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La compétence numérique en contexte éducatif. Regards croisés et perspectives internationales

Michelot, Florent; Collin, Simon

Abstract

Plongez au cœur des évolutions contemporaines du numérique en éducation avec La compétence numérique en contexte éducatif : regards croisés et perspectives internationales. Articulé autour des 12 dimensions du Cadre de référence de la compétence numérique publié en 2019 par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec, ce livre rassemble les réflexions de 43 expertes et experts nationaux et internationaux en 24 chapitres. De la citoyenneté numérique à l’innovation pédagogique, en passant par la culture informationnelle et l’autonomisation des enseignants, chaque page aborde des aspects constitutifs de l’intégration du numérique en éducation et les enjeux qu’il suscite. Ce qui distingue cet ouvrage? Son habileté à marier théorie et pratique, regard critique et pistes d’intervention concrètes. Les autrices et les auteurs n’hésitent pas à aborder de front les défis contemporains : intelligence artificielle, programmation éducative, réalité virtuelle en évaluation, etc. Autant de sujets brûlants traités avec rigueur. Que vous vous consacriez à la recherche ou à l’enseignement ou que vous souhaitiez assouvir votre curiosité par rapport aux enjeux numériques actuels, ce livre vous interpellera. Il vous offrira les clés pour comprendre et agir dans un monde éducatif en pleine mutation technologique.

Full text

15 Sous la direction de Florent MICHEL O T et Simon COLLIN Préfac e de Daniel Per aya L a co m p ét en ce n u m é r i q u e en c onte x te é d uc a t i f Reg ards cr oisés et perspectives interna tionales Sous la direction de Florent MICHEL OT et Simon COLLIN L a c o mpé ten ce n u m ér i qu e en c ont e x t e é duc at i f Collection sous la dir ection de Franc e Lafleur et Ghislain Samson La collection Formation à distance | Distance Learning met en lumière les nouvelles réalités du domaine de l’ensei - gnement, en constante évolution. Elle permet la présentation des plus récents résultats de la recherche, incluant toutes les modalités de formation à distance, les cours en ligne en mode synchrone ou asynchrone de même que l’enseignement hybride ou les formations appelées « cours en ligne ouvert et massif » (CLOM) ou « Massive Open Online Course » (MOOC). Cette collection, puisque la formation à distance transcende les frontières géographiques, invite les publications tant an - glophones que francophones. Elle offre également une vitrine aux pratiques à l’ère du numérique et aux innovations sus - ceptibles d’intéresser tant les intervenants en ligne et les experts des technologies pédagogiques que les responsables de l’encadrement, les coordonnateurs, les gestionnaires ou les professionnels qui élaborent les politiques relatives à la qualité de l’enseignement. Elle regroupe plusieurs axes liés aux défis de la formation dans les environnements numériques, tels que la gestion, la formation, l’apprentissage, la pédagogie et la technologie. L a c o m péte n c e n u mér ique e n c ont e x te é duc at i f Collection sous la dir ection de Franc e Lafleur et Ghislain Samson La Loi sur le droit d’auteur interdit la reproduction des œuvres sans autorisation des titulaires de droits. Or , la photocopie non autorisée – le « photocopillage » – s’est généralisée, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux ouvrages par des professionnels. L ’objet du logo ap - paraissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit le développement massif du « photocopillage ». Membre de Pr esses de l’Universit é du Québec Édifice Fleurie, 480, rue de la Chapelle, bureau F015, Québec (Québec) G1K 0B6 T éléphone : 418 657-4399 T élécopieur : 418 657-2096 Courriel : [email protected] Internet : www .puq.ca Diffusio n / Distributio n : C anad a Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec) J7H 1N7 T él. : 450 434-0306 / 1 800 363-2864 F r an C e Sofédis, 11, rue Soufflot, 75005 Paris, France – T él. : 01 5310 25 25 e t B elgique Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de T assigny , 77403 Lagny , France – T él. : 01 60 07 82 99 S u iS S e Servidis SA, Chemin des Chalets 7, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – T él. : 022 960.95.25 Sous la direction de Florent MICHEL O T et Simon COLLIN Préfac e de Daniel Per aya L a co m pé t e n c e n u mé r ique e n c ont e x t e é duc at i f Reg ards cr oisés et perspectives interna tionales Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada T itre : La compétence numérique en contexte éducatif : regards croisés et perspectives internationales / sous la direction de Florent Michelot et Simon Collin. Noms : Michelot, Florent, 1982- éditeur intellectuel. | Collin, Simon, 1982- éditeur intellectuel. Collections : Formation à distance (Presses de l’Université du Québec) ; 15. Description : Mention de collection : Formation à distance = Distance Learning ; 15 | Comprend des références bibliographiques. Identifiants : Canadiana 20240025369 | ISBN 9782760561465 (PDF) V edettes-matière : RVM : T echnologies de l’information et de la communication pour l’éducation. | RVM : Connaissances en informatique. | RVM : T echnologie éducative. Classification : LCC LB1028.43.C635 2024 | CDD 371.33/4—dc23 Révision Michèle Beaudoin et Riham Alkhakaf Conception graphique Marie-Noëlle Morrier Mise en page Florent Michelot Image de couverture iStock Dépôt légal : 4 e trimestre 2024 › Bibliothèque et Archives nationales du Québec › Bibliothèque et Archives Canada © 2024 – Presses de l’Université du Québec T ous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés Imprimé au Canada N6146-1 [01] T a b l e d e s m a t i è r e s Pour débuter 1 Préf ace. À prop os d ’ un c adre de (p) référen ce de la compé t e nce numéri que 3 Da ni el P ERAYA 1 D’un c adre de réfé rence au cadre de préfé rence 5 2 Le p a rt i pris de «   la   » compét ence nu mérique 6 2.1 U n cert a i n flou noti onnel et concept uel : compéte nce, capaci té et habil ité 6 2.2 U ne néc essaire m od éli sa t ion du conc ept de co m pé tence 8 3 Le parti pris d e l’outil 9 4 Le part i pris de l a complé ment arité 14 En guise de concl usion, le parti pri s d e l’évo lution et de l’ouve rture 16 Réf érences 17 Intro ducti on. Cartograp hie(s) d e la c o mpétence n u méri que 19 Présentat ion d e l’o uvrage 19 Fl orent M ICHEL OT et Si m on CO LLIN 19 Réf érences 26 Agir en citoyen éthiqu e à l’ère d u nu mérique 29 Chap itre 1 . La go u v erna n ce des in nov atio n s sociotech nique s 31 Une f inalit é d e l’éd ucat ion à la citoy enneté num érique Simon C OLLIN et Justin T ASCH ERE A U 1 Repol iti ser la t echni qu e : l’apport des tr avaux en science s, t echnol ogies et soc iété 33 2 G o uv erner les in novatio ns sociote chniques : l’apport de l a démocr atie technique 35 2.1 D émocr atie parti cipati ve et d él i bérativ e 35 2.2 D émocr atie te chnique 36 3 Démocrati e techni que et éducatio n à l a cito yennet é num éri que 37 3.1 Conférenc e de consensus 37 3.2 A te lier d élibératif 39 4 Le risque d’une instru mentali sa t ion tec hnicog estion na i re de l’éd ucation à la c itoye nneté numérique 40 Concl usion 41 Réf érences 43 Chap itre 2 . Les co m p é te nces nu mériqu es c o mme finalité dans deux co nt ext es scolaire s fra n cop h ones 45 Analys e com paré e d es text es q uébé cois et s uiss es roma nds Lion el ALVA REZ 1 D e ux doc uments (p a s si) d iff érents 47 1.1 … d a ns l eurs struct ures 48 1.2 … d a ns l eurs in tenti ons 49 2 Les concept s clés et le ur pl ace d ans les docu ments 52 Concl usion : vers une i mplément ation ti ra nt parti de la force d es deux cadres de référe nce 54 Réf érences 55 La comp étence numérique en contexte éducatif xiv 3.1 D es activ ité s robotiques pour dév elop per la pensée crit ique des él èves 419 3.2 U n imp act posit if not a bl e des séances avec l e robot 420 3.3 U n eff et notabl e et surprenant du dispo sitif su r l e comportement de s élève s 421 Concl usion 423 Réf érences 423 Développer sa pens ée crit i que en ver s le nu mériqu e 425 Chap itre 2 1. Dév e loppe r un e lit t érat ie criti que e n ensei gne ment face aux défis d u 2 1 ᵉ siè cle 427 Ou d e l’impo r ta nc e d’ense igne r un rap port critiq ue au n u m ériq ue à l’ère des inf ox Fl orent M ICHEL OT 1 Pour un ra pp roch ement de la pensée c riti qu e e t de la culture inf ormati onnelle 429 1.1 La pensée criti qu e : un conc ept ambi tieux et d es a ppl icati ons de faibl e enverg ure 429 1.2 Cu l ture info rm ati onnell e et pensée criti qu e 433 2 Pour une litt ératie cri t ique d u nu mérique 436 2.1 Pourquoi une litt ératie cri tique du numérique   ? 436 2.2 D onne r corps à une litt ératie cri tique du numérique en en seig nement posts ec ondaire 438 2.3 Promesses et défi s de l’IA : une r aison supplément aire p our bo uscul er le mond e par u ne litt ératie crit ique du numérique 441 Concl usion 442 Réf érences 443 Chap itre 2 2. D é fi nir u n prog ramme pédago giq ue de dév e l op pe m e n t d e la pe n sé e critiq ue à l ’ é gard du n uméri que 447 Les con tribu tions conc eptuell es de l’ éduca tion a ux m édi a s Normand LA ND RY 1 D e quell es criti ques le nu m éri que peut - il être l’objet   ? 448 1.1 Onzième dimensi on : élément s de crit ique 449 1.2 A rti culer la crit ique du nu m éri que en qu atre axes 452 2 D éf ini r u n pr ogra mm e péd agogique 456 2.1 Princi pes pédagogi ques d’une éducatio n criti que aux m éd ias nu mériques 457 2.2 Les concepts cl és à l’ère du numériq ue 459 Concl usion 462 Réf érences 462 Chap itre 2 3. Q ual ifyi n g Educa t ors for Developi n g C riti cal Th i nking 465 A Syste ma tic Framew o r k Dirk JAH N , and Ali na KAIS ER 1 Empiric a l Evid ence on t he Importance of Ed ucator T r aini ng for Eff ective CT Instruct ion 467 1.1 T wo B ra nc hes of Rese arch on Crit ical Think ing 467 1.2 T he Imp act of Te acher Train ing 469 2 D eri vi ng D e sign Pri ncipl es from Research a nd Theo ry for Eff ectiv e Tra i ning Design s 470 2.1 Introduc tion: Mod e l of T ransfe r Process ( Baldwin & F ord, 198 8) 470 2.2 Offer-Use Mod el of Teacher Tra i ning (Li powsky & Rze jak, 201 7) 472 2.3 Restric t iv e Setting s: Teacher T ra i ning Design s i n Hi gher Ed ucation (Cen teno, 20 21 ) 474 3 A Quali tativ e Ana l ysis of CT Tr aining Concepts – In Search for S uccess Fact ors and D esi gn Pri ncipl es 475 4 Constructi ng a F r amework fo r Qualifyi ng Ed uca t ors for Fosteri ng Crit ical Th inki ng 477 4.1 G ene ra l Aspect s 477 4.2 CT Conce pts of the Exp erts 478 4.3 T he R ole of Digi tal Med ia 485 4.4 Cha l lenge s 486 Concl usion 486 Ref erences 488 Ta ble des matières xv Innover et faire p re uve de c réa ti vi té ave c le n umérique 491 Chap itre 2 4. D é veloppe r la cré ativité et l ’ innov atio n à trav er s l e nu mériq ue 493 Fa i re fa ce à l’av eni r Ann-Louise DA VID SON , Natacha L OUIS et Nadi a NAFFI 1 Innov er ou créer en éd uc ation, en socié té ou dans l ’industri e : ça change q uoi   ? 495 2 Créativ ité et i nnovati on 496 2.1 Q ue sign ifi e créer   ? 496 2.2 Q ue signi fie innove r   ? 498 3 Sorti r de sa zone d e confort pour c réer et inno ver ave c le nu m éri que : u ne qu esti on de perspec tive et de straté gie 501 En guise de concl usion, qu e ls élément s c ibler po ur la créativ ité et l’innov ation des personnes apprenantes en con texte nu mérique   ? 502 Réf érences 504 Pour conclure 5 09 Conclu sion. H ori zons nu m é rique s en éd uca t ion 511 Que l le s p ersp ective s à l’h eure d e l’IA gén ér a tive   ? Fl orent M ICHEL OT , Si mon COLLI N et Ale xand re LEPAG E 1 Couts et bénéf ices d es technol ogie s é ducativ es, ou d e la nécessit é d’évaluer s ous la pointe de l ’iceberg 511 2 L’urgence de d ével opper un cadre col lect if de réf lexio n et d’action à l’aune d e l’IA 513 3 Vers une li tté ra t ie int égrée de l ’IA   ? 515 4 Après l ’IA, la technol ogie toujours 516 Réf érences 517 Sigles et acrony m e s 521 Notices bi ographiq ues des autrice s et a u teurs 523 Pour début er P r é f a c e À prop os d ’un cad re de (p)référe nce de la compé tence numériq ue Daniel PER AYA lorent Mic h elot et Sim on C ollin m’on t f a it l ’h onn e ur et le pla isir d e m e demander de préfac e r l’ouv rage c o ll e ct if q u ’ils ont c o di r igé, L a compétence numérique en contex te éd ucati f. Rega rds cro i sé s et perspec tives i nternat i on ales , et que vous vous appr êtez à lir e ou à par courir, s el o n vos int érêts, au ryth me d e vos b esoins . J’ai accept é cette pro pos i t i on a utant par intér êt et que par am i ti é, mais quelle n e fut pas ma surpr ise lorsq ue j’ai r e ç u la premi è r e v e rsion d es t e xtes. E n vérit é , je n e m’at tendais pas ré e ll e m ent à a ccu e i l l ir une tell e som me : u n e i mp ortan te richess e d’informat ions et d’an a l ys es rass e mb lées à trav ers p lu s de 5 00 p age s, 24 chap itres (auxq u e l s s’ajout ent l ’ int roduc t ion, la conclusion et ce tt e p réfa ce) q u i en cons tituent le cœur, r édigés par 4 1 c o au tr ices e t coa uteurs i n vités. Le livr e e s t en e f f et ambiti eux : i l a le vaste p rojet «   de dre s s e r u n é tat d es l ieux d e la r echer c h e co nt e mp oraine q u i po rte sur c hac une des 1 2 dimens i o ns abo rd é es dans l e Cadre de réfé rence de l a compéte nce numérique   » ( ci -après le Cadre   ; Minist è r e d e l’ Éducation et de l’En sei gnem ent supéri e ur, 2019) dan s le dom aine d e l ’é ducation et de l a format i o n, d u pr és c olair e à la form ation contin u e   ». Il s’ag it po u r l a grand e major ité de c e s di m ens i o n s de propo ser deux contrib u tion s, cha c un e caract é r isée par une approch e part iculière. La premi è re présente une anal y s e p lus conce p t u e l l e tandis qu e la s e con de rend compt e d’expér ie n ce s e t de mises en œuvr e de p ro je ts mob ilisant l’une o u pl usieurs de ce s dimension s en cont e xte d e f o rmation a u x dif f ér e nt s n i v e aux vis é s (scola i re, s econda ire ou univ e rs ita ire). T o u t e n s’inscr iv an t dans ce cadr e g énéral, l es collèg ues o nt con servé une gran de lib erté quant aux c o ntenus, aux questions pos é es a u x dimension s ainsi q u’à la mani ère d e l e s tra ite r. C ette l atitu de q u i leur a é té accord ée expl i q ue largem ent l a di versit é e t l a ri chesse d e s app roch e s, d e s po i n ts de v ue, d es ré c i ts d’ e xp é r i e nc es, enfin des prop osition s et persp ectiv e s qui f on t to u t l ’ intér êt de ce t o u vrag e . P our p lus d e cl art é, l es con tributric e s et cont ri but eurs formulent a u d ébut de l e u r c h apitr e , dans un chapea u, l es quest i o ns aux q u e l le s il s tenteron t de r é po ndre à pro pos de la dim ension qui leur est assi gnée. Aucun e de s d i m e ns ions n’est donc j am ais tra i té e de mani è r e exhausti ve . F ina lem e nt , particula ri t é int é r essant e et original e, chacu n o u cha cu n e do i t, dans un articu l et à la f in de la contribution , i nd iqu er la place qu’oc c up e c ett e pro blé m atique dans sa vi e pro fession nelle. F La comp étence numérique en contexte éducatif 4 Les c on trib utrice s et le s contribut eu rs on t la rgement comm e nt é la dim ension du Cad re dont ils ava i e nt la c harg e et, dans certains cas, les autres dim e n sions q ui l eur semblai e n t liées ( v o i r c i -d esso u s, Le part i pris d e la com plément ari t é). Parm i le s collègu es, bon no mbre se so nt mo ntrés assez crit i q ue s. Ils ont no tamment abo rdé le s fondements du Cadre , sans doute e n core mar qué par le d u al ism e e n tre les mon des technologi que et soc i al ains i que s es pr ésuppo sés o u ses «   zon e s d’o mbre   » ( S. Co lli n et J. Tasch ere au   ; G. Dumou chel , A Raynau lt et F. Michel ot )   ; so n appro c he, par ce rta ins asp ects, to ujours t ec hn oc e nt rée ( M Bégin et M. Roy   ; N. Lac ell e , E. Ac erra e t J.F. Boutin ) et, e n conséqu ence, u ne c erta ine préd om inance d e la notion d’outil (voir ci - d essous Le p arti p ris de l’o util ), s on o rganis ation et sa st ructure ( G. Paquett e   ; M Bégin e t M. Ro y )   ; l e grand d e gr é de gé n é rali t é d e s sujets trait és ( G. Paquett e ) ains i que l e d éfaut d’op é rat ion nalisation de cri t ères q ualitatifs t el s qu ’ une «   man ière ad é q u at e   », «   un e s tratégi e d e recherche rigour e us e et effica ce   », sans oubli e r s a re pr ésentat i on graphiq ue ( G. Dumouch el, A R ay n ault et F. Mich e lot ). Mais c’ e st i ndubitab l em ent l ’un d es enjeux i m portan ts de l’o uvrage : p rendr e un certain recul par rapp ort au Cadre , identi f i e r d es m anquem e n ts, i n diqu er de s pist es d’amél i o ration et de d é v e lop pement d’a utant que le domain e du num é r ique é vol ue avec une é to nnan te rapid i té. En r éalité, je r evi e ndrai sur ce po int, un cadre d e r é f ér e nc e cons titu e toujo urs un inst antan é des conn ai ss ance s , d e r e prés entat i on s e t des prat i ques – p erson nelles, pro fessionn elles, inst i tution ne l l e s et s oci éta les – au m oment de sa con ception alors qu e le t e m ps, lui, ne s e f i ge pas : en quelqu e s anné e s no tre éc os y s t è me numéri q u e s’ est radical e m ent tran sformé c om me no u s l e rap pellent aujourd’h u i l ’ IA e t le s int ellig e nc es art ific i e l l e s gén é rati ve s . C’est un e obs ervation faite par de nomb re ux cher c h eurs en éducat ion, part i culièr ement en c om muni c ation et format i o n m é diat is é es dep u is a u moins ci n quante an s : les instit utions é ducatives, les program m e s e t les réfé re nt iels de comp é ten ce s , que l qu ’ en soit leur nive au , «   courent   » de r riè r e le s innovatio ns technologi ques – iss ues des l o gi ques i n dust ri e l l es – q u i e n vahis sent nos c on textes de vies p e rso nnel l e, pro f essio nne l l e e t soc i al e   ; i l s font songer au l a pin blanc d’ Alice au pa ys des merv eilles , qui est «   en retard, e n retard, en r e tard   » . Je rappe l l erai les in quiét u des des perso nnes enseignan tes f a ce à la pénétrat ion mass ive de la télévision , dans le s fo y ers, autour des an née s 1970, con sidéré e à la fois comm e un e «   éc o le parall èle   » ( Porcher, 1973) et un e fenêtr e o u v e rt e s ur le mo nd e . On s e souviendr a de s e ffort s accom pli s alors par l e s pro gramm es d e formatio n p our appri voiser, po u r «   pédagogis er   » (P e ra ya, 2018   ; P e lti e r e t al. , 20 2 2) ce m édia de masse, à l’é p oqu e e n pl ei n e ss or, qui s e mb lai t faire con curr enc e à l’ école, espace c los consacr é à la trans missi on des conn aissances. Mon intentio n n ’e s t pas de prés e n ter syst ématiqu e ment chacun e d es contrib u t ion s de c e t ou v rag e, dim ension par dimens i on , c hap itre par c hap itre . Pré f ac e r u n o u vra ge , c’e s t encor e se donn e r l a l ibert é de l e par cour i r de m ani è r e trans v ersa le , de p ou v o i r e n so uli gn er, parm i l’ extrêm e ri c h e ss e q u’ il of fre, certains as p e cts p articulie rs plus pro ches de s es prop re s centres d’int érê t , d e sus ci t er quelq ue s questi ons fondam e n tale s et récurrent e s d e no tre dom ai n e , de les r e situ e r e n fin dans le c on texte d e l’histo ire d e ce dernier. A ussi j ’ examinera i c e rtains part is pr i s d u Cadre et m e ferai l’ écho d e que lque s difficultés qu’i l soulè v e ainsi que d e l a façon dont les collègu es le s ont tra i té e s dans leur pro pre c o ntribution. J’abordera i ai n si les que st i o ns suiva ntes : po u rq u o i par le r d’un c adr e d e référen ce de «   la   » c o mpéten ce n u m é r ique e t non d’un r éférenti el «   des   » comp é ten ce s n umériqu es ou des c om pét e n ces «   à l’ère d u num é ri q u e   »   ? Comm e nt distingu e r en fin comp é ten ce (s ) et h abi l et é(s)   ? Q u e l e st l e s tat ut de l’objet t echn i q ue et Préf ace / À p ropos d ’un cad re de (p)référence de l a compétence num érique 5 qu ’ est - c e qu’un outi l   ? D oit-on cons i d ére r l es c o mpétences num ériques c o mme tran sve rsal es ou tout au c o ntrair e relèv e n t - elles d’une disc ip l ine pro pre et d’u n app re n tissage dis c ipl inaire   ? 1 D’un c a dre de référen ce au cadre de p référence Pour q uoi don c a voir donné c e titr e à ma pr éfac e   ? C e n ’est pas seul e m ent, vo us vous en doute z, po u r l e s eul plais i r d u j e u de mots , de l’asso ciation de la m atière son ore, une man i èr e d e jon glerie st ylistiq ue, bre f une coquette rie d’a uteur. P o u r répon dre à cette question , je m’arrêt erai u n inst ant su r le titr e du Cadre . Tout cadre délim ite un espac e dans l e q uel s’ins cri t u ne partie d’u n e r éalit é , d’un ob j et, d’ une p e rs onne qu’i l m et e n val e u r. Le s cin é ast e s l’on t b ie n com pris : le c a dre, qu ’ ils e t qu’ elles imp osent à l a réalit é film ée , d é l i m i te l e champ qui n e p re nd sens que par rap port a u hors - c h amp. Un cadr e e s t donc l ’exp ression d’ un point de v u e , d’un e rel at iv e s ubj e ct iv it é, ce q ue rapp elle nt M. B égi n et M. Roy (p . 2 0 6) : l e Cadre «   n ’e s t jamais une sou rce d’inform ation parfa item e nt ne u tre e t obj ective   ». Dési reux d’en savoir pl us et de mi e ux saisir ce qu’est un cadre de référen ce , j’ai con sul té pl u si eu rs dic t ion naire s classi ques : l e TLFi 1 , l e L ar ouss e en l ig ne 2 o u Le R ober t (19 7 5, p. 597). Pei n e perdue, je n’ai trou vé au c un e référ ence à cette exp re ss ion parmi le s d i f fére n t e s pro pos i tion s cons trui tes à partir d u mo t «   c adr e   ». C e s tro is dict i o nnaires s’a ccor de nt ce p endan t sur un sens gén éral : u n e d élimitat i o n d’ un e sp ac e au sens prop re ou figuré. Puisq u e l e s inst ru m ents l exicologi q u e s trad itionn els ne m e don naient au cune r épon se satisfaisan te, je me s ui s adr e ss é à «   mo n ami   » Goo gle et à s on comp arse Go ogle Scholar qui, alors qu’ i ls son t d’hab i tud e si prol i xes, n e m’on t étonn amment fourni qu ’ une s e u le r éfér e nc e : «   L e C adr e d e r éférenc e est l’ e n sembl e d’idées, d’opinio ns, d e valeurs prop re s à u n i n dividu (o u à un groupe) et en fonct io n duquel cet indi v id u don ne un sens à ce q u’ il di t ou reçoit   » (T urpaud - A ma lvy, 2 016). Par a illeurs, c ’est c ett e uniqu e référen ce qui a c o nstitu é la r épon se de Chat GPT lors que je lui ai deman dé d e m’écrire un e d é f i n i tio n acad é m ique de l ’exp ressio n «   cadre de réf é r ence   » (requête formulé e l e 3 mars 2024). J e tiens do n c po u r acq u is qu e le Cad re expr ime un po i n t d e vue parti c u lier, dans c e c as, c elui d’un e inst itution – l e m i n ist è r e d e l ’ Éducation et de l’Ense i gnem ent s u pér ieur d u Québe c ( M EE S) —, ma is auss i celui d’e x perts app artenant à u n e comm u na uté sci e n tifique do nt l’ob jet est précisém ent le dom a i n e du n umé r ique (au sens l arg e) 3 . Au r e st e , l e te x t e du MEES co nsacre de u x pages à l’expl i c i tat ion d e l a démar che e t de la métho dologi e d’élabo ration du Cadre qui relèvent l’une com me l ’autr e d’un proj e t de rech erc h e s cient ifique (com mencé en 2017) extrêm e m e nt rigour eux, n otamm e n t une anal yse de c o ntenus de p lus d’ une c e n taine de do c um ents relati fs au x comp é t ences d u 21 ᵉ s iècle. En consé quence, il s’ag it c ert e s d’un parti pris, ma is s olidem ent do c um enté et sc r upu l e u sem ent argument é en amo nt. 1 Cf. http:/ /atil f.atilf .fr / 2 Cf. https:/ /www.laro usse.fr/ 3 «   Le Cadre d e référence d e la co m pétence numé rique ti ent compte des plus ré centes rec h erches en sci ences de l ’é d ucation et d es pratiques innov antes dans ce domaine   » (p . 8) . La comp étence numérique en contexte éducatif 6 2 Le p ar ti p r is de «   la   » c o m péte nc e numér iq ue Au pr emier abord, le titr e d e c e do cu m ent o ffic i e l é to nne. En effet, i l est qu estion d u cadre de ré fé r e n ce de «   la   » c o mpéten c e n umér ique et no n d’ un «   ré fére n tie l de comp é ten ce s   », t i tre le p l us s ouvent do nné a ux text es s i mi laires du «   hors- c ham p   » . Les expression s «   les com péte n ces n umér iques e t i nform ationn e l le s   » se tro uvent d’aill eurs le p lus so uvent c it ée s dans le context e d e l’e xp osé m étho dologiqu e d u Cad r e et renvoi e nt à ces di ffére nt s do cuments qui cons tituent l e «   h ors   » Cadre . L. Alvar ez , l o rsqu’il c o mpare l e Cad r e québ é cois a u P lan d’é tudes Romand– Éducation numérique de l a Con féren c e inter c an tonale de l ’in str uc t ion publique d e la Suisse rom ande e t du T essin, m et en évid e nc e cet usa ge de l’arti c l e dé fi ni et ind ique q ue , dans ce c o ntexte, on par le soit de la cul t ur e n umér i q ue soit d es c o mp éte n ces n umériqu es. M. B étranco urt, dans un bre f arti c l e ( 20 1 6), s’ i n scrit dans u n e semblable conc eption, bien que l’opp osition so i t moins f ranch e dans l a m e sur e o ù si l e titre prop ose le gli s s e ment «   de l a culture à la compéten ce n umér ique   », l e t e xt e ex horte l’ école à former le s élèves a u x comp é t ences num ériq u es. I l m e s e mb le q u e l a c u ltu r e n um é r ique relèvera it p lutôt d’un e ap proch e s ociologi que tan di s que l e s c o mpétences num ériq u es seraient l’objet d e s scien c es d e l ’ éd u cat ion et de la f orm at ion ains i que des mi lieu x pro f ession nels. Q uoi q u’ il en soit, l’usag e de l ’art icle défini au singuli e r, «   la   » dans le titre du C adre est un i n dice intéress ant à d écry p t e r, car il appar ait c o mme le nœud de pl usi e urs tension s : entre le généra l et l e part i c u l i er, l’abst rac t i on et la c on crétisation , l’univers el et le c on textuel 4 , e nt re les niv eau x linguist iques, celui de l’énon cé, – u n e expression do nt le sens e s t cens é êtr e partag é – e t c e l u i de l’éno nciatio n – u n e significat ion tou j o u rs sing uliè r e instan ciée par l es int erlocut eurs dans un cont e xt e part i culier. Ce t usag e relèv e d es vale u rs p orté e s p ar l’article d éfini : i l d ésign e q uelque c h ose de pré c is, supp osé c on nu par les interlo c ut eurs e t, e n m ê me t emps , il perm et d’exprime r une p ensée ab straite, d e symbol iser u ne catégo rie ou un groupe 5 . Il y a bie n dans ce t usag e de l ’a rtic le d éfini une volon té d e glob ali sat io n 6 , de g é n é ra li s ation, d’universal isation et d e m odélisatio n que r enforce l a r eprés e nt ation grap hiqu e , à laquell e l a parti ci p ation d e p e rs onn e s scienti fiques et exp ertes de renom pe u t d e surcroit ser vir d e ca ution. 2.1 Un c ertai n flo u not ionnel et concep tuel : comp étenc e, capac ité et habilité Pourtant , c e choix e n train e de no mbre uses c o nfusion s , notam ment, e nt re la comp é ten ce n umérique gé n ériq ue et les comp é t ences particul i èr e s, don t les comp é ten ce s n umér iques et i nform at ionn e lles. S i le texte prés ent e 19 o c c u rr ences d e l’expression «   la compét ence n umériq ue   » , il e n pro pos e 14 «   d es c om pét e nc es   », mais le s c on textes d’ utilisation s e r é v èlent di fférent s. D ans l e prem ie r cas, il e s t qu estion de s comp é ten ce s du 21 ᵉ s i è cle dont fa i t part ie «   la c o mpét ence n u m ériqu e   » dans so n sens 4 Si l e Cad re décl are proposer une concept ion univ ersell e du num éri que en enseig ne m e nt   » (p. 8), il a ff irme en même temps que «   les compé tences et leur dé vel oppement sont a ussi fond ament a l ement lié s à l eur caractère con textuel   ». 5 Cf. https:/ /www.gra mma i re.exionn aire.co m / les -art icle s-defi n is -f35 5 6 .html 6 Cett e déno m i nation tradui t a ussi l a v olonté de pouvoi r intég rer la com pé tence numérique dans d’ autres réfé rentiels de co m pé tences to uchant à un do ma i ne plus v aste (p. 8). Préf ace / À p ropos d ’un cad re de (p)référence de l a compétence num érique 7 le plus g é n é ra l 7 , tan di s que dans l e secon d, il s’ag i t to ujo urs des c om péten ces part i culièr es 8 . Il s’a git alors des c o mpét ences pro pres à un domaine d’ac t iv i tés 9 ( cf. ci - dessus, les référenti e ls de[s ] c om péten c es n u m ériq ue s e t info rmation nelles) ou de celles d es i n di v idus 10 , plus p articuli è r ement d ans l e c adr e du dé velopp e ment pro f ession nel e t d e l ’ap prentissag e tout a u l o ng d e la vie 11 . Da ns c e s econd s e ns , le lecteur tro uve parfo is le t e rm e «   h abiletés   », prin ci p alem en t dans le context e technologi que, comme «   l’hab ileté à e xp l o i t er le po tenti e l d e s tec hn ologi e s   » (p. 2 9), l’une de s comp é ten ce s du 21 ᵉ si ècle. De p lu s, l a deuxièm e di m en sion du Cad re se cent re sp é cifiq ue m ent sur le dév e lop pem e nt e t la mo bilisat i o n d e s habili t és t ec h nolog iques de c haq ue ind ividu. Ma is l’ u ti lisation de l’expr e s sion peut s’ i n s c rir e par f o i s dans u n contexte moins t ec hn ocent ré c om me l e mont re nt ce s e x em ples : i) «   l es h abilet é s rel at iv e s à la manip ulation de l’inform at ion   » r e l èven t de s c o mpét ences informat i o nnelles (p. 29)   ; ii ) l a cult ure i nform ationn elle e st «   l’ensemb le des habil e tés et des capa c it és c ogn i ti ves   » (p . 2 9)   ; iii) en fin, p ui s que le f ait que «   les Q ué b écois e s et Québ é cois s oie n t auton omes et cr itiques dan s l eur uti l isatio n d u numé rique   » (p. 7) est désign é explicit e ment comm e u ne habi le t é. Noto ns aussi que l e s é l é ment s des dimension s son t des verbes d’a c tio n, ce qui l e s rapproch e d’ un e compétenc e dans la mesur e où l ’un e des man ières c ourant es de form uler u n e c o mpétence e s t de recour i r à l’ expression «   la c apacité d e fair e quelqu e cho se   » , d’autant qu’ une c om pétence est un agir c om pl e xe. À c e p ropo s, Jo nnaert ( 2009, p. 45 ) r emarq ue q u e p ou r certains a ut e urs, don t D’Hainaut, capacité e t comp é ten ce «   se sit u ent au m ê m e nive a u de définitio n   » . Autrem ent di t, le s élé m ents qui c om pos e nt l e s d i m e ns ions seraient pe u t -êtr e d e s comp é ten ce s . On le voit, un e lec t ure att e n tive du Cad re m et en évidenc e un ce rta in no mbre d’imp réc i s i on s, voire de c on fu s ion s, q ui n ’en fa c i li t ent n i la c om préhension n i peut- être l a mis e e n œ uvre, ce qu’ont r elevé d e tr ès nom breuse s au tri ces e t a uteurs. Le glo ssaire, dont la fon ction s e rait d e c lar ifie r et d e fixer le s ens d e s t erm e s u ti lisés dans le doc u m ent, m e se m ble pl utôt s u s cit e r une c erta ine c o nfusion . Tout d’abo rd, ce rta ines notion s (par exemp le, cult u re n umériqu e, habile té, c apa cit é , att itude, ap titudes) n’y fi g urent pas. Ens uite, la dé fi nit ion des com péten c es part i culièr es – tout e s ne sont pas d éfini e s – ne pr é sent e pas u n caractèr e s ystémati que et ne se base p as s ur de s critèr e s comparab le s : l es c o mpéten ce s i nformat ionnelles s ont «   u ne se n sibilit é à la fa ç on dont on r ecueill e [ … ] d u conten u d e f açon éth ique   » (p. 2 9) tan di s que les compét ences entr epren e ur iales c o mme la c om pé te n ce n u m é r iqu e so nt un «   ensemb le d’ap titudes   », dan s l e pr emier cas «   permett ant à un i ndi vidu de concevoir [ … ] a fi n de men er à t erme u n projet   » ( ibid. ) et dans le se cond cas «   [aptitudes] relativ e s à une ut ilisation c on fiante [ … ] à l’in c l u s ion dans la s ociété ou à 7 «   [La compétenc e numé rique] est dé fini e pa r un ense mble d ’ aptit udes relati ves à une util isation c onfiante , crit ique et cré ative du num é rique po ur atte indre des objec t if s li é s à l ’ apprenti ssa ge , au tr a v ail, a u x loi sirs, à l ’ incl usion dans la soci été ou à la p artic ipation à celle - ci   » (p. 7). 8 La notion de compétenc e «   d oit ê tre comprise en tant q ue «   sav oir- agir comple xe prenant appui su r la mobili sation et l a combin a i son effi caces d ’ une varié té de ressources intern es et externes à l ’ inté rieur d ’ une famille de situatio ns.   » ou co mm e «   un s a v oir agir comple xe   » ( Tardif, 20 06 , cité p. 8 ). On rappe llera qu ’ une compét ence doi t, au minimu m , f aire r éfé rence à «   un ense m bl e de resso urces q ue le sujet pe ut m obi lise r pour traite r u ne sit ua t ion avec succ ès   » (Jo nn aert, 200 9, p. 31 ). 9 Par exemple, «   les ré férent iel s d e compét ences   » , «   l es compéten ces disc iplinaires (p . 15 ), «   les compét ences entre preneuriale s   » (p., «   les compét ences in forma t ionnel les et num ériq ues   » (p. 3, 9, 25) . 10 Ent re au t res, «   m et tre à profit ses co m p éten ces au servi ce de la coll ecti vit é   » (p. 1 7). 11 Nota m ment «   d év eloppe r et m aint enir le urs [c elle s des personnes] co mp étence s t out au long de la vie   » , «   dév elo pp er de s com p éte nces pour sa vi e professi onnell e   » , «   ma i nteni r à jo ur l es compéten ces profe ssionnel les   »   ; «   faire valo ir ses compét ences aupr ès des futur s e mployeurs   »   ; etc. La comp étence numérique en contexte éducatif 14 4 Le p a rti pr i s de l a complé m en ta r ité Les pr écisions re latives aux d ifférent e s d imension s d u Cadre e t à leurs é l é ment s, font app araitre cl a ir e ment le c ara ctère c o mplém e n taire de c e l l es - ci : «   A insi, la mis e en œuvre d’ une d imension peut ê tre ren f o rcée p ar sa r encontre avec une o u pl u si eu rs autres dim ension s   » (p. 11) c e do nt r e ndent comp te p lusie urs c on tributions . Je m’at tarderai t o ut d’abo rd sur la représ entat i on graph i q ue des dim e n sions : il s ’a gi t d’un embo i tem ent à l a man iè r e des p ièc e s d’un p u zz le de d ix de ces d imensions dan s une couronn e dont le c e nt re est oc cupé par d e ux com posan tes – «   Agir en cito ye n é th ique à l’ ère d u num érique   » et «   Hab ilet é s t e chno logiq u es   » – don t l a pos i tion sp atial e atteste de l eur c ara ct è re fon damental m ême si l e t e xt e s e dé fe nd d e to u te visé e hi érarchi que entre les douze d imension s. Si l’on considèr e q u e l a ta i l le relativ e des ic ôn e s qui représ e nt e c hac une d es deux d imension s centrale s e s t un e var iable s ignif icative (B e rtin, 1967), il est certain que l a d imension éth i q ue pr év a ut. J e f ormulerais volont iers l’hyp ot hèse s elon l a que l l e ces d eux d imension s so nt i mp lici t e ment l iées à to utes l e s autres, la dim ensio n éthiqu e en r eprés e nt e l a f i n al it é, les hab iletés techn iques, le moyen. Ce tt e le c tur e de la di sp osition sp atiale de la représ entation graph ique ré vèlerait l ’intent i o n de fonder le s d ix dim e ns i o ns restan tes sur une c o m plé ment arité e n tre les deu x app roches anthro po- et techn ocentré e. Il sembl e e f fectiv e m e nt bien d ifficile de so rtir d e cette tension d éjà longuement évoq uée. Q u’ en e st -il alors de d i x a utre s dimensions   ? La métaph ore graph ique du puzz le i m pose à c ha cun e d e s es pi è c e s une place défini e p ar rappo rt à so n contexte imm édiat : cha que d imens i o n se trou v e en effe t enc ad ré e par de ux a utres a u s e in de la couron ne. Co m ment c e rapp ort de comp l ém entarité est-il m i s en œu v r e dan s les di f f é r entes contribution s   ? Les autri c es et les aut eu rs ont-ils p u échap per à cett e pr escr i p tion   ? Préf ace / À p ropos d ’un cad re de (p)référence de l a compétence num érique 15 Fig ur e 1 Repré s e ntation gr aph i q ue du Ca dre de référ en ce de la com p étence numér i qu e (MEE S , 2019, p . 1 2 ) Le p rojet édi to rial s’inscr i t p leinem e nt dan s cette p e rsp ective. D’abo rd, le s quatre premiers c hap i tres son t cons ac rés resp ec t ivement a u x d eux p remières di m ens i o ns : l’éthi q u e et l es habiletés t ec hn ologi que s . Ens u it e, neuf cont ri b ution s sur vingt -quatr e se réfèr e n t e xp l i c it ement à un e o u à plusi eu rs a u tres dim ensions . La m i se e n correspon danc e entre la d i m e ns ion p ri n cipal e d’ une contrib ution e t ses dim e ns ions comp l ém entair e s appo rte d e s i nform at ions i n t é ressan tes. La c o nstruction man uelle d’une matri ce mo ntre qu e quatr e dim e ns i o ns – dévelo pper et mo biliser sa c u ltu r e informat i o nnelle , co l labo re r, comm u ni quer, pro duire du contenu a vec le numériq ue – f o rm e n t, sans su rprise, un g roupe a u sei n d u q u e l elles s e m blent fortement interreli ée s. I l s’ agit d’a illeurs d e qu atr e dim ension s qui forment un blo c d e qu at re p ièc e s imbri quées à la su i t e l’ une de l’a u t re dans la re p résentation graphiq ue du Cad re . R eg ardo ns cela d e plus près. Tout d’abo rd, le c hap itre 9 15 traitant de l a coll ab oration trait e s econdair e m e nt d e la com munication à l ’ai de d u n u m érique. Ma i s peut-on ima gi n e r collabor er sans c o mmuni q u e r   ? E ns u it e, les c h apitr e s 10 16 et 11 17 cons ac rés à la comm unicat ion à l ’ai de du numér ique étud ie nt a ussi resp ectivement d e 15 Audrey Rayn ault et T hé rèse L a f errière, «   Coll aborer à l ’ a i de du n umériq ue : fon dements et a ff ordances   ». 