre connaît de multiples changements. Dans les pays de la rive nord, la surface boisée augmente aux dépens de l’agriculture et du pâturage extensifs, alors que les écosystèmes dans les pays du sud sont encore menacés de fragmentation ou de disparition en raison du défrichement et de la culture, de la surexploitation du bois de chauffage et du surpâturage. Au cours des 40 dernières années, les changements de biodiversité et la disparition d’espèces ont conduit à une homogénéisation et une simplification générale des interactions biotiques. La moitié des zones humides a été perdue ou détériorée, une tendance qui devrait se poursuivre. Il est attendu une extension des terres arides et une augmentation des zones brûlées lors d’incendies plus fréquents. Les options d’adaptation pour la biodiversité terrestre incluent la préservation de la variabilité du débit naturel des cours d’eau méditerranéens et la protection des zones riveraines, la réduction du captage d’eau, la modification des pratiques sylvicoles, la promotion d’une connectivité des paysages favorable au climat. Les températures élevées ainsi que la pollution de l’air et de l’eau dans le bassin méditerranéen affectent déjà la santé humaine. Les impacts combinés des changements environnementaux attendus (notamment la pollution de l’air et le climat) augmentent les risques pour la santé humaine résultant des canicules, des pénuries alimentaires et d’eau, ainsi que des maladies respiratoires et cardio-vasculaires à transmission vectorielle. Ces risques sanitaires touchent RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 8CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC particulièrement les populations défavorisées et vulnérables, notamment les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les personnes à faibles revenus. La sécurité des personnes est confrontée à de nouveaux risques liés à des évènements extrêmes, en particulier dans les zones côtières. Les conflits provoqués par la rareté des ressources et les migrations humaines sont susceptibles d’augmenter à cause de la sécheresse et de la détérioration des ressources agricoles et halieutiques, mais des facteurs socio-économiques et politiques joueront vraisemblablement encore un rôle majeur. Les villes méditerranéennes se développent sous l’effet de la croissance démographique et des changements socio-économiques, notamment sur le littoral des pays du sud. Du fait de l’augmentation du stress thermique, l’aménagement et la gestion des villes bordant la Méditerranée devront être davantage axés sur la santé humaine et la résilience aux changements environnementaux. Les impacts du changement climatique sur les zones urbaines devraient être disproportionnellement élevés du fait de la concentration de la population et des infrastructures – en particulier dans les zones à haut risque – combinée à des conditions qui augmentent le danger (par exemple, le ruissellement accru dû à l’artificialisation des sols ou les effets d’îlots de chaleur urbain). Le tourisme sera sûrement affecté par le changement climatique via la réduction du confort thermique, la dégradation des ressources naturelles, notamment la disponibilité d’eau douce, et l’érosion côtière due à la hausse du niveau de la mer et à l’urbanisation. L’effet économique net sur le tourisme dépendra du pays et de la saison. Tous les pays méditerranéens présentent un potentiel important pour atténuer le changement climatique grâce à une transition énergétique accélérée, ce qui implique la réduction et l’arrêt progressifs des combustibles fossiles et le développement accéléré des énergies renouvelables. Cette transition énergétique ambitieuse, qui va au-delà des plans et des objectifs annoncés par les autorités et les décideurs conformément aux contributions nationales prévues par l’Accord de Paris dans la cadre de la CCNUCC, exige une transformation importante des politiques énergétiques et des modèles économiques dans les pays Méditerranéens. Alors que les pays de la rive nord se sont engagés dans cette transition en diversifiant graduellement leur bouquet énergétique, en améliorant l’efficacité énergétique et en augmentant la part des énergies renouvelables, ceux de la rive est et sud, malgré certains investissements, ont besoin d’aide, de financement, de transfert de technologie et de renforcement des capacités dans le cadre de l’Accord de Paris de la CCNUCC. À l’horizon 2040, la part des énergies renouvelables pourrait tripler pour atteindre 13 à 27 % selon les scénarios de transition actuels. L’intégration et la coopération régionale accrue dans le marché de l’énergie sont cruciales pour atténuer le changement climatique de manière rentable. Des réponses politiques aux changements climatiques et environnementaux plus efficaces impliqueront de renforcer l’atténuation des facteurs du changement environnemental tels que les émissions de gaz à effet de serre, mais également d’améliorer l’adaptation aux impacts. La pauvreté, les inégalités et le déséquilibre hommes/femmes font actuellement obstacle au développement durable et à la résilience climatique dans les pays méditerranéens. La culture est un facteur essentiel dans le succès des politiques d’adaptation dans le cadre multiculturel extrêmement varié du bassin méditerranéen. Ayant pour objectif de soutenir des communautés locales et vulnérables, les politiques en matière d’adaptation climatique et de résilience environnementale doivent tenir compte des enjeux tels que la justice, l’égalité, la lutte contre la pauvreté, l’inclusion sociale et la redistribution. Afin d’étayer les politiques en matière de développement durable avec des preuves scientifiques sur le changement climatique et environnemental, le premier rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MAR1) présente une synthèse des connaissances scientifiques actuelles dans la plupart des disciplines, secteurs et sous-régions concernés. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 9CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC Avec le changement climatique, les changements d’utilisation des sols, le développement de l’urbanisation et du tourisme, l’intensification de l’agriculture, la pollution, le déclin de la biodiversité, la compétition pour les ressources et les tendances socio-économiques, le changement environnemental planétaire exacerbe les défis auxquels est confrontée la population vivant autour de la mer Méditerranée. La région Méditerranéenne présente des conditions environnementales, socio-économiques et culturelles fortement hétérogènes {1.1.1}, ce qui donne lieu à différentes manifestations du changement environnemental au niveau régional qui exigent des mesures d’adaptation spécifiques ainsi qu’un renforcement accru des capacités. Afin de prendre ces spécificités en compte, une approche globale de l’évaluation des risques englobant l’ensemble du bassin méditerranéen est nécessaire afin de fournir des informations adéquates et en temps utile ainsi que les données nécessaires pour permettre aux décideurs d’élaborer des stratégies efficaces d’atténuation et d’adaptation. {1.1.1}. Malgré des efforts de recherche importants couvrant de nombreuses disciplines et régions, il n’existe à ce jour aucune évaluation globale des risques que représentent les changements climatiques et environnementaux dans le bassin méditerranéen. Il est probable que la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) seront confrontés à des risques liés aux changements climatiques et environnementaux potentiellement plus grands que d’autres régions du bassin méditerranéen, tandis que leur capacité à surveiller les paramètres environnementaux importants ou à réaliser des analyses de risques adéquates est limitée. Une atténuation et une adaptation efficaces nécessitent des études intégratives qui dépassent les connaissances actuelles. Les principaux défis pour la Méditerranée consistent à combler les lacunes entre les pays en termes de données et de connaissances et à favoriser le développement de services climatiques de haut niveau, notamment de systèmes d’alerte précoce. Une recherche accrue est nécessaire pour les projections à court et moyen termes, ainsi que des programmes à grande échelle au niveau méditerranéen pour faire face aux défis imminents. {1.1.2}. Le premier rapport d’évaluation sur la Méditerranée (MAR1) a été conçu et rédigé pour apporter des recommandations fondées sur la science aux multiples acteurs impliqués dans l’élaboration d’une réponse aux changements climatiques et environnementaux et réduire les risques associés pour les communautés et les écosystèmes naturels dans la région Méditerranée {1.3.1.4}. Le rapport a été élaboré par la communauté scientifique sur la base de publications dans des journaux scientifiques à l’intention des décideurs et autres parties prenantes via les conclusions dans son résumé à l’intention des décideurs (RID), et d’un public d’experts plus large via ses chapitres techniques détaillés étayant le RID. Le rapport est également destiné à être diffusé plus largement auprès du public grâce à des efforts additionnels de communication et des actions participatives. {1.3.2}. Le rapport évalue les risques pour l’ensemble du bassin méditerranéen (terre et mer), associés à quatre facteurs principaux du changement climatique : climat, pollution, utilisation des sols et de la mer et espèces non-indigènes. Dans tout le rapport, le degré de confiance scientifique associée à ses conclusions est indiqué, sur la base de la cohérence des preuves et du degré de consensus de la communauté scientifique, au moyen des termes « élevée », « moyenne » et «faible ». {1.3.3}. Changement climatique Des changements climatiques anthropiques ont été observés pour de nombreuses variables dans le bassin méditerranéen au cours des dernières décennies. À l’avenir, la région devrait rester parmi les plus affectées par le changement climatique, en particulier en ce qui concerne les précipitations et le cycle hydrologique. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS CONTEXTE ET CONCLUSIONS PRINCIPALES DU PREMIER RAPPORT D’ÉVALUATION SUR LA MÉDITERRANÉE 1 - Contexte de l’évaluation 2 - Facteurs du changement environnemental dans le bassin méditerranéen 1.1 1.2 1.3 1.4 2.1 16 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC non-indigènes peut être reliée à la diminution ou l’épuisement des populations d’espèces natives et à d’autres modifications écologiques de l’écosystème marin (confiance élevée). {2.5.1.2}. 2.4.1.4 Le nombre et la prolifération des espèces non-indigènes augmenteront vraisemblablement davantage avec le développement de l’activité maritime et l’augmentation des impacts du climat sur le système océanique (confiance moyenne). Il est difficile de prévoir l’établissement futur d’espèces non-indigènes au moyen de modèles de distribution spécifique. {2.5.1.3}. 2.4.2 Sur le continent, le nombre d’espèces nonindigènes est élevé dans les écosystèmes modifiés par l’homme et dans les régions présentant un fort développement infrastructurel (confiance élevée). {2.5.2.1}. 2.4.2.1 La plupart des espèces terrestres non-indigènes dans la région sont des plantes (introduites volontairement comme plantes ornementales), suivies des invertébrés. Les nuisibles phytophages dominent parmi les espèces non-indigènes dans l’ensemble du bassin méditerranéen et ils représentent plus de la moitié des espèces d’invertébrés ; ils provoquent des dommages dans les cultures et les forêts. Les principales voies d’introduction des vertébrés sont les évasions accidentelles (confiance moyenne). {2.5.2.1}. 2.4.2.2 Avec le réchauffement, les principales espèces non-indigènes actuelles devraient migrer vers le nord de 37 à 55 km par décennie, laissant une fenêtre d’opportunité pour de nouvelles espèces non-indigènes adaptées aux conditions xériques. La tendance a récemment évolué vers un accroissement du nombre d’invertébrés et de vertébrés introduits. Ce schéma se poursuivra vraisemblablement dans le futur proche du fait de l’augmentation du transport aérien et maritime, qui permet de transporter facilement ces taxons clandestinement (confiance moyenne). {2.5.2.3}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 3.1 Eau 3.1.1 Les ressources en eau en Méditerranée sont rares : elles sont limitées, réparties inégalement et dans certaines régions elles ne sont pas accessibles ; souvent, elles ne correspondent pas aux besoins humains et environnementaux. {3.1.1}. 3.1.1.1 Les ressources en eau renouvelables sont inégalement réparties dans les régions méditerranéennes (72 à 74 % sont situées dans le nord de la Méditerranée), la répartition spatiale des besoins en eau affichant des tendances opposées. En conséquence, 180 millions de personnes dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée sont confrontées à un manque d’eau (<1 000 m3 par habitant par an) et 80 millions connaissent une pénurie d’eau extrême (<500 m3 par habitant par an) (confiance élevée). {3.1.1.1}. 3.1.1.2 Le débit fluvial se caractérise par une forte variabilité temporelle – saisonnière et interannuelle – et les eaux souterraines sont la principale source d’eau douce pour certains pays méditerranéens (Libye, Malte, Palestine, Israël) {3.1.1.2}. Dans plusieurs pays du sud de la Méditerranée, les ressources en eaux souterraines sont puisées dans les aquifères fossiles qui sont des ressources non-renouvelables (confiance élevée). {3.1.1.3}. 3.1.1.3 La nature transfrontalière de nombreux bassins fluviaux et aquifères, courante dans les pays méditerranéens (18 % des ressources en eau renouvelables totales proviennent de l’extérieur des territoires du sud de la Méditerranée, 27 % dans les pays de l’est de la Méditerranée) complique la gestion durable de l’eau (confiance élevée). {3.1.1.1}. 3.1.2 La rareté générale des ressources en eau engendre des conflits dans différents secteurs d’utilisation de l’eau (agriculture, tourisme, industrie, domestique et conservation de la biodiversité) (confiance moyenne). {3.1.2}. 3.1.2.1 La répartition spatiale de l’utilisation de l’eau par secteur dans la zone méditerranéenne est hétérogène. Dans les pays du sud et de l’est, la consommation dans le milieu agricole atteint 76 à 79 %. Dans la partie nord, les quatre secteurs sont beaucoup plus équilibrés (18 à 36 %, Figure RID.5), avec des différences entre les pays. {3.1.2.1}. 3.1.2.2 Le pourcentage de sols irrigués sur la totalité de la surface cultivée en Méditerranée est d’environ 25 % (mais supérieur à 70 % en Égypte, en Israël, au Liban, en Grèce), en forte augmentation (+21 %) sur les trois dernières 3 - Ressources 17CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC années {3.1.2.2}. La tendance vers des systèmes d’irrigation plus efficaces n’engendre pas toujours des économies d’eau absolues du fait de l’introduction de cultures demandant plus d’eau (p. ex., légumes) (confiance moyenne). {3.1.2.2} . 3.1.2.3 L’activité touristique est à son maximum en été, coïncidant avec les pics de demande de l’agriculture irriguée, ce qui crée des tensions pour l’eau, une situation qui sera vraisemblablement exacerbée dans le futur par le changement climatique (confiance moyenne). {3.1.2.3}. 3.1.2.4 L’utilisation de l’eau de ville est déjà restreinte dans plusieurs pays méditerranéens touchés par le stress hydrique, exacerbée par les phénomènes démographiques et migratoires ainsi que par les limites et l’obsolescence des infrastructures de distribution d’eau (confiance moyenne). Plusieurs pays du nord sont parvenus à réduire les prélèvements municipaux en valeurs absolues alors que plusieurs pays du sud et de l’est affichent la tendance opposée (confiance moyenne). {3.1.2.5}. 3.1.2.5 Les conflits intersectoriels liés à l’eau seront vraisemblablement exacerbés dans le futur par les interactions du changement climatique (augmentation des sécheresses) avec les tendances socio-économiques et démographiques actuelles (confiance moyenne/élevée). {3.1.5.2}. 3.1.3 Les inondations subites catastrophiques sont fréquentes dans de nombreux pays dont l’Italie, la France et l’Espagne et elles affectent principalement les zones côtières, en particulier là où la population et les établissements urbains se développent dans des zones inondables. Elles deviendront vraisemblablement plus fréquentes et/ou intenses avec le changement climatique et l’artificialisation des sols (confiance moyenne). {3.1.3.3}. 3.1.4 Le changement climatique, en interaction avec d’autres facteurs (principalement les développements démographiques et socioéconomiques, y compris les pratiques agricoles non-durables), impactera vraisemblablement la majeure partie du bassin méditerranéen via la diminution des ruissellements et des recharges des eaux souterraines, l’augmentation des besoins en eau des cultures, l’augmentation des conflits entre usagers et le risque accru de surexploitation et de dégradation (confiance élevée). {3.1.4.1}. 3.1.4.1 Les impacts d’un réchauffement climatique même modéré (1,5 à 2 °C) et des scénarios socio-économiques associés devraient résulter d’une baisse des précipitations associée à une évaporation accrue, avec pour conséquence la diminution des eaux de ruissellement {3.1.4.1}. Dans de nombreuses régions, cela est susceptible d’augmenter les périodes de faible débit en été et la fréquence des épisodes de débit nul, avec des risques de sécheresse accrus {3.1.4.1}. Davantage de populations urbaines seront sans doute exposées à des sécheresses sévères et le nombre de personnes affectées suivra la hausse de la température (confiance élevée). {3.1.4.1}. 