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Impacts de l’éolien terrestre sur la biodiversité ! Mise à jour des connaissances
REFERENCE Soubelet H., Salomon C., Silvain JF. (2024). Impacts de l’éolien terrestre sur la biodiversité. Mise à jour des connaissances. Fondation pour la recherche sur la biodiversité COORDINATION ET REDACTION Soubelet H., Salomon C., Silvain JF. Cette publication a été réalisée dans le cadre du programme «! Impact des énergies renouvelables sur la biodiversité !». Ce programme de financement de projets de recherche porté par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) et le Mirova Research Center vise à mieux évaluer l’impact des énergies renouvelables sur la biodiversité et à produire des recommandations opérationnelles sur de meilleures pratiques à destination des acteurs de la filière.
SOMMAIRE MISE A JOUR DES CONNAISSANCES .......................................................................................................... 4 QUE SAIT-ON DES IMPACTS DE L’EOLIEN TERRESTRE SUR LA BIODIVERSITE ? .................................. 4 1. LES IMPACTS DE L’ENERGIE EOLIENNE TERRESTRE SUR LA BIODIVERSITE (SYNTHESE DES IMPACTS DE L’EOLIEN TERRESTRE SUR LA BIODIVERSITE, IDENTIFIES DANS LA REVUE DE LITTERATURE PUBLIEE PAR LA FRB EN 2020) ............. 4 2. LES IMPACTS DE L’ENERGIE EOLIENNE TERRESTRE SUR LE DEPLACEMENT DE LA FAUNE (DECRYPTAGE DE LA PUBLICATION DE TOLVANEN ET AL. 2023) ....................................................................................................... 8 3. LES DEPLACEMENTS D’IMPACTS : DE L’ATTENUATION DU CHANGEMENT CLIMATIQUE A LA PERTE DE BIODIVERSITE (DECRYPTAGE DE LA PUBLICATION DE WOOD HANSEN ET VAN DEN BERGH, 2024) .............................. 9 4. LES INSECTES, UN GROUPE PEU ETUDIE MAIS IMPACTE PAR LES INFRASTRUCTURES EOLIENNES TERRESTRES (DECRYPTAGE DE LA PUBLICATION DE THESS ET LENGSFELD, 2022) .................................................................... 11 5. LES COMPROMIS EN TERMES D’USAGES DES TERRES ....................................................................... 13 QUELLES SONT LES LACUNES DE CONNAISSANCES ENCORE EXISTANTES ? ..................................... 15 BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................. 16
MISE A JOUR DES CONNAISSANCES D’après les données de l’agence internationale des énergies renouvelables, l’énergie éolienne est l’une des sources d’énergie qui connaît la croissance la plus rapide au monde et avec l’énergie solaire, elle représentait 88 % de la capacité renouvelable ajoutée en 2021. Par ailleurs, l’agence internationale de l’énergie estime que pour atteindre le scénario de zéro émission nette d’ici 2050, il faudra encore plus que doubler la capacité éolienne mondiale. Dans les années à venir, la majorité de l’énergie éolienne ajoutée sera toujours produite à terre, et des éoliennes dotées de tours plus hautes et de pales plus longues seront développées pour accroître la rentabilité et faire face aux conditions de vent faible. Il a été estimé qu'à l'échelle mondiale, plus de 11 millions d'hectares de terres naturelles pourraient être perdus à cause de l'énergie éolienne et solaire, ce qui aurait un impact sur plus de 3,1 millions d'hectares de zones clés pour la biodiversité et sur plus de 1 500 espèces d'animaux vertébrés menacées, en particulier dans les zones tropicales. Bien que l’augmentation de la capacité éolienne soit cruciale pour tenter d’atténuer le changement climatique, ses effets potentiels sur la biodiversité semblent nécessiter un compromis entre l’atténuation du changement climatique et les objectifs de conservation de la biodiversité. QUE SAIT-ON DES IMPACTS DE L’EOLIEN TERRESTRE SUR LA BIODIVERSITE ? Aujourd’hui, les impacts sur la biodiversité et les écosystèmes des éoliennes terrestres sont avérés, quoiqu’il reste des différences marquées en termes de recherche en fonction des taxons et des groupes d’êtres vivants, les vertébrés volants étant les groupes les plus étudiés.! La revue de littérature de la FRB en 2020 (Niang et Goffaux 2020) a identifié plusieurs types d’impacts. Un résumé est présenté dans le point 1, ci-après. En complément, Tolvanen et al. (2023) ont fait une synthèse pour essayer de quantifier les effets des déplacements d’espèces par les éoliennes, un des points qui avait été signalé comme une lacune de connaissance importante (voir point 2).!!! Une étude récente, (Wood Hansen et van den Bergh, 2024) a depuis montré que l’atténuation du changement climatique est à l’origine d’une transition (dans l’activité humaine, les systèmes énergétiques et l’utilisation