Full text
P a g e 103 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES Rapport Synergique entre la Littérature et L’histoire: d’Oran A Wuhan DR. UBAH Ugonna Ezinne Department of Modern European Languages Nnamdi Azikiwe University, Awka [email protected] 07032387870 OKORIE Martha (PhD) School of General Studies (French Unit) Michael Okpara University of Agriculture, Umudike 08037086144, [email protected] & DR. EKWULONU Ikechukwu G. Directorate of General Studies (French Unit) Federal University, Wukari [email protected] 08037079725 DOI: https://doi.org/10.5281/zenodo.17752269 Résumé Shakespeare ne disait-il pas que le monde est un théâtre. C’est ainsi que le monde se réveille au théâtre du bacille de la peste qui perdure six mois, de la fin de 2019 au milieu de 2020. Cet article vise donc en premier lieu à montrer la synergie entre l’histoire et la littérature ainsi qu’à démontrer la fonction cathartique et prophétique que peut assumer la littérature dans son rôle du monument social et culturel d’un peuple. Les chercheurs ont entrepris des recherches approfondies dans les bibliothèques et à l’internet pour se documenter afin d’avoir une connaissance vaste et variée sur le sujet. Ces recherches ont donné le résultat escompté leur permettant de structurer, d’ordonner et d’organiser leur recherche. L’article donne une note de vérité à l’assertion que l’histoire et la littérature se nourrissent mutuellement et que la littérature est le miroir de la société. Elle a également fait revivre l’histoire dans sa dimension sociale. Mots-clés : Histoire, littérature, bacille de la peste, prophétie, fonction cathartique
P a g e 104 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES Introduction Le titre de cet article, rapport synergique entre la littérature et l’histoire: d’Oran à Wuhan, peut paraître déroutant. Mais à y regarder de plus près, il reflète la dure réalité qu’a vécu le monde il y a presque cinq ans ainsi que le rôle cathartique et surtout prophétique que peut assumer la littérature. Ce n’est pour rien que Gallimard décide de rééditer La Peste de Camus et que les ventes de ce roman montent en flèche partout en Europe. Catherine Camus, la fille du romancier, a même dit, dans un programme télévisé, que c’est impressionnant que son père ait en effet donné la prophétie du siècle. Comme pour parler de la prophétie, l’écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo, ne disait-il pas que l’écrivain, en occurrence le poète, est un voyant. La littérature, les faits l’ont démontré, a toujours joué son rôle du miroir de la société. Ce que l’écrivain fait, comme l’estime Stendhal, c’est de promener ce miroir sur le long du chemin (Rincé 69). Pour bien suivre l’itinéraire d’Oran à Wuhan engagé dans cet article, nous allons, comme dans les tragédies classiques, répartir notre intervention en cinq parties. Ainsi allons-nous revoir le phénomène des résurgences de la peste dans le monde. Deuxièmement nous allons faire revivre la situation à Oran telle que racontée par Camus dans La Peste (1947). En troisième lieu nous allons faire ressortir la genèse de la pandémie de Wuhan dont est victime l’humanité. Comme notre trajectoire nous mène d’Oran à Wuhan, la quatrième partie va se focaliser sur l’analyse des convergences et des divergences dans les situations oranaise et wuhanaise en ce qui concerne la pandémie et ses effets. La cinquième partie qui constitue la phase de clôture va être consacrée à la critique de la situation actuelle, aux ressorts de la pandémie telle qu’elle se vit au Nigeria. Alors, que nous apprennent l’histoire et la littérature au sujet de la nouveauté du coronavirus ? Est-ce la première fois que le monde est atteint d’une pandémie d’une telle ampleur ? Le Monde et les Histoires des Pandemies Le monde s’est vu à plusieurs reprises ravagé dans les périodes différentes par les fléaux et la mémoire des hommes a longtemps été marquée par les souvenirs des grands fléaux de l’histoire. En effet, ce sont ces souvenirs des hommes qui confèrent aux fléaux le statut du mythe qui parle à l’imagination. Berton nous apprend que l’histoire, grâce à l’historien grec Thucydide, retient des grands fléaux de l’histoire que voici : En 429 avant Jésus Christ, la peste s’abat sur la ville d’Athènes. Plus tard aux VIe et VIIe siècles après J.C., elle couvre tout le bassin méditerranéen. Cette peste se dénomme la peste