La question écologique en Afrique : enjeux et défis pour une politique de développement durable
Abstract
Les enjeux géopolitiques de la crise écologique du monde moderne appellent à la prudence pour ne pas tomber au piège des idéologies politiques de domination. De ce fait, le langage écologique en Afrique ne doit pas se contenter d’évoquer la préservation des autres espèces vivantes végétales et animales, sans se soucier des conditions de vie de la multitude d’hommes et de femmes africains marginalisés et pauvres. Pour être pertinent en Afrique, le discours écologique et le développement durable devrait prendre en compte la situation des « gens d’en bas ». Autrement, ils restent un leurre, sur la droite ligne tracée par les anciennes croyances qui n’ont guère su surmonter le paradoxe de « grenier plein, ventre vide ».
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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 6468 La question écologique en Afrique : enjeux et défis pour une politique de développement durable Madingi Nzundu M.1, Malung’Mper Akpanabi P.2, Bamuene Solo D.3, Bwangila Ibula C.1,4, Umba di M’balu J.1,2,3,4 1 Université Pédagogique Nationale (UPN), B.P. 8815/Kinshasa-Ngaliema 2 Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR) de Mbeo/Idiofa, Campus de l’UCC, B.P. 1534/Kinshasa-Limete 3 Université Président Kasa-Vubu (UKV), B.P. 314 Boma/Kongo Central, RD Congo 4 Université Loyola du Congo (ULC), 7 avenue Père Boka, B.P. 3724/Kinshasa-Gombe Résumé Les enjeux géopolitiques de la crise écologique du monde moderne appellent à la prudence pour ne pas tomber au piège des idéologies politiques de domination. De ce fait, le langage écologique en Afrique ne doit pas se contenter d’évoquer la préservation des autres espèces vivantes végétales et animales, sans se soucier des conditions de vie de la multitude d’hommes et de femmes africains marginalisés et pauvres. Pour être pertinent en Afrique, le discours écologique et le développement durable devrait prendre en compte la situation des « gens d’en bas ». Autrement, ils restent un leurre, sur la droite ligne tracée par les anciennes croyances qui n’ont guère su surmonter le paradoxe de « grenier plein, ventre vide ». Mots clés : Ecologie, enjeux, défis, développement durable et Afrique Abstract: The geopolitical stakes of the modern world's ecological crisis call for caution to avoid falling into the trap of political ideologies of domination. Therefore, ecological language in Africa must not be limited to evoking the preservation of other living plant and animal species, without regard for the living conditions of the multitude of marginalized and poor African men and women. To be relevant in Africa, ecological discourse and sustainable development must take into account the situation of the "people at the bottom." Otherwise, they remain a delusion, in line with ancient beliefs that have barely been able to overcome the paradox of "full granary, empty stomach." Keywords: Ecology, issues, challenges, sustainable development, and Africa Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17625308 1 Introduction La problématique relative aux rapports entre l’homme et son environnement préoccupe de plus en plus l’esprit contemporain en ce qu’elle met en relief une page dramatique d’un parcours plutôt tumultueux et peu élogieux de la présence de l’homme sur la planète-terre. Pour traduire la médiocrité et la morosité de ces relations, on a pris
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6469 l’habitude d’évoquer ce qu’on appelle depuis quelques décennies déjà « la crise écologique ». Tant des phénomènes sont décrits 1 , affichant un état pathologique de l’environnement humain et rendant compte de la réalité d’un monde limité et fragile, et dont il faut se préoccuper. Ces phénomènes portent en eux-mêmes une sagesse et un message qu’il nous faut écouter si nous voulons sauver « la Terre, notre maison commune» 2 . Depuis des décennies, comme d’aucuns le savent, nous vivons dans un monde en danger 3 et que notre avenir est compromis 4 . En effet, notre espèce humaine est devenue un danger pour sa propre survie et celle de la planète entière. Paul RICOEUR l’exprime si bien: « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, celle-ci est capable d’actions dont les effets dangereux sont de dimension cosmique » 5 . Cependant, il convient de noter que cette crise n’est pas perçue ni vécue de la même manière partout dans le monde étant donné que les problèmes écologiques majeurs et les défis à relever ne sont pas les mêmes sous tous les cieux. La lecture qu’on en fait souvent et les solutions proposées portent les marques d’une certaine géopolitique. Dans les lignes qui suivent, notre accent sera plus porté sur la question telle qu’elle se pose en Afrique. Pour ce faire, nous évoquerons tour à tour l’illusion d’une nouvelle ère de domination en douceur (1) et le paradoxe entre l’abondance des richesses naturelles en Afrique et la situation d’extrême pauvreté et de manque dans ce continent (2) avant de proposer l’écologie des gens d’en bas (3) comme un nouveau paradigme pour sauver la relation de l’homme et ce qui l’entoure. En dernier lieu et avant de conclure, l’interrogation sur le sens que peut avoir le développement durable dans le contexte africain (4) bouclera notre réflexion. 