des matériaux), qui déplacera potentiellement la pression du changement climatique vers d’autres problèmes environnementaux, mais que l’évaluation du transfert net d’impact n’est qu’imparfaitement réalisée. Un résumé de leurs conclusions est présenté dans le point 3 de ce chapitre.!! Thess et Lengsfeld (2022) se sont intéressé au coût social de l’énergie éolienne terrestre à travers trois cibles, peu étudiées de l’impacts, (1) les insectes, (2) la distribution spatio-temporelle de la vitesse de l'air, de la température, de l'humidité et des précipitations à proximité des parcs éoliens et (3) les humains à travers les émissions sonores. Un résumé de leurs conclusions relatives aux insectes est présenté dans le point 4 ci-après.!! Lamhamedi et de Vries ont publié en 2022 une revue de littérature pour analyser trois aspects des implantations éoliennes, (1) les compromis entre les usages des terres des politiques d'aménagement, (2) les impacts environnementaux et (3) l'opposition du public. Ces trois aspects amènent de la contradiction aux discours dominants en faveur des énergies renouvelables et doivent être pris en compte pour ne pas mettre en péril la durabilité de l'investissement et donc l’objectif partagé de réduction des émissions de gaz à effets de serre. Un résumé des conclusions principales de la revue relatives aux impacts sur les terres et la biodiversité est présenté dans le point 5 ci-après.!! ! 1. Les impacts de l’énergie éolienne terrestre sur la biodiversité (synthèse des impacts de l’éolien terrestre sur la biodiversité, identifiés dans la revue de littérature publiée par la FRB en 2020) !
Les impacts négatifs des éoliennes terrestres sur la biodiversité sont documentés de façon variable. Il existe de nombreuses publications sur les vertébrés volants : chauves-souris et oiseaux, mais beaucoup moins sur les autres groupes d’espèces. Il est néanmoins difficile de généraliser les données quantitatives présentes dans ces publications pour estimer l’impact du parc éolien français sur les oiseaux, car les impacts dépendent aussi des conditions biogéophysiques locales.! Les impacts sur les composants de la biodiversité sont de différents types : (1) mortalité directe par collision, (2) mortalité indirecte par la diminution de la qualité de l'habitat et la disponibilité des ressources à proximité des éoliennes, (3) comportements d’évitements ou de déplacements en raison de perte de perchoirs, perte de nourriture, perte d’habitat, barrière écologique. Les espèces les moins mobiles sont particulièrement impactées : reptiles, amphibiens, invertébrés, flore. Le phénomène d’évitement est beaucoup moins documenté (sauf chez les chauves-souris et les oiseaux), car plus difficile à mettre en évidence, que la mortalité directe par collision. Notons que le défrichement d’espaces boisés peut avoir des effets contrastés, négatifs du fait de la perte d’habitats pour les espèces animales forestières mais qu’il peut également entraîner, à moyen ou long termes la création de milieux favorables comme les clairières et lisières forestières. On ne négligera pas le fait que la destruction de couverts forestiers impacte aussi le bilan carbone.!! En complément de l’étude FRB, signalons que, même si cela est moins connu et moins documenté, les parcs éoliens peuvent avoir une incidence négative sur la diversité des espèces végétales locales, un phénomène à prendre en compte en cas de présence d’espèces végétales rares, endémiques et menacées (Urziceanu et al ., 2021)!! Les oiseaux sont impactés par des collisions directes, la modification de leur habitat, le bruit et la lumière des éoliennes. Les espèces les plus tuées sont celles dont le vol correspond à l’aire d’action des turbines. C’est le cas de certaines espèces à fortes populations, menacées ou non, comme les alouettes ( Eremophila alpestris, Alauda arvensis, Chersophilus duponti ), mais également des espèces protégées, en particuliers les migrateurs et les rapaces. Les populations d’oiseaux sont également impactées par la gêne occasionnée par les installations avec des comportements d’évitement plus ou moins prononcé en fonction des espèces. Pour les rapaces diurnes, principalement impactés pendant la période de nidification, s’ajoute le fait qu’ils présentent souvent de faibles effectifs de population (quelques dizaines de couples nicheurs pour certains) : l’impact cumulé des collisions avec les éoliennes aggrave donc leur état de conservation.!!! ! ® Une étude française de la LPO (2017) souligne que :! - 81 % des cadavres retrouvés appartiennent à des espèces protégées ou présentant une préoccupation majeure