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PROFIL PSYCHOLOGIQUE DES PERSONNES AYANT PARTICIPE A UN MOUVEMENT INSURRECTIONNEL

BILOLO NTUMBA Jules; FURAHA ZAWADI Adeline; KAMUANGALA KADIATA Donatien; MALU TSHIYOYO Tracy

Abstract

Cette étude s’est penchée sur les styles de pensée criminelle des personnes arrêtées pour motif de participation à un mouvement insurrectionnel. Elle a concerné 80 détenus de la prison militaire de Ndolo, incarcérés pour participation à un mouvement insurrectionnel. Il est question de présenter les traits caractériels définissants le profil de personnalité de ces personnes sous l’angle de la psychopathie. Nous avons recouru à la méthode clinique sous la perceptive quantitative. A cette méthode, nous avons joint les outils suivants : l’inventaire des styles de pensée criminelle (PICTS), le test de l’arbre de Koch pour récolter les données. Il s’en suit que les personnes ayant participé aux mouvements insurrectionnels présenteraient un profil de personnalité caractérisé par la peur du changement, la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et l’obsession du pouvoir qui sont des traits de styles de pensée criminelle.

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Vol. 3, No. 6, Décembre 2025 1739 Revue Internationale de la Recherche Scientifique et de l’Innovation (Revue-IRSI) ISSN: 2960-2823 PROFIL PSYCHOLOGIQUE DES PERSONNES AYANT PARTICIPE A UN MOUVEMENT INSURRECTIONNEL (Étude réalisée dans la prison militaire de Ndolo-Kinshasa/RDC) 1. BILOLO NTUMBA Jules (Université Pédagogique de Kananga/UPKAN-RDC) Psychologue Clinicien, Assistant et Doctorant en psychologie Co-auteur(e)s : 2. FURAHA ZAWADI Adeline (Université de Kinshasa/UNIKIN-RDC) Psychologue Clinicienne, Assistante et Doctorante en psychologie 3. KAMUANGALA KADIATA Donatien(Université Pédagogique Nationale/UPN-RDC) Psychologue clinicien, Assistant et Doctorant en psychologie 4. MALU TSHIYOYO Tracy (Université de Kinshasa/UNIKIN RDC) Psychologue clinicienne Résume Cette étude s’est penchée sur les styles de pensée criminelle des personnes arrêtées pour motif de participation à un mouvement insurrectionnel. Elle a concerné 80 détenus de la prison militaire de Ndolo, incarcérés pour participation à un mouvement insurrectionnel. Il est question de présenter les traits caractériels définissants le profil de personnalité de ces personnes sous l’angle de la psychopathie. Nous avons recouru à la méthode clinique sous la perceptive quantitative. A cette méthode, nous avons joint les outils suivants : l’inventaire des styles de pensée criminelle (PICTS), le test de l’arbre de Koch pour récolter les données. Il s’en suit que les personnes ayant participé aux mouvements insurrectionnels présenteraient un profil de personnalité caractérisé par la peur du changement, la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et l’obsession du pouvoir qui sont des traits de styles de pensée criminelle. Mots clés : Profil psychologique ; mouvement insurrectionnel ; pensée criminelle. Summary This study focused on the criminal thinking styles of individuals arrested for participating in an insurgent movement. It involved 80 inmates of the Ndolo military prison, incarcerated for participation in an insurgent movement. The aim is to present the character traits defining the personality profile of these individuals from the perspective of psychopathy. We used the clinical method under a quantitative perspective. To this method, we added the following tools: the Criminal Thinking Styles Inventory (PICTS) and the Koch Tree Test to collect data. It follows that individuals who have participated in insurgent movements tend to have a personality profile characterized by fear of change, sentimentality, over-optimism, cognitive apathy, and an obsession with power. These are traits of criminal thinking styles. Keywords: Psychological Profile; Insurgent movement Digital Object Identifier (DOI): https://doi.org/10.5281/zenodo.18032049 1740 1. Introduction En quoi la guerre réputée « irrégulière » ou « insurrectionnelle » se diffère-t-elle de la guerre traditionnelle ou