3.1.4.2 La recharge des aquifères sera fortement impactée par le réchauffement et la baisse des précipitations, en particulier dans les zones semi-arides. Aux taux d’extraction actuels, la surexploitation des eaux souterraines continuera vraisemblablement à avoir un effet plus important que le changement climatique sur la baisse du niveau des eaux souterraines (confiance élevée). {3.1.4.1}. 3.1.4.3 L’intrusion d’eau salée due à l’extraction accrue dans les aquifères côtiers et à la hausse du niveau de la mer, ainsi que l’augmentation de la pollution de l’eau dans le sud et l’est de la Méditerranée vont vraisemblablement engendrer des problèmes importants en matière de qualité des eaux souterraines (confiance moyenne). {3.1.4.1}. 3.1.4.4 Les impacts du niveau de réchauffement climatique supérieur à 1,5 à 2 RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 100 90 80 70 60 50 40 30 20 10 0 (%) Nord Sud Est Refroidissement Utilisation industrielle Utilisation agricole Utilisation domestique Figure RID.5 | Taux de consommation totale d’eau parmi les principaux secteurs et les trois sous-régions (source des données : AQUASTAT). 18 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS °C sur les ressources en eau d’ici la fin du XXIe siècle seront considérablement plus élevés, ce qui engendrera des risques nettement accrus dans la région méditerranéenne {3.1.4.2}. La probabilité d’évènements de sécheresses météorologiques, hydrologiques et agricoles plus extrêmes et plus fréquentes est susceptible d’augmenter considérablement, avec des sécheresses 5 à 10 fois plus fréquentes dans de nombreuses régions méditerranéennes (confiance élevée). {3.1.4.2}. 3.1.5 La dynamique combinée des changements climatiques et socio-économiques montre que malgré un potentiel d’adaptation important permettant de réduire la vulnérabilité de la ressource en eau douce, il est impossible de contrebalancer uniformément l’exposition au changement climatique. Dans de nombreuses régions, les évolutions socio-économiques auront un impact plus important sur la disponibilité de l’eau que les changements induits par le climat (confiance faible). {3.1.4.2}. 3.1.5.1 Les stratégies et politiques de gestion de l’eau et d’adaptation au changement climatique sont fortement interconnectées avec tous les autres secteurs (p. ex., le nexus eau-énergie-alimentation). La plupart des stratégies d’adaptation et de gestion de l’eau reposent sur les principes de la Gestion Intégrée des Ressources en Eau (GIRE), fondée sur l’efficacité économique, l’équité et la durabilité environnementale, en considérant également la connexion avec l’agriculture (production alimentaire en particulier) et l’énergie afin de développer la résilience nécessaire pour s’adapter au changement climatique. {3.1.5.1}. 3.1.5.2 Il existe des solutions techniques pour améliorer la disponibilité d’eau et l’utilisation efficace des ressources en eau. La désalinisation de l’eau de mer est de plus en plus utilisée pour lutter contre la pénurie d’eau (potable) dans les pays méditerranéens arides et semi-arides, malgré les désavantages connus en termes d’impacts environnementaux sur les écosystèmes marins proches des côtes et de besoins énergétiques avec les émissions de CO2 associées. De nouvelles technologies (solaires) prometteuses sont en cours de développement, qui réduiront potentiellement les émissions de gaz à effet de serre et les coûts (confiance moyenne). {3.1.5.2}. 3.1.5.3 La technologie devrait également contribuer fortement à réduire le volume des eaux usées, sa récupération et sa réutilisation ainsi qu’à réduire les impacts sur la qualité de l’eau de mer. Les activités agricoles, industrielles et d’arrosage représentent ensemble environ 70 % du potentiel de réutilisation de l’eau. Il a été proposé de recharger les aquifères avec des eaux usées traitées, mais il reste à résoudre des problèmes critiques en termes de qualité de l’eau (confiance moyenne). {3.1.5.2}. 3.1.5.4 Le transfert d’eau interbassin a été mis en œuvre dans plusieurs programmes à grande échelle, avec des coûts sociaux et environnementaux élevés et des risques de conflits (confiance faible). {3.1.5.2}. 3.1.5.5 Des barrages pour le stockage de l’eau ou l’énergie hydraulique existent dans la plupart des pays et des cours d’eau sont détournés à des fins de gestion d’eau dans certains pays. Les grands barrages génèrent souvent des impacts sociaux et environnementaux, tels que la destruction d’écosystèmes fluviaux ou de zones humides et la perte de la biodiversité aquatique, le déplacement forcé de personnes et la perte de ressources culturelles. Il est possible de réduire ces impacts, par exemple au moyen d’habitats construits en zones humides, par la gestion de la pêche et les activités de loisirs et par la coordination renforcée parmi les pays qui partagent les mêmes ressources en eau (confiance faible) {3.1.5.2}. Les évolutions techniques permettent également l’utilisation des retenues souterraines ou en soussol pour contribuer à la gestion durable des eaux souterraines. {3.1.5.2}. 3.1.5.6 La stratégie consistant à échanger des denrées (provenant en particulier de l’agriculture) qui ne peuvent pas être produites du fait du manque d’eau (échange d’eau virtuelle) peut être considérée comme une forme d’adaptation. La plupart des pays méditerranéens (p. ex., Portugal, Espagne, Italie, Grèce, Israël, Turquie) affichent des empreintes importantes en termes de consommation nationale (supérieure à 2 000 m3 par an par habitant) (confiance faible). {3.1.5.1}. 3.1.5.7 La gestion de la demande en eau, c’est-à-dire les méthodes permettant d’économiser l’eau (de bonne qualité), peuvent permettre de réduire la consommation ou les pertes en eau. Cela inclut des mesures techniques, économiques, administratives, financières et/ ou sociales, destinées en priorité à accroître l’efficacité de l’utilisation de l’eau, en particulier dans les secteurs du tourisme et de l’alimentation, et avec des solutions propres à chaque cas combinant des connaissances traditionnelles avec des réalisations techniques modernes (confiance élevée). {3.1.5.1}. 19CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC 3.1.5.8 La réduction des pertes d’eau dans tous les secteurs d’utilisation de l’eau en Méditerranée est essentielle pour les stratégies de gestion et d’adaptation durables. Il est urgent d’aborder le problème des fuites dans les réseaux urbains de distribution et des technologies d’irrigation inefficaces (confiance élevée). {3.1.5.1}. 3.1.5.9 Le maintien du régime méditerranéen traditionnel et le retour à une alimentation méditerranéenne produite localement, associés à une réduction des déchets alimentaires, pourraient générer des économies d’eau par rapport au régime carné de plus en plus présent: 753 l par le passage au régime basé sur la production locale et 116 l par la réduction du gaspillage de l’eau par habitant par jour, outre les bienfaits pour la santé (obésité, diabète) (confiance élevée). {Encadré 3.2}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 3.2 Alimentation 3.2.1 Des conditions climatiques plus chaudes et sèches, avec des évènements extrêmes plus fréquents et intenses, combinées à une salinisation accrue des sols, à l’acidification du système océanique, à la dégradation des sols, à la hausse du niveau de la mer et à l’émergence de nouveau pathogènes, représentent une menace pour la plupart des éléments du système de production alimentaire dans le bassin méditerranéen (confiance élevée). 3.2.1.1 Les extrêmes climatiques sont une menace pour l’ensemble du secteur agricole. Le rendement des récoltes devrait baisser dans les décennies à venir dans la plupart des zones actuelles de production et pour la plupart des cultures si aucune adaptation n’a lieu. {3.2.2.1}. 3.2.1.2 Le maïs est la culture la plus affectée par le changement climatique et la baisse de son rendement devrait atteindre 17 % dans certains pays à l’horizon 2050 selon le scénario RCP 8.5 et avec les pratiques agricoles actuelles (confiance moyenne) ; sa culture pourrait être impossible dans les régions avec un accès limité à l’eau d’irrigation (confiance moyenne) {3.2.2.1}. Le rendement du blé devrait également diminuer du fait de la résilience moindre de la production et de la variabilité interannuelle accrue de 5 % à 22 % entre 2021 et 2050 selon le scénario RCP 8.5 sans adaptation. D’autres cultures consommatrices d’eau, les tomates par exemple, sont également menacées. Certaines cultures actuellement sèches, comme les olives, pourrait devenir impossibles sans irrigation (confiance moyenne). {3.2.2.1}. 3.2.1.3 L’augmentation de la concentration atmosphérique en CO2 peut contribuer à compenser les pertes de rendement pour certaines cultures, comme le blé et l’orge, mais cet effet pourrait impacter la qualité nutritionnelle. Les effets bénéfiques du CO2 sont vraisemblablement limités par les états de stress hydrique et par la disponibilité des nutriments (confiance faible). {3.2.2.1}. 