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LA LOCATION CIRCULAIRE COMME MODELE DE L'ECONOMIE CIRCULAIRE : IMPACTS SUR LES CHAINES DE VALEUR

Olaya METWALLI; Safaa TIGHAZRI

Abstract

Face aux limites du modèle linéaire, la location circulaire s’impose comme un modèle emblématique de l’économie circulaire, fondé sur l’usage plutôt que la propriété. Cet article s’appuie sur une étude qualitative menée auprès de dix entreprises issues de secteurs variés (automobile, textile, électronique, mobilier, hôtellerie, micro-mobilité). L’analyse thématique inductive, conduite à l’aide du logiciel NVivo, met en évidence cinq dimensions structurantes : (i) des motivations stratégiques liées à la RSE et à la réglementation, (ii) une création de valeur multiple — économique, environnementale, sociale et informationnelle, (iii) des transformations organisationnelles et logistiques profondes, (iv) des freins économiques, juridiques et culturels persistants, et (v) des leviers institutionnels et technologiques favorisant la généralisation. L’originalité de cette recherche réside dans l’identification de la valeur informationnelle (données d’usage) comme nouvelle ressource stratégique des chaînes circulaires. Sur le plan théorique, l’étude enrichit la littérature sur les modèles PSS et les chaînes de valeur circulaires en introduisant une dimension data-driven. Sur le plan managérial, elle offre des pistes pour intégrer logistique inversée, contrats hybrides et digitalisation dans les stratégies de durabilité. Ces résultats suggèrent que la location circulaire constitue une voie prometteuse vers une économie régénérative, à condition d’un alignement entre innovation organisationnelle, soutien institutionnel et évolution des comportements de consommation. Mots-clés : Économie circulaire ; Location circulaire ; Chaînes de valeur ; Logistique inversée ; Innovation organisationnelle ; Systèmes Produit-Service (PSS) ; Durabilité ; Données d’usage.

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6088 Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, October 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. LA LOCATION CIRCULAIRE COMME MODELE DE L’ECONOMIE CIRCULAIRE : IMPACTS SUR LES CHAINES DE VALEUR CIRCULAR LEASING AS A MODEL OF THE CIRCULAR ECONOMY: IMPACTS ON VALUE CHAINS Olaya METWALLI 1 Safaa TIGHAZRI 2 1. Doctorante, Faculté d’économie et de gestion, Université Hassan 1 de Settat, Maroc, Laboratoire de Recherche en Economie, Gestion Management des affaires, 2. Doctorante, Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales, Université Hassan 1 de Settat / Université Cadi Ayyad, Maroc, Laboratoire de recherche sur Qualité, Marketing et Transfert des Innovations Résumé : Face aux limites du modèle linéaire, la location circulaire s’impose comme un modèle emblématique de l’économie circulaire, fondé sur l’usage plutôt que la propriété. Cet article s’appuie sur une étude qualitative menée auprès de dix entreprises issues de secteurs variés (automobile, textile, électronique, mobilier, hôtellerie, micro-mobilité). L’analyse thématique inductive, conduite à l’aide du logiciel NVivo, met en évidence cinq dimensions structurantes : (i) des motivations stratégiques liées à la RSE et à la réglementation, (ii) une création de valeur multiple — économique, environnementale, sociale et informationnelle, (iii) des transformations organisationnelles et logistiques profondes, (iv) des freins économiques, juridiques et culturels persistants, et (v) des leviers institutionnels et technologiques favorisant la généralisation. L’originalité de cette recherche réside dans l’identification de la valeur informationnelle (données d’usage) comme nouvelle ressource stratégique des chaînes circulaires. Sur le plan théorique, l’étude enrichit la littérature sur les modèles PSS et les chaînes de valeur circulaires en introduisant une dimension data-driven. Sur le plan managérial, elle offre des pistes pour intégrer logistique inversée, contrats hybrides et digitalisation dans les stratégies de durabilité. Ces résultats suggèrent que la location circulaire constitue une voie prometteuse vers une économie régénérative, à condition d’un alignement entre innovation organisationnelle, soutien institutionnel et évolution des comportements de consommation. Mots-clés : Économie circulaire ; Location circulaire ; Chaînes de valeur ; Logistique inversée ; Innovation organisationnelle ; Systèmes Produit-Service (PSS) ; Durabilité ; Données d’usage. