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Les forêts communautaires, un pilier pour le développement durable et la lutte contre le changement climatique au Togo, Afrique de l'Ouest

Atsri Komina Honam

Abstract

L'Afrique de l'Ouest connaît un rythme alarmant de déforestation, particulièrement préoccupant au Togo où le bois-énergie constitue 80 à 90% des besoins énergétiques des ménages à des fins de cuisson des repas et de chauffage d’eau. Cette dépendance s'explique par le faible accès à l'électricité et aux combustibles alternatifs, créant un cercle vicieux : la pression insoutenable sur les écosystèmes forestiers accélère leur dégradation et compromet les moyens de subsistance des populations rurales. Face à cette crise, la foresterie communautaire émerge comme une solution prometteuse pour concilier la conservation des écosystèmes et le développement socio-économique. Le Togo dispose actuellement d'un patrimoine de 188 forêts communautaires couvrant 87 168 hectares, soit 1,54% du territoire national. L'analyse révèle des disparités territoriales significatives : 80% des superficies sont concentrées dans les régions Centrale (41%) et Kara (39%), tandis que les régions des Plateaux, Maritime et Savanes présentent des superficies plus modestes. Une dynamique positive est observée depuis 2010, avec une augmentation de 25% de la superficie totale par rapport à 2023, témoignant d'une mobilisation croissante des acteurs locaux en faveur de la foresterie communautaire. Le pays s'est doté d'un cadre de gestion de ces forêts incluant une série d'arrêtés ministériels et de manuel de procédure de création et de gestion des forêts communautaires. La gestion de ces forêts repose principalement sur des Comités Villageois de Développement (CVD) avec l'appui technique d'ONG et de partenaires internationaux à travers des projets. La variabilité de superficies de ces forêts exige des stratégies adaptées : gestion durable et exploitation planifiée pour les grandes forêts (≥ 1000 ha) ; agroforesterie et valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL) pour les petites superficies. Cependant, des défis majeurs persistent et entravent le développement optimal des forêts communautaires. Des déficits de gouvernance se manifestent par une reconnaissance légale souvent insuffisante des entités de gestion et par leurs capacités organisationnelles limitées. Parallèlement, des insuffisances techniques sont observées, avec des plans d'aménagement approximatifs, des inventaires forestiers inadéquats et un zonage inadapté aux réalités du terrain. Enfin, la faible rentabilité économique, caractérisée par une exploitation limitée générant des revenus insignifiants, menace directement l'engagement et la motivation des communautés locales. Les forêts communautaires offrent des bénéfices intégrés, conciliant les enjeux environnementaux et le développement humain. Sur le plan écologique, elles assurent la conservation de la biodiversité, la restauration des écosystèmes et une gestion durable des ressources naturelles, tandis que sur le plan socio-économique, elles génèrent des revenus diversifiés, contribuent à la réduction de la pauvreté et renforcent la cohésion sociale. Parallèlement, elles jouent un rôle culturel et éducatif essentiel en préservant les connaissances traditionnelles et en servant de support à l'éducation environnementale. Enfin, leur contribution climatique et de gouvernance se manifeste à travers la séquestration du carbone, le renforcement de la résilience des communautés et la décentralisation de la gestion des ressources naturelles. Pour relever ces défis, il est proposé un cadre stratégique intégré visant à consolider la foresterie communautaire. Il préconise le renforcement des capacités de gouvernance qui doit passer par une bonne structuration, la formation et l'inclusion de toutes les composantes de la communauté dans les instances décisionnelles. Sur le plan économique, la diversification des activités via l'agroforesterie, la valorisation des produits forestiers non ligneux et l'écotourisme est essentielle pour assurer la rentabilité. L'amélioration des capacités techniques nécessite l'adoption de paramètres d'exploitation quantifiés et de protocoles d'inventaire standardisés. Enfin, la sécurisation foncière par l'obtention de titres fonciers, couplée à l'innovation technologique et au renforcement de la résilience climatique, complète ce dispositif pour une gestion durable et équitable.

