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Copyright ©Author(s) 2025. All Rights Reserved. Published by Global Publication House | GPH-International Journal of Educational Research Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire) By Author(s): ________________________________________ DOTE Chantal Institut d’Ethno-Sociologie, Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire TRAORE Tiamba Institut d’Ethno-Sociologie, Université Félix Houphouët Boigny d’Abidjan, Côte d’Ivoire Adou Saint-Blanc KASSY Université Alassane Ouattara de Bouaké, Côte d’Ivoire ________________________________________ Abstract This article analyzes the issue of recovery in relation to the social fabric in a post-conflict environment. It aims to describe the mechanisms implemented to rebuild cohesion in the Duékoué department, a locality that experienced the disintegration of its social bonds following various socio-political crises. Using a purely qualitative approachŕwhich reflects the complexity of social relations and community dynamics and highlights the depth of discourse, representations, and social interactionsŕthe study is based on semi-structured interviews and focus groups conducted with a purposive sample of 35 participants, selected according to social position and community affiliation. The results show that social and economic assistance initiatives, the rehabilitation of socio-community infrastructure, and community interaction activities are strategies that have contributed, to varying degrees, to improving weakened social bonds. However, major challenges remain for the effective and sustainable consolidation of social cohesion. Keywords: Social reconstruction, social bonds, socio-economic assistance, territorialization of action, social cohesion. ARTICLE ID: #02167 10.5281/ZENODO.17652201 e-ISSN 3050-9599 p-ISSN 2795-3264 Page 18 of 34 VOLUME 08 ISSUE 10 OCTOBER - 2025
Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 18-34. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 © 2025 GPH | International Journal of Educational Research | https://gphjournal.org/index.php/er Mécanismes de reconstruction cohésion et recompositions des liens sociaux en contexte post-crise à Duékoué (Côte d’Ivoire) RÉSUMÉ Cet article analyse la question du rétablissement liée au tissu social dans un environnement post conflit. Il vise à décrire les mécanismes mis en place dans la reconstruction de la cohésion dans le département de Duékoué, localité ayant subi la désintégration de son lien social suite aux différentes crises socio-politiques. Dans une approche purement qualitative qui traduit la complexité des rapports sociaux et des dynamiques communautaires, mettant ainsi en évidence la profondeur des discours, les représentations et les interactions sociales. Aussi, des entretiens semi directifs et des focus groups ont été réalisé auprès d’un échantillon raisonné de 35 participants. Ceux-ci repartis selon les critères de position sociale et d’appartenance communautaire. Les résultats montrent que les actions d’assistance sociale et économique, la réhabilitation des infrastructures sociocommunautaires et les activités d’interaction communautaires sont autant de stratégies qui ont plus ou moins participé à l’amélioration des liens sociaux fragilisés. Toutefois, pour une consolidation efficiente et durable de la cohésion sociale, des défis majeurs sont à relever. Mots clés : Reconstruction sociale, liens sociaux, assistance socio-économique, territorialisation de l’action, cohésion sociale How to cite: Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 1834. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 1. INTRODUCTION La reconstruction post-crise et la cohésion sociale dans les sociétés affectées par des conflits violents ont fait l'objet de nombreux travaux en sciences sociales, notamment en sociologie, en anthropologie politique et en science politique. Ces travaux s'intéressent aux formes de recomposition des liens sociaux, aux pratiques locales de résilience, ainsi qu’aux logiques de réconciliation et de justice dans les sociétés divisées. À cet effet, la notion de cohésion sociale, fréquemment mobilisée dans les discours politiques et institutionnels pour répondre aux dysfonctionnements sociaux, constitue un objet central de réflexion dans la tradition sociologique. Elle renvoie aux mécanismes par lesquels les individus, malgré leurs différences, parviennent à vivre ensemble de manière relativement pacifique et organisée. Ainsi, dès la fin du XIXe siècle, É. Durkheim (1895) s'interroge sur les transformations sociales engendrées par les révolutions industrielles et politiques en France. Il observe un