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6089 Abstract: In response to the limitations of the linear model, circular leasing emerges as a flagship modality of the circular economy, based on use rather than ownership. This article draws on a qualitative study of ten companies from diverse sectors (automotive, textiles, electronics, furniture, hospitality, and micro-mobility). Using an inductive thematic analysis with NVivo, the findings reveal five structuring dimensions: (i) strategic motivations linked to CSR and regulatory compliance, (ii) multidimensional value creation—economic, environmental, social, and informational, (iii) organizational and logistical transformations through reverse logistics and digitalization, (iv) persistent economic, legal, and cultural barriers, and (v) institutional and technological levers enabling wider adoption. The originality of this research lies in identifying informational value (usage data) as a new strategic resource within circular value chains. Theoretically, the study enriches the literature on Product-Service Systems (PSS) and circular business models by introducing a data-driven perspective. Managerially, it provides insights for integrating reverse logistics, hybrid contracts, and digital tools into sustainability strategies. Overall, the results suggest that circular leasing represents a promising pathway toward a regenerative economy, provided that organizational innovation, institutional support, and evolving consumer behavior converge. Keywords: Circular economy; Circular leasing; Value chains; Reverse logistics; Organizational innovation; Product-Service Systems (PSS); Sustainability; Usage data. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17449989 1. Introduction Depuis le milieu du XXᵉ siècle, les modèles économiques dominants ont reposé sur une logique linéaire — extraire, produire, consommer puis jeter. Ce schéma, longtemps moteur de croissance, atteint aujourd’hui ses limites face à la raréfaction des ressources, à l’accumulation des déchets et aux pressions environnementales (Meadows et al., 1972 ; UNEP, 2011). Dans ce contexte, l’économie circulaire s’impose comme une alternative incontournable, visant à découpler la croissance de l’usage intensif des ressources en ralentissant, fermant et régénérant les boucles de flux (Ellen MacArthur Foundation, 2013 ; Geissdoerfer et al., 2017). Loin de se réduire au recyclage, l’économie circulaire englobe un ensemble de stratégies allant de la réduction et la réutilisation à la réparation et au reconditionnement (Bocken et al., 2016 ; Moraga et al., 2022). Ces approches remettent en cause la centralité de la propriété privée, au profit d’une logique d’usage et de performance (Stahel, 2016 ; Tukker, 2015). Dans ce cadre, les Product-Service Systems (PSS) et la servitization illustrent l’émergence de modèles hybrides où l’accès et le service remplacent la transaction ponctuelle (Mont, 2002 ; Reim et al., 2015). La location circulaire s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Plus qu’un mode contractuel, elle constitue un levier clé de transition : elle prolonge la durée de vie des produits, incite à l’écoconception et entraîne une reconfiguration des chaînes de valeur (Porter, 1985 ; Linder & Williander, 2023). Ces nouvelles chaînes circulaires reposent sur la logistique inversée, une gouvernance contractuelle flexible et une valorisation accrue des données d’usage (Guide & Van Wassenhove, 2009 ; Bocken et al., 2020). Cependant, son adoption se heurte encore à de nombreux freins : coûts initiaux élevés, complexité juridique, résistance culturelle à la non-propriété et infrastructures logistiques insuffisantes. La faisabilité varie selon les secteurs : plus avancée dans l’électronique ou l’automobile, elle demeure limitée dans d’autres domaines comme le mobilier ou le textile (Zink & Geyer, 2017 ; Tukker, 2015). Ainsi, malgré son potentiel, la location circulaire reste encore