scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Savoirs et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc: Une enquête de terrain au temps de la Covid-19

Rguig, Hicham

Full text

Hespéris-Tamuda LX (2) (2025): 235-271 Journal indexed in Emerging Sources Citation Index (Web of Science) Covered in Clarivate Analytics and Scopus Elsevier products and services, ISSN: 0018-1005 Knowledge and Craftsmanship related to Wood Arts in Morocco: A Field Survey during the Covid-19 Pandemic Savoirs et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc: Une enquête de terrain au temps de la Covid-19 Hicham Rguig Université Cadi Ayyad UCA, Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Marrakech Abstract: This article aims to report on the results of a consultation conducted in early 2022, during the ongoing Covid-19 health crisis, which sought to document and potentially nominate the knowledge and skills associated with wood arts in Morocco for inclusion on UNESCO’s Representative List of the Intangible Cultural Heritage of Humanity. The consultation was part of a project led by the Directorate of Cultural Heritage, whose objective was to implement the 2003 Convention for the Safeguarding of the Intangible Cultural Heritage, ratified by the Kingdom of Morocco in 2006. Keywords: Islamic Arts, Wood Arts, Moroccan Craft, Intangible Cultural Heritage. Introduction Dans l’état actuel de nos connaissances, ni l’histoire des formes et des styles, ni les spécificités territoriales n’offrent la latitude nécessaire pour une réflexion approfondie sur les arts du bois abondamment investis au Maroc dans l’ornementation architecturale comme dans la décoration du mobilier. Ce constat nous a amené à privilégier une approche pluridisciplinaire faisant appel à des ressources de qualité et de nature variables: fonds archivistique, chroniques, guides de voyage, monographies, ouvrages d’histoire de l’art ou de l’architecture, mémoires et thèses, articles, films documentaires, collections muséologiques, avec à leur tête celles du musée Nejjarine à Fès où le public a l’opportunité d’apprécier de visu la créativité et l’ingéniosité des artisans du bois à travers les siècles. 1 Il n’est nullement question de négliger l’importance de l’une ou de l’autre catégorie des ressources précitées, mais l’objet et la valeur en diffèrent suivant les renseignements fournis et la méthodologie suivie. A cet égard, le caractère inédit des chroniques historiques nous a incité à leur consacrer un prélude assez ample. En vérité, nous ne possédons pas des textes traitant spécifiquement le travail sur bois. C’est dans les compilations générales, ne dépassant guère le niveau officieux, qu’il faut chercher des données fragmentaires. Occasionnellement, apparaît une allusion à une commande royale (minbar ou maqṣūra), à l’élévation d’une qubba d’un sanctuaire ou d’un mausolée. Il est pourtant difficile de se passer de ces sources documentaires car les informations qu’elles contiennent présentent l’avantage 1 . Mohammed Chadli, “Nejjarine, un foundouk restauré et réhabilité en musée à Fès,” in Le Patrimoine culturel marocain, coordonné par Caroline Gaultier-Kurhan (Paris: Maisonneuve et Larose, 2003): 267287. 236 Hicham Rguig d’être datées au moins à l’année près. Des éléments intéressants pourront à coup sûr être dégagés dans la lecture de la Muqaddima d’Ibn Khaldūn (m. 1332 H./1406) toujours considéré comme celui qui sort du lot: “Quand la civilisation de la vie sédentaire prend de grands développements, que le luxe s’y est introduit et qu’on cherche un certain degré de beauté dans les plafonds, les portes, les sièges, les ustensiles de ménages, etc. Cet art est cultivé avec le plus de soin et reçoit des améliorations extraordinaires, améliorations qui sont tout à fait de luxe et nullement exigées par la nécessité. Telle est l’application de moulures aux portes et aux sièges. On façonne aussi au tour des morceaux de bois, afin de leur donner une forme élégante et un beau poli; puis on les assemble en les combinant de certaines façons, et on les attache ensemble avec des chevilles. Ils semblent alors ne former qu’un seul morceau. Les figures produites par ces diverses combinaisons diffèrent entre elles, tout en conservant une ressemblance mutuelle. Les divers objets qui se font avec du bois peuvent se fabriquer ainsi, et ils acquièrent, de cette manière, toute la beauté dont ils sont susceptibles. On améliore de même toutes les espèces d’ustensiles dont le bois forme la matière (…). On dit que Noé fut le premier qui enseigna cet art aux hommes, et que ce fut au moyen de ses connaissances en charpenterie qu’il opéra son grand miracle; la construction de l’arche qui sauva un reste de l’espèce humaine lors du déluge.” 2 De surcroît, le texte de la convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel stipule que l’implication des multiples acteurs, à commencer par les communautés, groupes et individus qui lui donnent vie, notamment les artisans du bois en ce qui concerne notre champ d’étude, constitue un élément important, non seulement pour le succès de la sauvegarde, mais aussi pour une prise en compte adéquate des divers intérêts qui peuvent en être affectés. 3 C’est pourquoi nous avons accordé une grande importance à la collecte des données sur le terrain via une panoplie de méthodes d’enquête qui décrivent les savoirs, les techniques, les processus et les modes de transmission à travers le prisme des acteurs impliqués euxmêmes. 4 2 . Ibn Khaldoun, Prolégomènes d’Ibn Khaldoun (A sa philosophie de l’histoire), traduit par J.F. Kayale (Beyrouth: Dār al-Kutub al-ՙIlmiya, 2015), 353-354. 3 . Unesco, Textes fondamentaux de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel: http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00503. 4 . L’enquête de terrain a été enrichie, d’une part, par la visite de plusieurs ateliers en lien direct avec l’objet de recherche, afin d’observer les lieux et d’appréhender la réalité locale, et d’autre part, par des entretiens avec des personnes ressources issues des différentes entités institutionnelles impliquées dans le secteur étudié. 237 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc Cela a été, toutefois, heurté par le contexte de la pandémie du Covid19; le virus et les chocs qui en ont découlé ont eu des répercussions à la fois sur le planning prévu et sur les manières d’enquêter. Le confinement a, effectivement, imposé une certaine distance avec les individus enquêtés: le partage de leurs expériences est devenu une question délicate dans la mesure où on a été obligé de revoir, au moins temporairement, notre protocole de recherche axé sur l’observation directe et participante, les entretiens et les discussions informelles et la récolte de sources écrites, la passation de questionnaires nécessitant, comme c’est de coutume, une atmosphère décontractée sans mesures barrières. S’ajoute à cela le fait que la production artisanale au Maroc, y compris les arts du bois, a chuté à cause de la pandémie d’une manière drastique; l’activité artisanale s’est arrêtée pour 85% des artisans. 