de justinien. Elle atteint l’Asie, l’Egypte et l’Italie et fait plus de cinq million de morts et on l’appelle la peste d’Antoine. En un an elle fait vingt-cinq million de morts. Chaque jour le taux de décès s’élevait à dix mille. Le continent européen au XIVe siècle entre 1347 et 1353, dans sa totalité, fait l’expérience de la peste appelée la peste noire. Elle tua environ vingt-quatre million d’hommes. Elle envahit tout particulièrement Milan en 1575 et en 1630 et devint la cause de nombreuses scènes de débauches dues au désespoir. Les chiffres de morts varient selon les villes européennes. Londres encaisse 36000 de morts en 1603, 35000 en 1625 et 70000 en 1665 et 1666. En 1720 à Marseille le taux de décès se chiffre à 40000. Puis vint le tour de l’Algérie de 1818 à 1822 où la peste sévit et cause de nombreux morts. En 1835 elle s’abat sur Constantine où on dénombra 15000 morts en trois jours. A la fin du XIXe siècle c’est le tour de la Chine où la peste fait mourir beaucoup d’hommes et de rats. Le cas de la peste retenu
P a g e 105 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES au XXe siècle est celui de l’Algérie en 1931 puis de 1941 à 1943 où 5500, 20000 et 45000 de personnes sont touchées respectivement (Berton, Histoire de la littérature française. XXe siècle, 44-45). Tout comme l’histoire, la littérature qui se dit le miroir de la société se nourrit des épisodes des pestes qui se font parler d’elles dans le monde. Selon Alluin, des calamités d’une grande ampleur sont devenues tout naturellement objet de récits de la part d’historiens, mais aussi de la part de poètes et de romanciers. Sophocle évoque le fléau dans Œdipe roi, Thucydide se fait le chroniqueur de la peste d’Athènes et Lucrèce, quatre siècles plus tard, fait écho à ce récit. L’écrivain médiéval Froissart évoque la peste noire dans ses Chroniques. Le Décameron de Boccace narre, en son début, l’arrivée de la peste à Florence en 1348. Daniel Defoe, romancier anglais du XVIIe siècle, raconte la peste de Londres (1665) dans un livre écrit en 1722 juste après le surgissement de la peste à Marseille et intitulé Journal de l’année de la peste. Manzoni décrit, dans Les Fiancés (1827), les manifestations du fléau qui frappe Milan en 1630. Et Chateaubriand évoque la peste qui ravage Marseille dans Les Mémoires d’outretombe. Camus s’inscrit ainsi dans toute une tradition littéraire dont il est nourri (Alluin, Profil d’une œuvre : La Peste, 20). C’est ainsi que la ville d’Oran prend dans La Peste de Camus la suite de la longue série des grandes villes frappées par le fléau. ORAN : ON SE RAPPELLE La Peste est le deuxième roman d’Albert Camus après L’Etranger et publié chez Gallimard en 1947. C’est une œuvre qui, d’après Darcos et al, peut se lire comme un roman de la condition humaine, car l’œuvre a une portée métaphysique et morale (365). Elle montre les manifestations du mal dans le monde, la souffrance des hommes et tout particulièrement celle des innocents. Elle propose de préserver un sens à la vie par la révolte devant les absurdités de la condition humaine. Elle indique la solidarité comme la voie de la victoire face à l’absurde dans la lutte permettant de trouver le chemin de la dignité (Lecherbonnier et al, Littérature. Textes et Documents : XXe siècle, 494-495) La Peste écrit à la première personne met en scène un narrateur qui se propose de raconter des évènements surgis à Oran dans les années 194. L’action débute le 16 avril quand le Docteur Rieux trouve un rat mort dans son escalier. De lors commencent les découvertes interminables d’autres rats morts qui donnent lieu à la mort de plus en plus nombreuse des personnes infectées par le virus transmis du rat à l’homme. On arrive finalement à identifier cette maladie mortelle comme la peste et les autorités prennent des mesures préventives en ordonnant la fermeture de la ville. Fermée, la ville d’Oran se voit coupée du reste du monde. Ensuite vient le temps de la lutte et le Dr. Rieux lutte tous les jours contre le fléau. Il est rejoint et aidé par des volontaires avec qui il vient plus ou moins de faire connaissance. Le fléau et la fermeture de la ville ont des conséquences visibles sur la vie des oranais. On note des changements dans les vies et les habitudes des habitants d’Oran. Beaucoup d’Oranais deviennent des séparés, victimes de l’absence des êtres aimés qu’ils ne peuvent rejoindre étant prisonniers dans Oran fermé. En dépit des efforts déployés par les équipes médicales et les volontaires groupés dans les formations sanitaires, le fléau refuse d’être enrayé et récidive en faisant plus de victimes. Les victimes devinrent plus nombreuses, l’une des plus frappantes est celle d’un enfant, le fils de monsieur Othon. La mort de cet enfant innocent donne lieu à des réactions indignées du Dr. Rieux face à un monde qui laisse souffrir