peu étudiée dans la littérature académique comme modèle distinct de l’économie circulaire. Cela soulève une interrogation centrale pour la recherche et pour la pratique managériale. Donc la problématique de notre travail se présent comme suit : « Comment la location circulaire transforme-t-elle les chaînes de valeur et quels en sont les leviers et freins principaux ? » Pour répondre à cette question, l’étude repose sur cinq hypothèses simples : Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6090 • H1 : La location circulaire améliore à la fois la performance économique et la performance environnementale. • H2 : Les secteurs à forte obsolescence technologique ou à coûts d’usage élevés adoptent plus rapidement ce modèle. • H3 : La logistique inversée et l’usage des données sont essentiels à la réussite des chaînes circulaires. • H4 : Les freins culturels et juridiques constituent les principaux obstacles à sa généralisation. • H5 : Les politiques publiques et les innovations technologiques accélèrent sa diffusion. Méthodologiquement, l’article adopte une démarche qualitative exploratoire fondée sur dix études de cas dans des secteurs variés (automobile, textile, électronique, hôtellerie, micro-mobilité et mobilier). Les données issues d’entretiens semi-directifs et de documents internes ont été analysées par codage thématique inductif avec NVivo (Braun & Clarke, 2006, 2021). L’originalité de cette recherche réside dans l’intégration des mécanismes contractuels, des données d’usage et de la logistique inversée comme leviers de création et de captation de valeur, encore peu explorés dans la littérature. Enfin, l’article est structuré comme suit : la première partie présente le cadre théorique relatif à l’économie circulaire et aux modèles orientés usage ; la deuxième partie expose la méthodologie de recherche ; la troisième restitue et analyse les résultats empiriques ; la quatrième discute les apports, les limites et les perspectives pour les chercheurs, praticiens et décideurs publics. 2. Cadre théorique et revue de la littérature : La compréhension des mécanismes de la location circulaire nécessite d’abord de situer ce modèle dans le cadre plus large de l’économie circulaire et de ses implications pour les chaînes de valeur. La revue de littérature qui suit met ainsi en lumière les fondements conceptuels de l’économie circulaire, ses effets sur l’organisation des chaînes de valeur, et la place spécifique qu’y occupe la location circulaire en tant que modèle emblématique de l’économie de l’usage. Elle permet également d’identifier les bénéfices, les limites et les tensions relevés dans les travaux antérieurs, tout en dégageant les manques qui justifient l’approche empirique de cet article. 2.1. L’économie circulaire : un paradigme émergent : L’économie circulaire s’impose aujourd’hui comme une réponse aux crises environnementales et aux limites structurelles du modèle linéaire fondé sur l’extraction, la production, la consommation et l’élimination. Depuis les travaux pionniers de Meadows et al. (1972) et les rapports successifs du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP, 2011), la nécessité de repenser les logiques économiques autour de la soutenabilité s’est renforcée. Dans cette perspective, l’économie circulaire vise à découpler la croissance de l’usage intensif des ressources et de la génération de déchets. Elle mobilise un ensemble de stratégies regroupées sous la logique des « 9R » : refuser, réduire, réutiliser, réparer, rénover, recycler, repenser, réintégrer et réorganiser (Kirchherr et al., 2018 ; Moraga et al., 2022). Loin de n’être qu’une gestion optimisée des déchets, elle constitue une transformation profonde des rapports entre production, consommation et création de valeur (Geissdoerfer et al., 2017 ; Korhonen et al., 2018). 