quant à leur état de conservation.!! - 60% des cadavres retrouvés appartiennent à des oiseaux migrateurs. ® Une étude suisse (Aschwanden et al. 2018) relève que :! - 55 % de décès concerne les roitelets ( Regulus sp.), des migrateurs nocturnes (perte de visibilité de l’infrastructures la nuit ou en conditions météorologiques défavorables). ® Des études aux États-Unis (Smallwood, 2013 ; Walston et al. , 2018) estiment à :! - 573 000 les décès annuels d’oiseaux dus aux éoliennes. - Dont 83 000 décès de rapaces. ® Plusieurs études montrent que le déplacement vers des habitats plus favorables entraine une baisse d’efficacité de reproduction chez les rapaces et une diminution de leur abondance. ® Les turbines peuvent être perçues comme un risque de prédation et donc induire une stratégie d’évasion/ évitement ? pour les espèces telles que l’alouette de Dupont.!
® Les espèces ont des réponses contrastées à l’installation des parcs éoliens : Pearce-Higgins et al. (2012) en comparant les données de 12 parcs éoliens de montagne au Royaume-Uni, ont observé une diminution des densités de Tétras lyre ( Lagopus lagopus scoticus ), bécassines ( Gallinago gallinago ) et courlis ( Numenius arquata ), et une augmentation des densités de Tariers pâtre ( Saxicola rubicola ), d'Alouettes des champs ( Alauda arvensis ) et Pipits des prés ( Anthus pratensis ), et des comportements d’évitement des turbines et routes d’accès pour le Pluvier doré ( Pluvialis apricaria ) et la Bécassine des marais ( Gallinago gallinago ).! ! ® Devereux et al. , (2008) ont indiqué que la majorité des oiseaux hivernant sur les terres agricoles au Royaume-Uni ne sont probablement pas affectés par les éoliennes en fonctionnement.!! ® Le Busard Saint-Martin ( Circus pygargus ) a montré un taux d'évitement des turbines de 93,5 % (Schaub et al. , 2020).!! ® Les comportements d’évitement peuvent dépendre du stade de développement du parc éolien (cas des Pygargues à queue cunéiforme Aquila audax et des Pygargues à ventre blanc, Haliaeetus leucogaster ) (Schuster et al. , 2015).!! ® Jenkins et al. , (2018) ont montré de forts déplacements vers des zones d'alimentation alternatives à environ 50 km des Grands pélicans blancs dans une zone de parc éolien proche du littoral, coïncidant avec le cycle de reproduction.! ® Les espèces migratrices comme les oies, les échassiers et les Grues cendrées ( Grus grus ), la Cigogne noire ( Ciconia nigra ) sont plus affectées par l’effet barrière (Schuster et al. , 2015).! ® Le bruit des turbines impacte également les oiseaux en les assourdissant, ce qui diminue leur capacité à communiquer et a des effets sur la défense de leurs territoires, les appels à l’aide des petits, la recherche de partenaires sexuels et donc le succès reproductif.! ® Certains oiseaux modifient leurs chants (par exemple, modification de fréquence chez l’alouette) ; ceci peut être un indicateur assez précoce d’une détérioration significative de l'environnement acoustique suite au démarrage du parc éolien (Szymanski et al. , 2017).! ® Les systèmes d'éclairage nocturnes associés aux turbines peuvent avoir des impacts négatifs sur le comportement de certaines espèces ou peuvent augmenter l'épuisement et la probabilité de collision la nuit (Gómez-Catasús et al. , 2018).!! Il existe des dispositifs techniques pour réduire la mortalité des rapaces : caméras couplées à des systèmes d’effarouchement sonore ou de mise à l’arrêt des machines, mais leur efficacité est controversée. La restauration des milieux et la préservation de zones sans infrastructures restent les mesures les plus efficaces. En France, les éoliennes qui tuent le plus d’oiseaux sont souvent les plus anciennes, implantées sans considération de la richesse en biodiversité (espaces naturels protégés, réseau Natura 2000) (LPO 2017).!! ! Les chauves-souris peuvent être tuées soit par collision, soit par barotraumatisme (réduction soudaine de pression de l’air à proximité des pales en mouvement). Elles sont également impactées par la perte et la dégradation de leurs habitats et le bruit. Un grand nombre d'études montrent que la seule mortalité par collision pourrait menacer la viabilité des populations et entrainer un risque accru d'extinction. Alors que la plupart des études ont porté sur la mortalité des chauves-souris par collision, très peu ont quantifié la perte d'utilisation des habitats résultant de l'impact négatif potentiel des éoliennes. Des différences dans les résultats des études analysées suggèrent qu’il y a deux effets des éoliennes, l'un répulsif à l'échelle du parc éolien et l'autre attractif à l'échelle de l'éolienne elle-même.!