2 Illusion d’une nouvelle ère de domination? Dans son célèbre ouvrage intitulé: «Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme », Luc Ferry soutient que c’est en Occident que la dénonciation écologiste des méfaits de l’activité humaine sur l’environnement a acquis un droit de cité. Par contre, « dans le Tiers monde et les pays de l’Est, les nécessités du développement économique relèguent au second plan les questions d’environnement» 6 . En Afrique plus particulièrement, l’éveil de la conscience écologique est encore assez lent, pour emprunter les mots d’Athanase Waswandi, il est à un stade embryonnaire 7 . Hormis quelques érudits, il n’est pas évident que la plupart d’Africains soient très sensibles, voire assez sensibilisés aux défis écologiques; préoccupés par leur propre subsistance, ils semblent accorder très peu de place aux problèmes liés à l’environnement et à la protection de la nature. Pour nombre d’entre eux, la question concerne plus l’Occident et traduit sa peur devant la réduction de ses potentialités naturelles et l’épuisement graduel de ses réserves non renouvelables 8 . D’autres s’interrogent, au regard de l’ampleur de l’alarme catastrophiste: « Ne s’agit-il pas d’une nouvelle idéologie politique de domination que l’impérialisme mondial vaudrait imposer à l’Afrique et au Tiers Monde pour perpétuer son hégémonie? » Cette attitude prudente peut se lire à travers les écrits d’un auteur comme Jean-Marc Ela sur fond d’une expérience vécue parmi les pauvres et les opprimés dans un coin d’une « Afrique étranglée » 9 et « mal partie » 10 . En effet, tel un homme déjà mordu par un chien n’entre pas dans une parcelle sans se rassurer de certaines garanties de sécurité, ainsi aussi une vigilance toute azimute est-elle requise face à la nouvelle religion qui ressemble bien à ce que l’on peut qualifier d’ « une ère de recolonisation en douceur» 11 . Voici ce qu’il exhorte à ce sujet: « Il convient 1 Voir à ce sujet Modeste Madingi Nzundu, Pour une éthique chrétienne de l’environnement dans la théologie de René Coste, Mémoire de Licence (inédit), Kinshasa, Facultés Catholiques de Kinshasa, 1995, p.1. Les manifestations de la crise écologique sont nombreuses à maints endroits sous forme de pollution et de dysfonctionnement de tout le système vital : air pollué, eau polluée, recul de la couverture forestière et perte de la diversité biologique, masses des ordures et des déchets solides tant domestiques qu’industriels parfois hautement toxiques et radioactifs, érosion de la couche d’ozone et cumul excessif des gaz à effet de serre, réchauffement climatique, détérioration de la qualité de la vie et dégradation sociale. 2 FRANCOIS (Pape), Lettre encyclique Laudato Si sur la sauvegarde de la maison commune, Kinshasa, Editions Mediaspaul, 2015, n°21, p. 22. 3 René Coste, Dieu et l’écologie. Environnement, Théologie et Spiritualité, Paris, Editions Atelier–ouvrière, 1994, p.19. 4 COMMISSION MONDIALE SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE DEVELOPPEMENT, Rapport Brundland. Notre avenir à tous, Québec, Editions du Fleuve, 1987, p.33-34. 5 Paul Ricoeur, Lecture 1. Autour du politique, Paris, Editions Seuil, 1991, p.271 6 Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme, Paris, Editions Grasset & Fasquelle, 1992, p.34. 7 Athanase Waswandi Kakule, Ethique écologique chrétienne et promotion africaine de l’environnement, dans Revue Africaine de Théologie (Avril 1993), vol.17, n°55, p.75. 8 Philippe Paraire, L’utopie vert : écologies des riches, écologies des pauvres, Paris, Hachette, 1992, p.86 9 René Dumont et M.-F. Mottin., L’Afrique étranglée. Zambie, Tanzanie, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Cap-Vert, Paris, Editions Seuil, 1982. 10 René Dumont, L’Afrique noire est mal partie, Paris, Seuil, 2012 11 Jean-Marc. Ela, L’Afrique : Irruption des pauvres. Sociétés contre ingérence, pouvoir et argent, Paris, Editions L’Harmattan, 1994, p. 255.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6470 d’examiner la relation de l’être humain à la nature en se rappelant que les entreprises de domination n’ont pas disparu avec la colonisation. Les problèmes d’environnement s’inscrivent dans des enjeux globaux » 12 . A la vérité, ce qu’il importe de dénoncer avec véhémence, c’est la volonté manifeste et perfide de vouloir hypothéquer l’avenir de tout un continent et de le garder en état de dépendance et de retard. Dans cette perspective, pour mieux appréhender les vrais enjeux de la question écologique en Afrique, il est nécessaire de les replacer dans le contexte global d’une société des opprimes et des affamés dont l’histoire est marquée par la lutte pour la survie et contre les injustices criantes à partir desquelles devrait s’opérer la relecture de la mémoire de tout un continent. De fait, l’expérience des années de la traite, de l’esclavage, de la colonisation et du néocolonialisme économique