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Juan F. RODRÍGUEZ NEILA & Enrique MELCHOR GIL (Ed.), Poder central y autonomía municipal : la proyección pública de las élites romanas de Occidente. Cordoue, Universidad, 2006 [Reseña]

Álvarez Melero, Anthony

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726 COMPTES RENDUS reconstitution historique, aient été présentées d’une manière éparpillée : il n’est pas normal qu’une information sur trois timbres (et l’on se demande pourquoi seulement ceux-là) n’apparaisse qu’avec la conclusion (p. 161) : comme le livre est pourvu, en annexe, d’un catalogue des sources littéraires, un catalogue des timbres aurait aussi été le bienvenu. En outre, la théorie du fret de retour proposée de façon fort convaincante par A. Tchernia, Le vin de l’Italie romaine, Paris, 1986, p. 72-74, est mal comprise par B. Bruno (p. 115) : l’échange d’amphores de vin contre des esclaves n’aurait été pratiqué qu’aux frontières des territoires barbares. Ces réserves mises à part, il faut souligner que cette synthèse est la plus riche et la mieux à jour de celles dont on dispose sur l’archipel maltais. Elle constitue un livre de référence indispensable pour tous les historiens de l’Antiquité et du Moyen Âge, et fournit des renseignements inédits sur du matériel archéologique mal connu, comme les amphores des types Malte 1 et 2. Il faut aussi féliciter l’éditeur pour l’excellence de la présentation du livre. Philippe DESY Juan F. RODRÍGUEZ NEILA & Enrique MELCHOR GIL (Ed.), Poder central y autonomía municipal : la proyección pública de las élites romanas de Occidente. Cordoue, Universidad, 2006. 1 vol. 17,5 x 25 cm, 415 p., 21 pl., ill. Prix : 25 €. ISBN 84-7801-849-2. Ces dernières années, l’attention portée par les chercheurs aux élites provinciales à l’époque romaine a été croissante. L’Hispanie n’échappe pas à ce constat, comme l’atteste ce volume paru sous la direction de deux éminents professeurs de l’université de Cordoue. On y trouve rassemblées treize contributions de savants réunis au sein du groupe de recherche ORDO (acronyme de « Oligarquías romanas de Occidente ») et originaires non seulement de l’ancienne capitale califale mais aussi d’Alcalá de Henares (Centre CIL II), de Navarre, de Séville sans oublier Salamanque. Depuis 1998, ils ont veillé à publier régulièrement les résultats de leurs réflexions qui ont toujours été orientées selon trois axes principaux et qui constituent aussi autant de subdivisions du présent ouvrage (cf. p. 9-16). En premier lieu, la question des liens entre le pouvoir central et les cités provinciales. Ensuite, la cité comme espace d’action et de représentation des élites en quête de promotion. Enfin, le rôle moteur des oligarchies municipales au sein de leurs communautés. – En premier, A. Caballos Rufino et J.M. Colubi Falcó s’intéressent à la façon dont s’effectue l’assimilation des archétypes idéologiques romains diffusés dans les cités hispaniques par le biais des documents législatifs gravés sur bronze (p. 17-54). Pour ce faire, ils fournissent des extraits (avec traduction) de la Lex municipii Tarentini et de la Tabula Heracleensis (dont l’influence se fait sentir sur la Lex coloniae Genetiuae Iuliae), afin de cerner comment les règlements normatifs importés d’Italie ont pu contribuer à l’assimilation et à la consolidation des valeurs et des pratiques romaines dans les communautés hispaniques. E. Tobalina Oraá (p. 55-79) prête son attention aux multiples contacts établis entre le pouvoir central et les cités, matérialisés entre autres par les ambassades et les sollicitations diverses. Ces relations étaient bénéfiques pour les deux parties car, si l’État central veillait notamment à la bonne gestion des finances locales, les cités pouvaient de leur côté espérer obtenir le secours de