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Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) ISSN: 2958-8413 Vol. 3, No. 6, Décembre 2025 This is an open access article under the CC BY-NC-ND license. http://www.revue-irs.com 7353 Les forêts communautaires, un pilier pour le développement durable et la lutte contre le changement climatique au Togo, Afrique de l'Ouest Atsri Komina Honam 1 Ministère de l’environnement, des ressources forestières, de la protection côtière et du changement climatique du Togo Résumé : L'Afrique de l'Ouest connaît un rythme alarmant de déforestation, particulièrement préoccupant au Togo où le bois-énergie constitue 80 à 90% des besoins énergétiques des ménages à des fins de cuisson des repas et de chauffage d’eau. Cette dépendance s'explique par le faible accès à l'électricité et aux combustibles alternatifs, créant un cercle vicieux : la pression insoutenable sur les écosystèmes forestiers accélère leur dégradation et compromet les moyens de subsistance des populations rurales. Face à cette crise, la foresterie communautaire émerge comme une solution prometteuse pour concilier la conservation des écosystèmes et le développement socio-économique. Le Togo dispose actuellement d'un patrimoine de 188 forêts communautaires couvrant 87 168 hectares, soit 1,54% du territoire national. L'analyse révèle des disparités territoriales significatives : 80% des superficies sont concentrées dans les régions Centrale (41%) et Kara (39%), tandis que les régions des Plateaux, Maritime et Savanes présentent des superficies plus modestes. Une dynamique positive est observée depuis 2010, avec une augmentation de 25% de la superficie totale par rapport à 2023, témoignant d'une mobilisation croissante des acteurs locaux en faveur de la foresterie communautaire. Le pays s'est doté d'un cadre de gestion de ces forêts incluant une série d'arrêtés ministériels et de manuel de procédure de création et de gestion des forêts communautaires. La gestion de ces forêts repose principalement sur des Comités Villageois de Développement (CVD) avec l'appui technique d'ONG et de partenaires internationaux à travers des projets. La variabilité de superficies de ces forêts exige des stratégies adaptées : gestion durable et exploitation planifiée pour les grandes forêts (≥ 1000 ha) ; agroforesterie et valorisation des produits forestiers non ligneux (PFNL) pour les petites superficies. Cependant, des défis majeurs persistent et entravent le développement optimal des forêts communautaires. Des déficits de gouvernance se manifestent par une reconnaissance légale souvent insuffisante des entités de gestion et par leurs capacités organisationnelles limitées. Parallèlement, des insuffisances techniques sont observées, avec des plans d'aménagement approximatifs, des inventaires forestiers inadéquats et un zonage inadapté aux réalités du terrain. Enfin, la faible rentabilité économique, caractérisée par une exploitation limitée générant des revenus insignifiants, menace directement l'engagement et la motivation des communautés locales. 1 Coordonnateur national du Programme d’Appui à la lutte contre le Changement Climatique, la Protection de la biodiversité et l’agroécologie au Togo : ORCID 0000-0001-5594-316X Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7354 Les forêts communautaires offrent des bénéfices intégrés, conciliant les enjeux environnementaux et le développement humain. Sur le plan écologique, elles assurent la conservation de la biodiversité, la restauration des écosystèmes et une gestion durable des ressources naturelles, tandis que sur le plan socio-économique, elles génèrent des revenus diversifiés, contribuent à la réduction de la pauvreté et renforcent la cohésion sociale. Parallèlement, elles jouent un rôle culturel et éducatif essentiel en préservant les connaissances traditionnelles et en servant de support à l'éducation environnementale. Enfin, leur contribution climatique et de gouvernance se manifeste à travers la séquestration du carbone, le renforcement de la résilience des communautés et la décentralisation de la gestion des ressources naturelles. Pour relever ces défis, il est proposé un cadre stratégique intégré visant à consolider la foresterie communautaire. Il préconise le renforcement des capacités de gouvernance qui doit passer par une bonne structuration, la formation et l'inclusion de toutes les composantes de la communauté dans les instances décisionnelles. Sur le plan économique, la diversification des activités via l'agroforesterie, la valorisation des produits forestiers non ligneux et l'écotourisme est essentielle pour assurer la rentabilité. L'amélioration des capacités techniques nécessite l'adoption de paramètres d'exploitation quantifiés et de protocoles d'inventaire standardisés. Enfin, la sécurisation foncière par l'obtention de titres fonciers, couplée à l'innovation technologique et au renforcement de la résilience climatique, complète ce dispositif pour une gestion durable et équitable. Mots clés : Gestion communautaire ; déforestation ; durabilité environnementale ; sécurisation foncière ; résilience climatique. Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.17848135 1 Introduction L'Afrique de l'Ouest subit un rythme alarmant de déforestation et de dégradation forestière, principalement due à l'expansion agricole, à l'exploitation non régulée du bois et aux pressions démographiques (Achard et al., 2017; Assede et al., 2023; Mensah et al., 2024). Cette tendance est préoccupante au Togo, où le bois-énergie, principalement le bois de chauffe et le charbon de bois, constitue 80 à 90 % des besoins énergétiques des ménages à des fins de cuisson des repas et de chauffage d’eau (Kaina et al., 2021; Madon, 2017). Cette dépendance s'explique par le faible accès à l'électricité et aux combustibles alternatifs, faisant des ressources forestières un pilier essentiel pour la subsistance des ménages, l'artisanat et les petites industries locales. La déforestation au Togo, documentée dans le rapport de référence des forêts de 2020 et dans d’autres études(Kombate et al., 2022; Moluh Njoya et al., 2024; Wilson et al., 2002, 2002), trouve ses causes directes dans les pratiques agricoles itinérantes, les feux de végétation et l'exploitation du bois (Atsri et al., 2018). Les moteurs indirects de cette perte de forêts résident dans la pauvreté, la croissance démographique et l'urbanisation rapide. Cette situation crée un cercle vicieux : la forte dépendance aux ressources forestières génère une pression insoutenable sur les écosystèmes, accélérant leur dégradation et compromettant à terme les moyens de subsistance des populations rurales. Dans ce contexte critique, la foresterie communautaire émerge comme une solution prometteuse (Adebu et al., 2020; Elong, 1997). En transférant la gestion des forêts aux communautés locales, ce modèle vise à concilier la conservation des écosystèmes et le développement socio-économique(Touré, 2025). Les expériences concluantes en Afrique centrale et de l’Ouest (Blomley, 2013; Doucet et al., 2012; Kakelengwa et al., 2016; Peltier, 2012; Peltier et al., 2009) et en Asie du Sud-Est (Peemans et al., 2015) démontrent la capacité du modèle à instaurer une gouvernance participative, à générer des revenus durables par la commercialisation de produits forestiers, l’économie verte et l'écotourisme, et à renforcer la résilience climatique (Lin et al., 2019; Pandey et al., 2016). Le Togo a entamé une reconnaissance institutionnelle de cette approche grâce à la loi-cadre n° 2008-005 sur l’environnement du 30 mai 2008 et le code forestier (2008), renforcés par un manuel de procédures (2015) et des arrêtés (2016) fixant entre autres le canevas du plan simple de gestion, de convention et de charte et la définition de la procédure de création et d’attribution des forêts communautaires. Cependant, des défis persistent, notamment l'absence de zones de production structurées dans les plans de zonage des forêts communautaires et de mécanismes de gestion efficaces, comme l'ont révélé les évaluations autour du parc national Fazao-Malkassa (DUE-Togo, 2023). En effet, la plupart des forêts communautaires du Togo, telles qu'Alibi 1, Bago, Bassar, Katandjala, Kpangalam et Kalaré, font face à des défis majeurs de gouvernance, de rentabilité économique et de gestion opérationnelle. Leurs entités de gestion manquent souvent de reconnaissance Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7355 légale et de capacités organisationnelles, tandis que les plans d'aménagement de ces forêts présentent des insuffisances comme le taux d’inventaire forestier faible, le zonage inadapté et l’exploitation forestière limitée à un taux faible de leur potentiel forestier exploitable (PALCC+/MERF, 2025). Cette faible exploitation, centrée sur le bois d’œuvre et ignorant le bois énergie et les produits forestiers non ligneux (PFNL), génère des revenus insignifiants, ce qui menace l’engagement des populations et des propriétaires terriens, et favorise les activités illégales d’exploitation des ressources et l’empiètement agricole (Djideal, 2023). Ces lacunes nécessitent une clarification approfondie du concept de foresterie communautaire pour en maximiser le potentiel. Cet article vise à analyser les dynamiques actuelles, le cadre de gestion, les impacts et les défis de la foresterie communautaire au Togo, afin de formuler des recommandations pour renforcer son rôle en tant qu'instrument intégré de développement durable. Pour atteindre cet objectif, cette étude se propose de répondre aux questions suivantes : (i) Quel est l'état actuel du patrimoine des forêts communautaires au Togo, et quelles stratégies de gestion cette dynamique impose-t-elle ? (ii) Dans quelle mesure le cadre de gestion des forêts communautaires au Togo concilie-t-il la sécurisation foncière, la durabilité écologique et les bénéfices socio-économiques de ces forêts ? (iii) Quels sont les avantages multidimensionnels (écologiques, socio-économiques, culturels et climatiques) que peut générer la création des forêts communautaires pour les communautés locales ? (iv) Quelles approches de solutions intégrées permettent de relever les défis de gestion de ces forêts communautaires tout en renforçant leur résilience et leur durabilité ? Pour répondre à ces questions de recherche et atteindre l'objectif général, cette étude poursuit les objectifs spécifiques suivants : (i) Établir un diagnostic actualisé du patrimoine forestier communautaire du Togo en évaluant son étendue, sa répartition géographique et ses caractéristiques structurelles, afin d'identifier les dynamiques territoriales ; (ii) Évaluer l'efficacité du cadre légal et opérationnel de gestion des forêts communautaires notamment sa capacité à concilier la sécurisation foncière pour les communautés, la durabilité écologique des écosystèmes et la génération de bénéfices socio-économiques tangibles ; (iii)caractériser