ordinaire ? Le premier est d’ordre juridique. Au cours des siècles, se fondant sur les pratiques constatées, le droit international mais non universel est parvenu à établir que deux ou plusieurs Etats se déclarent en état de guerre et vont combattre ouvertement selon des principes établis en respectant les conventions, et certains codes de conduite. La codification de la guerre permet de distinguer la notion « d’irrégularité » qui caractérise les affrontements insurrectionnels parfois dénommés « guerres révolutionnaires », notion très réductrice au regard de la diversité des situations. Ces guerres atypiques mais très fréquentes et meurtrières peuvent se ramener à deux catégories : soit un conflit civil interne, soit une opposition armée plus au moins organisée à la présence d’un envahisseur, un occupant qui se déclare ou non temporaire. L’incertitude sur la durée constitue un élément clés de la lutte qui s’engage (Gère, 2010). La deuxième particularité des guerres insurrectionnelles tient à la relation entre les effets physiques et psychologiques, opposer l’un à l’autre, elle constitue une tendance traditionnelle. Certes, toutes les guerres présentent une dimension psychologique. Dans la guerre régulière, il existe toujours une composante « opération psychologique » qui vise à attaquer le moral de l’ennemi, à l’inviter à se rendre dans l’honneur ou simplement à déserter pour « sauver sa peau » juste à temps. Par contre dans les guerres insurrectionnelles, les opérations psychologiques jouent un rôle éminent en raison de la nature des cibles. Comme déclare Piaget (1967), la stratégie utilisée dans la guerre insurrectionnelle constitue une forme spéciale de conduite de la guerre basée sur l’utilisation tactique des petites unités mobiles légèrement armées qui harcèlent leurs adversaires plutôt que de les battre lors d’une bataille ouverte. Comme nous pouvons le remarquer, la notion d’opération psychologique n’apparait même pas dans la guerre insurrectionnelle sauf à considérer que l’embuscade, le camouflage, toutes les formes de déception appartiennent au domaine psychologique dès lors que l’ennemi est trompé. Depuis plus de deux décennies, la République Démocratique du Congo (RDC), jadis puissance montante en Afrique centrale, est devenue la capitale mondiale des groupes armés. Ce pays est traversé par une spirale de violence sans fin. Cette crise est à l‘origine d‘une grave catastrophe humanitaire qui a déjà fait près de 6.9 millions de morts (Kristof 2010). 1741 En juin 2003, un gouvernement de transition et d’unité nationale a été mis en place à Kinshasa, capitale de la R D Congo, composé de représentants des anciennes parties au conflit ainsi que de membres de l’opposition politique et de la société civile. Ce gouvernement de transition devait consolider les accords de paix, rétablir la sécurité et l’intégrité territoriale du pays, démobiliser un très grand nombre de combattants pour former une armée nationale, une police unifiée, et organiser des élections démocratiques dans un délai de deux ans. Dans la réalité, en dépit des avancées limitées dans le domaine législatif, les institutions du régime de transition n’ont guère réalisé de progrès bien qu’elles aient accepté les dispositions d’une nouvelle constitution. Son autorité et sa crédibilité ont été régulièrement érodées par les rivalités entre factions au sein des principales forces politiques qui dominaient le processus de transition, ainsi que par une succession de crises politiques et militaires dans l’Est du pays. De vastes régions continuent d’échapper à l’autorité de l’État. Des tentatives présumées de coup d’État, des mutineries, des insurrections et des troubles civils de grande ampleur ont été signalées. Selon une étude réalisée en avril 2004, le conflit en République Démocratique du Congo (RDC), déclenché en août 1998, avait coûté la vie à près de quatre millions de personnes, soit 31 000 par mois. Des homicides illégaux ont été commis presque quotidiennement malgré les accords de paix censés mettre fin aux violences et signés à la fin de 2002 entre les principales parties