P a g e 106 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES des innocents. A la suite de la mort de cet enfant, le narrateur rend compte, au fil de l’action, des attitudes des personnages principaux face à la peste. Pour lutter concrètement contre ce fléau un vaccin est mis au point par le Dr. Castel. Malgré cela la lutte semble vaine, mais avec le temps le vaccin commence à donner quelques résultats. Par conséquent, après neuf mois de résistance la peste recule. Les gens commencent à se guérir grâce au vaccin du Dr. Castel. On relâche les mesures et ouvre les portes de la ville. La peste est vaincue. Les gens se mettent à compter et à comptabiliser leurs pertes. Rieux perd sa femme partie se soigner en montagne et son ami Tarrou pour cause de peste. La victoire contre la peste donne l’allégresse générale à la population qui, libérée enfin, exulte de joie. Cependant, le narrateur rappelle à la fin de sa narration que le bacille de la peste ne meurt jamais et risque de réapparaître un jour. Une injonction prophétique qui semble se manifester à Wuhan. WUHAN : LIEU DE TOUS LES MALHEURS Wuhan, une ville chinoise insignifiante par rapport à Beijing et Shanghai, des sièges des pouvoirs politique et économique respectivement, devient du jour au lendemain populaire voire historique du fait de la prophétie d’Oran qui semble s’y manifester. Comme dans un rêve le monde se réveille dans le mois d’octobre 2019 pour apprendre du gouvernement chinois l’émergence d’une nouvelle épidémie qui fait rage dans la ville de Wuhan. De par le monde les scientifiques se consultent et se collaborent avec ceux de la Chine. Au début le virus, porteur de la maladie, se trouvait chez les rats. De la fin décembre au début janvier les experts chinois confirment que le virus est transmissible de l’animal à l’homme et de l’homme à l’homme. Le 11 janvier 2020 la Chine enregistre son premier décès dû à la nouvelle maladie surnommée déjà la COVID-19. En quelques jours le nombre des morts se multiplient à Wuhan au point que les autorités déclarent un état d’urgence et ordonnent la fermeture de la ville et le confinement de ses populations comme mesures préventives pour endiguer la propagation du virus dans d’autres parties du pays. Mais déjà le pire se fait : la covid-19 étant une maladie infectieuse, contagieuse et transmissible de l’homme à l’homme, le virus se propage à la vitesse d’un éclair et atteint des parties du monde aussi loin de Wuhan que possible du fait des mouvements et des interactions des hommes. C’est ainsi que la COVID19 atteint l’Europe, l’Amérique du nord et du sud, l’Asie et l’Afrique. La maladie fait des victimes pratiquement dans toutes les parties du monde. Elle n’est plus considérée comme une épidémie, elle devient une pandémie, comme l’estime l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS). Au fait, le 30 janvier 2020 l’OMS déclare la COVID-19 une urgence de la santé publique internationale. Ironiquement la maladie fait plus de victimes et de rage dans d’autres parties du monde touchées qu’à Wuhan. A un moment, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l’Italie, l’Espagne et la France battent le record des pays qui ont plus de personnes infectées et encaissent plus de morts dus au covid-19. On enregistre près de trois millions de personnes infectées et plus de trois cent mille de morts de par le monde. Le nombre des infectés et des morts accroît au jour le jour. Tous les pays appliquent les mesures de fermeture de ville et de confinement de la population. Le monde scientifique semble dépassés car les efforts déployés semblent insuffisants et ne donnent pas le résultat escompté. Cette terrible situation que beaucoup aimeraient voir comme un cauchemar passager ramène dans notre mémoire Oran dans La Peste de Camus. Et elle nous montre le faible et étroit fil qui relie la fiction et la réalité comme pour dire que toute fiction semble une réalité susceptible (Berton 13).