2.2. Vers une reconfiguration des chaînes de valeur : Cette transition exige une refonte des chaînes de valeur. Alors que les chaînes linéaires reposaient sur des logiques de flux descendants et d’externalisation, les chaînes circulaires privilégient des boucles fermées, territorialisées et coopératives. Elles reposent sur la réintégration des produits en fin de vie, l’optimisation des ressources locales et la création de nouvelles coopérations inter-organisationnelles (Bocken et al., 2016 ; Lüdeke-Freund et al., 2019). Les travaux récents confirment que l’innovation des modèles d’affaires circulaires implique des mécanismes de retour, de reconditionnement et de redistribution (Linder & Williander, 2023). De plus, la collecte et l’exploitation des données tout au long du cycle de vie apparaissent comme des leviers stratégiques pour les entreprises manufacturières avancées (Lee et al., 2024). L’étude de Dennison, Kumar & Jebabalan (2024) montre également que la mise en œuvre concrète des principes de circularité dans l’industrie manufacturière reste confrontée à des obstacles organisationnels et financiers, mais qu’elle ouvre la voie à des transformations structurelles durables. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6091 2.3. La location circulaire : un modèle de l’économie de l’usage : La location circulaire se distingue de la location classique en intégrant pleinement les objectifs de durabilité. Elle repose sur l’écoconception, la logistique inversée, la maintenance prédictive et la responsabilité élargie du producteur (Stahel, 2016 ; Tukker, 2015). En conservant la propriété des biens, les entreprises sont incitées à prolonger leur durée de vie, à réduire les coûts liés à l’obsolescence et à valoriser les matériaux en fin de cycle (Zink & Geyer, 2017). Les innovations technologiques, notamment l’intelligence artificielle générative, renforcent aujourd’hui la viabilité du modèle en facilitant la maintenance prédictive, en optimisant la logistique inversée et en améliorant la transparence contractuelle (Eisfeldt & Schubert, 2024). De plus, Bhattacharya et al. (2024) soulignent que l’intégration de solutions numériques dans les chaînes circulaires transforme profondément les relations entre producteurs, consommateurs et régulateurs, rendant la circularité plus opérationnelle et mesurable. 2.4. Bénéfices et tensions identifiés dans la littérature : Les bénéfices sont multiples : revenus récurrents issus de l’abonnement, fidélisation accrue de la clientèle, exploitation de données d’usage stratégiques et meilleure intégration des critères ESG (Bocken et al., 2020 ; Lacy et al., 2020 ; Zaid et al., 2025). Pour les consommateurs, ce modèle offre flexibilité, réduction des coûts initiaux et participation à une consommation plus responsable (Mont, 2002 ; Tukker & Tischner, 2006). Cependant, plusieurs tensions persistent. La transition suppose des réorganisations profondes, en particulier contractuelles et logistiques (Reim et al., 2015 ; Guide & Van Wassenhove, 2009). Les risques de rebond peuvent annuler les gains écologiques (Zink & Geyer, 2017). Enfin, la diffusion reste dépendante des secteurs : forte adoption dans l’électronique et la mobilité, faible attractivité dans les industries à cycle long comme le mobilier (Tukker, 2015 ; Lacy et al., 2020). Dans ce sens, Salas-Navarro et al. (2024) rappellent que la logistique inversée est devenue un champ de recherche central, étroitement lié à la durabilité et aux nouvelles technologies (IoT, blockchain). Par ailleurs, Kumar (2024), dans le Journal of Cleaner Production, insiste sur le rôle du financement durable et des incitations institutionnelles pour rendre les modèles circulaires financièrement viables et attractifs pour les investisseurs. 2.5. Contribution attendue et gap de recherche : En définitive, la littérature montre que la location circulaire dépasse l’innovation contractuelle pour constituer une transformation structurelle des relations économiques et sociales (Stahel, 2016 ; Geissdoerfer et al., 2021). Elle reconfigure les chaînes de valeur, redéfinit les relations producteurs-consommateurs et ouvre la voie à une compétitivité fondée sur la durabilité et la coopération. Cependant, malgré ces avancées, les recherches restent limitées sur certains aspects : • La dimension informationnelle (usage des données) comme ressource stratégique, • Les impacts comparés selon les secteurs, • Et l’articulation avec la finance durable et les attentes sociétales. En somme, la littérature met en évidence le potentiel stratégique de la location circulaire, mais elle reste fragmentée et incomplète. Peu d’études