3.2.1.4 Les extrêmes climatiques, tels que le stress thermique, la sécheresse et les inondations, peuvent provoquer des pertes/limitations de rendement des récoltes, réduire leur qualité et avoir des impacts sur le bétail (confiance élevée) {3.2.1.4}. Ces évènements peuvent également induire des changements socio-économiques et du paysage à long terme (confiance moyenne). {3.2.1.4}. 3.2.1.5 La hausse du niveau de la mer affectera sans doute le secteur agricole par un impact direct sur les surfaces agricoles, ou par leur perte, dans les zones côtières (p. ex., en Égypte), avec un triplement de la salinité de l’eau d’irrigation et la rétention de sédiments qui n'atteignent pas le littoral (confiance élevée). {3.2.2.1}. 3.2.1.6 Des nuisibles et pathogènes nouveaux et/ou ré-émergents peuvent contribuer à des pertes plus importantes qu’estimées dans le secteur agricole. Des pathogènes fongiques mycotoxinogènes et des niveaux de contamination plus élevés peuvent également affecter la qualité et la sécurité alimentaires (confiance moyenne). {3.2.2.1}. 3.2.1.7 Les débarquements totaux provenant de la pêche professionnelle en Méditerranée ont diminué de 28 % entre 1994 et 2017 {3.2.1.3, Figure 3.22}. Le changement climatique devrait affecter fortement les ressources marines au cours des prochaines décennies. À l’horizon 2050, le réchauffement, l’acidification et la pollution de l’eau réduiront vraisemblablement la productivité marine, affecteront la distribution des espèces et provoqueront l’extinction totale de plus de 20 % des poissons et invertébrés marins exploités (confiance élevée). {3.2.2.2}. 3.2.1.8 Des perturbations sur les marchés mondiaux des produits agricoles et marins, potentiellement provoqués par des changements environnementaux qui ont lieu ailleurs, peuvent exacerber les impacts locaux du changement 20 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC climatique, en particulier parce que la plupart des pays méditerranéens sont des importateurs nets de céréales et de produits fourragers/alimentaires (confiance élevée). {3.2.1.5}. 3.2.2 L’adaptation au changement environnemental sera d’une importance essentielle pour limiter et compenser en partie les impacts du changement climatique sur le secteur alimentaire (confiance élevée). 3.2.2.1 Les pertes de rendement estimées dans la plupart des cultures peuvent être réduites grâce à des stratégies d’adaptation ciblées, telles que la diversification des cultures, l’adaptation du calendrier des récoltes et l’utilisation de nouvelles variétés adaptées aux conditions climatiques changeantes. Les stratégies fondées sur une irrigation accrue auront une applicabilité limitée dans la région ; la production adaptée de cultures telles que le maïs dépendra de variétés plus résistantes à la sécheresse (confiance moyenne). {3.2.3.1}. 3.2.2.2 Les stratégies d’adaptation fructueuses reposent sur la combinaison de différentes approches, c’est-à-dire sur les pratiques agricoles (p. ex., variétés, modèles de rotation, diversité des cultures, agroforesterie) et la gestion (p. ex., diversification des revenus, modification des pratiques d’irrigation). Des services climatologiques sectoriels collaboratifs peuvent contribuer à réduire les risques liés à des conditions et des extrêmes climatiques défavorables (confiance moyenne). {3.2.3.1}. 3.2.3 Le système de production alimentaire terrestre a la capacité de contribuer aux stratégies d’atténuation des gaz à effet de serre en optimisant la fertilisation azotée, en améliorant la gestion de l’eau, le stockage du carbone organique du sol et la séquestration du carbone et en gérant les résidus de culture et les dérivés de l’agro-industrie (confiance élevée). {3.2.3.2}. 3.2.3.1 Le potentiel d’atténuation des émissions de N2O dans les agroécosystèmes méditerranéens grâce à une fertilisation adaptée (taux et calendrier) est de 30 à 50 %. Le remplacement de l’azote minéral par des fertilisants organiques fournit non seulement de l’azote, du phosphore, du potassium et des micronutriments au sol et aux cultures, mais augmente également le carbone organique lorsque des fertilisants solides (c’est-à-dire, fumier solide, compost, etc.) sont utilisés, ce qui serait bénéfique dans de nombreux sols méditerranéens à faible teneur en carbone organique (confiance moyenne). {3.2.3.2}. 3.2.3.2 Des techniques d’irrigation optimisées peuvent permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre des régions méditerranéennes dans les cultures pérennes et les systèmes de maraîchage sur des sols de rizière (gestion de la nappe phréatique) (confiance moyenne). {3.2.3.2}. 3.2.3.3 La teneur en carbone organique des terres cultivées méditerranéennes est sensible aux changements de gestion tels que l’amendement organique, les cultures de protection et la réduction des labours. La restauration des sols (telle que proposée par « l’initiative 4‰ » lancée en 2015 par la France pendant la COP 21 dans le cadre de la CCNUCC) offre un potentiel élevé pour améliorer le stockage du carbone organique dans le sol. Les fertilisants organiques, la réduction des labours et la rétention des résidus sont des pratiques efficaces dans les systèmes herbacés. Les systèmes boisés, dans lesquels le potentiel de stockage du carbone est plus élevé, peuvent bénéficier du maintien d’une couverture du sol et de l’utilisation des dérivés de l’agro-industrie, tels que les déchets compostés des moulins à huile, en tant que source de matière organique (confiance moyenne). {3.2.3.3}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 3.3.1 De 1980 à 2016, la consommation d’énergie primaire dans le bassin méditerranéen a régulièrement augmenté d’environ 1,7 % par an, principalement du fait de l’évolution des conditions démographiques, socio-économiques (mode de vie et consommation) et climatiques (confiance élevée). {3.3.2.1: Fig.3.25}. 3.3.1.1 Le niveau actuel des émissions des gaz à effet de serre en Méditerranée est d’environ 6 % des émissions mondiales, proche de son pourcentage de la population mondiale. Les accords internationaux en matière de politique climatique exigent une transition énergétique accélérée dans les pays de cette région afin de garantir un développement sûr, durable et inclusif. {3.3.1}. 3.3 Énergie 21CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC 3.3.1.2 La contribution du pétrole à la production d’énergie est restée stable entre 1995 et 2016, alors que celle du charbon a diminué progressivement. La production d’énergie primaire à partir du gaz naturel a doublé, alors que la contribution de l’énergie nucléaire et des sources d’énergie renouvelables a augmenté d’environ 40 % (confiance élevée). {3.3.2.1, Figure 3.28}. 3.3.1.3 Alors que les pays de la rive nord se dirigent vers la transition par une diversification graduelle de leur bouquet énergétique, une amélioration du rendement énergétique et une augmentation de la part des énergies renouvelables, les pays de la rive est et sud, malgré certains investissements récents, accusent du retard dans ces développements (confiance élevée). {3.3.3.2}. 3.3.2 Les scénarios projetés en matière de demande d’énergie au cours des quelques prochaines décennies dans le bassin méditerranéen diffèrent fortement entre les pays du nord et ceux de la rive est/sud (confiance élevée). {3.3.3.2}. 3.3.2.1 La demande en énergie dans le nord a diminué de 8 % depuis 2010 du fait d’une croissance démographique modérée, d’une efficacité accrue et d’une économie stable et elle devrait continuer à décroître. En 2040, la demande en énergie dans le nord de la Méditerranée serait de 22 %, 10 % et 23 % inférieure aux niveaux de 2015, selon trois scénarios de politique énergétique (« transition » – TS, « référence » – RS et « proactif » – PS), respectivement (confiance moyenne). {3.3.3.2}. 3.3.2.2 Les pays du sud de la Méditerranée ont connu une croissance économique et démographique soutenue au cours des dernières décennies. La demande en énergie devrait donc continuer à augmenter et atteindre 55 % (TS), 118 % (RS) et 72 % (PS) d’ici à 2040 par rapport à 2005 (confiance moyenne). {3.3.3.2}. 3.3.3 Le changement climatique en Méditerranée devrait affecter la production d’énergie (du fait des impacts sur les infrastructures) et son utilisation (demande de chauffage moindre et besoins de refroidissement accrus). {3.3.2.3}. 3.3.3.1 Le réchauffement dans la région devrait entraîner des pertes de production d’énergie, avec seulement un impact marginal si le réchauffement climatique ne dépasse pas 2 °C (pertes <5 %), mais une détérioration rapide audelà de 2 °C (pertes >5 % et atteignant 10 % dans des lieux spécifiques) (confiance faible). {3.3.3.5}. 