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Comptabilité comme facteur d'accès au crédit bancaire des PME en RDC

Eddy NKINKI NSIMBA; Patrick TSAKALA MUSAMU; Guy MBAU GIBANDA

Abstract

Ce papier examine le rôle central de la comptabilité dans l'amélioration de l'accès au crédit bancaire pour les PME en République Démocratique du Congo. Il souligne que la majorité des PME congolaises opèrent sans système comptable structuré ou avec une comptabilité sommaire, ce qui crée une insuffisance d’informations financières fiables pour les banques. Cette situation engendre une forte asymétrie d’information, augmentant le risque perçu par les établissements financiers, qui réagissent souvent en refusant ou en plaçant des taux d’intérêt élevés sur les crédits. L’étude montre que la tenue d’une comptabilité régulière, conforme aux normes telles que le SYSCOHADA, permettrait aux PME de renforcer leur crédibilité, de réduire l’incertitude, et de négocier de meilleures conditions de financement. Une comptabilité fiable et normale constitue un levier stratégique pour faciliter l’accès au crédit bancaire, soutenir la croissance des PME et favoriser leur développement économique en RDC. A l’issue d’une enquête menée sur un échantillon de 227 PME, l’approche statistique a servi de guide pour appréhender cette incidence. Les résultats conquis de l’analyse de la Variance (Anova) montrent que les entreprises utilisant une comptabilité manuelle ou informatisée présentent de meilleures chances d’obtenir un crédit, tandis que celles qui ne tiennent pas de comptabilité régulière rencontrent davantage de difficultés à convaincre les institutions financières de leur solvabilité et de leur fiabilité. Ainsi, plus la comptabilité d’une PME est fiable, à jour et conforme aux normes, plus elle inspire confiance aux banques et réduit le risque de refus de crédit au seuil de 5%. À l’inverse, l’absence de tenue comptable ou une comptabilité informelle limite considérablement la capacité des PME à justifier leur performance financière, accentuant ainsi leur exclusion du financement bancaire formel. Mots clés : Comptabilité, crédit, PME, RDC

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International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) Vol. 4, No. 3, Novembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.ijemf.com 66 Comptabilité comme facteur d’accès au crédit bancaire des PME en RDC Par Eddy NKINKI NSIMBA* Doctorant et chercheur à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Kinshasa ; Patrick TSAKALA MUSAMU ** Doctorant et chercheur à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Kinshasa ; Guy MBAU GIBANDA*** Doctorant et chercheur à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Kinshasa ; RÉSUMÉ Ce papier examine le rôle central de la comptabilité dans l'amélioration de l'accès au crédit bancaire pour les PME en République Démocratique du Congo. Il souligne que la majorité des PME congolaises opèrent sans système comptable structuré ou avec une comptabilité sommaire, ce qui crée une insuffisance d’informations financières fiables pour les banques. Cette situation engendre une forte asymétrie d’information, augmentant le risque perçu par les établissements financiers, qui réagissent souvent en refusant ou en plaçant des taux d’intérêt élevés sur les crédits. L’étude montre que la tenue d’une comptabilité régulière, conforme aux normes telles que le SYSCOHADA, permettrait aux PME de renforcer leur crédibilité, de réduire l’incertitude, et de négocier de meilleures conditions de financement. Une comptabilité fiable et normale constitue un levier stratégique pour faciliter l’accès au crédit bancaire, soutenir la croissance des PME et favoriser leur développement économique en RDC. A l’issue d’une enquête menée sur un échantillon de 227 PME, l’approche statistique a servi de guide pour appréhender cette incidence. Les résultats conquis de l’analyse de la Variance (Anova) montrent que les entreprises utilisant une comptabilité manuelle ou informatisée présentent de meilleures chances d’obtenir un crédit, tandis que celles qui ne tiennent pas de comptabilité régulière rencontrent davantage de difficultés à convaincre les institutions financières de leur solvabilité