en cours oblige l’intelligence écologique africaine à la prudence face à la bonne foi des maîtres penseurs et créateurs de bonnes théories sur la qualité de la vie et le développement durable qui, dans le fond, n’ont rien d’humain pour continuer à être accueillies avec autant d’enthousiasme parmi les victimes d’autant de fois de report du temps de miel. Devant la réalité persistante de la souffrance indicible et de la douleur noire de l’homme africain, face à la situation des masses des populations dont la misère et la faim sont devenues leur lot ordinaire, comment ne pas soupçonner les intrigues d’un système de domination qui tente indéfiniment à se pérenniser ? A cet égard, l’Afrique Noire devra-t-elle demeurer un continent qui git sous la mainmise de l’Occident, actif à travers ses « groupes d’intérêts en quête de nouveaux comptoirs et des concessions dans ce qui reste encore d’utile dans les pays africains » 13 ou sous d’autres formes de domination politique, économique et technoscientifique qui pèsent sur cette partie du monde ? Mais le paradoxe est bien plus interpellateur. 3 La question écologique en Afrique: le paradoxe de l’abondance et la malediction des richesses Lorsqu’on traite de la question écologique en Afrique, il est difficile d’éluder le paradoxe de l’abondance mieux exprimé en ces termes: « grenier plein, ventre vide ». Cette situation taraude toutes les intelligences intéressées. Enclins à l’afro-pessimisme, beaucoup semblent s’y accommoder quelque peu parce que la solution parait relever de l’utopie à cause d’une certaine volonté qui se résigne de voir le continent noir se tenir debout et braver sa pénurie et sa précarité pour se libérer de la main noire qui le retient sous cette coupe. En effet, alors que l’Afrique, « scandale géologique » 14 (figure 1), doit exploiter ses richesses pour booster son développement afin d’améliorer les conditions de vie de sa population, on lui exige de sauvegarder ses ressources naturelles afin de garantir la survie de la planète et l’avenir de l’humanité. Pourtant, comme d’aucuns le savent, ces richesses ont longtemps servi et servent encore à renforcer la puissance des grandes puissances qui ont mis en place des politiques de pillages taillées sur mesure et à leur seul profit pour faire fonctionner leurs industries et donner de la constance à leurs économies. Dans sa Lettre encyclique Laudato Si’ sur la sauvegarde de la maison commune, le pape FRANCOIS invite à réfléchir sur cette triste réalité qui depuis des lustres pèse sur les épaules des plus démunis de la planète pourtant en quête eux-aussi d’un état universel de bien-être. Il affirme: «De diverses manières, les peuples en développement où se trouvent les plus importantes réserves de la biosphère, continuent d’alimenter le développement des pays riches au prix de leur présent et de leur avenir » 15 . Notons que l’incise sur la présence d’importantes ressources naturelles dans les zones des pays pauvres n’est pas sans intérêt. Elle relève le drame des sociétés africaines dont les ressources naturelles sont livrées au pillage pendant que leur avenir n’augure aucune perspective heureuse. Une décennie plus tôt, Jean-Marc ELA constatait déjà dans la douleur ce paradoxe: « De grandes régions d’Afrique regorgent de richesses convoitées et exploités par les pays riches mais elles sont pratiquement condamnées à vivre dans la misère et comme en marge du monde » 16 . Dans ce sens, il n’y a point de doute que les peuples africains vivent chez eux une expérience de « grenier plein, ventre vide », soumis à des systèmes d’exploitation élaborés en fonction de la destruction de leur vie afin de les tenir captifs dans la pauvreté et la dépendance. A ce sujet, il convient de dénoncer la stratégie d’extraversion adoptée par l’esprit impérialiste, à savoir: « l’implantation en Afrique d’industries exclusivement orientées vers l’exportation, ne tenant nullement compte des besoins primaires des pays d’accueil » 17 . Dans la plupart des cas, 12 Jean-Marc. Ela, Repenser la théologie africaine. Dieu qui libère, Paris, Editions Karthala, 2003, p.120. 13 Jean-Marc. Ela, L’Afrique : Irruption des pauvres. Sociétés contre ingérence, pouvoir et argent, Paris, Editions de L’Harmattan, 1994, 255. 14 P. Nsangulula Cisungu, L’Afrique noire face à la crise écologique. Pour une gestion équilibrée de la nature, dans Cahiers des religions africaines, Nouvelle série (2020), Vol.1, n°1, p.103. 15 FRANCOIS (Pape), Lettre encyclique LAUDATO SI’ Sur la sauvegarde de la maison commune, Kinshasa, Mediaspaul, 2015, n°52, p.51 16 Jean-Marc Ela, Repenser la théologie africaine. Dieu qui libère, Kinshasa, Editions Karthala, 2003, p.120. 17 Jean-Marc. Ela, Le cri de l’homme africain. Questions aux chrétiens et aux églises d’Afrique, Paris, Editions Karthala, p.81.