3.3.3.2 La capacité utilisable d’énergie hydraulique et thermoélectrique traditionnelle devrait diminuer du fait de la baisse du débit des cours d’eau et de l’augmentation de la température de l’eau, entraînant ainsi une diminution de l’énergie hydraulique de 2,5 à 7 % et de l’énergie thermique de 10 à 15 % d’ici à 2050 (les fourchettes indiquent les estimations pour les scénarios RCP2.6 versus RCP8.5 par rapport à 1971-2000) (confiance élevée). {3.3.3.5}. 3.3.3.3 La variabilité météorologique et climatique, ainsi que les évènements extrêmes, ont des impacts importants sur la disponibilité et l’ampleur de la production d’énergie renouvelable. Avec l’augmentation de la part des énergies renouvelables, les systèmes de transport d’électricité seront plus exposés aux variations météorologiques et peuvent être menacés par des conditions météorologiques spécifiques généralement non considérées comme des extrêmes (confiance moyenne). {3.3.2.3}. 3.3.3.4 Avec le réchauffement, tous les pays méditerranéens connaîtront une augmentation nette de la demande d’énergie pour le refroidissement. L’évolution de la demande maximale journalière moyenne d’électricité entre 2006-2012 et 20802099 selon le scénario de changement climatique RCP4.5 atteint 4 à 6 % (Balkans) et 8 à 10 % selon le scénario RCP8.5 (Balkans, Espagne, Portugal) (confiance élevée). {3.3.3.6, Fig. 3.50}. 3.3.4 Le bassin méditerranéen présente un potentiel important en matière de production additionnelle d’énergie renouvelable, sur terre et en mer. Il s’agit de l’énergie solaire, l’énergie hydraulique, la géothermie et la bioénergie ainsi que la production d’énergie par les vagues et les courants (confiance élevée) {3.3.2.2}. Des gains importants en matière d’efficience énergétique sont également possibles (confiance élevée). {3.3.3.2}. 3.3.4.1 L’énergie thermique provenant de la biomasse (principalement des résidus et des déchets boisés) est actuellement supérieure à l’utilisation de toutes les autres énergies renouvelables, principalement pour la production de chaleur ou de combustible (moins pour l’électricité). La production globale d’énergie à partir de la biomasse solide est actuellement de 1,56 PW. Elle varie considérablement selon les pays et elle est principalement concentrée sur la rive nord. La production de bois de chauffage RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 22 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC a augmenté d’environ 90 % en Afrique du Nord sur les 60 dernières années et elle a récemment retrouvé son niveau des années 1960 dans le sud de l’Europe, après une forte diminution de 1973 à 2009 (confiance moyenne). {3.3.2.2}. 3.3.4.2 Alors que les combustibles fossiles resteront vraisemblablement la composante dominante du bouquet énergétique jusqu’en 2040, les énergies renouvelables dépasseront le gaz naturel et le charbon et deviendront alors la deuxième source d’énergie la plus utilisée dans le bassin méditerranéen. En 2040, la part des énergies renouvelables devrait tripler pour atteindre 27 % pour TS, 13 % pour RS et 24 % pour PS (scénarios « transition » – TS, « référence » – RS et « proactif » – PS) (confiance élevée). {3.3.3.3}. 3.3.4.3 Parmi les différentes technologies en matière d’énergie renouvelable, le solaire devrait connaître la croissance la plus rapide dans les deux sous-régions. L’utilisation finale de l’énergie thermique solaire, notamment les chauffe-eau solaires, offre un potentiel élevé dans le sud et elle s’avère rentable, avec un bon retour sur investissement (confiance moyenne). {3.3.3.3}. 3.3.4.4 Le potentiel en matière d’augmentation du rendement énergétique est considérable dans le bassin méditerranéen, en particulier dans le sud (confiance élevée). Globalement, l’intensité énergétique décroît dans la région et cela est lié en grande partie aux changements dans les secteurs de la construction, de l’industrie et du transport (confiance élevée). {3.3.3.2}. 3.3.5 En améliorant davantage le rendement énergétique et en déployant les énergies renouvelables à grande échelle, l’ensemble de la région méditerranéenne peut réduire les tensions sur la sécurité énergétique pour les pays importateurs, améliorer les opportunités des pays exportateurs et réduire les coûts de l’énergie et les dommages environnementaux pour toute la région. S’engager sur la voie de la transition énergétique aidera également à améliorer le bien-être social dans la région et contribuera à la création d’emplois, entre autres externalités positives (confiance moyenne). {3.3.3}. 3.3.5.1 Compte tenu du développement socio-économique et du changement climatique, l’on s’attend à un fossé important entre l’offre et la demande d’énergie, en particulier dans les pays de la rive sud et est. Ce défi peut être relevé en restructurant rapidement le secteur de l’énergie, en particulier en accélérant davantage l’intégration des énergies renouvelables (confiance moyenne). {3.3.4.2}. 3.3.5.2 Les avantages/mesures de la transition énergétique incluent : (i) réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre par habitant; (ii) retour sur investissement dans les énergies renouvelables qui peut amener à économiser jusqu’à 54 % des coûts de l’énergie pour un pays donné et (iii) établissement d’un marché pour l’échange des émissions de CO2 qui créera des incitations économiques pour investir dans les énergies renouvelables (confiance moyenne). {3.3.4.2}. 3.3.5.3 Malgré des taux d’électrification proches de 100 % dans les pays de la rive sud et est, les dynamiques énergétiques de ces pays sont en grande partie non-durables à long terme du fait d’un marché de l’électricité fortement subventionné (avec quelques exceptions, par exemple la Turquie) conduisant à une mauvaise affectation systémique des ressources, d’une croissance démographique, d’une urbanisation croissante et des changements socio-économiques attendus dans la région, ainsi que du réchauffement climatique (confiance élevée). {3.3.4.3}. 3.3.5.4 Un changement des politiques énergétiques nationales, y compris la réforme des mécanismes de tarification de l’énergie, et/ou l’introduction d’incitations fiscales et réglementaires, peut être nécessaire dans certains pays de la rive sud et est pour réduire le désavantage des énergies renouvelables en termes de coût par rapport aux combustibles fossiles (confiance moyenne). {3.3.4.2}. 3.3.5.5 L’intégration et la coopération régionales dans le marché de l’énergie sont nécessaires pour atténuer le changement climatique de manière rentable. {3.3.4.5}. Les règlementations transfrontalières nécessitent la convergence des règlementations nationales pour que les interconnexions fonctionnent de manière efficace. La règlementation en matière d’investissement implique la conception et le développement des infrastructures qui seront nécessaires pour promouvoir les complémentarités et des normes techniques internationales (confiance élevée). {3.3.4.5}. 3.3.6 Les îles méditerranéennes sont confrontées à des menaces, des enjeux et des opportunités spécifiques dans le contexte du changement mondial et de la transition énergétique. L’eau RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 23CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC et l’énergie y font l’objet d’une pression accrue en raison de leurs singularités géographiques et socio-économiques, ce qui appauvrit les ressources et dégrade l’environnement, menaçant ainsi le développement durable, en particulier pendant la haute saison touristique, lorsque la population de certaines îles double (confiance élevée). {Encadré 3.3.2}. 3.3.6.1 Sur la plupart des îles, la demande d’énergie devrait augmenter du fait des tendances socio-économiques, notamment le tourisme, mais également de l’augmentation attendue du recours aux techniques énergivores de désalinisation (confiance moyenne). {Encadré 3.3.2}. 3.3.6.2 Le développement de l’énergie hydraulique sur les îles méditerranéennes est limité, mais il existe un potentiel important en matière d’énergie éolienne et de production d’hydrogène (confiance moyenne). {Encadré 3.3.2}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 4.1 Écosystèmes marins 4.1.1 Les écosystèmes marins méditerranéens sont uniques par le nombre élevé de leurs espèces endémiques, mais ils sont extrêmement vulnérables aux pressions locales et mondiales, et notamment le changement climatique. {4.1.1.1}. 4.1.1.1 La mer Méditerranée représente la plus forte proportion d’habitats marins menacés en Europe (32 %, 15 habitats), 21 % étant considérés comme vulnérables et 11 % en danger. Cette menace inclut plusieurs habitats précieux et uniques (p. ex., herbiers et coralligènes), abritant une grande biodiversité. Bien qu’elle ne couvre que 0,82 % de la surface océanique de la planète, la mer Méditerranée abrite 18 % de toutes les espèces marines connues (confiance élevée). {4.1.1.1}. 