et de leur fiabilité. Ainsi, plus la comptabilité d’une PME est fiable, à jour et conforme aux normes, plus elle inspire confiance aux banques et réduit le risque de refus de crédit au seuil de 5%. À l’inverse, l’absence de tenue comptable ou une comptabilité informelle limite considérablement la capacité des PME à justifier leur performance financière, accentuant ainsi leur exclusion du financement bancaire formel. Mots clés : Comptabilité, crédit, PME, RDC International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 67 ABSTRACT This paper examines the central role of accounting in improving access to bank credit for SMEs in the Democratic Republic of Congo. It highlights that the majority of Congolese SMEs operate without a structured accounting system or with only basic accounting, which creates a lack of reliable financial information for banks. This situation creates a significant information asymmetry, increasing the perceived risk for financial institutions, which often respond by refusing loans or charging high interest rates. The study shows that regular accounting in accordance with standards such as SYSCOHADA would enable SMEs to strengthen their credibility, reduce uncertainty, and negotiate better financing terms. Reliable and standard accounting is a strategic lever for facilitating access to bank credit, supporting the growth of SMEs, and promoting their economic development in the DRC. Following a survey of a sample of 227 SMEs, a statistical approach was used to assess this impact. The results obtained from the analysis of variance (ANOVA) show that companies using manual or computerized accounting have a better chance of obtaining credit, while those that do not keep regular accounts find it more difficult to convince financial institutions of their solvency and reliability. Thus, the more reliable, up-to-date, and compliant an SME's accounting is, the more confidence it inspires in banks and the lower the risk of credit refusal, to the point of 5%. Conversely, the absence of accounting or informal accounting significantly limits the ability of SMEs to justify their financial performance, thereby accentuating their exclusion from formal bank financing. Keywords: Accounting, credit, SMEs, DRC Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17660734 INTRODUCTION Dans un environnement économique marqué par la mondialisation et la compétitivité accrue, les petites et moyennes entreprises jouent un rôle essentiel dans la croissance économique, la création d’emplois et la réduction de la pauvreté. En Afrique subsaharienne, elles représentent environ 90 % du tissu entrepreneurial et contribuent à près de 40 % du PIB 1 . En République Démocratique du Congo, leur poids économique est indéniable : elles constituent le socle de l’économie locale et participent activement à la diversification de la production nationale 2 . Cependant, le développement des PME congolaises est freiné par un accès limité au financement bancaire, souvent cité comme le principal obstacle à leur croissance. Selon un rapport de la Banque Centrale du Congo, moins de 20 % des PME parviennent à obtenir un crédit bancaire, faute de garanties suffisantes et d’informations financières fiables 3 . Les établissements de crédit perçoivent 1 Banque mondiale. Financement des PME en Afrique subsaharienne : défis et opportunités. Washington D.C. : World Bank Publications,2020, p.12. 2 Ministère des Petites et Moyennes Entreprises. Rapport sur le développement des PME en RDC, 2022, p.25. 3 Banque Centrale du Congo. Rapport annuel sur la stabilité financière en RDC. Kinshasa : BCC,2023, p.32. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 68 un risque élevé en raison de l’opacité de la gestion financière des entreprises, souvent liée à une faible culture comptable et à l’absence de documents comptables normalisés. Dans ce contexte, la comptabilité s’impose comme un instrument stratégique de communication financière et un levier de confiance entre les PME et les banques. Comme le souligne Hoarau et Teller, la comptabilité constitue « le langage des affaires », permettant à l’entreprise de dialoguer avec ses partenaires financiers à travers des états financiers normés 4 . Elle traduit la situation économique de l’entreprise, informe sur sa performance, et permet d’apprécier sa solvabilité et sa capacité de remboursement. En d’autres termes, la comptabilité joue un rôle central dans le processus de bancarisation des PME. Lorsqu’elle est tenue de manière régulière, sincère et conforme aux normes (notamment le SYSCOHADA révisé adopté en RDC en 2018), elle favorise la transparence financière, réduit l’asymétrie d’information entre l’entreprise et la banque, et facilite la prise de décision de crédit 5 . Malgré les réformes comptables initiées par l’État congolais, la majorité des PME continue de fonctionner sans système comptable structuré. Beaucoup tiennent une comptabilité sommaire, souvent axée sur les flux de trésorerie, sans respect des principes comptables généralement admis. 6 Cette situation rend difficile la production d’états financiers fiables exigés par les banques avant tout octroi de crédit. Les institutions financières, pour leur part, se montrent réticentes à financer ces entreprises, invoquant un manque de transparence et une incertitude élevée quant à leur capacité de remboursement. Ce cercle vicieux absence de comptabilité formelle conduisant à une exclusion du crédit bancaire freine la croissance et la formalisation du secteur des PME en RDC. L’accès au crédit bancaire dépend en grande partie de la qualité de l’information financière fournie par la PME. Les institutions financières s’appuient sur les documents comptables (bilans, comptes de résultats, flux de trésorerie) pour évaluer la solvabilité et la capacité de remboursement des entreprises. Une comptabilité mal tenue ou inexistante accroît l’incertitude et pousse les banques à appliquer des taux d’intérêt élevés, voire à refuser le financement. À l’inverse, une information comptable complète, régulière et conforme aux normes permet à la PME de négocier de meilleures conditions de crédit et d’accéder plus facilement aux ressources financières nécessaires à sa croissance 7 . Ainsi, en prenant le cas des petites et moyennes entreprises de la Ville de Kinshasa, ce papier tentera pour ce faire de répondre à la question ci-après : Dans quelle mesure la comptabilité constitue-t-elle un facteur déterminant de l’accès des PME au crédit bancaire en République 4 Hoarau, C., & Teller, R. La comptabilité financière : théorie et pratique. Édition. Economica, Paris, 2019, p.17. 5 Tchankam, J.P. Le SYSCOHADA révisé et la transparence financière des entreprises africaines. Edition. CEDA, Abidjan, 2018, p.19. 6 Mukendi, J. La gouvernance comptable des PME en République Démocratique du Congo. Kinshasa : Presses Universitaires Congolaises,2021, p.2. 7 Stiglitz, J. E. & Weiss, A., Credit Rationing in Markets with Imperfect Information, American Economic Review, 1981, p.39. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 69 Démocratique du Congo particulièrement de la Ville de Kinshasa ? La première partie de ce papier s’appesanti sur la revue conceptuelle et théorique. La deuxième partie présente la méthodologie. La troisième partie se consacre sur l’analyse de données. 1. REVUE CONCEPTUELLE ET THEORIQUE Ce point a pour objectif de présenter le cadre théorique et conceptuel de l’étude. Il définit les concepts fondamentaux relatifs à la comptabilité et au financement des petites et moyennes entreprises, tout en exposant les principales approches théoriques qui soutiennent l’analyse. Il s’agit ainsi de situer la recherche dans un contexte scientifique clair et cohérent. 1.1. Comptabilité des PME La comptabilité constitue un système d’information essentiel pour la gestion et la prise de décision dans les entreprises. Dans le cas des PME, elle joue un rôle crucial en matière de transparence, de suivi des performances et de justification financière vis-à-vis des partenaires externes (banques, investisseurs, administration fiscale, etc.). Les normes comptables applicables aux PME visent à simplifier les exigences sans compromettre la fiabilité de l’information produite. 