Les collisions sont dues au fait que les chauves-souris pourraient ne pas détecter les pales en raison de la vitesse extrêmement élevée du rotor (jusqu'à 300 km/h à l’extrémité des pales), que pendant la migration ou la chasse elle peuvent voler dans l’aire d’action du rotor (bien documenté), ou qu’elles sont attirées par les turbines (voir ci-après).!!! L’attraction des chauves-souris pour les éoliennes fluctue selon l'espèce considérée, le sexe et l'âge des individus, la période de l'année ou l'emplacement des éoliennes (Reimer et al ., 2018). Elle peut être due à la présence d'un grand nombre d'insectes-proies à proximité des turbines, attirés par la couleur et l'émission de chaleur de la turbine (la majorité des cadavres de chauves-souris rousses ( Lasiurus borealis ) et de chauves-souris cendrées ( Lasiurus cinereus ) ont l’estomac plein indiquant que les individus avaient probablement été tués alors qu'ils cherchaient de la nourriture). Elle peut aussi être due à la présence de partenaire d'accouplement, de perchoirs, en particulier les chauves-souris arboricoles qui perçoivent les éoliennes comme des arbres (Cryan et al ., 2014 ; Cryan & Barclay, 2009).!! ! ® En Allemagne la mortalité des chauves-souris a été estimée à plus de 250 000 individus par an (FRB, 2017).! ® Une étude aux États-Unis estime à 888 000 les décès annuels de chauves-souris dus aux éoliennes (Smallwood, 2013)! ® Des études indiquent que :! - la mortalité est plus élevée à la fin de l'été et en automne, en lien avec les migrations.!! - les espèces les plus sujettes aux collisions sont celles utilisant des appels d'écholocation adaptés aux espace ouvert (ge nres Lasiurus, Lasionycteris, Perimyotis, Nyctalus, Pipistrellus, Vespertilio, Eptesicus et Chalinolobus) . ® L’effet d’évitement, lié en particulier à la lumière et aux bruits autour des turbines, pourrait gravement affecter les espèces de chauve-souris en Europe en diminuant la disponibilité de leurs habitats (Barré et al ., 2018) :!! - Il y aurait ainsi 2400 km de haies perdues pour les chauves-souris sur la base des relevés de terrains en Bretagne et Pays de Loire (FRB 2017).! - L’effet d'évitement semble affecter la plupart des espèces de chauves-souris, jusqu'à 1000 m autour de chaque éolienne, y compris les chauves-souris glaneuses et d'autres espèces qui ne sont, par ailleurs, généralement pas considérées comme sensibles aux collisions (Barré et al ., 2018).!! ® L’effet barrière des grands parcs éoliens entraîne une perte d'habitat, limite les trajets quotidiens et déconnecte les sites de perchage et les sites d’alimentation (Roeleke et al. , 2016).! ® En complément de la synthèse FRB, signalons que l’étude de Leroux et al. (2023) sur l’incidence sur les chauves-souris européennes de la taille des éoliennes, de leur densité et de leur vitesse de rotation moyenne suggère qu’il faut éviter une forte densité de turbines et les rotors de grande taille et qu’il faut installer les éoliennes le plus loin possible des habitats favorables comme les lisières forestières en veillant à ne pas installer les éoliennes entre ces habitats favorables et la source des vents dominants.!! ® Le bruit émis par les activités de construction peut endommager les capacités auditives de certaines espèces qui chassent régulièrement en écoute passive (grand murin ou oreillards) affectant ainsi la recherche de nourriture (DREAL, 2017).!! ! Des recherches comparatives dans les parcs éoliens ont établi que les éoliennes pourraient être encore plus nuisibles pour les chauves-souris que pour les oiseaux (Cryan & Barclay, 2009 ; Smallwood, 2013).!