16 Mathie u Bégi n et Maggie Roy , «   La représent a t ion de l a com muni cation dans le d iscours du C adre de référe nce d e l a compétence numé rique . Une perspe ctiv e pragmatique et ét hique en ma nque de repères péd a g ogiques. 17 Wa nd erlucy Cze szak et Cathi a Papi , «   Quelles rech erches sur la co m munication en l igne d ans l ’éducatio n   ? Premie r regard sur la di m en sion “co m m uni cation” d e la co m pé tence n um éri que d ura nt l a p andé m i e de Covi d- 19   ». La comp étence numérique en contexte éducatif 16 la col l ab oration et d e la culture n u m ér ique . Q uant a u x c hap itre s 12 18 et 13 19 cons ac rés à la dim e n sion «   produir e du cont e n u a vec le num ériq ue   », i ls abordent e n mê m e t emps la cul t ure inform ationn e l l e. E n o u tre, le c hap itre l e 1 2 trait e p lus part ic u l iè r e m ent de la comm u n ication et le 13 de l a collabo ration. On obs e rv e e ncor e que l q u es lie n s, cert e s moin s s ystém atiques, ent re les dimension s princ ipales e t c o mpl é ment aires a u se i n de c ertai n s ch apitres. La d imensio n «   agi r en c ito ye n éthi que   » est ainsi associé e à trois dim ens i o ns principal e s : l a dimension «   e x ploit e r le po te n tiel du num érique pour l ’ap p re n tissage   » dans le chapitre 6 20 , la dim e ns i o n r e lati ve a u dév e lop pem e n t de la cult ure i n form ationn e lle dans le chap i tr e 7 21 e t e n fin la dim ension communi cation dan s l e c hap i t re 10, dé jà cité. Dan s le chap i tr e 9, qui rattach e à la collabo ration la comm unication ( cf. ci - dessus), les coaut e urs intègrent à l eur d é v el op pem ent la d i m e ns ion d e l’inn ovation et d e la cré at ivité. De p lus, le c hap itre 20 22 qui trait e de la r é so lution d e pro blème s abo rde en même t emps la dim e n sion «   dévelop per sa pensé e c riti que envers le num érique   » . Enfi n , le chapitre 5 23 c on sacré à la dim e n sion «   exp l o i t er le po tentiel d u n umériq ue po u r l’ap prentissag e   » s’ap puie – o n po u va it a u s si s’y at tend re – sur la dim ension «   dé velop per et m obili s er s e s hab ilet é s t ec h nolog iqu e s   », La dist ri b ution des rapp orts de com plément ari t é ob servé s entre p lusi e u rs dimension s parait d essiner u ne cartograph ie de pô les th é mat iques q u i str uct u r ent le dom ai n e . L e premier regroup erai t la culture inform ationn elle, la collabo ration, la comm u ni cation et la produ c tio n de c o ntenus à l ’ai de d u n u m é rique . À cette d e rni ère so nt ass oci é e s l’inno vation et l a créati vi t é. Le se c o nd, mo i n s ar ticulé e t mo i n s de ns e , semble s e const i tu er a utour d e d eux dim e ns ions au c ara ctère tr ansversal. D’ une p art, agir en ci to yen éthiq ue q ui est asso cié à trois dim e n sions p ri n c i pale s ( cf. ci -d essus) et, d’autre part, d évelo pper u n e pensé e cr i ti que e nv ers le n umé r ique as socié à u ne seul e dimension , «   réso udre des problèm es à l’aide du num é ri que   ». Sa ns do ute leu r car actère tran sve rsal ne r e n d - i l pas n éce s saire l’ e xp licitat i on d e l eu r lien d’as sociat i o n, m ai s si c’e s t b ien l e cas, l e man que d’expl icitem e n t empêch e d’ en pens er l’arti c u l atio n dans la mo dé lisat ion comme dans l ’o bservat ion e m piri que. En guise de c on c lusi on, le p a rti p ri s de l’évolution et de l’ouverture La lect u r e d e c e t o uvra ge sus c it e, v o us l’aurez re mar q u é, de nom breu s e s qu estions et no u rrit de nom breu x d é bat s. Tell e est auss i sa richesse. J’ aurais pu par e x emple interrog er le parti pr i s d e la tran sv e rsalit é d e la comp é t enc e nu mérique et qu e st i on ner 18 Na t halie L acell e, E leono ra Acerr a et Jean - F ra nç ois Bouti, «   Co mpétenc e num ér i que, réc eptio n et prod uction d e contenu. Conce ptualisation , m anifest a t ions et proj ecti ons   ». 19 Tru d i E. Jacobson , «   Met aliterate D i gital Co ntent Creators . Using Open Pe dagogy and M etali teracy t o Support I ntegrated Learning   ». 20 Pie r-A l exa nd re Doré et France L afleur, «   É valuer en réalit é virt uelle . Quell e place pour la co m pé tence numérique et l’apprenti ssage expérient iel en forma ti on à d istance   ?   ». 21 Sabine Bosler, «   É valuer en réalit é virt uelle. Quelle pl ace pour la co mpét ence n umérique et l’apprenti ssa g e expéri enti el en formation à dist a nc e   ?   ». 22 Julien Bugm a nn , «   Des robots hu ma noï des pour ini tier l es élèv es à l’i nforma t ique. Quand les robots entre nt en classe au serv ice du d ével oppement de la réso lutio n de problè m e   ». 23 Gilbert Paq uet te, «   La com pé tence numérique dan s l’app renti ssa ge . Défis pour l’ing énieri e pé dagog ique   ». Préf ace / À p ropos d ’un cad re de (p)référence de l a compétence num érique 17 le s trois catégor ie s d’out i ls qu’identi fie le Cadre : outi ls n u m ériqu e s di s cip l inair es, pédagog ique s e t techno logiq u es (p . 32). J’aura is a lors dû d’ab ord fa i r e pr euve d’ une pens é e c ri ti que à l’égard de c ett e c até gorisation : vo us con naissez déjà m e s r étic e nc es concern ant l e t e rme d’o u ti l, je n’ y re v i e n drai do nc pas. I l m’a urait fall u ré f l é chi r a u stat u t, au rô le et à la place de l’éd ucation a ux m éd ias et à l’ infor matique : do i t-e lle êtr e cons i dér ée c om me u n e dis c ipl ine e n soi ou s’a git - il d’ une c o m péte n ce t ran sversal e   ? Le débat est an cien, le s argument s c om plexes e t la répo nse est plus que c erta inem ent nuancée. E n effe t, elle rel è v e légitim ement de s d e ux ap pro ches. D’une part , e lle po ssède s e s cadres th é o riques et métho dolog ique s a ins i qu’un co rpus d e c on naissan ces pro pres : de ce po i n t d e v ue , elle peut êtr e con sidér é e c o mme une d isc i p l in e à part entière. D’autr e part , dan s le c on texte d e la f o rmation d’ élèves, d e p erso nnes app re n antes ou s implem ent de c ito yenn es e t de ci to yens, il s’agit d’ une dis c ipl ine a pp l iq u é e à cha cu n de s do maines de c on naissan ce e t de l’activité social e q u’ elle est ce ns ée sout enir grâc e aux conn ai s sances produ ite s par la di s cip li ne. I l m’a ura it f al lu encor e d é b attre de cett e t ypologi e a u r egard d’ une con cep tion plus an cienne : app re n dre av ec les techno logies, app re ndr e des t e chn olog i es et app rendr e les technologi es… Ce n’est qu’après a voir dis c ut é ces différ e n ts po ints que j’aurais pu ob serv er comment ce tt e c até gorisation était mo bilisé e par l es collègu es dans l e u r contrib u tion . Ce n’e st é v i de m m e n t pas le l i eu po ur dé v e l o ppe r tous les aspe c t s qu e suscit e nt et le Cad re e t sa m obilisat ion dans ce t ouv rage. Cette q u e st i o n, comme cell e de la so u s- repr ésentatio n d e la dim e n sion du numé rique po u r l’inclus ion et l’équité, sera repris e, à n’en pas dout er, p ar d’a utres col lègues. Enfi n , le cout éner gé t ique et en vi ron nem ental d u n umér i q ue po ur l ’éd ucation et la format i o n, l es enjeux et le s p rati que s d e l’IA et des int e l l i ge n ces artificie l l e s générati ves so nt au t ant de pistes ouvert es p ar l e Cadre et p ar certaines c o ntributions qui ne demandent qu’à ê tr e d éve loppées. Je vous souhaite une très belle le c tur e, enr ic hiss ante et i ns piran te, de c et o uvrage. Références Albero, B. (2 01 0), La formati on en tant que d isposit if : d u t erme au concept . Dans B. Ch arlier et Henri, F., App re ndre av e c l e s technologi es (pp. 47 -59). PUF. https:/ /ed utice.hal.sci ence/ e dut ic e - 00 578663 / d ocument Bertin , J. (1 967 ). Sé miologie grap hi que. Les d iagramm es, les rés eaux, les ca rtes . 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La not i o n de c om pét e n ce numér ique, d u f a it de la c om plexité d u num é r ique e t d e so n év o lution con stant e , d éfie u n e d éfinition un ique et s ta ble. Po ur des raiso ns histo riq u e s, t echni ques et cul t ur e lles, la comp é t enc e n uméri que a r e v ê tu et rev ê t toujours un e p luralit é de comp réhe n sions qui rend l’objet di f f i c ilem e nt app réh e ndab le et var i ab le d’un r é f é r entiel à un autr e ( p. e x. Anan iado u et Claro, 2009   ; Stephani e Carre t ero et al. , 2 0 17   ; UNES CO , 2011). A u co u rs d es 1 5 d ernières an nées, le con cept a d’ailleurs é v o lué, no tamment au gré de s e s as soc i at i o ns a v e c certaines n otion s conn e xes, qu’il s’ag isse d’as pec ts techni ques e t m édiat i q u e s ( p. ex. i n form ation, médias) o u i n dividue l s et col l e c ti fs ( p. ex. comm u ni cation, collabo ration, p e n sée cri t ique, app rentissag e tout a u l o ng d e la vie, éthi que o u encor e c réat ivité   ; (van Laar e t al. , 2017). Dan s l e p rolongem ent d e ces c han ge m ents et dans l a foul ée du Plan d’ action numérique en éducation e t e n ensei gnemen t supér ieur ( Minist è r e de l ’É ducation et d e l’Ense i gnem ent s upérieur, 201 8), l e go u v e rn e m ent q u é b écois a adop té un C adre de référenc e de l a compé tence numérique regroupan t «   l es dim ension s j u g ées ind ispens ables pour app re n dre e t évolu er au 21 ᵉ si ècle, p. 3). Dans ce Cadre , do uze dimens i o ns son t présenté e s comm e const i tuti ves d e la c o mpéten c e num érique qui devrait ê tr e développ ée en c on texte éducati f, autan t ch ez les pe rson nes app renant e s, que ch ez l e s perso nnes e n seignan tes et f utu r es ense ignantes. La sing ul a rit é d e ce doc u m ent repos e s ur deux asp ects. D’une part, ce t te pro pos i tion s’est appuyée sur un e re c o ncept u a lisation de l a co mpétence n u m ériqu e qui, elle-mêm e, partag e ait la prém i ss e s elon laqu e l le «   les littér at i es in formation nelles, médiat i q ue s et n um é ri q u e s so nt en tra i n d e rass embler le urs for c es   » po u r r eprendr e la formule d e L e De uff ( 2011, p . 80). À c e t é gard, d es prop osition s conc e p tuelles t e l le s que la mé ta litt ératie (Jacobs on e t Ma cke y , 2 0 13), a y an t pas sablem e n t insp i r é le plu s L La comp étence numérique en contexte éducatif 20 récent réf é renti e l de l ’inf luente Assoc iat i on of College and Res earc h L ib raries ( 2016), ou encor e l a t ranslitt ératie ( Andr etta, 201 2 ), on t gu i d é la r édaction du do c um ent. Surt out, le Cadre perm e t d’al l er au - delà de l’app roche strictement proc édurale des t echno l o gies, car l es dim ension s ret e n ues font écho au x com pétenc es d u 21 ᵉ s iè c l e régu lièrement rencontré es d’ap r è s van Laar e t al. (2017). Dan s c e con text e , ce t ouvr age se pro pos e d e pr endre un pas d e recu l sur le Cadre de référence de la compé tence numé rique e n l’ e x plorant sous le prisme de d iverses appro c hes théoriq u es et prati ques. Plus g é néra le m ent, il repr é sent e un e s p ac e d e dialo gue et d e réfle x ion cr i ti que s ur le dé velopp e ment d e l a comp éte n ce n u m é ri que e n m i l ieu éducatif, en intégrant des p erspe c ti ve s q u éb éc o i s es et c anadi en nes e t int e rnat ional e s. En dépass ant une appro ch e stri cte m ent d e sc ripti v e o u norm ativ e, il ambit ionn e de contrib uer à développ er un r egard crit i q ue s ur les enjeux, défis , et opp ortunités que présente l’édu cation num é ri q u e . Les c o ntribut ions, d i v e rs ifiées tant dans leurs app roches métho dolog ique s que d iscip l ina ir e s, offrent un e r ichesse d’an alys es et d e réfle x ion s s u r l es d imension s con stitut i v es du Cad re de référence de la compé t enc e numér ique , et, secon dai r em e n t, dans d’a utre s cadres d e r é f é r ence nat ionaux e t i n ternat ionaux. No u s avons cho isi de nous ado sser au Cadre q u éb écois, n on parce qu’il est exempla i r e au s ens d’ irréprochab le , m ais p arce qu’il pe ut servir d e p oint d’ appu i. Même si l e s do c um ents de c e ge nr e son t n ombreux dans le mo nde (voir notam ment Mi chelot et Poe ll h uber, 2 0 1 9), i l nous import ait de q u e st i o nner l a n o tion de com péten c e numériq ue au rega rd d e po li t iques éducat ives concrètes. O r, par l e Gro upe de rec h er c h e i n terunive rsita ire sur l’inté gration pédago gique des te c hn ologi e s d e l’informat i on et de la c o mmuni c at i o n (GR IIPTI C ), plusie u rs c h er c h euses et cherche u rs du Québe c ont ét é mobil isé s, voire i mp liq ués dire cte m ent dans l’élabo ration de ce document. Il y avait dès l o rs l a po ssibilit é de porter un regar d intro spectif et prosp ectif s ur un do cu m ent qui célè b re ( déjà   !) so n c inq uièm e ann i versa ire au mom e n t de la par ution d e cet ou vrage. L’original ité de l ’o u v rage r é sid e don c d ans sa stru c tu re qui abo r de s uccessiv e m e nt chacune des 12 dim ension s du Ca dre québécois. Cha que d im e ns ion e st explor ée à travers u n r e gard théori q u e e t une p e rsp ective prati que , ref lé tan t ains i la dualit é intrins è q ue de l a c om péten c e n u mér ique. Ce tt e dé mar che vis e à éc l air e r la r ic h esse e t la c o mpl e xit é du c on cept de c o mpét ence num é rique en abordan t ses m ult iple s f a ce tt e s, depuis l’a gi r é th iq u e dans l’univers num ériq ue jusqu’à l’inno v atio n e t la cré at ivité technologi que, en p assan t par la ma itrise d es outi l s num é ri q u es et l e d éveloppem ent d’une cult ure info rmationn elle . La pré face de l ’o uv r ag e , ré digé e par Dan ie l P e r aya , prof ess e ur ho norair e à l’Uni v ers ité d e G enève e t c oré dacteur e n c he f de la r e v u e Distances et méd iations des sav oi rs , joue un rôl e ess entiel d e cont e xt ual i sat ion. Int itul é e «   À p ropo s d’un cadre de (p) ré féren ce d e la com péte n ce n u m ériq ue   », cette pré f a ce app orte u n éclairage préli m inair e cruc i al a ux le c tri c es e t le c te urs. Fort d e sa conn ai ss ance fine et h i st oriqu e du cham p d’ét u d e du n umériq ue en é du c at i o n, Dan iel Pe r aya p ointe d i f f ér e nt e s remarqu es transvers ales à la c o mpétence n umériq ue et aux cha pitres qui l a dis c ut e n t, tan t sur le plan d es app orts que d es man ques. E n ce se n s, la préf a ce don ne l ’h eure ju s te sur la p ortée de l ’o u vra ge e t fo u rn i t plus ieurs clés de le c tu re po ur l’ap préci e r. La d imension «   Agir e n citoyen é th ique à l’èr e du n umé r iqu e   » explore c om ment le s ind ividus p euvent u til i s e r de man ière r e sp ons able et é th i q u e les t ec hn olog ie s numériq ue s, en re c o nnaiss ant leur i m pact sur l a s oci é té, l’e n vi ron nem ent, et l es Int roducti on / Cartograp hie(s) de la comp étence numérique 21 rel at ion s interpersonn elles. À t ravers d e ux c h apitr e s dist incts, mais comp lémentair es, l’ouvra ge e xam i n e les ap proch es variées a dop tée s dans différe nts c on textes é du c ati fs francoph ones pour pro mouvoir u n e citoy e n neté num é r ique éclair ée . L e pr emier chapitre, par Sim on Collin et Jus t in Tasch ereau , s’intit ule «   La gouvernan ce des inno vations sociot echni q u e s c o mm e fi n alit é de l ’éd ucati on à l a c itoyenn e té numériq ue   » . C e chapitre s e c on c entr e sur l ’imp ortan c e de la gou vernan ce de s inno vations techno l o giqu es dans l’éduc ation à la ci t o y enn e té num ériq ue . On y développ e une argum entatio n en f a veur d’ u n e parti ci p ation a ctive des app re n ants et des e ns e ignant s. Cette p erspec t iv e sou li gn e le rôle q u e l’ é d uc at ion num é ri que devrait po u voir p re ndr e dans la format ion d e cito yens capab le s d’or ie nt er l e s dévelop pements numériq ue s comp atibl e s av ec les p ri n cipes dé m ocrat iques q ui ré g i s sent no s sociétés. Le d eu xi èm e c hap itre, par Lionel Alvar ez , est intitul é «   L es c o mp éte n ces n u mér iques comm e finalit é dans deux context es scola i r es francop hon e s. Analyse c o mparé e des textes qu ébécois et s ui ss e s romands   » . Al v ar ez prop ose u n e analys e comp arative de s cadres é d uc at ifs du Qu é b ec e t de la Su isse roman de, mettant en lumièr e l es d ifférentes man i èr e s dont ces syst è m es é du c ati fs c on ç o ivent e t intègrent la compéten ce numériq ue dans leurs pro gramm es. L’analys e r évè le c e rtes des similitud es, mais a u ss i des div e rg e n ces dans les app roch e s, so ulignant la po ly s émi e d es termes «   num érique   » et «   comp é t ence   ». C e tt e réflexion pr éfig u r e d e r iches r éflex ion s sur le rôl e de s vision s so c iétales q u e ce s cadres é du c at ifs cont ri b uent à pro mouvo ir à trave rs l ’é ducation numériq ue , mettan t en avant les choix pol itiqu e s et p é dago gi ques q ui sous -t endent la définition et l e d é v elopp eme n t de comp é t enc e s n umér i q ue s da ns l’é d ucation . La d i m e ns ion «   Développ e r et mobi lis e r ses hab i l e tés t ec hn ologi q u e s   » abordé e dans l es chap i tr es 3 e t 4 d e l’ou vrage e xp l o re le dé veloppement et la mob ilisation d es hab i let é s t e c h nologiqu es, non se ulement pour l es apprenan ts, mais é ga le m ent po u r le perso nnel e ns eignant . Le t ro i s ième c hap itre , «   Dé velopp e r et mob il iser s es habil e tés technologi ques. Une dim e n sion éclecti q u e essent ie l l e   » , par N orman d Roy , Sim on Parent , e t A l exandre L epa ge , so uligne l’import ance d e c u l t iver u n l ar ge éve n tail d’hab il et és t e chn o l ogi ques dans le c a dre é ducati f, s ingulièr em e nt pour le p ersonn e l enseign ant, non seule m ent pour e n ri ch ir l e u r prat ique p édago gi q ue, ma is a ussi pour préparer l e s élèves a u x défis du 21 ᵉ siècle. C e c h apitr e m e t en avant l e caract èr e hétéroclit e d e ce qu e l’on e nt e n d par hab i l e t és te chnolo gi q ues , allant de la maitris e d’outils num é ri ques b asiqu e s à d e s comp é t enc e s p lus avanc é es com me la pro grammation e t l a cyb e rs écurité. Le quatri ème c h api tre, «   Program mation informat i q ue : u ne no uvelle habi le t é t e chno logiq u e à dév e lop p e r c h ez le p ersonn el enseign ant e t les élèv e s   » par Raoul Kam ga , S ylvie Bar ma , Nancy Brouill ette , A lain Stockle ss , e t St é ph an e V illeneuve , se conc e n tre s ur l a po rtée e t le s impli c atio ns d e l’enseignem ent d e la pro grammat i o n i n f o rmati que d è s l e p lus jeu n e âge. On y argum e n te l e fait qu e l a programm ation e s t une compét ence clé qui do i t ê t re s out e nu e afin, not amment, d e dé velopp e r l a r é so lu tion de p roblèm es ch ez l e s élèves. À trav ers des étud es d e c as au Q uébec, les a u te urs ill u st re nt les a vantag es péda gogiques de la pro grammation , i n sistant sur son potenti el pour enri c h i r l’apprentiss age e t l’enseignem ent. Dan s la dim ension «   Exploiter le po te n tiel du n u m ériqu e p our l ’ap prentiss age   », deu x chap i tres s e p ench ent su r l’ impo rtance de la c om péten ce n umériq u e dans des contextes éd u cat if s vari é s, sou l i gnant l es défis e t o ppo rtunit é s qu’of f r e le n u m é r iqu e po u r l’ingéni erie p édagog i q ue et l’évaluation d e s app re nt iss age s. Le cinq uième chapitre, écrit p ar G ilbert Paquett e et intit ulé «   La c om pét e n ce num ériq u e dans La comp étence numérique en contexte éducatif 22 l’app re nt i s sage . D éfis po u r l’ingénie rie p édagog ique   », pro pos e u ne anal y s e c r itiqu e du Cad re . Paq ue tt e é va lue so n appli c ab ilit é , mettan t e n r el i e f la n é c e s sité d’ une mo dé lisat ion d es con naissan c es e t d e s comp é t enc e s p our une i ngénierie pédago gique effica c e. En remo bili san t une on tologi e d e la com péte n ce qu’il a récemm ent prop osée par ai l leurs, l’ au t e u r r éint e rp rè t e le continuum de dév e lop pem e n t d e l a comp é t e n ce numériq ue , m e ttan t e n avant le s enjeux de l’inté gration des TIC dans les prat iqu e s pédagog ique s et le rôl e crucia l de l ’ing énieri e p é dago gi q u e . Le sixi èm e chapitr e, par Pier-Alexandr e Doré et Fr ance L a fl e ur , intit ulé «   Évaluer e n ré al i t é v irtuelle. Qu elle place pour la c o mpét ence n umériq u e e t l ’ap prentiss age expér i enti el en form ation à distan c e   ?   » , exp lore l ’usa ge d e l a r éa l it é v irt uelle (RV ) c om me m oye n d’év aluation dans le s context es d’ap prentiss age à distan ce, à travers des e xp éri e n ces d’apprentiss age immersi ve s. L e s d e ux aute urs d iscut ent d e s i m plicatio ns pédagog iques e t technologi ques de l ’in tégrat i o n de la RV dans les proc e ss u s év a luat i fs, m e ttan t en lu m ière le s défis ass ociés à ce tt e ap proch e, n otamm e n t en termes de c on c eptio n pédagog ique , d’ access i b ilit é et d’ équ i té. On y so uligne le pote ntiel d e la RV af in d e favoris e r u n app re nt issag e e xp é r i enti e l. La dim ension «   Développ e r e t m obil i ser sa c u lture info rma tionn e lle   » p erm e t d’abo rder l’impo rtance croissant e de la cultur e informatio nne l l e et de l ’ éducat ion aux médias dans no tre so ci é té num éris é e. E l l e so uligne la né c essit é d’équip er l es ind ividus, en part i cul i er les j eun e s, des comp é t enc e s n éce s saires p our navig ue r a v e c d isc e rnem ent dans l e v as te o céan d’informat i on s dispo nibl e s en lign e , a insi que pour comprendr e, év a luer, et uti l iser efficac ement c es inform at i o ns dans divers c o n textes. Le c h apitr e 7, rédigé par Sabine Bosler , intit ulé «   Cult u r e in format i o nnelle et éd uc at ion aux m é d ias à l ’èr e num ériq ue : Persp ectiv es fran co-allemandes   » , e xp l o re le s int e rse cti o ns entr e la culture i n f o rmat ionn e lle, l’éd uc at ion a ux m édi as, et l es c om pét e nc es n u m é r iqu e s. Par sa grande connaiss ance du c o ntexte, Bosle r contrib ue à l ’ exa men de s c on ception s histo riq u e s et cont e mp oraines d e la c u l tur e informat i o nnelle, mettan t e n éviden c e ses impli c ation s démo cratiq ues e t éthiqu es dans le c on texte n um é ri q u e . L e c h apitr e comp are des r é f é r entiels de c om pétences numé riqu e s pou r i n t e rroge r l a p l ac e d e l a culture i n f o rmat ionn e lle dans ce s c adr es, sou li gn ant l ’im portan c e d e dé v e l o pper c h ez le s élèv e s des strat égi e s po ur évalu e r et u ti li se r l’in f orm ation de maniè re cri t ique. L e chapitre 8, écrit par Gabri el D um ou c hel , Audrey Ra ynault et Florent Michel ot , est int itulé «   D é v e lop per la cultur e in format i o nnelle des appre nant s québécois : une miss i on i nt e rp rofessio nnelle p o u r l’ e n se m ble d e s format eurs co ncern é s   ». C e chap i tr e so u lign e l a n éc e s sité d’ une app roch e c o llecti v e et i nt e rp ro f essio n nel l e n écessair e po u r cultiver la culture inform ationne lle c hez l e s élèves q u é bé co i s. En sou li gnan t la coll ab oration e n tr e e n seignan ts, bib l iot hécaires, e t autr es profess ionn e ls de l’éducat i o n, l es aute u rs mon tre n t comm e nt cette approche multid i s ciplina i re p eut s’avér e r fru c tu eu s e po u r prom ouvoir une utilisat i o n re sp o nsab le e t criti que de l’informat i on n u mér iqu e . La di m ension «   Collaborer à l’aide d u num é ri que   » e st e xp l o rée par le huiti ème chapitre d’ A udr ey Raynau lt et Thérèse L af errière , intitulé «   Coll ab or e r à l’a id e d u numériq ue : f on de m e nt s e t affordanc es   » . Le s a utrice s dévelo ppent une v is ion app rofondie de la coll aborat i o n q ui est cert e s décrite comm e un e compét ence clé, n on seulem ent po ur l ’ap prentiss age, mais é gal e m ent pour l e f on cti o n nement p ro fe ss i o nne l . En se basan t sur u n e riche synthès e de con naiss an c es sci e nt ifiqu e s e t pratiqu es, le chapitre d étaill e c om ment l e n umériq ue p e ut s e rv ir de l e v ier p our l a c o l labo ration en milie u sco lai r e, f ac i l itant la co c r éation d e c on tenus o u e ncor e l a c oé laboration de conn ai s sances. L es autric e s introdu isent la notion d’a fforda nces s ocion umé r iqu e s , Int roducti on / Cartograp hie(s) de la comp étence numérique 23 décrivan t comm e nt l es t echno l o gies n umér i q ues p euvent ê tr e mob i lisées e n vue d e so u tenir e t amélior er la col l ab oration . La d imension «   C o mmuni quer à l’a ide d u numé rique   » est a u c œur des réfl e xion s du d ixième chapitre («   La re p résentat ion de l a comm unicat ion dans l e d isco urs du Cad re de référence de la c ompétence numérique . Un e persp ectiv e pra gmatique e t é thiq ue en man q u e de r e p ères pédagog iques   »), par Mathieu Bé gin . C e d e rn ier se p e n c he s u r la représ e nt ation de la comm unication dans le Cad re et soulè ve le manq ue de repèr e s pédagog ique s cl a irs a f in d e g u id e r l’e ns eign ement e t l’ apprentiss age d e la comm u ni cation n u m é r iqu e , m e ttan t en l u mi ère la né ce ss i t é d’ une réflex ion plus app rofondie sur la mani è r e dont cette d i m e ns ion de la c o mpéten ce n u méri q ue e st concept ualisée et ens ei gn ée. Dans un onzi ème c hap itre intitu lé «   Qu e lles re c her ches sur l a communi cat i o n e n lign e dans l’ é d uc at ion   ? P rem ie r regard sur l a di m ens i o n “ comm u ni cation ” de la compéten ce n umériq ue dur ant la pand émie de COVID - 19   », Wanderluc y C zeszak et Cathia Pap i of fre nt un premi e r ap e rç u de s r echer c hes s ur la c om munication e n l ign e en é d uc at ion , e n se conc e nt rant sp é cifiq ue m ent sur la récente pan dém i e. C e chapitr e pr ésent e les rés ul tat s d’une revu e d e litt é rat ure qu i m et en évid e nc e c om ment la pandémi e a po sé des défis si gnificati fs à la com munication éducativ e à travers les techno logies num ériques. Le s autri ces mo ntrent que, ma lgré l’impo rtance de la c om munication pour l’ap prentissag e à dista nce, p e u de recher c h es on t abo rdé explicit e m e nt ce tt e dim e n sion dans le c o ntext e d e l a compéten ce numériq ue . La dimensio n «   Prod uire du cont e n u a vec le numéri que   » e st explorée à tra vers deu x c h apitres q ui appro c h e nt la com pét e nc e numé rique e n mettant no tamment l’accent sur des approches péda gogiqu e s inno vantes. Dan s l e c h apitre 12, «   C o mpétence n u m é r iqu e , r éce pt i o n e t produ c t i on d e conte nu. C o n c eptu ali s at i o n, man i festation s et pro jection s   », Nathalie L a celle , Eleono ra Acerr a , et Jean- Françoi s Boutin prop osent une réfl e xion ap profon di e s u r la relation entre la comp é ten ce num ériq ue e t la produ c t i o n de c o ntenu. L e ur an al yse s’att ac h e à l a concept ualisation de l a c o mpét ence num é ri que, e n sou l ignan t comm e nt ce lle -c i se man i fest e à tra v e rs l a réception et l a produ c tio n de con ten u dans d es cont e xt e s éducatifs vari és. Les aut e u rs explor ent é ga lem e nt le s pro jec t ion s de c et te comp éte n ce. Dan s le chap itre 1 3, «   Meta lit e rat e Dig i tal Con tent C re ato rs: U sin g O p e n Peda gogy and Metal i tera cy to Sup port Integrat e d L earning   » par Trudi E. Jacobs on , e xp l o re l’utilisation de l a péda gogie ouvert e et de l a méta li tt é r ati e comme suppo rts à l’app re nt i s sage i n t é gr é , e n sou lignan t l’ap port de la produ c tion de contenu num ériq ue . L’autri c e s ouli gne la n écess i t é de fourni r au x app re nan ts des o pport u n i tés cohér e n te s po u r d evenir comp étent s dans les dom aine s q u ’il couvre. Elle e xam ine les liens ent re la p édag o gie o uvert e et l a méta li t térati e et s uggèr e leur v a leur aj outé e af i n de fourn i r des env ironn e ment s d’apprentiss age pouvant soutenir un appre ntissage in té gr é. La d imension «   M ettre à profit le n umér i q ue e n tant que v e c te ur d’inclusion e t p our répon dre à de s b esoin s di v ersifiés   » est abo rdée dans l ’o uvrag e dans le cadre de deux chapitres. L e chapitre 14, é cr it p ar Gé r aldin e H e i lporn , in titulé «   Num é ri que et diversit é de s person nes apprenant e s. Placer l es prin ci pes d’ équité e t d’inclus ion au ce nt re d es pr é o ccu p ations pédagon um é ri q u e s   », souligne l’i m p ortan c e de pr endr e en comp te la diversité d es app re n ants dans l ’ élaborat i o n e t l’impl émentation d es ressourc e s et o u t il s num ériques édu catif s. H eilporn i ns ist e s ur l ’urgenc e de concevoir des environn e m ent s d’apprentiss age n umériques qui son t acce s sib l es et inclusifs po u r tous, en mettant p articuli è r ement l ’a c c ent su r l’adap tation d e ces envi ro nnem ents aux C h a p i t r e 1 La gouve rnance des innovation s soci otechniques Une finalit é d e l ’é d ucatio n à la cit oyen neté numé rique Simon COLLI N et Jus tin T A SCH ER EA U Dime nsion abo rdée Agi r en cit oyen éthiqu e à l’èr e du numériqu e Mots- clés Éducation à la cito ye n net é numéri que   ; d émocrat ie techniq ue   ; démocrat ie part i cipati ve   ; d é mo c rati e délib érative   ; dispo sitifs part icipati f s Nivea ux de f o rmat io n a bordé s Tous l es ordres Résu mé Dan s le c a dre du pr é s e nt chap i tre, no u s comm e nçon s par app rofondir les aspe cts so c iaux et po l iti ques c o nstituti f s d u numér ique qui ju st ifient son association au concept de c itoy ennet é en m obilisant les trava ux en scien ces, techn ologies et so c iété. S ur le con stat q u e l e n umériq ue est éminemm e nt po li t i q u e , no us abo rdons ensuit e la q u e st ion de sa go u v ernanc e par le b i ais des tra v a u x sur l a dé mo c rati e techni q u e . No us appli quon s cette d e rniè re à l’édu c ation en illustran t deux dispo sitif s c om pl é ment aires d e d é m oc ratisation techn ique e n é du c ation qui sont autant d’o c cas ions po u r le s m embres d u r é sea u sc o lair e de s’éd uquer à l a ci to yennet é numé rique. F inalement , no u s c o ntext ualiso ns l ’ éd u cat ion à la ci to yennet é n uméri que dans l a gou ve rn an c e s colai r e actu e l le , celle de la nouv e l le gestion publ ique , et so ulignon s les ri s ques d’inst ru m entalisat ion de l ’é ducation à l a ci to yennet é qui p euvent en déco uler. Sum mar y In th i s chapt e r, w e begin by explorin g the soc i al and pol i ti cal a spects o f th e digita l that j u st i f y i t s asso ciation with the c o nce pt of citizensh ip, drawing on work i n scienc e , t e chn olog y and so ciety. Bas ed on the ob servation that the dig ital i s eminentl y po liti c al, we th e n address the q ue st i o n of i ts go ve rn ance thro ugh wo rk on te chn ical demo c ra cy. W e then i l lu st rat e t wo comp l em entary m echan i sm s f or La comp étence numérique en contexte éducatif 32 techni c al d e mo cratization in edu cation, both of wh ich pro vid e opp ortuniti e s f o r scho ol stak ehold ers to learn abo u t d i gita l citiz e n ship. Finall y, we contextual ize digi ta l ci ti zenship edu c at i o n wi th i n current s choo l gov e rn ance, that of the ne w publi c man age m ent, and high light the risks of instrum ental izatio n of c iti ze n ship education that may result. a relation e n tr e l a techn i q u e et la société a sou f f e rt d’un m alentendu h i s tori q u e voulant qu’e l l e s soi e nt de nat ure différent e l’ u n e d e l’autr e (La w, 1 991). D ans ce tt e persp ect i v e , l a t e c hn ique sera it neutre, pro duite par d e s t echni ciens, des ingénie urs, des in format i c iens et d’autres sp écialist es, et e l l e r el è v e rait princip alement d’entrepris es priv ée s , actu ellement les GAFAM (Go ogle , A ppl e , Faceboo k , Amazo n , Mic ro soft ). À l’ inv e rse, l a soc i ét é serait d e natur e pol itique, donc char gée d e valeurs et relèvera it d’inst i tut ions publi q u e s   ; des perso nnes cito ye n nes, d es fonctionn aire s e t des décid e us es et dé c id eurs politiqu e s a uraient al o rs la c harg e d e délib é r er. De là, l a techni q u e et la so ciété a u ra ie n t u n e incompat ibilité de nat ur e , l’ u n e r e l e v ant d’un fonction nement t e c hn ocratiqu e du fa it d e s a natur e t echni que, alo rs que l’autr e su i vr ait un fonct ionn e m e nt démo c rati que (dans les so ciétés qui s’en r éclam e n t) du fait de sa nat u re po l iti que. Il e st tout ef o i s pos sible de p e ns e r q ue ce tt e di cho tom i e h i st oriqu e est en tra in de s’ e s tomp e r à m e sur e que la populat ion pr e n d c on science d e s enj eu x que suscit e nt les inno vations sociot ec hn iq u es dans leur format num érique. Q u’il s’ag isse des m édias soc iaux et de l a c ircul at ion des th éories d u comp lot qu’ils f a cil it ent, de l’inte l ligen ce artifici e l le et de l a man i pu lation (no tamment , le deep fake ) qu’ell e peut engendr e r ou e n c or e de l a col l e c te et du tra i tem ent mas sifs d e do nnées num é r iques et de la surve i l lance qu’ils r e ndent pos sible , il app arait de pl u s en plus évi dent que l a techni q u e a des impl ic at ion s so c ia le s et d émocrat ique s e t qu’e lle m éri t e don c d’êtr e traité e c o mme un objet proprem ent po liti q u e (F eenberg, 1999) . Pa r l e fait mêm e, e lle devient au ss i obj et de gou ve rn ance et de cito ye n net é . Dan s c ett e persp ect ive, la dimens i o n 1 d u C adre de référenc e de la c ompétence numér ique («   agir e n ci to y en éth ique à l’ è re d u n u m érique   »   ; désormais «   d i mension 1   ») , lan cé en 2019 par le minist ère de l ’ Éducation et d e l’E n seignem ent supérieur , engag e d e s tension s et de s q u est ions légit i m e s. E l l e abord e le num é ri que dan s u ne op tique po l itiqu e, et n on pl u s se u l e m ent t ec h niq ue   ; or mê l er n umér ique et pol itique n e va pas nécessair ement de so i, c om me u n de s aute urs du pr ése n t text e l’ a mo ntré dans le cadre d’un pré cédent art icle ( C o llin, 2021). P ar une analys e criti que d u Cad re de réfé r e nce de la compé t enc e numérique (Min istèr e d e l’Éd uc at ion e t de l’Enseign e ment supér ieur, 2019) , no u s avons souligné que la di m ension 1 repo se s u r u ne con cept i o n essenti ell e ment individ ualiste, d épolit i s ée e t coer c it ive d e la citoyenn eté n umérique, qu e no us a v o ns ass oci é e à un e finalit é adaptat ive. B ie n q u e né c essai re , c ett e fin al ité no us s emblait non suffisant e pour c ou vrir la ci to yenn e té num é ri q u e a u sens pl ei n du term e. N ous av o ns don c p ropo sé d’ y ajoute r u n e f i nalit é c om plém e nt aire, «   é man c ipatri ce   », qui re po se sur une c o nceptio n davantag e c o llect i v e, politiq ue et délib é ra tive de la citoy e n neté numériq ue . Dans c ett e perspe ctive, dé m o c ratis e r l e num érique ne pe u t se c o ntenter d e le r e n dre access i b le à to utes et à tous (a u sens d e «   mass i f ie r   »)   ; c e la imp l i que a ussi de l’assuj e tt i r aux p rin c ipes d émocrat iques, do nc d’en fa i r e un ob je t de go uvernan ce et de débat pour lequ e l l e s p erson nes citoy e n nes sont part ie prenan te. Dan s le cadre d u pr ésent chap i tre, n ous n e reveno ns pas sur l’a naly s e critiq u e d e l a première dim ension p récéd e m ment effect uée . Plutôt , nous prolon gons l ’ anal y se cri t ique de cette prem iè r e dimens i o n sur quatre plan s . D ans u n e première s ec t ion , no u s L Chap itre 1 / La gouvernanc e d es in nova t ions soci otechniq ues 33 app rofondiss ons le s aspe cts so ci a ux et polit iques c on stitutifs du num ériq u e qui ju s tifient so n association a u c o ncept d e ci to yennet é en m obili s ant les tra v aux e n scienc e s , techn ologies et soc i ét é. S u r le const at qu e l e numé riq u e e st é m i n emm e nt po l itiqu e, u n e s ec o nd e se cti on ab ord e l a qu e s tion de sa go uvern ance p ar l e biais d es travaux sur l a d émocrat ie techni que. La tro isième se c tion ill ustre d e ux di sp ositi f s comp l ém entair e s de démocrat isation techn ique e n é d uc at ion qui so nt au t ant d’occasions po ur les m e m b res du rés eau sco lai r e de s’édu quer à l a ci to yenn e t é numériq ue . F inal e ment , une d e rni ère s ection con textualis e l’é d u c ation à la c itoyenn e té numériq ue dan s la go u v e rn ance s c o lair e a ctu e l l e, c e l le de la n ouvell e gestion p u bl ique, et so u l ig n e les r isques d’ instrumenta li s ation d e l’édu c at i o n à la ci toyennet é qui p euvent en déco uler. La c ompéten ce numériqu e en qu esti o n 1. En qu oi con siste nt l’ éducat ion à la c i t oyenn e té n u m ériqu e e t son ex ercice   ? 