4.1.1.2 À des échelles millénaires, la productivité de la mer Méditerranée globalement oligotrophe réagit rapidement aux changements d’apport de nutriments à court et long termes par les cours d’eau, le vent ou la remontée des eaux, qui modifient les écosystèmes benthiquespélagiques en gagnant l’ensemble de la chaîne alimentaire (confiance élevée). {4.1.1.2}. 4.1.1.3 Des espèces non-indigènes tropicales prolifèrent dans la mer Méditerranée, phénomène favorisé par les tendances actuelles au réchauffement et provoquant la « tropicalisation » de la faune et de la flore marines (confiance moyenne). {4.1.1.1}. 4.1.1.4 L’acidification des eaux de la Méditerranée impactera vraisemblablement la chaîne trophique marine, des producteurs primaires (c’est-à-dire coccolithophores et foraminifères) aux coraux et algues rouges corallines (confiance moyenne). {4.1.1.1}. 4.1.1.5 Le changement climatique et les activités humaines directes affectent l’intégrité des écosystèmes marins en perturbant l’écologie du plancton, en augmentant les pullulations de méduses, en réduisant les stocks de poissons et en modifiant plus généralement la physiologie, la croissance, la reproduction, le recrutement et le comportement des organismes marins (confiance moyenne). {4.1.1.1}. 4.1.2 La combinaison de divers facteurs climatiques du changement environnemental (p. ex., réchauffement de la mer, acidification des océans et hausse du niveau de la mer) a de nombreux effets détectables sur les organismes marins agissant à l’échelle des individus, de la population, et des écosystèmes. Les futurs impacts attendus incluent des réorganisations majeures au niveau de la répartition du biote, la perte d’espèces, la baisse de la productivité marine, l’augmentation des espèces non-indigènes et des extinctions potentielles (confiance moyenne) (Figure RID.6). {4.1.2.1}. 4.1.2.1 Les projections pour les scénarios à forte émission montrent une modification des assemblages endémiques d’ici à 2041-2060 ; parmi 75 espèces endémiques méditerranéennes de poissons, 31 étendront vraisemblablement leur zone géographique et 44 sont susceptibles de la réduire (confiance moyenne). 4.1.2.2 Des altérations des habitats naturels d’espèces à valeur commerciale se produiront vraisemblablement et auront des répercussions sur les services des écosystèmes marins tels que le tourisme, la pêche professionnelle, la régulation du climat, la protection du littoral et, à terme, la santé humaine (confiance moyenne). {4.1.2.2}. 4 - Écosystèmes 24 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 4.1.2.3 En général, les petites espèces pélagiques, les espèces thermophiles et/ ou exotiques plus petites et avec des niveaux trophiques moindres pourraient profiter du changement environnemental. Les espèces de grande taille, présentant souvent un intérêt commercial, peuvent voir leurs conditions de survie réduites (confiance moyenne). {4.1.2.1}. 4.1.3 Les stratégies d’adaptation visant à réduire les impacts du changement environnemental sur les écosystèmes marins doivent être mises en œuvre conjointement avec des politiques et des actions d’atténuation du changement climatique et de réduction de la pollution. {4.1.3.4}. 4.1.3.1 Compte tenu de la diversité des réponses de la communauté marine au changement climatique et aux autres facteurs de stress dans différents sous-bassins, une surveillance élargie est nécessaire pour mieux connaître les différents processus d’adaptation qui caractérisent et conviennent mieux à chaque zone (confiance élevée). {4.1.3.1}. 4.1.3.2 Toutes les mesures contribuant à améliorer la santé, la résilience ou la biodiversité des écosystèmes marins peuvent permettre de retarder et réduire les effets négatifs des facteurs climatiques. Elles incluent des pratiques de pêche plus durables, la réduction de la pollution résultant des activités agricoles, le tourisme durable et la gestion plus efficace des déchets (confiance élevée). {4.1.3.4}. 4.1.3.3 Les aires marines protégées peuvent jouer un rôle d’« assurance » pour la biodiversité si elles sont établies dans des zones où la vulnérabilité à l’acidification des océans et au changement climatique est limitée (confiance moyenne) {4.1.3.4}. Si les aires marines protégées ne permettent pas d’arrêter le changement climatique et ses conséquences, telles que l’acidification des océans, elles sont un outil important permettant d’améliorer la résilience et la capacité d’adaptation des écosystèmes (confiance élevée). {4.1.3.2}. CO2 CO2 Réchauffement et Acidification des océans Ruissellement terrestre Élevation du niveau marin CO2 CO2 CO2 CO2 CO2 Modifications de la circulation Désoxygénation eutrophisation & diminution de la transparence des eaux Modifications des relations trophiques Impacts sur la biodiversité et l’effet nurserie Diminution des exports de matière organique Apports en nutriments & pollution Figure RID.6 | Facteurs du changement climatique ayant un effet éventuel sur le pelagos et le benthos marins dans la mer Méditerranée. 25CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 4.1.3.4 Le développement d’actions de gestion pratiques qui prennent en compte le caractère unique de chaque espèce et leurs réponses aux différents facteurs est essentiel pour améliorer leur résilience et leur capacité d’adaptation dans le contexte du changement climatique (confiance élevée). {4.1.3.3}. 4.2 Écosystèmes côtiers 4.2.1 Le littoral, c’est-à-dire la zone où l’interaction entre les systèmes marins et la terre domine les systèmes écologiques et les ressources, est un point chaud en termes de risques, en particulier dans la région MENA (confiance élevée). {4.2.1.1}. 4.2.1.1 Les altérations des régimes des écosystèmes côtiers (lagunes, deltas, marais salants, systèmes dunaires, etc.) dues au changement climatique et aux activités humaines affectent le flux de nutriments vers la mer, l’ampleur, la périodicité et la composition des proliférations de plancton, augmentent fortement le nombre et la fréquence de pullulations de méduses et pourraient avoir un impact négatif sur la pêche professionnelle (confiance élevée). {4.2.1.1}. 4.2.1.2 Les écosystèmes côtiers abritent une grande diversité d’espèces faunistiques et florales sauvages et sont souvent utilisés comme plateformes d’aquaculture (élevage de poissons, de mollusques, etc.). Les pressions qu’ils subissent peuvent avoir des conséquences importantes sur leurs utilisations (confiance moyenne). {4.2.1.1} . 4.2.1.3 Les herbiers marins dans la mer Méditerranée couvrent 1,35 à 5 millions d’hectares, soit entre 5 et 17 % des herbiers marins dans le monde. La perte actuelle en herbiers est d’environ 5 % dans la Méditerranée. Même dans les herbiers de Posidonie restants, près de la moitié des sites étudiés ont connu des pertes nettes en densité supérieures à 20 % en 10 ans (confiance moyenne). {4.2.1.1}. 4.2.1.4 La prolifération rapide des espèces piscicoles non-indigènes constitue un problème grave pour les réseaux trophiques et la pêche dans les zones côtières du fait de l’extinction locale d’espèces qui sont les proies de ces poissons généralistes (confiance élevée). {4.2.1.1}. 4.2.2 À l’avenir, le changement environnemental - en particulier le réchauffement, la baisse du réapprovisionnement en nutriments et l’acidification des océans - devraient induire des changements dans les communautés de plancton à différents niveaux, de la phénologie et la biomasse à la structure des communautés (confiance moyenne) {4.2.2.1}. Des impacts négatifs sont également attendus sur les poissons, les coraux, les herbiers marins, alors que les espèces non-indigènes devraient en profiter (confiance moyenne). {4.2.2.1}. 4.2.2.1 La hausse du niveau de la mer impacte les zones humides côtières et les estuaires, alors que la baisse des précipitations et les sécheresses prolongées réduiront le déversement d’eau et le flux de sédiments des cours d’eau et bassins versants méditerranéens. Les traits de côte mobiles devraient reculer ou disparaître sous les effets de l’érosion due à la hausse accélérée du niveau de la mer, les impacts les plus sévères touchant les espèces les moins mobiles (confiance moyenne). {4.2.1.1; 4.2.2.2}. 4.2.2.2 Les côtes méditerranéennes devraient être plus fortement perturbées par l’urbanisation intensive et d’autres utilisations des sols, une situation qui pourraient s’aggraver avec la diminution de la disponibilité des terres et la poursuite de la croissance démographique. À l‘avenir, les tempêtes et les inondations côtières, qui devraient être plus fréquentes et intenses, auront des effets négatifs sur l’équilibre écologique ainsi que sur la santé et le bien-être des humains, en particulier dans les villes côtières méditerranéennes (confiance moyenne). {4.2.2.3}. 4.2.3 Le développement d’approches plus intégrées permettrait d’étayer les politiques d’adaptation pour l’ensemble de la méditerranée en impliquant une gestion fondée sur les écosystèmes, en identifiant les synergies et les conflits et en intégrant les connaissances et les institutions locales. {4.2.3.6}. 