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Guerre en Ukraine : basculement géopolitique

Evariste NKOMBO MUTAMBAYI; Olivier MUDINDA WA ZOBONGO; Marguerite MBELU MASENGO

Abstract

The war in Ukraine, which began in 2022, has caused a profound geopolitical upheaval with repercussions that are being felt globally. This article examines the major transformations brought about by this conflict, highlighting changes in international alliances, power dynamics, and the geopolitical strategies of regional and global actors. By analyzing the root causes of the war, as well as its consequences for European security and the global order, we aim to provide insights into the future of international relations in a context marked by uncertainty and rivalry. This work thus contributes to a better understanding of contemporary geopolitical issues and the challenges facing the international community.

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6246 Guerre en Ukraine : basculement géopolitique Evariste NKOMBO MUTAMBAYI 1 Olivier MUDINDA WA ZOBONGO 2 Marguerite MBELU MASENGO 3 Université de KISANGANI Abstract The war in Ukraine, which began in 2022, has caused a profound geopolitical upheaval with repercussions that are being felt globally. This article examines the major transformations brought about by this conflict, highlighting changes in international alliances, power dynamics, and the geopolitical strategies of regional and global actors. By analyzing the root causes of the war, as well as its consequences for European security and the global order, we aim to provide insights into the future of international relations in a context marked by uncertainty and rivalry. This work thus contributes to a better understanding of contemporary geopolitical issues and the challenges facing the international community. Keywords: War, Ukraine, shift, geopolitics etc. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17500161 1 Introduction Il y a trente ans, le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev, le dirigeant de l’Union soviétique de l’époque, démissionnait de ses fonctions et remettait ses pouvoirs présidentiels à Boris Eltsine, le nouveau président de la Fédération de Russie. Cette nuit-là, le drapeau rouge avec le symbole du marteau et de la faucille est descendu du 1 Chef de travaux à l’Université de Mwene-Ditu et chercheur en Relations internationales à l’Université de Kisangani 2 Chef de travaux à l’Université Officielle de Mbujimayi et Chercheur en Relations internationales à l’Université de Kisangani 3 Assistante à l’Université officielle de Mbujimayi et chercheuse en Relations internationales à l’Université de Kisangani. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6247 Kremlin et remplacé par le tricolore russe. Le lendemain, le Soviet suprême reconnait l’indépendance des républiques soviétiques et dissout officiellement l’Union des républiques socialiste soviétiques (URSS), (Tancrède Sankowski et ArmeelBoovery, 2024). L’effondrement soudain de l’URSS, un empire géant qui, pendant 70 ans, avait contrôlé divers Etats alliés et étendu son influence géopolitique sur la moitié du monde, a été un événement sismique qui a changé le monde. Et il a laissé la Fédération de Russie nouvellement créée embourbée dans une crise d’identité. Reléguée au niveau d’une puissance régionale moyenne, la Russie est plongée durant la décennie des années 90 dans une sorte de léthargie et de décadence qui contestait avec l’ambition nationale russe de vouloir rompre avec l’héritage soviétique communiste, tout en espérant maintenir la puissance et l’influence globale de l’ex-URSS. Boris Eltsine, considéré comme refondateur n’avait pas réussi à venir à bout de l’instabilité que générait la transition d’un modèle soviétique totalitaire à un autre censé être plus démocratique ou qui, au moins, présentait un tel espoir. Le premier président de l’après chute du Mur de Berlin avait conduit un régime jugé réformateur et instable où la Russie vit cohabiter des rêves de grandeur et des réalités de déchéances. Le premier sentiment d’humiliation chez les Russes provenait du fait de se voir subitement dépendre de manière inédite de cette autre partie du monde qu’ils ont toujours considéré comme ennemie. De plus, des millions de Russes, qui sous l’Union soviétique, se sentaient chez eux, quel que soit le pays de l’Union où ils avaient élu domicile, se sont trouvés dans une position d’étranger par rapport à la Russie, après le démembrement de l’URSS. Ils sont devenus Ukrainiens, Géorgiens, Biélorusses, ou autre. Les russes de Russie, surtout les nationalistes, partageaient la déchéance de leurs frères devenus citoyens d’autres pays ; qui perdent leur identité russe pour n’en garder que la qualité de russophone. Les Russes ne pouvaient plus les considérer comme concitoyens, mais comme des étrangers proches. La nouvelle Russie, (post soviétique) fut ensuite traumatisée par la première guerre de Tchétchénie. L’accord qu’elle fut obligée de signer avec les Tchétchènes le 31 août, après de lourdes pertes, accorde à ces derniers une indépendance gouvernementale. Les Russes ne pouvaient ni comprendre ni digérer comment leur grande nation avait pu se faire humilier