5 Cela dit, il va de soi que s’il n’y avait que peu d’individus enquêtés disponibles, le taux de réussite de notre consultation a été, pendant plusieurs mois, presque négatif. Si bien des choses ont changé depuis avec l’allégement progressif de certaines restrictions sanitaires, la relance du secteur de l’artisanat au Maroc période post Covid-19 demeure un défi de taille. 1. L’adaptation de l’enquête en lien avec la crise de la Covid-19 1.1. L’étendue du questionnaire et ses quatre thématiques Au départ, cinq villes ont été retenues, toutes porteuses d’ensembles historiques d’une valeur universelle exceptionnelle et inscrites, depuis plusieurs décennies, sur la liste du patrimoine mondial: la médina de Fès (1981), la médina de Marrakech (1985), la ville historique de Meknès (1996), la médina de Tétouan (1997) et la capitale Rabat (2012). Dans cette perspective, l’élargissement du champ de recherche à deux autres villes anciennes, Salé et Essaouira, s’imposait comme une décision d’une importance notable. La conception du questionnaire a représenté un défi à plusieurs égards. Il s’agissait avant tout de l’adapter, d’une part, aux interrogations spécifiques de notre enquête et, d’autre part, d’y intégrer une souplesse suffisante pour permettre la compilation et la révision ultérieure des données recueillies. En définitive, l’outil d’enquête s’est structuré autour d’un ensemble de vingt-cinq questions soumises aux personnes interrogées. 5 . Les conséquences de la crise sanitaire sur les 2,4 millions d’artisans que compte notre pays sont réelles. La dernière enquête nationale (décembre 2020), initiée par l’Observatoire de l’Artisanat, et bien que faisant état d’une amélioration de l’activité des artisans, confirme que 24% d’entre eux sont toujours en arrêt d’activité, six mois après la levée du confinement. Aussi, leurs revenus connaissent une baisse de 64%. Voir à ce propos: Observatoire de l’Artisanat, Enquête sur l’impact du Coronavirus sur les artisans. Principaux résultats de la 3e vague d’appel (Rabat: publications du Ministère du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport Aérien et de l’Economie Sociale, 2020). 238 Hicham Rguig D’emblée, les individus enquêtés ont été informés de la portée de l’étude, des objectifs escomptés et du fait que seules les informations qu’ils voulaient communiquer seraient publiées. Le schéma d’enquête visait, par la suite, à dresser leur portrait par l’obtention de certaines données biographiques à leur sujet: nom, âge, adresse, statut familial, niveau de scolarité, etc. Après cela, trois grandes parties furent élaborées. La première avait pour thème la vie professionnelle (statut, adhésion à une corporation, expérience, type de clientèle, etc.), cela incluait les activités d’ordinaire. La deuxième partie s’adressait à la perception d’individus enquêtés quant au bois. Elle visait à connaître leur opinion à propos des modes de fourniture, des types d’essences utilisées, et des difficultés rencontrées pour l’approvisionnement. Certaines questions avaient pour ambition de les amener à décrire leurs préférences, les potentialités ornementales que consentait cette matière première, que ce soit dans l’architecture ou dans le mobilier, et les relations sensationnelles qu’ils entretenaient avec elle. La troisième partie concernait les activités techniques, y compris rituelles et artistiques, suivant un déroulement chronologique et impliquant des transformations visibles ou invisibles. La chaîne opératoire était alors contée pas à pas, les outils en rapport avec les arts du bois aussi, ceux du sculpteur et du tourneur d’abord, du “al-Zawwāq” et de l’ébéniste spécialisé dans les ouvrages de marqueterie, des outils fonctionnels évidemment, parfois ancestraux, et par conséquent non dénués de souvenir. La quatrième et dernière partie était axée sur la transmission d’expérience. L’objectif était de considérer l’expérience individuelle d’artisans enquêtés mais aussi, et surtout, leurs savoirs et leurs savoir-faire. Enfin de questionnaire, il était proposé aux individus interrogés de laisser des remarques et autres suggestions qui constituaient de précieuses données dès lors qu’elles exprimaient leurs attentes, leurs aspirations ou les éléments de l’expérience acquise les ayant amenés à agir. 6 1.2. Méthode dite “de la boule de neige” Au cours de l’enquête, un total de trente-sept questionnaires exploitables a été recueilli. Certes, l’idéal aurait été de travailler sur un échantillon plus large, permettant le calcul d’indices statistiquement plus fiables. Cependant, les circonstances et contraintes de terrain n’ont pas permis d’atteindre cet objectif. L’échantillonnage a dès lors reposé sur la méthode 6 . Nous exprimons notre profonde gratitude à toutes les personnes dont le soutien a permis l’accomplissement de cette consultation: Ahmed Saleh Ettahiri professeur d’art et d’archéologie du Maroc islamique à l’INSAP (Rabat), M. Youssef Khiara ex-Directeur du Patrimoine Culturel et chargé de mission à Rabat Région Patrimoine Historique, M. Abdessalam Amarir Chef de la Division de l’Inventaire et de la Documentation du Patrimoine, et Mme Asmae El Kacimi professeure d’art et d’archéologie du Maroc islamique à l’INSAP. Ont participé activent à l’enquête du terrain: Mrs. Yassin Hibati et Zakaria Azzab. Qu’ils reçoivent nos sincères remerciements pour leur contribution. 239 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc dite “de la boule de neige,” inspirée d’un échantillon par réseau, qui constitue une alternative pertinente aux approches classiques lorsqu’il s’agit d’étudier des formes de pouvoir et de réseaux ou d’identifier des individus aux caractéristiques spécifiques. Si l’on peut objecter la difficulté d’obtenir un échantillon pleinement représentatif en l’absence de recommandations adéquates, l’intérêt de ce choix méthodologique réside dans son usage largement reconnu dans les milieux professionnels et, surtout, dans son efficacité à pénétrer des environnements relativement fermés, en l’occurrence ici le secteur de l’artisanat au Maroc (fig. 1, 2 et 3). Fig. 1: Répartition des questionnaires par ville. Les trente-sept individus enquêtés sont majoritairement des hommes appartenant aux tranches d’âge de 60 à 70 ans (31 %) et de 40 à 50 ans (28 %). Les autres groupes se répartissent comme suit: 70 ans et plus (3 %), 50 à 60 ans (19 %), 30 à 40 ans (5 %) et 20 à 30 ans (14 %). L’échantillon compte une seule femme, dont nous avons tenu à inclure le témoignage: une technicienne spécialisée en bois, âgée de 23 ans et résidant à Salé. Sur le plan scolaire, la majorité des enquêtés dispose