4.2.3.1 Les politiques d’adaptation adéquates incluent (i) la réduction de la pollution par ruissellement engendrée par l’agriculture, l’industrie et la gestion des déchets, (ii) la mise en place de politiques visant à limiter ou prévenir l’acidification et (iii) le déplacement des opérations d’aquacultures vers des aires protégées contre les niveaux critiques d’acidification (confiance élevée). {4.2.3.1}. 32 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC 5.2.5.1 Des impacts synergiques sont observés entre les niveaux d’ozone, les concentrations de particules en suspension et le climat, en particulier pendant les vagues de chaleur, avec une forte variabilité temporelle et spatiale et une hausse de la mortalité de 1,66 % par °C d’augmentation de la température les jours de faibles niveaux d’ozone et pouvant atteindre 2,1 % les jours de hauts niveaux d’ozone. Réduire l’exposition aux particules en suspension accroît l’espérance de vie des Européens de huit mois environ (confiance élevée). {5.2.4.1}. 5.2.5.2 L’exposition à la fumée de feux de forêt et aux polluants d’origine naturelle, comme la poussière du Sahara, engendre une hausse de la mortalité et des maladies respiratoires et cardiovasculaires avec des impacts variables selon l’âge (confiance moyenne). {5.2.4.2}. 5.2.5.3 La morbidité et la mortalité liées à l’ozone devraient augmenter de 10 à 14 % entre 2021 et 2050 dans plusieurs pays méditerranéens. L’influence combinée de l’ozone (O3) et des PM2.5 (particules en suspension de diamètre inférieur à 2,5 μm) fera augmenter la mortalité européenne de 8 à 11 % en 2050 et de 15 à 16 % en 2080 par rapport à l’an 2000 (confiance moyenne). {5.2.5.5}. 5.2.6 Le changement climatique et les phénomènes extrêmes ont un impact négatif sur la santé mentale des personnes touchées par la perte de leur maison, la destruction des établissements et la détérioration des infrastructures communautaires (confiance moyenne) {5.2.4.3}. Le déplacement peut avoir des effets négatifs sur la santé, en particulier parmi les groupes de population vulnérables et chez les personnes atteintes de maladies chroniques (confiance moyenne). {5.2.4.4}. 5.2.7 Des plans de prévention relatifs à la santé humaine doivent être développés en prenant spécifiquement en compte les risques liés au changement climatique. La plupart des mesures d’atténuation et d’adaptation par rapport au changement climatique présentent des synergies avec d’autres problèmes de santé publique, notamment la pollution de l’air. Les pays méditerranéens doivent renforcer la collaboration transfrontalière dans la mesure où l’adaptation à de nombreux risques sanitaires (p. ex., maladies à transmission vectorielle, sécheresses, migrations) nécessite une collaboration qui dépasse les frontières et qui s’étend aux différentes parties du bassin (confiance faible). {5.2.6.2}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 5.3 Sécurité des personnes 5.3.1 La sécurité des personnes est la condition qui existe lorsque le noyau vital de la vie humaine est protégé et que les personnes ont la liberté et la possibilité de vivre dignement (confiance moyenne). {5.3.1.1}. 5.3.1.1 Le changement environnemental et climatique constitue une menace pour la jouissance des droits économiques, sociaux et culturels en agissant comme un multiplicateur de risques et une problématique transverse clé pour de multiples aspects des droits de l’homme et de justice internationale. {5.3.2.2}. 5.3.1.2 Il existe une fracture considérable entre les pays méditerranéens en ce qui concerne les situations individuelles et les impacts spécifiques du changement environnemental sur la sécurité, qui dépendent du climat mais également des conditions géographiques, sociales, culturelles, économiques et politiques. {5.3.1.1}. 5.3.2 Les migrations humaines récentes (principalement dans les pays du sud et de l’est du bassin méditerranéen mais également entre le sud et le nord) peuvent être en partie attribuées au changement environnemental, mais d’autres facteurs, notamment économiques et politiques, sont généralement plus importants. Alors que les phénomènes environnementaux et climatiques à évolution lente ont fortement affecté le bien-être humain dans certaines zones, l’adaptation est en général possible afin de réduire la nécessité de migration humaine. En revanche, les phénomènes à évolution rapide et la dégradation environnementale qu’ils provoquent (par exemple les tempêtes et les inondations) ont vraisemblablement engendré des migrations, essentiellement temporaires et sur une courte distance (confiance moyenne). {5.3.2.3}. 5.3.3 Les fluctuations climatiques ont sans doute joué un rôle dans le déclin, ou l’effondrement, des civilisations anciennes, en impliquant vraisemblablement des situations de conflits violents accrus. Pour la période contemporaine, plusieurs études montrent un lien entre conflit armé et changement environnemental, mais certaines études ne confirment pas ce lien (confiance faible). {5.3.2.4 ; Encadré 5.3.1}. 33CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC 5.3.3.1 Les chocs climatiques néfastes tels que les périodes de sécheresse pendant la saison de croissance des cultures, responsables d’une baisse de la production et des revenus agricoles, peuvent accroître la poursuite et l’intensité des conflits civils plutôt que leur déclenchement, en particulier dans les communautés dépendantes au plan agricole et exclues au plan politique. Plusieurs études récentes font état d’un lien entre la hausse des prix alimentaires due aux changements climatiques et les troubles sociaux urbains en Afrique. La hausse des prix alimentaires est considérée comme ayant joué un rôle important dans le Printemps Arabe en Afrique du Nord et au Moyen-Orient en 2011, bien que de telles formes de violence soient principalement déclenchées par un ensemble complexe de facteurs politiques et économiques plutôt que par la hausse des prix alimentaires due au changement climatique (confiance faible). {5.3.2.4}. 5.3.3.2 Pour les conflits, l’impact du futur changement climatique reste plutôt spéculatif. Toutefois, l’expérience historique récente montre la possibilité qu’un changement climatique important et rapide puisse exacerber davantage l’instabilité politique dans les régions les plus pauvres du bassin méditerranéen (confiance moyenne). {5.3.3.2}. 5.3.3.3 Les connaissances sur la façon dont les catastrophes naturelles interagissent avec et/ ou sont conditionnées par les situations socioéconomiques, politiques et démographiques pour provoquer des conflits sont limitées. Une recherche approfondie est nécessaire. {5.3.5}. 5.3.4 Certains aspects du patrimoine culturel méditerranéen, notamment de nombreux sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, sont directement menacés par la hausse du niveau de la mer ou d’autres facteurs du changement climatique. Le besoin d’atténuation et d’adaptation est urgent car de nombreux sites du patrimoine mondial sont déjà menacés. D’ici à 2100, le risque d’inondation pourrait augmenter de 50 % et le risque d’érosion de 13 % dans toute la région Méditerranéenne (confiance élevée). {5.3.3.1}. 5.3.5 La culture est un facteur essentiel dans le succès des politiques d’adaptation au changement environnemental dans le cadre multiculturel extrêmement varié du bassin méditerranéen. Les politiques d’adaptation au climat peuvent empiéter sur les droits de l’homme dans la région Méditerranée si elles sont déconnectées des questions liées à la justice, l’égalité, la lutte contre la pauvreté, l’inclusion sociale et la redistribution des revenus (confiance élevée). {5.3.4.1}. RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS 6 - Gestion des risques futurs et amélioration de la résilience socioécologique en Méditerranée 6.1 Bien que les autorités nationales aient un rôle important à jouer pour réduire le poids du changement climatique sur la santé humaine, c’est au niveau local que sont prises la plupart des actions et des mesures. Ces mesures incluent (sans s’y limiter) l’amélioration du logement et des infrastructures, l’éducation et la sensibilisation des communautés les plus vulnérables, la mise en œuvre de systèmes de préalerte, le renforcement des services locaux de secours et sanitaires et le renforcement général de la capacité d’adaptation de la communauté et des institutions locales (confiance élevée). {6.2.2}. 