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6471 ces structures d’exploitation ont été conçues ailleurs pour empêcher à l’Afrique de jouir de ses richesses en rendant difficile l’accès. Ecoutons le Pape FRANCOIS qui s’exprime en des termes précis qui ne cachent pas son indignation: « La terre des pauvres est riche et peu polluée, mais l’accès à la propriété des biens et aux ressources pour satisfaire les besoins vitaux leur est interdit par un système des relations commerciales et de propriété structurellement pervers » 18 . La réalité est telle que, puisque les matières premières sont ailleurs, les puissances occidentales, alors au sommet de la puissance techno-scientifique, vont les exploiter très loin au-delà des mers, même au cou de canons s’il le faut. Et le Sud n’en paie pas moins un lourd tribut 19 . Figure 1 : Illustration de la carte géologique de l’Afrique Source : https://www.aa.com.tr/fr/afrique/graphique-les-ressources-naturelles-source-despoir-pour-lavenir-delafrique/871406# consulté le 24 octobre 2025 à 12h15 Car, de pires conséquences de telles pratiques ou manières de faire sont évidentes dans ces pays en développement. Outre les pollutions et la dépendance, elles ont été à la base des inégalités sociales et de la pauvreté endémiques tant scandées dans un continent à genou, victime de ses richesses. Le continent africain est devenu un exemple palpable de la malédiction des ressources et du paradoxe de l’abondance. Certaines guerres qui y sévissent trouvent leurs causes profondes dans la convoitise de ses richesses par ceux qui, depuis des siècles ont cultivé le sentiment d’être « plus humains que les autres, comme s’ils étaient nés avec de plus grands droits » 20 . D’un point de vue écologique, l’interrogation sur ce qui en un sens parait assez paradoxal est bien claire entre d’une part, l’exigence de garantir la survie de la planète et l’avenir de l’humanité par la sauvegarde de l’environnement et d’autre part, la situation des inégalités et d’extrême pauvreté dans laquelle vivent la plupart des africains. 18 FRANCOIS (pape), op. cit, n°52, p.51. 19 Paul Nsangulula Cisungu, L’Afrique noire face à la crise écologique. Pour une gestion équilibrée de la nature, dans Cahiers des religions africaines, Nouvelle série (2020), Vol.1, n°1, p. 103. 20 Ibid., n°90, p.89
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6472 Est-il possible pour l’Afrique de sortir la multitude de ses fils et filles d’un système bien planifié de domination où « le développement des uns implique le sous-développement des autres » 21 ? Comment dans ce cas « mettre l’homme africain en état d’échapper à la misère et à l’inégalité, au silence et à l’oppression » 22 sans faire valoir ses forêts, ses sols, ses espaces, ses terres et ses eaux ? Autre variante: quel discours écologique conviendrait mieux dans le contexte d’« un peuple qui porte sur son visage les marques d’une longue tradition de servitude et de mépris » 23 , de pauvreté et d’oppression et qui a besoin de sortir du gouffre de ses affronts? Ainsi, nous sommes d’avis avec Jean-Marc Ela lorsqu’il affirme : « les pays pauvres ne sont pas dévoués à devenir des sanctuaires où l’humanité doit conserver des réserves d’espèces vivantes dont les pays riches ont besoin pour nettoyer l’atmosphère polluée par les industries que les gouvernements craignent de s’aliéner en s’engageant dans des politiques d’économie d’énergie et de réduction de gaspillages » 24 . Quant à l’Afrique, son aliénation n’a que trop duré. Elle doit se réveiller de sa léthargie pour déceler les petits pièges des systèmes qui la tiennent captive, en état de mendiante ; elle doit transformer ses richesses pour le bien de sa population présente sans hypothéquer en même temps le droit des générations à venir à une vie digne. Dans cette perspective, l’enjeu majeur réside dans la lutte à mener pour libérer les peuples d’Afrique noire du joug d’un système conçu ailleurs pour l’intérêt d’ailleurs et qui mine la vie en Afrique. Il est question de sortir l’Afrique des arcanes d’un paradigme dominateur, manipulateur et oppresseur pour rencontrer les vrais défis environnementaux de l’homme africain en rapport avec sa situation de précarité. 4 Un nouveau paradigm: écologie des “gens d’en bas”. En cherchant à identifier la racine humaine de la crise écologique du monde moderne, le Pape FRANCOIS ne se résigne pas de pointer du doigt outre l’anthropocentrisme moderne, « la globalisation du paradigme technocratique » comme « origine de beaucoup de difficultés que connait notre monde actuel » 25 . Dans cette optique, la crise écologique actuelle apparait comme l’extériorisation particulière d’une crise plus profonde de la civilisation occidentale techno-scientifique et industrielle: elle exprime l’impasse de la modernité. Cela étant, devant cette crise des repères et des paradigmes sur lesquels devrait se construire le discours écologique dans le monde contemporaine, particulièrement en Afrique, des auteurs élèvent leurs voix et plaident pour un nouveau paradigme afin de soigner notre relation avec la nature et avec l’environnement. Au nombre de ceux-ci, Jean-Marc Ela pense, -et c’est là son mérite-, qu’il est nécessaire de « situer la problématique de l’environnement dans l’axe des rapports entre les riches et les pauvres » 26 . En effet, la persistance du grand fossé entre l’opulence et la surconsommation au Nord d’une part, et la misère et la faim