d’un niveau collège (46 %), suivi d’un niveau secondaire (8 %) ou d’une absence totale de scolarisation (13 %). Enfin, 22 % d’entre eux ont poursuivi des études au-delà du secondaire (baccalauréat et plus). Rabat; 14% Salé; 14% Tétouan; 14% Marrakech; 14% Fès; 14% Meknès; 14% Essaouira; 16% 240 Hicham Rguig Fig. 2: Répartition des individus enquêtés par niveau d’enseignement. Fig. 3: Répartition des individus enquêtés par tranche d’âge. 2. Sur l’ancienneté des arts du bois 2.1. Les prémices du IXème et Xème siècles La contribution de Fès idrisside à la vie culturelle et artistique, et ce, pour toutes les formes d’art, est immense. Telle est l’appréciation qui se dégage de la foule de renseignements certes incomplets, mais abondants, que les écrits historiographiques véhiculaient depuis le Moyen Age. Selon les récits d’al-Jaznā’ī et d’Ibn Abī Zar’, la mosquée al-Qarawiyyīn fut dotée de deux minbars avant l’avènement des Almoravides. Le premier, en bois de pin, fut fabriqué vers l’année 345 H./956. Le second, en bois d’ébène et de raisin, Niveau Bac ou plus 22% Niveau secondaire 8% Niveau collégial 46% Niveau primaire 11% Analphabetisme 13% 20-30 30-40 40-50 50-60 60-70 7 0 E T P L U S 0 2 4 6 8 10 12 241 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc fut réalisé en 395 H./1004 sous le gouvernement du tout-puissant chambellan ‘Abd al-Mālik al-Muẓaffar qui dirigea al-Andalus et le Nord du Maroc en maître absolu de 392 H./1002 à 399 H./1008. Ce minbar accomplit sa vocation pendant une période avoisinant un siècle et demi et subsista jusqu’à l’époque du premier souverain almoravide Yūsuf ibn Tāshafīn (r. 444 H./1061-500 H./1107). 7 Escompter un écho similaire sur le terrain fut une priorité pour tous ceux qui tentaient d’élargir les connaissances autour des prémices de l’art islamique au Maroc, et le demeurera. Dans les années 1950, Henri Terrasse a eu la chance d’identifier au sein de la mosquée al-Qarawiyyīn un linteau de cèdre sculpté long de 4.70 m. Il était encastré à l’emplacement du grand lustre suspendu sous la coupole nervée, 8 qui n’est autre que le mihrab de la mosquée idrissido-zénete avant l’agrandissement almoravide (529 H./1134-538 H./1144). 9 Bien que cet objet d’art soit issu d’un remaniement, il reproduit le texte de fondation de la mosquée al-Qarawiyyīn en 263 H./877 par l’émir Dāwūd ibn Idrīs, ou de sa rénovation si l’on tient compte de la date émise par la tradition (245 H./859) qui faisait notamment éloge de la figure emblématique de Fāṭima al-Fihriya: “Dieu et ses anges prient sur le Prophète! Ô vous qui croyez! Priez sur le Prophète et appelez sur lui le salut complet! Il a attesté qu’il n’est de divinité que Lui! Gloire à Dieu le Sublime! Cette mosquée a été construite pendant le mois de dhu al-qa’da de l’année 263 (juillet/août 877) sur l’ordre de l’imam – que Dieu l’illustre – Dâ’ûd ibn Idrîs que Dieu l’assiste, l’ennoblisse, le préserve du mal, lui apporte Son aide puissante et lui donne une victoire éclatante!” 10 La bande épigraphique porte des caractères anguleux, sculptés en relief et dépourvus d’ornementations (fig. 4). Ils sont imprégnés du coufique archaïque dominant à cette époque en Ifrīqiya. 11 Et même s’il s’agit d’un spécimen unique, tout donne à penser qu’il fut le fruit d’un atelier en fonction 7 . Ibn Abī Zar’, Al-Anīs al-Muṭrib bi Rawḍ al-Qirtās fi akhbār mulūk al-Maghrib wa tārikh madīnat Fās (Rabat: Dār al-Manṣūr, 1973), 55, 58 et 59; al-Jaznā’ī. Jany zahrat al-’ās fi binā’ madīnat Fās (Rabat: Imprimiere Royale, 1991), 46-55. 8 . Cette coupole se trouve à la croisée de la nef axiale et de la travée reliant Bāb Sāliḥin à Bāb Sba’ Lawyāt par le biais d’une longue hampe. Henri Terrasse, “al-Karawiyyin,” in Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, t. 4 (Paris: E. J. Brill/Maisonneuve & Larose 1978): 657-661; Henri Terrasse, La mosquée al-Qaraouiyin à Fès (Paris: C. Klinckieck, 1968), 57. 9 . Gaston Deverdun, “Une nouvelle inscription idrisite (265 H./877 J.C.),” in Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’Occident musulman, Hommage à Georges Marçais (Alger: Imprimerie officielle du Gouvernement général de l’Algérie, tome 2, 1959), 67. 10 . Deverdun, “Une nouvelle inscription idrisite,” 69. 11 . Georges Marçais, L’architecture musulmane d’Occident: Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne et Sicile (Paris: Arts et métiers graphiques, 1955), 7; Bernard Roy, Paule Poinssot, Inscriptions arabes de Kairouan (Paris: publications de l’Institut des Hautes Etudes de Tunis 2. Librairie C. Klincksieck, 1950, fasc. 2), Pl. 6-10. 242 Hicham Rguig à Fès. 12 Le plus impressionnant est le dynamisme qui s’en dégageait lorsque la rivalité au cours du Xème siècle, de plus en plus vive, entre les Fatimides et les Omeyyades de Cordoue pour la maîtrise du Maroc fut à l’origine de bon nombre des initiatives clés qui illustrent les débuts de l’art islamique au pays. 13 Fig. 4: L’inscription de Dāwūd fils d’Idrīs II, © A. S. Ettahiri, 2014. Le minbar de la mosquée al-Andalus constitue un autre exemple concret (fig. 5). Il témoigne d’une parfaite maîtrise des techniques entrant dans la fabrication des meubles de luxe, tel le tournage des pièces, l’assemblage, la décoration et la sculpture de hauts reliefs. 14 Deux inscriptions y furent déchiffrées en 1934 par Henri Terrasse: une de fondation sur l’arcature du panneau droit au nom de Buluggīn Ibn Zīrī à qui les Fatimides avaient confié la lieutenance du Maghreb: “ce minbar a été fait dans le mois de choual de l’année 369 [avril-mai 979]”; une seconde sur la partie supérieure du dossier et portant le nom d’Ibn Abī ‘Āmir et du calife omeyyade Hishām II: “ceci est ce qu’a fait faire le maire du palais (…), alMansour, glaive de l’empire de l’imam et esclave de Dieu …Hicham (…) Abi ‘Amir Mohamed (…) fils d’Abi ‘Amir (…) dans le mois de joumada II de l’année 375 [oct.-nov. 985].” 15 Les Fatimides en réalisant ce minbar introduisent les ornementations orientales; les Omeyyades de Cordoue, en le revisitant, y additionnent des décors andalous. Il n’y avait pas deux dispositions opposées, mais bien un accomplissement dont la “nature se définit déjà comme une synthèse de traditions méditerranéennes et asiatiques plus proches de celle de l’Ifriqiya que des œuvres andalouses” comme le souligne Michel Terrasse. 16 12 . Catherine Cambazard-Amahan, Le décor sur bois dans l’architecture de Fès (Paris: éd. CNRS, 1989), 23. 13 . Roger le Tourneau, Fès avant le protectorat français. Étude économique et sociale d’une ville de l’Occident musulman (Casablanca: éd. La porte, 1949), 50. 14 . Le second dans tout l’Islam après celui de Kairouan (250 H./864-65). Cambazard Amahan, Le décor sur bois, 23-25. 15 . Henri Terrasse, La mosquée des Andalous à Fès (Paris: Publications de l’institut des Hautes études Marocaines, 1942), 35-44, pl. LIV, LV et LX. 16 . Michel Terrasse, “L’architecture hispano-maghrébine et la naissance d’un nouvel art marocain à l’âge des Mérinides,” thèse de Doctorat, Paris 4, Paris, 1979, tome I, 55. 