2. Com ment d é mo cratiser l a gouv ernance d u n umériq ue en éd uc a tion   ? 3. Q u e l s so nt l e s cham ps d’étu de s prin c ipa ux qui abo rd e nt l ’exer c i ce de la ci to yennet é n u m ériqu e e t la démo cratisation d e la go uvernan ce du num ériq u e en éducation   ? 1 Repo litiser la te chni q ue : l’ a pport des travaux en s c iences, technologies et so ci été Les é t ud e s en s ciences, te c hn ologi e s et soc i ét és (STS) c o n stitue n t u n dom ain e interdis c ip linaire d e r ech e r che déd i é à l’étud e des en chevêtr ement s complex e s e nt re le s scien c es, l e s t e chn olog i es et l es so c i étés e n t e rm e s d e formes de s avoir e t de po u voi r inextricabl ement mê l é e s et évolut ives à travers l e temps ( Bonneuil e t Jo l y, 2013). La pertinen ce de s é tu des en STS est né e d e l a r e m i s e e n cau s e des post u lats de n eutra li t é et d’uni versalit é d e s s c i e nc es e t des techn iques à partir des an née s 1 9 60 , ave c pour c on séque n ce d e q u est ionn er leurs relation s à l’ordr e so c ia l et pol itique. D’ une conception essentialist e e t auton omisan te d e la s cienc e , dans la quelle les t ec hn olog ie s étaient per çues comm e un e application d irect e d es a vanc ées sci entifiqu e s , l es s cienc es et t echniqu es s ont désorm ai s ap préhend ées c o mme des act ivi t és e t des p rod ui ts culturels e t sociaux qui n e p euvent êtr e c o mpris e n d ehors des so c i é tés qui leur don nent form e (S ism ondo , 2010). B ie n q u’ il s n e s oient pas l es seuls, l e s tr av a ux en STS o nt mis en l umière le rô le déterminan t d es actri c es et acte urs sociaux tout au lon g de l’ac t iv i té scienti fique e t techni que. D epuis les ann é es 1 9 80 , un sous-dom a i ne en STS – le Social S hap i ng of Technology (SS T   ; Ma c K enzi e e t Wa jc m an , 1999) – a prolon gé ce s po stulats e n les ap pliq u an t au cas spé cifique des innovat i o n s sociot ec hn iq ue s. I l a remis en cause un e d ichoto mie o nto l ogi que e n tre l e techn ique et le so c i al, ce q u i a permis e n r etour d e po ser a utre m ent la r el at ion «   technolog ies – s ociét é   ». Historiq uement, un pos tul at s tructuran t de s ét ude s sur l ’inn ov ation techni q u e est que l e t ec hn ique et le soc i al se raient di ffé r ents par nat ure, et qu’il s seraient donc auton omes l’un de l’a u tr e (Latour, 1991). Dan s cette p ers pec ti ve , l’inno vation techni q u e sousc rirait à un f o nct i o nnement t e c hn ocrati q u e (dan s le s e n s où e lle s e r ait l’affair e d e sp écial i s te s t ec hn iq ue s) alors q u e la soc ié t é s u i vrait un fonct ionn e ment po l itiqu e, éventu ellem e nt démoc ratiqu e , auque l cas elle re lèvera i t des p e rso nnes ci to yennes e t de le u rs r eprés e nt antes et r e p résentan ts po l iti que s . La comp étence numérique en contexte éducatif 34 Dan s l a f o ulée d e tra vau x f o ndateurs e t i n te rd iscip l inai res sur l a t e chn ique, les études d u SS T s e so nt ins c r ites e n port e -à- f a ux av ec c e pos tul at de d épart e n obs e rv ant que l ’inn ovation te c h niqu e , au mêm e ti tr e q u e l ’acti vi t é s cient i f ique, est autan t techniqu e que so c ia l e. Ell e e st techn i q ue dans la me s ur e où elle est né ce ss ai r em e n t condition née par les développ e m e nt s te chni q u e s préc é dents , c e que d e s aute u rs ant é ri e urs aux ét udes d u SS T comme L e roi-Go u rh an (1943, 1945) o u Si m ondo n (1958) ava ie n t déjà mis e n é v i den ce . Ce tt e nat ure t e chn ique s e double d’un e n ature so c iale pu isque les actr i c e s et ac t eurs de l’inno v at i o n t ec hn ique (en pr emi e r l ieu, l es ingénie ur es et ingéni eu rs) fon t né cessair ement part ie de comm u nautés pro f ession nelles q u i é tab lissent e t n égoci ent d es norm e s qui r ég iss ent l e u rs a ctivités. Ce s norm e s comp re n nent de s standards t e chni ques, mais auss i des con ventio ns (no tamm e n t rhétoriqu e s) , telles q ue d e s man ièr e s de convainc re s es pa irs qu’ u n o bjet techni q u e e s t né cessaire et effi cace. Plus lar g e m ent, le s ob jets e t in f rast ructures techni q u e s son t i n diss oci ab les d e gestes, de prat iqu es, de représ entation s et de val e u rs so c iohist oriquem e n t s i t uées de sort e que le techniq ue n e peu t s e j ust ifier san s cons i dér e r sa natur e so ciale. Il n’ e st do nc pas u ni quem ent tech nique, ma is pl u tô t à la fois t e chni que et s oci a l, do nc so ci ot echniq ue. Par u n e f f e t de s y métr ie , l e s ét udes d u SST o nt app liqué les m ême s o bservat i o ns au soc ial . A u -d e là de s a natur e so c ia le , la so ciété a une n ature intrins èq u em ent techni q u e dans la mes ure o ù l a stab ilisation r e l ative d’u n e m ul tit ud e d’ intera c tion s so c iales continues est e n grand e parti e r e ndu e po ssibl e par le s obj e ts et les infrastru c tu res te c h niqu e s qui les st ructurent. Ce s d e rn iers con stituent les intera ctions so c iales quotidi e nn es dans l e s e n s o ù il s l es matér i al ise n t et cont ribue nt par là m ême à le s ordo nner et à l es cadr er (Lato ur, 1991   ; Str um et Latour, 19 87 ). Par cons é q uent, l e so c ial n e peut ê tre r é d ui t a u x int eraction s sociales   ; il c om pr e n d au ss i les ob j ets e t infrastru c tu res techni ques qui les organ isent et l es stab ilisent. Le social n’a don c pas une nat u r e so ciale uni quem e nt , mais so c iot echni que, au mêm e titre q ue le te c h nique. Sur la base de ce tt e r éconci l iation du te c hn ique et d u social a u to u r d’une natur e so c iote c h nique partagé e, le s études d u SS T o nt e n visagé la re l at i o n e nt re t e chn iq u e et so c iété com me celle d’ u n e c op rodu c tion . Dans cett e perspecti ve, soci é t é et techniq ue co évoluent se l o n un e m ult itu d e d’ entit és so ci ot echni ques ench evêtr é es q u i p roduisent et résu l tent d es efforts c o ntinus, ma is tou jours prov isoir e s de stab ilisation. À titre d’exempl e , m ême des e n tité s so ci o techn i q ues relativem en t stab i lisées comme l’infrastr u ct ure a utom obile s ont sujett es à des r e mises en c au s e ( p. e x. l e go uvernem e n t du C an ada ne perm ettra pl u s l a vente de vo iture à essence à partir de 2035 1   ; des ass oci ation s citoyenn es m il it ent po u r r é du ire l’infrastr uc t ur e auto mob i le e n ville au pro f it de transp orts colle c tifs et ac t ifs   ; etc.). So cia l e t t ec hn ique son t in d isso c iab le s, e t des chan ge m ents d e l’un e nt ra i n ent néc essair e ment d es aj ustements d e l’autre e t inversement . P lu s ieurs term e s so nt utilisés p ar l es aut eurs du S ST pou r dé s igner cette indisso c iab ili t é so ci o techniq ue : «   tissu sans co uture   » (Hu gh e s, 19 86 [tradu c t i on libre ] ), «   ens emble sociote c h niqu e   » (Bijk e r, 1993 [tradu c ti on l ibre]) ou e n core «   di sp ositif s ociot echnique   » du côt é francop hon e ( Beuscart et P e e rbay e, 2006). Ce tt e c o nception de l a r e l ation «   tec h niqu e – so cié t é   » n’est pas s ans inci d ence sur la m anièr e de c o nceptual i s e r l ’ inn ovation so ciote c hn ique . C ett e d ernière e s t envisa gée 1 Cf. https:/ /www.can a d a. c a/f r/env ironne m e nt -changement -climatique/no uvell es/2 023/12 / l a-norme- sur- la -di sponibi lite -des-vehi cules - el e ct riques- du - canad a-cibl es-reglement ees-pour -les-v ehicul es-zero- emission .html Chap itre 1 / La gouvernanc e d es in nova t ions soci otechniq ues 35 comm e u n proc e ss u s d e s tabi l isat i o n pro gress i v e d’un disp ositif sociotechn ique dep uis la con ception jusq u’a u x usa ge s, qui i m plique u n e mul t itud e d’actrices et d’act e urs techni q u e s, écono miq u e s , politiqu e s et s ociaux a y an t d ifférentes va leurs e t pours ui v ant différents int érêts rel ativem ent à l’ inno v at i o n sociotechn ique. I ls dispo sent é ga lement d’un po uv o ir inégal s ur le faç o nnag e de l’i n novation so ciotec hnique, no tamm e nt e n fonction d u mo m ent auq u e l il s intervi e n nent dans le proc e ss u s d’inno v at i o n. Dans c e contexte, un e inn ovation s o c iot echni que est to u jo urs ambiva lente a u s e ns o ù e l l e est toujours s u sp e n due e nt re différent e s alternat iv e s et d i f férents i n térê ts, e t son év o lut ion est e n parti e impr évisibl e dans l a mesu re o ù elle d é p e nd de s c ho ix préc éde mm ent effect ué s, des n égociation s e t d e s c om prom i s e n tre a c tri ce s e t acteurs et s elon les rapp orts de f orc e qu’ils e n tre ti ennent to ut au l on g d u proce ssus d’i n novation , des contrain te s ant ic i p ées ou é m e rg e n te s , et c . 2 Go uve rner les innovati ons sociote c hni qu es : l’ apport de l a démocratie te chni q ue Reconnaitr e l a n at ure ém i n e mm e n t soc iale d e l a techn i q ue pos e logi q u e m ent la question d e sa gou vernan c e s ur le p l an po liti q u e . Sur ce po i n t, u n e gou vernan c e technocrat ique des i n novation s sociot ec h niqu e s, c’est -à-di re un e go uvernan ce m e né e exclus ivement par d es spécial i st e s de la techniq ue, n e re mp lit p as le s exigenc e s d’u n régime démo c rati que dans l a m e sur e o ù elle met à mal le prin c ipe de souv e ra ineté po pul air e. C’ e st sur l a b ase de ce cons tat que se so nt d évelo ppés l es trava ux su r la démocrat ie t e chn iq u e, dans l a f ou lée des trava u x sur l a d é m o c rati e participati ve e t délibérat ive. 2.1 Démocrat ie par ticipa ti v e et délib érative Théoris ée dès les an nées 19 60 par la p hilosop hie e t les scien ces p olitiques américa i n e s ( p. e x. l es trava ux pionn ie rs d e Ka ufman , 1 9 6 9), la dé m ocrati e part icipat i v e dés igne «   l ’ens e mb le des pro cé d ur e s, i ns truments et dispo sitifs qui favo ri sent l’impl ication direct e des p ersonn e s c i t oyenn e s dans le go uv e rn e m ent des a f f ai res p ubliqu e s   » (R u i, 2013). La d é mo cratie parti ci p at i v e e s t né e d’ u n dé s ir d’en ric hir l a d é mo c rati e représ e nt ative en impliquant l es person nes cito y enn es d e man ièr e p lus s ubs tantiell e que ce que pr é voi ent l es proc é d ure s d e repr é sent ation habituell e s ( p. ex. v o te). La fi n alité de c e tt e form e d é m ocrat i q ue e st do ubl e : d’ une part , b i en qu’elle ne vis e pas à rempla ce r ni m ê me à f air e cont re po ids à l a d émocrat ie r e p ré s entat i v e , l a d é m ocrat i e part i cipati ve p eu t cont ri b uer à renfor c e r la légit i m i té d e s pou vo i rs pub l ic s en pla c e   ; d’autre part, elle est sus ceptible d’ au gm enter l’acc e pt abili t é soc iale de s dé c ision s po l itiqu es q u i so nt p ri s es dan s l a mes ure où c es d e rni ère s r ésultent d’ un jugem ent et d’un assent i m ent collectif attest ant qu’ell e s so nt supéri eu r es au x al te rnativ e s po ssibl es (Gendro n, 20 1 4). Po u r ce fai r e, la dé m o c rati e parti c ipati v e propo se de dépas ser le clivage entre l a r e prés entat i o n polit ique e t l e s p erson nes c ito yen nes, e n r ec on naissa nt à ces dern i èr e s d es e xp é ri e n ces c on c r ètes et sit uées, ainsi q ue d e s capa ci t és r é f l ex ives et cr i ti ques capab les de l es obj ectiver, qui s ont j u g ées di gn es d’attent i on dan s le pro c essus de pris e d e déc i s i o n polit i q ue . La d é mo cratie d é l ibé rative, pour s a p art, regroupe une cons tell ation d e trava ux se penchan t, de pu is les ann ées 1980, s u r l e s mo dalités prat iques de mis e en œ uvre de la La comp étence numérique en contexte éducatif 36 part i cipation citoyenn e dans le cadre des rég i mes con temp orains de démo cratie représ e nt ative . Il s’ag it de pr ivilég i er «   l’ é chan ge publi c d’opini on s, d’inform ations e t d’argum ents e nt re perso nnes c itoyenn e s é gales en vue d e la p ris e d e décision   » (G irard, 2013). Initié par un e v o lon té de pro l o ng e ment e t de reno uvèlement théor ique d e l a démocrat ie p articipati ve, l ’esso r d es trava ux s ur la d émocratie d élibérati ve s’ est f ait p ar un ch e va uchem ent de plusieurs t radition s d isciplina ire s (Flor idia, 2 022 ), in c l uant d e s sp é cialist es d e la con stitution am éricai n e, des phi losop hes tels q u e Rawls (1995) et Habermas (1 997), ou e n c o re d e s c h e r cheurs en STS ( p. ex. Callo n et al. , 2 00 1). La délibérat ion est a insi envisag ée comme u n mo yen d’a c cue i llir e t d e so u m ettre différentes alternat ives po l it iqu e s à l a c r itiqu e c o llect ive, d’éman c iper l es position s individ uelles en le s re ndan t pl us in f orm ées et a vi s ées, d’ inclure d es group es s oc iau x mino ri s é s, d’about ir à d e s dé c is ions plu s légitim es et ac ce pt ables du fait qu’ e l l es on t considér é u n e plura lité d e point s de v ue. Qu’il s ’agiss e de démo c rat ie p arti c ipati ve ou d é l ibérativ e , la quest ion d e le u r op é ration nalisation par l es d i s positifs p rend u n e pla ce d e pr emie r plan dans l e s trava u x scient i f i q ue s qui s’y pen c h e nt , d’un e part , par ce que c e s disp ositifs son t sus c ept ibles de magn if i er, o u au con traire , d’ e nt raver l e s idéa ux d e parti ci p at i o n et d e d élibérat ion   ; d’autre part, par c e que l a mis e à l’épr euve d u ré e l q u’ il s imp l i quent pe u t in former e n retour les th éories parti cipativ e s et délib ératives (Girard, 201 3 ). Un disp os itif part i cipati f p e ut êtr e d éfini comme un e pro céd u r e mis e en œ uvr e p ar une ou p lusi eurs instan ce s, «   à to ute s échell e s, dans le but d’as socier to u t o u p artie d’u n pub lic à un éc han ge de la m e i lleu r e qu a lit é poss i b l e, afin d’e n fai r e d e s parti es p renantes du pro c essus décisio nnel dans un se c te ur d é te rminé d’a cti o n pu bliqu e   » (Go u r gues e t Pe t it, 2 0 1 3). Un d ispo sitif p eu t do n c êtr e in itié par les a utorit és e n pla ce, ce q u i n’ e st p as san s risque (Blon d i aux, 2007). Parm i le s princ ipaux, on pe u t n oter : i) u n e (a uto-)s é l ection biaisée d e s p e rso nnes part icipantes, a vec pour ré s ultat un é v i n c em ent d es publics l es plus c riti ques o u mar ginalisés   ; ii) l a subs tit u tion de la te neu r po liti q u e de l a part i cipation par un e logi q u e p ure m ent proc é d urale, r ésu l tan t e n u ne dépo litisation d e la part i cip ation   ; iii) l ’ins trum e nt alisatio n d e l a parti c ipation , lorsqu’ e l le e st u ti lisée comm e moy e n d e fabr iqu e r d u consent ement sur de s d écisions déjà prises p l utô t q ue de dé li bé rer à leur sujet. Ce l a e s t parti culièr e m ent s u sc eptibl e de s u rv e n i r lorsq ue l es dispo sitif s so nt d e natur e c o nsultati ve p lutôt que dé c is ionn e lle. 2.2 Démocr atie te ch niqu e Les tra vaux s u r la dé mo c rati e p artic i p ative e t d élibér ative on t é té re pr is et prolon gé s au cas de s inno vations sociote c h niques. S u r l’idée que ces d e rni ères son t autant sociales et politi q u e s que te c hn iques, ell e s ne peu ve nt êtr e e xem p te s d’ une r é g ul at ion démocrat ique ( Feenberg, 199 9 ). Or l ’o rientat ion d e s inn ovations s oci o techniq ues f ait général e m e nt état d’un doubl e d éficit d émocr atique : ent re l es sp écial istes e t l e s perso nnes cit oy e n nes, d’ u n e part – à l’ i n star d e l a démo cratie repr é s e nt ative — , e t entre spécia l ist e s et profan es de l a t echniq u e, d’a u t re part, p u is que la con c eption des inno vations so c iote chniques nécessit ent des comp é t ences h autem ent spécial i sé es (Callon e t al. , 200 1). Ce doub le déficit dé mo crati que e s t d’auta nt plus dom mageab le que les i mp li c at i o ns p osées par les inno vations soc iotec hn iq ue s son t actuellement trop comp l ex es po ur que le s compéten ce s d e s r e présentan tes e t de s re p résentan ts, d e s Chap itre 1 / La gouvernanc e d es in nova t ions soci otechniq ues 37 sp é cialist es su ffisent à l es ant i c i p e r et à ori enter l es i nn ovatio ns sociotechni ques e n cons é q u en ce . C’est sur la base d e c es différents const ats q u e l es di sp ositifs p articipat i fs on t f a it l’ob j et d’un intérêt grand issan t po u r recon figurer de man i èr e plus inclusi ve le savo ir techni q u e , or ie nt e r les inno vations soc iotechn iques e t augm ente r l e ur légitim i té et le u r acceptab i l ité a u x yeux des person nes c itoyenn e s . Un exemp le p ionn i er de dé mo c rati e techni q u e dan s l’esp ac e francop hon e e st l a conf érenc e citoyen n e sur les o rg an i sm e s génétiq uement mo difi é s ( O G M), insp i ré e d’ initiat ives mis es en œuvre au Dan e m ark en 1985 (Jol y e t al. , 200 3 ) . Te n ue en Franc e en 1998 (Ga udillè re et Bonn euil , 2001), elle a r epr é sent é un e force de pro pos i tion imp ortant e q ui a a l im enté la mo bili sat ion de la soc ié t é civile et qui a i n fluenc é la régulation pol itique ultér ieure des O G M. E l l e a impli q u é 10 personn e s de n ationalit é fran ç ais e q ui on t reçu u n e c o u rt e form ation sur l’ob j et d e la c on féren c e, qui ont ensu i te i n terrogé d ifférent es parti e s prenant e s d e l’enjeu soc iotechn ique et qui o nt délib é ré ju s qu’à abo u tir à des recomm andation s p o u r l’orientation des politiques en mat i è re d’OGM. Toutefo i s, l es conférenc e s citoyenn es ne so nt q u’un disp ositif parti c ipat if parm i d’autres. Par l e u r d i v ersité, il est d’aille urs diffi c ile d’abo u tir à un e typolog ie satisfaisan te d e s di sp ositi fs, b ie n qu e plus ieurs aient é t é prop o sée s. A minima , tout dispo sitif p e ut êtr e c ara ctérisé en répo nse à t rois questio ns de b ase (Go urgu e s e t Petit, 2013) : qui partic i p e , c om ment est organ isé e la p articipatio n et quelle final ité po ursuit - elle   ? Il n ous s emble que l es travaux s ur la d é mo cratie t e chni que, v i sa n t à dé mo c r atiser la gou v ernan ce d e s i n novation s so ciote c hn iques, o f fr e n t des pistes pr é c i e uses pour insp i rer l ’éd ucation à l a ci to yennet é num érique, t elle qu e promue par la di m ension 1 du Cad re de réfé r enc e de la compétenc e n umériq ue (M ÉQ, 20 19 ). 3 Démocratie te chnique et é du c a ti on à la c itoyen neté numérique Telle que dé f ini e dans l a section pré c édent e , la dé mo c ra tie techn ique perm et d’éprouv e r d e f a çon tangibl e la di m ens i o n politiqu e d e l a techniq u e au mo y en de dispo sitif s part icipati f s. Elle p eut u ti le m ent êtr e mis e à pr ofit pour rev i sit er l a dimension 1 du Cadre en i ns uf f lant pl us de subs tance politiqu e à l’ex e r cice de la ci to yennet é q u’ elle revendi que. C’ est ce q u e nous souha iton s illustrer e n prés e nt ant deu x disp ositifs c om pl é ment ai r es de d émocrat isation te chn iq u e qui pe u v e n t contrib uer à d ével o pper, c hez les memb re s d u rés e au sco laire, leur ex e r cice de la ci to yennet é num érique. Le pre m ier est un dispo sitif part icipati f d e t y pe «   con fé r e n ce ci to yenne   » , qui s’est déroul é à l’éch elle du rés eau s c o l a ire québé cois. L e deux iè m e exempl e e st un di sp ositi f parti c ipati f mo i n s institution nalisé, donc plu s fle x ible, et davantage sit ué à l ’ éc h elle d’un e c l as se ou d’une éco l e. 3. 1 Conf érence de co nsen s us Le pr emi e r e x empl e de démo c rat isatio n techni que en édu catio n e s t l a C onférence de conse nsus sur l’utilisa tion du nu mé rique e n éd ucation , f i n ancée par le m inistèr e d e l ’ Éd u c ation du Q ué b ec e t o r ganisée par le C e nt re de trans fert po ur la r éuss ite é du c ati v e d u Qu é b ec (CTREQ) durant l’ann ée scola ire 2021- 2 02 2. La comp étence numérique en contexte éducatif 38 Ce disp ositif parti ci p atif a f ait i nt e rv e n i r u n grand nom b re d e pe rs onn e s impli q u é es : s ur le p lan o rganisat ionn e l, deux coprés ide n t e s de la conf é ren ce d e cons e ns u s , un président du j u ry (é galem ent c o aute u r du prés ent texte), ains i que d e ux coordo nnat ri ces du CT R EQ ont f o rm é le comit é or ganisat eur d e la conf é r ence de cons e ns u s . À c e lui - ci, s ’ajo utaient 1 6 memb res du j ur y , do nt la caract é rist ique comm u ne était d’ê tr e non spé c ia li st e s du n umériq ue e n éd ucat ion et don t les pro fils so c iodémograp hi que s, pro f ess i o nnels et géograph iques ont ét é vo l o ntairem e nt variés . Le jury était c om pos é d’ une c on seil l è re pé da gogi que, de qu at re m embres du c orp s enseign ant, de d e ux di r ec t ion s d’école, d’ une bibliothé c a ire, d e deux m embres du c orp s syndical, de d e ux parents d’é l è ve , d’ un e é t udiant e, d e deux ort h opédagogu e s et d’ une ressourc e p rofessio nnelle d’un p rogramme m inistér iel. Vi ngt -quatr e sp écialistes scient i f i q ue s e t profession nels du n umériq u e en édu cation o nt ét é sollicités, dont 15 m e mb re s d u corps pro fessoral u ni v e rsitai r e et n euf spéc i al istes scol ai r es e t paras c olair e s d e divers dom aines (conse illanc e pédago gique, coordinat i o n scola ire , orth opédagogie, enseignem ent- ressour c e, dire ction d’é tab liss e ment ). F inal e m ent , l’ensembl e du r é sea u scol aire québ éc o is (d irecti o ns, spécial istes d e l’ e ns e i gnem e n t, regro u p e ment s de parent s, synd icats, ass oci at ion s, etc .) a été in vité à pr e ndr e part et à po ser des q u e st i o ns à d eu x occasion s du ran t l e déro u l e m ent de la c on féren c e de cons e ns u s (vo ir para graphe s u i vant). L’élaboratio n e t la m i s e en œ u vr e d e l a conf érenc e d e co nsensus o nt été exigeantes 2 . Le comité organ isat eur a d’abord eu pour tâch e de pré c is er le s sous - thémat ique s d e la c on féren c e («   dé m o c rat i sat ion du n u mér ique en édu c ation   » et «   v aleur aj o uté e d u numé rique e n é d uc at ion   » ) qui leur p arai s saient les p lus pressant e s et pr é p ondérantes dans l’a c t ual i té du num é ri q u e en éd uc at ion a u Qu ébec. Il a ensu ite cons titu é le jury de la conférenc e , ce q u i a n é c e ss i t é l a r édacti on e t la diffusion d’un app e l à parti ci p ation a uprè s d u r é s e au scolair e qu é b écois, ain si que l a sélection des memb re s d e m anièr e à ass u r er une c e rtain e d i v ersité et repr ésen tativi té de s m embres du rés e au d e l’édu cation. L e jury a ensuit e f o rmulé d es question s d’intérêt pour chacune des deux sous-thémat iques, en se bas ant s ur un tra vail in itial d e cons u ltation des m e mb re s du rés e a u s colaire. P ou r c h aque qu e st ion, d e u x ou trois spé c ia li st e s scient i f i q ue s et prati q u es d u num ériq u e en édu c ation on t ét é in vité s à rédig er u n co urt texte ( e nviron deux à q u atre pa ges) bros sant un po rtrait de la s ituation et faisan t é tat de cons tats. Ces text es ont ét é l us puis dis cu t és par le ju r y, q ui a formu lé de nou velles question s sur l a bas e de leu r c om préhension de s text es. Cell e s -c i ont é t é di s trib u é e s entre les memb re s du j u ry et p osées a ux spé c i ali st es lors de s éan c es pub liques q u i on t été o rganis ées s ur deux jou rnées (une jo urnée par so us - théma tique). L’ens emb l e d u réseau s colaire éta i t i n vité à y pr e ndre part e t po uv a it a ussi p oser des quest ions au x sp é cialist es à la s ui t e d e leur répo nse a u x q u e st i o ns du jury. Su r la base d e s text es rédigés i n i t ial e ment par les sp écialist es e t d es synth è s es écrit e s de l e u rs répo nses a ux question s orales du j u ry , ce derni e r e st entr é e n délib é ratio n durant tro i s journé e s et a abo u ti à s ept r e comm andation s e t 18 so u s-re comman dations visant à ori enter les po l itiqu es, la gest ion et l es prat iq u es d’ i n t é gration d u n umé r iqu e en éd uc at ion vers u n e plus grand e d é mo c r atisat i o n e t un e pl u s gran d e valeur ajo utée. Fi nal ement, une dernièr e étape a c on sisté à diff u ser ces re c omm andation s e n ré d igeant u n rappo rt (Bea u dou in et al. , 2022) e t e n le pr ésentant à div e rs es i ns tanc e s impl iquées dans l a 2 Pour pl us d e détail s sur l a compo siti on et le d éroulement d e la conféren ce de consen sus, vo ir B e a ud ouin e t al. (2 02 2). Chap itre 1 / La gouvernanc e d es in nova t ions soci otechniq ues 39 gouvernan ce du num érique e n é d u c ation , ce qui a été pris en charg e par le c om i té organ i sat e u r. Ce pr emi e r exemp le de dispos i tif de d é mo c rat isat i o n du num é ri q ue e n é ducation a é t é relativ ement ins titutionnalis é dan s la m e s u r e où il repos ait s u r u ne s ui t e d’étap e s formelles et c o ntrai gnantes pour l es p erson nes a cceptan t d’ y partic ip er. Il a p e rmis, po ur les s pécia l istes, d’expo ser p ubliquem ent l e urs p oints de v u e v ariés e n répons e aux question s qui leur ont été p osé e s, et pour le j u ry, d’ en prendr e acte e t d e d élibérer. Il est a i ns i po ssible d e p enser q ue la conf é ren ce de con sensus a g énéré un tripl e e x erci ce de d émocratisat ion : p re mi èrement , elle a é té l’oc casion de dém ocratiser l e s sa voirs de sp é cialit é sur l e num érique e n édu c ation   ; de uxièmem ent , e l l e a é té l’occasion d’ exerc e r une déli b ération d e s «   pro f an e s   » d u n umé r iqu e e n é d uc at ion sur l a bas e de ces sa v o i rs   ; fi n alement, ell e a abo u t i à des recomm andation s qui, b i en que no n engage an t e s, s ont susc e pt i b l es d’a lim e n ter les pr ises d e d écision p oli ti ques e t do nc d’avoir des impacts sur l’ensemb le du syst ème scol aire. En r e van che, mettr e en œ uvre u ne tell e conf é ren ce d e cons e n s u s est exigeant en temps et p eut d iffici l em ent ê tr e fai t sans un b u d get d édié (fra is de supp léan ce p ou r les memb re s du jur y, frais d e coordinat i on , e t c.). E n outr e, l’ exe r cice c itoy en q u ’il p ermet est de grand e qualit é, mais pr i n cipal e ment r estre i n t au x m emb res d u j u r y, mêm e si le numériq ue a aussi été uti l isé pour é lar gi r l a parti c ipat ion à l’ e ns e m ble du r ésea u scolaire, notam ment lors des s éances p ubliques. E n c e sens, l’e x erci ce de démocrat isati on t ec hn ique qu’a p e rm is l a c o nfér e n ce de consens u s r este ind irect p our une grand e m ajorité des m embres du résea u s colaire. L’atel i er d é l i b é rat if, q u i c on stitu e l e se cond d ispo sitif que nou s p re n ons c om me exempl e de d é m ocratisat ion d u n umér i q ue e n éd u cat ion, s’ avèr e c o mplém e n taire à la conférenc e d e c on sensus dans la m esure o ù i l p eut êtr e mis en œuvre à l ’ éch e l l e loca l e de l’ éc o le, v o ire de l a class e , et i mp liquer de f a it tous les m e m bres d u résea u scola ire de pro xim ité . 3.2 A teli er délib ératif Par rappo rt à la c o nfé r en c e d e cons e ns u s , l’at e lier d élibérat i f c on stitue u n di sp ositi f part i cipati f dont l a m ise en œuvr e est moins fasti dieus e , p lu s lo c al e e t plus po nctue l l e. Elle n e n écessit e pas a pr iori un e e nv elop pe b udgétaire d é di é e et p eut fac i l e m e nt être adapt é e. Son transf ert d’un m ilieu sco laire à un autr e est donc f a c i l e à opérer. Pour illustrer le dé ro ulement g én éral d’un at e l ier de d élibérat ion, nous uti l ison s l’ e xemp le d’Auger e t al. (2 0 20) I nté g rer l’ét h i que de l’in t el ligence artificiel le en en seignement s upérieur : une tr ouss e à ou ti ls . Com pos é idéa le m ent d e huit à d ix personn e s ré u n i es s ur u ne d u r ée de trois à s i x h eur e s, l’ate lier délibérat if d ébute p ar l’ expo sition d’ un s cé n ario prosp e ct if ( p. e x. a utour du thèm e d e s r elation s i nt i m es a vec un o u un e bot ), q u i d écri t un e situation- p roblèm e d’ u s age n umér i q ue e t q u elques qu estions q u e cette situ at ion fait surgir. S ur la bas e de ce s cénario pros pec ti f, la pr emière é t ape de l a déli b ération cons i st e à ident i f ier e t à h iérar c h i s er l es enjeux é th iq u es qu’il con t ient et à e n ret enir trois priorita ire s e n term e s d’imp ortanc e é th ique. La de u xi ème é tap e cons i s te à formuler quelqu e s r ecomm andation s de polit ique s publ iques, a insi que leu r ju s tification , en répo nse aux tro is enje u x éthiqu e s s éle c tion nés p ré alabl ement. Utilisé en mi lieu s c ola ire, l ’at elier délib é rati f d é c ri t ci - d essus p eut être m i s en œu vre auprès des m embres du ré s eau scola ire. Po u r l e rendr e p lus tan gible, il est po ssible de La comp étence numérique en contexte éducatif 46 to political pro jects, and the wa ys o f defi n i n g dig i tal skill(s) are a s i gn o f thes e so c ietal pro jects . es développ em e nt s num é ri q u e s de toutes l e s sp hères de no s so c i é tés ont invit é l es po li ti ques s cola i res à r evo i r l es f i n alités de l ’ éc o le, et cela, au Qu ébec, en Su isse rom and e et ai l l eurs. Faisan t s u it e à de no mbreux débats, à de multiples analyses d e ce q u i se fait dans d’au tr es pays, au x injon c tio ns des milie u x prof e s sionn e ls et de s u n iversit és qui parfois d é plorai en t l’absenc e d e cul t ure numériq ue c h ez les n ouv elles r e c ru e s, o u e n core dan s l a con tinui té de s a gendas po l itiqu es, de s cadres et référent iels de com péte n ces ont été f o rmali sés po ur ori e nt e r, no tamm ent, le pro jet de soc ié t é qu’ e st l ’ école. Selon c e s ag end as politiqu e s, q u’est -ce que l a comp étenc e num érique q ue no u s n ous devon s d e favoriser po u r c haq ue ci to yenne et citoyen   ? Ce c h apitre a cc om pagne le lec to rat dans un e pris e de di s tanc e qu an t à la comp é ten ce n umérique, en s’app uyant sur la co mparaiso n e n tr e deux contextes fran c o pho nes et leurs do cum e n ts -cadr e s : le Québe c et l a Rom and ie . Après un trav ail d’an alys e do c um entair e confron tant les d ifféren c es des d eux cadres/p l an s d’études 1 , une r é f l ex ion plus e nglob ante soul ève l es e n jeux c on textuels d e ces deux référent i e l s , en lien avec l’ é col e et l a c itoye n n e té. P ar v o ie de c o n séq u e n ce, ce chap itre n’est pas le lieu d’un e s y nt hèse de la litt ératu r e s c i e n tifiqu e q ue d’autr e s part ie s du pr é sent o uvrage op è r ent bi e n p l us explic i tem ent. Pour c r e us er les f on dem e nt s scient i f i q ue s, le l ectorat e st a u ss i invit é à par cou ri r d’autres travaux de l’a uteur (A lvarez et P ay n , 20 2 1   ; T adlao u i-B rahmi e t al. , 2022, 2023) . Il n e s’agit ici que d’un e comp arai s on de deux te xt e s d e c adra ge po ur m ettre e n l umièr e l’épaiss eu r d e s cho i x op é rés, c om me cel a av ait p u ê tr e fai t p our d’autr e s c u rricul ums prescrits (Brunea u- Emery et Ro nve a ux, 2 0 17   ; Musard et al. , 2021). Mais alo rs, pour q uo i com parer les do cum e nt s de ré fé r e n ce rom and e t qu é b écois   ? La F rancopho nie (Wik i p édia, 202 4b) 2 e st assurément b ien pl us grande. Si l’on pr e nd l’exemp le d e l a s i t uation w al lonn e , les compéten ce s n um é ri q u e s identi fiées dans les référent i e l s d u tro nc c om mun pr imaire et secon daire n e so nt pas li s tées po u r e ll es - mêmes, mais sont inté grées dan s la «   form ation man uell e, t ec h n ique , t ec hn ologiq ue et numériq ue   » (Féd é ration Wallon ie - Bru x ell e s , 2022b) ou dans les «   Socles de comp é ten ce – Édu cation par la te c hn ologi e   » (Fédérat i o n Wall on i e-Bruxe lles, 2 0 2 2a) comm e moy en pour apprendr e. Il semb le alors que la Wa ll on ie a dé c i dé de don ner à la c h ose n umériq u e un e position pl us trans versal e , v o i r e plus inst ru ment ale, contrairem ent au x cadres québé cois et roman d qui établisse nt – ou pr é sent ent – la comp é ten ce num érique de man ièr e ( qu as i – ) d isciplina ire . Pour l’ex empl e fran ç ais, l e socl e commun ( M inist è r e d e l’ É d u cation n ationale, d e la Jeuness e et des Spo rts, 202 0b) po sitionn e les artéfacts numériques dans le s «   méthodes et o utils pour apprendre   » , e t l es pro gramme s d’e n seignem ent n’y formulent pas dire c t e m ent d e «   comp é t ences num ériques   » ( p. ex. M inistère de l’Éducat ion nation ale , de la J eunesse e t d e s Spo rts, 2 0 20 a) . Toutefois, l’ É d uc at ion nat i o nale prop ose u n document à part (Min istère de l ’ Éducat ion natio nale et de l a 1 Le Cadre d e référence d e la co mpétence numéri que et le Plan d’ études romand – Éduc a tio n numé rique . D ans ce s d eux text es de référe nce, la finalit é est, notamment , d es de li ster les compéte nces que les élèv es doivent dév elo pper dans la contin uité de l eur parcours d ’étude, d’i ci à l a fi n de la scolari té o bligato ire. Il s’agit alors de réf érenti e l s, à sav oi r le «   quoi   » apprendre . 2 Souv ent crit iqué dans le processus de re vue p ar l es p a i rs, Wik ipéd ia est ici un choi x a ssu mé. En ef fet, il s’agit ici d’expos er un s a v oir part agé, co m m unément accepté , et non un savoi r sci enti f ique. L Chap itre 2 / Les compétence s n umériques comm e fina lité dans deux con te xtes scol aires franc ophones 47 Jeu n esse, 2 0 21 ), le Cadre de r éf érence des compé t enc es n umé riques (CRCN), d é criv ant ce champ en 5 domain es, dan s un e str uc t ur e pro che du DigComp ( Carret e ro et al . , 2 0 17 ) . Ce choix politiq ue s e m ble à p ri ori pro che d es choix québ é cois e t rom and, le fé d éralisme mis à part. Pour l a s ituat ion m arocaine, par e x empl e, a u c u n cadr e d e ré férence e xp licitan t la comp é ten ce n u m é r ique n’a pu ê tre id e nt ifié (Ro yaum e du Maroc, M inistère d e l’ Éd uc at ion national e, du Pr é scola ire et des Sport s, 2 022). To u te fois, des intent ions cl a ires son t formu l é e s en c e sens dans de s visions stratégiq ues (Roya ume du Maroc, Ministèr e d e l ’Éd ucation nat i o nale , du P rés colaire e t des Sp o rts , 2 016), e n term es d’accès aux r e ss ources n umér i q ues o u d e culture n umérique. Ma is dans ce pa ys c o mme dans b i en d’a utres dan s la francoph onie, l a comp é ten ce n umér i q u e n e fai t p as l ’o bje t po u r le mom ent , à ma con naissan c e, de plan d’ét ude s e x plicite. Et final eme n t, d e m an iè r e to ut à fait pra gmat ique, l’a u t eur est ro mand, l’o u vra ge sert à l a m i s e en dis cuss i o n d u cadre québé c ois, la c on frontat i o n p ropo sée to mbe alors so u s l e s ens. 1 Deux documents (pas s i) d iffér en ts Le Cadre de r éf érence de la c ompétence numérique du Qu é b ec 3 (Min i s tè r e de l’Éd uc at ion e t d e l’Ense i gnem ent supéri eu r [ M EES], 2019) – abrégé ci -ap rès le Cadre – e t le P la n d’études romand – Éducat i on numér i que 4 (Con f ér e n ce i nter canton al e de l’ Inst ru ction pub liqu e [CIIP], 2021) – abr é g é ci-apr è s le Pl an – di ffè r ent l’ u n de l ’autr e. C’est un f a it ass u rém ent pré vi sibl e, p uis qu ’ ils ont été ré d igés v i a des pro ces sus diff é r ents, par d e s perso nnes di f f é r entes, dan s de s cont e xt es d ifférents . Ces d erni e rs s ont toutefois comp arable s à de multipl es égar ds (l an gu e , e n jeux l i és aux lang u es partena ire s , fé d éralisme …). Si l’ un – le Cad re – d é tai lle c e qu’est LA c o mpétence n umé ri que, l ’autr e – le Plan – n ’asso c i e jamais c e s d eux t e rm e s e n semb le pour s e centrer s u r l a «   cultu re numériq ue   » , l es «   savoi rs l i és au num érique   » (subs tantivat ion de l’ad jectif, présent e aussi dans le Cad re ) o u en core l ’éd ucation n uméri que. C e tt e d ern i èr e expr ession s e m ble toutefois délicat e, tant ell e lai ss e compr endre q ue l’éducation e l l e -m ê m e se num éris e . D’ent ré e d e j eu, la po l ys émie associ ée a ux term e s «   n umé r i q u e   » , «   compéten ce   » , «   é du c ation à   », etc., e st p e r cept i b le. Il y a ura assur é m e nt , dans un r é f é r entiel c o mme dans l’autr e, plusi eu rs comp ré h ension s terminolog iques e t d e s définition s à appo rter . 3 Cf. http:/ /www.educati on.gouv.qc.c a/fi leadmin/ site_ web/documents/ minist e re/ Ca d re -referenc e- compete nce-num .pdf 4 Cf. https:/ /port a i l.cii p.ch/pe r/ d oma in s/10 La c ompéte nce num érique en q uesti on 1. Q u e pe n s e r du Cadr e de la com pét e nc e num érique à l a l umière d u P lan d’é t ude romand – éduca tion num érique   ? 