au Sud d’autre part, constitue désormais un luxe que l’humanité ne peut plus se permettre d’autant plus que ses implications sur le plan social et écologique demeurent assez néfastes pour notre planète. En même temps qu’il provoque un déséquilibre interrelationnel entre individus, peuples et nations, cet écart inquiète la vie globale de l’humanité. Voilà pourquoi il importe d’avoir plus de lucidité pour appréhender au mieux les vrais problèmes que la crise écologique pose à l’Afrique contemporaine aussi bien dans ses relations avec les autres continents que du point de vue de l’équité intergénérationnelles pour des solutions plus adaptées. Dans cette logique, le nouveau paradigme exige de relire la crise du point de vue des pauvres et des opprimés : « il s’agit de s’imposer le retour au concret et accepter de descendre dans les bas-fonds où vit le peuple pour penser l’avenir à partir des failles et des contradictions qui restent explosives » 27 . Bien plus pour être claire et précis, « il s’agit de partir de la vie des africains et des besoins concrets des communautés africaines 28 , partir « des gens d’en bas » qui forment le monde de petits peuples des pauvres et des opprimés vivant généralement dans nos villages et en milieu populaire de nos villes et cités et qui ne cherchent pas mieux que l’amélioration de leurs conditions de vie. Cela revient à dire de manière assez explicite que la problématique environnementale en Afrique devrait 21 Jean-Marc Ela, Le cri de l’homme africain, Paris, Editions l’Harmattan, 1980, p.8. 22 Ibid. 23 Ibid. 24 Jean-Marc Ela, Repenser la théologie africaine, Le Dieu qui libère, Paris, Editions Karthala, p.120 25 FRANCOIS (Pape), op. cit, n°106-107, p.104-105. 26 Jean-Marc Ela, Repenser la théologie africaine, p.120. 27 Jean-Marc Ela, L’Afrique : Irruption des pauvres. Sociétés contre ingérence, pouvoir et argent, Paris, Editions L’Harmattan, 1994, p.8. 28 Vincent Leclercg, « Pour une éthique sociale et politique de l’écologie. Enjeux et défis du rapport à la vie les théologies africaine s », in Gouvernance et défis écologiques en Afrique aujourd’hui. Actes des dix-neuvièmes journées scientifiques, organisées du 16 au 19 décembre 2015, Kinshasa, Usakin, 2016, p.167.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6473 être traitée en ayant un regard attentif sur les inégalités qui caractérisent nos sociétés. Le discours à ce sujet ne saurait être assez pertinent si la question de la survie de la planète et l’avenir de l’humanité n’est pas écrite en lettres de noblesse qui soulignent l’incompatibilité du contexte de la famine et de l’oppression comme le sont aussi les « mythes » de la modernité et de la « croissance infinie ou illimitée» 29 avec la survie de l’humanité et du cosmos. De la sorte, focaliser les efforts et la lutte sur la vie de l’arbre et de l’animal seule reste superficiel sinon idéologique, le vrai problème en Afrique étant celui de la survie des millions d’hommes et de femmes qui se débrouillent pour subsister aux affres de la domination et de la pauvreté. Il n’est donc pas possible de projeter l’avenir de la planète en Afrique sans être attentif au « discours muet des couches des exploités de nos sociétés » 30 ou plus précisément sans écouter « la clameur des opprimés de notre continent » 31 . De manière plus claire, le Pape FRANCOIS précise en ces termes : « Une approche écologique se transforme toujours en une approche sociale, qui doit intégrer la justice dans le discussions sur l’environnement pour écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » 32 . Dans cette vision qui met l’accent sur les considérations sociales, il s’agit de prendre en compte les tristesses, les angoisses et les espoirs de petits peuples des villages et des bidonvilles d’Afrique et se mettre au diapason du drame des affamés des contrées riches du continent, sans oublier les conditions de vie assez préoccupantes des exclus de nos sociétés. 5 Les défis écologiques en Afrique et le développement durable 5.1 Les défis écologiques en Afrique Faire croire qu’en Afrique nous vivons dans un monde sain, sans heurts écologies relèverait de l’idéologie. Pardessus tout, on ne saurait occulter la réalité des défis que lance l’écologie au continent noir. Car, d’aussi graves problèmes de gestion de l’environnement se posent de manière récurrente et avec acuité en Afrique. Au regard des facteurs endogènes et des défis structurels évidents, l’Afrique doit, de ce fait, éviter la politique d’Autruche et dire que les problèmes écologiques ne la concernent pas et qu’elle n’y est pour rien. Bien au contraire et en général, comme René Lenoir le fait remarquer, elle est entrain de devenir « le cauchemar du monde » 33 . Dans une étude menée à ce sujet, Mathieu Merino donne une typologie très intéressante et suggestive des risques liés à l’environnement en Afrique. La liste signale entre autres : un degré élevé d’incertitude climatique, un accès à l’eau de plus en plus difficile, une désertification extrêmement menaçante et un équilibre difficilement atteignable entre agriculture, sécurité alimentaire et protection de l’environnement 