1.1.1. Définition et rôle de la comptabilité dans les PME La comptabilité peut être définie comme un système d’organisation de l’information financière qui permet de collecter, classer, enregistrer et présenter les opérations économiques d’une entreprise. Elle constitue un outil essentiel de gestion, de contrôle et de communication financière. Dans le cas des Petites et Moyennes Entreprises, la comptabilité occupe une place centrale car elle sert à la fois à : suivre l’évolution de la situation financière et des performances de l’entreprise ; fournir des informations fiables aux dirigeants pour la prise de décision ; répondre aux exigences légales et fiscales et établir des rapports à destination des partenaires externes (banques, investisseurs, fournisseurs, État, etc.) Selon Nguyen, « la comptabilité des PME n’est pas seulement un outil de mesure, mais un véritable levier de pilotage stratégique et de communication économique » 8 . 1.1.2. Spécificités de la comptabilité des PME Contrairement aux grandes entreprises, les PME présentent certaines particularités comptables liées à leur taille, à leur structure de gestion et à leurs ressources limitées. - Simplicité du système comptable : Les PME utilisent souvent un système comptable simplifié, adapté à leur niveau d’activité. Les exigences réglementaires sont allégées afin de réduire les coûts administratifs et de conformité ; - Concentration des responsabilités : Le chef d’entreprise joue fréquemment un rôle central dans la tenue des comptes et la prise de décisions financières. Cela peut conduire à une certaine subjectivité dans l’enregistrement ou l’interprétation des données ; 8 Nguyen, T. H. La comptabilité des PME : Outil de mesure et de pilotage stratégique. Paris : Presses Universitaires de France,2018, p.45. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 70 - Manque de ressources humaines qualifiées : De nombreuses PME ne disposent pas de comptables professionnels à plein temps, ce qui peut affecter la qualité et la fiabilité de l’information financière ; - Utilisation de la comptabilité à des fins fiscales : Dans bien des cas, la comptabilité est perçue avant tout comme une obligation légale ou fiscale, plutôt que comme un outil de gestion. Comme le souligne Bocqueraz 9 , « la culture comptable des dirigeants de PME reste souvent limitée à une logique de conformité, au détriment de la fonction stratégique de l’information financière ». 1.1.3. Importance stratégique de la comptabilité pour le financement des PME La comptabilité joue un rôle crucial dans le processus d’accès au financement. Une information comptable fiable, claire et régulière permet : d’accroître la crédibilité de l’entreprise auprès des institutions financières ; de réduire les asymétries d’information entre le prêteur et l’emprunteur ; de faciliter l’évaluation du risque par les banques ; et d’améliorer la gouvernance financière de l’entreprise. Selon Berger et Udell 10 , « la transparence de l’information financière influence directement la relation entre la PME et ses sources de financement externes ». Ainsi, une comptabilité bien tenue ne se limite pas à une exigence légale : elle devient un instrument de confiance et de performance économique. 1.2. Approches théoriques relatives à la comptabilité et au financement des PME 1.2.1. Théorie de l’agence Cette théorie met en évidence la relation entre les dirigeants (agents) et les propriétaires (principaux). Dans le contexte des PME, elle permet d’analyser la manière dont la qualité de l’information comptable réduit les asymétries d’information entre l’entreprise et ses bailleurs de fonds. La théorie d’agence constitue une approche fondamentale permettant d’expliquer les relations contractuelles et les comportements économiques entre deux parties liées par un objectif commun mais aux intérêts parfois divergents. Dans le cadre des petites et moyennes entreprises, cette théorie offre un cadre d’analyse pertinent pour comprendre le rôle de la comptabilité dans la recherche et l’obtention du financement, notamment bancaire. Elle met en lumière comment la qualité de l’information comptable influence la confiance entre le dirigeant d’entreprise et le bailleur de fonds. La théorie d’agence permet de comprendre que le manque de transparence comptable constitue un obstacle majeur au financement des PME. Une comptabilité bien structurée devient ainsi un levier d’accès au crédit, car elle réduit les incertitudes perçues par les prêteurs et augmente la confiance dans la gestion de l’entreprise. La comptabilité joue un double rôle : outil d’information interne 9 Bocqueraz, C. La comptabilité et la gestion financière dans les PME : entre conformité et stratégie. Revue Française de Gestion, 41(254), 2015, pp.115-130. 