243 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc Fig. 5: Minbar de la mosquée des Andalous à Fès, © H. Terrasse 1934. Sijilmassa au Tafilalet, station incontournable du commerce transsaharien, s’impose dès 140 H./757-758 comme la capitale d’une principauté dirigée par les Banū Midrār. 17 Elle subit le même sort que son égale Fès: occupation par Buluggīn Ibn Zīrī au cours de l’année 369 H./97917 . Charles Pellat, “Midrār (Banū),” in Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, t. 4 (Paris: E. J. Brill/ Maisonneuve & Larose 1991): 1031-1035. 250 Hicham Rguig A partir de la fin du XVIIème siècle, une prédilection a été accordée à la peinture sur bois, “Zwāq,” utilisée pour la décoration de divers objets tels que les plafonds, les portes et l’ameublement. Elle a pris une ampleur particulière au XIXème siècle, au moment où se sont multipliés les sanctuaires et les palais et demeures bourgeoises où l’on peut encore contempler ce type d’art (fig. 10). Fig. 10: Coupole de la mosquée Moulay al-Makki à Rabat, © M. A. Amrani, 2020. 3. Matière première: Alerter contre la fragilisation 3.1. Sélection raisonnée des essences de bois De par son parfum qui persiste longtemps, le cèdre est un arbre majestueux très apprécié. Sa qualité de bois est imputrescible, résistante à l’humidité, aux champignons et aux insectes. 34 Nombreux sont les témoignages, souvent chargés d’émotion, qui mettent l’accent sur ces avantages potentiels: “un arbre chérif qui tutoie le sacré,” s’enflamme al-Hāj Driss, un mՙaallam ayant derrière lui plus de quarante-cinq ans d’expérience. Et “aucune ne lui, ajoute-t-il, dont la louange de la vivacité de son parfum est répandue parmi les artisans,” 35 à qui l’on a donné le nom poétique de “Nasmat al-Saՙāda,” ce qui signifie littéralement le “souffle du bonheur.” Pour son collègue de travail, le sculpteur al-Hāj Hussin, qui exerce encore à Marrakech 34 . Omar M’hirit et Mohamed Benzyane, Le cèdre de l’Atlas: mémoire du temps (Casablanca: La Croisée des Chemins, 2006), 39-49. 35 . Le bois de cèdre exhale une odeur à la fois forte et chaleureuse, c’est pour cela qu’il est utilisé en tant qu’huile essentielle. 251 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc malgré ses soixante-quatorze ans: “c’est le meilleur bois qui soit! Ni l’eau, ni le soleil, ni l’air ne l’altèrent! Il ne gauchit pas!.” Et bien encore: “Rien de mieux pour la découpe et la sculpture, il ne se fend pas sous l’outil. Pour la décoration, “il passe maître dans le domaine du bois peint.” Selon d’autres témoignages et informations que André Paccard a recueillis, on est face à un arbre vivant, une fois que le bois a été retiré de celui-ci, il ne meurt pas, il vit et il vit très longtemps. Et chose encore plus fascinante, il a besoin “d’au moins quarante ans pour comprendre qu’il a été coupé de sa mère.” 36 Evidemment, cet enthousiasme n’est pas sans rapport avec l’importance du cèdre au Maroc. Plus qu’un bois, il constitue la raison d’une fierté nationale. Le pays possède la principale cédraie du bassin méditerranéen (Cedrus atlantica), sur 1 375 000 hectares: 130 000 hectares d’aire centrale, 895 000 hectares de zone tampon et 350 000 hectares d’aire de transition, soit 75 % de la population mondiale des cèdres de l’Atlas se trouve au Maroc. Néanmoins, l’écosystème des cèdres est menacé par le dérèglement climatique et la pression des hommes, et le pays cherche désormais à protéger son précieux legs végétal. 37 Aux yeux des maîtres-artisans, tous les bois de cèdre ne manifestent pas forcément les mêmes propriétés. L’usage pouvant, de ce fait, varier très fortement d’une pièce à une autre, la plus onéreuse, le cèdre massif et tendre provenant de la forêt Hjiret sur la route de Midelt, de Khénifra et d’Azrou au Moyen Atlas, est destinée à un usage noble tel que la sculpture en architecture, ou l’ameublement. 38 En témoignent la mosquée al-Qarawiyyīn, la medersa Būināniya de Fès, la mosquée Muwāssin, la medersa Ibn Yūsuf de Marrakech et de nombreuses autres mosquées, medersas et demeures palatines des différentes villes impériales. D’autres variétés sont utilisées dans la réalisation des poutres, ou comme support pour la peinture. Appelé plus communément en arabe “al-ՙArՙār,” un autre type de bois, le thuya, 39 avec sa couleur rouge-brun absolument remarquable et son grain “en œil d’oiseau,” sied à merveille aux arts du bois. On en façonne des caisses, des boîtes, et parfois mêmes des tables. La taille de ses racines ne permet pas des usages de volume important. C’est pour cette raison même que ce bois est utilisé en exclusivité par les artisans et non pas par les ébénistes. 36 . André Paccard, Le Maroc et l’art traditionnel islamique dans l’architecture (Annecy: éd. Atelier 74, 1981), t. 2, 222. 37 . Pour rappel, le département des Eaux et Forêts a inscrit en 2016 la cédraie du Moyen Atlas au programme mondial des réserves de biosphères (WNBR) reconnu par l’Unesco comme une région conciliant la conservation de la biodiversité et le développement. A consulter le lien suivant: https://en.unesco.org/biosphere/arab-states/atlas-cedar 38 . Un mètre cube de cèdre peut se vendre jusqu’à 16500 dirhams mais beaucoup moins au marché noir (prix fin de l’année 2025). 39 . Tetraclinis articulata. 252 Hicham Rguig Le thuya est assez commun au Maroc, même s’il a une meilleure croissance dans la province d’Essaouira: plus de 90.000 hectares de thuya qui se place en seconde position après l’arganier. 40 Malheureusement, comme c’est le cas pour le cèdre, cette essence est sérieusement menacée par une exploitation intensive, à laquelle s’ajoutent les saisons de sécheresse successives qui ont touché la région, quand bien même cette essence en péril constitue la source principale de subsistance de nombreux artisans implantés dans cette région du pays, eux et leurs familles. En ce sens, force est de constater que le thuya permet plusieurs usages aux populations locales, d’autant que chaque partie de l’arbre présente des caractéristiques uniques. Seule la mise au point d’une gestion intégrée de protection, assurant une collaboration prolongée entre les instances gouvernementales, les ONG et les artisans qui utilisent le thuya, pourrait garantir un usage à la fois rentable et durable de cet arbre, et permettre aux générations futures de profiter encore de ses nombreuses qualités. Les opérations de boisement et de reboisement, et les mesures visant à en accroître la productivité et à renforcer sa préservation ont nourri un certain espoir, même s’il est vrai qu’une grande part d’artisans à Essaouira, mais aussi ceux d’autres villes (Marrakech, Agadir, Khémisset, Salé, etc.), a de nombreuses raisons d’être pessimiste. Pour l’heure, rien n’est