congolaises au conflit et les gouvernements de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda. Les Congolais et leurs voisins sont épuisés par la guerre et les violences qui l’accompagnent. Pourtant, les indicateurs démontrent que bon nombre de ces conflits se rallument après une interruption, en raison principalement de la prolifération des armes. Ces dernières sont ensuite distribuées à des forces qui se rendent coupables, dans la République démocratique du Congo (RDC), de violations flagrantes des droits humains. Malgré la signature d’un traité de paix en janvier 2008 entre le gouvernement congolais et les 22 groupes armés, les combats entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les groupes armés ne cessent d’être signalés dans plusieurs coins du pays surtout dans sa partie Est. Et ce sont les rebelles qui peuplent ces groupes armés pour des motifs divers. Les rebelles les plus connus sont sans aucun doute les ADF ougandais et les FDLR Rwandais. A leurs côtés, se retrouvent des groupes d’autodéfense congolais, les Maï-Maï, qui affirment défendre leurs communautés locales en profitant d’une « économie de guerre ». Notons, en outre, qu’il y a plusieurs groupes Mai-Maï. Nous avons les Maï-Maï du Katanga qui opèrent dans l’ancienne province du Katanga, les Yakutumba dans la province du Sud-Kivu et les Raïa Mutomboki qui opèrent dans le Sud-Kivu et un peu dans le Nord-Kivu, enfin les NDC qui 1742 opèrent principalement dans le Nord-Kivu et qui ont été cités dans l’opération qui a conduit à la mort de Sylvestre Mudacumura, le chef militaire des FDLR dans l’Est du Congo (https://www.dw.com. Consulté le 10/09/2024). A ces rebelles très actifs sur le terrain s’ajoutent d’autres groupes qui opèrent dans les plateaux d’Uvira dans la province du Sud-Kivu, frontalière du Burundi. Il s’agit des rebelles burundais du Red-Tabara, des FNL et du Forebu dont certains sont soutenus par le gouvernement Rwandais formant un grand groupe aujourd’hui appelé AFC/M23. A en croire le rapport de l’institut de la vallée du rift, élaboré par Stearm, Verweigen et Baaz (2013), la mobilisation des groupes armés à l’Est de la RDC s’explique dans les difficultés associées aux politiques militaires. En intégrant sans cesse les rebelles dans les Forces Armée de la République Démocratique du Congo, FARDC en sigle, le gouvernement a non seulement incité à lancer une nouvelle insurrection, mais on pourrait même aller jusqu’à dire qu’il a avalisé l’impunité. Les exactions de l’armée ont conduit de nombreux groupes à prendre les armes et conférer une légitimité aux revendications d’autodéfense des rebelles. En outre, l’armée se fait parfois complice de la mobilisation des groupes armés, certains officiers offrant un soutien aux groupes armés ou s’impliquant dans le commerce d’armes. Comme les autres groupes armés d’Afrique à l’instar de « Boko-Haram » qui se traduit littéralement par « l’éducation occidentale est un péché » (Hamani et al., 2017), et qui revendique plusieurs attaques, kidnapping et d’autres atrocités contre la population civile au Nigeria et au Cameroun, les rebelles ou insurgés congolais sont à l’origine des mouvements de la population congolaise dans la partie Est du pays. Car, ils affrontent de temps en temps l’armée régulière et/ou entre eux, causant ainsi la mort de plusieurs civils, la destruction des habitations de villageois, des champs, etc. Dans leur mode opératoire, ces groupes rebelles défient l’Etat congolais en installant un pouvoir parallèle dans les zones qu’ils contrôlent. Dans la majeure partie des cas, ils prennent la population civile comme des otages et/ou des boucliers humains lors des confrontations avec les forces régulières. Et certains d’entre eux sont arrêtés par les forces régulières et transférés à Kinshasa pour répondre de leurs actes. Très souvent, ce sont les insurgés ou rebelles qui font usage de guerres Insurrectionnelles. Et la présente étude s’intéresse à cette catégorie de personnes. Ainsi, cette étude cherche à apporter sa pierre dans les efforts fournis par les acteurs sociaux, politiques et humanitaires pour l’éradication