10 Berger, A. N., & Udell, G. F. The Economics of Small Business Finance : The Roles of Private Equity and Debt Markets in the Financial Growth Cycle. Journal of Banking and Finance, 22(6-8), 1998, p.620. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 71 pour la gestion et mécanisme de confiance externe pour le financement. Ce lien direct entre la qualité de l’information comptable et la décision de financement illustre parfaitement la pertinence de la théorie d’agence dans l’analyse du financement des PME. 1.2.1.1. Spécificité des relations d’agence dans les PME Dans une PME, le propriétaire et le gestionnaire sont souvent la même personne, ce qui réduit les conflits internes. Cependant, lorsque l’entreprise cherche un financement externe, notamment auprès d’une banque, une nouvelle relation d’agence se forme : le dirigeant devient l’agent, car il détient toutes les informations internes sur la performance de l’entreprise et le banquier ou le prêteur joue le rôle de principal, car il apporte les ressources financières mais ne connaît pas toujours la véritable situation économique de l’entreprise. Cette situation crée une asymétrie d’information qui complique la décision de financement. Les banques, craignant un risque de non-remboursement, exigent des garanties et des preuves de gestion saine, ce qui limite l’accès au crédit pour de nombreuses PME 11 . 1.2.1.2. Rôle de la comptabilité dans la réduction des asymétries d’information La comptabilité intervient ici comme un outil de régulation et de réduction des risques liés à l’asymétrie d’information. En produisant une information financière fiable, vérifiable et régulière, elle permet : de rendre compte de l’utilisation des ressources de l’entreprise ; de renforcer la crédibilité du dirigeant auprès des investisseurs et des banques ; de faciliter l’évaluation du risque par les prêteurs ; et de réduire les coûts d’agence, en limitant le besoin de surveillance directe ou d’audit externe. Une comptabilité claire et normalisée constitue ainsi un instrument de gouvernance qui améliore la transparence et la confiance entre les parties prenantes 12 . 1.2.1.3. Comptabilité et accès au financement bancaire L’accès au crédit bancaire dépend en grande partie de la qualité de l’information financière fournie par la PME. Les institutions financières s’appuient sur les documents comptables (bilans, comptes de résultats, flux de trésorerie) pour évaluer la solvabilité et la capacité de remboursement des entreprises. Une comptabilité mal tenue ou inexistante accroît l’incertitude et pousse les banques à appliquer des taux d’intérêt élevés, voire à refuser le financement. À l’inverse, une information comptable complète, régulière et conforme aux normes permet à la PME de négocier de meilleures conditions de crédit et d’accéder plus facilement aux ressources financières nécessaires à sa croissance 13 . 1.2.2. Théorie du signal 11 Akerlof, G. A. The Market for Lemons : Quality Uncertainty and the Market Mechanism, Quarterly Journal of Economics, 1970, p.18. 12 Watts, R. L. & Zimmerman, J. L. Positive Accounting Theory, Prentice Hall, 1986, p.23. 13 Stiglitz, J. E. & Weiss, A., Credit Rationing in Markets with Imperfect Information, American Economic Review, 1981, p.39. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 72 Selon cette approche, la transparence comptable et la publication d’informations financières constituent un signal positif adressé aux investisseurs et aux institutions financières. La théorie du signal (ou signaling theory) a été introduite par Michael Spence (1973) dans le cadre de l’économie de l’information. Elle repose sur l’idée que les marchés sont caractérisés par une asymétrie d’information : certaines parties (les dirigeants des PME) possèdent plus d’informations que d’autres (comme les banques ou investisseurs). 