acquis, comme le résume ce témoignage franc livré par Si Saïd, un ébéniste d’Essaouira bien averti: “la plupart des Matՙallmīn quittent rapidement les ateliers de menuiserie pour rejoindre d’autres métiers qui semblent pouvoir leur rapporter de l’argent.” On ne s’est pas contenté de rester passif face à la force d’attraction que représentent les essences tropicales provenant de l’Afrique subsaharienne. Avec ses incrustations du bois d’ébène et d’ivoire, le minbar de la mosquée Kutubiya, pour ne citer que ce chef-d’œuvre plusieurs fois séculaire, a notamment comme mandat de garder vivant chez les Marocains, le souvenir d’une époque où le pays puisait sa force dans l’héritage culturel africain et le partageait. A cet égard, nous sommes redevables à André Paccard d’avoir introduit dans son glossaire des arts traditionnels au Maroc un terme, chargé de sens, qui doit appartenir à ce passé lointain: le Wiwāni. L’origine de cette appellation est incertaine, mais pourrait avoir un rapport avec les bois importés du continent noir: “les anciens maallems nous parlent également du Wiwani (ou Wawa), bois qu’ils qualifient de très rare, dont le parfum reste légendaire en leur mémoire. En fait, après enquête, il apparaît que le nom réel de ce bois est Samba (nom technique: Triplochiton scleroxylon K. Schum). Nous le citons, car plusieurs maallems nous en ont parlé comme d’un bois marocain, bien que celui-ci semble ne plus exister dans le pays. En revanche, on le trouve encore au Ghana, au Libéria, en Côte 40 . Voir à ce propos: Jacques Sibony, Essaouira et sa marqueterie de Thuya (Rabat: Marsam, 2005). 253 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc d’Ivoire et au Cameroun. Ce bois provient d’un feuillu qui ressemble un peu au peuplier. Il aurait été, en particulier, utilisé fréquemment pour la réalisation des anciennes Koubbas.” 41 3.2. Diversité dans les usages Il va sans dire que le bois dans l’architecture marocaine remplissait, à travers les siècles, différentes fonctions: la charpente est la plus opérante, la séparation et l’intimité se sont développés, puis sont apparus les habillages et les revêtements, la menuiserie et les aménagements principalement. Parfaitement adapté à toutes ces dispositifs, ce matériau de construction exige moins d’entretien sur sa durée de vie. Il consent aussi énormément de potentialités ornementales et suggère, par conséquent, de nombreuses possibilités d’exprimer une créativité. Tous les espaces du bâtiment sont, par conséquent, de véritables supports à décorer, dans la mesure où la matière première permet aisément de jouer avec les volumes, la lumière et les couleurs: les portes d’entrée “Bāb al-Dār,” les portes intérieures “alMadkhal,” et les portes des salons “Dfāf,” les linteaux, les fenêtres intérieures et extérieures, les balustrades “al-Darbūz” qui bordent l’étage surplombant les patios, les moucharabiehs, et les plafonds habillés sous plusieurs formes, naturellement sculptés, moulurés en motifs ou peint en “Zwāq” avec une richesse colorée (fig. 11). Fig. 11: Encadrement d’une fenêtre jumelée conservée au musée Dar Jamai à Meknès. Dimensions: H. 177 cm, L. 112 cm, © Discover Islamic Art. 41 . Paccard, Le Maroc et l’art traditionnel, tome 2, 222. 254 Hicham Rguig La décoration du bois n’est pas moins intéressante en version mobilier. Aux quatre coins du Maroc, les musées, avec à leur tête le musée Nejjarine à Fès, préservent des artefacts en bois attractifs par leurs aspects décoratifs, esthétiques et stylistiques, et nous permettent d’en découvrir la richesse, allant des succès des artisans aux valeurs dont ces objets d’art sont porteurs, à leur originalité et aux besoins de ceux qui les utilisaient. On y trouve des tablettes servant d’outils pour apprendre aux enfants à lire et à écrire dans les écoles coraniques, des objets de soins corporels utilisés par les femmes comme les khôliers, les peignes et les miroirs, des armes, et enfin, le mobilier quasi-indispensable dans les grandes mosquées tels les minbars et les chaires d’enseignants. L’assimilation, telle qu’elle est exprimée ici, se donne à lire comme étant achevée dans toutes ses dimensions: au Maroc, le mobilier en bois dénote une grande originalité et appartient au domaine exclusif de l’artisanat et de l’art utilitaire décoratif. Etant l’expression de traditions locales ancestrales, il est intimement lié à ses multiples détenteurs et comporte ainsi une forte dimension patrimoniale. La meilleure appréhension de celle-ci doit nécessairement s’inscrire dans une perspective qui tienne compte de la diversité des pratiques, des apports, des réalisations et des savoirs et des savoir-faire. 4. Procédés et techniques: Penser les gestes ancestraux 4.1. La sculpture L’artisan dénommé “al-Naqqāsh” ou “Naḥḥāt Lakhshab” sculpte diverses essences de bois en utilisant des burins de différentes formes et tailles. Le cèdre demeure le plus recherché. En architecture comme en mobilier d’intérieur, des motifs tirés de l’ornementation ancestrale marocaine, géométrique (entrelacs rectilignes, chevrons, étoiles) et florale (palmes, palmettes, entrelacs floraux) se fondent dans le bois et se fusionnent, perpétuant la tradition. Le travail de l’artisan consiste à sculpter par enlèvement de la matière dans le but de créer des moulures, des sculptures ou des reliefs sur une surface plane (fig. 12). Le procédé traditionnel suit un itinéraire technique commun à l’ensemble des villes enquêtées, qui s’entrelace avec les modes opératoires liés au traçage, au défonçage, à la découpe, au débitage, à l’épannelage et à l’ébauchage du bois. Les étapes sont nombreuses: • Mise au point préalable d’une grande rigueur. • Préparation des gabarits. • Débitage du bois en planches. • Traçage, à savoir la reproduction à l’aide d’un crayon, du motif sur la pièce de bois. 255 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc • Sculpture des planches selon les gabarits. • Collage des sculptures sur une assise en latté. • Collage de l’assise sur l’ouvrage à décorer. • Finition pour éliminer quelques coups d’outils trop apparents. • Protection à l’aide de produits de finition (vernis, cire, huile, etc.). Fig. 12: Le m`allam évide et creuse le bois; les motifs décoratifs sont réalisés en relief grâce à une sculpture exigeant maîtrise et précision, © H. Rguig, 2022. L’outillage moderne offre toutes sortes de noms différents (fig. 13, 14, 15 et 16; tableaux 1, 2 et 3) souvent au dialecte marocain (darīja). Il comprend des scies (manshār), des rabots (malsa), des marteaux (mṭarqa), des burins (rkāb, marbūՙ), des vilebrequins modernes remplaçant le plus souvent l’ancien vilebrequin à archet (msha‛b-ū-qūs). 256 Hicham Rguig Fig. 13: Mՙallam Labib dans son atelier en plein cœur de la rue Nejjarin à Fès. Par cette mise en scène, il nous a aidé à saisir comment fonctionnait une scie traditionnelle qu’il préserve avec grand soin, © H. Rguig, 2022. Fig. 14: Groupe 1 des outils du sculpteur du bois, © H. Rguig, 2022. 