analysent de manière intégrée les dimensions contractuelles, organisationnelles, logistiques et informationnelles. De plus, les travaux existants insistent davantage sur les bénéfices environnementaux que sur la création de valeur multidimensionnelle (économique, sociale, informationnelle). Enfin, la comparaison entre secteurs reste encore peu développée, alors que les dynamiques d’adoption varient fortement selon les contextes. Ces constats ouvrent la voie à une investigation empirique plus approfondie, permettant de préciser les leviers et les freins à la diffusion de la location circulaire. Ce cadre théorique, enrichi par ces apports récents, met ainsi en évidence les fondements de nos hypothèses relatives à la performance économique et environnementale (H1), aux spécificités sectorielles (H2), au rôle central de la logistique inversée et des données (H3), aux freins culturels et juridiques (H4) et aux leviers institutionnels, financiers et technologiques (H5). Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6092 3. Méthodologie de recherche : 3.1. Approche méthodologique et posture épistémologique : Cette recherche adopte une démarche qualitative exploratoire et compréhensive, particulièrement adaptée à l’analyse de phénomènes émergents tels que la location circulaire dans les chaînes de valeur. Contrairement aux méthodes quantitatives, qui visent la généralisation statistique, l’approche qualitative permet de saisir en profondeur les logiques d’action, les représentations et les pratiques des acteurs (Miles & Huberman, 2003 ; Yin, 2018 ; Creswell & Poth, 2018). La posture épistémologique est interprétativiste et constructiviste : elle considère que la réalité organisationnelle est socialement construite à travers les interactions, les récits et les choix stratégiques (Denzin & Lincoln, 2011 ; Schwandt, 1994 ; Guba & Lincoln, 1994). Cette approche permet non seulement de décrire mais aussi de comprendre les mécanismes de transformation organisationnelle et institutionnelle liés à l’économie circulaire (Lincoln & Guba, 1985 ; Tracy, 2010). Enfin, elle répond à un besoin de théorisation inductive dans un champ encore peu structuré, conformément aux recommandations d’Eisenhardt & Graebner (2007) et de Gioia et al. (2013). 3.2. Justification de l’échantillon (n = 10) : L’échantillon repose sur un échantillonnage raisonné (purposeful sampling) visant à maximiser la pertinence analytique (Patton, 2015 ; Etikan, 2016). Trois critères ont guidé la sélection : • Existence d’un modèle de location circulaire intégrant écoconception, maintenance, récupération et logistique inversée ; • Stratégie explicite de durabilité (rapports RSE, communication institutionnelle) ; • Accessibilité aux données empiriques (entretiens, documents internes et sources secondaires). La taille retenue (n = 10) est conforme aux standards de la recherche qualitative : Eisenhardt (1989) recommande entre 4 et 10 cas pour la construction de théorie inductive, et Guest, Bunce & Johnson (2006) montrent que la saturation est généralement atteinte entre 9 et 12 entretiens. La diversité sectorielle (automobile, textile, électronique, hôtellerie, micro-mobilité, mobilier professionnel) renforce la transférabilité des résultats (Lincoln & Guba, 1985 ; Yin, 2018). Tableau 1. Présentation synthétique des entreprises étudiées. Entreprise (code) Secteur Taille Modèle de location circulaire Durée activité circulaire A Automobile > 500 salariés Leasing circulaire avec entretien et reprise intégrés > 5 ans B Textile < 50 salariés Location de vêtements éphémères pour jeunes adultes 2 ans C Mobilier de bureau PME Location de mobilier reconditionné avec logistique inversée 3 ans D Électronique grand public > 1000 salariés Location d’équipements numériques avec contrat de maintenance > 5 ans E Mobilier événementiel TPE Location temporaire avec collecte et réparation 4 ans F Textile technique PME Location pour usage professionnel avec retour produit 3 ans G Informatique PME Location longue durée avec traçabilité et reconditionnement > 5 ans H Hôtellerie PME Location de mobilier modulaire et reconfigurable 2 ans I Micro-mobilité urbaine > 500 salariés Location de trottinettes avec suivi des cycles de maintenance > 5 ans J Électroménager PME Abonnement à la performance d’usage avec réparation incluse 3 ans Source : Données issues des entretiens réalisés par les auteurs (2024). Le premier tableau met en évidence la diversité sectorielle et organisationnelle des entreprises engagées dans des Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6093 modèles de location circulaire. On observe une couverture allant de grandes entreprises (+500 ou +1000 salariés) opérant dans l’automobile, l’électronique ou la micro-mobilité, à des structures de taille plus réduite (TPE/PME) actives dans le textile, le mobilier ou l’hôtellerie. Cette variété illustre la capacité du modèle à s’adapter aussi bien à des industries à forte intensité capitalistique qu’à des marchés de niche. En termes de maturité, certaines entreprises affichent une expérience de plus de cinq ans, avec des dispositifs intégrant maintenance, reconditionnement et logistique inversée (cas A, D, G, I), alors que d’autres initiatives plus récentes (2 à 3 ans) témoignent d’une phase expérimentale centrée sur la flexibilité d’usage (B, F, H, J). Ainsi, le tableau souligne deux dynamiques complémentaires : d’une part, une consolidation des modèles dans les secteurs technologiques et de mobilité ; d’autre part, une diffusion progressive dans des segments plus fragmentés comme le textile ou l’hôtellerie, où la valeur repose davantage sur l’innovation de service et l’attractivité commerciale. 2.3. Objectifs et questionnement opérationnel : L’étude vise à analyser comment la location circulaire contribue à transformer les chaînes de valeur. Quatre axes guident l’investigation : • Motivations des entreprises à adopter ce modèle ; • Formes de création, distribution et captation de valeur ; • Transformations organisationnelles et logistiques ; • Freins et leviers spécifiques selon les secteurs et contextes institutionnels. 2.4. Méthode de collecte des données : La collecte repose sur une triangulation méthodologique (Flick, 2018 ; Bowen, 2009) : • Entretiens semi-directifs : dix entretiens (45–90 minutes) menés avec des dirigeants et responsables RSE, logistique et marketing. Ils ont été enregistrés (avec consentement), transcrits intégralement et validés par les participants (member checking) (Lincoln & Guba, 1985). • Guide d’entretien : élaboré à partir de la littérature (économie circulaire, PSS, chaînes de valeur). Il garantit une couverture systématique des thématiques tout en laissant une marge d’exploration (Kallio et al., 2016). • Documents internes et secondaires : rapports RSE, publications professionnelles et presse spécialisée (Oates, 2020). Tableau 2. Dimensions du guide d’entretien. Pilier Thème principal Exemples de questions explorées I Motivations et contexte d’adoption Quelles sont les raisons stratégiques (innovation, RSE) et les pressions externes (clients, réglementation) qui ont motivé l’adoption ? II Création, distribution et captation de valeur Quels types de revenus sont générés ? Comment se mesurent les performances économiques, sociales et environnementales ? III Transformations organisationnelles et logistiques Quelles nouvelles compétences, systèmes d’information et flux inversés ont été mis en place ? IV Contraintes, freins et difficultés Quels obstacles techniques, juridiques, culturels ou liés à l’acceptabilité client ? V Perspectives et leviers de généralisation Quels rôles jouent les politiques publiques, les innovations technologiques et les partenariats interentreprises ? Source : Élaboration des auteurs à partir de Flick (2018), Bowen (2009) et Kallio et al. (2016). Le tableau 2 présente la structuration du guide d’entretien, conçu pour explorer de manière systématique les différentes facettes de la location circulaire. Les cinq piliers couvrent l’ensemble du processus, depuis les motivations initiales (RSE, innovation, pression réglementaire) jusqu’aux perspectives de généralisation (rôle des politiques publiques, innovations technologiques, partenariats). Cette progression permet d’appréhender la logique intégrale du modèle, en mettant en relation les moteurs stratégiques (pilier I) avec les mécanismes de création de valeur multidimensionnelle (pilier II), les transformations organisationnelles (pilier III) et les freins rencontrés (pilier IV). Enfin, le pilier V ouvre la réflexion sur les conditions institutionnelles et technologiques nécessaires à l’extension du modèle. L’intérêt de ce dispositif est double : il assure une comparabilité inter-cas, tout en laissant la place à l’exploration inductive, renforçant ainsi la robustesse analytique de l’étude et la pertinence des résultats. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6094 3.5. Méthode d’analyse des données : Les entretiens ont été analysés selon une analyse thématique inductive (Braun & Clarke, 2006, 2021), adaptée à l’identification de régularités tout en laissant émerger de nouvelles catégories. Le processus a suivi quatre étapes : 1. Familiarisation avec les données et rédaction de mémos analytiques ; 2. Codage ouvert des segments significatifs ; 3. Regroupement des codes en thèmes-clés ; 4. Mise en relation avec le cadre théorique et les spécificités sectorielles. Afin de renforcer la robustesse analytique, la méthode Gioia a été mobilisée (Gioia, Corley & Hamilton, 2013). Elle a permis de passer des étiquettes de premier ordre (langage des acteurs) aux catégories de second ordre, puis aux dimensions agrégées pour la construction du modèle conceptuel. L’usage de NVivo a facilité la systématisation du codage, la comparaison inter-cas et la traçabilité des résultats (Welsh, 2002 ; Richards, 2020). La saturation thématique a été atteinte dès le neuvième cas, confirmant la solidité de l’échantillon (Guest et al., 2006 ; Saunders et al., 2018). 3.6. Fiabilité, validité et transférabilité : La qualité scientifique a été assurée par : • Crédibilité : triangulation des sources et validation des données par les répondants (member checking). • Fiabilité : audit trail retraçant toutes les étapes analytiques et recours à NVivo. • Transférabilité : diversité sectorielle et variation intentionnelle de l’échantillon (Lincoln & Guba, 1985 ; Shenton, 2004 ; Tracy, 2010). • Confirmabilité : confrontation et discussion des résultats entre chercheurs pour limiter la subjectivité. 2.7. Modèle conceptuel : L’analyse a conduit à l’élaboration d’un modèle conceptuel illustrant l’articulation entre : • Les principes de l’économie circulaire (écoconception, logistique inversée, économie de l’usage), • La structuration du modèle de location circulaire (contrats, données d’usage, responsabilité du producteur), • Et les impacts sur les chaînes de valeur (création de valeur, redistribution, reconfiguration organisationnelle). Ce modèle relève de la construction théorique inductive (Eisenhardt, 1989 ; Pratt, 2009) et illustre le passage des données empiriques aux dimensions théoriques. Figure 1 : Modèle conceptuel de la location circulaire dans les chaînes de valeur. Source : Élaboration des auteurs à partir de la littérature (Stahel, 2016 ; Tukker, 2015 ; Bocken et al., 2016 ; Linder & Williander, 2023 ; Geissdoerfer et al., 2017). 4. Résultats empiriques : Dynamiques de la location circulaire : L’analyse des dix cas étudiés et des documents complémentaires (rapports RSE, documents internes, publications professionnelles) met en évidence des dynamiques complexes et contrastées dans l’adoption de la location circulaire. À travers l’analyse thématique sous NVivo, environ 450 segments de discours ont été codés et regroupés en cinq dimensions majeures : motivations, création de valeur, transformations organisationnelles et logistiques, contraintes, et leviers de généralisation. Cette approche a permis d’identifier à la fois des régularités transversales et des spécificités sectorielles, mais aussi de faire émerger des dynamiques inédites liées à la gouvernance des données et aux Économie circulaire (écoconception, logistique inversée, économie de l’usage) Location circulaire (contrats, données d’usage, responsabilité du producteur) Chaînes de valeur (création de valeur, redistribution, reconfiguration organisationnelle) Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6095 collaborations interentreprises. Figure 2 . Word Cloud NVivo – Termes dominants. Source : Élaboration des auteurs à partir des entretiens (NVivo, 2024). La Figure 2 met en évidence la centralité des termes location et circulaire, confirmant que le modèle étudié constitue bien le cœur des dynamiques observées. Les mots durabilité et innovation apparaissent également comme des piliers, traduisant l’importance conjointe de la transition écologique et de la modernisation organisationnelle. Les occurrences liées à la logistique, à la RSE et à la réglementation soulignent que la réussite de ce modèle dépend autant de la capacité opérationnelle que des pressions institutionnelles. Enfin, les références à l’usage, aux données et au client montrent que la création de valeur repose sur une relation continue et informationnelle entre entreprises et utilisateurs. 