2. Les impacts de l’énergie éolienne terrestre sur le déplacement de la faune (décryptage de la publication de Tolvanen et al. 2023) Les perturbations causées par le mouvement du rotor, le bruit, les vibrations, les lumières vacillantes et la présence humaine accrue peuvent entraîner des changements de comportement tels que l'évitement et la modification des trajectoires de vol, en particulier chez les espèces migratrices (Drewitt et Langston, 2006 ; Marques et al. , 2019 ; Schuster et al ., 2015 ; Santos et al ., 2021). L'évitement peut se produire à différentes échelles, au niveau de l'ensemble du parc éolien (macro-échelle), au sein du parc éolien (méso-échelle) ou à proximité immédiate des éoliennes (micro-échelle, Marques et al ., 2021). La connaissance du déplacement peut être utilisée pour estimer les seuils de distance au-delà desquels le développement de l’énergie éolienne aura des impacts limités sur la biodiversité. Cela améliore les possibilités d'atténuer les effets néfastes de l'énergie éolienne sur la faune.!!! Pour mieux comprendre l'étendue du déplacement, les auteurs ont conduit une revue systématique sur l’impact des éoliennes sur les oiseaux, les chauves-souris et les mammifères terrestres. Quatre-vingtquatre études publiées entre 1993 et 2023 ont fourni 160 distances de déplacement distinctes que les auteurs ont analysées. Ces études sont assez mal équilibrées, comme attendu, avec 69 études sur les oiseaux (dont 3 communes avec les mammifères terrestres et une commune avec les chauves-souris), 13 sur les mammifères terrestres, 9 sur les chauves-souris. Elles ont été conduites principalement sur des éoliennes de moins de 100 mètres, quatre seulement ont concerné des éoliennes supérieures à 150 mètres, ce qui en soi est déjà un problème, car le nombre de ces infrastructures géantes augmente rapidement. Ces études ont été menées dans 22 pays différents, la majorité aux USA (23 études) en Espagne (10 études), au Royaume Unis (10 études), en Norvège (6 études).!! Leurs résultats montrent que 63 % des oiseaux, 72 % des chauves-souris et 67 % des mammifères, se sont déplacés pour éviter les éoliennes. Les grues, les hiboux et les rennes semi-domestiques se sont déplacés dans 100 % des cas jusqu'à 5 km. Les oiseaux se sont déplacés en moyenne de 5 km, mais dans certains cas, aucun déplacement n’a été enregistré. Les chauves-souris se sont déplacées en moyenne jusqu'à 1 km dans 21 cas sur 29. Les oiseaux aquatiques, les rapaces, les passereaux et les échassiers se sont déplacés en moyenne jusqu'à 500 m. Ces résultats suggèrent une perte importante d'habitat fonctionnel pour ces espèces. Pour les espèces volantes telles que les rapaces et les chauves-souris, les déplacements et les collisions créent une arme à double tranchant qui entraîne un déclin de la population, que le déplacement se produise ou non. Les informations sur les distances de déplacement rapportées dans cette étude peuvent être utilisées pour atténuer les effets négatifs de l'énergie éolienne en évitant les zones de grande importance pour les espèces menacées, en minimisant la perte d'habitat et les collisions à petite échelle causées par l'énergie éolienne, et en restaurant ou en créant habitats de haute qualité pour compenser la perte d’habitat fonctionnel.!! La vulnérabilité des populations d’oiseaux au développement de l’énergie éolienne peut être élevée, en particulier parmi les espèces à longue durée de vie (longévives) et faible taux de reproduction. Par exemple, les hiboux et les rapaces ont des taux de maturation et de reproduction lents. Les déplacements influencent leur abondance pendant la saison de reproduction, augmentent l'abandon des nids ou diminuent le succès de la reproduction. Combinés avec les effets des collisions, ils peuvent entrainer des spirales d’extinction des populations locales. Aucune adaptation aux éoliennes n’a été documentée chez les rapaces, ce qui suggère que les changements de population peuvent être permanents.!! Les chauves-souris sont à la fois attirées et déplacées par les éoliennes. La distance de déplacement maximale observée était d’un kilomètre, avec une probable sous-estimation, car les distances plus longues n'ont pas été étudiées. Le déplacement semble varier en fonction de l'habitat d'alimentation préféré (forêts, haies ou habitats ouverts), de l'aire d'écholocation et du schéma migratoire, mais en général, les mécanismes menant au déplacement restent largement inconnus. De nombreuses études font état d’effets négatifs sur la population et des extinctions sont anticipées si le développement de l’énergie