par des combattants sous-équipés et sous-entraînés ; L’autre grand choc que subissent les Russes, toujours en termes d’humiliation, fut la guerre en ex-Yougoslavie. Le grand frère russe ne pouvait pas venir en aide à ses petits frères serbes du panslavisme orthodoxe, il regardait impuissant, comme si Moscou n’avait jamais été cette grande puissance qui avait tenu l’Occident à distance de la Yougoslavie et des protégés slaves de l’empire soviétique, (Abdelhak Bassou, 2025). Gorbatchev espérait voir la Russie post-communiste faire l’objet d’un accueil chaleureux par l’Europe, il était loin d’imaginer la marginalisation et l’humiliation qu’allait connaitre son pays. Les Russes croyaient abandonner le communisme et le soviétisme, mais en gardant les honneurs de la grande puissance qu’ils furent lorsqu’ils conduisaient l’URRS. Paradoxalement à l’insignifiance que prenait la Russie aux yeux de l’Occident, ce dernier n’avait point hésité à la considérer comme Etat continuateur de l’URSS, en héritant de son siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU et de son arsenal nucléaire. Ces deux instruments de puissance politico-militaire de la Russie ne coïncidaient pas avec le statut de puissance moyenne que l’Occident voulait lui assigner. Ainsi, depuis son arrivée au pouvoir en 2000, Poutine n’a jamais caché sa détermination à restaurer le statut de puissance mondiale de la Russie après des années d’humiliations supposées par les Etats-Unis et leurs alliés de l’OTAN. Poutine a sauvé la Russie et restauré le rôle de la puissance de la Russie en tant qu’acteur stratégique sur la scène internationale car, la priorité de Poutine pour inverser le déclin postsoviétique de la Russie était de stopper l’avancée des puissances étrangères dans l’ancienne région soviétique. En 2008, l’armée russe a envahi la Géorgie pour empêcher le président pro-occidental Mikheil Saakashvili de reconquérir militairement le territoire géorgien sécessionniste d’Ossétie du sud, un protectorat russe et Abkhazie. Si Saakashvili avait réussi à réunifier son pays fracturé, il aurait pu se rapprocher de son objectif déclaré de faire de la Géorgie un candidat viable à l’adhésion à l’OTAN, (Sebastien gobert, 2023). En 2014, la Russie a annexé la Crimée. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6248 Le but final poursuivi était de préserver son ascendant sur l’étranger proche terme utilisé pour désigner les Etats satellites de l’URSS et les gérer. Ces interventions militaires sont effectivement une expression de la politique de puissance de la Russie visant à infléchir la volonté de la Géorgie et de l’Ukraine de se rapprocher aux puissances occidentales en occurrence les Etats Unis et l’UE. Donc, 25 ans depuis la chute de l’URSS, les événements survenus en Ukraine nous ont démontré que l’intégration de la Russie dans le nouvel environnement géopolitique mondial qui a suivi la guerre froide est toujours un travail en cours. De ce qui précède, cette étude s’inscrit au cœur des enjeux géopolitiques dans la mesure où l’option de la Russie d’adopter la politique de puissance à l’égard de l’Ukraine au sein de son étranger proche est un comportement exprimant la théorie des acteurs stratégiques et des pivots géopolitiques selon laquelle la Russie ne peut devenir une grande puissance qu’avec l’Ukraine, (Brzezinski, le Grand Echiquier, 2000). Donc, il faut l’absorber à plus ou moins brève échéance soit par l’annexion soit par l’élargissement de l’Etat d’union soviétique. Ainsi, la Russie a eu à annexer la Crimée pour contraindre l’Ukraine à se soumettre à sa volonté. Sans fausse prétention, ce sujet a déjà, dans ses autres aspects connexes, fait l’objet des recherches bien pertinentes. Au nombre de celles-ci, nous pouvons citer le travail bien intéressant de Eric AUNOBLE, s’inscrit dans le cadre théorique du réalisme défensif en parlant de l’Ukraine dans l’engrenage. Il contribue au débat théorique lorsqu’il estime qu’en lançant non pas une guerre en 2014 mais une opération militaire spéciale, Vladimir Poutine escomptait l’effondrement rapide de l’armée et de l’Etat Ukrainien. Or, loin d’être accueillis par une foule en liesse, les véhicules légers qui ont fait une incursion dans la ville russophone de kharkiv le 27 février, ont vite été détruits. Vers kyiv, les chaines d’approvisionnement en carburant pour les blindés et en ration pour les troupes d’invasion ont failli tout aussi rapidement. L’auteur, après avoir mené ses analyses, est arrivé au résultat selon lequel il est difficile d’établir un bilan géopolitique de cette guerre dans la mesure où la guerre continue à s’enliser. Cependant, d’une part, nous partageons le même avis avec cet auteur lorsqu’il nous montre que la contre-offensive Ukrainienne à Kharkiv et à kherson ont porté sur du matériel de guerre mais d’autre part, nous voulons aussi ajouter que cette guerre lancée pour défendre le monde russe a provoqué une réaction contre la langue et la culture russes non seulement en Ukraine mais aussi dans une bonne partie de l’espace post soviétique et notamment au Kazakhstan. Pour sa part, Pierre-Joseph Givre, (Pierre-joseph GIVRE, 2023) s’inscrit dans le courant réaliste lorsqu’il aborde le sujet des premiers renseignements