P a g e 107 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES ENTRE ORAN ET WUHAN : CONVERGENCES ET DIVERGENCES DANS LE MAL ET LES MALHEURS Depuis l’époque classique jusqu’à nos jours l’un des traits majeurs du roman .traditionnel est la vraisemblance. Une vraisemblance souvent poussée à l’extrême au point qu’on peut parler de la cohabitation entre la fiction et la réalité. La Peste d’Albert Camus dont Oran est le cadre est un exemple typique de la vraisemblance réussie. Car, aujourd’hui il semble se manifester à Wuhan et dans le monde entier de fin 2019 à 2020 les propos prophétiques prononcés dans les années 1947 et retrouvés dans le tout dernier paragraphe de La Peste : Ecoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse ( 279). Il semble, en effet, que Wuhan est cette cité heureuse dont on parle dans La Peste. Car ce qu’Oran représente pour la fiction est ce que Wuhan représente pour la réalité crue et vécue. Et nous retrouvons dans ces deux lieux, tant à Oran qu’à Wuhan, des convergences et des divergences dans les manifestations du mal que le virus. D’abord au niveau de la découverte de la maladie : tant à Oran qu’à Wuhan cela débute avec les histoires des rats morts dans l’escalier d’un immeuble à Oran et dans le marché à Wuhan. Les découvertes des rats morts se multiplient et le 30 avril à Oran le concierge de l’immeuble tombe d’une curieuse maladie et meurt. De même à Wuhan le 11 janvier un homme de 61ans est atteint et meurt. La transmission de la maladie de l’animal à l’homme étant établie, on dénombre tant à Oran qu’à Wuhan des cas de fièvre mortelle non identifiée. La fièvre fait de plus en plus de victimes et dans les deux lieux les médecins et d’autres spécialistes se mettent au travail jusqu’à identifier le mal. A Oran on parle de la peste et à Wuhan on surnomme la nouvelle maladie covid-19. Les échanges de vues entre les médecins dans les deux lieux permettent la mise en place des mesures préventives. A Oran c’est la fermeture de la ville et à Wuhan c’est le confinement de toute une ville. On impose la quarantaine et l’isolement des victimes dans les deux villes. Au niveau des effets de la maladie, les mesures préventives prises ont des effets sur les populations des deux villes. A Oran la fermeture de la ville fait en sorte que les Oranais prennent conscience de leur situation pestiférée. On note les souffrances des séparés. Il est interdit à la population oranaise de correspondre en raison des risques de contagion et aussi de téléphoner pour que les lignes puissent être réservées aux seuls cas urgents. Les séparés découvrent la jalousie, la solitude et le sentiment de l’exil. A Oran les habitudes se transforment en raison du rationnement et des restrictions à la circulation. Certains, comme Cottard, se réjouissent de la situation et souhaitent sa continuité tandis que d’autres se plaignent des restrictions imposées, du rationnement des divers produits et des changements forcés
P a g e 108 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES dans leurs habitudes dus à la situation. Aussi à Oran la religion se mêle à la situation : un prêtre jésuite, le père Paneloux, prêche et explique que Dieu a laissé le fléau s’abattre sur les Oranais pour leur faire prendre conscience de la tiédeur de leur croyance et de la nécessité de revenir à la foi. Pour faire face à la peste à Oran beaucoup de gens s’engagent de diverses manières dans la lutte : il y a des équipes de soin surnommées les formations sanitaires volontaires qui aident les médecins à soigner les malades. Il y a également les équipes de médecins qui se lancent dans la recherche du vaccin. Il y a des séparés aussi qui supportent mal la claustration imposée par la fermeture de la ville et recherchent des moyens légaux et illégaux pour s’en sortir pour retrouver les leurs. A Wuhan les effets du covid-19 sont les mêmes que ceux de la peste à Oran. La grande divergence est que pendant que la peste à Oran est considérée comme une épidémie restreinte à la seule ville