257 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc 1 Dhafra dyāl Daqqān ناقد لايد ةرفظ 2 Dhafra dyāl Daqqān ناقد لايد ةرفظ 3 Dhafra dyāl Daqqān ناقد لايد ةرفظ 4 Dhafra dyāl Daqqān ناقد لايد ةرفظ 5 Marbūՙ Dakkan w Takrāsh شاركتو ناقد عوبرم 6 MarbūՙDakkan w Takrāsh شاركتو ناقد عوبرم 7 Marbūՙ Dakkan w Takrāsh شاركتو ناقد عوبرم 8 Mtallat ثلثم 9 Dhafra dyal Daqqān ناقد لايد ةرفظ 10 Marbuՙ Taksār راسكت عوبرم 11 Marbuՙ Taksār راسكت عوبرم 12 Marbuՙ Taksār راسكت عوبرم 13 Mtak تمک Tab. 1: Nomenclature des outils du sculpteur du bois (groupe 1). Fig. 15: Groupe 2 des outils du sculpteur du bois, © H. Rguig, 2022. 258 Hicham Rguig 1 Marbūՙ Daqqān 8 mm ناقد عوبرم8 مم 2 Marbuūՙ Daqqān 10 mm ناقد عوبرم10 مم 3 Maruūՙ Daqqān 12 mm ناقد عوبرم12 مم 4 Marbūՙ Daqqān 14 mm ناقد عوبرم 14 مم 5 Tajwina Dyāl Daqqān ناقد لايد ةنيوجت 6 Tajwina Dyāl Daqqān ناقد لايد ةنيوجت 7 Tajwīna Dyāl Daqqān ناقد لايد ةنيوجت 8 Tajwīna Dyāl Daqqān ناقد لايد ةنيوجت 9 Tajwīna Dyāl Daqqān ةنيوجت ناقد لايد 10 Tajwīna Dyāl Daqqān ناقد لايد ةنيوجت 11 Marbūՙ Taqlāՙ w Tṣafiya 6 mm ةيفصتو علاقت عوبرم6 مم 12 Marbūՙ Taqlāՙ w Tṣafiya 5 mm ةيفصتو علاقت عوبرم5 مم 13 Marbūՙ Taqlāՙ w Tṣafiya 2 mm ةيفصتو علاقت عوبرم2 مم 14 MarbūՙTaqlāՙ w Tṣafiya ةيفصتو علاقت عوبرم4 مم 15 Marbūՙ Taqlāՙ w Tṣafiya 3 mm ةيفصتو علاقت عوبرم3 مم 16 Marbūՙ Taqlāՙ 1 mm علاقت عوبرم :ةكوش1 مم Tab. 2: Nomenclature des outils du sculpteur du bois (groupe 2). Fig. 16: Groupe 3 des outils du sculpteur du bois, © H. Rguig, 2022. 259 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc 1 Marbūՙ Daqqān w Takrāsh ū Taksār شاركتو ناقد عوبرمأراسكت و 2 Marbūՙ Daqqān l Tawrīq قيروتلل ناقد عوبرم 3 Marbūՙ Daqqān w Takrāsh ū Taksār راسكت واركتو ناقد عوبرم 4 Marbūՙ Daqqān l Tawrīq قيروتلل ناقد عوبرم 5 Marbūՙ Daqqān w Takrāsh ū Taksār شاركتو ناقد عوبرمأراسكت و 6 Marbūՙ Daqqān l Tawrīq قيروتلل ناقد عوبرم 7 Marbūՙ Daqqān l Tawrīq قيروتلل ناقد عوبرم 8 Marbūՙ Daqqān w Takrāsh ū Taksār شاركتو ناقد عوبرمأراسكت و 9 Marbūՙ Daqqān l Tawriq قيروتلل ناقد عوبرم 10 Marbūՙ Daqqān w Takrāsh ū Taksār شاركتو ناقد عوبرمأراسكت و Tab. 3: Nomenclature des outils du groupe 3. 4.2. La peinture “Zwāq” ou “Tazwwāqt” A Fès, Marrakech, Tétouan, Meknès, Rabat, pour ne citer que ces villes, le bois est considéré comme décoré lorsqu’il reçoit une peinture flottante entre arabesques et formes géométriques. On compte trois étapes dans le processus de mise en réalisation d’un “Zwāq.” La première consiste en l’application d’un pochoir sur une surface traitée d’avance: fond uni, l’ocre rouge en général. 42 Cela se fait en utilisant un tampon de poudre fabriqué à la main, au moyen duquel l’artisan tapote délicatement afin d’imprimer les dessins sur le bois. L’étape suivante, communément appelée “Ṭrīḥ,” consiste à peindre les motifs tracés; étape où la précision est une exigence professionnelle justifiée, comme en témoigne la main portant le pinceau “Qlam Ṭrīḥ” posée imperturbablement sur la paume de l’autre (fig. 17). 43 Une fois la peinture séchée, il n’y a plus besoin de la poudre qui a marqué le motif, alors on s’en débarrasse. Ensuite, on trace un trait fin sur les bords du motif avec un pinceau plus fin “Qlam at-Tazyīn,” avec la couleur blanche ou noire. Le menuisier peintre en est à l’étape finale avant l’application, après séchage complet, d’un vernis avec un substance cuite à base d’huile de lin, de safran, d’herbe et de cèdre. Jadis, la palette de l’artisan peintre consistait en une variété de couleurs naturelles: bleu “Zraq al-Līl” (bleu nuit), jaune clair “Qalb al42 . Un mélange de paprika “al-Taḥmīra,” de poudre de coquelicot “La’kar al-Fāsī” de feuilles de grenadier “ՙWrāq Rammān” et de “Qshūr Rammān.” 43 . Il est de coutume que les pinceaux sont confectionnés par les artisans eux-mêmes, prélevés sur l’échine de l’âne. 266 Hicham Rguig des artisans du bois à l’ancienne médina de Fès, où l’artisanat est une affaire de siècles. Aussi, il faisait partie d’une génération d’artisans qui ont appris le métier très jeune dans l’atelier familial. De père en fils, la transmission s’y opérait via une formation “sur le tas” conditionnée par les facultés d’observation et d’assimilation de l’apprenti qui puisait alors dans la variété des situations, des événements ou des révélations soudaines. La pleine maîtrise des gestes ancestraux et la passion pour la création ont projeté notre maître-artisan au sommet du travail sur bois qui est, pour lui, bien plus qu’un métier qui le fait vivre, mais un héritage à garder vivant avec une ferveur immense. Commande après commande, au Maroc et à l’international, Mohammed Kamal Bellamine s’est taillé auprès des élites et des experts une réputation enviable: le mausolée Mohammed V à Rabat et la mosquée Hassan II de Casablanca, pour ne citer que les plus connus, constituent une saga inégalée dans l’histoire de l’architecture moderne au Maroc où son empreinte est indélébile. L’engouement autour de Mohammed Kamal Bellamine repose aussi sur son brillant parcours dans l’enseignement. Avec son esprit de partage et de diffusion des principes-clés tirés de sa propre expérience gagnée dans le travail du bois, il a été le fer de lance de l’Académie des Arts Traditionnels de Casablanca qui a célébré ses vingt ans en 2022. Il est bien connu pour ses capacités de pédagogue, et il a œuvré, de nombreuses années durant, à construire un pont vers les générations montantes de maîtres-artisans, en leur communiquant la connaissance des traditions ancestrales, la maîtrise des codes mouvants de la réinvention, ainsi que la profonde fierté de leur propre culture “Tamaghrabīt.” Par cela, Mohammed Kamal Bellamine a mis un terme à l’image stéréotypée du M‘allam avare d’information sur les compétences dont il dispose et prêt à tout pour empêcher que ses apprentis ne soient capables de voler de leurs propres ailes. 