l’Empereur ou du Sénat COMPTES RENDUS 727 lorsqu’elles faisaient face à des difficultés (crise financière ou désastre naturel). Dans toutes ces démarches, les gouverneurs servaient de relais, sauf en Italie où il fallait recourir à des patrons de rang sénatorial pour faire entendre sa voix. Ensuite, J.C. Saquete Chamizo (p. 81-111) analyse de façon détaillée les activités des gouverneurs de Lusitanie sur base d’un examen attentif de témoignages épigraphiques conservés souvent le long d’axes routiers importants. Ceux-ci permettaient au représentant de l’empereur de se déplacer constamment entre Augusta Emerita et les capitales conventuelles (Scallabis et Pax Iulia) afin de rendre la justice, maintenir l’ordre, veiller au respect des manifestations et des bâtiments publics, etc. Tous ses déplacements entraînaient parallèlement ceux de notables, de marchands ou de simples citoyens, désireux d’aller à sa rencontre, contribuant ainsi au développement urbain et économique des différents chefs-lieux. Par ailleurs, la collecte de toutes ces inscriptions nous en apprend beaucoup non seulement sur la hiérarchie existant entre les cités mais aussi sur les raisons du tracé des nombreuses voies de communications qui structuraient le territoire lusitanien : celles-ci n’avaient pas pour unique but de relier les communautés entre elles mais aussi de faciliter l’intervention des autorités, pour la surveillance des zones minières. Le bref article d’A.A. Jordán (p. 113-130) s’attache à la description et au commentaire d’une inscription honorifique posée en 161 en l’honneur de Marc-Aurèle et de Lucius Verus, découverte à Calahorra (l’ancienne Calagurris). Il en ressort que cette épigraphe aujourd’hui fragmentaire a été placée à l’origine dans le cirque ou à proximité de celui-ci. J.F. Rodríguez Neila (p. 131-184), pour sa part, cerne les facteurs (au nombre de sept, selon lui) pouvant expliquer l’exceptionnelle réussite des Cornelii Balbi et qui ne peuvent se comprendre sans faire allusion à la conjoncture politique troublée du dernier siècle avant notre ère. Il évoque tout d’abord Gades, antique cité phénicienne devenue alliée indéfectible de Rome dès la fin du IIIe siècle avant J.-C. et depuis lors fortement romanisée. Là-bas, les Balbi, membres éminents de l’élite locale et chevaliers romains, vont se lier avec Pompée venu combattre Sertorius puis avec César, questeur d’Hispania Ulterior, qui nouera une amitié durable avec Balbus l’Ancien. Grâce à leurs rapports étroits avec ces personnages importants (mais aussi Cicéron ou Octave), ils se rendront à Rome, où ils s’impliqueront activement dans la vie sociale et politique (songeons au mariage avec C. Norbanus Flaccus de la fille de Balbus le Jeune ou à la construction du théâtre portant son nom), non sans susciter quelques remous (procès intenté à Balbus l’Ancien). Pour finir, leur fidélité au parti césarien leur vaudra d’abord l’entrée au Sénat, puis le consulat (pour Balbus le Jeune en 32 avant J.-C.). Leur promotion doit donc beaucoup à leur ambition, à leur habileté à nouer les contacts nécessaires à la sauvegarde de leurs intérêts et à leur capacité d’assimiler à fond les pratiques romaines. Par ce fait, ils vont inspirer d’autres aristocrates locaux hispaniques sur la voie de la promotion sociale. F.J. Navarro (p. 185-209) évoque les sénateurs et chevaliers d’époque flavienne. Il commence par s’interroger sur la pertinence du critère d’hispanité de ces personnages lorsqu’on sait que les sources sont le plus souvent muettes sur cette question et que bon nombre de notables locaux émigrés à Rome perdirent progressivement leurs attaches avec leur patrie. Fort heureusement, quelques rares témoignages attestent du maintien de ces liens décelables par divers indices convergents (tels l’exercice d’une magistrature