les avantages multidimensionnels (écologiques, socio-économiques, culturels et climatiques) que peuvent générer les forêts communautaires ; (iv) Formuler des recommandations opérationnelles pour relever les défis de gouvernance, techniques et économiques, en vue de renforcer la résilience, la performance et la durabilité des forêts communautaires au Togo. Cette analyse prospective cherche à déterminer comment concilier la préservation des écosystèmes, la sécurisation foncière pour les communautés et l'amélioration de leurs conditions socio-économiques. Une meilleure compréhension du concept de foresterie communautaire permettrait aux acteurs impliqués (ONG, communautés locales, techniciens, décideurs politiques et partenaires techniques et financiers) de mieux encadrer les initiatives, de soutenir la mobilisation de ressources financières adéquates, et ainsi garantir la réussite des projets de création des forêts communautaires et de valorisation de leur potentiel de développement. 2 Matériels et méthodes 2.1. Localisation, contexte écologique et socio-économique du Togo Le Togo est un pays d'Afrique de l'Ouest, limité par le Ghana à l'ouest, le Burkina Faso au nord et le Bénin à l'est, avec une façade maritime de 50 km sur le golfe de Guinée au sud. Son territoire s'étire sur environ 650 km du nord au sud pour une superficie de 56 600 km², structuré administrativement en cinq régions (Maritime, Plateaux, Centrale, Kara et Savanes) subdivisées en 117 communes. Le relief est marqué par la chaîne des monts Togo, traversant le pays du sud-ouest au nord-est, qui sépare une plaine côtière au sud, des plateaux au centre, et des plaines au nord. Le climat, de type tropical, varie du subéquatorial au sud avec deux saisons des pluies, au soudanien au nord, plus sec, avec des précipitations annuelles allant de moins de 900 mm à plus de 1500 mm sur les reliefs. Le pays possède un réseau hydrographique organisé autour de trois grands bassins : la Volta au nord, le Mono au centre-sud et le système des lacs et rivières côtières au sud. Les travaux de cartographie de la végétation du Togo réalisés sur la plateforme Google Earth Engine (GEE) en utilisant une image composite médiane de 2022 de Sentinel-2 et 1324 points d'entraînement répartis en neuf classes d'occupation du sol ont permis de distinguer : les forêts denses, caractérisées par un couvert arboré fermé et une végétation dense ; les forêts claires et savanes boisées, où les arbres sont espacés et laissent davantage de lumière atteindre le sol, avec un tapis graminéen peu fourni ; des espaces ouverts dédiés à l'agriculture ou aux cultures vivrières, souvent parsemés d’arbres préservés comme le karité et le néré pour leur valeur socioéconomique (formant des parcs agroforestiers) ou plantés d'essences telles que le caféier et le cacaoyer (agroforêts) ; ainsi que des terres agricoles consacrées à la culture de l'anacardier, du palmier à huile, ou encore des plantations d'arbres de teck (plantations). S’y ajoutent des terres cultivées et des paysages typiques de savane arborée et arbustive ponctués d'arbres et d'arbustes avec un couvert graminéen important (mosaïque savane et autres terres cultivées). Les plans d'eau regroupent toutes les entités aquatiques, comme les lacs et les cours d’eau, tandis que les "agglomérations" intègrent l'ensemble des bâtiments (résidentiels et non résidentiels), les routes et les structures Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7356 pavées. Enfin, les mangroves et les prairies y figurent comme des écosystèmes clés, les premières formant des forêts littorales inondables dominées par les palétuviers, et les secondes constituant des étendues herbacées essentielles à la biodiversité et aux activités pastorales (figure 1). Le tableau 1 fournit les estimations des superficies de ces occupations du sol. Cette classification a été réalisée avec l’algorithme Random Forest (RF) pour entraîner le classificateur sur le jeu de données d'entraînement avec une précision globale de 88 %, et un coefficient Kappa de 86 %. Tableau 1 : Estimations des superficies des principales occupations du sol du Togo Occupation du sol Superficie en km² Forêt dense 388 Agroforêt 315 Parc agroforestier 11 341 Forêt claire / savane boisée 2 618 Plantations 3 510 Mosaïque savane et autres terres cultivées 37 154 Mangrove /prairie 116 Plan d'eau 187 Agglomération 970 Total 56 600 Par ailleurs, en 2025, la population du Togo est estimée à 9,5 millions d'habitants, caractérisée par sa jeunesse (40% a moins de 15 ans) et une croissance démographique annuelle de 2,3 %(Banque mondiale, 2024). L'économie togolaise a affiché une croissance robuste, autour de 5 à 6 % ces dernières années, soutenue par les investissements publics et privés, mais elle reste inférieure à celle de certains pays pairs en raison de contraintes structurelles. Les perspectives à moyen terme prévoient un ralentissement temporaire (5,3 %) suivi d'une reprise, portée par la consommation privée et l'investissement, malgré des risques liés à l'insécurité régionale, au changement climatique et à un endettement public élevé. Le développement de l'agroforesterie est identifié comme une solution clé pour renforcer la résilience climatique, la sécurité alimentaire et la transformation rurale, malgré des investissements initiaux importants (Banque mondiale, 2024). Le Togo est confronté à d'importants défis environnementaux, notamment la dégradation des sols, la déforestation (taux de couverture forestière de 24,24% en 2016) et une forte vulnérabilité aux effets du changement climatique (érosion côtière, inondations et sécheresses). Malgré une pauvreté en baisse (45,5% en 2019) et un Indice de Développement Humain en progression (0,539 en 2021/2022), des disparités territoriales et sociales persistent. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7357 Figure 1 : Carte des principales occupations du sol au Togo Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7358 2.2. Approches méthodologiques Ces travaux se sont appuyés sur une approche méthodologique combinant des méthodes qualitatives et quantitatives pour assurer une analyse complète et contextualisée. Cette démarche a permis de dresser un état des lieux précis, d’identifier les enjeux et de proposer des pistes d’amélioration pour la gestion durable des forêts communautaires. En effet, la collecte des données relatives au nombre, à la superficie et à la répartition géographique des forêts communautaires a été réalisée grâce à une triangulation des sources. Elle s’est appuyée sur : (i) les administrations forestières préfectorales, qui ont fourni des données locales actualisées ; (ii) les ONG actives dans le secteur dont les rapports et suivis de terrain ont enrichi le recensement ; (iii) les données de l’administration forestière centrale ; (iv) les rapports des projets du secteur environnement et (v) les observations de terrain, issues de plusieurs années d’expérience dans la mise en œuvre et l’accompagnement de projets de foresterie communautaire au Togo. Cette diversité de sources a permis de constituer une base de données fiable et représentative des forêts communautaires. En complément, des entretiens semi-structurés ont été menés auprès des gestionnaires des forêts communautaires (comités villageois, associations de gestion, chefs traditionnels, personnes ressources, techniciens en foresterie, etc.) et des représentants des ONG d’appui technique. Ces entretiens ont offert un éclairage qualitatif précieux sur les réalités de terrain, les défis de gouvernance, les contraintes socio-économiques et les dynamiques locales de gestion. Ils ont également permis de saisir les perceptions des acteurs et de recueillir leurs recommandations pour une gestion plus inclusive et durable de ces forêts. Par ailleurs, une revue documentaire approfondie a été réalisée à partir de : (i) rapports d’études et d’évaluation de projets, rapports d’activités des entités de gestion des forêts communautaires ; (ii) publications scientifiques indexées, consultées à travers Google Scholar, portant sur la foresterie communautaire en Afrique de l’Ouest et ailleurs et (iii) textes juridiques nationaux (loi-cadre sur l’environnement, code forestier, manuels de procédures, arrêtés, etc.). Les travaux de recherche récents, dont ceux d’Atakpama et al. (2023), qui ont servi de référence pour les comparaisons temporelles et l’analyse des tendances. Cette revue a permis de situer le cas togolais dans un cadre théorique et comparatif plus large, tout en identifiant les bonnes pratiques et les limites. Enfin, l’analyse des données a intégré une démarche critique, nourrie par l’expertise de l’auteur en conservation et en changement climatique. Cette posture a facilité l’interprétation des résultats, l’analyse des impacts de la foresterie communautaire et la formulation de recommandations en la matière. Ainsi, la méthodologie adoptée allie empirisme et analyse documentaire, observation participante et entretiens de terrain, pour offrir une vision holistique et opérationnelle de la foresterie communautaire au Togo. 3. Résultats et discussions 3.1. Définition, caractéristiques et objectifs généraux des forêts communautaires La foresterie communautaire se définit comme un système réglementé de pratiques et de méthodes pour l'utilisation de la forêt et de ses ressources, dont les textes juridiques fondateurs assurent la participation des communautés locales (Elong, 1997). Dans ce cadre, une forêt communautaire se définit comme une zone forestière gérée et utilisée de manière collective par une communauté locale, souvent dans le but de préserver les ressources naturelles tout en répondant aux besoins socio-économiques et culturels de ses membres. En effet, dans le contexte écologique ouest-africain et plus précisément du Togo, une zone forestière sous-entend une étendue de plus de 0,5 hectare caractérisée par un peuplement d’arbres d’une hauteur supérieure à 5 mètres et par un couvert forestier de plus de 10 %. Cette assertion de la forêt qui inclut les peuplements ligneux susceptibles d'atteindre ces seuils, s'inspire de la définition normative de la forêt établie par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)(Chazdon et al., 2016; Murray et al., 2025). Elle prend en compte donc, au-delà des forêts denses, les savanes arborées et boisées, les forêts claires et les forêts plantées au Togo. Cette définition opérationnelle de la forêt s'écarte de la conception écologique classique, laquelle décrit la forêt comme un écosystème naturel caractérisé par un peuplement arboré dense d'une hauteur supérieure à 15 mètres, un couvert fermé sans ouvertures majeures, et un sous-bois composé d'arbustes sempervirents ou décidus, épars et peu abondants, accompagnés de quelques touffes de graminées (Lund, 2002). Ces forêts communautaires se distinguent par plusieurs caractéristiques fondamentales qui assurent leur pérennité et