des groupes armés irrégulières de la RD Congo. En effet, ce sont des anciens 1743 militaires et/ou rebelles qui adhèrent à des mouvements insurrectionnels. Et ces derniers sont recrutés dans les communautés locales. Aussi, nous pensons que la présente étude veut sensibiliser les jeunes de s’abstenir des actes qui déstabilisent leur communauté d’une part, les organisations nationaux et internationaux œuvrant pour la paix à l’Est du pays, en particulier, et d’inclure la pratique psychologique dans leur travail auprès des communautés locales, d’autre part. De ce qui précède, notre étude qui s’intéresse aux traits de la personnalité des personnes arrêtés pour motif d’insurrection, s’inscrit dans le domaine de la psychologie de la personnalité d’une part et de la psychocriminologie psychopathologique d’autre part, se veut de présenter les traits caractériels définissants le profil de la personnalité des personnes ayant participé à un mouvement insurrectionnel sous l’angle de la psychopathie. De ce fait, à partir de ces traits, nous tentons de dresser le profil psychologique des participants aux mouvements insurrectionnels congolais. 2. Méthodes et matériels 2.1.Méthodes Notre population d'étude est constituée des personnes arrêtées pour participation à un mouvement insurrectionnel et placées à la prison militaire de Ndolo-Kinshasa-RD. Congo. C’est une population finie dont l’effectif revient à 474, selon le greffe de cette institution carcérale. Bien que la population de notre étude est finie, nous avons recouru à l’échantillonnage non probabiliste à cause du mode de sélection des détenus par le greffe de la prison militaire de Ndolo qui ne donnait pas les mêmes chances à tous les prisonniers répondant aux critères de participation de cette étude. Notre échantillon est par nature occasionnel et comprend 80 sujets. Retenus selon les critères suivants : − Etre détenu dans la prison militaire de Ndolo pour motif de participation à un mouvement insurrectionnel ; − Etre disposé à participer à l’étude en acceptant de signer le consentement éclairé ; − Avoir la possibilité de sortir de sa cellule, c’est-à-dire ne pas avoir une sanction d’enfermement en cours. 1744 2.1.1. Caractéristiques des sujets de l’échantillon 2.1.1.1.Tableau 1 : Caractéristiques des sujets de l’échantillon Indices Variables Fréquences Pourcentage Niveau d’études Pas étude Primaire Secondaire Graduat Formation informelle Total 10 34 12 8 16 80 12,5 42,5 15,0 10,0 20,0 100,0 Confession religieuse Catholique Protestant Musulman Non conventionnel Total 14 28 16 22 80 17,5 35,0 20,0 27,5 100,0 Etat des parents En vie Décédés Un parent en vie Total 10 38 32 80 12,5 47,5 40,0 100,0 Type de famille Uni Séparé Total 70 10 80 87,5 12,5 100,0 Age 20 à 30ans 31 à 40ans 41 à 50ans 51 ans et plus Total 4 46 16 14 80 5,0 57,5 20,0 17,5 100,0 Le tableau 1 nous montre ce qui suit : Concernant le niveau d’études, la plus grande partie de notre échantillon est composé des sujets de niveau primaire (42,5%), suivi de ceux qui ont fait des formations informelles (20%). Les gradués, les secondaires et ceux qui n’ont pas étudiés sont minoritaires dans notre échantillon. En ce qui concerne la confession religieuse, les sujets protestants sont nombreux dans notre échantillon (35%), suivi de ceux qui ont une confession religieuse non conventionnelle (27,5%) et des musulmans (20%). Pour ce qui est d’état des parents, la plupart des sujets de notre échantillon ont des parents décédés (47,5%) suivi de ceux qui ont un seul parent en vie (40%). Concernant le type de famille, notre échantillon est composé à 87,5% de sujets issus de familles unies. 1745 Pour ce qui est de l’âge, la plupart des sujets de notre échantillon sont dans la tranche d’âge de 31 à 40 ans (57,5%), suivi de ceux qui sont dans l’intervalle de 41 à 50 ans (20%). 