oranaise coupée du reste du monde par la fermeture de ses frontières, la COVID-19 est passé de l’épidémie à la pandémie du fait de sa propagation rapide dans tous les coins du monde. Depuis Wuhan, l’épicentre de la COVID-19 à ses débuts, jusqu’à d’autres pays du monde, les mesures préventives sont presque les mêmes : confinement, isolement, quarantaine, éloignement social, fermeture des frontières et cetera. Si la peste est une maladie d’Oran, la COVID-19 cesse très vite d’être une maladie de Wuhan pour devenir celle du monde entier grâce à sa propagation prodigieuse et à sa capacité d’atteindre tous les cinq continents. L’Organisation Mondiale de la Santé l’appelle « urgence de santé publique internationale ». Outre ces effets mentionnés ci-dessus et constatés dans les deux villes d’Oran et de Wuhan, la COVID19 qui est maintenant une maladie globale se mêle à beaucoup d’intrigues, de complots imaginés et de conspirations vraisemblances. On parle d’une tentative de réduire la population globale menée par Bill Gates et les grandes familles richissime du monde. On parle aussi d’une conspiration contre les chrétiens avec la technologie 5G qui doit amener le règne de l’antéchrist avec la marque 666. On parle du complot contre les pauvres surtout ceux de l’Afrique et de l’Asie. Tous les médias sociaux, Facebook, Whatsapp, Instagram, Twitter, Youtude, sont sollicités et débordés de ces histoires de complots et de conspirations inventées. Les gens en vivent et s’en nourrissent pour passer les temps de confinement. Tant à Oran qu’à Wuhan, la peste comme la COVID-19 est une maladie progressive qui atteint le sommet du plateau dans quelque mois. Pour la peste à Oran c’est au milieu du mois d’août en plein été et pour covid-19 c’est entre les mois de mars et d’avril. Donc pour les deux maladies la situation au sommet du plateau est catastrophique : A Oran, le vent d’été souffle et la peste recouvre tout. Elle gagne le centre-ville où certains quartiers sont isolés. Après c’est le tour de la prison d’être atteinte. Dans les villes et dans certains quartiers, on assiste à des scènes de violence, de pillages et d’incendie ce qui amène l’institution du couvre-feu. En raison de la montée de taux de décès, les enterrements de plus en plus nombreux se déroulent selon un cérémonial de plus en plus rapide. A un moment donné on manque de cercueils et on transporte les monceaux de corps dans les ambulances, puis dans des tramways pour les jeter dans deux fosses communes selon les sexes. Après on jette tous les morts quel que soit le sexe dans une seule fosse avant de décider de les brûler dans des fours crématoires. Les mêmes choses se passent à Wuhan et dans d’autres parties du monde où sévit la COVID-19 comme l’Italie, l’Espagne, la France et les Etats-Unis et qui surpasse Wuhan par nombre de cas et de décès pour devenir les épicentres de la maladie au sommet du plateau. Entre mars et avril à Wuhan et de par le monde on enregistre près de quatre millions de personnes infectées et près de trois cent mille morts. Dans certains pays comme les Etats-Unis on enregistre plus de mille morts dans une seule journée
P a g e 109 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES durant le sommet du plateau de la maladie. A un moment donné le premier ministre italien et son pays se disent dépassés par la situation et se remettent au ciel. Les effets au sommet de la maladie tant à Oran qu’à Wuhan font en sorte que les populations s’y installent et s’y habituent. A Oran plus précisément on voit des gens, comme Rambert, qui cherchent à sortir de la ville fermée se revirent quand tout est fixé et que tout semble prêt pour leur sortie. Les gens, comme le juge Othon, qui devient plus humain en raison de la perte des êtres chers. Des prêtres qui changent leur prédication et voient leur foi fléchir ayant assisté à l’agonie et à la mort des enfants innocents. A Wuhan et de par le monde les gens s’acclimatent à la claustration et à la mise en quarantaine imposées par le confinement et