processus d’individualisation qui libère l’individu des cadres traditionnels d’intégration tels que la famille, la religion ou la communauté villageoise. Cette évolution remet en cause les formes de solidarité mécanique propres aux sociétés traditionnelles. Cette mutation sociale, marquée par l’essor d’une solidarité plus organique, repose sur la complémentarité des fonctions sociales, mais fragilise les sentiments d’appartenance collective. Durkheim se demande alors dans quelle mesure une société hétérogène peut maintenir une cohésion sociale suffisante pour garantir sa propre reproduction. Plus tard, dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale, Talcott Parsons cité par G. Rocher (1972), Page No. 19
Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire) Volume 08 Issue 10 October 2025 élabore une approche fonctionnaliste des sociétés modernes. Pour lui, les dérives du libéralisme européen ont conduit aux tragédies politiques du XXe siècle. Il propose d’analyser la société comme un système composé de sous-systèmes interdépendants, régulés par un ensemble de valeurs partagées acquises au cours du processus de socialisation. Dans cette perspective, l’individu s’efface derrière le système, qui devient le principal garant de l’ordre social et de la stabilité. Ces deux perspectives, bien que différentes, ont en commun de faire de la cohésion sociale une condition de stabilité des sociétés complexes, notamment par leur insistance sur les mécanismes de régulation des conflits et de production de l’ordre social. Toutefois, cette lecture tend à naturaliser les dispositifs de cohésion, sans toujours interroger les causes structurelles des tensions ou des fractures sociales. La cohésion sociale est définie par B. Lahire (2002) comme l’ensemble des processus qui permettent à des individus socialement différenciés de coexister dans un espace commun. En contexte post-crise, elle suppose la reconstruction des normes de confiance, la gestion des mémoires conflictuelles, ainsi que la réinvention de formes de vivre-ensemble. Pour Émile Durkheim (1967), la cohésion est le produit d'une solidarité, mécanique ou organique. En contexte de rupture violente, cette solidarité est profondément mise à mal. J-F. Bayart (1999), quant à lui, insiste sur la nécessité d’analyser les pratiques sociales locales dans leur historicité. Il inclut les formes d'ethnicisation des conflits et les configurations clientélistes. Ces dernières peuvent nourrir les tensions. Elles peuvent aussi servir de médiations postcrise. En plus, dans les sociétés post-conflit, le rapport au passé est central. P. Ricœur (2000), interroge les tensions entre mémoire collective et oubli nécessaire à la paix. La mémoire peut être un ferment de cohésion, mais aussi un obstacle à la réconciliation si elle reste sélective ou instrumentalisée. Dans le contexte africain, les travaux de T. Murithi (2006) sur les commissions vérité et réconciliation montrent que les dispositifs de justice transitionnelle doivent être adaptés aux cultures locales. L’imposition de modèles étrangers peut parfois exacerber les ressentiments. Aussi, la reconstruction post-conflit a d'abord été pensée dans une logique institutionnelle, souvent centrée sur l'État et les mécanismes de stabilisation. Selon R. Marchal (2006), ces dispositifs tendent à privilégier des approches technocratiques, souvent déconnectées des réalités sociales locales. Pourtant, la reconstruction effective des sociétés passe aussi, et surtout, par la réactivation des solidarités, la recomposition des identités collectives, et la réparation symbolique des traumatismes. D. Chandler (2006), dans ses travaux sur la « gouvernance post-conflit », critique cette approche descendante qui invisibilise les dynamiques sociales endogènes. Il plaide pour une reconnaissance des acteurs communautaires et des formes locales de gestion du conflit, souvent plus adaptées aux spécificités contextuelles. Par ailleurs, le contexte ivoirien, marqué par une série de crises politico-militaires depuis 1999, offre un terrain d’étude particulièrement riche. Les travaux de F. Akindès (2004) mettent en lumière le rôle des fractures identitaires (notamment autour de la question de l’ivoirité), ainsi que les dynamiques de ségrégation spatiale, d'exclusion sociale, et de violence symbolique. Dans le cas spécifique de l’Ouest ivoirien (et notamment Duékoué), l’étude A. Babo (2010) souligne la complexité des relations intercommunautaires, souvent tendues entre autochtones, allochtones et allogènes. L’accès à la terre, les mémoires du conflit, et les dispositifs de réparation sont au cœur des tensions, mais aussi des tentatives de reconstruction.
Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 18-34. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 © 2025 GPH | International Journal of Educational Research | https://gphjournal.org/index.php/er Dans cette dynamique, J-K. Bosson (2006) s’est intéressé aux processus permettant de faire évoluer une société marquée par la peur, la méfiance et la violence, vers une forme de réhabilitation du lien social et de rééquilibrage des rapports sociaux. F. Sanou (2006), pour sa part, a analysé les obstacles liés au fonctionnement des mécanismes institutionnels de cohésion sociale, en mettant en lumière leurs limites dans un contexte où les réalités socioculturelles sont souvent négligées. Cependant, peu de travaux se sont penchés sur l’analyse en profondeur des causes de la fracture sociale. Or, si les dispositifs de reconstruction peinent à produire des effets durables, cela peut s’expliquer par leur inadéquation face aux réalités sociales et culturelles qui fondent cette fracture. L’absence de cette réflexion en amont contribue au maintien des tensions latentes, notamment dans les sociétés post-conflit. C’est dans cette perspective que s’inscrit notre étude. Elle vise à décrire les mécanismes de reconstruction sociale, à la lumière de l’analyse des facteurs alimentant les dynamiques du repli identitaire dans la Sous-Préfecture de Duékoué. 2. DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE Située dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, la Sous-préfecture de Duékoué constitue le site d’étude de ce travail. Cette localité, fortement marquée par les crises politico-militaires survenues entre 2002 et 2011, est l’un des épicentres des violences intercommunautaires, notamment lors de la crise post-électorale de 2010-2011. Duékoué représente aujourd’hui un espace significatif pour l’analyse des processus de reconstruction sociale, de réconciliation communautaire et de recomposition des liens sociaux, dans un contexte de retour progressif à la paix. En effet, les investigations se sont déroulées dans la région du Guémon notamment dans la sous-préfecture de Duékoué et principalement dans les villages de Nanandy, ToblyBangolo, Néambly et au quartier Carrefour qui est un village de la Sous-Préfecture intégré à la ville. La sous-préfecture de Duékoué se situe à l’Ouest de la Côte d’Ivoire à environs 500 kms de la capitale économique Abidjan. Elle est limitée : Au Nord par le département de Bangolo, au Sud par le département de Soubré, à l’Est par les départements de Daloa et Issia et à l’Ouest par le département de Guiglo. Selon le recensement ggénéral de la population et de l’habitat, (RGPH,2021), la population de Duekoue est estimée à 220953 habitants. L’Ouest ivoirien dont fait partie le ddépartement de Duekoue dispose d'importantes ressources forestières (Kadet ,2015) favorable à la culture du cacao.Cela fait du département de Duekoue une zone migratoire à cause de la main d'œuvre étrangère (Toh et Koffi 2016) On constate un déséquilibre démographique à la forte migration, et cela a un impact sur les rapports sociaux qu’entretiennent les autochtones et les migrants au sujet de la « terre ». Les localités enquêtées ont été choisies en fonction de leur situation et leur proximité avec la ville de Duékoué. Il faut dire que ces localités étant situées sur l’axe Duékoué -Daloa c’est-à-dire la voie menant à Abidjan, la capitale économique, elles furent les premières cibles des forces rebelles lors de l’offensive dite de « libération » du pays le 28 mars 2011. Le village de Néambly, situé sur l’axe DuékouéŔDaloa à cinq kilomètres de la ville de Duékoué, est celui qui a enregistré le plus de dégâts matériels ainsi que de pertes en vies humaines. Le quartier abritant les autochtones a été totalement détruit. En effet, la population autochtone dans ce village fut accusée de s’être attaquée aux populations de la communauté Malinké au moment de la contestation du pouvoir entre le FPI et le RDR. C’est donc en guise de représailles que les proOuattara dans leur offensive de libération du pays, se sont Page No. 21
Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire) Volume 08 Issue 10 October 2025 acharnés sur le quartier des autochtones. Le village de Tobly-Bangolo, situé à dix-sept kilomètres de Duékoué sur l’axe DuékouéŔDaloa, a logiquement subi les affres de l’offensive de libération du pays menée par les forces pro-Ouattara dans leur progression vers le sud. Ce village a enregistré de nombreux dégâts matériels et des pertes en vies humaines. Il faut noter que tout comme dans le premier village c’est le quartier des autochtones qui est toujours attaqué. Nanandy, village située à une vingtaine de Duékoué sur le même axe que les deux premiers, fut également accusé de s’être attaqué aux populations migrantes lors de la période de contestation des résultats des élections. Ici également il y a eu des pertes en vies humaines, des hommes ayant subi des sévices corporels, des maisons incendiées et détruites. Et cela toujours du côté des populations autochtones. Ces trois premiers villages sur l’axe Duékoué-Daloa sous l’accusation de s’être attaqué aux populations migrantes installées dans leurs villages lors de la période de contestation des résultats du second tour des élections ont payé les frais lors de la progression des forces pro Ouattara vers le sud du pays. Les quartiers des autochtones ont été saccagés par les forces pro Ouattara ; Des maisons incendiées et les droits humains violés. Plusieurs biens matériels emportés. Le quartier carrefour, quartier de la commune de Duékoué, il constitue la porte d’entrée en provenance de Daloa. Communément appelé « carrefour » il aussi connu sous le vocable de Diayé Bernard et abrite un grand nombre de l’ethnie guéré, population autochtone. Ce quartier fut le lieu de l’organisation de la résistance lors de la pénétration des groupes de la rébellion de 2002, à savoir le MPIGO et MJP. C’est dans ce quartier que tous les groupes d’autodéfense se retrouvaient et les grandes décisions étaient prises à partir de ce lieu. Ce quartier a été sérieusement saccagé. La population autochtone massacrée par les forces proOuattara car, ils recherchaient un chef des groupes d’autodéfense du nom de vieux « Colombo », un autochtone. C’est ici que l’on a découvert des cadavres dans des puits. Les habitants nous parlent de deux fosses communes non loin de la broussaille jouxtant le quartier. En mot, ce quartier a connu des atrocités et jusqu’à présent on dénombre plusieurs personnes portées disparues. Ce sont tous ces éléments qui motivé le choix ces quatre lieux pour dans notre enquête. L’étude s’intéresse principalement aux acteurs sociaux impliqués ou affectés par les dynamiques post-crise. Il s’agit notamment des habitants des différentes communautés socioculturelles de Duékoué, qu’ils soient autochtones, allochtones ou allogènes. Mais aussi les leaders communautaires et religieux, ainsi que les acteurs associatifs et de la société civile engagés dans la médiation et la promotion de la cohésion sociale. À ces acteurs s’ajoutent les autorités administratives et locales, telles que les chefferies et la sous-préfecture impliqués dans la gestion de l’après-crise. Ces acteurs constituent la population cible de l’étude, car leurs expériences vécues, leurs perceptions du conflit, ainsi que leurs pratiques sociales de reconstruction ou de repli identitaire sont essentielles à la compréhension des logiques de recomposition sociale en contexte post-conflit. Par ailleurs, l’étude repose sur une approche qualitative, visant à saisir la complexité des rapports sociaux et des dynamiques communautaires dans un espace post-crise. Cette approche permet d’accéder à la profondeur des discours, des représentations et des interactions sociales. La sélection des participants repose sur des critères d’inclusion qualitatifs : Résider ou avoir résidé à Duékoué pendant ou après la crise ; appartenir à l’une des communautés (ethniques ou religieuses) impliquées ou affectées par les tensions ; avoir été acteur ou témoin des dynamiques sociales de conflit ou de réconciliation ; donner un consentement libre et éclairé à la participation à l’étude. Pour recueillir les données, plusieurs
Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 18-34. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 © 2025 GPH | International Journal of Educational Research | https://gphjournal.org/index.php/er techniques qualitatives ont été mobilisées. Des entretiens semi-directifs réalisés auprès d’un échantillon raisonné de 35 participants, répartis selon des critères de position sociale et d’appartenance communautaire. Ces entretiens ont permis de recueillir des récits de vie, des représentations du conflit, des trajectoires de reconstruction, ainsi que des perceptions sur la cohésion sociale actuelle. Des groupes de discussion (focus groups) organisés avec des membres de différentes communautés afin d’explorer les rapports intercommunautaires, les stratégies de cohabitation et les formes de mémoire collective. Des observations de terrain, réalisées dans les espaces communautaires (marchés, lieux de culte, réunions de quartiers, etc.) pour appréhender les interactions sociales ordinaires, les pratiques de solidarité ou les signes de tensions persistantes. Par ailleurs, Un échantillonnage raisonné a été retenu en fonction de la pertinence des profils. Adapté aux recherches qualitatives en contexte social complexe, il vise à maximiser la diversité des points de vue et des expériences plutôt qu’à rechercher une représentativité statistique. 