6.2 Les mesures durables concernant la sécurité de l’eau nécessitent des approches intégrées qui incluent des technologies d’économie d’eau, telles que de nouveaux équipements pour l’agriculture irriguée et pour les foyers, souvent complétées par une efficience accrue de l’eau, des stockages à différents niveaux, l’utilisation de sources d’eau non-conventionnelles provenant de la recharge en eaux usées ou de la désalinisation de l’eau de mer. Certaines de ces mesures peuvent avoir des impacts environnementaux dus à la contamination du sol, la consommation d’énergie ou la dégradation des écosystèmes côtiers (confiance élevée). {6.3.3}. 6.3 Des approches plus durables seront bénéfiques pour l’adaptation de l’agriculture méditerranéenne à la pénurie d’eau. De nombreuses études sur le nonlabour et l’agroforesterie en Méditerranée montrent que ces pratiques peuvent avoir des effets positifs sur les sols en préservant les ressources en eau et donc en augmentant les rendements, en particulier pendant les années de stress hydrique {6.4.3}. Ces stratégies sont également bénéfiques pour atténuer le changement climatique car l’agriculture de conservation émet moins de gaz à effet de serre et permet d’augmenter la séquestration et le stockage du carbone dans le sol (confiance moyenne). {6.4.2}. 6.4 Les changements anticipés concernant les régimes d’incendie peuvent avoir des impacts importants sur les systèmes naturels et sociaux. Ces impacts peuvent être exacerbés par certaines des politiques actuelles de suppression des feux, 34 CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS telles que la mise en place de brûlages dirigés sur de grandes bandes de terre {6.5.3}. Des changements de pratiques en matière de gestion des feux dans les pays méditerranéens, avec par exemple le développement d’activités socio-économiques garantissant un faible risque global pour le paysage, sont nécessaires pour réduire le risque et la vulnérabilité et renforcer la résilience naturelle et sociétale (confiance moyenne). {6.5.4}. 6.5 La neutralité en matière de dégradation des terres est un cadre conceptuel permettant de mettre fin à la perte des terres due à une gestion nondurable et à la modification de l’utilisation des terres. Elle a pour but de préserver les ressources des sols pour continuer à fournir des services écosystémiques tout en renforçant la résilience des communautés dépendantes de la terre. L’application de ce concept, validé par les Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) et les Objectifs du Développement Durable (ODD), commence tout juste à être mise en œuvre, mais pourrait être étendue de manière bénéfique à la région méditerranéenne (confiance faible). {6.6.4}. 6.6 Les interconnexions entre les risques peuvent engendrer des phénomènes consécutifs et complexes pouvant conduire à l’augmentation non-linéaire de l’ampleur de différents phénomènes et compromettre ainsi la résilience des populations vivant dans les plaines inondables. Les bonnes pratiques en matière de gestion des inondations incluent l’élaboration de systèmes de préalerte dédiés, la construction de barrages de régulation, l’amélioration des réseaux de drainage dans les zones urbanisées, des plans de gestion des situations d’urgence, l’aménagement urbain visant la résilience et le retrait stratégique, ainsi que les solutions basées sur la nature, comme la reforestation dans les zones en amont, la restauration des plaines inondables et la protection des berges contre l’érosion, des pratiques agricoles adéquates en matière de rétention d’eau (confiance moyenne). {6.8.2}. 6.7 La hausse du niveau de la mer engendrera une augmentation des inondations côtières et du risque d’érosion sur l’ensemble du littoral méditerranéen. Une adaptation proactive à ces risques est essentielle pour maintenir des zones côtières fonctionnelles. Les pratiques d’adaptation côtières peuvent être classées dans les grandes catégories suivantes : protéger, adapter, avancer et se retirer. Les solutions de protection fondées sur la nature, par exemple le rechargement des plages et des rivages ainsi que la restauration des dunes et des zones humides, deviennent une alternative plus répandue que les structures en dur. Le nombre de décès liés aux inondations diminue d’autant plus que les sociétés apprennent à vivre avec les risques d’inondation (confiance moyenne). {6.9.2}. 6.8 Le tourisme et les loisirs, l’extraction du corail rouge et la pêche professionnelle (capture et production aquacole) sont les secteurs les plus sensibles à l’acidification de la mer {6.11.1}. Le recrutement et la production de semences présentent de possibles obstacles pour l’aquaculture des mollusques dans le futur dans la mesure où les premiers stades de la vie sont sensibles à l’acidification et au réchauffement {6.11.1}. À titre d’exemple, les herbiers marins peuvent constituer des « refuges » contre l’acidification des océans pour les organismes calcifiants associés, étant donné que leur activité photosynthétique peut élever le pH audessus des seuils d’impact sur la calcification et/ou limiter le temps passé sous un seuil de pH critique (confiance moyenne). {6.11.4}. 6.9 Alors que le niveau d’arrivées des espèces nonindigènes restera vraisemblablement élevé dans les pays du nord au cours des prochaines décennies, leur présence va vraisemblablement augmenter considérablement dans les pays du sud et de l’est où la biodiversité peut être élevée mais la capacité à gérer les espèces non-indigènes est faible. Dans ces régions, les espèces non-indigènes non-gérées peuvent menacer les moyens de subsistance des humains {6.12.1}. Peu d’espèces non-indigènes parviennent à s’établir dans leurs nouveaux milieux et gagner en importance, mais celles qui y parviennent peuvent engendrer des pertes en milliards de dollars (confiance moyenne). {6.12.2}. 6.10 Peu de villes méditerranéennes disposent de plans locaux en matière de climat qui prennent en compte l’atténuation et l’adaptation de manière conjointe. Il est urgent d’élaborer des plans intégrés locaux en matière de climat. Les villes en particulier doivent devenir plus résilientes aux changements environnementaux dans la mesure où les impacts y seront disproportionnellement élevés du fait de la densité de la population et des biens combinée à des conditions qui amplifient les risques (p. ex., ruissellement accru par l’artificialisation du sol, effet d’îlot thermique urbain). Cela implique l’échange des connaissances et la promotion d’actions ambitieuses qui permettent de lutter contre le changement climatique et environnemental et de nouvelles approches en matière de développement urbain (confiance moyenne). {6.13} . 35CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC RÉSUMÉ À L’INTENTION DES DÉCIDEURS CHANGEMENT CLIMATIQUE ET ENVIRONNEMENTAL DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN | MedECC Cette publication a été réalisée avec la collaboration de 190 contributeurs listés dans le rapport complet. Éditeurs : Wolfgang Cramer, Joël Guiot, Katarzyna Marini. Comité éditorial : Semia Cherif (Tunisie), Wolfgang Cramer (France), Carlo Giupponi (Italie), Joël Guiot (France), Manfred Lange (Chypre/Allemagne), Piero Lionello (Italie), Katarzyna Marini (France), Maria Snoussi (Maroc), Andrea Toreti (Italie), Elena Xoplaki (Grèce/Allemagne). La présente publication peut être reproduite à condition de la citer comme source. Une version en ligne de cet ouvrage est publiée à https://www.medecc.org/first-mediterranean-assessment-report-mar1/ permettant la réutilisation, la distribution et la reproduction sous quelque forme que ce soit, à des fins non commerciales à condition de la citer comme source. Toutes les versions de ce travail peuvent contenir du contenu reproduit sous licence de tiers. L’autorisation de reproduire ce contenu doit être obtenue directement auprès de ces tiers. Illustration de couverture et mise en page : Pandaroo (Péronnas) Maquette et révision des graphiques : Zen design studio (Marseille) Traduction et révision de l’anglais vers le français : Connected Language Services Le Secrétariat de la Convention de Barcelone du PNUE/PAM, à travers son Centre Régional d’Activités Plan Bleu, et le Secrétariat de l’Union pour la Méditerranée soutiennent conjointement le MedECC. Le secrétariat du MedECC est soutenu et financé à travers l’UpM par un financement de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA) et est hébergé par le Plan Bleu à Marseille, France. Le contenu de ce document et les points de vue qui y sont exprimés sont exclusivement ceux des auteurs, et ne reflètent en aucunes circonstances une position officielle des institutions partenaires. Les institutions partenaires ou personnes agissant pour le compte de ces institutions ne sauraient être tenus pour responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations contenues dans ce document. Les institutions partenaires ne garantissent pas l’exactitude des informations contenues dans ce document, et ne peuvent être tenues pour responsables de l’utilisation qui en sera faite. 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