2. Q u e l l es son t les for c es et les f aib lesses de ce c adr e, i d entifié e s à la suite de l a confron tation à une autre man ière d’ opérat ionn al iser l a c om péten c e num érique ( cf . P lan d’é t ude roma nd – éducat i on numé r ique )   ? La comp étence numérique en contexte éducatif 48 Le «   numér i q ue   » est-il un ob jet à apprendr e   ? E st -i l u n con te xt e dans lequel app re n dre   ? E st - ce un e cult ure à s’ap prop rie r   ? Sont-c e plutôt des o u ti ls pou r f a ciliter l’app re nt i s sage   ? Quid d e s évolution s de compét ences d’o re s et dé jà n éce s saires a vant l’usag e de «   n u mé rique   »   ? Il y a un peu de to ut cela dan s c hac un des d e ux cadres qui, par défin ition dans ce t y pe de text e , n’o pèrent pas un tra vail co nceptu e l ap profon di . À no ter, l e s publ ic s cibl es d e ce s deux do cu m ent s ne s emblent pas exac t ement le s mêmes, q uo ique proches. Le Cadre parl e au monde de l ’ éd u c ation e n géné ral , a vec «   u ne port ée int erordr es du pr é s c ola ire à l’ens eig n ement s upér i e u r   », cont rairement a u Plan qui sp écifie les c o mpéten c es att endu e s à l’ école ob li gato ir e un iquem e n t. Ainsi, à priori, le Cad re a urait la légit i mit é d’ êtr e p lu s ambiti eux et d’ av o ir un e po rtée p lus lar ge. Dan s la pre m ière part ie d e ce chapitr e, ces deux do cu m ent s son t comparés dan s leur str uc t ure e t dans les intention s formu lées de l ’ éducation et de la f o rmation au x comp é ten ce s numé riques. P o u r u n l e ctorat sc i enti fiq u e, cet te c om paraison p eut don ner un sent i m e nt d’ être «   h ors sol   » . Ceci est délib é ré, car il s’agit bien d’u n e confron tation de cadre formalis é e t n on d’u n d é bat c o nceptu el . D ans u n de uxième temps , les am bitions de ces p l an s d’ét u de so nt con f ro ntée s au mod èle D ECiN (Tadlaou i -Brah mi et al. , 2 023), mo délisation t héor i q ue e m pr untant à l a d ida c ti que de la citoy e n neté et aux c adr es c on ceptu e ls assoc ié s a u x dig i tal skills . Fi n alement, une b r è v e analyse l e x ic o métr i q ue p ermet d’étay er le s int erprétations . 1.1 … da n s le ur s s truc tur es Avec u n e esth é ti que léchée, sub j e c ti ve m ent att irante et s i n gulière, le Ca dre int ègre d’abo rd un mo t du ministr e, u n som maire e t u n e intro d u ct ion, avan t l’ e xp osition d’un e représ e nt ation g rap hi q u e d e la c om péte n ce num é ri que. L e Plan fait de mêm e, dans u n e esthéti que p lus so bre e t e xp l i c it ement li ée a ux plan s d’ét ude s d’ o re s et d é jà en vi gueur, avec un pr éambule d’un o ffic i e l , un somm aire et des com mentaires gé n éra ux, avant l’expos i tio n d’u n e représ entat i o n graphi q u e , là a ussi, de la struc t ur e g l o bale de l’éd ucat i o n num érique. À ce titr e, l es d eu x documents so nt p ositionn és de manière simila i re a u m oment de le u r diffusion . Ensuit e , l es dif f é re n ces saut e n t a u x y e ux, entr e les d eux s tr uctu res repr é sent ant visuell ement ce q u e so nt la ou les c o mpéten c es n umér i q ues. Certes, les deux visu e ls abo rde n t l e rond, pl u s en gl o bant, plus cohér ent ( mais m oins d ynam i que q u ’une f lèche par exempl e) ave c un term e associ é à la cito ye n net é a u centr e. Toutefois, le pr emier est s e gm enté en 1 0 pi èces d e puzz les or ganisée de m anière imbriquée, est hétiquement bo xologique, alors que l e s ec on d d éc r it 3 doma ines q ui se ch evauc h ent explicit e m e nt . Pour le Cad re , il semb le dès cet ins tant y avoir p lus de lie n a vec d’au tr es comp é ten ce s , notam ment tran s v ersal es ( p. ex. collab oration , dévelop pement de la perso nne, réso lution de prob lèmes), a lors q ue le Pl an exp licite d es c ro isem ents au se i n même de la «   dis c ipl i n e   » édu cation num érique, à savoir «   usages   » , «   médi a   », e t «   sci ence in f o rmatiqu e   » , qu i tt e à l’ i so le r d e s autr es domaines disciplinai re s. L es liens avec c es derniers o u a vec l e s comp é tenc es transv ersales seront p ré sent é s plus tardivement dans l e Plan , dans d es ind ic at ion s pédagogiq ues as sociées à cha que formulat ion d e c om péten c e. Plus l o i n , le Cad re li st e les élém e n ts d e la c o mpéten ce e n c o m mençant par des ve rb es d’act ion ou d es v e rb e s d’ état, suivis par des e xemp l es d’ap plication , po ur Chap itre 2 / Les compétence s n umériques comm e fina lité dans deux con te xtes scol aires franc ophones 49 préciser e t op érationnali s e r chac u n e des d i m e ns ions. Il y a là une volon té cla i re de bien décrire et f a ire c om prendr e ce qu’est l a c om péten c e n u mé rique , d u po int de v u e des aut euri c es du Cad re . To utefois, il sembl e y avo ir d e s m anqu e ment s dans ces éléments, prob ablem e nt dus a u r y th me d’évolut i o n de l a c h ose numériq u e et d e s s ujets ph are s ass ociés ou à d es choix édito ri a ux. P ar e x em ple, la d urabilité et l’écorespo nsab il it é des usages son t absent e s du dom ain e «   A gir en ci to y en éthi q u e à l’ère du num ér i q u e   ». Est-c e que l es c on traintes d e forme du d ocu m ent, les c h oix du pro c essus d e ré daction ou encor e u n e d e scr iption s u pp osée du p ublic cible on t nécessité u n e approch e p l us synthéti que, au r isque d’êtr e lacuna ire   ? Le Plan , quant à lui, e xp l i c it e les i n te n t i o ns généra le s – nom mée s «   V is é es prioritair es   » – de c h acun des trois dom ain e s (m édi a, sc ie n ce i nformat i q u e e t usa ge), puis une s egm e n tation tempo relle po u r s aisir le d é v elop pement des com pét e nc es dan s le t e m ps e t accomp agner l’opération nal i sat ion du projet d’app re n tissage. Les man q u e m e nt s pr écités so nt i névitabl es là au ss i, l’intelligen ce art i ficielle n’est trait ée que dans un ex e mp le v a gue d’appli c atio n. E st - e l le c on çue com me i nt égrant la c ho se numériq ue et ses qu estions «   numériq u e et s ociét é   »   ? Le Cad re o ff r e une in formation imp ortan te q u e le Plan ne prop ose pas con ce rn ant le proc essu s de r é da cti on d u document . E n i n troduction , le lectorat y trou v e déjà des informatio ns sous «   P r inc i pes sur l e sq uels repo se l e c adr e d e réf é ren ce   » , ma is surtout, e n fin de doc ument, le chap i tre «   D é mar che m éth odo logique   » expli c it e comm e nt l e text e a ét é fondé et form ulé. Ces préc isions n e son t même pas entam é es dans le Plan dans le quel le lectorat d ev ra avoir une c on fian ce ave u gl e quant a u x fondements du t exte e t à se s garde -fo us rédact ionn el s. T o ute fois, ce text e of fre d es «   É lém e nt s d e mise en œ uv r e   » et d es «   Condit ions c adr e mat ériell e s et organ i sat ionnelles   » p our mieux accomp agner l e déplo ie m ent. Cett e distin c t ion ent re le s de u x docum ents i n v it e à penser que dans le pr emier, le lectorat e s t ac compagn é po u r compr endre et dan s le se c on d, il est accomp agné po u r appliqu e r. Dan s l es deux c as , il m anque d e jus ti fication s quant aux choi x opérés. P o urquoi LA c om pét e n ce num é ri q u e dan s le Cad re   ? P o urq u oi 1 2 so us-dimension s   ? P o urquoi 3 do main e s dans le Plan   ? Po urquoi une s egm entation e n 3 cycles d’étud e s sans s’adress e r à la sco larit é pos tob l igato ire   ? Part i c u l iè r e m ent po ur le Plan , le lecto rat n’est pas invit é à compr endre l e p ro c essus d e r é da ction et les f o ndem e nt s. Ce c h oix para i t cu r ieux, si l’obj ec ti f de d é p l o iem e n t est u n e a dop tion larg e d e ces t e xt e s qui pla ce la part i cipa tion e t l’ é th ique au centre de ce s intention s. 1.2 … dans leur s inten tions La sim ili t ud e entre les d e ux représ entat i o ns graph iques se trou v e assur é m e nt dan s le ce nt re d e ces dern i èr e s. L e c i to yen éthiqu e o u l a c i to yenneté numériq u e form ent la finalit é . I l y aura it a l o rs, dan s les d e ux cont e xtes, u n e volon té e x plicite d e fac il it er l’intégrat i o n s o c ia le et l a partic i p ation des élè ve s et f uturs c ito yen s dan s une so ciété qui se n umé r ise. L e m essage po litiqu e asso c i é à ces deux docum ents s’ap parente al o rs plutôt à des pro jets d e so ciété dans lesq uels c h aqu e individ u p e ut faire p reuve d ’un e part i cipation act i v e. Le lexi q u e du Cadre donn e un e d éfinition d e la c ito yenn e té n um érique ( MEES , 2019, p . 28) ori e n tée v e rs l e r appo rt à l’État, e n s’ap puyant sur un e propo sition de l’UNES C O : La comp étence numérique en contexte éducatif 50 Fait de pos séde r des équipem ents et d es c om pét e nc es l i ée s au x TIC et permettan t de p artic iper à l a so c i é t é numé rique, par ex empl e d’accéd e r à des i nfo rmations gouvernem ental e s en ligne, d’util i s e r des sit es de rése aux so c iaux et d e faire usa ge d’un télépho ne mo bile. Le Plan , quan t à l u i , prop ose u n e défin i tio n qui lui est prop re , ou d u mo ins no n référenc ée (CI IP, 2 0 21 , p. 4 6), qui e st or ient é e vers un e participat i o n ou un engag e ment dans un mo nde num érique, san s p réci s er l e c on text e ( par ex empl e : l ’État, le mon de pro fession nel…) : La capacité de s’ engag er positiv e m ent, de mani ère criti que e t comp é tente dans l’environ nement n uméri q u e , e n s’ap puyant sur l e s c om pét e n ces d’ une comm u ni cation et d’ une c r éation effica ce s, pou r prati q u e r des f o rmes de part i cipation so ci a le resp ec t ueuses des droits de l ’Ho mme e t d e la d ignit é grâce à l’u ti lisation respon sable de l a t echnolo gie. La participati on r el i e don c ces deux dé f init ions , à côté des é l éments citoy e ns . La dimension criti q u e sembl e donn e r à l a c i to yenneté n umérique roman de u ne orientatio n p lus e ngag ée, plu s ambit ieuse. Tout ef o i s, l’éthi q u e appara it mo ult fois ailleurs dans l e do c um ent québécois. En s e basan t u n iq u em ent sur ces d éfi n i t ion s, la ci to yennet é vis ée par l e Cadre pourra it ê tre associé e à l’appro c h e Media and Informa tion Literacy ( C h oi, 2 016) e t celle visé e par le Plan à l’appro c h e Part ic ipation/ Engagemen t (Cho i , 201 6 ). Le Plan s erai t al ors u n peu plus ambit ieux, s ur cette base u n iq u em ent. Ce tt e anal y s e est é v ide mm ent d iscutab le lorsqu e le reste d u doc ument est lu . Toutefo i s, a vec l ’an alyse d es int ention s ann onc ées , cett e d ifféren c e s’effa ce. En effe t, les term es «   b onn e s pratiqu es   » o u «   pré ve n tion   » – une ap p roche plus appl ic at ive don c – conc luent l e s int e nt ions dans l e Plan e t réd ui s ent les a mbition s, alors que les termes «   auton omes   » et «   cr i tiq ues   » dan s le Cad re pouss ent l e s ob j ect i fs pl u s loin. D e même, l a conclusion des int e ntio ns dan s le Cad re place les enjeux de l’ insertion pro f ession nelle comme prio ri ta ir e («   préparer les fut urs trava illeurs et trava illeuses aux défis d e de ma in   ») , c ho se q u e le Plan ne f a it que d iscrèt ement e n position nant les comp é ten ce s num é ri q u e s c om me «   c lés de leur i n serti o n pro fession nelle et so ciale   » (p. 6 ). La l e ct u r e détai llée d e c e s d eux documents laisse donc apparaitre l es p er c eption s suivant es, l a sub jectivit é é tan t de m ise : • Le Cad re se m ble amb i ti eu x dans ses intention s, ma is mo i ns dans les définitions ann onc é es d es c o ncepts clés. I l c ou vre un p ubli c l arge , s ans s e contrain dre à tro p de sp écificat ions ( p. e x.   absenc e de seg mentation e n tran c he d’âg e i ndi qu an t de s pro gress i o ns d’apprentiss age) en ne pr ésentan t que d es exempl e s. I l l aiss e ains i passab le m ent de marg e d’ in te rp rétatio n dan s l’op é ration nalisation de la compéten ce ou d es domain es. • Le Plan q uant à lui, s e m ble anno nce r pl u s d’amb itions enc o re, a lors q u’ il s’adress e à un p ublic plus re st reint (ne c o n c ern e pas l e pos tobligatoir e ou l’univers ité), ma is r é d ui t clair ement la voil u r e dans l’op é ration nali s ation d es dom ai n e s, pl us orient ées prat ique s. En r éfé r ence au m od è l e DE Ci N qui p lace sur tro is ax e s les com péte n ces ( 1, 2 , 3 4), l e s conn aissances (a, b, c) et les usag e s ( i , i i , i ii ) n u m ériques ass ociés à différ entes formes de parti cipat ion soc iale et c itoy e n ne (A , B , B’, C), les d ocu m ents de ré fé r en ce étudiés o ffriraient donc des ambition s comp arables (F igure 1). En e f f et, il s e mb le que Chap itre 2 / Les compétence s n umériques comm e fina lité dans deux con te xtes scol aires franc ophones 51 le s deux text es inv itent à vis er un e c itoye n n e té a ux impli c at i on s colle ctives q u i d épasse le s i njo nctio ns de pré ve ntio n des ris q u e s. L e Cadre vi s erait pos sible m e nt de s usa ges plus f l ui d es que le Plan s elon ce modè l e, c ar l’opér ationn ali sat io n y est moins g rande, san s les at t e nt e s f o ndamental es no tamm e n t qui laiss ent m oins d e m ar ge d e man œuvre dans les usages att e nd us des é l èves ( Plan ) . Ceci r elève prob ablement de la natur e d u docum e n t, a y an t pour but de s tructurer la s c o larit é o bligato i r e. À no te r, l e Cad re – et no n le Plan – in vit e pl us à s’in té r esser à la p articipation or i ent é e ve rs la j u s tice so ciale (C dans D E C iN), sans j am ai s prop oser d’agir, car le s mot s utilisés r e l èvent prioritair eme n t de la prise d e consc ie n ce, de l a comp ré hens ion , ou de la r é f lexion lorsqu’ i l s’agit d’ac t ion é th ique. Cette anal yse re st e assurément le fruit d’ une interprétat ion dis cu tab le mér i tan t des inv e st i gation s p lu s appro fondies tr aitant par exempl e d e ce q u i est f act uellem ent réalis é en t e rm es de format ion s sui te à ces c adr es de référen ces. Fig ur e 1 DEC i N (Tadl aoui- Brahmi e t al. , 2 023 ) et une tent ative d’ident i f ication de s ambiti on s du Ca dre québéc o i s (vert /pointill é) et du P lan r oman d (ro s e /tr aitillé) Ains i , ce qui ém e rg e, c’est qu e la ou les com péten c es n umériqu es mé r itent e ncor e (i) de lon gs dé bat s sc i enti fiq u es que le pr é sent ou vrage opère, (ii) un tra vail d’app ropriatio n par l es m aiso ns d’é dition d e m oyens d’ e n seig nement, des déci s ion s institution nelles ou e n c ore (i ii ) d es tra vaux dans chaqu e disc ipli n e ense i gné e qui p ourra se sa isir de l’en j e u. E n effet, e n tr e les dé fi nit ion s et les intenti ons , l’alignem ent n’ e st pas garanti dans ces d e ux do c um ents   ; e n tre l es affirm ations e t les descr i p tions de com péten ce s , d es amb it i o ns di f fére n t e s y sont décrit es. Et s i à cela s’ajout e l’ é vo lut i o n rapide d es techni ques et des e nj eu x d e so ciété ass ociés, on ima gine bie n qu e ces d eux cadres de référen ce ne s ont «   que   » le début d’ un lon g pr oce s su s . La comp étence numérique en contexte éducatif 52 2 Les c on cepts clés et leur place dans les docume nt s Les deux do cuments-ca dres comp aré s p ropo sent une vi sio n légèr e ment di f f é r ente d e la o u les com péten c es numéri ques. Cett e d ifféren ce e st d’o re s et déjà pr ésente dans l a terminolo gie c ho isie o u dans leur fréq u en ce d’ap parition dan s l es textes de ca drage. Pour saisir plus en d é ta il c e s deux p erspe ctives, u n e br ève ana lyse l e xi cométr ique d e s textes précédan t la stru c turation visu elle des c om pét e n ces e s t propo sée ci -ap rès (Tablea u 1 e t Fig u re 2). Ce br ef par c ours appu yé par l a lexicom é tr ie laiss e entr evoir des élém ents question nant . Par exe m ple, la quas i -absenc e d u t erm e «   ensei g*   » dan s le P lan su rprend à priori à c a use du pub lic c ib le du do c um ent. En eff e t, l e s p e rmi ères p ersonn es concern ées par c e do cu m ent se m bleron t bien ê tre le s m emb res du c o rps ensei g n ant qui, au q uotid ien, de v ro nt y fair e r é f é r ence dès qu ’ il s era o f f i c ie l l e m e nt en vig u e u r. E t po u rtan t, il n’en est pas fait mention . O u alors, est -ce p arce qu e le p u b l i c cibl e du Plan est s uffisamm e nt bi e n déli m ité e t expl icite qu ’ il n’est pl us né c ess aire d e l’anno ncer dans le corps de text e   ? C e cho ix rédaction nel pe rmettrait alo rs de s e cent rer sur l es comp é ten ce s numé riques d e s élèves, leur d é f i n i tio n, le u r progr ession. Dan s l e Cadre , c ’est le mot «   cu l tur e   » qui est abs ent. Pour un ro man d comm e moi baignan t dans c ett e p e rsp ective ( appro c h e s ociot e chni que o u sociocult ure), ce fa it est question nant . E n effe t, ce tt e appr oche culturell e de la ch ose nu mériqu e ( Cardon, 2019   ; Co l l in et al. , 2 0 22   ; Flucki ge r, 2016), a u s ens de phén om è n e de société qu i rass e mb le , qui est u n commun , qui se trans met (Wikip édia, 2 024a) inv ite à clairem ent faire d u «   numéri que   » un ob jet d’ét ude. L’ap proche u n ique ment c e nt rée sur l es comp é ten ce s t elle que dé c rit e dans l e Cadre r isq ue , pou r un lect orat no n s péc ialist e , d e man q u e r les av antages d’ u n e p résentat ion h i s torique, so ciale, p h énoméno logique , et c ., des év o lutions num ér i q ue s. Elle risq ue de n e se centr e r q ue sur des domain es app l icat if s, utilitarist es, o u m esur ables, comme de nom breu x aut res r éférentie l s offran t une centration sur les compét ences o pérationn elles (Car re t ero et al. , 2017   ; Ma riën e t al. , 2017). Chap itre 2 / Les compétence s n umériques comm e fina lité dans deux con te xtes scol aires franc ophones 53 Tableau 1 Brèves a nalyse s lex icométrique s, par sect i on s, par doc u m ent -c adre Terme s Cadre Pl a n Dans le mess age politi q u e introdu c ti f #mots 292 mots 466 mots compétenc e 4 occu rr ence s, systéma tiquement avec « numériq ue » 1 occur. avec « nécessair e à la ma i t ri se de la culture numériq ue » dévelop* 2 occur., systéma tiquem ent av ec «  d e compétenc e » 4 occu r. avec «  du we b » « de l ’ éd ucat i on n u m érique » « d e la capacité de l’élève » « de l a capacit é de l’indiv idu » enseig* 4 occu r. po ur parler d u p ubl i c ci bl e ou des partenaires du dép lo i ement 1 occur. p ou r par ler du p ublic cibl e culture 0 occur. 3 occur., sys tématiquemen t avec « numériq ue  » Entre le mess age politi que et la stru cture visuelle d e la comp é tence #mots 1   076 mots 443 mots compétenc e 28 occur. avec « numériq ue  » ( 14x) « tout au l o ng de la v ie » « profession nel » « informati onn e lle » définit i ons ou descrip tio ns du t erm e 3 occur. avec « techniqu es et r éflexi ves » « et compor tements » « des élèves  » dévelop* 9 occur. av ec « tout au l o ng de la vie » « profession nel » « continu » « et mobiliser l es habi l e tés » « son a u t onomie » 6 occur. avec « compétenc es » « bonnes pra tiques » « techno l o giques » « une cultur e numériqu e » enseig* 7 occur. p o ur parler d u public cib le 0 occur. culture 0 occur. 5 occu r. avec «  numériq ue », « industrie c ul t urelle », « perspectiv e socioc u l tu r elle, technologiq u e … » Note . Effectué avec l’aide du l ogici el voyant - t o ol s. org. Fig ur e 2 Cirrus des 25 m ots les pl us présent s dan s les intro ducti ons du C adr e et du Plan Cadre (1   3 6 8 mots ) Plan (90 9 mot s) Note . La brève analyse le x icomé t ri que a é t é e ffectuée av ec voya nt- tool s. org. La taille des m ot s est corrélée à leu r occ urrence. Ce tt e d i f f ér e n ce de p e rsp ective e st certainem ent a ussi perc e p tib l e dans l a variét é des te r me s a ssocié s à «   comp étence   » . Si le Cadre fait ma joritairem ent u sag e d u La comp étence numérique en contexte éducatif 54 terme «   c om pét e n ce num érique   », le Plan inv ite à sa isir l’articu l at i on entr e «   numéri q ue   » e t «   com péten c e   » de man ière prob ablement p lus ouverte. E n e f f e t, l e lectorat v erra «   comp étenc e t echn i q u e   », «   com p é tenc e réflexi ve   », «   com pét e nc e et comp ortement   » , «   comp é tenc e au ser vice d’ une cult ure   ». No t ons t oute fois que ce tt e ouvertur e décr i te n e c on c ern e que les c h apitr e s intro ductifs du Plan . Lo rsque le s contenus so nt détaillés, dans l es so us - comp é ten ce s d u Cadre o u le s dom aines d u Plan , ce tt e d ifféren c e s e mb le se lisser. Le pr e m ier par le par ex emple d e «   Déve l o pper sa pens é e cr i t ique e nv ers le n umériq u e   » et le Pl an supp rim e tout e n otion de c ritiq ue ou de pris e d e po sition person nelle dan s les vis é es pr i o ri tair es, ado ptant des form ulation s très orient ées dans le «   f a ire   » ou l a c ap acit é d’agir : • Médias : R echerche r, an alyser, év a luer l’informat i o n et cr éer d es cont e nus médiat i q ue s à l’ai de d’o utils a déquat s, de mani ère cito ye nn e e t respo nsable. • Sc i enc e i nfo rmatique : Mod él is er d e s ph é no mèn es natur e ls, s ocia u x e t techni q u e s et r ésoud re des prob lè m es e n re courant aux c o ncept s d e bas e de la Sc i en ce in f orm atiqu e . • Us ag es : Dé velopp e r de s comp étences d’util i s ation efficiente e t respo nsable des environnem ents de c om m unic at ion, de c o llab oratio n e t d’éditio n num é ri q u e s . Il s e mb l e do nc, dan s l e Plan , que le p ari é ducati f s oit l e suiv an t : si l’ élève développ e r des comp é ten ces «   méd ias   », des compét ences «   s cienc e informat ique   », et des comp é t enc e s d’«   usag e s   », alors un e c itoyenn e té n umér ique ambitieuse s’ exprimer a grâce à u n e cultu re num érique s uffisamm ent lar ge . Po u r l e Cad r e , l e pari parai t différent. La parti c ipat i o n c itoy enne e st e xp li c item ent le but, et elle s e ra fac ilitée par des habiletés t e chn iques et 1 0 a utr e s so u s-do maines de compétenc e ( p. e x.   culture informat i o nnelle, p ensée c r itiqu e , dé velopp e m e n t d e la p e rso nne , et c .) dans u n mo nd e où le «   numéri que   » e st iné v itab le. L e s i ngu lier d e LA «   co mpétence num é r ique   » indiqu e rait a l o rs u n cont e xt e d’appli c atio n, mais appe l an t u n larg e é v entail de comp é ten ce s divers es, n umé r ique ou n on. Conclusion : vers une implément a tion 5 tirant p a rti de l a for c e des deux c a dres de référen c e Ce s deux documents- cad res décriv e n t une v ision d e so ciété pour laquelle l’école doit pr éparer les citoy ennes et les citoyens. Dans l e s d e ux c on text e s, ce tt e cito yennet é semble débo rder des simp l es c om pét e n ces d’u s age lors q u e l ’o n s’att arde sur c e rtain es pa rtie s d es t extes, ma is s e r ésu m er à d es hab ilet é s po u r «   fa i re   » s ur le s machin es lorsqu’on lit d’a utres se cti o ns. Ains i , ces tension s q u i ém e rg ent e n tr e le s int ention s e t le s o p érati o nnalisation s t é mo ig n ent , dan s u n context e comm e dans l’autre, d e l a difficulté d e formal isation d e cette com pét e nc e. Si l e «   numériq ue   » se r é s u m e à un o u t i l, l a liste d e s compé tences s erai t a l ors rel at iv e ment s imple à décrir e, à l’a i d e d e s sa voir - faire. Si l e «   n u m é ri que   » e st c on çu 5 Le français québécoi s i nvi te à l ’usa ge d u te rm e «   i m pl antation   », en Ro m andi e n ous faisons usage du terme «   implément ation   ». D ans l es deux cas, le sens est proc he de «   mise en œ uvre   » ou «   dé ploi ement   » et raconte l e pa ss age à l’acti on d’une int ervent ion péd agogique conce ptualisée . Chap itre 2 / Les compétence s n umériques comm e fina lité dans deux con te xtes scol aires franc ophones 55 comm e u n environ nement, alors les cad re s de r é f é r ence doivent c erta inem e n t ê tre pl us orientés vers les s av o i r- ê tr e. En fi n , si le «   n u m é r ique   » e s t co nce p tualis é c om me u n ob j et c u l tur el vecteur d e comm u n s e t de phéno mèn e s qui rass e m ble n t, alors le s conn ai s sances et les sa voirs devienn e nt c e nt rau x et un d ébat se ré o uvr e pour question ner quelle cul t ure e s t lég i tim e à l’éco le . L es d eu x cadres al o rs c o mparés la issent aujourd’h u i é m e r ger que n i l’u n ni l ’autr e n’a su – ou pu – s e p osition ner clai r em e n t qu an t à la dé f init ion du «   numér ique   » (out il   ? environn e m ent   ? cultur e   ? autr e   ?) et que le flo u conc e p tuel laiss e u n e marg e d’int erprétation i mp ortan te q ue l a Figur e 1 nous invit e à interro ge r. To u te f o i s , l e cara ct è re app l i c at if et les savoir- f air e s e m ble n t tout de même avo ir ét é dominan ts dans la têt e des a uteuric es, dès qu e les int e nt ions g é n érales eu r ent é té form ul ées. Mais f ina lem e nt , q u’ e s t -c e qui va réell e ment o rienter l e s p rat ique s ens ei gn antes et diriger l e s app re n tissages des élèves   ? Un e att ention parti cul i è r e do i t, à mo n avis, êtr e don née à l’anal y se d e s mo yens et r e ss our c es d’ e n seignem ent d iffusés, con cernant (1) le t ype de citoy enneté qu’i ls v é hi cul e nt et ( 2) les défin i tion s de «   n u m éri que   » qui fondent leurs con tenus. Lionel Alva re z : C ommen t la compé ten c e num érique et l’exer ci c e de compa rais on e ntre les c ad res qu é bécois et ro mand ont -ils joué un r ôle da ns m o n tra vail d ’ensei gne ment et de re cherche   ? En tant qu’acad émic i en, j e s ui s d’hab it u d e criti que – et c o nstru ctif, j e l ’espèr e – env ers le s p ri s e s d e po sition o ffic ielle e t le s do cument s associ é s. À l a su i te de c e tt e comparaiso n, je r emar q u e que le d éfi de la comp é ten c e numé rique e st de taille. Dan s d eux cont e xt es d ifférents , d e s i n coh é r ences ap p araissent dan s les définitions , les i ntent i o ns, les op ération nalisations as soc i é e s au «   numér i q ue   ». J’ass oci e c la irement c ela à la pol y s é m ie du c ham p e t q uestion ne jusqu’à la p ertinen ce de formu le r une comp étence à ce con c ept qui dit tout et rien. Références Alvarez, L . et Payn, M. (20 21) . La nu m é risation d e l’école a u pris me de la cit oy ennet é. Éthi que En Éducation et En Forma tion : Les Dos sie rs Du GREE , 11 , 64 – 82. htt ps://doi.org /10.7202 / 1 084197 a r Bruneau-E mery, J . e t Ronv eaux, C. (2 01 7). Comprend re la progression en l ectu re par la fo rm e scol aire : Une comp a r aison Q uébec - S uisse ro mande. In M . Brunel, J. E mery -B runeau, J .- L. D ufays , O. Dezutter et E. F a l a rd eau, L’ense igne ment et l’appren tissage d e la lecture aux d i ff é rents ni veaux d e la s colarité (pp. 18 – 5 0 ). Dipty que. Cardon, D . (2 019 ). Culture n uméri que . Presses d e Scienc es Po. Carretero, S. , Vuorik a ri , R . et Puni e, Y. ( 201 7) . 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La comp étence numérique en contexte éducatif 62 app re n dre à dist ance et les eff e ts des habilet és en techn ologie s ur la moti vation e t l’enga ge m ent. Bien que Prens ky ait suggér é q u e ce s pers onn e s apprenan tes soient nat i ves du num é ri que ( 2001), l’ut ili sat ion de celu i - c i en ta nt q u’out il (ou obj e t) d’app ren tissage ne cons titue pas u n e f a culté inné e , ce q ui remet e n question le s impli c ation s de c e terme (Benn e tt e t al . , 2 008   ; Ma rgaryan et al. , 2 01 1   ; Roy e t al . , 2 01 8), du mo ins dans u n e perspecti ve t e chno péda gogique. Malhe ureus e m e nt , l’ex i s tence d es inégalit é s num é ri q u es pers iste po u r de s p e rso nnes apprenant e s qui, par e x empl e, n’o nt pas ac c ès au num ériq u e (Cuerri e r, 2021   ; Pl antard, 2 021). March and (2001) soulignait qu ’ un manque d’hab ilet é po uvait m ener à l ’ab ando n par l es p erson nes app re nan tes. Effectiv ement, ce man que p e ut s e trad u ir e p ar un e di fficu lté à r éaliser c ertain e s activités p é dago gi q u e s dans un cours. Selon H e i d ari e t al. (2021), le s hab ile t és en technologi e s ont aussi liée s a ux straté gies d’app re n tissag e 2 et à l’engag e m e nt s c o lair e . La pan dé m ie s’étant imp osé e dans le vé cu s c o l air e des person nes apprenan tes, elle a mis du m ême coup en éviden ce l’import ance de l a compét ence num é ri q u e pour l’app re nt i s sage et po ur la préparation de la so ciété de dema i n . Comme l e prop osent Jackman et al. (2 0 2 1), il n ’ e st pl u s que st i on d e con sidér e r l’ap p re n tissage e n l i gne e t ho rs l igne de façon dichot omiqu e en cette é po que d’o mnipr ésence num érique : il e s t impo rtant de faire e n so rte q u e le s p erson nes apprenan tes pui ss e n t dévelop per et mettre e n p ratique leurs habi l et és e n te c h nologi e p our ap pr endre et réussi r. D e p lu s, le s mes ures g o uvern e ment ales p ostp andémiqu e s mettent e n éviden c e la tran sition numériq ue de l ’éd ucation ( digi t ali zation ) c o mme l’un d e s tro i s pi liers de la r épo n se aux effe ts d e la p and émie, les d eux autr es étant l’attén uation de s in é gal it és et l’am éliorat i o n du b ien être des perso nnes (Zan c ajo e t al. , 2 022). Le p e rs onn e l enseignan t a a ussi d û s’ adapter, d’abo rd sur l e p lan techno logique, puis s ur le p lan pédago gique. I l n ous app arait clair q u e l e s ha bile t és en t e c hn ologie nécessair es dans un tel con texte so nt bi e n d iff é rent es d e cell es dév e lopp ées lors d e la format i on i n itia le (Pae chter e t al. , 2 0 1 0   ; Ro y e t al. , 2 0 22). En effe t, l e pass age e n lign e forcé a men é à l ’ usag e généra l is é des classes virtu e l le s, à la sél e ct ion d e s c o ntenus prioritair es, à l’adaptat i o n d u m at é ri e l e t au changem ent des p rat i q u es péda go gi q u es (Boudokh ane -L ima et al. , 202 1   ; Cou lombe et al. , 2 020). L e dév e lop pement d es hab i let é s e n techn ologie essenti elle s à ce s nou velles réalités a pu s e faire par des ressourc e s en lign e , d es co llèg u es e t le souti e n du p e rso nnel d’ac compagn e m ent (Do brica -Tu dor e t Coutlé e , 2021). Force est d e con stater qu e les chang e m e nt s vé cu s s emb l ent av oir des e ff ets plus durabl e s dans l ’ enseign e m e nt s u p é r ieur, où le s p e rso nnes ap prenant e s son t p l us auton omes et l e s b eso i n s son t div e rsi fiés. Qu i plus e st , l e s étab lissem ents on t plus d e so u plesse e t l a form at ion à di st ance r épon d aussi à d e s prob l èmes o rgan isationn e ls récurrent s ( gestion des loca u x et cli e nt èle étudian te internat i o n ale , entre a u tres). De plus, le p ersonn e l e ns eignant de tous le s ord re s a dév e lop pé des habi le t és a v e c l e numériq ue : il e st d é so rmais p lus au fait des t e n ants e t aboutissa n ts du num ériqu e p our l’app re nt i s sage e n l i gn e, et a di versi fié s es prati ques te c h nop é da gogiqu es. Il fa u t recon naitre que le num ériq ue a p ri s une pla ce prédominan te, voi re inqui é tan te, p e n dant la p and é m ie (N E T endanc e s, 20 2 1), no tamment en ce q u i concern e l a pro blémat ique lié e a u t emps d’exp osition a ux écran s (Sul tan a e t al. , 2021). Cela é tan t di t, l’ impo rtance ac c ord ée au n u m é r iqu e à l ’int e rnat ion al ne laiss e que t rès 2 Le s perso nnes a ut rice s fon t référenc e au conc ept de dig ital in formal learning , m ais ce lui -ci e st d éfi ni par tro is conce pts associés : le s st raté gies cogn iti ves, les stratégi es métacognit ive s et la m oti vati on scolaire. Chap itre 3 / Développ er et mobilis er ses ha biletés en technolog ie 63 peu de do utes sur la s uit e d es c ho ses (mention non s à t itre d’e xemple la Franc e 3 , les États-Un i s 4 et l’A u st rali e 5 ). Ains i , il f a udra doréna vant cons i dér e r l ’ expér ie n ce a c q u is e avec le num é ri que p e n dant la pandémi e comm e un jal o n dans les réflex ions portan t sur les h abiletés en techn ologie. 2 Les labora t oires créati fs Bie n que l a pan démie de COVID - 19 ait appo rté so n l o t d e no uvea u té et de changem ents, elle s’est é ga le m ent d éplo yée en para llèl e d e c e rt ains m ouvem ents d éjà bien é tab lis. L e laborat oire c r éatif 6 en est un bon e x e mple : il s’agit d’un «   e nviron nement d’app re n tissag e q u i perm e t de c o ncevoir e t d e f abri quer des ob jets intégrant d es c om pos antes n umér i q ues   » (RÉ CIT, cité dans Gi roux e t al. , 2 020, p. 5). La créat i o n et la f ab ricat ion num é ri ques font app el à un ens e mb l e va rié de ress ources : impressio n 3D, déco u p age las e r, cir c u i t s é l ectron i q ues, e tc. Aussi, on y trouve des activités associé es à la réalit é vi rt uell e e t au jeu v i d éo. Ces o utils et act ivi t és f on t appel à de s hab iletés en t echno l o gi e pe u d éveloppé es o u m ises en pra tique dan s l e cont e xt e des c lasses dit e s trad itionn elle s   ; l a m odélisation 3 D, la progra mm ation informat ique, le paramétrag e d’outils techn ologiqu e s sp écialisés, e tc. Égale ment, on asso c i e à ces espac e s les comp é t ences du 21 ᵉ s iècle, qui ren v o ient notam ment à la créati vi t é, à l a coll ab oration et à la résol ution de p robl èmes (Rayna e t Str iukov a, 20 21 ). Cela soul i gne une f ois d e plus la complém entarité de s d ime n sions du Cadre de m ême que l’impo rtance de c e s habil e t és en techn ologie. C el l e s - ci, qui peuv e nt ê t re d e s ag e nt s facilitan ts ou d es freins a u pro cessus créati f ou à la r ésoluti o n de problèm es, s’ins c riv e nt dans le pro cessus d’ap prentiss age a u s ei n des l ab orat oires cré at i f s (Fur long et al. , 20 1 9). La part icular ité d es l abo ratoires c réat if s, en comparaiso n av ec les u s ages que l ’o n po u rrait con sidérer c o mme pl us trad itionn e ls d e la tab lette ou d e l’ordinat eu r, c o nsist e en l ’am a l gam e des habiletés nécessa ire s po u r c o ncrétis er un e a ctivit é (K umpu l ain en et al. , 20 2 0). Mêm e si l es démarch es qu ’o n y tro uve son t asso ciées à d es appro c h es d éj à conn u es d u perso nnel ense ignant, com me la déco u v erte et la p édagogie par pro je t, i l s’avèr e n écessair e d e ma itris e r les l o gicie l s sp écialis és de ch aque app are i l et d e c on naitre le s caractér i s tiques t echn ique s d e l’app arei l la ge , tout e n s’assur ant d’a voir l e mat é ri e l requis (fils à impression et f e u i l l es de viny le , entre aut res). En effet, il ex iste une gr ande d i v ersité d’ équip e ment p oss i b l e 7 , c e q u i p eu t ra pidem e n t d e v e n i r u n ob stacle au so utien et à l a form ation du person nel . Erikss on et al . (20 1 8) s ugg è r ent que le sentim ent de compét ence a vec le num é ri q u e , au tan t chez le pe rs onn e l e ns e i gnant que c h e z l a d irection d’ é tab li ss e m ent, fig u re parm i l e s c o nd itions s i ne qua non d e la m ise en p l ac e de labo ratoir e s créati fs dans le s établiss eme n ts d’en sei gnem ent. Pour le s perso nnes apprenan tes, ce s expérien ces s e trou v ent a u cœur d e l a d é m arche d’app rentissage : en eff e t, les laborato ires cr é ati fs font appel à plusieurs habiletés e n 3 Cf. https:/ /www.educati on.gouv.fr/ dire ctio n - du -numerique-po ur-l-educ ation -dne-9 983 4 Cf. https:/ /te ch.ed.gov /netp/ 5 Cf. https:/ /www.austrade .gov.au/ Articl eDocument s/13 58/Edtec h -ICR .pdf.aspx 6 Nous uti lison s l es termes «   labor atoi re créatif   » par sou c i de p arcimonie , ma i s nous in cluons aussi l es autres type s d’espaces similaires, soit : les ma kerspaces (e spaces d e fabricatio n collabora tif s), les Fab Labs, les médias labs , etc. 7 Voir la secti on «   Équipe m e nts   » de : htt ps://wi k i .fablabs.q uebe c/i ndex.php/ Le_wi ki_de _ F a b_ Labs_Qu%C3 %A 9 b ec La comp étence numérique en contexte éducatif 64 technologi e tout e n soll icitant l es au tr es dimens i o ns d e la co mpétenc e num é r ique (Giro u x e t al. , 2020). Le d é v elop pement d e s habiletés en t ec h n ologie ass ociées à c e s espac e s doit c oïnc ider ave c u n e réflex ion sur l e s comp étenc e s et l es sa voirs disciplinai re s qu’on y t rouv e. D’ail leurs, L arnder et al. (20 20) sou li gn ent que s i l ’o n ve u t bien pr é p arer les p e rso nnes app renan tes à la vie d e d e m ai n , i l faut v e i l ler à intégrer les app re n tissages q u i y se ro nt n écessair e s dans l e s pro gramm es de form ation a c t uels. Toutefo i s, l’arrima ge e nt re l es p ri n cipes qui guid e nt l e s atel iers de f ab rication coll ab orati fs (o u Fab L abs o u ma kerspaces   ; c. -à- d. le questionn e m ent soc ié ta l e t la l ib erté d’action, e n tre autr es) n’ est p as to ujours ré c o ncil i ab l e a vec les r é al ité s de s établissem ents d’ense ig n ement (Q uinche et D i di er, 2 019   ; Roy et al. , 2022). La c u lt ure maker , né e dan s les anné e s 2 0 0 0, visait à con c r étiser e t d émocra tise r u n e pratiqu e d éj à bien an crée, s oit ce l l e des logicie ls libres. All an t b ie n au -d elà d e la f abr icat i o n, la cult ure maker est u n e façon de p ens e r o ù l’ e n traide, l e p artage, l’ éc o nomi e l o cal e e t la résolut i o n de prob l èm es s’entr ecro i sent pour animer d e s e sp ace s physi q u e s ou des «   tie rs-lieux   » (S cailler e z et Tr e mb lay, 2 0 1 7). B i en q ue le labor a toire c r éatif fa cili t e le part age du mat é r iel, il import e a ussi de f a voris er l ’entrai de néc essaire à la résolution d e pro blè m e s ou au partag e d’id ées, par exempl e. Force est de con stater q u ’i l pe ut exister une in c o mpatibil ité entre ce tt e app roche e t les syst è m es d’é valu ation pl u s tra ditionne ls ou l’organ isatio n d e s é tab l issem ents d’ens ei gn ement. C o mme le soul i gnent Q ui n che et D idier (201 9, p . 