1.2.2.1. Comptabilité comme mécanisme de signalisation La comptabilité joue un rôle central dans la transmission de l’information financière. Pour une PME, la production d’états financiers fiables et normalisés constitue un signal de transparence et de bonne gouvernance envoyé aux partenaires financiers. Les dirigeants peuvent utiliser : Les états financiers certifiés ou audités comme signaux de fiabilité ; La qualité de la tenue comptable (respect des normes OHADA, existence d’un plan comptable, traçabilité des opérations) comme indicateur de sérieux ; La publication régulière des rapports financiers comme signal de continuité et de maîtrise de gestion. Selon Akerlof, dans son étude sur le « market for lemons », l’absence d’informations fiables conduit à une sélection adverse : les bons emprunteurs (entreprises saines) sont traités comme les mauvais, ce qui limite l’accès global au financement. La comptabilité devient donc un moyen de corriger cette asymétrie 14 . 1.2.2.2. Rôle des signaux comptables pour les PME Les PME, souvent perçues comme risquées par les banques, souffrent d’un déficit de transparence. Dans ce contexte, la production d’informations comptables fiables constitue un signal positif pour les institutions financières. Plus la PME démontre sa capacité à produire des données vérifiables, cohérentes et auditées, plus elle renforce la confiance de ses partenaires. Selon Connelly et al., un signal efficace doit être : Visible : facilement observable par le récepteur (le banquier) ; Crédible : difficile à imiter pour les entreprises peu performantes ; Pertinent : directement lié à la performance financière. Ainsi, un bilan certifié ou une gestion comptable automatisée sont des signaux crédibles de professionnalisme et de capacité de remboursement 15 . 1.2.2.4. Théorie du signal et l’accès au financement bancaire des PME A. Asymétrie d’information et perception du risque Les banques font face à un risque informationnel important lorsqu’elles évaluent une PME : manque d’historique, comptabilité rudimentaire, faible capacité de reporting. Face à cette incertitude, elles exigent souvent des garanties physiques, ce qui exclut une grande partie des petites entreprises. La production d’informations comptables fiables agit ici comme un signal réducteur du risque perçu. Selon Stiglitz et Weiss, lorsque l’information est imparfaite, les banques 14 Akerlof, G. A, op.cit, p.6. 15 Onnelly, B. L., Certo, S. T., Ireland, R. D., & Reutzel, C. R. Signaling Theory : A Review and Assessment, Journal of Management, 37(1),2011, 39-67. International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 73 rationnent le crédit. L’amélioration de la qualité de l’information comptable permet donc d’élargir l’accès au financement 16 . B. Signaux comptables dans le contexte des PME congolaises En RDC, la plupart des PME opèrent dans l’informel et ne disposent pas d’une comptabilité structurée. La mise en place d’un système comptable conforme au SYSCOHADA révisé constitue alors un signal fort auprès : des banques commerciales, qui évaluent la solvabilité sur base des bilans et comptes de résultat ; des investisseurs, qui recherchent des entreprises crédibles et traçables ; de l’État, pour l’accès aux programmes publics de soutien. Une comptabilité fiable devient ainsi un outil stratégique de légitimation économique, permettant à la PME de transformer sa réputation comptable en levier de financement. C. Limites de la théorie du signal dans le contexte des PME Malgré sa pertinence, la théorie du signal présente certaines limites : Les PME peuvent manquer de compétences comptables pour émettre des signaux fiables ; Les coûts d’audit ou de certification peuvent être élevés ; Certains signaux peuvent être mal interprétés par les banques si celles-ci ne disposent pas de mécanismes d’évaluation adaptés au contexte local. Toutefois, elle demeure un cadre théorique robuste pour comprendre comment la qualité de l’information comptable influence l’accès au crédit. 17 2.Méthodologie de recherche 2.1. Présentation de la population Cette étude porte exclusivement sur les données primaires collectées auprès des PME de la ville de Kinshasa ayant sollicité une dette (crédit) au cours de l’année 2024 et 2025 au sein des institutions financières bancaires. 