de la guerre d’Ukraine dans le domaine du combat terrestre. Il démontre que si la guerre d’Ukraine se déroule dans tous les milieux et tous les champs et implique les forces terrestres, navales et aériennes des deux belligérants, elle n’en a pas moins pour objet la conquête ou la défense du territoire entant qu’espace terrestre et cœur de la souveraineté politique. L’auteur considère que la maitrise du sol assure aussi celle des ports, des aéroports et des littoraux, neutralisant ou au moins contraignant ainsi les capacités navales et aériennes ennemies. Ce sont les conquêtes terrestres de la Crimée dès 2014 puis des régions de l’Est de l’Ukraine en 2022 qui ont permis à la Russie de consolider ses accès à la mer Noire et à la mer d’Azov suivant sa stratégie navale continentale fondée notamment sur la libre circulation dans le système des cinq mers qui assure à la flotte russe de pouvoir circuler entre les mers d’Azov, Noire, caspienne, Baltique et Blanche. Dans sa contribution à la théorie géopolitique, il va proposer que la maitrise du territoire assure aussi le déploiement des moyens dits de déni d’accès au A2/AD (anti-access/ araedenial), qui limitent les possibilités d’emploi et d’action des aéronefs et des navires. Ainsi ajoute-t-il, malgré les 750 sorties aériennes russe par jour, les effets des actions aériennes en Ukraine ont été limités depuis le début de la guerre et les opérations navales et amphibies russes envisagées dans la région d’Odessa ont été interrompues dès avril 2022 à la suite de la destruction du navire amiral russe Moskwa par des missiles Ukrainiens tirés de la côte. Cependant, nous ne sommes pas d’avis avec cet auteur car, pour être renseigner sur l’ennemi en temps réel et le frapper, les Ukrainiens ont non seulement maitrisé le sol mais aussi développé en un temps record un réseau militaire numérisé en s’appuyant majoritairement sur des infrastructures, des techniques de pointe et des Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6249 compétences civiles en assurant la connectivité. Corneau, en parlant des origines du conflit, il va chercher à comprendre l’origine de la guerre de l’Ukraine. Il aura pour objectifs des proposer les trois thèmes explicatifs de cette guerre à savoir les divisions internes en Ukraine, les liens historiques familiaux et économiques entre la Russie et l’Ukraine et la marginalisation de la Russie par les occidentales au lieu d’une intégration constructive de celle-ci suivant la fin de la guerre froide. Il a aussi été proposé par cet auteur que ce sont des éléments du troisième thème qui ont eu les impacts les plus substantiels sur l’explosion de la crise, (Corneau, 2015-2016). Il s’inscrit dans le cadre théorique du réalisme, il contribue au débat théorique lorsqu’il estime que l’Ukraine est écartelée entre différentes options : d’un côté, elle est convoitée par l’Union européenne qui lui propose un accord d’association et de libre-échange. Ce rapprochement est encouragé par les États-Unis qui aimeraient aussi attirer l’Ukraine dans le camp occidental. De l’autre côté, la Russie veut convaincre l’Ukraine de s’engager dans une union douanière eurasienne avec plusieurs pays de l’ex-URSS. Pour ce faire, elle a utilisé la manière forte en annexant la Crimée. Aux côtés de l’Ukraine, on voit également un représentant du Patriarcat de Kiev, la religion orthodoxe étant la plus pratiquée dans le pays. Une partie de la population ukrainienne est tournée vers l’Union européenne qui propose au pays un accord de partenariat. C’est ça la cause principale de cette guerre. Cependant, nous pensons que l’étude de cet auteur a des limites car il s’est seulement focalisé sur les causes ayant entrainé la guerre en Ukraine mais il oublie que Vladimir Poutine a toujours considéré l’OTAN comme "le bras politique et Militaire des États-Unis, il voit la sphère d’influence des Américains s’étendre jusque chez ses voisins directs qui sont la Finlande, la Biélorussie et l’Ukraine. Son plus grand ennemi est presque parvenu à l’encercler. On comprend donc mieux pourquoi l’Ukraine est convoitée par ces grandes puissances et constitue une pièce majeure dans leur stratégie géopolitique. 1. Problématique et hypothèses de recherche Le conflit ouvert entre la Russie et l’Ukraine se noue en novembre 2013 quand le président Viktor lanoukovitch décide de suspendre le processus conduisant à la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne, revirement qui déclenche des protestations populaires (« Euromaidan »). Fin février 2014, des soldats russes sans insignes (« les petits hommes verts ») prennent le contrôle des points stratégiques de la Crimée. Le 16 mars, un « referendum » d’indépendance y est organisé en toute illégalité du point de vue du droit international, qui conduit à l’annexion de la Crimée par la Russie. Au même moment est déclenchée dans l’est de l’Ukraine une opération de déstabilisation, des groupes armés contrôlés par Moscou appuient des manifestants irrédentistes. Le 11 mai, les « républiques populaires » de Donetsk et de Louhansk déclarent leur indépendance à l’issue de « référendum », qui n’est pas reconnu par la communauté internationale, (Biersack et O’Lear, 2014). En menant cette guerre, la Russie veut d’abord défendre les russophones d’Ukraine. Ensuite, elle veut la réintégration de la Crimée à son territoire et en fin, une alliance avec l’Ukraine. De son côté, l’Ukraine veut d’abord la fin de l’ingérence russe sur son territoire, ensuite la paix sur son territoire et enfin, un rapprochement avec l’occident. Cette grille d’analyse conduit à une série d’interrogations suivantes : ➢ Pourquoi la guerre en Ukraine constitue-t-elle un basculement géopolitique post guerre froide ? ➢ Est-il plausible d’assister demain à la résurgence d’une nouvelle guerre froide ? ➢ Qui en seraient les protagonistes ? Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6250 De manière provisoire, nos hypothèses ont été formulées de la manière suivante : La guerre en Ukraine constitue un basculement géopolitique post-guerre froide parce que dans cette guerre, l’enjeu serait triple. D’abord politique, (Brzezinski, le Grand Echiquier, 2000) ensuite, économique, (Georges Jures Vujic, 2023) et enfin, identitaire et mémoriel, (Georges Jures Vujic, 2023). Il serait plausible d’assister demain à la résurgence d’une nouvelle guerre froide parce qu’il y a déjà retour des blocs en Europe. Avec la guerre en Ukraine, nous serions au début d’un affrontement qui s’annonce durable entre deux blocs : d’un côté, un bloc occidental thalassocratique, conduit par Washington, englobant l’Europe et certains pays asiatiques, Japon en tête ; et de l’autre, un bloc eurasiatique continental, autour de Moscou et Pékin ». 2. Objectif En menant cette étude, l’objectif est de : Démontrer les enjeux du basculement géopolitique de la guerre en Ukraine. 0.3. Méthodologie Pour vérifier nos hypothèses et atteindre notre objectif, nous avons recouru à la méthode géopolitique de François Thual, (François Thual, 1997) qui consiste à poser les bonnes questions face à un événement, une tension, une crise, un conflit, une guerre ou encore une négociation. Ce qu’il faut, c’est d’identifier les acteurs, analyser leurs motivations, décrire leurs intentions, repérer les alliances en gestation ou au contraire les alliances en voie de déconstruction, que ce soit au niveau local, régional, continental ou international. Une situation géopolitique se définit par des rivalités de pouvoir et par des rapports de force visant le contrôle d’une zone géographique. Cette analyse géopolitique exige de respecter un certain nombre d’opération, (Otemikongo et Mandefu 2018). ✓ Qui veut quoi ? ✓ Avec qui ? ✓ Où ? ✓ Pourquoi ? ✓ Comment ? Titre 2. Basculement géopolitique de la guerre en Ukraine Voici arrivée l’étape centrale de la démarche pédagogique. Il s’agit maintenant de réaliser, sur la base des données géographiques, une analyse complète du conflit. C’est ainsi qu’on va poser la question des enjeux et du "pourquoi" de ce conflit, ce qui permettra ensuite de parvenir à une compréhension globale du conflit. 0.1. Qui veut quoi ? Cette question implique de prendre connaissance des différents protagonistes de cette guerre. En effet, d’un côté il y a l’Ukraine et de l’autre la Russie. 0.2. Avec qui ? Cette question implique de savoir avec qui les acteurs en présence entretiennent-ils des relations pour atteindre leurs objectifs. Cependant, il sied de préciser qu’Il y a deux blocs d’acteurs à savoir : le bloc occidental conduit par Washington, englobant l’Europe et certains pays asiatiques, japon en tête et de l’autre, un bloc eurasiatique continental, autour de Moscou et Pékin, (Maxime Cocheux, 2024). Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6251 0.3. Où ? Cette question permet de savoir le territoire qui fait l’objet de la rivalité entre les deux protagonistes. C’est la Crimée dans notre travail qui fait objet de cette conflictualité car elle est une péninsule ukrainienne située au sud du pays et bénéficient d’une situation idéale sur la mer Noir et la mer d’Azov qui constituent, pour la région, le seul point s’accès aux mers chaudes (mer Egée, mer Méditerranée) et donc aux océans Atlantique et indien. Suivant la stratégie navale russe sur la libre circulation dans le système des cinq mers pour raison commerciale et défensive, la flotte russe a le pouvoir de circuler sur la mer noire, la mer d’Azov, la mer blanche, la mer baltique et la mer caspienne. A part la Crimée, il y a encore quatre territoires conquis par la Russie à savoir Donetsk, louhansk, kharkiv et zaporidja. Le où pour le bloc occidental concerne l’ensemble du territoire Ukrainien, Crimée incluse. 0.4. Pourquoi ? Cette question conduit à relever les intérêts poursuivis par les acteurs. a. Enjeu politique pour le bloc eurasiatique Dans cette guerre on y trouve les thèses géopolitiques de Halford Mackinder sur le « Heartland» et le contrôle de l’Eurasie qui stipulent que : « Qui contrôle l'Europe de l'Est commande le Heartland. Qui contrôle le Heartland commande l'île-mondiale. Qui contrôle l'île-mondiale commande le monde ». A cet effet, faisant référence à ces thèses géopolitiques de Mackinder sur le « Heartland», déjà dans les années 1990 le géopoliticien américain Zbigniew Brzeziński, souligne dans Le Grand Échiquier que la Russie ne peut devenir une grande puissance qu’avec l’Ukraine. Car, « L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’État russe […]. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie“. Donc, pour que la Russie puisse dominer le monde, elle doit impérativement dominer l’Ukraine. Voilà pourquoi il y a guerre en Ukraine, (Georges Jures Vujic, 2023). Cette guerre constitue également un prolongement du grand jeu du XIXe siècle dans lequel on a assisté à deux grands à savoir l’empire britannique et l’empire russe qui se disputaient la domination du monde en Eurasie. Aujourd’hui au XXIe siècle, on assiste encore à deux grands à savoir les Etats-Unis d’Amérique et la Russie qui se disputent la domination du monde toujours en Eurasie et particulièrement en Ukraine qui est le ventre mou de ce conflit. Donc, cet espace eurasiatique est l’échiquier sur lequel se joue la lutte pour la suprématie mondiale selon Mackinder, (Mackinder, 1904). Car, ce qui est donc à l’œuvre aujourd’hui, c’est la forme moderne du « nouveau grand jeu » comme prolongement des rivalités, du maintien et de l’expansion de l’influence géopolitique entre les États-Unis et la Russie en Asie centrale, mais aussi la Chine en région indo-pacifique de la mer de Chine orientale et de sa pression militaire sur Taïwan. L’Ukraine reste toujours le « ventre mou » géopolitique du « grand jeu » et le théâtre politico-militaire des rivalités américano russes, ainsi qu’un moyen de chantage, de pression psychologique et d’équilibre des forces. Le « Grand Jeu » a été réactivé par les conflits après l’effondrement de l’URSS : la guerre d’Ossétie en 1991-1992, d’Abkhazie en 1998, la crise russo géorgienne en 2006, la crise de Crimée, mais aussi les conflits dans l’ex-URSS, Asie (Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan et Turkménistan confrontés à de graves problèmes économiques et politiques). Il convient également de garder à l’esprit que dans un tel « Grand Jeu », le « complexe d’obsidionnalité » souvent irrationnel de la Russie, est un facteur psychologique important pour comprendre les décisions militaires et politiques du Kremlin. La disparition de l’Union soviétique en 1991 (perçue comme une « grande catastrophe ») et la chute du mur de Berlin ont également été une rupture radicale dans la pensée stratégique russe, forcée d’abandonner la vision idéologique d’un monde bipolaire, pour une approche plus réaliste aux menaces périphériques venues d’Asie et d’Occident. En envahissant l’Ukraine en 2014, l’état final recherché par le président russe n’était pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine; C’était une Russie dominatrice ayant eu sa revanche sur l’occident et ayant repris Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6252 ses droits ancestraux sur des terres considérées comme historiques. Ce serait une erreur, selon l’auteur de croire que les motivations du président russe sont seulement d’ordre sécuritaires et que, s’il obtenait des concessions territoriales et des garanties de sécurité, il s’en contenterait. Nous sommes confrontés à un problème d’une autre complexité poursuit l’auteur : à un revanchisme assumé, à un impérialisme non dissimilé, à une propagande débridée, à une folie meurtrière, à un dirigeant qui dispose du feu nucléaire, qui s’enferre dans sa réalité, qui a brulé les ponts et qui ne peut plus faire marche arrière, (Celine Marangé, 2023). Donc, la Russie cherche la réintégration de la Crimée à son territoire car, cette partie était russe mais a été affectée à l’Ukraine par l’ancien Président Russe NIIKITA en 1954 pour célébrer la 3OOe anniversaire de leur union et depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, elle est devenue ukrainienne ; elle cherche à maintenir son influence sur l’Ukraine et augmenter sa zone d’influence politique, économique, culturelle, redevenir ne grande puissance mondiale, rivaliser avec les USA, assurer la sécurité de son territoire (menace nucléaire). b. Enjeu économique pour le bloc eurasiatique La Russie veut l’annexion de la Crimée pour avoir le contrôle de la mer Noire et la mer d’Azov qui constituent, pour la région, le seul point s’accès aux mers chaudes (mer Egée, mer Méditerranée) et donc aux océans Atlantique et indien. Suivant la stratégie navale russe sur la libre circulation dans le système des cinq mers pour raison commerciale et défensive, la flotte russe a le pouvoir de circuler sur la mer noire, la mer d’Azov, la mer blanche, la mer baltique et la mer caspienne, (Yvone clément et alii, 2019). c. Enjeu identitaire et mémoriel pour le bloc eurasiatique Il est fondamental d’aborder un autre facteur structurant : la fragmentation identique et linguistique, souvent moins visible mais tout aussi déterminante. Cette mosaïque d’identités, façonnée par l’histoire impériale, soviétique puis postsoviétique, constitue un levier puisant utilisé par les acteurs étatiques et non étatiques pour justifier ou instrumentaliser la guerre. La négation de l’identité ukrainienne par le pouvoir russe qui conteste non seulement le territoire, mais aussi l’identité même de la nation ukrainienne assimilée par le Kremlin à une fiction « entièrement créée par l’Occident », permet de légitimer la destruction de la mémoire collective et historique ukrainienne. D’autre part, il ne faut pas oublier que l’« Holodomor » une