5.2. L’école des ancêtres Au Maroc, le travail artistique sur bois, comme beaucoup d’autres activités artisanales, est enseigné dans des structures de formation professionnelle, spécialisées, comportant cours théoriques et enseignement pratique. Cela ne date pas d’hier car la question du devenir de l’artisanat traditionnel confronté à un déclin persistant de sa clientèle a été posée avec acuité depuis les premières années du Protectorat français. C’est ainsi qu’en 1913, une enquête a été ordonnée par le Maréchal Hubert Lyautey au sujet des industries marocaines inaugurant ainsi un long processus de sauvegarde, de rénovation et de revitalisation des “arts indigènes” d’après les vocables employés à cette époque. Vint alors le souci de transmettre. Les musées ethnographiques ne manquèrent pas de faire office d’“école des ancêtres,” 267 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc pour reprendre l’expression proposée par Prosper Ricard, 53 puisqu’ils disposent des outils nécessaires pour procéder à la formation et au développement de savoir-faire de haute technicité: des ateliers modèles et des chantiers-écoles mis sur pied au sein des medersas. Raymond Koechlin, directeur du musée des arts décoratifs, écrit en 1917 à propos de ce qu’il appelait rendre le style à leurs ouvrages: “En vérité, une seule méthode s’offrait, à savoir de leur faire toucher du doigt la différence entre les produits contemporains et ceux des belles époques; les medersas mérinides de Fez conservent d’assez beaux modèles de plâtres, de zelliges et de menuiserie pour que le goût des artisans puisse s’y former, et comme, ces derniers mois, précisément, la remise en état des plus délabrés a été commencée, maintes occasions furent données à ceux qui les réparaient d’étudier les vieux chefs-d’œuvre de leur métier; pour compléter certaines parties manquantes, ils ont dû imiter ce qui subsistait et vraiment ils s’en sont souvent fort bien tirés: la restauration des medersas – très prudente, nous avons hâte de le constater – , sera pour les métiers indigènes une excellente école.” 54 En ce qui concerne le sujet qui nous intéresse ici plus précisément, la sculpture sur bois, l’enjeu a toujours été de faire confiance à de jeunes talents qui, au fur et à mesure, acquéraient de nouvelles expériences. Tel était bien le cas à Fès lors de la restauration de quelque boiserie précieuse à funduq alTiṭṭāwiyyīn, comme le rapporte Jean Gallotti l’inspecteur des Beaux-Arts au Maroc à l’époque: “(Il a été décidé de) faire appel à un maâllem de talent, encore jeune, lui payer son temps et lui donner pour tâche de reproduire exactement une partie de la boiserie. Il ne la reproduira qu’approximativement et avec maladresse. Lui faire comprendre en quoi sa copie diffère du modèle, et lui faire recommencer son travail. Procéder ainsi jusqu’à ce qu’il soit devenu capable de refaire ce qu’avaient fait les anciens maîtres. Le charger alors de réparer la boiserie toute entière. Quand on sera arrivé ainsi à former deux ou trois sculpteurs sur bois au Maroc, la restauration des monuments historiques suffira largement à les entretenir et à leur permettre de faire des élèves.” 55 53 . Nommé à la tête du Service des Arts Indigènes (1920-1935): Muriel Girard, “Invention de la tradition et authenticité sous le Protectorat au Maroc: l’action du Service des Arts indigènes et de son directeur Prosper Ricard,” Socio-anthropologie 19-1 (2006): 31-46. 54 . Raymond Koechlin, “Les industries d’art indigènes,” France-Maroc (1917): 16. 55 . Jean Gallotti, “Les industries d’art indigène en 1913,” France-Maroc 82 (septembre 1923):165-168; 84 (novembre 1923): 205-210; 87 (février 1924): 23-25. 268 Hicham Rguig Dans la même veine, des ouvrages, manuels et traités ont été publiés. Ils étaient destinés à constituer un matériel de référence, en vue de diffuser les procédés techniques ancestraux et de faire le point sur l’état de l’art, des arts décoratifs sur bois notamment. On ne peut clore cette section sans mentionner une institution prestigieuse qui a été créé à Tétouan en 1919 au temps de la colonisation espagnole: l’école des arts et métiers, autrement appelée Dār al-Ṣanՙa, ayant pour mission la préservation du patrimoine artistique ancestral, qui a réussi au fil du temps à donner à la ville une grande réputation dans les traditions artisanales au Maroc. Fini ce temps-là quoique certaines structures de formation veillent à ce que l’artisanat de l’art ne soit pas freiné par la fuite des jeunes talents. 56 En guise de conclusion Il résulte de ce qui précède que les savoirs et les savoir-faire liés aux arts décoratifs marocains sont susceptibles de périr si rien n’est fait pour assurer leur transmission de génération en génération. La crise sanitaire du Covid-19 ne cesse de nous rappeler la vulnérabilité de leur situation qui n’est tant liée au faible statut socio-économique de ses détenteurs qu’à leur nature propre axée, par défaut, sur les interactions humaines. Si nous avions un vœu à formuler, c’est que le statut de l’Amine soit revitalisé de façon à contrer, entre autres, la prolifération d’un grand nombre d’artisans sans une vraie qualification professionnelle. Nous gardons, à ce propos, une image nuancée de la situation, ni optimiste, ni pessimiste, mais tout simplement réaliste: des ateliers qui fonctionnent sans apprentis, des jeunes formés en chômage ou qui n’arrivent pas à se positionner comme acteur au sein de la discipline, et des processus de fabrication utilisant de plus en plus de nouvelles techniques et matières premières, notamment d’origine synthétiques et chimiques. Dans un tel contexte, la gente féminine représente une lueur d’espoir pour un meilleur avenir. Il est vrai que nous n’avons pas de données quantitatives sur les femmes dans l’artisanat d’art, mais un certain progrès est constaté dans cette voie depuis quelques années, notamment les métiers du textile et de l’habillement. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses dans les filières de formation professionnelle pour accéder à des métiers traditionnellement masculins comme ceux des arts décoratifs sur bois. Bien évidemment, la vision globale qu’a la société marocaine de la femme et des métiers qu’elle pourrait ou non pratiquer, est toujours et encore stéréotypée. Ces représentations qui, tant qu’elles ne changeront pas, bloqueront toujours les efforts visant à améliorer la mixité de l’emploi. C’est pourquoi nous proposons d’accompagner cette expérience, quitte à forcer un peu l’évolution de carrière de certaines jeunes formées, d’une sorte de discrimination 56 . A savoir l’Académie des Arts Traditionnels de Casablanca, l’école des métiers et arts nationaux à Tétouan et les centres pour la formation et la qualification dans les métiers de l’artisanat. 269 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc positive. Il ne s’agirait pas d’une féminisation forcée, mais tout simplement d’un retour aux origines. Dans les grandes demeures de Fès et Meknès, le souvenir de la peintre-décoratrice sur bois Khdīja Ṭamṭam perdure, indélébile et traversant les âges. 57 Bibliographie Almagro Gorbea, Antonio. “The Retractable Maqṣūra Screen and Mobile Minbar of the Kutubiyya Mosque of Marrakesh.” Arqueología de la arquitectura 18 (2021): e120. https://doi.org/10.3989/arq.arqt.2021.012 Bezille, Hélène. “De l’apprentissage informel à l’autoformation dans l’éducation tout au long de la vie.” L’éducation tout au long de la vie, dirigé par Lucette Colin L.et JeanLouis Grand: 25-26. Paris: Economica, 2008. Bloom, Jonathan et al. Le Minbar de la Mosquée Kutubiyya. New York-Madrid: The Metropolitan Museum of Art, 1998. Cambazard Amahan, Catherine. Le décor sur bois dans l’architecture de Fès. Paris: éd. CNRS, 1989. Chadli, Mohammed. “Nejjarine, un foundouk restauré et réhabilité en musée à Fès.” In Le Patrimoine