6), «   les sp écif i c i tés d es c on textes s c o l ai re s et d’ap prentissag e permettent di f f icilem ent d e transp oser, san s ad aptation, le mo dèle de s Fab labs dans l’univers de l’é c ol e et de la form at i o n   » . Pour conc l ur e not re ré flexio n s u r les h abi letés en te chno l ogi e dan s l es labo ratoires cré at ifs, nous r econ naisso ns le urs po tentia l it és sur une m u lt itude d e fac e tt e s p our l e s perso nnes app re nan tes e t le p ersonn e l e ns eignant ( Da vi dso n e t Rub y, 2 0 20   ; Furlon g et al. , 2019   ; Kump ulainen e t al. , 202 0). Tout e fois, les d é f i s i nh érents à leur op é ration nalisation son t n ombre ux, tan t d’un p oint de vue pé dagogiq u e q u e technologi que. Pour le s perso nnes ens e i gnantes, cela si gnifi e de c on tinuer à se former aux usa ge s de s o utils, mais surt out d’int erprét e r la deux i èm e dimension d u Cad re à l’aune d es beso i n s de s p erso nnes ap prenantes et de l’ inten tion pédagogiq ue d e s activités d’app rent i ss age . Ains i, il s ’avère essent iel d e r éfléchir au dévelo ppement d es hab i let é s techn ologiqu e s (deux iè m e d imension) en c o hérenc e av e c les c o mpéten ce s disciplinai re s. No tre r éflex i o n nous am è n e ma int e nan t à aborder d e ux thèm es, ce rt es vastes et comp l ex es, qui se rattach ent aux lab oratoir es créatifs : la p e ns é e in format ique e t l’inte l ligen ce arti ficie lle. La p remi è r e e st soll i c itée d ans ce q u e l’on pe u t appeler «   la fabrication par ordinat eur   » (Sc h neid er e t Bou fflers, 20 22 , se ction 2 , paragr. 3), alors que la deux i èm e nous ap para it c o mme un e p roblémati q u e p ouvant êtr e abo rdée au sein d’ e sp aces cr éatifs dont ce rta ins y so nt d é di é s ( Kim, 2019). 3 La pens ée i nf orma ti que La pensé e in f o rmatiqu e (PI) n e se l imite pas aux o uti ls n uméri ques qui perm ettent d e la dév e lop per. Ell e est parti culièr e ment prop ice à l a c r éativit é (Barma, 2 0 21 ) e t est app e lée à êtr e ut il is ée dans les espa ces créat if s ( Tang et al. , 2 0 2 0). La faç o n de c o ncevoir la P I a é vol ué a u fil du temps : Se y mo ur Pap ert, f i gu r e e mb lémati que de la pro grammation e n context e p é dagog iqu e , s’ e st intér e ss é à l’ effet de l’ordinat eur sur la Chap itre 3 / Développ er et mobilis er ses ha biletés en technolog ie 65 faç o n de p enser ( thinki ng ) d’ enfants d’â ge s colaire (1 980) e t a publi é en 199 6 une réfle x ion su r le rôle des ordinate u rs en enseign ement d es mathémat iques. Dan s cette réfle x ion , il év o qua i t le c on cept de p robab ili s tic thinking (pen sée pro babil i s te) po u r expliqu e r, entr e autres, la f a çon do nt des person nes app re nan t e s pouvai ent réso udr e un prob lème d e p rogrammat ion e n utilisant le has ard. Il s ’agiss ait là d’un p remi er pas ve rs l a dé fi n ition de Jeann e tt e Wing du comp ut a tional t hinking (pe nsée in f o rmatiqu e ) qui , plusieurs anné e s p lus tard, a l la it de ve n ir i n c on tournab le dans le domaine : «   la p e n sée informat i q ue est le pro cessus de r éfle x ion imp l i qué dans la for mulation d e pro bl è mes et d e l e u rs solutions de man ièr e à ce que les solut i o ns so ie nt re prés enté e s sous u n e forme qui pu i s se ê tr e e x écuté e e f f i c acement p ar u n a gent de trai t ement de l’ info rmation   » (traduction libr e , W ing, 20 10 , p. 1). Le mo dèle CTP K-12 de Tivka et Tambo u ris (202 1) conc eptuali se et i l l ustre le li e n entre l a PI et d e s p rat i q ue s comme la p rogrammat ion informa tique ou la robo ti q u e : leurs outils prennent e n charge des straté gies d’app re n tissag e v ari ées (re l atives à la résolutio n de prob lèmes e t à l a collabo ration, entre au tr es) qui p e rmettent à leur to ur l’acquisition d e comp é t ences e t de prat iques en P I. A i n si l a pro grammation est -e l l e u n outil q ui perm et d e mo bili s er, voire d e déve l o pper l a PI. Tout e fois, c e l l e - c i n’ e st pa s forcément asso c i é e à des o utils num ériques : p lu s ieurs m é th odes dit es d é bran ch é es ( unplug g e d ) peuvent ê tr e mis es e n œuvre pour enseign e r la PI de façon a lternati v e e t axée s ur l’ inclusion , aupr ès de group e s so u s -re pr ésentés par e x emple ( Huang e t Loo i , 2021). D’a illeurs, Hsu et al. (2 0 1 8) o nt con staté q u ’un e pro portio n con sidérabl e ( 68 %) des arti c l es ret e nus dans l eu r r evu e de la doc ume n tation n’imp l i q ua it pas d e l an gage d e pro grammation i nform ati q u e pour l’ens eign e m e nt de la PI. Qu’ell e s soi e nt réalis ées s ur o rdi n at e ur o u d ébranché e s, avec o u sans reco u rs à la pro grammation , les a ctivit é s pédago giques assoc iées à la P I b é n éficient d’un e conjon c tur e inte rnation ale f avorab le à leur intégr ation dans l e s curri c u lu ms . En ef fe t, des pays com me les États-Unis, la Finland e et le Ro yaume - U ni ont ajout é la PI a u pro gramme de f orm ation de s ni ve a ux équival e n ts au prim aire e t au s ec o nda ire québécois (L indb e rg e t al. , 2 019). D’autr es pays com me l’Autri che, l’E s toni e, l’Ir land e et Isra ë l o nt quan t à eu x intro duit l ’ens eign ement d e la p rogra mmatio n au x élèves d e ces m ê m es n iveaux ( C o utur e , 2020). Au Qu ébec, l e Pl an d ’action num ér i q ue en éducation et en e n seignem ent supéri eu r a é t é u ne o c cas ion po u r le m i n i st ère de l’Éducat ion d’of ficial i s e r à la fois so n appui à l’ u til i s ation de la pro grammat i o n e t so n intention d e l ’imp lant er dans la major ité des éc ol es pr imair es et se c o ndaires. L es actions m i n i st é riel les liées à c ett e m esur e on t é t é nomb reuses ([ MEE S], 20 2 0, 202 1) : i) l a t e n ue d’une séri e de formatio ns ( Robo t 360 ) d estinées aux cons e illères e t con seil l ers pédagog iq ue s sur l ’ usag e p é dagog iqu e de la program mation   ; i i) l a p ublication d’u n guide à l ’ intent i o n d u personn e l e n seignan t intitulé L’usage pédago gique de la pro g ramma tion informa t iq ue (minist ère de l’Édu cation, 202 0a)   ; iii) la t e nu e de j ourn ées de r é f l ex ion (Barma, 2 021)   ; i v) le lancement d’un app e l d’ offr e s p our la mis e e n plac e d’un pro jet part i culier d’a cc om pagnem ent vi s ant à of frir de l’a ccomp agnement e n class e s ur l’usag e p édag o gi que de la pro grammat i o n, etc. La program mation informat ique est so u v ent e n seign ée d e f a çon formelle dans l es cours d’in formatiq u e o u de mat hémat iques à l’a i d e de st ratégi e s comme l’app re nt i s sag e par pro blè m e s, par pro jets, par l e j e u ou l’app rentissag e collab oratif (Hs u e t al. , 2018). On att ribu e à la programm at ion la c apa cit é d e d ével o pper des compé t enc es de bas n i v eau comm e l e s c on naissan c es o u l e s habil e tés s c ola ire s , d e s compé tences de hau t nive au c o mme la p ensée c rit ique o u la ré s olution de p roblèm e s, a i n si que d es compétence s pe rsonnelles La comp étence numérique en contexte éducatif 66 comm e les habi le t és soc iales et l’auto ré g ul at ion (Po pat e t Sta rk ey , 2 0 19). D’a illeurs, la pro grammation e t la rob otique o ffre n t d es c o ntextes f avorab les à l’ enseignem ent et à l’app re nt i s sage d e la PI , en plus d’ être asso c i é es à d es eff e ts p ositifs sur l a m oti v at i o n, l’enga ge m ent d e s perso nnes apprenan tes (Szabo e t al. , 2 019) et le tra v ai l d’ équ i p e (Xia et Zho ng, 2018). La n écess i t é d’accom pagner l e p ersonn el enseign ant dan s son app ropriation de s outils et des prat iques relat i fs à la P I cons titue un e nj eu cr ucial, tant dans la form ation initia l e que continu e (Barma, 201 8, 2 0 21   ; Hs u e t al. , 2018   ; Sza bo et al. , 20 19 ). A i n si, ce t a c comp agn e m e nt devra it i nc lu r e d e s f o rmation s prat i q u e s et d es occasions d e prat i quer l ’ ens e i gnem e nt de la P I en con texte au th e nt i q ue en ass u rant un équ i libr e entre les conn aissances techniq ues d’une part, et, d’autre part, la consid éra tion des prat i ques pé dagogiq u es e t d u contexte (Mason e t R ich, 2019). Par ai lleurs, mêm e s i l e perso nnel enseign ant se s ent int e rpe lé par l es a vant ages pos sible s d es disp ositifs rob otiqu es (Xia et Zho ng, 201 8) o u de la pro grammation en so i (Szabo et al. , 2 0 1 9), il risque de n e pas mo bili s er ces o utils dans sa prati que p édagog iqu e s’i l n’en comp rend pas le fon ctionn e ment . Au mo ment d’écrir e c es lignes, il r este à v o i r si l e P rogram m e de format i o n d e l’école québé c ois e, tant a u pr i m ai r e qu’a u secon daire, se ra m od if i é pour c o nsid é rer la PI comme une c om péten c e tran sversal e, tel q ue l e recomman den t Barma (2018, 2021) et Hs u et al . (2018), o u encor e c o mm e u n élém e nt dis c ipl inaire. L’a ffordan ce et les po tentiali t és trans di s ciplina i res de l a PI en font u n outil d’app re nt issage part i culièr ement intér essant qui pos sède c ertes d e s lie n s tr ès étr oits avec l es dis cip l ines STIM 8 , mais deme u re égal ement une occasion po u r l es perso nn e s apprenan tes de rencontrer d e s s ituation s o ù s e mê le ron t la résol ution de p robl èmes, l a co ll ab oration et la cr é at i v ité , par e x emple. 4 L’inte llig ence a rt ificielle (IA) en édu cation La pens ée i n form atiqu e a d e nomb reux champs d’app l icat i o n don t le pl us mar qu an t est prob able m ent l ’int ell i ge n c e art ificiell e , que l’on pe u t trou ve r dans une voiture auton ome o u dans des robo ts humano ï des, par exempl e. Si ces di sp ositifs r elèvent be l et b ie n de l’ IA et so nt am enés à se d évelop per, ils n e con stitue nt qu e qu elques exempl e s sté réotyp és d e la petite ré volution q u i est en t rain d e se jo uer so u s no s yeux (Alexandre et Comte, 2 0 21). En e f f et, dans tous l e s domain es, l es tec hn iques d’IA son t mises à l’ essai pou r repo u s ser les limites d e ce qui peut ê tre aut om atisé et l’éd uc at ion n’y échapp e pas. Le g o uv e rnem ent du Qu é b ec a d é f i n i l ’IA c o mme le «   dom ai n e d’étude [mult i dis ciplinair e] ayant po ur obj et la reprod uction artificiell e de s f a cult és cogniti v es d e l’i n tellig ence huma ine […]   » (ministèr e de l’ Écono mie e t d e l’Inno vation, ci t é dans Ga udreau et Lemi e ux, 2020, p. 3 ). Le person nel ens e ignan t peut-il r ê v e r qu ’ un jour, un systèm e bas é s ur l ’IA corr ige auto matiqu ement les produ ctions écrit es des p ersonn es apprenan tes sous so n a ile   ? Qu’ u n autre sél ec t io nne méti culeus e m e nt le s a c t i v ité s à faire fa ire aux person nes ap prenant e s en f o nction des difficult és q u ’ elle s on t rencont rées   ? P o u r qu o i n e p as employ er l a reconn ai ss anc e f aci a le p our pr endre l es présenc e s auto mati q u e m e nt avec d es c am éras ajouté e s à l ’entr ée de l’écol e   ? Il s’ag it 8 Américani sme (de l ’a ngl ais STE M ) d ésignant qu a t re d isci plin es : scie nces, t echnol ogie, ingé ni e rie et ma t hé ma ti ques (S TIM) ( Wikipédia , 202 2). Chap itre 3 / Développ er et mobilis er ses ha biletés en technolog ie 67 d’enj e ux q u i se doi v e nt d’êtr e c o mpris, réflé c h i s, ma is surt out critiq u és dans u n e persp e ct ive qui s’ orie n te v ers les b e s oins d e s perso nnes c o ncer née s. Aujourd’h ui, ces usa ge s so nt techn iquement po ssibles (Sel don et al. , 20 2 0   ; Zawa c k i -Ri chter et al. , 2019) et app e llent à prendr e des décis ions pour prépar er l e perso nnel e ns e ignant c om m e l e s pe rs onn e s ap prenantes à le s côto y er avec un espr it cri t ique, ce qui j ustifie la pla ce d e l’IA dan s le Cadre , et to u t p articulièrem ent dans l a deu x ièm e dimens i o n, trait ée d ans le pr é s e nt chapitre. C es e xemp les ci t és précéd e m ment p eu vent fair e rê ver o u an goisse r, s elon l e po i n t d e vue par l equel on les abo rde . Ains i , d e s fron tiè r es doi v e nt êtr e tra c é e s entre c e qui est souhaitab le o u acceptab le et c e qui ne l’e st pas (So u th gat e , 2 0 20). Com m e le C adre s ’adress e autant a u perso nnel ens eignant q u’au x p erso nnes ap pr e n antes, il app a rai t essenti el que ces perso nnes soi ent am enées rapidement à réfléchir aux e n je u x de l’IA, pu i s à sa voir utiliser des o u tils, à en é valuer l a p ertin ence p our répo ndre à de s beso ins p é da gogi q u e s , à ass um e r leur resp onsab il ité q uant à l ’int e rpr étation de s résu l tat s ou r ecomm andation s qui sont formu lé s e t à li mit er l e s consé quences négat i v e s de ma uvaises interpr é tat ions (Bulger, 2 016   ; Knox , 2017). Alors , que devra it don c app rendr e l e p e rso nnel e ns eignant a u s u j e t de l’ IA   ? La question est simp le, mais la ré po nse est c om plexe. C o mm e l’ IA to u ch e plus i e u rs disciplin es don t l’info rmati q u e , les n euros c i ences, la ps ychologie et la lingu i st ique, il n’est p as ai s é de tra c e r une fron tière entre ce qui r elève de la com pétence n u m é r i que, que tout e p erson ne devrait p osséd er, et l es c o mpét ences spé cialisées qui re l è v ent des métiers direct ement liés à l ’IA . No us po uvon s pro pos e r comme po i n t de d é p art que toute p ersonn e, p e u i mp orte son m étier, devra it ê tre s u f f isam m e n t famil ière a vec les cas d’usa ge de l’IA e n é d ucation pour en é value r la p ertinen ce, l e s avantag es e t les enjeux é th i q u es qui s e po sent. Les risq ue s so nt p arf o is p l us d i f f i cile s à per cevoir q u e le s ava ntag e s . Par exemp le , les pr é di cti o ns d e ré ussite ou d’ éc h ec prés entées a u x perso nnes apprenant e s pourra ient c o nduire celles - ci à abando nner pr éc o ce m ent un cours qui a urait pu êtr e r éuss i ais éme n t avec un so u t ien adéq uat (Co rrin e t al. , 201 9 ). Dan s cet exemple, la visibi l it é accord ée à un t el indi c at eur p eut eng endrer u n f a ux sentiment de confian ce e n vers de s prédict i o ns dont la qu a li t é peu t v ar ier selon les perso nnes, les c on textes e t l’in format i o n dispon ible (Wi lliamso n et al. , 202 0). Certes, le s techni ques d’IA traitent bien l es c as ty p iq u es, app uyées par quantit é de données, mais c e n ’est pas la m ême h isto ire pour les cas atypi ques ( Ber e ndt et al. , 2020   ; Hak imi et al. , 2021). Bi e n que r ares, les e r reurs de cl ass i f i cat ion so nt lo urdes d e c o nséquen c es dans certain es s ituation s ( p. ex. l e s déci s ion s d’adm ission) , et ce, plu s sou ve n t au détrim e nt de s pe rson nes iss ue s d e gro upes d ésavantag és (Mea ney et Fikes, 20 1 9). L e perso nnel ens eignant devrait p ouvo i r po rter un regard criti que su r l’IA et savo ir agir en s ’appu yant a dé quatem ent s ur l es dé ci sion s p ri ses ou s ug g érées par u n syst ème d’IA, à p artir de ses prop re s obser vations , y c om pris no tamm e n t la dim e n sion émo tionn e l l e . Les d imension s émo tionn elles e t con text uelles s ont so u v e n t plu s dif f i c i les à mo déli s er adéquat eme n t ( McSta y , 2020). En effet, ces as p e cts, q ui so nt b i en so u v e n t non présents dans l es tra ce s, c om port e nt tout es les su b tilit és qui de m eurent e s sentiel les lorsque l ’o n i n t e rag it a vec des personn es. En o utre, q u e devra ient apprendr e l es person nes apprenan tes au sujet d e l ’IA   ? Dan s l e Cons e n sus de B eiji n g s ur l’IA et l’é d ucation , l’UN ESCO ( 2019) souligne qu ’ il est u rg ent d e d évelop per une main - d’œ u vr e sp écial i s ée dans le dom aine de l’IA, mais aussi d’hab ilit e r to ut le mon de à v iv re dans u n mon de où l ’I A est d e plu s e n plu s uti lisée. En e n seignem ent supér i e u r, c e la i mp lique qu e l’o n fasse c o ntinu e r le La comp étence numérique en contexte éducatif 68 développ e m ent de pro grammes s pécia l is és. A u p ri m air e e t au s e c o ndaire, cel a supp ose des formatio ns su r l ’IA , c’est -à-dir e une f am i l iarisat i o n, une s e ns ibilisation e t l a po ssibilité de dé velopp e r un m inimum d e li tt érati e sur ce s u j et. Com me po ur le perso nne l e ns eignant , s e pose alors la q u e s tion de ce qui rel ève d’un appr entissage sp é cialis é, destin é à l’ e n seignem ent supér ieur, e t de ce qui relève d’u n apprentiss age généralist e, d estiné à tout es l e s person nes ap prenant e s d è s le p rimaire. Tour etzky et al. (2019) on t p ropo sé ci n q id ée s clés p ar rapp ort aux q u e l l es tout le mo nde d ev r ait êtr e à l’aise : i ) le s ordinat eurs per çoivent l e mo nde av ec des cap teu rs   ; i i) les ag e n ts informat i q ues u ti li s ent d e s r e p ré s entat i o ns du mon de pour aliment er leu r raison nement   ; iii) l es o rdin ateurs apprenn e nt à p artir d e do nn é es   ; iv) l e s agent s intelligent s ont besoin de plusi e u rs t y pes d e connaiss anc e s p our intera gi r av ec les perso nnes   ; v) l’IA p eut a voir un imp a c t pos itif ou né gati f . D e plus, so u s ces cin q i dées peuvent e n trer tout es sortes d e c on tenus e t d’act i vit é s qui perm e ttro nt de d évelopp e r des h abilet és en t e c h nologie q u e l’o n tro uve dans l a s econde di mension du Cad re , mais déborderon t forc é m e nt sur d’a utres dimens i on s, no tamment su r l a p re m ière : A gir en citoyen ét hi que à l’ère du nu mé rique . Pour Ki m e t al. (202 1), appren dre l ’IA imp liqu e a ussi le développ eme n t de la c o mpét ence de pensé e i nfo rmati q u e do nt nous avons déjà discuté, e ss ent i e l l e à la réso lution d e pro blèmes i m pliq u an t l’IA . Malgré cela, il sembl e q ue p ou r en arriver à u ne c om préhensio n adé quate d e l’IA, il n e suf fi t pas d’ e n comp re ndre l e f o nctionnem ent tec hnique. E n effet, l a comp ré hens i o n des c as d’usag e s et d es impl ic at ions éth iques est inconto urnable. Après le p lan d’act i on numériq ue d u MEES (20 2 1), l ’ap prentissag e d e l’IA n ’est t ouj o urs pas codé au prima ir e e t au s ec o ndaire, et r e l è v e de la volonté et de l ’ éve il d u personn el enseign ant sur le s u j et   ; cela j u s tifie sa p l a c e dan s le Cadre . La pe rtinence de la seconde dimens ion est don c appuyé e par l ’imp ortan ce po u r l es p ers on nes apprenant e s d e terminer l eur s e c o ndaire a v e c de s connaiss anc e s fondament ales c om mun e s s ur l’IA. Conclusion L e prés e nt c hap itr e a pro posé un tou r d’horizon gé n éral de l a se conde dim e n sion du Cad re du Q uébec. Comm e no us l ’avon s indi q u é a u dé b ut d u chapitr e, l ’ ensemb le des quatre v ol ets pr ésent és p eu t semb le r h été ro clite, mais il ex iste tout d e m êm e u n élément qui e n fai t u n to ut cohér e nt : l a de u xi èm e dim ension . En outr e , il est n écessair e d’entre vo i r d e f açon r éflexiv e e t criti que les h abilet és en t ec hn o logie qui se rat ta c hent aux diverses sit uations expl icitées, no tamm e n t à celles d évelop pées pendant la pan dé mie, dans le s laborato ires créatifs, l ors du dév e lop p e m e nt d e la pensé e informat i q ue o u en core ce l l e s n écessair e s à la mo bi l isatio n de l’ IA . C’est do nc d i re que le s habi l et és en techn o l o gie repr ésentent un socle c om mun pe rmettant d’interpr éte r concr è tem ent des man if e st ations ob serv ables de la c om péten c e n umér i q ue e n éducation. En pl us des aspe cts que nous avon s mis e n e xe rgue, la deux ième dimens i o n en intro du it plu s ieurs autr es : l a sécur i té des don nées, les ph énom è n e s émerg e n ts, les asp e cts plus t echni ques d u n uméri q u e (com me l’électro niqu e ), etc . En p lu s d’ être d e s éléments c on stituti f s d e l a s econde dim ension du Cadre 9 , le s aspe c ts prés entés figur ent 9 «   D é velo pper sa pe ns é e in formati que, not a m ment par le d é vel oppement de sa compr é h ension et de ses habile t é s à l’ é gard de la p rogra mmation informatique   » (ME ES, 201 9, p. 14 ). Chap itre 3 / Développ er et mobilis er ses ha biletés en technolog ie 69 égalem ent dans l e Référent i el de com pétenc es profession nelle s de la pr ofe ssion ense i gn ant e (min i st è re de l’ É d uc at ion , 2020b), o ù la douzi ème comp étenc e, Mobiliser le numé rique , renvoi e à l’ ensembl e d e s dimens i o ns d u Cadre . A ussi, l a d eu x ième dim ension vise à amener les person nes app re nan tes et le personn e l enseignan t à ut i l ise r le num ériq ue dans la v i e d e tous le s jours tout en abordan t des thèm es p lus c o mpl e xes c om me l’inte l ligen ce art ificielle o u la sé c ur ité d e s don nées. Or, au t e rme de n otr e ré f l e xion pr ése n tée dans le pr é sent c ha p i tre, un e qu e st i o n subs i st e : à qui revient la resp ons abil ité de former l es perso nnes app re n ant es su r l es éléments d e cette d imension   ? U n e imp ortan c e cro issant e e st a ccordé e à l’agi r éthiqu e avec le numé rique, à just e titr e . Tout ef ois, po u r qu’un e pers onn e en arr ive à une comp ré hens i o n ap profon di e du numéri que et d e se s u s ages, il faut q u’ elle s e sente comp é tente a vec div e rs usag e s e t elle doit être f orm ée pour y arri ve r. C e rta ins é l é ment s de c e tt e dim e ns ion s’in tègr eraient m ieux à des comp é t enc e s di sci p linair e s ( p. e x. l’IA et la man ipul at ion d’ob j ets techn iques), alors qu e d’autres son t pl u s trans ve rsa les ( p. e x. la P I ou l’app re n t i s sage à di st ance). Dan s les années 1 980 , le Q uébec a t enté l’instauration d e l a mi cro -inform ati q u e s colai re en v isant l e d é v e lop pem e n t de c in q thémat ique s : «   [ 1 ] l es équipem ents , [2] la formatio n d e s e ns e i gnants , [3] l e s logi ciel s éducatifs, [4] l es f ac ilités [ sic ] offertes et le s upp ort ins titu t i o nnalis é , [5] l e s pr ogram mes (c.-à- d. la pla ce d e l’ informat ique dans l e c ur riculum scola ire), e t les a cti o ns d e rec h er c h e e t d e dév e lop pement.   » ( Chomienn e , 198 7 , p. 74). I l a été r e tir é au tourn ant des ann ées 2000 alors que l e n umé r iqu e était in troduit en tant qu e c o mpét ence tran sve rsal e. C e l l e - ci s’actua li s e à travers l’ e n semble d es d i s ciplin e s, mais elle dé p end de la comp é t enc e ( et d u sentim ent de com péten c e) d u p erso nnel ens eig n ant. Cons i dérant l a p lace li m ité e d e s élém ents de la d e ux iè m e d imension dans le s cu rr icu l ums dis ci pl inair e s, il sera it int é r essant de revo ir les p rogrammes de format i on (no tamm e n t le s math é m atiqu e s et l es s c i ences e t techno logies) en vue d’ une intégrat ion pl us e xp li c it e, c e q u i l a f er ait ai ns i contrib uer à la form ation ad équate des perso nnes ap prenantes du 21 ᵉ sièc le . Le pro gram me C u ltu r e e t citoyennet é q u é b écois e po u rra q uant à lui s e ce nt rer s ur les pr e mi ère et onzièm e dim ensi ons , ce q u i f avor isera i t la f orm ation d e perso nnes app re n antes compét entes utilisant le num é ri q u e d e f a çon éthiqu e e t crit i q ue . Fina le m ent, le s usag es p ropres a ux di verses disciplin es p e rmettro nt de mob i lis e r les autr es dim e ns i o ns du Cad re e t d e f ai re d e la com pétence n umériq ue une comp é t enc e trans versa le affirm ée. Nor mand Ro y : C omme nt la c o m péten ce numéri que et les habiletés e n tech nolog ie ont-ell es j oué u n rôle dans m o n qu otidie n   ? Ayant ét é f o rm é a u num érique dans le m il l é n ai r e pré cédent ( !), mes p r e mi ers app re n tissages li é s à l a prog rammat ion informat ique o nt é té f aits sur magn é to c ass e tt e , e t l ’In tern e t éta i t acc essibl e seul e ment apr ès une int erminabl e attent e a c comp agn é e d’un e m é lodi euse ca c op hon ie c réé e p a r un mo dem. C e s premiers pas av e c l’in formatiq ue ont f o rgé en m oi un int é rêt gr andissan t à e xp lor e r et comp re n dre les f o nctio nnalités sous-jac e n te s a u x usages du num é r ique. Aujourd’h ui, bien que l’i n te n tion p édagog ique prime sur les outils, je continu e de parfair e m es habi l et és en t ec hn ologi e af i n d e p ou voir en ét u d ier l es po tentia l it és éducativ es. La comp étence numérique en contexte éducatif 70 Simon P a rent : C omme nt l a comp éte nc e nu mé rique et les hab iletés en tech nolog ie ont-ell es j oué u n rôle dans ma vie p ro f ess ion nelle   ? La pan dé m ie a c on tribué à la mob ilisation et au d é v elopp eme n t «   en urg e n ce   » des hab i let é s en te chnolo gi e d e tout es et to us. Ce tt e con j o ncture a d’ abord no u rri mo n intérêt po ur les prati q u e s péda gogiq u es novatr ices souten ue s par le n u mér iqu e , dont le p otent i e l po ur l’apprent i s sag e r este à exp l or er, p u is e lle a rap p e l é l ’imp ortanc e du bienêtr e pour la r éu ss ite. En tant q u e pro fession nel , je p orte une attentio n part i culièr e à l a relation qui u n i t, d’ une part, l a santé m ental e d e s é tud iantes et étudiant s e n r e ch erche, po u r qui l’isol ement e t l e str ess so nt mo nnaie c o urante, et d’autre part la comp étenc e n umériq u e, poss ible fact e ur d e p rot ec t ion. Ale xandre Lep age : C omme nt la compé te nc e numéri qu e et l es habilet és en tech nolog ie ont-ell es j oué u n rôle p o u r m o n auto nomi e pr ofessio nne ll e   ? La compéten ce numé rique, pour moi, est vra iment u n e sour ce d’au to nom ie . Po ur la réalisation d’anal yse o u d e donn é es, savo ir ut i lis er pl usieurs langag es d e pro grammation me perm et d’a vancer pl us rap idem e nt sans tr op dé p e ndr e d’ai de extérie u r e. Dan s tous les e m plois que j’ai oc c up és, j ’a i pu mett re à profit mes hab i let é s e n te c h nologi e mêm e lorsqu e je travail lai s comm e g uide - interpr ète dans un lieu h ist oriqu e où on m’ava it mandaté pour tenir à jour l e s stat i s tiques d e fréq u entat i o n   ! Po ur l ’ens eign e m e nt , j ’ai d é v e lop pé un e att itude d e c u rios i t é v i s-à- vis d es n ouv eau t és et je ne crains pas d e m ettre à l’essai d es sc én ari o s p é da gogi q u e s avec de no uvea u x o utils. Références Alexandre, F. et Comte, M.- H . (20 21) . L’ I A , ent re fascination et rejet. Lecture J e une , (1 80) , 1 -5. htt ps://hal.i nria.fr/hal -034 94003 Antoni etti , C., Cattaneo, A. et Amend uni, F. ( 202 2) . Ca n te achers’ digi tal comp etence influen ce tec hnology a cc eptance in v ocational ed ucation? Computers in Hum an B ehavi or , 132 (1 0 7 266) , 1 -9. htt ps://d oi.org/10 .1 0 16/j.chb . 2 022.107 2 6 6 Barma, S. (20 18) . Rapport fi nal : Réaliser une ét ude de cas mult iple q ui v ise à af fi ner les connaissances sur l’usage pédagogi que ou d idacti que de la progr ammati on dans les écol es du Qué bec. Centre de reche rche et d’intervention sur la réussi te scolaire , (11 89 82), 1-2 12. htt ps://l e l.cri res.ulaval.ca/oeuv re/rapport -fi nal-realiser - une - et ude- de -ca s -m ultipl e- qui - v ise-affi ner- les-con naissa nc es- sur Barma, S. (20 21) . 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Le nivea u l e plus avanc é d’hab i l e tés attend ue s e st celui au q u el l e p e rso nnel ense ig n ant p e ut acc o mpagn er l es a utre s p e rso nnes ense i gn antes dans l e dé velo ppement d es hab ilet é s en t ec hn olog ie de c e lles-ci. Le n i v eau le p lus bas, q uant à lui, c o nsiste à simpl e m e nt adop ter ces habil e tés e n techno logie. Ce s deux ni ve a ux sont séparés par celui de l’exploitat ion   ; ce niv eau néc e ss ite du p e rs onn e l ens ei gn ant q u e celui -ci m ette ses hab i let é s e n t e c hn ologie au se r vice de sa prat ique p édagogiq u e ( É d u c ation e t Foundation , 20 19 ). Ce s trois conc e p tualisation s d es hab iletés en t ec hn ologi e no us r ens e ignent s u r tro is éléments. Le pr emier é l é ment s u pp ose q u e les hab ilet é s en te chn ologie d u p e rso nnel enseign ant ne son t pas statiques et doivent progr esser dans un continu um c on stitu é de di vers n iveau x d’exp e rt ise. L e deuxi ème élém ent ti ent au fa it q u e l e s hab iletés e n technologi e p euve n t s e man ife s t e r e t n écess i t e nt u n certain n iv eau d e c om plexité s elon le rô le que jou e le pers onn e l ens ei gnan t. P a r e x empl e , lorsq ue celu i -ci j o ue le rôl e d’app renant, l es h abilet és en techn ologie q u’il do i t mob il is er ou d éve lopper son t différentes de celle s né cessair e s à u n rô l e d e l eader o u d e c on ce pt eur. Enfi n , l e troisièm e é l é m e nt e st l i é a ux hab ilet é s en techn ologie du p e rso nnel e n seignan t, hab i let é s dont l e but est d’aider le p e rs onn e l à prog resse r en tant qu e cito yen e t pro f ession nel d e l’ ense ig n e m ent et à f a ire progress er les p erson nes app re nan tes sous so n ai l e . 1.3 Analyse co mpara tive d es niveau x d e dé v elopp em e nt de s habil etés e n techno logie au Qu ébec et hor s Québ ec Dan s c ette se cti o n, nous souha iton s an aly s er la f a çon dont l e s divers r é fér entiels c it és ci -d essus perçoi ve nt l e ni veau d e d éveloppem ent des habi l et és en t echn ologie c h ez l e perso nnel e ns eignant . À l’ exception d e la Soc iété intern ationale pour la t e chn ologie dans l’éducat ion ( iste.org), q u i per ç o i t ce développ em e nt des h abile t és e n te c h nologie comm e d é p e ndan t du rô le qu’e l l e jou e , l e s r éférenti el s s ouli gnés ci -d essus p er ç oiv e n t ce d é v e lop pem e n t com me un proc e ss us en trois étapes. Se lon l’UN ESCO, ce pro c essu s e s t marqu é p ar l’acqu i s i t ion de c on naissan ces, l’amé lioration de la p rat i q ue et la c r é at i o n des c o nnaiss ances. En o utre, c es trois étap es peu vent ê tr e i d entifié e s dans chacun d es n iveaux pro posés par le Co ntinuum ass ocié au ré férent i el de la comp é tenc e numériq ue d u Q uéb ec , s oit d ébutant, interm édi a ire et a vanc é (MEES, 201 9 ). En effet, tan t l’a cquis i tion d e conn ai ss ance s , que l ’am él i orat ion d e la pratique o u la c r éation de s conn ai s sances peut impli q u e r u n nivea u d ébutant, i nt e rmé diair e o u avanc é. Il en est de m ême po ur les é tap es pr ésentées par le systèm e br itann ique : adop tion, e xp l o i tat i o n et accomp agnateur. Par e x emple, l’ado ption d’un o u ti l n u m ériqu e pe u t e l l e a ussi ê tr e de n iv e au d ébutant, intermé d ia i re ou avan cé. En c o mparan t l e s s ept rôl es id e nt i f iés par l a Soc iété int ern ationale po ur la technologi e dans l’ é du c at i o n aux d i v e rs nivea u x de d évelopp ement des habi letés en technologi e so ulignés par le r é f é rent iel d u Qu ébec, on obser ve qu e les ap proch es s ont différentes, mais comp lé m entair es. Ainsi, la Sociét é i n ternation ale po ur l a techn ologie dans l ’éd ucation perçoit le dé v e l o ppement d e s habi letés en t e chn olog i e c om me u n ob j et à p lusi e urs facettes d e m ê me i m portan ce , et trib utaire d e la situ ation dans la quell e le p e rs onnel ense i gnan t s erait engag é . D e so n côté, le réf é renti el du Qu ébec p erçoit c e développ e m ent comme u n pro cessus c ro i ss ant allan t du n iveau d é butan t à celui d’«   avancé   » . E n couplant ces d eu x app roch e s , on pe ut penser à un dévelop pement à Chap itre 4 / La progra mma tion in fo rm atique 79 la f o is horizon tal et ve rt ical qu i vari e s e lon le rôle d u person n e l enseign ant e t son niveau de dév e lopp em e nt dans c h acun d es rôl es. La f i g ure 1 ci -d essous i l lu st re no s pro pos . À no ter qu’il n’ existe pas de gradat ion dan s l e s rôles d u perso nne l enseignan t. En fai t , celui - ci, s e lon son rôle, pe u t s’av é r er av an c é en tant q u ’ap prenant , d é butan t comm e con ce pt eur d’acti vi t és p é dagog iqu e s , et i nt erméd iai r e c om me évaluat eur o u comm e cito yen, p ar exempl e . Fig ur e 1 Dével oppement des ha bileté s e n tec hnologie d u person nel enseigna nt selon l eur s rôle s 2 U ne no uv el le habileté en te chnologie à dével opper par le personnel ens ei gn ant : l a p rogrammat i on i nf orma t iqu e comme levier des ap p rentis sag es   ? 2.1 Définitio n de la progr a mm at ion i nformatiqu e Ap rè s avoir r éussi à utiliser de s logi c i e ls de tra item ent de texte, de pr ésentation e t d e mo ntage vi d éo, c’ est le mom e n t po u r l e person nel ens e i gnant d’ apprendre l e s bases de la program mation i nform ati que e t de les int é gr er dans l a f or mat ion de s person nes app re n antes dès l’éd uc at ion présco lai r e. Il ne s ’ag i t pas ici d e tra ns f orm e r le p e rso nne l enseign ant e n pro gramme u rs, mais de l’aider à mi e ux saisir les bas es de l a pro grammation informat ique et l a façon de l es mo bili s e r pour fa voriser les app re n tissages des p e rso nnes apprenan te s. La program mation informati que e st u n e hab i let é e ss e nt i e l l e au 21 ᵉ siècle (Bers , 2019). E l le est asse z com plexe, tan t d u p oint de vue de so n apprentiss age que d e celui d e so n ens ei gn ement (S wacha et al. , 2019). D e plus, elle s e d é f init com me le p ro c essus p ar l equel un agent (h um ai n ou inform atiqu e ), par l’ent re mis e d’u n c o de , don ne de s i ns truc t ion s à u n ordin ateur, à u n l o g i c i e l ou même à un huma in, pour réaliser un e tâch e ( C o te, 2 021). Dan s cett e d é f i n i tion de l a pro grammation inform atiqu e , on peut d istingu e r tro is form e s d’int eractio ns supp osan t , d’une part , une t ec hn ologi e d e program mation ou une t echn ologie pro grammab l e e t, d’a utre part, l’h umain. La prem iè r e form e e s t cell e caract éri s ée par un h umain q ui p rogr amme u n agent i n form atique. A c tu ellement , plusi eu rs a cteurs fon t le lien a v e c à cett e form e lorsq u’ils par lent de programm ation dans l es étab lissem ents d’enseign e m ent . Q u an t à la deuxi è me e t à l a troisièm e f orm e de program mati on, e l le s so nt obs e rvées lors qu ’ un ag ent informati que est capab le d e pen ser p ar l u i -m ême e t d e prendre d es initiat ives. Ces form es s ont tr ès p résent es dans l’int ellig e nc e artifici elle. La part i cular ité de la d e u xi ème f o rme de p rogramm ation c o nsiste dans le fait q u ’un a ge n t La comp étence numérique en contexte éducatif 80 informat i q ue p rogramm e un h umain p our r é al i s e r c e rtain es tâch e s. Il s’a vère q ue c e tte forme d e programm ation i nform at ique s oulève p lus ieurs e n jeux c om me l a dominat i o n de l’h u m ai n par l’in f o rmatiqu e . Q uan t à la t roisi è me form e, il s’ag it d’ un ag ent informatiq ue qui programm e u n autr e agent po ur exécute r certaines tâ ches. Ce s tâ ches r éalisé e s par les agents informat iques ont une in f lu e nc e s ur no tre environnem ent quot i di e n . A insi, il est ind i s pensable d’ i dent i f i er l e s enj eux et les persp e ct ives d e la programm ation inform atique dans l a soc ié t é e t so n po te n tiel pou r le s établ i ss e m ents d’ens eign e m e nt . 