famine organisée par le régime stalinien en 1932-1933 en Ukraine lors de laquelle ont péri des millions de victimes, avait aussi pour but d’éliminer l’identité ukrainienne, et c’est la raison pour laquelle que du côté ukrainien, cette guerre recouvre un aspect mémoriel et identitaire majeur, (Mackinder, 1904). L’invasion déclenchée par la Russie se double d’un conflit identitaire mémoriel visant à éradiquer l’identité ukrainienne. Ainsi, des experts de l’ONU ont appelé à l’arrêt des destructions intentionnelles de sites, institutions et objets d’importance culturelle, historique et religieuse en Ukraine, ajoutant que le dénigrement continu de l’histoire et de l’identité du peuple ukrainien était utilisé comme une justification de la guerre et de la haine. En effet, un an après l’escalade des hostilités, de nombreux sites, institutions et objets d’importance culturelle, historique et religieuse en Ukraine ont été partiellement ou entièrement détruits par des attaques militaires de la Fédération de Russie. Certains analystes parlent de guerre culturelle totale, une autre guerre que mène la Russie en Ukraine, et qui semble secondaire, par rapport aux tueries, aux bombardements et à la terrible crise humanitaire qui frappe ce pays, (Giles, Keir, 2022). d. Enjeu politique pour le bloc occidental Les Etats Unis dans cette guerre cherchent à garder leur leadership au niveau mondial et empêcher la Russie de redevenir ne grande puissance et puis, assurer la sécurité de son territoire face à la menace nucléaire provenant de la Russie. L’Union européenne dans cette guerre cherche la souveraineté, la démocratie et la sécurité en Ukraine (réintégration de la Crimée), elle veut une alliance avec l’Ukraine, un accord d’association avec l’Ukraine, une médiation entre l’Ukraine et la Russie, des sanctions contre la Russie, des actions de soutien en faveur de l’Ukraine. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6253 e. Enjeu économique pour le bloc occidental La guerre en Ukraine dépasse de loin les frontières de ce pays, et a toujours eu vocation dans le passé à s’internationaliser et à se régionaliser. Historiquement, l’Ukraine a joué un rôle économique, politique et militaire clef pour la Russie, dans sa lutte avec les « empires occidentaux » pour le partage des zones d’influence. Et cela aussi bien à l’époque de l’empire des Tsars que pendant la « Guerre Froide » et la période post-Guerre Froide. En effet, d’un point de vue économique, l’Ukraine possède un grand potentiel pour la production agroalimentaire et minière. Elle possède également deux ports très importants dans la Mer Noire : Odessa et Sébastopol. En outre, c’est à travers le territoire ukrainien que transite l’essentiel du gaz russe ã destination des pays européens (même si dernièrement la Russie essaye de développer des réseaux alternatifs contournant l’Ukraine). L’Union européenne dans cette guerre cherche à assurer son approvisionnement en gaz. 0.5. Comment ? Cette question permet d’expliquer les modalités de la mise en œuvre de leurs objectifs. Le comment du premier bloc s’explique par divers soutiens de l’occident à l’Ukraine en formation militaire, en armes, médiation entre l’Ukraine et la Russie, accord d’association de l’UE à l’Ukraine, candidature pour intégrer l’OTAN, (Kévin Limonier, 2018). Le comment du deuxième bloc s’explique par le mélange fait par la Russie de hard et soft power : Hard power : la Russie a mobilisé les armes pour annexer la Crimée ; Soft power : La Russie a organisé de grands événements sportifs comme les championnats du monde de football en 2018, nombreux médias russes diffusés à travers le monde dans plusieurs langues etc., (Kévin Limonier, 2018). Titre 3. La probabilité d’assister à une nouvelle guerre froide Depuis la crise ukrainienne de 2014, les termes de « nouvelle guerre froide », « guerre froide II » ou de « guerre froide 2.0 » font florès dans les médias russes et occidentaux. À grand renfort de métaphores plus ou moins subtiles, les fantômes d’un passé que l’on pensait lointain sont désormais invoqués, allant jusqu’à saturer le débat public. Certes, l’expression de « guerre froide » connaissait déjà une nouvelle jeunesse dans le contexte d’une compétition entre la Chine et les États-Unis. Mais la remontée en puissance de l’armée russe, autant que la défense décomplexée de ce que Moscou décrit comme étant ses intérêts ou ceux de ses alliés, encourage l’emploi de ce terme pour désigner les relations entre la Russie, les États-Unis et l’Union européenne. À première vue, des continuités entre hier et aujourd’hui se dégagent, tant en ce qui concerne les protagonistes que les modes opératoires : guerre par procuration, diabolisation réciproque et intimidation militaire, (Pierre Grosser, 1999). Mais bien qu’il importe d’identifier ce que l’on peut aussi désigner par le terme de permanences historiques, peut-on pour autant parler de « nouvelle guerre froide » pour décrire le regain de tensions internationales ? L’expression « guerre froide », qui tient de l’oxymore, apparut pour la première fois sous la plume de George Orwell, dans un très prémonitoire article de l’hebdomadaire britannique de gauche Tribune du 19 octobre 1945, prédisant qu’après les