3. RÉSULTATS La carte ci-dessous présente la zone de l’étude. Source : Réalisation, Doté Chantal, 2021 Les résultats de l’étude indiquent l’existence de mécanisme de reconstruction de la cohésion sociale comme réponse à la dégradation du lien social et une territorialisation de l’action collective comme action concrète de reconstruction de la cohésion sociale. 3.1. Les mécanismes de reconstruction de la cohésion sociale comme réponse à la désintégration du lien social Àprès une crise violente, les structures sociales sont fragmentées. À Duékoué, la mise en place de mécanismes spécifiques (comité de retour, facilitateurs, comité de projets) s’inscrit dans une logique de régénération du tissu social, visant à restaurer les normes de Page No. 23
Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire) Volume 08 Issue 10 October 2025 coexistence et à rétablir une confiance collective, souvent érodée dans les sociétés postconflit. 3.1.1. Le comité de retour et de paix comme instance de médiation sociale Ce comité joue un rôle central dans la gestion du retour des déplacés internes. Il agit comme un médiateur entre les groupes en tension (autochtones/allochtones, victimes présumés), facilitant la négociation et le pardon. Il réintroduit une régulation communautaire, fondée sur des principes de dialogue, de réconciliation, et de réparation morale. C’est un comité de prévention de conflits et de facilitation au retour des populations. Ce comité est composé des membres des différentes communautés existant dans les villages. Ils jouent également le rôle de facilitateur auprès de leur communauté. Un des leaders communautaires explique comment ce comité a été mis en place et explique son rôle. Lors des attaques nous avons trouvé refuge dans les différents camps. Mais les conditions hygiéniques y étaient presqu’inexistantes. Quelques habitants de mon quartier qui étaient réfugiés dans le même camp que moi, avions émis l’idée d’un retour sous la surveillance des forces onusiennes. Ce que nous avions soumis aux différents responsables des camps. Parce que la promiscuité faisait que plusieurs enfants tombaient souvent malades. L’insalubrité grandissante était la cause de diarrhée et des enfants en mourraient. Des personnes âgées en étaient victimes. Tout cela nous a donné l’idée de vouloir retourner chez nous bien avant que les autorités ne se penchent sur le problème des déplacées internes. Lorsque le gouvernement a pris la décision de fermer les camps de réfugiés, nous avons sensibilisé les populations pour leur montrer le bien fondé de notre retour dans nos différents villages et quartiers Mais nombreux étaient ceux qui ne voulaient pas , à cause du traumatisme et de la peur, car il s’est produit trop d’atrocités et beaucoup avaient perdu trop de biens .Seulement, quelques personnes sont venus avec nous .Avec l’aide des ONG et sous escorte des forces de l’ONU nous avons procédé à la désinfection du quartier, à la fermeture des puits où des corps avaient été découverts. Il y a eu la réhabilitation de quelques maisons qui n’étaient pas trop endommagées. On nous a même distribué des vivres et non vivres, offert des kits scolaires à nos enfants et il eut une couverture médicale à travers des séances de vaccinations. C’est comme ça que petit à petit les gens ont regagné leurs lieux de résidence initiale. Mais c’est avec l’incendie du camp de Nahébly que plusieurs déplacés sont retournés chez eux. B. C. Responsable du comité de retour et de paix du quartier Carrefour Ce discours met en évidence les raisons de la mise en place des mécanismes de réinsertion des populations déplacées. En effet, en montrant les actions menées par les pouvoirs publics et privés, on s’aperçoit de la qualité de vie et des besoins auxquels sont exposées les populations déplacées. 3.1.2. Les facilitateurs comme vecteurs de résilience communautaire Issus des communautés elles-mêmes, les facilitateurs incarnent une forme de leadership informel ou intermédiaire, jouant un rôle clé dans la résilience sociale. En tant qu’agents de liaison, ils mobilisent les ressources sociales disponibles (savoir local, mémoire
Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 18-34. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 © 2025 GPH | International Journal of Educational Research | https://gphjournal.org/index.php/er collective, réseaux de solidarité) pour reconstruire une intelligence collective nécessaire à la paix durable. Ce sont les membres des communautés ethniques vivant dans les villages et quartier. Ils sont formés par les ONG pour la sensibilisation à la paix ; au pardon et à la tolérance. Leur rôle est d’instaurer la confiance au sein de la communauté pour favoriser la réconciliation. Le contenu des formations que nous avons reçues, nous permet de lutter contre les stéréotypes, les rumeurs, l’ignorance au sein de notre communauté. Nous avons également acquis des compétences en matière de compréhension et de définition de conflits et de la cohésion sociale. Cela nous a beaucoup aidé pour convaincre nos parents à retourner au village. Parce que certains pensent que les populations étrangères sont responsables de la situation que nous avons vécue et il y avait trop de rumeurs en ville disant que c’étaient pour arrêter des personnes supposées être des miliciens. » G.A., un facilitateur du village de Tobly-Bangolo. À travers ce témoignage on découvre, les méthodes mises en place pour faciliter le retour des déplacés. Il met également en exergue les éléments pris en compte pour lutter contre les comportements et attitudes de peur et de méfiance. En effet, l’action de ce comité par ce discours est de favoriser un environnement propice à la paix pour le déclenchement d’un « vivre ensemble » durable dans les localités enquêtées. Il faut dire que ces facilitateurs communautaires sont comme des médiateurs au sein de leur communauté. Ils ont la capacité d’écouter, de communiquer facilement et d’examiner les convictions des membres de leur communauté sur des conflits puis de les résoudre au sein de leur communauté et même au-delà de celle -ci. 3.1.3. Le comité de projets, une institutionnalisation du vivre-ensemble Par l’implémentation de projets communautaires (réhabilitation d’infrastructures, développement local), ce comité favorise une coopération intercommunautaire concrète. Il traduit la solidarité en action et renforce le capital social bridging (entre groupes différents), condition essentielle à une cohésion sociale horizontale. Les comités de projets sont créés pour pallier aux difficultés socio-économiques car la crise a eu des répercussions sur des infrastructures communautaires et partant sur le revenu des populations. Des initiatives sont prises dans le cadre de la réhabilitation des structures socio-économiques. Le comité de projets est une structure regroupant des hommes et des femmes de toutes les couches sociales et de toutes origines vivant sur le même espace géographique Il pose des diagnostiques dans les villages afin de créer des microprojets. Il favorise entre autres le vivre ensemble ou amène les populations à réapprendre le vivre ensemble. Il assure également la consolidation des rapports sociaux brisés entre les communautés socio-culturelles, à travers la création des activités génératrices de revenus. Page No. 25
Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire) Volume 08 Issue 10 October 2025 Avec la Banque Mondiale et l’assistance de l’ANADER, le projet de la riziculture a été réalisé. On a créé une rizière dans le bas-fond où tout le monde travaille c'est-à-dire que les femmes et les hommes de toutes les ethnies et toutes les nationalités qui vivent ici. Chaque matin ils se retrouvent là-bas pour travailler. À la récolte, ils vont vendre le riz et se partager l’argent ou créer une coopérative ça dépendra d’eux. Il y a d’autres projets comme cela qui sont faits dans les villages voisins. Il y a même des jeunes qui sont formés actuellement à l’hévéaculture et à l’élevage. Une ONG avec l’aide de PNUD a réhabilité la cantine scolaire ». D.J., un des superviseurs des différents projets La déclaration de ce leader communautaire nous renseigne clairement sur l’objectif de toutes ces actions menées. Elles ont pour but de favoriser un climat de paix, afin de déclencher de nouveaux rapports sociaux et un « vivre ensemble ». Ceci pour un développement humain durable. Photo 2 : un projet de riziculture réalisé avec l'appui de la banque mondiale Source : Doté Chantal, enquête de terrain, 2016 Le responsable du secteur du développement rural vient renchérir les propos précédents pour mettre en évidence le rôle primordial du comité de projet. Dans les villages ou quartier on a mis en place des microprojets en fonction des catégories sociales et de leur statut. Exemple, au quartier carrefour nous avons avec l’aide des partenaires au développement créé un micro projet dans lequel on retrouve tous les ex-combattants. Dans le village de Néambly, on a regroupé les femmes de toutes les communautés autour d’un projet de riziculture. On regroupe aussi les jeunes (filles et garçons) de toutes les communautés autour d’un autre projet et ainsi de suite. Plusieurs projets sont dans les villages autour desquels les différents membres des communautés se retrouvent. » Monsieur T.R, chef du service du développement rural.