2.2. Matériels Dans le cadre de cette étude, nous avons opté pour la méthode clinique objectivante. Le choix de cette méthode se justifie par le fait qu’elle nous permet d’aborder les sujets ciblés comme étant des personnes ayant des problèmes de santé mentale. De ce fait, leurs actes attestent leur état psychologique déséquilibré. Ainsi, la méthode clinique a été opérationnalisée par les outils suivants, pour récolter les données : L’inventaire psychologique de la pensée criminelle et Le test de l’arbre de Koch. L’inventaire psychologique de la pensée criminelle(PICTS) nous sert à évaluer les conduites psychopathiques des sujets cibles afin de dresser le profil psychologique des concernés. Le test de l’arbre de Koch nous permet d’identifier les traits caractériels de certains d’entre eux. 2.2.1. Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles (PICTS) a) Nature 2.2.1.1.Description Le Psychological Inventory of Criminal Thinking Styles (PICTS) a été élaboré par Walters(2002) est destiné à une population carcérale, c’est-à-dire à des personnes criminalisées. L’auteur s’est inspiré de la théorie des erreurs de pensées de Yochelson et Samenow (1976) pour son élaboration. Le postulat de base de cette approche théorique est que les cognitions et les styles de pensées favorisent le passage à l’acte criminel et maintiennent ces activités délinquantes. Cet outil comporte 80 items dont les choix de réponses sont établis sur une échelle de Likert qui offre quatre possibilités aux participants : fortement en accord, en accord, incertain et en désaccord. Les 80 items peuvent être regroupés en 13 échelles : neuf échelles de pensées (justification, corrosion, se donne le droit, obsession du pouvoir, sentimentalité, super optimisme, apathie cognitive, discontinuité, peur du changement), deux échelles de l’historique des systèmes de pensées criminelles (système de pensées criminelles actif et système de pensées criminelles antérieur) et deux échelles de vérification des styles de réponses (confusion et désirabilité sociale). À la suite d’analyses factorielles, l’auteur a identifié quatre facteurs : évitement des problèmes, hostilité interpersonnelle, affirmation de soi et déni des torts causés. Dans le cadre de cette étude, nous avons retenu les 9 échelles de pensée criminelle de l’échelle de PICTS pour présenter le profil psychologique des participants à un mouvement 1746 insurrectionnel contactés. C’est donc, les 9 aspects de la dimension « styles de pensée criminelle » qui sont concernés dans cette étude. Il s’agit, pour rappel, de la justification, de la corrosion, du fait de se donner le droit, de l’obsession du pouvoir, de la sentimentalité, du super optimisme, de l’apathie cognitive, de la discontinuité et de la peur du changement 2.2.1.2. Valeurs psychométriques Les coefficients de consistance interne (alpha de Cronbach) des échelles du PICTS de la version utilisée pour la présente étude se situent entre 0,59 et 0,86. Les coefficients de consistance interne sont présentés au tableau V. Plus de 75% des coefficients sont supérieurs à 0,70. Deux échelles présentent des alphas passables : justification (0,59) et sentimentalité (0,60). Pour la grande majorité des échelles (sauf l’échelle de justification, l’échelle du système de pensées antérieur et l’échelle de désirabilité sociale), les alphas sont équivalents ou plus élevés que ceux de la version originale de l’instrument. (Sources : Egan, McMurran, Richardson, & Blair, 2000); Walters (1995, 2001, 2002); Walters & Geyer 2004) 2.2.2. Test de l’arbre 2.2.2.1. Nature Développé par le psychologue Suisse Charles Koch dans les années 1950, le test de l’arbre est un test projectif qui s’applique à tout âge. 2.2.2.2. Administration L’examinateur donne au sujet une feuille de papier, un crayon et une consigne brève et claire : « dessinez un arbre fruitier » mais qu’il ne soit ni palmier, ni papayer, ni bananier et ni cocotier. 2.2.2.3. But Donner des informations sur les principaux traits de la personnalité et sur les entraves de la vie personnelle, sociale et professionnelle. Donner des informations sur les deux tendances de la personnalité : le sujet extraverti (se caractérise par l’orientation de l’affectivité principalement vers le monde extérieur) et le sujet introverti (par l’orientation de l’affectivité principalement vers soi-même). 