2.2 La prog ram m a tion info rma ti que dan s la soc iété : enj eux et perspec tive s De nomb re ux outils qui fonctionn e n t grâce à des pro gramm es in formatiq u es so u lèvent de s enje ux so ciéta u x se lon la façon do nt ils so nt u ti lisés. C e s out ils p e u v ent aller d’un simpl e log i c iel à un robo t humano ïde. Pr ésents dans t outes l es sphèr es de la so c iété, il s perm e tt e n t désorm ais de c on sidé r er le mon de num é ri q u e comm e part ie intégrante de l’environ nement dans lequ e l évolue la perso nne cito y enn e . Par e x emp l e, dans l e s c entres comm ercia ux, pl u si eurs p e rs onn e s resp onsab le s de caiss e s son t rempla cées par d e s c aiss es l ibr e -s e r vice e t dans le s e r vice à la clientè le , les c hatbots (dialog u e u rs ) rempla ce n t des huma ins. Ces i nt e ra cti o ns hum ain -machin e soulè ve n t plusieurs enjeux, entr e a utre s : le remp l a ce m ent d e l’h umain par l a ma c h i n e , les p erte s d’emploi e t la p rotectio n des don nées. Sa chan t cela, no u s cro yo ns qu ’i l est impo rtant p o u r les perso nnes citoy e nn e s d’améliore r le u rs c on naissan ces sur ce s i nt e ra ctions . Toutefo i s, po ur que les person nes cito ye nn e s pu i ss e n t s e pron oncer s u r les enj eu x so c iétaux de la pro gr am mation informat ique, il f au drait leur o ffr i r l ’o ccasion d’a c q uérir des connaiss anc e s s u r le s ujet. A insi, d e s e n jeux comm e la cybers é c u rit é, l ’o bso le s cenc e pro grammée, l e v o l d e do nnées, l a visibi li t é des i n f orm at ions numér iques, l’a ve n ir des rob ots dans la so ciété o u alors l ’ uti l isatio n op portune d’algorith mes informat iq u es po u r rempla cer les h u m ai n s doi ve nt ê tre abordés dans la soc iété ( Pellet et Parri a ux, 2020). Les p e rsp ecti v es de la p rogrammat ion i n form atiqu e dans l a soc iété é t ant var iées, il devient diffi c i le de dét ermin e r ave c exactit ude o ù se tro uvent leurs limit es. Par exempl e , la pro gram mation i n f orm ati q u e était a u tre fois vue uniquem ent c om me u n outil pour con cevoir d es m a c hines qui alla ie nt perm e t tre aux hum ains d e s e lib é re r d es tâches q u ’i ls ne souhaita ient pl us fair e o u alors de c e lles consid érées c om me répétit ives. Or, de no s jours, les utilisatio ns croiss antes des algori thm e s in formatiq ues d’app rentissage mach ine o u d’apprent i s sag e profon d ( deep lear ning ) o nt o uvert d’a u tr es po ssibilité s d’ usag e s d e la pro grammation informat i q u e com me la conc e p tion d e s machines c ap ables de prendr e des init iatives. Bie n que les li m ites des usages d e l a program mation in f o rmatique d emeur e nt difficiles à pré ci s er, l’évol ution d e ces usag e s p eut être cont rôlée par d es p erson nes formé e s et s ensibil i s ées aux enj eux sociétaux de c e ux - c i . Les é tab l issem ents d’enseign e m ent on t don c un rôl e imp ortant à j o uer dans l a format i on de perso nnes ci to yennes, et ce, d ès le pl us je u n e â ge. To u t efois, l’intégratio n de la program mation informat i q ue à l’ é col e doit ê tre cadr é e, bien pensé e et r é f l é chi e pour q u e le personn el enseign ant puiss e ad é q u at ement exp l oit er son pot e nt iel po ur l’app re n tissag e des élèves, é tud iants et étud i an te s . Chap itre 4 / La progra mma tion in fo rm atique 81 2.3 La pro gram mation in f orma ti qu e da ns les é tabli s s ement s d’ en se i gn ement : pot entiali tés Ce s d e rn ières ann ées, on ob serv e u n r e ga in de l’inté gration de la pro grammation informat i q ue (PI) dan s les é tab l iss ements d’ense i gn ement, et ce, parfois d e f a çon ob l igatoir e depu is l’e n seign ement pr imair e (Pe l l e t e t Parr i a ux, 2020). Selon certain e s rec h er c h e s, l ’int égration de la P I dans les établiss ements d’ens e ign ement perm ettrait de d évelop per entre a utr e s la pensé e info rmati q u e et la réso l ut io n de p roblèm es (B ers, 2019   ; Tsai et al. , 2 0 0 8). Ainsi, il est qu e st i o n de d évelopp e r des com péten c es qui, san s être s pécifiqu es à l’informati que, pe u v ent cont ri b uer à am él ior er l es outi ls co gnitifs des perso nnes ap prenantes p ar de s s tratégi es d e réso lution de pro blè mes comp l ex e s ( Pellet et Parr i a ux, 2020). Dans cette s ect i o n, nous a l lon s aborde r la r el at i o n entre la pro grammation i nform ati q u e , la pensé e informat iq u e et la résol ution d e pro blèmes. Program mation inf orm atique et p ensée informatiqu e. L’ acce s sib il it é des o utils de pro grammation i nform ati q u e e t le b e so in des personn e s ci to y en nes de com prendre le numériq ue qu i les e nt ourent on t c on trib u é à l’int érêt croissan t p our l’app re nt i s sag e de la pro grammat i o n informat iq u e dans le s é tab l issem ents d’ enseig nement (Ba rma, 2 01 8 , 2021   ; Resn ic k et al. , 2 009   ; Ro mero et al. , 201 8). Cet ap pr e n tissage con trib ue à l’améliorat i o n de la p ens ée i n f orm ati q u e . C elle -c i , i m portan te dans la v ie d e chaq u e perso nne citoye n n e , suppo se d e mob ilis er les conc e pt s f o ndamentaux de l’informat ique p our la r ésolutio n de p robl èmes, la con cepti on des s ystèm es e t la comp ré hens i o n d u compo rtem e n t humain (W i n g, 200 6). En outre, elle p ermet au x perso nnes ap prenantes d e décou v rir d e n ouv elles n otion s à l’instar du coda ge (R omero et al. , 2018). Par ailleurs , la p ensé e informati que est caractér i sé e par cinq di m ens i o ns : la pensée al go rith mique , l ’ab stract ion, l ’é valuation , la dé comp osition e t la généralisat ion (W i ng, 2 00 6). L e d éveloppement d e cette p ensée contribu e à la comp ré hens i o n et à l’usag e de n ouvea u x con c epts, e t à d e no uv e l l es prat iques av ec l’informat ique (Gr ugier et Vi llemon tei x, 201 7 ). Par e x emple, une rech erche r éalisée dans l es éc o les prima ires en G rèce, d urant la q u elle les élèves é taie nt e n gag és dans la pro grammation de robo ts, a souligné un d ével o ppem ent d e la pensée informat iq u e et en parti c u l i er d e l a p ensée a lg o ri th mi q u e (Kom i s et M isir l i, 2011). Program mation informat ique et résoluti on d e pro blème s (d é m arche sc i enti f ique ). L’apprent i s sage d e l a p rogrammat ion e nga ge les person nes app re n antes et e ns eignant e s dan s la r ésol ution de p robl èmes. En fait, b ie n q ue le personn el enseign ant soit respo nsable d u c ho i x de tâ ches d e program m ation informat iq u e à réaliser e n class e, il app re nd, tout comme les perso nnes appre nantes, à ré s oudre le s pro blè m e s dans le cas d es tâ ches c o mplexes d e program mation . Par e x emple, un perso nnel e ns e i gnant qui propo se au x perso n nes app renan tes d’ u til i s e r la pro grammation p our r éa l ise r une carte d e v œ u x d e st i n ée a ux grands -p are n ts, les impli q u e dans une t âche o u v e rt e, av ec u n grand d egré d e liberté et la issan t p l ac e à leur cré at ivité. D urant l e pro ce s sus d e r éalisation de la carte d e v œux, la compl exit é d es pro blè m e s rencon tré s par les personn e s apprenan te s p e ut varier énorm é ment d’un e perso nne à un e a u tre. Tandis que certain e s po u rrai e n t se trouv e r c on frontées au x pro blè m e s de comp ré h e ns i o n du fon c tion nem e n t du logi ciel de program mation informat i q ue, d’autr es po urrai e nt ê tr e a ux pris e s a v e c la pro gram mation d’un visu el dynami que ou ave c la re p résentat i o n de la c arte de vœux. Quan t au personn e l enseign ant, i l do i t nav iguer e nt re t ous c e s prob lè m es p our a ccom pagner l e s pe rson nes app re nan tes dans la re c h e r che d e so l utions . C e l a le p lace dans de m ul t ipl e s s i t uation s de résol uti o n de p roblèm e s . La comp étence numérique en contexte éducatif 82 L’étude de Grugi e r et V ill e mo nteix ( 20 17 ) so ul i gn e que l ’ e nseignem e nt d e l a pro grammation informati que a con tribué à dévelop per l a d ém arc h e d e r ésolut i o n de pro blè m e s s cientifiq ues e t techno l o giques des é l ève s du pri maire. C e l l e de Barma (2018) mentionn e ses bi e nfaits pour de s clas ses du primai re et du s econ daire : l’enga ge m ent d e s élèves e t l a valorisat ion d e leur e st i m e de soi. 3 Étude de c a s de de ux tâches de p rogrammat i o n i nf orma ti qu e vécu es par le pe rsonnel ense i gn ant à l’école Les tâch es d e pro grammat i on in f o rmatiqu e p ropos é es a ux é l èves p euvent leur offr ir un vaste ho rizon d’apprent i ss age s poss ibles. Dans c ett e optiq u e, la prés ente s e ct ion rel at e l ’ exploitat ion pédagog iqu e de la program mation sur S cratch qu’o nt ré al isée qu at re e ns eignant e s et leu rs élè ves. L’ expérienc e qu’i l s o nt vé cue perm ettra d’ illustr e r comm e nt les élèves e t le p ersonn el e n seignan t peu v ent pro gresser au regard d es dimension s de la comp é t enc e num érique comme la d ime n sion Déve lopper et mob iliser ses habi le t és tec hnologique s . 3. 1 Cont exte e t de s cr i pt ion d e s t âc he s péd agog ique s d e progr amma t io n informat ique réalisé es Deux d es quat re ens e i gnantes pro venai e n t du d eu x ièm e cy c l e du pr imaire d e la mêm e éc ol e. E l le s e n é ta ient à l eur prem iè r e e xp loitation e n c lass e du logici e l de pro grammation i n f orm ati que S cratch mais av ai e nt s uivi u n e f o rm ation en i n tégration pédagog ique de la formation contin ue. Ell e s on t pro pos é à le u rs é l è v e s un co urt pro jet d’éc r iture m i s e n sc è ne p ar un e animat ion réa l is ée dan s c e pro gram me. Po ur c e pro je t, le s é l è v es d evai e n t comp oser que lq ues p hras es en exp l o i tan t le v o c abu lai r e à l’ étude et sur la thémati que d u dév e lopp em e nt durabl e : la prom otion d’une bonn e habitud e environnem ental e. Quant a ux deux autr e s ense i gn antes, elles travail l ai ent au troisièm e cyc le du primaire dans un e a utre éc o le. E n d ébut de pro jet, l’ une d’ elle s avait d éjà une bonn e conn ai s sance du logi ciel d e programm ation S c ratch tan di s q u e l’a utr e e n éta it à s es débuts dans l’ exploitatio n de ce logic i e l . Ell e s o nt r éalisé, dans les d e ux class e s conjoint e m ent, u n proj et m ul t idis c ipl inaire de plus g ran de env e rg ure dans l eq uel le s élèves de vaient cré e r u n jeu - q u e s tionnair e po rtant su r un t hème en s c i e n ces et technologi e. Cel u i-ci po u va it ab ord e r, par e x empl e, le s catas trop hes n aturelles ou l’astro nom i e. Aussi, plusi eurs autres disc i p l in es t el l e s que le f ran ç ais, le s mat hématiques et les arts p l as tiques on t été mo bilisé e s dans le c adre d e ce pro je t. 3.2 Inte ntion p édagog i qu e de chaque tâch e Les intent i on s pé da gogi ques d e la tâ che ré a lis é e par le s é l èv e s du d euxième cycl e étaient m ultiples tout en é tan t l i ées à la c om péten c e n u m ér ique et à d e s comp é ten ces disciplinai re s . T o u t d’ab ord, les enseign antes so u h aitai ent que l es é l è v e s dé velopp e nt le u rs hab i l e t és e n techn ologie d e p rogrammat i o n inform atique. De pl u s, la tâch e v i sait à ce q u ’i ls travai llent l e u r c o mpét e n ce l i é e à l’écr itu r e (é c rir e d e s text es vari é s) d ans un contexte mot ivant , tout en e xp l o itan t du vocab u la ire à l’é t ud e , e t aussi à ce qu’ils réi n vestissent des ap prentissag es réa li sés e n sc ie n ce s et te c h nol ogie . Chap itre 4 / La progra mma tion in fo rm atique 83 En c e qui c on cerne les e ns e ignant e s du t roisième cycl e , la réal i s atio n de leur p ro je t a nécessit é une d urée d e t emps impo rtante. Tout e fois, elles e s tim e nt q ue celui -ci a é té rentable, cons i d érant l es diff é r entes dim ension s de l a c o mpéten ce n umér i q ue ainsi que le n omb re d e com péte n ces d i s cipl i n ai r es et de con ce p ts tr availl é s. La pr inci p ale intention p é dagog iqu e d e ce pro jet é ta it que les élèves c r ée n t u n jeu - questio nnaire traitant d’un thèm e e n sci e n ces et techn ologie, to u t e n explo i t an t la programm ation Scratch. So us-tendan t ce mandat , les trois comp éte n ces en fran çai s (lire de s t e xt e s variés, écr ire des text es v ar i é s et comm un i q uer oralement) étaient ce n sées être mo bil isé e s par les élèves ai n si que plusi eu rs c on c epts , dont la phras e int e rrogat iv e . D’autres com p étenc es et c o nce pt s on t é galement été visés en m athémat i q u es, sci e n ces et techno logie et arts p last i q ue s. 3.3 Apprenti ssage s fai ts par le s élè v e s et le per s on nel e ns e igna nt : habile tés en t ech nologi e et rés o lutio n de pro blème s vari és S’appr oprier l es nouv elles technolo gies pour ma intenir à jour ses habi let és en technol og i e. Un po i nt c om mun e nt re to u t es ces e n seignan tes e st q u ’e lles e xp loite n t davantage le num ériq u e depu is quelq ue s ann ées et q u ’e lles s’i mpliquent act i v eme n t dans l e u r form ation c o ntinu e . Ne se c on sidé ran t pas c o m me expert es av ec l e numériq ue , elles s ont ouvertes à en apprendr e p lus p our se t eni r à jou r. D ans le c as de l’expérien ce que no u s relato ns ici, elles so uhaita i ent app rendre au r e gard de la pro grammation inform at i que a f in de vo ir la f açon dont le s l o gi ciels de p rogrammat ion po u vai e nt êtr e e xp l o i t és dans de s sc é nario s pé dagog ique s r i ch es et st imulant s pour l e s élèves. Pour le s ense ignantes du d e ux iè m e c ycle du pr imaire, l a pro gram mation Scratc h était tout e no uvelle et elles ava ient parti c ip é à u n e f o rmat ion s u r ce sujet. Une offr e d’accompagn e ment pour le dé marr ag e e n c lass e le ur a é té f ait e également dans l e c adr e de la f orm ation. A pr è s la f in d e cette expé rim e n tation, A l exan dra 1 r el at e q u’elle n e s e serait pas lan cée dans cette aventur e si s a conseill ère p édagog ique ne l ’ava it pas abord ée et so utenue po u r amo rcer ce proj e t. C o mme ses é lèv e s e t el l e n’ avaient pas d’a u tres expér i en ce s de pro grammat i o n, ce so utien fut pré c i e ux, c ar a u départ «   ça fait u n pe u peur   », avo ue-t- el l e . T o ute f o i s , e lle é tait c on vai n cu e q u e s e s é l èv e s seraient motiv é s par une tâ che d e pro grammation informat iq u e, étant don né q u e ce ux -ci ava ie nt bea ucoup développ é , e u x au s si, leur c om pét e nc e num é ri q u e depu i s les deu x dern ières ann ées. Ains i , u n e p art d u courag e d e s’inv e st i r dan s c e nou vel apprent iss age prov ient d u désir d’Alexandra de p ermettr e à s e s él è v e s d e développ e r leu r comp étenc e n umé r ique dans un c o ntexte stim ul an t et a vec de nouv e a ux outils n umér iques . «   Il s sont rendus bo ns [ sic ]   ; i ls f on t m ai n tenant de b elles p ré s e nt ations e n ligne av ec G o ogle Pr ése n tations. J e crois q u’ils v o nt ê tr e hab iles a ussi avec Sc r atch e t q u’il s v o nt ad orer ça   !   » pr édisait-e l l e avant de s’enga ger dans ce tt e e xp é r imentation . Dans le c as d’Éve l yn e, s es élèv es avaient plu s tô t cette m êm e an née app ri s à p rogrammer le rob o t Dash . Ils ont donc pu réin ve s tir c e s pr emièr e s exp é r ie n ces d e programm ation dans les tâ c h e s a ve c Scratch . Ain si, les t âc h es d’i n i t iation à S c rat ch et la conc e pt i o n d ’une animat ion (p rojet d’éc r iture) o nt p ermis à ce s de ux e ns eignant e s ains i q u’à leurs é l è v es d’acq ué r ir u ne bas e sol ide e n p rogrammat i o n i n f o rmati q u e , ce qui a con tribué au dévelop pement de 1 Il s’ agit d’un pseudony me. Les prénoms qui suive nt sont ég a l ement des pseud o nymes. La comp étence numérique en contexte éducatif 84 leurs habi l et és en techno l o gie et en r é s olution de pro blèmes impl i q u an t la pro grammation i nform ati q u e . Pour ce qui est d u du o d’e n s e ignan te s du tro i s ièm e c ycle d u primaire, J uli e a vait part i cip é il y a d é jà plus ieurs an nées à u n group e d e travai l e n lien av ec l’entrepr e n euriat, o ù cha que cl as s e c on cern ée é tait parra inée par u n sp écial i s te e n pro grammation informati que. E n équi p es, le s é l è v e s devaient créer u n j e u p é da gogi que avec S crat c h. Ce fa isant, i l s ont fai t de n omb re ux ap prentissag es l ié s au Pro gramm e de format i o n de l ’ é c ole qué b écois e , mais à d’a utres é gal e m ent, relati f s au contexte de travai l d’un pr ogram meur. En 20 20 - 20 2 1, Julie a p ropo sé à A n dré an ne, une c oll è g ue du m ême cycle avec qui elle c ollabo re fréqu e mm e n t, de démarr e r un proj et multidisc ipli n aire Sc ratch. P ar l a suite, les deux e n seignan tes on t f ait p artager c ett e idé e à leur c on seil l è re pédago gique e t, ce fai san t, la plani f i c ation de ce pro je t multidisc ipli n aire, vécu par les deux c l asses d e troisi ème c yc le de cett e é co le , s’est réalisé e dans un c om it é d e d évelopp e m ent d édié à la p rogram mat i on pédago gique en cl as se. D e s c aps ul e s de formation étaient éga lement inté grées à c e c om ité de tra vail. La prem i è re expérim entation d e ce pro jet s’ e st d é ro ulée au print emps 202 1. An dré an ne a beauco up appris a u su j et de S cratc h lors d e cette p re miè re anné e. Elle a été r e conn aissant e du tra vail c on j o i n t entr e les d eux c lass es, qui lui p e rmetta it d e bénéfici er d u so u ti en de sa co llègue pl us expér imentée. À l’an u n, le proj e t n’ a p u être comp l ét é. A insi, po u r la deuxième e x périmentation, l es e n seig nant e s ont c om m encé ce proj e t pl u s tôt dans l’ann ée. Les ren cont r es en c om i té de t rav ail s e son t p oursuivies afin d e bo nifier e t de c o mpl é ter la docum entat i on li ée a u pro jet. Au t e rm e de cette deu x ièm e anné e , le projet d e tout es l es é q u ipe s d es deux classes a été c o mplét é , ce q ui a don né lieu à l a création de pro gramm es informat iques avan cés. Sans cont redit, les deu x ens eignantes e t leurs élèves ont ha ute m ent dé velopp é la d e ux iè m e di m ens i o n du Cad re de leur c om péten c e num ériq ue . Les app r e nt i s sage s f aits au r eg ar d de l a p ens ée i n f o rmati q u e on t été rich e s , tant po u r ce s e n seignan tes que pour leurs élèves. Le pro cessus d e rri è re c e s ap prentissa ges est d’ i n térêt et mérite un t emps d’arr êt. À cet effet, l a section s u i vant e exp ose la fa ç on don t l’évo lution d e la d e ux iè m e dim e n sion d u Cad re de l a co mpétence n u m é r iqu e ( Déve lopper e t mobilise r se s habi le tés t ec h nol ogiques ) s’ est réa l isé e dan s le cas d e c e s q uatre enseign antes et d e leurs é lèves a u r e ga rd de la p rogrammat ion inform atique. Développ e r sa pen sée i n form atique e t la ré solution d e pr oblèmes variés. Au cours de ces p rojets, les é l èves ont p u dév e lop per l eur p en sée informati que en app re n ant au regard de la program mation , et l es ensei gnantes a ussi   ! En c e qui a trait a ux élève s d u de u xi ème c y c l e , aucun n’ava it e ncore trava illé av ec Scratch . Les é l è v es d e la class e d’ Ével y ne (quatri è me anné e ) on t p u prendr e app u i s u r leurs appr entiss age s r é c e n ts réal i s é s par l’ent re m i s e de la pro gramm ation d u rob ot Das h. Ils o nt do nc été en m e s ure de t ransf é r er vers la pro gram mation Scratc h des conn ai s sances et habil e tés dév elopp é es e n exploitant c e robo t. Par e xemp l e, ils sava ient que la programm ation do it d ébuter par un b loc d e d é part et qu e l e pro gramm eu r dispo se d’u n c ho ix de c om mandes p our ce fair e. Ils sa vaient é ga le m ent qu’il ex iste différentes c atégor i es d e blo cs, ass ociés à diff é r ents ty p es d’action s, et que dans u n pro gramme s imple, le s b l o cs choisis do i v e n t être collés le s u ns aux a u tr es. Pour l es élèves d e l a classe d’A lexandra (tro isièm e an née ) , to u t était no uveau dans Sc ratch   ! Ce p endan t, mal gré c e tt e disp arité , no u s avons pu assister a u se in de deux classes à un gran d e n thousiasm e d e l ’ens emb l e des élèves dans ce défi qui leur é tait donn é d’app rendre à p rogramm er av ec S crat ch. Dans un p remi er temps , dan s l es deux Chap itre 4 / La progra mma tion in fo rm atique 85 cl as ses, l e s cod e s d’a c c ès à la plat ef o rm e on t été r emis aux élève s et l’ e n seignan te s’est ass u ré e que cha cu n acc é dait b ien à son comp te. Par la suite, un e brè ve p ré s entat ion d e Scratch a é té f ait e au x é l è v e s, s uivie rapid em e nt d’ un pr emi e r te mps d’exploration libre. Dan s u n d euxièm e t emp s, le proj e t d’ écritu re a é té p ré s enté aux élè ve s et c e ux -ci o nt pu trava ille r à la programm ation d e leur an imation, qui, rap pel on s -l e, visa it à f air e l a pro motio n d’une saine h ab itu d e e n v iron nem e n tale. L es é l è ve s o nt d’ab o rd rédigé leurs ph rases, p uis l es on t inté grées dan s l eur animatio n Sc ratch. Po ur ce tt e tâch e, ils a vaient à réa li s er un programm e s i m ple, com prenant e n tre au tr es au m o ins deux p erso nnages, un d épla c em ent, q uatr e phras e s écri t es et un arrière -p l an . A u t ot al, enviro n t rois dem i - journées ont é té c o nsacr é es à cett e pro duction. Au c o urs du travail, d es conseils e t astuc e s l e u r on t é t é donn é s par les adultes pr é sent s, en fon c t ion des q u e st i o ns qui émergea i ent d u g ro u p e. E n o u tre, pl u s ieu rs trouvai lles ont é t é éc han gées e nt re le s élèves. To u t ce partag e a f in de résou dre l es diff é r entes pro bl é mat iques rencont rées s’est av é r é un proc essus très riche. En ce q u i c o nce rn e les é lève s du troisi è me cycle, les de u x classes ( l’une de ci n quièm e ann ée e t l’a utre de six iè m e année) ont tr availlé e n semb le to u t au long du pro j et. Dans l e ur c as, certains élèv es, maint e nan t en six iè m e a nnée, ava i ent dé j à un e expertis e r e lati vement avan cée a vec S c ratch é tan t donn é que les ens eig n ant es, J u l ie et An dré an ne, a vaient d é jà r éalisé un e pr emièr e expér i en ce de ce proj e t l’ann ée précéd e n te. Après s ’ê t re ass u r ées que to us les é lèves accéda ient bie n à leur c om pte Scratch et après avo i r effe c tu é une br è v e vi s ite de l a plat ef o rm e , l e s ense i gn antes ont demandé a u x é l è v es d e réa li s er to utes l e s animat ions expliq u é e s pas à pas dan s des cartes 2 p roduites p ar S cratch . Le s é lève s éta ient appari é s en équipes de d eux, l’ un d e ci n quièm e ann ée e t l ’autr e de s ixième anné e . Les d y ades pou vaient travai ller à leu r rythme e t deva ie nt consign er leur progr ession sur un tabl eau af fiché en c lasse. «   Ils en on t fai t des animation s en pr éparation, mais ç a a val u le coup   ; ils é t aient r endus pas mal bo ns ap rè s   ! [ sic ]   », expli q u e Ju l i e . L es e ns eignant e s s o u l igne n t que l e s j eux - question naire s c o nçus par les él è v e s à l a s u it e de tâch es d’init iation é tai e n t d e trè s bo nne qualit é. E n fai t, l es élè ves o nt ét é c apab les d’ utiliser ad équat e m e nt d e s fonctions de pro grammation int ermédiaires et avan cées t e l l es que le s blocs de comman de s condition nell e s, l ’exp l o itat i o n d e capteurs p our inte ragir a vec l’ u ti li s ateur d u pro gramme, et l ’emp l o i d e v ari ables. Et q u e dis e nt ce s ense ig n antes au su jet d u dévelop pemen t de leur pens é e informat i q ue   ? Tout e s m ention nent av o i r é n ormément app ri s de s conc e p ts informat i q ues dans le feu de l’ac t ion   ! «   Me s é l è v e s é tai ent r e nd us v ra iment bon s [ sic ] à la fin du p rojet Scrat ch , mais j’ai b eauco up app ri s e n program ma tion i n f o rmati q u e m oi aussi c e tt e anné e , ave c Dash et S crat c h   » , mention ne É v elyne. Ce s pro pos font écho à ceux de J uli e : «   C ’ est i n c royab le c om ment [ sic ] nous avon s app ris cette ann ée, An dré an ne e t mo i   ! Où on a l e pl u s appris, c ’ est quand nous avons ouve rt la pro grammation de jeux-quest ionn aire s fa i ts par les é l è v es – il y en av a it d e s pas mal comp l i q u és   ! – et qu’on essaya it d e voi r c e q u i ne fonction nait pas   ! On en a cher c h é un coup po u r certa ins je u x, mais c’est comm e ç a qu’on a le p lu s appris   !   [ sic ]   ». Lors d’une procha ine tâche d e program mation S cratch, l e s e ns e i gnant e s de troisièm e c y cle a imera ie nt abo rde r, d e man ièr e plus s y st émat i q ue , ce q u’est la l ogi que qui so uti e nt la conc eption d’ u n programm e informat ique. «   Sa isir cette l ogi que nous aide prob abl e ment à mieux comp re ndr e c e qu’on fait qu an d on pro gramme et a ussi, à 2 Cf. https:/ /resource s.scra t ch.mit .edu/www/ cards/f r/scratch - card s-all .pdf La comp étence numérique en contexte éducatif 86 mieux l’expl iquer à d’au tr es. Par exemp le, pour q uo i on ut ilise le “ et”, le “ o u”, etc . J e ne sais pas tout à ce sujet   ; on pour rait app re ndre e ns e m ble à ce sujet ou mêm e demander d e l’aide pour ça   », pro pose Jul ie. Mobiliser le s hab ileté s en t e chn olo gi e n écessair es à l ’ ut ili s at i on d es d ifférent s logicie ls , plate forme s numér iques ou appl ic ati ons dans le cadr e des tâche s pédago gi que s ou d es tâ c he s de l a v ie d e t ous les jour s. C o nnaitr e le fonction nement d’un out i l numéri q u e est u n imp é r atif s elon l es part i c i p ants à l’ é tud e afin d’en pro pos e r une exp loitation a ux élèves dan s u n cont e xt e p édagogi que. «   Si on veut u ti liser un out il te c h nologi q u e dan s notre plani fication péda gogi que , i l fa ut d’abo rd le conn ai tre. C’est un i n conto u rn able   » , affirme Andréa n ne. À c e t effet, les app re n tissag e s dé c rits p l us haut on t san s a ucun dout e pe rmis a ux enseign antes de faire év o luer l eur pensée informati que, mais c eu x -ci l eur ont é ga le m ent ouvert le s po rte s d’ un n ouvea u terrain de j e u a u regard des tâc h es pédago giques pro posées à l e u rs é l èves. «   Je m e s e ns maint enan t p l us con fiante dan s m e s habiletés en pro grammation pour souten ir m es élèves e t aussi po u r savoi r ce q u e je peux l e u r pro pos e r c o mme tâch e p é dagog iqu e …   », mention ne Évelyne. En ce qui conc e rne les enseignan tes qu i d ébutaient av e c l’exp l oitation de S cratch en c lass e, e lles v o ient déjà de n ou v ea ux p rog rè s po ssibles et r éalist e s dans leurs app re n tissages de c e langa ge d e p rog rammatio n e t, ce f a isant , de no uveaux c on text es pédagog ique s à of fri r à leurs élèv e s. À ce s ujet, Alexan dra évoque ce q u i suit : «   L’an pro c hain , je sui s part ant e po u r prop oser à m e s élèv es de fa i re d es pro grammes un pe u plus com ple x es […] [ sic ]. J’aim erais q u ’i ls fass e nt d es jeux de ré vi s i o n ave c ç a   ». Dan s le c as d es e ns e i gnant e s q u i connaiss aie nt d éjà ce l an gage , e l l es c roi ent égalem ent qu’elles p euvent pours uivr e l eurs apprent i s sag e s, et aussi, pens er à de no u vell e s tâch e s poss ible s. «   C’est c ert ai n qu’on peu t con tinue r d’en apprendr e pl u s sur Scratch . Par exe m ple, j e sais qu ’o n peut f air e encor e pl u s en utilisan t les v a riabl e s. On pourra it auss i e xp l o rer l a création de blocs ( Mes bloc s ). Mai s d éj à ave c le s app re n tissages q u’on a f a its, o n peut penser à de nou velles tâ c hes   », évoq ue Jul i e. Sa collègu e, An dré an n e , r e n c hé rit en évo qu an t l’id ée qu’ un ric h e con te x te de réi n vestissem ent po u r rait se v iv r e en aidan t d’a u tres classes. «   On pourra it m êm e pens e r à un syst ème de parra inage dans l ’é cole. Ça p ermettra it à nos é l èves d e m obili s er leurs apprentiss ages S crat c h en tr availlan t pl usieurs com pét e n ces di sc iplinair es et tran sve rsal es. On p ourrait p lanifier ce parraina ge av ec eux. Ça se rait une f a çon intéressant e d’ ai d er les autres class es à s’in iti e r à S crat c h e t aussi à aid er au x dé b oga ge s en cours de pro jets, car de s petits prob l èm es, on e n re n cont re to u jo urs en cours de route   !   ». Me tt re en œuvr e un e solut ion adéquat e ou sollicit er de l ’ ai de pour rés oudre un problèm e t echno logique. Com me l ’expo se A ndréanne, la ré solution de prob lè m es est a u cœ ur d’u n proj e t de programm ation. La ri c hess e d e ce pro c essus repos e e n tre autres sur l a vari é t é des c h emins que l ’o n pe u t e mp runter. D ans Sc rat ch, plusi eurs so l utions sont p oss i b l es po u r créer une act ion, les é l è v e s l’o nt appris, entre a u tres en éc han geant a u suj e t de l eur pro grammat i o n. É g alement, il s o nt déco u v ert que c e rta ines pro grammation s étai e nt plu s e f f i c a ce s q u e d’autr es. L’ex empl e cl as sique consist e en l’utilisation de la b oucl e a fi n d’é vi t er l es rép é tition s   ; l es é l è v e s l’on t vite sais i   ! Placer un bloc d e pos iti o nnem ent au dé p art d e sa pro grammat ion a é g alement été une so l ution pro pos é e par c e rta ins élè ve s à d’a utres pour q u e l e ur l utin revienn e au m ê m e endroit au prochain l an cem e n t du programm e . «   C erta ins é l èves saisissent vite des Chap itre 4 / La progra mma tion in fo rm atique 87 chemins pl u s e f f i ca ces pou r progr amm e r. Ça devi e n t i nt é r essant quand on le s encourag e à f a ire part ager l e u rs id ée s. Et ça fa it de b ea u x lie n s avec l’ efficien ce dans d’autres c on textes, c om me av ec l ’addit ion répét é e e n mat hématiqu e s vers u s la multipli cation [ sic ]   », mention ne Juli e . Mettre e n œuvre u n e so lution adéquate fait éga l em ent r éférence à v al ider que l e code de p rogrammat ion fait bi en ce qui e s t e s comp té. Le s pro pos d’A ndréanne vont dans c e s ens. «   Ce q u i est inté ressant dans u n program m e S cratch , c’ est q u e l’ é l è v e reç o it imm édiat e m e nt u n e r étroact i o n. C’est une b elle for ce ici q u e nous app orte le numériq ue . Q uand il d é m arre l’animation , il v o i t to u t de suit e si to ut est comm e il le so u haite o u s’i l a des ajust e m ents à appo rter. Il le voit si sa s ol u tion e s t adéquate ou pas . Nos élève s o nt trava illé fort pour ar river à pro duire un je u fon c t ion nel . I l y a eu beaucoup de mis es à l’ e ss ai des pro grammes e t autant d’ajust ements .   » Au cœ u r de ce tra v ai l d’ajustements , l’entraide entr e l es é l èves a é té m ention née par toutes les enseignan tes comm e étant e s senti e l le et omn i présent e. «   C’e s t fo u comm e nt le s élèves se sont aidés e n co u rs d e pro j et   [ sic ]   » , exp li q ue Évelyne. Dans toutes les cl asses, dè s les tâch e s d’init iation à Scrat ch, des él è v e s se so nt dé mar q ué s a u regard d’habi le t é à programm er et à so u l ig n er, ce n’éta i ent pas les m êmes que d’hab itude . Rapid em e n t, les ense ig n antes ont deman dé la col lab oration de ce s él èves po u r aider leurs com pagnon s q u i épro uvaient des difficult é s. Ce f u t tr è s val o ri san t po u r eux, en p artic u lier p arc e qu’ils ne son t pas hab i tue l l e m ent dans c ette po sit i o n dans les t âches s colaires. Cette expertis e d es élèves est d evenu e un e a id e p récieus e po ur le s enseignan tes, e n part iculier pour celles qu i en é tai ent à leurs pr emières arm es avec Scratch. «   E n c ou rs de pro j et, i l est arr ivé que je ne connais se pas que lle é tait la répo nse à un prob lè m e re n cont ré p ar un élève. Tout e s les f o is, il y a vait un élève de la cl asse qui arr i va it à trouver la solut i o n. Les élèves m’o nt v raim ent i mpressio nnée   !   » , relate Évelyne. «   Dans un projet c o mme celui - là, le s élèves déve l o p pent beaucoup leurs métho de s de tra v ai l, leur a u to nom ie et leur i n itiati ve . Une enseignante n e peut pas répon dre à tout e s l e s question s d e s é lèves en mêm e t emps. Et il y en a d es qu e s tions en m êm e temps au d éb ut   ! J e le u r disa is, “prends l e t emps de r eg ar der ta pro grammation , les b locs d ispo nibles, etc . Si ça ne fonctionn e pas , tu pe u x e ns u it e demander à un v o i s in s’ i l p eu t t’a id er.” I ls ont ét é t rè s bo ns po ur s’ ai d er   [ sic ]   », ajoute Alexandra. Défis affront és dur ant la réal is at ion d es tâch e s et l eçons a ppr is e s. Bien que c e s difficultés l i é e s à l a résol ution d e probl èmes e n progr amm ation ai ent ét é f inal e m e nt résolues grâce à la c o l labo ration e t à l ’ entraid e, il n’en d e m eure pas moins qu’ e l le s ont cons titu é des défis po u r les e ns eignant e s. I l l eur a f al l u acc epter de n e pas av oir immédiat e m ent tout es les ré p ons e s a ux que s t i o ns d es élèves et parfo is m ême , de n e pas l es avo ir du to u t . C on traire m ent à ce q ui s e pass e h abit u e llem e nt e n classe, elles pr e naient donc par mom e nt s un rô le d’ap prenantes au m ê me tit re que l e u rs élèves. N e pas c o nnaitre e n profon deur ce qui e s t abo rdé n écessite dans u n te l context e le courage de revo ir son rôle hab i tu el, en part ic u l ier, lors qu ’o n d ébut e da ns l ’exploitat i o n d’ un e no u vell e r e ss ource. Un a utre d é f i m entionn é par l es e n seignan tes fait ré f é re n ce au x cibles d’app rentissage et à la s équ e nc e didacti q u e . D’une part, dans u n pro jet d e pro grammation , comme dans tout pro j et, il impo rte de défin ir clair eme n t l ’int e n tion pédagog ique (ou le s i n tenti o ns pédago giques), et ce, t ant pour l e personn el ens eignant que pour les élèves. U n pièg e , en ce sens, s e rait d e fa ire l’exp éri e nc e d’un e tâ che d e pro grammation sans ré f léc h i r à ce qu’el l e vise ou sans re ndr e cela e xp licite pour le s C h a p i t r e 5 La co m pé tence nu mérique dans l’app rentissage Défis p our l’ing énieri e péd agogiq ue Gil bert P AQUE TTE Dime nsions abo rdées Exploit e r l e p otenti el du num é r iqu e p our l ’ appr enti s sa ge   ; dév el o pper et mo bil iser s e s habil e tés techn ologiqu e s Mots- clés Comp é tenc e num érique   ; habi le t és géné riques   ; per f o rmanc e   ; i ngénierie pédagog ique   ; référent iel d e c om pét e n ce, modélisat ion des con naissan c es Nivea ux de f o rmat io n a bordé s Prima i re   ; s econdaire   ; c o llégia l   ; universita ire Résu mé Le p ré sent chapitr e p ropo se une an alyse cri t ique d u Cadre de référence de la c ompétence numérique (ministèr e de l ’ Éducation et de l ’ Ense ignem e nt sup érieur [ ME E S] , 2 019   ; ci -ap rès «   le Ca dre   ») d u po i n t d e vue d e s tra va u x r éce nt s ré a lisés à l’Instit ut de rec h er c h e LICE F d e l’Un iversit é TE L UQ q u ant au x no tions centrales de mo dél i sat ion d es conn ai s sances e t d e c o mpét ence po ur l’ ing énierie péda gogique. La troisièm e d ime n sion d u C adre est analys ée à l’a ide d’un e on tologie de la comp é ten ce récemm e nt publ iée . Le pro ce ss u s de plani f i catio n pédagog ique pro pos é dans le G uide péda gogique e st e ns uite é va l u é en re gard de la méthodo logie développ ée et exp érim e nt ée à l ’In stit ut LIC EF . Sum mar y This chap ter prop oses a c rit ic a l anal y s i s of the Digi t al C ompetency Frame work ( mi nis t ère de l’Éducat i on et de l’Ens eigneme nt supérieu r [ M E ES ], 201 9) from the p e rs pecti ve of recent wo rk at th e LI CEF R esearch In stitut e of U n i v ersité T ELUQ, on the n otions of kno wled ge and c om peten c y model l ing for peda gogical en gineering. The third dimension of the f rame work i s first anal yzed u sin g a r e c e n tly publ i sh e d on tolog y of com pet e nc e. On that basis, th e p rocess of p e dagog ic a l p l an n i n g pro pos e d in th e La comp étence numérique en contexte éducatif 96 Pedagog i cal Guide i s evaluat ed using th e metho dolog y env ironment s develop ed an d tested at th e LIC EF Institut e. e Cad r e pro posé p ar l e minist ère de l’ Éducation e t de l ’ Ensei gnement supér ieur (MEES) s e don ne p our objecti f g é néra l de «   favoriser l e dév e l opp e m e nt de la comp é ten ce n um é ri q u e dan s l’ ensemb le d e la c o mmuna uté é d u c ati ve p our que le s Québé cois e s e t l es Q uéb é cois s oi e nt a utono mes et critiq ues dan s l e ur utilisation du numériq ue   » ( 2019, p. 7). En i nt é grant un tel c adr e d e référen ce dans son p l an d’a ct i o n num é ri q u e , le gouvernem ent recon nait qu’il e st ess entiel qu e l’ école, le coll è g e e t l’ universit é of f r ent aux diff é r ents acte u rs de l ’é ducation, e t au premi e r c he f, a ux person nes en app re n tissage , u n e s ol i de préparat i o n à u ne vi e en société m arq uée e n ce 21 ᵉ si è c l e par l’omn iprésen c e d es obj e ts n u m ériques dans no s vies. Le Cad re se prés ente en dou ze d imension s f ort e m ent r eliées. Parm i cel l es - ci, n ous no u s conc e nt re ro ns dans le pr ésent chap i tr e s ur l’é t ud e de la troisi è m e dim e n sion, Exploiter le pot en tiel du n uméri q ue d ans l’app rentissage. Cette d i m e ns io n s’ av è re c entra le p our le dé v e loppement des comp é t e n ces n umériqu es à tous les ord re s d’ens e i gnement et dans l ’ap prentiss age to ut a u lon g de l a vie. No u s disc ute r on s de c ette q ue stio n principal e m ent e n intera c tion ave c la de uxième d ime n sion, D év elopper et mob iliser ses habi le t és t echnol ogiques , to ut en so ulignant le s a utres d imension s d u Cadre qui c o ntribu e n t fortement à l’app re n tissag e a u sein d es environn ement s num é ri q u es d’ap pr entissage. Le pr é sent chapitr e m e t en avant un e an alys e criti que du n u m érique dans l’app re nt i s sage à part i r de tro i s doc u ment s du m inistèr e : le C adre , le Con t in uum de dév eloppeme nt de la compé t enc e numér i que et le Guide péda gogique . Cet te ana l ys e f a it appel à une on tologie d e l a c om pétence (Pa quett e e t al. , 202 1 ) qui servira à r é int erprét er le Con tinuum so us la form e d’un r éférenti el s tr u ct uré de c o mpét en c e s à déve lopp e r. On examiner a dans un d eu x iè m e t emps le p rocessus de p lanifi c ation pédagog ique pro pos é dans le Gu i de péda gogiq ue en le s i tuant dans l e cadre des m é th odes d’ing é ni erie d es environnem ents num ériqu e s d’app re nt issag e ( Paqu e tte e t al. , 2 022). 