34 . A cela s’ajoute la croissance démographique inquiétante, le saccage des forêts avec une perte énorme de la biodiversité, l’expansion urbaine anarchique, la dégradation des terres, l’extrême vulnérabilité au dérèglement climatique 35 . La plupart des villes africaines sont exposées aux effets d’érosions et d’inondations, elles sont de plus en plus insalubres. En tout cas, il est difficile d’ignorer toutes ces menaces qui affectent la qualité de la vie en Afrique et déséquilibrent le monde naturel africain. De ce fait, elles méritent de bousculer notre imaginaire tant individuel que collectif, parce qu’elles doivent être prises au sérieux si nous voulons sauver l’Afrique des marasmes de son environnement. En effet, si les explications pour justifier ces différents phénomènes, aussi nombreuses que variées, alimentent encore les débats entre chercheurs et hommes de science, on s’accorde à affirmer d’une part, leurs incidences sur l’équilibre des écosystèmes qu’ils brisent et d’autre part, leur caractère endogène pour souligner la responsabilité de l’Afrique qui pourrait elle-même les contrôler et les endiguer 36 . Par ailleurs, outre les facteurs endogènes de la crise écologique africaine, le continent est aussi confronté à d’autres défis économiques et surtout structurels lui sont imposés de l’extérieur et qui cautionnent son cauchemar et le pérennisent. Qu’il nous suffise pour cela d’évoquer dans cette rubrique ce que les sapeurs pompiers ont euxmêmes créé : une Afrique de la faim, une Afrique poubelle ou encore une Afrique des refugiés et des déplacés, 29 FRANCOIS (Pape), op. cit, n°106, p. 107. 30 Jean-Marc. Ela, Ma foi d’africain, p.127. 31 Jean-Marc. Ela, Le cri de l’homme africain, p.15. 32 FRANCOIS (pape), op. cit, n°49, p.47 33 René Lenoir, cité par Athanase. Waswandi Kakule, Art. cit, p.75. 34 Matthieu Merino, « Les défis environnementaux en Afrique, quels enjeux pour le continent », in Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, Décembre 2021. Disponible sur : https://dakarforum.org 35 Modeste Madingi Nzundu, op.cit., p. 74-79. 36 Ibid., p. 74.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6474 autant des réalités vécues par les populations paysannes d’Afrique et qui mettent en mal notre environnement 37 . En effet, outre le fait que l’Afrique reste dans sa presque totalité un continent des peuples affamés, elle est en train de devenir peu à peu une véritable poubelle pour les pays riches. On assiste à l’exportation vers les pays en développement des déchets solides ainsi que de liquides toxiques voire même des vieilles technologies polluantes et longtemps abandonnées par les pays exportateurs. Les guerres récurrentes et commanditées par-ci par-là exposent bien le visage d’un continent dont personne ne semble se soucier de l’épanouissement de sa population, sinon par des slogans creux, pas même ses propres fils au pouvoir, complices des systèmes d’exploitation et de paupérisation des masses africaines. En effet, il s’observe depuis des décennies que l’Afrique git sous le poids des dominations multiformes lui imposées à la fois de l’extérieur par l’impérialisme mondial et de l’intérieur par ses propres dirigeants depuis l’avènement de l’Etat postcolonial. Cette dernière catégorie se contente de se maintenir au poste malgré tout pour garantir les intérêts des leurs parrains en même temps qu’ils amassent leurs propres profits au dépens des masses des populations dont la misère et la faim font partie de leur identité. Avec grande précision, Jean-Marc Ela interpelle à ce sujet: « Certes, l’Afrique n’est pas un simple terrain de jeu des grandes puissances. Il faut prendre conscience de la responsabilité des classes dirigeantes dans le processus d’appauvrissement des masses africaines. Aux injustices et oppressions provoquées du dehors, s’ajoute en effet un cortège de misères qui résultent des modes de rapport entre l’Etat et le Peuple » 38 . Et de poursuivre: « Tel est le drame des sociétés africaines livrées au pillage par les classes dirigeantes qui ne cherchent qu’à se reproduire en faisant de l’Etat lui-même une affaire au service de leurs intérêts» 39 . Dans cette perspective, l’un des défis majeurs que sous-tend la question écologique en Afrique est celui de la lutte contre la pauvreté et pour l’avènement d’un monde plus juste. Il suggère que le salut de la terre passe par la libération anthropologique de l’homme en Afrique 40 . A contrario, tant que subsisteront les injustices et se multipliera le nombre des démunis, l’espoir de résoudre la question écologique en Afrique demeurera un leurre. C’est dire aussi qu’au nom de la survie des autres êtres vivants, on ne peut occulter les vrais problèmes urgents qui accablent les masses des populations soucieuses de sortir de l’état de pauvreté et de passer des conditions de vie moins humaines aux conditions de vie plus humaines pour tout l’homme africain et pour tous les africains. 