leur utilité sociale. Leur gestion est avant tout collective, cela suppose que la communauté elle-même est responsable des décisions concernant l'utilisation et la conservation de la forêt (Koumba, 2009). Leur gestion s'appuie souvent sur des règles formelles ou des traditions locales, qui guident les pratiques et préservent un savoirfaire ancestral. L'objectif central de leur gestion est la génération de bénéfices, tant économiques qu'écologiques, qui profitent principalement à la communauté locale, renforçant ainsi son autonomie. Pour être viables et Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7359 protégées, ces forêts doivent jouir d'une reconnaissance légale, où la loi accorde explicitement aux communautés le droit de leur gestion, consolidant ainsi leur statut et leur autorité sur ce patrimoine naturel(Touré, 2025). Ces forêts ont pour objectifs généraux de : (i) préserver les écosystèmes forestiers, (ii) renforcer les droits et les moyens de subsistance des communautés locales, (iii) promouvoir une utilisation équitable et durable des ressources et (iv) lutter contre la déforestation et la dégradation des terres. Les terres agroforestières peuvent donc être intégrées parmi les vocations assignées aux forêts communautaires. 3.2. Avantages de création des forêts communautaires D’une façon générale, les forêts offrent de nombreux services écosystémiques fondamentaux, tels que la séquestration du carbone, la protection des ressources en eau, la préservation de la biodiversité, la protection des sols, le cycle des nutriments et la régulation du climat(Dreyer & Landmann, 2012; Dufrêne & Maebe, 2017). Dans cette continuité, la création d'une forêt communautaire incarne et renforce concrètement ces bénéfices, en offrant des avantages multiples qui vont au-delà de la simple conservation. Elle permet non seulement de protéger la biodiversité, mais aussi d’améliorer directement les conditions de vie des populations locales, tout en participant au renforcement de la gouvernance et à la lutte contre le changement climatique(Meunier et al., 2013). 3.2.1. Avantages écologiques Les forêts communautaires constituent un levier pour la préservation des milieux naturels, et ce, à travers trois actions complémentaires. Elles assurent d'abord la conservation de la biodiversité en encourageant des pratiques de gestion durable qui protègent les écosystèmes naturels. Ensuite, elles permettent la restauration des écosystèmes dégradés, les communautés locales jouant un rôle clé dans le reboisement ou l’enrichissement pour améliorer la santé des forêts. Enfin, elles instaurent une gestion durable des ressources, favorisant une utilisation responsable qui évite la surexploitation et promeut la régénération naturelle(Adebu et al., 2020). 3.2.2. Avantages socio-économiques Les forêts communautaires sont un vecteur important de développement rural, dont les bénéfices socioéconomiques sont étroitement liés. En générant des revenus diversifiés par la vente de bois, du bois-énergie, de produits forestiers non ligneux, de produits agricoles biologiques ou l'écotourisme, elles contribuent directement à la réduction de la pauvreté et à l'amélioration des moyens de subsistance des communautés(Tonye, 2008; von Stieglitz, 2000). Ce processus économique s'accompagne d'une profonde transformation sociale. En effet, la gestion collective des ressources renforce la cohésion sociale en favorisant la collaboration et l'autonomisation des communautés grâce au pouvoir décisionnel dont elles disposent pour prendre en charge leur propre développement. 3.2.3. Avantages culturels et éducatifs Au-delà de leurs bénéfices économiques et écologiques, les forêts communautaires jouent un rôle fondamental dans la valorisation du patrimoine culturel et la formation des générations futures. Elles constituent en effet un cadre vivant essentiel pour la préservation des connaissances traditionnelles, en permettant la transmission concrète des savoirs ancestraux liés à la flore, à la faune et à la gestion des écosystèmes(von Stieglitz, 2000). Cette fonction de conservation est intimement liée à un volet d'éducation et de sensibilisation ; ces forêts servent de salles de classe en plein air, offrant des opportunités pour l'éducation environnementale et pour faire comprendre, par l'expérience directe, l'importance cruciale de la conservation de la biodiversité. Ainsi, en servant de pont entre le passé et l'avenir, les forêts communautaires assurent la pérennité d'une culture forestière et forgent une conscience écologique indispensable au développement durable. 3.2.4. Avantages climatiques et gouvernance Les forêts communautaires représentent une approche intégrée qui allie efficacement la lutte contre le changement climatique et le renforcement de la gouvernance locale. Sur le plan environnemental, elles jouent un rôle crucial dans l'atténuation du réchauffement planétaire grâce à la séquestration du carbone, tout en renforçant la résilience au changement climatique des populations. En stabilisant les écosystèmes et en fournissant des ressources essentielles, elles aident les communautés à s'adapter aux impacts existants (Houssein et al., 2016). Parallèlement, ce modèle de gestion agit comme un instrument de renforcement de la gouvernance. Il favorise la décentralisation de la gestion des ressources naturelles et instaure une participation active des populations locales aux processus décisionnels, créant ainsi une boucle vertueuse où une gouvernance inclusive et responsable est la condition de la pérennité des services climatiques rendus par ces forêts. Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7360 3.3. Etat de la foresterie communautaire du Togo Le Togo dispose actuellement d’un patrimoine de 188 forêts communautaires, couvrant une superficie totale de 87 168 hectares soit 1,54% du territoire national (voir la liste des forêts communautaires du Togo avec le lien : https://docs.google.com/spreadsheets/d/18_reyd3qeOPdKoviBVPOiFwikpmgef3/edit?usp=drive_link&ouid=107075448238756665808&rtpof=true&sd=true ). Ces espaces forestiers, répartis de manière inégale sur le territoire, illustrent l’engagement des communautés locales en faveur de la gestion durable des ressources naturelles. La plus ancienne forêt communautaire identifiée remonte à 1800 (Godjin-Godjé, en région Maritime), suivie de plusieurs créations dans les années 1950 à 1960. Une accélération notable est observée depuis 2010, témoignant d'une mobilisation croissante, bien que peu de forêts disposent encore de plans d'aménagement ou de gestion formalisée. La gestion de ces forêts repose principalement sur des Comités Villageois de Développement (CVD) ou des comités spécialisés, avec parfois l’implication de chefs traditionnels ou de prêtres vodou. Plusieurs organisations apportent un appui technique, telles que les ONG ODIAE, Inades Formation Togo, AVSF Togo, RAFIA, AE2D, et les partenaires techniques et financiers comme la coopération allemande GIZ, l’Union européenne aux côtés du ministère chargé de la foresterie communautaire. L'analyse de la répartition géographique révèle des disparités territoriales significatives. La région Centrale se distingue avec 56 forêts communautaires (30 % du total) et 35 631 hectares, concentrant 41 % de leur superficie totale. La région Kara, bien que ne comptant que 23 forêts (12 % du total), présente une superficie considérable de 33 831 hectares (39 % du total), caractérisée par des forêts de grande taille comme Bassar et Kantandjala. Les régions des Plateaux et Maritime présentent respectivement 33 et 38 forêts, mais des superficies plus modestes de 8 838 et 6 175 hectares (10 % et 7 % du total). La région des Savanes, avec 39 forêts, ne couvre que 2 682 hectares (3 % du total), ce qui en fait la région la moins dotée (tableau 2). Selon l’inventaire réalisé par Atakpama et al. (2023), le Togo comptait 171 forêts communautaires, couvrant une superficie totale de 65 719 hectares, principalement localisées dans les régions Centrale et des Plateaux. Une comparaison avec les données actuelles met en évidence une dynamique positive de la foresterie communautaire, caractérisée par plusieurs évolutions notables : la création de nouvelles forêts, telles que Egbikope, Gounado et Logové ; l’extension significative de superficies existantes, comme celles de Kantandjala (passée de 2 611 à 21 000 ha) et de Tchalo (de 5,1 à 3 405,1 ha) ; ainsi qu’une amélioration des conditions cadres et de l’expertise qui soutiennent ces initiatives locales. La forêt classée de Sirka, à tort assimilée aux forêts communautaires, a été reclassée conformément à son statut initial. Ces avancées expliquent l’augmentation du nombre de forêts communautaires (+17) et de la superficie totale (+25 %) par rapport au recensement de 2023. Elles soulignent également l’importance cruciale de disposer d’un cadre institutionnel spécifiquement dédié avec une base de données régulièrement actualisée, indispensable pour accompagner les politiques publiques et les initiatives communautaires en faveur d’une gestion durable des forêts. Comme le soulignent Atakpama et al. (2023), la majorité des forêts communautaires au Togo, bien qu’ayant franchi les premières étapes de création prévues par l’arrêté définissant leur procédure d’établissement, ne sont pas encore officiellement enregistrées auprès de l’administration forestière. Dans ce contexte, il apparaît nécessaire de clarifier le statut de certaines d’entre elles, qui correspondent davantage aux critères des Aires et Territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire (APAC) ou forêts sacrées qui sont des écosystèmes gérés par les communautés locales en vue de la conservation de la biodiversité (mare Afito, Akissa, etc.). Cette clarification pourrait s’appuyer sur l’adoption prochaine de la nouvelle loi relative à la création et à la gestion des aires protégées au Togo, offrant ainsi un cadre juridique adapté à ces initiatives de conservation communautaire. Tableau 2 : Nombre et superficie de forêts communautaires par région du Togo Région Nombre de forêts communautaires Superficie totale (ha) Centrale 56 35 631 Kara 23 33 831 Plateaux 39 8 838 Maritime 39 6 175 Savanes 31 2 692 Total 188 87 168 Revue Internationale de la Recherche Scientifique (Revue-IRS) - ISSN : 2958-8413 http://www.revue-irs.com 7361 La concentration des grandes forêts communautaires dans les préfectures de Bassar et Tchamba, et la répartition inégale des superficies (80 % concentrés dans les régions Centrale et Kara) reflètent des contextes écologiques, fonciers et socio-économiques distincts. Cette diversité exige des stratégies adaptées à la taille des forêts. Ainsi, les grandes forêts (≥ 1000 ha) nécessitent une gestion durable et une exploitation planifiée de leurs ressources, tandis que pour les petites superficies, les modèles privilégiés s'orientent vers l'agroforesterie autour d’elles, la restauration écologique