2.2. Présentation de l’échantillon Vu plusieurs contraintes en terme de temps, finances etc., nous avons eu du mal à mener nos enquêtes sur toutes les PME de la ville de Kinshasa. N’ayant pas pu trouver une base de sondage, l’échantillonnage non probabiliste « par méthode des itinéraires » a été utilisé pour cette étude. L’enquête a porté sur un échantillon de 213 PME. L’échantillon est constitué des propriétaires des PME et/ou les gérants ayant une expérience d’au moins deux ans dans la direction de leurs PME. L’enquête s’est déroulée dans l’enceinte des PME. Avant de commencer nos enquêtes par une brève introduction auprès de nos enquêtés, en leur expliquant le bien-fondé de notre recherche, nous leur demandions leur consentement sur le déroulement des enquêtes, le questionnaire était lancé une fois leur accord était donné. 16 Stiglitz, J. E. & Weiss, A, opcit, p.6. 17 Ngoma, M. Comptabilité et financement des PME en Afrique : une lecture à travers la théorie du signal, Revue Africaine de Gestion, 12(4), 2021, pp.55-70 International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 74 Ainsi, les questionnaires d’enquête leur étaient soumis pendant qu’ils exerçaient leurs activités. Dans le cas où les dirigeants estimaient qu’ils n’étaient pas disposés à répondre directement aux questions, le questionnaire leur était laissé moyennant des explications. Un rendez-vous court était convenu entre les deux parties pour récupérer le questionnaire. 3. Analyse de données 3.1. Analyse univarié L’analyse univariée est une méthode d’analyse statistique qui consiste à examiner et à étudier une seule variable à la fois. Elle permet de décrire et de comprendre la distribution d’une variable en calculant des mesures comme la moyenne, la médiane, l’écart type, etc. L’analyse univariée est généralement utilisée pour explorer les caractéristiques et les tendances des données avant de passer à des analyses multivariées plus complexes. L'analyse univariée a pour but de décrire et mesurer la répartition des valeurs que peut prendre une variable. Tableau 1. Présentation des résultats par l’analyse univariée Variable Modalités Effectifs Pourcentage Secteur Formel 64 28,2 Informel 163 71,8 Total 227 100,0 Taille de l’entreprise Moins de 10 employés 145 63,9 10 à 50 employés 72 31,7 51 employés et plus 10 4,4 Total 227 100,0 Disposition d’un service ou d’un responsable comptable Oui, interne 148 65,2 Oui, externe (cabinet comptable) 4 1,8 Non 75 33,0 Total 227 100,0 Tenue de la comptabilité Comptabilité manuelle (cahier, registre) 158 69,6 Logiciel comptable 8 3,5 Mixte (manuel + informatique) 38 16,7 Aucune tenue régulière 23 10,1 Total 227 100,0 Fréquence de mise à jour de la comptabilité Quotidienne 14 6,2 Hebdomadaire 53 23,3 Mensuelle 64 28,2 Occasionnelle 85 37,4 Jamais 11 4,8 Total 227 100,0 Quotidienne 14 6,2 Bilan 20 8,8 International Journal of Economics, Management and Finance (IJEMF) http://www.ijemf.com 81 - Berger, A. N., & Udell, G. F. The Economics of Small Business Finance : The Roles of Private Equity and Debt Markets in the Financial Growth Cycle. Journal of Banking and Finance, 22(6-8), 1998. - Bocqueraz, C. La comptabilité et la gestion financière dans les PME : entre conformité et stratégie. Revue Française de Gestion, 41(254), 2015. - Hoarau, C., & Teller, R. La comptabilité financière : théorie et pratique. Édition. Economica, Paris, 2019. - Ministère des Petites et Moyennes Entreprises. Rapport sur le développement des PME en RDC, 2022. - Mukendi, J. La gouvernance comptable des PME en République Démocratique du Congo. Kinshasa : Presses Universitaires Congolaises,2021. - Ngoma, M. Comptabilité et financement des PME en Afrique : une lecture à travers la théorie du signal, Revue Africaine de Gestion, 12(4), 2021. - Nguyen, T. H. La comptabilité des PME : Outil de mesure et de pilotage stratégique. Paris : Presses Universitaires de France,2018. - Onnelly, B. L., Certo, S. T., Ireland, R. D., & Reutzel, C. R. Signaling Theory : A Review and Assessment, Journal of Management, 37(1),2011. - Stiglitz, J. E. & Weiss, A., Credit Rationing in Markets with Imperfect Information, American Economic Review, 1981. - Tchankam, J.P. Le SYSCOHADA révisé et la transparence financière des entreprises africaines. Edition. CEDA, Abidjan, 2018. - Watts, R. L. & Zimmerman, J. L. Positive Accounting Theory, Prentice Hall, 1986.