5.2 Développement durable: “Solution alternative” ou “nouvelle croyance”? Les Conférences de Stockholm en 1972 et de Rio de Janeiro en 1992 sur l’environnement et le développement dans le monde ont le grand mérite d’éveiller les consciences sur l’avenir de notre Planète-Terre. Dans l’intervalle, le Rapport de Brundland en 1987 sous l’intitulé : Notre avenir à tous, évoquait entre autre solution pour résoudre les problèmes suscités par ce qu’on qualifie aujourd’hui de crise écologique et relever les défis environnementaux en Afrique et dans le monde, l’expression « développement durable » comme la voie royale de sortie et alternative à la crise. La littérature à ce sujet est assez abondante, elle insiste sur l’intégration à l’ancienne conception qui limitait naïvement le terme « développement » à la seule dimension économique liée à la croissance, d’autres dimensions importantes notamment socioculturelles, humaines et surtout écologiques basées sur le critère de la durabilité et/ou de la soutenabilité, c’est-à-dire la capacité de s’étaler à long terme, sans mettre en péril les intérêts des générations futures ni sacrifier les générations présentes. 37 Ibid., p. 80-86. Lire aussi : de CASTRO, J., Géographie de la faim. Tragique, permanente, accusatrice : la faim, Paris, Editions Seuil, 1972, p. 267-268. 38 Jean-Marc. Ela, Ma foi d’Afrique, Paris, Editions Karthala, 1985, p.157. 39 Jean-Marc Ela, L’Afrique : Irruption des pauvres. Sociétés contre ingérence, pouvoir et argent, p. 254. 40 Grégoire. Maloba, « Salut du cosmos et libération anthropologique. Pour dire Dieu pertinent en Afrique », in Théologiques (2020), vol. 28, n° 2, p.76-88. Disponible sur : htpps://doi.org/10.7202/108001ar
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6475 Figure 2 : Illustration des pilliers du développement durable Source : http://lehublot.paulduez.org/2016/11/20/une-definition/ consulté le 24 octobre 2025 à 12h20’ La question qui se pose est la suivante: « Que signifie développement durable dans une Afrique de la faim, une Afrique poubelle ou une Afrique des refugiés ou des déplacés? » En d’autres termes, comment parler du développement durable dans le contexte de la plupart des pays africains qui en réalité, à ce jour et pour emprunter l’expression de Philippe Paraire, « n’ont trouvé aucune voie de développement, pas la moindre » 41 ? Lorsqu’on parle de l’Afrique dans ce secteur, une certaine image est devenue stéréotypée, celle qui peint un continent pauvre où la misère et la pénurie se portent à merveille au sein de la population. Il suffit d’observer la vie dans les villages et villes africains pour se rendre compte de grandes inquiétudes de l’homme africain aujourd’hui: la montée des inégalités, la dégradation des conditions de vie des populations, insuffisance de nourriture, problème d’eau et d’électricité, constructions anarchiques, la dépendance de plus en plus grande par rapport au monde extérieur. Dans cette même optique, Georges Tadonki relève dans son article: «Géopolitique de l’Eglise catholique au XXIème Siècle en Afrique », que le défi de l’économie et de la justice sociale demeure aussi très préoccupant dans le Continent africain. A l’en croire, les pays de cette partie du monde, surtout ceux situés au Sud du Sahara, présentent des inégalités particulièrement criantes, avec une forte croissance démographique, un taux excessif de chômage, des déficits structurels chroniques des économies et la corruption endémique, figeant la redistribution de la richesse en Afrique 42 . Ces pays sont pour ainsi dire confrontés depuis des années au problème de sousdéveloppement, marqués en plus par le déficit des infrastructures, l’insuffisance des réseaux de transport et de communication, des structures économiques assez fragiles, l’essor de l’économie informelle pour la survie, l’instabilité politique, l’exploitation des jeunes dans les conflits armés intra et interétatiques. Les populations de ces pays vivent depuis longtemps un paradoxe, car en dépit d’immenses richesses que regorge ce content, la vie des Africains n’a guère changé et les indicateurs socio-économiques sont demeurés assez faibles jusqu’à présent et les obstacles au décollage du continent noir demeurent quasi permanents. Au vrai, l’histoire politique et économique de l’Afrique des temps modernes et de notre époque contemporaine témoignent qu’il n’y a jamais eu un sursaut de volonté avérée pour aider l’homme africain à sortir des marasmes dans lesquels baigne sa vie. Bien au contraire, c’est la même politique d’exploitation du continent africain qui a changé de costume au fil des temps: des siècles sombres de la Traite Negrière, marque véritable du déni de l’humanité qu’a connue l’Afrique, aux programmes d’ajustement structurel, expression plausible d’un néocolonialisme qui ne dit pas son nom, en passant par de très longues années de la colonisation avec leurs formes 41 Philippe Paraire, L’utopie verte : écologie des riches, écologie de pauvres, Paris, Editions Hachette, 1992, p. 187. 42 Georges Tadonki, « Géopolitique de l’Eglise catholique en Afrique au XXIème Siècle », in Outre-Terre (2015), Vol.4, n°45, p. 169. Lire aussi Armand Totouom, « Les obstacles au développement industriel de l’Afrique », in L’actualité économique (Septembre 2018), Vol. 94, n°3, p. 363-387.
Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 6476 insoupçonnées de violence, d’injustice et de l’arbitraire, suivies des pratiques d’aides aux pays en développement d’après les indépendances, le processus de la paupérisation de l’Afrique a fait son bonhomme de chemin. Le seul mérite de ces systèmes, c’est d’avoir contribuer au sous-développement du continent en creusant davantage le fossé des inégalités entre le Nord et le Sud et au sein des sociétés africaines. Ce tableau sombre de la situation du développement en Afrique défie les théories avancées sur le développement durable dans ce continent. Ne feront-t-elles jamais la différence? Autrement, nous serions en présence d’une nouvelle religion créée pour distraire l’Afrique dans ses efforts de trouver des réponses qui conviennent aux vrais défis liés à la survie de sa population. Ce qui invite à repenser les perspectives écologiques nouvelles en Afrique, mieux plus que la sauvegarde de l’arbre et de l’animal, dans le sens de l’engagement à aider les hommes et les femmes africains à passer des conditions de vie moins humaines aux conditions de vie digne d’humanité et ce, à un temps long. 6 Conclusion Comment peut-on se battre de manière acharnée pour la préservation des autres espèces vivantes et accepter dans le même temps « les situations permanentes de misère déshumanisante », où la majorité des habitants de la planète sont sans travail ni eau, sans pain ni toit ou privés de dignité tout court au Sud et quand juste à coté, au Nord, l’opulence s’exhibe avec arrogance? Face à cette question fondamentale, la problématique environnementale devrait être traitée en ayant un regard attentif sur les énormes inégalités qui caractérisent nos sociétés africaines. Au regard de la vie de la multitude d’hommes et de femmes qui font l’expérience du grenier plein et ventre vide, et se débrouillent pour subsister aux affres de la pauvreté, la question écologique en Afrique devrait se poser en des termes bien différents. Il s’agit de dépasser les pires illusions politiques de domination pour apporter des solutions idoines aux multiples problèmes des gens d’en bas. Plusieurs années plus tard, après son apologie, le développement durable serait-il l’alternative indispensable pour juguler la crise ou demeure-t-il sur les traces d’anciennes croyances qui n’ont été qu’un leurre pour les Africains, un nouveau concept pour maintenir l’Afrique dans sa position ordinaire? En tout état de cause, le langage écologique et du développement durable ne saurait être audible et surtout pertinent en Afrique tant que subsisteront toutes formes de marginalisations, autrement dit, lorsqu’il n’inclura pas les conditions des pauvres et des exploités. La priorité en Afrique passe par là. REFERENCES [1] COMMISSION MONDIALE SUR L’ENVIRONNEMENT ET LE DEVELOPPEMENT (1987) Rapport Brundland. Notre avenir à tous, Québec, Editions du Fleuve, p.33-34. [2] Coste R., (1994) Dieu et l’écologie. Environnement, Théologie et Spiritualité, Paris, Editions Atelier– ouvrière, p.19. [3] Dumont R. et Mottin., M.-F. (1982) L’Afrique étranglée. Zambie, Tanzanie, Sénégal, Côte-d’Ivoire, Guinée-Bissau, Cap-Vert, Paris, Editions Seuil. [4] Dumont, R., (2012) L’Afrique noire est mal partie, Paris, Seuil, 2012 [5] Ela, J.-M., (1980) Le cri de l’homme africain. Questions aux chrétiens et aux églises d’Afrique, Paris, Editions Karthala, p.81. [6] Ela, J.-M., (1994) L’Afrique : Irruption des pauvres. Sociétés contre ingérence, pouvoir et argent, Paris, Editions L’Harmattan, p. 255. [7] Ela, J.-M., (2003) Repenser la théologie africaine. Dieu qui libère, Paris, Editions Karthala, p.120. [8] Ferry L., (1992) Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme, Paris, Editions Grasset & Fasquelle, p.34. [9] LeclercG, V. (2016) « Pour une éthique sociale et politique de l’écologie. Enjeux et défis du rapport à la vie les théologies africaine s », in Gouvernance et défis écologiques en Afrique aujourd’hui. Actes des dix-neuvièmes journées scientifiques, organisées du 16 au 19 décembre 2O15, Kinshasa, Usakin, p.167. [10] Madingi Nzundu M., (1995) Pour une éthique chrétienne de l’environnement dans la théologie de René COSTE, Mémoire de Licence (inédit), Kinshasa, Facultés Catholiques de Kinshasa,