et le renforcement du potentiel des produits forestiers non ligneux à haute valeur socioéconomique. Dans cette optique, il serait souhaitable de : (i) prioriser les investissements dans les zones à fort potentiel (autour des aires protégées) ; (ii) capitaliser sur l'expertise de ces zones pour essaimer vers d'autres territoires ; (iii) adapter les modèles de gestion, avec une approche intensive pour les petites forêts et une exploitation durable pour les grandes ; et (iv) développer des chaînes de valeur spécifiques selon le potentiel et la taille des forêts communautaires. Cette réflexion stratégique est essentielle pour renforcer le rôle de la foresterie communautaire dans la lutte contre la déforestation, la restauration des paysages forestiers avec les espèces locales, la conservation de la biodiversité et la diversification des revenus des populations rurales. 3.3. Cadre légal et opérationnel de gestion des forêts communautaires au Togo La loi n°2008-009 portant code forestier définit les domaines forestiers de l’État, des collectivités territoriales et des particuliers, constituant ainsi le fondement juridique de la création, de l’attribution et de la gestion des forêts communautaires au Togo. La loi n° 2008-005 portant loi-cadre sur l’environnement consacre quant à elle la participation des populations à la gestion environnementale. L’ensemble des deux lois établissent le cadre et la participation communautaire à la gestion des ressources naturelles, formant le socle juridique des forêts communautaires au Togo. Le cadre réglementaire de gestion de ces forêts, défini par une série d'arrêtés ministériels, s'articule autour de trois piliers complémentaires : la procédure de création ou d'attribution, l'élaboration d'un plan de gestion, et la signature d'un accord de gestion (charte ou convention). Une charte est utilisée pour les forêts créées sur le domaine des particuliers, tandis qu’une convention s’applique aux forêts attribuées sur le domaine de l’État. Le processus débute par une phase participative d'information et de délimitation, suivie de la constitution d'un dossier par l’entité de gestion reconnue (CVD, AVGAP, etc.) qui sera soumis à l'administration forestière. Une fois un accord provisoire de deux ans obtenu à travers une charte ou une convention provisoire, la communauté doit développer un plan d’aménagement, qui décrit les caractéristiques biophysiques et socioéconomiques de la forêt, inventorie ses ressources et planifie les activités de gestion durable. L'approbation de ce plan permet la signature d'une convention ou charte définitive de quinze ans, un contrat qui précise les droits et obligations de la communauté et de l'administration, les modalités de gestion des ressources et des revenus, ainsi que les mécanismes de suivi, de contrôle et de résolution des litiges, encadrant ainsi la gestion courante de la forêt communautaire. Le manuel de procédure, d'attribution et des normes de gestion des forêts communautaires du Togo établit un régime organisé autour de trois piliers fondamentaux. Le pilier procédural encadre la création avec un processus séquentiel de huit étapes, depuis la sensibilisation obligatoire de 45 jours jusqu'à l'approbation finale, et impose une superficie minimale de 5 hectares. Le pilier institutionnel exige la constitution d'une entité de gestion représentative garantissant l'inclusion des femmes, des jeunes et des minorités, avec des règles de gouvernance incluant la non-cumul des fonctions, la limitation des mandats et le principe "une entité = une forêt". La gestion opérationnelle combine plusieurs dimensions interdépendantes. La dimension technique repose sur un plan d’aménagement, appuyé par des inventaires complets et une cartographie détaillée. La dimension exploitation autorise uniquement des modes artisanaux ou semi-industriels, interdit la sortie des grumes et distingue l’usage domestique et commercial. La dimension environnementale impose des activités de conservation, la protection des écosystèmes fragiles et intègre les enjeux de valorisation des services écosystémiques notamment le carbone. Le système de régulation établi à travers le manuel permet d’assurer la pérennité du dispositif de gestion de ces forêts. En effet, le suivi du système de gestion des forêts combine la surveillance communautaire et le contrôle administratif via des rapports annuels et des missions d'évaluation de l’administration forestière. La gestion financière préconise de canaliser les revenus vers des œuvres collectives ou communautaires avec interdiction du partage individuel. Le volet foncier sécurise les droits par des contrats de mise à disposition ou de cession des terres de 99 ans avec un partage équitable des bénéfices issus des forêts. Enfin, il est prévu un régime de sanctions progressives et de résolution des litiges qui complète cet édifice normatif, garantissant ainsi une gestion durable et équitable des forêts communautaires au Togo. Malheureusement, nombreux aspects de ce dispositif de régulation sont inopérants sur le terrain. Par exemple, une étude diagnostic réalisée sur les forêts communautaires autour du parc national Fazao-Malfakassa et de la réserve de faune Abdoulaye montre que le Plan d’Aménagement et de Gestion (PAG) de la forêt communautaire Alibi 1 n’autorise l’exploitation que de 10 % de la possibilité annuelle en bois d’œuvre avec une rotation de 15 ans, une restriction identifiée comme l’une des causes principales des