locale, l’évergétisme ou encore le lieu d’inhumation). De l’analyse de ces données, il appert que les sénateurs de probable 728 COMPTES RENDUS origine hispanique s’impliquent généralement dans leurs carrières pour parvenir au faîte du cursus sénatorial. Les chevaliers, quant à eux, restent davantage ancrés dans leurs communautés, se contentant du prestige conféré par l’obtention du cheval public ou du flaminat provincial. Seuls certains d’entre eux, ambitieux, feront le voyage jusqu’à Rome. I. Salcedo de Prado, pour sa part, nous emmène sur les pas de Tib. Claudius Claudianus de Cirta et des siens (p. 211-225). Ce personnage, appartenant à une famille africaine d’extraction équestre, admis au Sénat, tout comme son frère Gallus, par la volonté de Septime Sévère, accède aux plus hauts honneurs grâce à ses relations : elle rappelle ainsi que sa sœur, Claudia Gallitta, fut l’épouse d’un chevalier et magistrat local de Rusicade et qu’ils devaient tous être apparentés aux Claudii de Cirta et de ses environs, membres de l’uterque ordo, ayant effectué des carrières brillantes, soutenues par Fronton ou par les Sévères. Elle souligne donc combien au IIe siècle les élites africaines s’intègrent aisément, elles aussi, dans les différents niveaux de pouvoir. C. Castillo, de son côté, s’intéresse aux Acilii connus en Hispanie (p. 227240). Selon elle, les premiers magistrats attestés dans les municipes et colonies de fondation républicaine, césarienne ou augustéenne, étaient les descendants d’Italiens originaires du Latium, d’Étrurie ou de Campanie, installés pour diverses raisons en Espagne. Le premier d’entre eux connu sur le sol espagnol serait M. Acilius, magistrat à Saguntum entre 120 et 90. Elle attribue aussi la même origine aux Acilii de Corduba ou de Singilia Barba, par exemple. Il nous faut souligner que face à ces affirmations, nous ne pouvons que plaider la prudence, comme il sied lorsqu’on effectue une enquête onomastique, car il n’est pas à exclure que certains de ces Acilii soient les descendants de clients de généraux d’époque républicaine. L’article d’E. Melchor Gil traite des propriétés rurales des élites hispano-romaines (p. 241280). Il se fonde sur les réflexions de P.-A. Février (Ktèma, 6, 1981, p. 359-372) et il rappelle combien le monde rural était indissociablement lié à la cité parce que les élites tiraient leurs richesses de leur villae, où parfois ils se faisaient inhumer. Sur base de critères assez stricts, l’auteur établit un catalogue non exhaustif des biens fonciers appartenant aux notables locaux (32 témoignages) et à des sénateurs (7 documents). Il nous est ainsi permis de localiser ces propriétés sises en règle générale à une distance raisonnable du centre urbain où se mènent les activités publiques. En ce qui concerne les sénateurs, officiellement domiciliés à Rome, on constate le maintien de fundi dans leur région d’origine et auxquels ils étaient attachés au point de s’y faire enterrer. J. Palao Vicente s’occupe des militaires (p. 281-312). L’enquête est malaisée car nos sources sont incomplètes et parce qu’il existe des différences spatiales et temporelles qui rendent compte du poids de l’armée dans les provinces hispaniques : sa présence ne fut prépondérante qu’à l’époque des guerres civiles et des Julio-Claudiens, où bon nombre de vétérans peuplèrent le territoire des colonies créées à leur intention. De plus, on se rend compte qu’il existe une dichotomie entre les militaires de carrière et les officiers supérieurs. En effet, ces derniers n’effectuent qu’un bref passage sous les drapeaux, qui n’est qu’une étape de plus dans leur cursus qu’il soit sénatorial ou équestre. Les soldats de carrière, quant à eux, une fois licenciés, certes auréolés de la dignitas du vétéran et disposant d’un certain degré de richesse, voient souvent se