2.2.2.4. Dépouillement La structure projective de l’arbre se base sur ses trois parties constituantes : la racine, le troc et la couronne. La racine est la partie cachée. Elle symbolise la source de la vie, elle se rattache à l’invisible et à la vie inconsciente. Le tronc et les branches constituent la substance de l’arbre ou de l’être, l’élément le plus stable, peut-être même impérissable. Le tronc montre le déroulement de la vie quotidienne où se mêlent pensée et action. La couronne qui coiffe, le 1747 tronc de l’ouverture à la vie intellectuelle ou affective. Faite du feuillage, des fleurs et des fruits, la couronne constitue la partie la plus instable ayant à la fois le rôle d’apparence (fleurs) et de masque (feuillage). 2.2.2.5. Résultat Les résultats obtenus doivent être utilisés comme des indications confirmant ou Infirmant des éléments fournis par l’utilisation d’autres procédés de diagnostic. 2.2.2.6. Interprétation Pulver donne le schéma d’interprétation ci-dessous : Légende • CG : Zone d’introversion, du passé, « en suspens », oublié. Le Moi reste sensible aux événements du passé. • CD : Zone d’extraversion, de l’avenir, du futur, en projet de ce qui exigé. Zone sensible avec le Moi. Le Moi est tendu vers le but. • H : Elle renvoie à l’impact de la conscience supra-individuelle, Zone d’intellectualité. Zone éthico-religieuse ou des sentiments spirituels. • B : Elle se réfère au subconscient et à l’inconscient. Le B renvoie à ce qui est matériel, physique, érotico-sexuel. • GCD : Conscience éveillée individuelle, zone d’expériences dont le Moi est conscient. Sensibilité, égoïsme-altruisme, vie intérieure consciente, état sentimentaux. 2.3. Activités sur terrain Après que le directeur adjoint ait permis notre entrée dans la cour de la prison militaire de Ndolo-Kinshasa, nous étions orientés vers le bureau du chef de détention et celui-ci nous a laissés sous la supervision du chargé des détenus. Le superviseur des cellules de détention est allé chercher auprès du greffe la liste des détenus arrêtés pour motif de participation à un mouvement insurrectionnel. Cette liste est regroupée en H Haut : C Centre : D : Droite D C G B H 1754 ; p0,01) et âge (F=8,530 ; p0,01) ont influencé les dimensions de l’échelle des styles de pensée criminelle. En résumé nous pouvons relever de nos résultats quantitatifs ce qui suit : − Globalement, nos sujets ont la note moyenne de 149 à l’inventaire PICTS, supérieure à la moyenne théorique (137) ; − Sur le plan dimensionnel, nos sujets excellent dans la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et la peur du changement ; − Suivant les variables sociodémographiques les dimensions peur du changement et sentimentalité sont les plus dominantes ; − Concernant les relations entre les dimensions de l’inventaire de PICTS, la justification a des liens significatifs avec 6 autres dimensions ; la corrosion avec aussi 6 autres dimensions ; se donner le droit 5 autres dimensions et le super optimisme avec 1e dimension ; − L’analyse inférentielle a révélé que toutes nos variables sociodémographiques, à savoir le niveau d’étude, la confession religieuse, l’état des parents, le type de famille et l’âge ont exercé une influence significative sur les dimensions de l’inventaire PICTS. 3.5. Profil psychologique avec l’inventaire de PICTS Les résultats à l’inventaire PICTS (globale et selon les variables sociodémographiques), nous permettent de dresser le profil psychologique des sujets ayant participé au mouvement insurrectionnel contactés à la prison militaire de Ndolo. Selon Leboucher et Voisin (2011), la moyenne a des propriétés arithmétiques qui font qu’elle soit souvent utilisée comme premier chiffre résumant une série statistique. Dans cette étude, la moyenne va nous servir à établir le profil psychologique des sujets cibles. Figure 1 : Profil psychologique global des sujets Récessifs D ominant s J C SDD OP S SO AC D PC 16 1755 La figure 1 montre que les sujets de notre étude développent un profil psychologique dominé par l’obsession du pouvoir, la peur du changement, l’apathie cognitive et le super optimisme. Ce profil reflète une personnalité psychopathique auprès des personnes insurrectionnelles congolaises contactées dans cette étude. 