culturel marocain. Caroline Gaultier-Kurhan (Coord.): 267-287. Paris: Maisonneuve et Larose, 2003. De Lens, Aline Réveillaud. “Une femme-peintre marocaine.” France-Maroc 3 (1917): 2527. Deverdun, Gaston. “Une nouvelle inscription idrisite (265 H./877 J.C.).” In Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’Occident musulman, Hommage à Georges Marçais: 129-146. Alger: Imprimerie officielle du Gouvernement général de l’Algérie, tome 2, 1959. El Mghari, Mina. “Khdija Temtem. Du bois et des couleurs.” Le Jardin des Hespérides 7 (2017): 50-51. Ettahiri, Ahmed S. “L’esthétique musulmane au Maroc: Remarques sur l’art décoratif des medersas mérinides de Fès.” Bulletin d’Archéologie Marocaine X (2004): 367-385. Al-Jaznā’ī. Janyu zahrat al-’ās fi binā’ madīnat Fās. Rabat: Imprimerie Royale, 1991. Ibn Abī Zar’. Al-Anīs al-Muṭrib bi Rawḍ al-Qirtās fi akhbār mulūk al-Maghrib wa tārikh madīnat Fās. Rabat: Dār al-Manṣūr, 1973. Ibn Khaldoun. Prolégomènes d’Ibn Khaldoun (A sa philosophie de l’histoire). Taduit par Kayale F. Beyrouth: Dar al-Kutub al-’Ilmiya, 2015. Koechlin, Raymond. “Les industries d’art indigènes.” France-Maroc (1917): 14-18. Lakhdar, Omar. Mogador, mémoires d’une ville. Rabat: al-Manāhil al-Jadīda, 2015. Lévi-Provençal, Evariste. Un nouveau texte d’histoire mérinide: Le Musnad d’Ibn Marzuk, Paris: éd. Emile Larose, Hespéris, 1925. Marçais, Georges. L’architecture musulmane d’Occident: Tunisie, Algérie, Maroc, Espagne et Sicile. Paris: Arts et métiers graphiques, 1955. Messier Roland. “Five Seasons of Archaeological Inquiry by a Joint Moroccan-American Mission.” Archéologie Islamique 7 (1997): 61-92. ______. “Sijilmassa: l’intermédiaire entre la Méditerranée et l’Ouest de l’Afrique.” In L’Occident musulman et l’Occident chrétien au Moyen Age, colloque organisé par FLSH de Rabat du 2-4 novembre 1994 à Rabat: 181-196. Mohammed Hamam (éd.). Rabat: pub. FLSH Rabat, 1995. 57 . Aline Réveillaud de Lens, “Une femme-peintre marocaine,” France-Maroc 3 (1917): 25-27; Mina El Mghari, “Khdija Temtem. Du bois et des couleurs,” Le Jardin des Hespérides 7 (2017): 50-51. 270 Hicham Rguig Meunié, Jacques, Henri Terrasse, Gaston Deverdun. Nouvelles recherches archéologiques à Marrakech. Paris: Arts et métiers graphiques, 1957. M’hirit, Omar, Mohamed Benzyane. Le cèdre de l’Atlas: mémoire du temps. Casablanca: La Croisée des Chemins, 2006. Observatoire de l’Artisanat. Enquête sur l’impact du Coronavirus sur les artisans. Principaux résultats de la 3e vague d’appel. Rabat: publications du Ministère du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport Aérien et de l’Economie Sociale, 2020. Paccard, André. Le Maroc et l’art traditionnel islamique dans l’architecture. Annecy: éd. Atelier 74, 1981. Pellat, Charles. “Midrār (Banū).” In Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, t. 4:10311035.Paris: E. J. Brill/ Maisonneuve & Larose 1991. Revault, Jacques, Lucien Golvin et Ali Amahan. Palais et demeures de Fès. Aix-enProvence: Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans, 1985. Disponible sur Internet (généré le 20 avril 2022): https://doi.org/10.4000/books.iremam.2303 Roy, Bernard et Paule Poinssot. Inscriptions arabes de Kairouan. Paris: publications de l’Institut des Hautes Etudes de Tunis 2. Librairie C. Klincksieck, 1950. Sauvaget, Jean. “Sur le minbar de la Koutoubia de Marrakech.” Hespéris XXXVI (1949): 313-319. Sibony, Jacques. Essaouira et sa marqueterie de Thuya. Rabat: Marsam, 2005. Terrasse, Henri. “al-Karawiyyin.” In Encyclopédie de l’Islam, nouvelle édition, t. 4: 657-661. Paris: E. J. Brill/ Maisonneuve & Larose 1978. ______. La mosquée al-Qaraouiyin à Fès. Paris: C. Klinckieck, 1968. ______. La mosquée des Andalous à Fès. Paris: Publications de l’institut des Hautes études Marocaines, 1942. ______. “Le mobilier liturgique mérinide.” Bulletin d’Archéologie Marocaine X (1976): 185-208. ______. “Minbars anciens du Maroc.” In Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’occident musulman, Hommage à Georges Marçais: 159-167. Alger: Imprimerie officielle du Gouvernement général de l’Algérie, tome 2, 1959. Terrasse, Michel. L’architecture hispano-maghrébine et la naissance d’un nouvel art marocain à l’âge des Mérinides, thèse de Doctorat, Paris 4, Paris, 1979. ______. “Un brillant chapitre de l’architecture marocaine: La période mérinide.” HespérisTamuda LII-3 (2017): 135-150. Tourneau, Roger (Le). Fès avant le protectorat français. Étude économique et sociale d’une ville de l’Occident musulman. Casablanca: éd. La porte, 1949. Unesco. Textes fondamentaux de la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. http://www.unesco.org/culture/ich/index.php?lg=fr&pg=00503 271 Savoir et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc برغملاب بشخلا نونفب ةطبترملا تاراهملاو فراعملا :ناونعلا: ي ناديم يرحت جئاتن ي ف نمز ءابو لاوكڤدي-19 :صخلم جئاتن ضرع لىإ لاقملا اذه فدهيم تايرحت ةيناديتزجنأ علطم ةنس2022 ّ زع ي ف ، وك ةمزأڤدي-19تصصخو ، برغملا ي ف بشخلا نونفب ةطبترملا تاراهملاو فراعملا درجل اهقيثوتو عم ، لىع صرحلا ي فاقثلا ثا ر تلل ةيليثمتلا ةمئاقلا نمض جاردلإل اهحيشرت تاناكمإ ءاصقتسا يدامّلالاةيناسنلإل. و ُ م تاراهمو ةقيقد فراعم نم هحيتت امب ،بشخلا نونف لىع تك ر تلا ير تأي ،ةثراوت مامتهلاا قايس ي فعلاو ي ميداكلأالم ر يلا ي ف هرود زاربإو ي ترغملا ي فرحلا ثا ر تلا يمثتب ي مامتهلاا اذه حتفي امك .ةمادتسملا ةيم قافآا تلاّ وحتلا لظ ي ف اهتيرارمتسا نامضو ،ةدعاصلا لايجلأا لىإ فراعملا هذه لقن تايلآ ي ف تكفتلل .ةنهاّ رلا ةيداصتقلااو ةيعامتجلاا :ةيحاتفملا تاملكلا،ةيملاسإ نونف ةيديلقتلا ةعانصلا ،بشخلا نونف ، ي فاقثلا ثا ر تلا ،برغملا .يدامّلالا Titre: Savoirs et savoir-faire liés aux arts du bois au Maroc: Une enquête de terrain au temps de la Covid-19 Résumé: Le présent article se propose de restituer les résultats d’une enquête de terrain menée au début de l’année 2022, en un moment marqué par les contraintes inédites de la pandémie du Covid-19. Consacrée à l’inventaire et à la documentation des savoirs et savoir-faire afférents aux arts du bois au Maroc, cette recherche s’attache également à évaluer les perspectives de leur candidature à l’inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. L’étude s’inscrit dans une dynamique de revalorisation du patrimoine artisanal marocain, envisagé à la fois comme héritage vivant et comme levier du développement culturel durable. Les arts du bois, qui conjuguent la précision du geste, la subtilité de la matière et la transmission d’un savoir pluriséculaire, y sont appréhendés comme un champ d’expression privilégié des continuités culturelles et des identités locales. En interrogeant les mécanismes de préservation de ces pratiques dans le contexte des mutations sociales et économiques contemporaines, l’article invite à repenser les conditions de leur vitalité future au sein du tissu culturel du Maroc. Mots-clés: Arts islamiques, arts du bois, artisanat du Maroc, patrimoine culturel immatériel.