fermer l’accès aux curies locales (puisque l’exercice de magistratures leur était prohibé). Ainsi, hormis les cas de quelques anciens soldats ayant réussi leur insertion dans les élites locales, leur « retrait » de la COMPTES RENDUS 729 vie publique les empêchait en général de nouer les relations sociales ou d’acquérir des biens fonciers pouvant leur conférer l’honorabilité indispensable pour accéder aux ordines locaux. L’étude de l’amicitia est le thème de la contribution d’A.D. Pérez Zurita (p. 313-357). Il débute par un exposé méthodologique fondé principalement sur les écrits de Cicéron, de Sénèque et de Pline le Jeune, où il conclut en insistant sur la variété des significations du terme « amicitia » car à la fois sentiment affectif et comportement social, souvent assimilé à une relation clientélaire. Partant de ce constat, il clôt son enquête épigraphique en soulignant l’ambiguïté des termes gravés sur les inscriptions car ils font référence à une relation pleine de nuances qui ne se laisse pas facilement appréhender par nos concepts actuels. J.L. Gómez-Pantoja et M. Rodríguez Ceballos, pour leur part, prêtent leur attention aux fêtes (p. 359-383). À côté des feriae, jours de fêtes, à vocation religieuse à l’origine, organisés par les magistrats locaux conformément aux prescriptions contenues dans les chartes municipales, il existait des ludi et des spectacula édités par des évergètes locaux en quête de popularité. Ceux-ci, conscients des avantages qu’ils pourraient retirer du succès de pareilles manifestations, n’hésitaient pas à financer aussi la construction de bâtiments destinés à accueillir ces divertissements, en dépit des difficultés éventuelles (coûts élevés), sous l’œil attentif des autorités. Enfin, J. Andreu Pintado (p. 385-415) s’intéresse à la question de la munificence dans les municipes flaviens après l’octroi du ius Latii. Il rappelle que cette période vit un grand développement des constructions suite à des initiatives tant publiques que privées pour que les cités puissent jouir d’un urbanisme conforme à leur nouveau statut. Il cerne les comportements des notables qui se font munificents en participant au processus de monumentalisation au moyen d’opera publica (théâtres, arcs, etc., dont l’archéologie ou l’épigraphie conservera le souvenir) afin d’y retirer une projection publique qui appuiera leurs prétentions à la gestion du municipe. Cet évergétisme monumental, parfois offert sous la pression, permet à la fois de gagner du prestige tout en manifestant aussi sa fidélité à la dynastie régnante. De plus, nombreux seront ceux qui, grâce à leurs liens familiaux, se rattacheront à ces bienfaiteurs sous la protection desquels ils pourront espérer effectuer une carrière locale. – Ce volume a le mérite de présenter de nombreux points de vue qui permettent d’entrevoir, sur la base d’une documentation presque exclusivement épigraphique (avec ses qualités mais aussi ses défauts), la richesse et la complexité des situations ainsi que la variété des comportements des groupes dirigeants hispaniques. En outre, tous les auteurs mettent à leur façon l’accent sur l’importance de la romanisation, concept fort décrié, mais qui sous-tend chacun des articles. En conclusion, il convient aussi de répéter que cet ouvrage collectif n’est qu’un jalon de plus dans la réflexion globale sur les élites provinciales qu’il serait souhaitable de voir se prolonger non seulement pour l’Espagne mais aussi, pourquoi pas ?, dans d’autres parties du monde romain, afin de mieux nous faire percevoir la complexité de celui-ci. Anthony ALVAREZ MELERO Antonio CABALLOS RUFINO et Ségolène DEMOUGIN (Éd.), Migrare. La formation des élites dans l’Hispanie romaine. Bordeaux, Ausonius, 2006. 1 vol. 17 x 24 cm, 389 p., 8 pl., 12 cartes. (ÉTUDES, 11). Prix : 40 €. ISBN 2-910023-71-0.