le couvre-feu qui s’en suit. CRITIQUE DE LA SITUATION ACTUELLE « Un monde confiné », pour paraphraser le titre d’un reportage télévisé de France24, voilà la situation à la fois dramatique et effrayante que vit le monde pendant la pandémie de Covid. Depuis Wuhan la nouvelle maladie, la COVID-19, atteint toutes les parties du monde. Tout comme un esprit malveillant il se promène et laisse derrière lui et sur son sillage un cortège des infectés et des morts. Les langues se délient et on assiste à des actions aussi rocambolesques que surréels surtout dans notre partie du monde que le Nigeria. Au Nigeria on a plus d’une douzaine de versions concernant comment le virus est entré dans le pays. Quand les citoyens de la première classe sont les premiers atteints, on surnomme la nouvelle maladie « the big man sickness ». Lorsque le virus se met à se propager et commence à faire des ravages, le gouvernement se réveille en sursaut. Le président condescend de parler à la presse et des mesures copiées et celles à la nigériane se mettent en place. On assiste à l’arrestation et au jugement intempestif des gens qui fêtent. Des actes de pillage et de brigandage se multiplient. Comme une mise en abime dans un théâtre, on parle de l’émergence d’une autre maladie en plein covid surnommée « Huvid-20 » pour « Hunger virus 2020 ». C’est évidemment les effets du confinement sans mesures palliatives adéquates ou supports aux familles démunies qui en sont les causes. Le Nigeria est un pays où il semble exister un grand fossé entre le gouvernement et les gouvernés. Par conséquent la confiance semble inexistante et les actions gouvernementales ne semblent pas être prises au sérieux. Les chiffres des infectés et des morts données par les autorités sont contestées. Les gens tendent à croire qu’il y a une tentative de la part des autorités à minimiser les conséquences drastiques et négatives de la COVID-19 en matière des nombres des infectés et des morts. Les morts mystérieuses de l’Etat de Kano semblent valider cette thèse. Partout dans le pays ce sont des actions et des réactions familières et inhabituelles. On commence à distribuer les palliatifs en matière de denrées alimentaires. Les citoyens crient au complot, à l’empoisonnement. Les autorités montent au créneau pour réfuter les allégations. En tout et dans tout, personne ne sait à quel dieu il faut croire ni où mettre la tête. Un mois passé dans le confinement et sans issu. Et on attend dans l’attente le jour de la joie, de l’allégresse générale et de la libération comme les Oranais.
P a g e 110 | 185 VOLUME 8, NUMBER 1, JULY, 2024 : BEYOND BABEL: BU JOURNAL OF LANGUAGE, LITERATURE, AND HUMANITIES Conclusion Nous avons présenté dans cet article un tour d’horizon sur le rapport entre l’histoire et la littérature, sur les grandes pandémies fictives et réelles et surtout sur celle que nous avons tous vécue, la COVID-19. L’histoire et la littérature se nourrissent et se réfléchissent mutuellement et La Peste d’Albert Camus nous a montré, à travers cette analyse, que le roman est non seulement un miroir mais qu’il pourrait assumer une fonction cathartique et prophétique. Victor Hugo se disait « l’écho sonore » de son temps, car la voix de l’écrivain est la voix de l’humanité. Quand l’écrivain se tait, l’humanité s’endort. Ainsi prions-nous nos écrivains de s’engager de plus en plus dans les actions sociales pour maintenir la population en éveil Œuvres Citées Alluin, Bernard. Profil d’une œuvre : La Peste. Paris : Hatier, 1998. Berton, Jean-Claude. Histoire de la littérature française. XXe siècle. Paris : Hatier, 1993. ……………………… 50 romans clés de la littérature française. Paris : Hatier, 1983. Camus, Albert. La Peste. Paris : Gallimard, 1947. Darcos, Xavier et al. XXe : Perspectives et Confrontations. Paris : Hachette, 2009. Lecherbonnier, Bernard et al. Littérature. Textes et Documents : XXe siècle. Paris : Nathan, 2001. Rincé, Dominique et al. Textes français et histoire littéraire : XIXe siècle. Paris : Ferdinand Nathan, 2004.