Chantal, D., Tiamba, T., & KASSY, A. (2025). Mechanisms of Social Cohesion Reconstruction and the Recomposition of Social Bonds in a Post-Crisis Context in Duékoué (Côte d’Ivoire). GPH-International Journal of Educational Research, 8(10), 18-34. https://doi.org/10.5281/zenodo.17652201 © 2025 GPH | International Journal of Educational Research | https://gphjournal.org/index.php/er 6. Chandler D. (2006). Empire in Denial: The Politics of State-Building, London : Pluto Press. - Chataignier J-M et al, (2007). Etats Sociétés fragiles : Etats et Sociétés fragiles : Entre Conflits, reconstruire et développement, Kartala, Paris. 7. Durkheim É. (1895). "Crime et santé sociale", in : Revue philosophique, 39, pp. 518523. 8. Durkheim É. (1967). De la division du travail social. Paris : Les Presses Universitaires de France, Huitième édition. 9. Fassin D. (2002). Les figures de l'autre. Race, sexualité et pluralisme culturel. La Découverte. - Fofana M et Traoré K. (2015). "Analyse de la durabilité de la cohésion dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire : une mise en œuvre empirique à partir des relations autochtones et allogènes", in : European Journal of Business and Social Sciences, Volumes 4, n°9, pp. 1-13 10. François K. N et Anselme, N. B. (2016). "Conflits Fonciers Intercommunautaires Et Fracture Sociale Dans Les Régions Du Guémon Et Du Cavally À L’ouest De La Côte d’Ivoire. European Scientific Journal, ESJ, 12(14), pp. 240-261. - Guibléon B. (2011). "La construction sociale d’un ancêtre chez les peuples Wê de la Côte d’Ivoire, In : Ethiopiques, n°87, P167 -182 11. Guy R. (1972). Talcott Parsons et la sociologie américaine, Paris : Les Presses universitaires de France - Kadet G. B. (2015) :" L'Ouest forestier ivoirien : enjeux et problème d’une zone grise «, Cahier d'outre-mer, revue géographique de Bordeaux, juillet -septembre 2015, no271 pp 285-462 - Koné M. (2006). "Foncier rural, Citoyenneté et Cohésion Sociale en Côte d’Ivoire : la pratique du tutorat dans la sous-préfecture de Gboguhé," in : Colloque international sur les frontières de la question foncière, Montpellier, pp.1-27. - Kupelsa I. (2000). "Analyse des conflits dans le tiers monde : intolérance et guerre, où va le monde ?", in : Téléman°4, pp.43-48. - Kupelsa I. (2000). "Analyse des conflits dans le tiers monde : intolérance et guerre où va le monde ?", in : Téléma n°4, pp. 43-48 12. Lahire B. (2002). Portraits sociologiques. Dispositions et variations individuelles, Paris : Nathan. - Lecaillon J. (1979). La société des conflits, les tensions entre l’économique, le social et le politique, Le centurion, Paris. - Marchal R. (2006). La militarisation de l'humanitaire : l'exemple somalien. Paris : CNRS Éditions. 13. Murithi T. (2006). African approaches to building peace and social solidarity, In : International Peacekeeping, vol. 13, n° 1, pp. 25-35. 14. Olivier de Sardan, J.-P. (1995). Anthropologie et développement. Essai en socioanthropologie du changement social. Karthala. 15. Paugam, S. (2008). Le lien social. PUF. 16. Rapport de Recensement Général de la Population et de l'Habitat,en Côte d'Ivoire, (2021) 17. RICŒUR Paul, (2000), La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris : Seuil, 662 p. - Sanou F. (2006). Un exemple de restauration et de consolidation de la cohésion sociale : l’expérience de l’ONG care international dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, Mémoire de DESS en gestion des conflits, CERAP, Abidjan - Sfez L. (1992). Critique de la communication. Seuil. Page No. 33
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