3.2. Résultat de test d’arbre de Koch : les traits caractériels. L’analyse des résultats de test d’arbre de Koch révèle que certains sujets présentent les traits d’introversion, de l’impulsivité imprévisible dominée par la colère, vivent dans le passé (inconscient), avec une appréhension ancienne accompagnée d’une tendance à la recherche de la maitrise de soi en ayant un but fixe, un manque d’esprit d’observation et de réalisme. Cependant, les autres présentent les traits de l’agressivité avec un penchant pour les conflits entrainant un sentiment de mécontentement et une perte du sens de l’observation. En étant conscient, réfléchis, confiants et ouverts à la suggestibilité. Dominés par un caractère rétif et appréhensif. 4. Discussion des résultats Après avoir présenté et analysé nos résultats, nous Procédons maintenant à leur discussion. Il s’agit de donner un sens à nos résultats par rapport aux objectifs que nous avons assignés à cette étude, et aussi confronter nos résultats à ceux des études antérieures à la nôtre. Il ressort de nos résultats que, globalement, les sujets contactés ont obtenu la note moyenne de 149, supérieure à la moyenne théorique de l’inventaire PICTS (149> 137). De ce fait, nous pouvons affirmer que les personnes ayant participé à un mouvement insurrectionnel ont des styles de pensée favorisant le passage à l’acte criminel. A cet effet, elle affiche une personnalité criminelle ou psychopathique. Ainsi, comme attestent les résultats de l’étude de Yochelson et Samenow (1976), les individus agissent en fonction de leur perception du monde. La criminalité serait issue de la manière de penser. Les résultats relèvent que les quatre traits suivants sont dominants chez nos enquêtés. Il s’agit de la sentimentalité, du super optimisme, d’apathie cognitive et de la peur du changement. Comme pour dire que les personnes ayant participé au mouvement insurrectionnel affichent d’abord un manque de cohérence entre les pensées et les comportements. Leurs actes contredisent les raisonnements de droiture. Au niveau psychologique, cela dénote un disfonctionnement psychique dans leur chef. De temps à autre, ils aiment blâmer les autres de leurs erreurs. De ce fait, elles ne sont jamais 1756 responsables de ce qu’elles font. Ainsi, pour eux, l’enfer c’est les autres. Dans leurs vies sociales ils ont tendance à éliminer ce qui leur permet de ne pas se lancer dans des activités malhonnêtes. Comme pour dire qu’ils sont moins angoissés dans les actes criminels auxquels ils se livrent. Et enfin, ils usent de la violence pour contrôler et dominer autrui. Au regard de ce qui précède, nous pouvons souligner que les personnes ayant participé au mouvement insurrectionnel affichent globalement un profil psychologique dominé par la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et la peur du changement. Ces résultats corroborent les travaux de plusieurs auteurs (Cooke et Michie, 2001 ; Hervé, 2007 ; Krueger, 2006 ; Walters, 2004) qui attestent que les traits affectifs, cognitifs, relationnels et interpersonnels sont les traits centraux de la psychopathie. En rapport avec nos résultats, la sentimentalité renvoie au trait affectif, l’apathie cognitive renvoie au trait cognitif, le super optimisme renvoie au trait interpersonnel et la peur du changement renvoie au trait comportemental. Les corrélations bi-variées ont révélés que le trait se donner le droit a des liens significatifs avec la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive, la discontinuité et la peur du changement. La justification a des liens significatifs avec la corrosion, se donner le droit, sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et la discontinuité. La corrosion a des liens significatifs avec se donner le droit l’obsession de pouvoir, l’apathie cognitive, la discontinuité et la peur du changement. Au regard de ces résultats, nous pouvons attester que bien que la plupart des traits sont moins dominants chez nos enquêtés, ils sont néanmoins en lien avec d’autres traits dominants chez