1 Ex ploiter le potentiel du nu mérique p o ur l’ap p r entissag e L’accessibi lité d es o utils ind iv i duels ou c o llecti f s s e rvant à l’ap prentiss age à l’ ère d u numériq ue a fait en so rt e que les p e rso nnes ap prenant e s, tout c o mme les pe rson nes enseign antes, c ré e nt l e u r prop re Environneme nt pe rsonnel d’appre ntissa g e ( E PA) ( He nr i, 2014), l e q u e l é vol ue dans le temps , d e f açon transv ersa le aux app re nt issages e t au x format i o ns qu’elles e nt reprenn e n t. C e t e nv ironn e m e nt numé rique le ur sert à o rg an i s er et à r éalis er l e urs apprentiss ages ou leurs tâ ches prof e ss i o nnelle s. Qu e c e s outi ls aient cons titu é un cho i x person nel ou qu ’ ils a ie n t été prop osés par leurs e n s e ignan ts dan s l e cadre d’ u n env i ron nement n umériq ue d’ap pr entissage (o u d’ un scénario de cours) , l e s perso nnes ap prenant e s opèr e n t dans un e écol og ie d’ap pren tissage pe rsonnelle ( W i l li ams et al . , 2011). Celle - ci s e c on c r étis e lorsq u e la person ne apprenan te int ègre de nom breux outils et s ervi c es num é ri ques dan s se s pro cessus d’app re n tissag e . Tous c es proc e s sus, outils, a ctivités e t int era cti o ns m i s en œ u vr e p ar la p e rso nne app re n ante et ses enseig nan ts f orm e nt u n e nv ironn e m e nt n umér i q ue d’app re n tissage, e n part ie L Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 97 perso nnel, e n parti e part agé ave c les person nes e n seignan tes et les a u tres p e rs onn e s app re n antes. L’archit ec t ure p artic i p ative de l ’ap prentiss age (Wh eel er, 20 11   ; D ownes, 2008   ; Paquett e e t Rosca, 2 00 3) a i n f l uenc é f ort e m e nt l es perso nnes r é dac tri ces d u Cad re dans le c h oix des term e s d ésig n ant l es douze di m ensio ns de c e l u i -ci (fig ure 1). Il fau t so u tenir pleinem ent cet accent mis sur les pro cessus d’inno vat i o n et de cré at ion , de comm u ni cation, de co ll abo ration, de pens é e c rit ique, de pro du ct ion de contenu, d e résolut i o n de prob lèmes, e tc. S e lon le s activ ité s d’app rentissage que le num é ri q u e servira à ré a liser, l a m i s e e n œ uvre d u num érique dans l’ap prentiss age mob i l ise r a d’autres dim ensions que la tro i si ème d i m e ns ion du Cadre , princ ipalement : 2. Dével oppement e t m obilisa tion des ha bi le t és technolo giques   ; 4. R echerche d’ informa t i ons   ; 5. Collabo ration   ; 6. Commun i c ation   ; 7 . Produc t i on de con tenu   ; 1 0. Ré s olut i on de pr oblèmes . Les autres d imensions du Cad r e , b i en qu ’imp ortant e s , sont pl us généra les e t mo i n s direct e m e nt liées à l a spécif ici t é du numéri q u e dans l’app re nt i s s age . Fig ur e 1 Les dou ze d i me nsions du C adr e Source : M EES ( 201 9b) La comp étence numérique en contexte éducatif 98 1.1 O rganis at ion d u Cad re La f i g ure 2 r egro u p e l e s tro is éléments qui c o mpos e n t la trois ième d imension du Cadre . Dan s le C ontinuum de déve loppement de la compé tence , c hac un d e c e s é l é ment s se cara ctérise par trois niveaux de progression dans la compéten ce numériq u e (déb u tan t, intermé di a ire , avanc é), c haq ue n iv e au é tan t lui - m ême décrit pa r un v e rb e d’act ion et des c r itè r es précisant cha que niv e a u at teint. Com m e p o u r le s a utre s d imension s, on y présente de s ex e mp le s de th è mes à aborde r. Les «   thème s   » p our la troisi è m e dimension font r éférenc e à d e s o util s num ériq u es ou à d e s contextes d’usag e du numériq ue q ui pourron t être intégr é s dan s les e nviron n e m e nt s numé r iqu e s d’app rentissage p our s o u t e nir l ’a c q u i s i tion des con naissan ces et de s c o mpétences visées dans l e s mat ières tra itées d ans l e s d ivers program m e s d’ étude. A insi le s comp é ten ce s n umériqu es on t -el l es u n caractèr e «   méta   » o u tr ansversal par rapp ort au x comp é ten ce s d iscipl i n ai r es. Ell e s devront ê tre «   s pécialis ée s   » par rappo rt à c haq ue mat i èr e à l’étud e , car on n’ u ti li s e pas un o util b urea u ti que o u un jeu n umér ique de la même f a çon dans l’app rent i s sage d es math é m atiq ue s en dixiè me ann ée que dans un cours de g estion à l ’ universit é. Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 99 Fig ur e 2 La troisième dimen sion du Cadr e Sources : MEE S (201 9a, 20 19b) 1.2 Gén éra lité d e la déf inition de la co mpét ence nu méri que La com pétenc e n um é ri q u e est définie comm e «   un ensemb le d’ap titude s re latives à un e utilisation conf iante, crit i q u e et créativ e du n um é ri que pou r at teindre d es o bj e ctifs li é s à l’ap prentissag e au trava il , a u x lo isirs, à l ’inc lu s ion dans la so ciété o u à la p artic ipation à c e l l e - ci   » (ME ES, 2 019, p. 7). L e Cadre s’adr esse à to u s le s a cteurs de tous les ordr e s d’enseign e m ent , autant aux person nes en ap prentissag e qu’aux memb re s du p ersonn el enseign ant ou pro fession nel. D’ entré e de j e u , cela e n fa i t un proj e t amb i ti eu x, forcément d e grande ampleur, don t on ne c o nte st era pas le s o b j ect i fs gé n éra ux, ainsi que l ’int ent i on d’ou vertur e man i f e s tée à l’é gard d es innovat i on s te c h nologi q u e s dan s l’app re nt i s sage e t l’ense i gn ement. On notera tout efois qu e le Cad re po se un d éfi La comp étence numérique en contexte éducatif 100 impo rtant aux act eurs de l ’ éd u cat ion dan s l’appli c at i o n d e celu i -c i à c haq ue context e part i culier d’apprent i ss age o u d’ense ig n e m ent. En parco urant l e s di m ensio ns du Cadre , on est f rapp é p ar la g é néra li t é d e s sujets traités. Des ob jec t ifs comme form er des personn e s citoy ennes é th i q u es, assu re r un développ e m ent de l a perso nne, dé v elop per l’inno v at ion et la cr é ati vité , o u d évelopper sa cult ure i n form ationn e l le visent certe s d es comp é t enc e s e s sentiel l es, ma is c es ob j ect i fs dépas sent larg e m ent l’usage du n u m é r iqu e et s’ét e n dent à ce que d’autr e s référent i e l s de compét ence qualifi ent de «   com pét e nc es info rmat i o nnelles   » ou d e «   c om pétences d e la citoyenn eté du 21 ᵉ siè c l e   » . On po urrai t s ouha ite r qu’une prochain e version du Cad re ou d ’autre s do c um ents so i ent da vantag e centrés sur la sp écificit é du n umériq ue po ur réduire l a com ple x ité d e so n utilisatio n. Le num é ri q u e est bien sûr u n domain e q u i évol ue tr ès rap i d em e n t, mais il p eu t êtr e anal y sé en f o nction de s e s comp osant e s g é n é r iques qu i , elles, v ari e n t beaucoup pl us l e nt e m ent que les o u ti ls te chnologi ques parti c u l i e rs à l a mode du mo ment. Par e xemp le, le pro c ess us d’analyse de s donn é es à l’aide d’out il s num é ri ques est rel at iv e ment stab le. Il s era to ujours n éce ss aire de m aitriser c e pr oce s sus gé n ériq ue bi e n que les o utils p our c e faire puiss e nt v ar ier dans le temp s e t s elo n leurs usa ge rs : c’ e s t no tamment le c as des tab leurs comme Exce l , des syst èmes de g estion de bas e de don née s, de s l ogi ciels d’anal yse statisti que o u en c ore de s outil s d’ intelli ge n ce artificie l l e . So u l ignons que l e trait ement d es données de m and e des c o mpét ences tr ès différen tes d’ une a ctivit é de pro duction de con te n u s sous form e d e text e, laqu e l le p eut se r éalise r par un l o g i ciel d e trait ement d e t exte c o mme Mi c ros oft Wo rd, un éditeur d e blogu e o u d e wi ki . Auss i , il c o nviendrait d e pré ciser ce qui di st i n gue les d ivers pro c essus à l ’œ uvre dans l’a c q u is ition de s c o mpéten ces num ériques e t quels typ e s d’outils num ériq ue s p ermett ent de l es a cqu é rir. C’e st c e qu’on appe lle modé l i s er un dom ai n e c om me cel ui du n u m é r iqu e . 1.3 Approf ondir la s é mantique des t ermes du C adre Le pro bl è me pr incipal d e la formulat ion ac t uelle du Cadre e s t qu’elle o ff r e u n e descript i on s yntaxiq u e du domaine num érique, consé quen c e de l a dé m arche métho dologiqu e ayant prés idé à son é labo ration. E n effet, le groupe de r e ch erc h e a effect ué u n tra vai l e xh austif dont i l fa u t r ec on naitr e l’ampl eu r et le séri e ux   ; un t rav a il impli q uant la consu ltation de 135 document s r e lat if s au x comp é tenc e s du 21 ᵉ siècle, aux c o mpéten c es i n f orm ationn elles e t a u x c om péten ces num é ri q u e s . D e pl us, c es docum e n ts o nt été c o dés po ur f a ire r essort i r les t ermes de con cordan c e. Ils on t e n sui t e été tra ité s a utomat i q uement par un logici el d’anal y se qual i tat i v e ( MEES, 2019 [le Ca dre ]) . Sur l a base de l’ étude exha ustiv e d e s r éférenti el s effe c t uée dans l e ca dre d u pro j et, u n ensembl e de term e s ont é t é i dent ifiés et regro upés po u r d éte rmin er le s dimension s, l e s é l é m ents et les exempl e s de thèmes à abord er. Il en rés ul t e que les termes so nt simpl e m e nt én u mér és et organ i s és en un e hié rarc h i e di m ension-éléments- niveau-thèm es sugg éré s, illustré e par la fi g ure 2 dan s le cas d e la troisi ème dim e n sion. Il en est d e mêm e d es autr es dimens i o ns. Pour f a cilit e r l a m i s e e n œuvr e de la troisi è me di m ens i on , n ous pro poso ns de pas ser d’ une descr i p tion s y nt axique à u n e modé li sat ion séman tique du doma ine numériq ue . Des term es d u Ca dre comme «   dimens i o n   », «   élém ent   » o u «   e x empl es d e Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 101 thèmes abo rdé s   » ne c o ntribu e n t pas à décrire la sémant ique d u domaine n u m ériqu e . Il en est de mêm e des t e rm es qu’o n re tro u v e d ans l e s d escript ion s. On comp re nd en part i e leur sens e n l e s comp arant aux termes voisins, mais les p erson nes e ns eignant e s et app re n antes auront besoin d’appro f o ndir bi e n dav ant age la stru c tur e des conn ai s sances du doma ine num é r ique po ur mi eux l’ e xp loiter dans l e s a ctivit és d’app rentissage. 1.4 M od éliser les co nn ai ssance s nu mériqu es La de uxième d imension, D év elopper e t mob iliser ses habile t és tec hnolog i ques , mention né e comm e «   trans ve rsa le   » dans l e Cadre , p eu t f ai re o ffice de lian t av e c les on ze autr es dimension s, m ais ell e devr ai t ê tr e da vantage exp licit é e po u r fav oriser la m ise en œ uvre du num ériq u e dans l’apprent i s sage. Nous pro pos ons de mo déliser so u s f orm e de pro c essus l es p rincipa le s habi le t és en technolo gie (pro du i re du cont e n u, r ec h erch er des do cu m ents , comm uniqu er e t col laborer, e t c.) en les metta nt e n rel ation avec les types d’o util s prop osés dans le s en vi ron nements n umér i q ues d’ apprent i ss age . L’univers d u numér ique c on stitu e u n dom aine d e conn ai ss ance e n so i don t il fa u t ide n tifier les con naissan ces, le s proc e s sus et l es p rincip es p our m i e u x défini r le s comp é ten ce s pro pos é es p ar le Cadre . L e domain e d u numé rique peut être mo d é l i sé en interr e lian t le s proc e ss u s et leurs acti vi t és av ec les c o ncepts à l’œuvr e dans les o uti l s ou l es ser v i ce s num ériq ue s q u i y son t utilis és. B i e n qu e l e Cadre et le Con ti nu um présentent un c e rtain inv e n taire de c e s out ils, leur mis e e n rel at ion fourn ira une séman tique pl u s riche au-d e là d e celle q u e pe ut f o urnir un e si mple é n umérat ion des «   thèmes à abo rd e r   ». La figure 3 m ontre u n e toute pet ite partie d e cet un ivers numérique com m e pro pos é il y a u ne diza i n e d’an nées par le s F inlandais Saadat man d et K umpu l ain en (2012). Les «   th è m e s   » pro posés p ar le m inist è r e s ont be a uco up plus étend us que s ur la f i gu r e 3 , m a i s l’id ée e ssent ielle à ret enir i c i e st l ’ id e n tific at ion de s pro c ess us et l e u r mise en relat ion ave c d e s o util s num é ri q u e s q ui peuv e nt ê tre i n tégr és dan s un environnem ent d’ap prentissage. Q uatre de ces proc e ss u s s ont i de nt i f iés s ur l a figure. On y r e conn ait certain es d e s dim e ns ions du Cadre . La comp étence numérique en contexte éducatif 102 Fig ur e 3 Un inventa ire somma ire de l ’univer s numér iqu e Source : Saada tmand et Ku mpul ainen (20 12) Él ab orer un mo dèl e de l ’ens e mb l e du domaine n u m é r ique est u n travail cons i dérab le , ma is nécessa ire . P o u r mo dél i ser u n dom ai n e, il f aut é tab lir les typ e s d’ob je ts qu’on y retro uv e , les organ i s er en typo l o gi e s , établ i r des r el at ion s entre le s types d’objets a insi qu’entr e les con cepts du doma ine et, enf i n , ident i f ier l e s pro c ess us et les pr i n c ip es qui le s utilisent. Ainsi, on o bti e n t progr essivem ent une r epré s ent ation structuré e par u n rés eau d e li e ns auto ur de c haq ue t erme, ce qu i en pr écise la significat ion à l’a ide d’ un rése au d’ass oci at ion s, comme dans la fi g ure 4 po rtant s ur le pro c essus «   Produ i re d u cont e n u .   » No u s prenon s comm e exempl e Prod ui re du con t enu avec le numé r ique (septi è m e dimension ), c ar c’e s t u n pro cessus très i mp ortan t pour ap prendre à l’a i de d u numériq ue . C e pro cessus gén é ri q u e p eut ê tr e spé cialisé d e di verses façon s selon que l’on pro dui t d u conten u ave c un t raitem ent de text e, un out il d e blog ue o u un é d iteu r de w iki, entr e au tr es pos sibil it és. L’ut ilisation d’u n é diteur de wi k i com m e Med iaWiki po u r p roduire u n article de W i kip édia implique la mise en œuvre de so u s -proc essus comm e «   Uti l is er le l an gag e d’ é dit ion M ed iaWiki   » et «   Reche rc h e r des sources de référenc e créd ibles s ur l e Web   », ainsi que l ’ap plicat ion d e prin cipes comm e les règl e s d’éthiqu e d e Wikipé di a. Le mod èle e n l an gage MOT 1 de la figure 4 d é c ri t u n e p etite partie de l’ u ni vers numériq ue . Le point fo cal du rés e a u d’assoc iations est le pr oce ss u s «   Produ ire du contenu   » , e n parti c u l i e r «   Produ ire un arti cle de l’e n cyclopé die en li gn e Wikipéd i a   » . Ce proc essus est subdi v is é en quatre c o mpo santes (liens C) q ui s e s uccèdent (liens P). Il est l u i-m ême pr écédé g lob alement de de u x proc e s sus, «   Re c h e r cher   » et «   C o l labo re r   » , q ui lui fourn issent un «   do ssier de r echer che   » av ec l e q u el il p rod u it un docum e n t qui s ervira d’ intran t au pro cessus c om muniq ué . Le mo dè l e p ré s ente une typolo gie d’o utils de p rod uc t ion d u con tenu do nt un éditeur d e wiki ave c lequel s e ra 1 «   Mod élisation par objet s typés   » ( Wikipédia , 202 2) Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 103 réalisé e l’int égration d es éléments d e cont e nu. Cette opé ration d’intégrat i o n sera régi e par les r è g le s d’éth ique d e Wikipé di a. Deux o util s parti culier s ( Mi c ros oft Word et MediaW i k i ) sont i de n tifiés, ma is d’a u tr es po u rra ient b ien s ûr êtr e a jout é s po ur comp l ét er d avantag e le modè le. Fig ur e 4 Modèl e de connai ss a nc es d’une part ie d u doma i ne n u mé rique 2 Ce modè le d’u n e tout e p eti t e parti e du dom ai n e numéri que vi s e à so u ten ir l a conception et la r é al isation d e scénarios génér ique s d’app re n t i ss age où i l s’a git de cons trui r e un art icle de Wik ipédia sur un sujet do nné. Dans un cours de p re m ier cycle en s c i e n ce po l iti que, ce tt e act ivité po rterait par exemp le su r la descr i p tion d e s régim es po l itiqu es dans le mon de . D ans un c ours d e g éograph ie au sec ondaire, le m ême t ype d’acti v it é portera it par exempl e s u r la comp arai s on des pays d u mon de selon d ivers cri t ères. On i n t è gr e rait ainsi à l a troisi ème dim e n sion du Cad r e de s cas part iculiers d’autres dim ension s de la comp é t ence n u m é r iqu e , soit 2 . Dé veloppe r et m obilise r ses habi le t és technol ogiques , e t 7. Prod uire d u co nt enu avec l e numé rique , o ù de s o uti ls n u mér iques de rech erch e d’informat ion , d e col l ab oration et d e commun icat i o n serai ent éga le m ent utilisés. E n exerçant c es proc e ss u s , l e s aspects c orresp onda nt s de la com pét e nc e numériq ue pourra ie nt êtr e dévelop pés. 2 Ce modèl e graphi qu e en lang age de modél isation par objets typés (MOT) regro upe a utour d e l a c onn aissance princ ipale, «   Prod uire du con tenu   », qua t re typ es d e co nnaissances du dom ain e numériq ue : p rocédure ou processus (ov a l es), concept s ou types d’objets (rectangles) , pri ncipes ( hexagones) et objets (rectangl e poin tillé) . Les é léments de connaissance sont re liés par six types de lien s : co mposit ion (C), sp éciali sa t ion (S) , i nstanciati on (I), régul a t ion (R) , précéde nce (P) et int ra nt /prod ui t ( I/P). La comp étence numérique en contexte éducatif 110 «   c om pétences   » s’adress e aux c on naissan ces et aux c om péten c e s de la mat ière à l’étud e et non à l a c o mpét e n ce n umér ique. Sur a utre p l an , la séparation de l a c om péten c e num érique en do uze dimens i o ns fa it en sort e q u ’il y a pl u si eu rs prob lèmes de cohé re n ce ent re les dimens i o ns du Cad r e , no tamment e n tre le deuxièm e élément de la trois iè m e di mens i o n, «   outils e t ressourc e s   », et les huit élém e n ts d e l a d euxi ème d imension , D év elopper et mob iliser ses habi le t és tec hnologique s . Bie n que ce l a d é p asse ampl e m e nt le cadre d u prés ent c h apit re , nous trou vons impo rtant q u e soit dév e lop pée l’idé e de prop oser un référ entiel str uc t uré d e l a comp é ten ce n umér ique pour l’apprent i ss age. Ce réfé re nt iel intègr e ra it pl u si eu rs éléments des au tr es d imensions qui lui sont le pl u s li ée s. E n plus de l a d e ux iè m e dimension , il s’ agi t d es ci n qu i èm e, s eptièm e et dix i èm e di m ens i o n s, ave c l e urs «   th è mes à trait e r   » q u i s ervirai e n t à const ruire le do maine d e connais sance d u n umériq ue. Dan s ce référenti e l, les ve rb es «   p orter attention   », «   m émoris er   » et «   sp é cifier   », avec un n iveau de p e rform ance p eu exigeant, conv iendrai e n t b ien au niv eau débutan t, acc o mpagn és d e s nuan ce s app orté e s par l es c rit è r es de p erform ance décrits a u tab l eau 3 . Q uant à e l l es, les h abi letés g é nér ique s d é crit es a u tab leau 2, «   spécifie r   » av ec un niv e a u de p erf o rman ce e x igeant , «   t ransp oser   » e t «   ap plique r   » , s e rai e n t util isées po u r d é c ri r e l e s c o mpéten c es du nivea u i n te rm édia i r e. Les habil e tés génér iques «   analy ser   » , «   répar er   » et «   synt hétise r   » c ara ctériser aient le niv eau avan cé 6 , alors que le s hab i l e tés «   évaluer   » et «   autog é r er   » serai ent ré s erv ées au n iveau e xp e rt. 3 L’ingénierie des en vironnements numé ri q ues d’ a pprent i s sage et la compétence numérique Le Gu i de péda go g i que , tro is i èm e doc u m e nt du Cad re , a po u r objec tif «   d’aid er l’e n s e m ble des a c te urs d e s m i l ieux d e l’é d u c ation e t de l ’ens e ign e m e nt s upéri e ur à effectu er d es planificat ions pédagog ique s ou à réalis er des pro jets éducat i fs ax é s s ur le développ e m ent de l a com péten c e n umér i q ue   » (M E E S, 2019 [ le Guide du Cadre ] , p. 7). Ce g u id e pro pos e une démar c h e som maire po u r facilite r l a c on c eption d’a c ti vi tés d’app rentissage inté grant un e o u plusi e urs des dim ensions du Cadre . Il pro pos e quelques é tap e s d e conc e pt i o n : • an al yse r le s besoin s des p ersonn es ap prenantes   ; • identi f i e r le s dim e ns i o ns, l es é l é m e nt s et le n iveau de d é v elop pement ci b lés dan s le Ca dre   ; • identi f i e r le thème d e l ’a cti vi t é, les r e ss ources et le ma tériel, le déroulem ent, l’ é v aluation et la rétroact ion aux pe rs onn e s app renan tes. En cons u ltan t ce do cum e n t, o n con state qu’i l of f re p eu d’a i d e à la p lanifi cation des activités péda gogiq ue s uti li san t le n u m ér i q ue , bi en qu ’ il souligne l es élé m ent s à p rendr e 6 Dans no tre taxon om i e des habilet és g énériques (Paquett e, 2 002), nous a von s d éploy é le s habil etés géné riques sur pl usieurs niveaux. Par exe mple , «   an alyser   » se dé clin e en «   déd ui re   »   ; «   classif ier   », «   préd ire   » et «   di agnostiquer   » sont d es habi letés d’an alyse plus spécif iques   ; «   synthét iser   » se spéciali se e n «   ind uire   », «   planif ier   », «   modél iser   » et «   construire   ». Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 111 en c om pte dans le Cadre p our pr éparer l’acqu i sition d’élém en ts de l a c o mpéten c e numériq ue . L’ob je t de cette s ec t ion est de prop oser d e s adaptat i on s à un e m étho de d’ ing énie r ie des env ironn e ment s num é ri que s d’app rentissag e po ur y i n té g rer le développ eme n t de la comp é ten ce num ériq u e dan s la con ception d es acti vi t és d’ap prentiss age . 3. 1 Le s environ nemen ts nu mériqu es d’ap prenti ss ag e La th é ori e généra le des systèm e s (L e m oigne, 1995   ; S imon, 1981) e t les pro grès des scienc e s co gnitives ont fortem ent marqué l’ é labo ration d e s métho de s d’ing énier i e pédagog ique 7 et les produits qui en résu l tent . De te lles mé t h odes cons tituent un système de conc eption av ec ses pro cessus, s es phas e s et ses a ctivit é s , cha cun av e c ses intran ts e t s e s pro duits. Le prod uit fi n al rés ultant de son ut i lisat ion pe u t être u n pro gramme de fo rmation s, u n cours, u ne a cti v it é d’ap prenti ssage ou du m at é ri e l éducatif numéri que, c hac un c on ceptua li s é e n tan t q u e systèm e dans l e q uel s e dé ro ule l’app re nt i s sage . En an gla is, c e pro duit a d’abord ét é nomm é instruc t i onal system o u educational system («   sy s tème é du c at if   ») , p u is learn i ng s ystem («   système d’ap prentissag e   ») (Silvern, 1964   ; Kau fman, 1 972   ; Romiszo wski, 1992   ; K idd et Morris, 2 017). No u s av o ns adop té cett e p e rsp ectiv e syst é m ique pour défin ir les term es syst ème d’app rentissage, e nv ironn e ment d’apprent iss age e t enviro n nement numé rique d’app rentissage (ENA ). Dan s l a m étho de MISA, nous avons d’ab ord défin i le c o ncept d e systèm e d’app rentissage ( SA) regroupan t trois c o mpo santes princ ipales : i) l e d e v is du SA, qui regro u p e l e mo dèle d es c on naissan c es e t le s c om pét e n ces v i s ées, l e modè le pédagog ique , l e mod èle de s mat é r iels et le s process u s d e di f f u s i on   ; i i) l e s mat ériel s d’app rentissage, do c um ents o u resso u r ces ré a lis é s à p artir de c es dev i s   ; iii) les environnem ents d’ap prentissag e, qui so u t iennent les p e rso nnes appr enan tes et l e s autres a cteurs au mo ye n de res sources, d’outi ls, d e moy e n s de c o mm unic at ion , de servic e s e t d e lie u x d e diffusio n (Paq uette, 2002b). Dan s la de s cription de M ISA et de l a m étho de d’ ingénier ie d e s e n vironn e m e nt s numériq ue s d’ap pr entissage (M IENA), n ous so u l ig n ons l’i m p ortan c e qu’ un s ystèm e ou un e nviron nem e n t d’app re nt i s sag e conti enne son propre d evis, un pe u comm e si le s plans et la documentat i o n de l’arch itecture d’un e ma i s on fai saient part ie int égrante de celle- c i. Ce tt e i dé e est inspir ée d’ u n e t endanc e lourde e n ing énierie lo gicielle s elon laquell e l a docum entat i o n tec h niqu e d’un log iciel e t m ême l e modèle d e c e lui - ci do i v e n t en fai r e partie intégr ante. Cett e app roche est d’a u tan t pl u s n é c e ss aire pour le s E NA op é ran t sur l e W eb p u is que, san s la de s cription du d evis, l ’ ENA ne pourra f on c tio nner effica c em ent dès lors qu’il met e n jeu p l us ieurs a c t eurs : p e rso nnes app re nan tes, perso nnes formatri ces, spé ci a list e s de c on tenu, gestion nair e s, perso nnel de sout ie n techni q u e . En eff e t, t out e s ces pe rson nes doivent ê tr e in form é es d e le u rs rô les respe c tifs au s ei n des div e rs proc e ss u s . P a r ailleu rs, les techn ologie s e t les médias 7 Certain es personnes autrice s util isent ég a l ement les te rm es «   de sign péd a go gique   », «   con cepti on péd a g ogique   » ou «   planif icatio n pédagogi qu e   » d a ns un sens proche d e celui «   d’in génieri e pédagog ique   ». Nous uti lisons ce d ernie r terme, car la ré a l isation d ’un E NA ré sulte d’une cert ai ne forme d’ingé nieri e log icielle . La comp étence numérique en contexte éducatif 112 év o luant c on stam ment, l a con sul tat i o n du d e v is p ermettra plus f ac i l e m e nt d e modi f i er celui-ci o u de fair e varier c e rtain es d e ses comp osan tes sans tou t recons trui r e. Le c on cept v o i s i n de «   dispo sitif d’apprentiss age   » a é té large ment u tilisé dans l a francoph onie e u ro péenn e de p uis les anné es 19 70 d e pr éfér e nc e à c e l u i de «   syst è m e   » (Peraya, 1999   ; Bo urdet e t L eroux, 2009). Tout e fois, le term e «   env ironn e ment d’app rentissage   » ( learn ing design ) s’ i m pose davanta ge m a i nt e n an t de pr éfér e nc e à celui de s y st è me ou de di sp ositi f d’ apprentiss age. D es a uteurs comm e Jonass e n (199 4) e t Wilson (1 996) s embl ent a ussi as socier étroit ement l’exp re s sio n «   envi ro nnem ent d’app rentissage   » a u para digm e cons tructiviste ou so c iocons tructi vi st e de l’app re nt i s sage , parad igme d’a illeurs pro c h e de c elui qu i anime l e Cad r e . Dan s la francopho nie europé e n ne, l e term e «   enviro nnement i n f o rmatiqu e pour l’app re nt i s sage humain   » ( E IA H) s’ e st a ussi largem ent imp os é dep u is la fin des ann é es 19 90 (Grandb astien et Lab at, 2 0 06) comm e synon y me de celui d’environn e m ent num ér i q u e d’ap prentiss age. Depuis plus ieurs ann ées et dans notre o uvrage l e p lus r écent 8 , n ous avon s consacr é no s re cher c hes à l’élaborat i o n d’un e m é th ode MI ENA, où nous défin isso ns le term e d’ENA comme s u it : Un e n vironn e m ent d’apprent i s sage q u i f ait appel aux t ec hn olog i es numériq ue s (ou t ec h nologi e s d e l ’in form ation) mis es en œu vre dans l a majorité des c o mpo santes utilisées par le s perso nnes e n ap pren tissage, c e s technologi es s ervan t à app uyer e t à e n richir d e s aspects si gn i ficati fs d e l’app re nt i s sage comp te t e n u d es ob je c ti fs et du cont e xt e d’ap p re n tissage. (Paquett e e t al. , 2 0 2 2) C’est dan s ce cadre que nous prop oso ns d’intégr e r l ’ai de m éthodo logique aux perso nnes app re nan tes e t ense i gnan tes c on cerné e s par l e dé v e lop pem e n t de la comp é ten ce num érique dans l’ap pr e nt i s sage. 3.2 Le s méthod es d’i ngénieri e des enviro nneme nts nu mériqu es d’ apprentissag e Une métho de d’in génieri e des envi ronn e ment s n umér ique s d’ap prent i ss age a pour b ut de dé fi ni r le s comp osan te s de l’E NA . D e plus, la m étho de pro pos e à ses usag e rs un ensembl e organ isé de pro cessus et de tâ ches d e conc e p tion pour réal i s e r l’ e ns e m ble des c om po san tes de l’ENA. Elle met e n œ uvr e d e s p rincip es d’ opération à app liquer insp i rés des th é ori es d e des ign p édagog ique (R e ige lu th e t Car r -C h e l l m an, 2009) qui so u tiennent les proc essus d’analyse, de plan i f ic at ion, d e sc é n ari sation p é da gogi q u e , d e médiat i s atio n, d’imp lantation e t d’ é va lu at ion compris dan s la conc e pt ion o u l’ing é nie rie d’ un E NA . No tre app roch e m é th odolog ique s uppo se qu e l e dev i s gé n éral de l’ ENA com porte qu at re c om pos antes sp écifiq ues dévelop pée s a u co urs de s d ivers proce s s u s de conception, décri v an t chac u n e u n e dim ension i mp ortan te d’un ENA . Le devis péda g og i que d e l ’ENA d écrit l a structur e d e la f o rmation s ubdivisé e e n u nit és d’app rentissage, c h acune déf i n ie par un ou plusi e urs s cé n arios d é criv ant les a c tiv i tés 8 Appren dre et e nseig ner sur le web : q uelle ingénie rie pédagogi que   ? (P aq uet te et al. , 2022) Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 113 d’app rentissage et de so utien de la part de p e rso nnes f a cilitatr ices, l es resso urces et les outils n u m ériqu e s utilis é s dans c e s a ctivit é s, ai ns i q u e les produ c tion s à réa l is er par le s perso nnes e n app re n tissag e e t le s person nes fa cilitatric es. Le devis des c onnaissanc es et des com pétences d éfinit l es conn ai s sanc e s q u i fon t l’ob je t des app re n tissages et les c om pét e n ces qu e les pe rs onn e s apprenan tes de vron t ê t re capabl es d’exerc e r r e lat ivement à ces c on naissan c es. Ce devis c on siste général ement en u n mo dè l e graphi que s ubdivis é en so u s-modèl e s q u i sero nt asso c iés aux unit é s d’app rentissage d e l ’ENA et a u x ress ourc e s e t au x ins trum e n ts utili s és d an s les activit é s d’app rentissage. Le dev is des m atér iels o u dev i s mé diat i que con c r étise le devis p é da go giqu e e n pré cisan t la comp osition des m at é ri e ls pédago giques uti l is és dan s l’ENA : site Web, s imulat ions et jeux, m ultim é d ias, q u e st ionnair es, et c. Ce d evis décrit la struct ure d e c h aqu e m at é ri e l par un mod èle graph ique o u un scénar io-ma quette ( storyb oard ) déta illé. Le dev i s de di ff usion ou devis logistique d éfinit les rô les des pers onn e s au mo m ent de l a diffus i o n de l ’ ENA , lors qu’ e l le s l’util i sent po ur app re n dre ou po ur fourn ir d es ressourc e s o u des s ervices d’assist an c e aux personn es ap prenan tes. C e de vis d écrit les ressourc e s p ri n cipa le s qui d ev ro nt êtr e o ffertes d ans l ’env iron nement de c h acun d es rôles : matér iels, o util s, mo yens d e c o mmuni c atio n, s e rv ices et m i lie ux d e di f f u sio n. Il permet d e p l an ifier la mis e en p l ac e d es i nf rastru c t u r es te c h nologi ques et organ i s at i o nnelles de l’ ENA. Bie n q u e tout es ces dimens i o ns d’un E N A aient un rôl e à j o uer dan s le développ e m ent des compéten ce s n umériq u es d ans l’app re nt iss age , l ’as pect le pl us déterm i nan t e s t certain ement le lie n entr e l e s connais sanc e s et l e s compétenc e s vi s ées par l’ E NA e t le choix des a c ti vité s d’app re n t i ss age , d e s o utils e t de s re s sou rces à intégr e r dan s les s cé nar ios pé dagog ique s, au cœur d u d evis p é d agogi que de l’ E N A. 3.3 L e s co mpét enc es visée s et le type de s cé nario et d’ activité d’ apprentissag e Le choix des outi l s num é ri que s dé p end d’abo rd d e s straté gie s pédagog iques e t des activités d’apprentiss age qu i s eront réa l is ée s dans l’ ENA, lesq uelles s e ro nt c h ois ie s e n fonction d e s c o mpét ences vis ée s, autant en ce qui c on c e rne la matière à l’ét ude que l e s éléments d u dom ai n e du n umériqu e. Comm e pr écisé à la se cti o n pr écédent e , les c om pét e n ces visé es s ont dé fin i es par des hab iletés g énériqu es (port e r att e n tion, mémo riser, spé c i f i e r, trans pos e r, app liqu e r, analyser, r é parer, s y nt hét i ser, é valuer, auto gérer) appli quée s aux conn aissanc e s discip linai re s ou à c ell e s du n umérique traité es dans l’ENA. Ce s hab iletés génér iques déterm i nent l e c ho ix des st ratégi e s et d e s tac t iques pé dagogiq u es, et en défin i ti ve , le choix des t ec hn olog i es et des outils num é ri que s . Au cours d’u n e format i o n e n médecin e, par e xemp le, les obj ectifs «   i denti f i e r u n e l ist e de te s ts m é di c a ux à part ir de sympt ômes   » et «   app l i quer u n pro c ess us de tra ite m ent m é di ca l   » r equièrent d e s strat é gi e s p édagog iques f o rt différent e s. Le t y p e d e strat égie e t de s cénario pédago gique doit être mis en relation ave c le niveau de comp é ten ce visé dans une u n ité d’apprent i s sage. Bi e n q u’ une st ratégie ou un sc énario de pr és ent a tion, suppo sant uniquem ent l ’é cout e d e pr ése n tations , la cons u ltation d’informat i o ns s ur le Web o u gén érées par un outi l d’IA puissent La comp étence numérique en contexte éducatif 114 mo bil iser d e s compét ences de r e p é rag e et d e stocka ge d’ informa tion , une t e l le st ratégi e ne favoris e pas l’ exe r cice d e tous les ty p es d e c o mpét ences. Av e c un scénari o d’e xerc i c es - tutorat , on vi se davantag e le déve lopp e ment de s c om péte n ces d’utilisation de s o u tils numériq ue s, en réa li san t des e x er c i c es propo sés par un g u i de o u un t u t oriel 9 . Pour développ er d e s c om péten c es plu s e xi geant e s d’an alys e , de ré parat ion , de synth è s e , d’ é va luation ou d’auto gestion , i l faut f a ire appe l à d’a ut re s typ e s d e strat égies ou d e sc é n ari o s pédago giques. Les sc énarios par é t ude de c as et an alogie favoris ent l’usag e de c om péten c es d’anal y se e t de trans pos i tio n, mais no n de synthèse. A lors que le raison nement par c as s e c on centre su r le trans fert lat é ral d’ un c as à un autr e, le s comp é ten ce s d’anal y s e et d e trans pos i tion do i v ent m ettre e n œ u vr e un e d émarch e inductive à part ir de cas part iculiers. L es sc énarios par découv erte g uidée , quant à eux, favoris e nt la g énéralisat ion e t l’abstraction qui cara c tér ise n t l e s compét ences de synth è s e . Ce s proc essus peuvent être guid é s p ar la personn e formatri ce qui fixe l’ob j e c tif de la démar che, f o urnit des exe mp les, des cont re x em ples e t des ind i ces de so l ution. P l u s l e g ui da ge est fai t d e p rè s, m oins la pers onn e ap p re nan te a de chan ces de fai r e s es p ropres évaluation s et d’ au to c on trôler sa dé mar che, et a insi de d évelopp e r des comp é t enc e s c orr espo ndant e s. En fin, l e s scéna rio s de t y pe const ruction/ass istance méthodolog ique perm ettron t da v an tage d’att eindr e ces n iveaux où l a personn e app re n ante a utogè re sa démarch e, évalue s es progr ès et mo dif i e au b esoin s es pro c essus de trava i l et d’apprent i s sa ge . Ap rè s q u e l a stratég ie et le t ype d e sc é n ari o d’ap prentissag e aien t é té i d entifi és e n fonction des c om péten c es v is ée s, i l r e st e à d é f inir l’ag encement d e s typ es d’ac t ivit é e t de r essources qui s e ron t u t ilisés ou prod uits par les acte u rs d u scénario, ce q u i m ettra en œuvr e d i v ers t ypes de comp étences n umériq ues. Par exemp le , le s ac t iv i tés d e pro du ction et d’ex écut i o n, e x clu e s d es s cénarios d e prés e n tation, so nt nécessair ement présentes dan s l e s types p lus av anc é s de s cénar ios. L es a ctivités de c ol laboratio n, quant à e l l e s , app arai s sent s urtout dans l es trois de rn iers types de s c énar io d u parag raph e précéd e n t. Enfin, les acti vi t és d e méta cognition cara c tér ise n t s u rto ut l es scénarios d e type cons truc t ion dan s lesque l s la p e rs onn e do it r éfléchir à sa prop re d é ma rch e d’app rentissage et d e m aitrise d es com péten c es num é ri q u e s. 3. 4 L’in tégratio n d e la co mpé tence numériqu e dan s l’in génierie de s environ nemen ts nu mériqu es d’ap prentissage Les é tap e s pro pos é es dans l e Guide pédag ogique du Cadre a p rè s l’ étape d’an aly s e pro pos e nt d’ab ord de c h ois ir que l s éléments du Cadre int égre r avant d’é l ab orer les activités e t, e n suite, de cho i s i r les scénarios d’ap pr entissage né cessair es. On s e mb le se limiter dans le G u ide à c o nsidérer uniqu e ment le cas d’une f o rm ation spé c i fique au numériq ue dé conne ctée d u contexte des ap prentissag es di sc iplinair es o ù la comp é ten ce n umériq ue d e vra s’ exe r cer. Sans excl u r e une format i o n spéc i fique a u numériq ue qui peut êtr e néc e ss aire lorsq u ’un nouv el outil num ér i q ue est pro pos é, no u s croyons pl utôt que la com pét e n ce n u mér ique s e d é v e lop pera princ ipalement p ar l’entrem ise des ap prentiss ages d es autr es mat ière s dan s la m e s ur e o ù elle les so utiendra plei n ement sans créer un «   brui t n umériq ue   » qui nuirai t aux app rent i ss age s disciplinai re s . 9 Les prin cipes que nous énonçons ic i sont eurist iques : «   tel type de scénario a pl u s d e chances de f avori ser l’acquisit ion de te l ou tel ty pe de compéte nce   ». Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 115 Dan s ce tt e o pti q u e , on doit i n vers er l a p lupart du temp s l a d é march e pro pos é e dans le Guide péda gogique . Tout d’abord, on examin era le devis de l’ ENA pour id e nt ifier le s comp étenc e s faisan t l’ob je t d e s apprent i s sages discipl inaires, et ensu ite les activités d’app rentissage et les out i ls numéri ques q ui p euvent êtr e in tégrés à l’ ENA po u r favoris e r ce s app rentissages. Dan s un deux i èm e t e mp s, on i d entifiera po u r chaque comp osan te num é ri que d e l’ENA quels aspe cts de la c om péten c e num é r ique s e ron t traités. Dan s le context e r éel dont font l’ e xp érien c e l e s p ersonn e s ens eignan tes d e to u s les ordres, cel l e s- ci doi v ent c on cilie r le s obj e ctifs de d é v elop pement de l a com péte n ce numériq ue a v ec les o bje cti fs prop re s à la m atièr e qu’ elle s on t à p ré p are r. Les matér iels et les o utils n umériqu es pr évus dans l e devis m édiat i q ue de l ’EN A c o nstitu ent la part ie «   arte fact   » d’un ENA , c e l l e av ec laqu elle les divers act eurs i n te r agiront a u m oment d e sa di ffusion. Une c om péten c e n u m é r ique ma l maitris é e p e ut n ui r e à l’a cqui s ition des comp é ten ce s discipl i n ai r es. Le temps de form ation n’étant pa s e xt e ns ible à l ’ infin i, lorsque l ’usag e d’ u n outil num érique d e man dera trop de f orm atio n, il f a udra sans dout e rempla ce r celu i -ci par un out i l moins e x igeant , quitt e à modi f i er l a desc ription d e s activités d’ap pr entissage. Ce chan ge m ent a u ra un imp act sur le ch oix d es com posan tes de la comp é t ence n umériqu e à c on sid é r er. Le con cept d’ENA adm e t plus ieurs typ e s d’ u ti li s ation d es o u tils et mat ériels numériq ue s : classe en pr é sen ce, c lass e inv e rsé e, c o u rs à d i st ance , s ite Web d’app rentissage, comm unauté d e prati que, e t c. Dans la plupart d e s ENA, l e s ressourc e s numé riques s e ro nt int égr é es dan s un s ite W eb multi média don nant acc ès à un ré s ea u d’a ctivités d’ap prentissag e e t a ux r essources et o u tils n u mér iqu e s qui so u tiennent ces a ctivit é s . E n f orm ation à dist ance , l’expér ience n ous a mon tré qu’il fallait pr é voir un modu l e d’introduction avant d’ entrep rendre l es a c ti vités d’app rentissage d i sc iplina i r e. Dans ce modu le , la person ne ap prenan te se fami li ar ise avec la t e chn olog i e hyperm édia et l e s div e rs es r esso u rc e s num é ri q u e s u til i sé es dans l’ENA. L e Cad re et le Cont inu um y s eront utiles po u r a c c roitre la c om péte n ce numériq ue des person nes appr enan te s . Ce disp ositif év it era à c e lles -c i de v i vre un conflit e nt re l’app rent i ss age d e l a mati ère du c o urs e t l’app re n tiss age d u n umé r iqu e . Par la s uite, l a c om pét e n ce num é ri q u e s e dév e lop pera m i eux à travers les activit és d’app rentissage d e l’ENA. Les é tab liss e m ents devra i ent auss i prévoir d e s f o rmations sp éci f i ques à certa ins outils num ériques. Po u r c e qui est de s out il s pouvant êtr e ut i l isés dans p lu s d’un ENA, on les o f fr i ra dans un centre v i rtu el de r e ss ources o u u n e média thèque, l es p ri n cipaux outils é tan t accom pagnés de leur modu le de f o rmati on. Aussi, un outi l d’autoév aluation d e s c o mpét ences n u mér iqu e s s era offert. D e c e tte fa çon, i l d e v ie ndra po ssible d e conf ier à l a p erson ne utilisatr ice e l l e -m ê m e l a c on stru c tio n de son environnem ent perso n nel d’app re nt i s sage (EPA) en u t ilisan t de s r essources numériq ue s de mi eux en mi eux ma itrisées. Par a illeurs, c om me propo sé dans le G u ide péda go gi q ue , le Continuum pourra i t ê tr e utilisé par les perso nnes form atric e s pour c on struire d es grilles d’a uto évaluation cri t érié e . Celles-ci pourra ient a l o rs être utilis ée s p ar l es p erso nnes ap prenant es p our qu ’ elles évaluent e l les -mêmes leur nivea u d e dévelop pem e n t de c h ac une des dimension s de la comp é ten ce numé rique. Des o utils gén ériques d’autoév a l u atio n de s comp é ten ce s (B asq u e et R uelland, 2 0 06 ) c om me pro pos é à la s ec t ion 2. 2 pe uvent ê tr e sp é cialis és en utili san t le s compéten ce s num ériq u es du r é f é r en tie l q u e nous av o ns pro pos é de dévelop per à partir du Ca dre et du Contin uum. La comp étence numérique en contexte éducatif 116 Conclusion No u s av o ns exam iné le Cad re dans la p erspe c tiv e de s on inté grat ion dans la p ratique enseign ante. La c o nceptio n d e tous l e s typ es de form ations s’avè r e une ac t iv i té de résolut i o n de p roblèm e s que l’on p e ut qual i f i e r de complex e ( Jo nassen, 2 00 8). Aussi ce tt e c o mplex i té s’ accroit -elle lorsq u ’i l s’a git de f o rmation s à di st ance ou en l i gne po u vant prendr e l a f o rme d’ENA d e div ers ty p e s. La person ne conc e pt ri c e doit al o rs prendre en c om pte d e n omb reuses var iables d e nat ures di verse s. Pour q ue le Cadre p uiss e i n fluenc e r positiv e m ent l’app rent i s sage et l’e n s e ign ement à l’aide du n u m érique, il fa udra p u b lie r da vantage d’e x empl es de so n int égration à la prat i que dans les divers ordr es d’ enseignem ent. L e Cadre publié par le minist ère d e l’Éducat ion et de l’E n seignem ent s upérie u r est en e f f et très gé néral et s’ac c om pagne d’un certain f lou, part iculi ère m ent pro blé m atique dans la form ulation d’ un référenti e l de comp é t ences num ériq u es, élém e n t n évra l gi que d e l ’in gé nieri e d e s apprent i s sage s . Par a il l eurs, i l f audr ait q u’ un r éférentie l de r essour c es n u mér iques soit cons trui t dans les d i v ers é tab lissem ents, où c h aqu e re sso urc e numéri que serait accom pagné e d’une f orm ation br è v e qui perm ettrait d’ éviter que l’app re n tiss age d u num érique n e vienn e i nt e r férer a vec le s apprent i s sages de l a mati è re. Cett e qu estion doit fair e l’obj e t de re c h e r ches q u i so nt n éce ss aires po ur c l ari fier l es e n jeux et ident i f ier d e s p istes de so l ution en fon c tion d es con textes éd ucatifs. Sur le plan de la r e ch erc h e égal e m e nt , il import e d’app rofon dir la c om pét e nc e numériq ue s ous la f orm e d’un o u de p lusi eurs réf ére n tiels d e c om péten c e suffisamm e n t gé n ériq u es pour être spé cialis é s d ans les di ve rs mil ieux. C h aqu e référent i e l génér ique de compéten ce f o u rn ira u n modè le du domaine des conn ai s sances num é ri ques, po ur y gr effer des ni ve a ux d’h abilet é s g én ériques e t de performan ce à att eindr e , c haq ue référ entiel f o u rn issan t u n so c l e so lid e pour l a conception des en vironnem ents numé riques d’ap pr e nt is sage. Gilbert Paqu ette : Com ment l a compé te nc e nu mérique et l’ing énie rie des envir o n ne ments numé riqu es d’appre ntiss age o nt -elles j oué un rôl e da ns mon enseign eme nt, mes rec her ches et ma v ie pr ofess ionne lle   ? Dan s l a foul ée d e ma th èse d e do ctorat, obtenu e e n Fran ce en 1991 , q ui port ai t sur le s e nviron nem e n ts n umér i q ue s d’ap pr entissage, j’ai c r é é p uis dirigé le C entr e de rec h er c h e de mo n uni ve rs ité dans ce dom a i n e . J’ y a i p ours uivi p lu si eurs re c h e r ches, réalisé une quinzain e d e c o urs s ur l e W e b, rédig é six ouvrag e s et pl us de tro i s - cents publi c ation s s cientif i q ues. J’a i di r igé la réalisat i o n de plusi eu rs outils num ériques : édi t eurs de m odèles d e c on naissan ce s e t d e c o mpéten ce s, at eliers d e con ce p tion d’environnem ents n umériq u es d’ appr entissage et plate f o rmes d e diffusion de cours en l i gne. Ces outi ls on t été u t ilisés dan s d es app lications e t des form ations dans plusieurs pays. Références ASN. (20 12 ). Achie vement standard s network core RDF . htt p://st a nd ards.a sn.d esire2 learn.com/i ndex.php?t itle =ASN _ V o cabulary Chap itre 5 / La compé t en ce numérique da ns l’appren tissage 117 Basque, J. et Rue lland, D. (2 00 6). infoCo mpétences+ : Dé v e loppeme nt d’un outil in formatisé d ’ aut o diagnos tic d e s compétence s inform a tio nnelles destiné a ux étu d i a nts universi ta i res – Ra pport final du p roj et. Univ ersit é TÉLUQ. htt ps://r-l ibre.tel uq. c a / 1507 / Bloom B. S . (197 5) . Ta x onomy of educ at i onal objectives : The cl assification of educ at i onal goals . H andbook I: Cogniti v e domain . D . Mackay. Bourdet, J. F. et Lerou x, P. (2 00 9). Disposi tif s de formation en li gne : De leur a nalyse à leur a pp ropri ation . 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Or, à l ’h e ure d es bi lans de l’ann ée scolai r e 2020-20 21, de no mbreus e s criti ques con cernant la FAD f o nt é tat d u proc es sus d’év aluation en so u lignant le man que de familiar ité d es p e rso nnes e ns eignant e s et ap prenant e s avec le s e n vironn e ment s d’apprentiss age. E n ce se n s, le pr ésent ch apitre pro pos e de s’ intére s ser à l’intro duction d e l a r éalité virt uelle (R V) com me o util d’é valuation e n FAD dans une perspe c ti ve théori q u e et g é n é ra li s ante. E n effe t, le s po ssibilités environnem ental es de la RV e n FAD a fi n d’adap t e r les proc essus d’évaluatio n aux no u vell e s r é a lités et poss ibil it és t ec hn olog iques s e pr é se ntent comme une inno vation péd agogiq u e en lien avec l’i n tégration et l e d évelop peme n t de l a comp é ten ce num érique. Sum mar y Distan ce l e arnin g h as be en pro pell e d t o the h eart o f t each ing pr actices ov e r the past ye ar. Howev e r, at t he tim e of th e assess ments for th e 2 020 -20 21 school year, man y cri t icism s of d i st ance l earn ing report t h e la c k of famil i ar ity with the l earning environments as the main prob l em t e ach ers and learners alike encount ered. Ther e for e, this c hap ter pro pos e s to loo k at th e i n troduction of v i rtua l rea li t y (V R) as an assessm e nt to ol in d i s tanc e learning from a t heor e ti cal and g eneraliz i n g persp e ct ive. Ind e ed, the environ mental pos sibiliti e s of VR i n o rde r to a dapt th e La comp étence numérique en contexte éducatif 126 Autrem ent d it, l es person nes apprenan tes so nt d irigé e s ac t ive ment p ar un e s érie d e répon ses p ré d ét e rmin ées simi laires à d es répo nses à choix multiples. Pour sa part , l a RV r e p re nd les prin c ipes fondament aux de la RA, c ’est -à-d ire permettre aux p e rso nnes apprenan tes d’intera gi r ave c u n envi ronn e ment num é ri q u e par l’e nt re m ise d’ un prot agoniste. Cep endant, l’immers ion de s person nes ap prenantes est a u gment ée par une «   immers ion comp lète   » d e cel les-ci pu i s que l es techno l o gies et outils pro pres à ce typ e d e logiciel perm e tt e nt a u x p e rs onn e s partici pan tes d e c on trôler ph y siq u em ent ( c on trôle dire c t) le p rotagon iste e t s on en v iron nem e n t. Pa r cons équent, le s action s des p ersonn e s ap prenantes on t u n e résu ltante di r ecte s u r l’e n viron nement dans leq uel elles évol u ent, d e l a m ême fa ç on q u e s’ il s ’a gi ss ai t de leur e nv ironn e m e n t ph y siq u e. Autr e m e nt form ulé, la main du prot agoniste est la même qu e c e l le d e l a perso nne app re n ante, celle- c i d e v enant don c l a protago niste pl utôt qu e d’inca rner celle-ci. D e cette fa çon, les p erson nes apprenant e s so nt c o nsoli dé es dans l e u r po sture active par r appo rt au x savoirs e t le s e n timent de prés e nc e à distanc e s’en trou ve renfor c é (Andro wkha et Jéz é gou, 2019   ; Vo urloum is, 2021 ). Cependan t, i l f aut maint e nir l’ u ti li s ation d e la RV dans son car ac t ère ludi q u e . En effe t, l’idée q u e l a RV est i n tr i n sèquement l i ée a u conc e p t de «   jeux s érieux   » est quasi incont ournabl e et permet de t isser d es li e ns étroits a v e c l e s cont e xt es é va lu at ifs e n F A D, e t ce, de façon cohér e n te a vec les obj ecti f s pé dagogiq ue s poursu ivis par la perso nne ens eignant e (Allain et Szilas, 2021   ; D oré e t La fle u r, 2020   ; La fle u r, 2021). Bie n que l e s aspe c ts lud iqu e s des e n vironn e m ents vi rt uels e t numériques so ient indéniab le s, les environn e m ents en RV p e rmett ent quant à eux de l es renfor cer en raison de leur nat ure réa l ist e c entr ée autour d’ e xp é ri e nc es p l us concrè t es, et de l’expériment at i o n act ive, q u i cons i s t e à soum ettre les c on cepts a u t est d e la r é al ité s ous tous se s angles (G riec o , 2 0 08 , Mi c h e lot, 2020). En o u tre, p arc e q u ’i ls d é b ordent d e s cadres évaluati f s e t pé dagogiq ue s normal isés, le s f a cteurs h um ains, no tamment le s prédispo siti o ns mot ivation nell e s e t l’in té grat ion d es int érê ts des personn es app re n antes, d ynamis ent l es intera c tion s a v e c l es app rent i s sag e s et leurs éval u at i o ns (Mon terrat et al. , 201 7   ; S u tt e r Widm e r et Sz i las, 2017   ; Val enti n, 2019). C e t é l ém ent est d’autant plus imp ortan t que l ’ une d es c ritiq ue s le s pl us co ur amment adr essées à la FAD po rte sur le bris du lien r e lat ionn e l de la tr iad e pers onn e s app re n antes - format ri c e s- environn e m ent, ca usé par la d istan ce. La prépo n dé ran ce d es f a cteurs humains s e r e m arqu e é gal e m ent dans les cadr e s d e référ e n ce e n é va lu at ion emp l o yés au se in d es étab lissem ents d’ense ig n ement q uébé cois. E n ef fe t, les conn ai s sanc e s laissant a lors pla ce aux c om pét e n ces, l es évaluat ions r eposan t sur la d émon stration de comp é ten ce s disc i p l inai res d i tes p ra ti q u e s ( p. ex. l es laborato ire s e t les s tages) se m blent difficilem ent tran spo sables au sein d’ un en vi ro nnem ent numér ique repos ant s u r une plateform e de w ebconf é r ence ou d’e n viron nem e n ts li m ités a ux é c rans. Pour sa part , la RV , en ac c ord a vec l’int ention pé dago giqu e d e s p erson nes f orm atrices, p ermet l’intégrat i o n d’e n viron nements d’ év a luat i o n prop i ces à st imuler les compéten ce s visées, n otamm e n t en m ettant e n avan t une c om muni c ation m ultisens orielle, cont rôlée et e n c adr ée, q ui perm et à l a person ne appr enan te d’ int e rag ir de faç o n intuit i v e a v ec so n enviro nnement d’éval u at i o n, c om me el l e le fera it lo rs d’un e expéri ence vidéol udique (Harts , 20 0 9). Chap itre 6 / Éval uer en réa lité virtuell e 127 4 La RV, la c o mpétence numér ique et l a re c her che de l’appr ent iss a ge c o m me expérien c e Propo sé par D. A. Kolb dans son ouvrag e Experient ial lear ni n g (1984), le mo dè l e d e l’app re nt i s sage expér i enti el confère un rôl e cent ral à la person n e ap prenante dans l e développ e m ent de s es conn aissanc e s . Plus pr écisém e n t, il s upp ose que le proc essus d’app rentissage et le s c o nnaiss ance s repo sent sur l’ e xp é r ience des person nes app re n antes au co urs de l’acquisition d e conn ai s sanc e s. Selo n Grieco (200 8), trois mo dè l e s perm e tt e n t aux e xp érien c es d’in f l ue n cer d u rab lem en t l es connaiss ance s . Pre m ièrem ent, on trou v e le modèle d e D ew ey , q u i r e p ose s ur quatr e c om pos antes, so i t : i ) l’ i mp ul s ion   ; ii) l’ob servat i o n   ; iii) la con naissan ce   ; i v) l e jugem e nt (G r i e c o, 2008). D e ux iè m em ent, o n tro uve le modè le d e Le win, qui se dé comp ose en quatr e étapes, so i t : i ) l’exp é r ie n ce con crète   ; ii) l ’o bservation et l a r éfle xion   ; iii ) l a formatio n de concept s ab straits e t d e gén éralisatio ns de l’in format i o n   ; iv) la pos sibili t é d e mettr e en application les nouv e aux conc e p ts abstraits e t les généra lisation s resso rtant d e l’expérien ce concr è te (G riec o , 2008). F inalem e nt , i l y a l e mo dèle d e P i ag et, q ui r epos e sur u n dév e lop pem e nt d’apprent i s sag e fav o risan t l’int eraction entre deux pro c essus : i) l’a c c om modat i o n   ; i i) l’as similatio n (Gri e co, 2 0 08). Tou jours selon Gr i e c o (200 8), c’e s t à partir de ces trois mo dèles q u e Kolb (1984) é tab lit le c y cle de l’apprentiss age expér i enti el , cara c té risé à son tour par q u atr e modes d’a daptation à l’apprent i ss age : i) l’ expér ie n c e concrète   ; ii) l’ob servatio n réflexi ve   ; i i i) la conc ep tual isation abst rai te   ; iv) l’exp éri m entat ion a c tiv e . Sur l a bas e de l’ap prent issage exp érient iel et d e s es c o mpo sante s, ai n si que mises en avant par Kolb ( 1984) et r e v ues par Gri eco (2 008), la c o m pétence n umériqu e se présente comm e une bouss ole p e rmett ant de mieux encadrer les expéri ences rec h er c h ées par cet te app roche qui favo ri s e l e dév e lop pement d’une c erta i n e auton omie n umér i q ue chez l e s p erson nes apprenan tes (Mi c h elo t, 2021). E nt re autres, la c om pét e n ce num érique perm e t a u x p erson nes f orm atrices d’utilis e r des environnem ents enr ic h iss ants et adapt és a ux besoins d es appr en tissages tout e n a yant rec o urs aux champs d’intér êt ou d e curiosit é d e s p erson nes apprenant e s ( MEES , 2019). Ce tt e m ême li gne dir ectri c e perm e t do nc d e f avor iser des ap pr entissages expér i enti el s en RV en max imisant l’utilisation de ce s techn ologie s e n émergen ce tout au l o ng d’ un p rocessus p é dago gi q u e com plet. Par c on séqu e nt , il e st pos sible d’ affirm e r qu e l a pertin e nc e de la réa li té v irtuelle dans le cont e xt e d’é valuat ions réalisé e s e n FAD repos e avan t to u t sur le pre m ier de s q u atre mod es d ’adapta tion , soit l’e xp é r ie n c e concr è te. En e ffet, puis qu ’ une tâ che c om pl e xe s uppo se que l es perso nnes apprenan tes plon ge nt dans d e s e xp é ri e nc es import antes, l es enviro nnements immers i fs et engloban ts so nt sus ceptib le s d e stimuler l e dév elopp e m e nt de s conn aiss ances et des comp é ten ce s favo ri s ées par l e proc e s sus d’éva l u ation. Dan s l e mêm e ordr e d’ idées, l’appr entiss age e xp érient i e l pro m e ut l’i d éal s el on lequel le process us d’app re nt issa ge re po se not amment sur l’ expérimentat i o n a c ti ve. Ains i , l es comp é ten ces dem eurent au centre d e s proc e s sus d’ap prentissag e et d’évaluat ion (Grieco, 2 0 08). Or, dan s le cadre de ces m ê m es pro c essus, l ’ intégrat ion de la comp é ten ce numé rique s’ins ère dans un e op tiqu e d e glob al isatio n des prati ques. En eff et, puisq ue la com pét e nc e n umér i q ue vis e à déve lopp e r les réfl exe s num ériques des p erson nes utilisatrices dans «   l’ e n sembl e d e la c om munaut é é d uc at ive   » (M EES , 2019a, p. 7) et à f avoris er l’a u t ono misation d e celles -c i, il devi e n t n écessair e d e l a cons i dér e r c om me l a fon dation des process u s pédago giques n uméri q u e s menant à u n e év a luat i o n en FAD. D’a utant que l ’ utilisation d e la RV e n c o n texte d’ é va luation en La comp étence numérique en contexte éducatif 128 FAD s’insèr e dan s un e d é mar che r eposan t p articulièrem ent s u r la tro isiè m e d ime n sion du Cad re , Explo i te r le potentiel du numér ique pour l’app rentissage (ME E S, 2 019a), recour ir à la c o mpét ence num érique comme p ierre d’ass i s e perm et d e l égitim e r l e r ecours aux technologi es imm ersives e n offrant u n e lign e dire c tri ce recon nue par l e s plu s h a u tes instan ce s e n mat i ère d’é d ucation a u Q uébec. 5 P roces sus de résol u ti on de problè m es et ex pé r i ence : les enviro nne ments v i rtuels collabo ra ti fs en contex te d’éva lu ati on en FAD Alors q ue l a RV se pr é sent e c o mme un o uti l ax é sur l’exp é r ie n ce, l e «   savo i r-fa i r e   » et le dé velopp e m e nt de s comp é t enc e s d i sc ipli n aires, s e s t e c hno l o gi es p ermett ent égalem ent de d é v el op per, para llèlem ent au x c o mpét ence s, des c o nnaiss ance s théoriq u es. Or, bien que la RV n e s oit p as l ’uni que m é th ode p o u vant jum e l e r au se in d’un mêm e proc e ss u s d’ év a luat i o n l e s no tio ns th é oriq ues et pra tiques, la p oss i bil ité de faire c e ju m ela g e e n RV fa v o ri s e l’int erac t ion ave c ce s n otion s et l’e xp loration de cell es - ci par le s perso nnes app renan tes. P ar consé quent, po ur d e no mbreuse s perso nnes en app re n tissage, la mise à l ’ épreuv e de s c om pét e nc es dévelop pée s corr e s pon d à une étape charn ière du c hem inem ent édu c ati f. En e f fet, l a néc essité de d émont re r q u’ elles so nt e n mesure d e ma itriser des comp é t ences pr écises, dév elopp ée s e n r e gard de l’intention pédago gique de la form ation su ivie, s ’e x prim e gén éralem e nt par u n e mis e en pratiqu e d e s di t es c o nnaiss ances ou c om péten c es pr éte n dument a cqui s es. Par cons é q u ent, cette lo gique rejoint l a quatri ème étap e d u mod èle d’apprent i ss age par l’expérien ce ( exper iential learn ing model ou ELM ) et est asso c i ée au x i nt e ract i o ns entre l’accom modatio n e t l ’as sim il at i on du m odèle d e Pi a get (G riec o , 2 00 8). En c on texte d’é valuation tra dition nel, so i t celui où une perso nne apprenan te doit résoudr e un e prob l émat ique pr éd é f i n ie (P), la p erson ne doit r ésoudr e P par l a démon stration d es c o mpét e n ces qu’elle a d éve l o ppées et de s co nnaissan ce s cumu lées au cours de sa f orm ation. A ins i la p e rs onn e app renan te s e s itue -t-e l l e d ans la période tran sitoire entre les tro i s ièm e et quatri ème é tap es du mo dèl e de Lew in, so it e nt re la concept ualisation abstrait e et l ’ expér imentation acti v e (Gr ieco, 20 0 8). C ’est ainsi q u’ il est att end u d e la p erso nne apprenant e qu’ell e r é so l v e P en util i s an t u ne m é t hodo l ogi e liné a ir e prédét ermin é e, c’ est -à- di r e la métho de d’appli c atio n d e la ou d es comp é tenc es app ri s e s, et ce, dans le but d’atte i ndre u n e sol u tio n uni que et prédét e rm i n ée. L’expér ime n tation acti v e prét end que les p e rs onn e s app renantes, par l’expériment ation, pe u v e n t dét erminer la me i l leure m é th ode po u r elles -mêm es a fin d e résoudr e un prob lème qui l e u r e s t so umis. Ains i, ce t ype d’expé rimentation r epré s ent e l’une des é tap e s c ruc i al es de la démon stratio n des c om pét e n ces e n dévelop pement (Ko l b , 1984). C’ est p ourq uoi, c o mme nous l’a vons mention né plus ha ut, les l imitations que prés entent pres que ex c l usivem e n t l e s o uti l s de w ebco nfé r ence n uisent à la réalisation de s tâch e s axées s ur d e s intera c tion s avec les e n viron nem e nt s d’app rentissage. Fa c e à c e s li mitat ion s af fectant spé ci a le m ent l’ expérimentat i o n a ctiv e, la RV, p ar ce qu’ e l le p ermet de r ecréer c e s env ironn e ment s e t d’int e rag ir av ec e ux en temps réel , of fre aux perso nnes format rices l a c ap acité de mod uler l ’é valuation se lon le s b e so i n s p é dago gi ques et évaluati fs, de m ê me que sel o n c e ux de la p e rso nne app re n ante. P ar e xemp le, un e p e rso nne app renante q u i doit pro uv e r le d é v elopp eme n t de ses c o mpéten ces e n mat hémati ques pourr a êtr e pro puls ée d ans un e n viron nement virtue l lui pe rmettant de démo ntrer sa ma itrise de s compéte nce s dis c ip linaires e n Chap itre 6 / Éval uer en réa lité virtuell e 129 interag i ss ant ave c u n enviro nnement virtu e l perm issif e t sou ple qui r é p ond à ses beso i ns , notam ment à c e l u i de la p ossibil i t é d’interagir dir ec t ement av e c l’ob jet d’évaluat ion. E n c e sens, l ’ap plic ation Engage VR p e rm et d’imm e rg er les p erso nnes app re n antes so u mis es à c e typ e d’éval u ation d e s c om pét e n ces dans un e xer c i ce o ù leurs ra ison nements mat hémati ques son t véri f i é s q u asi i n stant anément a lors q u ’e lles doivent r é s oudre divers ca lculs qui perm ettent d’ att ei ndr e un e c i b le a vec u n c an on. Ce s e n vironn em e nt s, que no u s pourrions qual i f i er d’environ nements virtu el s d’app rentissage et d’ évaluat ion (E V AE), favoris e n t l’ établiss eme n t d’un context e po l yva l ent e t adapt atif au mom e n t d’é valuations en FAD . Puisq u e les EVA E peuv e n t être o uv e rts , offrant ains i la po ssib ili t é aux pe rsonn es app re n antes d’y prendr e u n e part act i v e sans être gui dées par un pro cessus prédét e rmin é, i l d evient p oss i b l e de c o mpl e x ifier da vantage l e s tâches à réalise r. A insi, la l i n é ar ité app arent e d’un pro c essus d’ é v aluation ( p. e x. r é p ondre aux q u estion s selon leur ordr e d’app arition dans un examen) pe ut laisser p lace à la réso l ut ion d’une s e u le pro blé m atique ( p. ex. r ésoudr e un prob lème a u m oyen d’out ils mis à d i sp osition ). D e ce tt e façon, l a p e rso nne appr enant e doit elle -mêm e faire la pr euv e du d é v elop pement de s es c om p é t e nc es en e xp l o rant un e nv ironn e m e nt qui lui offr e éventu e l lement plusieurs a ve n ues po ssibl e s. Certes, l’ u ti lisation d e la RV n e signifi e pas que l ’o n d éclar e désuète la l inéa rit é d es pro cé d és d’é v al uation trad i tio nne l s , ni m ême q u ’ elle est la se u l e à of frir cette poss i b ilité   ; b ien au contrair e, il s’agit plutô t d e p ercevo i r l’u ti lisat ion d e ce tt e t echno l o gi e en F A D comm e u n p r é text e à l’au to nom is ation de s perso nnes app re n antes e n cont e xt e d’éva lu at ion. D e cette fa ç o n, l’i m m e rsio n total e d e la perso nne ap prenante fa c e à la p r ob lé mat ique devi e n t p lus p e rso nnelle, en ce sens qu’ il lui est poss ible de situ e r c ette prob l émat ique dans l’ e sp ace «   ph ysique   », mêm e s i celui- ci d éc o ule d’un e création virtuel l e (S u tt e r W idmer et Szilas, 2017). En d’a utres mots , la RV perm et d e f ai re l’e xp é r ienc e activ e de la pro bl é mat ique e t d u pro cess us d e résolut i o n de prob l èmes plutô t q u e d’en c o u ra ger la p e rso nne a pprenan te à s ’arr ê ter à sa conc e pt u a lisation (G rie c o, 2008   ; Bruckman et al. , 20 1 2). 6 La RV , un pr o cess u s d’é valua t ion «   r é aliste   » et éthique en FAD   ? Les t echn ologies q u i p ropu lsent la RV en FAD sont caract éri s ées , comme no us l ’a von s vu pré céde mm e nt , a vant to u t par leur po te n tiel d e «   r é al isme   » ou «   d’immers i o n tot ale   » (Sutt e r Widm er et Sz i las, 20 1 7). A i n si, dans le c as des processus d’é v al uation en FAD, le s EVAE peuv e n t éventu e l le m ent f ac i l i t e r la juxta po sition de s modal ité s d’enseign e m ent . E n e f f e t, la RV ne se lim i te pas a ux e x p é ri e nc es synchrones puisqu’e lle p ermet au x pe rs onn e s f o rmatri c es d e diffus er de s capsul e s as y nchro nes, intera c tiv e s o u non , p u is d’ éval u er la c om préh e n sion et la mise en prati q u e de s comp é ten ce s par le s p e rso nnes apprenan tes. Cette évaluat ion peut être fait e l ors d e périod es d’accomp agnem e nt sy n chro ne dans l’E VA E af in de les adapte r aux beso i n s d’intera ction, qu’il s’a gisse d’int ervention s entr e pa i rs , des acti vi tés co ll ab orati ve s ou des résol uti o ns de probl èm e s pro pres a ux pro cessus d’éva l u ation v i sés (K e e ler et Horn e y, 2007). Or, l a techn ologie en soi n’est pas u n e répo nse e n elle-mê m e au x enjeux d e la FAD e n c on text e d’éva lu at ion . E n e f f et, la soup l e s se de la RV o ffre la po ssibilité de sc ul pt e r un e nv ironn e m e nt app roprié aux ex i g ences de l’ évalu ation, tout en perm e tt ant aux personn e s ap pr e n antes d e d é m ontrer leu rs acquis p ar la m ul t i t ud e de choix po ssibles pour ré p ondre aux c ritèr es d’éva lu at ion. D ans ce tt e opt i q ue , no u s La comp étence numérique en contexte éducatif 130 po u rrion s qualifier l a RV d’o u til qui p e rmet de fac iliter la di f f é r enciation p é d agogi que si l a person ne ens ei gnan te d ésire m e tt re à pro fi t les a v an tag e s d e celle - ci. En c e q ui c o ncern e les évaluation s e n FAD, la RV o ffre l a po s sibili t é de c o mbl e r le s besoins d’ interaction e t l e se n tim e n t de pr é s e n ce e n FAD e n re p osan t sur une scénarisat ion pédagog ique qui u t ilise des e xp é r ie n c e s si gnifi c a tive s e t pos i t iv e s. D e ce tt e fa ç on , l e proc e ss u s d’app re n tissag e perm e ttra à la person ne formatri ce d’identi f i e r l es f orc es e t les fa iblesses de la m ise e n appli c at i on d es compét ences visées, afin de documente r l es é tap e s fran chies par la p ersonn e app re nan te e n co u rs d’évaluat ion ( Psot k a, 1995) par l ’ utilisat i o n d’un document d e pro gre ss i o n des app re n tissages à l ’ins tar du G aba rit de planifica tion d’ac t iv it é s pé dag og i ques inté g ran t la compé t enc e numérique (M E ES, 2 0 19 b ). Ce proc e ss u s don nera en outre à la pe rs onn e format ri c e l’o ccas i o n d’adap t e r l’ EVAE a u x b e so ins d éve loppement au x de l a p e rso nne app re n ante. P ar la mêm e oc c as i o n, l ’ EVAE pe ut a i s é m ent être qualifi é de lie u de so c ialisat i o n, d’int eract i o ns et de par tag e entre l a perso nne f or m atrice et la p ersonn e app re n ante à l’ inst ar d es EVA E o fferts par d ivers logi ciel s e n R V, notam ment de c eux créés dans l ’ap plication Enga ge V R   ; en d’a u tres term e s, i l pe u t s’agir d’ u n l i e u pro pice aux rétroa ctions e t au dé velopp e m e nt c o ntinu de s com pétenc es de la personn e app re n ante (Ts iats os, Kon stan tinidi s et Pom ports i s , 20 10   ; Collin , 2 022). L’EVAE pr e n d alors la f o rm e d’un enviro nnement virtu el co llab oratif (EV C), un e agora d’ e xp érimentat i o n o ù l’interact ivité se trou ve au cœ u r d’une év a luat i o n davantage p erçue c o mm e un e é tap e de l ’ap prentiss age, dans un c o ntinuum, qu e comm e sa fi n alit é. E n c e sens, c e pro ce ss u s d’appr entiss age expé rientiel f a cilit e l’accessib ilité des EVA E en c o ntexte d e FAD e n fa isant de la pe rsonn e appr enante l’un des prin c ipa ux vec t eurs d e d ével o ppem ent d e ses co nn ai ss ance s et d e ses comp é ten ce s ( Grieco, 2008). Certes, af f i rmer que la s i mp le ut il isat ion d e la RV diminu e les e ffets d’ u n e pr é conc eption t éléolog iqu e du proc e ss us d’ évalu ation r e v ie nt à re j et er l a nat u r e m ême de cette te c h nologi e . E n réa li té, i l f a ut la prendr e p our ce qu ’ elle est : un o u ti l au ser vice des strat égi e s d’ap prent issage et du dé velopp e ment des comp é ten ce s . Tout efois, e n m isant s u r l’impl antat i o n d’ EVAE et d’EV C, les p rocessus d’évaluat ion e n FAD po urrai e nt s e voir re c on ceptual i s é s au -de là d e leur format a ctue l dans les plate f o rmes d e w e b c on fér e n ce ay ant prim é jus q u’ ici. E n e f fe t, ils permettrai ent de r edonner leur pla c e à des é léments c e n traux de s tâches comp l ex es, qui, s pécia l em ent en FAD, repo sent sur une ap proch e m ultis en sorielle (Blais, Gi l l e s e t Tristan-Lo pez, 20 15 ). De plus, la natur e c o llabo rat ive de l’EV C dem eu r e p ri mo rdial e à la RV e n c on texte de FAD p uisque l es comp étenc e s v isées p ar c ell e -c i s ont davan tage interpe l é e s par l es dynam iques d e group e et la comp lémentar ité entr e l e s m embres du no y au éd ucatif (Jon e s , 2010). Ce typ e d’ enviro nnement f avoris e do nc l’intera c ti vi t é e t, p ar cons équent, l a rencontre a vec a utrui. En part ant de l’idée que l e s format i o ns à distan ce perm e ttent à des person nes app re n antes d e div e rs mili eux de socialis er entre el l e s , il est faci l e de déduire que l e s inter ac tion s e n tre d ifférent es pers onn e s issu es de milieux divers et d e cultures variées p e u ve nt so ulever des en jeux é th iques ma j e u rs . C’est al o rs que l’on peut se rapp eler l’idéal d e f orm e r des personn e s cito ye nn es éthiq ues (premi è r e dimens i o n du Cad re ), c’est -à- d ire des p ersonn es citoyenn e s prenan t en c on sidératio n qu’ e l l es seron t confron té es à des c our ants de pens ée di f f é r ents, que ceu x - ci soient socia u x, culturels o u autr e s (M EQ, 2019b   ; C o llin, 2022). Dan s le m ê me ordr e d’ idées, les enjeux ass ociés aux enviro nnements num ériques (n otam ment a ux r éseaux s ociaux), où la dive rs ité et l ’int eract ion se tro uv e nt a u c œ ur d e la so cialis ation , pourraient être app l iqués en c on texte de FAD. Ainsi, P ell e rin e t Jac quet (2 021) rapp ellent qu e les Chap itre 6 / Éval uer en réa lité virtuell e 131 expér i en ce s d e l ’ ensei gnem e nt à dist ance au cours de la de rniè r e pan dé m ie on t p e rm i s de m ettre en avant le fa it q u ’i l ex i s te pl u s ieurs insu f f i s ances dan s le d éve l o ppement du savoir a gir é th ique c h ez le s perso nnes apprenant e s. D’aill eu rs, ces a u tri ce s ass oc ient aux e nvi ronn e ment s num ériq u es, n otam ment au x rés eaux s o c ia ux, d e n omb reux enjeux éthi q u e s ax é s sur les int eraction s s oci al e s. P e l l erin e t Jacquet ( 20 2 1) t iss e n t a ussi un l ien d i re c t e nt re l’into l é rance pr é sent e s u r l e s r é sea ux so c ia u x e t les comp ortem ents pro blé m atiques e n lien a vec l ’imp olitess e et l e s incond ui t es des p e rso nnes apprenan tes lors de FAD e nv ers leurs pairs, m ais a u ss i env ers les p e rso nnes form atrices (V illene u v e et Bisai llon, 20 2 2). B i e n é v idemment , e n tant qu’ e n viron nement de so c ia li sat ion, les EVAE n e so nt pas à l’abri de ce type de manq ue d’ é th ique. Cependan t, no u s de v o ns insister s ur deux po i nt s c e n traux q u i di fférenc i ent l’ E VA E des réseaux so ciaux : 1. Les r é s e a ux sociaux exist ent af i n d e perm ettre l’int era c tiv i té e t le partag e d’inform ation d e n atures d iv e rs es e nt re l e s p e rso nnes ab onn é es aux réseaux soc iau x eux- mêm e s . L’EVA E , po u r sa part, b i en qu’ il pu isse po sséder le mêm e t ype d e f o n c tion nalit é qu’un ré s ea u so cial, a po u r ob j ect i f pr e mi er d e p ermettr e a u x perso nnes formatri ce s d’évaluation d’ass u rer la progr ession des apprent issages des perso nnes apprenant e s. En rés u m é , à m o ins que l es interaction s sociales f ass e n t p artie des ob j ect i fs de s formation s, celles-c i de m eurent s econda ire s. 2. Tan di s que les rés eau x soc i aux évoluent s elon d e s r è g le s de con duit e p lu s ou m oins précis es c e ns ées d étermin er l es lim ites d es int era c t i on s et selon l’idée voulan t q u e la lib e rté d’expr ession permett e d e communi quer et d e faire parta ger les opin ions souhai té es, l ’EVA E, quant à lui , e st direct e m e nt en c adr é par un e person ne format rice. D e p lus, les p e rso nnes mo dé ratri ce s des ré s ea u x soc iau x ont, bien s o uvent, plus i e u rs m illions de memb re s a yant la po ssibilité d e déno ncer u n manq u e d’ét hiq u e . La perso nne forma tri ce, qu an t à e l le , a l ’o ccasion d’in te rv enir dir e ct ement lors d’un man que d’éthi que de l a part d’ une de s p erson nes apprenan tes. Elle est la se ule juge, ju r ée e t ex é c u tan te d e l a g e st i o n de l’EV A E e t des attent e s qu ’ elle e n tretient e n vers les personn e s app renant es. En r ésum é , les EVAE c o nstitu ent d es out ils p édago giques e n c a drés par un e ou d e s perso nnes formatri ce s ayant les pl eins pouvoirs s ur les i n teractions de s p e rso nnes app re n antes, alors que les r ésea u x sociaux s e con centrent davan t age s u r les po ssibilités so c iales du num érique. To ute f ois, l e s influenc es d e ceux -ci p euvent trans paraitre dans le s EVAE, parti culièrement s i les personn es ap prenant es manq ue n t d e «   savoir- f air e   » et d e «   savoir a gir   » . L’ impo rtance de d éve l o pper la di m ensio n éthi que, au cours du déve l o ppem ent d e la c o mpéten ce num ériq u e, d evient don c in cont ournable p ui s qu’ une lacune dans celle - ci m è n e ra it les pe rson nes util isatrices (ap prenantes c o mm e format ri c e s) vers u n e «   f ract ure é th ique   » c on c ernan t le n u m é ri q u e : e n e f fet, e l le s seraient certes di r igé e s ve rs d e grand es capacités a v e c les o utils numériq u es, mais sans le c on trôle de no rmes é th i q ues p our en cadrer ce lles -c i ( Pellerin e t Ja cqu e t, 2021). Ain si, l’utilisation d es E V AE ains i qu e d e la RV en c o ntexte p é da gog ique doit décou l er d es ob j ect i fs de s f orm ations ( c oh érenc e p édagonum ér i q ue ), mais aussi s’ i n s é re r dans un pro c essus d e réflexion ju s tifian t la pertin e n ce de l ’ut ilisat i o n de l’outi l lui -mêm e (Kars e nt i , Po ellhube r, P ar ent et Michelot , 2 0 20   ; Kervyn, Bogo e rts , Guiss e t et Van gru nderb eeck, 2 022). Parallèlem ent a u x enje ux éth iques li é s à l a soc ialisation , les dy n am i q ue s d e groupe encourag ent à recon sidérer le rôle de la RV entre le réa lism e recher c hé e t les [Document text truncated for crawler view.]