Américains, les Soviétiques auraient à leur tour la bombe et que se constituerait un équilibre de la terreur dans « un état permanent de guerre froide ». La peur de l’anéantissement réciproque avait garanti le statu quo en Europe, mais les guerres en Asie et en Afrique firent des millions de morts. Cette fois, l’épicentre est en Europe, une première depuis 1945. a. La Russie contemporaine: le retour de l’ancien « adversaire » En 2016, la Russie a sans conteste occupé le podium des pays passés au crible de la presse française, aux côtés de la Syrie et des États-Unis. Nombre de contributions en termes d’ouvrages et articles scientifiques lui associent désormais un champ lexical emprunté à l’affrontement Est-Ouest qui marqua la seconde partie du XXe siècle. Mais quelles seraient donc les principales caractéristiques de cette « nouvelle guerre froide » évoquée dans la sphère publique ? Elles se traduiraient tout d’abord par une lutte entre deux visions du monde qui opposerait une Russie Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6254 conservatrice, dirigée par un Vladimir Poutine, tantôt nouveau Tsar, tantôt comparé à Staline, à Hitler, parfois aux deux, symbolisant la menace totale par excellence, et un monde occidental libéral, tourné vers le progrès. En d’autres termes, un nouveau « choc des civilisations » se préparerait donc. Toutefois, le fait que la tendance autoritaire d’un pouvoir faisant référence à un destin national et critiquant l’Occident ne soit pas, en l’occurrence, une spécificité russe, est souvent passé sous silence, (Sophie Momzikoff, 2018). De même qu’il faudrait contenir une Russie impérialiste et agressive, cherchant à ressusciter l’URSS, ce qu’illustrerait la célèbre formule de Vladimir Poutine, par ailleurs souvent citée tronquée : « Celui qui regrette l’URSS n’a pas de cœur, celui qui cherche à la reformer n’a pas de tête. » Selon cette logique, les anciennes républiques soviétiques, en particulier les pays baltes, seraient dans le viseur d’une Russie cherchant à recréer son ancien empire. Ou encore, à l’aune du Russiagate et des cyberattaques « venues de l’Est », se dessinent dans la presse américaine les contours effrayants du visage d’un ennemi omnipotent, coupable d’ingérence et capable à lui seul de changer le destin politique d’une nation tout entière. L’activation par Moscou des canaux de son soft power de manière ouverte et décomplexée, pour preuve, les sites d’information financés par le Kremlin (Sputnik ou RT) peut rappeler les plus chaudes heures de la guerre froide. En outre, les sanctions prises à l’égard de la Russie semblent redonner corps au fantôme d’une URSS isolée de l’Occident. Enfin, la remontée en puissance de l’armée russe depuis 2008, sa projection en Ukraine en 2014 et en Syrie en 2015, font planer le risque d’un conflit indirect. C’est ainsi que ces divers éléments du contexte géopolitique récent alimentent la rhétorique d’une « nouvelle guerre froide ». Ce terme n’est toutefois pas neuf, même s’il s’impose en 2014, à la lumière de la crise ukrainienne. Il fut déjà employé en 2005-2006, à la faveur du conflit gazier où Kiev et Moscou s’affrontèrent, puis en 2008, à l’issue de la guerre russo-géorgienne, (Jean-Robert Raviot, 2016). Aussi, la « guerre froide » fait-elle son grand retour pour décrire deux réalités. Tout d’abord, les conflits d’intérêts opposant la Russie d’un côté, l’UE, les États-Unis et leurs alliés de l’autre. Ensuite, pour faire référence à l’usage offensif que la Russie fait de son soft power, en l’érigeant au rang des principaux leviers de sa puissance. Toujours est-il que la guerre froide étant elle-même associée à un certain nombre de mythes, il convient d’en préciser la définition. Il s’agira, par la suite, de déterminer si les frictions actuelles entre la Russie et les États-Unis peuvent réellement être rapprochées du grand conflit géopolitique qui les opposa au XXe siècle. b. Le retour des blocs en Europe D’un côté Il y a actuellement un bloc occidental et de l’autre, un bloc eurasiatique. Ce bloc eurasiatique, à commencer par la Russie de Poutine et la Chine de Xi Jinping, se cimente sur un ressentiment anti-occidental que partagent nombre de pays d’Afrique et d’Asie. Tels les non-alignés des années 1960, ils se refusent à prendre parti. Et ils représentent une majorité de la population mondiale. L’agression russe contre l’Ukraine marque la fin de l’après-guerre froide et du rêve, déjà bien mal en point depuis l’annexion par Moscou de la Crimée en 2014, d’un vaste ensemble européen auquel la Russie serait, d’une manière ou d’une autre, associée. Les blocs sont de retour en Europe mais la ligne de partage est déplacée de quelque 2 000 kilomètres à l’est de celle dénoncée par Winston Churchill, le 5 mars 1946, lors d’un célèbre discours à l’université de Fulton, dans le Missouri. Ce retour des blocs était en gestation depuis déjà quelque temps, conséquence de la politique toujours plus agressive de dirigeants autoritaires décidés à remettre en cause l’actuel statu quo comme Poutine à Moscou ou Xi Jinping à Pékin. A la différence de la première guerre froide : il y a d’abord la réalité de la mondialisation et de l’imbrication des économies. Mais, même si les camps ne