eux. En rapport avec Allport, nous pouvons souligner que les traits tels que la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et la peur du changement constituent les traits centraux dans le profil de personnalité de ceux qui ont participé au mouvement insurrectionnel, alors que les autres traits tels que l’obsession du pouvoir, la discontinuité, etc… sont des traits secondaires de ces sujets. L’analyse inférentielle montre que toutes les variables d’étude, à savoir, le niveau d’étude, la confession religieuse, l’état des parents, le type de famille et l’âge ont exercé une influence significative sur les traits de l’inventaire PICTS. L’analyse du test de l’arbre a révélé que tous les sujets, arrêtés pour motif de participation à un mouvement insurrectionnel, présentent certains les traits d’introversion, de l’impulsivité imprévisible dominée par la colère, vivent dans le passé (inconscient), avec une appréhension ancienne accompagnée d’une tendance à la recherche de la maitrise de soi en ayant un but fixe, 1757 un manque d’esprit d’observation et de réalisme. Cependant, les autres présentent les traits de l’agressivité avec un penchant pour les conflits entrainant un sentiment de mécontentement et une perte du sens de l’observation. En étant conscient, réfléchis, confiants et ouverts à la suggestibilité. Dominés par un caractère rétif et appréhensif. Ces sujets ne semblent pas explicitement admettre leur adhésion volontaire dans le mouvement insurrectionnel. Cette attitude traduirait le mécanisme de défense que les uns et les autres affichent face à leur incarcération. En effet, se sentant culpabiliser et condamner par les autres, ils se défendent en rationnalisant leur conduite ou adhésion au groupe armé. Ces résultats rejoignent, la thèse selon laquelle l’anomie varie d’une société à une autre et d’une époque à l’autre en fonction de modifications structurelles et conjoncturelles qui remplissent l’histoire. Elle est propice à la délinquance (Mahunda, 2020). 5. Conclusion Cette étude qui s’inscrit dans le domaine de la psychologie de la personnalité d’une part et de la psychocriminologie d’autre part, se veut de présenter les traits caractériels définissants le profil de personnalité des personnes ayant participé à un mouvement insurrectionnel sous l’angle de la psychopathie. De ce fait, à partir de ces traits, nous avons dressé le profil psychologique des participants aux mouvements insurrectionnels congolais marqué par un style de pensée criminel favorisant le passage à l’acte. Basé sur un modèle du profil de l’obsession du pouvoir, la sentimentalité, le super optimisme, l’apathie cognitive et la peur du changement. Ce profil est appuyé par les traits de caractères marqué par l’introversion, de l’impulsivité imprévisible ; la colère, le fixation au passé, un manque d’esprit d’observation et de réalisme, l’agressivité avec un penchant pour les conflits, un sentiment de mécontentement et une perte du sens de l’observation, un état conscient et inconscient, réfléchis, confiants et ouverts à la suggestibilité, le caractère rétif et appréhensif. Ainsi, ces conclusions laissent la place au psychologue clinicien et aux autres professionnels de la santé mentale dans des lieux de détentions pour un travail autour des conflits intrapsychiques des personnes ayant vécu dans un mouvement insurrectionnel, dans le but de les aider à accepter leur situation-problème sous l’ approche psychanalytique et cognitivocomportementale enfin de favoriser un développement personnel adapté et un développement communautaire pacifique, unitaire et bénéfique au peuple congolais. 1758 Bibliographie 1) Gère F. (2010). « Contre-insurrection et action psychologique : tradition et modernité », Focus stratégique, n°25, 8-12. 2) Krueger, R. F. (2006). “Perspectives on the conceptualization of psychopathy: Toward an integration.” In Patrick, C. J. (Ed.), Handbook of psychopathy (pp. 193-202). New York: Guilford Press. 3) Cooke, D. J., & Michie, C. (2001). “Refining the construct of psychopathy: Towards a hierarchical model”. 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