éolienne continue d’augmenter. Toutefois, malgré le déclin initial des populations et les changements dans la diversité des espèces dus au changement et au déplacement de l'habitat, certaines populations de chauves-souris peuvent se rétablir, comme le montre une étude portant sur 22 espèces de chauves-souris tropicales au Mexique (Briones-Salas et al., 2017).!! Il existe encore relativement peu d’études sur les distances de déplacement chez les mammifères terrestres. Le développement de l’énergie éolienne peut induire des changements dans l’utilisation de la zone et dans les schémas de migration des grands mammifères en raison de la fragmentation, de la modification de la qualité de l’habitat et des perturbations. Près de la moitié des études concernent des rennes semi-domestiques dans les zones montagneuses du nord de la Scandinavie, une région à fort potentiel pour le futur développement de l'énergie éolienne. Les longues distances de déplacement indiquent une nouvelle diminution des zones potentielles de pâturage pour les rennes, zones déjà dégradées en raison de la foresterie, de l'exploitation minière, du pâturage et du changement climatique. Néanmoins, les rennes semi-domestiques étant de plus en plus gardés dans des enclos et nourris pendant l'hiver, il est probable qu’ils finissent par s’adapter aux humains et, à long terme, s'habituer davantage au développement de l'énergie éolienne que les animaux sauvages. A contrario, l'abondance des grands mammifères prédateurs peut augmenter dans les zones de développement de l'énergie éolienne, car ils utilisent les routes (Gómez-Catasús et al., 2021).!!! Les petits mammifères sont sensibles à la perte et à la fragmentation de leur habitat en raison de leur capacité limitée à se déplacer. Leur distance de déplacement peut donc être liée à la spécificité de l'habitat : si une espèce peut utiliser différents types d'habitats, le déplacement sera plus faible.!! Le déclin de la biodiversité pourrait être atténué en situant les infrastructures éoliennes dans des habitats de mauvaise qualité écologique, en minimisant la perte d'habitat et les collisions à petite échelle et en créant des habitats de haute qualité pour compenser la perte d'habitat.!!! Il est également souhaitable d’intensifier les observations et travaux de recherche avant la construction d'un parc, ou d’un ensemble de parcs éolien, sur un territoire particulier afin de définir avec précision les zones ou les éoliennes ne doivent pas être implantées afin de réduire les impacts sur les espèces migratrices soit au cours de leur phase de vol soit lors des périodes de repos nocturnes (Cohen et al ., 2022). L’élaboration de cartes de risques pour différentes espèces sensibles devrait permettre de développer une planification spatiale raisonnée du développement de l’éolien et de définir des zones d’exclusion (May et al ., 2021 ; Morant et al., 2024). Il est aussi nécessaire d’encourager les études avant-après-contrôle-impact obligatoires pour l'approbation et les décisions liées au développement de l'énergie éolienne.!! 3. Les déplacements d’impacts : de l’atténuation du changement climatique à la perte de biodiversité (décryptage de la publication de Wood Hansen et van den Bergh, 2024) Wood Hansen et van den Bergh ont cartographié la littérature sur le changement d’importance relative aux problèmes environnementaux dans le contexte des mesures prises en faveur de l'atténuation du changement climatique. A partir de plus de 10 000 articles scientifiques, les auteurs ont sélectionné 311 études empiriques pertinentes. La littérature sur le sujet est fournie, mais dispersée autour de termes aux frontières conceptuelles floues, comme compromis, effets secondaires, retombées. Les auteurs ont identifié 506 études pertinentes sur cette question, dont 311 sont empiriques, 47 sont conceptuelles et théoriques et 148 sont des synthèses ou des examens d'une option d'atténuation particulière. Ils ont identifié 128 changements distincts, 22 catégories d'options d'atténuation et 10 impacts environnementaux. Cette littérature ne couvre pas toutes les options d'atténuation identifiées par le Giec. De plus, certaines études surestiment systématiquement les impacts en ne prenant pas en compte les avantages environnementaux d’une réduction du changement climatique.!! Leur premier résultat est l’identification de 21 termes utilisés pour désigner le déplacement de l’impact : compromis, co-bénéfice, interaction, déplacement, conséquence inattendue, effet secondaire, effet
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