sont pas, comme à l’époque, aussi idéologiquement structurés, le face-àface est mondial ; ensuite même si l’ordre international était bipolaire à l’époque permettant non seulement d’opposer les deux idéologies mais aussi les deux alliances militaires à savoir l’Otan et le pacte de Varsovie, Alice Ekman parle de « bi-mondialisation », pour désigner le découplage progressif de l’ordre mondial entre, d’une part, les États-Unis et ses alliés traditionnels et, d’autre part, la Chine et son « cercle d’amis » composé de la Russie Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6261 Conclusion Les racines de la crise ukrainienne furent visibles dès la fin des années 2000 lorsque deux projets d’intégration régionale prirent forme et conduisirent le pays à un dilemme : association avec l’Union européenne ou union douanière avec la Russie. Les termes de ce choix cornélien ne tiennent pas compte de la réalité économique et sociale de l’Ukraine, qui relève d’une bien plus grande complexité. La décision du gouvernement ukrainien, fin novembre 2013, de ne pas signer l’accord d’association avec l’Union européenne marque le début de la crise. Cet essai avait pour but de répondre à une question importante concernant un événement charnière de notre époque qui a déjà et qui aura certainement des implications futures sur la dynamique géopolitique mondiale. Cette question était de déterminer pourquoi la guerre en Ukraine peut être considérée comme un basculement géopolitique post guerre froide. La thèse qui a été défendue est que pour le premier bloc, le pourquoi de l’Union européenne dans cette guerre est d’assurer son approvisionnement en gaz, l’augmentation de sa zone d’influence politique et économique et assurer la sécurité de son territoire ; le pourquoi des USA dans cette guerre est de garder le leadership au niveau mondial et empêcher la Russie de redevenir une grande puissance, d’augmenter sa zone d’influence politique et économique. Pour le deuxième bloc et plus particulièrement la Russie cherche à : Restaurer son statut de grande puissance et être un acteur qui compte dans le jeu des relations internationales ; préserver son ascendant sur « l’étranger proche » ; augmenter sa zone d’influence politique, économique, culturelle, redevenir une grande puissance mondiale, rivaliser avec les USA, disposer d’un accès aisé à la mer Noir (pour raison commerciales et défensive), attachement historique et symbolique à l’Ukraine. Pour clore, disons qu’en relançant sa guerre contre l’Ukraine le 24 février 2022, l’état final recherché par V. Poutine n’était pas seulement la démilitarisation de l’Ukraine. Mais c’est bien une Russie dominatrice ayant eu sa revanche sur l’Occident et ayant repris ses « droits ancestraux » sur des terres considérées comme historiques. Ce serait alors une erreur de croire que les motivations du président russe sont seulement d’ordre sécuritaire et que, s’il obtenait des concessions territoriales et des garanties de sécurité, il s’en contenterait. Nous sommes confrontés à un problème d’une autre complexité : À un revanchisme assumé. À un impérialisme non dissimulé. À une propagande débridée. À une folie meurtrière. À un dirigeant qui dispose du feu nucléaire, qui s’enferre dans sa réalité, qui a brûlé les ponts et qui ne peut plus faire marche arrière. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6262 REFERENCES I. Ouvrages 1. BRZEZINSKI, le Grand Echiquier : l’Amérique et le reste du monde, paru en 1997. Edition française : Hachette Pluriel référence, janvier 2000 2. OTEMIKONGO, MANDEFU, J, « Guerres des Méthodes en sciences sociales. Du choix du paradigme épistémologique à l’évaluation des résultats », Paris, Harmattan, 2018 3. Odd Arne WESTAD : La guerre froide globale, le tiers-monde, les États-Unis et l’URSS (1945-1991) ; Paris, Payot, 2007 II. Articles des Revues 1. Céline Marangé, approches historiques et politiques de la guerre en Ukraine, IRSEM, mai 2023 2. Corneau, Ukraine : « les origines du conflit », in Collège des forces Canadiennes, JCSP 45 PCEM 142, 2015-2016, pp. 3-24. 3. Georges jures vujic, la nouvelle grammaire géopolitique à la lumière du piège de Thucydide, in l’impact global de la guerre en Ukraine, géostratégiques n° 61 juin 2023, p. 188 4. Pierre-joseph GIVRE, « Premiers enseignements de la guerre d’Ukraine dans le domaine du combat terrestre », in lettre d’information sur les Risques et les crises, n° 68, mais 2023 PP. 8-9. 5. Yvone clément et Alii, « comprendre les conflits internationaux cas pratique : le conflit Ukrainien », in justice et paix, Belgique, février 2019 pp. 1-67. III. Webographie 1. Sophie MOMZIKOFF ; Nouvelle guerre froide, ou difficultés de redéfinir les relations avec la Russie ? In Revue Défense Nationale 2018/2 (N° 807), pages 113 à 116. 2. Jean-Robert RAVIOT : Russie : vers une Nouvelle guerre froide ? ; Paris, la Documentation française, 2016. 3. https://www.lemonde.fr/le-monde-evenements/article/2022/09/22/guerre-en-ukraine-la-nouvellegeopolitique-des-blocs_6142671_4333359.html 4. https://www.lemonde.fr/le-monde-evenements/article/2022/09/22/guerre-en-ukraine-la-nouvellegeopolitique-des-blocs_6142671_4333359.html 5. Depuis un siècle, les très mouvantes frontières des pays européens