4.1. Motivations et contexte d’adoption : Les motivations représentent 27 % du corpus codé (122 segments). Elles révèlent une tension entre : • Logiques internes (différenciation stratégique, innovation produit/service, RSE), • Pressions externes (réglementation, attentes sociétales, incitations publiques). Extraits de verbatims : • « La location nous permet de conjuguer innovation et durabilité, tout en répondant aux nouvelles exigences réglementaires. » (Entreprise A, automobile) • « Nos clients ne veulent plus seulement acheter, ils veulent accéder à un service flexible. » (Entreprise B, textile) Figure 3. Répartition des motivations citées par les entreprises (%). Source : Données d’entretiens, analyse des auteurs (NVivo, 2024). Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6096 Elle montre clairement que les motivations principales sont liées à la RSE (28 %) et à la réglementation (22 %), suivies par l’innovation (20 %), la demande client (18 %) et le financement (12 %). Ces résultats rejoignent Tukker (2015) et Bocken et al. (2020), mais introduisent un élément nouveau : la réglementation européenne (Green Deal, taxonomie verte) apparaît comme un moteur central, davantage que dans les études antérieures. 4.2. Création, distribution et captation de valeur : La création et captation de valeur représente 24 % du codage (108 segments). Quatre dimensions se dégagent : • Économique : revenus récurrents, fidélisation (forte en automobile et mobilier). • Environnementale : réduction des déchets, allongement du cycle de vie (mobilier, textile). • Sociale : démocratisation de l’accès aux produits coûteux (textile, électroménager). • Informationnelle : valorisation des données d’usage (électronique, informatique). Tableau 3. Formes de valeur et modalités de captation. Secteur Formes de valeur créées Modalités de captation Automobile Revenus récurrents, fidélisation Leasing circulaire, maintenance intégrée Textile Image responsable, rotation rapide Location éphémère, extension de gamme Électronique Données d’usage, SAV optimisé Abonnements avec IA de maintenance Mobilier Reconditionnement, traçabilité Relocation, circuits courts Source : Élaboration des auteurs à partir des données empiriques Extraits de verbatims : • « Grâce aux données d’usage collectées, nous anticipons les besoins clients et adaptons nos contrats. » (Entreprise D, électronique) • « Pour nous, c’est aussi un moyen de fidéliser la clientèle sur le long terme. » (Entreprise C, mobilier) Figure 4. Dimensions de valeur créées par secteur (radar chart). Source : Données empiriques, traitement des auteurs (Excel/NVivo, 2024). On observe que : • Automobile est surtout centré sur la valeur économique. • Textile met en avant la valeur sociale et environnementale. • Électronique se distingue par une forte valeur data-driven. • Mobilier privilégie l’axe environnemental (reconditionnement, réutilisation). Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6103 [4] Bowen, G. A. (2009). Document analysis as a qualitative research method. Qualitative Research Journal, 9(2), 27–40. https://doi.org/10.3316/QRJ0902027 [5] Braun, V., & Clarke, V. (2006). Using thematic analysis in psychology. Qualitative Research in Psychology, 3(2), 77–101. https://doi.org/10.1191/1478088706qp063oa [6] Braun, V., & Clarke, V. (2021). Thematic analysis: A practical guide. Sage. [7] Creswell, J. W., & Poth, C. N. (2018). Qualitative inquiry and research design: Choosing among five approaches (4th ed.). Sage. [8] Dennison, K., Kumar, V., & Jebabalan, J. (2024). 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